USA / OTAN: LOCOMOTIVE DE LA DEPENSE MILITAIRE MONDIALE (Manlio DINUCCI / IL Manifesto)

USA/OTAN:

Locomotive de la dépense militaire

mondiale (Il Manifesto)

USA / OTAN: LOCOMOTIVE DE LA DEPENSE MILITAIRE MONDIALE (Manlio DINUCCI / IL Manifesto) dans REFLEXIONS PERSONNELLES benghazicombatsarton20236-6f901 ARABIE SAOUDITE dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Manlio DINUCCI

Mais quelle crise ? En 2012 l’Italie est montée à la dixième place des pays qui ont les plus grosses dépenses militaires du monde, au lieu de la onzième place en 2011. L’information vient du SIPRI, le réputé Institut International dont le siège est à Stockholm, qui a publié récemment les dernières données sur la dépense militaire mondiale. Celle de l’Italie se monte à environ 34 milliards de dollars en base annuelle, équivalents à 26 milliards d’euros. C’est-à-dire 70 millions d’euros par jour, dépensés en argent public pour les forces armées, armements et missions militaires à l’étranger. Alors que les fonds manquent même pour payer le chômage.

USA/OTAN toujours en tête

Ceux qui font la locomotive de la dépense militaire mondiale, qui a grimpé en 2012 à 1753 milliards de dollars, sont encore les Etats-Unis, avec 682 milliards de dollars, équivalents à environ 40% du total mondial. Alliés compris, la dépense militaire de l’OTAN se monte à plus de 1.000 milliards annuels, représentant 57% du total mondial.

Parmi les « G-10 » -USA, Chine, Russie, Grande-Bretagne, Japon, France, Arabie saoudite, Inde, Allemagne, Italie- dont la dépense militaire équivaut aux trois-quarts de la dépense mondiale, les Etats-Unis dépensent plus que les neuf autres réunis. Dans la présentation du budget du Pentagone on rappelle que les USA possèdent « les forces armées les mieux entraînées, les mieux dirigées et les mieux équipées qui aient jamais été réalisées dans l’histoire » et qu’ils sont décidés à garder ce primat.

L’objectif du pentagone est de rendre les forces étasuniennes plus agiles, plus flexibles et prêtes à être déployées encore plus rapidement. La réduction des forces terrestres entre dans la nouvelle stratégie, testée avec la guerre de Libye : utiliser l’écrasante supériorité aérienne et navale étasunienne et faire porter la plus grosse charge aux alliés. Ça n’est pas pour autant que les guerres coûtent moins : les fonds nécessaires sont autorisés d’une fois sur l’autre par le Congrès, qui les ajoute au budget du Pentagone.

Les coupes budgétaires militaires étasuniennes annoncées de 45 milliards annuels pour la prochaine décennie restent donc entièrement à vérifier. On doit en outre tenir compte dans la dépense fédérale, en plus du budget annuel du Pentagone, d’autres postes à caractère militaire –parmi lesquels 140 milliards annuels pour les militaires à la retraite, 53 pour le « programme national de renseignement », 60 pour la « sécurité de la patrie »- qui portent la dépense réelle étasunienne à plus de 900 milliards, soit plus de la moitié de la dépense mondiale.

La compétition des autres

La stratégie des USA a aussi pour objectif d’augmenter la dépense militaire des alliés, internes ou externes à l’OTAN, car c’est l’industrie guerrière étasunienne qui leur fournit la majeure partie des armements. Les résultats sont au rendez-vous : la dépense militaire de l’Europe Orientale a augmenté en 2012 de plus de 15% par rapport à l’année précédente. La Pologne, en dix ans, ajoutera à son budget militaire 33,6 milliards d’euros pour potentialiser ses forces armées en réalisant (avec des technologies importées des USA) son propre « bouclier de missiles » dans le cadre de celui des USA/OTAN.

Forte augmentation aussi de la dépense militaire des alliés moyen-orientaux, qui a augmenté en une année de plus de 8% : en tête se trouvent Oman, avec 51% d’augmentation et l’Arabie Saoudite avec 12%. Forte croissance aussi de la dépense militaire de l’Afrique du Nord, avec une augmentation de 7,8%. En Amérique latine c’est le Paraguay qui est en tête avec une augmentation annuelle de 51% pendant que celle du Mexique a grossi de 10% environ.

Dans les estimations du SIPRI, la Chine reste au deuxième rang mondial, avec une dépense estimée pour 2012 à 166 milliards de dollars, équivalents à 9,5% de la dépense mondiale. Mais son rythme de croissance (175% en 2003-2012) est supérieur à celui des autres pays. Cette accélération est due fondamentalement au fait que les USA sont en train d’opérer une politique de « containment » de la Chine, en déplaçant de plus en plus le centre focal de leur stratégie dans la région Asie/Pacifique. En rapide augmentation aussi la dépense de la Russie qui, avec 90 milliards de dollars, se place au troisième rang mondial.

Le chœur de ceux qui ont accueilli les données du SIPRI en chantant les louanges des « coupes » dans la dépense militaire étasunienne et de l’ « effondrement » de la dépense italienne se livre à une tentative grotesque de cacher la réalité : on jette dans le puits sans fond de la dépense militaire d’énormes ressources qui, au lieu d’être utilisées pour résoudre les problèmes vitaux, servent à préparer de nouvelles guerres en aggravant la condition de pauvreté où est reléguée la moitié de la population mondiale.

Manlio DINUCCI

Edition de mardi 16 avril 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/…

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Cet article a été publié en italien sous le titre: « Rapporto Sipri 2012 : l’Italia, con 34 miliardi di dollari investiti, pari a 26 miliardi di euro, sale tra i « 10 Grandi » della spesa militare. » Le titre de la version française a été proposé par l’auteur. NdT.

Manlio DINUCCI est géographe et journaliste.

URL de cet article 20236
http://www.legrandsoir.info/usa-otan-locomotive-de-la-depense-militaire-mondiale.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 28 avril, 2013 |Pas de commentaires »

SYRIE: JE SUIS TRANQUILLE !…JE SUIS TOUJOURS LE CHEF !

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 16 mars, 2013 |Pas de commentaires »

RETOUR EN ARRIERE…POUR MIEUX ILLUSTRER LE PRESENT…ISRAËL ET L’UTILISATION DES BOMBES A L’URANIUM « APPAUVRI »…COMME LA FRANCE AU MALI

Comment ISRAËL a utilisé des armes à

l’uranium « appauvri »…

et comment la FRANCE continue à le faire au

MALI avec le même type d’armes !

RETOUR EN ARRIERE...POUR MIEUX ILLUSTRER LE PRESENT...ISRAËL ET L'UTILISATION DES BOMBES A L'URANIUM

L’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN) a poursuivi son enquête sur les 1000 bombes guidées GBU-39 livrées à Israël par les États-Unis quelques semaines avant l’opération « Plomb durci » contre Gaza. Cette enquête confirme l’essentiel des allégations initiales de l’association.

Enquête

Dans un article publié le 4 janvier 2009 sur son site acdn.net, article largement diffusé et repris par de nombreux sites, ACDN dénonçait l’emploi de bombes GBU-39, dès le début de « Plomb Durci », par l’armée de l’air israélienne, en affirmant qu’elles contenaient de l’uranium appauvri. Métal radioactif et poison chimique, l’uranium appauvri, lorsqu’il est inhalé ou ingéré sous forme de micro- ou nanoparticules, s’attaque à l’ADN des cellules et au génome humain. Utilisé pour durcir des munitions, il est pyrophorique (incendiaire) à l’impact, mais aussi gravement pathogène, cancérigène et tératogène à moyen et à long terme. Employer de telles armes au sein d’une population sans tenir compte de ces effets bien connus de l’UA, c’est prendre sciemment le risque d’un génocide. D’où le titre de l’article du 4 janvier : A Gaza, le génocide à l’Uranium Appauvri a commencé, et l’appel d’ACDN à cesser le massacre.

Réactions

La « communauté internationale », officielle comme antinucléaire, ne semblant pas réagir à ce cri d’alarme, sinon pour le mettre en doute, ACDN a constitué et publié, dès le 14 janvier 2009, un dossier plus complet sur les GBU-39. 

Génocide à l’Uranium Appauvri à Gaza : le dossier.

Le 18 janvier 2009, le cessez-le-feu venant d’être proclamé par Israël, le président d’ACDN écrit au Secrétaire Général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, pour lui demander d’ouvrir au plus vite une enquête sur la présence de matières radioactives dans la bande de Gaza et de prendre, s’il y a lieu, des mesures d’urgence pour neutraliser si possible ces matières ou du moins protéger les Gazaouis et leurs voisins de la radioactivité. Il suggère de confier cette enquête au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui a déjà enquêté sur ce sujet dans les Balkans et qui a su trouver de l’uranium appauvri là où il y en avait.

De leur côté, les ambassadeurs des pays arabes accrédités en Autriche font remettre le 19 janvier 2009, par le Prince Mansour Al-Saud, une lettre à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique dans laquelle ils s’inquiétent de l’information « médicale et médiatique » selon laquelle « des traces d’uranium appauvri ont été trouvées dans des victimes palestiniennes ». C’est en effet ce que le Dr Mads Gilbert, l’un des médecins norvégiens travaillant à l’hôpital Al-Chifa de Gaza, avait affirmé dès le 31 décembre 2008. Ils demandent à l’AIEA de mener « une enquête radiologique et physique en vue de vérifier la présence d’uranium appauvri dans les armes utilisées par Israël dans la bande de Gaza. » L’AIEA fait rapidement savoir qu’elle agrée la demande et va mener l’enquête. Ce qui écarte le PNUE de cette mission.

A ce jour (12 février 2009), l’AIEA n’a pas encore remis de rapport. Il est vrai qu’avant même la venue des enquêteurs sur le terrain, le porte-parole du gouvernement israélien a assuré qu’ils ne trouveraient rien. Précédemment, le chef d’état-major de Tsahal avait commencé par nier, le 13 janvier 2009, l’usage de bombes au phosphore blanc avant d’être obligé de le reconnaître le 20 janvier, en se repliant sur une deuxième ligne de défense : « ce sont des armes autorisées ». Oui, tout juste tolérées, mais pas sur des civils.

Sans attendre les résultats d’expertise de l’AIEA, ACDN a poursuivi son enquête sur les GBU-39, et abouti à rassembler les précisions suivantes.

Précisions

De « source bien informée », les GBU-39 livrées à Israël représentent une toute nouvelle génération de bombes guidées. Leur enveloppe est constituée d’un alliage métallique C/UA à base d’uranium appauvri (80 %), dans lequel le tungstène est remplacé par du carbone (20 %). A première vue, le carbone peut sembler plus fragile et plus friable que le tungstène, donc moins recommandé pour entrer dans la composition d’une enveloppe métallique chargée d’assurer la pénétration des bombes en profondeur, dans un terrain, un immeuble ou un bunker, à travers du béton armé et d’autres obstacles multiples et résistants. En fait, c’est l’inverse.

D’une part, en effet, il s’agit d’un carbone très particulier, issu directement des laboratoires militaires de Los Alamos, en liaison avec la recherche en nanomatériaux et structures de métaux, tant universitaire que privée, qui a mis au point un nouveau « type de carbone » à structures moléculaires renforcées : les fullerènes. Aussi résistants que le diamant, les fullerènes se présentent extérieurement sous forme de suie noire et se mélangent aisément à d’autres métaux, en l’occurrence l’uranium appauvri.

D’autre part, la « friabilité » du carbone permet d’obtenir un alliage métallique formant des milliers d’échardes, selon un tout nouveau procédé de fabrication qui fait intervenir ce qu’on nomme le « frittage fragmentaire ». Le métal (alliage 20/80 C/UA) ne présente pas une véritable « masse homogène » ; un réseau de microfissures volontaires facilite sa fracture en éclats minuscules ou « échardes de métal », dont le « rayonnement » se trouve en outre renforcé par le type d’explosif utilisé dans les GBU.

Selon les dernières informations obtenues par ACDN, la charge explosive des GBU-39 utilisées par Israël lors de l’opération « Plomb durci » ne serait pas de même composition que le DIME (Dense Inert Metal Explosive) qui se trouve, à raison de plus de 80 kg par unité, dans les Mk-82, des bombes de 500 livres ayant servi de base aux GBU-39, et qui ont aussi été utilisées à Gaza. La confusion entre les deux est possible, et le sort des victimes, quasiment identique.

L’explosif de ces GBU-39 serait une nouvelle formulation de perchlorate (produit hautement cancérigène) avec un ajout de poudre de carbone micromolléculaire (à la place de l’alumine) et d’un « booster » à base de poudre d’UA. Le rôle de cet explosif hyper puissant est d’assurer une grande vélocité aux « échardes de métal », lesquelles s’enflamment du fait qu’elles contiennent de l’Uranium Appauvri pyrophorique, mais seulement après impact sur leur « cible », où le frottement fournit l’élévation de température nécessaire. « Préformatées en forme d’aiguilles », les minuscules échardes s’enfoncent dans tout de ce qui se trouve sur leur passage. Elles traversent les corps humains de part en part et seul le béton les arrête à une profondeur d’environ un mètre (de 0,85 m à 1,15 m). Ensuite, elles brûlent, en dégageant un maximum de chaleur et un minimum de fumées… et ce en raison des « mini impacts largement répandus autour de la cible ».

Les GBU-39 utilisées lors de l’intervention israélienne, ont une propriété supplémentaire : elles disposent d’un système de mise à feu complémentaire qui force l’explosion en cas de mauvais fonctionnement du système primaire d’armement à l’impact. La bombe explose donc de toute façon dans les secondes ou les minutes qui suivent son contact avec la cible, quelle que soit celle-ci. Ainsi, le matériel est-il assuré de disparaître après intervention. On ne pourra trouver aucun reste de GBU-39, ni intacte, ni en morceaux. Juste un peu de poudre noire.

Ces nouveaux matériaux composites, les autres caractéristiques des GBU déjà décrites dans nos articles précédents, et l’ensemble du dispositif de mise en œuvre, assurent aux GBU un « service multiple » de destruction et de morbidité : – pénétration en profondeur des cibles les mieux protégées (bétons à hautes, très hautes ou ultra hautes performances ; blindages épais en acier, ou en acier renforcé à l’UA) ; explosion différée jusqu’à la profondeur voulue et programmée ; explosion ultérieure et autodestruction de l’engin, dans le cas où le dispositif primaire de mise à feu a échoué ; destruction « classique », par effet de souffle, de la cible, depuis l’intérieur même ; projection d’échardes métalliques dans les corps inertes ou vivants situés à l’intérieur ou à la périphérie de la cible, avec effet de « décapitation » ou d’ « amputation » sur les corps humains ; crémation externe et interne des corps, les échardes métalliques devenant elles-mêmes des brandons ; chez les blessés survivants, impossibilité de distinguer les éclats métalliques et de les extraire par une opération chirurgicale ; réduction de la durée de survie des blessés et des brûlés, par empoisonnement interne, radiotoxique et chimique, dû à l’uranium appauvri ou à ses descendants ; contamination radioactive de l’environnement naturel par dispersion, sur les lieux mêmes des explosions et au-delà, de nanoparticules d’uranium appauvri et d’autres radionucléides issus de l’uranium ; atteintes au génome de la population cible. L’innovation meurtrière des marchands d’armes défie l’imagination. Tout comme leur capacité à faire disparaître l’uranium appauvri de leurs nomenclatures, à esquiver les questions embarrassantes, voire à se trouver des alliés inattendus.

L’art de l’esquive

Les GBU sont construites aux Etats-Unis par la firme Boeing dans son usine de Saint Louis (Missouri). Sachant cela, un citoyen américain resté « sceptique » devant les assertions d’ACDN a demandé au Ministère de la Défense (DOD) des Etats-Unis s’il y avait ou non de l’uranium appauvri dans les GBU-39. En attendant la réponse du ministère – qui n’est toujours pas arrivée – il a posé au responsable de la communication de Boeing la question suivante : « L’usine Boeing de Saint Louis a-t-elle une licence du Ministère de l’Energie (DOE) pour détenir ou traiter de l’uranium appauvri ? » (« Does the Boeing facility in St. Louis have a DOE license for holding or handling depleted uranium ? »). Il a reçu cette réponse : « Boeing n’a pas de licence, étant donné qu’il n’y a pas d’activité relative à l’uranium appauvri dans notre usine de Saint Louis/Saint Charles. » (« Boeing does not have a license as there is no depleted uranium activity at our St. Louis/St. Charles facility. »)

Cependant, malgré ses allures de démenti, cette réponse n’implique nullement qu’il n’y ait pas d’uranium appauvri dans les GBU-39 : leur « construction » à Saint Louis peut se limiter au montage de pièces détachées, elle n’implique ni hauts fourneaux, ni fonderie pour les alliages métalliques, ni même l’usinage des pièces.

S’il fallait remonter la piste de l’uranium appauvri présent dans l’enveloppe des GBU-39 jusqu’aux lieux où il est fondu en alliage et où la coque est usinée, sans doute faudrait-il s’adresser d’abord aux laboratoires de l’armée américaine (en particulier à ceux de Los Alamos, en pointe dans la métallurgie et les nano-technologies), à la firme Westinghouse qui fournit l’uranium des centrales nucléaires, ou encore à l’un de ses sous-traitants. Gageons que le « secret défense » ou le « démenti » pur et simple trouveront alors à s’exercer. Aux Etats-Unis comme ailleurs, ce sont les militaires qui financent, gèrent et contrôlent tout ce qui a trait aux armements. Y compris par le mutisme ou la désinformation.

Retour à l’humain

Phosphore blanc, DIME, tungstène, uranium appauvri… Les médecins pensent différemment des militaires et de leurs donneurs d’ordres. Seulement soucieux d’humanité, les chirurgiens présents à Gaza ont décrit les effets sur les victimes des « nouveaux types d’armes » employés : 

« A 2 mètres, le corps est coupé en deux ; à 8 mètres, les jambes sont coupées, brûlées comme par des milliers de piqûres d’aiguilles. » Les blessés survivants « n’ont aucune trace de métal dans le corps, mais des hémorragies internes étranges. Une matière brûle leurs vaisseaux et provoque la mort, nous ne pouvons rien faire. » (Dr Mads Gilbert, Le Monde, 12 janvier) « Quand on commence à opérer, tout semble en ordre… Mais ensuite on découvre des dizaines de minuscules particules dans tous leurs organes. On dirait qu’un certain type d’explosif ou d’obus les a dispersées partout, et ces blessures miniatures, impossible de les opérer. » (Dr. Jam Brommundt, médecin allemand travaillant à Kham Younis, au sud de la bande de Gaza)

Comment ne pas se demander avec le Dr Gilbert : « Se peut-il que cette guerre soit le laboratoire des fabricants de mort ? Se peut-il qu’au XXIe siècle on puisse enfermer un million et demi de personnes et en faire tout ce qu’on veut en les appelant terroristes ? »

Et comment qualifier cette « guerre » qui fait d’un côté 14 tués (11 soldats israéliens, dont 4 victimes d’un « tir ami », et 3 civils, victimes d’un tir de roquette) et 50 blessés, et de l’autre côté, au moins 1330 tués et 5450 blessés, pour la plupart des civils, dont une moitié d’enfants ? (Source : Foreign Policy In Focus)

A un contre cent, est-ce encore un combat, ou un jeu de massacre ? Une collection de crimes de guerre ? Le début d’un génocide qui n’ose pas dire son nom et se cache derrière la mémoire d’un autre génocide ?

Un crime contre l’humanité, donc ? Israël, en tout cas, est allé trop loin.

Une guerre trop loin.

Les prochains responsables israéliens devront, dans leur propre intérêt et dans celui de leur peuple, se hâter de reconnaître -indépendamment du Hamas, qui le devrait aussi- et réparer, si tant est qu’ils soient encore réparables, les dommages humains, écologiques, économiques et politiques subis du fait de « Plomb durci » par les Palestiniens – ainsi que ceux subis par les Israéliens eux-mêmes, par effet boomerang.

Si Israël n’y vient pas de lui-même, il faudra que la justice et la « communauté internationale » l’y obligent. Sinon, ce sera la porte ouverte à toutes les folies militaires, massacres nucléaires compris.

Nous en appelons au bon sens, au sens de la justice et à l’humanité de chacun.

Enquête : Israël a bien utilisé dans la bande de Gaza des armes à Uranium Appauvri » ⓒACDN, 12 février 2009.

Source : ACDN

Signer la pétition pour l’abandon et l’interdiction universelle des armes à UA

Génocide à l’Uranium Appauvri à Gaza : le dossier

Mise en ligne le : 14 janvier 2009

Nous avons déjà eu l’occasion de le dire, « nous récusons la logique des camps, qui mène régulièrement à la guerre (serait-elle faite pour cela ?), aux camps de réfugiés, aux camps de prisonniers, aux camps de concentration, parfois même aux camps d’extermination. »

Nous n’avons qu’un seul camp, celui de l’humanité.

Un génocide est l’extermination d’un groupe humain. Les armes à Uranium Appauvri sont des armes d’extermination. Elles frappent de façon indiscriminée une population entière, jusque dans son patrimoine génétique. Le groupe humain qu’elles frappent est la population qui en respire ou en ingère les retombées. Ce groupe ne se limite donc pas selon ses appartenances politiques, nationales, religieuses ou ethniques. S’il en est la victime prioritaire pour des raisons physiques et météorologiques, aucune frontière ne protège ses voisins de partager son sort tragique.

En ce sens, l’utilisation sur la bande de Gaza d’armes à Uranium appauvri, en l’occurrence de bombes GBU-39 et probablement d’autres armes à UA, constitue bien, à double titre, un crime contre l’humanité : l’humanité des Gazaouis, l’humanité en général.

C’est pourquoi l’humanité tout entière, à commencer par le peuple israélien, doit se mobiliser pour faire cesser immédiatement ce crime.

ACDN


Ce dossier date du 14 janvier 2009. L’enquête a été poursuivie et a conduit à le rectifier sur plusieurs points. En particulier, le poids d’Uranium Appauvri que nous présumions en janvier 2009 être de 30 kg par bombe, serait en réalité de près de 75 kg.

Pour des informations datant de mai 2009, prévalant sur celles du présent dossier et considérées comme toujours valides fin 2010, se reporter au RAPPORT détaillé Sur l’utilisation d’armes radioactives dans la Bande de Gaza pendant l’opération « Plomb durci » (27 décembre 2008 – 18 janvier 2009).


 

L’alerte

Dimanche 4 janvier 2009, 13h 16 GMT - L’agence de presse iranienne Press TV diffuse une dépêche intitulée : « De l’uranium appauvri trouvé dans des victimes à Gaza »

On peut y lire que « des médecins norvégiens ont déclaré au correspondant de Press TV, Akram al-Sattari, qu’ils avaient trouvé des traces d’Uranium Appauvri dans le corps de certains habitants blessés depuis le début de l’offensive lancée par Israël le 27 décembre sur la bande de Gaza. Ce témoignage vient après que les tanks et les troupes israéliens aient franchi la frontière dans la nuit de samedi à dimanche et lancé une offensive terrestre, après huit jours de bombardements intensifs par l’aviation et la marine israélienne. »

La dépêche ajoute que « le Ministre de la Défense d’Israël, Ehoud Barak, a averti ce dimanche que l’offensive serait « pleine de surprises ». Suggère-t-elle ainsi que l’usage d’armes à l’Uranium Appauvri pourrait être l’une de ces surprises ?

En fait, la déclaration des médecins norvégiens citée par Press TV avec quelque retard semble correspondre à l’interview télévisée donnée par le Dr Mads Gilbert et retransmise par la chaîne Al-Jazeera dans la nuit du 31 décembre (http://www.gnn.tv/B30595). C’est dès cette date, en effet, que le médecin norvégien mentionne des traces de radioactivité trouvées chez des blessés, donc chez des victimes de la première phase de l’offensive israélienne, lors des tout premiers bombardements aériens.

Durant cette phase, les autorités israéliennes ont révélé avoir fait usage en nombre des GBU-39, des bombes de fabrication américaine fraîchement livrées (à 1000 exemplaires) début décembre 2008, par les États-Unis à Israël. Les caractéristiques « miraculeuses » de cette bombe d’avant-garde ont largement été vantées dans la presse israélienne : elles sont censées pouvoir opérer des frappes encore plus « chirurgicales » que d’habitude, au beau milieu de la population Gazaouie. Si les Israéliens sont largement prolixes, pour une fois, sur leur arsenal, ils taisent pourtant l’essentiel de l’information, la seule qui soit à même d’expliquer les « performances » de ces nouveaux engins de terreur : le fait qu’ils doivent contenir de l’Uranium appauvri.

Plusieurs questions se posent : comment, dans les conditions aussi difficiles que celles où ils travaillent, le Dr Gilbert et ses collègues ont-ils pu déceler des « traces de radioactivité » ? Ont-ils prélevé les tissus ou les liquides organiques nécessaires ? Ont-ils eu le temps nécessaire pour réaliser des analyses complexes, qui d’ordinaire demandent plusieurs semaines à des laboratoires spécialisés ? Comment des médecins urgentistes ont-ils pu les réaliser ? Personne ne sait.

Alors, pour tenter de vérifier l’accusation du Dr Gilbert, une autre approche s’impose : étudier les armes dont les blessés de Gaza ont été les victimes. Mais pour admettre que les GBU-39 contiennent de l’Uranium Appauvri, pour pénétrer leur secret de fabrication (à chacun sa pénétration…), il faut passer outre la « classification » militaire et le « secret défense ». C’est ce que nous faisons, en raisonnant à partir d’indices épars afin de combler les lacunes des descriptifs techniques. Et comme la conclusion logique à laquelle conduisent toutes les présomptions se révèle positive, nous estimons devoir la rendre publique immédiatement, sans attendre le « nihil obstat » du « DOD » (Department of Defense) ou la confirmation écrite du Ministre de la Défense Israélien. Au risque de nous voir opposer un démenti cinglant et de subir la bronca de tout ce que le complexe militaro-industriel international peut compter comme partisans ou comme alliés, conscients ou inconscients.

Nous prenons ce risque, l’estimant préférable à celui de voir les Gazaouis – et la population de la région, Israéliens compris – subir ou faire subir sans le savoir un génocide « à retardement », dans le silence complice des chefs militaires, des dirigeants politiques et des savants inféodés au complexe militaro-industriel.

Le lendemain, 5 janvier, dans une autre interview publiée par Press TV, à la question : « Que pouvez-vous dire à propos de ce que vous avez trouvé concernant l’uranium ? », le Dr Gilbert répondra prudemment : « Sur nos découvertes concernant l’uranium, je ne peux pas vous en dire beaucoup, mais ce que je peux vous dire, c’est que la preuve est faite que les Israéliens utilisent un nouveau type d’armes avec un puissant explosif appelé « Dense Inert Metal Explosive » (DIME) composé d’un alliage au tungstène. » Il attire l’attention sur un autre aspect des armes utilisées et des terribles blessures qu’elles font. Ce que d’aucuns interprètent, à tort sans doute, comme un désaveu de ses propos précédents.

Dix jours après avoir publié en français et en anglais notre premier article d’alerte sur ce sujet, « A Gaza, le génocide à l’Uranium Appauvri a commencé », alors que celui-ci a été repris par de très nombreux sites francophones et anglophones (à défaut de l’être par la presse française…), nous attendons encore le démenti officiel des autorités. Et pour cause : ce que nous annoncions était vrai. Et nous constatons avec horreur que, malgré la résolution 1860 du Conseil de Sécurité de l’ONU exigeant le 9 janvier un cessez-le-feu immédiat, le massacre continue à Gaza. Le génocide aussi.

Uranium il y a. Génocide il y a. Pour permettre aux journalistes et aux intellectuels de s’en convaincre, à tout le moins de prendre la chose suffisamment au sérieux pour mener leur propre enquête, c’est-à-dire faire leur travail, nous allons exposer les pièces du dossier.

Puisse l’opinion publique européenne et internationale s’en saisir, prendre le relais, et forcer les hommes politiques à prendre leurs responsabilités et les décisions d’urgence qui s’imposent.

Nos sources

Nos premières sources sont du domaine public. Elles se trouvent sur Internet et sont accessibles à tout le monde. Il s’agit par exemple de sites spécialisés dans les questions de défense, comme GlobalSecurity.com, Defensetech.com, la Federation of American Scientistsmondialisation.ca, etc. Il s’agit aussi, tout simplement, des dépêches d’agence et des articles de presse.

Il est vrai que le décryptage des données publiques se trouve facilité par la familiarité avec les questions relatives à l’armement, à la technologie nucléaire et à l’Uranium Appauvri ; par l’expérience des pratiques de dissimulation du complexe militaro-industriel et des lobbies nucléaires ; par l’habitude de repérer la désinformation ou le mensonge pur et simple qui sont si souvent à l’œuvre dans les discours du pouvoir (quel que soit d’ailleurs ce pouvoir, et quelle que soit sa nationalité).

Nous sommes aussi en relation avec d’éminents spécialistes de l’UA. Pour le présent article, nous avons mis en commun nos connaissances et bénéficié plus particulièrement de l’aide précieuse de l’un des meilleurs spécialistes de la pollution à l’Uranium Appauvri. Qu’il en soit remercié. Nous l’appellerons Jim.

Le contexte

Parfaitement décrit par Jim :

« Les problèmes de l’uranium appauvri sont à la fois du ressort des scientifiques (filière de la recherche nucléaire) et des militaires.

« Les scientifiques sont des physiciens et des chimistes ayant acquis généralement une longue pratique professionnelle ainsi qu’une très forte notoriété. Pour une grande majorité des populations, ce sont des Hommes de Science, qui ont accédé à La Connaissance. De ce fait ils sont considérés comme des responsables qui ne peuvent pas mentir, d’autant plus qu’ils s’appuient sur des analyses a priori objectives et cautionnées par des experts rattachés à des agences internationales. Or que disent les scientifiques ? L’uranium appauvri n’est pas véritablement un danger ni pour l’environnement ni pour l’Homme, sauf à de très rares exceptions en quelques points de contamination. Pour l’ensemble (ou presque) de cette communauté scientifique, l’uranium appauvri est « 40% moins contaminant que l’uranium naturel ».

« Les militaires (utilisateurs mais aussi chercheurs du secteur de l’armement), appuient leurs connaissances sur les rapports de recherches des scientifiques (cités ci-dessus), reprenant à leur compte leurs affirmations. Mieux, lors des différentes phases de mise en œuvre de ces armements, aucune précaution spécifique n’est utilisée (ni masque de protection, ni combinaison spéciale, ni décontamination par douches …) encore moins durant les batailles qu’après. Les hommes, en effet, manipulent sans précaution toutes les charges (obus d’artillerie, accrochages de missiles aux ailes des avions, transbordement de pénétrateurs dans les soutes à munitions des chars, chargement des bandes de mitrailleuses à bord des avions …), comme s’ils manipulaient des charges classiques.

« Ces attitudes, cette gestuelle, relayées par les medias, ne pouvaient que renforcer le sentiment de sécurité des populations civiles et de leurs responsables vis-à-vis de l’opinion publique en général et des populations locales en particulier. Un sentiment d’autant plus profondément ancré dans l’esprit du grand public que les scientifiques tiennent un discours qui se veut rassurant quand ces problèmes sont abordés.

« Et puis, les médias eux-mêmes sont là pour en « remettre une couche ». Lorsqu’on voit les envoyés spéciaux devant un tas de décombres fumant à la suite d’un bombardement, sans protection, comment arriver à faire comprendre aux populations civiles les dangers qu’elles courent ? Des dangers qui sont invisibles, inodores, sans saveur… Sans compter que les résultats de ces dangers ne se voient pas toujours immédiatement et qu’ils ne présentent pas d’atteintes physiques directes… Les contaminations conséquences de l’uranium appauvri ne sont pas aussi spectaculaires que des bombes au napalm (la photographie d’une jeune adolescente Vietnamienne, marchant nue, avec la peau qui partait en lambeau à la suite d’un bombardement américain au napalm a été l’une des images choc qui ont réveillé les consciences mondiales et accéléré le processus de paix au Vietnam).

« Pour l’uranium appauvri, point de photo choc… D’autant plus que nous sommes là dans le concept de la « guerre propre », médiatisée et orchestrée d’une main de fer par les services des relations publiques des armées américaines… Aussi est-il facile d’imaginer les difficultés que peut éprouver un simple (citoyen) à venir contrecarrer et mettre en doute les paroles d’experts, de scientifiques ou d’officiers généraux, pour ne citer que ces premiers niveaux hiérarchiques. Que peut représenter le poids d’une parole isolée lorsque, officiellement, les dits experts affirment péremptoirement la quasi-innocuité de ces armements… ».

Les effets de l’UA

Pourtant, en août 1996, la sous-commission des Droits de l’Homme des Nations Unies classait les armes à uranium appauvri parmi les armes considérées comme produisant « des effets traumatiques excessifs », frappant « sans discrimination les populations civiles » et causant « des dommages graves et durables à l’environnement » selon la Convention sur Certaines Armes Classiques (CCAC), dite Convention sur les Armes Inhumaines, adoptée à Genève par les Nations Unies le 10 octobre 1980 et entrée en vigueur le 2 décembre 1983. Au même titre que les armes à fragmentation, incendiaires, aveuglantes, ou les mines anti-personnel…

Cependant, faute de « protocole spécifique additionnel » à la CCAC, la résolution N° 96-16 n’a eu aucun effet concret. De plus, ce type d’armement n’entre dans aucun protocole international de déclaration, de limitation ou d’interdiction des armes nucléaires stratégiques car, bien qu’il s’agisse d’uranium, le fait qu’il soit appauvri en U-235, le métal à la base des armes nucléaires, lui permet d’échapper aux contrôles. Ainsi, le seul effet concret de ce classement de 1996, c’est que l’uranium appauvri a disparu du vocabulaire militaire, des catalogues et des notices des fabricants – mais pas des armes fabriquées ni des armes en cours de développement.

L’uranium appauvri est, entre autres et en dépit du fait qu’il n’est jamais cité comme tel, l’une des principales causes du « syndrome de la guerre du Golfe », syndrome désormais officiellement reconnu, du moins aux Etats-Unis. Il a fait parmi les vétérans américains (sans parler des autres, notamment des français…) des milliers de morts post-conflit (au moins 18 000), et quelque 200 000 malades selon le Rapport officiel (minimaliste) du « Research Advisory Committee on Gulf War Veterans’ Illnesses » remis au Sénat des Etats-Unis et publié en novembre 2008. Plus d’un soldat sur quatre… et selon d’autres sources, un sur deux.

Il va sans dire que la population irakienne fait également les frais de l’UA. Ainsi, selon le Dr Jawad Al-Ali, du Centre Oncologique de Bassora, les cancers mortels dans la région de Bassora sont passés de quelque 25 en 1988 à plus de 600 en 1998. Les malformations de nouveaux-nés se sont multipliées et ont pris des formes monstrueuses.

Selon Dan Bishop, docteur en chimie et président de l’International Depleted Uranium Study Team (Colorado, USA), “les études de plusieurs vétérans de la guerre du Golfe ont montré une charge initiale du corps égale à 0,34 gramme d’Uranium appauvri, qui a été absorbé et reste en permanence dans les tissus des poumons. Ceci s’élève à 4,3 millions de particules d’un diamètre de 2,5 microns. L’activité alpha pour 0,34 gramme d’UA est de 5,2 Becquerel (5,2 désintégrations alpha par seconde, 160 millions de désintégrations alpha par an), aboutissant à une activité totale (alpha, beta et gamma) égale à 26 désintégrations par seconde, ou 800 millions d’événements radioactifs par an.” Ne pouvant pas être tous « réparés », les dommages causés aux cellules, les coupures chromosomiques, les altérations de l’ADN -tout cela dûment constaté en laboratoire- et leurs conséquences (cancers, leucémies, lymphomes, diabète, stérilité, malformations fœtales…) deviennent irréversibles.

Les enjeux

Reconnaître l’extraordinaire nocivité des armes à Uranium Appauvri aurait d’immenses conséquences – avant tout économiques et financières.

Cette reconnaissance impliquerait que les États responsables de leur emploi versent des indemnités compensatoires aux victimes de ces armes – si tant est que leurs effets puissent jamais être compensés- ou à leurs familles lorsque les victimes sont décédées.

Elle impliquerait de soigner les victimes encore en vie, tant civiles que militaires, ce qui coûterait fort cher ; il est donc préférable qu’elles meurent à petit feu, dans le déni des causes de leur malheur. Car comment prouver aux commissions de pension militaire, des mois ou des années après avoir été exposé à de l’uranium appauvri, que le cancer des reins ou des poumons qu’on développe ou la malformation congénitale de son enfant sont dus à cette exposition ? De nombreux phénomènes peuvent les expliquer. Seuls les militaires blessés (en général par un « tir ami »…) et ayant conservé dans leur corps des particules décelables d’Uranium appauvri ont quelque « chance » d’en être reconnus victimes.

Cette reconnaissance impliquerait que toutes les armes comportant de l’uranium appauvri -munitions de toutes sortes : balles, obus, bombes, missiles, mines, mais aussi chars blindés à l’UA, comme le char Leclerc des Français (et d’eux seuls : son prix prohibitif lui interdit l’exportation) ou le char Abrams des Américains, des Israéliens, etc.- soient retirées du service, donc remplacées (les armées ont horreur du vide), ce qui coûterait une fortune. De plus, l’uranium « réformé » devrait être rendu inoffensif, ce qui est impossible, ou stocké en lieu sûr et surveillé, ce qui coûterait encore plus cher.

Elle impliquerait aussi qu’on cesse de produire ces armes, ce qui mettrait au chômage nombre de « travailleurs de l’armement », accroîtrait donc la crise du capitalisme avancé. Il est vrai qu’on pourrait recycler lesdits travailleurs dans la production d’armes écologiques. Mais comme chacun sait, l’écologique coûte plus cher, pour un résultat moins destructeur, ce qui n’est justement pas le but recherché par les armes. De plus, il pourrait se trouver des écolos pour prétendre que le concept d’ « armes écologiques » est contradictoire en soi. Ce qui mettrait en péril le « Grenelle de l’Environnement » et autres oxymores du même genre.

Elle impliquerait que l’on procède à la réhabilitation des sites contaminés, ce qui coûterait encore une fortune. A titre d’exemple, les 88 bombes à sous munitions CBU-105 WCMD-SWF, pesant chacune 417 kg, qui ont été larguées par les bombardiers B-1B pendant la guerre d’Irak de 2003 ont dispersé leur uranium sur une surface cumulée de 44 km2. Les 818 CBU-103 WCMD (autres bombes à sous munitions, de 429 kg), l’ont dispersé sur une surface cumulée de 218 km2. Et ce n’est là qu’une toute petite partie de l’uranium appauvri déversé au total en Irak : au moins 350 tonnes en 1991, et certainement plus de 1200 tonnes depuis 2003.

Elle impliquerait que les responsables de ces crimes à l’Uranium appauvri soient traduits en justice.

Elle exigerait enfin que soit remis en cause l’ensemble de l’industrie nucléaire civile et militaire, grande pourvoyeuse d’Uranium appauvri dont on ne sait que faire et que l’on « recycle » dans le secteur militaire. C’est là le « cauchemar de Darwin » des nucléocrates du monde entier.

Dans ces conditions, on comprend que certains dirigeants préfèrent conduire insidieusement la population du globe à sa perte. Avez-vous un cancer ? Si ce n’est pas de votre faute (vous fumez trop, vous stressez trop, vous mangez mal, vous avalez trop de médicaments, vous avez une prédisposition génétique…), c’est la faute à pas de chance. Et puis, si vous êtes Gazaoui, vous ne l’avez pas volé ! Jamais vous n’auriez dû voter pour le Hamas. Ou vous auriez dû résister davantage lorsque, en juin 2007, le Hamas a éliminé par la violence ses concurrents du Fatah. (Et si vous êtes Israélien, vous n’auriez pas dû soutenir « Plomb durci »… On vous expliquera bientôt pourquoi.)

La GBU-39

Fabriquées par Boeing, les GBU-39 (Guided Bomb Unit-39) sont des bombes (sans réelle autonomie de vol, à la différence des missiles qui ont leur propre moyen de propulsion). La GBU-39, également désignée sous le nom de SDB1, est la première des SDB (Small Diameter Bomb), des bombes de petit diamètre conçues pour être bon marché, à dommages collatéraux réduits, mais à hautes possibilités de pénétration des aciers et des bétons spéciaux. Malgré ses dimensions modestes, c’est un authentique « bunker buster », un « casseur de bunker » (de bunker enterré), vendu comme tel à Israël.

On dispose dans le public de deux notices : l’une signée par les bureaux d’études du constructeur Boeing, l’autre accessible sur le site de GlobalSecurity, qui ne reprend que certaines données du constructeur. Ces notices se complètent, mais se contredisent sur un point : le poids total de la bombe, qui serait de 250 livres britanniques (113 kg) selon GlobalSecurity (GS), mais qui est de 285 livres (130 kg) selon Boeing. On préférera la version constructeur (GS a sans doute retenu que la SDB1 était « de la classe » des bombes de 250 livres). Boeing indique le poids de la « tête explosive » (« Warhead ») : 206 livres (93 kg), et précise qu’elle est « pénétrante, à souffle et à fragmentation » (« penetrating blast fragmentation »). GS ne donne pas ces précisions mais en donne d’autres : la tête aurait une « enveloppe pénétrante en acier » (« steel case for penetration ») et elle comprendrait 50 livres d’explosif de grande puissance (« 50 lbs of high explosive »).

Cet explosif n’est autre que le DIME (Dense Inert Metal Explosive), un explosif connu depuis plusieurs années, mais qui entre véritablement et massivement en action avec cette offensive sur Gaza (même s’il semblerait que des GBU aient déjà été expérimentées… sur Gaza et peut-être au Liban). Le Dr Mads Gilbert, entre autres, a décrit ses effets horribles sur les corps des victimes (notamment dans une interview que vient de publier Le Monde ). Outre ses effets immédiats, cet explosif est jugé hautement cancérigène, de sorte que les victimes qui survivent à l’explosion ont de bonnes « chances » de finir avec un cancer. De telles caractéristiques devraient entraîner son interdiction pure et simple par la CACC.

La GBU-39 ressemble à un grand crayon. Elle mesure selon Boeing 70,8 pouces (1,80 mètre) de long, pour 7,5 pouces (19 centimètres) de diamètre seulement. Elle a un système avancé de guidage laser et de positionnement par GPS, capable de résister aux brouillages. Elle est « intelligente » : une fois larguée par l’avion porteur, elle se cale sur la cible qui lui a été désignée et corrige sa trajectoire, un peu comme un planeur, grâce à son empennage et à des ailes qui se déploient sitôt après le lancement.

Les GBU-39 appartiennent aux nouvelles générations d’armements qui utilisent des aciers « très spéciaux » mais dont les usineurs et les autorités taisent la composition. Or, pour obtenir à des prix de plus en plus serrés pour des performances de plus en plus importantes, il est indéniable que l’Uranium appauvri a les meilleurs atouts. En effet, la capacité de pénétration d’un projectile dans une cible dépend de la conjonction de quatre facteurs : elle est directement proportionnelle à sa masse (son poids), à sa vitesse, à sa dureté – et inversement proportionnelle à la surface de sa section (l’aiguille pénètre plus facilement dans un tissu que le dé à coudre…). On le conçoit sans peine : un lourd javelot à pointe dure et mince, lancé à pleine vitesse, a plus de chance de pénétrer en terre qu’une balle de ping pong tombant par terre. L’uranium appauvri remplit tous ces critères : il est lourd, très dur -contrairement au plomb-, et sa densité permet d’obtenir une masse maximale dans un minimum de volume, donc aussi une surface de choc réduite au minimum.

La capacité de pénétration attribuée par Boeing à la GBU est « supérieure à trois pieds [près d’un mètre] de béton armé renforcé » (« >3 feet of steel reinforced concrete ») . GS laisse le choix entre deux citations : « more than three feet of steel-reinforced concrete » (la même chose, donc) et « six feet of reinforced concrete » (six pieds, ou deux mètres, de béton renforcé).

Contrairement aux apparences, ces deux citations qui font passer la capacité de pénétration du simple ou double, ne sont pas forcément contradictoires. Elles pourraient correspondre à deux types de béton : les bétons à Ultra Hautes, et à Très Hautes Performances.

En France, les BFUP (Bétons Fibrés à Ultra-hautes Performances), ainsi nommés par l’AFGC (Association Française du Génie Civil), ces nouveaux bétons sont apparus dans les années 1990, sous l’impulsion conjuguée d’Électricité de France et des entreprises Bouygues et Eiffage, sous-missionnaires des travaux de réfection des tours de refroidissement des centrales nucléaires de CATTENOM et de CIVAUX. Issus des recherches scientifiques, ces bétons ont comme particularité d’avoir de très hautes résistances (8 à 10 fois celles du béton classique), de ne pas avoir besoin d’armatures passives, sources de corrosion, d’être étanches à l’eau, et d’être d’une durabilité exceptionnelle. Il existe aujourd’hui une gamme étendue de formules, développées et brevetées par les industriels de la construction. Les Bétons à Très Hautes Performances (BTHP) et les Bétons à Ultra Hautes Performances (BFUP) résultent d’une synthèse des progrès réalisés ces trente dernières années par l’optimisation du squelette granulaire, l’apport d’adjuvants et l’utilisation de renforts de fibres. Concernant la résistance à la compression et selon la définition donnée dans les recommandations de l’AFGC, les BFUP dépassent 150 MPa (Mégapascal, une unité de résistance). Par définition, les performances des BTHP se situent entre celles des Bétons à Hautes Performances (BHP) et celles des BFUP. Les résistances mécaniques des BTHP sont donc comprises entre 100 et 150 Mpa.

Voici comment IsraelValley, le site officiel de la Chambre de Commerce France/Israël, se référant à une revue de presse de l’Ambassade d’Israël en France, annonçait l’achat des GBU-39 dès le 16 septembre 2008 – (http://www.israelvalley.com/news/2008/09/16/19550/israel-defense-1000-bombes-penetrantes-de-type-gbu-39-de-boeing-vont-renforcer-de-facon-considerable-les-capacites-de-larmee-de-lair-israelienne) : 

« Le Ministre américain de la Défense a approuvé la vente à Israël de 1000 bombes pénétrantes de type GBU-39, fabriquées par la société Boeing et considérées comme les plus modernes au monde, rapporte le Maariv. Ces bombes sont capables de pénétrer une couche de béton armé de 90 centimètres d’épaisseur de manière très précise (un périmètre de 3 mètres). Le journal note toutefois qu’avant d’être entérinée, cette vente doit encore être approuvée par le Congrès Américain. Selon une source militaire israélienne citée par le journal, la combinaison de ces bombes avec les futurs avions de chasse de Tsahal, les F-35, devrait renforcer de façon considérable les capacités de l’armée de l’air israélienne. » Les « 90 centimètres de béton armé » que les GBU-39 sont capables de transpercer représenteraient en fait au moins 4 ou 5 mètres de béton du mur de l’Atlantique.

A la lecture de toutes leurs caractéristiques techniques, il est clair que ces armes sont à base d’UAm (Uranium Appauvri métal), ou plus brièvement, d’UA. De l’acier, même de qualité exceptionnelle, ne pourrait faire l’affaire. Le mot« steel » (acier), absent de la fiche technique de Boeing et ajouté par GS pour décrire l’enveloppe de la tête explosive (« steel case for penetration ») est donc impropre -à moins de désigner un alliage métallique non précisé (qui se diraitalloy). Il sert à combler une lacune manifeste et certainement délibérée dans la notice du constructeur.

Il est vrai qu’en dehors de l’acier, l’UAm pourrait avoir un concurrent sérieux : le tungstène. Mais il a sur lui un double avantage. D’une part, il est beaucoup moins cher et on ne sait pas quoi en faire (50 000 tonnes en sont produits annuellement dans le monde, comme résidu de l’industrie nucléaire civile et militaire), alors que le tungstène reste est un métal précieux. D’autre part et surtout, contrairement au tungstène, il est pyrophore. C’est à dire qu’il a la propriété de s’enflammer. Ainsi, non seulement un corps de bombe usiné en UA va-t-il voler en tout petits éclats sous l’effet de l’explosif, mais en plus il va brûler en carbonisant l’intérieur de la cible atteinte. La caractéristique pyrophorique permet au « pénétrateur à l’UA » de s’enflammer par simple frottement de ses parois au passage du « trou de perforation » qu’il réalise, avant que les systèmes de mise à feu de l’explosif ne soient activés. Ainsi, le premier effet de ces armements est-il de déclencher « un feu d’enfer », à près de 1200°C. Les occupants d’un char transpercé par un obus à UA ne meurent pas déchiquetés, mais carbonisés. Les expertises (Kosovo, Afghanistan, Guerre d’Irak…), sans oublier les photos et vidéos publicitaires des GBU, confirment cette donnée.

En résumé, des bombes à qui l’on demande :
-  une ultra haute capacité de pénétration (bétons très haute performance, aciers spéciaux) ;
-  un poids très important proportionnellement à leur volume (donc sous forme compacte) ;
-  un impact local resserré (pour amuser la galerie en parlant de « frappe chirurgicale », de « guerre propre », de « bombes à effets collatéraux réduits) ;
-  un effet incendiaire ;
-  un prix compétitif (« low cost ») ont toutes les chances d’être à l’UAm, dans des proportions situées entre 75% et 85%, le reste pouvant être du tungstène (aussi présent dans l’explosif DIME), du titane, du molybdène… des métaux spéciaux et précieux.

Nous sommes aujourd’hui en mesure d’affirmer que :
-   les 1000 bombes livrées début décembre 2008 par les Etats-Unis à Israël sont des bombes GBU-39B ;
-   elles sont de la classe des bombes de 250 livres britanniques (113 kg) mais pèsent en fait chacune 130 Kg (285 lb)
-   leur partie explosive (« warhead ») pèse 93 kg (206 lb) ;
-   le reste, soit 37 kg, correspond à la coque extérieure en carbone, au système de navigation inertiel comprenant l’empennage, les deux ailes, le système électronique, le GPS, les capteurs, une batterie, des servomoteurs électriques…
-   la partie explosive (« warhead ») se compose de deux éléments : l’explosif et le corps de bombe ;
-   l’explosif est du DIME (Dense Inert Metal Explosive) et pèse, jusqu’à preuve du contraire, 55,8 kg (60 %) ;
-   le corps de bombe est en métal et pèse 37,2 kg (40 %) ;
-   ce métal est constitué d’un alliage Ti-UA, 20/80, soit 20% de titane pour 80% d’Uranium ;
-   l’uranium appauvri incorporé dans la bombe pèse 29,7 kg.

Au total, il y a donc près de 30 kg d’uranium par bombe GBU-39B.

Autres armes à uranium mises en œuvre à Gaza

S’il n’y a pas de raison que la « petite dernière » ne soit pas dotée d’un « pénétrateur » à l’UA comme ses grandes sœurs de génération précédente, il n’y en a pas non plus pour que les dirigeants et les chefs militaires israéliens se soient interdit l’emploi d’autres armes radioactives, par exemple de munitions d’artillerie, de chars, de mitrailleuses, renforcées à l’UA, et à plus forte raison l’emploi de « bunker busters » plus puissants, comme les GBU-28, d’un poids global supérieur à 2 tonnes. Même si officiellement Israël n’en est pas doté, on imagine sans peine qu’elles aient pu être utilisées contre les tunnels de la ligne « Philadelphie », entre Gaza et l’Egypte. En tout cas, dès le 1er janvier, des sources parlaient « de dizaines de couloirs souterrains détruits par les GBU-28 de 5000 livres »

Comme nous venons de l’expliciter, toutes ces bombes contiennent de l’uranium. Lors de l’explosion, de l’ignition, elles répandent autours d’elles un nuage de fumées composé de milliards de très fines particules radioactives qui s’oxydent au contact de l’air et vont, pour partie, se (re) déposer sur place après avoir contaminé les gravats et la terre arrachés lors de l’explosion, et pour partie, se mélanger aux poussières que les vents transportent et se mêler à l’atmosphère que nous respirons.

Les milliards de particules issues des « bunker buster bombs » transportent une radioactivité multi-millénaire. Une partie de ces particules fines s’élève dans les airs et finira dans les poumons de toutes les populations environnantes d’abord, et du monde ensuite. En bombardant la Bande de Gaza avec ces engins à l’uranium, l’Etat d’Israël contamine inéluctablement ses propres cultures vivrières, ses propres exportations, ses propres soldats et sa propre population.

Les engins atomiques, quels qu’il soient, ont des effets directs et « collatéraux » plus ou moins « limités » selon la puissance de l’explosion, mais ils ont aussi et toujours des effets collatéraux « contaminants », illimités dans l’espace et dans le temps.

Conclusion

Aujourd’hui, la charge de la preuve n’appartient plus aux simples citoyens ou aux observateurs civils. C’est aux armées israéliennes, américaines, françaises, russes et autres de démontrer qu’aucune des armes qu’elles emploient n’est radioactive. Car ce sont, répétons-le, des armes triplement criminelles : en tant qu’armes de guerre ; en tant qu’armes génocidaires ; en tant qu’armes écocidaires.

