POURQUOI LES USA NE VEULENT PAS D’UN IRAN NUCLEAIRE (dedefensa.org)

Pourquoi les USA

ne veulent pas d’un IRAN nucléaire

POURQUOI LES USA NE VEULENT PAS D'UN IRAN NUCLEAIRE (dedefensa.org) dans REFLEXIONS PERSONNELLES nucleaire-iran-mykaia

L’excellent chroniqueur Glenn Greenwald, spécialisé dans l’enquête médiatique pour mettre à jour la réalité des comportements du bloc BAO, particulièrement des USA, s’attache au problème des causes de l’hostilité US à la perspective tout à fait hypothétique d’un IRAN puissance nucléaire. Il met en évidence plusieurs déclarations et affirmations récentes, qui toutes convergent vers un seul argument : les élites de la direction politico-militaires US ne veulent pas d’un IRAN qui puisse dissuader les USA de l’attaquer, ce qui serait le cas avec la possession d’une arme nucléaire. Greenwald cite des déclarations récentes du sénateur Lindsay Graham, l’un des membres du trio ultra-belliciste du Sénat (Graham, Lieberman, McCain). Il cite également un article de Richard Cohen, dans le Washington Post de ce 2 octobre 2012, citant lui-même avec l’accent d’une surprenante surprise le président iranien Ahmadinejad ridiculisant l’argument évidemment ridicule selon lequel l’Iran veut acquérir au moins une bombe nucléaire pour attaquer Israël (200-300 bombes nucléaires) et les USA (5.000 armes nucléaires). (Ahmadinejad : «Let’s even imagine that we have an atomic weapon, a nuclear weapon. What would we do with it? What intelligent person would fight 5,000 American bombs with one bomb?»)

Voici le passage sur l’intervention de Graham, dans l’article de Greenwald du 2 octobre 2012. (Greenwald est récemment passé de Salon.com au Guardian, acquérant ainsi une audience internationale considérable. Tous ses articles témoignent d’une intense popularité de ses écrits, avec des commentaires de lecteurs se comptant par centaines et dépassant parfois le millier, pour chaque article.)

«…No rational person takes seriously the claim that Iran, even if it did obtain a nuclear weapon, would commit instant and guaranteed national suicide by using it to attack a nation that has a huge nuclear stockpile, which happens to include both the US and Israel. One can locate nothing in the actions of Iran’s regime that even suggests irrationality on that level, let alone suicidal impulses.

»That Iran will use its nuclear weapons against the US and Israel is rather obviously the centerpiece of the fear-mongering campaign against Tehran, to build popular support for threats to launch an aggressive attack in order to prevent them from acquiring that weapon. So what, then, is the real reason that so many people in both the US and Israeli governments are so desperate to stop Iranian proliferation? Every now and then, they reveal the real reason: Iranian nuclear weapons would prevent the US from attacking Iran at will, and that is what is intolerable. The latest person to unwittingly reveal the real reason for viewing an Iranian nuclear capacity as unacceptable was GOP Senator Lindsey Graham, one of the US’s most reliable and bloodthirsty warmongers.

»On Monday, Graham spoke in North Augusta, South Carolina, and was asked about the way in which sanctions were harming ordinary Iranians. Ayman Hossam Fadel was present and recorded the exchange. Answering that question, Graham praised President Obama for threatening Iran with war over nuclear weapons, decreed that “the Iranian people should be willing to suffer now for a better future,” and then – invoking the trite neocon script that is hauled out whenever new wars are being justified – analogized Iranian nukes to Hitler in the 1930s. But in the middle of his answer, he explained the real reason Iranian nuclear weapons should be feared:

»“They have two goals: one, regime survival. The best way for the regime surviving, in their mind, is having a nuclear weapon, because when you have a nuclear weapon, nobody attacks you.”

»Graham added that the second regime goal is “influence”, that “people listen to you” when you have a nuclear weapon. In other words, we cannot let Iran acquire nuclear weapons because if they get them, we can no longer attack them when we want to and can no longer bully them in their own region. Graham’s answer is consistent with what various American policy elites have said over the years about America’s enemies generally and Iran specifically: the true threat of nuclear proliferation is that it can deter American aggression…»

Greenwald continue avec d’autres citations, à commencer par certaines citations de Rumsfeld en 2002, qui vont toutes dans le même sens. Il s’agit évidemment d’empêcher l’IRAN de disposer éventuellement d’une arme qui le mette à l’abri d’une attaque de la part de pays qui jugeraient justifiée une telle attaque, – c’est-à-dire, les USA en premier et quasi-exclusivement, eux seuls s’étant institués excellents juges de la nécessité éventuelle de punir ou non certains autres pays, de les réduire à une volonté extérieure pour influer sur leur politique, etc. Il y a d’ailleurs une certaine cohérence dans la filiation de la pensée stratégique et coercitive des USA, depuis la mise en place du traité de non-prolifération des armes nucléaires. Ce traité a immédiatement été considéré par divers pays voulant ou étant sur le point d’acquérir des armes nucléaires comme un moyen éventuel de les ralentir sur la voie du nucléaire, ou de leur barrer cette voie. Parmi les premiers signataires du traité, en 1968, on trouvait les USA, l’URSS et le ROYAUME-UNI (le ROYAUME-UNI comptant pour une force subsidiaire des USA), soit les puissances nucléaires qui tenaient à elles seules l’équilibre dissuasif de la guerre froide ; mais la FRANCE et la CHINE, deux puissances nucléaires en devenir au moment de l’élaboration du traité, ne le signèrent qu’en 1992, après qu’il eut été acté d’une façon solennelle et indiscutable que ces deux pays avaient un statut nucléaire, en même temps que ces deux adhésions verrouillaient le statut des seules puissances nucléaires officiellement reconnues comme telles des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité.

Bien entendu, on comprend combien cette logique, qui pouvait être jugée comme acceptable et même équitable pour maintenir l’“équilibre de la terreur” au moment de la guerre froide, est aujourd’hui complètement déséquilibrée et déstructurée. Les USA ont montré à plusieurs reprises que rien ne les empêchait d’attaquer unilatéralement et soi-disant préventivement n’importe quel pays, s’ils jugeaient de leur intérêt de le faire, et eux-mêmes considérant que leurs intérêts coïncident en réalité avec l’intérêt de la vertu générale de la “Communauté Internationale”. Aucune puissance nucléaire ne s’est interposée, ou n’a pesé réellement, dans ce domaine de la dissuasion, contre ces intentions et ces actes. L’URSS devenue RUSSIE s’est totalement défaussée de ce rôle qu’elle tenait peu ou prou durant la guerre froide, de fournir de facto une certaine garantie de dissuasion nucléaire à d’autres pays (comme les USA le faisaient et le font toujours de leur côté, pour leurs divers “États-vassaux”). Ni la FRANCE, ni le ROYAUME-UNI, ni la CHINE n’ont tenu réellement ce rôle de protecteur d’autres pays par l’idée implicite de la dissuasion élargie.

Cette seule situation du système de la guerre froide, où la non-prolifération pouvant être largement justifiée, passée à la situation post-guerre froide où la non-prolifération devient beaucoup plus suspecte, notamment à cause de la politique agressive des USA, explique la position théorique de l’IRAN telle qu’elle est interprétée par certains, et les intentions que certains prêtent à l’IRAN de développer une arme nucléaire. On sait que cette position et ces intentions ne sont d’ailleurs nullement confirmées par l’IRAN, l’argument théologique contre l’arme nucléaire pesant très fortement, sinon exclusivement d’un certain point de vue, sur la position de la direction iranienne, fortement religieuse, vis-à-vis du nucléaire militaire. Le paradoxe de la politique US, telle qu’elle se découvre épisodiquement, et telle que Greenwald la met en évidence dans son analyse, est qu’elle pourrait finalement convaincre l’IRAN de choisir la voie du nucléaire militaire, et qu’elle pourrait d’autant plus convaincre l’IRAN que les pressions agressives (embargo, sanctions, etc.) exercées contre ce pays sont fortes. En effet, plus les USA renforcent leur politique de sanctions et de “punition préventive”, plus ils mettent en évidence leur volonté d’empêcher l’IRAN d’acquérir du nucléaire militaire et plus ils renforcent le soupçon qu’ils veulent ainsi se réserver la possibilité d’attaquer l’IRAN ou de faire pression sur lui sans trop de risques… Une politique maximaliste de sanctions et d’embargo devient ainsi une incitation maximaliste à l’égard des Iraniens dans le sens de l’acquisition d’une arme nucléaire. Tout cela n’est pas nouveau dans le cadre de la politique d’agression et de pression systématique des USA depuis 9/11, mais l’intensité devient considérable aujourd’hui alors que les moyens et le statut des USA ne cessent de se dégrader. Le déséquilibre ainsi créé et régulièrement accentué devient de plus en plus dramatique, et il met d’autant plus en évidence, non pas tant le danger qu’un IRAN devienne nucléaire, mais le danger que représentent les USA nucléaires face aux pays représentant une certaine puissance et qui ne sont pas nucléaires.

D’autre part, et pour clore cette démarche où la rationalité de la dissuasion et de la non-prolifération nucléaires rencontre diverses situations d’irrationalité, voire d’irresponsabilité complète (ou d’“infraresponsabilité”, certes), on observera que l’idée même de la dissuasion est mise en cause par les USA eux-mêmes, lorsqu’ils lancent des attaques déstabilisatrices, pour l’instant cantonnées à des domaines encore marginaux, contre la RUSSIE qui est la puissance nucléaire qu’on sait. Les diverses interventions selon le concept d’“agression douce” sont une autre façon de mettre en question ce qui reste d’équilibre de la dissuasion nucléaire. De tous les côtés qu’on se tourne, c’est pour découvrir qu’il n’existe aujourd’hui qu’une seule puissance dont la politique est entièrement déstabilisatrice, et, par conséquent, déstructurante et dissolvante, et que ce sont les USA. C’est aussi la première puissance nucléaire du monde.

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 6 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

IRAN, ISRAEL, ETATS-UNIS: L’OPTION MILITAIRE (Eric VILAIN)

Iran, Israël, États-Unis : l’option militaire

IRAN, ISRAEL, ETATS-UNIS: L'OPTION MILITAIRE (Eric VILAIN) dans REFLEXIONS PERSONNELLES iran-3-24af7  (Eric Vilain)

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Il y a un consensus dans ce qu’on appelle pudiquement la « communauté internationale » pour obliger l’Iran à mettre fin à son programme nucléaire militaire. On considère que les principaux pays industrialisés ont le droit de mettre en œuvre un programme nucléaire civil et militaire, mais pas l’Iran. Le fait qu’on parle d’« option militaire » pour mettre fin à ce programme en Iran, mais pas en Corée du Nord, n’est sans doute pas un hasard.

Le problème est que l’Iran ne veut manifestement rien savoir, et que les pays occidentaux (ce qui exclut la Russie et la Chine) ne semblent pas capables d’imaginer ce qu’ils pourraient fournir à l’Iran en échange de l’arrêt, ou du moins d’un certain contrôle international, de sa politique nucléaire. Ce quelque chose pourrait être, par exemple, une certaine reconnaissance internationale, une certaine légitimité de l’Iran en tant qu’État sur la scène internationale. Il va de soi que les États-Unis ne sont absolument pas disposés à entrer dans ce jeu-là, parce que s’il en était ainsi ils se verraient privés d’un épouvantail qui est très utile à leur politique internationale. Le même raisonnement vaut pour Israël, à cette différence près que cet épouvantail sert à leur politique intérieure. Le jour où il n’y aura plus de tensions extérieures pour maintenir l’union nationale en Israël, les autorités israéliennes auront à faire face aux innombrables contradictions sociales qui minent le pays.
Israël ne se trouve pas dans une situation particulièrement favorable. Les négociations avec les Palestiniens piétinent. La situation en Syrie se dégrade : tout laisse à penser que la chute de Bachir al-Assad conduira à la mise en place d’un régime islamiste, comme en Égypte – ou d’une façon générale comme partout où les dictateurs ont été renversés. L’avenir de la Jordanie est incertain. Le renversement de Moubarak en Égypte a ouvert la porte à un régime islamiste dont le nouveau président, Mohamed Morsi, va s’empresser de se rendre à Téhéran où se déroule la rencontre du Mouvement des Non-Alignés.

Tout cela conforte en Israël le syndrome de Massada : environ un millier de Juifs révoltés s’étaient retranchés dans la forteresse de Massada, assiégée par les Romains. Lorsque, après sept mois de siège, en l’an 73, les Romains pénétrèrent dans la forteresse, les assiégés s’étaient suicidés. Par extension, le syndrome de Massada est cette attitude paranoïaque qui caractérise un groupe qui se sent assiégé dans un environnement hostile qui veut sa perte, et qui conduit à un acte désespéré. Si les autorités israéliennes, les médias israéliens confortent ce sentiment d’être assiégé – un sentiment largement entretenu par la politique d’expansion territoriale d’Israël depuis sa création –, il n’est pas impossible que la décision d’une frappe contre l’Iran soit prise.

Significativement, Obama ne s’est pas rendu en Israël pendant son mandat – un fait sans doute unique dans l’histoire contemporaine. Ce qui ne l’a pas empêché d’envoyer d’innombrables émissaires pour assurer les autorités israéliennes que les États-Unis prennent la chose très au sérieux et pour leur enjoindre de ne pas entreprendre de frappe préventive. Le gouvernement Obama choisit pour l’instant l’option diplomatique mais se trouve face aux Israéliens qui pensent que l’Iran progresse plus vite qu’on ne le pense vers la construction de l’arme nucléaire.
La politique de Netanyahu consiste clairement à mettre la pression sur Obama, à le discréditer pour soutenir son concurrent conservateur, Romney, lui-même entouré de néoconservateurs enchantés à la perspective d’une guerre. Aussi, l’éventualité ne peut pas être écartée d’une attaque israélienne avant les élections aux États-Unis, dans le but d’influer sur le scrutin en faveur du candidat qui aura pris position pour une frappe préventive : en effet, dans ce cas, les États-Unis seraient contraints d’intervenir eux aussi pour soutenir leur allié.

Pendant l’été, le Premier ministre Netanyahu et le ministre de la Défense, Ehud Barak, ont proclamé haut et fort la possibilité d’une attaque préventive israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. Certains milieux, dits « autorisés » aux États-Unis, semblent précisément penser que cette attaque préventive israélienne est une option possible. Un spécialiste Etats-Unien du Moyen-Orient, Richard N. Haass, président du Conseil des Affaires Etrangères, affirme que les États-Unis tentent de calmer les Israéliens, mais « l’une des nombreuses inconnues est à quel point les États-Unis peuvent rassurer les Israéliens, étant donné ce que les Israéliens considèrent comme les enjeux » 1. La question se résumerait à définir les risques réciproques et les conséquences possibles d’un Iran possédant l’arme nucléaire, d’une part, et d’une attaque préventive israélienne de l’autre. Or une attaque préventive destinée à détruire les installations nucléaires iraniennes serait totalement inefficace si elle n’avait pas recours à l’arme nucléaire – tout en ne garantissant aucunement que toutes les installations iraniennes soient détruites.

Ces éventualités doivent être évaluées uniquement avec la grille de lecture des intérêts stratégiques étatsuniens et des liens particuliers qui rapprochent Israël et les États-Unis. La principale préoccupation des officiels israéliens en ce moment est de savoir si Obama ou Romney se décideront à entreprendre une attaque contre l’Iran – sachant que parler d’« attaque contre les installations nucléaires iraniennes » est une attaque contre l’Iran, un acte de guerre dont les conséquences pourraient être incalculables.
Il va sans dire que les Israéliens préféreraient que ce soient les États-Unis qui prennent l’initiative de l’attaque. Ils s’imaginent sans doute que cette solution susciterait à l’encontre d’Israël des réactions moins hostiles de la part des pays environnants – comme si on ne connaissait pas depuis longtemps les liens entre les deux pays. C’est la politique du « armons-nous et partez », et on fait faire le sale boulot par le copain. Il est vrai que depuis des années l’Arabie Saoudite insiste auprès des États-Uniens pour qu’ils attaquent l’Iran.
Une attaque israélienne contre l’Iran conduirait à l’implication immédiate des États-Unis dans le conflit, ne serait-ce que pour empêcher l’Iran de répliquer. En somme, le message qui serait envoyé serait celui-ci : « Certes, Israël vous a attaqué, mais vous n’avez pas le droit de répliquer, et si vous le faites, c’est vous qui serez le responsable de l’escalade conduisant au déclenchement d’une nouvelle guerre mondiale. »
Un rapport Etats-Unien rédigé par des officiels du gouvernement, des experts de la sécurité nationale et des officiers, révèle que des frappes US contre l’Iran pourraient secouer le régime, politiquement, et endommager sa capacité à répliquer, mais les Iraniens se montreraient capables de répliquer, directement, ou par l’intermédiaire de substituts, de telle manière que cela pourrait déclencher une guerre dans tout le Moyen-Orient. En outre, cela retarderait, mais n’arrêterait pas les efforts iraniens pour créer la bombe atomique.

