LA SYRIE EST LE THEATRE D’UNE GUERRE ECONOMIQUE MONDIALE (Riadh SIDAOUI, Mehdia BELKADI / http://www.letempsdz.com)

La Syrie est le théâtre d’une guerre économique

mondiale

LA SYRIE EST LE THEATRE D'UNE GUERRE ECONOMIQUE MONDIALE (Riadh SIDAOUI, Mehdia BELKADI / http://www.letempsdz.com) dans REFLEXIONS PERSONNELLES syrie

-Riadh SIDAOUI-

Directeur du Centre Arabe de Recherches et d’Analyses

Politiques et Sociales :

arton19928-764f2 AFGHANISTAN dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Mehdia BELKADI

Le journaliste, écrivain et politologue suisso-tunisien Riadh Sidaoui est le fondateur et Directeur du Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales basé à Genève. Il est également rédacteur en chef de la revue Progressiste. Dans cet entretien, il décortique la crise en Syrie, théâtre de la guerre économique mondiale entre les puissances économiques occidentales et les économies émergentes et explique l’appui américain aux islamistes dans ce qu’on appelle le « printemps arabe ».

Le Temps d’Algérie : La Ligue Arabe vient d’octroyer un siège permanent à l’opposition syrienne. Comment interprétez-vous ce geste ?

Riadh Sidaoui :

Sur le plan interne, nous constatons aujourd’hui que la Ligue Arabe est l’otage de certains pays qui se sont octroyés la mission de propager la démocratie dans les pays arabes, alors qu’ils se trouvent être les pires dictatures. Les deux pays à la tête de la Ligue Arabe que sont le Qatar et l’Arabie Saoudite sont dépourvus de toute vie démocratique et sont en rupture totale avec les principes de démocratie, à savoir une tradition électorale, une vie syndicale, l’exercice des libertés d’expression et de pensée…

C’est ce qu’on appelle en sciences politiques des dictatures absolues. Sur le plan externe, la politique de la Ligue Arabe répond parfaitement aux intérêts des Etats-Unis. Le Qatar et l’Arabie Saoudite sont les principaux alliés des Américains dans la région et ont, de tout temps, aidé les Américains à appliquer leur agenda. L’Arabie Saoudite a financé les contrats (les éléments de la contre-révolution) en Amérique latine pour le compte de la CIA.

Cette dernière a besoin d’un budget énorme pour financer tous ses projets et a pu compter sur l’aide de son allié saoudien. C’est une situation surréaliste que de voir un tel acharnement de dictatures absolues en soutien à une opposition. Un acharnement qui a abouti, puisque les voix de l’Algérie et de l’Irak, qui ont émis des réserves, ou du Liban qui s’est abstenu sur la question ont été très minoritaires et sans impact.

Comment expliquer la position algérienne ?

La position algérienne est le résultat de l’héritage de la révolution algérienne. L’Algérie a adopté, depuis son indépendance, des positions en faveur du « fraternisme » arabe et sa politique insiste beaucoup sur la souveraineté des Etats et s’oppose donc à l’ingérence et aux interventions étrangères.

Cette position traduit-elle une prise de conscience par les autorités algériennes des réalités du « printemps arabe » ?

Beaucoup la disent elle-même menacée par cette vague de déstabilisation. C’est surtout le résultat de la culture de la révolution et une tradition issue du boumediénisme qui était très proche des mouvements nassérien et baâthiste. L’on s’est rendu compte que l’on était en face d’un mouvement mondial pour l’hégémonie américaine. Ce mouvement déploie tous les moyens possibles et se sert de tous ses outils, notamment de la Ligue arabe.

Il y a eu des tentatives de déstabilisation de l’Algérie par ces mêmes pays qui sont aujourd’hui à la tête de la Ligue. Outre un financement des groupes terroristes du GIA, ces pays ont procédé à un matraquage médiatique en faveur des groupes terroristes, notamment grâce aux grands titres de la presse comme Al Hayat et Charq El Awsat. Mais le rôle de l’armée algérienne a été déterminant dans cette tentative de déstabilisation du pouvoir algérien et de l’installation des islamistes au pouvoir.

Pourquoi cette propulsion des islamistes au pouvoir dans les pays arabes ?

Les clivages « progressiste » – à savoir la gauche arabe représentée par le boumediénisme (Algérie), le nassérisme (Egypte) et le baâthisme (Irak et Syrie) – et le clivage réactionnaire des monarchies du Golfe ne peuvent pas cohabiter.

Après le rayonnement du clivage progressiste, malgré ce qu’on peut lui reprocher, on assiste aujourd’hui à la revanche des réactionnaires arabes sur tout ce qui est progressiste ou qui peut être démocratique, grâce notamment à une hégémonie sur le champ médiatique arabe.

La crise syrienne, comme ce qu’on appelle le « printemps arabe », est donc un retour en force de la réaction arabe

Il y a un dynamisme interne au sein du peuple syrien en faveur de l’établissement d’un modèle démocratique solide, loin du modèle qatari ou saoudien. On ne peut pas le nier. Cependant, ce n’est nullement la transition démocratique qui est le but de l’acharnement diplomatique des têtes de la Ligue en faveur de l’actuelle opposition syrienne. Les forces étrangères, à leur tête le Qatar et l’Arabie Saoudite, ont accordé pas moins de 20 milliards de dollars d’aide à l’opposition. Si on avait voulu aider le peuple syrien, cette somme aurait pu être investie dans la création de l’emploi et l’aide à la population.

Mais l’on vise la destruction de l’Etat syrien. C’est le baâthisme syrien qui est visé, comme l’a été le baâthisme irakien et le nassérisme égyptien. Ce sont ces modèles, malgré tout ce qu’on peut leur reprocher, qui sont visés afin de les détruire. On assiste cependant à une résistance interne et même externe face aux attaques étrangères émanant notamment de Turquie et du Liban malgré sa position officielle plus neutre. Les intérêts des puissances économiques mondiales se confondent et elles essaient, toutes, à travers leurs alliés, de défendre leurs intérêts.

La Syrie est-elle le théâtre d’une guerre économique mondiale ? Quels sont les enjeux économiques derrière cette crise ?

Absolument. On assiste à une guerre mondiale entre les différentes grandes puissances économiques. Il y a d’un côté les Etats-Unis, avec l’aide de leurs alliés qui veulent imposer leur hégémonie sur les énergies et les ressources naturelles mondiales, et de l’autre la Russie et la Chine qui résistent, avec à leur côté les économies émergentes, l’Iran, l’Inde, le Brésil et l’Afriques du sud qui ont refusé une intervention étrangère en Syrie et évité ainsi un scénario à la libyenne.

La Russie a utilisé son veto, et pour la première fois, la Chine a recouru à son droit de veto elle aussi. Elle a voulu par ce geste passer un message aux Etats-Unis. On a désormais compris que l’on était dans une guerre économique mondiale ; les économies émergentes, la Russie et la Chine, ont fait savoir qu’elles n’allaient pas se laisser faire. Quant aux enjeux économiques, ils concernent en premier lieu le pétrole et le gaz.

Quand on regarde bien la carte, on constate que l’Irak et l’Afghanistan, qui ont déjà été envahis, la Syrie, en proie à une crise, et probablement l’Iran après, forment un cordon autour de la Chine et de la Russie. La Syrie, même si elle ne dispose pas de ressources énergétiques importantes, relie la mer méditerranée et l’Asie. C’est une jonction entre les continents européen et africain d’un côté et le continent asiatique de l’autre, par laquelle passent de nombreux pipelines. C’est une crise motivée d’abord par les intérêts économiques des uns et des autres.

C’est pour cela qu’on ne peut pas parler d’un « printemps arabe ». Si l’on nous parle d’une volonté d’aider des peuples à instaurer la démocratie, on ne peut que constater le deux poids, deux mesures des Etats-Unis qui soutiennent militairement des « oppositions » à renverser le pouvoir en place et aident en même temps le régime bahreïni à mâter une révolte populaire.

Sur le terrain, les Etats-Unis ne sont pas très visibles. Ce sont plutôt la Grande-Bretagne et surtout la France, accusée de mener des guerres pour les Américains. comment expliquer la position de la France ?

La position de la France concernant l’invasion de l’Irak était radicalement anti-américaine. L’ancien président, Jacques Chirac, avait menacé d’utiliser son droit de veto. Il avait opté pour une politique « pro-arabe » et s’est même montré correct avec les Palestiniens, s’attirant les foudres du lobby sioniste en France. Il tentait ainsi d’avoir la sympathie des pays arabes pour se procurer de nouveaux marchés, notamment un marché d’armes juteux.

Mais il avait fait de mauvais calculs, les pays du Golfe sont des clients des Etats-Unis et de la Grande- Bretagne. Finalement, la politique de Chirac n’avait pas été fructueuse. Son successeur, Sarkozy, est ouvertement pro-américain et pro-israélien, il s’est rangé au côté de l’axe américano-sioniste et a même été plus royaliste que le roi en s’embarquant dans les guerres du « printemps arabe », qui profitent pleinement aux Américains.

Avec l’arrivée du socialiste Hollande, certains ont espéré un changement, mais on a constaté qu’il avait continué dans la même lignée. La France était déjà très impliquée dans la crise syrienne. Elle se retrouve, elle, le pays laïque, à soutenir des islamistes ! La position de la Grande-Bretagne est plus attendue. C’est l’alliée fidèle des Etats-Unis. D’ailleurs, ces derniers ont établi des liens avec les islamistes sous l’influence de la Grande-Bretagne.

Ce sont donc les Etats-Unis qui ont le plus à gagner avec l’arrivée des islamistes au pouvoir ?

Le lien entre les Etats-Unis et les islamistes est établi. Il y a d’abord les différents câbles diplomatiques divulgués par Wikileaks qui en attestent. Ensuite, la mort de Ben Laden qui, après une cavale de plus de dix ans, disparaît brutalement en plein « printemps arabe » ! De plus, les interventions militaires en Libye et Irak, qui visaient à détruire les courants de la gauche arabe, ont mené à la montée d’islamistes au pouvoir.

Il y a aussi les déclarations fortes du directeur de la police de Dubaï lors d’une réunion en présence de l’ambassadeur américain, accusant directement les Américains de vouloir renverser des régimes arabes et de favoriser l’accès des islamistes au pouvoir.

Comment expliquer cette sortie fracassante alors que les Emirats Arabes Unis sont considérés comme les alliés des USA ?

Il faut savoir que les Emirats ne sont pas le Qatar ou l’Arabie saoudite. Ils s’en démarquent. Ils refusent le wahhabisme promu par ces deux pays et tentent vraiment de se développer et de progresser. Ils ne cachent plus leur grand malaise face au wahhabisme qatari et avaient d’ailleurs osé s’opposer à l’Arabie saoudite en l’appelant à s’occuper de ses cinq millions d’habitants vivant sous le seuil de la pauvreté.

Quels sont les scénarios envisageables maintenant en Syrie ?

Le premier scénario voudrait que la guerre perdure. Certaines crises en Amérique latine, comme en Colombie, ont duré des décennies, car dans cette guerre, il y a ce qu’on appelle « une mobilisation totale des ressources », qu’elles soient humaines, financières ou médiatiques, de toutes les parties impliquées. On assiste également à des divisions au sein de l’opposition. Le deuxième scénario prévoit, lui, une victoire du pouvoir syrien. N’oublions pas qu’il vient de reconquérir des espaces qui étaient aux mains de l’opposition armée.

Il est vrai que la crise dure, et elle risque de durer encore ; l’armée étant de formation soviétique, elle n’est pas préparée à la guérilla ; les guerres des villes sont les plus dures, d’autant que l’armée syrienne ne s’y était pas préparée. Ceci dit, c’est une armée qui est en train de gagner des batailles, si l’on en croit les vraies sources d’information. Car à en croire Al Jazeera par exemple, le régime syrien aurait dû tomber depuis longtemps. Il devra cependant faire des concessions et aller vers des réformes. Ce n’est pas perdu pour lui.

Le siège de la Syrie à l’ONU ne serait-il pas menacé ?

Non, il ne l’est pas. L’ONU n’est pas la Ligue Arabe. Cette dernière n’a plus aucun poids. Son rôle a pris fin en 1973 quand l’organisation a décidé l’embargo pétrolier. C’est bien la dernière décision de la Ligue qui, depuis, n’est qu’une marionnette aux mains des dictatures absolues du Golfe ; elles-mêmes sont des marionnettes aux mains des Etats-Unis.

Riadh SIDAOUI est le Directeur du Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales.