Et c’est aux journalistes, aux scientifiques, aux institutions internationales d’enquêter sur place pour faire la lumière. En fait, on devra chercher à Gaza, une fois revenue « la paix », non seulement de l’U238 (qui compose à 98 % l’Uranium appauvri) mais encore plusieurs autres actinides (y compris du plutonium) présents dans les déchets de combustion, car il apparaît que l’uranium appauvri dont se sert l’armée américaine pour fabriquer ses armes à UA n’est pas de l’UA issu directement du processus d’enrichissement. Alors, si nos hypothèses se confirment, l’opération « Plomb durci » se révélera pour ce qu’elle est : une opération employant des armes radioactives – des armes génocidaires.

Pour qui ne se pose pas les bonnes questions, le nom même de l’opération représente une énigme. Pourquoi donc « Plomb durci » ? Etrange, non ? Pourquoi pas « Stop Hamas », « Gaza Freedom » ou « Peace for Ever » ? Et qu’est-ce que pourrait bien être le « Plomb durci » ?

La bonne question est : Qu’est-ce qui peut être aussi lourd que du plomb, voire davantage, mais bien plus dur ?

Réponse : De l’uranium.

Comme pour la « lettre volée » d’Edgar Poe, invisible car posée sur la cheminée sous les yeux mêmes des enquêteurs, il arrive que la signature du crime soit donnée en même temps que le crime.

Il arrive que les stratèges s’amusent beaucoup. Leur cynisme est sans borne.

Aux dernières nouvelles, ce 13 janvier 2009, selon Serge Dumont, envoyé du Temps à Tel-Aviv, « l’armée israélienne affirme avoir détruit 225 souterrains. Il en existerait plus de 1000 » sur le « corridor de Philadelphie ». Les 1000 GBU-39B leur étaient-elles donc destinées ? Dans ce cas, à raison d’au moins une bombe par souterrain, 225 bombes GBU-39 auraient déjà été larguées, libérant à elles seules 6,7 tonnes d’uranium – près de 30 kg par bombe. On ignore combien de GBU-39B sont tombées sur la ville de Gaza et sur le reste du territoire, mais quand le stock aura été épuisé, il y aura 30 tonnes d’uranium appauvri dans la nature de Gaza et de ses environs. On ignore combien d’autres « bunker busters » et combien d’autres types de munitions à uranium auront été utilisées. On l’a vu un tiers de gramme d’UA inhalé peut rendre gravement malade un militaire américain et le faire mourir. Il n’en faut pas davantage pour tuer à petit feu un homme, une femme ou un enfant, à Gaza, à Sderot ou ailleurs.

Le 14 janvier 2009

-  ACDN (Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire)

Jean-Marie MATAGNE, président

-  A.I.P.R.I. (Association Internationale pour la Protection contre les Radiations Ionisantes)

Paolo SCAMPA, président


« Génocide à l’Uranium Appauvri à Gaza : le dossier » ⓒACDN, 14 janvier 2009. Reproduction partielle ou complète de cet article autorisée sous réserve de renvoyer à la source : www.acdn.net, d’activer les liens.


Signer la pétition pour l’abandon et l’interdiction universelle des armes à UA.


mas10114-118x150 ACDN dans REFLEXIONS PERSONNELLES Explosion sur la ville de Gaza le matin du 14 janvier 2009

Cette explosion atteste l’usage certain de bombes « bunker busters » à l’uranium appauvri en centre ville. Le panache de fumées et surtout la boule de feu indiquent des chaleurs « torrides » qu’aucune bombe ni au phosphore ni « classique » ne peut atteindre. La couleur blanche dans cette « boule de feu » semble indiquer une température supérieure à 1000°C, qui ne peut être obtenue que par l’apport de l’UA… Le panache de fumées noires est le résultat d’une « surcombustion » due à la carbonisation des éléments arrachés lors de l’explosion. Un panache qui monte à plusieurs dizaines de mètres d’altitudes au-dessus des maisons… Gare aux retombées. (Commentaire d’un expert)

 

RAPPORT Sur l’utilisation d’armes radioactives dans la Bande de Gaza pendant l’opération « Plomb durci » (27 décembre 2008 – 18 janvier 2009)
Mise en ligne le : 4 juillet 2009

Il est des vérités qui sont de longues patiences.

SOMMAIRE
-  Avertissement
-  1. Alerte dans la presse
-  2. La GBU-39 : première approche
-  3. Suspicion d’uranium
-  4. L’alerte sur le terrain
-  5. Le dilemme
-  6. La leçon irakienne : l’attaque de « Forward Base Falcon »
-  7. Retour à Gaza
-  8. Le contexte global
-  9. Les effets de l’UA
-  10. Historique de la GBU-39
-  11. Un brevet ambigu
-  12. Gaza, terrain d’essai
-  13. « Le génocide de Gaza a commencé »
-  14. Lettre à M. Ban Ki-moon : les Nations Unies doivent enquêter
-  15. L’art de l’esquive
-  16. La GBU-39B : portrait au 20 mai 2009
-  17. Combien d’uranium, et où ?
-  18. Autres armes mises en œuvre à Gaza
-  19. Les enjeux
-  20. La charge de la preuve
-  21. Dernière minute : la preuve est là
-  Conclusion : un seul camp, celui de l’humanité

-  ANNEXES

Nota : Pour des raisons techniques, il ne nous a pas été possible d’intégrer au texte publié ici les illustrations, notes de références et documents annexes faisant partie du rapport tel qu’il a été remis aux instances qualifiées.


Avertissement

Le présent rapport tend à faire la synthèse des articles publiés sur le site d’ACDN, www.acdn.net, en français et en anglais, entre le 4 janvier et le 12 février 2009, en y apportant les correctifs et les ajouts rendus possibles par les informations obtenues à mesure que notre enquête progressait, chaque semaine ou presque apportant son lot de précisions, de rectifications, de doutes, de confirmations, de surprises et de révélations, jusqu’au 20 mai 2009. Il n’a rien de définitif, son sujet demeurant largement couvert par le secret industriel et le “secret défense”, avec un enjeu politique, économique et militaire considérable.

Il repose pour l’essentiel sur l’analyse et le recoupement d’informations et de documents accessibles au public dans la presse écrite ou sur Internet. Mais il a également bénéficié d’informations de sources privées ayant demandé à ne pas être citées. L’une d’entre elles accepte aujourd’hui d’être nommée : il s’agit de Jean-François Fechino, consultant en pollutions diffuses et expert auprès du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), auteur d’un rapport d’une centaine de pages sur les effets de l’emploi d’armements contenant de l’Uranium Appauvri en Irak, et d’un rapport préliminaire sur les armements mis en œuvre dans la bande de Gaza, rapport remis le 7 mai 2009 à la Commission d’Enquête du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU sur les faits relatifs à Gaza (« Commission Goldstone »). Avec lui et quelques autres, nous avons cherché à dégager ensemble la vérité en confrontant nos points de vue – ce qui n’exclut pas, bien entendu, les risques d’erreur ou d’“intoxication”. Qu’il soit particulièrement remercié pour les informations qu’il m’a communiquées, sans délai ni restrictions autres que celles relatives à la protection de ses sources.

Bien des personnes ont droit à notre reconnaissance. J’aimerais citer en particulier Paolo Scampa, président de l’A.I.P.R.I., Alain Acariès, secrétaire d’Avigolfe, Noha Rashmawi, de la Délégation Palestinienne à Paris, Haytham Manna et Violette Daguerre, de la Commission Arabe des Droits Humains, Me Gilles Devers, initiateur de la plainte collective pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité déposée auprès de la Cour Pénale Internationale, Gideon Spiro et Yehuda Atai pour leurs positions courageuses en Israël, Peter Low, Francine Fèvre et Dan McConaughley pour leurs traductions, le Dr Rosalie Bertell pour ses encouragements au moment le plus dur, mes amis d’ACDN, notamment Yves Laigle, et mes proches, pour leur patience et leur constant soutien.

Les enquêtes en cours ou à venir, diligentées par l’ONU, la C.P.I. ou d’autres organismes, lèveront peut-être d’autres coins du voile et permettront peut-être
-   d’éclairer la justice sur ce qui s’est réellement passé à Gaza,
-   de prendre les mesures concrètes pour neutraliser à Gaza, en Irak et ailleurs, les effets maléfiques de toutes les armes radioactives,
-   d’en prononcer l’interdiction universelle et définitive, y compris celle des armes nucléaires.

Puisse ce rapport y contribuer.

Saintes, 4 janvier-4 juin 2009

Jean-Marie MATAGNE, Docteur en philosophie

Président de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN)


1. Alerte dans la presse

Dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 décembre 2008, à 1h 18 du matin, le Jerusalem Post publie sur son site www.israel.jpost.com un article en anglais qui sera réactualisé à 9h 15. Il est intitulé : « L’Armée de l’Air Israélienne utilise une nouvelle bombe intelligente fournie par les Etats-Unis ».

Son auteur, Yaakov Katz, écrit :

« L’Armée de l’Air Israélienne (IAF) a utilisé un nouveau missile brise-bunker (bunker-buster) récemment reçu des Etats-Unis, dans des frappes contre le Hamas, selon les informations recueillies dimanche par leJerusalem post.

« Le missile, appelé GBU-39, a été développé ces dernières années par les Etats-Unis en tant que bombe de petit diamètre à bas coût, de haute précision et produisant de faibles dommages collatéraux.

« Israël a reçu en septembre l’autorisation du Congrès [américain] d’en acheter 1000 exemplaires et des responsables de la Défense ont déclaré ce dimanche que la première cargaison, arrivée au début du mois, a été employée avec succès pour pénétrer les sites souterrains de lancement de Kassam dans la Bande de Gaza, pendant le lourd bombardement aérien auquel les infrastructures du Hamas ont été soumises samedi. Elle a également été utilisée dimanche dans le bombardement des tunnels de Rafah.

« La GBU-39, guidée par GPS, est considérée comme l’une des bombes les plus précises au monde. Cette bombe de 113 kg a les mêmes capacités de pénétration qu’une bombe ordinaire de 900 kg, bien qu’elle n’emporte que 22,7 kg d’explosif. Avec seulement 1,75 m de longueur, sa petite taille augmente le nombre de bombes qu’un avion peut emporter et le nombre de cibles qu’il peut attaquer en une seule sortie. »

« Les essais effectués aux Etats-Unis ont prouvé que la bombe est capable de transpercer au moins 90cm de béton armé. La GBU-39 peut être utilisée par tout type de temps et a une portée de plus de 110 km, grâce à ses ailes déployables. »

C’est ainsi que, dès le début de l’offensive israélienne contre Gaza baptisée « Plomb durci » (« Cast Lead »), la GBU-39 faisait son entrée sur le terrain et dans la presse.

Abstraction faite du terme de « missile » employé improprement, le rapide portrait du Jerusalem Post dégage ses traits les plus flagrants, sauf un, bien sûr, dont il sera bientôt question.

L’étude comparative des articles parus dans la presse spécialisée sur cet engin en gestation depuis plusieurs années, et des fiches techniques -parfois contradictoires- disponibles sur Internet, nous permet d’en préciser le portrait et l’histoire, tout en laissant subsister des zones d’ombre que nous nous appliquerons à réduire dans les jours et les semaines qui suivent.

Ce travail d’analyse nous conduit rapidement à conclure que la GBU-39 doit contenir de l’Uranium Appauvri, métal radioactif dont on connaît les effets destructeurs sur le génome humain ou animal, comme l’attestent ses très nombreuses victimes depuis qu’il a été utilisé pour la première fois en Irak pendant la « guerre du Golfe » de 1991.

2. La GBU-39 : première approche

Fabriquée par Boeing, la GBU-39 (Guided Bomb Unit-39) dite encore GBU-39B (il y a eu un premier prototype baptisé 39A) est une bombe, c’est-à-dire un engin tombant du ciel, sans réelle autonomie de vol, à la différence d’un missile qui a son propre moyen de propulsion.

La GBU-39, également désignée sous le nom de SDB1, est la première des SDB (Small Diameter Bomb) : des bombes de petit diamètre conçues pour être bon marché, avoir des « dommages collatéraux » réduits, mais aussi de hautes capacités de pénétration des aciers ou des bétons spéciaux. Malgré ses dimensions modestes, c’est un authentique « bunker buster », un « casseur de bunker » ou « brise-bunker », et c’est comme tel qu’elle a été livrée à Israël.

Le public dispose sur Internet de deux notices succinctes et de plusieurs articles qui s’en inspirent : l’une signée du constructeur, Boeing, l’autre accessible sur le site de GlobalSecurity, qui reprend certaines données du constructeur. Ces notices se complètent, mais se contredisent sur un point : le poids total de la bombe, qui serait de 250 livres britanniques (113 kg) selon GlobalSecurity (GS), mais de 285 livres (130 kg) selon Boeing. Il faut retenir la version du constructeur (GS a seulement retenu que la SDB1 était « de la classe » des bombes de 250 livres). Boeing indique en outre le poids du« corps de bombe » (« Warhead ») : 206 livres (93 kg), sans toutefois en indiquer la longueur, et précise qu’elle est « pénétrante, à souffle et à fragmentation » (« penetrating blast fragmentation »). GS ne donne pas ces précisions mais en donne d’autres : la tête aurait une « enveloppe pénétrante en acier » (« steel case for penetration ») et elle comprendrait 50 livres d’explosif de grande puissance (« 50 lbs of high explosive »).

La GBU-39 ressemble à un grand crayon. Elle mesure selon Boeing 70,8 pouces (1,80 mètre) de long pour 7,5 pouces (19 centimètres) de diamètre seulement. Elle a un système avancé de guidage et de positionnement par GPS, capable de résister aux brouillages. Elle est « intelligente » : une fois larguée par l’avion porteur, elle se cale sur la cible qui lui a été désignée et corrige sa trajectoire, un peu comme un planeur, grâce à son empennage et à des ailes qui se déploient au bout de quelques secondes après une rotation sur elle-même de 180°.

Les GBU-39 appartiennent aux nouvelles générations d’armements qui utilisent des aciers « très spéciaux » mais dont les usineurs et les autorités taisent la composition. Or, pour obtenir à des prix de plus en plus serrés des performances de plus en plus élevées, il est indéniable que l’Uranium appauvri a les meilleurs atouts.

En effet, la capacité de pénétration d’un projectile dans une cible dépend de la conjonction de quatre facteurs : elle est directement proportionnelle à sa masse (donc à son poids), à sa vitesse et à sa dureté – et inversement proportionnelle à la surface de sa section (l’aiguille pénètre plus facilement dans un tissu que le dé à coudre…). On le conçoit sans peine : un lourd javelot à pointe dure et mince, lancé à pleine vitesse, a nettement plus de chance de pénétrer dans le sol qu’une balle de ping-pong tombant par terre. L’uranium appauvri remplit tous ces critères : il est très lourd, très dur -contrairement au plomb-, et sa densité permet d’obtenir une masse maximale dans un minimum de volume, donc aussi une surface de choc réduite au minimum.

La capacité de pénétration attribuée par Boeing à la GBU est « supérieure à trois pieds [90 cm] de béton armé renforcé » (« >3 feet of steel reinforced concrete »). GS laisse le choix entre deux citations : « more than three feet of steel-reinforced concrete » (la même chose, donc) et «  six feet of reinforced concrete » (six pieds, soit près deux mètres, de béton renforcé).

Contrairement aux apparences, ces deux citations qui font passer la capacité de pénétration du simple ou double, ne sont pas forcément contradictoires. Elles pourraient correspondre, comme nous l’explique Jean-François Fechino, à deux types de béton : les bétons à Ultra Hautes Performances, et ceux à Très Hautes Performances.

En France, les BFUP (Bétons Fibrés à Ultra-hautes Performances), ainsi nommés par l’AFGC (Association Française du Génie Civil), ces nouveaux bétons sont apparus dans les années 1990, sous l’impulsion conjuguée d’Électricité de France et des entreprises Bouygues et Eiffage, sous-missionnaires des travaux de réfection des tours de refroidissement des centrales nucléaires de Cattenom et de Civaux. Issus des recherches scientifiques, ces bétons ont comme particularité d’avoir de très hautes résistances (8 à 10 fois celles du béton classique), de ne pas avoir besoin d’armatures passives, sources de corrosion, d’être étanches à l’eau, et d’être d’une durabilité exceptionnelle. Il existe aujourd’hui une gamme étendue de formules, développées et brevetées par les industriels de la construction. Les Bétons à Très Hautes Performances (BTHP) et les Bétons Fibrés à Ultra-hautes Performances (BFUP) résultent d’une synthèse des progrès réalisés ces trente dernières années par l’optimisation du squelette granulaire, l’apport d’adjuvants et l’utilisation de renforts de fibres. Concernant la résistance à la compression et selon la définition donnée dans les recommandations de l’AFGC, les BFUP dépassent 150 MPa (Mégapascal, une unité de résistance). Par définition, les performances des BTHP se situent entre celles des Bétons à Hautes Performances (BHP) et celles des BFUP. Les résistances mécaniques des BTHP sont donc comprises entre 100 et 150 Mpa.

Voici comment IsraelValley, le site officiel de la Chambre de Commerce France/Israël, se référant à une revue de presse de l’Ambassade d’Israël en France, annonçait l’achat des GBU-39 le 16 septembre 2008 : « Le ministre américain de la Défense a approuvé la vente à Israël de 1000 bombes pénétrantes de type GBU-39, fabriquées par la société Boeing et considérées comme les plus modernes au monde, rapporte le Maariv. Ces bombes sont capables de pénétrer une couche de béton armé de 90 centimètres d’épaisseur de manière très précise (un périmètre de 3 mètres). Le journal note toutefois qu’avant d’être entérinée, cette vente doit encore être approuvée par le Congrès américain. Selon une source militaire israélienne citée par le journal, la combinaison de ces bombes avec les futurs avions de chasse de Tsahal, les F-35, devrait renforcer de façon considérable les capacités de l’armée de l’air israélienne. »

Selon Jean-François Fechino, les « 90 centimètres de béton armé », c’est-à-dire les « 3 pieds de béton armé renforcé » que les GBU-39 sont capables au minimum de transpercer selon Boeing représenteraient en fait au moins 4 ou 5 mètres de béton du mur de l’Atlantique.

3. Suspicion d’uranium

D’après leurs caractéristiques techniques, il est clair pour nous que ces armes sont à base d’Uranium Appauvri métal (UAm, ou plus brièvement UA). De l’acier, même de qualité exceptionnelle, ne pourrait faire l’affaire pour une bombe d’un poids aussi réduit et d’une longueur de corps largement inférieure à 2 mètres, à la différence des GBU-28, par exemple, qui tirent leur capacité de pénétration d’un corps de bombe en acier spécial, à la fois longiligne (les premières GBU-28 ont été fabriquées en toute hâte, pendant la guerre du Golfe, à partir de fûts de canon d’artillerie…), très lourd (4000 livres soit près de deux tonnes) et très long (plus de 5 mètres, rien que pour le corps de bombe).

Le mot « steel » (acier), absent de la fiche technique de Boeing et ajouté par GlobalSecurity pour décrire l’enveloppe pénétrante de la tête explosive(« steel case for penetration ») est donc impropre -à moins de désigner un alliage métallique non précisé (qui se dirait alloy). Il sert à combler une lacune manifeste et certainement délibérée dans la notice du constructeur.

Une bombe à qui l’on demande :
-   un impact local précis et resserré (pour pouvoir parler de « frappe chirurgicale ») ;
-   un effet collatéral restreint (pour pouvoir parler de « guerre propre ») ; mais aussi
-   une très haute capacité de pénétration (égale à celle d’un « bunker buster » 8 à 16 fois plus lourd qu’elle) lui permettant d’atteindre le cœur d’une cible fortifiée ou profondément enterrée ;
-   un poids réduit, mais très important par rapport à son volume, donc une extrême compacité ;
-   un coût bas (« low cost »)
-   la capacité d’être produite en grande série, donc de faire appel à un matériau abondant

a toutes les chances d’être à l’UAm. Dans des proportions situées entre 75% et 85% selon Jean-François Fechino, le reste pouvant être du tungstène, du titane, du molybdène… des métaux spéciaux et précieux.

Il est vrai qu’en dehors de l’acier, l’UAm pourrait avoir un concurrent sérieux : le tungstène. Mais il a sur lui un double avantage. D’une part, il est beaucoup moins cher et on ne sait pas quoi en faire (50 000 tonnes en sont produits annuellement dans le monde, comme résidu de l’industrie nucléaire civile et militaire), alors que le tungstène reste un métal précieux, sur un marché dominé par le tungstène chinois. D’autre part et surtout, contrairement au tungstène, il est pyrophorique : il a la propriété de s’enflammer par frottement contre un corps dur comme l’acier ou le béton. Ainsi, non seulement un corps de bombe usiné en UA va-t-il voler en tout petits éclats sous l’effet de l’explosif, mais en plus il va brûler en carbonisant l’intérieur de la cible atteinte. L’UA n’explose pas lui-même, mais il brûle en déclenchant « un feu d’enfer » à près de 1200°C. Ainsi, les occupants d’un char transpercé par la flèche d’un obus-flèche à UA ne meurent pas déchiquetés – pour autant que l’incendie ne provoque pas l’explosion des munitions présentes à bord du char – mais carbonisés. Ce qu’il reste du char est hautement radioactif. Les G.I.s qui, en 1991, s’approcheront de carcasses de tanks irakiens ainsi contaminés s’en apercevront une fois revenus chez eux, souvent des années plus tard.

Attentifs à tout ce qui touche au nucléaire, aux armements radioactifs, à l’Uranium Appauvri, aux armes de destruction massive en général, nous mesurons aussitôt l’ampleur du drame invisible et silencieux qui, au-delà du fracas des bombes, au-delà même des victimes immédiates et des destructions manifestes, risque de se mettre en place dans la bande de Gaza pour se jouer à moyen et à long terme, si l’offensive israélienne se prolonge et continue d’utiliser des armes radioactives de ce type.

4. L’alerte sur le terrain

Dimanche 4 janvier 2009, 13h 16 GMT – L’agence de presse iranienne Press TV, l’une des très rares agences à être présentes à Gaza, diffuse une dépêche en anglais intitulée : « De l’uranium appauvri trouvé dans des victimes à Gaza »

On peut y lire que « des médecins norvégiens ont déclaré au correspondant de Press TV, Akram al-Sattari, qu’ils avaient trouvé des traces d’Uranium Appauvri dans le corps de certains habitants blessés depuis le début de l’offensive lancée par Israël le 27 décembre sur la bande de Gaza. Ce témoignage vient après que les tanks et les troupes israéliens aient franchi la frontière dans la nuit de samedi à dimanche et lancé une offensive terrestre, après huit jours de bombardements intensifs par l’aviation et la marine israélienne. »

La dépêche ajoute que « le ministre de la défense d’Israël, Ehoud Barak, a averti ce dimanche que l’offensive serait « pleine de surprises ». Suggère-t-elle ainsi que l’usage d’armes à l’Uranium Appauvri pourrait être l’une de ces surprises ?

En fait, la déclaration des médecins norvégiens citée par Press TV va dans le même sens que l’interview télévisée donnée par le Dr Mads Gilbert et retransmise par la chaîne Al-Jazeera dans la nuit du 31 décembre (http://www.gnn.tv/B30595). C’est dès cette date, en effet, que le médecin norvégien mentionne des « traces de radioactivité » trouvées chez des blessés, donc chez des victimes de la première phase de l’offensive israélienne, lors des tout premiers bombardements aériens.

On a vu que, durant cette phase, les autorités israéliennes ont révélé avoir fait grand usage des GBU-39 fraîchement livrées par les États-Unis. Les caractéristiques « miraculeuses » de cette bombe d’avant-garde ont été largement vantées dans la presse, mais en passant sous silence l’information essentielle, la seule qui soit à même d’expliquer les « performances » de ces nouveaux engins : le fait qu’ils doivent contenir de l’Uranium appauvri – conclusion à laquelle nous sommes déjà parvenus.

Plusieurs questions se posent toutefois : comment, dans les conditions aussi difficiles que celles où ils travaillent, le Dr Gilbert et ses collègues ont-ils pu déceler des « traces de radioactivité » et plus précisément encore, d’Uranium appauvri ? Ont-ils prélevé les tissus ou les liquides organiques nécessaires ? Ont-ils eu le temps nécessaire pour réaliser des analyses complexes, qui d’ordinaire demandent plusieurs semaines à des laboratoires spécialisés ? Comment des médecins urgentistes ont-ils pu les réaliser ? Personne ne le sait, et nous n’avons aucun moyen de joindre sur place les médecins norvégiens.

5. Le dilemme

Il ne faut évidemment pas compter sur les autorités israéliennes pour confirmer les assertions du Dr Gilbert, ni sur la presse internationale, empêchée par les Israéliens de pénétrer dans la bande de Gaza. Nous prenons contact avec la Délégation Palestinienne à Paris, espérant par son intermédiaire obtenir des échantillons appropriés de terre ou de matériaux prélevés à Gaza pour les soumettre à l’analyse de laboratoires indépendants (ainsi que nous l’avions fait pour Bagdad, comme on va le voir ci-après). En attendant de les obtenir, une autre approche s’impose pour tenter de vérifier les accusations des médecins norvégiens : poursuivre l’étude des armes dont les blessés de Gaza ont pu être victimes, parmi lesquelles, probablement, les GBU-39. Contiennent-elles de l’UA ? Mais là non plus, on ne peut compter sur une confirmation du « DOD » (Department of Defense) américain, ni sur celle du constructeur Boeing.

Nous sommes donc placés devant un dilemme.

Faut-il, alors que nous n’en avons pas de preuve formelle, dénoncer l’emploi de ces armes dont nous sommes convaincus, malgré un doute toujours présent à l’esprit, qu’elles sont radioactives ? Nous risquons de nous voir opposer un démenti cinglant et de subir la bronca de tout ce que le complexe militaro-industriel multinational peut compter comme agents, ou même comme alliés malgré eux, jusque dans le mouvement antinucléaire, pacifiste et « abolitionniste » où certains militants ignorent tout du problème, où d’autres le connaissent mal et ne s’en soucient guère, où d’autres enfin, qui le connaissent bien, ne veulent pas prendre le risque de se tromper et de ternir ainsi leur image ou celle de leur association.

Ou bien faut-il en attendre la preuve indiscutable – au risque de voir les Gazaouis et la population de la région, Israéliens compris, subir ou faire subir sans le savoir un génocide « à retardement », dans le silence complice des chefs militaires, des dirigeants politiques et des savants inféodés au complexe militaro-industriel ?

Nous préférons le premier risque au second. L’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire rassemble des citoyens du monde qui veulent agirpour contribuer, dans la limite de leurs moyens, à l’amélioration du sort des humains et à la survie de l’espèce, menacée par les armes nucléaires et radioactives. L’association depuis 1996, et son président depuis 1986, s’efforcent de faire entendre l’impérieuse nécessité d’abolir ces armes. 23 ans de « traversée du désert » : le sort des « lanceurs d’alerte » (« whistleblowers ») nous est devenu familier. A propos de Gaza comme dans d’autres cas, nous jugeons nécessaire de sonner le tocsin avant que le désastre ne soit devenu irréversible et incommensurable.

Le précédent irakien ne doit surtout pas se reproduire.

6. La leçon irakienne : l’attaque de Forward Base Falcon

7. Retour à Gaza

Revenons à Gaza, janvier 2009. Tout comme les Irakiens, les Gazaouis subissent un blocus inhumain, et maintenant une offensive aérienne et terrestre. Vont-ils subir aussi la contamination à l’uranium ? Instruits par l’expérience, nous décidons cette fois de procéder différemment. Nous affirmerons ce qui nous semble hautement probable comme si nous en étions certains. Cela devrait émouvoir quelques secteurs de l’opinion publique, voire quelques journalistes curieux, ce qui pourrait conduire certains responsables politiques à exiger une enquête officielle. C’est à peu près ce qui va se passer…

Le 4 janvier 2009, nous publions un article intitulé :
-  Parallèlement à l’offensive terrestre
-  A Gaza, le génocide à l’Uranium Appauvri a commencé
-  avec les bombes « GBU-39″ fournies par les Etats-Unis

Il sera traduit et publié en anglais le 6 janvier :

-  It runs parallel with the ground offensive
-  In Gaza, Genocide by Depleted Uranium has begun
-  using « GBU-39″ bombs provided by the USA

L’article conclut : « Un véritable crime contre l’humanité s’exécute donc sous nos yeux. » Il appelle le président de la République Française, attendu en Egypte pour le lendemain, à tout mettre en œuvre pour faire cesser ce crime, mais aussi à montrer l’exemple en interdisant dans l’armée française les armements contenant de l’uranium appauvri et en s’interdisant d’en vendre :« La France doit faire cesser ce crime contre l’humanité… La France doit enfin travailler à l’interdiction universelle des armes à l’Uranium Appauvri. »

Nous l’envoyons à de nombreux organes de presse et aux médias français, le communiquons à l’ICBUW (International Coalition to Ban Uranium Weapons) dont ACDN fait partie, le diffusons largement au sein de la communauté « abolitionniste », « antinucléaire » et « pacifiste ». A défaut d’intéresser les journalistes français – qui ne souffleront mot du sujet pendant toute la durée de l’opération « Plomb durci » et jusqu’à maintenant – l’article sera repris par de nombreux sites francophones et anglophones, contribuant ainsi à alerter une partie de l’opinion publique, surtout (faut-il s’en étonner ?) parmi ceux qui sont favorables à la cause palestinienne.

Le lendemain, 5 janvier, paraît une nouvelle interview du Dr Mads Gilbert par PressTV, l’agence iranienne, dont nous prenons aussitôt connaissance.

Le journaliste lui demande : « Que pouvez-vous nous dire à propos de ce que vous avez trouvé concernant l’uranium ? » Il répond : « Je ne peux pas vous dire grand-chose à propos de ce que nous avons trouvé. Mais je peux vous dire ceci : la preuve est faite que les Israéliens utilisent un nouveau type d’armes avec un explosif très puissant appelé DIME utilisant un alliage au tungstène. Ces armes ont un énorme pouvoir explosif. »

Est-ce à dire que le Dr Gilbert n’y connaît rien en uranium ? Nous penchons pour une autre explication : il ne dispose simplement pas des analyses – comment le pourrait-il d’ailleurs en pareilles circonstances ? – qui pourraient apporter la preuve indiscutable que la radioactivité dont il parlait dès le 31 décembre était bien due à la présence de particules d’uranium. En attendant, il préfère ne rien en dire et attirer l’attention sur un autre type d’arme non-conventionnelle dont il tente de réparer les ravages, l’explosif à peine connu appelé DIME.

Le 6 janvier, l’ICBUW, à notre grande surprise, publie sans préavis un communiqué qui prend le contre-pied de notre article et disqualifie le Dr Gilbert. Il est vrai que ses compétences de chirurgien humanitaire, familier des théâtres de guerre, ne garantissent pas son omniscience. Est-ce une raison pour lui faire dire que « le tungstène est radioactif », quand il a dit exactement : « A long terme, ces armes auront un effet cancérigène sur les survivants. Ils développeront un cancer, pensons-nous. Il y a eu très peu de recherches sur le sujet, mais certaines, faites entre autres aux Etats-Unis, ont montré leur tendance élevée à provoquer le cancer. » Dire du tungstène, donc du DIME, qu’ils sont cancérigènes, ce n’est pourtant pas dire qu’ils sont radioactifs ! A-t-on jamais entendu dire que l’amiante était radioactive puisque cancérigène ?

Quoi qu’il en soit, nous prenons contact avec le coordonnateur de l’ICBUW. Les échanges qui suivent nous convainquent que ses motifs de douter de la présence d’UA dans les GBU-39 sont loin de devoir nous faire changer d’avis. Mais l’autorité de l’ICBUW en impose aux autres organisations et jette le doute sur le sérieux de notre accusation – ce qui réjouit le lobby de l’UA(« même nos adversaires n’y croient pas ! »), lequel se moque bien du sort des Gazouis.

8. Le contexte global

Dans son rapport sur l’Uranium Appauvri en Irak, Jean-François Fechino a décrit la situation de la façon suivante :

« Les problèmes de l’uranium appauvri sont à la fois du ressort des scientifiques (filière de la recherche nucléaire) et des militaires.

« Les scientifiques sont des physiciens et des chimistes ayant acquis généralement une longue pratique professionnelle ainsi qu’une très forte notoriété. Pour une grande majorité des populations, ce sont des Hommes de Science, qui ont accédé à La Connaissance. De ce fait ils sont considérés comme des responsables qui ne peuvent pas mentir, d’autant plus qu’ils s’appuient sur des analyses a priori objectives et cautionnées par des experts rattachés à des agences internationales. Or que disent les scientifiques ? L’uranium appauvri n’est pas véritablement un danger ni pour l’environnement ni pour l’Homme, sauf à de très rares exceptions en quelques points de contamination. Pour l’ensemble (ou presque) de cette communauté scientifique, l’uranium appauvri est « 40% moins contaminant que l’uranium naturel ».

« Les militaires (utilisateurs mais aussi chercheurs du secteur de l’armement), appuient leurs connaissances sur les rapports de recherches des scientifiques (cités ci-dessus), reprenant à leur compte leurs affirmations. Mieux, lors des différentes phases de mise en œuvre de ces armements, aucune précaution spécifique n’est utilisée (ni masque de protection, ni combinaison spéciale, ni décontamination par douches …) encore moins durant les batailles qu’après. Les hommes, en effet, manipulent sans précaution toutes les charges (obus d’artillerie, accrochages de missiles aux ailes des avions, transbordement de pénétrateurs dans les soutes à munitions des chars, chargement des bandes de mitrailleuses à bord des avions…), comme s’ils manipulaient des charges classiques.

« Ces attitudes, cette gestuelle, relayées par les medias, ne pouvaient que renforcer le sentiment de sécurité des populations civiles et de leurs responsables vis-à-vis de l’opinion publique en général et des populations locales en particulier. Un sentiment d’autant plus profondément ancré dans l’esprit du grand public que les scientifiques tiennent un discours qui se veut rassurant quand ces problèmes sont abordés.

« Et puis, les médias eux-mêmes sont là pour en « remettre une couche ». Lorsqu’on voit les envoyés spéciaux devant un tas de décombres fumant à la suite d’un bombardement, sans protection, comment arriver à faire comprendre aux populations civiles les dangers qu’elles courent ? Des dangers qui sont invisibles, inodores, sans saveur… Sans compter que les résultats de ces dangers ne se voient pas toujours immédiatement et qu’ils ne présentent pas d’atteintes physiques directes… Les contaminations conséquences de l’uranium appauvri ne sont pas aussi spectaculaires que des bombes au napalm (la photographie d’une jeune adolescente Vietnamienne, marchant nue, avec la peau qui partait en lambeau à la suite d’un bombardement américain au napalm a été l’une des images choc qui ont réveillé les consciences mondiales et accéléré le processus de paix au Vietnam).

« Pour l’uranium appauvri, point de photo choc… D’autant plus que nous sommes là dans le concept de la « guerre propre », médiatisée et orchestrée d’une main de fer par les services des relations publiques des armées américaines… Aussi est-il facile d’imaginer les difficultés que peut éprouver un simple (citoyen) à venir contrecarrer et mettre en doute les paroles d’experts, de scientifiques ou d’officiers généraux, pour ne citer que ces premiers niveaux hiérarchiques. Que peut représenter le poids d’une parole isolée lorsque, officiellement, les dits experts affirment péremptoirement la quasi-innocuité de ces armements… ».

9. Les effets de l’UA

En août 1996, la sous-commission des Droits de l’Homme des Nations Unies classait les armes à uranium appauvri parmi les armes considérées comme produisant « des effets traumatiques excessifs », frappant « sans discrimination les populations civiles » et causant « des dommages graves et durables à l’environnement » selon la Convention sur Certaines Armes Classiques (CCAC), dite Convention sur les armes inhumaines, adoptée à Genève par les Nations Unies le 10 octobre 1980 et entrée en vigueur le 2 décembre 1983. Au même titre que les armes à fragmentation, incendiaires, aveuglantes, ou les mines anti-personnel…

Cependant, faute de « protocole spécifique additionnel » à la CCAC, la résolution N° 96-16 n’a eu aucun effet concret. De plus, ce type d’armement n’entre dans aucun protocole international de déclaration, de limitation ou d’interdiction des armes nucléaires stratégiques car, bien qu’il s’agisse d’uranium, le fait qu’il soit appauvri en U-235, le métal à la base des armes nucléaires, lui permet d’échapper aux contrôles. Ainsi, le seul effet concret de ce classement de 1996, c’est que l’uranium appauvri a disparu du vocabulaire militaire, des catalogues et des notices des fabricants – mais pas des armes fabriquées ni des armes en cours de développement. Et lorsqu’un formulaire douanier se fait un peu trop indiscret, les exportateurs déclarent volontiers du tungstène en lieu et place d’uranium.

Bien que son rôle soit systématiquement minimisé, l’UA est cité en bonne place parmi les causes possibles, cumulatives, du « syndrome de la guerre du Golfe », regroupant divers symptômes et maladies. Ce syndrome est désormais officiellement reconnu, aux Etats-Unis, comme une réalité indiscutable. En effet, le « Comité consultatif de recherche sur les maladies des vétérans de la guerre du Golfe » a remis au Sénat des Etats-Unis et publié en novembre 2008 sur les presses du gouvernement américain son rapport final intitulé « La maladie de la guerre du Golfe et la santé des vétérans de la guerre du Golfe (Données scientifiques et recommandations) » Le Comité, agissant sous la responsabilité du secrétaire aux Anciens Combattants (Secretary of Veterans Affairs) comprenait une quinzaine de spécialistes, en majorité des médecins. Son rapport s’étend sur 465 pages. Il reconnaît que, sur quelque 700 000 personnels militaires américains déployés en Asie du Sud-ouest en 1990-1991 au cours des opérations « Bouclier du désert » (Desert Shield) et « Tempête du Désert » (Desert Storm) connues sous le nom de « Guerre du Golfe » et de l’occupation qui a suivi, entre 185 000 et 210 000 sont tombés malades. Il n’indique pas le nombre des décès consécutifs à ces maladies ou à d’autres comme le cancer, frappant pour la plupart des hommes ou des femmes jeunes. Une étude publiée en février 2008 par le secrétariat aux AC n’a pas trouvé chez eux de différence de mortalité significative. Mais l’étude à laquelle il se référait s’était arrêtée en 1997. Aujourd’hui, d’après le Major Doug Rokke, plus de 70 000 anciens combattant(e)s du Golfe sont morts.

“Voilà plus de 17 ans que les Etats-Unis et leurs alliés ont libéré le Koweït des troupes de Saddam Hussein au cours de la guerre du Golfe de 1990-1991. Malgré la victoire rapide et décisive de l’opération « Tempête du désert », sur près de 700 000 militaires américains ayant servi pendant la guerre, au moins un quart ont éprouvé depuis leur rapatriement une série de problèmes de santé sérieux et persistants. Les tableaux pathologiques combinent typiquement des maux de tête chroniques, des difficultés cognitives, des douleurs multiples, une fatigue inexpliquée, des diarrhées chroniques, des éruptions cutanées, des problèmes respiratoires et d’autres anomalies. Cet ensemble de symptômes, aujourd’hui connu sous le nom de « syndrome du Golfe », échappe aux explications médicales habituelles comme aux diagnostics psychiatriques et il persiste, chez de nombreux vétérans, depuis 17 ans. Les symptômes spécifiques peuvent varier d’un individu à l’autre, mais un tableau pathologique d’une remarquable constance s’est dégagé des centaines de rapports ou d’études de cas portant sur différentes populations de vétérans de la guerre du Golfe, provenant de différentes régions des Etats-Unis et de pays alliés.” (Op. cit., page 3, traduit et souligné par nous.)

Plus d’un soldat américain sur quatre tombé malade après le conflit – et selon d’autres sources également crédibles, près d’un sur deux ! Des milliers décédés des suites de leurs maladies ! Cette hécatombe post-conflit est un phénomène unique dans l’histoire militaire mondiale.

Quant au rôle de l’Uranium appauvri, voici ce qu’en dit le Rapport (page 224) :

« Uranium appauvri - Une exposition de faible niveau à la poussière d’uranium appauvri produite par l’emploi de munitions qui en contiennent a été, pense-t-on, un cas largement répandu pendant la Guerre du Golfe, tandis que les troupes en position avancée ont subi l’exposition la plus importante. De récentes études effectuées sur des animaux ont mis en évidence les effets aigus de formes solubles d’uranium appauvri sur le cerveau et le comportement, mais les effets persistants résultant d’expositions de courte durée et de faible niveau, du type de celles subies par la majorité des vétérans de la guerre du Golfe, ont été à peine étudiés. Il existe peu d’information, qu’elle provienne de la guerre du Golfe ou d’autres études de cas humains, concernant les symptômes chroniques liés à l’exposition à l’uranium, appauvri ou non. L’exposition à l’uranium appauvri dans les conflits postérieurs à la guerre du Golfe, y compris au cours des conflits actuels au Moyen Orient, n’a pas été associée à grande échelle à des tableaux de symptômes multiples, ce qui suggère que l’exposition à l’uranium appauvri n’est probablement pas la cause première du syndrome de la guerre du Golfe. On continue toutefois à s’interroger sur les effets à long terme des expositions à l’uranium appauvri à plus forte dose, en particulier s’agissant d’autres aspects de la santé. »

En somme, d’après ce Rapport, on ne sait à peu près rien du lien causal entre l’uranium appauvri et le syndrome du Golfe, étant donné qu’on ne l’a pour ainsi dire pas étudié, mais on peut dire a priori que ce n’est pas sa cause première, bien qu’on puisse découvrir un jour que ce serait quand même le cas… Ces contorsions intellectuelles ont du mal à masquer l’embarras de la commission d’enquête officielle devant les conclusions auxquelles sont déjà parvenus de nombreux chercheurs indépendants.

Par exemple Dan Bishop, docteur en chimie et président de l’International Depleted Uranium Study Team (Colorado, USA), selon qui “les études de plusieurs vétérans de la guerre du Golfe ont montré que chacun d’eux a absorbé une dose initiale égale à 0,34 g d’Uranium appauvri, qui reste en permanence dans les tissus des poumons. Ceci correspond à 4,3 millions de particules d’un diamètre de 2,5 microns. L’activité alpha pour 0,34 gramme d’UA est de 5,2 Becquerel (5,2 désintégrations alpha par seconde, 160 millions de désintégrations alpha par an), aboutissant à une activité totale (alpha, bêta et gamma) égale à 26 désintégrations par seconde, ou 800 millions d’événements radioactifs par an.” Or on connaît sans aucun doute possible les conséquences sur la santé de ces millions d’ « événements » : ne pouvant pas être tous « réparés », les dommages causés aux cellules, les coupures chromosomiques, les altérations de l’ADN – tout cela dûment constaté en laboratoire, entre autres par les « récentes études effectuées sur des animaux » dont parle le Rapport officiel cité plus haut – ont pour effet de déclencher des symptômes de maladies (cancers, leucémies, lymphomes, diabète, stérilité, malformations fœtales…) qui deviennent irréversibles.

Il va sans dire que la population irakienne fait elle aussi les frais de l’UA déversé en Irak. Ainsi, selon le Dr Jawad Al-Ali, du Centre oncologique de Bassora, les cancers mortels dans la région de Bassora sont passés de quelque 25 en 1988 à plus de 600 en 1998. Les malformations de nouveaux-nés se sont multipliées et ont pris des formes monstrueuses.

Et à Gaza, que va-t-il se passer ? A Gaza, le massacre continue malgré la résolution 1860 du Conseil de sécurité de l’ONU exigeant le 9 janvier 2009 un cessez-le-feu immédiat. Confortés dans nos conclusions par les informations reçues, par l’intermédiaire de Jean-François Fechino, d’une source qu’il juge fiable, située dans l’appareil militaro-industriel américain, nous publions le 14 janvier un deuxième article reprenant les données alors connues de nous :

-  Génocide à l’Uranium Appauvri à Gaza : le dossier

Cette publication suscite de vives réactions.

10. Historique de la GBU-39

Contrairement aux bombes « gravitationnelles » qui tombent d’un bombardier lorsque celui-ci survole sa cible ou s’en approche, la « bombe intelligente GBU-39″ est capable, grâce aux ailes qu’elle déploie une fois lancée par l’avion porteur, de profiter de son énergie cinétique pour « planer » en descendant, et atteindre une cible située (suivant l’altitude de lancement) jusqu’à 60 miles nautiques (110 km) en avant et 40 miles (75 km) à droite ou à gauche de l’avion au moment du largage. Elle peut même effectuer, selon certaines sources, un arc de cercle pour frapper une cible située derrière l’avion qui l’a lancée. En contact avec les installations au sol sur le théâtre d’opération, elle est guidée par un système de positionnement GPS et de calcul de trajectoire qui lui permet de modifier celle-ci pour atteindre sa cible avec une précision à l’arrivée de l’ordre du mètre. Ce système préprogrammé peut en outre être reprogrammé par l’équipage juste avant le lancement. Chaque bombe peut avoir sa cible.

Répondant à un appel d’offres lancé deux ans plus tôt, la firme Boeing a été retenue en août 2003 pour développer cette « bombe de faible diamètre » (SDB-Small Diameter Bomb) après une sévère compétition où elle a été accusée -et convaincue- de corruption.

La SDB-1 ou GBU-39 a reçu sa certification en septembre 2005, sa production en série a débuté en avril 2006, et les premiers exemplaires ont été livrés à l’US Air Force début septembre 2006, en avance sur le calendrier et à un coût moins élevé que prévu.

A cette occasion, le Maj. Gen. Jeffrey Riemer, responsable de la coordination du programme entre l’USAF et les différents fournisseurs, déclarait :

« Nous sommes enthousiasmés (excited) par le déploiement de cette arme, la SDB-1, qui vient s’ajouter aux diverses options létales du F-15E (Strike Eagle) dans la guerre contre le terrorisme. »

D’après lui, sa marge d’erreur à l’arrivée ne dépassait pas 1,20 m.

Le F-15E peut en emporter 4 sous son fuselage, avec un attelage BRU-61 d’un poids total en charge de 664 kg, au lieu d’une seule bombe ordinairement beaucoup plus lourde. Le lancement de chaque bombe est pneumatique et non par mise à feu d’une cartouche explosive, ce qui supprime l’entretien courant, facilite la manutention, et accélère le rechargement de l’avion au retour d’une mission. Celui-ci peut donc effectuer des frappes multiples et des rotations accélérées.

La précision, la fiabilité et la charge explosive limitée de la GBU-39, donc aussi sa moindre « létalité » (ou capacité meurtrière), réduisent fortement les risques de « dommages collatéraux ». Ce qui permet des emplois interdits jusque-là : contre des combattants ennemis situés à proximité immédiate de « troupes amies »… ou au milieu d’une population civile amie, neutre ou ennemie, que l’on est censé épargner d’après les « lois de la guerre » et le droit international. L’idéal, en somme, pour la guerre « anti-guérilla » ou « anti-terroriste »…

Dès le 5 octobre 2006, un mois après leur livraison aux Etats-Unis, deux avions F-15E « Strike Eagles » appartenant à la 494e Escadrille de Combat déployée en Asie du Sud-Est, en utilisaient des exemplaires pour la première fois contre des cibles réelles, en soutien aux troupes terrestres agissant en Irak. Le général North célébrait l’événement dans les termes suivants :

« Grâce à sa taille réduite, nos avions peuvent en emporter sur le champ de bataille un nombre accru, apportant ainsi aux combattants au sol davantage de possibilités de défendre leurs positions, en détruisant avec précision des cibles qui pourraient menacer les vies de soldats américains, de la coalition ou irakiens. »

« La SDB est exceptionnellement qualifiée pour des cibles urbaines exigeant une grande précision et des dommages collatéraux réduits, et pour des missions de soutien aérien rapproché auxquelles nos équipages se trouvent confrontés dans le cadre des opérations « Iraqi Freedom » et « Enduring Freedom ». Nous sommes maintenant en mesure d’intervenir en des endroits où les dommages collatéraux pourraient être un souci. »

Le 19 décembre 2006, la firme Boeing annonce que l’US Air Force lui verse 80 millions de dollars – sans doute à titre d’à-valoir – pour une première commande de 1600 SDB1 et divers équipements associés à la bombe. Il ne s’agit que d’un premier contrat, puisque « Boeing fabriquera plus de 24 000 SDB1 et 2000 supports livrables d’ici à 2015″.

11. Un brevet ambigu

« Bombe guidée » et de « petit diamètre », la GBU-39 ou SDB1 est le type même de « petite bombe intelligente » (« small smart bomb ») et autres « systèmes d’armes employant le même principe », que décrit le brevet « US Patent App.11/541,207, 2006 ». Ce brevet est accordé à MM. SD Roemerman et JP Volpi – sûrement connus de la firme Boeing. Il est publié le 12 juillet 2007 mais semble remonter à novembre 2006, le mois précédant la commande de 1600 bombes passée à Boeing par l’USAF. En tout cas, c’est bien la GBU-39 qui est visée et protégée en priorité par ce brevet : elle y est expressément citée au § 43, ainsi que dans le tableau 2, continué page 8, colonne « Remarks », où elle est citée avec son poids effectif de 285 livres comme étant « la » SDB concernée par le brevet.

A la page 7 de ce document, le § 33 cite « le zirconium » comme exemple de« matériau pyrophorique » pouvant être incorporé dans une « petite bombe intelligente ». Le § 34 explique que « les matériaux non-explosifs auxquels ce document s’applique sont essentiellement inertes dans des environnements normaux et dans des conditions favorables » (« the non-explosive materials applied herein are substantially inert in environments that are normal under benign conditions »). Ce qui veut dire que « dans des conditions normales de manipulation » (« in normal handling »), ils ne risquent pas de « devenir destructeurs d’une façon soit explosive, soit incendiaire » (« to become destructive in an explosive or an incendiary manner ») car « le facteur explosif potentiellement létal est minime ou inexistant. »

Or, voici la liste de ces « matériaux sélectionnés » (selected materials) cités en exemple pour leur « inertie » : « le tungstène, l’acier trempé, le zirconium, le cuivre, l’uranium appauvri, et autres matériaux de ce genre » « (e.g. tungsten, hardened steel, zirconium, copper, depleted uranium and other like materials) ».

L’uranium appauvri ! Dans un texte juridique où chaque mot compte et peut coûter ou rapporter des millions de dollars, rien n’est laissé au hasard. Alors pourquoi avoir cité un produit aussi « mal famé » que l’uranium appauvri ? Serait-il cité là par erreur, par inadvertance, ou parce que ce serait un matériau « exemplaire » ? Non, certes. Mais parce qu’il faut l’avoir cité au moins une fois dans la « patente » pour que sa mise en œuvre soit, à l’avenir, protégée de la concurrence devant les tribunaux. Une fois, mais pas plus et en passant, dans une énumération, pour éviter d’attirer l’attention sur « ce genre de matériau ».

Voilà sans doute pourquoi il n’est pas repris dans le tableau 1 qui, sur la même page, énumère les matériaux entrant dans la composition d’une « petite bombe intelligente », avec, pour chacun, sa fonction, sa nature, sa densité, son poids et son volume. Sont cités : en première ligne, le tungstène, en tant que « ballast » (il est donc retenu ici avant tout pour son poids, et c’est justement le principal mérite de l’UA). Puis l’aluminium, le pyrex, l’acier, des matériaux électroniques divers, des polymères et enfin l’explosif (sans indication de poids). Le nom de la bombe n’est pas donné. Le poids total, étonnamment précis, est aussi dérisoirement petit (25,036 livres). En fait il faut le multiplier par 10 (donc aussi le poids des composants) pour obtenir le poids réel : 250 livres – sans compter le poids d’explosif. Ce qu’il faut retenir du tableau, c’est surtout le rapport de poids entre les différents matériaux. Sur 25,036 livres, le « ballast » en « tungstène », représente à lui seul 20,239 livres, soit plus de 80 % du poids total, hors explosif. Et si l’on multiplie par dix : 202,39 livres. Soit approximativement 80 kg.

Hypothèse : l’« uranium appauvri » dont il est question au § 33 a été remplacé, dans le tableau 1, par le mot « tungstène ». Procédez à l’opération inverse : remplacez « tungstène » par « uranium appauvri », et vous avez le poids d’UA dans une SDB1 : 80 kg. Ou peut-être un peu moins, s’il entre dans un alliage dont les autres composants ne sont pas cités, secret industriel oblige… Hypothèse, bien sûr !

12. Gaza, terrain d’essai

Le coût réduit de la GBU-39 (mais les estimations varient : de moins de 30 000 $ – prix d’ami pour l’USAF – à 100 000 dollars pièce, tout de même…) est intéressant pour les clients en général et Israël en particulier (pour qui il est question quelque part de 67000 $ l’unité). Il se peut même qu’en échange de son expérimentation massive sur le terrain, in vivo, Israël ait bénéficié d’une grosse ristourne, voire d’une livraison gratuite. Car on ignore en fait les conditions réelles du transfert… et Boeing a nié officiellement y avoir procédé ! Alors qui ?