L’un des arguments avancés contre l’intervention militaire étatsunienne est que les musulmans perçoivent déjà les États-Unis comme étant antimusulmans, après l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan. Des frappes contre l’Iran risqueraient de mettre le feu aux poudres auprès des populations musulmanes : les réactions après la vision d’un film antimusulman sur internet ne seraient alors que peu de chose en comparaison d’une réaction massive des musulmans de la planète. « Les planificateurs et les experts devraient prendre en compte que les émeutes et les troubles qui ont suivi la vision d’extraits d’un obscur film sur le web seraient une fraction de ce qui pourrait arriver après une frappe – par les Israéliens ou par les États-Unis – sur l’Iran », déclara un officier supérieur états-unien, le général Gregory Newbold, un des rédacteurs du rapport et ancien chef des opérations 2.
Si les « experts » et commentateurs occidentaux pensaient que le renversement des dictateurs, lors du Printemps arabe, serait suivi de la mise en place de régimes politiques fondés sur le modèle démocratique occidental et favorables à l’Occident, nous nous trouvons maintenant devant une situation où ce sont des régimes islamiques, ou fortement teintés d’islamisme, qui ont remplacé les dictatures (qui étaient pro-occidentales, il faut le répéter) ; mais on a également des masses arabes qui ont fait l’expérience d’une révolution politique contre leurs anciens dictateurs et qui pourraient très bien déclencher une autre révolution contre les États-Unis et, pourquoi pas, le monde occidental d’une façon générale. Ce n’est donc pas une formule de style que de dire qu’une attaque préventive d’Israël déclencherait une véritable guerre mondiale.

Le problème reste que les auteurs du rapport susmentionné ne font absolument aucune proposition, et se contentent de vouloir informer et de stimuler la réflexion aux États-Unis sur les objectifs d’une attaque militaire contre l’Iran. Le rapport souligne la faible probabilité d’empêcher l’Iran de fabriquer une bombe atomique par la force militaire si celle-ci est limitée à une combinaison de frappes aériennes, d’attaque cybernétiques, d’opérations de commando, etc. Ce qui sous-entend qu’il faudra faire plus. Une attaque militaire ne ferait que retarder de deux à quatre ans la réalisation du programme nucléaire iranien, vider les caisses de l’État, créer des tensions sociales, mais les rédacteurs ne pensent pas que cela aboutira à un changement de régime ou à une capitulation : au contraire, cela accroîtrait la motivation du régime à fabriquer la bombe, afin d’empêcher de futures attaques.
La neutralisation du régime iranien et de son influence dans la région impliquerait l’occupation du pays, exigeant d’énormes ressources en hommes et en argent : « Considérant la grande dimension et la forte population de l’Iran, la force du nationalisme iranien, nous estimons que l’occupation de l’Iran exigerait une mobilisation de ressources de personnels plus grande que ce que les États-Unis ont connu pendant les dix dernières années dans les guerres en Iran et en Afghanistan réunies », dit le rapport.
Il ne fait pas de doute qu’en ce moment les autorités Etats-Uniennes ne sont pas enthousiastes à l’idée d’une guerre avec l’Iran – car c’est bien de cela qu’il s’agit –, préférant l’option diplomatique. Il existe cependant, en Israël et aux États-Unis mêmes, des fanatiques qui ne souhaitent qu’une chose : lancer des frappes prétendument « préventives » contre l’Iran. Il est possible qu’il y ait en Iran des hommes qui préféreraient voir à la tête des États-Unis une administration néoconservatrice plutôt que des personnes favorables à une issue pacifique, car comme pour Israël, la cohésion politique et sociale du pays est fondée sur le sentiment d’être assiégés. Ainsi s’expliquerait l’absence actuelle de toute perspective diplomatique : on attend que les élections mettent le républicain Romney à la tête du pays.

Conclusion:

On peut dire que la situation actuelle est la conséquence ultime d’une politique engagée il y a des dizaines d’années.
1. Une politique américaine consistant à écraser toute velléité de constitution au Moyen-Orient d’un pôle régional ayant sa dynamique propre, et à refuser l’idée qu’il faille négocier d’égal à égal avec ce pôle.
Deux exemples suffiront à illustrer ce fait :
– Lorsque le chef du gouvernement iranien Mohammad Mossadegh tenta, en 1953, de garantir à son pays le contrôle sur la production de pétrole et nationalisa l’Anglo-Iranian Oil Company, une réaction internationale immédiate ferma le marché au pétrole iranien 3. La CIA Etats-Unienne et le MI6 britannique organisèrent alors un coup d’État pour renverser Mossadegh… ce qui permit à la Standard Oil Etats-Unienne d’entrer sur le marché iranien.
– L’Égypte avait été tellement vassalisée à la politique internationale des États-Unis que, lorsque le président Moubarak, en 1990, s’était posé en médiateur pour empêcher la guerre avec l’Irak et pour trouver une solution arabe au conflit, l’éditorialiste du Washington Post avait écrit : « Ayant d’abord tenté de jouer les médiateurs, le président Hosni Moubarak semble maintenant vouloir gagner du temps. Washington est en droit d’attendre mieux de la part d’un pays qui accepte chaque année des États-Unis 2 milliards de dollars… » (Cité par l’International Herald Tribune, 10 août 1990.). 
2. Une politique israélienne d’expansion territoriale qui exclut toute possibilité de
dialogue avec les pays environnants, créant une situation de tension permanente dans la région. Cette politique a été très clairement définie par un certain Jobotinsky en 1923 dans un texte intitulé « Le mur d’acier, nous et les Arabes ».

Ce serait être extrêmement naïf de penser que ce qui a été dit en 1923 a pu évoluer : « Il ne peut être question d’une réconciliation volontaire entre nous et les Arabes, ni maintenant ni dans un futur prévisible. Toute personne de bonne foi, mis à part les aveugles de naissance, a compris depuis longtemps l’impossibilité complète d’aboutir à un accord volontaire avec les Arabes de Palestine pour la transformation de la Palestine d’un pays arabe en un pays à majorité juive. […] Nous ne pouvons offrir aucune compensation contre la Palestine, ni aux Palestiniens ni aux Arabes. Par conséquent, un accord volontaire est inconcevable. Toute colonisation, même la plus réduite, doit se poursuivre au mépris de la volonté de la population indigène. Et donc, elle ne peut se poursuivre et se développer qu’à l’abri du bouclier de la force, ce qui veut dire un mur d’acier que la population locale ne pourra jamais briser. Telle est notre politique arabe. La formuler de toute autre façon serait de l’hypocrisie 4. »

L’éventualité d’une guerre qui découlerait inévitablement de la décision de lancer une attaque contre l’Iran n’est pas quelque chose qu’on puisse écarter. La question qui se pose à nous est : quelle serait l’attitude du gouvernement français. Il nous semble important de faire savoir que cette possibilité reste envisageable, et qu’il faut nous y préparer par une mobilisation… préventive. Il ne fait pas de doute que dans les mois qui vont suivre, il faille alerter l’opinion, commencer à organiser une riposte afin de ne pas nous trouver dépourvus, comme nous l’avons été en 1990 lors du déclenchement de la guerre contre l’Irak 5.

1. « Israel, Iran, and the Military Option », www.cfr.org/middle-east/israel-iran-military-option/p28879
2. « Expert Report : US Strikes on Iran Would Risk Major War »,http://news.yahoo.com/report-us-str…
3. Nationaliser est une chose, assurer le suivi en est une autre. Mossadegh avait omis de prendre en compte le fait que l’Iran manquait de techniciens pour faire le travail et qu’il n’avait pas de pétroliers pour transporter le pétrole.
4. Cité par Ralph Shoenman, L’Histoire cachée du sionisme, Sélio, 1988.
5. Cf. René Berthier, L’Occident et la guerre contre les Arabes, L’Harmattan, 1994, disponible à Publico.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 27 septembre, 2012 |Pas de commentaires »

LES GRANDES PUISSANCES VONT EPINGLER L’IRAN A L’AIEA (AGENCE INTERNATIONALE DE L’ENERGIE ATOMIQUE)

Les grandes puissances vont épingler l’Iran à l’AIEA

LES GRANDES PUISSANCES VONT EPINGLER L'IRAN A L'AIEA (AGENCE INTERNATIONALE DE L'ENERGIE ATOMIQUE) dans REFLEXIONS PERSONNELLES 369294_photo-fournie-par-le-site-officiel-de-la-presidence-iranienne-montrant-ahmadinejad-dans-l-usine-d-uranium-de-natanz-le-8-avril-2008
VIENNE – Les Occidentaux ont convaincu la Russie et la Chine de se joindre à eux pour condamner l’extension continue du programme nucléaire iranien lors de la réunion du conseil de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), a-t-on appris mardi 11 septembre 2012 de source diplomatique.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne ont persuadé Moscou et Pékin, plus modérés dans le dossier iranien, d’exprimer leur sérieuse préoccupation, a indiqué à l’AFP un diplomate sous couvert d’anonymat.

Si les six se sont accordés sur un texte, il reste à déterminer si ce dernier sera soumis en tant que résolution au vote du conseil des gouverneurs de l’AIEA, réunis cette semaine au siège de l’institution à Vienne en Autriche, ou s’il fera l’objet d’une simple déclaration, ont expliqué d’autres sources diplomatiques.

Washington attend du conseil des gouverneurs un signal très clair de soutien au travail mené par l’AIEA et l’expression d’une forte inquiétude quant aux activités nucléaires de l’Iran, a déclaré à Washington la porte-parole du département d’Etat américain, Victoria Nuland.

Dans son dernier rapport, cette agence onusienne a fait état d’un doublement de la capacité d’enrichissement d’uranium de l’Iran sur le site de Fordo (centre), enfoui sous une montagne. Téhéran continue ainsi à ignorer des résolutions des Nations Unies lui demandant de mettre un terme à cette activité.

L’uranium enrichi est utilisé pour la production d’électricité ou d’isotopes médicaux, servant à diagnostiquer certains cancers, mais purifié jusqu’à 90%, il entre dans la fabrication de l’arme atomique.

L’Iran enrichit jusqu’à 20%, et peut, à partir de ce niveau, transformer rapidement l’uranium en matériau utilisable dans une bombe, selon les experts. Mais le pays nie catégoriquement vouloir fabriquer l’arme atomique.

L’AIEA a aussi accusé les autorités d’effacer des traces sur le site militaire de Parchin, près de Téhéran, où elle soupçonne l’Iran d’avoir procédé à des tests d’explosion conventionnelle applicable au nucléaire.

Quand l’agence pourra accéder sur les lieux, sa capacité à procéder à une vérification efficace aura été considérablement entravée, a-t-elle déploré.

Lundi, le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano, a exprimé sa frustration face à l’absence de progrès dans son dialogue avec l’Iran, qu’il accuse de ne pas coopérer pleinement avec l’agence, et a demandé de nouveau au pays d’accorder l’accès à la base de Parchin sans plus de délai.

(©AFP / 11 septembre 2012 22h11)

 

Nucléaire/Iran: les grandes puissances veulent marquer le coup à l’AIEA

VIENNE – Les grandes puissances ont décidé de condamner l’Iran pour l’extension continue de son programme d’enrichissement d’uranium lors du conseil de l’AIEA à Vienne, tout en réaffirmant la primauté de la voie diplomatique dans ce dossier alors qu’Israël fait pression pour plus de fermeté.

Le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France et Allemagne) s’est mis d’accord sur un texte, qui va être soumis sous forme de résolution aux 35 pays membres du conseil de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), réunis à huis clos jusqu’à vendredi à Vienne, a-t-on appris mercredi de source diplomatique.

Dans ce document, les grandes puissances expriment leurs sérieuses préoccupations concernant notamment l’augmentation des capacités d’enrichissement à Fordo, un site enfoui sous une montagne dans le centre de l’Iran.

Dans son dernier rapport, l’agence onusienne avait fait état d’un doublement de la capacité d’enrichissement à Fordo, montrant que Téhéran continuait d’ignorer des résolutions des Nations Unies lui demandant de mettre un terme à cette activité.

La réunion du conseil a été ajournée mercredi en début d’après-midi après le dépôt de la résolution. Le vote est attendu jeudi dans la matinée.

Les Occidentaux ont fini par convaincre la Russie et la Chine, toujours plus modérées sur le dossier iranien, à se joindre à eux, alors qu’Israël fait pression pour plus de fermeté envers Téhéran et agite depuis des mois la menace d’une intervention militaire.

Une résolution a plus de poids -au moins dans la forme- qu’une simple déclaration.

Si elle est adoptée, il s’agirait de la douzième en l’espace de neuf ans d’enquête de l’AIEA sur l’Iran.

Elle interviendrait alors que l’Etat hébreu et les Etats-Unis affichent de plus en plus ouvertement leurs divergences sur ce dossier. Washington a exclu lundi d’imposer à l’Iran une ligne rouge claire pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire, comme l’a réclamée à plusieurs reprises le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

La résolution est en soi une mise au point. Il est clair que personne ne veut voir une attaque israélienne contrecarrer la diplomatie, indique à l’AFP Mark Hibbs, du groupe de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.

L’importance de la diplomatie est soulignée à deux reprises dans le texte de résolution, ajoute-t-il.

L’uranium enrichi peut être utilisé pour la production d’électricité ou d’isotopes médicaux, servant à diagnostiquer certains cancers. Mais purifié jusqu’à 90%, il entre dans la fabrication de l’arme atomique.

L’Iran enrichit jusqu’à 20%, et peut, à partir de ce niveau, transformer rapidement l’uranium en matériau utilisable dans une bombe, selon les experts. Mais le pays nie catégoriquement vouloir fabriquer l’arme atomique.

Dans leur texte, les grandes puissances demandent aussi de nouveau à Téhéran de coopérer pleinement et sans délai supplémentaire avec l’AIEA.

Le document prend acte du refus de l’Iran d’accorder à l’agence l’accès aux sites qu’elle souhaite inspecter, en particulier la base militaire de Parchin, près de Téhéran.

L’AIEA soupçonne la République Islamique d’avoir procédé sur ce site à des tests d’explosion conventionnelle applicable au nucléaire. Elle a observé depuis février, via des images satellites, des activités sur les lieux laissant craindre que le pays soit en train d’effacer toute trace compromettante.

Quand l’agence pourra accéder aux lieux, sa capacité à procéder à une vérification efficace aura été considérablement entravée, avait-elle indiqué dans son dernier rapport. Le directeur général de l’agence Yujkiya Amano avait exprimé lundi sa frustration face à l’impasse de son dialogue avec l’Iran.

La dernière résolution de l’AIEA contre l’Iran remonte à novembre 2011, après la publication d’un rapport particulièrement sévère où elle présentait des éléments indiquant que le pays avait travaillé à la mise au point de l’arme nucléaire avant 2003, et peut-être ensuite.

Trente deux pays l’avait approuvée, l’Indonésie s’était abstenue, Cuba et l’Equateur avaient voté contre.

(©AFP / 12 septembre 2012 14h12)

 

Le conseil de l’AIEA adopte une résolution condamnant l’Iran

 
VIENNE – Le conseil des gouverneurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) a adopté jeudi 13 septembre 2012 une résolution exprimant sa sérieuse préoccupation concernant l’augmentation des activités d’enrichissement d’uranium de l’Iran, a-t-on appris auprès de diplomates.

La résolution, élaborée par les grandes puissances, a été adoptée à une majorité de 31 voix sur les trente cinq membres du conseil, réunis à huis clos cette semaine au siège de l’AIEA à Vienne. Cuba a voté contre, l’Equateur, l’Egypte et la Tunisie se sont abstenus, selon les mêmes sources.

Dans son dernier rapport, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), basée à Vienne, a fait part d’un doublement de la capacité d’enrichissement sur le site de Fordo (centre), montrant que l’Iran continue d’ignorer des résolutions des Nations Unies lui demandant de mettre un terme à cette activité sensible.

Une coopération de la République Islamique avec l’AIEA est essentielle et urgente afin de restaurer la confiance internationale dans le caractère purement pacifique du programme nucléaire iranien, souligne en outre le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France et l’Allemagne) dans ce texte.