Entretien réalisé par Mehdia BELKADI

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 13 avril, 2013 |Pas de commentaires »

« L’OTAN N’AMENE QUE LA DESTRUCTION, L’INSECURITE ET LA MISERE. ELLE DOIT ÊTRE ABOLIE » (Mahdi Darius NAZEMROAYA, Silvia CATTORI / http://www.silviacattori.net /http://www.legrandsoir.info)

ENTRETIEN AVEC
MAHDI DARIUSNAZEMROAYA

« L’OTAN n’amène que la destruction,

l’insécurité et la misère. Elle doit être abolie »

(Mahdi Darius Nazemroaya / Silvia CATTORI)

Apprécié pour la rigueur et la justesse de ses analyses le sociologue canadien Mahdi Darius Nazemroaya (*), 30 ans, s’est imposé comme un des meilleurs connaisseurs de l’OTAN. Ses investigations, traduites en de nombreuses langues, ont acquis une audience internationale et son ouvrage « The globalisation of NATO » [« La mondialisation de l’OTAN »] fait aujourd’hui référence.

En 400 pages denses, fascinantes, préoccupantes, il nous fait prendre la mesure de la menace que l’OTAN fait peser sur la paix du monde et l’avenir de nombreux peuples. Il nous fait également prendre conscience de l’urgence qu’il y aurait à obtenir la dissolution de cette dangereuse organisation.

Silvia Cattori :

Dans votre remarquable ouvrage vous mettez en lumière les stratégies mises en place par l’OTAN pour étendre son emprise militaire dans le monde. J’aimerais vous demander ce qui vous a motivé à consacrer tant d’énergie à un sujet aussi ardu et exigeant. Comment en êtes-vous venu à considérer que l’analyse du rôle de l’OTAN et des stratégies qu’elle a mises en place était une tâche absolument essentielle ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Les graines de ce livre ont été semées en 2007. J’avais alors rédigé un petit manuscrit mettant en relation les guerres en Afghanistan et en Irak (qui avaient fait suite aux tragiques évènements du 11 septembre 2001) avec l’expansion de l’OTAN, le projet de bouclier antimissiles états-unien – que je décrivais comme s’étant finalement couvert du manteau d’un projet de l’OTAN, – et le concept de ce que les néoconservateurs et leurs alliés sionistes appellent « destruction créative » pour redessiner la restructuration des pays du Moyen-Orient, et l’encerclement aussi bien de la Chine que de la Russie.

J’ai toujours considéré que tous les événements négatifs auxquels le monde est confronté étaient les éléments d’un ensemble ; ou de ce que le savant et révolutionnaire hongrois György Lukács a appelé « totalité fragmentée ». Les guerres en « série », l’accroissement des lois de sécurité, la guerre contre le terrorisme, les réformes économiques néolibérales, les « révolutions colorées » dans l’espace post-soviétique, la diabolisation de différentes sociétés par les médias, l’élargissement de l’OTAN et de l’Union Européenne, et les fausses accusations au sujet d’un programme d’armement nucléaire iranien font partie d’un tout. Un de mes articles publié en 2007 [1], posait également les principales bases de cette feuille de route et reliait tous les éléments de la guerre perpétuelle à laquelle nous assistons.

J’ai écrit ce livre parce que je pensais que c’était un sujet très important. J’ai lu la plupart des textes de l’abondante littérature concernant l’OTAN et aucun n’examine l’OTAN dans la perspective critique où je me place. De même qu’aucun ne relie l’OTAN de manière pertinente à une « vue d’ensemble » des relations internationales. Un chercheur de l’Université Carleton m’a dit que mon livre était comme une Bible des relations internationales et de tous ses sujets importants. Je vois moi aussi mon livre sur l’OTAN de cette manière.

Ma principale motivation pour écrire ce livre était d’amener les lecteurs à prendre conscience de la nature impérialiste des conflits internationaux modernes et de les aider à en voir la « totalité » au lieu de ses éléments « fragmentés ». Quand vous voyez l’ensemble, vous êtes en mesure de prendre de meilleures décisions. Je pense avoir donné de l’OTAN une évaluation correcte. Dans sa bibliothèque à Bruxelles il y a un exemplaire de mon livre. C’est l’OTAN elle-même qui a annoncé son acquisition comme l’une des ressources de sa bibliothèque, en novembre 2012. Ce livre est ma contribution, en tant que chercheur, pour essayer de permettre aux lecteurs de prendre des décisions en connaissance de cause en voyant au-delà des effets de miroirs et des éléments fragmentés du tableau.

Aujourd’hui dans le monde, les gens sont de façon générale plus instruits. Mais malheureusement l’ignorance se répand en ce qui concerne les relations de pouvoir et ce qui se passe dans ce domaine au niveau mondial. Nous entrons dans une ère trompeuse de l’histoire où beaucoup de gens à travers le monde sentent de plus en plus qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que d’être des spectateurs impuissants, réduits à n’être que des particules, des rouages, ou des extensions d’une immense machine invisible sur laquelle ils n’ont aucun contrôle.

Les scénarios du livre de George Orwell « 1984 » se sont pour l’essentiel réalisés. Les gens sont devenus étrangers à leur monde et gouvernés de plus en plus par cette machine capitaliste invisible qui travaille à détruire toutes sortes de façons alternatives de vivre ou de penser ; l’ordre qui s’impose aujourd’hui à nous est comme un resserrement de la « cage d’acier » de Max Weber [2] qui réduit de plus en plus notre indépendance et nos mouvements.

La plupart des gens regardent maintenant les nouvelles et la télévision passivement. Ils essaient de se distraire de la réalité ; ils tentent d’engourdir leur conscience et de vivre dans un faux état de bonheur qui leur permet d’ignorer la réalité et les misères du monde. Collectivement, nos esprits ont été colonisés, on leur a fait croire à un faux ordre des choses. L’humanité est en train d’être de plus en plus déshumanisée. Peut-être que j’ai l’air hégélien, mais les gens deviennent étrangers à eux-mêmes. Ils deviennent aussi étrangers aux capacités de leur propre esprit et aux talents dont ils ont été dotés. Mais la vérité est que nous ne sommes pas séparés des événements et des processus qui façonnent ce monde. Nous ne devrions pas devenir les esclaves des objets ou des structures de notre propre fabrication, que ce soit le capitalisme ou les structures politiques. Nous ne devons pas devenir de simples spectateurs de notre parcours de vie.

L’hégémonie est un processus continu de leadership, de contrôle, et d’influence qui implique à la fois la contrainte et le consentement. Mais son emprise n’est jamais totale et elle peut toujours être combattue. Nous voyons des défis à l’hégémonie dans la construction de blocs historiques qui affrontent les centres de pouvoir impérialistes et capitalistes. Le Mouvement bolivarien d’Hugo Chávez et l’ALBA sont des exemples réussis d’une contestation de l’hégémonie traditionnelle des élites compradores qui gouvernent la région au bénéfice de forces extérieures.

Silvia Cattori :

Un grand chapitre passionnant et troublant de votre livre est consacré à l’Afrique. L’entrée en guerre de la France au Mali n’a pas dû être une surprise pour vous. La déstabilisation de ce pays affaibli, engendrée par l’intervention de la France en Libye, n’ouvre-t-elle pas une grave crise dans tous les pays du Sahel, de l’Atlantique à la Mer rouge ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Dès le début j’ai soutenu que la division du Soudan, l’intervention française en Côte d’Ivoire soutenue par les États-Unis, et la guerre de l’OTAN en Libye, faisaient partie d’une deuxième « ruée vers l’Afrique ». J’ai expliqué que la guerre en Libye visait à déstabiliser d’autres parties de l’Afrique et aurait un effet d’entraînement sur une large partie de ce continent incluant des pays comme le Niger et le Mali.

Dans mon livre, j’ai examiné le Sahel qui est constitué par les terres intérieures de l’Algérie, du Niger, de la Libye, et du Mali. La guerre de l’OTAN contre la Libye a déclenché une réaction en chaîne, comme une démolition contrôlée, que les États-Unis et leurs alliés utilisent pour contrôler une vaste portion de l’Afrique et de ses ressources. Comme la première « ruée vers l’Afrique » qui a été déclenchée par une crise économique dans les pays industrialisés de l’Europe occidentale, ces événements concernent en fait le contrôle des ressources. Alors que les États-Unis s’impliquaient davantage en Afrique, son gouvernement et le Pentagone se sont mis à parler de plus en plus de l’expansion des facilités dont disposait Al-Qaïda en Afrique et de la manière dont l’armée américaine et ses alliés devaient combattre cette organisation en augmentant leur présence sur le continent africain. En fait, les États-Unis ont constitué en 2011 un budget pour l’actuelle guerre au Mali sous le couvert de la lutte contre Al-Qaïda en Afrique de l’Ouest. Des intérêts stratégiques comme l’obsession grandissante des États-Unis pour le Golfe de Guinée et l’approvisionnement en pétrole en Afrique de l’Ouest sont occultés dans un récit qui nous parle de la lutte contre les groupes terroristes rangés sous le label d’Al-Qaïda. Nous savons d’expérience que l’Empire américain a en fait travaillé avec ces groupes, aussi bien en Libye qu’en Syrie. Et que l’on cherche à pousser hors d’Afrique la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, et d’autres rivaux économiques du bloc occidental, mais on n’en parle pratiquement pas. En lieu et place, on déguise les intérêts des États-Unis et des ses alliés de l’OTAN comme la France, en objectifs altruistes visant à aider des États faibles.

Pour en revenir au Mali. Je n’ai pas été surpris quand le Président François Hollande et son gouvernement ont ordonné aux soldats français d’envahir ce pays. Aussi bien la France que les États-Unis sont très au fait des réserves de gaz et de pétrole au Mali, au Niger, et dans l’ensemble du Sahel. Mon livre traite de ces points et de la création par le gouvernement français, en 1945, d’un Bureau de Recherches Pétrolières dans le but d’extraire le pétrole et le gaz de cette région. Quelques années plus tard, en 1953, Paris a délivré des licences d’exploitation à quatre compagnies françaises en Afrique. En raison de ses craintes, à la fois des empiétements américains et des demandes africaines d’indépendance, Paris a créé l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) pour maintenir son contrôle sur les parties riches en ressources de ses territoires africains qui possèdent du pétrole, du gaz, et de l’uranium. L’uranium a été important pour garantir l’indépendance de la France vis-à-vis de Washington par la création d’une force de dissuasion nucléaire stratégique, en riposte au monopole anglo-américain.

Ce n’est donc pas un hasard si les zones du Sahel que les États-Unis et ses alliés ont désignées comme faisant partie de la zone où Al-Qaïda et les terroristes sont situés correspondent à peu près aux frontières de l’OCRS, riche en énergie et en uranium. En 2002, le Pentagone a commencé d’importantes opérations visant à contrôler l’Afrique de l’Ouest. Cela a eu lieu sous la forme de l’Initiative Pan-Sahel, qui a été lancée par l’US European Command (EUCOM) et l’US Central Command (CENTCOM).

Sous la bannière de ce projet de l’armée américaine, le Pentagone a formé des troupes du Mali, du Tchad, de la Mauritanie, et du Niger. Les plans visant à établir l’Initiative Pan-Sahel remontent toutefois à 2001, lorsque l’Initiative pour l’Afrique a été lancée à la suite des attentats du 11 septembre. Sur la base de l’Initiative Pan-Sahel, la Trans-Saharan Counter-terrorism Initiative (TSCTI) a été lancée en 2005 par le Pentagone sous le commandement du CENTCOM. Le Mali, le Tchad, la Mauritanie, et le Niger ont été rejoints par l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, et la Tunisie. La TSCTI a été transférée en 2008 au commandement de l’AFRICOM récemment activé. Il faut relever que le capitaine Amadou Sanogo, le leader du coup d’État militaire qui a eu lieu au Mali le 21 mars 2012, est l’un des officiers maliens qui ont été formés dans le cadre de ces programmes américains en Afrique de l’Ouest.

L’analyse du coup d’État de 2012 au Mali montre qu’il s’agit d’un acte criminel. Le coup d’État militaire a renversé le Président Amadou Toumani Touré sous prétexte qu’il ne pouvait pas restaurer l’autorité malienne sur le nord du pays. Le Président Amadou était sur le point de quitter son poste et n’avait pas l’intention de rester dans la vie politique, et les élections allaient avoir lieu dans moins de deux mois. Ce coup d’État a essentiellement empêché une élection démocratique d’avoir lieu et l’action du capitaine Sanogo a mis fin au processus démocratique au Mali et a déstabilisé le pays. Sa nouvelle dictature militaire a été reconnue par l’OTAN et par le gouvernement installé en Côte d’Ivoire par les Français. Les États-Unis ont continué à financer le gouvernement militaire du Mali et des délégations militaires et civiles des États-Unis et d’Europe occidentale ont rencontré le régime militaire de Sanogo. Peu après, la France a déclaré qu’elle avait le droit d’intervenir en Afrique partout où ses citoyens et ses intérêts étaient menacés. C’était autant de préliminaires.