L’ensemble de ses caractéristiques fait de la GBU-39B, version SDB1, l’arme idéale pour l’offensive contre Gaza.

Une version capable de frapper des cibles mobiles (SDB2) a également été commandée à Boeing, associé cette fois à Lockheed. Il était prévu que son développement aboutisse fin 2009, les essais de qualification étant programmés pour avril 2009. Rien n’autorise à penser que l’armée de l’air israélienne ait déjà disposé de tels engins en décembre 2008, dont elle n’avait d’ailleurs nul besoin – à moins bien sûr que « Plomb durci » ait aussi servi de banc d’essai à quelques prototypes de SDB2.

La capacité de pénétration de la GBU-39 permet de détruire aussi bien les sites enterrés de lancement de roquettes que les tunnels ou les boyaux souterrains du « corridor Philadelphie ».

Sa précision permet d’atteindre des cibles fixes prédéfinies, tout en réduisant les « dommages collatéraux » dans la population civile – de surcroît avertie par tracts ou par téléphone mobile d’avoir à évacuer au plus vite les cibles, c’est-à-dire les maisons ou les sites liés d’après Tsahal aux infrastructures du Hamas, à la fabrication, au stockage ou au lancement de roquettes Qassam contre le sud d’Israël. Ce qui réduit d’autant le risque politique, juridique et diplomatique, d’être accusé de perpétrer des massacres et des crimes de guerre.

Avec la semi-vacance du pouvoir aux Etats-Unis pendant la période de transition entre l’administration Bush et l’administration Obama, présumée beaucoup moins favorable à une action militaire (on note d’ailleurs qu’Israël interrompt « Plomb durci » deux jours avant l’investiture d’Obama), avec l’expiration de la trève acceptée 6 mois plus tôt par le Hamas, avec les fêtes de fin d’année propres à détourner l’attention de l’opinion mondiale, la disposition et la maîtrise des GBU-39 par l’IAF (Armée de l’Air Israélienne) explique le « timing » de l’opération. Début septembre 2008, on l’a vu, le Congrès américain a autorisé la vente de 1000 exemplaires à Israël. Elles lui sont livrées début décembre. Il faut les rendre opérationnelles. Monter les racks sur les F15E. Préparer le support logistique. Entraîner les équipages. Le 19 décembre, la trève expire. Le 27 décembre, l’offensive aérienne commence. Un samedi, jour de shabat, histoire d’augmenter la surprise.

Le problème, c’est que la GBU-39, si elle limite les risques de crimes de guerre, entraîne le crime contre l’humanité. Il y a en effet « un souci » qui n’apparaît dans aucun descriptif : l’Uranium appauvri.

13. « Le génocide de Gaza a commencé »

Gaza est une étroite bande de terre hébergeant sur 360 Km2 près d’un million et demi d’habitants, avec une densité de 3823 habitants au Km2.

La coque des bombes GBU-39 contient de l’Uranium « appauvri », ce n’est qu’une façon de parler. Il est appauvri en U235, mais enrichi en U238 – qui perd la moitié de sa radioactivité en 4,5 milliards d’années.

L’UA est un redoutable poison chimique et radiologique qui brûle aisément à l’impact et se transforme en particules radioactives extrêmement petites (micrométriques et même nanométriques, c’est-à-dire de l’ordre du millionième de millimètre) qui échappent à toute barrière et tout type de masque à gaz. Les produits de toutes ces combustions d’uranium voyagent avec les mouvements de l’air, contaminent l’atmosphère et pénètrent dans les organismes via la respiration, l’ingestion ou les moindres blessures. Ainsi, une partie de l’uranium se retrouve sous forme d’oxyde d’uranium radioactif invisible dans l’atmosphère que les populations respirent, tandis qu’une autre partie contamine les sols, les sous-sols, les nappes phréatiques, la végétation et la chaîne alimentaire.

Les conséquences de l’utilisation de bombes à l’UA en Afghanistan et en Irak sont parfaitement connues, démontrées et dénoncées par de nombreux scientifiques - sinon tous, excepté ceux dont le salaire émarge aux budgets des armées américaine, française, israélienne… et autres. Elles ont été rendues dramatiquement visibles par les photos insoutenables de nouveaux nés mal formés.

On imagine sans peine les conséquences catastrophiques que de tels bombardements pourront avoir sur la population de Gaza : cancers, malformations congénitales, maladies du système immunitaire… et ce d’autant plus qu’elle souffre de malnutrition chronique et de manque de soins, en raison notamment du blocus israélien.

Lorsqu’ils ont décidé de larguer des bombes GBU-39 contenant de l’UA sur des zones densément peuplées de Gaza, les responsables israéliens ne pouvaient pas ne pas en connaître les effets. Mais la population israélienne, dont on peut comprendre la lassitude et l’exaspération sous les tirs de Qassam et d’obus de mortiers, les connaît-elle, aujourd’hui encore ?

Se doute-t-elle que son gouvernement, tout en déclarant viser les dirigeants, les militants et les installations du Hamas, procédait, délibérément ou non, à un « nettoyage ethnique » lent de la population palestinienne, qui sera inéluctablement contaminée, et à une destruction de son environnement ? Mesure-t-elle le risque qu’elle court d’en devenir elle-même victime, puisque les mouvements atmosphériques ne s’arrêtent pas aux frontières de Gaza ? Sait-elle que, même s’ils sont revenus indemnes ou légèrement blessés de cette opération terrestre, les soldats de Tsahal peuvent avoir été eux aussi marqués à vie dans leurs poumons, leur sang ou leur capital génétique par les effets de cette arme perverse ?

14. Lettre à Ban Ki-moon : les Nations Unies doivent enquêter

Le dimanche 18 janvier 2009, le jour même où Israël annonce qu’il cesse son opération militaire, nous envoyons par fax et par courriel une lettre au Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon. Elle évoque les armes radioactives employées à Gaza, les précédents connus, en Irak, dans les Balkans et en Afghanistan, et poursuit :

« Le même malheur risque de survenir dans la bande de Gaza et dans les pays voisins, comme l’Egypte, la Jordanie, et Israël lui-même. En outre, les nanoparticules d’uranium en suspension dans l’atmosphère peuvent voyager beaucoup plus loin encore, de sorte qu’aucune partie de la planète ne se trouve à l’abri de leur contamination.

« En s’attaquant à l’ADN des cellules, l’uranium inhalé, ingéré ou passé dans le sang ne multiplie pas seulement les cancers et diverses pathologies, il s’attaque aussi au patrimoine génétique de ses victimes. Il contamine l’environnement pratiquement pour l’éternité, puisque l’U238, principal composant de l’UA, a une demi-vie radioactive de 4,5 milliards d’années.

« Les armes à Uranium appauvri présentent donc un caractère génocidaire, voire anthropocidaire, et leur emploi relève du crime contre l’humanité.

« Nous avons conscience que seuls des prélèvements sur place et des analyses scientifiques approfondies, multiples, contradictoires et objectives, permettraient soit de vérifier nos craintes en mettant en évidence la présence de matières radioactives, soit de les écarter, ce dont nous nous réjouirions au plus haut point. Si des matières radioactives sont trouvées, des mesures d’urgence devront être prises pour décontaminer les lieux, informer et protéger la population dans toute la mesure du possible.

« C’est pourquoi nous vous demandons instamment de bien vouloir ordonner dans les plus brefs délais une enquête sur le terrain, à la recherche de traces radioactives. Nous présumons que le Programme des Nations Unies pour l’Environnement pourrait en être chargé, puisque lors d’une précédente affaire sur laquelle l’une de nos associations avait eu l’occasion d’attirer votre attention et celle de l’AIEA, cette dernière nous a fait savoir que ce type d’enquête n’entrait pas dans le cadre de ses missions. »

La lettre est cosignée par Jean-Marie Matagne pour ACDN, Paolo Scampa, pour l’Association Internationale pour la Protection contre les Radiations Ionisantes (A.I.P.R.I.) et Alain Acariès, père d’un casque bleu de la FORPRONU (Balkans) décédé des suites d’une contamination -démontrée par les analyses d’un laboratoire italien- par des nanoparticules issues de l’usage d’armes à l’uranium appauvri, et par ailleurs secrétaire d’AVIGOLFE.

Ils suggèrent de confier cette enquête au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui a déjà enquêté sur ce sujet dans les Balkans et qui a su trouver de l’uranium appauvri là où il y en avait.

De leur côté, les ambassadeurs des pays arabes accrédités en Autriche font remettre le 19 janvier, par le Prince Mansour Al-Saud, une lettre à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique dans laquelle ils s’inquiètent de l’information « médicale et médiatique » selon laquelle « des traces d’uranium appauvri ont été trouvées dans des victimes palestiniennes ». Ils demandent à l’AIEA de mener « une enquête radiologique et physique en vue de vérifier la présence d’uranium appauvri dans les armes utilisées par Israël dans la bande de Gaza. » L’AIEA fait rapidement savoir qu’elle agrée la demande et va mener l’enquête. Ce qui écarte le PNUE de cette mission.

Quatre mois plus tard (mai 2009), l’AIEA n’a pas trouvé un seul expert à envoyer sur le terrain. Il est vrai qu’avant même la venue des enquêteurs sur le terrain, le porte-parole du gouvernement israélien avait assuré qu’ils ne trouveraient rien. Précédemment, le chef d’état-major de Tsahal avait commencé par nier, le 13 janvier, l’usage de bombes au phosphore blanc qui sautait pourtant aux yeux de tout le monde, avant d’être obligé de le reconnaître le 20 janvier et de se replier sur une deuxième ligne de défense : « ce sont des armes autorisées ». Oui, tout juste tolérées – mais tout de même pas contre des civils… Quant à la radioactivité des GBU-39, nous comprendrons plus loin pour quelles raisons techniques Tsahal croit pouvoir encore moins être prise « la main dans le sac ».

15. L’art de l’esquive

Les GBU sont construites aux Etats-Unis par la firme Boeing dans son usine de Saint Louis (Missouri). Sachant cela, un citoyen américain resté « sceptique » devant les assertions d’ACDN, Jack Cohen, demande au Ministère de la Défense (DOD) des Etats-Unis s’il y a ou non de l’uranium appauvri dans les GBU-39. En attendant la réponse du ministère, il pose au responsable de la communication de Boeing la question suivante : « L’usine Boeing de Saint Louis a-t-elle une licence du Ministère de l’Energie (DOE) pour détenir ou traiter de l’uranium appauvri ? » (« Does the Boeing facility in St. Louis have a DOE license for holding or handling depleted uranium ? »). Il reçoit cette réponse : « Boeing n’a pas de licence, étant donné qu’il n’y a pas d’activité relative à l’uranium appauvri dans notre usine de Saint Louis/Saint Charles. » (« Boeing does not have a license as there is no depleted uranium activity at our St. Louis/St. Charles facility. »)

Mais en analysant de près cette réponse, on s’aperçoit que, malgré ses allures de démenti, elle n’implique nullement qu’il n’y ait pas d’uranium appauvri dans les GBU-39 : leur « construction » à Saint Louis peut se limiter au montage de pièces détachées, elle n’implique ni hauts fourneaux, ni fonderie pour les alliages métalliques, ni même l’usinage des pièces. Pour remonter la piste de l’uranium appauvri, il faudrait s’adresser aux laboratoires de l’USAF, ou au sous-traitant qui fournit le corps de bombe. Mais l’USAF, également interpellée par Jack Cohen, a sa réponse toute prête : « No comment ».Comme prévu.

16. La GBU-39B : portrait au 20 mai 2009

Les informations accessibles dans le domaine public et celles recueillies de plusieurs sources par Jean-François Fechino aboutissent, à ce jour et sous réserve des modifications qu’autorisera l’afflux de nouvelles informations, à dresser de la GBU-39B le portrait suivant :

La GBU-39B pèse au lancement 130 kg (285 livres anglaises, ou lb, la livre anglaise pesant 453,592 grammes). La bombe proprement dite pèse, si c’est bien le cas, 113 kg (250 lb).

La différence, soit 17 kg, correspondrait au « kit de navigation », lequel comprend :

-  une coque extérieure en carbone, très légère et très lisse, favorisant la pénétration dans l’air ;
-  rattachés à cette coque, un empennage et des ailes, eux aussi en carbone ; les ailes, repliées au départ, se déploient quelques secondes après le lancement, lorsque la bombe a pivoté sur elle-même de 180° ;
-  un servomoteur et des petits vérins permettant de déployer les ailes et de varier ultérieurement leur ouverture et leur orientation pour régler la trajectoire sde la bombe ;
-  un système anti-brouillage de positionnement GPS et de navigation (Advanced Anti-Jam GPS aided Inertial Navigation)

L’ensemble de ce kit explose à l’impact sur la cible.

La bombe elle-même pesant 113 kg, comprend :

-  un détonateur pouvant être programmé pour provoquer l’explosion juste avant, pendant ou après l’impact sur la cible, selon l’effet recherché ;

-  près de 23 kg d’explosif (50 lb soit 22,680 kg) : le tritonal, un dérivé de perchlorate d’ammonium dans lequel l’alumine a été remplacée par de la poudre d’UA (à hauteur de 10%), et auquel a été ajouté du fulminate.

Le tritonal est classé dans la catégorie des explosifs à haute énergie (HE), il se présente sous forme d’un solide légèrement pulvérulent qui réagit à la moindre étincelle électrique. On le coule en forme de boudin serré qui va se consumer à très haute vitesse et dégager un gaz qui, comprimé par l’enveloppe de la bombe, la fait exploser et voler en éclat, le tout à une vitesse de l’ordre du centième de seconde.

Cet explosif hyper puissant assure une grande vélocité aux « échardes de métal », lesquelles s’enfoncent dans tout de ce qui se trouve sur leur passage et s’enflamment du fait qu’elles contiennent de l’Uranium Appauvri pyrophorique. Elles traversent les corps humains de part en part et seul le béton les arrête à une profondeur d’environ un mètre. Ensuite, elles brûlent, en dégageant un maximum de chaleur et un minimum de fumées… et ce en raison des « mini impacts » largement répandus autour de la cible.

Il n’est pas exclu toutefois que les GBU-39 ou certaines d’entre elles aient été chargées du dernier cri en matière d’explosif : le D.I.M.E. (Dense Inert Metal Explosive).

-  une coque (cover) métallique constituée d’un alliage composé de 10 % de titane, 10% de tungstène, 80 % d’uranium appauvri.

L’alliage Ti/Tu/UA est « friable » et « préformé » en « aiguilles d’aciers » ou échardes d’acier (preformated alloy iron sharps). L’explosion est réalisée pour les faire « voler en éclats » selon leurs « préformatages ». Elles tiennent en raison du moulage lors de la coulée et sont maintenues en forme (en dépit des contraintes de forces et de vitesse) par le manteau de fullérènes qui, lui aussi, explose en échardes.

-  une couche ou « manteau » (coat) de 2,5 mm d’épaisseur, constituée de fullerènes.

Cette couche enveloppant la coque métallique est destinée à renforcer sa dureté lorsqu’elle pénètre dans la cible après dislocation de l’enveloppe extérieure, et surtout à protéger l’UA d’un frottement prématuré ou excessif lors de la pénétration dans la cible, en particulier lorsqu’il s’agit de bétons ultra durs (enforced ultra strong concrete) dans lesquels on a mélangé de la fibre de carbone ou carbure de tungstène (carbon tungsten fibers).

Les fullerènes sont un nouveau « type de carbone » à structures moléculaires renforcées, issu directement des laboratoires militaires de Los Alamos en liaison avec la recherche en nanomatériaux et structures de métaux, tant universitaire que privée. Aussi résistants que le diamant, les fullerènes se présentent extérieurement sous forme de suie noire.

Comme pour les autres armes expérimentées à Gaza, les matériaux et les autres caractéristiques des GBU assurent, avec l’ensemble du dispositif de leur mise en œuvre, un « service multiple » de destruction et de morbidité :
-  pénétration en profondeur des cibles enfouies sous terre, même les mieux protégées (bétons à hautes, très hautes ou ultra hautes performances ; blindages épais en acier, ou en acier renforcé à l’UA) ;
-  explosion différée jusqu’à la profondeur voulue et programmée ;
- explosion ultérieure et autodestruction de l’engin, dans le cas où le dispositif primaire de mise à feu aurait échoué ;
-  destruction « classique », par effet de souffle, de la cible, depuis l’intérieur même ;
-  projection d’échardes métalliques dans les corps inertes ou vivants situés à l’intérieur ou à la périphérie de la cible, avec effet de « décapitation » ou d’ « amputation » sur les corps humains ;
-  crémation externe et interne des corps, les échardes métalliques devenant elles-mêmes des brandons ;
- chez les blessés survivants, impossibilité de distinguer les éclats métalliques et de les extraire par une opération chirurgicale ;
- réduction de la durée de survie des blessés et des brûlés, par empoisonnement interne, radiotoxique et chimique, dû à l’uranium appauvri ou à ses descendants ;
-  contamination radioactive de l’environnement naturel par dispersion, sur les lieux mêmes des explosions et au-delà, de nanoparticules d’uranium appauvri et d’autres radionucléides issus de l’uranium ;
-  atteintes au génome de la population.

En un mot : des armes génocidaires.

17. Combien d’uranium, et où ?

Boeing annonçait un corps de bombe (Warhead) de 206 livres ou 93 kg. (en fait 93,44 kg). Ce chiffre n’inclut pas le poids d’explosif. Mais il contredit d’autres données déjà citées, d’après lesquelles « la GBU-39B est équipée d’une tête ou corps de bombe (warhead) de 250 livres… contenant 50 livres d’explosif », ce qui implique logiquement que le corps de bombe pèse seulement 200 lb, soit 90,718 kg. Il faut donc supposer que Boeing y ajoute les poids, relativement minimes, du « manteau » de fullerènes et du détonateur – poids qu’il convient alors de déduire des 35 livres ajoutées à la « bombe nue » par le kit de navigation, pour conserver 50 livres d’explosif.

Quoi qu’il en soit, la coque métallique de la GBU-39 dépasse les 90 kg : elle pèse au maximum 93 kg, au minimum 90,718 kg. Admettons ce dernier chiffre. 80% d’Uranium Appauvri sur 90,718 kg d’alliage métallique font 72,57 kg. Si l’on y ajoute les 2,26 kg d’UA mélangé à l’explosif, lorsque la bombe atteint sa cible (une fois débarrassée de sa gangue de carbone, ses ailes, sa queue, etc.) le poids total d’Uranium Appauvri dans une GBU-39B doit être, approximativement, de 75 kg (74,83 kg). (Si les 206 livres dont parle Boeing se rapportaient seulement à la coque métallique, le poids d’UA atteindrait 77 kg.)

C’est cette masse extrêmement compacte, ce « lest » (« ballast »), arrivant en piqué, donc à grande vitesse (en effet, dans la dernière partie de sa trajectoire, la bombe est orientée de façon à chuter aussi verticalement que possible) qui permet à la GBU-39 de percer, avant d’exploser, au moins 90 cm de béton armé de haute résistance (le double selon plusieurs sources dont GlobalSecurity, qui rapporte que dès les premiers essais, elle a été capable de percer 6 pieds de « béton renforcé ») ou plusieurs dizaines de mètres de terre – jusqu’à 60 mètres… voire 100 mètres de profondeur dans un sol meuble. Et d’exploser à la profondeur programmée.

En fonction des informations parfois contradictoires dont nous disposions précédemment, nous avions largement sous-estimé le poids minimal d’uranium appauvri compris dans une GBU-39 et dispersé par son explosion. Aujourd’hui, nous pensons pouvoir dire que son poids réel doit tourner autour de 75 kg et rejoint l’hypothèse tirée de l’analyse du brevet déposé.

Si l’on suppose qu’Israël a « consommé » dans l’opération « Plomb durci » la totalité des 1000 GBU-39B (mais il peut en avoir gardé en réserve, par ex. pour l’Iran), ce seraient donc quelque 75 tonnes d’UA qui auraient été dispersées dans le sol et le sous-sol de la bande de Gaza, en partie dans les sites suspectés d’héberger des lance-roquettes, en partie et surtout dans les tunnels du « couloir Philadelphie » courant près de Rafah le long de la frontière égyptienne. Soit, sur une surface très restreinte et en plein cœur de zones peuplées, le cinquième du tonnage d’UA qui, selon des estimations généralement admises, aurait été dispersé sur l’ensemble du territoire irakien pendant toute la « guerre du Golfe » de 1991.

Il est pour le moins hautement probable que plusieurs centaines de GBU-39 ont été utilisées pendant l’opération « Plomb durci », injectant plusieurs dizaines de tonnes d’Uranium Appauvri dans le sol de Gaza. Mais qu’en reste-t-il sur le terrain, en surface ? Rien à première vue. Pourquoi ?

-  Parce que la radioactivité, invisible, inodore et sans saveur, peut être présente sans que personne ne s’en aperçoive ; parce qu’il faut, pour s’en apercevoir, disposer de récepteurs spéciaux (compteurs Geiger, « Quartex »…), les placer très près de la source d’émission et être capable de les interpréter ; parce que le temps qui passe et les travaux de remblaiement rendent chaque jour plus difficile la collecte des indices à Gaza.

-  Parce que, contrairement à bien d’autres armements retrouvés sur place, y compris un corps entier, non radioactif, de GBU-10, semble-t-il, ayant fait long feu (voir les photos dans le « rapport préliminaire » de J-F Fechino), on ne retrouvera probablement aucun élément des corps de bombe de GBU-39 : pour le cas justement où elles feraient long feu, ces bombes ont été dotées d’un dispositif d’autodestruction à retardement.

-  Parce que l’Uranium Appauvri est constitué à 99,8 % d’Uranium 238 et qu’aucune des ondes émises par l’U238 -toutes dangereuses pour la santé- ne peut traverser plusieurs mètres de terre : ni les ondes alpha (qui sont arrêtées par la peau, mais sont aussi les plus nocives pour l’ADN lorsqu’elles franchissent cette barrière par inhalation ou par ingestion), ni les ondes bêta, ni même les ondes gamma (les plus puissantes).

-  Parce que les micro ou nanoparticules d’UA qui ont pu remonter par l’évent de pénétration de la bombe au moment de son explosion ont été aussitôt dispersées dans l’atmosphère, où elles se sont confondues avec le « bruit de fond » de la radioactivité naturelle ou artificielle préexistante, qu’elles ont augmentée sans qu’on puisse leur en attribuer la responsabilité.

-  Parce que la plus grande masse des particules d’UA se trouve emprisonnée sous terre, là où les bombes ont explosé… sans pour autant faire de cratère. En effet, la puissance de l’explosion est délibérément limitée. Son aire de souffle n’excède pas un diamètre de 26 pieds (moins de 8 mètres). Sous terre, elle crée seulement une sorte de cavité temporaire qui peut s’effondrer ensuite sur elle-même.

Elles ne vont pas cesser pour autant de faire des dégâts.

D’abord, dans son « rapport préliminaire » sur Gaza, J-F Fechino signale avoir relevé en plusieurs endroits des taux de radioactivité double des valeurs moyennes données par l’AIEA pour les mêmes lieux. Cette augmentation de la radioactivité ambiante n’a rien d’anodin, puisque on sait qu’il n’existe pas de dose minimale inoffensive pour l’être humain.

Ensuite, les Gazaouis qui ont reconstitué depuis janvier 2009 des tunnels dans la zone bombardée risquent de traverser des zones contaminées, d’inhaler des particules radioactives, et de développer à plus ou moins brève échéance des cancers et des symptômes comparables à ceux décrits dans le « syndrome du Golfe ».

Enfin, les radioéléments restés sous terre finiront par se retrouver dans les nappes phréatiques et par suite, dans la chaîne alimentaire.

Seule l’analyse d’échantillons prélevés à la bonne profondeur sur les lieux où l’on sait que des bombes ont explosé permettra de constater la contamination et la réalité du risque radioactif.

Ensuite, pour isoler et interdire d’accès les zones concernées en attendant (ou à défaut) de les décontaminer au moyen de gigantesques travaux de terrassement, les indications de l’Armée de l’Air Israélienne se révéleront indispensables. Elle seule peut dire avec précision quel type de bombe a été utilisé en tel et tel endroit, et à quelle profondeur les bombes étaient censées exploser.

Paradoxalement, et non sans un certain cynisme, Israël pourrait trouver intérêt à reconnaître l’usage de bombes radioactives : si nos assertions sont exactes, c’est quasiment tout le « corridor de Philadelphie » qui est, en profondeur, devenu radioactif – ce qui condamne le percement et l’usage de tunnels… Il va sans dire que le meilleur moyen d’éliminer ce risque, sinon le seul, serait de rendre les tunnels inutiles, c’est-à-dire de lever enfin le blocus inhumain et illégal de Gaza.

18. Autres armes mises en œuvre à Gaza

Les GBU-39 ne sont pas les seules bombes à avoir été utilisées contre les tunnels du couloir Philadelphie, loin s’en faut. Dès le 1er janvier, un journaliste italien (Pietro Battachi, dans “l’Occidentale”) signale que « ses sources » (militaires ou gouvernementales, manifestement) « parlent de dizaines de couloirs souterrains détruits par les GBU-28 de 5000 livres » (Le fonti parlano decine di corridoi sotterranei centrati dalle GBU-28 da 5000 libbre). Il n’est pas exclu, bien sûr, que les GBU-28 (des « bunker busters » conventionnels) soient citées à la place des GBU-39, qui peuvent faire le même travail en profondeur que les GBU-28, en pesant 16 à 20 fois moins. Des « bunker busters” de fabrication israélienne comme la bombe PB500A1 de 1000 livres (425 kg) ou la Mk82 de 500 livres (227 kg) ont été aussi utilisées.

Les GBU-39 font partie, avec les munitions à fléchettes, les munitions au phosphore blanc, les munitions au DIME, de ces armes meurtrières que les dirigeants politiques et les chefs militaires israéliens n’ont pas hésité à mettre en œuvre au beau milieu de la population de Gaza et souvent directement contre elle.

Les dirigeants israéliens ne reculent pas devant l’emploi d’armes radioactives. La preuve : sur la photographie ci-dessous, on voit le soldat Idan Cohen, camarade du soldat Gilad Shalit, employé dans la même brigade de tank, le long de la frontière de la bande de Gaza. Elle est parue le 25 juin 2007 sur le site internet Ynet, du quotidien israélien à grande diffusion Yedihot Aharonot. Il porte sur l’épaule un obus-flèche dont la flèche est en uranium appauvri.

Pour mesurer ce que toutes ces armes signifient concrètement, il faut se reporter aux descriptions faites, par les chirurgiens présents à Gaza, des effets sur les victimes des « nouveaux types d’armes » ou des matériaux (phosphore blanc, DIME, tungstène, Uranium appauvri…) employés pendant l’opération « Plomb durci » : « A 2 mètres, le corps est coupé en deux ; à 8 mètres, les jambes sont coupées, brûlées comme par des milliers de piqûres d’aiguilles. » Les blessés survivants « n’ont aucune trace de métal dans le corps, mais des hémorragies internes étranges. Une matière brûle leurs vaisseaux et provoque la mort, nous ne pouvons rien faire. » (Dr Mads Gilbert,Le Monde, 12 janvier) « Quand on commence à opérer, tout semble en ordre… Mais ensuite on découvre des dizaines de minuscules particules dans tous leurs organes. On dirait qu’un certain type d’explosif ou d’obus les a dispersées partout, et ces blessures miniatures, impossible de les opérer. » (Dr. Jam Brommundt, médecin allemand travaillant à Kham Younis, au sud de la bande de Gaza)

Comment ne pas se demander avec le Dr Gilbert : « Se peut-il que cette guerre soit le laboratoire des fabricants de mort ? Se peut-il qu’au XXIe siècle on puisse enfermer un million et demi de personnes et en faire tout ce qu’on veut en les appelant terroristes ? » Et comment qualifier cette « guerre » qui fait d’un côté 14 tués (11 soldats israéliens, dont 4 victimes d’un « tir ami », et 3 civils, victimes d’un tir de roquette) et 50 blessés, et de l’autre côté, au moins 1330 tués et 5450 blessés, pour la plupart des civils, dont une moitié d’enfants ? (Source : Foreign Policy In Focus, Conn Hallinan, 11 février 2009)

A un contre cent, est-ce encore un combat, ou est-ce un jeu de massacre ? Une collection de crimes de guerre ? Le début d’un génocide qui n’ose pas dire son nom et qui se cache derrière la mémoire d’un autre génocide ?

Toutes les armes de guerre sont, par nature, « létales ». Mais celles qui utilisent des matériaux radioactifs, sous forme d’explosif comme dans les armes atomiques ou thermonucléaires, sous forme d’enveloppe métallique ou de pénétrateur pyrophorique comme dans les munitions à Uranium appauvri, ont une particularité qui devrait les prohiber dans tous les cas de figure : outre leurs effets directs plus ou moins « limités » selon la puissance de l’explosion, elles ont aussi et toujours des effets collatéraux « contaminants » pratiquement illimités dans le temps et l’espace.

Ce sont donc des armes triplement criminelles : en tant qu’armes de guerre (puisque la charte de l’ONU, on l’oublie trop souvent, prohibe la guerre comme moyen de régler les conflits) ; en tant qu’armes génocidaires ; en tant qu’armes écocidaires.

19. Les enjeux

Reconnaître l’extraordinaire nocivité des armes radioactives, en particulier des armes à « Uranium appauvri » aurait d’immenses conséquences – avant tout économiques et financières.

Cette reconnaissance impliquerait que les États responsables de leur emploi versent des indemnités compensatoires aux victimes de ces armes – si tant est que leurs effets puissent jamais être compensés- ou aux familles des victimes décédées.

Elle impliquerait de soigner les victimes encore en vie, tant civiles que militaires, ce qui coûterait fort cher ; il est donc préférable qu’elles meurent à petit feu, dans le déni des causes de leur sort. Car comment prouver aux commissions de pension militaire, des mois ou des années après avoir été exposé à de l’uranium appauvri -ou aux retombées d’une explosion nucléaire-, que le cancer des reins ou des poumons qu’on développe, ou la malformation congénitale de son enfant, sont dus à cette exposition ? De nombreux phénomènes peuvent les expliquer… Seuls les militaires blessés (en général par un « tir ami »…) et ayant conservé dans leur corps des particules décelables d’Uranium appauvri ont quelque chance d’en être reconnus victimes.

Cette reconnaissance impliquerait :

-  que toutes les armes comportant de l’uranium appauvri -munitions de toutes sortes : balles, obus, bombes, missiles, mines, mais aussi chars blindés à l’UA, comme le char Leclerc des Français ou ses homologues étrangers- soient retirées du service, donc remplacées (les armées ont horreur du vide), ce qui coûterait une fortune. De plus, l’uranium « réformé » devrait être rendu inoffensif, ce qui est impossible, ou stocké en lieu sûr et surveillé, ce qui coûterait encore plus cher.

-  qu’on cesse de les produire, ce qui mettrait au chômage nombre de « travailleurs de l’armement », donc accroîtrait la crise économique. Et surtout, ce qui réduirait les profits des actionnaires de Boeing, Lockheed, Raytheon et Cie. On sait que Boeing est déjà engagé pour plus de 24 000 GBU-39. Mais certains ont avancé pour les décennies à venir le chiffre de 150 000 unités. Sans parler de la GBU-40 (SDB2). Un programme de plus de 4 milliards de dollars à annuler, et le fleuron de l’USAF réduit à néant.

-  qu’on réhabilite les sites contaminés, ce qui coûterait encore une fortune. Ainsi, selon Jean-François Fechino, les 88 bombes à sous munitions CBU-105 WCMD-SWF, pesant chacune 417 kg, qui ont été larguées par les bombardiers B-1B pendant la guerre d’Irak de 2003 ont dispersé leur uranium sur une surface cumulée de 44 km2. Les 818 CBU-103 WCMD (autres bombes à sous munitions, de 429 kg), l’ont dispersé sur une surface cumulée de 218 km2. Et ce n’est là qu’une toute petite partie de l’uranium appauvri déversé au total en Irak : au moins 350 tonnes en 1991, et certainement plus de 1200 tonnes depuis 2003.

-  que les responsables de ces crimes à l’Uranium appauvri soient traduits en justice.

-  et enfin, que soit remis en cause l’ensemble de l’industrie nucléaire civile et militaire, grande pourvoyeuse d’uranium appauvri dont on ne sait que faire et que l’on « recycle » dans le secteur militaire.

Dans ces conditions, on comprend que certains dirigeants préfèrent conduire insidieusement la population du globe à sa perte.

20. La charge de la preuve

Nous avons, dans ce qui précède, décrit de manière précise les GBU-39. Cette description n’est pas exhaustive ; il se peut qu’elle soit inexacte sur certains points de détail. Mais nous avons aussi et surtout affirmé que les GBU-39 contiennent chacune une masse très importante, égale ou supérieure à 75 kg d’uranium appauvri. Si nous sommes dans l’erreur sur ce point essentiel, c’est à l’armée israélienne et à l’USAF, désormais, d’en apporter la preuve.

Comme utilisatrice et comme pourvoyeuse, elles doivent nous dire de quel alliage métallique est constitué le corps de bombe. Nous expliquer pourquoi les personnels bien informés (ils ne le sont pas tous, loin s’en faut) le considèrent comme « du métal chaud, très chaud » (« hot, very hot metal ») -en clair : radioactif- et pourquoi ceux qui le manipulent portent une combinaison spéciale. L’USAF doit nous expliquer pourquoi, en Afghanistan où elle utilise également des GBU-39, elle oblige les militaires alliés arrivant sur les lieux d’un bombardement à porter des combinaisons NBC. Les prétextes avancés sont spécieux.

L’Armée de l’Air Israélienne (Israeli Air Force) et l’US Air Force doivent laisser des experts indépendants équipés de compteurs Geiger accéder aux armes elles-mêmes, de préférence sans préavis et dans n’importe quel arsenal pour ne pas avoir le temps de les leurrer, comme les Israéliens surent si bien le faire lorsque le « centre de recherches nucléaires » de Dimona fit, dans les années 60, l’objet d’une unique visite d’inspection américaine : les étages souterrains voués à la production de plutonium militaire furent si bien masqués que les inspecteurs en ignorèrent l’existence.

Israël doit indiquer précisément les lieux où les GBU-39 ont été employées, en faciliter l’accès aux experts et autoriser le prélèvement d’échantillons pour analyse approfondie par des laboratoires indépendants. Aucun « secret industriel », aucun « secret défense » ne saurait être invoqué contre une telle enquête. Tout refus, au contraire, devrait être interprété comme un aveu du crime.

21. Dernière minute, 20 mai 2009 : la preuve est là

En avril 2009, une mission de 4 personnes dont Jean-François Fechino s’est rendue à Gaza sous l’égide de la Commission Arabe des Droits Humains. Les échantillons de terre et de poussières rapportés de Gaza ont ensuite été soumis à l’analyse d’un laboratoire spécialisé. Celui-ci y a trouvé de l’Uranium Appauvri (radioactif, cancérigène, tératogène), du Césium (radioactif, cancérigène) peut-être originaire de Tchernobyl, de la poussière d’amiante (cancérigène), des Composés Organiques Volatils (fines particules dangereuses pour la santé, surtout celle des enfants, des asthmatiques et des vieillards), des phosphates (oxydation du phosphore blanc), du tungstène (cancérigène), du cuivre, de l’alumine (cancérigène), de l’Oxyde de Thorium (ThO2) (radioactif, cancérigène)…

Des résultats détaillés seront transmis aux autorités compétentes et rendus publics dès que possible.

Conclusion : un seul camp, celui de l’humanité

Un génocide est l’extermination d’un groupe humain. Les armes à Uranium Appauvri sont des armes d’extermination. Elles frappent de façon indiscriminée une population entière, jusque dans son patrimoine génétique. Le groupe humain qu’elles frappent est la population qui en respire ou en ingère les retombées. Ce groupe ne se définit pas par ses appartenances politiques, nationales, religieuses ou ethniques, mais par sa situation géographique. Par cette localisation, il devient, pour des raisons physiques et météorologiques, la victime « privilégiée » de l’extermination, bien qu’aucune frontière n’assure à ses voisins qu’ils ne partageront pas son sort tragique à un degré quelconque.

La même remarque vaut pour les victimes des retombées radioactives d’essais ou de catastrophes nucléaires. Tchernobyl est en Ukraine, mais ses victimes sont aussi bien en Russie, au Belarus ou en France.

En ce sens, l’utilisation dans la bande de Gaza d’armes à Uranium appauvri, en particulier des bombes GBU-39, constitue bien, à double titre, un crime contre l’humanité : l’humanité des Gazaouis, l’humanité en général.

Le génocide est assez établi si les responsables civils ou militaires de l’emploi d’armes radioactives connaissaient, avant de les employer, leur caractère attentatoire à la vie, à l’environnement, à la survie et à la dignité des victimes de ces armes – en un mot leur caractère génocidaire. Cette condition suffit à démontrer le mépris dans lequel ils tenaient leurs futures victimes. Employer des armes radioactives, c’est donc bien commettre un génocide.

Mais c’est aussi un anthropocide : ce néologisme s’impose pour désigner un nouveau type de crime contre l’humanité, qui détruit les individus en s’attaquant à leur ADN, les familles en s’attaquant à leur descendance, les groupes en s’attaquant à leur génome, et l’espèce, en contaminant sans remède sa niche biologique.

C’est pourquoi l’humanité tout entière, à commencer par le peuple palestinien et le peuple israélien, doit se mobiliser pour dénoncer ce crime, exiger la sanction des coupables et la réparation pour les victimes, et pour prendre toutes les mesures propres à l’empêcher de se reproduire, où que ce soit, en Palestine, au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde.

Toutes les armes radioactives, atomiques, thermonucléaires, à l’uranium, quelle que soit leur formule, doivent être interdites et démantelées.

ACDN, le 20 mai 2009

Actualisé le 4 juin 2009


RAPPORT Sur l’utilisation d’armes radioactives dans la Bande de Gaza pendant l’opération « Plomb durci » (27 décembre 2008 – 18 janvier 2009) © Jean-Marie MATAGNE / ACDN
-  Mai 2009
-  Tous droits réservés – All rights reserved
-  Sauf indication contraire, toutes les traductions de l’anglais en français sont dues à l’auteur du rapport.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 14 mars, 2013 |Pas de commentaires »

SYRIE: L’OCCIDENT RETIRE SES BILLES (Robert FISK / http://www.independent.co.uk/voices/comment/the-west-babbles)

Syrie : L’Occident retire ses billes

SYRIE: L'OCCIDENT RETIRE SES BILLES (Robert FISK / http://www.independent.co.uk/voices/comment/the-west-babbles) dans REFLEXIONS PERSONNELLES syrie

Un portrait détourné de Bachar al-Assad dans les environs d’Alep, le 23 juillet 2012. Les autorités ont récemment rejeté une proposition arabe d’un départ négocié du président syrien. (AFP PHOTO / BULENT KILIC)

(The Independent)

(Robert FISK)
Alep – Les destructions affectent à présent les parties les plus anciennes et les plus chargées d’histoire de la ville – Photo : AFP

On sent de la trahison dans l’air. Parce que – soyons francs à ce propos – quelque chose va très mal avec le récit de la guerre de Syrie. Nos seigneurs et maîtres occidentaux – aussi indignes de confiance aujourd’hui qu’ils l’étaient, quand ils ont vendu la Pologne à Staline, à Yalta – ont commencé à parler un peu moins de leur désir de faire disparaître Bachar al-Assad et beaucoup plus de leur crainte d’une présence corrosive d’al-Qaïda, au sein des forces rebelles.

La tragédie syrienne s’aggravant, notre politique occidentale si morale, à l’égard des damnés de cette guerre atroce, s’est transformée en trahison.

Oubliez Rome cette semaine et notre « promesse » – j’adore ce terme honteusement utilisé par les agences de presse – « de rendre plus fort (sic) le peuple syrien » et de soutenir le « commandement militaire suprême » (qui n’existe pas) de l’Armée Syrienne Libre avec des pansements et des postes de radio.

Toute l’histoire a commencé, je pense, il y a exactement  un an, lorsque la Clinton – heureusement maintenant absente dans l’élaboration des politiques américaines, au moins jusqu’aux prochaines élections présidentielles – fit une étonnante déclaration à la télévision CBS à Rabat. Parlant du refus des Syriens de Damas et d’Alep de se joindre à l’insurrection contre Assad, elle a demandé (faisant apparemment allusion à une récente déclaration d’Ayman al-Zawahiri, le successeur de Ben Laden dans al-Qaïda, où il disait soutenir l’opposition syrienne) : « Sommes-nous en train de soutenir al-Qaïda en Syrie ? Sommes-nous en train de soutenir le Hamas en Syrie ? »

Duplicité

Infiniment plus terrible était la version pitoyable de Lord Palmerston [homme politique britannique du 19e siècle] déguisé maintenant en notre Ministre des Affaires Etrangères [Hague] et qui – juste avant son arrivée à Beyrouth après avoir reniflé de possibles gisements de pétrole au large de la côte libanaise, a prononcé un discours au Royal United Services Institute, qui puait positivement la duplicité post-Potsdam [accord de juillet 1945, entre les pays vainqueurs de la seconde guerre mondiale].

Tout en affirmant que la Grande-Bretagne n’avait pas perdu la foi dans les révolutions arabes – Churchill en avait dit autant sur sa fidélité à la Pologne après avoir remis le pays à Staline – William Hague, a déclaré que la Syrie était l’exemple le plus grave d’une révolte pouvant être « détournée » par certains militants. Le pays, selon lui, était « la destination n ° 1 pour les djihadistes partout dans le monde aujourd’hui ».

Incroyable. Cela aurait presque pu être un discours de Bachar al-Assad, lui-même, qui n’a cessé de répéter cela depuis près de deux ans à propos des « terroristes d’Al-Qaïda » en Syrie. Même en mettant de côté le fait que le Mali était censé avoir pris le rôle de « centre de la terreur », moins de deux mois auparavant, il s’agissait d’une incroyable déclaration faite par un Hague totalement pitoyable.

Il broda alors sur des extrémistes en Syrie venus du Royaume-Uni et d’autres pays européens, puis il ajouta : « Ils ne peuvent pas constituer une menace pour nous quand ils sont en Syrie, mais s’ils survivent, certains peuvent rentrer idéologiquement endurcis, avec l’expérience des armes et des explosifs. Plus le conflit se poursuivra (en Syrie), plus ce danger sera grand ».

Donc, j’imagine, nous allons laisser cette guerre aller jusqu’à sa fin. Sinon, pourquoi Haye et Lavrov parleraient-ils maintenant de « dialogue » entre les rebelles et le régime ? Mais les rapports les plus récents venus du territoire syrien tenu par les rebelles, parlent, en effet, de pillages, d’enlèvements et de meurtres sectaires, de rançons et de châtiments. Un rapport d’ATME – une base rebelle sur la frontière avec la Turquie – parle d’une « belle » révolte aujourd’hui entachée par la corruption. « La vraie révolution en Syrie est terminée. Nous avons été trahis », explique Abou Mohamed (présenté par l’Agence France-Presse, comme un « chef rebelle respecté »). Même à partir de zones tenues par le gouvernement de Damas, il y a d’innombrables prises d’otages à la fois pour de l’argent et pour des revendications politiques.

L’injection des combattants de Jabhat al-Nusra et d’autres proto-djihadistes a édulcoré à tel point la nature laïque du combat que les affirmations initiales d’Assad, selon quoi c’était al-Qaïda l’ennemi du régime, commencent à sembler terriblement vrai. Il y a eu des combats entre l’armée syrienne libre et ceux d’al-Nusra, et même entre les propres commandos d’al-Nusra.

L’Occident fait retraite

Les journalistes arabes qui détestent Assad sont trop conscients de cela, d’autant que les combattants d’al-Nusra ont apparemment revendiqué la responsabilité d’une voiture piégée à Salamieh qui a tué des dizaines de civils. « Ce mouvement, avec ses méthodes terroristes criminelles et son patriotisme douteux, ne doit pas être admis à l’intérieur de la révolution », écrit Hazem Saghieh dans Al-Hayat. « Il ferme les portes aux nations étrangères qui pourraient aider la révolution. Il détourne de la révolution les minorités syriennes – alaouites, kurdes, druzes, chrétiens, et ismaeli – ainsi que les sunnites qui croient en un État civil ». Trop juste.

Goran Tomasevic, un photographe primé de Reuters, a diffusé une brillante série de photos de Damas la semaine dernière. « Les combattants rebelles à Damas sont disciplinés, habiles et courageux », écrit-il. « Je les ai vus … monter des attaques massives et complexes, gérer la logistique, traiter leurs blessés – et mourir devant mes yeux. Mais les soldats du Président Bashar Assad, de l’autre côté sont aussi précis et courageux. Et beaucoup mieux armés »
.
Et nous y voilà. Chacun des deux côtés pense qu’il peut l’emporter – si la guerre continue. Mais l’Occident est en train de retirer ses billes. Oubliez le soutien aux rebelles. Même le falot Obama a résisté à ses généraux et leur a interdit d’armer les bons/mauvais. Attendez-vous maintenant à une sorte de bêlement du genre Yalta pour des pourparlers entre Assad et ses ennemis. « Alors, si terrible est le bain de sang que même notre Assad si haï, devra s’assoir à la table », ne serait-ce que pour servir de modèle pour Palmerston-Hague ?

Et au risque d’être démenti d’ici quelques semaines, seulement, je dois ajouter un addendum. Je suis tombé, la semaine dernière, sur une amie, à Beyrouth, férocement, anti-Assad. « Il se pourrait bien qu’il survive », m’a-t-elle dit. En effet.

Robert FISK

Original : http://www.independent.co.uk/voices/comment/the-west-babbles…

Traduction : http://www.info-palestine.net/spip.php?article13284

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 9 mars, 2013 |Pas de commentaires »

INQUIETUDE DE PEKIN APRES LES MENACES NORD-COREENNES (ats)

Inquiétude de Pékin après les menaces

nord-coréennes

INQUIETUDE DE PEKIN APRES LES MENACES NORD-COREENNES (ats) dans REFLEXIONS PERSONNELLES coree

Pékin a appelé vendredi 8 mars 2013 au « calme et à la retenue » après que Pyongyang a menacé de dénoncer l’accord d’armistice mettant fin à la guerre de Corée en 1953 et brandi le spectre d’une « guerre thermonucléaire ».

« La Chine appelle toutes les parties concernées à conserver leur calme, à faire preuve de retenue et à s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver les tensions », a déclaré Mme Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Confiant « l’inquiétude » de Pékin face à la détérioration du climat dans la péninsule, Mme Hua a assuré que la résolution 2094 du Conseil de Sécurité de l’ONU, adoptée jeudi 7 mars 2013 à l’unanimité de ses 15 membres (dont la Chine) et prévoyant de nouvelles sanctions contre Pyongyang, était « équilibrée ».

La Chine, principal pays allié de la Corée du Nord dont elle ne souhaite pas l’effondrement du régime, appelle à la reprise des pourparlers à Six (les deux Corée, Russie, Chine, Etats-Unis, Japon) sur le programme nucléaire de Pyongyang, des négociations qui sont au point mort, a également dit Hua Chunying, en reprenant la phraséologie habituelle de Pékin sur la question.

Menaces
Les tensions sont montées d’un cran vendredi 8 mars 2013 dans la péninsule coréenne, Pyongyang rompant les accords de non-agression avec le Sud.

La Corée du Nord a menacé de dénoncer l’accord d’armistice mettant fin à la guerre de Corée en 1953, brandi le spectre d’une « guerre thermonucléaire » et averti les Etats-Unis qu’ils s’exposaient à une « frappe nucléaire préventive ».

(ats / 08.03.2013 11h23)                                                                                                                  

Les sanctions renforceront le programme

nucléaire nord-coréen

La Corée du Nord a déclaré samedi 9 mars 2013 que les nouvelles sanctions décrétées par le Conseil de Sécurité de l’ONU ne feront que renforcer son programme nucléaire et son programme de missiles. Le régime menace de préparer d’autres essais nucléaires.

Le Ministère des Affaires Etrangères nord-coréen, dans un communiqué diffusé par l’agence de presse officielle KCNA, indique que le Nord montrera bientôt au monde comment « la manipulation » américaine exercée auprès du Conseil de Sécurité « a renforcé » le statut permanent de Pyongyang en tant que puissance nucléaire.

Les dernières sanctions de l’ONU, au lieu d »affaiblir les moyens de dissuasion nucléaire de la Corée du Nord augmenteront ses capacités « un millier de fois », poursuit le communiqué. La série de sanctions « concoctées » par l’ONU depuis ces huit dernières années n’ont eu comme résultat en Corée du Nord que « de renforcer ses moyens de dissuasion en qualité et en quantité ».

Téléphone rouge coupé

La Corée du Nord a annoncé vendredi 8 mars 2013 qu’elle abrogeait les accords de non-agression avec la Corée du Sud et qu’elle coupait le téléphone rouge mis en place entre les deux pays. Ces déclarations ont été faites quelques heures après de nouvelles sanctions décrétées par le Conseil de Sécurité de l’ONU contre Pyongyang.

La Corée du Nord, qui revendique son statut de puissance nucléaire, est soupçonnée de détenir plusieurs bombes nucléaires et de procéder à des essais atomiques afin de parvenir à les miniaturiser. Des manoeuvres américano-sud-coréennes à grande échelle, qui devraient débuter la semaine prochaine, alimentent l’inquiétude sur les risques d’un incident frontalier qui pourrait avoir de sérieuses conséquences.

(ats / 09.03.2013 07h52)   

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 mars, 2013 |Pas de commentaires »

LES JARDINS URBAINS COOPERATIFS DE CUBA: SOLUTION A LA CRISE ALIMENTAIRE (Sandra BESSON / http://www.polemicacubana.fr)

LES JARDINS URBAINS COOPÉRATIFS

DE CUBA :

LES JARDINS URBAINS COOPERATIFS DE CUBA: SOLUTION A LA CRISE ALIMENTAIRE (Sandra BESSON / http://www.polemicacubana.fr) dans REFLEXIONS PERSONNELLES cuba

SOLUTION À LA CRISE ALIMENTAIRE

agricultura-cubana-cuba AGRICULTURE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Les jardins urbains coopératifs que l’île de Cuba a mis en place à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique pour mettre fin à une crise alimentaire pourrait être une réponse au problème de l’augmentation des prix de l’alimentation et une forme intéressante de programme « manger local ».

Après la chute de l’Union Soviétique en 1991, Cuba a planté des milliers de jardins coopératifs urbains pour compenser la diminution des rations de nourriture importées des pays de l’est. Aujourd’hui, après trois ouragans qui ont dévasté près de 30% des cultures dans les fermes de Cuba, le pays communiste se tourne à nouveau vers ses jardins coopératifs urbains pour faire en sorte que son peuple soit suffisamment nourri.

« Notre capacité à répondre est immédiate parce qu’elle est coopérative » a déclaré Miguel Salcines, directeur d’un jardin dans la banlieue d’Alamar à la périphérie de La Havane.

Miguel Salcines a déclaré qu’il dormait très peu alors que ses 160 membres de la coopérative se dépêchent de planter et de moissonner une grande variété de betteraves qui ne mettent que 25 jours pour pousser.

Près de 15% de la nourriture mondiale est cultivée dans des zones urbaines, d’après le Département de l’Agriculture des Etats-Unis, un chiffre que les experts s’attendent à voir augmenter avec l’augmentation des prix de la nourriture, la croissance des populations urbaines et les préoccupations environnementales.

cuba-agricultura-urbana2-580x3561 COOPERATIVES AGRICOLES

Depuis qu’elles vendent directement leurs produits à leur communauté, les fermes urbaines ne dépendent plus des transports et sont relativement immunisées contre la volatilité des prix du carburant, un avantage qui prend de plus en plus de poids alors que les mouvements « manger local » se développent dans les pays riches.

A Cuba, les jardins urbains se sont transformés en parcelles vacantes, le long des parkings, dans les banlieues et même sur les toits des immeubles en ville.

Ils sont nés d’un plan militaire élaboré par l’île pour devenir autonome en cas de guerre. Les jardins se sont ensuite étendus au grand public en réponse à une crise alimentaire qui a suivi l’effondrement de l’Union Soviétique, le principal bienfaiteur de Cuba à l’époque.

Ils se sont avérés être très populaires, occupant 35 000 hectares de terres dans toute l’île. Même avant les ouragans, ils produisaient la moitié des légumes mangés à Cuba, qui importe environ 60% de sa nourriture.

« Je ne dis pas qu’ils ont la capacité de produire assez de nourriture pour toute l’île, mais pour des raisons sociales et agricoles, ils sont la réponse la plus adéquate à une crise » a déclaré Catherine Murphy, une sociologue américaine qui a étudié les jardins urbains de Cuba.

A Alamar, les membres de la coopérative obtiennent un salaire et partagent les profits du jardin, donc plus ils font pousser de légumes et de fruits, plus ils sont gagnants. Ils gagnent en moyenne 950 pesos, soit environ 42,75 dollars par mois, soit plus du double de la moyenne nationale, selon Miguel Salcines.