Il insiste aussi clairement sur son engagement pour une solution diplomatique dans ce dossier, alors qu’Israël exige plus de fermeté de la part des Etats-Unis au point d’avoir crispé les relations avec son grand allié et a agité ces derniers mois la menace d’une frappe militaire.

L’examen de la résolution s’est avéré plus complexe que prévu, après le dépôt d’un amendement sur la forme par l’Afrique du Sud, qui fait partie du Mouvement des Pays Non-Alignés présidé désormais par l’Iran.

(©AFP / 13 septembre 2012 19h02)

 

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CONSTAT DU CUL-DE-SAC DU MONDE…(dedefensa.org)

Constat du cul-de-sac du monde…

(dedefensa.org)

CONSTAT DU CUL-DE-SAC DU MONDE...(dedefensa.org) dans REFLEXIONS PERSONNELLES afghanistan-guerre

Nous allons nous permettre de rassembler deux déclarations fort distantes, dans l’esprit et dans la forme, voire dans la mesure qu’on peut leur donner en fonction de ceux qui la disent. Mais elles ont leur contenu, qui n’est pas rien, et leur portée symbolique. Mises ensemble, presque comme un dialogue, ou comme un mélange, elles nous disent tout de la situation du monde.

• D’abord, il s’agit d’un extrait de cette déclaration qu’a faite le président russe Vladimir Poutine à ses ambassadeurs réunis à Moscou. Russia Today en rapporte l’essentiel, ce 9 juillet 2012. Il s’agit, comme toujours dans cette circonstance, d’un tour d’horizon des grandes questions du monde. Poutine, selon le classement de RT, commence par un constat qu’on n’a pas l’habitude d’entendre : nous sommes dans une crise considérable et personne n’en connaît la sortie. Dit officiellement et de la bouche d’un dirigeant d’un tel poids, c’est un constat d’un énorme poids et, surtout, la confirmation que les Russes mesurent la gravité très profonde de la situation, ce que nous nommons “crise terminale” ou “crise haute », c’est-à-dire bien au-delà des contingences iranienne, syrienne, etc. A notre connaissance, c’est la première fois qu’un dirigeant de cette importance déclare que la crise actuelle est sans issue… (“Pour l’instant” ? Cela va de soi, pour un dirigeant politique, mais la nuance pourtant de taille apparaît si complètement contestable qu’elle en devient dérisoire.)

AFGHAN-1 GUERRE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

«In discussing the global economic situation, Putin warned on the depth of the crisis and the lack of strategies to confront it. “It should be recognized that no reliable options for overcoming the global economic crisis are in sight,” he stated. “The debt troubles of the Euro zone which is gradually sliding into recession is just the tip of an iceberg of unresolved systemic problems faced by the global economy.”

»Putin provided a stinging rebuke of “the West’s” handling of the economic crisis, which, he says, has “eroded” the leadership roles of major western powers, including that of the United States. “The deficit of new development models against the background of eroding leadership of traditional economic locomotives such as the United States, the European Union and Japan is slowing down the dynamics of global economy,” Putin emphasized.

»Meanwhile, the increasing quest for decreasing energy resources is leading to market confusion.“The ongoing struggle for access to resources has intensified, provoking fluctuations in mineral commodities and energy markets,” he added. This convulsion is pushing western governments into prescribing what Putin describes as a “bombs and missile democracy” around the world, and particularly in the Middle East, which is grappling with fallout from the so-called Arab Spring…»

AFGHAN-2 MONDE

• La seconde intervention est d’un ambassadeur US… Au départ, il s’agit d’une interview donnée par l’ambassadeur des USA en Suisse Donald S. Bayer, ambassadeur à ce poste depuis le printemps 2009, au quotidien Der Bund de Berne, le 8 juin 2012. La déclaration fut aussitôt reprise par le site PressTV.com, le 8 juillet 2012. Le site iranien donnait notamment les précisions suivantes :

«In an interview with the Swiss daily Der Bund, Beyer pointed out that the US overall debt has exceeded USD 16 trillion and the country’s unemployment rate stands at 8.2 percent. Noting that the low-spending level in the US budget over the past two years has been unprecedented since the World War II, the American envoy went on to say that there is an implicit consensus among Democrats and Republicans that the country’s military budget needs to be reduced.

»With 900 military bases abroad, the US has the highest military expenditure in the world; however the matter is no longer acceptable, he added. Beyer contended that under the prevailing circumstances, no one considers war with Iran as an option and ruled out the possibility of another Cold War in the future.»

• La dernière phrase, surtout, était remarquable : aucun officiel US n’a jamais avancé une telle affirmation. Quelques heures plus tard, ce même 8 juillet 2012, un commentateur US, J. G. Caesearea, rectifiait la traduction de PressT.V.com, dans cette dernière phrase justement. Le texte, en allemand, était le suivant : «Niemand erwartet, dass aus dem Konflikt mit dem Iran ein Krieg wie im Irak wird, und es wird daraus auch kaum einen neuen Kalten Krieg geben.» La traduction donnait en réalité ceci, notablement différent de la version de PressTV.com : «Nobody expects from the conflict with Iran a war as in Iraq, and there will hardly come from it a new Cold War.» Caesearea introduisait un commentaire hostile à la déclaration de l’ambassadeur Beyer, estimant que la “catégorisation” par avance d’un conflit avec l’Iran limitait par avance l’action des USA, – ce qui lui semblait extrêmement dommageable.

AFGHAN-3 RUSSIE

Dire que les USA ont une économie dans en état beaucoup trop faible pour se lancer dans une guerre contre l’Iran n’est pas un argument nouveau. On l’entend chez des experts, ou chez certains extrêmement rares parlementaires (Ron Paul, certes), qui sont tous caractérisés par leur opposition à la politique officielle, expansionniste et belliciste, des USA, alias le Système. Mais qu’un diplomate US en activité fasse quelques confidences qui aille dans ce sens (incapacité de lancer une guerre de la dimension de celle de l’Irak), ainsi que sur d’autres aspects de la politique de défense et de sécurité nationale des USA allant également dans ce sens de limitations considérables, cela présente un cas plus remarquable et d’une réelle importance. La chose est évidente lorsque Brayer observe que le niveau actuel du budget US de la défense est trop élevé et laisse entendre que le réseau de 900 bases US à l’étranger fait partie d’un niveau de dépenses qui n’est plus soutenable. Par contre, lorsqu’il affirme que ce constat est partagé autant par les démocrates que par les républicains, il s’avance sans doute un peu trop, dans l’opérationnalité du fait ; peut-être est-ce le cas en théorie, quoi qu’il est soit dit fort peu publiquement dans ce sens, mais la pratique qui est démagogie pure à Washington conduit à observer que les actions parlementaires vont toujours dans le sens des augmentations budgétaires. L’automatisme de réduction de $500 milliards pour dix ans du budget du Pentagone (le cas de la sequestration) qui doit en théorie intervenir à la fin de l’année est considéré comme une catastrophe par le Pentagone lui-même, bien sûr, mais également par nombre de parlementaires, notamment du côté républicain, et la bataille en cours se conduit pour tenter à tout prix d’empêcher cette réduction. D’une façon plus générale, on observera qu’il s’agit d’une double impasse que décrivent ces constat, ceux de l’ambassadeur et ceux auxquels force la réalité : d’une part, les USA n’ont plus les moyens économiques de mener une guerre “de basse intensité” normale (type Irak), et cela malgré les retraits d’Irak et d’Afghanistan ; d’autre part, ils ne parviennent pas, à cause de la crise de leur direction politique, à mettre en place une entente réelle pour réduire leurs dépenses militaires. La corruption du personnel politique joue son rôle, mais également et surtout la paralysie gestionnaire du Pentagone qui ne peut envisager de réductions, uniquement pour tenter de maintenir son niveau actuel d’activité, sous peine de faillite…

AFGHAN-4 USA

Ainsi, les propos de l’ambassadeur, qui sont effectivement inédits quant à la nécessité de réduction des dépenses militaires, constituent-ils une démonstration politique du constat fait par Poutine : la crise est profonde et, surtout, il n’y a pas (aujourd’hui…) de “stratégie de sortie” de cette crise. L’ensemble de ces observations confirme évidemment le caractère systémique et fondamental de la crise, dont il est entendu qu’il doit être étendue à tous les domaines des activités du Système, pour constituer effectivement ce que nous nommons la crise haute à son niveau extrême du Système dans son entièreté. Ces aveux d’impuissance de source officielle sont de factures différentes ; l’un, de Poutine, est furieux dans la mesure où il attribue la responsabilité de cette crise à l’ensemble du bloc BAO, et cela avec les meilleures raisons du monde, en plus avec le facteur aggravant de voir ce bloc BAO aggraver lui-même les conditions de la crise en développant des politiques déstructurantes et déstabilisatrices (c’est-à-dire, en favorisant la dynamique d’autodestruction dans le cours de la dynamique de surpuissance, – mais qui s’en étonnerait, certes ?). L’autre, de source moins impérative et, disons, plutôt par inadvertance, fait un constat assez neutre mais qui, lorsqu’il est considéré à la lumière de la vérité de la situation que nous connaissons, confirme complètement quoique indirectement, pour la partie US, le propos de Poutine.

Ces deux observations sont de positions et de points de vue très différents, l’une venue d’un dirigeant politique à la fois dans le Système et à la fois dans une posture antiSystème (Poutine), l’autre venue de l’intérieur du Système (l’ambassadeur US). On observera qu’elles confirment ce que nous constatons de plus en plus souvent, à savoir que les dirigeants politiques sont obligés, avec plus ou moins d’“entrain” selon les nécessités, de suivre la course du Système tant est irrésistible son cycle surpuissance-autodestruction ; qu’en même temps, ils prennent conscience, avec plus ou moins d’acuité et de vélocité, que l’on se trouve dans un cul-de-sac. Poutine lui-même, lorsqu’ils déclarent à ses ambassadeurs, dans un autre passage de son discours, qu’ils faut qu’ils se tiennent prêts à toutes les situations, y compris les plus graves, fait implicitement l’aveu de son incapacité, d’ailleurs complètement évidente et compréhensible, à peser de manière décisive sur cette course du Système. Lorsqu’il précise que “la bataille en cours pour l’accès aux ressources s’intensifie”, provoquant des fluctuations sur la situation et les marchés de ces matières premières qui aggravent encore la crise de toutes les façons, il constate de facto que la tendance actuelle n’est nullement pour la recherche d’une issue à la crise mais pour son aggravation sans aucune perspective de sortie, c’est-à-dire le renforcement et le verrouillage du “cul-de-sac du monde”. C’est effectivement ce qu’il y a de plus impressionnant, et cela rejoignant évidemment notre analyse générale constante : les remous actuels, souvent chaotiques, qui sèment un désordre général et aggravent la crise psychologique (terrorisation, narrative, etc.), et où nombre de commentateurs veulent distinguer des grands plans hégémoniques ou autres, constituent en vérité, hors de toutes ces spéculations rationnelles et donc dérisoires, une course nihiliste à l’aggravation des choses par la surpuissance autodestructrice du Système, vers le but aveugle et automatique de l’entropisation du monde. On comprend évidemment que la consigne de Poutine soit de tenir autant que possible en protégeant l’indépendance de la Russie, – mais on comprend également qu’il n’y a aucune réponse possible, ni de la part de Poutine ni d’aucune autre, à la question ultime : tenir certes, mais pour quelle issue ? Nous en sommes arrivés, même du point de vue des directions politiques, au niveau des interrogations métahistoriques sur le fondement et la validité du Système, et ces interrogations toutes marquées de l’adage courant que “poser la question c’est y répondre”. Nous sommes directement confrontés au néant nihiliste de l’achèvement de la course du Système.

AFGHAN-5

…Et se justifie alors l’autre voie de raisonnement du même constat général : puisque nous y sommes, certes, autant laisser aller, et même favoriser cette oeuvre finalement salutaire d’autodestruction. Le “il faut tenir” de Poutine devient le conseil habituel du capitaine à ses matelots pendant la tempête : mettons-nous à la cape pour tenir le mieux possible pendant la tempête. Quant à elle, la tempête, on sait bien qu’elle ne dépend en rien du sapiens ; ce n’est pas du fatalisme anémiant, une trahison de la si belle “philosophie de l’optimisme” du Système (voyez où elle nous a menés), – c’est simple réalisme et lucidité de l’évidence.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 16 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

DES NAVIRES DE GUERRE RUSSES EN ROUTE VERS LE PORT SYRIEN DE TARTOUS…UNE GUERRE IMMINENTE ?…

ALERTE – Des navires de guerre russes en route vers le port syrien de TARTOUS…

Une guerre imminente ?…

DES NAVIRES DE GUERRE RUSSES EN ROUTE VERS LE PORT SYRIEN DE TARTOUS...UNE GUERRE IMMINENTE ?... dans REFLEXIONS PERSONNELLES NAVIRE

MOSCOU – Un groupe de navires de guerre russes, avec à leur tête l’Admiral Tchabanenko, un bâtiment de lutte anti-sous-marine, a quitté mardi Severomorsk, près de Mourmansk (nord-ouest), pour le port syrien de Tartous, seule base navale russe en Méditerranée, a annoncé Interfax.

Trois navires de transport de troupes ont quitté Severomorsk en compagnie de l’Admiral Tchabanenko, et deux autres bâtiments devaient les rejoindre au cours de leur périple, selon l’agence de presse russe citant une source militaro-diplomatique.

(©AFP / 10 juillet 2012 13h04)

 

Navires de guerre russes à Tartous en Syrie et autres petits bateaux …

 10 janvier 2012 user GUERRE dans REFLEXIONS PERSONNELLES Aschkel
Navire de guerre russe Positionnement pour une bataille navale grandeur nature ?Voir aussi – Vidéo du jour : L’Egypte la Turquie s’entraînent à la guerre

Navire-de-guerre-russe-2 ISRAEL Admiral-Tchebanenko

Des bâtiments de la Marine russe ont accosté dimanche au port de Tartous (ouest de la Syrie) pour procéder à un réapprovisionnement, a annoncé dimanche un représentant du département de l’Information et de la Presse du ministère russe de la Défense.

« Le navire anti-sous-marin Admiral-Tchebanenko, le patrouilleur Ladny, le pétrolier Lena sont entrés dans le port de Tartous, tandis que le porte-avions Admiral Kouznetsov et le remorqueur Nikolaï Tchiker sont restés en rade extérieure du port »

Navire-Charlottown-canadien RUSSIE navire de guerre canadien Charlottetown

Le navire de guerre canadien Charlottetown a quitté Halifax pour aller relever le NCSM Vancouver et se joindre aux autres bateaux de l’OTAN qui participent à une mission de lutte antiterrorisme en Méditerranée.

Le NCSM Charlottetown sera déployé jusqu’à l’été 2012. Le navire était d’ailleurs revenu de Méditerranée en septembre 2011. Son équipage, qui se prépare à cette mission depuis des mois, a été entièrement remplacé.

«Grâce à la présence du NCSM Charlottetown en Méditerranée pour l’opération «Active Endeavour», le gouvernement du Canada a une capacité d’intervention si une crise se déclenchait dans la région», a déclaré Greg Kerr, député fédéral conservateur de la circonscription de West Nova en Nouvelle-Écosse.


Précision:

Dans le cadre de l’opération « Active Endeavour », des navires de l’OTAN effectuent des missions de patrouille en Méditerranée où ils surveillent le trafic maritime afin de détecter et de décourager les activités terroristes, et d’assurer une protection contre ces activités.

Cette opération, qui s’inscrit dans le droit fil de la réaction immédiate de l’OTAN aux attentats terroristes perpétrés le 11 septembre 2001 contre les États-Unis, est prolongée en raison de son succès.

L’Alliance ayant précisé son rôle dans la lutte contre le terrorisme au cours des années suivantes, le mandat de l’opération a été régulièrement réexaminé et élargi.

Grâce à l’expérience acquise dans le cadre de l’opération Active Endeavour, l’Alliance a atteint un niveau inégalé de savoir-faire dans la dissuasion d’activités de terrorisme maritime en Méditerranée. Ces compétences peuvent s’appliquer dans le cadre d’autres activités internationales générales de lutte contre le terrorisme – et en particulier de lutte contre la prolifération et le trafic d’armes de destruction massive – ainsi que dans le cadre d’une coopération renforcée avec des pays non membres de l’OTAN et des organismes civils.