Les armes qui sont utilisées au Mali et au Niger aussi bien par les groupes terroristes que par les tribus touaregs sont liées aux actions de l’OTAN en Libye. Plus précisément ces armes viennent des arsenaux libyens pillés, et des armes envoyées en Libye par les Français, les Anglais et les Qataris. L’OTAN a eu un rôle direct dans ce domaine et l’on sait que les Français ont soudoyé les groupes touaregs et ont contribué à les armer et à les financer durant la guerre contre la Libye. Du reste, en Afrique, les Français ont toujours manipulé les Touaregs et les Berbères contre d’autres groupes ethniques à des fins coloniales.

Par ailleurs, les tensions entre le Soudan et le Sud-Soudan sont attisées. La région soudanaise du Darfour et la Somalie sont toujours des points chauds. Tout cela fait partie d’un arc africain de crise qui est utilisé pour restructurer l’Afrique et l’englober dans les frontières du bloc occidental.

Silvia Cattori :

Quand sous l’impulsion du président Sarkozy, après 33 ans de retrait, la France est revenue dans le commandement militaire de l’OTAN, il n’y a eu aucune protestation. N’est-ce pas le signe que les citoyens ignorent, que cette organisation menace l’humanité et que l’appartenance de leur pays à l’OTAN implique sa subordination à la politique étrangère belliciste de Washington et la perte de sa souveraineté ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Je pense que ce que le Président Sarkozy a fait en réintégrant la France dans le commandement militaire de l’OTAN est largement le reflet d’un consensus au sein de la classe politique française. Je sais qu’à Paris de nombreuses voix politiques l’ont critiqué, mais si au sein de la classe politique française l’opposition avait été intransigeante, elle aurait pu faire beaucoup plus que parler. Aujourd’hui, les membres de l’establishment politique français, aussi bien à « gauche » qu’à « droite », se battent entre eux pour savoir qui va le mieux servir les centres impérialistes et capitalistes à Washington et à New York. L’establishment politique français ne fait pas cela parce qu’il est particulièrement pro-américain, mais parce qu’il est au service du système mondial corrompu qui sert lui-même le capitalisme global dont le centre en voie d’affaiblissement est aux États-Unis. Ainsi, nous avons aussi besoin de réévaluer ce qu’est l’anti-américanisme, ou d’où proviennent et ce que représentent en fait les sentiments anti-américains.

De larges segments de l’élite de l’Europe occidentale sont au service de ce système mondial parce que leurs propres intérêts y sont investis et y sont liés. Comme les États-Unis sont en voie d’affaiblissement et en lutte pour maintenir leur primauté mondiale en tant que centre du capitalisme, de la régulation et de l’accumulation capitaliste, ils vont de plus en plus déléguer leurs missions impériales à des pays comme la France. On verra également davantage de compromis entre les États-Unis et des pays alliés comme la France et l’Allemagne. Il s’agit là d’une décentralisation dialectique du pouvoir des États-Unis visant à renforcer l’hégémonie du système mondial et à maintenir l’Empire américain par délégation. Il faut noter que ce système capitaliste mondial est fragmenté en blocs, raison pour laquelle nous voyons des rivalités entre les États-Unis, la Chine et la Russie.

De façon générale, la majorité des citoyens dans de nombreuses sociétés sont de plus en plus passifs vis-à-vis des décisions de leurs gouvernements et de leurs dirigeants. C’est le reflet d’un sentiment croissant d’aliénation, de détachement et d’impuissance qui a transformé les êtres humains en marchandises et en objets. Cela fait partie du resserrement de la « cage d’acier » dont je parlais plus haut, en termes weberiens.

Silvia Cattori :

La France a été au commencement, avec le Qatar, le principal « parrain » de la déstabilisation de la Syrie [3]. La Chine et la Russie ont empêché par leurs vétos l’adoption d’une résolution du Conseil de Sécurité qui aurait autorisé une intervention militaire de l’OTAN comme cela a été le cas en Libye. Mais on peut se demander si les pays de l’OTAN et leurs alliés arabes ne sont pas en train de réaliser leur plan de déstabilisation de la Syrie par d’autres voies ? Et pensez-vous que la Chine et la Russie pourront durablement contenir l’OTAN tant que les pays émergents n’auront pas leur mot à dire et les moyens d’imposer un véritable multilatéralisme au Conseil de Sécurité ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

En premier lieu, il faut voir que les événements en Syrie font partie d’une guerre par procuration menée par les États-Unis, l’OTAN, Israël et les dictatures arabes (comme l’Arabie Saoudite), contre la Chine, la Russie, l’Iran et leurs alliés. Deuxièmement, quand on considère les événements en Syrie d’un point de vue international, on devrait penser à la Guerre civile espagnole qui a éclaté avant la Deuxième guerre mondiale. De même, on peut considérer les événements en Libye et en Afrique, et peut-être les invasions antérieures de l’Afghanistan et de l’Irak, en pensant à l’invasion de la Chine par le Japon ou l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne avant la Deuxième Guerre Mondiale. Cela ne signifie pas que la Syrie ou ces événements soient nécessairement le prélude à une Troisième Guerre Mondiale, mais ils ont le potentiel d’allumer un vaste incendie au niveau mondial — à moins que l’on ne pense que tous ces événements font déjà partie de la Troisième Guerre Mondiale.

Les thèses de Giovanni Arrighi sur les cycles systématiques d’accumulation dans le « système-monde » peuvent nous aider à trouver une base de réflexion. Son travail est important parce que nous pouvons l’utiliser pour lier entre eux, de la Syrie à l’Afrique, les éléments dont nous parlions en termes de « totalité fragmentée » constituant le système mondial. Les cycles d’accumulation étudiés par Arrighi se rapportent à des périodes de temps qui s’étendent sur une centaine d’année ou plus, durant lesquelles le centre du capitalisme dans le système mondial se situe dans un lieu géographique ou un pays donné. Ses thèses sont fortement influencées par les travaux du savant français Fernand Braudel sur l’expansion du capitalisme. Pour Arrighi ces centres d’accumulation ont été les pouvoirs hégémoniques du système mondial en expansion. À la dernière étape de chaque cycle, les capitalistes déplacent leurs capitaux de ces centres dans d’autres endroits et finalement dans le nouveau centre capitaliste qui a émergé. Ainsi, chronologiquement, le pouvoir hégémonique du système mondial a été transféré de la ville-État italienne de Gênes aux Pays-Bas, puis en Grande Bretagne et, finalement, aux États-Unis. Le déplacement géographique du centre du système mondial se produit au cours d’une période de crise, au moins pour les anciens centre capitalistes, et dans un court laps de temps. Nous en arrivons aujourd’hui à la Chine. Ce qui se passe est que le centre du capital est sur le point de sortir des États-Unis. Si l’on suit la tendance soulignée par Arrighi, alors le prochain centre d’accumulation capitaliste du système mondial sera la Chine. Toutefois d’autres scénarios ne sont pas à écarter, comme une direction globale de toutes les principales puissances capitalistes. En me référant aux travaux d’Arrighi, je veux dire ici que nous avons affaire à un système capitaliste mondial qui inclut la Chine et la Russie. Ni les États-Unis ni la Chine ni la Russie ne veulent perturber ce système. Ils sont en compétition pour en devenir le centre d’accumulation capitaliste. C’est pourquoi aucune des parties ne veut une guerre directe. C’est pourquoi les Chinois n’ont pas utilisé la dette étrangère américaine pour dévaster l’économie des États-Unis ; la Chine souhaite voir un transfert ordonné du centre d’accumulation depuis les États-Unis.

La Chine et la Russie ne changeront pas leurs politiques et leurs positions sur la Syrie ou l’Iran, mais elles veulent éviter une guerre qui perturbe le système capitaliste mondial. Bien sûr, les États-Unis essaient de maintenir leur position en tant que centre du système mondial, par la force brute, ou en impliquant leurs alliés et vassaux dans leurs opérations impérialistes, comme au Mali et en Libye.

Silvia Cattori :

Vous consacrez un long chapitre (p 67 à 113) à l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie. Pouvez-vous résumer pour nos lecteurs ce à quoi cette guerre, qui a démembré un pays et généré tant de souffrances, devait aboutir ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Le démantèlement de la République Fédérative Socialiste de Yougoslavie a été une étape importante pour ouvrir les portes d’une expansion vers l’Est de l’OTAN et de l’Union Européenne. Il a ouvert la route pour la marche vers les frontières de la Russie et de l’ex-Union soviétique. L’ex-Yougoslavie était aussi un obstacle majeur vis-à-vis du projet euro-atlantique de l’OTAN et de l’UE en Europe. En outre, la guerre de l’OTAN en Yougoslavie a permis de préparer la logistique des guerres en Afghanistan et en Irak.

Silvia Cattori :

Denis J.Halliday [4] écrit dans la préface de votre ouvrage : « L’OTAN n’amène que la destruction, la pauvreté, l’insécurité et la misère. Elle doit être abolie ». Quand on sait qu’il n’y a aucun mouvement qui s’oppose à la guerre, que des ONG comme Amnesty, HRW, MSF, MDM, prennent le parti de l’ingérence militaire des grandes puissances, comme on l’a vu en ex-Yougoslavie, au Soudan, en Libye, en Syrie, que peut-on suggérer à toute une jeunesse en quête de justice et désireuse d’agir pour un monde meilleur ? Que peuvent faire concrètement les peuples européens contre la machine destructrice de l’OTAN ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Comme je l’ai dit, nous en sommes arrivés à la situation décrite par George Orwell dans son roman “1984”. Amnesty International, Human Rights Watch, et une grande partie des ONG de l’industrie humanitaire sont des outils de l’impérialisme pratiquant les deux poids deux mesures. Les organisations d’aide étrangère sont profondément politiques et politisées. Cela ne signifie pas que tous leurs employés soient de mauvaises gens qui ne veulent pas aider le monde. Bon nombre de leurs employés et des bénévoles sont des gens estimables ; ils ne comprennent pas tous les faits et ils ont de bonnes intentions. Ces gens ont été trompés ou aveuglés par la pensée de groupe institutionnelle. Leurs esprits devraient être débarrassés de tous les préjugés et de la désinformation dont ils ont été nourris ; une véritable tâche de dévouement.

Les citoyens des pays de l’OTAN doivent travailler à se positionner eux-mêmes pour informer leurs sociétés respectives sur l’OTAN et finalement les influencer pour qu’elles se retirent de cette organisation. Cela peut être fait de diverses manières. Mais cela commence par une compréhension de ce qu’est l’OTAN et une connaissance non censurée de son histoire.

Je ne suis pas une autorité morale ou un stratège. Se maintenir soi-même sur la bonne voie est déjà un défi assez difficile, je pense. Je n’ai aucun droit à pontifier sur la façon dont les gens devraient vivre. Je vais toutefois vous dire ce que je pense personnellement. À mon avis, le plus gros problème pour beaucoup de gens est qu’ils veulent changer le monde à une beaucoup trop grande échelle sans s’attaquer aux problèmes immédiats dans leurs propres vies. Je trouve que la meilleure manière de changer le monde est de commencer par de petits pas dans notre vie de tous les jours. Je parle ici d’ « échelle » et pas de « changement graduel » ou de « rythme ». Faire un monde meilleur commence par votre environnement immédiat. Le changement commence avec vous-même et ceux qui vous entourent, tout comme le devrait la charité. Imaginez si la plupart des gens faisaient cela ; le monde serait changé par petites étapes qui aboutiraient collectivement à un changement monumental. Rien de tout cela ne peut non plus se faire sans patience et détermination, et je souligne encore une fois qu’action et connaissance ne devraient pas être séparées. Je ne sais que dire de plus.

Silvia Cattori :

En mettant ensemble les pièces du puzzle vous démontrez magistralement dans votre livre comment ces guerres en série, menées sous des prétextes humanitaires, s’inscrivent dans une stratégie de « destruction créative » conçue par « les néoconservateurs et leurs alliés sionistes », et comment – de la Yougoslavie, à l’Afghanistan, à l’Irak et à la Libye – elles sont toutes liées. Des personnalités de premier plan, comme l’ancien Secrétaire Général Adjoint de l’ONU Denis J. Halliday qui a préfacé votre ouvrage, vous donnent entièrement raison : l’OTAN est bel et bien le principal danger pour la paix du monde. Mais vous savez qu’en Europe, notamment dans les pays où, comme en France, les organisations juives ont une forte emprise sur les politiques et les médias, dénoncer la stratégie des néoconservateurs et de leur allié Israël [5], ou dénoncer les révolutions colorées suffit à vous faire cataloguer comme « théoricien du complot » et à vous écarter du débat. Que peut-on faire à votre avis pour modifier cette désespérante situation ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Mon expérience (au Canada) est différente. On ne m’a jamais qualifié de théoricien du complot. Je pense que la censure des médias et le mépris systématique sont des tactiques clés utilisées contre ceux qui remettent en question le récit dominant ou les opinions énoncées par les forces hégémoniques qui dominent la société. L’objectif visé en diabolisant des personnes ou des groupes sous le qualificatif de « théoriciens du complot » est de les discréditer et de les neutraliser. Cela se produit généralement quand ils ont beaucoup attiré l’attention et quand ils ont aussi quelques idées fausses qui peuvent être ridiculisées et liées à leurs positions. Néanmoins, ceux qui se voient qualifiés de théoriciens du complot ne devraient pas laisser cette accusation les dissuader de maintenir leurs positions et de continuer à s’adresser aux gens. Car la démoralisation fait partie de la tactique utilisée pour réprimer les points de vue et réflexions « dérangeantes ».