La coopérative qui a été lancée en 1997, produit désormais plus de 240 tonnes de légumes chaque année dans ses 11 hectares de terres, ce qui correspond environ à la taille de 13 stades de football.

Les jardins urbains vendent ce qu’ils produisent directement à la communauté, et en cas de nécessité ils font pousser leurs cultures de manière organique.

« L’agriculture urbaine va jouer un rôle essentiel pour garantir l’alimentation du peuple plus rapidement que les fermes traditionnelles » a déclaré Richard Haep, coordinateur à Cuba pour un groupe humanitaire allemand, Welthungerhilfe, qui soutient ce genre de projets depuis 1994.

Quand l’Union Soviétique s’est effondrée, les approvisionnements en pétrole à Cuba ont considérablement ralenti, ce qui a affecté les opérations agricoles du gouvernement. Les fertilisants chimiques ont été remplacés par du fumier et des engrais naturels.

Alors que dans les pays développés les produits organiques sont plus chers, à Cuba ils sont abordables en termes de prix. « Nous avons amené l’agriculture organique à un niveau social » a commenté Miguel Salcines.

Certains experts craignent que l’augmentation des prix mondiaux de la nourriture ainsi que les dégâts occasionnés par les ouragans encouragent Cuba à revenir sur la voie de l’agrochimie. Le gouvernement prévoit de construire une usine de fertilisants avec son allié riche en pétrole, le Venezuela.

Mais Raul Castro, qui remplace son frère malade Fidel Castro en tant que président, a aussi repris l’idée des jardins urbains lorsqu’il a mis en place une réforme visant à réduire les importations annuelles de nourriture de l’île.

Sandra BESSON

http://www.polemicacubana.fr

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 mars, 2013 |Pas de commentaires »

L’URANIUM « APPAUVRI », LE DIABETE, LE CANCER ET VOUS…(Docteur Alan CANTWELL)

L’uranium appauvri, le diabète, le cancer et vous

L'URANIUM

(Docteur Alan CANTWELL)

-samedi 24 février 2007- 

2026 AIEA dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Global Research, le 18 janvier 2007

Récemment, j’ai reçu un étrange courriel affirmant que l’uranium appauvri (UA) était la cause de la fulgurante intensification des diabètes dans le monde. En tant que médecin, je n’avais jamais entendu parler d’une telle hypothèse. Tout médecin sait qu’une irradiation peut causer un cancer, mais la relation entre l’UA et le diabète me semblait saugrenue. Néanmoins, j’ai pensé qu’il serait intéressant de jeter un oeil sur Internet.

Le site américain PubMed, financé par la Bibliothèque Nationale de Médecine, est le meilleur outil de recherche pour des informations médicales sur le Net. J’ai tapé les mots clés « uranium appauvri » et « diabètes », mais aucun article scientifique extrait de quelque revue médicale n’est apparu sur l’écran de mon ordinateur, ce qui m’a confirmé l’absence de toute connexion scientifique.

Même avec les mots « uranium appauvri » et « maladie humaine », juste 16 articles seulement étaient mentionnés sur le sujet, datés entre 1994 et 2005; et seulement la moitié de ces articles abordaient les problèmes de santé des soldats exposés à l’UA lors de la Guerre du Golfe.

Il y était rapporté que l’UA s’accumule dans les ganglions lymphatiques, le cerveau, les testicules et les autres organes, et que ses effets à court et à long terme étaient inconnus. Les malformations des nouveaux-nés étaient en nette expansion dans la progéniture des personnes exposées à l’UA, et les vétérans de la Guerre du Golfe qui en avaient inhalé excrétaient toujours, 10 ans plus tard, des quantités anormales d’uranium dans leurs urines.

Pourquoi y avait-il si peu d’articles sur l’UA et ses effets sur le corps humain ? Ayant abondamment écrit, depuis 20 ans, sur le SIDA et la désinformation entretenue sur cette épidémie fabriquée de toutes pièces par l’homme, cela ne me surprenait pas. Je suspectais fortement que la recherche des effets de l’UA sur la santé des vétérans de la Guerre du Golfe était « politiquement incorrecte ». Par ailleurs, une rapide recherche sur le Web avec Google – « effets secondaires » + « uranium appauvri » ["side effects" + "depleted uranium"] – me retournait 71 000 pages en anglais. En ajoutant « diabètes » ["diabetes"], j’obtenais 22 000 pages.

Je découvrais aussi que dans la presse, les articles évoquant les dangers de l’UA sur la santé étaient rares, voire inexistants. Dans un communiqué de janvier 2001, FAIR (1) accusait les médias de « couverture médiatique pauvre sur les armes à uranium appauvri ». Néanmoins, on peut trouver sur Internet beaucoup d’informations sur l’UA.

L’UA a d’abord été utilisé par les USA dans la première Guerre du Golfe en 1991, puis dans les Balkans, au Kosovo, à la fin des années 90, en 2000 dans la guerre contre l’Afghanistan, et en 2003 en Irak; les Israéliens l’ont utilisé aussi en 2006 dans leur guerre avec le Liban. Inutile de le dire, l’Administration et l’Armée américaines nient officiellement tout danger de l’UA pour la santé. Dans un article rassurant du New York Times du 9 janvier 2001, intitulé « Un document de 1999 met en garde contre l’uranium appauvri », Marlise Simons note que « tout en reconnaissant certains risques, le Pentagone comme l’OTAN, se référant à l’avis des experts, réfutent l’existence d’un quelconque lien entre la mort de vétérans malades et leur exposition à l’uranium appauvri. »

Les armes à l’uranium appauvri ont été développées par la Marine Américaine en 1968, et les États Unis les ont d’abord données à Israël lors de la guerre israélo-arabe de 1973. Depuis lors, les USA ont testé et fabriqué des armes à l’UA et en ont vendu à 29 pays. L’UA a été testé en 1999 en bombardant à plusieurs reprises un site expérimental de Porto Rico, sur l’île de Vieques, avant d’être utilisé au Kosovo.

L’UA est un sous-produit de l’enrichissement de l’uranium naturel utilisé dans les réacteurs nucléaires. En tant que déchet nucléaire, le conserver est coûteux, mais il est relativement bon marché de s’en procurer. En raison de leur capacité à percer le blindage des tanks, les armes à l’UA sont extrêmement performantes, et c’est la raison pour laquelle elles séduisent tant les militaires.

Ceux qui tirent la sonnette d’alarme

Le Commandant Doug Rokke, un des meilleurs experts de l’UA, a rejoint ceux qui tirent la sonnette d’alarme contre son utilisation. Il explique que la charge d’un tank se compose de 4,5 kg d’uranium-238 solide, contaminé par du plutonium, du neptunium et de l’américium. Cette charge étant pyrophorique, ce qui signifie qu’elle génère une intense chaleur à l’impact, elle transperce aisément un tank à cause de la forte compacité du métal. Quand ces munitions à l’UA touchent au but, elles produisent un torrent de feu à l’intérieur de tout véhicule ou structure, ce qui se traduit par des brûlures et des blessures épouvantables chez ceux qui échappent à la mort instantanée par carbonisation.

A l’impact, l’UA produit de l’oxyde d’uranium, et des éclats d’uranium explosent dans tout l’environnement. Les minuscules nanoparticules, en pénétrant dans les poumons et le courant sanguin, se dispersent dans tout le corps. Quand Rokke et son équipe eurent pour tâche de « nettoyer » l’UA après la première Guerre du Golf, tous ses hommes tombèrent malades au bout de trois jours, avec des problèmes respiratoires, des éruptions cutanées, des saignements et des lésions purulentes. Dans une interview de 2003 en Australie avec Gay Alcorn, Rokke confessait : « Après tout ce que j’ai vu et tout ce que j’ai fait, il m’est apparu très clairement que vous ne pouvez pas retirer les déchets radioactifs d’une nation juste pour les balancer dans une autre. C’est inacceptable. C’est tout simplement inacceptable. »

Selon Asaf Durakovic, médecin au Centre de Recherche Médicale sur l’Uranium de Washington DC, le terme « uranium appauvri » est impropre. L’uranium « naturel » et l’uranium « appauvri » sont l’un comme l’autre composés à plus de 99% d’uranium 238. L’UA est presque aussi hautement concentré que l’uranium pur et peut contenir des traces de plutonium (un élément mortel).

Leuren Moret est une scientifique indépendante américaine qui travaille sur les problèmes de santé posés par les irradiations dans les communautés du monde entier. A 61 ans, elle est toujours la première à s’engager activement contre l’utilisation de l’UA; elle a travaillé dans deux laboratoires d’armements nucléaires, dont le Laboratoire national Lawrence Livermore à Berkeley, qui dépend du Ministère de l’Énergie. Elle tire résolument la sonnette d’alarme contre l’UA en s’opposant fermement au gouvernement avec Rokke et Durakovic, et tous trois ont personnellement subi mille tourments (y compris des menaces de mort) pour leurs positions anti-UA.

Dans son article « L’uranium appauvri: Cheval de Troie de la guerre nucléaire », paru dans le World Affairs Journal de juin 2004, Moret déclare: « L’utilisation d’armes à l’UA par les USA, en violation de tous les traités internationaux, va lentement anéantir toutes les espèces de la Terre, y compris l’espèce humaine, mais ce pays continue pourtant de les utiliser, bien qu’il en connaisse parfaitement le potentiel destructeur. »

L’UA circule. Les particules radioactives s’élèvent dans l’atmosphère et se disséminent par le vent des tempêtes et les courants atmosphériques. Elles contaminent irrémédiablement de vastes régions et détruisent lentement l’avenir génétique des populations qui y vivent. Cheval de Troie de la guerre nucléaire, Moret appelle l’UA « l’arme qui tue sans discontinuer. » Il n’y a aucun moyen de l’arrêter – ni aucun moyen de le neutraliser. Il répond à la propre définition du gouvernement américain sur les « armes de destruction massive (ADM). »

L’uranium appauvri sur le Royaume Uni

L’UA a une très forte affinité pour l’ADN des cellules et l’endommage irrémédiablement. C’est une arme nucléaire de « quatrième génération ». D’abord est apparue la bombe atomique, puis la bombe à hydrogène, ensuite la bombe à neutron, et maintenant l’UA. Moret assure que de la poussière contaminée d’UA du Moyen-Orient s’élève dans l’atmosphère. Via les tempêtes de sable et les courants atmosphériques, elle se retrouve en Europe et en Grande-Bretagne. Finalement, en s’élevant dans l’atmosphère, elle se dissémine dans le monde entier. Aucun endroit n’est épargné, il n’y a aucune possibilité d’y échapper.

Les inquiétudes de Moret sont confirmées dans un rapport de Chris Busby et Saoirse Morgan, publié en 2006 dans la revue European Biology and Bioelectromagnetics sous le titre: « L’utilisation des armes à l’uranium dans la seconde Guerre du Golfe a-t-elle conduit à la contamination de l’Europe ? »

Les données (obtenues avec l’aide de la loi sur la liberté de l’information – Freedom of Information Act) de l’Institut des Armes Atomiques (Atomic Weapons Establishment, Aldermaston, Berkshire, UK) révèlent que neuf jours après le début de la guerre d’Irak (« choc et effroi » – « shock and awe ») le 19 mars 2003, les niveaux d’uranium relevés sur cinq sites du Berkshire s’élevèrent fortement. A deux occasions, ces niveaux dépassèrent le seuil à partir duquel l’Agence de l’Environnement doit être informée, bien qu’ils fussent toutefois en-dessous de la limite de sécurité. Ces niveaux d’uranium appauvri furent les plus élevés qui eussent jamais été mesurés dans l’atmosphère de la Grande-Bretagne. Le rapport confirme aussi les conditions météorologiques de cette période de la guerre, et montre un mouvement ascensionnel constant de l’air depuis le nord de l’Irak.

C’est sans surprise que cette recherche a été officiellement vigoureusement réfutée par divers responsables du gouvernement qui n’y ont vu que de « l’uranium d’origine naturelle ». Toutefois, Busby et Morgan soutiennent que ces résultats prouvent pour la première fois que les particules d’UA sont capables de voyager sur des milliers de kilomètres depuis Bagdad jusqu’en Angleterre. On peut lire ce rapport sur Internet.

Le Syndrome de la Guerre du Golfe

Environ 300 tonnes d’UA ont été répandues sur l’Irak en 1991. Pourtant, le Ministère de la Défense américain a considéré que les risques pour la santé des soldats qui en ont inhalé étaient minimes, et il continue d’affirmer que d’y être exposé ne présente aucun danger. Près de 580 000 soldats ont été déployés dans cette guerre; il y a eu 294 tués et 400 blessés ou malades. En 2000, 325 000 étaient déclarés en invalidité permanente, et plus de 11 000 étaient morts. Manifestement, quelque chose de grave pour leur santé s’est produit chez les hommes et les femmes qui ont servi dans le Golfe.

L’UA est connu comme étant neurotoxique. Les vétérans de la Guerre du Golfe ont deux fois plus de risques d’être victimes de la sclérose en plaque (SEP) que les vétérans n’ayant pas servi en Irak. La SEP, une maladie neuromusculaire mortelle, est désormais considérée comme une maladie « professionnelle » dont les vétérans peuvent se prévaloir pour être déclarés en invalidité. Les vétérans de la Guerre du Golfe présentent une disposition aux « maladies chroniques multiples » presque deux fois supérieure à celle des soldats ayant servi ailleurs à la même période. Mais ce qu’on appelle le « Syndrome de la Guerre du Golfe » (SGG) n’est toujours pas reconnu comme maladie spécifique. L’évaluation du Ministère de la Défense ne lui reconnaît aucune spécificité comme syndrome, maladie ou complexe de symptômes des vétérans de la Guerre du Golfe.

Le diabète, épidémie mondiale

Il y a 50 ans, quand je faisais mes études de médecine lors des premières années de la Guerre Froide, le diabète n’était pas une maladie courante. Désormais, au XXIe siècle, il n’est plus rare d’entendre parler de l’imminence d’une épidémie de diabètes. Il est certain que les statistiques corroborent ce fait.

Aujourd’hui, 7% des Américains (17 millions) ont une forme de diabète. De surcroît, en première page du Los Angeles Times du 16 septembre 2006, un rapport avançait que plus de 41 millions d’Américains présentent des taux de glucose anormaux dans leur sang, « ce qui indique qu’ils pourraient développer bientôt un diabète ». A Porto Rico (où l’UA a été testé), 10% de la population souffrent du diabète.

Le Centre Epidémiologique d’Atlanta (CDC), une agence du gouvernement américain chargée de la prévention, de l’étude et du contrôle des maladies, déclare que « si les Américains ne changent pas leurs habitudes », 33% des enfants nés cette année seront diabétiques en 2050. A cette date, il est prévu que 45 millions d’Américains seront diabétiques. Un groupe de soutien aux vétérans, Veterans with Diabetes International, avance le chiffre de 143 millions de diabétiques dans le monde, et en prévoit 300 millions en 2025.

Le diabète de type 1, le plus souvent décelé chez les enfants et les jeunes adultes, comprend 5% à 10% des cas. Le type 2, un trouble du métabolisme résultant de l’incapacité du corps de produire de l’insuline ou de l’utiliser convenablement, touche fréquemment les adultes, tout particulièrement les obèses. Ce groupe réunit plus de 90% des diabétiques. Le CDC prévoit que d’ici à 2050, le diabète de type 2 va s’accroître de 165%. Les personnes ayant un diabète de type 2 ont aussi deux fois plus de risques de contracter un cancer du pancréas.

Trente-quatre ans après la fin de la guerre du Vietnam, le Ministère de la Défense présentait finalement « la preuve incontournable » que les diabètes de type 2 pouvaient être liés à l’Agent Orange. Plus de 80 000 tonnes de ce défoliant toxique furent pulvérisées sur le Vietnam par l’armée américaine. On sait aujourd’hui qu’il cause des cancers et, chez les nouveau-nés, des malformations. Depuis 2002, le diabète est désormais reconnu comme maladie « connexe au service » pour tous les vétérans du Vietnam. Pour l’heure, ce n’est pas encore le cas pour les vétérans de la Guerre du Golfe.

Neuf pour cent (9%) des vétérans du Vietnam on un diabète de type 2. Il n’y a aucune preuve aujourd’hui d’un accroissement de la fréquence des diabètes chez les vétérans de la Guerre du Golfe, mais je n’ai pu trouver la moindre investigation sérieuse pour confirmer ou infirmer cela. Dans dix ou vingt ans peut-être, la science officielle découvrira leur relation avec l’UA.

On pense communément que le diabète est causé par l’obésité, une mauvaise alimentation et le manque d’exercice. Pour Leuren Moret, la cause de cette nouvelle épidémie est plus sinistre: à savoir le niveau en hausse de l’UA dans l’atmosphère partout dans le monde, conjugué aux émissions issues de la prolifération des centrales nucléaires.

Contrairement aux allégations de la science officielle, Moret affirme que l’UA est une chose extrêmement dangereuse, et que le diabète en est une réponse immédiate, à la différence des décennies que peut mettre l’uranium pour générer un cancer induit par son rayonnement. Bien qu’elle ne puisse le prouver, elle est la première scientifique à fortement suggérer qu’il y a une relation entre la nouvelle épidémie de diabètes et l’UA.

Moret soutient que la profession médicale a collaboré à la dissimulation de l’irradiation à faible dose issue des centrales nucléaires et des essais dans l’atmosphère. Je n’ai pu le vérifier, mais c’est cohérent avec la passivité de la profession médicale lors des expérimentations nucléaires aux USA durant la Guerre froide (voir plus loin). Elle parle également des médecins hospitaliers qui sont menacés par le gouvernement d’une amende de 10 000 $ et de la prison s’ils parlent ouvertement des problèmes de santé des soldats de retour de la guerre d’Irak. Cela pourrait expliquer l’indigence des rapports dans la littérature scientifique concernant les vétérans exposés à l’UA et leurs maladies en lien avec la guerre.

Moret dit aussi que les journalistes ont été empêchés d’approcher plus de 14 000 soldats évacués pour raisons médicales de la présente Guerre d’Irak et rapatriés à l’hôpital Walter Reed, près de Washington DC. Pour en savoir plus sur Leuren Moret et ses recherches, tapez dans Google: Leuren Moret + videos. De plus, elle apparaît dans le récent documentaire « Beyond Treason », où elle énumère les horribles conséquences de l’exposition à l’uranium appauvri sur les troupes américaines et les civils irakiens dans la région du Golfe en 1991.

L’uranium appauvri, sans danger?

Autorité reconnue, Ronald L. Kathren, professeur émérite à l’Université publique de Washington (Oregon), répond de l’innocuité de l’UA. Contrairement au Commandant Rokke, il semblerait qu’il n’ait jamais été dans l’armée ni en contact avec l’UA sur un champ de bataille. Néanmoins, son opinion a beaucoup de poids dans le monde scientifique.

Kathren ne conteste pas le fait que les militaires qui peuvent avoir été en contact avec l’UA souffrent de maladies diverses, mais il pense que leur exposition à l’uranium n’en est très probablement pas la cause.

Dans un texte au Portland Independant Media Center (Indymedia) du 3 juillet 2005, il écrit:

« Les radiologues se préoccupent énormément de la santé publique, et en tant que spécialistes des rayonnements et de leurs effets sur les personnes et l’environnement, ils ont pleinement conscience que c’est autre chose que l’exposition à l’uranium qui est la cause des maladies dont souffrent ceux qui ont été en contact avec l’uranium appauvri des munitions. Une quantité incroyablement énorme de données scientifiques montrent qu’il est pratiquement impossible que l’uranium soit la cause de leurs maladies. Malgré cette masse de données scientifiques, des personnes ignorantes ou dans l’erreur continuent de prétendre que l’uranium appauvri, et tout particulièrement la radioactivité qui y est associée, est la cause de celles-ci.

C’est vraiment fâcheux, car les radiologues et les autres chercheurs ont déjà connaissance que l’uranium appauvri n’en est pas la cause, et par conséquent toute investigation sur ces maladies devrait se concentrer sur d’autres causes possibles. Si nous voulons apporter un tant soit peu quelque soulagement ou réconfort à ces personnes souffrantes, et si nous voulons acquérir une meilleure connaissance de la cause de ces maladies, nous ne devons pas gaspiller nos énergies, nos ressources et notre temps, si précieux et limités, en essayant de pointer d’un doigt accusateur l’uranium appauvri alors que l’on sait déjà qu’il est pratiquement certain que l’uranium n’est pas la cause du problème. » (2)

« Toute radiation est dangereuse pour les êtres humains, aussi faible soit-elle ».

En tant que médecin, il m’est inconcevable qu’un expert officiel comme Kathren puisse si vite disculper l’UA en affirmant qu’il est inoffensif et dénué de tout risque, surtout quand le 29 juin 2005, une commission de l’Académie Nationale des Sciences trouve, quant à elle, que toute radiation est dangereuse pour les êtres humains, aussi faible soit-elle.

Cette commission conclut que « toute dose d’irradiation, aussi faible soit-elle, peut induire un cancer. Une majorité de gens vont de plus en plus être exposés aux rayonnements à cause de leur utilisation grandissante en médecine. Ces nouvelles conclusions pourraient conduire à des changements dans les pratiques médicales et les niveaux d’irradiation autorisés sur les anciens sites nucléaires. » La commission contredit également l’affirmation fréquemment entendue de certains scientifiques pro-nucléaires de l’administration: « un faible rayonnement ne peut vous être néfaste. »

L’idée que l’irradiation à faibles doses serait sans danger est le mythe qui a permis de nombreux essais nucléaires lors de la Guerre froide sans une véhémente protestation de l’ensemble de la communauté humaine. C’est toujours ce mythe qui permet d’utiliser sur les champs de bataille des armes à l’UA contre les « terroristes ».

Historiquement, la preuve du danger de la guerre nucléaire a été fournie il y a une dizaine d’années par la publication, autorisée par le Président Bill Clinton, d’un rapport de la Commission du Congrès Américain qui s’intitulait « Expériences sur l’irradiation des êtres humains » (The Human Radiation Experiments). Ce rapport montre clairement qu’on ne peut se fier aux déclarations officielles des chercheurs sur l’innocuité des armes nucléaires. Ce qui dans ce rapport est pire encore, c’est toute la documentation sur d’innombrables expériences secrètes menées sur des personnes sans méfiance lors de la Guerre froide, « au nom de la science ». Malheureusement, cet horrible rapport paru en 1996 n’a pas dissuadé Clinton d’autoriser les armes à l’UA au Kosovo en 1999, ni le Président George W. Bush qui les a de nouveau autorisées en Afghanistan et en Irak.

Quiconque ayant un accès à Internet peut simplement chercher avec Google « the human radiation experiments » pour lire les détails de cette science exécrable qui gravite autour des essais nucléaires et de ses effets désastreux pour la santé de citoyens américains peu suspicieux.

En 2001, cinquante ans après un grand nombre d’essais d’armes nucléaires dans l’ouest des USA, l’Institut National Américain contre le Cancer a finalement été obligé de révéler le résultat de ses recherches: les retombées radioactives des bombes testées au Nevada se sont disséminées dans tous les États de l’Union et ont causé au moins 15 000 décès par cancer et jusqu’à 212 000 cancers non-létaux de la thyroïde. John LaForge de Nukewatch.com nous rappelle que « l’on disait alors que les 67 bombes expérimentales qui ont explosé entre 1946 et 1958 étaient sans danger. »

Argent, pouvoir et uranium appauvri

A qui profite ce cauchemar planétaire ? Dans « The Enemy Within » (« L’ennemi intérieur », 1996), Jay Gould révèle que la famille royale britannique détient en fonds privés plus de 6 milliards de dollars dans l’uranium par l’entremise du groupe anglo-australien Rio Tinto qui, avec plus de 60 opérations dans 40 pays, est la plus grande compagnie minière du monde. L’Afrique et l’Australie sont les deux principales sources d’uranium de la planète. Les Rothschild contrôlent les approvisionnements et les prix sur le marché international.

Gould remarque que les radiations nucléaires ont entraîné une augmentation spectaculaire de la mortalité par cancer du sein, tout particulièrement entre 80 et 160 km des centrales nucléaires, dans les communes traversées par les vents dominants qui balaient les centrales.

Donna Lee, la critique littéraire, écrit:

« Ce livre a suffisamment de données scientifiques pour édifier ces bureaucrates qui nient que d’habiter près d’un réacteur nucléaire représente un danger pour la santé. Son style clair et direct suffit également à me convaincre, moi qui ai survécu à un cancer du sein, que j’avais grandi au temps de la Guerre froide comme un cobaye ignorant, victime surtout d’une politique de la dénégation et du retranchement. »

Lee poursuit:

« Après avoir lu ce livre, toutefois, une question ne cesse de me tarauder. Je suis née à San Francisco, en Californie, j’y ai grandi, et je vis toujours dans cette ville où l’incidence des cancers du sein est la plus forte au monde. Le livre s’alarme du taux de mortalité par cancer du sein et signale que c’est autour de New York qu’il est le plus élevé. San Francisco étant à plus de 160 km d’un réacteur nucléaire, la ville n’y est pas même mentionnée. Si le cancer du sein s’explique par l’irradiation à faible niveau qui sévit à différents endroits des USA, alors comment l’expliquer pour nous? »

En fait, à moins de 160 km de San Francisco, une centrale nucléaire fut mise en service en 1975 à Sacramento. Dans son livre, publié en 1996, Gould n’inclut probablement pas celle-ci parce que suite au tollé général, par référendum, la centrale nucléaire de Rancho Seco fut obligée de cesser définitivement ses activités en 1989.

D’après David Bradbury, en trente ans, le taux des cancers chez les enfants de l’île de Vieques a fait un bond de 250% par rapport à la moyenne nationale portoricaine. Dans son documentaire « Blowin’ in the Wind », le provocateur réalisateur australien, deux fois nominé aux Oscars, apporte également plusieurs réponses sur les sommes faramineuses qui sont en jeu dans la production de l’uranium et des armes à l’UA. L’Australie fournit le tiers de l’uranium mondial, et Bradbury révèle qu’un traité secret permet à l’armée américaine de tester le maniement de ses armes à l’UA sur le sol australien. Il dévoile le projet d’extraire plus de 36 milliards de dollars d’uranium des mines australiennes sur les six années à venir, et montre qu’une voie ferrée a été construite pour transporter le minerai sur les 1600 km qui séparent les mines d’un port de la côte nord.

Le maître d’oeuvre de cette ligne de chemin de fer est la compagnie texane Halliburton. En 1995, le PDG de cette compagnie était le vice-président des USA, Dick Cheney. Le réalisateur raconte: « La Reine et ses forbans préférés, les américains Cheney, Halliburton et la famille Bush, sont unis dans l’exploitation de l’uranium et l’utilisation conjointe de munitions illégales à l’uranium appauvri au Moyen-Orient, en Asie centrale, et en Bosnie/Kosovo. Dans la prolifération des armes à l’uranium appauvri, quelle a été l’importance du rôle des divers personnages et groupes comme le groupe Carlyle, George Herbert Walker Bush, l’ancien PDG de Carlyle Frank Calucci, l’Université de Californie et ses laboratoires de Los Alamos et Livermore sur les armes nucléaires tactiques, et les fonds de pension américains et étrangers ? On ne le sait pas très bien ou, dans la plupart des cas, on ne les identifie même pas, que ce soit en Australie ou ailleurs. Dieu sauve la Reine de sa culpabilité pour sa complicité dans la transformation de la planète Terre en ‘Étoile de la Mort’. » [l'Étoile de la Mort ou l'Étoile Noire, dans la Guerre des Étoiles]

L’uranium appauvri et la Guerre contre la terreur

C’est absolument terrifiant de penser que toutes les formes de vie de la planète sont exposées à l’altération de leur ADN par des radiations dans le but de nous apporter la « sécurité » et la « démocratie ». C’est diabolique, vraiment, de penser que la destruction de la planète est en cours et que nous sommes si peu nombreux à comprendre ce qu’il se passe – et encore moins nombreux à lutter activement contre cette tragédie.

Il est évident que la plupart des leaders politiques et spirituels de la planète, tout comme les scientifiques, les médecins, les juristes et les professionnels de santé, ne se soucient guère des dangers des armes à l’UA et des autres formes d’énergie nucléaire. Si ce n’était le cas, on en entendrait sûrement parler à la télévision ou dans la presse.

En tant que journaliste d’investigation sur les toutes dernières décennies, j’ai porté toute mon attention sur l’origine « fabriquée » du SIDA et la peu connue cause bactérienne du cancer, sans m’intéresser davantage aux radiations nucléaires. Néanmoins, j’ai écrit en 2001 un article intitulé: « Expériences sur l’irradiation des êtres humains: comment les scientifiques ont secrètement utilisé les citoyens américains comme cobayes au cours de la guerre froide ».

Cet article, paru dans la revue New Dawn de septembre-octobre 2001, est publié sur plusieurs sites Web. Mais je dois avouer que j’étais ignorant des graves problèmes planétaires que pose l’UA. Je présumais naïvement qu’aucun pays civilisé et pacifique ne deviendrait jamais suffisamment irresponsable et implacable pour utiliser des armes radioactives. Combien avais-je tort !

Ce que je trouve le plus pathétique et inconcevable, c’est que nous n’ayons rien retenu des effets désastreux sur notre santé du bombardement atomique sur le Japon – ni des horreurs des essais nucléaires de la seconde moitié du XXe siècle. Tout au contraire, nous continuons de contaminer de vastes régions du monde avec des radiations que nous ne savons pas éliminer.

Je me rappelle combien les gens jubilaient en août 1945 – j’avais onze ans – quand Hiroshima et Nagasaki furent bombardés, ce qui mit rapidement fin à la guerre. Cinquante ans plus tard, ma nièce épousait un américain d’origine japonaise. Peu de temps après leur mariage, elle remarqua qu’il avait une boule dans le cou qui, par la suite, se révéla être un cancer de la thyroïde. Quand la bombe explosa sur Hiroshima, sa mère, encore enfant, vivait à 80 km de la ville.

Quelques décennies plus tard, parvenue à la quarantaine, on lui diagnostiqua un cancer de la thyroïde, sans nul doute lié aux retombées radioactives. Les médecins estimèrent qu’il était possible que le mari de ma nièce ait développé un cancer de la thyroïde parce que les gènes que sa mère lui avait transmis, altérés par les radiations, étaient porteurs de ce type de cancer. Comme de bien entendu, la famille se demande aujourd’hui si leur deux jeunes enfants ne vont pas, à leur tour, développer plus tard ce type de cancer. Qui aurait pu penser que les bombes atomiques lancées sur le Japon en 1945 se traduiraient cinquante plus tard par un cancer dans ma famille en Californie ?

Il y a quelques années, je développais un nodule à la thyroïde dont la biopsie révélait qu’il n’était pas cancéreux. Encore adolescent, dans les années 50, sur les conseils d’un dermatologue très réputé de New York, j’avais suivi un traitement « superficiel » par rayons pour de l’acné, traitement qui plus tard fut interdit parce qu’il était susceptible de causer le cancer de la thyroïde.

C’est presque un cliché de le rappeler, mais « nous sommes tous connectés les uns aux autres ». Les retombées de l’UA et de l’énergie nucléaire nous raccordent tous ensemble aujourd’hui sur une planète de plus en plus radioactive. Personne n’est immunisé contre les effets délétères des radiations, et personne ne sait comment les nettoyer.

Que pouvons-nous y faire ? La seule chose que nous puissions faire, c’est d’arrêter immédiatement cette folie. Cependant, pouvoir, cupidité, politique et religion rendent une telle chose hautement improbable.

Nous avons rencontré les responsables de la nouvelle source d’irradiations, « la guerre contre la terreur ». Et, malheureusement, c’est de nous qu’il s’agit.

Docteur Alan CANTWELL
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(1) FAIR, Fairness & Accuracy in Reporting: Impartialité et Rigueur de l’information (Critique des médias) fair.org

(2) portland.indymedia.org

alancantwell@sbcglobal.net

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LIENS:

Organisations non-gouvernementales:

CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité criirad.org dissident-media.org tinyurl.com

APRI – Association pour la Protection contre les Rayonnements Ionisants apri.fr.free.fr


Site : globalresearch.ca auteur : Dr Alan Cantwell traduction: phoxton Langue originale: anglais

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 7 mars, 2013 |Pas de commentaires »

DE HIROSHIMA A BAGDAD: L’HISTOIRE DE L’URANIUM « APPAUVRI » (Joëlle PENOCHET / anthropologue et journaliste indépendante)

De Hiroshima à Bagdad

DE HIROSHIMA A BAGDAD: L'HISTOIRE DE L'URANIUM

Obus avec flèche à l’uranium « appauvri »

Par Joëlle PENOCHET, anthropologue et journaliste indépendante

31 août 2005

« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes de l’homme. »

Albert Camus, au lendemain d’Hiroshima, Combat , 8 août 1945

Le soixantième anniversaire des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki a été commémoré aux Etats-Unis dans la plus grande discrétion ; en France, rares sont les medias qui ont osé remettre en question la version officielle de cet événement qui a fait basculer le monde dans une ère de barbarie sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. En 1991, juste après la fin de la guerre froide qui maintenait « l’équilibre de la terreur », a commencé une nouvelle guerre nucléaire, silencieuse, qui se poursuit avec la complicité de l’ensemble de la « communauté internationale ».

Cette guerre nucléaire, menée contre des pays désarmés pour servir les ambitions géopolitiques des Etats-Unis, utilise en effet des quantités de plus en plus grandes d’uranium dit « appauvri », un déchet nucléaire hautement toxique. Ce produit empoisonne l’environnement pour plusieurs milliards d’années et provoque chez les populations touchées une multiplication des cancers, des leucémies, de malformations congénitales monstrueuses et, conséquence la plus grave et irréversible, la modification du patrimoine génétique. Comme les pollutions consécutives aux essais nucléaires aériens et à la catastrophe de Tchernobyl, la pollution à l’uranium « appauvri » ne connaît pas de frontière et aujourd’hui les populations de l’hémisphère nord respirent les particules d’oxyde d’uranium dispersées depuis 1991, en Irak, en ex-Yougoslavie et en Afghanistan.

Hiroshima : une « révolution scientifique »

« A Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens, qui n’avaient pas été atteints pendant le cataclysme, sont encore aujourd’hui en train de mourir, mystérieusement, horriblement, d’un mal inconnu pour lequel je n’ai pas d’autre nom que celui de peste atomique [ ... ]. Sans raison apparente, leur santé vacille. Ils perdent l’appétit. Leur cheveux tombent. Des taches bleuâtres apparaissent sur leur corps. Et puis ils se mettent à saigner, des oreilles, du nez, de la bouche. » ( Wilfred Burchett, premier journaliste à être entré à Hiroshima, Dally Express du 5 septembre 1945)

Le quotidien « Le Monde » du 8 août 1945 annonça la destruction totale et instantanée d’Hiroshima comme une « révolution scientifique ». L’anéantissement des deux villes japonaises et la « vaporisation » de leurs habitants (100.000 personnes à Hiroshima, et 50.000 à Nagasaki) a longtemps été présenté comme un « mal nécessaire » pour arrêter la 2 e guerre mondiale. Aujourd’hui, même certains médias de la presse « industrielle » comme « Le Nouvel Observateur » reconnaissent que ces crimes contre l’Humanité, ont été perpétrés inutilement, sinon pour le grand profit des Etats-Unis dont le véritable objectif était de neutraliser l’Union Soviétique (qui avait promis aux USA d’entrer en guerre contre le Japon le 15 août) et de déclencher la « Guerre Froide ». En effet, le président Truman avait été informé par ses services de renseignements que la reddition du Japon n’était qu’une question de jours. En outre, les deux bombardements ont permis de tester en grandeur nature les différentes bombes nucléaires – à l’uranium et au plutonium – et de démontrer au monde entier la toute puissance des Etats-Unis.

Les souffrances indicibles des victimes différées (des dizaines de milliers de Japonais moururent à petit feu, alors que près de 300.000 personnes continuent aujourd’hui de subir les séquelles de leur irradiation), à la fois physiques et psychologiques, furent négligées. La mémoire de cet horrible tragédie est peu entretenue par les autorités japonaises, et les « Ibakusha » », les victimes irradiées, sont toujours considérés comme des parias au sein de leur société. En 1950, le nombre de morts à Hiroshima avait doublé (200.000), et celui de Nagasaki avait presque triplé (140.000). Les bombardements de Dresde les 13 et 14 février 1945 (135.000 morts) ou de Tokyo, réduite en cendres en trois heures sous les bombes incendiaires américaines le 10 mars (entre 80.000 et 100.000 morts), n’avaient pas non plus de justification militaire, mais elles n’eurent pas de répercussions post-conflit. Cela fait toute la différence avec armes nucléaires inaugurées le 6 août 1945, dont les effets continuent de tuer bien après la fin des conflits.

Uranium appauvri : la nouvelle guerre nucléaire

Depuis les essais en grandeur nature d’armes à uranium appauvri dans le Golfe (1991), l’utilisation d’un nouveau type d’armes nucléaires s’est banalisée dans l’indifférence générale. Chaque nouvelle guerre « humanitaire » (Bosnie, Kosovo, Afghanistan…) a été l’occasion de tester de nouvelles armes à l’uranium appauvri (UA) à des puissances de plus en plus grandes. La nouvelle guerre d’agression lancée contre Irak par la coalition anglo-américaine en 2003 avec la complicité de la « communauté internationale », y compris la France, au cours de laquelle des quantités sans précédent de munitions à l’uranium appauvri sont utilisées, est une véritable guerre nucléaire qui ne dit pas son nom. On est là devant un crime contre l’Humanité qui se déroule silencieusement, et à une échelle jamais connue à ce jour.

«… les Etats-Unis et leurs partenaires militaires ont mis en place quatre guerre nucléaires utilisant des bombes et des armes sales dans les pays qu’ils ont besoin de contrôler. Sous forme d’aérosols, l’uranium appauvri contaminera en permanence de vastes régions et détruira doucement le futur génétique des populations vivant dans ces régions où ils trouvent des ressources que les US doivent contrôler pour établi et maintenir leur primauté. » (Leuren Moret, experte des radiations, juillet 2004)

 Un déchet nucléaire hautement toxique recyclé comme munition classique

En raison de ses propriétés pyrophoriques (il s’enflamme spontanément au contact de l’air) et de sa très grande densité (1,7 fois supérieure à celle du plomb), c’est le métal idéal pour fabriquer des obus miniaturisés de grande portée, d’une grande vélocité (jusqu’à mach 5) capables de transpercer en quelques secondes des véhicules blindés ou de traverser des dizaines de mètres de béton pour détruire des bunkers souterrains sur plusieurs mètres.

«  Le terme d’uranium « appauvri » est inapproprié, car il ne correspond pas à la réalité : il laisse penser que la radioactivité est enlevée, ce qui est faux. Je préfère parler d’armes « enrichies à l’uranium  » (Reza Fiyuzat, linguiste résidant au Japon, entretien par mél du 30 août 2005)

L’uranium appauvri (UA) est un déchet radioactif issu de l’enrichissement de l’uranium destiné aux réacteurs nucléaires civils et militaires (Dans les bombes, on utilise de l’uranium enrichi à 95 % en U 235 ). Il contient principalement environ 99,75% d’U 238 et 0,2% d’U 235 . On l’appelle « appauvri » parce que son activité est inférieure à celle de l’uranium naturel, ce qui ne signifie nullement qu’il est moins dangereux. En effet, l’uranium dit « naturel » est présent dans l’environnement à raison de 1 à 3 ppm, alors que le minerai est mille fois plus concentré. (L’uranium est dit « naturel » quand il ne contient que des isotopes qui existent dans la nature, 14 au total, tous radioactifs, dont l’U 238 , l’U 235 et l’U 234) . Seul l’uranium 235, qui ne représente que 0,72% de l’uranium naturel (ce chiffre variant selon les régions du monde), est fissile. L’UA est doublement toxique : chimiquement, il provoque un empoisonnement comme les autres métaux lourds (plomb, arsenic…). Mais il est surtout fortement radiotoxique.

En outre, au lieu de diminuer, l’activité de l’UA s’accroît au fil du temps, en raison de la formation rapide de sous-produits lors de sa désintégration. S’il n’émet surtout des rayons alpha (peu pénétrants, mais très irradiants) quand il est pur, ses deux descendants, qui apparaissent au bout de quelques mois, le thorium (TH 234  ) et le protactinium (PA 234 ) sont des émetteurs à vie courte (leurs périodes respectives sont de 24 jours et 1,4 mn), bêta et gamma, donc, très pénétrants. L’UA utilisé dans l’armement est d’autant plus dangereux qu’il est mélangé à de l’uranium issu des usines de retraitement pollué par des produits de fission hautement radioactifs, comme le plutonium (PU 238 et PU 239 ), l’uranium 236 (U 236 ), le neptunium, l’américium, le technétium 99 ou le ruthénium 106 , qui potentialisent sa nocivité. Ainsi, l’activité de l’UA reste quatre mille fois supérieure au seuil réglementaire qui impose l’application des règles de radioprotection.

«  Ainsi, un projectile en uranium appauvri comporte deux «  avantages  » militaires importants, c’est-à-dire d’être à la fois perforant et incendiaire. C’est l’arme antichar idéale puisqu’elle perfore les blindages de chars les plus résistants, provoque un violent incendie entraînant l’explosion des munitions contenues dans le char et ainsi, sa destruction complète. » (Bruno Barrillot, 2000).

Quasiment gratuit en raison de son abondance, il permet, allié à une très faible quantité de titane, de remplacer le tungstène, coûteux et peu fusible. La résistance des chars est elle-même renforcée par l’incorporation d’UA dans les blindages. L’UA est alors recouvert d’un produit qui limite les rayonnements alpha. Les armes à l’UA sont tirées par l’armée de terre (chars Abrams, char Leclerc), de l’air (par les avions A10, peu coûteux, conçus en 1976, surnommés les « tueurs de chars », par les MIRAGE 2000 et les RAFALE), les missiles Tomahawk, Phalanx, les hélicoptères Apaches, Tigre et la marine.

Albert Speer, le ministre de la guerre sous Hitler, avait envisagé d’utiliser de l’uranium dans les obus dès 1943 pour remplacer le tungstène qu’il ne pouvait plus importer du Portugal. Parallèlement, des responsables du projet Manhattan avaient eu également l’idée d’utiliser l’uranium, mais leur but était moins de fabriquer des obus plus efficaces que de faire le plus de mal possible aux populations ennemies : dès 1943 ils avaient recommandé l’usage de gaz radioactifs :

« Utilisé comme gaz de guerre, le matériau sera pulvérisé en particules de taille microscopique pour former de la poussière et de la fumée et mis à feu au sol par des lance-projectiles, des véhicules de terrain, ou des bombes aériennes. Sous cette forme, il serait inhalé par le personnel. La quantité «  nécessaire pour causer la mort de la personne est extrêmement petite… Il n’y a pas de méthodes de traitement connues à de telles blessures… cela traversera un filtre de masque à gaz standard en quantités assez grandes pour être extrêmement dommageables . » (cités par Leuren Moret, juillet 2004).

Leur rêve a été réalisé cinquante ans plus tard : l’oxyde d’uranium, utilisé à la manière d’un gaz, est devenu une arme de destruction massive qui « joue un rôle vital dans la réalisation du plan de domination du monde par les Etats-Unis  » (Bob Nichols, 2005).

Le mythe de la « guerre propre »

Il y a près d’un siècle, les Irakiens avaient déjà été victimes des armes de destruction massive des Britanniques, qui les avaient gazés à plusieurs reprises, en 1912 et 1925. Winston Churchill avait déclaré être «  fortement favorable à l’utilisation de gaz empoisonné contre les tribus non-civilisées. L’effet moral devrait être bon… et il répandrait une vive terreur . » (cité par Moret, août 2004).

« Les dangers de l’uranium pour la santé ont été étudiés de manière extensive. L’exposition des soldats à des aérosols d’uranium appauvri pourrait être significative et avoir des effets radiologiques et toxiques. Ces impacts pourraient être impossible à quantifier de manière fiable.  » (Rapport de l’OTAN, 1991)

Les nouvelles armes à l’UA permettent aussi d’entretenir le mythe de la « guerre propre » fabriqué dans les officines de propagande (« think-tank ») américaines : le recours à une ogive à UA ne déclenche pas le spectaculaire champignon qui symbolise la bombe atomique « classique », tout en provoquant au moins autant de dégâts. Après les essais des années soixante-dix à Los Alamos (Etats-Unis), les armes à l’UA ont été testées en grandeur nature en Irak en 1991, en Bosnie en 1994-95, en 1999 au Kosovo et en Serbie, en Afghanistan en 2001 et de nouveau en Iraq depuis 2003. Alors que les obus antichars utilisés dans la « Guerre du Golfe » ne dépassaient pas 5 kilogrammes, les charges contenues dans les bombes téléguidées déversées sur l’Afghanistan contenaient jusqu’à une tonne et demi d’UA. Chaque guerre permet ainsi une amplification et une prolongation des tests effectués au cours des guerres précédentes. Enfin, en l’absence de toute réaction de la « communauté internationale », l’UA est utilisé de façon beaucoup plus massive encore en Irak depuis son invasion par l’alliance anglo-américaine en 2003.

Après la fin officielle de la « guerre du Golfe » (1991), l’armée américaine a tiré près d’un million d’obus à l’UA en trois jours sur les milliers de réfugiés et de soldats irakiens battant en retraite (en violation de l’article 3 de la convention de Genève) sur la route de Bassora. Parmi les nombreux témoins, Carole Picou, qui faisait partie du Service Américain de Santé des Armées et reconnue aujourd’hui invalide à 100%, a rapporté avoir vu avec horreur tout au long de cette « autoroute de la mort » des corps totalement calcinés «  qui avaient littéralement fondu, presque comme des scories. » (citée par Benjamin, p.121). Depuis l’invasion de l’Irak en 2003, ces scènes sont devenues banales, à Fallujah comme dans tout l’Irak.

Une pollution radiologique planétaire

Alors que la toxicité chimique de l’UA est peu contestée par les instances officielles, sa toxicité radiologique est systématiquement niée. Pourtant, dès 1974, un groupe d’études du Ministère Américain à la Défense mettait en garde contre cette double toxicité. Lors de l’impact sur sa cible, l’UA s’enflamme au contact de l’oxygène, provoquant une chaleur extrême (jusqu’à 5.000° C) qui provoque la « vaporisation » de 10 à 100% de l’uranium selon le type de projectile. Ainsi, un obus tiré par un char Abrams produit entre 1.000 et 3.000 grammes de cette poussière. Selon les travaux de Leonard Dietz, une seule particule de 5 microns engendre une dose de 1.360 rem, soit plus de trois cents fois la dose autorisée en un an pour les travailleurs de l’industrie nucléaire.

Des micro et nanoparticules insolubles formées d’oxyde d’uranium et d’un cocktail d’autres radionucléides se répandent alors dans l’atmosphère. Déposées sur le sol, elles sont facilement remises en suspension. Propagées par les vents et la pluie sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres, elles contaminent les sols, les eaux de surface et les nappes phréatiques, la végétation, les animaux (atteints des mêmes maladies que les humains), et finalement toute la chaîne alimentaire. Dans le Golfe, la contamination est d’autant plus importante que les bombardements n’ont jamais cessé en Irak : opération « Renard du Désert de William Clinton en décembre 1998, attaques permanentes dans les zones exclusion aérienne (imposées illégalement par les Etats-Unis, La Grande-Bretagne et la France). En outre, l’embargo criminel décrété par les Nations Unies en 1990 a empêché toute mesure de décontamination ou de prévention, et que d’énormes quantités de microparticules radioactives migrent au gré des vents sur d’immenses étendues depuis près de quinze ans. Les débris de munitions enterrées dans le sol contribuent aussi à contaminer la nappe phréatique ainsi que les deux grands fleuves du pays, le Tigre et l’Euphrate, et ainsi décupler, voire centupler le taux d’UA dans l’eau potable.

Les pays voisins des régions bombardées ne sont naturellement pas épargnés par les retombées radioactives qui ont déjà contaminé l’air, l’eau et les ressources alimentaires des pays agressés. La contamination consécutive aux guerres nucléaires contre l’Irak, l’ex-Yougoslavie et l’Afghanistan a déjà atteint la Grèce, Israël, l’Arabie Saoudite, le Pakistan, la Syrie, le Liban, l’Albanie, la Macédoine, la Palestine, la Turquie, l’Iran, le Pakistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, la Russie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Chine et l’Inde.

Aujourd’hui, on estime que la pollution radioactive due à l’uranium appauvri est en train de s’étendre à tout l’hémisphère Nord et qu’elle pourrait atteindre bientôt l’ensemble de la planète, comme le nuage de Tchernobyl (Moret, 2005).

Les trois voies de contamination

« L’uranium appauvri devient néfaste quand il se transforme en poussière ingérée ou inhalée, il est alors plus dangereux qu’aucune toxine connue de la science des hommes. » (PR A. Durakovic, Directeur du Département de Médecine Nucléaire à l’Université Georgetown de New York et expert auprès du Pentagone).

La contamination interne peut survenir de trois manières : l’inhalation, l’ingestion de boissons et d’aliments contaminés, et par lésions cutanées (l’UA passe dans la circulation sanguine). L’inhalation est la plus dangereuse (d’un facteur 10 à 200). La chimiotoxicité concerne en premier lieu le rein (et secondairement le foie), et la radiotoxicité touche surtout les poumons. Plus de 75% des particules ne sont pas arrêtées au niveau de l’appareil respiratoire supérieur et se fixent dans les alvéoles pulmonaires d’où elles irradient pendant des années. La moitié de la fraction solubilisée qui a été transférée au sang est éliminée par les urines, et l’autre moitié est répartie dans les reins et le squelette avec un temps de fixation très lent. L’UA attaque aussi le cerveau, les organes reproducteurs, la thyroïde, les muscles, les ganglions lymphatiques et le système neurologique. Sa dangerosité dépend de sa nature physique et chimique, de l’intensité et de la durée d’exposition, et des sujets contaminés. Ainsi, les enfants représentent la population la plus vulnérable aux effets de la radioactivité, parce qu’ils la concentrent trois ou quatre fois plus que les adultes en raison de leur moindre poids et de l’activité de leur processus métabolique. Rappelons ici que les instances internationales de radioprotection (CIPR) ont été obligées d’admettre officiellement que, si le risque augmente en fonction de la dose reçue, il n’existe pas de seuil d’innocuité.

Dès avant la nouvelle invasion de l’Irak de 2003, une étude sur les effets de l’UA à long terme entreprise dans six zones du sud de l’Irak à l’aide d’un spectromètre gamma avait montré que le tiers des échantillons de végétaux collectés présentaient un taux de radioactivité trois fois supérieur au taux habituel. Dans ces zones, près de 900.000 tonnes des plantes sauvages comestibles et près du tiers des animaux étaient contaminés. La dose de radioactivité délivrée aux enfants de moins de 15 ans à travers l’inhalation, l’ingestion de viande et de lait, et l’exposition, mesurée sur cinq ans (1991-1996) représentait 70% de la dose totale reçue par l’ensemble de la population étudiée.

Le PR Siegwart-Horst Günther, épidémiologiste autrichien, a mis en évidence un collapsus du système immunitaire avec des symptômes analogues à ceux du SIDA, une forte proportion d’infections, d’herpès et de zonas, des dysfonctionnements rénaux, des leucémies, des avortements spontanés et des malformations congénitales. La leucémie est provoquée par l’irradiation des cellules-souches du sang par les particules alpha fixées sur la moelle osseuse et certains tissus lymphatiques.

 Des malformations congénitales monstrueuses et une atteinte au génome

« S’ils nous avaient tués une fois, cela serait moins grave… mais… ils vont continuer de nous tuer pendant des générations » (un Afghan cité par le Dr Mohamed Miraki, Perpetual Death from America)

La fixation de l‘UA sur le placenta des femmes enceintes contrarie le processus de formation de l’embryon par division cellulaire, provoquant chez les nouveau-nés d’horribles malformations congénitales jamais rencontrées ou extrêmement rares. Ainsi, de nombreux enfants naissent hydrocéphales ou sans tête, sans membres (comme les victimes de la Thalidomide dans les années 50), avec des organes manquants (sans yeux, sans nez, sans oreilles, sans cerveau, sans anus…), aveugles, avec de graves anomalies du cœur (absence d’oreillettes ou de valvules) ou des poumons, ou avec des organes à l’extérieur du corps (cerveau, intestins, estomac…). Chez les bébés irakiens nés en 2002, l’incidence d’anophtalmie (absence d’yeux) a été 250.000 fois plus grande que l’occurrence moyenne. On retrouve les mêmes malformations chez les enfants des vétérans des guerres du Golfe et des Balkans de toutes nationalités. Lorsqu’une femme irakienne vient d’accoucher, ses premières paroles ne sont pas : « c’est une fille ou un garçon ? », mais « mon bébé est-il normal ? ». En outre, les anomalies génétiques s’aggravant généralement d’une génération à l’autre, il faudra plusieurs décennies avant de pouvoir mesurer l’atteinte du génome. La prise de conscience de la condamnation des prochaines générations engendre le désespoir des populations touchées :

« Après que les Américains eurent détruit notre village et tué nombre d’entre nous, nous avons aussi perdu nos maisons et n’avons rien à manger. Mais nous aurions supporté ces misères, nous les aurions même acceptées, si les Américains ne nous avaient pas tous condamnés à mort. Quand j’ai vu mon petit-fils malformé, j’ai réalisé que mes espoirs en l’avenir avaient disparu pour de bon , pire que le désespoir né de la barbarie russe, même si, à cette époque, j’ai perdu mon fils aîné, Shafiqullah. Mais, cette fois, je sais que nous faisons partie du génocide invisible que nous ont infligé les Américains, une mort silencieuse à laquelle – je le sais – nous n’échapperons pas . » ( Jooma Khan, Afghanistan, mars 2003, cité par Mohamed Miraki, Le génocide silencieux venu d’Amérique. C’est nous qui soulignons).