HMS-Daring SYRIE HMS Daring britannique

La marine britannique a décidé de déployer dans le golfe Persique son plus puissant bâtiment de surface, le HMS Daring Long de 152.4 mètres pour un déplacement de 7450 tonnes en charge, le HMS Daring est spécialisé dans la défense aérienne. A ce titre, il dispose de puissants radars et autres armements sophistiqués. Une présence navale « cruciale pour garder le détroit d’Ormuz ouvert »

En dehors de ces unités, la marine britannique positionne également dans le golfe une force significative en matière de guerre des mines. Ainsi, quatre bâtiments spécialisés sont présents dans la région depuis 5 ans. Il s’agit, en ce moment, des HMS Ramsey et HMS Pembroke, du type Sandown, ainsi que les HMS Middleton et HMS Quorn, du type Hunt. Ces chasseurs de mines seraient notamment employés si, d’aventure, l’Iran décidait de bloquer le détroit d’Ormuz, une menace que Téhéran a de nouveau proféré ces dernières semaines. Vital pour l’économie internationale, et notamment européenne, cet étroit passage entre le golfe et l’océan Indien, par où transite plus d’un tiers du pétrole mondial, est considéré comme stratégique par le Royaume-Uni et ses alliés. C’est pourquoi Londres maintient dans le secteur une force navale importante, qui travaille en coopération avec les pays alliés du Golfe et les autres puissances occidentales présentes sur place (notamment les Etats-Unis et la France). « Notre présence navale commune dans le golfe, que nos partenaires régionaux apprécient beaucoup, est la clé pour garder le détroit d’Ormuz ouvert au commerce international », a déclaré le ministre britannique de la Défense. « La perturbation des approvisionnements en pétrole transitant par le détroit menacerait la croissance économique régionale et mondiale. Toute tentative iranienne pour fermer Ormuz serait illégale et échouerait », a prévenu Philip Hammond. Une déclaration qui fait suite à celle de son homologue américain, Leon Panetta, qui a indiqué le week-end dernier que les Etats-Unis répondraient par la force à un éventuel blocage du détroit.

Par Aschkel pour Israël-flash –

source :

meretmarine -nato-canoe-rian.ru

Copyright © Israël Flash – Reproduction autorisée avec la mention et un lien vers la source

Un sous-marin lance-missiles de croisière    américain entre en Méditerranée

(11 juillet 2012)

 

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Le SSGN qui a franchi dimanche le détroit de Gibraltar
crédits : MARINE NATIONALE

10/07/2012

Dans le sillage du porte-avions nucléaire USS Dwight D. Eisenhower et de son groupe aéronaval, un bâtiment beaucoup plus discret d’ordinaire a été vu dimanche franchissant le détroit de Gibraltar. Il s’agit de l’un des quatre sous-marins nucléaires lance-missiles de croisière de l’US Navy.
  • Longs de 170.7 mètres et affichant un déplacement de 18.750 tonnes en plongée, les USS Ohio, USS Michigan, USS Florida et USS Georgia sont d’anciens sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SSBN) du type Ohio, reconvertis à partir de 2002.
  • A cet effet, les 22 des 24 tubes précédemment utilisés pour les missiles balistiques Trident accueillent désormais des modules de lancement pour Tomahawk, soit 7 missiles par tube, et donc un total de 154 Tomahawk embarqués (engins capables de détruire une cible terrestre durcie à plus de 1500 kilomètres).
  • Les deux autres tubes Trident, situés au plus près du kiosque, ont, quant à eux, été aménagés pour accueillir des équipements destinés aux commandos.
  • Les SSGN ont, en effet, été également pensés pour mener des opérations spéciales et peuvent embarquer, en plus de l’équipage (154 hommes), 66 commandos SEAL.
En plus des deux tubes modifiés pour le stockage d’équipements, les SSGN peuvent aussi transporter, en pontée, différents modules comprenant du matériel pour commandos (embarcations pneumatiques, sous-marins, drones…). C’est d’ailleurs le cas pour le SSGN croisé dimanche à Gibraltar.
  • En matière électronique, la refonte a porté sur une modernisation des moyens, avec par exemple l’ajout de mâts optroniques et de nouveaux systèmes de communication, notamment satellitaires.
  • Enfin, pour leur autodéfense, les sous-marins ont conservé leurs quatre tubes de 533mm, qui mettent en oeuvre des torpilles Mk48.
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L’USS Dwight D. Eisenhower (© : MARINE NATIONALE) Un coup de pression sur la Syrie et l’Iran ?  Disposant d’une puissance de feu considérable, ces sous-marins constituent une véritable arme de dissuasion. Et, l’an dernier, un bâtiment de ce type a été utilisé pour la première fois lors de l’intervention militaire, en l’occurence en Libye. Ainsi, en mars 2011, dans le cadre de l’opération « Odyssey Dawn », l’USS Florida a lancé à lui seul plus de 90 missiles Tomahawk sur les installations des forces fidèles au colonel Kadhafi.
Aujourd’hui, le bâtiment entré en Méditerranée pourrait faire peser une réelle menace sur la Syrie, où l’Iran. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle le franchissement de Gibraltar n’a manifestement pas été entouré d’une grande discrétion…
Les Américains vont, en tout cas, pouvoir jouer les gros bras en Méditerranée orientale puisque l’USS Dwight D. Eisenhower doit s’approcher de la Syrie avant, normalement, d’emprunter le canal de Suez pour gagner la région du golfe Persique, où se trouvent actuellement deux autres porte-avions américain, l’USS Enterprise et l’USS Abraham Lincoln.43092
L’USS Enterprise et son groupe (© : US NAVY)

 

Départ d’un cargo russe chargé d’hélicoptères  destinés à la Syrie

MOSCOU – Le cargo russe Alaed, qui avait dû faire demi-tour en juin au large de l’Ecosse sans avoir pu livrer à la Syrie des hélicoptères remis en état par la Russie, a quitté le port de Mourmansk, a annoncé vendredi l’agence publique russe chargée des exportations militaires.

Les hélicoptères MI-25 destinés à être retournés à la Syrie après réparation se trouvent comme auparavant à bord de l’Alaed, qui navigue du port de Mourmansk (nord-ouest, sur l’océan Arctique, ndlr) vers un des ports de la Fédération de Russie, indique Rosoboronexport dans un communiqué.

Le navire est parti mardi de ce port, où il était en rade depuis le 25 juin, vers la mer Baltique, ce qui l’oblige à passer au large de la Finlande et de la Norvège, a expliqué de son côté l’administration portuaire de Mourmansk, citée par l’agence de presse Interfax.

L’Alaed, qui bat pavillon russe et appartient à la compagnie privée Femco, devait rejoindre le port de Baltiisk, dans l’enclave russe de Kaliningrad, à l’est de la Pologne, selon la même source.

Le site internet spécialisé marinetraffic.com a, quant à lui, annoncé jeudi avoir repéré le bâtiment au large des côtes norvégiennes.

Le cargo de 9.000 tonnes est ensuite attendu le 17 juillet à Saint-Pétersbourg, encore plus à l’est dans la Baltique, a de son côté souligné Femco, également citée par Interfax.

On ignorait toutefois si l’Alaed allait en fin de compte lui-même directement livrer sa cargaison en Syrie.

Des révélations sur la mission de ce cargo avaient poussé son assureur britannique à résilier son assurance, ce qui l’avait empêché de facto d’entrer dans quelque port que ce soit pendant son précédent périple et l’avait obligé à retourner dans les eaux russes.

La Russie, alliée au régime de Damas, avait reconnu le 21 juin que l’Alaed transportait du matériel de défense antiaérienne et trois hélicoptères Mi-25 appartenant à la Syrie et remis en état sur le territoire russe.

Moscou va poursuivre ses livraisons à la Syrie de systèmes de défense antiaérienne et honorer les contrats conclus dès 2008 sur la réparation des hélicoptères fournis à ce pays, a annoncé mercredi le directeur adjoint du service fédéral de coopération militaire, Viatcheslav Dzirkaln.

Par ailleurs, un groupe de navires de guerre russes, avec à sa tête l’Admiral Tchabanenko, un bâtiment de lutte anti-sous-marine, a quitté mardi Severomorsk, près de Mourmansk, pour le port syrien de Tartous, seule base navale russe en Méditerranée.

D’autres navires, de la Flotte de la Baltique et de la Flotte de la mer Noire, devaient les rejoindre pour participer à cette mission, c’est-à-dire, affirment les autorités russes, à des manoeuvres sans rapport avec les événements en Syrie.

Une source anonyme citée par Interfax a à ce sujet déclaré que deux bâtiments de guerre de la Flotte de la Baltique faisant route vers la Méditerranée pourraient assurer la protection de l’Alaed.

(©AFP / 13 juillet 2012 15h25)

 

Les Etats-Unis accélèrent le déploiement d’un  porte-avions au Moyen-Orient

 
WASHINGTON – La marine américaine va accélérer le déploiement d’un porte-avions et de son escorte au Moyen-Orient pour faire face aux tensions dans la région, notamment en Iran et en Syrie, a affirmé lundi le porte-parole du Pentagone, George Little.

Le secrétaire (à la Défense Leon Panetta) a approuvé en fin de semaine dernière la requête du Central Command afin d’accélérer de quatre mois le déploiement de l’USS John-Stennis, a déclaré M. Little à des journalistes.

Le Centcom est le commandement américain responsable du Moyen-Orient, qui s’étend de la mer Rouge au Golfe et à la partie occidentale de l’océan Indien.

Ces dernières semaines, l’USS Abraham-Lincoln et l’USS Enterprise se trouvaient dans cette zone.

Le Lincoln a passé lundi le canal de Suez vers la Méditerranée, a annoncé la Marine américaine. Il doit être remplacé dans les prochains jours par l’USS Dwight-Eisenhower.

Actuellement en Méditerranée orientale, l’Eisenhower aurait dû se retrouver seul dans la zone après le départ de l’Enterprise, qui sera finalement remplacé à la fin de l’été par le Stennis, selon George Little.

La politique du Pentagone est de maintenir en permanence une moyenne annuelle de 1,7 porte-avions dans la région dépendant du Centcom, sur les 11 de l’inventaire américain. Depuis début 2012, deux porte-avions se sont toujours trouvés sur zone, signe des tensions dans la région, que le déploiement accéléré du Stennis ne fait que confirmer.

Le John-Stennis avait rejoint son port d’attache de Bremerton (Etat de Washington, nord-ouest) seulement en mars, après huit mois de déploiement. Au début de l’année, l’Iran avait menacé de s’en prendre aux navires militaires américains qui repasseraient le détroit d’Ormuz après que le porte-avions eut croisé dans le Golfe.

Plusieurs navires, dont des porte-avions, sont depuis retournés dans le Golfe sans que Téhéran ne réagisse mais les tensions restent fortes et les Etats-Unis ont renforcé de manière significative leurs moyens militaires dans la région, notamment en matière de lutte contre les mines.

Le détroit d’Ormuz est un goulet stratégique par lequel transitent 40% des exportations mondiales de pétrole par voie maritime. Leon Panetta a averti que son blocage constituerait une ligne rouge pour les Etats-Unis.

(©AFP / 16 juillet 2012 19h22)

L’armée turque déploie des missiles sol-air à la frontière syrienne

ISTANBUL – L’armée turque a renforcé son dispositif le long de la frontière syrienne avec l’envoi dimanche de batteries de missiles sol-air et de véhicules de transport de troupes à Mardin (sud-est), a rapporté l’agence de presse Anatolie.

Un convoi ferroviaire transportant plusieurs batteries de missiles antiaériens et de véhicules de transport de troupes est arrivé à la gare de Mardin, placée pour l’occasion sous haute surveillance, a affirmé Anatolie.

Le convoi comprenait au moins cinq véhicules équipés de missiles anti-aériens, selon des images diffusées par la chaîne NTV.

Les équipements doivent être répartis au sein des différentes unités déployées le long de la frontière syrienne, a ajouté l’agence, citant une source militaire locale.

Ces mouvements interviennent alors que trois des sept postes-frontières syriens avec la Turquie ont été pris par les rebelles syriens au cours des six derniers jours.

Les relations entre la Turquie et la Syrie, très mauvaises depuis le début de la répression des mouvements de contestation du régime du président Bachar al-Assad, en mars 2011, se sont gravement tendues fin juin après que la défense antiaérienne syrienne a abattu un avion de combat turc au large de ses côtes.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a alors annoncé que les règles d’engagement militaire vis-à-vis de la Syrie avaient été changées, de telle sorte que tout élément militaire qui posera (…) un danger de sécurité à la frontière turque venant de la Syrie sera considéré comme une cible.

Ces déclarations ont été suivies par le déploiement de batteries antiaériennes le long de la frontière, et des patrouilles aériennes ont survolé les abords de la frontière à plusieurs reprises début juillet alors que des hélicoptères syriens s’en approchaient.

(©AFP / 22 juillet 2012 16h16)

 

 

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 10 juillet, 2012 |2 Commentaires »

L’ONU PRESSEE D’AGIR VITE ET FORT SUR LA SYRIE

L’ONU pressée d’agir vite et fort sur la Syrie

L'ONU PRESSEE D'AGIR VITE ET FORT SUR LA SYRIE  dans REFLEXIONS PERSONNELLES SYRIE2

vendredi 6 juillet 2012 15h01
 
 par Patrick Vignal et Julien Ponthus

PARIS (Reuters) – Les Nations Unies doivent agir rapidement pour tenter de débloquer la crise syrienne et précipiter la fin du régime de Bachar al Assad, a déclaré vendredi le groupe des Amis du Peuple Syrien après une réunion à Paris.

Les pays qui soutiennent le soulèvement contre le régime de Damas demandent au Conseil de Sécurité de l’ONU d’adopter une résolution pour imposer les dispositions du plan de paix de l’émissaire de l’ONU et de la Ligue Arabe, Kofi Annan.

Les Amis du Peuple Syrien rejoignent ainsi la position de la France, favorable à une résolution sous chapitre VII, c’est-à-dire autorisant tous les moyens, y compris militaires, pour faire appliquer le plan Annan.

Celui-ci exige notamment un désengagement militaire du régime et le lancement d’un processus de transition politique.

« Nous allons faire en sorte que l’action du Conseil de Sécurité soit renforcée, ce qui signifie clairement un appel à l’adoption d’urgence d’une résolution sous chapitre VII », a dit le ministre français des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, lors de la conférence de presse de clôture de la réunion.

Un tel projet se heurte cependant à l’opposition de la Russie, qui soutient militairement le régime de Damas, et de la Chine, qui s’aligne sur les positions de Moscou depuis le début de la crise syrienne.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, qui a assisté à la réunion, a souligné que la Russie et la Chine devraient payer le prix de leur soutien à Bachar al Assad.

La centaine de pays présents à Paris se sont accordés à estimer que l’homme fort de Damas devait s’écarter.

« Pour l’ensemble des participants, une évidence s’impose : Bachar al Assad doit quitter le pouvoir et le plus tôt sera le mieux », a dit Laurent Fabius.

La réunion de Paris, en présence de représentants de l’opposition, s’est tenue alors que les signes de délitement du régime se multiplient sur le terrain.

« COUP DUR »

Bachar al Assad a ainsi été confronté jeudi à la plus importante défection depuis le début de l’insurrection, avec le départ pour la Turquie du général Manaf Tlas, membre de la Garde républicaine. Il est en route pour la France, a précisé Laurent Fabius, qui a parlé de « coup dur pour le régime ».

L’opposition à Bachar al Assad est cependant loin d’être unie. Les querelles entre opposants sont apparues au grand jour lorsqu’ils en sont venus aux mains cette semaine lors d’une réunion dans un palace du Caire.

La recherche d’une solution diplomatique ne progresse guère, Russie et Chine ayant à nouveau refusé le week-end passé, lors d’une réunion à Genève, d’appuyer une déclaration réclamant une transition politique et la mise à l’écart de Bachar al Assad.

Ryad Seif, membre du Conseil National Syrien présent à la réunion de Paris, a souligné que les belles déclarations d’intention n’empêchaient pas les massacres sur le terrain.

« Nous souhaitons que votre amitié soit efficace et puisse arrêter les morts en Syrie », a-t-il dit aux participants – des ministres des Affaires étrangères pour la plupart.

En plus d’exhorter l’ONU à agir, les Amis du Peuple Syrien ont souhaité que les responsables et soutiens de la répression soient plus durement sanctionnés, l’opposition plus soutenue et l’aide humanitaire à la population renforcée.

Sur le terrain, les combats s’intensifient. L’armée syrienne a continué ces derniers jours de bombarder les positions rebelles, notamment à Douma, dans la banlieue de Damas.

Le conflit, qui dure depuis mars 2011, a fait plus de 16.000 morts, selon un chiffre donné vendredi par Laurent Fabius, et aucune accalmie ne se dessine.