Les groupes et les lobbies sionistes ont une présence forte et disproportionnée dans le domaine politique et dans les médias de plusieurs pays, mais il faut reconnaître qu’ils ne sont pas homogènes et qu’ils ne sont pas les seuls facteurs influents ; ils font partie d’un bloc d’intérêts pour qui il est important d’empêcher qu’un discours critique n’ébranle les forces hégémoniques qui dominent aujourd’hui la société. Et les lobbies sionistes ne sont pas tous liés à Israël. Il arrive qu’un groupe sioniste travaille à introduire et à imposer à Israël des projets externes. Les motivations de ces groupes ne sont pas toutes les mêmes, mais elles font partie du programme dominant qui s’est développé en ce que les renommés sociologues Giovanni Arrighi et Immanuel Wallerstein ont appelé « système-monde » [ou « économie-monde »].

À mon humble avis, être entendu est la chose la plus importante. Internet et les réseaux sociaux ont contribué à ce processus. Je pense que, pour être entendu, il est également important de proposer des analyses rigoureuses et bien articulées. C’est une tâche difficile qui doit être accomplie, et qui fait partie d’un processus culturel plus large incluant l’éducation et la rééducation. Modifier les forces hégémoniques dominant la société ne peut se faire qu’en établissant de nouveaux courants de pensée pouvant contester leur hégémonie. La critique ne suffit pas non plus, une alternative et un meilleur programme doit être articulé et proposé. La critique en elle-même est inutile si l’on n’offre pas parallèlement un programme alternatif. Pensée et action doivent également être liées dans un processus pratique.

Silvia Cattori :

Votre livre va-t-il être traduit en français ? A-t-il eu la couverture médiatique lui permettant de toucher un large public ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Mon livre devait être traduit en français en trois volumes par un éditeur en France, mais malheureusement l’accord a fait long feu. En notre temps où la durée d’attention s’amenuise, peu de gens sont intéressés à lire un livre de plus de 400 pages. Très peu d’attention lui a été accordée de la part des grands médias. Il y a plusieurs mois, Le Monde Diplomatique à Paris a contacté mon éditeur aux États-Unis, ainsi que la maison qui le diffuse en Grande Bretagne, pour leur demander l’envoi d’un exemplaire. Je ne sais pas si Le Monde Diplomatique a réellement l’intention de faire une recension d’un livre aussi critique et, très honnêtement, je ne m’en soucie pas vraiment.

Mon ouvrage a eu de bonnes critiques disant que c’est un livre à lire absolument. Il est diffusé dans les universités et les collèges. On en trouve des exemplaires dans les bibliothèques de diverses institutions comme l’Université de Harvard et l’Université de Chicago. Il est référencé à la Haye et dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque du Palais de la Paix aux Pays-Bas qui tient à jour les livres relatifs aux lois internationales. Sur Amazon au Royaume Uni, il est classé comme l’un des meilleurs livres sur l’OTAN et je crois qu’il est en train de prendre un bon départ.

Silvia CATTORI

http://www.silviacattori.net/article4308.html

(*) Mahdi Darius Nazemroaya est un sociologue interdisciplinaire, auteur primé, et analyste politique connu. Il est chercheur au Centre de Recherche sur la Mondialisation à Montréal, collaborateur expert de la Strategic Culture Foundation à Moscou, et membre du Comité Scientifique de la revue de géopolitique Geopolitica, en Italie.

[1] Publié d’abord sous le titre « La mondialisation de l’OTAN » puis sous le titre modifié « La mondialisation de la puissance militaire : l’expansion de l’OTAN » . Cet article a été traduit en de nombreuses langues, y compris en arabe par la chaîne qatari d’information Al-Jazeera.

[2] La « cage d’acier » (ou « cage de fer ») est un concept sociologique introduit par Max Weber qui se réfère à la rationalisation accrue de la vie sociale, en particulier dans les sociétés capitalistes occidentales. Ainsi la « cage d’acier » enferme les individus dans des systèmes fondés uniquement sur l’efficacité, le calcul rationnel et le contrôle.

[3] Voir :
- « Gérard Chaliand dit quelques vérités sur la Syrie » :
http://www.silviacattori.net/article3350.html
- « Syrie : Les victimes de l’opposition armée ignorées » :
http://www.silviacattori.net/article3416.html

[4] L’Irlandais Denis J. Halliday a passé une bonne partie de sa carrière auprès des Nations Unies, impliqué dans des actions d’aide humanitaire. En 1997, il fut nommé Sécrétaire Général Adjoint et Directeur du Programme Humanitaire en Irak. Un an plus tard, après 34 ans de service au sein des Nations Unies, Halliday a annoncé sa démission en raison des sanctions économiques imposées à l’Irak, qu`il a qualifiées de « génocide ». En 2003, il a reçu Le Gandhi International Peace Award. Depuis son départ des Nations Unies, Denis Halliday a participé de manière active dans plusieurs actions contre la guerre et les crimes contre l’humanité. Il est présentement membre de l’Initiative de Kuala Lumpur en vue de « criminaliser la guerre ».

[5] Par exemple, en France l’écrivain Israël Shamir a été accusé en 2003 d’antisémitisme par Olivia Zemor, Nicolas Shahshahani et Dominique Vidal parce qu’il disait qu’Israël et le « lobby juif » aux Etats-Unis avaient joué un rôle prépondérant dans l’entrée en guerre contre l’Irak ; ce qui devait aboutir au renversement du régime de Saddam Hussein (l’un des derniers leaders arabe qui refusait de reconnaitre l’Etat juif d’Israël), à démembrer l’Irak pour assurer la « sécurité d’Israël ».

URL de cet article 19935
http://www.legrandsoir.info/entretien-avec-mahdi-darius-nazemroaya-l-otan-n-amene-que-la-destruction-l-insecurite-et-la-misere-elle-doit-etre-abolie.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 13 avril, 2013 |Pas de commentaires »

UN REMAKE DE SUEZ ? (AVIC / http://avicennesy.wordpress.com/)

Un remake de Suez ?

UN REMAKE DE SUEZ ? (AVIC / http://avicennesy.wordpress.com/) dans REFLEXIONS PERSONNELLES suezcanal-eo
(AVIC)

Octobre 1956. Vous en avez certainement entendu parler ou, peut-être les anciens s’en souviennent-ils. C’était le début de ce que l’on a appelé et qu’on appelle encore pudiquement l’expédition de Suez.

Un voile de pudeur semble vouloir recouvrir cet événement, et l’on en comprend les raisons. Mais cacher une partie de l’Histoire, c’est volontairement décider de ne pas en tirer les leçons. Elles sont pourtant très intéressantes. Si on revoit froidement les faits, on peut considérer qu’ils constituent un tournant majeur dans l’Histoire occidentale et du Monde. D’une part ils marquent la fin définitive d’une époque dominée par deux des belligérants, la France et la Grande Bretagne, pour laisser la place à un nouveau monde qui se révéla publiquement durant la crise. D’autre part, ce conflit a quand même failli, ne l’oublions pas, nous valoir une bombe atomique sur la tête.

À ma connaissance, c’est la seule fois dans l’Histoire où la France a reçu une menace directe, formulée clairement, d’une attaque par une arme nucléaire. Dans les années 60, on a fait tout un cinéma autour de la crise des missiles de Cuba, relayé par nos propres médias à longueur de colonnes, alors que la France n’était en rien concernée directement, mais il n’y a pas eu beaucoup d’échos sur cette attaque imminente sur notre sol. Heureusement que ces grands gamins d’Américains immatures ont pris la menace au sérieux et ont désamorcé la crise pour empêcher la destruction de ce vieux pays plein de sagesse mais incapable de relever la tête du guidon quand il est engagé dans une opération belliqueuse.

Pourquoi ce conflit ? Comme d’habitude, des tas de raisons ont été avancées pour le justifier et pour l’expliquer : réactions contre la nationalisation du Canal de Suez, situation algérienne pour la France, le nationalisme égyptien, le rapprochement avec l’URSS, ou encore Israël, etc… Mais au-delà de tous ces arguments, le véritable objectif était un changement de régime au Caire. Gamal Abdel Nasser devait partir.

Quelques mois avant le début de l’action armée, on assiste à diverses manœuvres de la part de la Grande-Bretagne et de la France : des manœuvres de déstabilisation, des tentatives d’assassinat sur la personne de Nasser, la manipulation des frères musulmans, etc… Parallèlement à ces actions clandestines, ils feront aussi recours au Conseil de Sécurité de l’ONU mais se heurteront au veto soviétique.

En désespoir de cause, un scénario machiavélique est mis au point : le protocole de Sèvres. Si la France et la Grande-Bretagne ont été en première ligne jusqu’ici, la mise au point des accords de Sèvres s’est déroulée à trois. Le troisième larron n’était autre qu’Israël. Pour participer aux entretiens, Israël avait envoyé une délégation de trois personnes dont… Shimon Peres. Dès le 21 Octobre 1956 commence à Sèvres une comédie ubuesque, un jeu de dupes plutôt. Les Britanniques, les premiers intéressés et qui avaient remué ciel et terre pour éliminer Nasser, se montrent réticents pour une action militaire. Pour ne pas compromettre leurs relations privilégiées avec le monde arabe, disent-ils. Les Israéliens, quant à eux, se présentent comme voulant rendre service, rien de plus. Ils veulent bien rendre service mais, en reconnaissance de leur action désintéressée et risquée, ils exigent des français, qui apparemment sont les seuls à vouloir la guerre, une couverture navale et aérienne de leur territoire et la livraison d’avions (Mystère II, Mystère IV, Vautour) à l’aviation israélienne, de chars légers AMX-13 et une coopération nucléaire (don d’un détonateur). Du coup la France se retrouve en position de quémandeuse d’un conflit pour le plus grand bénéfice de ceux à qui il va « demander de l’aide ». Elle va ainsi accéder à toutes les demandes d’Israël pour balayer « leur réticence » et, pour « convaincre « la Grande-Bretagne, va lui concéder le commandement de l’opération. Une fois ces points cruciaux réglés, il s’avère que tout le dispositif était déjà prêt, y compris chez les réticents, puisque cinq jours après les accords, l’opération commençait. En quoi consiste-t-elle ?

Le plan prévoit trois phases : La première phase : Israël attaque l’Egypte par surprise et avance jusqu’au canal de Suez. Bien entendu, l’armée égyptienne riposte en allant au-devant de l’armée israélienne. La France et le Royaume-Uni enjoignent Israël et l’Égypte de cesser les combats et de se retirer à une quinzaine de kilomètres du canal de Suez. L’Égypte, ne pouvant l’accepter, rejette l’ultimatum, alors qu’Israël, en démocrate exemplaire, bat sa coulpe et se retire. La deuxième phase peut alors commencer. Devant le refus de Nasser, La Grande-Bretagne et la France attaquent l’Egypte et occupent des points stratégiques. Une fois les objectifs atteints, ils s’attèlent à la dernière étape en faisant débarquer leurs troupes.

C’était simple. Mais voilà. Dès les premières heures de l’intervention, l’URSS réagit. Elle est déterminée à ne pas s’en laisser compter. Devant la montée de la tension, les États-Unis ont dû élever le ton contre leurs alliés, allant jusqu’à immiscer leurs navire dans le dispositif naval, et même faire la guerre à la Livre Sterling. Ils n’avaient pas le choix, car ça commençait à devenir brûlant. Les soviétiques n’avaient pas l’air de bluffer. En cas de guerre nucléaire, ils y auraient été automatiquement entraînés, ce que ne pouvait se permettre Eisenhower qui était en pleine campagne électorale pour un deuxième mandat.