Des malformations similaires continuent d’apparaître depuis la catastrophe de Tchernobyl en 1986, celles de Bhopal en Inde (1984) et l’utilisation de l’Agent Orange au VietNam de 1966 à 1975. Le site de Bhopal n’a jamais été décontaminé de sa dioxine par le fabriquant de pesticides Union Carbide (aujourd’hui Dow Chemical). L’Agent Orange (fabriqué par Monsanto, aujourd’hui l’un des principaux fabriquant d’OGM) répandu au VietNam, une arme de destruction massive qui avait fait des milliers de victimes parmi les soldats US, continue de faire des ravages au VietNam trente ans après la fin du conflit. Mais les effets de l’uranium appauvri sont encore beaucoup plus graves et plus durables que ceux de l’Agent Orange.

Il faut également prendre en compte l’ensemble des facteurs qui se combinent aux effets de l’UA pour provoquer des maladies graves : fumées toxiques libérées lors des bombardements de réacteurs, de centres d’études nucléaires (à Belgrade et en Irak), de complexes chimiques ou pétrochimiques (comme celui de Pancevo en ex-Yougoslavie), des puits de pétrole incendiés… S’y ajoutent la malnutrition et les désastreuses conditions sanitaires des pays agressés, les stations d’épuration des eaux et les centrales électriques étant systématiquement détruites par les agresseurs, tout comme les hôpitaux. Les vétérans de la « Guerre du Golfe » subissent également les conséquences des différents vaccins et médicaments que les autorités militaires ont testés sur eux.

Les populations victimes des bombardements sont de fait condamnées à vivre durant toute leur vie dans une véritable décharge radioactive.

La différence entre les vétérans des armées des pays agresseurs et les victimes civiles des pays agressés réside dans le fait que les troupes étrangères ont séjourné peu de temps dans les zones contaminées, alors que les populations victimes des bombardements sont généralement condamnées à vivre durant toute leur vie dans un environnement qui deviendra inexorablement de plus en plus radioactif. En outre, les anciens combattants ont pu se constituer en associations pour tenter d’obtenir « réparation » dans leur pays, où ils peuvent se faire soigner, alors que les populations locales, parfois encore ignorantes des causes du mal qui les ronge, sont trop démunies pour se faire traiter, voire pour simplement soulager leurs douleurs. Les hôpitaux irakiens, quand ils n’ont pas été la cible des bombardements de l’alliance anglo-américaine, n’ont ni la capacité ni les moyens médicaux d’accueillir et de soigner toutes les victimes. Avant 1990, l’Irak avait les hôpitaux les plus modernes de la région et des médecins de très haut niveau (dont beaucoup ont été mystérieusement assassinés depuis 2003, comme de nombreux scientifiques et journalistes).

Le pire est à venir pour tout le monde

A la suite de la guerre de 1991, L’AIEA avait prévu un excès d’un demi million de morts en Iraq. La contamination de l’environnement et des populations locales va continuer de s’amplifier. Avant 2003, certaines régions du sud de l’Irak (dont certaines zones horticoles et de cultures irriguées, rares dans ce pays aride) connaissaient déjà une augmentation de 700% des taux de cancer, de 400% du taux de malformations congénitales, et de 350% par an de cas de leucémies, de déficiences immunitaires, de cataractes et de dysfonctionnements rénaux.

« Depleted uranium is a warcrime in progress » (PR Doug Rokke)

Les cas d’avortements spontanés et de mongolisme se multiplient, même chez des enfants nés de mère de moins de 25 ans. Pour chaque cas de cancer des tissus comme la leucémie, cinq cas de cancer solide devraient apparaître dans les 10 à 30 prochaines années. Dans un rapport inédit, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) avait prévu un excès de 500.000 en morts en Irak, où plus d’un million de projectiles à l’uranium appauvri ont été tirés en 1991, soit entre 350 (chiffre du Pentagone) et 800 tonnes d’UA (selon la fondation Laka d’Amsterdam). Plus de dix tonnes d’UA ont été utilisées dans les Balkans, dont la plus grande partie au Kosovo, où un biologiste anglais a prévu dix mille morts supplémentaires au cours des prochaines années. Une étude a fait apparaître des taux de radioactivité « des centaines de fois plus élevés que la norme » dans le sud-est de la Serbie. Selon une estimation du journaliste d’investigation Robert J. Parsons (2002), c’est trois mille tonnes d’uranium qui auraient été utilisées en Afghanistan.

Depuis mars 2003, ce sont des milliers, voire des dizaines de milliers de tonnes de ce produit mortifère qui sont répandues sur l’Irak par les forces occupantes. La quantité de radioactivité lâchée sur l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Irak correspondrait à quatre cent mille fois celle d’Hiroshima – dont plus de deux cent cinquante mille fois sur la seule Irak à ce jour (Nichols, 2004). La totalité de cette pollution radioactive est dix fois plus importante que celle qui a été provoquée aux essais nucléaires aériens depuis les années quarante.

Au vu des conséquences de la première invasion de l’Irak en 1991, et compte-tenu du fait que cette fois l’ensemble du pays a été touché par des bombardements à l’UA, en particulier les villes les plus peuplées, et que la quantité d’UA a été massive, peut-on prévoir combien d’Irakiens seront victimes de la guerre d’agression lancée en 2003 par l’alliance anglo-américaine, et qui n’est pas près de s’arrêter ? Le génocide du peuple Irakien, la destruction irréversible de son environnement, de sa culture et du berceau de la civilisation, commencé avec l’embargo en 1990, s’accélère dans l’indifférence générale, en raison du black-out quasi total des medias « incorporés » sur le sujet.

Une aubaine pour l’industrie nucléaire : transformer les pays agressés en poubelles radioactives gratuites

L’usage militaire de l’UA est un débouché idéal pour l’industrie nucléaire qui en produit chaque année 50.000 tonnes ; les stocks mondiaux actuels sont estimés à plus d’un million et demi de tonnes, dont 700.000 aux Etats-Unis. Les pays nucléarisés se débarrassent ainsi à bon compte de déchets dont le stockage est très coûteux, en faisant des pays attaqués de véritables « déchetteries radioactives » (Sara Flounders). D’autant que la demi-vie (dite « période ») de l’uranium appauvri est de 4,5 milliards d’années (l’âge de la terre !)

Le Koweït aurait dépensé quatorze milliards de dollars pour le « nettoyage » de son petit territoire. Pour décontaminer vingt-trois de leurs chars, les Américains ont mis trois ans et dépensé quatre millions de dollars, alors que les cinq mille chars irakiens hautement radioactifs détruits pendant la « guerre du Golfe » sont restés sur le terrain, pour la plupart sur « l’autoroute de la mort », au sud de l’Irak.

En février 2003, les USA ont refusé par avance tout nettoyage des sites qu’ils pourraient contaminer en Irak. Mais les dommages causés à l’environnement deviennent de toute manière rapidement irréversibles. En Afghanistan, des tempêtes de sable traversant le pays et la pollution consécutive des rivières et des fleuves, notamment la rivière de Kaboul, et l’Indus, fleuve qui traverse le Pakistan et alimente les exploitations agricoles et les populations locales en eau potable, a alarmé le corps médical. Des équipes de NBC (nucléaire-biologique-chimique) auraient très tôt été présentes en Afghanistan pour mesurer le niveau de contamination après les bombardements. Juste après un « tir ami » des équipes de reporters qui travaillaient aux côtés des militaires de la coalition, ont été rapidement enlevés et enfermés dans un hangar. Dès octobre 2001, les médecins afghans signalèrent des décès rapides de victimes présentant les symptômes typiques d’une forte contamination à l’UA.

Dans les centres d’expérimentation des pays occidentaux, les expériences doivent avoir lieu en milieu confiné, la radioactivité est en principe soigneusement contrôlée et le personnel soumis à une surveillance particulière. Pourtant, des incidents conduisent parfois au relâchement d’oxyde d’uranium dans l’atmosphère (à Gramat, en Ecosse, à Puerto Rico…). Et l’on trouve autour de nombreux sites (usines de production, centres d’essais, régions agressées, sans compter les mines d’uranium…) des taux de cancers et de leucémies anormalement élevés. Dans l’Indiana, un ex-champ de tirs d’essai d’obus à l’UA des années 80 va être reclassé en « zone de sacrifice national », condamnée pour l’éternité. Pourquoi l’uranium « appauvri » devient-il un produit banal lorsqu’il est déversé par centaines de tonnes sur les pays agressés ?

Il y a bien des armes de destruction massive en Irak !

Des milliers de ces projectiles sont disséminés à des profondeurs variables sur les zones bombardées. De nombreux enfants qui jouent avec les projectiles argentés ou leurs débris radioactifs restés sur le terrain meurent de leucémie, dont la période de latence n’est que de quelques années. En Europe, toute dispersion d’UA dans l’environnement est illicite. Le PR Siegwart-Horst Günther, qui avait rapporté d’Irak un projectile à l’UA en Allemagne, fut menacé d’internement psychiatrique et condamné en 1994 à une amende de trois mille marks pour “ mise en circulation de matériaux radioactifs faisant courir un risque pour la santé ”. Pour le PR Major Doug Rokke, ancien chef du Projet pour l’uranium appauvri au Pentagone, vétéran de la Guerre du Golfe et chargé par Colin Powell du « nettoyage » de l’Arabie Saoudite et du Koweït en 1991, et aujourd’hui victime du « syndrome du Golfe », « L’Iraq est une déchetterie toxique.  »

D’autres nouvelles armes de destruction massives de la panoplie américaine auraient été testées depuis 2003. « Moab », la bombe la plus puissante du monde (8 tonnes), l’une des plus meurtrières, produit un mini-champignon semblable à celui des bombes nucléaires. Les « mini-nukes » (dont la puissance peut équivaloir plusieurs fois la bombe lâchée sur Hiroshima) auraient été utilisées en Afghanistan. La bombe « E » (électromagnétique), non seulement détruit toutes les communications, mais peut être utilisée comme un gigantesque four à micro-ondes sur une grande surface, cuisant dans son périmètre d’action tous les êtres vivants comme des poulets (le four à micro-ondes n’étant qu’une application domestique de la version militaire mise au point par Raython).

En outre, de nouvelles versions, plus sophistiquées et plus meurtrières que les précédentes, de bombes au napalm, au plasma (à effet de souffle), au phosphore, à fragmentation (qui peuvent contenir de l’UA), et d’autres armes toutes plus terrifiantes les unes que les autres auraient également été testées secrètement, comme le laisse supposer le nettoyage total (comprenant l’enlèvement du sol sur plusieurs mètres de profondeur), de certains quartiers de Fallujah (après que la « ville aux cent mosquées » eût été rasée en novembre 2004) et de l’aéroport de Bagdad (en mars 2003), déclarés zones interdites. L’utilisation de bombes incendiaires de type napalm a été confirmée par de nombreux témoins à Fallujah 1. L’utilisation d’un napalm ‘amélioré’ (MK77) lors de l’invasion de 2003 a d’ailleurs été reconnu tout a fait officiellement par les officiels US 2.

Une arme de destruction massive en voie de banalisation

Les armes de destruction massive à l’UA, classées « conventionnelles » sont aujourd’hui fabriquées par un nombre grandissant de pays, douze connus à ce jour, dont Israël, la Turquie, la Russie, le Pakistan et la France. Deux mille cent essais ont été effectués sur le territoire français depuis 1987, dont un millier au centre de Gramat (dans les Causses sauvages du Lot, près du gouffre de Padirac et de Rocamadour) et à Bourges (Cher) en plein air. Les armées de près de cinquante pays, et tous les types de munitions de la panoplie des armes américaines en seraient équipés aujourd’hui. La plupart des armes en contiennent, des simples balles aux bombes « intelligentes » guidées par satellites, en passant par les obus, les missiles, et les ogives des bombes dites « bunker busters » (destinées à détruire les bunkers souterrains).

Au début des années 90, la France, qui possède pourtant des stocks considérables d’U238 en raison de son grand nombre de réacteurs nucléaires (58), a acheté aux Etats-Unis mille tonnes d’UA « sale » (contaminé par de l’U 236 et du PU 131 ) via la COGEMA et FRAMATOME, destinées à équiper notamment ses chars Leclerc et AMXB2. Des obus-flèches à l’UA sont fabriqués à Romans et à Annecy depuis 1995. Dans le Limousin, près de 200.000 tonnes d’oxyde d’uranium appauvri (sous forme de U 3 O 8 ) contaminé, destinées à être « valorisées » en obus, doivent être entreposées à Bessines (près de Limoges) malgré l’avis négatif de la commission d’enquête (Cf. Bella Belbeoch, 2004). La fabrication des engins elle-même est une industrie à risque : aux Etats-Unis, plusieurs usines productrices d’UA ont été contraintes de fermer parce qu’elles avaient contaminé leurs salariés et les populations alentour.

L’OMS complice une fois de plus de « crimes contre l’humanité  »

L’utilisation des armes à uranium appauvri, véritable « crime contre l’humanité » (reconnu comme tel par la plupart des spécialistes internationaux, dont Ramsey Clark, le PR Doug Rokke, Rosalie Bertell, Leuren Moret, Helen Caldicott, le général Pierre-Marie Gallois…), se poursuit dans l’indifférence générale et avec la bénédiction des organisations des Nations Unies. Le black-out sur ces nouvelles armes est facilité par le fameux Accord que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a été contrainte de signer en 1959 avec l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA), dont l’article 3 stipule que les deux organismes « peuvent être appelés à prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel des renseignements qui leur auraient été fournis . » Il est donc interdit à l’OMS de traiter des questions de radiation et de santé publique sans l’aval de l’AIEA, agence des Nations-Unies au service du lobby nucléaire. Ce lien de dépendance empêche l’OMS de respecter sa constitution, qui précise «  qu’une opinion publique éclairée et une coopération active de la part du public sont d’une importance capitale pour améliorer et protéger la santé de tous les peuples  ». En cinquante ans, «  la perfidie de cette alliance entre deux organismes des Nations-Unies aux buts diamétralement opposés, qui devraient s’affronter et non coopérer… n’a jamais été dénoncée publiquement  » (Bonny, 1999).

Les mêmes « experts » de l’ONU, qui avaient préconisé de ne pas évacuer les zones hautement contaminées par l’explosion du réacteur de la centrale de Tchernobyl, commettent ainsi un nouveau « refus d’assistance à populations en danger » en acceptant l’usage militaire et civil de l’UA, avec la complicité active des gouvernements et des media occidentaux. En outre, ils bénéficient d’une immunité totale pendant et après leur mandat. Résultats : études non réalisées ou biaisées, rapports interdits de publication (comme l’« aide-mémoire n° 257 » de l’OMS) ou censurés. Ainsi, le Pentagone a tenté de démontrer le caractère inoffensif de l’UA en s’appuyant sur un rapport de quatre pages de l’OMS de janvier 2001, particulièrement inconsistant et peu scientifique !

L’Organisation Mondiale de la Santé, sous la pression de l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (IAEA) bloque depuis 2001 la publication d’un rapport réalisée par trois experts des radiations de très haut niveau sur les effets et les risques de l’uranium appauvri sur les populations. Le Dr. Keith Baverstock. Principal auteur du rapport, déclare que ce rapport a été censuré volontairement, ce que nie l’OMS

Des études inexistantes, trafiquées ou censurées

Le rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) sur la pollution radioactive au Kosovo fut d’abord réduit de 74 à 2 pages ! En novembre 2000, la mission du PNUE a visité seulement onze sites, sur les cent douze cibles touchées par les bombardements de l’OTAN au Kosovo en 1999. Cette « visite guidée » avait été soigneusement préparée par les responsables de l’OTAN, dans des zones choisies, réduites, et au préalable « nettoyées » autant que cela était possible (pendant seize mois, plus de dix équipes de contrôle avaient préparé le terrain). Après avoir étudié 355 échantillons prélevés dans le sol, l’eau, les végétaux et le lait, la mission a conclu à de «faibles niveaux de radiation à proximité des cibles» et de «légères contaminations provenant des poussières d’uranium». Malgré le constat de la présence de plutonium dans les obus-flèches, elle a estimé que les résultats n’étaient « pas alarmants ». Cependant, la mission avait attiré l’attention sur le risque de contamination de la nappe phréatique par des munitions enterrées dans le sol susceptibles de décupler, voire centupler le taux d’uranium dans l’eau potable.

De son côté, le Dr Chris Busby, expert indépendant de renommée mondiale, auteur d’un ouvrage sur les faibles radiations (Les Ailes de la mort), et dont les résultats des études au Kosovo ont été reconnus par la Royal Society de Londres, a relevé sur le site de Jacova des niveaux de radioactivité cent fois supérieures à la normale, et dix fois plus de thorium – l’un des sous-produits de l’UA – que d’uranium appauvri.

Le PNUE, dont l’Unité d’évaluation après conflit avait demandé à intervenir rapidement en Afghanistan, et réclamé un financement pour le Fonds pour la recherche sur l’UA, n’a jamais reçu de réponse de la part de la directrice de l’OMS de l’époque, Gro Harlem Brundtland. D’après Robert J. Parsons, ces manœuvres dilatoires auraient été motivées par l’opportunité d’attribuer les symptômes des victimes de fortes expositions à l’UA à la rigueur de l’hiver afghan et à l’état sanitaire de populations fragilisées par plus de deux décennies de guerre.

Les gouvernements coupables de ces atrocités maintiennent une chape de plomb sur l’utilisation de l’utilisation de leurs armes de destruction massive et leurs conséquences

« Des campagnes de relations publiques sont conseillées, étant donnée la perception (négative) de la radioactivité par le public. Les activités de combat et de manœuvre présentent un risque de réaction d’opposition internationale . (Rapport de l’OTAN de 1990).

On se trouve devant un black-out quasi total des médias (dont la plupart appartiennent à des industriels de l’armement, comme en France Serge Dassault ou Matra Lagardère, ou de construction, comme Bouygues), qui présentent l’UA comme un produit anodin. Ce silence permet aux pays responsables (à la fois juges et partie) de se défausser de la prise en charge des coûts de décontamination des sites bombardés, mais surtout de banaliser dans l’indifférence générale l’usage militaire d’un déchet nucléaire hautement toxique dont l‘utilisation était restée tabou pendant plusieurs décennies jusqu’à la « Guerre du Golfe ». Les pays bombardés ne sont pas été plus avertis que les combattants des risques de contamination radioactive. L’usage d’UA dans le Golfe en 1991 n’a été révélé que huit mois après la fin officielle de la guerre par un quotidien britannique. Aucun media français ne parle de l’utilisation de l’uranium appauvri en Irak actuellement.

Sur 580.000 vétérans américains de la « Guerre du Golfe », on dénombre à ce jour plus de 325.000 victimes de pathologies permanentes et 11.000 morts (au rythme de 140 vétérans par mois). Dix ans après l’intervention dans le Golfe, plus de la moitié des vétérans étaient atteints de maladies chroniques, alors que le taux était de 5% en moyenne chez les vétérans des conflits du siècle dernier (10% au VietNam). Une étude réalisée en 1996 par le Département des Anciens Combattants a montré que 67% des bébés nés après la « guerre du Golfe » présentaient des malformations. La presse indépendante a révélé que 40% des soldats ayant servi dans une unité de l’offensive de 2003 présentaient déjà des pathologies graves et multiples susceptibles de déboucher sur des cancers, seize mois seulement après leur retour (Moret, août 2004). Des associations de vétérans américains comme Veterans For Peace (VFP) ou des vétérans de la guerre du VietNam militent activement contre les nouvelles guerres radiologiques et participent à toutes les grandes manifestations pacifistes.

Intensifier la campagne d’information internationale et vue de l’interdiction totale de ces armes, afin de « sauvegarder l’avenir de l’humanité » (Ramsey Clark )

« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille la peine d’être menée, ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison  ». Albert Camus (ibid.)

Selon le Droit International sur le Contrôle des Armements, les armes à UA, à la fois chimiques et nucléaires, sont pourtant illégales (conventions de La Haye de 1899 et 1907, de Genève de 1925 et 1949, Charte de Nuremberg de 1945, convention des Nations-Unies du 10 octobre 1980, dite « Convention des armes inhumaines »), parce qu’elles infligent des maux superflus et des souffrances inutiles, qu’elles sont non discriminantes, causent des atteintes graves et durables à l’environnement et, comme les mines antipersonnel, demeurent meurtrières bien après la fin des conflits. Leur utilisation a été condamnée par la résolution n°96/16 de la sous-commission aux Droits de l’Homme des Nations Unies en août 1996. De son côté, le Parlement européen a voté en janvier 2001, « en appel du principe de précaution », un moratoire sur leur utilisation (mais pas sur leur fabrication !).

De nombreuses personnalités de renommée internationale, comme Rosalie Bertell, épidémiologiste canadienne spécialisée dans les maladies des radiations (prix Nobel Alternatif 1986) et Ramsey Clark, ancien secrétaire d’état américain à la Justice et avocat international, et de très nombreuses associations aux Etats-Unis comme en France, tentent de mobiliser l’opinion internationale pour obtenir «  l’interdiction internationale inconditionnelle de la recherche, la production, les essais, les transports, la détention et l’utilisation de l’uranium appauvri à des fins militaires.  » Elles demandent également « que toutes ces armes et tous les déchets radioactifs soient immédiatement isolés et stockés, que l’uranium appauvri soit classée « substance radioactive dangereuse », que les zones contaminées soient nettoyées et que tous ceux qui ont été exposés puissent recevoir des soins médicaux appropriés ». Si ces appels ne sont pas entendus, de plus en plus de régions de notre planète seront rayées de la carte, transformées en poubelles radioactives pour l’éternité, leurs populations condamnées à une mort lente et, finalement, la planète entière sera contaminée.

Joëlle PENOCHET
31 août 2005

(Mise à jour de l’article paru dans MEDECINES NOUVELLES, 3e trimestre 2002, pp.79-90, et diffusé sur plusieurs sites Internet sous le titre « Escalade des armes à l’uranium appauvri »).

1. Cf par ex Dahr Jamail, http://esterrepublic.com/Archives/djamail9.html 
2. http://www.stopusa.be/scripts/texte.php?section=BDBG&langue=&id=23836

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Sources

NB : La littérature sur l’uranium appauvri est extrêmement abondante sur Internet. Nous ne pouvons mentionner ici que nos principales sources.

Ouvrages

•  ABDELKRIM-DELANNE, Christine : Guerre du Golfe, la sale guerre propre , Paris, Le cherche midi éditeur, collection « Documents », 2001.

•  BARRILLOT, Bruno et alii, Les armes à uranium appauvri, jalons pour une interdict ion, Les enjeux environnementaux, sanitaires, économiques, juridiques et éthiques, Ed. GRIP-éditions Complexe, Paris, 2001.

•  BARRILLOT, Bruno : Le complexe nucléaire, Des liens entre l’atome civil et militaire , Lyon , Observatoire des armes nucléaires/CDRPC/Réseau Sortir du nucléaire, 2005.

•  BENJAMIN, Jean -Marie : Irak, l’apocalypse , Lausanne, Favre, 1999 .

•  BERTELL, PR Rosalie : Planet Earth : The latest Weapon of War A Critical Study into the Military and the Environment , Londres,The Women’s Press, 2000.

•  CALDICOTT, Helen : The New Nuclear Danger, George W.Bush’s military-Industrial Complex , New York ,The New Press, 2002.

•  CLARK, Ramsey : The Fire This Time, US War Crimes in the Gulf , New York, International Action Center, 3e édition, 2002.

•  CLARK, Ramsey, BERTELL, Rosalie, FLOUNDERS, Sarah et alii : Metal of Dishonor, Depleted Uranium, How the Pentagon radiates Soldiers and civilians with DU weapons , selections compiled and edited by the Depleted Uranium Education Project, International Action Center, New York, 1999.

•  LATOUR (Patricia), CURY (Maurice), VARGA (Yves) : Irak, guerre, embargo mensonges et vidéo , Paris, Le temps des cerises, 1999.

•  MEISSONIER, M et LOORE, F.  : Uranium appauvri, la guerre invisible , Paris, Robert Laffont, 2001.

Articles

•  Dr AL-ALI, Jawad : The effects of War and Depleted Uranium Weapons in Iraq , 13 février 2004,www.infowars.com/print/nwo/exclusive_arnold.htm

•  ANDRE, Maurice-Eugène : U.A. Uranium appauvri : ce sont nos poumons qui s’enrichissent… http://www.monde-solidaire.org/spip/spip/article.php3?id_article=1313 , 6 avril 2004.

•  ARKIN, William : The desert glows with propaganda , Bulletin of Atomic Scientists, mai 1993.

•  ARBUHNOT, Felicity : Lie of the millenium , Al Ahram, 15-21 mars 2001.

•  ARNAUD, Bernadette : L’autre guerre chimique de l’Amérique, Science et Avenir , juin 2003, pp. 65_66.

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Films, clips et vidéos

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•  “ Poison Dust » , un film de Susan Harris ( USA , 2005), Peoples Video Network : http://www.peoplesvideo.org ouhttp://www.leftbooks.com , et www.iacenter.org/poison-dust.htm (DVD)

•  «  Beyond Treason  » (DVD, 2005), film écrit et produit par Joyce Riley et William Lems, avec le PR Doug Rokke, Dennis Skyne, Leuren Moret…(documentaire sur les vétérans des essais nucléaires, l’Agent Orange et l’uranium appauvri)

•  “Downwind : Depleted Uranium Weapons in the Age of Virtual War  » (2001) 50 minutes (avec Rosalie Bertell, Dan Fahey…) :http://www.pinholepictures.com

•  « Uranium : les victimes parlent », Rencontre internationale du 1er Mars 2001 organisée par la Coalition pour l’Abolition des Armes à Uranium Appauvri à l’Université Libre de Bruxelles, modérateur : Michel Collon, avec des scientifiques (P. Piérart, des médecins irakiens…), et des victimes du « Syndrome du Golfe » (dont Hervé Desplat, fondateur d’AVIGOLFE) et du « Syndrome des Balkans », projetvideo@hotmail.co.

•  “ Metal of Dishonor : The Pentagon’s secret we apon”, International Action Center , 1999 ( www.iacenter.org )

•  « Uranium appauvri : la guerre invisible  » de Martin MEISSONIER (90′, 2000) www.asbl.projetvideo .

•  “ Des mines d’uranium radioactives aux armes radioactives ”, www.videoproject.org

•  “ Irak : la genèse du temps ” (1998, RAI1) et «  Irak : voyage au royaume inter dit » (1998) de Jean-Marie Benjamin. Deux films disponibles en vidéo à : http://www.benjaminforiraq.org/videos/videoFR.htm

•  «  Iraq : Paying the Price  », film de John PILGER : http://pilger.carlton.com/iraq/film


Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 7 mars, 2013 |1 Commentaire »

URANIUM « APPAUVRI »: LE CRI D’ALARME D’UN SPECIALISTE AMERICAIN ! (Docteur Doug ROKKE / expert de radiophysique médicale auprès de l’armée américaine) + REVUE DE PRESSE TRES INTERESSANTE

L’horreur des armes

à l’uranium appauvri :

URANIUM

Le cri d’alarme

d’un spécialiste américain

(Docteur Doug ROKKE)

 Le lecteur trouvera ci-dessous

un article du docteur Doug Rokke 

concernant les terribles effets de ces armes.

NOTA:

En cliquant sur le lien « Doug Rokke » vous accédez à des diapositives très intéressantes (certaines très pénibles).

Titulaire d’un doctorat ès sciences obtenu à l’Illinois University en 1992, spécialiste des sciences de l’environnement et de la médecine nucléaire, durant l’opération Tempête du désert, D. Rokke a travaillé comme expert de radiophysique médicale sanitaire auprès de l’Armée Américaine. A ce titre, il a été chargé d’évaluer la contamination par l’uranium appauvri et de mettre de l’ordre dans cette affaire. C’est donc le spécialiste du sujet.

 Table des matières:

Les officiels nient les graves effets de l’UA sur la santé

Qu’est-ce que l’uranium appauvri ?

Comment l’armée l’utilise-t-elle ?

Où et quand en a-t-on utilisé ?

Comment est né le Depleted Uranium Project et quels en étaient les objectifs ?

Quels effets néfastes sur la santé a-t-on observés, reconnus, traités et étudiés ?

Au vu des recherches antérieures et du Depleted Uranium Project, quelles recommandations ont-elles été émises ?

Qu’est-il advenu de ces recommandations ?

Que reste-il à faire ?

 

Les officiels nient les graves effets de l’UA sur la santé

Les preuves médicales — et en particulier les anomalies congénitales observées chez les enfants nés de parents vivant dans des zones contaminées par l’UA (voir photos : planche 1planche 2planche 3) — sont une source de préoccupation croissante. L’uranium appauvri (uranium-238) et d’autres contaminants résultant de la guerre sont en cause. Aujourd’hui, dix ans après la Guerre du Golfe, des soldats et des civils présentent de graves problèmes de santé dus à une exposition à des munitions contenant de l’uranium appauvri, aux armes chimiques et biologiques iraquiennes et aux dégagements de produits chimiques industriels. Bien que l’origine de ces problèmes de santé soit complexe, je souhaiterais me concentrer sur l’uranium appauvri.

Aujourd’hui, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et l’OTAN continuent à affirmer expressément qu’il n’existe aucun effet néfaste reconnu sur la santé de ceux d’entre nous qui travaillent sur le projet médical de l’uranium appauvri au sein du Ministère Américain des Anciens Combattants. C’est un mensonge, comme l’ont prouvé nos propres dossiers médicaux fondés sur des diagnostics effectués par nos propres médecins urgentistes.

Un reportage du 10 janvier 2001 indiquait que « le Ministre de la Défense William Cohen avait affirmé que l’UA n’était pas plus dangereux que la peinture à base de plomb », et un instructeur de l’armée américaine avait assuré aux journalistes qu’il était « apte à la consommation ». Je ne connais aucun médecin capable d’affirmer que la peinture à base de plomb et l’uranium sont aptes à la consommation. Après avoir été empoisonnés par le plomb, des enfants sont maintenant contaminés par l’uranium appauvri aux quatre coins du monde.

Tandis que les responsables gouvernementaux continuent à réfuter tout lien entre une exposition à l’uranium et des problèmes de santé, les mineurs travaillant dans des mines d’uranium et les blessés de guerre exposés à une contamination par l’uranium présentent les mêmes troubles. Bien que le Radiation Exposure and Compensation Act de 1990 fût censé verser des indemnités à ces Américains, un article en première page du New York Times du 27 mars 2001 décrivait à quel point ces personnes étaient atteintes et indiquait qu’elles attendaient toujours leurs indemnités en raison d’allocations budgétaires inadéquates.

Je trouve très gênant que, alors qu’une partie du gouvernement américain reconnaît les graves effets néfastes de l’uranium appauvri sur la santé, les responsables du Ministère Américain de la Défense refusent de reconnaître ces mêmes effets engendrés par une exposition à l’uranium des munitions utilisées en temps de guerre.

Les responsables de l’Organisation Mondiale de la Santé ont publié leur rapport anticipé en avril 2001. Bien que ce rapport ait émis des recommandations spécifiques, ses auteurs, tout comme ceux d’autres rapports d’organismes gouvernementaux, n’ont pas consulté ceux d’entre nous qui ont réellement mis de l’ordre dans la pagaille provoquée par l’UA après l’opération Tempête du désert et effectué les recherches dans le cadre du Depleted Uranium Project. [Projet Uranium appauvri].

Je trouve également étonnant qu’une fois de plus les auteurs d’un rapport n’aient pas relevé le fait que, bien qu’une assistance médicale ait été demandée depuis la guerre pour toutes les personnes exposées et que des mesures d’assainissement de l’environnement aient été recommandées ou exigées, rien de tout cela n’ait été fait. Les auteurs du rapport de l’OMS n’ont pas non plus contacté ceux d’entre nous qui sont des victimes reconnues de l’UA ni parlé à nos médecins des effets observés et diagnostiqués sur la santé suite à une exposition à l’UA. Une fois de plus, les directives de la circulaire de Los Alamos (mars 1991) rédigée par LTC M. Ziehmn, USMC, sont respectées à la lettre.

Qu’est-ce que l’uranium appauvri ?

L’uranium appauvri, qui contient 99,8 % d’U-238, est composé d’hexafluorure d’uranium, le sous-produit du procédé d’enrichissement de l’uranium.

De récents documents publiés par le Ministère Américain de l’Energie affirment l’existence d’une petite proportion d’autres métaux lourds toxiques tels que le plutonium. Bien que 60 % du rayonnement ionisant des émissions gamma de l’U-235 et l’U-234 soient éliminés durant le procédé d’enrichissement, les particules alpha [hautement énergétiques] de 4,2 MeV et 4,15 MeV [MeV = méga électron-volt ; unité d’énergie en physique des particules (NdE).] — qui entraînent une ionisation interne importante causant des lésions cellulaires — augmentent proportionnellement.

La sempiternelle affirmation selon laquelle l’uranium appauvri présente une radioactivité inférieure de 60 % à celle de l’uranium naturel ne tient tout simplement pas compte des lésions internes graves causées par les émissions alpha. En outre, les dérivés radioactifs émettent des particules bêta et des rayons gamma susceptibles de provoquer d’autres lésions radiologiques.

Même s’il ne représente peut-être pas un danger en externe, l’UA constitue un grave danger en interne. Son inhalation, son ingestion ou la contamination des blessures présente des risques sérieux et inacceptables. En outre, les fragments ou pénétrateurs usagés émettent des particules bêta de 300 mrem/heure [mrem/heure = millirem par heure ; le rem étant l’unité de mesure du rayonnement radioactif. Rappelons que, d’après la Nuclear Regulatory Commission, la dose maximale acceptable pour le public est de 100 millirems par an (NdE).] et ils ne peuvent donc pas être touchés ou ramassés sans équipement de protection.

Comment l’armée l’utilise-t-elle ?

L’UA est utilisé pour fabriquer des pénétrateurs à énergie cinétique — des baguettes géantes (voir schéma d’un obus à l’UA). Chaque pénétrateur cinétique se compose presque exclusivement d’uranium-238.

L’industrie américaine des munitions produit les modèles suivants (la masse d’uranium-238 correspondante est indiquée pour chaque modèle):

- 7,62 mm (masse non spécifiée) ;

- 50 cal. (masse non spécifiée) ;

- 20 mm pour une masse de 180 grammes environ ;

- 25 mm pour une masse de 200 grammes environ ;

- 30 mm pour une masse de 280 grammes environ ;

- 105 mm pour une masse de 3 500 grammes environ ;

- 120 mm pour une masse de 4 500 grammes environ ;

- sous-munitions/mines terrestres telles que la PDM et l’ADAM, dont l’enveloppe contient une petite proportion d’UA.

Aujourd’hui, beaucoup d’autres pays produisent ou ont acquis des munitions à l’UA. L’UA est également utilisé dans les blindages, les contrepoids, les écrans de radioprotection et, ainsi que l’a proposé le Ministère Américain de l’Énergie, comme composant de matériaux de structure et de construction routière. Toutes ces utilisations sont destinées à écouler les énormes stocks résultant du procédé d’enrichissement de l’uranium du Ministère Américain de l’Energie.

Il est important de bien prendre conscience que les pénétrateurs à l’UA sont de l’uranium-238 solide. Ils ne comportent ni embouts ni gaines. Durant un impact, au moins 40 % du pénétrateur forme des oxydes d’uranium ou des fragments qui restent sur le terrain, à l’intérieur ou sur le matériel touché ou bien à l’intérieur des structures touchées. Le reste du pénétrateur conserve sa forme initiale. Ainsi, il reste quelque part un morceau d’uranium solide, que des enfants risquent de ramasser. L’UA s’enflamme également dans l’air durant sa trajectoire et lors de l’impact (voir schéma). Les retombées d’UA en feu et de fragments d’UA provoquent des explosions secondaires, des incendies, des blessés et des morts.

En termes simples, qui voudrait avoir dans son jardin des milliers de baguettes d’uranium solide, d’une masse comprise entre 180 et 4 500 grammes ? Qui voudrait avoir dans son jardin une source de contamination à l’uranium ?

Où et quand en a-t-on utilisé ?

Des rapports et des preuves photographiques du matériel détruit laissent penser que l’UA a été utilisé pour la première fois durant la guerre israélo-arabe de 1973. À l’aide de tests en laboratoire, des médecins ont confirmé une exposition à l’UA chez la personne ayant inspecté le matériel détruit.

La Guerre du Golfe a vu la première utilisation significative d’UA dans les combats. Les pilotes de chasse ont tiré au moins 850 950 obus et les canonniers 9 460 obus supplémentaires, pour un poids total de 631 055 livres ou plus de 315 tonnes. De récentes conversations avec la personne ayant dirigé tous les tirs d’obus à UA suggèrent que ce chiffre est peut-être en dessous de la vérité et que la quantité réelle serait supérieure de 25 %, atteignant environ 390 tonnes (voir un char iraquien détruit).

Malgré les mises en garde recommandant d’éviter d’utiliser l’UA, les Marines américains ont tiré des munitions à UA à trois occasions différentes en 1995 et 1996 lors de manœuvres à Okinawa, sans en informer le gouvernement japonais pendant plus d’un an.

En 1995, l’armée américaine a également tiré au moins 10 000 obus à UA en Serbie. Récemment [1999-2000], les forces américaines ont tiré au moins 31 000 obus de 30 millimètres à l’UA en Kosovo ou en Serbie.

Des munitions à UA ont été utilisées dans des champs de tir de l’Indiana, du Nevada, du Nouveau Mexique, de Floride, du Maryland, d’Ecosse et du Canada. Fait étonnant, la Marine américaine a tiré des munitions à l’UA sur l’île de Vieques (Puerto Rico), afin de préparer les attaques du Kosovo.

Vieques est actuellement au cœur d’un débat national et international, avec une contamination de l’environnement avérée et des effets néfastes sur la santé similaires à ceux observés chez d’autres victimes de l’UA.

Récemment, le Ministre de la Défense Donald Rumsfeld a décidé de suspendre les opérations de Vieques. Toutefois, D. Rumsfeld doit ordonner la mise en place de mesures d’assainissement complet de l’environnement et d’une assistance médicale pour toutes les victimes de Vieques. Toutes les opérations militaires doivent cesser définitivement.

Qu’avons-nous trouvé juste après les tirs de notre propre camp et les incidents de combat de l’opération Tempête du désert ?

Le Quartier général du Département de l’armée, de Washington DC., m’a affecté en tant que médecin et expert de radiophysique médicale sanitaire au sein de l’équipe chargée d’évaluer l’UA utilisé pendant l’opération Tempête du désert.

Nos découvertes peuvent se résumer en trois mots: « Oh mon Dieu ! ».

Selon des documents officiels, chaque baguette de pénétrateur contenant de l’uranium pouvait perdre jusqu’à 70 % de sa masse lors de l’impact, provoquant une contamination fixée et labile, le reste de la baguette se propageant à travers le matériel ou la structure pour finir par se retrouver sur le terrain. Les inspections des impacts sur place ont montré que la perte de masse était d’environ 40 %, partie qui crée une contamination fixée et labile, laissant environ 60 % de la masse initiale du pénétrateur sous forme d’une baguette solide. Il est apparu que les radiacs standards (instruments de détection, d’indication et d’évaluation de la radioactivité) ne détectaient pas cette contamination. Le matériel était contaminé par des fragments d’uranium, des oxydes d’uranium, d’autres substances dangereuses, des munitions instables non explosées et des sous-produits de munitions explosées.

Les documents que nous a envoyés le Commandement Logistique de l’Armée Américaine pendant l’opération Tempête du désert affirmaient que l’oxyde d’uranium était insoluble à 57 % et soluble à 43 % et inhalable au moins à 50 %. Dans la plupart des cas, sauf pour les fragments des pénétrateurs, on a découvert une contamination à l’intérieur des structures endommagées ou du matériel détruit, sur le matériel détruit ou bien dans un rayon de 25 mètres autour du matériel. Toutefois, durant les tests réalisés au Nevada en 1994 et 1995, nous avons découvert une contamination par l’UA jusqu’à 400 mètres du lieu d’un incident isolé.

Après notre retour aux États-Unis, nous avons dressé le « Plan de nettoyage du théâtre des opérations », que le Ministère Américain de la Défense a soi-disant transmis au Département d’État puis à l’Émirat du Koweït. Aujourd’hui, il est clair que les Irakiens n’ont jamais eu connaissance de ces informations. Par conséquent, bien que nous ayons su qu’il y avait et qu’il y a encore des matières dangereuses en Irak, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont préféré fermer les yeux pour des raisons politiques et économiques.

Des responsables irakiens, kosovars, serbes et autres ont souvent réclamé en vain des procédures de soins médicaux et de gestion de la contamination. Des habitants de Vieques, citoyens américains, ont également demandé une assistance médicale et des mesures d’assainissement de l’environnement mais les responsables du Ministère de la Défense refusent toujours de mettre en place ces mesures essentielles.

Comment est né le Depleted Uranium Project et quels en étaient les objectifs ?

Les risques sanitaires et environnementaux potentiels d’une contamination par l’uranium étaient connus avant la Guerre du Golfe. Une circulaire de la Defense Nuclear Agency américaine, rédigée par LTC Lyle et envoyée à notre équipe en Arabie Saoudite, indiquait :

« Étant donné que les équipes de neutralisation des explosifs et munitions, les unités de combat terrestre et les populations civiles d’Arabie Saoudite, du Koweït et d’Irak sont de plus en plus exposées aux munitions à l’UA, nous devons nous préparer à faire face à d’éventuels problèmes. Les souvenirs de la guerre toxique, la fureur politique et le nettoyage post-conflit (accord de la nation hôte) ne sont que quelques-uns des problèmes qu’il va falloir aborder. Les particules alpha (poussière d’oxydes d’uranium) provenant des obus explosés sont préoccupantes mais les particules bêta provenant des fragments et des obus intacts constituent une menace bien plus grave pour la santé, avec des taux d’exposition potentiels de 200 milli-rads/heure en cas de contact. »

Cette circulaire, ainsi que les rapports que nous avons préparés juste après la Guerre du Golfe dans le cadre du projet d’évaluation de l’UA en vue de récupérer le matériel américain contaminé/détruit par l’UA, les recherches antérieures et d’autres inquiétudes exprimées ont conduit le Ministère Américain de la Défense à publier une directive signée par le Général Eric Shinseki le 19 août 1993, visant à :

1. Dispenser une formation adéquate au personnel susceptible d’entrer en contact avec du matériel contenant de l’uranium appauvri.

2. Procéder à un dépistage médical sur le personnel exposé à une contamination par l’UA durant la Guerre du Golfe.

3. Élaborer un plan pour récupérer le matériel contaminé par l’UA lors des futures opérations.

Nul doute donc que les responsables du Ministère Américain de la Défense étaient et sont toujours conscients des risques exceptionnels et inacceptables propres aux munitions à uranium appauvri.

Par conséquent, j’ai été rappelé au service actif dans l’armée américaine en tant que directeur du projet sur l’UA, chargé de développer des procédures de formation et de gestion environnementale. Ce projet incluait : un examen de la documentation, un projet de développement d’un programme détaillé impliquant toutes les branches du Ministère Américain de la Défense ainsi que des représentants de l’Angleterre, du Canada, de l’Allemagne et de l’Australie et des recherches fondamentales sur le site d’essai du Nevada situé à 190 km au nord-ouest de Las Vegas, destinées à valider les procédures de gestion.

Le Depleted Uranium Project a donné naissance à :

- Trois programmes de formation : (1) Niveau I : grand public ; (2) Niveau II : dégâts des combats et opérations de récupération ; (3) Niveau III : officiers/sous-officiers spécialisés dans les produits chimiques ;

- Trois cassettes vidéo : (1) « Sensibilisation au risque de l’uranium appauvri » ; (2) « Gestion du matériel endommagé et contaminé » ; (3) « Fonctionnement de l’ensemble des radiacs AN/PDR-77 » ;

- La réglementation préliminaire de l’armée américaine, « Gestion du matériel contaminé par l’uranium appauvri ou par des produits radioactifs » ;

- Une brochure de l’armée américaine exposant « les procédures de manipulation du matériel contaminé par l’uranium appauvri ou par des produits radioactifs » ;

- Un nouveau radiac, capable de détecter et de quantifier une contamination par l’UA.

Bien que ces données aient été obtenues, reconnues et prêtes à être diffusées en janvier 1996, l’armée américaine, le Ministère Américain de la Défense ainsi que des responsables britanniques, allemands, canadiens et australiens ont ignoré les directives répétées et n’ont pas mis en place, sinon partiellement, le programme de formation et les procédures de gestion. Ce programme et ces procédures n’ont pas été portés à la connaissance de tous, ni même à celle des représentants des gouvernements de pays dont la population et l’environnement ont été exposés à l’UA, comme l’ont confirmé les enquêteurs du General Accounting Office américain (sorte de Cour des Comptes fédérale) dans un rapport publié en mars 2000 ainsi que par mes contacts personnels.

Quels effets néfastes sur la santé a-t-on observés, reconnus, traités et étudiés ?

L’identification et la vérification des dangers de l’uranium appauvri sur la santé sont limitées par le refus ou le report délibéré du dépistage et de la prise en charge médicale des victimes des tirs américains ayant inhalé, ingéré de l’UA ou ayant vu leurs blessures contaminées par ce métal, et de tous ceux présentant une exposition avérée ou supposée à de l’uranium internalisé.

Bien que dès mars 1991, nous ayons recommandé une assistance médicale immédiate, les ministères américain et britannique de la défense et, du même coup, le ministère américain des anciens combattants rechignent toujours à proposer un dépistage complet et les soins médicaux nécessaires.

Dans une lettre datée du 1er mars 1999, le Dr Bernard Rostker m’a indiqué qu’une fois les combats terrestres terminés, les médecins et les experts de radiophysique médicale sanitaire avaient jugé inutiles le dépistage et le traitement des personnes exposées à l’uranium. Les vrais documents disent le contraire ! Aujourd’hui, des personnes (dont moi-même), à qui a été refusée une assistance médicale sont malades alors que d’autres sont décédées. J’ai adressé personnellement ma demande par courrier le 21 mai 1997 au Bureau du Service de Santé, du Commandement Logistique de l’Armée Américaine et l’ai transmise au Dr Rostker.

Selon mon expérience personnelle, celle des médecins et des personnes exposées à l’UA, les effets néfastes avérés sur la santé incluent :

a) une allergie des voies respiratoires ;

b) des anomalies neurologiques ;

c) des calculs rénaux et des douleurs rénales chroniques ;

d) des éruptions cutanées ;

e) une dégradation de la vision et une perte de vision nocturne ;

f) des problèmes de gencives ;

g) des lymphomes ;

h) diverses formes de cancers de la peau et des organes (voir photo) ;

i) des troubles neuro-psychologiques ;

j) la présence d’uranium dans le sperme ;

k) un dysfonctionnement sexuel ; et

1) des anomalies congénitales chez les nouveau-nés (voir photo).

Aujourd’hui, des problèmes de santé ont été répertoriés chez des employés d’usines de traitement de l’uranium ainsi que chez des personnes vivant à proximité de Paducah, dans le Kentucky, Portsmouth, dans l’Ohio, Los Alamos, au Nouveau-Mexique, Oak Ridge, dans le Tennessee et Hanford, dans l’État de Washington. Les employés des usines de production ou de traitement de l’uranium de l’État de New York, du Tennessee, de l’Iowa, du Massachusetts et de la région des « four corners » du sud-ouest du Colorado ont également fait état à plusieurs reprises de problèmes de santé similaires à ceux rapportés par des victimes avérées de l’UA utilisé pendant la Guerre du Golfe. Des médecins iraquiens et ceux d’autres organisations humanitaires font état des mêmes problèmes de santé chez les populations exposées.

Des scientifiques écossais ont récemment confirmé la présence d’uranium dans l’urine des habitants des Balkans. Cela laisse penser que l’uranium appauvri (U-238) est mobile et contamine l’air, l’eau et le sol (voir un schéma) — comme l’indiquait déjà une lettre d’octobre 1943 adressée au Général Leslie Groves.

Actuellement, vérifier la corrélation entre une exposition à l’uranium et des problèmes de santé n’est peut-être pas possible, sauf dans quelques cas, en raison de retards délibérés d’un dépistage obligatoire — un test radiobiologique. Le dépistage implique le prélèvement et l’analyse d’échantillons d’urine, de selles et d’un frottis de gorge dans les 24 heures suivant l’exposition. Aujourd’hui, des mois ou des années plus tard, seule une petite partie de l’uranium séquestré sera détectée. C’est pourquoi les scientifiques de l’OMC ont recommandé un dépistage immédiat chez les populations exposées. Cette fraction détectable ne représente que la partie mobile ou soluble. Une récente autopsie réalisée au Canada a révélé qu’il se produisait bien une rétention et que la fraction mobile pouvait ne pas être représentative de la quantité réellement présente.

Même lorsqu’il existe des preuves médicales avérées imputant des problèmes de santé à une exposition à l’UA, la reconnaissance et la documentation officielles demeurent limitées. Par exemple, en 1994 et 1995, le personnel médical du Ministère Américain de la Défense en poste au sein d’un hôpital militaire américain a enlevé, mis à l’écart et caché des diagnostics documentés (y compris le mien) concernant des personnes affectées et d’autres médecins. Certains dossiers médicaux ont été récupérés à l’automne 1997 mais probablement trop tard pour beaucoup de personnes.

Aujourd’hui, cette pratique se poursuit et, par conséquent, les personnes exposées ne bénéficient pas d’une assistance médicale adéquate et efficace. Cela concerne également les personnes pour lesquelles une prise en charge a été demandée et prescrite à de nombreuses reprises. Cette situation perdurera aussi longtemps qu’on laissera les gouvernements américain, britannique, canadien et autres, ainsi que l’OTAN, ne tenir aucun compte des preuves émergentes et refuser une assistance médicale à tous ceux ayant été ou susceptibles d’avoir été exposés à l’uranium appauvri (uranium-238), à d’autres isotopes et à d’autres contaminants résultant de l’utilisation de munitions à uranium appauvri.

Les critères décrivant les expositions nécessitant un dépistage médical dans un délai de 24 heures et une assistance médicale ultérieure ont été exposés dans un message du Quartier Général du Ministère de l’Armée, daté du 14 octobre 1993. Ces expositions correspondaient aux situations suivantes :

a) Se trouver au milieu de fumée de feux d’UA provenant de véhicules chargés de munitions ou de dépôts de stockage de munitions en flammes.

b) Travailler dans des environnements contenant de la poussière d’UA ou des résidus de feux d’UA.

c) Se trouver à l’intérieur d’un véhicule ou d’une structure au moment où ils sont frappés par des munitions à l’UA.

Ces directives doivent s’appliquer scrupuleusement à tous les individus exposés, qu’ils soient civils ou militaires. Elles doivent être mises en œuvre maintenant !

Il faut programmer et offrir une assistance médicale afin d’identifier puis de soulager les problèmes physiologiques réels plutôt que de mettre l’accent sur les manifestations psychologiques et le dépistage continu. Des personnes, dont des enfants, sont malades et méritent de recevoir des soins pour les expositions complexes à l’origine de leurs problèmes de santé. Pour des expositions connues à l’uranium, l’accent devrait être mis sur les disciplines suivantes (la source de préoccupation figure entre parenthèses) :

A. la neurologie (effets des métaux lourds) ;

B. l’ophtalmologie (effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

C. l’urologie (effets des métaux lourds et formation de cristaux) ;

D. la dermatologie (effets des métaux lourds) ;

E. la cardiologie (effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

F. la pneumologie (effets du rayonnement, des particules et des métaux lourds) ;

G. l’immunologie (effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

H. l’oncologie (effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

I. la gynécologie (problèmes neurologiques, effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

J. la gastro-entérologie (effets systématiques) ;

K. l’odontologie (effets des métaux lourds) ;

L. la psychologie (effets des métaux lourds).

Beaucoup de personnes dont on sait qu’elles ont été exposées n’ont toujours pas reçu l’assistance demandée. Comme l’a indiqué le Dr Michael Kilpatrick, du Ministère Américain de la Défense, le 10 mars 2001, seules 60 personnes (dont moi-même) se voient dispenser un minimum de soins médicaux par des médecins affectés au Projet sur l’uranium appauvri du Ministère des Anciens Combattants, à Baltimore, dans le Maryland. Cela ne représente qu’une fraction sur les plus de 350 personnes dont l’exposition a été confirmée.