La France estime toutefois que la mobilisation contre le régime syrien marque des points et que la réunion de Paris en a témoigné. « C’est une bonne journée pour le peuple syrien et une mauvaise journée pour Bachar al Assad », a dit Laurent Fabius.

Julien Ponthus et Patrick Vignal, édité par Emmanuel Jarry

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Grandes manoeuvres de l’armée syrienne

DAMAS (AP) — L’armée syrienne vient d’entamer des exercices militaires à grande échelle, annonce dimanche l’agence officielle SANA. A l’appui de cette démonstration de force, des tests de missiles, manoeuvres terrestres, navales et aériennes apparemment destinés à prouver que le régime de Damas se tient prêt à risposter à toute éventuelle agression.

L’agence de presse officielle syrienne SANA a rapporté dimanche que les manoeuvres avaient commencé la veille par un exercice des forces navales simulant la riposte à une attaque par la mer. L’agence précise que ces manoeuvres doivent durer plusieurs jours.

La Syrie semble ainsi vouloir mettre en garde la communauté internationale contre toute volonté d’intervention militaire dans le conflit dans le pays. AP

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(AP / 08.07.2012 12h04)

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 6 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

CE QUE LA SYRIE VEUT DIRE POUR LA RUSSIE (Fida DAKROUB)

Ce que la Syrie veut dire pour la Russie

CE QUE LA SYRIE VEUT DIRE POUR LA RUSSIE (Fida DAKROUB) dans REFLEXIONS PERSONNELLES SYRIE-300x163

Fida DAKROUB

Dans les derniers jours du sommet du G20, les responsables atlantiques semblaient vouloir encore une fois jouer la comédie sur la scène internationale, agir comme s’ils formaient le seul groupe de théâtre dans la ville, organiser des spectacles solo dans les couloirs du sommet, à Los Cabos, et présenter ainsi un monologue plus burlesque que les tirades d’Arnolphe [1].

 Généralités

Qui n’en a pas suivi les déclarations concernant la Syrie en marge du sommet du G20 ? Qui n’a pas lu les analyses qui ont suivi ? Des analyses se sont fait jour sur le Web, interprétant les relations Moscou-Damas en présentant un discours médiatique déterminé par son point de départ ainsi que par son point d’arrivée. Des analystes, qui se veulent objectifs, interprètent la position de Moscou de la crise syrienne en tant qu’une position purement pragmatique, soumise aux prix d’échange et de négociation tels qu’ils sont déterminés au bazar des intérêts géopolitiques et stratégiques des grandes puissances. À plus forte raison, le point commun qui caractérise leurs analyses c’est qu’elles commencent par la même constatation – les Russes sont pragmatiques – et se terminent par la même conclusion – les Russes vendront le président syrien Assad une fois que les Occidentaux et les Arabiques auront payé le prix demandé. Ainsi qu’en témoignent les analyses publiées sur le Web, qui répandent aussi, d’une manière sinistre, un état lugubre et cafardeux parmi les lecteurs, et attirent par conséquent les hiboux et les corbeaux de la région s’étendant du désert du Sinaï, au Sud, jusqu’au plateau d’Anatolie, au Nord.

Brouillage atlantique

Les sources d’information de telles analyses restent toujours les mêmes : les dirigeants et les responsables arabiques et atlantiques qui font souvent des déclarations soupçonnables, mais intentionnelles, concernant la Syrie. D’ailleurs, l’objectif de telles déclarations se précise en deux points : premièrement, démoraliser les masses et les forces qui soutiennent le gouvernement syrien, et qui se tiennent résistantes face à la propagande arabo-atlantique ; deuxièmement, perturber les relations diplomatiques Moscou-Damas.

À titre d’exemple, le ministre français des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, a déclaré le 14 juin que Paris et Moscou avaient entamé des pourparlers concernant la période après-Assad [2] . Parallèlement, le porte-parole du département d’État américain, Mme Victoria Nuland, a annoncé pour sa part que Washington et Moscou « continuent des pourparlers concernant l’après-Assad » [3] . Ajoutons à ceux-ci les déclarations des chefs atlantiques au sommet du G20, à Los Cabos au Mexique. En marge du sommet, le président français, François Hollande, a affirmé que Moscou jouait « son rôle pour permettre la transition » en Syrie, impliquant le départ de Bachar al-Assad du pouvoir [4]. Branché sur la même prise électrique, le premier ministre britannique, David Cameron, ne voulant pas manquer la fête, a annoncé que le président russe, Vladimir Poutine, avait changé sa position et il voulait désormais le départ du président Assad : « la position du président Poutine devient explicitement claire, il ne veut plus Assad au pouvoir » [5], affirma-t-il.

Ainsi, partout aux capitales de la Sainte-Alliance arabo-atlantique, des prophètes et des messies clairvoyants se sont précipités à l’autel des médias de l’ordre pour annoncer la « Bonne nouvelle » au peuple syrien et aux Gentils des nations : le président russe, a exprimé son intention à abandonner le Satan de Damas et à se joindre à la Sainte-Alliance. Alléluia !

Comme d’habitude, suite à de pareilles prophéties, des analystes, des experts stratégiques et des gitans clairvoyants se sont avancés sur la scène pour prévoir, dans la boule de Cristal magique, la « chute inévitable » du président syrien, Bachar al-Assad.

« Cieux, écoutez ! terre, prête l’oreille ! car l’Éternel parle » [6] .

Pourtant, les déclarations de type commérage des chefs atlantiques ont été immédiatement rejetées par Moscou. Le président russe, Vladimir Poutine, a estimé que « personne n’avait le droit de décider pour d’autres pays qui devrait être au pouvoir ou pas » [7] . Il a ajouté : « il est important que la paix s’établisse et que le carnage s’arrête à la suite d’un changement de régime ; et si l’on arrive à un tel changement, il devra être achevé par des moyens constitutionnels (…) la majorité du peuple syrien ne veut pas le départ d’Assad » [8] . Pour sa part, le ministre russe des Affaires Etrangères, Sergei Lavrov, a rejeté, de Bagdad, les déclarations atlantiques, et a confirmé que « Moscou ne discute pas un changement de régime, ni en approuvant des actions unilatérales au sein du Conseil de sécurité de l’ONU ni en participant à des conspirations politiques » [9] .

À quoi bon ces jeux enfantins performés sur la scène internationale par des chefs atlantiques ? et « de quel frivole soin mon esprit s’embarrasse ! » [10] .

Les constantes de la politique extérieure russe

Il est vrai que le « comportement » des nations, la Russie incluse, se mesure par leur pragmatisme ainsi que par leurs intérêts géopolitiques ; et que dans le jeu des nations, les principes et les amitiés permanentes n’ont pas de place ; pourtant, il est non moins vrai que ce même jeu de nations se détermine par des constantes et des variantes, qui à leur tour se soumettent à des déterminants géopolitiques, économiques et stratégiques.

Ceci dit, la position de Moscou de la crise syrienne se lit non en interprétant les prophéties des chefs atlantiques, mais plutôt en partant d’abord des constantes de la politique extérieure russe pour arriver ensuite à ses variantes. Précisons, ici, que la question des constantes qui peuvent exister dans la politique extérieure de telle ou telle nation ne doit être posée qu’avec beaucoup de circonspection, de sorte que toute prophétie ou clairvoyance quant à l’avenir sera évitée. Notons à ce propos deux éléments qui sont à la base de la politique d’une nation : « d’une part, ses ambitions en tant que société, qui tiennent elles-mêmes à sa composition sociale et à ses conceptions idéologiques ; d’autres part, le rapport de forces existant entre elle et les puissances qui sont ses concurrentes sur le plan régional ou sur le plan mondial. Ce rapport lui-même subit de constants changements en fonction des découvertes techniques et de l’évolution démographique qui caractérisent chaque époque » [11]. En prenant compte des points ci-devant, l’étude des relations Moscou-Damas abandonne le domaine de la clairvoyance pour se joindre au domaine de l’analyse objective.

Ce que la Syrie veut dire pour la Russie

Premièrement, en ce qui concerne les ambitions russes, il n’est plus secret que les Russes rêvent depuis des siècles d’arriver à des mers chaudes, sinon d’y avoir au moins un accès sûr et sécurisé [12]. Vue sa position géographique, le chemin le plus court menant à la Méditerranée, tout en partant de la Russie, passe par la Turquie. Évidemment, cette réalité géographique ne cache pas une certaine réciprocité : le chemin le plus court menant en Russie, tout en partant de la Méditerrané, passe aussi par la Turquie ; ce qui entraine à dire que le positionnement de la Turquie au sein de l’OTAN depuis l’après deuxième Guerre Mondiale constitue une menace stratégique à la Russie, qui se trouve obligée de chercher un contrepoids sur la côte est de la Méditerranée, pour qu’elle ne soit pas d’abord bloquée voire assiégée, ensuite envahie par l’OTAN à travers la Turquie ; et pour qu’elle puisse enfin, le cas échéant, s’infiltrer au-delà de la « boucle » turque et contre-attaquer toute menace probable de la part de l’OTAN. Notons, ici, qu’à la fin des années quarante, l’Union Soviétique se trouvait « assiégée » par un barrage de pays atlantiques et de régimes despotiques proaméricains qui bloquaient sa côté sud. Ce barrage s’étendait de la France à l’Ouest jusqu’en Chine à l’Est. Au Moyen-Orient, le barrage américain comportait des dictatures militaristes, telles que la Turquie et le Pakistan, et des monarchies despotiques imposées par l’occupation franco-britannique au lendemain du démembrement de l’Empire Ottoman en 1918 ; telles que, le royaume d’Irak, les émirats et sultanats arabiques, l’empire de Perse et le royaume d’Afghanistan. En Asie, la Chine de Tchang Kaï-chek était un satellite américain. Par contre, en 1947, les soviétiques ont trouvé en État hébreu leur « terre promise » ! Ce qui explique l’approbation par l’URSS du plan de partage de la Palestine de 1947 à l’ONU puis la reconnaissance quasi-immédiate de l’État d’Israël, en mai 1948. En plus, l’Union Soviétique a même permis au jeune État Hébreu « de s’imposer sur ses voisins arabes en lui fournissant d’importants armements durant la guerre de 1948-1949 » [13] . Par ailleurs, le rapprochement soviétique de l’État Hébreu a créé, parmi les Arabes, des méfiances et des soupçons face aux Soviétiques.

Pourtant, la lune de miel entre le pays de kolkhoz et celui de kibboutz devrait arriver à sa fin. Le rapprochement d’Israël et des États-Unis et la dégradation des rapports entre Soviétiques et Israéliens poussaient finalement Moscou, quelques années plus tard, à « repenser profondément sa politique moyen-orientale en établissant des liens avec les régimes nationalistes arabes » [14]. Dans les années soixante, la Syrie sous le commandement du parti Baath [15], offrait aux soviétiques un contrepoids idéal dans la région, après qu’ils avaient perdu leur influence en État Hébreu. Les relations de coopération économique et militaire entre les deux pays se renforçaient progressivement avec l’arrivée au pouvoir du président Hafez al-Assad en 1970 [16], pour qu’elles deviennent plus tard stratégiques sous le mandat du président Bachar al-Assad ; de sorte que les Russes ne semblent point, sous n’importe quelle circonstance, prêts à abandonner leur allié stratégique à des moments aussi critiques que ceux présentés par la guerre arabo-atlantique contre la Syrie. La preuve en est qu’après seize mois de pressions et de « propositions » arabo-atlantiques envers Moscou, les Russes sont plus que jamais déterminés à s’opposer, par tout moyen possible, à toute tentative arabo-atlantique visant à renverser le régime Assad par la force militaire ; que cette force soit de l’extérieur ou de l’intérieur. À plus forte raison, chaque fois que les Atlantiques menacent d’intervenir militairement en Syrie, des navires de guerre russes se dirigent vers les côtes syriennes. Mentionnons ici que selon une source au sein de l’état-major de la marine russe, deux grands navires de débarquement, le Nikolaï Filtchenkov, le César Kounikov et un remorqueur SB-15 [17] , se dirigeront vers le port de Tartous en Syrie. Il s’agit, en effet, de deux navires de guerres amphibies avec des milliers de marins, a indiqué l’agence Interfax [18] En un mot, même si la Russie et la Syrie n’ont pas annoncé officiellement la formation d’un front uni, au model du Bloc Socialiste à l’époque de la Guerre Froide, il reste à prendre en considération que la collaboration entre les deux pays, concernant le conflit au Moyen-Orient, a atteint, effectivement, un niveau stratégique.

Notons, ici, que les Russes ont connu des situations pareilles où ils devaient s’allier à d’autres pays avec lesquels ils ne partageaient pas de frontières. L’exemple le plus pertinent, ici, c’est l’alliance franco-russe (1892 – 1917) face à la Triple Alliance [19]. Les Russes visaient d’après cette alliance à éviter, à n’importe quel prix, de se trouver martelés par les ambitions expansionnistes du nouveau kaisar prussien, Guillaume II [20], qui avait mis fin à l’alliance des trois empereurs [21].

« Message » balistique Topol-M

Deuxièmement, il est vrai que la Russie, sous le mandat du président Boris Eltsine, a connu une période de souplesse discursive et de vulgarisation politique à l’américaine [22], mais cette période ne constitue qu’une variante limitée à un moment historique précis, celui de la chute de l’Union Soviétique. Par contre, sous le mandat de Vladimir Poutine et de Dmitri Medvedev, le rapport de forces existant entre la Russie et ses concurrentes sur le plan régional et sur le plan mondial a subi de constants changements en faveur de Moscou, et cela en fonction de nouvelles découvertes et inventions techniques dans le domaine militaire. Ainsi qu’en témoigne le « message » balistique intercontinental envoyé récemment par Moscou aux capitales occidentales.

De surcroît, après plusieurs échecs, l’armée russe a réussi, le 23 mai, à lancer avec succès, un prototype d’un nouveau missile balistique intercontinental, selon le porte-parole des Troupes Balistiques Stratégiques Russes (RVSN), Vadim Koval : « l’ogive d’essai a atteint ses cibles situées sur la péninsule du Kamchatka » [23] . Deux semaines plus tard, le 7 juin, les troupes RVSN ont effectué un autre tir d’essai réussi d’un missile balistique intercontinental RS-12M Topol. Le porte-parole a déclaré aussi aux journalistes que le missile avait atteint sa cible avec la précision requise.

D’ailleurs, ce qui caractérise le nouveau missile, ce sont les nouvelles technologies développées lors de la reproduction de missiles de cinquième génération ; ce qui réduit notablement les frais de sa création. Ce missile de 45 tonnes, à tête unique et à trois étages, a une portée maximale de 10 000 km et peut transporter une ogive nucléaire de 550 kilotonnes [24] . L’accélération rapide de sa vitesse très élevée au moment de lancement lui permet d’atteindre une vitesse de 7320 m / s et à parcourir une trajectoire plate allant jusqu’à 10 000 km ; ce qui le rend effectivement imperceptible par les radars, et élimine par conséquent l’efficacité du système antimissile américain (ABM) [25]déployé en Europe et en Turquie. Le missile est aussi « blindé » contre toutes radiations, impulsions électromagnétiques (IEM) [26], ou explosions nucléaires à des distances dépassant 500 mètres ; en effet, le missile a été construit selon une technologie précise lui permettant de survivre à toute sorte de frappe laser [27].

Il est clair d’emblée que le tir de missiles balistiques intercontinentaux russes a semé la confusion parmi les chefs de la Sainte-Alliance, qui ont bien décodé le message balistique de Moscou et en ont tiré la conclusion suivante : la position de Moscou de la crise syrienne, qu’elle soit au sein du Conseil de Sécurité ou sur le champ de bataille, est une position ferme et sérieuse, reposant sur des constantes historiques et stratégiques bien déterminées, soutenues à leur tour par une puissance militaire réelle ; et non sur des « bargaining » au bazar des intérêts provisoires. En effet, le tir de missiles balistiques a levé les doutes et dissipé les délires concernant la puissance militaire russe.

Ainsi, après deux décennies d’hégémonie atlantique  suite au démembrement de l’Union Soviétique et de la période de souplesse et de vulgarisation sous le mandat de Boris Eltsine, voici la Russie quittant la cour extérieure pour retrouver sa place à l’intérieur du temple, couronnée par les dieux du Panthéon d’Agrippa [28].