Pourquoi ce rappel de la guerre de Suez ? Parce que l’agression contre la Syrie nous y ramène, presque point par point. Les attitudes de Hague et de Fabius sont en tous points similaires à celles de leurs prédécesseurs. Les similitudes sont telles que l’on croit voir un remake d’un vieux film en noir et blanc. Comment ne pas penser au Shimon Peres de 1956 en voyant celui d’aujourd’hui faire un petit tour en Europe et, dès le lendemain, entendre les loups hurler pour rameuter toute la meute pour la curée ? Comment aussi ne pas être troublé de constater que le pays le plus hargneux d’hier est le même que celui d’aujourd’hui ? Les deux preux chevaliers en première ligne, le troisième larron avançant masqué, Moscou toujours aussi déterminé, et enfin une Amérique n’ayant aucune envie d’en découdre à un niveau apocalyptique. C’était en 1956 à Suez. C’est en 2013 en Syrie. En Egypte la France avait utilisé les Frères Musulmans, en Syrie elle utilise les wahabo-salafistes. Si le couple Hollande-Fabius n’est pas plus tenu en laisse, il risque de nous refaire le coup du Canal, poussé avec « réticence » par la Grande-Bretagne et Israël. On peut même s’attendre à voir ces deux pays demander, comme en 1956, des compensations pour leur engagement aux côtés de la France pour son « noble combat ». Si Shimon Peres a gagné une bombe nucléaire avec Guy Mollet, que gagnera-t-il avec François Hollande ? Et les anglais, que demanderont-ils pour prix de leur positionnement à Malte et à Chypre, ou des énormes sacrifices que représente la brouille avec quelques amis ? C’est triste à pleurer, et c’est à pleurer de rage de voir tant de gens mourir par bêtise. Bêtise sur le terrain, bêtise à mi- sommet, mais pas bêtise du tout au sommet où se trouvent justement les « réticents » qui savent ce qu’ils veulent, et savent à quoi faire appel pour actionner leurs marionnettes. Allah pour les uns, honneurs ou grandeur, pour d’autres et beaucoup d’argent pour tous.

Oseront-ils aller jusqu’au bout du scénario ? On se dit que non, mais on sait que certains osent tout. Rappelons-leur seulement qu’en 1956, l’Armée avait atteint tous ses objectifs. Et pourtant elle a été obligée de se retirer comme une armée vaincue. Si on lui refait ce coup une seconde fois, il n’est pas certain que ça passe aussi facilement.

http://avicennesy.wordpress.com/

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 12 avril, 2013 |Pas de commentaires »

LA FRANCE DOIT-ELLE QUITTER L’OTAN ? (Jacques LE DAUPHIN / http://www.recherches-internationales.fr/)

La France doit-elle quitter l’OTAN ?
LA FRANCE DOIT-ELLE QUITTER L'OTAN ? (Jacques LE DAUPHIN / http://www.recherches-internationales.fr/) dans REFLEXIONS PERSONNELLES otan
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Jacques LE DAUPHIN

La publication par le Monde Diplomatique d’un échange ouvert entre Régis Debray, écrivain et philosophe, et Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires Etrangères, est très stimulante pour la réflexion. C’est une vive incitation à s’inscrire dans le dialogue entrepris. Le point d’orgue de l’échange est le rapport remis le 14 novembre 2012, par Hubert Védrine, au Président François Hollande, concernant en particulier les conséquences du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, l’avenir de la relation transatlantique, et les perspectives de l’Europe de la défense. Dans son analyse Hubert Védrine se prononce pour le maintien du retour complet de la France dans cet organisme, car il pense que cette disposition n’empêche nullement notre pays de continuer à plaider en faveur d’une Europe de la défense dans le cadre de l’Union Européenne. Cette idée était pourtant controversée, lorsque Nicolas Sarkozy la prônait. Cependant une telle posture occulte totalement la contradiction, révélée par l’expérience, entre les deux démarches. Car si l’Europe de la défense s’avère dans les faits inexistante aujourd’hui, ce n’est pas principalement par l’attachement des pays à leur souveraineté nationale, mais par leur soutien indéfectible à l’OTAN. Un soutien qui tend à faire de l’OTAN la garantie ultime de la sécurité.

De vaines tentatives de structurer une véritable défense européenne

Un document intitulé « une Europe sûre pour un monde meilleur » fut adopté en 2003 par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne. La Politique Etrangère de Sécurité et de Défense (PESD) qui s’y rattache s’est dotée d’objectifs capacitaires et d’outils militaires, comme une force d’intervention rapide, mais pouvant s’intégrer sans difficulté à l’OTAN. La PESD a aussi enclenché des opérations militaires, mais n’engageant qu’une partie des Etats européens, pour des ambitions limitées, centrées sur la gestion des crises, des missions dites de Petersberg, lesquelles ne relevaient pas de la sécurité collective toujours assignée à l’OTAN. Il reste que la PESD est un chantier, inabouti.

Des contradictions notables sont à la base de cet échec. Des positions extrêmes se sont manifestées, telles celles de la France se positionnant pour une Europe influente, voire puissante, celle du Royaume-Uni, militant pour un statut subordonné à l’OTAN. Comme on peut s’en douter les Etats-Unis n’ont pas manqué d’exercer leur pression, en invoquant, notamment à l’appui, une « duplication inutile des forces armées ». Les sommets de l’Union Européenne, ont, il est vrai, évoqué la PESD, mais dans des formules le plus souvent alambiquées, d’autant que la position britannique gagnait du terrain, et que les nouveaux venus, au sein de l’Union, étaient hostiles à tout découplage avec les Etats-Unis. En résumé, une grande majorité de pays, ne voyaient pas l’intérêt de promouvoir une structure supplémentaire à celle, dont, il convient de le rappeler, 21 d’entre eux sont membres, accroissant leur contribution dans le domaine militaire. Au plus, on trouvait l’idée, au demeurant utopique, d’un rééquilibrage euro-américain dans la direction Atlantique. Ainsi si la défense européenne était évoquée, c’était pour la placer sous « couverture atlantique ». Cette situation perdure, et l’on peut penser que le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, sera interprété par les autres pays comme un recul sur ses positions initiales. Elle rejoint le peloton.

Après le sommet de l’OTAN à Chicago en 2012

Le concept stratégique, adopté par le sommet de Chicago, vise à renforcer encore l’intégration des Etats européens dans l’OTAN. Comme le souligne fort justement Régis Debray dans sa lettre, « c’est le leader qui intègre » à savoir les États-Unis. Comment cela est- il ressenti par les Européens ?

La conférence de Munich sur la sécurité, des 2 et 3 février 2013, peut laisser penser à un certain alignement. En effet comment interpréter le silence des représentants européens lors de l’intervention musclé du vice-président américain, Joseph Briden, qui a tenu à évoquer la volonté américaine d’être une puissance mondiale, susceptible d’intervenir militairement dans des régions géo-stratégiquement importantes du monde ». Une démarche a-t-il indiqué qui requiert une « approche globale comportant une gamme complète d’outils, dont des moyens militaires ». A ce sujet, il a précisé « l’OTAN aide à faire des Etats-Unis cette puissance ».

Les 21 et 22 février 2013, s’est tenue à Bruxelles une réunion des Ministres de la Défense des pays de l’OTAN. Ces derniers étaient invités à progresser dans l’amélioration des capacités alliées et dans leur interopérabilité. Le concept stratégique détermine, dans les grandes lignes, la nature et le volume des capacités attendues de l’Alliance et fixe les priorités, donnant ainsi les orientations qui présideront à l’acquisition d’armements et à la planification de défense.

La « smart defence (défense intelligente) », consiste à concevoir une nouvelle manière d’aborder la création de capacités pour une « défense moderne, dont l’Alliance aura besoin ces prochaines années ». Cela englobe une vaste gamme d’activités, dans lesquelles les pays sont invités à contribuer « en partenariat ».

Ainsi lors de leur discussion, les 29 ministres de la défense des pays de l’OTAN ont approuvé des objectifs visant des entraînements et des exercices plus ambitieux, afin de développer encore l’interopérabilité au sein de l’Alliance. Dans cet esprit est projeté pour 2015 un exercice réel de grande ampleur et un programme complet d’entraînement et d’exercices pour la période 2015- 2020. Il a été précisé que la force de réaction de l’OTAN devrait être au cœur de cette initiative. En résumé chacun des pays est invité à apporter sa contribution à l’effort commun, fournir des supplétifs requis sur des théâtres choisis par d’autres, supprimer les duplications dans les programmes d’équipements, afin de les conformer à un standard établi. Un vaste programme retenu, dont le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, dans ses conclusions s’est félicité. Comment les 21 ministres de la défense des pays de l’Union Européenne ont-ils apprécié ces dispositions ? Aucune information n’a filtré. Le Ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, ne s’est pas publiquement exprimé.

Comment interpréter la création d’un axe, associant, Paris, Berlin, Varsovie, Budapest, Prague, Bratislava, annoncé par François Hollande, le 6 mars 2013, à Varsovie ? Ces capitales expriment la volonté d’avancer sur un dossier institutionnel, comme un état-major permanent et sur la mise en commun des moyens militaires. Est-ce une relance de la défense européenne ? Et en tel cas quels seraient ses liens avec l’OTAN ?

OTAN un obstacle à lever

Du bilan actuel, rapidement esquissé on peine à envisager la construction d’une défense européenne autonome, respectueuse des spécificités nationales ? L’organisation atlantique apparaît clairement comme un obstacle incontournable. Il convient de le lever, dans l’intérêt de la France, des Européens, du monde en général. A ce sujet lors des travaux d’un colloque de la Fondation Respublica en 2009, Gabriel Robin, ambassadeur de France, représentant auprès de l’OTAN de 1987 à 1993 déclarait « l’OTAN pollue le paysage international dans toutes les dimensions. Elle complique la construction de l’Europe. Elle complique les rapports avec l’OSCE. Elle complique les rapports avec la Russie. Elle complique même le fonctionnement du système international … L’OTAN ne se conforme pas au Droit International », pour conclure « je ne vois pas très bien ce qu’un pays comme la France peut espérer de cette organisation, car elle est inutile et nuisible, sinon la voir disparaître ».

C’est un constat d’expert. Donc, convient-il de remettre en cause l’appartenance de la France dans l’OTAN, certes elle serait isolée des autres pays européens pour lesquels la démarche semblera aventuriste. Donc ce ne sera pas une revendication commune au niveau des Etats, bien que comme les sondages le montrent, elle existe au niveau des opinions. Néanmoins, la France doit s’y engager. En décembre 2013 se tiendra un sommet spécial des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’Union Européenne, pour déterminer, indique-t-on, les ambitions des 27 dans le domaine de la politique de sécurité et de défense. C’est une occasion pour les opinions d’influer sur le débat.

Jacques LE DAUPHIN
Directeur de l’Institut de Documentation et de Recherche sur la Paix

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 avril, 2013 |Pas de commentaires »

SYRIE: L’EXASPERATION RUSSE (Bluerider)

SYRIE:

SYRIE: L'EXASPERATION RUSSE (Bluerider) dans REFLEXIONS PERSONNELLES syrie2

L’exaspération russe

(BLUERIDER)
À l’heure de la réunion du sommet de Bruxelles où François Hollande n’a de cesse de vouloir embarquer l’Europe dans une équipée néo-coloniale gazière de plus, voici un point de vue détaillé sur la colère russe face aux manoeuvres hors Droit International de l’Angleterre et de la France sur la question syrienne.

Dans mes précédentes traductions et contributions, j’ai certes focalisé l’attention sur le gisement de gaz Leviathan découvert en face de Gaza, dont la poche nord-est récemment découverte, est accessible sous le sol syrien, mais il y a aussi la concurrence entre pays producteurs au niveau de l’acheminement du gaz actuellement exploité en IRAN qui concurrence le Qatar. Là aussi, la Syrie est au cœur du débat, et l’Exécutif du Président Assad apparait bien isolé financièrement et économiquement au milieu de la diaspora occidentaliste et de sa cupidité énergétique sans bornes. Les nuées de mercenaires jihadistes apatrides et incontrôlables qui se réclament de la gentille ASL toujours sans chef adoubé ni même déclaré depuis 2 ans – on se demande bien pourquoi n’est-ce-pas – n’ont pas intérêt à cesser le combat, puisqu’ils sont au cœur de l’enjeu occidentaliste, et prêts à toutes les enchères qui ne manquent pas de gonfler les poches des plus malins avec des promesses et des billets verts, quitte à déserter pour quelque chose.

Si comme moi vous accumulez les lectures attentives de toutes les conditions géopolitiques de ce conflit, vous ne pouvez qu’être navré de voir avec quelle précision les faits se répètent depuis l’AFGHANISTAN (projet TAP Unocal – Delta Oil le long des bases US dans lequel le Président de la Commission du 11-9 a des parts, oléoduc TBC Tbilissi-Bakou-Ceyhan), l’IRAQ (captation pure et simple de la production nationalisée), la LIBYE (captation pure et simple de la production et du nouveau gisement gazier du bloc NC7 dont la Qatar possède désormais des parts), et maintenant la Syrie.