Aujourd’hui, moi-même et d’autres devons prendre des antibiotiques et des stéroïdes pour gérer nos problèmes de santé. Il est impossible d’obtenir des soins et des traitements corrects. Si les autorités refusent tout examen médical aux personnes qui ont été exposées et présentent des problèmes de santé, alors elles n’ont pas de mal à dire que l’UA n’a jamais eu d’effets néfastes sur la santé parce qu’elles n’en ont jamais vu. Il en va de même pour la science médicale lorsque les politiques donnent l’ordre d’étouffer l’affaire pour limiter les responsabilités.

Cette tentative d’étouffer l’affaire a commencé avec l’infâme circulaire de Los Alamos envoyée à notre équipe en Arabie saoudite en mars 1991. Cette circulaire nous disait de faire en sorte que nos conclusions permettent de continuer à utiliser les munitions à l’UA. En d’autres termes, il fallait mentir !

La lettre envoyée au Général Leslie Groves en 1943 est encore plus dérangeante. Dans cette circulaire, datée du 30 octobre 1943, des scientifiques de premier plan affectés au Projet Manhattan suggéraient que l’uranium pouvait être utilisé pour contaminer l’air, l’eau et le sol. Selon cette lettre, envoyée par le Sous-Comité du Comité Exécutif S-I sur « l’utilisation des matériaux radioactifs comme arme militaire », une inhalation d’uranium provoquait une « irritation des bronches en quelques heures ou quelques jours ». C’est exactement ce qui est arrivé à ceux d’entre nous qui ont inhalé de la poussière d’UA durant l’opération Tempête du désert ainsi qu’aux soldats américains présents dans les Balkans.

Le Sous-Comité ajoutait :

Les produits émettant des particules bêta pouvaient pénétrer dans le tractus gastro-intestinal par de l’eau, de l’air ou des aliments pollués. S’ils pénétraient par les voies aériennes, ils se logeaient sur les muqueuses du nez, de la gorge, des bronches, etc. et étaient avalés, ce qui entraînait une irritation locale, tout comme dans les bronches, et cela pour un même degré d’exposition. L’estomac, le caecum et le rectum, où les concentrations de produits restaient plus longtemps qu’ailleurs, étaient les parties plus susceptibles d’être affectées. Des ulcères et une perforation fatale de l’intestin pouvaient survenir, même en l’absence d’effets généraux dus au rayonnement.

Aujourd’hui, des problèmes de santé continuent à se développer. On refuse ou on retarde toujours l’apport d’une assistance médicale aux victimes exposées à l’uranium, tandis que les responsables des Ministères de la Défense Américain et Britannique continuent à réfuter tout lien entre une exposition à l’uranium et des effets néfastes sur la santé ou l’environnement. Ils s’imaginent qu’ils peuvent répandre des déchets radioactifs (uranium-238) dans le jardin de n’importe qui sans avoir à le nettoyer ou à assurer de prise en charge médicale. Leur arrogance est stupéfiante !

Au vu des recherches antérieures et du Depleted Uranium Project, quelles recommandations ont-elles été émises ?

Le projet sur l’UA et l’examen des recherches antérieures ont renforcé nos conclusions et recommandations initiales de 1991 selon lesquelles :

1. Toute source de contamination par l’UA doit être physiquement retirée et correctement détruite afin de prévenir des expositions futures.

2. Des systèmes de détection de rayonnement spécialisés, capables de détecter et de mesurer les émissions des particules alpha, des particules bêta, des rayons X et des rayons gamma à des niveaux appropriés allant de 20 dpm à 100 000 dpm et de 0,l mrem/heure à 75 mrem/heure, doivent être acquis et distribués à toutes les personnes ou organisations chargées des soins médicaux et des opérations d’assainissement de l’environnement impliquant de l’uranium appauvri/uranium 238 et d’autres isotopes faiblement radioactifs éventuellement présents. Le matériel standard ne détectera pas de contamination.

3. Une assistance médicale doit être apportée à toutes les personnes ayant (ou susceptibles d’avoir) inhalé ou ingéré de l’UA ou vu leurs blessures contaminées par cette substance toxique, afin de détecter une contamination par de l’uranium internalisé retenu et mobile.

4. Toutes les personnes qui entrent dans, grimpent sur ou travaillent dans un rayon de 25 mètres autour de tout terrain ou matériel contaminé doivent porter un équipement de protection des voies respiratoires et de la peau.

5. Le matériel ou les matériaux contaminés et endommagés ne doivent pas être recyclés en vue de fabriquer de nouveaux produits.

Qu’est-il advenu de ces recommandations ?

Des preuves visuelles, ma propre expérience et des rapports publiés confirment que :

1. Toutes les victimes de l’UA n’ont pas bénéficié d’une assistance médicale.

2. Les mesures d’assainissement de l’environnement n’ont pas encore été appliquées.

3. Le matériel et les matériaux contaminés et endom­magés ont été recyclés en vue de fabriquer de nouveaux produits.

4. Les programmes de formation et de sensibilisation n’ont été que partiellement mis en place.

5. Les procédures de gestion de la contamination n’ont été ni diffusées ni mises en œuvre.

Que reste-il à faire ?

Tous les citoyens du monde doivent désormais dire « non » d’une seule et même voix à l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri et obliger les nations en ayant utilisé à reconnaître les conséquences immorales de leurs actes et à assumer la responsabilité des soins médicaux et des mesures d’assainissement complet de l’environnement.

Il y a une citation célèbre qui dit : « Et un enfant leur montrera le chemin ». Mais si les enfants sont malades ou morts et si les citoyens du monde laissent cela continuer, alors il n’y aura pas d’enfant pour réaliser la prophétie et nous conduire à la paix. Je vous en supplie, faites quelque chose !

Docteur Doug ROKKE

 

Syndrome de la Guerre du Golfe et de la Guerre des Balkans 
Les saletés de la guerre propre

Du Golfe au Kosovo, en passant par la Bosnie, les Américains ont utilisé des munitions renforcées à l’UA. Malades, de nombreux vétérans accusent les autorités militaires. Lesquelles minimisent les effets pathologiques de ce matériau radioactif.

C’était il y a tout juste dix ans. Les images, relayées par CNN, ont fait le tour du monde. Celles de la plus vaste opération militaire depuis la Seconde Guerre mondiale après l’invasion du Koweït par l’Irak le 2 août 1990. Puis la victoire écrasante de la coalition occidentale en février 1991 contre un Saddam Hussein dont on prédit alors la chute. Et le défilé triomphal sur la 5e Avenue à New York des boys, au retour d’une guerre qui se veut «propre» pour la première fois de l’Histoire. Une guerre nourrie de bombardements à précision chirurgicale, destinés à appliquer la doctrine américaine du «zéro mort».

Dix ans après le conflit, le contraste est flagrant: le maître de Bagdad règne sans partage, l’embargo aurait fait 1 million de morts selon l’ONU, et la guerre n’a pas été plus propre que les précédentes.

Blessures de guerre

Au contraire. Elle continue à faire des victimes, et pas seulement du côté irakien. Après l’ivresse de la victoire, les vétérans se sont réveillés avec des blessures de guerre inattendues. Leucémies, cancers des ganglions, perte de mémoire, problèmes de concentration, fatigue chronique, perte de poids, déficiences pulmonaires, sperme brûlant sont les symptômes inexpliqués dont ils souffrent. Sans compter les enfants de vétérans atteints de malformations congénitales. Sur les 697 000 soldats américains engagés dans l’opération «Tempête du désert» du 17 janvier au 28 février 1991, 183 000 touchent aujourd’hui une pension d’invalidité, selon le National Gulf War Resource Center, la principale association de vétérans. Et presque 10 000 sont décédés des suites de la guerre que, faute de mieux, on a baptisées «syndrome du Golfe»: un ensemble de maladies aux causes mal identifiées.

Marc De Ceulaer, 42 ans, souffre des mêmes maux que les vétérans américains. Mais lui n’a pas servi dans le golfe Persique. Ce solide gaillard belge, engagé sous la bannière des Nations unies, était en Bosnie en 1994-1995. Marathonien accompli avant de partir pour les Balkans, il affirme être «incapable de courir 1 kilomètre» depuis son retour. Devenu membre de la branche militaire du Syndicat libre de la fonction publique (SLFP), il cherche maintenant à comprendre l’origine de ses problèmes physiques. Et à aider ses collègues du syndicat, touchés, comme lui, par ce qu’on appelle dorénavant le «syndrome des Balkans».

Parmi eux, cet autre vétéran de Bosnie atteint de narcolepsie. «Je ne peux plus faire de moto, je m’endors en conduisant, explique-t-il. Et mes problèmes de concentration m’ont fait perdre mon boulot.» La plainte déposée contre X pour «empoisonnement» le 12 janvier à Bordeaux par le vétéran français Hervé Desplat, président et cofondateur de l’Association des victimes du Golfe (Avigolfe), a encouragé ce Belge à faire de même le 17 janvier, avec deux autres vétérans, à Bruxelles. L’an dernier, cinq militaires belges sont décédés de maladies contractées pendant leur séjour dans les Balkans. «On nous empêche d’avoir accès à nos dossiers médicaux, comme si on voulait nous cacher quelque chose, explique Marc De Ceulaer. Nous demandons une enquête indépendante pour établir la vérité.»

Servir la patrie, oui, servir de cobayes, non

Les Belges ont été parmi les premiers à demander des comptes en Europe. A présent, ils sont suivis par les vétérans italiens, anglais, espagnols, allemands, grecs, hongrois ou roumains atteints de leucémies ou de lymphomes après avoir servi au Kosovo pendant les bombardements de l’Otan en 1999. En Italie, le décès, fin décembre, de cinq vétérans des Balkans atteints de cancers a secoué l’opinion. Les Français ne sont pas épargnés: six cas de leucémies et de lymphomes suspects sont actuellement traités par les services de santé des armées. Dix-huit décès sont discutés. Quelque 190 vétérans du Golfe ont rejoint Avigolfe depuis sa création, en juin. Avec, toujours, la même frustration, résumée par une phrase: «Nous sommes partis pour servir notre patrie, pas pour servir de cobayes.»

Tous veulent savoir la vérité sur les origines de leurs maladies. Et tous soupçonnent un matériau au nom étrange, familier des scientifiques mais peu connu du grand public: l’uranium appauvri (UA). Un métal radioactif particulièrement dense, utilisé pour la première fois par les Américains et les Britanniques pour renforcer leurs munitions antichars contre les tanks de Saddam Hussein, puis par l’Otan en Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999 contre l’armée yougoslave de Milosevic. Un métal qui reste, sur le plan scientifique, entouré de mystère. On sait que sa toxicité chimique, comparable à celle du plomb, peut entraîner des complications rénales. Mais les effets de sa radioactivité sur l’homme, en cas d’inhalation de particules vaporisées, n’ont pas été étudiés. D’où l’inquiétude des soldats. L’Otan rappelle qu’ «aucun lien n’a été établi avec les cancers des vétérans». Même son de cloche du côté des gouvernements américain, britannique et français, qui détiennent ces munitions. Et pourtant. Les dangers liés à sa toxicité radiologique existent, et sont soulignés depuis longtemps. Car, si on découvre seulement l’utilisation militaire de l’UA, son histoire commence au cours d’une autre guerre, mondiale celle-là.

Le premier à avoir l’idée de recourir aux munitions à l’UA est Albert Speer, nommé ministre de l’Armement par Hitler en 1942. A l’été 1943, les importations de tungstène, utilisé pour renforcer les munitions anti-chars, sont bloquées par les Alliés. Speer ordonne alors d’utiliser les stocks d’uranium initialement destinés à fabriquer une bombe atomique dont il sait qu’elle ne sera pas prête à temps. Les Stukas allemands en auraient bénéficié face aux tanks des Alliés.

En 1945, le «projet Manhattan» des Américains aboutit à la première explosion atomique. L’utilisation de l’uranium est alors restreinte aux recherches militaires et à la course aux armes, guerre froide oblige. Il en va de même pour son corollaire, l’uranium appauvri. L’uranium est essentiellement composé de deux isotopes: l’U 235 (0,7%), l’U 238 (99,3%) et accessoirement l’U 234. Mais seul l’U 235 a les qualités fissiles produisant l’énergie atomique. Il est donc extrait de l’uranium naturel puis enrichi pour obtenir les quantités d’U 235 pur suffisantes à la création d’énergie nucléaire. Le résidu de ce processus d’enrichissement est appelé «uranium appauvri». Composé principalement d’U 238, il est environ 40% moins radioactif que l’uranium naturel.

Un émetteur alpha dangereux

Avec la production massive d’énergie nucléaire, les stocks d’UA s’accumulent rapidement: 14% de l’uranium traité est enrichi, et 86% devient de l’UA… C’est probablement pour écouler ces stocks que les Américains décident d’assouplir leur législation.

Le 29 juin 1958, l’UA est mis à disposition des industriels. Dans le civil, il peut servir de colorant de verres ou d’objets de céramique, ou de contrepoids dans les avions commerciaux. On estime par exemple qu’un Boeing 747 comporte 450 kilos d’UA, principalement dans le gouvernail et dans les ailes.

Le ministère américain de l’Energie commande alors une étude sur «les utilisations potentielles non nucléaires de l’UA». Rendu le 29 janvier 1960, ce rapport évoque officiellement pour la première fois les dangers liés à la radioactivité de l’UA en cas d’inhalation. «Chaque particule d’uranium insoluble retenue dans les poumons constitue un risque pour les tissus environnants», affirme le document. Radioactif, l’UA expose les cellules humaines aux rayonnements alpha, bêta et gamma, très énergétiques. Or, dès 1957, les effets de ces radiations sur les cellules ont été expliqués dans un autre rapport remis au Pentagone, intitulé «Effets des armes atomiques». Conclusions de son auteur, Samuel Glasstone: l’énergie dégagée par les rayonnements alpha des particules inhalées peut «causer des dommages considérables sur les tissus corporels». Les Américains étaient donc informés, dès 1960, des dangers potentiels de l’UA.

Ce ne sera pas la dernière fois – loin de là. En 1966, la Commission à l’énergie atomique américaine, chargée de la gestion du matériel radioactif, précise les précautions à prendre en cas de manipulation d’uranium appauvri, et confirme. «Ce matériau est un émetteur alpha dangereux pour les poumons en cas de respiration des particules, et pour les reins en cas d’ingestion.»

Mais la course aux armements continue. A la fin des années 60, la Russie acquiert une nette supériorité numérique en termes de chars, dont les blindages se renforcent. Or, à l’époque, les Américains ne disposent pas d’appareil spécialement conçu pour la lutte antichars. Sous la houlette de Pierre Sprey, un Français émigré en Amérique, ils conçoivent un nouvel avion de combat: l’A 10, surnommé «tueur de chars». En volant à basse altitude, l’A 10 assaille les tanks ennemis grâce à un canon-mitrailleur de calibre 30 mm équipé de munitions spéciales à uranium appauvri, probablement fabriquées dès le début des années 1970. En 1973, une étude du Laboratoire national de Los Alamos, au Nouveau-Mexique, effectuée à la demande de l’US Air Force, encense l’uranium appauvri. Plus dense que le tungstène, employé jusque-là, il peut percer n’importe quelle armure. Son caractère pyrophorique (inflammation au contact de l’air) lui permet de mettre le feu aux chars ennemis qu’il aura pénétrés en faisant fondre le blindage. Surtout, l’UA est bon marché. Et disponible en quantités considérables: 80 000 tonnes en 1973, qui s’accroissent au rythme de 20 000 tonnes par an. L’UA est le matériau idéal pour les munitions 30 mm destinées à l’A 10. Pour l’US Air Force, c’est une véritable aubaine.

Les chercheurs de Los Alamos ont toutefois passé sous silence un aspect du sujet. Quid des particules radioactives d’UA vaporisées après explosion et susceptibles d’être inhalées? Les services de recherche de l’US Army ne tardent pas à examiner la question. En 1974, ils concluent que ces munitions peuvent «donner lieu à des ingestions ou à des inhalations localement significatives». Et de recommander des recherches plus approfondies sur les effets sanitaires à long terme des inhalations.

320 tonnes tirées contre l’Irak

En 1979, deux nouveaux rapports viennent confirmer les incertitudes. Entre-temps, la production de munitions à l’UA pour l’aviation et les chars a quand même été lancée. Selon Bruno Barillot, chercheur à l’Observatoire des armes nucléaires françaises, à Lyon, 30 cartouches d’obus de 105 mm contenant 102,3 kilos d’UA sont ainsi exportées des Etats-Unis vers… la France en 1979, à fin de «tirs d’évaluation par le gouvernement». Le ministère français de la Défense reconnaît d’ailleurs étudier depuis la fin des années 1970 ces munitions qui équipent les chars AMX 30. En 1989, le mur de Berlin tombe, entraînant l’ «empire du Mal» dans sa chute. Les avions A 10 et leurs munitions à l’UA, ainsi que les chars Abrams, blindés à l’UA depuis 1988, ne se frotteront pas aux troupes de l’URSS.

C’est la guerre du Golfe qui leur donnera l’occasion d’apparaître pour la première fois officiellement en combat. En juillet 1990, quelques jours avant l’invasion du Koweït par l’Irak, un rapport avait pourtant mis une nouvelle fois en garde le gouvernement américain contre les risques liés à l’uranium appauvri. «Ses radiations alpha peuvent causer des cancers en cas d’exposition interne», souligne le document.

Lors de l’opération «Tempête du désert» de janvier-février 1991, les munitions à l’UA s’illustrent avec une redoutable efficacité. Malgré la qualité de leur blindage, les chars T 72 achetés à Moscou par les Irakiens ne résistent pas aux tirs des Abrams américains. En tout, 940 000 munitions à l’UA sont tirées contre l’Irak, soit environ 320 tonnes. Si la victoire des alliés est sans appel, l’UA y est pour quelque chose.

Les suites de la guerre du Golfe sont moins claires. En dépit des avertissements, les soldats américains n’ont pas été prévenus des dangers encourus. Le rapport du General Accounting Office de 1993 indique que l’armée américaine ne disposait pas de stratégie efficace pour gérer l’utilisation d’UA. Les soldats chargés de récupérer les 28 chars américains détruits par erreur à l’UA n’ont par exemple pas été informés des règles de sécurité à suivre, malgré l’existence de deux notes de procédure ad hoc. Ils ont travaillé sans les protections requises jusqu’à ce qu’une équipe des services de radioprotection de l’armée arrive en mars 1991 en Arabie Saoudite et les «briefe».

Lorsque les premiers soldats américains déclarent leurs maladies, en 1991, les médecins militaires restent perplexes. Le Dr Asaf Durakovic, colonel et vétéran de la guerre du Golfe, spécialiste de médecine nucléaire, soupçonne rapidement l’UA d’être la cause des pathologies des 26 soldats qui se présentent à lui alors qu’il est responsable du département de médecine nucléaire de l’hôpital militaire de Wilmington (Delaware). Mais, de toute évidence, ses travaux dérangent. «J’ai fait plusieurs demandes d’analyses d’urine, mais elles ont toutes été prétendument perdues, explique-t-il. L’hôpital de Wilmington m’a dit d’arrêter mes recherches. J’ai refusé. J’ai été viré pour « désobéissance ».» Durakovic décide alors de s’exiler en Arabie Saoudite pour continuer ses travaux, parce que, dit-il, «on m’en aurait empêché dans un pays occidental».

Comme les Américains, les soldats européens ont été exposés. Les alliés des Etats-Unis, dont les Français, étaient-ils au courant de l’utilisation d’armes à l’UA? La question doit encore être éclaircie par la mission d’information parlementaire sur les conditions d’engagement des soldats dans le Golfe et les Balkans, créée en septembre 2000. Deux généraux en poste en Irak ont nié être au courant. Mais le général Schmidt, chef d’état-major à l’époque de la guerre du Golfe, a affirmé aux parlementaires: «Oui, nous le savions.» Et, dans leur livre La Guerre invisible , à paraître cette semaine (Laffont), les journalistes Martin Meissonnier, Frédéric Loore et Roger Trilling citent les propos d’un ancien officier américain chargé des mesures de protection NBC (nucléaire-bactériologique-chimique). «Tous les alliés étaient informés», affirme Doug Rokke.

Les généraux auditionnés ont aussi déclaré ne pas connaître les dangers potentiels de l’UA. Le secret serait-il de mise? Alors qu’il niait encore cet été toute radiotoxicité, le ministère de la Défense reconnaît aujourd’hui un risque radiologique – «si les quantités d’UA inhalées ont été très importantes», précise le médecin-chef Estripeau, du Service de santé des armées. Il ajoute: «En l’état actuel de nos connaissances, l’inhalation d’uranium appauvri par les soldats du Golfe et des Balkans ne paraît pas suffisante pour provoquer des maladies liées à la radioactivité». Ancien officier belge spécialisé en protection nucléaire, Maurice-Eugène André n’est pas d’accord. «Une particule d’un micron d’UA inhalée émet 54 fois la radioactivité naturelle dans le poumon», explique l’officier à la retraite, qui vient d’écrire, le 16 janvier, au Tribunal pénal international de La Haye pour l’avertir des dangers de l’UA. «Mettre de l’UA dans les armes, c’est un crime de guerre», accuse-t-il. Corinne Castanier, directrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Crii-Rad), insiste: «Les particules d’UA, en se fixant sur les os, bombardent les cellules souches qui produisent les globules blancs, dit-elle. Cela pourrait expliquer l’apparition de leucémies.» Aux affirmations de l’armée selon lesquelles les particules d’UA retomberaient à quelques mètres de la cible après impact et ne pourraient être transportées très loin par le vent, Maurice-Eugène André répond que «le plutonium, plus lourd que l’uranium, s’est déplacé jusqu’au pays de Galles après l’accident de Tchernobyl».

L’UA inquiète aussi les civils. Utilisé comme contrepoids dans les avions commerciaux, le problème de sa vaporisation se pose en cas d’explosion. Le 4 octobre 1992, un Boeing 747 de la compagnie israélienne El Al s’écrase près d’Amsterdam, avec 380 kilos d’UA à bord, selon Boeing. Pour la fondation Laka, un centre de recherche indépendant, cette quantité atteindrait en fait 1 500 kilos… Depuis l’accident, quelque 6 200 personnes souffrent aux Pays-Bas de maux analogues à ceux des vétérans du Golfe et des Balkans: immunodéficience, problèmes respiratoires, fatigue chronique. Mais aucun lien n’a été établi pour l’instant avec l’UA. L’inquiétude a saisi les Anglais après l’accident fin décembre 1999 à Stansted, au sud de Londres, d’un Boeing 747 de Korean Airlines contenant 300 kilos d’UA. Après le crash du Concorde à Gonesse le 25 juillet 2000, la question s’est posée pour la région parisienne.

Mises en cause en temps de guerre, les munitions à l’UA inquiètent aussi en temps de paix. En particulier sur la petite île de Vieques, au large de Porto Rico, où l’US Navy effectue ses manoeuvres avec tirs à l’UA. «Le taux de cancers est de 27% plus élevé à Vieques que sur l’île de Porto Rico, selon Nilda Medina, du Comité pour le développement de Vieques. La marine américaine doit stopper ses tirs de balles radioactives.» Des tirs parfois illégaux, comme ceux du 5 février 1999 de deux jets des marines au cours d’un exercice de préparation à la guerre du Kosovo. 263 munitions à l’UA sont alors tirées par erreur sur le site de North Convoy, dans l’est de l’île, où l’utilisation d’UA n’est pas autorisée en temps de paix.

Danger de l’UA en temps de paix

Les services d’inspection de la Commission de régulation nucléaire (NRC), chargée de la gestion du matériel radioactif, ont reconnu une violation de la réglementation sur ce matériel. Des mesures de sécurité supplémentaires ont été adoptées, mais aucune sanction n’a été prise. Sur les 263 munitions, seules 56 ont été retrouvées. Et les tests de mesure de radioactivité de la NRC ont conclu à l’absence de danger pour la population locale. «Parmi les personnes récemment décédées de cancer à Vieques, de hauts niveaux d’uranium ont été mis en évidence», constate cependant Nilda Medina. Mais, là non plus, rien ne prouve que l’UA est à l’origine des cancers.

De récentes découvertes pourraient changer la donne. Le 3 septembre 2000, au congrès de l’Association européenne de médecine nucléaire, à Paris, Asaf Durakovic démontre la présence d’uranium 236 dans les urines de neuf vétérans britanniques malades, dix ans après la guerre du Golfe. La découverte est d’importance, car l’U 236 n’est pas présent dans la nature. Beaucoup plus radioactif que l’UA naturel, il provient de l’uranium issu du retraitement de combustible nucléaire. Lors de la présentation, les analyses du Dr Durakovic sont fortement contestées par un chercheur de l’Office de protection des rayonnements ionisants (Opri). Les mesures complémentaires qu’il lui demande avec insistance seront apportées par l’assistante du médecin, alors que la plupart des journalistes ont déjà quitté la salle de presse… Le doute est jeté sur la crédibilité de Durakovic. Quatre mois plus tard, le directeur de l’Opri, Jean-François Lacronique, reconnaît que «le Dr Durakovic nous a montré la voie. Ses analyses sont pleinement acceptées». Il est vrai qu’entre-temps le «syndrome des Balkans» a explosé en Europe. Les quelque 40 000 munitions à l’UA utilisées par l’Otan en 1995 et 1999 contre l’armée yougoslave sont la première raison avancée pour tenter d’expliquer les leucémies qui touchent des vétérans européens. L’Otan rappelle qu’ «aucun lien n’a été établi entre l’UA et les cancers des vétérans». La communauté scientifique fait valoir que le contraire n’a pas été prouvé non plus…

La découverte de traces d’uranium 236 au Kosovo le 16 janvier par un institut de radioprotection suisse relance la polémique. «L’U 236 est un mélange d’uranium appauvri naturel et d’uranium appauvri retraité en réacteur, explique Jean-François Lacronique. Il peut donc avoir été mélangé pendant son retraitement à d’autres contaminants radioactifs, tel le plutonium, hautement cancérigène. Ce que je n’espère pas…» Le ministère français de la Défense examine actuellement des échantillons de ses munitions à l’UA pour y rechercher une éventuelle présence de plutonium. Le 18 janvier, les Américains ont reconnu qu’il pouvait y avoir des traces d’U 236 et de plutonium dans l’uranium appauvri, peu après que la presse allemande a révélé un rapport du Pentagone attestant la présence de plutonium dans les armes à l’UA. Si du plutonium était retrouvé dans l’U 236 recueilli au Kosovo, le mystère de l’UA serait alors probablement éclairci.

Resterait à savoir pourquoi on a décidé de recourir à des armes radioactives et cancérigènes sans informer ni protéger les soldats qui les ont utilisées. Qui parlait de «guerre propre»?

Source: Le Monde (02/01/2001)

L’uranium appauvri, un substitut à l’offensive terrestre

Au Kosovo, les Américains ont tiré en trois mois, au printemps 1999, trois fois plus de munitions à uranium appauvri (UA) qu’en Bosnie durant toute l’année 1994, puis, à nouveau, en 1995. Plus de 31 000 coups au Kosovo et quelque 10 000 à chaque fois, en Bosnie. Selon le ministère britannique de la défense, cela a représenté entre 8 et 9 tonnes d’UA qui sont éparpillées sur 10 kilomètres carrés au Kosovo et quelque 3 tonnes, pour chaque année, en Bosnie. Avec une quinzaine d’alliés à leurs côtés, les Etats-Unis ont accompli, à eux seuls, les deux tiers des missions aériennes au Kosovo et en Serbie. Ce sont l’avion américain A-10 d’attaque au sol, armé d’un canon Avenger à obus UA de 30 mm, et ses munitions ou leurs éclats – qu’elles aient été stockées, manipulées maladroitement, encore enfermées dans les carcasses des chars détruits ou volatilisées à l’impact sous forme d’aérosol – qui font aujourd’hui figure d’accusés.

Le plus étonnant de l’affaire est que l’intervention des A-10 dans les Balkans et, plus spécialement, au Kosovo et en Serbie n’est aucunement explicitée dans le document de 170 pages que le Pentagone a adressé au Congrès, six mois après l’opération  » Force alliée  » de 1999. Pourtant, dans ce constat détaillé, figure la moindre des missions conduites par d’autres types d’avions américains dans la région, description des armes utilisées à l’appui. Les cibles des A-10 ne sont pas davantage précisées, ni les performances des appareils. C’est à peine si l’on apprend, comme par hasard, que le quart des A-10 engagés au Kosovo et en Serbie étaient servis par des équipages issus de la réserve.

Des munitions UA employées contre des cibles mobiles, telles que des convois blindés des forces armées serbes, ou des roquettes au phosphore, utilisées par les A-10 pour marquer des objectifs au bénéfice d’autres avions attaquants de l’armée de l’air américaine, il n’est jamais fait état dans ce document. Et, malgré tout, dès juillet 1999, comme on l’a appris depuis, Washington avait averti ses alliés des effets nocifs que les armes des A-10 ne manquaient pas d’entraîner sur place.

La théorie du Zéro Mort

Daalder et Michael E. O’Hanlon, deux chercheurs de l’institut Brookings outre-Atlantique, ont pu estimer, dans la revue Foreign Policy, que les Etats-Unis avaient en quelque sorte mis fin, à cette occasion, à la doctrine Powell, du nom du chef d’état-major interarmées du temps de la guerre du Golfe et, aujourd’hui, secrétaire d’Etat de George W. Bush. A savoir qu’il était à l’époque dans les ambitions de Washington d’éviter de lancer une action de force, hors des frontières nationales, sans définir au préalable un objectif politique clair et sans avoir les moyens militaires adéquats pour les atteindre. Ce qui revient à poser comme principe le fait qu’on puisse s’engager dans un conflit que l’on n’est pas certain de terminer avec succès. Mais, si l’on choisit d’y aller, on rassemble donc des forces à terre et, après des bombardements aériens suffisamment efficaces, y compris par des avions A-10 porteurs de munitions UA, on déclenche l’offensive finale.

Or, durant l’opération  » Force alliée  » au Kosovo, la donne a légèrement évolué. Le général Wesley Clark, commandant suprême des forces alliées en Europe et  » patron  » des opérations, a des comptes à rendre à un nouveau chef d’état-major interarmées américain, le général Henry Shelton. La débâcle de la Somalie, où dix-huit Rangers ont perdu la vie, suppliciés, en octobre 1993 à Mogadiscio, est passée par là. La thèse de la  » suprématie aérienne « , censée être moins risquée, s’impose. Ce qui prévaut alors, dans la tête des généraux américains, c’est le fait qu’il convient désormais de frapper vite et fort, certes en donnant le sentiment qu’on cherche à éviter les dommages dits  » collatéraux « , mais surtout en se souciant, en priorité, de la survie des aviateurs engagés.

Avec ses armes tirées à distance de sécurité, l’A-10 devient, dans ces conditions, le succédané ou le substitut d’une intervention terrestre, au Kosovo, qui fut refusée par l’OTAN, Américains et leurs alliés européens conjugués. Ce n’est plus spécialement ce char volant conçu, à l’origine, pour stopper net les vagues – supposées irrésistibles durant la guerre froide – des blindés de l’ex-pacte de Varsovie dans les plaines d’Europe centrale ; l’A-10 est devenu le moyen que l’OTAN a préféré mettre en avant pour remplacer une offensive terrestre jugée, par le haut commandement de l’Aliance atlantique, potentiellement plus meurtrière pour la coalition anti-Milosevic. Dans cette perspective, les munitions UA, qui perforent tous les blindages connus selon leurs concepteurs, sont retenues parce qu’un seul coup endommage un char là où il fallait jusqu’à présent trois obus au tungstène classique. Le sort des adversaires et des populations, voire de ses propres combattants victimes de  » tirs fratricides « , comme ce fut le cas dans le Golfe, n’apparaît pas comme un argument dirimant aux yeux de Washington.

C’est sans doute ce qui explique que les Etats-Unis, convaincus par la théorie du  » zéro mort  » dans leurs rangs et ses implications tactiques, ont écarté toute éventualité d’un moratoire sur les obus UA. Les chefs militaires américains partent du principe, simpliste, qu’ils ont besoin de tous les matériels qu’ils peuvent se payer – attitude qui est dans la logique d’une puissance militaire impériale. En revanche, le suivisme de certains des alliés européens à l’OTAN – à commencer par la France – qui disposent de munitions UA pour leurs chars et qui ne veulent pas davantage d’un moratoire a de quoi étonner. Sauf à considérer que, pour eux, la guerre froide n’est pas achevée et que, face à des hordes blindées qui agiraient par surprise et dont on discerne mal la provenance, il n’existerait pas d’armes antichars de substitution.

Source: Le Monde (26/01/2001)

Uranium appauvri : une affaire planétaire

La Chine et l’Irak demandent des enquêtes. Un rapport britannique datant de 1997 fait état de la connaissance du gouvernement des risques de cancer.

L’utilisation par l’OTAN de munitions à l’uranium appauvri n’en finit pas de faire des vagues sur la scène internationale. La Chine a ainsi exprimé ce jeudi par la voix de son porte-parole du ministère des Affaires étrangères son « inquiétude face à l’utilisation de telles armes et de leurs conséquences humanitaires ». Le porte-parole a également rappelé que son pays s’était toujours opposé aux bombardements de la Yougoslavie pendant la guerre du Kosovo. La Chine a également pris « bonne note » de la promesse de l’OTAN de mettre en place un comité chargé d’étudier les conséquences éventuelles sur la santé de ses soldats.

L’Irak a demandé de son côté, ce jeudi, à l’ONU d’enquêter sur les armes à l’uranium appauvri utilisées par les forces américaines sur ses territoires, et aux pays européen d’ »assumer leurs responsabilité face au crime » que consiste le recours à ces armes. Bagdad accuse la coalition internationale d’avoir utilisé pendant la guerre du Golfe plus de 940.000 obus à l’uranium appauvri.

Les soldats français

Le service de presse du Service de Santé des Armées a indiqué ce jeudi que six militaires français, âgés de 19 à 41 ans et ayant servi dans les Balkans, étaient à ce jour hospitalisés et traités. Quatre souffrent de leucémies aiguës (cancer des cellules du sang) et deux de graves lymphomes (prolifération cancéreuse dans le tissu lymphoïde -rate, thymus, amygdales..). Le médecin-colonel Estripeau, chef du service de presse, a indiqué que l’état de quatre soldats est en phase de rémission, qu’un cas est « réservé non favorable » et s’est dit « très réservé » sur le dernier cas. « Les résultats d’une première approche concernant les affections tumorales et leucémiques seront disponibles pour la fin du mois de janvier mais les résultats globaux prendront plusieurs mois », a-t-il ajouté.

Londres informé des risques depuis 1997

Des responsables du ministère australien de la défense jusque-là muet dans cette affaire ont indiqué ce jeudi que les 200 soldats ayant servi en Bosnie et au Kosovo dans les rangs américains ou britanniques seront prochainement examinés, à la recherche d’un éventuel syndrome des Balkans.

Le quotidien anglais The Guardian a par ailleurs révélé dans son édition de ce jour que le ministère britannique de la Défense connaissait depuis 1997 les risques de cancer liés à l’exposition à des munitions à uranium appauvri. Selon un rapport médical daté du 4 mars 1997, la poussière produite par l’explosion de ce type de munitions « augmente les risques de cancer lymphatique, de cancer des poumons et du cerceau ». Le document explique que les soldats non-protégés travaillant dans un véhicule touché par un obus à uranium appauvri sont exposés à des niveaux d’uranium huit fois plus élevés que la norme fixée par le ministère. « Bien que la toxicité chimique soit faible, il peut y avoir une irradiation localisée du poumon entraînant un cancer », indique le rapport qui poursuit en concluant que la « poussière d’uranium est par conséquent dangereuse ».

Un expert « très inquiet »

Mais le ministère britannique de la Défense a réagit en objectant que le rapport n’était qu’un brouillon rédigé par un stagiaire et qu’il n’a de toute façon jamais été validé. « Bien que l’essentiel soit exact, certains éléments sont scientifiquement inexacts ou trompeurs », affirme-t-il dans un communiqué.

Un expert auditionné par le comité parlementaire sur les questions de Défense a pourtant indiqué que le risque de cancer suite à l’exposition à l’uranium appauvri était « très réel ». Le professeur Malcolm Hooper, de l’université de Sunderland, a affirmé -sans vouloir être « alarmiste »- que « si je vivais près d’un site de production de munitions, je serai très inquiet ».

Scepticisme en Russie

Le général Anatoli Kornoukov, commandant des forces aériennes, a vivement dénoncé jeudi les déclarations des responsables américains qui ont démenti connaître l’existence d’un « lien direct » des munitions à uranium appauvri avec le « syndrome des Balkans ». « Toutes les déclarations à ce sujet des représentants de l’administration américaine, y compris celles du secrétaire d’Etat Madeleine Albright, sont destinées à des amateurs », a-t-il dit. Selon lui, les Américains ont préféré bombarder les pays de l’ex-Yougoslavie avec de vieux obus de ce type plutôt que de les retraiter, ce qui coûtait plus cher. Quant à la Russie, elle a « renoncé depuis longtemps » à cette catégorie de munitions, a-t-il ajouté.

Propagande de Milosevic

Selon Laszlo Botz, un haut responsable des renseignements hongrois, le syndrome des Balkans consiste en une « hystérie » directement « provoquée par le régime de Milosevic ». « Lier les radiations radioactives et les armes à l’uranium appauvri a fait partie de la propagande anti-OTAN de Milosevic », a-t-il déclaré à la radio, poursuivant qu’il n’était pas exclu que l’armée yougoslave « ait délibérément disposé du matériel radioactif dans les zones critiques ».

Tsahal a utilisé de l’uranium

Selon un porte-parole militaire, l’armée israélienne a utilisé jusqu’à l’année dernière des obus à l’uranium appauvri de fabrication américaine. « Il n’y a pas de risque d’irradiation avec ce type d’obus et, au cours des années, toutes les précautions ont été prises », a-t-il indiqué. Il a toutefois refusé d’expliquer pourquoi, dès lors, les obus ont été retirés.

Le quotidien israélien Yédiot Aharonot, qui a révélé l’affaire, affirme que ces munitions ont été mis en service pendant 20 ans et que des soldats dormaient parfois à côté des stocks. Le journal indique également que leur emploi était rare.

Environnement

Enfin, le Programme des Nations Unies pour l’environnement s’est déclaré pour l’instant dans l’impossibilité immédiate de tirer des conclusions sur les effets des munitions à uranium appauvri sur l’environnement. Les experts du programme ont toutefois demandé ce jeudi le bouclage des 112 sites du Kosovo où des munitions à l’uranium appauvri ont été utilisées par l’OTAN afin de protéger la population locale. Le PNUE recevra dans les sept prochaines semaines les résultats des analyses de prélèvements effectués en novembre sur 11 de ces sites.

Source: Nouvel Observateur (11/01/2001)

« Syndrome des Balkans » : l’OTAN veut rassurer

L’OTAN va mettre en place un comité spécial chargé d’étudier les conséquences sur la santé des soldats de l’utilisation de l’uranium appauvri pendant les guerres en Bosnie et au Kosovo. Une réponse aux pays européens qui demandent des informations sur un éventuel « syndrome des Balkans ». A Paris, Jacques Chirac et Lionel Jospin prônent une « totale transparence ».

L’OTAN réagit

« Nous allons mettre en place un comité spécial sur l’uranium appauvri », le secrétaire général de l’Alliance, George Robertson, a tenu une conférence de presse mercredi à Bruxelles pour répondre aux inquiétudes quant à un éventuel syndrome des Balkans.

George Robertson s’est dit « confiant qu’il y ait peu de risques dans les munitions » utilisées par les militaires américains en Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999.

Paris promet la transparence

Jacques Chirac et Lionel Jospin ont promis mercredi de traiter le dossier du « syndrome des Balkans » dans une « totale transparence » et de lui appliquer le principe de précaution déjà invoqué pour la sécurité alimentaire. Le ministre de la Défense Alain Richard a affirmé mercredi devant l’Assemblée nationale que la France, qui dispose de munitions à l’uranium appauvri, avait décidé de ne pas les utiliser mais qu’elle n’était pas, en revanche, favorable à un moratoire sur leur emploi.

La France a fait des tests dans les années 80 à Bourges

Des munitions à l’uranium appauvri ont été testées au centre d’essais ETBS (Etablissement technique de Bourges et surveillance industrielle armement) de Bourges (Cher) dès le début des années 80 et pas seulement depuis dix ans, affirme un responsable CFDT qui réclame une enquête épidémiologique et souligne que la France avait testé, avant de produire ses propres obus, des munitions américaines. Le directeur du centre d’essai, Alain Picq, avait indiqué auparavant que, depuis dix ans, de 1.400 à 1.500 tirs d’obus à l’uranium appauvri avaient été effectués, dans de strictes conditions de sécurité et que les contrôles sanitaires n’avaient rien révélé d’anormal.

L’Europe est inquiète

L’Europe se mobilise pour la santé de ses soldats qui ont pu être exposés dans les Balkans à une contamination à l’uranium appauvri. 40.000 soldats environ ont servi -ou servent encore-dans les Balkans. Certains ont pu se trouver exposés à de l’uranium appauvri contenu dans des obus américains tirés lors des interventions en Bosnie et au Kosovo. L’uranium appauvri est un métal lourd, très faiblement radioactif utilisé dans les armes anti-chars.

A Paris la mission parlementaire présidée par l’ancien ministre de la Défense Paul Quilès, a auditionné à huis clos le médecin général Jean-Yves Treguier, spécialiste de la protection radiologique qui a indiqué que « les soldats français qui le souhaitent peuvent être testés pour une éventuelle contamination résultant de l’emploi de munitions à l’uranium appauvri. « 

Selon le général Tréguier, « les laboratoires français ont la capacité de procéder à 150 dépistages de ce type par mois. » Mais les tests effectués à partir de prélévements d’urine sont coûteux.

A l’issue de cette audition, Paul Quilès, président de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale a montré du doigt les Etats-Unis, les accusant d’avoir laissé utilisé ces armes « sans information sur leur caractère dangereux », dénonçant « un problème sérieux qui est aussi celui de la loyauté des Etats-Unis par rapport à leurs alliés ».

Le président Jacques Chirac s’est déclaré « particulièrement attentif à la protection de la santé » des militaires français et a souhaité, en accord avec le gouvernement, que cette affaire « soit traitée dans une totale transparence ».

Le dépistage des soldats français

Un depistage va être effectivement prochainement organisé… On en connait pas encore tous les détails mais hier, le service de santé des armées precisait que chaque soldat ayant servi en Bosnie ou au Kosovo pourrait être soumis à des analyses médicales s’il le souhaite, en cas de doute ou de crainte .

Pratiquement il s’agit de contrôle des urines afin de détecter la présence d’uranium entrant dans la composition des ces armes anti char.

Quand on parle uranium, atome, les avis des experts sont parfois tres opposés, ce qui étonne les scientifiques c’est la rapidité incroyable de l’évolution des leucemies décelées car l’uranium appauvri notamment les particules, ..les poussières dégagées après sa combustion au moment de ll’impact sur sa cible quand elles sont inhalées peuevnt atteindre, reconnaissent les médecins, bein sûr les poumons mais aussi se fixer sur les os.

Mais les doses absorbées ne semblent pas assez importantes pour expliquer ce coté foudroyant de la maladie.

Voilà pourquoi le depistage et les enquêtes vont certaiment aussi se pencher sur les risques liés au produits chimiques, ceux peut être détenus dans des dépôts serbes, mai aussi ceux appartennant aux forces de l’OTAN, comme le benzene, des colles spéciales ou des peintures.

Enquête et mobilisation

Londres a décidé aussi de mettre des tests à la disposition de ses vétérans et va mettre en place « un programme de dépistage volontaire » .

Par ailleurs plusieurs délégations internationales se sont rendues mardi 9 janvier au Kosovo pour examiner les risques posés par l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri.

L’Italie avait demandé une réunion du comité politique de l’OTAN pour obtenir un moratoire sur ces munitions qui auraient provoqué des leucémies chez des soldats européens engagés dans les opérations de l’OTAN dans l’ex-Yougoslavie. Mais les 19 alliés ont rejeté ce moratoire lors d’une réunion mardi 9 janvier.

Les pays membres sont d’accord pour que tous les rapports nationaux sur les conséquences en matière de santé de l’usage des munitions à l’uranium appauvri soient collectés et échangés au sein de l’OTAN.

Les Verts européens ont réclamé un débat au Parlement européen dès la semaine prochaine.

Après le « syndrome du Golfe », le « syndrome des Balkans »

En Italie, On dénombre une trentaine de malades suspects dont 6 leucémies mortelles.

Quatre militaires belges, deux Néerlandais et un Portugais sont également décédés , victimes de leucémies après leur retour des Balkans.

A Paris, le ministère de la Défense a révélé que quatre soldats français, ayant servi en ex-Yougoslavie, sont actuellement traités pour leucémie dans des hôpitaux militaires.

Des enquêtes vont être menées pour savoir si ces obus peuvent être en cause. On évoque aussi la pollution des rivières au Kosovo, pleines de plomb, la pollution atmosphérique ou encore la nourriture.

En Grande-Bretagne, un premier cas a été rendu public : un ancien ingénieur de l’armée britannique dit souffrir du « syndrome des Balkans ».

Un soldat espagnol de 35 ans a été hospitalisé après son retour des Balkans avec un diagnostic de « tumeur maligne des glandes lymphatiques ».

La Russie va faire passer des examens médicaux à ses soldats.

La Pologne a dépêché au Kosovo un groupe de six experts militaires pour une enquête. 400 soldats tchèques ayant servi au Kosovo vont subir un contrôle médical ainsi que 400 soldats lettons.

En revanche, selon les médias serbes, les autorités yougoslaves n’ont pas constaté dans la population une augmentation des cancers liés à l’utilisation d’uranium appauvri pendant les bombardements.

Bernard Kouchner, chef de la mission de l’ONU au Kosovo, doit rencontrer des responsables de la santé pour discuter des répercussions possibles de l’uranium appauvri sur la population.

Celui qui est encore pour quelques jours administrateur civil des Nations unies au Kosovo, s’est voulu rassurant: « Il ne faut pas s’affoler, personnellement, je ne crois pas aux relations entre l’uranium appauvri qu’on utilise en médecine ou pour la protection, et les leucémies ».

Le droit de savoir

« Que l’OTAN dise la vérité », exige le président du conseil italien, Guliano Amato laors que le président de la Commission européenne, Romano Prodi, demande l’abolition de ces armes.

Une demande d’explications soutenue par Paris. Le ministre de la Défense Alain Richard a appelé les Américains à donner des explications et « à être ouvert sur le sujet ». Il a cependant assuré que « tout, pour l’instant, confirme que ces munitions peuvent être utilisées ».

La présidence suédoise de l’Union européenne (UE) a par ailleurs estimé qu’une action urgente s’imposait pour analyser ces problèmes de santé et l’Union européenne a décidé l’ouverture d’une enquête informelle sur les liens éventuels entre l’utilisation d’uranium appauvri dans le conflit en ex-Yougoslavie et l’apparition de maladies, voire de décès, chez des militaires de plusieurs pays de l’OTAN .

Le Pentagone rejette l’idée d’interdire les munitions à uranium appauvri en minimisant les risques pour la santé ou l’environnement

L’affaire du syndrome des Balkans ne suscite guère de remous aux Etats-Unis, ni dans les médias ni dans l’opinion publique.

Le porte-parole du Pentagone a sèchement expliqué que rien ne permettait d’établir un lien entre l’uranium appauvri et les symptômes constatés sur les soldats en Europe. Rien pour l’instant en tout cas, car les officiels américains reconnaissent qu’il est nécessaire de poursuivre les analyses scientifiques.

Ces interrogations ne sont pas nouvelles aux Etats-Unis, elles ont déjà été soulevées il y a dix ans après la guerre du Golfe où les forces américaines ont également utilisé l’uranium appauvri dans leur arsenal contre l’Irak. Il y a bien eu à l’époque un syndrome de la guerre du Golfe qui n’a jamais été expliqué par l’uranium appauvri. Le pentagone se déclare prêt à étudier les découvertes faites par les alliés de l’Otan si elles sont probantes.

Les Nations Unies de leur côté, ont ouvert une enquête sur le terrain à la demande du secrétaire général de L’ONU. Des résultats complets seront connus en mars. Mais selon des indications préliminaires de ce rapport de l’ONU on a bien relevé une présence de radioactivité sur les sites bombardés par l’Otan au Kosovo, mais les experts de l’ONU ne se prononcent pas sur les conséquences de cette radioactivité sur la santé du personnel militaire.

L’Otan et les USA nient tout lien entre les cancers et les armes incriminées

Afin de tuer dans l’oeuf cette polémique qui enfle chaque jour un peu plus, le secrétaire général de l’Otan a déclaré ce matin à Bruxelles que l’Alliance Atlantique n’avait rien à cacher. En début d’apès-midi, George Robertson devrait tout de même en dire un peu plus, une conférence de presse est oraganisée au siège de l’Otan où se sont réunis durant la matinée les ambassadeurs des différents pays membres. Une réunion on l’imagine assez tendue, car les Européens demandent des comptes à l’Alliance atlantique et donc aux Etats-unis.

Le problème c’est que, si aujourd’hui les Américains démentent tout lien direct entre les munitions à uranium appauvri et le syndrome des Balkans, ils avaient tout de même informé leurs alliés dès 1999 que des mesures de prévention devaient être prises par les troupes entrant au Kosovo en raison de l’utilisation de ces fameux obus. Pourquoi de telles mesures, si officiellement il n’ y a aucun danger, c’est tout l’interrogation soulevé par les pays ayant participé aux opérations de maintien de la paix dans les Balkans.

Comment expliquer ces cas de leucémie ?

La question posée porte sur l’utilisation de munitions à uranium appauvri : des obus de 30 mm spécialement durcis par ce matériau et pouvant percer tous les types de blindage. Les chasseurs de chars américains A10 sont dotés d’un canon rotatif qui tire ce genre d’obus. Ces avions sont particulièrement intervenus sur les hauteurs de Sarajevo où étaient installés l’artillerie et les véhicules blindés serbes. 10.800 obus ont été tirés au Kosovo, on s’en souvient. L’ OTAN s’est livrée à l’attaque systématique des chars des transports de troupes des hommes de Milosevic : 30.000 Munitions, pour des résultats pas forcément convaincants !

L’alliance estime qu’aucune étude ne prouve qu’il y a un lien direct entre l’utilisation de l’uranium appauvri et les différents cas de leucémie. Le ministère français de la Défense est sur la même longueur d’onde, mais reconnaît qu’il faut répondre à certaines questions.

Que ce soit pendant la Guerre du Golfe, en Bosnie et au Kosovo, l’armée française n’a jamais utilisé ce type de munitions. Certes les AMX 30 b2 français sont dotés d’obus de 105 mm à uranium appauvri, mais ils n’ont jamais été engagés sur le terrain. C’est bien en comparant les lieux où précisément les soldats malades ont servi qu’on pourra se faire une idée plus précise des causes possibles de leur leucémie.

Source: RTL (11/01/2001)

Plus de 2 000 obus à l’uranium appauvri testés en France

Les obus à l’uranium appauvri sont régulièrement tirés en France, dans le cadre de deux centres d’essais de la Délégation générale pour l’armement (DGA), à Bourges (Cher) et à Gramat (Lot). Ces munitions sont aujourd’hui suspectées d’être à l’origine du «syndrome des Balkans», ces leucémies dont souffrent d’anciens militaires. Depuis 1987, plus de 2 100 obus de calibre 105 et 120 millimètres ont ainsi été testés. Selon toute vraisemblance, ces armes n’ont jamais été utilisées par la France dans le cadre d’un conflit.

Enceinte confinée

Comme le révélait Libération du 15 juin 2000, le centre d’essais de Gramat (CEG) abrite le «site de tir uranium» où sont mesurés les effets de l’impact de ses obus contre des blindages. L’hiver dernier, cet établissement très secret avait été sous les feux de l’actualité, lorsqu’une équipe de spéléologues s’y est retrouvée coincée dans un grotte pendant plusieurs jours. Au pied de grandes falaises de calcaire, une tranchée de deux cents mètres aboutit à une énorme sphère de béton blanc.

Une ou deux fois par an, une dizaine d’obus sont tirés dans cette enceinte confinée. L’air est soigneusement filtré afin de bloquer toutes les particules d’une taille supérieure à 0,1 micron. La radioactivité est sans cesse contrôlée et les rares personnels soumis à une surveillance particulière. C’est dire si la DGA prend au sérieux les risques de contamination chimique et radioactive, ceux-là même que le ministère de la Défense s’ingénie à minimiser.