Fida Dakroub, Ph. D

Pour communiquer avec l’auteure : http://bofdakroub.blogspot.com/

Cet article a été publié initialement sur Mondialisation.ca

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© Droits d’auteurs Fida Dakroub, Mondialisation.ca, 2012

Docteur en Études Françaises (UWO, 2010), Fida Dakroub est écrivaine et chercheure, membre du « Groupe de Recherche et d’Etudes sur les Littératures et Cultures de l’Espace Francophone » (GRELCEF) à l’Université Western Ontario. Elle est militante pour la paix et les droits civiques. Fida Dakroub est une collaboratrice régulière de Mondialisation.ca.

[1] Dans « L’École des femmes » de Molière, Arnolphe emploie, dans ses nombreuses tirades, le champ lexical de l’amour – « amoureuse ardeur » – avec une aspiration à la noblesse des sentiments et qui, en même temps, est tourné en ridicule par la trivialité de ses préoccupations – la femme n’est qu’un objet « mariée à demi ».

[2] Press TV. (15 juin 2012). « Russia denies entering talks on political transition in Syria. »Récupéré le 20 juin 2012.

[3] loc. cit.

[4] L’Orient Le Jour. (21 juin 2012). Les forces syriennes essuient de lourdes pertes sans cesser la répression. Récupéré le 21 juin 2012.

[5] Russia Today. (20 juin 2012). Putin on Syria : No state can decide another’s government. Récupéré le 21 juin 2012 de http://www.rt.com/news/putin-g20-syria-assad-252/

[6] Essaïe, 1 :2.

[7] loc.cit.

[8] loc. cit.

[9] al-Akhbar. (14 juin 2012). Russia denies discussing post-Assad Syria. Récupéré le 20 juin 2012.

[10] Racine, Jean. Iphigénie, acte IV, scène VIII.

[11] Beloff, Max. (1953). Les constantes de la politique extérieure russe. In : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 8e année, N. 4, 1953. pp. 493-497.

[12] Pendant des siècles, les tsars russes ont rêvé d’un accès maritime à la mer Méditerranée. La France, la Grande-Bretagne, et l’Empire Ottoman craignaient que cette expansion mît en péril leurs intérêts dans la région. Le conflit a atteint son paroxysme avec la guerre de Crimée de 1853-1856. Environ 300 000 Russes sont morts dans les combats acharnés qui ont abouti à une perte militaire russe.

[13] Romeo, Lisa. (16 février 2012). Syrie et Russie : historique des relations de 1946 à 2012. Les clés du Moyen-Orient. Récupéré le 25 juin 2012.

[14] loc.cit.

[15] L’assistance économique de l’URSS se poursuit d’autant plus avec l’arrivée du parti Baath au pouvoir en 1963. Le nouveau régime instaure alors le « socialisme arabe » et se lance dans une importante réforme agraire et une lourde politique de nationalisation.

[16] Le 13 novembre 1970, Hafez al-Assad (1930-2000) prend le pouvoir en Syrie. Le nouvel homme fort du pays s’appuie également sur l’URSS pour asseoir son pouvoir et contrôler les fractions socialistes et communistes syriennes mais refuse toute forme d’ingérence dans les affaires internes du pays.

[17] Russia Today. (18 juin 2012). Russian warships ’ready to sail for Syria’. Récupéré le 21 juin 2012.

[18] L’Express. (18 juin 2012). Syrie : Moscou envoie deux navires de guerre vers sa base militaire de Tartous. Récupéré le 23 juin 2012.

[19] L’alliance franco-russe était d’abord un accord de coopération militaire signé entre la France et l’Empire Russe qui fut en vigueur de 1892 à 1917. Cet accord stipulait que les deux pays devaient se soutenir mutuellement s’ils étaient attaqués par un des pays de la Triple Alliance (dite aussi Triplice : l’Empire Allemand, l’Autriche-Hongrie et le Royaume d’Italie). Au sens large il s’agissait d’une coopération militaire, économique et financière entre les deux puissances.

[20] Le nouveau kaiser Guillaume II souhaitait avoir les mains plus libres et refusa de renouveler le traité de réassurance avec la Russie Impériale, mettant fin à l’entente des trois empereurs que Bismarck avait toujours défendue, permettant aux grandes puissances d’éviter la guerre.

[21] L’entente des trois empereurs constitue le premier système d’alliances bismarckien entre 1871 et 1875 afin d’isoler diplomatiquement la France. Le chancelier Bismarck chercha donc à rapprocher l’empire allemand de l’Autriche-Hongrie et de la Russie.

[22] Le mandat du président Eltsine a été éclaboussé par une corruption importante au niveau national, des crises politiques qui se succédaient et une maladie qui le rongeait.

[23] RIA Novosti. (23 mai 2012). La Russie teste un nouveau missile intercontinental. Récupéré le 23 juin 2012

[24] Le Courrier du Vietnam.(8 juin 2012). La Russie teste avec succès un missile balistique intercontinental RS-12M Topol. Récupéré le 23 juin 2012.

[25] USA Today. (27 mai 2008). General says Russia will counter U.S. missile defense plans. Récupéré le 28 juin 2012.

[26] L’impulsion électromagnétique (IEM), plus connue sous le nom EMP de l’anglais « Electromagnetic pulse » désigne une émission d’ondes électromagnétiques brève et de très forte amplitude.

[27] Missile Threat. (n.d). SS-27. Récupéré le 28 juin 2012.

[28] Le Panthéon de Rome est un édifice religieux antique situé sur le Champ de Mars, bâti sur l’ordre d’Agrippa au Ier siècle (av. È. C.), endommagé par plusieurs incendies, et entièrement reconstruit sous Hadrien (IIe siècle È.C.). À l’origine, le Panthéon était un temple dédié à toutes les divinités de la religion antique. Il fut converti en église chrétienne au VIIe siècle.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 4 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

BIELORUSSIE: LA DERNIERE DICTATURE D’EUROPE QUI N’EFFRAIE PAS LES BANQUIERS

Biélorussie

La dernière dictature d’Europe

qui n’effraie pas les banquiers…

BIELORUSSIE: LA DERNIERE DICTATURE D'EUROPE QUI N'EFFRAIE PAS LES BANQUIERS dans REFLEXIONS PERSONNELLES B11

Par Eric Simon (29 juin 2012)

Photo: Michaël BRIFFAUD

À l’ombre de l’Euro 2012, coincée entre Pologne, Ukraine et Russie, survit la dernière dictature européenne : la Biélorussie. Le président Loukashenko y réprime, y censure, voire y supprime tranquillement la moindre dissidence, sous le regard paternaliste de son puissant voisin russe. Malgré l’agacement des chancelleries européennes, le business s’intensifie. Les grandes banques françaises ou allemandes continuent d’y investir massivement. Visite d’une dictature oubliée.

arton2480-b944a BANQUIERS dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Pour sa toute première visite à l’étranger en tant que de nouveau président, Vladimir Poutine ne s’est pas rendu à Washington ou à Pékin, ni Berlin ni à Paris. Premier atterrissage, le 31 mai dernier… à Minsk. « Le fait que ma première visite à l’étranger a été au Bélarus, pays frère, reflète certainement la nature particulière de nos relations », a déclaré le président russe. Alexandre Loukashenko, inamovible chef d’État du Bélarus (ou Biélorussie) depuis 1994, ne dira pas le contraire, tant pour des raisons géopolitiques aussi anciennes que l’empire tsariste que pour des façons très similaires de gérer la vie politique. Quoique, sur ce point, Minsk a donné quelques leçons à Moscou…

Le 19 décembre 2010, pour fêter son quatrième mandat obtenu avec 80 % des voix dès le premier tour, Loukashenko avait déclenché le grand nettoyage : matraquage brutal de la foule de 30 000 personnes venues protester, plusieurs centaines de personnes blessées et interpellées, sept des neuf candidats arrêtés…

Brejnev et Staline pour modèles

B1 BIELORUSSIE

Jusqu’alors, en termes de gestion politique, le Bélarus tenait plus de la grisaille brejnevienne que de la terreur stalinienne ; sans le Parti communiste mais avec la plupart de ses oripeaux. Le modèle économique reste directement hérité de l’URSS, étatisé et collectiviste, avec une idéologie résumée autour de la personne du Bat’ka, le « Petit Père » Loukashenko, qui gouverne par décret. Le Parlement est totalement aux ordres.

Le régime, toutefois, garde une certaine légitimité auprès d’une partie non négligeable de la population : la politique économique et sociale menée depuis la chute du rideau de fer a permis au pays d’éviter le choc du néolibéralisme sauvage et ses conséquences, dont l’accroissement des inégalités et de la misère visibles chez ses voisins. « Loukashenko a offert à son peuple un contrat social : pas de liberté, mais la stabilité. Beaucoup l’ont soutenu pour cela », analyse Valentin Stefanovitch, vice-président du Centre des droits de l’homme « Viasna ».

Une balle dans la nuque

B2 DICTATURE

On y saupoudrait quelques mesures faussement démocratiques, selon les nouvelles pratiques à la mode dans les dictatures « modernes » : élections aux couleurs de pluralisme mais au résultats falsifiés, liberté de ton relative pour certains journaux régionaux peu influents. Bien sûr, outre les arrestations classiques d’opposants trop remuants, on avait noté quelques disparitions entre 1999 et 2000 – un ancien ministre de l’Intérieur, un ancien vice-président du Parlement, un homme d’affaires et un journaliste –, mais cette pratique n’avait pas duré.

Celle qui dure, cas unique en Europe, c’est l’institution de la peine de mort, comme l’a rappelé l’exécution d’une balle dans la nuque, en novembre dernier, des deux responsables « déclarés » de l’attentat d’avril 2011 dans le métro de Minsk. Le procès n’avait pourtant pas éclairé les nombreuses zones d’ombre. Depuis 1991, selon Amnesty International, au moins 400 personnes ont été exécutées au Bélarus ; le véritable chiffre n’est pas connu.

Le KGB encore vivace

B3 ECONOMIE

Décembre 2010 marque donc un tournant. « Finissons-en ! Il n’y aura plus de démocratie insensée dans le pays ! », avait déclaré à l’occasion Alexandre Loukashenko. Il faisait alors allusion aux concessions accordées aux desiderata de l’Union Européenne quant au déroulement des élections, où, pour la première fois, l’opposition avait eu accès aux médias d’État !

On serre les vis : l’opposition est décapitée par l’arrestation de ses leaders, les médias encore indépendants sont étranglés, les activistes renvoyés de leur travail ou de leur école… Une loi récente a encore élargi les pouvoirs du KGB, qui n’a pas changé de nom depuis la fin de l’URSS, et considère comme « espionnage » et « trahison » tout lien avec des organisations internationales.

Nouvelles formes de rébellion

B4 EUROPE

En réponse, d’autres méthodes de contestation sont apparues, certaines originales : des groupes silencieux se forment dans la rue et… applaudissent. Un décret a aussitôt interdit cette pratique, entraînant des situations inattendues : lors d’une intervention publique de Loukashenko, la fin de son discours fut saluée par… un silence de mort ; les gens avaient peur en applaudissant d’être confondus avec les opposants, ce qui est arrivé d’ailleurs avec un groupe de joggueurs : courir en réunion, n’est-ce point suspect ? Tous se sont retrouvés au poste ! Les policiers ont même dû un jour évacuer d’une place de Minsk un rassemblement de… peluches et autres jouets, portant des écriteaux explicites !

Pour répondre à ces nouvelles formes de rébellion, les arrestations, bien sûr, mais aussi la hausse de la violence : la police a reçu des ordres en ce sens, le matraquage systématique étant destiné à répandre la terreur sur les opposants. Le régime a par ailleurs inventé ce que Sacha Koulaeva, directrice du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH), appelle la répression par couches : « On vise les personnalités les plus reconnues dans tous les domaines et on les brise : cela fait réfléchir tous les autres, chacun sur son terrain, et doit faire augmenter la peur et l’autocensure. » Pour faire bonne mesure, on fait aussi pression sur les avocats de la défense… dont certains se sont vus retirer leur licence.

Ales Bialiatski, ennemi public n° 1

B5 RUSSIE

Le cas de répression le plus emblématique est celui d’Ales Bialiatski, président de Viasna, vice-président de la FIDH et présélectionné pour le prix Nobel de la Paix en 2007. Bialiatski s’est retrouvé en première ligne, déclaré « ennemi public n° 1 » sur tous les médias d’État. Honneur douteux, mais mérité. Car l’association Viasna et ses 200 militants ne se sont pas contentés d’assurer la défense des droits fondamentaux par une aide juridique et humanitaire aux interpellés ; ils ont aussi contribué à casser la peur de la répression financière en payant les amendes, souvent fortes, et les frais d’avocats à la place des condamnés. Ce faisant, ils formaient l’un des piliers d’une société civile active, aux côtés des quelques syndicats indépendants, des artistes, des réseaux sociaux…

Ales Bialiatski n’a pas hésité à appeler ouvertement au durcissement des sanctions ciblées, y compris d’ordre économique, contre les dirigeants biélorusses auprès des gouvernements européens et du Conseil de l’Europe. Difficile toutefois d’éliminer aussi ouvertement un personnage d’une telle stature internationale. Le régime bélarus a fait du coup preuve d’imagination en le faisant arrêter et condamner le 24 novembre dernier pour… fraude fiscale !

Quatre ans de camp

B8

Viasna est légalement interdite au Bélarus, son enregistrement ayant été refusé par les autorités. Elle n’a donc pas le droit de recevoir de financements étrangers pour ses activités. L’argent des donateurs, dont l’Union Européenne, arrivait quand même sur des comptes personnalisés à Vilnius ou à Varsovie. Or, à la suite des accords bilatéraux avec ses voisins sur l’entraide judiciaire datés de 1992, la Biélorussie a pu recevoir toutes les informations sur les comptes ouverts par Ales Bialiatski. Une bavure dont se mordent les doigts les autorités polonaises et lituaniennes, qui ont financé la défense de Bialiatski pour tenter de se rattraper.

Le mal est fait : car si l’avocat a prouvé sans peine que les sommes qui ont transité par les comptes incriminés ne constituaient pas ses revenus personnels, visés par la loi, cela n’a pas empêché Bialiatski d’être condamné à quatre ans de camp à régime sévère. « Quelque part, les autorités ont donné la meilleure note possible à l’activité de Viasna », ironise Valentin Stepanovitch, son adjoint, qui continue le combat.

Coup de gueule européen

B9

Les sanctions européennes sont-elles efficaces ? Dès 1997, le Conseil de l’Europe avait retiré au Bélarus son statut d’invité spécial pour manquement aux règles démocratiques. Les relations ne se sont pas arrangées depuis. Le 23 mars dernier, le Parlement Européen a renforcé ses sanctions entamées en 2006 à l’encontre du régime, ajoutant 12 individus et 29 sociétés à la liste des personnes et entités privées de visa. Ce qui donne aujourd’hui une liste noire de 243 personnes et 32 organisations et entreprises.

L’Europe exige toujours la libération des prisonniers politiques, la fin de la répression politique et de la persécution des médias indépendants. Minsk avait répliqué le lendemain par l’interdiction d’entrée sur son territoire « aux personnes qui ont participé à l’adoption de ces mesures », et a renvoyé l’ambassadeur de l’UE et celui de Pologne, ce qui a déclenché en solidarité le rappel de tous les ambassadeurs des pays de l’Union. Ambiance !

L’aide du FMI

B10

Les diplomates reviennent, sans doute en réponse à la récente libération de deux prisonniers politiques, dont l’ex-présidentiable Andreï Sannikov. Mais chacun reste prudent. Dans le passé, Loukashenko a déjà louvoyé de cette manière pour obtenir des aides européennes. Non sans succès : en 2008 et en 2009, contre quelques promesses démocratiques, le Bélarus avait réussi à intégrer le programme de Partenariat oriental de l’Union Européenne (avec l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, l’Ukraine, la Moldavie), et avait reçu un prêt de 2 milliard de dollars du FMI.

Car personne ne fait de l’isolement du pays un but en soi : passage stratégique pour le gaz de l’Est, le Belarus suscite au contraire l’intérêt de ses deux grands voisins. Par nostalgie soviétique, Loukashenko penche plutôt pour Moscou : Minsk a signé plusieurs accords visant à la création d’une entité confédérale avec la Russie, dont l’un a aboli des barrières douanières entre les deux pays. Mais le Bat’ka ne veut pas être un simple vassal. Il a fallu que Moscou coupe les robinets pétroliers pendant trois jours pour faire comprendre qui était le maître. Le différent concernait le prix des hydrocarbures, vendus à tarif préférentiel à Minsk, que Moscou voulait relever. Une affaire d’importance puisque ces hydrocarbures, revendus raffinés à l’Ouest au prix du marché, sont la principale ressource de devises du pays. C’est dans ces moments que Loukashenko revient, tout miel, dialoguer avec l’Ouest.