Pour le journalisme d’allégeance atlantiste, il faudra repasser une fois les écorcheurs qui noyautent le pays installés dans leurs résidences de carton-pâte. Le peuple français est à ce point drogué par les épouvantails humanitaires de cette crise aux fondamentaux énergétiques pourtant évidents, que j’espère juste que des journalistes comme Christof Lehman feront réfléchir nos éditocrates francophones sur leur propre moralité de distillateurs de cette immonde propagande néo-religieuse aux relents néo-conservateurs.

Le sujet même de la SYRIE est devenu à ce point inabordable en public (pour ne pas parler de l’Iran, 70 millions d‘humains sous le joug d’une atroce dictature menaçante depuis l’arrivée d’Ahmadinejad, mais pas sous le joug de sanctions qui avant l’Iran ont ravagé l’Iraq), que c’est tout le mal que nous pouvons souhaiter à ces échotiers du « bloc identitaire atlantiste ». Il va de soi que l’opinion publique française est largement opposée aux dérives de nos « Don Quichotte du Quai d’Orsay ». Mais dois-je rappeler ici que les affaires internationales ne sont même pas évoquées lors des débats présidentiels ? Le vote citoyen vaudrait-il désormais blanc seing pour aller « casser de l’arabe » ( ça réveille, non ?) pour notre confort énergétique et financier comme en LIBYE ? Quand je vous dis qu’il y a de quoi être honteux de son pays…. Je suis sans illusions.

Que les vents de la sagesse toute théorique dans laquelle notre civilisation gréco-romaine prétend toujours se draper aident le peuple syrien et ses dirigeants, héritiers de tant de civilisations et d’un pays berceau du christianisme. Et du temps qu’on y est… que François 1er se penche sur ce berceau et fasse pression sur nos chancelleries actuellement en roue libre, avec plus de sens pratique et l’appui du peuple sud-américain à ses côtés plutôt que des prières vaines. Nous verrons ce qu’il fera lui aussi avec ce peuple sud-américain qui porte l’espoir de la vraie gauche mondiale.

Gel des relations ; le Ministre russe des Affaires étrangères Lavrov condamne avec force les USA et leurs alliés pour vouloir armer l’opposition syrienne.

Le Ministre Russe des Affaires Etrangères Lavrov traite le rapport de la commission d’enquête de rapport biaisé, l’armement de l’opposition d’action illégale, et déclare que l’opposition doit mettre sur pied une équipe en vue de négociations.

Christof Lehmann (nsnbc, publié le 14 mars 2013) – Les relations entre la RUSSIE et les USA et l’OTAN se sont encore détériorées lorsque le Ministre russe des Affaires Etrangères, Serguei Lavrov, a réaffirmé mercredi 13 mars 2013 que pour un état étranger, armer l’opposition viole le Droit International. Il en a été de même lorsqu’une porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères a décrit le rapport de la Commission Indépendante des Nations Unies comme biaisé et penchant d’un seul côté comme d’habitude.

Le Ministre russe des Affaires Etrangères a insisté sur le fait que l’opposition syrienne doit prendre des mesures en faveur de négociations pour mettre fin à la crise, alors que le gouvernement syrien et la RUSSIE se sont préparés à les faciliter. Lavrov a aussi réitéré que le peuple syrien doit décider lui-même de sa propre destinée, et que les interférences étrangères en SYRIE sont inacceptables.

Les relations entre la RUSSIE et les membres de l’UE au sein de l’OTAN se sont détériorées de manière significative, après que les parties en présence n’aient pu trouver d’accord sur le différend RUSSIE-Union Européenne à propos du 3ème pack énergétique lors d’un sommet Russo-Européen à Bruxelles en décembre 2012. (1)

Le sommet constitue l’opportunité la plus récente de traiter des questions centrales qui sont les racines de la crise syrienne, directement liées aux questions de sécurité énergétique compte tenu de la ferme opposition américano-israélo-qatarie contre la construction du gazoduc [iranien] PARS à travers l’Iraq et la Syrie vers la Méditerranée. (2)

Les tensions sont devenues palpables lorsque l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN, Alexander Grushko, évoquant la sécurité énergétique, a implicitement sous entendu que l’OTAN percevait tout problème « comme un simple ongle », juste parce qu’elle se considère elle-même « comme un marteau ». Les hauts diplomates russes ont depuis donné des signes insinuateurs les uns après les autres, déclarant que les USA ne sont pas exempts de responsabilités pour des actes terroristes en SYRIE, simplement parce qu’ils ont déclaré qu’ils allaient cesser de fournir toute aide létale , tout en omettant de citer leur influence sur leurs alliés qui arment les insurgés. (3)

Les relations USA-RUSSIE se sont tendues encore un peu plus lorsque le secrétaire d’Etat John Kerry, malgré les déclarations de diplomates, a accordé une aide supplémentaire de 60 millions de dollars à la fois à « l’opposition » politique et « l’opposition » armée, tout en négligeant le dialogue national en cours en SYRIE. (4)

Les contacts entre la RUSSIE et les USA, ainsi que beaucoup de gouvernements de pays européens, ont été depuis largement retrogradés au niveau de simples représentants des Ministres des Affaires Etrangères, et de chefs de cabinets ministériels. Les révélations, par un membre du secrétariat général du Parti National du Koweit, Faisal Al-Hamad, qu’un accord secret en vue de diviser la SYRIE en états plus petits avait été signé par un ambassadeur US lors du rassemblement des amis de la SYRIE à Doha, Qatar, ont gelé de façon permanente les relations entre la RUSSIE et le groupe USA-UE. (5)

Mardi 12mars 2013, le Ministre des Affaires Etrangères, se référant aux conséquences de l’intervention de l’OTAN en LIBYE, a déclaré lors d’une conférence de presse à Londres, « Dans mon esprit, armer l’opposition est interdit par le Droit International, et armer l’opposition syrienne contredit les principes du Droit International. »

Lavrov a exprimé son espoir de voir l’opposition syrienne former une équipe chargée de négocier avec le gouvernement syrien, et il a ajouté, « le gouvernement et l’opposition doivent nommer 2 équipes en vue de négocier. Le gouvernement l’a fait, et nous attendons que l’opposition fasse la même chose. »

Lavrov a souligné qu’il était de la responsabilité des pays occidentaux de s’assurer que l’opposition forme une équipe de négociateurs et a déclaré « si leur but était vraiment de stopper le bain de sang dans le pays, ils n’auraient pas émis de conditions préalables à la négociation. »

La RUSSIE a aussi critiqué la Commission d’Enquête sur la SYRIE dans des termes cinglants, la traitant de partiale, inéquitable, et biaisée comme d’habitude. La directrice adjointe du Département de l’Information du Ministère des Affaires Etrangères russes, Maria Zarkhova, fut sur le point de rompre les règles de la courtoisie diplomatique lorsqu’elle déclara que « Le Rapport n’est pas objectif et n’est pas équitable, et le dernier document en date n’est pas une exception à la règle. »

La déclaration de Mme Zarkhova s’appuie sur des déclarations antérieures d’organisations pacifistes internationales. Le Réseau Pacifiste Italien de Rome, critiquant la Commission et son travail en septembre 2012, a utilisé presque les mêmes mots lorsqu’il a fourni un rapport détaillé sur les manquements et les mauvaises pratiques des Commissions. (6)

La porte parole du Ministère des Affaires Etrangères, Maria Zakhova, a souligné que la recommandation de la Commission, de déposer un référé sur la crise syrienne devant la Cour Pénale Internationale, ICC, est tout aussi vaine qu’à contretemps, « la RUSSIE n’a pas été la plus enthousiaste à soutenir la mise sur pied de la Commission », ajoutant que « néanmoins, nous avons coopéré avec ses experts pour clarifier notre position sur les événements en cours dans ce pays. »

Mme Zarkhova s’est aussi plainte de certains membres du Conseil de Sécurité de l’UE qui ont ignoré des déclarations écrites qui condamnaient les attentats terroristes (a) en SYRIE, qui ont coûté la vie à des civils innocents. Mme Zarkhova a qualifié leur position de « biaisée » et marquée du sceau du 2 poids, 2 mesures. La porte parole du Ministère des Affaires Etrangères se référait, de façon plus précise, aux attentats à la bombe à proximité du siège du Parti Baas et de l’ Ambassade de RUSSIE à Damas en début d’année. (7)

Le veto US au Conseil de Sécurité de l’ONU, contre la condamnation de l’attaque et du terrorisme sous toutes ses formes, a conduit le Ministre Russe des Affaires Etrangères Serguei Lavrov à rendre compte de la frustration du Gouvernement russe devant l’abandon du respect des règles suivies par le Conseil de Sécurité, selon lesquelles toutes les nations, sans exclusion, s’engagent à condamner le terrorisme, quels qu’en soient l’auteur, le lieu ou les motifs. Lavrov a déclaré « La RUSSIE voit dans la position américaine le règne du 2 poids 2 mesures, et une approche dangereuse lorsque nous constatons que les américains s’éloignent des principes généraux consistant à condamner le terrorisme sous toutes ses formes. » (8)

Mme Zarkhova a aussi fait allusion à la règle du 2 poids 2 mesures des USA et de l’UE, en particulier concernant la Commission d’enquête, lorsqu’elle a déclaré « Ce qui surprend Moscou c’est que le rapport ne contient aucun appel à suspendre les sanctions économiques unilatérales imposées par certains pays et des organisations régionales contre la SYRIE, malgré le fait que la Commission insiste sur leur impact négatif sur les « vies » des citoyens.

Tandis que les USA et l’UE ignorent dans les faits les protestations grandissantes de la RUSSIE et continuent dans leur idée de financer et armer l’insurrection directement, au travers de leurs alliés membres du CCG, de la TURQUIE, ou par l’entremise de réseaux obscurs ou d’intermédiaires fantoches comme Saad Hariri ou Walid Joumblatt, la RUSSIE continue d’appeler à un règlement pacifique de la crise et pour la cessation immédiate du financement et de l’armement des insurgés.

La RUSSIE continue de faire pression pour que les USA et l’UE usent de leur influence sur l’ « opposition », pour la conduire à la table des négociations et pour faire cesser les violences. Une déclaration sur le site du Ministre des Affaires Etrangères mercredi 13 mars 2013, mentionne « qu’il n’y a pas d’alternative au règlement diplomatique de la crise syrienne ».

Dans le contexte diplomatique actuel, cette déclaration signifie que la RUSSIE n’est ni prête ni désireuse de concéder un pouce de terrain supplémentaire au vu de la dérive amorcée par les USA-UE vers l’anarchie au niveau international et la barbarie. Avec en face les USA-UE-ISRAEL et leurs alliés qui s’acharnent à continuer leur projet de « remodelage du Grand Moyen Orient » (b) à tout prix, la diplomatie a atteint un niveau de gel permanent digne de la période de la guerre froide.

BLUERIDER

Commentaires du traducteur :

(a) NdT. Le Département d’Etat Américain ne condamne pas ces attentats car il les considére comme des faits de guerre. Chacun appréciera.

(b) Caroline Fourest, notre « obsédée des obsédés du complot » patentée, appréciera.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/syrie-l-exasperation-russe-132435

(1) Russia – E.U. Meeting in Brussels : Risk of Middle East and European War increased.

(2) Syria, Turkey, Israel and a Greater Middle East Energy War

(3) Russia´s Top Diplomats signal increased assertiveness regarding Syria, Africa and NATO

(4) Kerry after Friends of Syria Meeting clarifies, US determined to initiate World War III in Syria

(5) US – Russian Relations deteriorating as Kuwaiti Whistle Blower Discloses Secret Syria War-Plan

(6) Italian Peace Movement Criticizes Report of International Commission on Syria

(7) Massive Blast Near Baath Party Headquarters kills Scores, FSA threatens Hezbollah

(8) Lavrov : US Veto of UNSC Resolution to Condemn Damascus Blasts Indicates Double Standards

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 mars, 2013 |Pas de commentaires »

GUERRE CONTRE L’IRAN: UN SCENARIO VERS LE CHAOS OU LE RENOUVEAU DE L’OCCIDENT ET DU MONDE ARABO-MUSULMAN ? (Medjdoub HAMED / http://www.legrandsoir.info)

Guerre contre l’Iran :

GUERRE CONTRE L'IRAN: UN SCENARIO VERS LE CHAOS OU LE RENOUVEAU DE L'OCCIDENT ET DU MONDE ARABO-MUSULMAN ? (Medjdoub HAMED / http://www.legrandsoir.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES iran

Un scénario vers le chaos

ou le renouveau de l’Occident

et du Monde arabo- musulman ?

arton19629-2a22a AFGHANISTAN dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Medjdoub HAMED

Aujourd’hui, avec la crise économique mondiale, l’émergence de grands pôles économiques, le  » Printemps arabe  » et surtout les formidables avancées technologiques, le monde est en train de subir de profonds changements. Et une guerre que l’on annonce régulièrement contre l’Iran sans que l’on ne prenne en compte les risques qu’elle déborde et provoque un embrasement généralisé de la situation au Proche et Moyen-Orient, dont les conséquences seraient incalculables.