Tests en plein air

Le polygone de tir de l’ETBS (Etablissement technique de Bourges) s’étend sur une trentaine de kilomètres à proximité de la capitale berrichonne. C’est le second lieu d’essais des obus à l’uranium appauvri. En dix ans, environ 1 400 tirs y ont eu lieu, soit deux fois plus qu’à Gramat (750). Il s’agit essentiellement d’étudier leur balistique et les munitions finissent leur trajectoire dans du sable. Là encore, les tests qui se déroulent en plein air sont entourés de nombreuses précautions, explique-t-on à la DGA.

En revanche, l’armée affirme n’avoir jamais essayé ces munitions. «Nous n’en avons jamais tiré à l’exercice ou à l’entraînement», assure le lieutenant-colonel Martin Klotz, en charge des obus à l’uranium appauvri à l’état-major de l’armée de terre. «Pour former les équipages de char, nous utilisons des simulateurs.» L’armée de terre possède un petit stock d’obus de 105 mm, répertoriés sous le sigle barbare d’APFSDS-T OFL 105 E2. Ils sont entreposés à Brienne-le-Château (Aube). En revanche, l’armée de terre ne dispose pas de telles munitions pour son nouveau char Leclerc, contrairement à ce qui a été longtemps affirmé. L’obus de 120 mm est techniquement prêt, mais la décision de le produire n’a pas encore été prise.

Ces obus sont fabriqués par Giat-Industries, dans son établissement de La Chapelle-Saint-Ursin (Cher), à partir de «flèches» en uranium appauvri usinées par la Société industrielle du combustible nucléaire (SICN, groupe Cogema) à Annecy.

Source: Libération (11/01/2001)

La Mission parlementaire relève les contradictions des militaires français

Que cache l’armée française sur l’uranium appauvri ? Telle est la question que se pose avec une vigueur croissante la Mission d’information parlementaire sur les risques sanitaires encourus par les soldats français engagés dans la guerre du Golfe en 1991.

Créée en octobre 2000 et présidée par Bernard Cazeneuve (PS, Manche), la Mission a auditionné plusieurs officiers supérieurs. Mais ceux-ci apportent des réponses contradictoires. Le 7 novembre 2000, les députés demandent au général Maurice Schmitt, qui était en 1991 chef d’état-major des armées : « Les Etats-Unis vous ont-ils informés de l’utilisation d’uranium appauvri ? » M. Schmitt répond : « Nous n’avions pas besoin d’être informés, nous le savions. (…) Il n’y avait pas lieu de poser la question. » Or, le 31 octobre, le général Michel Roquejoffre, ancien responsable des forces armées auprès de l’état-major allié, avait indiqué que, « cela [l'emploi d'uranium appauvri par les Etats-Unis], je ne l’ai appris qu’après. Pas par des officiers américains, mais par la presse, plus tard ». Et, le 12 décembre, le général Janvier, ancien commandant de la division Daguet, répond : « Nous n’avions aucune connaissance des éventuelles nuisances liées à l’uranium appauvri. (…) J’ignorais que les obus des avions A-10 contenaient de l’uranium appauvri. »

Cette contradiction entre les généraux Schmitt et Roquejoffre et Janvier trouble les parlementaires. Et d’autant plus que d’autres éléments montrent que l’armée française avait une bonne connaissance des armes à l’uranium appauvri. L’Observatoire des armes nucléaires françaises a en effet révélé que la France a bénéficié en 1979 d’une licence d’exportation par les Etats-Unis de 102 kg d’uranium appauvri sous la forme de pénétrateurs destinés à des tirs d’essais.

Des essais ont eu lieu dès 1990 à l’ETBS, le centre d’essais de Bourges (Cher), comme le révèle La Nouvelle République du 10 janvier. D’autres licences d’exportation ont ensuite été approuvées par la Nuclear Regulatory Commission des Etats-Unis, le 3 janvier 1991 , pendant la crise du Golfe – les procédures avaient donc été engagées auparavant – pour la fourniture de 75 tonnes d’uranium appauvri pour fabrication de munitions, et en 1993 pour 1 000 tonnes.

« On fabrique et on teste des obus à l’uranium appauvri en France, et on n’est pas au courant des risques ? », s’étonne Michèle Rivasi (app. PS, Drôme), rapporteur de la Mission. Mme Rivasi relève par ailleurs que des documents non classifiés de l’armée américaine soulignaient, en juillet 1990, les risques des explosifs à l’uranium appauvri. Une étude réalisée pour l’Armée américaine par Science Applications International Corp. souligne que « les aérosols d’uranium appauvri sur le champ de bataille pourraient avoir des effets radiologiques et toxicologiques ». Ces informations peuvent-elles avoir échappé à l’attention des ingénieurs et des militaires étudiant ces obus, qui ont par ailleurs été mis en fabrication à grande échelle en 1995 par la SICN à Salbris (Loir-et-Cher) ?

La Mission d’information va étendre son investigation au « syndrome des Balkans », a annoncé Paul Quilès, président de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, lors des auditions de la Mission, le 9 janvier. Les parlementaires pourront ainsi interroger les responsables sur ce qu’ils savaient de l’uranium appauvri lors de l’engagement au Kosovo.

Bernard Cazeneuve a par ailleurs écrit le 5 décembre 2000 au ministre de la défense, Alain Richard, pour lui demander des précisions relatives à la composition isotopique des obus incorporant de l’uranium appauvri, aux instructions données aux personnels et aux obus flèches éventuellement utilisés par l’armée à titre d’expérimentation dans les opérations du Golfe. La Mission n’a pas encore reçu de réponse sur ces points.

Source: Le Monde (10/01/2001)

Des armes tuent après la guerre

Pascal Boniface est le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Il répond aux questions de l’Humanité.

Quels développements peut-on attendre des positions des uns et des autres face au  » syndrome des Balkans  » ?

Pascal Boniface. Soit l’OTAN change sa façon de communiquer et admet que les armes à uranium appauvri posent problème et décide de ne plus les utiliser à l’avenir. Soit l’OTAN continue sur la même ligne en disant qu’il n’existe pas de lien évident entre ces armes et les pathologies constatées, et alors le fossé va se creuser entre les opinions publiques européennes et les Etats-Unis sur ce sujet. · l’heure actuelle, la voix de l’OTAN est la voix des Etats-Unis à peine voilée, qui consiste à ne pas reconnaître les faits et à dire qu’il ne faut pas s’inquiéter. Or les opinions publiques commencent à manifester leur désaccord avec ce point de vue.

Doit-on envisager une interdiction de l’utilisation des armes à uranium appauvri ?

Pascal Boniface. Il s’agit d’une question de nature politique. L’interdiction de ces armes est inéluctable car l’opinion publique ne peut accepter que des armes continuent de tuer une fois la guerre terminée. L’opinion publique accepte que l’on débatte d’une question comme celle de l’intervention au Kosovo par exemple. C’est légitime et même si les gens sont divisés, ils admettent le débat. En revanche, sur une question comme celle de l’uranium appauvri, il est évident qu’une très grande majorité de l’opinion publique n’est pas prête à accepter des tergiversations sur des armes qui continuent de tuer après leur utilisation.

Si l’on aboutit à un traité sur l’interdiction des armes à uranium appauvri, il n’est pas sûr que les Etats-Unis le signent…

Pascal Boniface. En effet, il se peut que les Etats-Unis décident de ne pas signer un traité international visant à interdire l’utilisation des armes à uranium appauvri. On peut dresser un parallèle avec les mines antipersonnelles qui sont également des armes qui continuent à tuer après la fin des conflits et dont les Etats-Unis ont refusé de signer le traité d’interdiction. Les Etats-Unis peuvent très bien décider de faire preuve d’une attitude unilatérale comme ils sont habitués à le faire en matière de traités internationaux. Ils n’ont pas ratifié les traités sur la fin des essais nucléaires, ils n’ont pas ratifié le traité sur les mines antipersonnelles et ne ratifieront certainement pas le traité sur la Cour de justice internationale.

La nouvelle administration américaine peut-elle apporter un changement sur cette question ?

Pascal Boniface. On peut craindre un raidissement de la nouvelle équipe gouvernementale qui, a priori, n’affiche pas une grande sensibilité à l’égard de l’opinion publique, encore moins celle des Européens. Quant à Colin Powell, le nouveau secrétaire d’Etat qui fut chef d’état-major durant la Guerre du Golfe, il a pu voir les dégâts que la polémique américaine sur le  » syndrome du Golfe  » a causés en termes d’image au Pentagone. Mais Colin Powell souhaite s’inscrire dans une stratégie militaire consistant à frapper fort et vite pour ne pas mettre les soldats américains en danger. Dans cette logique, les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à admettre une interdiction des armes à uranium appauvri.

Source: L’Humanité (10/01/2001)

Les alternatives à l’uranium appauvri pour la fabrication d’armes existent

L’uranium appauvri est très dur, c’est sa grande qualité militaire. Mais il est potentiellement dangereux pour la santé. C’est une tare rédhibitoire, qui finira sans doute par le faire disparaître des arsenaux, principe de précaution oblige.

L’uranium appauvri (UA) est un métal utilisé par les militaires pour sa très grande densité qui lui permet de percer les blindages. Il ne s’agit donc pas d’une arme nucléaire qui explose à la suite d’une fission. La législation française considère néanmoins ce métal comme un «matériau nucléaire», à cause de sa radioactivité. Selon la Crii-Rad, un laboratoire indépendant proche des milieux écologistes, celle-ci est inférieure de 23 % à celle de l’uranium naturel.

Antichar

La densité de ce métal lourd (19) permet de construire des «pénétrateurs» qui équipent les obus antichars. L’idée remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsque le ministre de l’Armement du Reich, Albert Speer, décida d’employer de l’uranium à cause des pénuries de tungstène, un métal également très dur, mais beaucoup plus cher et moins fusible. L’idée fut reprise par l’armée américaine à la fin des années 60. Il s’agissait alors de «casser» du char russe, dans le cas d’une guerre en Europe. Un avion, le Fairchild A-10, fut développé dans ce but. Il est armé d’un canon rotatif, le GAU-8A tirant des petits obus de 3 centimètres de diamètre à un rythme diabolique de 4 200 coups par minute. Pour compenser la faible taille des obus, il fallait un métal plus dur que l’acier. D’où l’idée d’utiliser de l’uranium appauvri, un sous-produit de l’industrie nucléaire. Bruno Barillot, del’Observatoire des armes nucléaires , estime à «cent millions» le nombre de cartouches produites par l’industrie américaine pour le GAU-8A.

L’US Army dispose de son côté d’obus antichars de 105 et de 120 mm, produits à plus d’un million et demi d’exemplaires. L’uranium appauvri est aussi utilisé, sous forme de plaques, pour renforcer le blindage des chars Abrams. Enfin, une série de munitions de petit calibre ont été développées, en particulier pour le système antimissile Phalanx. Ces obus ont été utilisés à trois reprises. La première fois contre l’Irak en 1991: 940 000 obus d’avions et 14 000 de chars ont été tirés, soit environ 300 tonnes d’uranium appauvri déversées sur le Koweït et l’Irak. En 1994-1995, l’US Air Force attaqua les forces serbes en Bosnie avec 10 800 obus, puis l’armée yougoslave au printemps 1999 lors de la guerre du Kosovo avec 31 000 obus – soit 12,5 tonnes de métal radioactif tirées sur les Balkans.

En dehors des Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni et la France fabriquent des munitions à l’UA. Une association britannique, Campaign Against Depleted Uranium , estime qu’«approximativement dix-sept pays» en possèdent, la plupart situés au Moyen-Orient. La Grèce, dont les autorités dénoncent les frappes américaines, en possède sans doute. La France s’est doté uniquement d’obus pour ces blindés. Comme la Grande-Bretagne, elle s’est procuré environ mille tonnes de ce métal aux Etats-Unis. Les obus ont été usinés par Giat-Industries et essayés dans les établissements de la Délégation générale pour l’armement de Bourges (Cher) et de Gramat (Lot). Il s’agit d’obus de 105 mm destinés aux chars AMX-B2, stockés à Brienne-le-Château (Aube). Un autre obus, de calibre 120 mm et destiné aux chars Leclerc, est en cours de production. Le ministère de la Défense assure que l’armée française n’a jamais utilisé ces munitions, ce qui est fort probable.

Avantage unique

Les militaires peuvent-ils se passer de ces armes, comme le demandent aujourd’hui l’Italie ou l’Allemagne? «Cet obus nous donne une allonge supplémentaire, c’est-à-dire qu’il nous permet de détruire un char ennemi avant que celui-ci puisse nous tirer dessus», explique un officier de l’armée de terre. C’est l’unique avantage de cette arme, non négligeable lorsque l’on souhaite la guerre «zéro mort». Des solutions de remplacement existent (obus au tungstène, munitions «intelligentes»), alors que le combat antichar n’est plus aussi prioritaire que durant la guerre froide. Mais les militaires hurlent toujours au loup lorsque les civils se mêlent de vouloir les priver d’une arme. Cela a été le cas pendant des années avec les mines antipersonnel avant que le communauté internationale décide de les bannir, en 1997. L’armée française a finalement obtempéré en détruisant l’ensemble de son stock. Quelques mois avant, le nombre de mines était encore un «secret-défense», comme l’est aujourd’hui celui des obus à l’uranium appauvri.

Source: Libération (10/01/2001)

Qui est pauvre et méchant ? l’Uranium de l’OTAN

Le syndrome des Balkans toucherait-il la France ? Quatre militaires français ayant séjourné dans les Balkans sont actuellement hospitalisés et soignés en France pour des leucémies.

C’est ce qu’a révélé jeudi, le porte-parole du ministère de la Défense, et ces cas correspondraient à une proportion plus élevée que la normale dans cette classe d’âge. En réponse à l’inquiétude qui règne dans les milieux militaires, (plusieurs pays européens ont annoncé eux aussi des cas de leucémie et des décès suspects de soldats ayant servi dans l’ex Yougoslavie) les pays de l’OTAN se réuniront mardi afin de débattre du problème. L’Union européenne se penchera sur la question le même jour et pourrait déclencher sa propre enquête sur les effets de l’utilisation d’uranium appauvri dans les munitions anti-blindage. Par ailleurs, une équipe de scientifiques de l’ONU a découvert, sur onze sites atteints par les projectiles de l’OTAN au Kosovo, des débris à base de d’uranium appauvri et des traces de radioactivité dans huit d’entre eux. Pekka Haavisto, qui dirige l’équipe d’évaluation du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a affirmé sa surprise quant à ce constat un an et demi après la fin du conflit. En plus du risque de contamination des nappes phréatiques qui est très élevé, le PNUE reconnaît qu’il n’est pas anodin pour la santé de manipuler ces débris. Un rapport complet devrait être disponible au mois de mars.

En France et selon l’état actuel des travaux, le ministère de la Défense souligne que l’uranium appauvri est un métal lourd qui à l’instar du plomb peut avoir des effets néfastes sur le système rénal et hépatique. Les écologistes, eux, estiment que ces munitions à uranium dégageraient, après l’impact, des poussières radioactives provoquant des cancers. Bien entendu, les autorités américaines (qui ont fait tirer en 1999 sur le Kosovo 31 000 munitions à l’uranium appauvri) ne croient pas une seconde à ces allégations et n’imaginent pas qu’il puisse y avoir une causalité entre le maniement de ces armes et les maladies dont souffrent certains militaires…

Source: @Medica (09/01/2001)

Des obus à usages multiples dans la panoplie américaine

Parce qu’il est un matériau qui contribue autant à protéger des véhicules blindés qu’à les perforer, l’uranium appauvri (UA) constitue, de longue date, la base de munitions largement utilisées par les armées américaines. Ainsi, l’armée de terre en a équipé son char Abrams sous la forme d’un obus de 120 mm, baptisé M. 829, en ayant cependant pris soin d’insérer des plaques d’UA entre deux plaques de blindage classique en acier, pour en garantir l’invulnérabilité. Elle a monté des munitions UA de 25 mm dans le canon Bushmaster de ses véhicules blindés d’infanterie Bradley. L’avion Harrier AV8 à décollage et atterrissage verticaux dispose d’obus UA de 25 mm. La marine des Etats-Unis utilise des obus UA de 20 mm pour son système Phalanx de lutte antiaérienne et antimissiles à très courte portée. Enfin, l’armée de l’air aligne des avions d’attaque au sol A. 10 Thunderbolt ou Warthog, spécialisés dans le combat antichars, dont le canon principal à sept bouches tire des obus UA de 30 mm à la cadence impressionnante de 3 000 coups/minute.

Au Kosovo, c’est l’avion A. 10 qui a été le plus souvent utilisé. Cet appareil, entré en service en 1976, est déjà intervenu, avec les mêmes munitions, en 1991, contre les troupes irakiennes au Koweït. Pour l’époque, les 174 A. 10 engagés sont crédités de la destruction de 1 200 chars irakiens et d’un millier de pièces d’artillerie. Dans les Balkans, l’avion a aussi été utilisé en Bosnie, où les Américains ont avoué avoir tiré quelque 10 500 obus au total, en 1994-1995. Au Kosovo, ils estiment en avoir tiré environ 31 000 en trois mois en 1999.

« Cibles d’opportunités »

L’OTAN n’a pas rendu publics les résultats des raids. Mais on sait que des munitions UA ont été utilisées, pendant l’opération « Force alliée », contre cent douze sites au Kosovo et dix en Serbie. Dans son rapport de cent soixante-dix pages au Congrès, en janvier 2000, sur ses activités au Kosovo, le Pentagone ne fait pas spécifiquement mention des UA, même s’il relate les missions attribuées à la flotte des A. 10.

La difficulté de l’évaluation tient au fait que ces avions d’attaque au sol ont participé aux actions sur « cibles d’opportunité », c’est-à-dire des bombardements de cibles mobiles et ponctuelles – des convois blindés ou des chars à l’affût – qui ont été laissés à l’appréciation des pilotes en fonction des circonstances du moment. Les A. 10 ne sont pas les seuls avions dont l’action est difficile à apprécier : à une échelle stratégique, l’emploi des bombardiers « furtifs » B. 2, équipés de missiles air-sol JDAM et venus directement des Etats-Unis au cours d’une navigation sans escales mais avec ravitaillement en vol, a relevé du seul commandement américain.

Au sein de l’OTAN, les alliés de Washington ont été mis devant le fait accompli pour nombre de ces missions. Certains d’entre eux, à commencer par les Français et les Britanniques, s’en sont plaints, arguant que ces raids n’avaient pas été collectivement planifiés dans des instances de concertation. Ce qui induit, plus particulièrement à l’encontre des armes UA, une crainte d’autant plus vive que les mesures de protection, telles qu’elles ont pu être élaborées suite à des tests, ne sont ni suffisamment efficaces ni exhaustives pour des populations qui viendraient à être exposées près d’un feu de munitions, d’un matériel touché ou de ses débris, ou encore en cas de perforation d’un véhicule.

A sa décharge, l’avion A. 10, principal « vecteur » des UA, ne peut pas opérer à distance de sécurité, face à des défenses antiaériennes, à cause de sa lenteur. Il est vulnérable aux armes ennemies de tout calibre et il est mal protégé des agents NBC (nucléaires, chimiques et biologiques). Ce qui incite le Pentagone à envisager – c’est le projet Robohog, éventuellement lancé en 2002 – de le transformer tout ou partie en drones (avions de reconnaissance).

Source: Le Monde (09/01/2001)

Le  » syndrome des Balkans  » inquiète les capitales européennes

Plusieurs militaires européens, dont quatre français, sont victimes de cancers après avoir servi en Bosnie et au Kosovo. L’OTAN est sommée de s’expliquer sur l’utilisation de l’uranium appauvri.

Quatre soldats français soignés pour une leucémie après leur retour des Balkans, six décès attribués en Italie à un mystérieux  » syndrome des Balkans  » qui affecterait une trentaine de soldats italiens (dont la moitié de cancers) ayant participé à des missions de paix dans l’ex-Yougoslavie, cinq cas de cancers signalés en Belgique, d’autres cas similaires aux Pays-Bas et au Portugal, un officier grec atteint de leucémie, des milliers de Finlandais, Espagnols, Suisses, Allemands, Portugais, Turcs, Belges, Grecs, Tchèques et Bulgares en opération en Bosnie et au Kosovo bientôt soumis à des contrôles médicaux… De Rome à Bruxelles en passant par Porto, Madrid, Paris, Stockholm et Helsinki,  » le syndrome des Balkans  » est pris très au sérieux dans presque toutes les capitales européennes, faisant souffler un début de vent de panique.

 » Le syndrome des Balkans  » est le nom donné à un ensemble de pathologies (surtout des cancers) à l’origine inexpliquée touchant des militaires européens en mission dans cette région depuis 1992. Son nom fait référence au  » syndrome de la guerre du Golfe  » qui frappe quelque 100 000 anciens soldats américains et britanniques et pour l’instant des dizaines de français. Les autorités militaires des pays concernés ont toujours refusé d’établir un lien de cause à effet entre ces maladies et la présence des soldats dans le Golfe. Idem aujourd’hui avec l’ex-Yougoslavie. Mais plusieurs associations, notamment des écologistes, accusent l’uranium appauvri de provoquer principalement des décès, des malformations et des problèmes de stérilité. Moins radioactif à l’état naturel que l’uranium, ce métal extrêmement dense sert à percer les blindages les plus épais. Le danger proviendrait non de la radioactivité mais des poussières particulièrement toxiques que les munitions à l’uranium appauvri dégagent à l’impact.

Lors de la campagne de l’OTAN au Kosovo au printemps 1999, l’Alliance a reconnu avoir tiré plus de 30 000 obus à uranium appauvri. Dix mille de ces munitions ont aussi été tirées pendant la guerre de Bosnie en 1994-1995. Selon un haut responsable de l’armée yougoslave, les bombes de l’OTAN ont causé la contamination de cinq zones en dehors du Kosovo. Jusqu’à présent l’OTAN rejette tout lien entre l’utilisation de l’uranium appauvri et les maladies dont souffrent les soldats. Mais plusieurs pays de l’Union européenne souhaitant l’ouverture d’une enquête officielle. La Commission européenne  » a besoin de connaître la vérité  » a déclaré son président Romano Prodi :  » S’il existe le plus petit risque, alors ces armes devraient être immédiatement supprimées. « 

L’OTAN a été sommée de s’expliquer par plusieurs pays européens sur l’utilisation de l’uranium appauvri par les forces américaines. Le ministre français de la Défense Alain Richard a appelé les Américains à donner des explications et  » à être ouvert sur le sujet « . Il a cependant assuré que  » tout, pour l’instant, confirme que ces munitions peuvent être utilisées « . · la demande de l’Italie, les pays de l’OTAN doivent discuter mardi prochain de manière informelle de cette polémique avant la réunion hebdomadaire du conseil permanent de l’OTAN.

Le Pentagone américain a d’ores et déjà refusé le moratoire sur l’utilisation de l’uranium appauvri utilisé proposé par l’Italie.  » Nous ne voyons pas de raisons de santé d’envisager un moratoire maintenant. (…) Nous n’avons pas trouvé d’effets sanitaires particuliers sur des militaires américains « , a annoncé Kenneth Bacon, le porte-parole du Pentagone. Le Pentagone a également déclaré qu’aucune trace d’uranium appauvri (UA) n’a pu être décelée au Kosovo, un an après les tirs de munitions contenant ce métal contre des objectifs serbes.

Comme l’annonçait l’Humanité dès les premiers jours de la guerre du Kosovo, l’utilisation de l’uranium appauvri n’était pas sans risques pour la santé des soldats et des populations. Isolé lors sa mise en garde, l’inquiétude de l’Humanité est désormais partagée par plusieurs gouvernements européens. Le ministre suédois de la Défense, Björn von Sydow, dont le pays exerce la présidence de l’UE, s’est déclaré favorable à la proposition de son homologue belge, André Flahaut, d’analyser  » le syndrome des Balkans  » au niveau européen. L’UE a décidé de lancer une enquête informelle en attendant éventuellement de mettre sur pied une enquête officielle. La question du  » syndrome des Balkans  » sera inscrite à l’ordre du jour de la réunion du Comité de la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE (PESC), le 9 janvier prochain.

Source: L’Humanité (06/01/2001)

 » La double toxicité de l’uranium appauvri « 

Abraham Behar, spécialiste de médecine nucléaire et maître de conférence en biophysique à Paris VI, est président de l’association des Médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1985. Entretien.

Quelle est la toxicité de l’uranium appauvri ?

Abraham Behar. L’uranium appauvri a une double toxicité. D’une part, et bien qu’il soit le moins radioactif des uraniums, il a une toxicité radioactive du fait qu’il émet des rayons gamma et alpha. D’autre part, il a une toxicité chimique comme tout métal lourd. En tant que métal très dense, il est utilisé pour renforcer la capacité des obus à percer le blindage des chars. · froid, ces armes ne présentent aucun danger. Mais au moment de l’impact, elles prennent feu et libèrent des fumées et des particules en suspension. Il y a alors un double risque d’inhalation pour les personnes à proximité : la toxicité des fumées entraîne des lésions des reins et du foie, et les particules radioactives respirées se fixent dans le poumon et les os. Il y a alors la probabilité de lésions radio-induites telles que lymphomes, cancers du poumon, voire leucémies. Les effets d’une intoxication chimique sont quasi immédiats. Ceux de la radiotoxicité sont toujours différés, entre 4 et 25 ans.

A quelle distance ces armes sont-elles toxiques ?

Abraham Behar. Pour qu’il y ait un lien de cause à effet du point de vue de la radiotoxicité, il faut que ces soldats aient respiré ces fumées, donc aient été à quelques mètres de chars en feu. Tout le problème est de savoir si les soldats qui ont servi en Bosnie et au Kosovo étaient sur le terrain lors de l’utilisation de ces armes par l’OTAN. C’est très différent de ce qui s’est passé pendant la guerre du Golfe : dans le désert, en raison des hautes pressions, les fumées se sont répandues à plusieurs kilomètres. · ma connaissance, ce n’est pas le cas en Bosnie. La seule enquête à mener est donc de déterminer si les soldats ont respiré des fumées. Ensuite la réponse est simple : si oui, il est effectivement possible que les cas de leucémie et de cancer soient liés à cette exposition ; si non, cela n’a rien à voir.

Possible mais pas prouvé ?

Abraham Behar. C’est un point important. Si c’était un travailleur civil, il pourrait évoquer la  » présomption d’origine « . Un travailleur dans l’imprimerie, par exemple, n’aura pas besoin de prouver qu’il a avalé du plomb pour établir un lien avec une contamination. Savoir qu’il a été imprimeur suffit. Pour les militaires, c’est différent : il faut apporter la preuve absolue et exclusive d’une contamination. Or, par définition, les lésions radio-induites ne sont pas exclusives : ce ne sont que des probabilités. Il est donc très difficile de prouver qu’un soldat a un cancer parce qu’il a été exposé à la radioactivité de l’uranium appauvri. L’armée est donc doublement gagnante dans cette affaire. D’une part, si effectivement les soldats ne présentent pas de lésions rénales ou hépatiques – et cela s’est vu pour des soldats américains dans le Golfe qui par ailleurs avaient de l’uranium dans leurs urines -, l’armée peut décliner toute responsabilité. D’autre part, même si une enquête démontre que des soldats ont été exposés à des fumées, cela ne suffira pas à démontrer un lien de cause à effet avec un cancer.

Médicalement, quels examens peuvent établir un lien entre l’exposition et le cancer ?

Abraham Behar. Il existe un moyen objectif, et que l’on maîtrise parfaitement aujourd’hui, qui est de mesurer la quantité d’uranium émise par les urines. Il a été démontré que même si l’uranium pénètre par la voie pulmonaire, il se retrouve dans les urines. Et s’il s’y trouve, c’est qu’il passe par le rein qui est un organe très sensible. Alors la deuxième possibilité d’examen, est, en cas d’une insuffisance rénale grave, de pratiquer une biopsie pour rechercher des particules d’uranium. Mais pour l’instant, nous ne connaissons pas de cas clinique. La seule solution est donc l’analyse d’urine.

Pour les soldats exposés en 1994-1995, ces analyses peuvent-elles encore être pertinentes ?

Abraham Behar. Des études ont démontré que l’uranium reste plusieurs années dans les urines après l’intoxication. Ainsi le professeur Asaph Durakovic a montré que sur des anciens combattants de la guerre du Golfe qui avaient inhalé des fumées, des quantités d’uranium supérieures à la norme restent présentes au moins pendant cinq ans. Ces examens sont donc effectivement pertinents.

Source: L’Humanité (06/01/2001)

Des témoignages qui brisent le silence

Aux Etats-Unis, qui nient l’existence d’un  » syndrome de la guerre du Golfe « , différentes associations de vétérans ou institutions ont demandé aux soldats qui le désiraient de témoigner devant une commission du Congrès, afin de pouvoir établir un éventuel lien entre leur présence sur le terrain et les symptômes qu’ils ont développés par la suite. Voici quelques-uns de ces témoignages publiés dans le livre de Christine Abdelkrim-Delanne, la Sale Guerre propre (Le Cherche-Midi Editeur).

Carol H. Picou, sergent de première classe dans le 41e hôpital de campagne

 » Quand j’étais en Irak, j’ai commencé à remarquer des taches noires sur ma peau. Je sentais un changement en moi. Je ne pouvais plus contrôler mes intestins ni mon sphincter. Ils m’ont dit que c’était mécanique et que je devrais faire des examens en rentrant chez moi (…) · mon retour, j’ai effectivement commencé à poser des questions et j’ai eu peur pour ma carrière militaire. La suite a montré que j’avais raison. J’ai commencé à parler publiquement. Un  » vétéran atomique  » (c’est ainsi que l’on appelle les 250 000 soldats, chiffres officiels américains, irradiés durant les expériences nucléaires américaines entre 1942 et 1963), m’a dit que j’étais empoisonnée par l’uranium appauvri. J’ai commencé à chercher ce que c’était et comment je pouvais vérifier que j’étais contaminée. Ils m’ont dit que c’était impossible car je n’avais pas été blessée par des  » tirs amis « . Mais puisqu’on peut ingérer ou inhaler des particules, les respirer, j’ai insisté. Nous avons eu des tempêtes de vent chaque jour en Irak, partout.

En 1992, j’ai consulté un médecin civil. Son diagnostic : encéphalopathie due à l’exposition à une substance toxique, anomalies du système immunitaire, etc. L’armée n’a retenu pour mon invalidité que  » l’incontinence urinaire et intestinale d’origine inconnue « . Les médecins civils m’ont recommandé de faire des analyses d’urine spéciales mais m’ont avertie que cela coûtait très cher. En même temps qu’on m’a licenciée de l’armée, on m’a évidemment supprimé mon assurance maladie militaire. De plus, il fallait envoyer les échantillons à un laboratoire hors des Etats-Unis. J’ai contacté mon élu au Congrès et finalement j’ai été contrôlée en février 1994. Les résultats ont révélé la présence d’uranium. Mon médecin a minimisé l’affaire. Je suis allée à Washington et je me suis publiquement exprimée (…)

Aujourd’hui, j’ai un grave problème de mémoire, j’ai une encéphalopathie d’origine toxique, j’ai une détérioration de la thyroïde, une dégradation musculaire, je souffre d’incontinence de la vessie et des intestins et je ne peux pratiquement plus me servir de mes mains et de mes pieds. Le bébé de l’un des membres de notre unité est né sans oreilles, sans yeux et le coeur à droite. « 

Charles-Sheehan Miles, 24e division d’infanterie mécanisée, 2 mars 1998.

 » Plus tard dans l’après-midi, alors que nous étions entourés par des véhicules détruits en train de brûler, un des tanks de la compagnie a été détruit. Des explosifs et des munitions à l’uranium appauvri contenus dans le char ont été projetés sur une zone d’environ quatre cents mètres autour. Nous avons été enveloppés d’un épais nuage de fumée et de poussière qui montaient des véhicules. Plus tard, nous avons tiré deux obus d’uranium appauvri dans la tourelle afin de pouvoir nous en approcher en toute sécurité. Aucun de nous ne connaissait le danger de contamination ou d’exposition à l’uranium appauvri. Nous n’avons pas été décontaminés. Nous n’avons pas été contrôlés. Nous n’avons subi aucun examen médical approprié. L’incident n’a pas été noté dans notre rapport de service ou dans le rapport médical de service. Six semaines plus tard, c’était comme si rien ne s’était passé. Aujourd’hui, je n’ai aucune idée de ce qui est arrivé à la majorité des collègues impliqués dans l’incident. Je ne sais pas où sont les autres membres de l’équipage ni quel est leur état de santé. Nous ne connaîtrons sans doute jamais la réponse à ces questions car les documents qui existaient ont probablement été détruits entre-temps. « 

Un soldat de la 2e division blindée.

 » Nous avions 52 chars en ligne. Nous avons tiré sur les chars irakiens, les abris, les camions, tout ce qui était sur notre chemin. Une fois l’opération terminée, nous sommes revenus sur la zone de combat et nous sommes montés sur les véhicules qui étaient détruits. Nous voulions voir les dégâts que nos chars avaient faits et nous cherchions des souvenirs. Je savais que nous avions tiré des munitions d’uranium appauvri, mais on ne nous avait jamais dit de rester loin des véhicules touchés. On a fumé, mangé sans se laver les mains. Après la guerre, nous avons vu des tas de types d’autres unités grimper aussi sur ces véhicules. « 

R. R. (témoignage recueilli par l’association française Avigolfe)

 » Je signale que deux jours après notre retour en France, un cross régimentaire a été organisé. Lors de l’exercice, neuf personnes ont été prises d’un violent malaise (étouffement avec leurs langues), quatre ont été évacuées à l’hôpital. Malheureusement le brigadier-chef G. est décédé sur place d’étouffement. Quelques heures plus tard, les autorités militaires nous déclaraient qu’il était mort d’arrêt cardiaque, suite à une malformation du cour. Ce militaire avait six ans de service, il était l’un des meilleurs sportifs du régiment. Quand on sait l’entraînement des troupes d’élite à ce niveau, on est en droit de se poser des questions sur ce qui s’est réellement passé pendant la guerre du Golfe et les différents produits utilisés par les militaires français. « 

Source: L’Humanité (06/01/2001)

Le « syndrome des Balkans » inquiète l’Europe

Quatre anciens casques bleus français seraient touchés par une leucémie déclenchée au contact de l’uranium appauvri. Le département de la Défense américain affirme de son côté n’avoir trouvé aucun lien entre la maladie et l’uranium.

Le département de la Défense américaine a démenti jeudi l’existence d’un risque pour la santé des casques bleus ayant servi dans la région des Balkans où de l’uranium appauvri a été utilisé.

« Nous n’avons trouvé aucun lien entre la maladie et l’exposition à l’uranium appauvri », a indiqué jeudi Kenneth Bacon, le porte-parole en chef du secrétaire de la Défense américaine William Cohen. « Nous sommes quasiment certains de ce que nous avançons, à savoir que nous n’avons trouvé aucun lien direct », a-t-il ajouté.

Le Pentagone mène l’enquête depuis 1991, date de la fin de la Guerre du Golfe au cours de laquelle les forces américaines ont utilisé pour la première fois de l’uranium appauvri dans leurs munitions.

L’an dernier, les Nations unies ont dépêché une équipe d’experts au Kosovo où, selon Kenneth Bacon, des échantillons de terre et d’eau ont été prélevés et dont les résultats d’analyse sont attendus au printemps, a précisé le porte-parole. Il s’agit notamment de savoir s’il existe un lien entre l’apparition de ces leucémies et l’utilisation par les forces américaines de munitions comportant de l’uranium appauvri lors de la campagne aérienne de l’OTAN dans les Balkans en 1999, et en Bosnie en 1994-1995.

Toute l’Europe s’inquiète

Quatre soldats français ayant servi dans l’ex-Yougoslavie sont actuellement traités pour leucémie dans des hôpitaux militaires en France, a annoncé jeudi le ministère de la Défense, au lendemain de la demande d’explication faite par l’Italie à l’OTAN. Les quatre hommes, dont certains ont servi à la fois en Bosnie et au Kosovo, se trouvent dans un état de santé globalement satisfaisant.

Sept soldats italiens qui avaient servi dans les Balkans sont morts de leucémie, ainsi qu’un membre de la Croix Rouge italienne, et une trentaine de militaires souffrent de maladies diverses, dont des cancers. Des pays comme le Portugal, la Belgique, la Finlande, la Turquie, la Bulgarie, la République tchèque ou la Grèce, qui enquête sur un cas de leucémie d’un sous-officier, ont également fait part de leur inquiétude. La Suisse a également demandé officiellement des informations complémentaires à l’OTAN.

En Grande-Bretagne, un ancien ingénieur de l’armée britannique a déclaré vendredi souffrir du syndrome. C’est le premier cas rendu public outre-Manche. Kevin Rudland, 41 ans, a servi six mois en Bosnie. De retour en avril 1996, il a alors quitté l’armée pour fonder sa propre entreprise. Quelques mois plus tard, il commençait à perdre ses cheveux et souffrait de stress post-traumatique et d’ostéoarthriste. « Il se peut que je sois le premier cas dans ce pays, mais je crois qu’il y en a d’autres qui ne se sont pas fait connaître ou qui ignore leur état », a-t-il déclaré à l’agence Press Association. Le ministère de la Défense a assuré que Londres ne disposait d’aucun élément permettant de lier cette maladie à l’uranium appauvri.

Enfin, la Pologne a dépêché un groupe d’experts sur les lieux de stationnement de ses 2.500 soldats qui ont effectué des missions au Kosovo.

Le comité international de la Croix rouge (CICR) a de son côté indiqué ce vendredi qu’aucun de ses 32 délégués ayant travaillé au Kosovo depuis juin 2000 n’avait été contaminé par une quelconque radioactivité. Par la voix de son ministre de la Défense Federico Trillo, l’Espagne a écarté toute contamination aux Balkans de soldats par de l’uranium appauvri, malgré la mort par « leucémie ambiguë », selon les termes du ministre, d’un des leurs 3 mois après son retour de mission en ex-Yougoslavie.

Pour le moment, il n’est pas question à Bruxelles d’une enquête officielle, mais d’une étude informelle. Le sujet sera tout de même évoqué lors d’une réunion des responsables de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) prévue par la présidence suédoise de l’Union européenne le 9 janvier. Le même jour se tiendra au siège de l’OTAN une réunion informelle consacrée exclusivement au syndrome.

La CRIIRAD demande une enquête parlementaire

La Commission de recherche et d’informations indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD) appelle ce vendredi dans un communiqué à un débat national et la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’adoption par l’armée française des armes à l’uranium appauvri.

Le laboratoire privé précise que l’ »uranium appauvri est une substance cancérigène. La leucémie fait partie des risques associés à l’inhalation des micro particules émises lors des bombardements ». « Pour en finir avec quelques contrevérités », l’association souligne que l » »uranium appauvri est une substance dont la radioactivité est très supérieure à ce que l’on trouve dans la nature » et qu’il n’ »est pas un produit naturel, mais un sous-produit de l’industrie nucléaire ».

Richard demande des examens

En France, le ministre de la Défense Alain Richard a demandé que des examens soient entrepris pour recenser les affectations des quatre soldats français souffrant de leucémie, les conditions de leur séjour et les risques auxquels ils ont été exposés. Il a en outre demandé que « dans le cadre du débat qui va avoir lieu au Conseil atlantique mardi prochain, l’ensemble des partenaires de l’Alliance puissent échanger toutes leurs informations afin que chacun puisse bénéficier de l’expertise des autres. »

L’Italie demande des comptes à l’OTAN

Mercredi, l’Italie a demandé à l’Alliance atlantique des précisions sur l’utilisation de l’uranium appauvri. « La question a pris un tour grave et l’inquiétude provoquée est plus que légitime », a souligné le président du Conseil italien Giulano Amato, en invitant l’OTAN à « prendre ses responsabilités ». Le président de la Commission européenne Romano Prodi, s’est d’ores et déjà prononcé pour l’abolition des armes. Le secrétaire général de l’OTAN Lord Robertson a assuré à l’ambassadeur italien auprès de l’Alliance atlantique qu’elle fournirait prochainement toutes les informations sur l’utilisation de munitions à uranium appauvri par les forces américaines en Bosnie en 1994 et 1995.

Lors des bombardements du printemps 1999, l’Alliance a reconnu avoir tiré plus de 30.000 obus à uranium appauvri. Mais « d’après ce que nous savons, à partir de travaux menés de façon indépendante, aucune étude ne peut prouver qu’il existe un lien direct entre certains types de maladie et un contact avec l’uranium appauvri », a commenté à Bruxelles une porte-parole de l’OTAN, Simone de Manso.

Le principal risque, s’il existe, n’est pas d’ordre radioactif mais tient au fait qu’il s’agit d’un métal lourd, a de son côté expliqué le porte-parole du ministère français de la Défense Jean-François Bureau, citant les travaux menés par un groupe de travail du ministère de la Défense, mis en place depuis 1999. Comme le plomb, l’uranium appauvri peut se fixer dans les reins et le foie, avec des effets néfastes pour la santé. Des poussières de ce métal peuvent notamment se dégager après l’impact de la munition utilisée.

L’uranium appauvri, c’est quoi ?

Selon les experts, l’uranium appauvri (UA) présente des risques en raison de sa toxicité chimique, plus que pour sa radioactivité.

Métal lourd, entrant dans la composition du revêtement de munitions utilisées pendant le conflit en ex-Yougoslavie, il pourrait, selon certaines hythèses qui restent néanmoins à confirmer scientifiquement, être à l’origine du « syndrome des Balkans », qui serait à l’origine de la mort de militaires de plusieurs pays.

L’uranium appauvri est un résidu du processus d’enrichissement du minerai d’uranium utilisé dans des armes et dans les réacteurs des centrales nucléaires. Son avantage, qui réside dans sa densité, supérieure encore à celle du tungstène, considéré comme l’un des matériaux les plus denses, augmente la capacité de pénétration des obus qui deviennent particulièrement efficaces, notamment contre les blindés.

Ce type de munitions a été utilisé pour la première fois par les Américains pendant la guerre du Golfe (en janvier-février 1991), puis en Bosnie en 1994-1995, et enfin en Yougoslavie en 1999. Neuf pays utilisent ce type de munitions, parmi lesquels la France, avec l’obus 120 mm à flèche à uranium appauvri du char AMX 30.

L’uranium appauvri est 40% moins radioactif que l’uranium naturel (avant tout traitement) et 115 fois moins radioactif que l’uranium enrichi. Il est d’ailleurs si peu radioactif qu’on l’utilise en médecine pour fabriquer des boucliers anti-radiations.

Néanmoins, et à l’instar d’autres métaux lourds comme le plomb par exemple, l’uranium appauvri est chimiquement toxique.

Les obus à l’UA ont en effet la particularité de se vaporiser en partie lorsqu’ils atteignent leur cible. Et les poussières qui en résultent s’enflamment spontanément, créant un aérosol d’uranium qui peut se déplacer sur des centaines de mètres. L’inhalation des particules peut déposer celles-ci durablement dans les poumons.

Une partie des particules est soluble et est pratiquement éliminée du sang en trois jours via l’urine. En revanche, le reste est susceptible de se disséminer sous forme d’oxydes et se fixe principalement dans les os. Les particules en circulation s’attaquent surtout aux reins.

Les réactions

Voici les premières réactions à la polémique du syndrome des Balkans après que plusieurs pays européens, l’Italie en tête, aient demandé à l’OTAN de s’expliquer sur l’usage de munitions à uranium appauvri en ex-Yougoslavie

Alain Richard, ministre de la Défense: « Nous avons fait, depuis un moment déjà, un examen de la situation des militaires atteints de leucémie pour essayer d’évaluer s’il y avait une relation avec la proximité avec les des matériels qui auraient été bombardés par des obus à l’uranium appauvri. Pour l’instant, les résultats sont négatifs mais nous poursuivons les études sur ce point et nous allons participer au débat au sein de l’Alliance ». « Il faut traiter ça avec objectivité et transparence ».

George Robertson, secrétaire général de l’OTAN, « comprend complètement l’inquiétude profonde de Italie sur l’utilisation par l’OTAN de munitions en uranium appauvri dans les Balkans. (…) J’ai par conséquent demandé aux autorités militaires de l’OTAN de faire un compte-rendu aussi détaillé que possible sur les sites attaqués avec ces munitions ». Et de souligner: « Il n’ y a pas de preuves permettant d’établir une corrélation entre l’exposition à l’uranium appauvri en Bosnie ou ailleurs et des problèmes de santé liés à des radiation ».

La CRIIRAD (Commission de recherche et d’informations indépendante sur la radioactivité) appelle ce vendredi à un débat national et à la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’adoption par l’armée française des armes à l’uranium appauvri. Et de préciser que l’ »uranium appauvri est une substance cancérigène ».

Guido Venturoni, amiral et président du Comité militaire de l’OTAN, a assuré dans une interview publiée vendredi par le quotidien italien La Repubblica « vous pouvez être certain d’une chose: l’OTAN répondra à la demande de vérité de l’Italie sur l’uranium appauvri ». Et de rappeler qu’ »en 1995, l’uranium appauvri n’était pas un problème. Pourquoi quelqu’un aurait-il été obligé de souligner de manière spéciale l’usage de ces armes? ».

Bjorn von Sydow, ministre suédois de la défense, dont le pays exerce la présidence de l’Union européenne, à estimé qu’ »une action urgente s’imposait pour analyser les problèmes de santé rencontrés par les militaires ayant servi en ex-Yougoslavie. (…) Il s’est également déclaré favorable à la proposition de son homologue belge d’analyser le « syndrome des Balkans » au niveau européen ».

Federico Trillo, ministre espagnol de la Défense, a écarté toute contamination aux Balkans de soldats espagnols par de l’uranium appauvri, malgré le décès de l’un d’eux en octobre d’une leucémie.

Romano Prodi, président de la Commission Européenne, s’est prononcé pour l’abolition de ces armes.

Guliano Amato, président du Conseil italien a invité l’OTAN a « prendre ses responsabilités ». « La question a pris un tour grave et l’inquiétude provoquée est plus que légitime ». « Que l’OTAN dise la vérité ».

Christine Abdelkrim-Delanne, co-fondatrice de l’association Avigolfe, réclame une commission d’enquête. « La guerre du Golfe a servi de modèle à celle des Balkans. Ce sont les mêmes moyens militaires et les mêmes toxicités », affirme-t-elle dans Le Figaro de ce vendredi. « Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, qui produisent ces armes et ont été des acteurs-clés dans le Golfe, veulent nier les effets de ces armements ».

Source: Nouvel Observateur (05/01/2001)

Y a t-il un syndrome des Balkans?

Le « syndrome des Balkans » envahit l’Europe. De nouveaux cas de leucémie chez des vétérans de la guerre du Kosovo relancent la polémique. L’Europe réclame des explications à l’OTAN et surtout aux Etats-Unis.

« La France à son tour, après l’Italie, le Portugal et la Belgique, est touchée par le « syndrome des Balkans », un ensemble de maladies et maux divers qui affectent des soldats ayant servi en ex-Yougoslavie. Elle aussi attend des informations et des explications de l’OTAN, plus particulièrement des Etats-Unis ». En effet, quatre militaires français, ayant séjourné dans les Balkans, sont actuellement hospitalisés pour des leucémies. A la demande d’Alain Richard, Ministre de la Défense, une enquête est en cours pour connaître les conditions de leur séjour et les risques auxquels ils ont été exposés. L’uranium appauvri , utilisé par les Américains pendant la guerre du Golfe, en Bosnie et au Kosovo, pourrait être à l’origine des ces affections. « Ce n’est pas l’hypothèse de l’uranium appauvri qui est la plus probable, a déclaré sur TF1 Jean-François Bureau, porte-parole du Ministère de la Défense mais nous ne voulons pas l’écarter par principe. Nous allons travailler avec nos partenaires, au sein de l’alliance, pour savoir s’il y a eu un lien de causalité. » La France n’est évidemment pas le seul pays européen à manifester son inquiétude. C’est même l’Italie qui, suite au décès de six jeunes transalpins, anciens « soldats de la paix » en Bosnie, a relancé la polémique. « Que l’OTAN dise la vérité ! » a exigé Giuliano Amato, le président du conseil italien. »La question a pris un tour grave et l’inquiétude provoquée est plus que légitime », a t-il souligné, en invitant l’ OTAN à « prendre ses responsabilités ». D’autres pays sont montés au créneau comme la Belgique qui réclame une réunion des ministres de la Défense de l’Union Européenne pour discuter des maladies liées au « syndrome des Balkans » ou encore le Portugal, dont le gouvernement a décidé de faire subir des tests médicaux à ses 900 ressortissants qui ont été en poste au Kosovo. La Finlande, la Turquie, la Bulgarie, l’Espagne, la Pologne, la Grande-Bretagne et la Grèce sont également dans la tourmente. Seule la Suisse « estime que les risques de contamination encourus par ses soldats engagés au Kosovo sont négligeables ».

Les Américains en ligne de mire

Les Etats-Unis sont montrés du doigt car les munitions incriminées, celles comportant de l’uranium appauvri, étaient uniquement utilisées par les forces américaines durant les conflits en Bosnie et au Kosovo. La France en dispose, mais «n’a pas eu à les utiliser», a confirmé Alain Richard. « Les Américains, eux, en équipent leurs fameux avions tueurs de chars A 10. Durant les événements de Bosnie, en 1994 et en 1995, ils auraient tiré 10 000 munitions de ce type et trois fois plus au Kosovo, en 1999, avec 31 500 obus, soit une dizaine de tonnes de métal » . Certains spécialistes affirment que « ces munitions, à l’impact et en se désintégrant, dégageraient des poussières particulièrement toxiques, pouvant provoquer des cancers ». Ce que dément catégoriquement Kenneth Bacon, porte-parole du Pentagone. « Nous n’avons trouvé aucun lien entre la maladie et l’exposition à l’uranium appauvri », faisant référence à des études américaines. Même constat du côté canadien: « Les preuves scientifiques ne confirment pas que l’uranium appauvri soit un élément favorisant l’apparition de maladies spécifiques, en tout cas pas le cancer », a déclaré Greg Hogan, porte-parole des services de santé des forces armées canadiennes. (Lire dépêche Yahoo). Les Etats-Unis ont tout de même accepté de coopérer avec l’Otan dans son enquête sur le « syndrome des Balkans », mais n’ont pas l’intention de cesser d’utiliser les armes incriminées. Les pays européens ne comptent pas en rester là. Mardi prochain, à Bruxelles, la question de ces munitions sera au centre d’une réunion, sans doute houleuse.

D’autres produits à forte toxicité, comme le benzène, pourraient aussi être en cause. « Le mystère demeure donc autour de ces cas, conclut le journaliste Aurélien Graton de TF1. Une chose est sûre néanmoins: il est peu probable que les différentes affections dont souffrent ces militaires relèvent d’une simple coïncidence. » Après le syndrome de la guerre du Golfe, qui a touché plus de 100 000 soldats, une nouvelle affaire est donc en passe d’ébranler les autorités de l’armée et de provoquer les réactions les plus vives dans l’opinion publique.

Source: L’Internaute (05/01/2001)

Balkans : les morts d’après la guerre

Six jeunes Italiens, anciens « soldats de la paix » en Bosnie, sont morts récemment de cancer. « Que l’OTAN dise la vérité ! » exige le président du conseil. L’usage de munitions contenant de l’uranium appauvri est mis en cause. Cette affaire rappelle le « syndrome du Golfe »

En demandant à l’OTAN de lui fournir des explications sur l’utilisation de munitions contenant de l’uranium appauvri au cours de la guerre de Bosnie, le président du conseil italien, Giuliano Amato, a donné un coup de projecteur sur une polémique qui, pour être ancienne, a pris une soudaine ampleur ces dernières semaines dans plusieurs pays de l’Alliance atlantique. La mort d’un sixième soldat italien ayant participé aux opérations en Bosnie, en 1994-1995, dont le décès pourrait être attribué au « syndrome des Balkans » est à l’origine d’une telle démarche. Elle recoupe des inquiétudes similaires exprimées tout particulièrement en Belgique, mais aussi en Espagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Portugal et en Grèce.

Cette polémique doit être reliée à celle du « syndrome de la guerre du Golfe », qui a pris une forte ampleur aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada depuis 1994. S’agissant cependant de l’origine des décès et maladies inexpliqués de combattants ayant servi pendant le conflit avec l’Irak, l’exposition à des munitions contenant de l’uranium appauvri n’était que l’une des explications avancées : tour à tour, les gaz neurotoxiques, la pollution chimique, l’utilisation de médicaments expérimentaux comme la pyridostigmine, le « stress du champ de bataille », voire une anomalie chromosomique, ont été avancés pour tenter de fournir une explication aux quelque 100 000 cas qui, dans ces trois pays anglo-saxons, relèveraient du « syndrome de la guerre du Golfe ».

S’agissant de son « avatar » balkanique, les choses semblent plus simples mais aussi à un stade embryonnaire. Pour le moment, le président du conseil italien se borne à demander à l’OTAN des informations sur l’utilisation « géographique », en Bosnie, des munitions contenant de l’uranium appauvri. M. Amato va sans aucun doute obtenir satisfaction, comme l’a confirmé au Monde, mercredi 3 janvier, un porte-parole de l’Alliance atlantique. Cette demande de Rome a été officiellement adressée, à la fin de l’année dernière, par la représentation italienne auprès de l’OTAN et l’Italie est le seul pays à avoir agi ainsi, en dépit des inquiétudes exprimées, de façon informelle, par plusieurs autres pays membres de l’Alliance.