Le gaz avant la démocratie

BIE1

La crise n’a pas épargné le pays : déficit commercial abyssal, pénurie de devises et inflation galopante (108 % en 2011). L’aide occidentale attend plus que les gestes symboliques comme la libération de Sannikov. Les rapports de force changent : la Russie a obtenu en novembre 2011, par l’achat de la société Beltransgaz, le contrôle de 100 % des gazoducs du Bélarus qui assurent le transit de gaz russe vers l’Europe en échange d’accords économiques. Un nouveau sursis financier, certes, mais aussi un coup dur pour l’indépendance économique, donc politique.

Loukashenko reste cependant particulièrement tenace et ne dédaigne pas quelques pieds de nez à ses détracteurs. Les officiels marqués dans la liste noire des personnes interdites de visa parviennent à passer outre : le ministre de l’Intérieur biélorusse, Anatoli Koulechov, est venu quelques jours en France en janvier à l’invitation d’Interpol ; Loukashenko lui-même s’est déplacé à Vienne en représentant son pays pour le Comité Olympique. Les sanctions de l’UE admettent en effet des exceptions, notamment celles où le pays concerné accueille sur son territoire le siège d’une organisation internationale.

Une dictature qui attire les banquiers

BIE2

Malgré les sanctions économiques, les affaires ne se portent pas si mal. Les statistiques montrent que les exportations biélorusses vers l’UE sont passées de 439 millions de dollars à 1,74 milliard en janvier 2012. Une multiplication des échanges par 4 en comparaison avec 2011. Hypocrisie de l’UE ? D’abord dissensus parmi ces membres. La situation de la Lituanie ou de la Lettonie, par exemple, dépend beaucoup de la coopération économique avec le Bélarus. Et la Slovénie était prête à mettre un veto si l’UE entravait un projet immobilier important à Minsk… À l’Ouest, ce n’est pas mieux. Un document de la FIDH publié en janvier 2012 [1] montre que les secteurs bancaires français, britanniques et allemands, avec en tête la Deutsche Bank, Raiffeisen Bank, la Société Générale, BNP Paribas et la Royal Bank of Scotland, investissent massivement au Bélarus. BNP Paribas et la Deutsche Bank se sont, notamment, empressées de vendre sur les marchés les obligations émises par l’État biélorusse. La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), dont les États européens sont actionnaires, est même actionnaire d’une banque biélorusse [2].

Loukashenko a donc encore de solides atouts pour rester en place et maintenir la dureté du régime. La politilogue Alexandra Goujon a noté que la grande répression du 19 décembre 2010 est survenue deux jours après le début de la révolte tunisienne. Le despote libyen Kadhafi était un ami personnel du président biélolorusse, qui accueille également depuis 2010 l’ex-président kirghize Kurmanbek Bakiev, renversé en 2010. « Une série d’événements qui l’incitent à ne pas baisser la garde », analyse-t-elle. Loukashenko joue les incompris. Il n’a pas toujours tort : il souhaiterait juste que le Bélarus soit traité de la même manière que l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan ou la Russie. Ces pays ont aussi largement violé les droits de l’homme et savent manipuler les urnes. Mais cela n’a pas empêché le Kazakhstan de présider l’OSCE en 2010 et l’Azerbaïdjan de devenir un membre du Conseil de l’Europe !

Éric Simon

En photo : le président Loukashenko / DR

Notes:

[1] À télécharger ici.

[2] Belorussian Priorbank OAO.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 29 juin, 2012 |3 Commentaires »

TENSIONS CROISSANTES POUR L’ENERGIE EN MER EGEE

Tensions croissantes

pour l’énergie en Mer Egée

TENSIONS CROISSANTES POUR L'ENERGIE EN MER EGEE dans REFLEXIONS PERSONNELLES MER

rien ECONOMIE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

par F. William Engdahl

William Enghdal se concentre sur les ressources découvertes récemment en mer Egée, qui annoncent un profond bouleversement du paysage géopolitique. Dans le cas de la Grèce, alors que l’exploitation des réserves découvertes permettraient de résorber la dette, les maitres étrangers de cet État qui a perdu sa souveraineté ont des plans très différents. Ainsi Hillary Clinton est venue en personne à Athènes pour assurer les intérêts des États-Unis et de son époux Bill dans la région, alimentant pour le moins les tensions avec la Russie.

mer_egee_est-carte ENERGIE

La découverte fin 2010 d’importantes réserves de gaz naturel dans les eaux israéliennes en Méditerranée a incité les pays voisins à inspecter de plus près leurs propres eaux. Les résultats montrent que l’ensemble de la Méditerranée orientale regorge d’immenses réserves de pétrole et de gaz inexploitées. Ceci a d’énormes conséquences politiques, géopolitiques, économiques et pourrait avoir aussi des conséquences militaires.

Les premières explorations ont confirmé que les réserves en pétrole et en gaz étaient impressionnantes partout dans les eaux au large de la Grèce, de la Turquie, de Chypre et de la Syrie.

Le sirtaki de l’énergie

Avec la crise financière désastreuse que connaît le pays, il n’est pas surprenant que le gouvernement grec se soit sérieusement mis à chercher du pétrole et du gaz. Depuis qu’il en a trouvé, le pays s’est mis à danser un curieux ballet avec le FMI et les gouvernements de l’Union européenne, une sorte de « sirtaki de l’énergie » afin de savoir qui contrôlera ces immenses découvertes et donc, qui en bénéficiera en dernier ressort.

En décembre 2010, alors qu’il semblait que la crise grecque pouvait encore être résolue sans plans de sauvetage géant ou privatisations, le ministère grec de l’Énergie a constitué un groupe d’experts afin étudier les perspectives en matière de pétrole et de gaz dans ses eaux. L’industrie pétrolifère et gazière du pays a commencé à augmenter ses investissements après une première petite découverte de pétrole en 2009. Des études géologiques plus importantes ont alors été conduites. Les premières estimations révélèrent que la quantité de pétrole au large des côtes grecques dépasserait 22 milliards de barils dans la mer Ionienne à l’ouest et quelque 4 milliards de barils dans le nord de la mer Égée, à l’est. [1]

Les parties sud de la mer Égée et de la mer de Crète ne sont pas encore explorées et les chiffres pourraient in fine s’avérer être beaucoup plus élevés. Un précédant rapport du Conseil National Grec pour la Politique Énergétique annonçait : « La Grèce est l’un des pays les moins explorés en Europe au regard des réserves d’hydrocarbures potentielles » [2]. Selon l’analyste Aristote Vassilakis, « les enquêtes mesurant la quantité de gaz naturel ont évalué les réserves à 9 000 milliards de dollars » [3]. Même si une petite partie seulement de ceci était disponible, cela suffirait à transformer radicalement les finances de la Grèce et de toute la région.

David Hynes, l’expert en ressources pétrolières de l’Université de Tulane (Nouvelle-Orléans) a confié récemment à un auditoire à Athènes que la Grèce pourrait potentiellement résoudre sa crise et rembourser toute la dette publique via l’exploitation des nouveaux gisements de gaz et de pétrole découverts. Il estime que cela pourrait rapporter au pays plus de 300 milliards d’euros sur 25 ans. Mais au lieu de cela, le gouvernement grec est contraint d’accepter des remaniements ministériels, des réductions de salaires et des suspensions du versement de retraites pour obtenir un deuxième prêt de la part l’UE et de du FMI, ce qui ne fera que conduire le pays plus profondément encore sur le chemin du déclin économique. [4]

Il est notoire que les dirigeant du FMI et de l’UE, et notamment d’Allemagne, demandent que la Grèce vende ses ports et ses entreprises publiques, parmi lesquelles bien sûr les compagnies pétrolières d’État, afin de réduire sa dette. Dans le meilleur des cas, la vente des actions rapporterait au pays 50 milliards d’euros [5]. Les plans prévoient que l’entreprise publique de gaz naturel, DEPA, privatise 65 % de ses actions pour rembourser la dette [6]. Les acheteurs viendraient probablement de l’extérieur du pays, comme ce fut le cas pour d’autres entreprises grecques dans la même situation.

Le problème, au-delà de la demande du FMI que la Grèce brade ses ressources pétrolifères, réside dans le fait que la Grèce n’a pas déclaré de Zone Économique Exclusive (ZEE) comme la plupart des autres pays qui forent pour trouver du pétrole. Il y avait peu de besoins jusqu’alors. Une ZEE confère à l’État des droits spécifiques relatifs aux richesses du sous-sol dans ses eaux déclarées en vertu de la Troisième Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, entrée en vigueur en Novembre 1994. En vertu de celle-ci, une nation peut prétendre à une ZEE jusqu’à 200 milles marins de ses côtes [7].

La Turquie a déjà déclaré qu’elle considérerait comme un « acte de guerre » le fait que la Grèce fore plus loin dans la mer Egée [8]. Jusqu’à présent cela n’avait pas prêté à conséquences car aucune réserve de pétrole ou de gaz n’étaient connues. Désormais il s’agit d’un tout autre enjeu.

Evangelos Kouloumbis, ancien ministre de l’Industrie a récemment déclaré que le pays pourrait « couvrir 50 % de ses besoins avec le pétrole découvert dans les champs offshore de la mer Egée, et le seul obstacle est l’opposition turque vis à vis d’une éventuelle exploitation grecque » [9].

Hillary aussi sait danser

En juillet 2011, Washington a rejoint le sirtaki énergétique grec. La secrétaire d’État Hillary Clinton s’est rendue à Athènes en ayant en tête les questions énergétiques. Elle était accompagnée de son envoyé spécial pour l’énergie eurasiatique, Richard Morningstar. Morningstar a été le conseiller spécial du président Bill Clinton, chargé de la diplomatie énergétique dans le bassin caspien, et l’un des agents stratégiques de Washington dans les batailles géopolitiques visant à démembrer l’ex-Union soviétique et à faire encercler la Russie alors plongée dans le chaos par d’anciens États de l’URSS pro-OTAN.

Morningstar et le très controversé Matthew Bryza ont été les principaux architectes à Washington des projets étasuniens d’oléoducs et de gazoducs consistant à couper la Russie et ses ressources en gaz de l’Union Européenne. Bryza est un opposant déclaré à l’oléoduc russe South Stream qui passe à travers les pays de l’Est de la Méditerranée [10]. Clairement l’administration Obama n’est pas neutre concernant les nouvelles découvertes de pétrole et de gaz. Trois jours après qu’Hillary a quitté Athènes, le gouvernement grec a proposé la création d’une nouvelle agence gouvernementale pour gérer les appels d’offre en matière de prospections et de forages.

Morningstar est le spécialiste étasunien de la guérilla économique contre la politique énergétique russe. Il fut décisif dans la maintient du controversé oléoduc BTC qui part de Bakou, rejoint Tbilissi en Géorgie et va jusqu’au port Turc de Ceyhan, une coûteuse entreprise conçue uniquement pour éviter un transit via la Russie. Il a ouvertement proposé que la Grèce et la Turquie abandonnent leurs différents historiques concernant Chypre, ainsi que de nombreuses autres questions et s’entendent pour gérer conjointement leurs réserves de pétrole et de gaz en mer Egée. Il a également dit au gouvernement grec qu’il devait oublier la coopération avec Moscou sur le gazoduc South Stream ainsi que le projet de gazoduc Bourgas-Alexandroupolis [11].

Selon un rapport de l’analyste politique Aristote Vassilakis publié en juillet 2011, l’objectif de Washington en poussant ainsi la Grèce et la Turquie à unir leurs forces sur le pétrole et le gaz réside dans le partage prévu des revenus de ces exploitations. Selon son rapport, Washington propose que la Grèce obtienne 20 % du chiffre d’affaires, la Turquie 20 % et la société états-unienne Noble Energy, société qui a déjà assuré le forage dans les eaux israéliennes et au large des cotés grecques, obtiendrait la part du lion, c’est à dire 60 % [12].

Bill, l’époux de la secrétaire d’État Hillary, est lobbyiste à Washington pour le compte de Noble Energy. [13]

Les complications chypriotes

Comme si ces complications géopolitiques ne suffisaient pas, Noble Energy, a également découvert d’énormes volumes de gaz au large de la République de Chypre. En Décembre 2011 la compagnie a annoncé un forage réussi dans une zone dont on estime qu’elle recèle au moins 200 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Charles Davidson, le directeur général de Noble Energy, a fait remarquer à la presse que « cette dernière découverte démontre que ce bassin est de première importance au niveau mondial, en terme de quantité et de qualité » [14].

Chypre est une pièce compliquée sur l’échiquier. Des documents déclassifiés du gouvernement états-unien des années 1970 révélés récemment, montrent qu’Henry Kissinger, qui était lors le secrétaire d’État, aurait activement encouragé et facilité l’armement du régime turc de l’ancien élève de Kissinger à Harvard et Premier ministre Bulent Ecevit pour organiser une invasion militaire de Chypre en 1974, ayant pour effet la partition ethnique de l’île entre un espace turc au nord et un autre grec et chypriote au sud ; une division qui perdure encore aujourd’hui. La stratégie de Kissinger, soutenue par les Britanniques, était destinée à créer un prétexte pour une présence militaire permanente états-unienne et britannique afin de pratiquer des écoutes militaires dans la Méditerranée orientale durant la Guerre froide. [15]

Aujourd’hui, la partie grecque du sud, où Noble Energy a découvert de larges gisements de gaz, est membre de l’UE. Son président, Demetris Christofias, est l’unique dirigeant communiste de l’Union Européenne. Il est également un ami proche d’Israël, et de la Russie. En outre, il est très critique à l’égard de la politique étrangère états-unienne, ainsi que de la Turquie [16].

En ce moment, Israël envisage de construire un gazoduc sous-marin depuis les champs israéliens du Levant à travers les eaux de Chypre jusqu’à la terre ferme grecque, pour approvisionner le marché de l’UE. Les gouvernements de Chypre et d’Israël se sont entendus sur la délimitation de leurs zones économiques respectives, en ignorant la Turquie. Cette dernière a ouvertement menacé Chypre du fait de son accord avec Noble Energy. La Russie a réagi en déclarant qu’elle ne tolérerait pas les menaces turques contre Chypre, compliquant encore un peu plus les relations russo-turques [17].

Les relations turco-israéliennes quant à elles, amicales par le passé, sont devenues de plus en plus tendues ces dernières années sous la politique étrangère d’Erdogan. Ankara a exprimé sa préoccupation au sujet des liens récents entre Israël et ses adversaires historiques, la Grèce et la partie grecque de Chypre. La République turque de Chypre du Nord, alliée de la Turquie, craint de ne pas être représentée de façon juste dans le partage du gaz après qu’Israël et Nicosie aient signé un accord pour se répartir les 250 kilomètres de mer qui les séparent. [18]

Il devient évident, surtout quand nous jetons en parallèle un regard sur la carte de la Méditerranée orientale, que l’appétit féroce pour les réserves de pétrole et de gaz et leur exploitation pose les bases d’un conflit de grande ampleur dans la zone, impliquant les intérêts stratégiques des États-Unis, de la Russie, de l’Union Européene, d’Israël, de la Turquie, de la Syrie et du Liban.

F. William Engdahl

 

rien EUROPE
Commentaires de l’article
Tensions croissantes pour l’énergie en Mer Égée
24 juin 2012 – 10h33 – Posté par 86.***.102.***

 

TROP , c’est trop .. J’ACCUSE !!!!
23 Juin 2012

Par MARIE CAROLINE PORTEU

Trop , c’est trop !! J’accuse

Voici quelque mois , j’ai écrit un billet intitulé: « Décolonisons l’Europe de l’Occupation Financière … »

Il y a quelques semaines j’en ai écrit un autre intitulé : « Ceci n’est pas un complot mais une stratégie . »

Je ne pensais pas avoir ce matin une démonstration aussi éclatante de la réalité de ces deux observations.

La Grèce a visiblement dans ses eaux maritimes des gisements pétroliers et gaziers d’une importance et d’une richesse exceptionnelles.

Cette nouvelle devrait faire la une de tous les journaux et un article remarquablement détaillé a été écrit sur le sujet par F. William Engdahl en Mars 2012, journaliste américain, spécialiste des questions énergétiques et géopolitiques.

Depuis des millénaires, les richesses d’un sous sol ou des eaux territoriales d’un pays appartiennent au pays lui-même et à son peuple . Il n’y a même pas besoin de se référer à une quelconque doctrine idéologique pour le savoir et le constater ..Ces gisements seraient visiblement totalement suffisants pour permettre à la Grèce de se désendetter .