Depuis 67 ans, l’arme nucléaire, par sa démesure, a empêché l’affrontement majeur entre les grandes puissances. Au point qu’elles sont devenues ce que Raymond Aron appelait des  » adversaires-partenaires « . En cas d’emploi, la précision ayant relayé la puissance, aucune puissance nucléaire quel que soit son dispositif antimissile ne pourrait échapper à la saturation de sa défense par le feu nucléaire de la puissance adverse. Mais, aujourd’hui, la situation a changé. L’Inde et le Pakistan sont devenus depuis 1998 des puissances nucléaires. La Corée du Nord aussi depuis 2006. Ces puissances moyennes sont-elles pour autant des  » adversaires-partenaires « . Si on peut le considérer pour l’Inde et le Pakistan, pour la Corée du Nord, la situation reste posée. Il est évident que, dotée d’un armement nucléaire quantitativement limité, mais d’une stratégie telle que la Corée du Nord peut appliquer une stratégie du faible au fort menaçant ainsi un agresseur éventuel d’une sanction exorbitante par rapport à l’enjeu. Mais qu’en est-il pour l’Iran qui n’a pas dépassé le seuil du feu nucléaire. Si celui-ci s’avérait acquis, il placerait l’Iran dans le rang de la Corée du Nord. Pour comprendre, il faut remonter à la révolution islamiste d’Iran.

1. Le sens de l’avènement de la République islamiste d’Iran dans l’Histoire

Les Américains et les Anglais ont déjà été en 1953 l’artisan d’un coup d’Etat contre le Dr Mossadegh. Premier Ministre iranien à l’époque, il a cherché à mettre à exécution une loi votée sur la nationalisation des puits de pétrole. Vingt cinq plus tard, c’est le tour du chah d’Iran qui est déchu, il prend le chemin de l’exil en janvier 1979. Le motif, il a cherché à briser un tabou : doter l’Iran de centrales nucléaires et de centres de recherche nucléaire pour une utilisation pacifique de l’atome. Dans les années 1970, l’Iran était considéré le gendarme du Moyen-Orient, et Israël, le gendarme du Proche-Orient, tous deux alliés des États-Unis.

De nouveau, cette ambition du chah de doter l’Iran d’un programme nucléaire rebondit avec la République Islamique. Ce que l’on croyait résolu n’a été différé dans le temps. Force de constater que l’ambition de l’Iran pour le nucléaire est restée intacte.

Cependant, au-delà de la chute du chah et de l’ambition nucléaire de l’Iran, on est en droit de chercher le sens de la révolution islamique dans l’Histoire. L’utilisation de l’Islam à des fins politiques n’est pas nouvelle. Les États-Unis et leurs alliés, les riches pays du Golfe Persique (Arabie Saoudite, Qatar, Bahrein…) l’ont utilisé contre les pays arabes dits progressistes pour endiguer l’influence soviétique sur la région (où se trouvent les plus grands gisements de pétrole du monde). On est en droit de se poser une question. Si la révolution islamiste en Iran ne s’était pas opposée à la superpuissance américaine dès l’arrivée de l’ayatollah Khomeiny au pouvoir, quelle aurait été l’évolution des principaux conflits à l’époque (guerre civile au Liban, conflit israélo-palestinien) ? Il faut rappeler que l’Egypte pour récupérer le Sinaï avait fait défection à la cause palestinienne. En s’engageant à normaliser ses relations avec Israël, il a reçu une aide financière annuelle des États-Unis. Pour s’opposer au nouvel ordre israélo-américain dans le monde arabe, un  » front de fermeté  » (Algérie, Irak, Syrie, Libye, Yémen, et OLP) s’est constitué. Et c’est là où la République Islamiste d’Iran a joué un rôle historique important. En s’opposant à l’Amérique, elle a mis en échec la stratégie américaine dite la  » ceinture verte « . Si l’Iran s’était alignée à la puissance américaine, d’autant plus que la République islamique doit sa naissance à l’action discrète des États-Unis sur l’armée impériale du chah qui est restée pratiquement neutre, la  » ceinture islamique  » du stratège Brezinski autour de l’Union Soviétique aurait doublement fonctionné. A la fois sur l’URSS et les pays arabes socialistes.

Que représenterait le  » front de fermeté  » devenu  » front du refus  » face au États-Unis et ses alliés monarchiques et iranien ? Le premier maillon du front du refus, c’est-à-dire l’Irak, serait emporté. La guerre Irak-Iran aurait tourné certainement à l’avantage de la République islamiste d’Iran. Le régime pro-soviétique d’Irak disparu laissera place à un régime islamiste. Par effet de domino, le régime syrien sera remplacé par un régime islamiste. Du front du refus, il ne restera que la Libye et l’Algérie. A voir ce qui est advenu au régime de Mu’ammar al-Kadhafi en 2011. Il est évident que la Libye comme l’Algérie n’échapperont pas à la vague islamiste. Au final, le monde arabo-musulman sera entièrement islamiste, du Maroc au Pakistan.

Le problème qui va se poser avec l’islamisme, ce sont les peuples qui, bien que fervents croyants, vont prendre progressivement conscience que les régimes islamiques seraient incapables de résoudre leurs problèmes économiques. Dans l’incapacité de répondre aux besoins des peuples, ces régimes procèderont de la même façon que les régimes autoritaires précédents. C’est-à-dire, ils seront prêts à toutes les démesures et compromissions avec la superpuissance américaine pour se maintenir au pouvoir. Plus grave, l’URSS évincé de la région, les Occidentaux, face aux désordres qui vont certainement apparaître au sein de ces pays (liés au chômage et à la mal-vie des populations), seraient tentés de procéder à un remodelage du monde arabo-musulman sur des bases ethniques, religieuses et communautaires.

La création de petites entités nationales musulmanes permettra à la superpuissance la sécurisation de la région convoitée par les autres puissances et en même temps une mainmise totale sur les gisements de pétrole. De plus, le monde musulman muselé, elle permettra aux sionistes, de réaliser leur rêve du  » Grand Israël « , qui se fera au détriment des territoires des pays voisins. Ainsi apparaît que l’avènement de la République islamiste en 1979 n’est pas fortuit en Histoire, mais constitue un  » frein  » à l’hégémonie américaine sur le monde musulman.

2. Une situation de pré-guerre existe au Moyen-Orient

Soixante ans de violence ininterrompue dans un monde arabe divisé ont fini par épuiser l’élan nationaliste des régimes politiques en place.

Précisément l’attaque terroriste du 11 septembre 2001 et les guerres qui ont suivi en Afghanistan et en Irak sont venus remettre en question le statu quo imposé par les États-Unis et Israël. Le court temps d’euphorie dû à la victoire américaine en Irak en 2003 et l’annonce du remodelage du monde arabe (Grand Moyen-Orient) se transformant ensuite en véritable cauchemar pour la superpuissance, ont changé complètement l’équilibre géostratégique de la région. Dans le GMO, tous les pays réfractaires à la puissance américaine était visé, et en premier chef, l’Iran.

Mais l’influence grandissante de l’Iran sur le théâtre irakien et la volonté du peuple irakien de rejeter hors de leur territoire les forces étrangères ont changé les donnes. Précisément, cette guerre menée au Moyen-Orient et en Asie centrale et les débâcles qui ont suivi pour les forces occidentales ont eu un impact considérable dans le réveil des masses arabes. Au point que les États-Unis dont les forces américaines enlisées en Afghanistan et surtout en Irak, virent dans la République islamique d’Iran, l’ennemi N°1. Dès 2005, les États-Unis, prenant prétexte sur le programme d’enrichissement nucléaire, menaçait l’Iran de frappes préventives.

En 2006, les préparatifs de guerre achevés avec d’énormes effectifs militaires se dirigeant dans le Golfe arabo-persique, le déclenchement d’une guerre totale n’attendait qu’un assentiment du Président américain. Si le suspense a longtemps duré et, malgré la rhétorique des responsables néoconservateurs de plus en plus belliqueuse, le passage à l’acte ne s’est pas produit, c’est que déclencher une guerre requiert avant même l’assentiment du Président l’accord des chefs militaires. En termes d’analyse de la situation et des conséquences qui peuvent résulter d’une guerre étendue à l’Iran.

Précisément, embourbés en Irak, les responsables du Pentagone doutaient sérieusement quant à l’efficacité d’une attaque militaire US contre l’Iran. Une attaque contre l’Iran pouvait non seulement d’embraser la région mais risquait d’être improductive voire dévoiler la faiblesse des forces américaines dans une guerre à la fois conventionnelle et asymétrique. Des précédents existent déjà. La guerre du Vietnam et la débâcle soviétique en Afghanistan en témoignent si besoin est.

Dans une analyse en 2007, Zbigniew Brzezinski l’exprimait de manière abrupte :  » Nous faisons face à une crise très sérieuse concernant l’avenir. Les vingt mois qui viennent vont être absolument décisifs. Si nous les surmontons sans que la guerre en Irak empire et s’étende à une guerre avec l’Iran, je pense qu’il y a de fortes chances que nous récupérions [...] Mais si nous entrons dans ce conflit plus grand, alors j’ai peur que l’ère de la suprématie mondiale américaine s’avérera avoir été historiquement très, très courte. « 

Échec sur échec, en Afghanistan et en Irak, les Américains ont encore été fortement affectés par la crise financière de 2008. Pour ce qui concerne le dossier nucléaire iranien, les États-Unis privilégient les négociations internationales, tout en mettant en garde qu’ils n’accepteront jamais le statu quo. Quant aux menaces israéliennes de bombarder les installations nucléaires d’Iran, elles expriment simplement une connivence avec les États-Unis, pour maintenir la pression que  » toutes les options sont sur la table « .

Une situation de pré-guerre existe réellement dans le Golfe persique tant les positions des parties sont éloignées les unes des autres. Qu’en sera-t-il de ce bras de fer sur le programme nucléaire iranien et d’une guerre annoncée contre l’Iran ?

3. La stratégie de contre-insurrection en Irak de l’ex-chef de la CIA

David Petraeus, annonciatrice du « Printemps arabe »

Bien qu’initialement couronnée de succès avec la chute rapide du régime irakien et le changement opéré au profit d’un gouvernement allié chiite, l’intervention américaine trouva rapidement ses limites face à la violence inattendue des situations alors improprement qualifiées de  » post-conflit « . L’incapacité même des autorités américaines à parler d’insurrection avant 2005 montre au demeurant leur impréparation en la matière. Le modèle appliqué dit de haute intensité appliqué initialement, c’est-à-dire l’utilisation massive de la puissance de feu qui n’entre normalement que dans le cadre de guerre dite conventionnelle, s’est épuisé à déloger en vain des insurgés qui se dérobent au combat et dématérialisent les réseaux de commandement américain, les rendant ainsi invulnérables. D’autant plus que l’adversaire était agressif et aguerri par plusieurs guerres (contre l’Iran, la coalition en 1991 et les frappes aériennes durant l’embargo).

En réalité, cela ne devrait pas surprendre, les Américains ne faisaient que l’expérience que les Soviétiques ont déjà faite avant eux en Afghanistan. Dans une guerre asymétrique, les armées étrangères ne peuvent rien contre une insurrection armée intérieure (méconnaissance du terrain, ennemi diffus, pratiquement insaisissable, se fondant dans la population) sinon à procéder à des représailles qui ne feront que les enliser dans un conflit sans fin.

Précisément, dans cet échec de la stratégie américaine que le général David Petraeus qui a été dans les premières lignes dans la chute de Bagdad et ensuite dans l’occupation de Mossoul qu’il va tenter de comprendre les  » erreurs  » de l’armée américaine face à l’insurrection irakienne. Rentré aux États-Unis, il reprend les travaux de R. Trinquier et D. Galula qu’il fait rééditer et se passionne pour M. Bigeard et ses expériences en Indochine et en Algérie. Docteur en sciences politiques à l’université de Princeton et théoricien de nouvelles méthodes anti-insurrectionnelles de l’US Army, il réécrit un manuel de contre-insurrection (2004-2005).