Au siège de l’OTAN, on rappelle que si les obus et projectiles contenant de l’uranium appauvri sont « les seuls capables de perforer les véhicules blindés », il s’agit de « munitions internationalement utilisées et légales », et il n’a donc pas été question d’ouvrir une enquête à ce sujet au sein de l’OTAN. Se fondant sur des rapports d’organisations scientifiques, un porte-parole de l’Alliance assure que l’uranium appauvri « est même moins radioactif que l’uranium naturel. Il n’y a aucune preuve scientifique, ajoute-t-il, que l’exposition à l’uranium appauvri puisse causer des problèmes sérieux pour la santé ».

Il est vraisemblable que la demande de M. Amato fera l’objet d’une réponse similaire à celle que lord Robertson, le secrétaire général de l’OTAN, avait apportée à Kofi Annan, son homologue des Nations Unies, lorsque celui-ci, en mars dernier, avait demandé des explications s’agissant de l’utilisation de munitions contenant de l’uranium appauvri lors du conflit du Kosovo, en 1999.

L’OTAN avait alors adressé à M. Annan une carte de la région montrant dans quels secteurs ces munitions avaient été employées, tout en confirmant que quelque 31 000 projectiles de ce type avaient été tirés, soit « à chaque fois » que des avions A-10 Thunderbold (les « tueurs de chars »), étaient entrés en action. S’agissant des opérations qui se sont déroulées en Bosnie dans les années 94-95, les chiffres avancés portent sur quelque 11 000 projectiles à l’uranium appauvri. La réponse – forcément dilatoire – de l’OTAN pourrait cependant ne marquer qu’une étape d’une prise de conscience européenne qui va grandissant. Le ministre belge de la défense, André Flahaut, a écrit la semaine dernière à son homologue suédois, Björn Von Sydow, pour lui demander que la Suède, qui préside l’Union européenne depuis le 1er janvier, entreprenne une démarche communautaire à ce sujet. La Commission de Bruxelles n’avait pas encore été saisie, mercredi, de cette initiative, sur laquelle M. Flahaut nous a apporté plusieurs précisions.

La Belgique, explique-t-il, en est encore « à une phase de récolte d’informations ». A ce jour, elle a constaté que sur 12 000 soldats ayant participé à des missions en Bosnie et en Slavonie, 1 600 ont fait état de « malaises divers et de problèmes de santé ». S’agissant, d’autre part, de ceux qui se sont rendus au Kosovo, si quatre cas de décès à la suite d’un cancer ont été constatés dans un seul bataillon, les analyses d’urine pratiquées en liaison avec une éventuelle exposition à l’uranium appauvri, « avant, pendant et après la mission, se sont révélées négatives ». En septembre dernier à Paris, devant le congrès de médecine nucléaire, le professeur Asaph Durakovic, ancien expert auprès du Pentagone, avait évoqué le rôle possible d’une exposition à l’uranium 236, une variété dite « appauvrie », s’agissant du « syndrome de la guerre du Golfe ». Il se basait sur les résultats d’analyses d’urine effectuées chez seize anciens combattants, montrant une « présence significative » d’uranium appauvri neuf ans après la fin du conflit.

André Flahaut reconnaît bien volontiers qu’à ce stade « aucun lien de causalité » n’a pu être établi entre les maladies et décès suspects au sein de l’armée belge et l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri. « Je vais bientôt obtenir des informations sur la situation de l’armée belge, sur une base scientifique. Je crois donc utile de les mettre à la disposition d’autres pays. C’est une question que nous devrions examiner en commun, au niveau européen, et qui mérite de retenir l’attention d’une prochaine réunion des ministres de la défense », nous a-t-il indiqué

Source: Le Monde (04/01/2001)

Le Portugal inquiet pour la santé de ses soldats au Kosovo

Le Portugal va faire subir des tests de radioactivité à ses soldats actuellement en poste ou ayant servi au Kosovo. Cette nouvelle, rapportée par deux quotidiens de Lisbonne, n’a toutefois pour l’instant pas été commentée par le gouvernement.

C’est le dernier épisode d’un feuilleton qui traverse l’Europe, à propos de la campagne menée par l’Otan, en 1999, dans la province serbe. Les Américains auraient alors utilisé des armes contenant de l’uranium appauvri, sans prévenir leurs alliés.

Un soldat portugais de 24 ans est mort en mars dernier à Lisbonne, et son père affirme que « c’est l’uranium qui l’a tué ». « On ne connaît pas l’ampleur de la contamination, explique Fernando Carvalho, un expert de l’Institut de technologie nucléaire. C’est très difficile à dire. Si elle était limitée, alors on pourrait faire quelque chose, mais si la contamination était importante, alors on pourrait regretter de ne pas avoir effectué des tests plus tôt ».

Ces tests, toujours selon la presse portugaise, auraient été décidés pour des raisons purement politiques. A savoir l’effet sur l’opinion publique des débats déjà engagés en France, en Espagne, en Belgique et en Italie. En Italie, trois soldats sont récemment morts des suites d’une leucémie alors que huit autres souffrent de la même maladie. Mais sans que ses causes aient été encore établies.

Source: EuroNews (29/12/2000)

Rome dit avoir ignoré le recours à des armes à l’uranium appauvri en Bosnie

Le gouvernement italien a affirmé avoir ignoré que des armes à l’uranium appauvri avaient été utilisées par l’OTAN en Bosnie entre 1994 et 1995 alors qu’une enquête vient d’être ouverte dans la péninsule sur la mort suspecte de plusieurs militaires italiens ayant servi dans les Balkans, a-t-on appris vendredi de source parlementaire.

Entre 1994 et 1995, « 10.800 projectiles à l’uranium appauvri ont été tirés par des avions américains » sur la Bosnie, a affirmé le ministre italien de la Défense Sergio Mattarella devant la commission de la Défense de la Chambre des députés.

« Je dois manifester mon amertume pour la fait que les organisations internationales compétentes ne nous ont fourni que maintenant et à notre demande des informations importantes pour la sécurité de la communauté bosniaque et celle des militaires », a commenté M. Mattarella.

Source: AFP (22/12/2000)

« Syndrome de la Guerre du Golfe »: en France et aux USA

Les parlementaires français chargés de l’enquête sur le « syndrome de la guerre du Golfe » se sont vus remettre de nombreux documents du ministère de la Défense, comprenant, entre autres, les journeaux de marche des unités de la division Daguet. Le processus paraît donc bien engagé, ce qui ne semble pas être le cas aux Etats-Unis où, sur la foi de nouvelles conclusions, le DoD US a profondément modifié la carte des retombées consécutives à la déstruction du dépôt irakien de Kamisiah en mars 1991. Selon la nouvelle version, 32 000 GIs alertés après un premier rapport établi en 1997 n’ont jamais été dans des zones à risque, alors que 34 000 militaires non prévenus il y a trois ans sont suscéptibles d’avoir été exposés. Officiellement, la carte a été redessinée grâce à des outils de modélisation plus performants et suite à des recherches approfondies: la CIA a livré des informations plus précises quant à la quantité de gaz stockés, le DoD a recensé les troupes au niveau des compagnies alors que cela n’avait été fait qu’au niveau des bataillons en 1997 et, enfin, des recherches sur les gaz ont permis de mieux appréhender la nature du danger. Il n’en reste pas moins que 66 000 militaires vont, dans les prochains moins, se poser beaucoup de questions…

Source: TTU (15/12/2000)

Golfe : une guerre atomique

Quelque 300 tonnes d’uranium appauvri ont été déversées par les Américains sur l’Irak pendant la guerre du Golfe. Comment ? En utilisant des obus fabriqués à l’aide de ce métal utilisé d’ordinaire comme combustible nucléaire. Ce toxique serait l’une des causes du  » syndrome de la guerre du Golfe « . Cette maladie qui fut longtemps américaine touche désormais les Européens (Britanniques, Belges, Français(SIGMA)) et menace les populations civiles des zones de combats. Les effets redoutés concernent la radioactivité immédiate – faible – et, surtout, la dispersion des poussières radioactives contaminant les écosystèmes pour des siècles. Aujourd’hui, l’Irak et le Kosovo sont touchés.

Dans la petite salle du Palais des congrès à Paris, ce dimanche 2 septembre, le vidéo-projecteur devient fou. Les tableaux de résultats du Pr Assaf Durakovic s’affichent à une vitesse infernale. Essoufflé, le médecin, ancien colonel de l’armée américaine, interrompt son exposé. Invité de dernière minute au congrès annuel de l’Association européenne de médecine nucléaire, à Paris, il reprend son haleine. Et redémarre au pas de course. L’ultime phrase prononcée, le professeur et l’assistance, une quarantaine de personnes, sont aussitôt invités à déguerpir de la salle pour laisser place à la communication suivante qui, bien entendu, n’aura pas lieu.

Qu’a donc découvert Asaf Durakovic pour mériter un traitement aussi grossier dans une enceinte scientifique feutrée où l’on pratique généralement le respect des intervenants ?

De l’uranium 236 dans les urines

Il a détecté dans les urines d’anciens combattants américains, canadiens et britanniques de la guerre du Golfe des traces d’uranium 236. Problème, cette variété n’existe pas dans la nature. Elle est le produit de la combustion de l’uranium 235 à l’intérieur d’un réacteur atomique. Cet isotope est un déchet nucléaire.

Comment des soldats peuvent-ils en avoir dans le corps ? Question dérangeante qui donne un éclairage nouveau sur  » le syndrome de la guerre du Golfe « .

Parmi les causes évoquées (armes chimiques, pilules de pirydostigmine, vaccin expérimental), l’utilisation massive d’armes à l’uranium appauvri est la plus probable. Les autres apparaissent de plus en plus comme de simples écrans de fumée pour cacher ce qui fut, dans le Golfe comme au Kosovo, de véritables guerres  » atomiques « .

L’Otan a reconnu avoir tiré 31000 obus à l’uranium appauvri sur des cibles terrestres au Kosovo. Les conséquences sur les armées alliées commencent tout juste à apparaître. Ce sont les Belges qui ont les premiers tiré la sonnette d’alarme

En Belgique, il est vrai, les militaires ont le droit de se syndiquer, ce qui facilite la prise de conscience. Les militaires du plat pays ne sont pas intervenus au Koweït. En revanche, il sont présents depuis 1993 en ex-Yougoslavie au sein de la mission des Nations Unies, l’Unprofor. Depuis le printemps dernier, plusieurs centaines de cas de maladies bizarres se sont révélés au sein du contingent. Fatigue chronique, perte de mémoire, capacité respiratoire réduite, les symptômes rappellent fâcheusement les maux dont souffrent les anciens combattants anglo-saxons.

Et les Français ont rejoint la danse ! Une cinquantaine de militaires malades sont recensés par l’association Avigolfe, créée voici quelques mois par l’ancien caporal Hervé Desplat. Laurent Attar Bayrou, lui, ne comprend pas. Il a beau compulser le code qui régit les pensions militaires pour les soldats blessés en opération, il ne parvient pas à identifier les maladies dont se plaignent, chaque semaine, les adhérents de son association. Pourtant, la Fédération nationale des anciens des opérations extérieures (Fname), qu’il dirige, est une organisation tout ce qu’il y a de plus officielle. Elle gère notamment un fonds de retraite complémentaire pour ses membres, la plupart anciens casques bleus engagés dans les actions de l’Onu depuis 1967. Dès juillet, le défilé dans les bureaux commence à sérieusement inquiéter ces anciens combattants de la paix. En Italie également, plusieurs dizaines de soldats se plaignent des mêmes maux. Le Golfe, la Bosnie, et maintenant le Kosovo.

Le seul point commun entre ces trois terrains d’opérations des armées occidentales se résume à l’utilisation d’armes à l’uranium appauvri. Mais pour quoi faire, et n’est-ce que de l’uranium dit appauvri qui est mis en uvre ? Ces munitions d’un nouveau genre étaient tirées par l’avion A-10 et les chars américains qui firent des ravages durant la guerre du Golfe (lire p. 104). De l’uranium appauvri serait aussi présent dans la tête des missiles de croisière américains Tomahawk, qui ont frappé au cur de la Serbie pendant la campagne du Kosovo. Le missile Phalanx en utilise également. Des versions d’obus à l’uranium appauvri existent pour les canons de calibres 25 mm et 30 mm qui équipent les véhicules blindés et l’hélicoptère Apache.

L’Otan a reconnu avoir tiré 31000 obus d’avion A-10 au Kosovo, ce qui représente plus de 9,3 tonnes d’uranium appauvri. Mais ces données ne prennent pas en compte l’uranium qui équipe les perforateurs des bombes et des missiles. Cependant, l’offensive terrestre n’ayant pas eu lieu, les munitions des blindés et des pièces d’artillerie n’ont pas été tirées. La contamination est venue de l’air.

Des armes à l’uranium à l’étude dès 1943

Le document date du 13 octobre 1943, frappé du sceau du secret défense. Son destinataire n’est autre que l’un des hommes les plus puissants de l’Amérique en guerre : le général Groves, l’architecte en chef du projet Manhattan, la formidable entreprise industrielle et scientifique qui allait conduire à la mise au point de la première bombe atomique. Les auteurs du texte s’inquiètent de l’utilisation éventuelle de matières radioactives sur les champs de bataille par les Allemands. En cette même année, Albert Speer, le ministre de l’Armement du IIIe Reich, est déjà soupçonné d’avoir fait fabriquer des obus à l’uranium pour remplacer le tungstène dont l’approvisionnement par le Portugal lui est désormais interdit.

Au sein de l’usine d’Oak Ridge, dans le Tennessee, un groupe de travail se forme pour envisager les hypothèses d’utilisation. La première considère la dispersion de matières radioactives pour contaminer les sols. Le terrain aspergé interdirait durablement toute progression des troupes alliées, pour des semaines, voire des mois entiers. A cette époque, les militaires reconnaissaient ne disposer d’aucune méthode de décontamination des sols, ni même de vêtements de protection.

La seconde possibilité consisterait à employer les matières radioactives comme gaz de combat.  » La matière serait moulue en particules microscopiques et serait répandue, sous la forme de poussières, de fumées, ou dissoute dans un liquide, par des obus d’artillerie, des avions ou des bombes. De cette façon, elle serait inhalée par les personnels adverses. Les quantités nécessaires pour provoquer la mort en respirant ces matériaux sont extrêmement faibles… Il n’y a pas de traitement médical connu pour ce genre de blessures.  » Le texte considère ensuite l’empoisonnement de la nourriture ou des ressources en eau comme tactique possible. Les conséquences sur la santé humaine seraient des affections durables des poumons apparaissant des mois après la contamination radioactive, des troubles gastro-intestinaux, des dommages sur la circulation sanguine et les tissus internes.

Il faut noter que la nature des matériaux susceptibles d’être employés par les nazis n’est pas précisée dans ce texte. Mais, en pleine Seconde Guerre mondiale, les Allemands ne disposent pas de plutonium. Ils essaient péniblement de produire quelques litres d’eau lourde (oxyde de deutérium) en Norvège, afin de réaliser leur première réaction en chaîne. Le radium est un produit très rare et très cher dans les années 40. La seule matière abondante à l’époque ne peut provenir que de l’uranium métal. Ce n’est qu’en 1974, trente et un ans plus tard, que le secret défense fut levé sur ce document.

Transportons-nous en juillet 1990, un an avant la guerre du Golfe. Un groupe de recherche lié à l’armée américaine publie un rapport sur  » les considérations d’environnement et de santé liés aux pénétrateurs à énergie cinétique « . L’étude porte en fait sur une analyse comparée des perforateurs d’obus fabriqués en tungstène et en uranium appauvri. L’aveu est de taille ! Il est écrit noir sur blanc que :  » L’uranium appauvri est un émetteur de radiations alpha de faible intensité qui est lié au cancer quand l’exposition est interne (par ingestion ou inhalation), et que la toxicité chimique provoque des dommages aux reins. « 

La phrase qui conclut ce petit chapitre est fondamentale :  » Les dangers pour la santé de l’uranium ont été étudiés de manière extensive.  » Cela veut dire qu’un an avant l’usage massif de ces armes dans un conflit, les militaires savaient déjà qu’ils causeraient des dommages réels sur la troupe. D’ailleurs, le document enfonce le clou.  » L’exposition des soldats à des aérosols d’uranium appauvri pourrait être significative avec des effets potentiels radiologiques et toxiques. Ces impacts sur la santé pourraient être impossibles à quantifier de manière fiable, même avec des études détaillées complémentaires. « 

La conclusion de ce document sonne comme une anticipation de la polémique qui éclate aujourd’hui :  » Des efforts de relations publiques sont conseillés, ils pourraient ne pas être efficaces étant donnée la perception (négative) de la radioactivité par le public. Les activités de combat et de manuvre présentent un risque de réaction d’opposition internationale.  » L’avertissement était clair. Il ne fut pas entendu. Un autre document en provenance du laboratoire de Los Alamos, le temple de l’arsenal nucléaire américain, se fait plus précis. Daté du 1er mars 1991, il indique :  » Il y a eu, et il continue de se produire, une prise de conscience en ce qui concerne l’impact de l’uranium appauvri sur l’environnement. Bien que personne ne remette en question l’efficacité de l’uranium appauvri sur le champ de batailles, ces munitions pourraient devenir inacceptables politiquement, et donc être enlevées de l’arsenal ».

Pierre Roussel, chercheur au CNRS, travaille dans un des sanctuaires de la recherche nucléaire française. A l’entrée d’un vaste campus couvert de végétation, l’Institut de physique nucléaire d’Orsay ressemble à un hangar de briques roses qui fleure bon les années 50. C’est là que Frédéric Joliot-Curie trouva refuge après son éviction scandaleuse du Commissariat à l’énergie atomique qu’il avait fondé et dont il fut chassé pour cause de pacifisme invétéré.

Roussel s’est interrogé en novembre 1999 sur l’activité réelle des obus en uranium appauvri tirées sur le Kosovo. Et il a refait les calculs. Il est parti de l’hypothèse d’un projectile en uranium 238 d’un poids de 300 grammes, ce qui correspond à la munition du canon de l’avion chasseur de char A-10. La radioactivité de l’objet correspond à une activité de 12 mégabecquerels (un becquerel équivaut à une désintégration atomique à la seconde, un mégabecquerel à 106 becquerels). Mais la radioactivité engendrée par le métal avant impact est confinée par le matériau lui-même. Roussel en conclut que l’obus ne nuit pas à celui qui le tire, mais tout change lorsqu’il atteint sa cible.

500 fois la dose toxique

Roussel prend alors en compte le caractère pyrophorique de l’uranium. Il pose comme base qu’un tiers de la masse métallique se disperse en fines particules au moment de l’embrasement de l’obus à l’impact. Ces particules s’oxydent rapidement au contact de l’air. Il suppose que le reste se maintient en bloc. Les poussières d’uranium dispersées possèdent donc un tiers de l’activité de l’obus, soit 4 mégabecquerels. Ensuite, il rapporte ces chiffres aux limites annuelles établies par la Commission internationale de protection des rayonnements (CIPR), l’autorité qui établit pour le monde entier les normes de radioprotection de la population.

Conclusion : un tiers d’un obus à l’uranium appauvri pulvérisé en oxyde du fait de son embrasement causé par un choc violent dégage une activité qui atteint 500 fois la limite annuelle pour l’inhalation, 10 fois la limite annuelle pour l’ingestion.

Enfin, les poussières de ce seul obus doivent être étalées uniformément sur une surface de 1000 m2 pour ne pas dépasser la limite de contamination de surface. C’est là un simple calcul théorique, qui ne concerne que l’uranium, à l’exclusion de tout autre adjuvant.

La fureur des congressistes devant l’exposé de Durakovic trouve ainsi un début d’explication. En faisant une analyse de spectrométrie de masse sur l’urine de 16 anciens combattants, il a mis en évidence, chez neuf d’entre eux, des traces d’uranium 236. Les teneurs sont infimes, environ 0,0048 % de l’échantillon testé.

Il a ensuite confirmé cette découverte en analysant la composition isotopique des os d’un vétéran décédé. Et là aussi, la présence significative d’uranium 236 a été détectée. C’est une information capitale. L’uranium 236 n’existe pas à l’état naturel. Il ne se forme que dans les réacteurs nucléaires. Qu’un combattant, neuf ans après avoir été exposé à de l’uranium appauvri, ait gardé la trace de cet isotope, cela ne peut avoir qu’une seule explication. Il ne s’agit pas d’un uranium appauvri issu uniquement d’un minerai. Cet uranium a été irradié dans un réacteur nucléaire, c’est un déchet atomique.

1000 tonnes d’uranium suspect livrées à la France

Comment a-t-il pu se trouver mélangé dans le métal qui sert aux munitions ? Deux hypothèses peuvent être envisagées : soit les munitions ont été fabriquées directement avec de l’uranium de retraitement, celui qui est irradié pour produire le plutonium militaire. Soit les mêmes conteneurs furent utilisés pour manipuler l’uranium appauvri-minerai et l’uranium appauvri de retraitement, et alors l’uranium 236 a contaminé l’uranium 238. Dans le premier cas, on a recyclé des déchets nucléaires pour fabriquer des armes, dans le second, il s’agit d’un cas de négligence coupable.

Et la France ? Rien de ce qui est nucléaire ne saurait être étranger à notre pays. Pourtant, en ce qui concerne les armes à l’uranium appauvri, il semble bien que les recherches aient été entraînées par les Américains. Dans un document daté du 25 septembre 1979, la Nuclear Regulatory Commission, l’organisme de Washington qui régule la vente de matériels sensibles, donne son accord pour exporter 102 kilos d’uranium appauvri en France, sous la forme de 30 obus de 105 mm provenant de l’US Army.

Ces munitions  » seront utilisées pour des tests de tirs, afin de réaliser des évaluations « . Cette autorisation suit une précédente exportation de 250 kilos d’uranium appauvri, à destination de la Grande-Bretagne  » sous la forme de barres métalliques, pour faire des recherches sur la mise au point de pénétrateurs de grand calibre aptes à percer des blindages « . La volonté de dissémination de cette technologie paraît manifeste chez les Américains. Il faut attendre 1987 pour que la France dispose d’un centre spécialisé dans la mise au point des munitions à l’uranium appauvri. Implanté à Gramat, dans le Lot, le site uranium effectue son premier tir au mois de novembre de cette année-là. Les pièces d’artillerie ont des calibres allant de 105 à 140 mm. Dans un article de la Revue scientifique et technique de la Défense, en 1994, les auteurs précisent même que l’installation est unique en Europe, et qu’elle est utilisée  » pour des études françaises, menées en coopération internationale, et parfois purement étrangères « . Cette précision prend toute son importance si l’on considère que l’autre grand fabricant de munitions à l’uranium appauvri en Europe occidentale est la Grande-Bretagne.

L’article précise enfin que  » le 500e essai a été effectué le 15 janvier 1993 « . Pendant toute la période des années 80 qui précède la guerre du Golfe, ces armes sont donc mises au point dans notre pays en vue d’une production industrielle, mais tout se passe dans une opacité absolue et de trop rares documents mentionnent l’existence même de ces recherches. Des licences d’exportation américaines d’uranium appauvri à destination de la France sont apparues au grand jour grâce à une fiche technique de l’Observatoire des armements nucléaires de Lyon. Que montrent ces documents ? En pleine guerre du Golfe, le 3 janvier 1991, la Nuclear Regulatory Commission des Etats-Unis donne son accord pour l’envoi de 75 tonnes d’uranium appauvri fabriquées par la compagnie Nuclear Metal Inc à destination de la société française Cerca de Bonneuil-sur-Marne  » pour la fabrication de munitions « . Une des conditions impose que cette matière ne doit pas être réexportée en vrac sans le consentement officiel du gouvernement américain. La doctrine outre-Atlantique consiste en effet à banaliser ces armements, et ne prévoit aucune restriction à la vente de ces obus pour les pays membres de l’Otan, le Japon et l’Australie. Une autre licence, en date du 11 mai 1993, autorise la même société américaine à exporter de l’uranium pour une autre entreprise française, la SICN, à Annecy. Mais cette fois-ci, les quantités ne sont plus les mêmes : il s’agit de 1000 tonnes de métal ! Ces licences indiquent les deux usines où sont probablement produits les armements à l’uranium appauvri français.

La SICN (Société industrielle de combustible nucléaire) est une filiale à 100 % de la Cogéma (qui détient le monopole de la production et du retraitement du combustible des centrales dans notre pays). Cette entreprise est spécialisée dans l’usinage de métaux et d’alliages spéciaux. Elle dispose de la seule fonderie d’uranium de France. Les produits qu’elle commercialise à partir de l’uranium, outre le combustible, se composent de boucliers de protection contre les rayonnements pour l’industrie nucléaire ou les hôpitaux, de conteneurs, de contrepoids pour l’aéronautique et la défense. Reprenons alors les dates. En 1993, la SICN reçoit mille tonnes d’uranium appauvri des Américains. En 1997, son chiffre d’affaires culmine à 361 millions de francs dont 18 millions pour l’exportation. Il s’effondre à 91 millions de francs en 1998. Le personnel aussi chute de 600 à seulement 155 employés en 1999.

Quant à la Cerca, elle ferme son usine de Bonneuil en 1995, et rapatrie ses activités sur son site de Romans dans la Drôme. Le vendredi 6 novembre 1998, à l’Assemblée nationale, le ministre de la Défense Alain Richard répond à une question du député-maire de Salbris, une petite ville du Loir-et-Cher qui accueille un établissement du Giat (l’entreprise nationale qui fabrique les armements terrestres). Le député s’inquiète des menaces économiques qui pèsent sur l’usine et demande la confirmation de la commande de 60000 obus de 120 mm à l’uranium destinés à équiper le char Leclerc. Le ministre confirme publiquement cette fabrication.

Les obus américains testés en France dès 1987

Cela permet d’avoir une vision d’ensemble du circuit : au tout début des années 80, les premiers prototypes d’obus arrivent en France pour évaluation, fournis par les Américains. Ils sont testés à grande échelle sur le site uranium du centre d’étude de Gramat à partir de 1987. La décision de lancer l’industrialisation a dû être prise pendant ou juste après l’offensive de la guerre du Golfe, devant la performance des obus à l’uranium sur les tanks Irakiens. Une production de masse est alors lancée à partir de 1993 à la SICN d’Annecy et à la Cerca de Bonneuil-sur-Marne. Elle s’achève pour ce dernier établissement à la fermeture de l’usine en 1995, et en 1998 pour la SICN, si l’on prend en compte la chute du chiffre d’affaires.

Les flèches à l’uranium sont alors assemblées sur le corps des obus dans l’établissement Giat de Salbris. Cette opération est désormais terminée puisque l’usine a été fermée cette année.

Chaque obus contient 8,2 kg d’uranium appauvri. Sachant que la France a commandé 1000 tonnes de ce métal aux Américains, elle dispose aujourd’hui d’au moins 120 000 obus à l’uranium appauvri. Question : pourquoi la France a t-elle acheté à l’étranger une matière nucléaire banale dont elle dispose en quantités astronomiques ? De plus, le savoir-faire des atomistes français, civils et militaires, n’est plus à démontrer. Peut être est-ce une manière de rémunérer les brevets de fabrication. Ou plus simplement, la matière première américaine était plus compétitive en termes de coûts.

En revanche, se pose la question de la composition exacte du métal. Si l’on retrouve des traces d’uranium 236 dans la matière fournie, comme cela apparaît dans les obus tirés dans le Golfe, cela veut dire que les Américains se sont débarrassés d’une partie de leurs déchets nucléaires en les recyclant sous forme d’armes pour leurs alliés.

Le Cadu, créé à Manchester en janvier 1999, regroupe des anciens combattants britanniques de la guerre du Golfe, dont certains sont gravement malades. Il s’est lancé dans une campagne pour l’interdiction de l’uranium appauvri dans les armements dont les conséquences dépassent le seul champ militaire (contamination des populations civiles, de la chaîne alimentaire du cycle de l’eau pour des centaines de millions d’années.

En France, un ancien membre du gouvernement Juppé, Anne-Marie Idrac, a posé au ministre de la Défense, en juin 2000, une question écrite pour l’élimination des armes à l’uranium appauvri. Les autorités font la sourde oreille. Il a fallu attendre le 15 septembre dernier, pour que la secrétaire d’Etat à la Santé et aux Handicapés, Dominique Gillot, forme un groupe d’experts sur le syndrome. Ils retrouveront, dans ce dossier, les conclusions méconnues des experts du Centre d’étude de Gramat

Dans leur description du site d’essai des armes à l’uranium appauvri, ils ont écrit :  » Le risque est essentiellement lié, non pas à la radioactivité de l’uranium appauvri, inférieure à celle de l’uranium naturel, mais à la toxicité de ses oxydes. Ces derniers sont créés, lors d’un impact, sous forme d’aérosols de fragments de projectiles et de la cible qui sont dispersés sur l’aire de tir et s’oxydent rapidement à l’air, et de dépôts sur la cible et les matériels environnants. Pour éviter tout risque de contamination, la solution retenue consiste à réaliser l’interaction du projectile et de la cible au sein d’une enceinte fermée et de ne rien rejeter vers l’extérieur qui n’ait été contrôlé et filtré. Le dépouillement des essais nécessite également des précautions particulières ; il est réalisé dans un local réservé à cet effet et bénéficiant des mêmes conditions de sécurité que l’enceinte elle même. « 

Un aveu accablant de la dangerosité de ces armes qui ne devraient être tirées que dans un bâtiment totalement étanche. Il faudra bien expliquer aux vétérans du Golfe et du Kosovo ainsi qu’aux populations pourquoi ces munitions qu’ils ont côtoyées ou manipulées réclament un tel luxe de précautions en laboratoire.

L’uranium appauvri n’explique peut être pas, à lui seul, les étranges pathologies apparues après les guerres récentes. Mais les conséquences de son emploi massif commencent à peine à se mesurer aujourd’hui. Le secret militaire qui entoure les terrains touchés est de plus en plus difficile à justifier. Plus que jamais, des études scientifiques sur les lieux de contamination sont indispensables.

Source: Science et Avenir (12/2000)

Michel Roquejoffre reconnaît qu’un médicament fut administré aux soldats.

Durant la guerre du Golfe, les militaires français de la division Daguet ont bien reçu l’ordre de prendre un médicament contre d’éventuelles attaques chimiques. Niée par les autorités civiles et militaires, l’existence de cet ordre a été confirmée mardi soir par le général Michel Roquejoffre. L’ancien commandant des forces françaises dans le Golfe (1990-1991), aujourd’hui à la retraite, était la première personnalité auditionnée par la mission parlementaire d’information sur le syndrome de la guerre du Golfe, présidée par le député (PS) Bernard Cazeneuve.

 Menace réelle

«L’ordre de prendre le prétraitement a été donné le 23 février 1991, à la veille de l’offensive terrestre, par le général qui commandait la division Daguet», a expliqué Michel Roquejoffre aux députés. Il désigne ainsi explicitement le général Bernard Janvier, que l’on retrouvera plus tard à la tête des Casques bleus en Bosnie au moment du massacre de Srebrenica. Les deux hommes ne s’apprécient guère, mais le général Roquejoffre couvre aujourd’hui celui qui était alors sous ses ordres : «C’était une bonne décision», juge-t-il. «Notre devoir était de protéger les troupes contre la menace chimique», ajoute-t-il. La menace était alors bien réelle, l’Irak ayant fait un large usage de ces armes chimiques contre l’Iran de 1980 à 1988.

Le «prétraitement», mis au point par le Service de santé des armées, consistait à prendre un cachet de pyridostigmine toutes les huit heures, soit 90 milligrammes par jour. Ce médicament est censé bloquer les effets des gaz neurotoxiques sur l’organisme. Mais il est accusé par l’association Avigolfe, qui regroupe des anciens combattants malades, d’être une des causes du «syndrome». La pyridostigmine est un médicament connu dans le civil sous le nom de Mestinon. Depuis 1954, il est utilisé pour traiter les myasthénies (fatigues musculaires) et les atonies intestinales (constipations graves).

Le général Roquejoffre a été moins précis quant à la durée de ce «prétraitement» : «Trois ou quatre jours», croit-il se souvenir. Même flou sur le nombre de soldats concernés : «environ 9 000» sur les 14 708 militaires français présents en Arabie Saoudite le 23 février. «A ma connaissance, l’ordre n’a été donné qu’à la division terrestre», ajoute-t-il.

Les explications de Michel Roquejoffre sont en contradiction totale avec ce qu’affirment jusqu’à présent les autorités. Le 30 août dernier, le ministre de la Défense Alain Richard expliquait encore dans le Figaro que les militaires français «n’ont pas reçu d’antidote préventif aux armes chimiques – alors qu’un début de consensus se dégage pour dire que ces produits étaient dangereux». Alain Richard mettait de l’eau dans son vin dès le 13 septembre, en reconnaissant pour la première fois que des traitements avaient été ordonnés, mais «uniquement à l’occasion d’alertes clairement identifiées ou pour certaines unités, sur une très courte durée au moment de l’offensive terrestre». Dans le numéro d’octobre de Terre magazine, le mensuel de l’armée de terre, un médecin-général du Service de santé indique finalement que, «spontanément ou sur ordre de leurs cadres, certains militaires ont pris ces comprimés au moment de l’attaque terrestre». Afin de dissiper cette opacité toute militaire, la mission parlementaire souhaite désormais se faire communiquer les ordres écrits de l’époque, même si ceux-ci sont classés «secret défense».

Uranium appauvri

Autre sujet de polémique : l’utilisation de munitions à base d’uranium appauvri, également soupçonnée d’être l’une des causes du syndrome. «Avez-vous informé vos soldats que l’aviation américaine utilisait des obus à l’uranium appauvri ? Qu’avez-vous fait pour les protéger ?», a demandé la députée Michèle Rivasi au général Roquejoffre. «Je ne l’ai appris qu’après, a affirmé l’officier. Les Américains n’ont jamais attiré mon attention sur le danger qu’il y aurait à être au contact de cette munition. Je pense que s’il y avait eu un risque, nous en aurions parlé.»

Les troupes françaises étaient alors placées sous «contrôle opérationnel» des forces américaines. Et ce sont des avions A10 de l’US Air Force qui réalisaient les missions d’appui-feu rapprochées pour le compte de la division Daguet. Ces appareils tiraient des obus de 30 mm à l’uranium appauvri «à un ou deux kilomètres devant nos lignes», a précisé le général Roquejoffre. 

 

Source: Libération (02/11/2000)

Les malades attendront 

L’un se nommait Frédéric Bisseriex, il avait 34 ans, l’autre Gérard Jourdrein, 53 ans. Ils étaient tous deux adjudants. Ils sont morts des suites de maux mystérieux, qu’une association, Avigolfe, regroupant des vétérans français de la guerre du Golfe, estime avoir été liés à l’utilisation d’uranium appauvri lors du conflit. En tout, 80 vétérans français se disent victimes de ce mal, dont le Ministère de la défense conteste l’existence: pertes de mémoire, fatigues chroniques, douleurs musculaires, dérangements nerveux et intestinaux et cancers se retrouvent dans les maux que connaissent ces soldats.  

C’est la communication d’un praticien américain, Asaf Durakovic, professeur à Georgetown University, qui a relancé le débat à Paris lors de la conférence annuelle sur la médecine nucléaire. Le chercheur a en effet décelé dans le corps de ses patients la présence d’une forme d’uranium qu’on ne trouve pas dans la nature. Il en conclut qu’il s’agit d’uranium appauvri, un composant destiné à renforcer les obus de blindés utilisés dans le Golfe, il y a dix ans. Trois cent vingt tonnes de ces engins ont été tirées par l’artillerie alliée. D’autres auraient été employés au Kosovo. Selon les conclusions du chercheur, ce type d’uranium devient extrêmement toxique quand il est transformé en poussière. «Ingéré ou inhalé, assure-t-il, il devient plus dangereux que n’importe quelle toxine connue». 

La France officielle pour le moment se tient sur la réserve. Le ministre, Alain Richard, nie. Et l’Office de protection des radiations ionnisantes, l’Ofri, se montre très dubitatif. Ni la Santé ni la Défense ne confirment pour le moment la mise en place de l’enquête qu’invoque la députée de la Drôme, Michèle Rivasi. Les malades attendront. 

Source: Le Temps (08/09/2000)

Syndrome de la guerre du Golfe : fausse alerte à l’uraniumLa communication d’un chercheur américain sur la présence d’uranium appauvri dans les urines de seize vétérans de la guerre du Golfe a jeté le trouble parmi les participants du congrès de médecine nucléaire réuni à Paris. Et mobilisé intempestivement les médias internationaux.Le Pr Asaph Durakovic avait adressé en mars dernier ses « abstracts » en vue de participer au congrès de médecine nucléaire de Paris. Selon ceux-ci, les analyses d’urine de seize anciens combattants de la guerre du Golfe, neuf ans après le conflit, révélaient « la présence significative d’uranium appauvri ».

« L’intérêt de ce travail réside dans la méthodologie employée, la spectrométrie de masse thermo-ionique », explique le Dr Michel Bourguignon, directeur médical de l’Office pour la protection contre les rayonnements ionisants (OPRI). Et c’est la raison pour laquelle les organisateurs du congrès ont accepté ces abstracts et les ont inscrits dans la session « poumon et métabolisme ».

Aussi quel n’a pas été leur étonnement lorsqu’ils ont découvert, la veille et le jour même de la communication en question, les gros titres de médias belge, français et britanniques. A les croire, un scientifique américain venait d’apporter la preuve que le fameux syndrome de la guerre du Golfe avait pour origine l’inhalation de particules d’uranium appauvri. L’armée américaine avait utilisé cette substance pour renforcer le pouvoir de pénétration des obus des avions A10 « tueurs de char », ce métal lourd présentant une propriété physico-chimique, le pyrophorisme, qui le rend spontanément inflammable après une collision (« le Quotidien » du 19 juin).

Les médias audiovisuels accoururent aussi en nombre pour « couvrir » la communication du Pr Durakovic, sans y avoir été invités par les organisateurs du congrès. Ceux-ci se sont sentis davantage encore victimes d’une manipulation quand ils apprirent que le chercheur américain, qui leur avait adressé ses abstracts à en-tête du département de médecine nucléaire de l’université George Town de Washington DC, ne collaborait plus, en fait, à cette structure depuis 1997.

Pour autant, « son travail a été bien fait au sens méthodologique, précise le Dr Bourguignon. Mais il établit seulement que les urines des vétérans étudiées comportaient de l’uranium 236 dans la proportion de 5,8 pour 100 000. En outre, ces urines totalisaient une élimination quotidienne d’uranium de 38 nanogrammes, alors que la valeur normale admise est comprise entre 50 et 500 nanogrammes ».

Le reste est donc pure élucubration médiatique. Dans le feuilleton du supposé syndrome de la guerre du Golfe, attention à l’information pyrophorique 

Source: La quotidien du Médecin (06/09/2000)

Guerre du Golfe: une « bombe » mal amorcéeAsaph Durakovic avait préparé son effet. Emanant d’un professeur au département de médecine nucléaire de la prestigieuse université Georgetown de Washington, qui plus est ancien expert auprès du Pentagone, ce projet d’intervention avait retenu l’attention des organisateurs du congrès européen de médecine nucléaire. Asaph Durakovic s’est donc présenté le dimanche 3 septembre au palais des congrès de la porte Maillot, à Paris. Et il a lâché sa « bombe » : les analyses d’urine effectuées sur 16 vétérans de la guerre du Golfe – 8 Britanniques, 6 Américains et 2 Canadiens – montrent « la présence significative d’uranium appauvri ». Conclusions qui ont immédiatement suscité l’intérêt des journalistes – l’uranium appauvri est l’un des facteurs suspectés du « syndrome de la guerre du Golfe ». Mais laissé les scientifiques présents circonspects. Aujourd’hui, les organisateurs du congrès prennent leurs distances. Ils n’ont guère apprécié les manières du professeur Durakovic : « Ce monsieur, explique le président du congrès, le professeur Serge Askienazy, chef du service de médecine nucléaire à l’hôpital Saint-Antoine de Paris, a enfreint les règles : il ne nous a pas transmis ses diapositives avant son intervention, il est arrivé dix minutes avant de faire son topo avec des caméras de télévision, il a très largement dépassé le temps de parole qui lui était imparti. » Ils ont même des doutes sur le personnage – « il nous a expliqué qu’il n’était plus à l’université Georgetown mais travaillait désormais en Arabie saoudite ». Mais, surtout, ils minimisent la portée de ses conclusions. « Il nous a donné des informations sur la composition, mais pas sur la quantité, souligne le professeur Michel Bourguignon, directeur médical de l’Office pour la protection contre les rayonnements ionisants (Opri). Or c’est l’élément capital : pour qu’il soit toxique, l’uranium doit être ingurgité en quantité importante. » 

Le professeur Durakovic a assuré qu’il apporterait plus tard des indications chiffrées. Mais son intervention a trouvé un écho médiatique en France, à un moment où cette affaire mobilise de plus en plus. Deux anciens militaires sont décédés cet été d’un cancer généralisé attribué par leur entourage et l’association de victimes Avigolfe, dont ils faisaient partie, à un « syndrome de la guerre du Golfe ». La justice doit se prononcer sur deux autres cas, l’un à Toulon, le 12 septembre, l’autre à Bordeaux, le 19 septembre, tous deux sur recours de l’avocat bordelais Gérard Boulanger. L’association Avigolfe devait rendre publics, ce vendredi 8 septembre, à Bordeaux, les questionnaires remplis par 60 de ses membres, dans lesquels la plupart affirment avoir pris de la pyridostigmine (un traitement de prévention contre les gaz), des pilules antisommeil, s’être trouvés en zone d’alerte chimique et souffrir de « symptômes analogues à ceux des vétérans américains ». Le lancement d’une étude épidémiologique sur les 25 000 militaires français du Golfe, que réclame la députée de la Drôme Michèle Rivasi, n’était toujours pas décidé début septembre par les ministères de la Défense et de la Santé. 

Source: Le Point (08/09/2000)

Syndrome de la guerre du Golfe : l’uranium appauvri mis en causeUn scientifique américain a mis en cause dimanche l’uranium appauvri, utilisé pour renforcer le pouvoir de pénétration de certaines armes, dans le syndrome de la guerre du Golfe, provoquant une vive polémique au cours d’un congrès de médecine nucléaire qui se tient à Paris.Selon le Pr Asaph Durakovic, spécialiste de médecine nucléaire et ancien expert auprès du Pentagone, les analyses d’urine effectuées sur seize anciens combattants de la guerre du Golfe montrent « la présence significative d’uranium appauvri (uranium 236) » dans les urines et les tissus, neuf ans après la fin du conflit. 

Source: Agence France Presse (03/09/2000)

Le secret du syndrome de la Guerre du GolfeAvec, le temps, le principal mystère des maux désignés sous la formule Syndrome de de la Guerre du Golfe pourrait s’avérer d’ordre strictement juridique. Si aux Etats-Unis les premières victimes de cette pathologie aux contours encore flous se sont manifestés dès 1994, elles représentent de nos jours environ vétérans américains – sur un effectif total de 700 000 soldats envoyés dans la région. Près de dix ans après les opérations, dans les pays dont les contingents étaient les plus faibles, des phénomènes sembmables apparaissent maintenant, comme le dénonce l’association française d’anciens combattants « Avigolfe », basée à Bordeaux, qui vient de constater le deuxième décès d’un vétéran français.Les autorités militaires des principaux pays concernés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, France) multiplient les communiqués qui récusent les liens entre les opérations menées, le matériel manipulé et les maladies constatées. Une attitude qui s’analyse surtout comme une volonté d’élucider la responsabilité des états-majors, qui, si elle était avérée, ouvrirait droit à des dédommagements.

Pourtant, à mesure que les recherches médicales progressent, une substance méconnue, le pyridostigmine, prescrite alors les propres services médicaux des armées, représente la piste la plus sérieuse pour expliquer les causes de ces maladies. Les autres hypothèses , comme celle développée à partir d’armes à l’uranium appauvri U 238 (servant de lest dans les munitions nouvelles, en lieu et place du plomb) ont été sérieusement invalidées entre-temps.

Au moment des faits, les comprimés de pyridostigmine se trouvaient généralement dans les sacs des mascs à gaz, et étaient destinés à être ingurgités en cas d’attaque bacteriologique ou chimique pour amoindrir les effets des neurotoxiques.

En France, ces comprimés faisaient l’objet d’une sévère restriction de la part du service de santé des armées, car leurs effets secondaires (dont tous n’étaient pas connus) pouvaient gravement endommager le système sanguin, digestif ou respiratoire. Les infirmiers avertissaient les soldats qu’ils ne devaient en aucun cas en absorber, sauf ordre express d’un medecin militaire.

On sait au jourd’hui que durant la phase de bombardements, de fausses alertes aux attaques toxiques ont été déclenchées, notamment dans le secteur du 18 ème corps aéroporté américain (où étaient stationés des Français). Les capteurs anti-toxiques de la coalition avaient été ainsi trompés par un nuage de fumée provenant de la destruction d’une usine chimique. A cette occasion, plusieurs commandements ont prescrit des prises répétées de pyridostigmine. Dans l’édition du 15 janvier 1997 du Journal of the American Medical Association (JAMA), le Dr Robert Haley, de l’Université du Texas a publié les premières recherches indépendantes sur le « Syndrome de la Guerre du Golfe ». Elles ont identifié la prise de pyridostigmine comme un facteur commun aux maux, souvent très variés, de sifférents malades observés. 

Source: Le Monde du Renseignement (31/08/2000)
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 6 mars, 2013 |Pas de commentaires »

LA FRANCE SURPASSE LES ETATS-UNIS (AVIC / http://avicennesy.wordpress.com/)

La France surpasse les États-Unis

LA FRANCE SURPASSE LES ETATS-UNIS (AVIC / http://avicennesy.wordpress.com/) dans REFLEXIONS PERSONNELLES hollande

-AVIC-

Sarkozy l’a voulu, Hollande l’a fait. Nous sommes enfin parvenus au sommet. Jusqu’ici, il n’y en avait que pour les États-Unis. On ne voyait qu’eux. On ne parlait que d’eux. C’était eux la puissance. Et nous, nous avions beau faire, nous passions inaperçus. Nos ressortissants pouvaient aller n’importe où dans le monde, on ne les voyait même pas.

Cela devait cesser, et Sarkozy a fait ce qu’il fallait. Il nous a réintégrés dans le concert des grands. Bien sûr, il a fallu donner un petit coup de pouce au destin, mais quand on veut, on veut ; il faut ce qu’il faut. Mais Sarkozy est parti avant d’avoir atteint son objectif. Il est vrai qu’il partait de zéro. C’est au successeur de prendre le relais et de finir le boulot. Avec quelqu’un comme Hollande, on pouvait douter de ses capacités à continuer l’entreprise. Mais, à la surprise générale, il a réussi l’exploit. Depuis le 19 février 2013, la France est le pays occidental qui a le plus de ressortissants pris en otage dans le monde, suivi des États-Unis (neuf otages).

À lire les journaux, c’est le cocorico presque général. Nous existons enfin. On nous craint plus que les Étatsuniens. On nous hait plus qu’eux au point que nous sommes encore moins en sécurité que leurs GIs.

15 otages. Le chiffre est brandi comme un trophée. Certes, nos ambassades ne sont pas encore des châteaux-forts ou des forteresses inexpugnables comme celles des États-Unis avec leurs barbelés, leurs surveillances vidéo et même radar, leurs milices armées jusqu’aux dents, leurs multiples check points munis de toutes sortes de détecteurs et scanners. Trop dur de rivaliser. Mais un pas important a été franchi. A entendre certains, c’est presque une victoire.

Dans quels cerveaux malades peut naître l’idée que plus les français se sentent en danger à l’étranger, plus nous sommes importants ?

Je me rappelle pourtant qu’avant l’arrivée de Sarkozy, au temps de Georges W. Bush, les États-Unis étaient considérés presque partout, y compris en France, comme un état voyou volant, pillant, tuant, affamant, écrasant tout ce qui lui résistait. George Bush lui-même était honni de tous, au point qu’Obama était arrivé presque comme le sauveur du monde. Par quel miracle, les Français qui, hier, ne tarissaient pas d’anathèmes contre Washington, acceptent et cautionnent aujourd’hui tout ce qu’ils exécraient, refait à l’identique par leurs dirigeants.

En puisant encore dans les souvenirs, je revois cette fantastique bouffée de fierté et de patriotisme qui submergea tous les Français, le jour où Dominique de Villepin abattit sur la table du Conseil de Sécurité de l’ONU le veto de la France. Ah quel moment ! La France redressait la tête et restait plus que jamais fidèle à ses valeurs. Chirac, qui n’avait été que Chirac jusque là, était tout d’un coup devenu le digne héritier de De Gaulle. Le cocorico national fut même repris à l’unisson par tous les peuples sauf, bien sûr, les Étatsuniens. Qu’y a-t-il eu de changé depuis ce jour de Février 2003 ?

Bien sûr Sarkozy est passé par là. Mais ça n’explique pas tout. Il serait trop facile aussi de tout mettre sur le dos des médias. Ils ne sont pas innocents, loin de là. Mais ils n’auraient jamais eu beaucoup d’impact si le terrain n’avait pas été préparé. Si changement il y a eu, il faut le rechercher principalement chez les Français eux-mêmes.

Mais, y a-t-il eu vraiment un changement ? Si l’on compare les deux cocoricos, que 10 ans pourtant séparent, on peut en douter, car c’est le même. À y regarder de près, toute la fierté française d’il y a 10 ans n’était pas due à la victoire des valeurs humaines sur la barbarie, ni même à une quelconque compassion pour le pauvre peuple irakien. Elle n’a été engendrée que parce que la France a tenu tête aux États-Unis. Ni plus, ni moins. L’erreur de Georges Bush a été d’avoir traité la France et l’Europe (hors Royaume-Uni) avec mépris et de n’avoir pas su les caresser dans le sens du poil comme le fit son père avec succès pour la première guerre d’Irak en 1990. À cela, bien sûr, il faut ajouter les convictions propres de Jacques Chirac. Mais pour l’opinion publique, seule comptait la valeur symbolique du veto, qui n’a rien empêché d’ailleurs. Le discours de Dominique de Villepin redonnait à la France sa grandeur et rappelait au monde qu’elle était une grande puissance, au grand dam des États-Unis. C’était une victoire, et pas contre n’importe qui. C’était une victoire contre la plus grande puissance du monde.

Dix ans plus tard, le même cocorico retentit. Pour les mêmes raisons. Nous avons encore damé le pion aux États-Unis. Le contenu du défi importe peu. Ce qui compte c’est que nous avons gagné contre l’hyperpuissance. Syndrome bien français. Il ne peut y avoir d’autres premiers que nous.

Tout premier en quelque chose devient un adversaire.

Il y a d’abord eu les Anglais pour la suprématie mondiale, puis les Allemands pour l’économie – et ce jusqu’à nos jours, les États-Unis enfin. La France est toujours au front car il y a toujours un meilleur quelque part. Aucune victoire ne compte si elle n’a pas été remportée contre le tenant du titre. On l’a vu souvent en sport. La France est même prête à se bagarrer pour être la première dans la saloperie, pourvu que l’un de ses challengers habituels demande à en être le champion. C’est bien ce que nous vivons aujourd’hui. Nous commettons exactement, et même parfois en pire, toutes les ignominies que nous dénoncions chez les autres. Nous utilisons les mêmes méthodes basses, la même rhétorique tordue, les mêmes stratégies cyniques, le tout adapté à la sauce française. La France a toujours agi comme les autres grands prédateurs, se maintenant toujours au meilleur niveau. Mais il existe une différence fondamentale entre elle et les autres. La motivation des autres grands prédateurs c’est d’abord leurs intérêts, que ceux-ci soient économiques, géopolitiques, ou autres. La France, elle, a d’abord pour motivation le défi et la course à la suprématie, ses intérêts ne venant qu’ensuite. Ce qui ne l’empêche pas de faire exactement comme les autres et même avec une certaine tendance à surenchérir.

Sans revenir sur les circonstances qui ont permis de battre le triste record étatsunien en matière de prise d’otages, ni même sur la nature de certains de ces otages, il y a comme une indécence dans cette satisfaction mal cachée des médias.

Au lieu de se poser des questions sur les raisons réelles qui font que les Français sont devenus, presque du jour au lendemain, les cibles privilégiées des preneurs d’otage, ils préfèrent compter les points. Il ne leur viendrait même pas l’idée d’incriminer ceux qui ont rendu cela possible. Le plus important pour eux, c’est de commenter les scores, comme pour un grand match au Stade de France. On verra même peut-être bientôt un compteur sur le parvis de Notre-Dame ou à l’Hôtel de Ville de Paris qui affichera au quotidien le nombre d’otages français détenus à l’étranger.

AVIC

http://avicennesy.wordpress.com/

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 6 mars, 2013 |Pas de commentaires »
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