Foskolos déclare qu’ il y aurait 22 milliards de barils de pétrole au sud de la Crète ; il estime les perspectives de développement en la matière à 2016-2017, et déclare que le sud de la Crète est aussi riche que l’Iran.

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 25 juin, 2012 |2 Commentaires »

LES ETATS-UNIS ETALENT LEUR HYPOCRISIE: WASHINGTON DENONCE L’ARMEMENT DE LA SYRIE PAR LA RUSSIE TOUT EN ARMANT LE BAHREIN (Forbes)

Les Etats-Unis étalent leur hypocrisie :

 Washington dénonce l’armement de la Syrie

 par la Russie tout en armant le Bahreïn (Forbes)

LES ETATS-UNIS ETALENT LEUR HYPOCRISIE: WASHINGTON DENONCE L'ARMEMENT DE LA SYRIE PAR LA RUSSIE TOUT EN ARMANT LE BAHREIN (Forbes) dans REFLEXIONS PERSONNELLES Syrie-Les-enfants-de-la-guerre-4_galleryphoto_paysage_std

Doug Bandow
Il n’y a pas si longtemps, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton disait que le Président Bashar Assad était une force de réforme. Maintenant elle se dit scandalisée par la Russie accusée de soutenir Assad en lui livrant des armes. Au même moment, les Etats-Unis sont en train d’armer le gouvernement de Bahreïn, qui opprime sa minorité Chiite.

La duplicité et l’hypocrisie sont peut-être inévitables en diplomatie, mais une duplicité et hypocrisie flagrantes ne le sont pas. Dénoncer solennellement Moscou parce qu’il se comporte comme Washington ternit l’image internationale de l’Amérique.

La Syrie est une tragédie, une guerre civile où la majorité de la population tente de renverser une dictature familiale. Mais contrairement à la Libye, une partie importante de la population soutien Assad ou s’oppose à une révolution qui pourrait déboucher sur une vague de violences contre les minorités ethniques et religieuses. L’avenir est sombre et il n’y a pas grand-chose que Washington puisse faire.

Par ailleurs, il n’y a là aucun enjeu pour la sécurité des Etats-Unis, ni même d’enjeu quelconque, qui puisse justifier une intervention militaire de plus dans un pays Musulman et Arabe. L’humanitaire n’est pas non plus une justification acceptable. L’Irak devrait ouvrir les yeux à tous ceux qui pensent que la guerre peut être un outil sophistiqué pour mener de délicats changements sociaux à l’étranger. Avec au moins 200.000 Irakiens tués au cours de la « splendide petite guerre » de George W. Bush, Barack Obama serait bien inspiré de garder les troupes à la maison.

Et il est temps que les responsables politiques américains cessent leur petit jeu international de « faites ce que je dis et pas ce que je fais ». Ca fait longtemps déjà que l’on assiste à un groupe de diplomatiques de Washington qui parcourent le monde pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme tandis qu’un autre groupe s’attelle à promouvoir la stabilité et la sécurité nationale. C’était particulièrement évident pendant la Guerre Froide. Les Etats-Unis défendaient tout ce qui était juste et bon, sauf dans les cas de la Corée du Sud, du Pakistan, de l’Egypte, du Nicaragua, du Chili, du Zaïre, de l’Iran, de la Somalie, de l’Irak, de l’Arabie Saoudite, et d’autres dictatures dans le tiers-monde.

Engagée avant l'heure - Syrie: Les enfants de la guerre - ParisMatch.com

La disparition de l’Union Soviétique a ôté à l’Amérique son apparent besoin de violer ses principes afin de les sauver. Puis la dénommée guerre globale contre le terrorisme a rapproché Washington du Pakistan, l’Arabie Saoudite et les voyoucraties d’Asie centrale. Plus récemment, l’administration Obama a eu du mal à réagir devant le Printemps Arabe parce qu’elle avait soutenu le dictateur égyptien Hosni Mubarak et se montrait parfaitement accommodant avec le dictateur syrien Bashar Assad.

Entretemps, Washington a retrouvé sa voix contre Assad, jugé de manière très opportune comme le probable perdant. Le Président Barack Obama a récemment déclaré « nous défendons des principes qui englobent les droits universels pour tous les peuples et des réformes politiques et économiques justes ». Au moins en ce qui concerne la Syrie.

Au moment même où l’administration fait campagne contre Assad, elle continue de soutenir l’autocratie du Bahreïn et son principal soutien autocrate, l’Arabie Saoudite. A la manière qui n’appartient qu’à eux, les officiels Américains ont appelé les deux camps à faire preuve de retenue – les Bahreïnis qui manifestent pour la Démocratie et les Bahreïnis qui tirent sur ceux qui manifestent pour la Démocratie.

Il ne fait aucun doute que la situation en Syrie est pire qu’à Bahreïn. Et aucune hypocrisie de Washington ne saurait justifier le comportement de Damas. Néanmoins, le comportement de l’administration Obama ridiculise toutes les proclamations du gouvernement américain en faveur de la démocratie et des droits de l’homme.

Le Bahreïn, comme la plupart des états du Golfe, est essentiellement une dictature monarchique. Une royauté sunnite manipule le système à l’avantage de la population sunnite minoritaire. La population chiite est défavorisée et réprimée. L’année dernière, les chiites se sont soulevés et ont connu la répression brutale des dirigeants de Manama qui ont fait une démonstration de leur pouvoir. Des manifestants pacifiques furent attaqués. Il y a eu de nombreux morts. Beaucoup ont été arrêtés, y compris des médecins qui soignaient des manifestants blessés. Le Bahrain Youth Society a documenté de nombreux morts et brutalités à l’encontre des manifestants au cours de l’année écoulée. Une enquête indépendante sur les droits de l’homme a révélé que la torture était une « pratique systématique ».

Le regard grave - Syrie: Les enfants de la guerre - ParisMatch.com

Selon le dernier bilan sur les droits de l’homme au Bahreïn du Département d’Etat : « les problèmes les plus flagrants relevés en 2011 sont l’incapacité pour les citoyens de changer de gouvernement par des moyens pacifiques ; le licenciement et l’expulsion des travailleurs et des étudiants engagés dans des activités politiques ; l’arrestation et détention arbitraire de milliers de personnes, y compris des médecins, des militants des droits de l’homme et des personnalités politiques, dont certains seront torturés et/ou tués en prison ; et l’absence d’état de droit. »

Ce n’est pas tout. Le Département d’Etat ajoute : «  Parmi d’autres préoccupations il y a les privations de vie arbitraires (sic – NdT) ; détention de prisonniers d’opinion ; violations de la vie privée et des libertés civiques, dont la liberté d’expression, de presse, de rassemblement, d’association et certaines pratiques religieuses. Dans certains cas, le gouvernement a imposé et renforcé les restrictions sur les déplacements des militants politiques. » En ce qui concerne la religion, explique le Département d’Etat, « la population musulmane sunnite jouit d’un statut privilégié et la population chiite est discriminée. » Et le Département d’Etat poursuit. Les chiites de Bahreïn n’ont pas subi uniquement la répression de Bahreïn. Le régime a naturellement accusé l’Iran d’avoir fomenté les troubles sans présenter de preuve quant à une implication de Téhéran. Cependant, d’autres états du Golfe, menés par l’Arabie Saoudite, ont envoyé des troupes pour venir en aide à la royauté bahreïnie. La Maison de Saoud est à la fois une kleptocratie familiale et une dictature sunnite. Riyad n’a certainement aucun respect pour les droits de l’homme. Le dernier rapport sur les droits de l’homme du Département d’Etat y signale : « parmi les problèmes figurent l’absence de droits ou de moyens légaux pour la population de changer de gouvernement ; des restrictions sur des droits universels tels que la liberté d’expression, y compris l’accès à Internet, et la liberté d’assemblée, d’association, de mouvement et de religion ; l’inégalité des droits pour les femmes et les enfants ainsi que pour les travailleurs. »

Le rapport mentionne aussi «  la torture et autres abus, des conditions de détention déplorables, l’arrestation et détention de prisonniers politiques, l’absence d’état de droit et les arrestations et détentions arbitraires, des violations arbitraires de la vie privée, des habitations et du courrier.  » Sur le plan de la vie privée, notamment les pratiques religieuses, le système est totalitaire. Les Etats-Unis sont allés en guerre contre l’Irak en s’alliant avec l’Arabie Saoudite mais le sort d’une femme chrétienne aurait été beaucoup plus enviable à Bagdad qu’à Riyad.

Une journée au parc d'attraction - Syrie: Les enfants de la guerre - ParisMatch.com

Les royaux saoudiens savent qu’ils mènent la belle vie et ils sont prêts à verser tout le sang qu’il faudra pour préserver leur système. Ce qui signifie étouffer la révolte chiite dans l’état voisin de Bahreïn. En fait, Riyad a proposé un quasi mariage à ses petits voisins, ce qui naturellement horrifié les chiites bahreïnies. On ne peut pas dire que la brutalité saoudienne empêche les présidents américains de dormir. Ces derniers ont régulièrement loué les dirigeants de la Maison de Saoud. En réalité, le mot « démocratie » a rarement été prononcé par un diplomate américain devant un prince saoudien.

Il faut reconnaître que Washington a été embarrassé par les protestations à Bahreïn. Il a froncé les sourcils devant la répression brutale des manifestations pro-démocratie et a déclaré que la famille royale al-Khalifa devait se montrer plus gentille envers la population qu’elle massacrait. Récemment l’administration Obama s’est déclarée « très déçue » par la décision de Bahreïn de confirmer les condamnations des médecins qui ont soigné les manifestants : «  ces condamnations semblent se baser, du moins en partie, sur les critiques émises par les accusés contre la politique et les actions du gouvernement ». Qui l’eut cru ?

Mas le Roi Hamad de Bahreïn a récemment menacé l’opposition pour avoir « insulté » l’armée, qui est le principal rempart du régime. Il a annoncé que les « services exécutives devaient prendre les mesures légales nécessaires pour mettre fin à ces violations. » Ce qui, selon l’expérience passée, signifie l’arrestation, la torture et la emprisonnement, et même la mort, pour les coupables. Pourtant, Washington persiste à jouer les équilibristes. Au début du mois, la porte-parole du Département d’Etat Victoria Nuland a dit : « Nous appelons toutes les parties à œuvrer ensemble pour mettre fin aux violences et s’abstenir de toute provocation. » Si seulement les chiites cessaient de critiquer leurs oppresseurs, ils ne se feraient peut-être pas tirer dessus.

Le dilemme de l’administration est évident. La 5ème flotte US est basée à Manama. Et les Etats-Unis ne veulent pas que des peccadilles telles que des violations des droits de l’homme par un état viennent entacher une si belle amitié.

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Cependant, les Etats-Unis ne cessent d’acquiescer devant la famille royale bahreïnie, ses pillages et ses tortures. Washington est activement en train de renforcer le régime. L’année dernière, sous pression du Congrès, l’administration Obama avait suspendu à contrecœur les ventes d’armes. A présent, Washington est en train de libérer 53 millions de dollars pour « du matériel déjà prévu et nécessaire à la défense de Bahreïn et le soutien aux opérations de la 5ème flotte. » D’autres assistances en matière de sécurité restent suspendues, du moins pour le moment. « Bahreïn est un partenaire et allié important en matière de sécurité dans la région et fait face à d’énormes défis, » explique Nuland. Peu importe comment l’administration tente de justifier sa décision, celle-ci sera perçue comme un soutien à la dictature d’al-Khalafi. Et ce que Manara comprendra, c’est « Vous devriez vraiment être plus gentils avec les gens que vous réprimez et, ah, au fait, voici les armes qui vous attendiez. » Un militant des droits de l’homme bahreïni, Mohammed al-Maskati, a protesté : « C’est un message clair de soutien aux autorités et de non-soutien à la démocratie à Bahreïn, de non-soutien aux manifestants de Bahreïn. »

L’administration reconnaît comment ses actions sont perçues. Un officiel US qui n’a pas été nommé a déclaré au (magazine) Christian Science Monitor : « Nous avons pris cette décision conscients du fait qu’il persiste un certain nombre de violations graves des droits de l’homme à Bahreïn et nous espérons que le gouvernement de Bahreïn se penchera sur la question. » C’est sûr, après avoir rempli son arsenal, le roi se fera un plaisir de se pencher sur la question.

Tom Malinowski, directeur à Washington de Human Rights Watch, tout en prenant acte que Washington affirme soutenir une réforme politique, déclare que «  le premier intérêt de sécurité nationale à Bahreïn à l’heure actuelle n’est pas la fiabilité des F-16 mais de s’assurer que des réformes soient mises en œuvre pour garantir la stabilité à long terme de la relation . »

La révélation sur la vente d’armes américaine a coïncidé avec l’attaque virulente de l’administration contre Moscou, accusé d’avoir fourni des hélicoptères à la Syrie. Une telle chose, a dit la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, « ferait escalader le conflit d’une manière tout à fait dramatique ». Elle a appelé Moscou à « couper totalement ses relations militaires » puisque « l’heure est venue pour toute la communauté internationale, y compris la Russie… de parler d’une seule voix à Assad et d’insister que la violence doit cesser.  »

Les accusations des Etats-Unis, délivrées avec le ton sentencieux habituel, se révélèrent fausses. Les hélicoptères étaient syriens et avaient été envoyés en Russie pour réparation. Apparemment, Moscou n’a pas vendu d’hélicoptères à Damas depuis les années 90. Le Ministre des Affaires Etrangères Sergei Lavrov a dit que son pays était « en train de finaliser des contrats signés et payés il y a longtemps. Ce sont tous sont des contrats qui ne concernent que des systèmes de défense aériens. »

Nuland a tenté de rattraper la bourde de Washington en déclarant que des hélicoptères, neufs ou réparés, pouvaient être employés contre des manifestants. Mais un officiel anonyme du Pentagone a déclaré au New York Times que la secrétaire d’Etat « manipulait l’affaire pour tenter de mettre les Russes en difficulté. » Ce qui aurait peut-être pu fonctionner avant qu’il ne devienne évident que le gouvernement représenté par la Secrétaire Clinton était en train d’armer la famille royale bahreïnie malgré son comportement brutal.

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Le Barheïn n’est pas le seul exemple. Washington a joyeusement échangé des armes américaines contre du cash saoudien malgré les violations par Riyad des droits de l’homme. L’Egypte s’éloigne de la démocratie mais continue de recevoir l’aide de l’étranger. Beaucoup de fonds US vont à l’armée pakistanaise, qui est la principale barrière à une véritable démocratie au Pakistan. Israël reste un partenaire privilégié malgré la mise sous coupe de millions de Palestiniens et l’occupation de la Cisjordanie. Les dirigeants américains ne laissent que rarement les droits de l’homme venir troubler le commerce des armes.

Ironiquement, des armes Russes à Damas pourraient contribuer à mettre fin à la guerre. Apparemment, la Russie a fourni à la Syrie quelques armes de défense aériennes et navales. Le chef de la société d’état d’exportation d’armes de la Russie a affirmé qu’elles permettraient à la Syrie de prévenir de toute attaque. Et Damas a bien plus de bonnes raisons que le Bahreïn pour chercher à se défendre. Ces derniers serait très certainement protégés par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis dans l’éventualité peu probable d’une attaque, supposément de l’Iran. Par contraste, des gens influents à Washington et dans les capitales européennes poussent à une attaque contre la Syrie. Des officiels de l’administration Obama ont déclaré à CNN que l’armée US avait complété ses plans pour une intervention en Syrie.

Le monde serait meilleur avec Bashar Assad et ses alliés dans les poubelles de l’histoire. Mais personne ne sait qui le remplacera, ni si le monde s’en porterait mieux. L’expérience de l’Amérique dans d‘autres aventures militaires folles indiquent que Washington devrait ne pas s’en mêler. Les Etats-Unis n’ont pas besoin d’une nouvelle guerre inutile et imprévisible dans le monde musulman. Dans le même temps, les responsables américains devraient cesser de jouer les donneurs de leçons. La moralisation sans fin a depuis longtemps miné la politique étrangère des Etats-Unis. Si Washington veut armer des régimes oppressifs, il ne peut pas à la fois préserver sa crédibilité et protester si Moscou en fait autant. Y compris en Syrie.

Doug Bandow

Source : http://www.forbes.com/sites/dougbandow/2012/06/18/u-s-hypocr…

Traduction « Forbes – la magazine des milliardaires et la voix des opprimés ! » par VD pour le « Grand Soir » .

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 21 juin, 2012 |Pas de commentaires »
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