En janvier 2007, alors que les forces américaines sont de plus en plus embourbées dans un conflit qui se double d’une guerre confessionnelle, il est rappelé en Irak. Le Surge (Sursaut) qu’il a mené contre l’insurrection irakienne à partir de cette date a permis de sauver in extremis l’administration Georges W. Bush du fiasco que beaucoup prédisaient à l’époque. Le plan reposait sur trois points. Un renfort de 30 000 soldats américains auquel il faut ajouter les 120 000 hommes des sociétés militaires privées (des sous-traitants avec l’US Army) déjà présents. Le deuxième point a porté sur l’achat des chefs de tribus sunnites dans la province d’el Anbar et leur ralliement à soutenir les forces américaines contre les insurgés. Financement et armement des milices sunnites ont joué, comme le souligne le général Petraeus,  » l’argent est une munition « . Enfin, le troisième point a été le rapprochement des États-Unis avec l’Iran. Une série de rencontres officielles ont eu lieu à Bagdad. Ce qu’on croyait impossible à réaliser en 2006 en Irak s’est concrétisé en 2008. Grâce au tournant qu’a pris la politique des États-Unis en Irak, les attaques contre les troupes américaines ont diminué de 80% en deux ans. Bien que la contribution iranienne dans cette diminution du regain de la violence soit peu reconnue par les États-Unis, ces succès placent désormais l’Iran comme un interlocuteur incontournable sur la scène irakienne

En juin 2010, après un court passage au CENTCOM (Commandement Central en Floride qui supervise les opérations au Moyen-Orient et en Asie centrale), David Petraeus est nommé par le président Barack Obama chef des troupes de l’OTAN et commandant de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (ISAF) en Afghanistan remplaçant le général Stanley McChrystal relevé de ses fonctions. Mais la stratégie de ce général intellectuel dans ce nouveau théâtre de combat n’a pas donné les résultats escomptés comme en Irak. Plusieurs raisons sont évoquées. On invoque que le général McChrystral n’a pas obtenu les troupes suffisantes pour rééditer le Surge en 2009, d’où ses relations crispées avec Obama. Il a reçu un renfort de 30 000 au lieu des 40 000 hommes qu’il a demandé. Alors que ce  » Surge  » n’était pas négligeable, puisqu’il ajoute 30 000 soldats aux renforts déjà envoyés par le président Obama après son entrée en fonction : en un an le contingent américain a triplé passant de 32 000 à quelque 100 000 hommes. Que pourrait faire son remplaçant, le général quatre étoiles David Petraeus, l’auteur de la stratégie, en 2010 ?

En réalité, la situation en Afghanistan n’est pas la même qu’en Irak. Pour comprendre, il faut recontextualiser ce qui a été dit sur la contre-insurrection en Irak. Les Sunnites n’ont pas été  » retournés  » comme on l’a fait croire. Il était clair pour tous les insurgés sunnites, chiites ou kurdes que l’occupation de l’Irak par les Américains n’était que temporaire. Les difficultés de l’armée US tant la situation devenait intenable, Washington, face à l’insurrection irakienne, prévoyait déjà un retrait de ses forces. L’occupation n’étant prorogée que par des Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Par conséquent, les insurgés sunnites ont  » sauté  » sur la perche tendue par les Américains qui leur avait permis de  » financer et d’armer à moindre frais  » une force de 100 000 miliciens (les Sahwas). Une milice sunnite qui aura à s’aligner face aux 90 000 hommes chiites de l’imam Moktada al-Sadr et les 90 000 hommes de la force militaire kurde, les Peshmergas, pour, le moment venu,  » peser sur le partage du pouvoir politique et économique  » du pays de l’après-occupation. L’approche tactique des Sunnites, comme celui réciproque des États-Unis qui cherchaient à s’assurer d’une baisse de violence et une  » sortie honorable de l’Irak  » (sans défaite) peut se comprendre dans cette alliance scellée qui relève de la conjoncture politique et militaire de l’Irak.

En revanche, en Afghanistan, il n’y a pas de communauté à  » acheter ou à retourner  » dans le cadre de la  » contre-insurrection « . La majorité de la population pachtoune, ouzbek, tadjik… est sunnite. Quant aux Hazaras chiites afghans, ils ne représentent qu’une petite frange de la communauté afghane qui est d’ailleurs représentée dans le gouvernement de Hamid Karzaï. C’est dans cette situation de stagnation, d’enlisement en Afghanistan et les nombreuses bavures sur les civils qui ne font qu’augmenter les ressentiments de la population envers les forces d’occupation et aussi de crise économique qu’un formidable événement va apparaître et redonner vie à la stratégie occidentale : le  » Printemps arabe « .

4. L’irruption du « Printemps arabe » dans la stratégie de domination des États-Unis

L’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, un jeune tunisien, le 17 décembre 2010, va mettre le feu au poudre dans les rues arabes et faire tomber en moins de deux mois deux régimes jusque-là jugés comme les plus solides de la région. Le président Ben Ali fuit le 17 janvier 2011, après vingt-trois ans de dictature. Le président Moubarak démissionne le 11 février 2011, après vingt-neuf ans de pouvoir sans partage.

Le vent de la révolution tunisienne parcourt le monde arabe, déclenchant des contestations populaires de grande ampleur. La peur tombe et les foules défient les régimes. Les mouvements de manifestations débutent le 28 décembre en Algérie, le 14 janvier en Jordanie, le 17 janvier en Mauritanie et à Oman, le 18 janvier au Yémen, le 21 janvier en Arabie Saoudite, le 24 janvier au Liban, le 25 janvier en Egypte, le 26 janvier en Syrie, le 28 janvier dans les territoires palestiniens, le 30 janvier au Soudan et au Maroc, le 1er février à Djibouti, le 13 février en Libye, le 14 février au Bahreïn… Un incroyable mouvement contestataire synchronisé rappelle la Révolution de 1848 en Europe.

Le monde entier prend conscience du tournant historique que vivent les peuples arabes et l’on s’attend alors à une chute en cascade de tous les régimes autocratiques du Maghreb et du Machrek. En réalité, il n’en est rien. Le  » Printemps arabe « , amplifié par la caisse de résonance extraordinaire qu’est l’Internet et magnifié par les chaînes de télévision satellitaires comme Al-Jazeera, permettant aux peuples de vivre la révolution en direct, à partir de la place de la Libération (Tahrir) du Caire et d’ailleurs, ne ciblent surtout que des pays non islamistes. Parmi ceux-ci, il y a les pays qui font allégeance à la superpuissance américaine comme la Tunisie, l’Egypte et dans une moindre mesure le Yémen, la Mauritanie. Et ceux qui ne sont pas alignés à la superpuissance comme la Libye, la Syrie, l’Algérie. Il est évident que les manifestations qui se sont propagées très rapidement et qui sont certainement spontanées compte tenu du ras-le-bol des peuples sur la précarité, le chômage, etc., ont néanmoins été  » aidées  » par l’Occident. Un Occident qui se trouve sans solution ni en Afghanistan ni en Irak ni en Iran. Plus grave, l’Iran non seulement ne se conforme pas aux résolutions internationales qui le somment à ouvrir tous ces centres nucléaires à l’AIEA mais, par son alignement à la Russie et à la Chine et son refus de se soumettre au diktat occidental, rompt totalement l’équilibre géostratégique de la région. Et tous les déboires américains et occidentaux au Moyen-Orient le doivent à l’Iran.

Des questions se posent pour l’Occident.  » Comment combattre l’Iran ?  »  » Mener une guerre préventive ?  » Des mesures qui ne doivent être entreprises que lorsque tous les moyens diplomatiques seraient épuisés. Or il s’avère que l’Iran est chiite, il n’est pas sunnite. Précisément le général D. Petraeus (nommé chef de la CIA en avril 2011) a éprouvé sa stratégie anti-insurrectionnelle en opposant les Sunnites contre les Chiites. Et sa stratégie s’est avérée payante. Si sa stratégie n’a pas fonctionné en Afghanistan pour des raisons qu’on a déjà développées, il reste que le monde arabo-musulman est un ensemble qui, pris globalement, présente des similarités avec l’Irak. Deux grandes tendances confessionnelles le traversent : le sunnisme et le chiisme. D’ailleurs, pour rappel, la révolution islamiste en Iran en 1979 a obligé l’Arabie Saoudite à exporter plus l’idéologie wahhabite pour lutter contre la nouvelle politique iranienne. Ce qui n’est pas nouveau pour les Américains puisqu’ils ont concouru avec le Pakistan dans la propagation de l’idéologie wahhabite sunnite, lors de la guerre d’Afghanistan, pour chasser les forces soviétiques occupantes.

Ainsi se comprend mieux l’essence du  » Printemps arabe  » et la nécessité pour les États-Unis de chasser des oligarques arabes et de les remplacer par des  » régimes islamistes sunnites « . D’autant plus que les Frères musulmans et Salafistes sont les mieux organisés des partis l’opposition. Noyautés par l’Arabie saoudite et l’Occident, réprimés par la police, ayant une base très large grâce aux multiples œuvres caritatives, ils ont tout pour remplir le rôle qui leur est assigné dans l’endiguement de la Russie et la Chine via la neutralisation projetée de l’axe Iran-Irak-Syrie-Hezbollah chiite.

C’est ainsi que les forces armées tunisiennes et égyptienne dépendantes indirectement des États-Unis sont restées très discrètes dans les mouvements populaires  » spontanées  » alors que le régime de Kadhafi sur lequel l’Amérique n’a pas de prise a nécessité le concours de l’OTAN pour le faire  » tomber « . Quant à la Syrie, elle se trouve aujourd’hui projetée dans une guerre civile, et le conflit armé s’internationalise sans visibilité sur le futur.

Au-delà des stratégies occidentales et des enjeux qui opposent les puissances, il reste que le  » Printemps arabe  » a été un formidable succès pour les peuples arabes au point qu’il a suscité en Occident un mouvement pacifique, les  » indignés « . Cependant, les monarchies arabes grâce aux pétrodollars ont échappé au  » Printemps arabe « , comme d’ailleurs l’Iran face à la pression occidentale. Mais le mouvement populaire est enclenché dans les pays arabes, et il n’a pas épuisé toute cette énergie émancipatrice. Qu’en résultera-t-il dans les années à venir ?

5. Préparatifs d’une guerre contre l’Iran ?

Le monde aujourd’hui est à la croisée des chemins. Le  » Printemps arabe  » toussote. Les régimes islamistes sont implantés dans la plupart des pays de la  » ceinture verte sunnite « . Cette  » ceinture  » qui a eu raison de l’URSS en 1988 reste néanmoins fragile. Avec les heurts sociaux et l’instabilité, la situation des nouveaux régimes islamiques inquiète la superpuissance américaine.

Les peuples arabes dans le  » Printemps arabe  » ont montré qu’ils sont comme tous les autres peuples du monde. Ils rejettent la dictature et exigent la démocratie et l’équité dans le partage des richesses, donc de meilleures conditions de vie, de l’emploi et de la dignité. Ils s’opposent au verrouillage de la vie politique par les nouveaux pouvoirs. Parvenus démocratiquement au pouvoir, les partis islamistes face aux problèmes économiques détournent le débat politique sur l’identité collective. En faisant ressortir les racines islamiques, et donc des valeurs islamiques, ils tentent de dissoudre l’identité collective dans une sorte d’identité arabo-musulmane voire saoudo-wahhabite qui prêche la soumission des peuples à la domination du Qatar et de l’Arabie Saoudite. Evidemment, la stratégie aurait été possible si ces pays avaient les mêmes richesses que le Qatar et l’Arabie saoudite et si la majorité de la population avait accès à un emploi utile, ou, à défaut d’emplois, une aide substantielle de l’Etat garantissant les perspectives d’avenir à toutes les franges des sociétés. Or ce n’est pas le cas. Le fonctionnement politique des nouveaux régimes islamistes repose sur l’islamisme couplé à une force policière et militaire qui appuie le gouvernement. Comme cela fut dans les régimes autoritaires précédents. Y compris d’ailleurs en Iran où le système est verrouillé et largement dominé par les conservateurs qui se réclament du Guide suprême Ali Khamenei. La crise politique, lors des élections iraniennes en 2009, a montré que le peuple iranien a les mêmes aspirations que les autres peuples du monde.

La démocratie n’est pas un bien exclusif à l’Occident, mais une donnée universelle à tous les peuples. Les Occidentaux ont lutté pour y parvenir durant des siècles, et le chemin a été parsemé de nombreuses guerres jusqu’aux deux conflits mondiaux du XXe siècle. Par conséquent, le  » Printemps arabe  » ne signifie pas pour les peuples sunnites de  » sortir d’une dictature  » pour s’engouffrer dans une  » autre dictature dusse-t-elle être islamiste « . Si cela aurait été le cas, le  » Printemps arabe  » serait alors un non-sens dans l’Histoire. Ce qui est impossible. Et on n’apprend pas l’Islam à des peuples dont l’identité des peuples est pétrie de quatorze siècles d’Islam.

Précisément, les États-Unis en sont conscients que la démocratie ne peut être pendant longtemps instrumentalisée pour mettre un régime qui n’a rien à voir avec elle. Les fondamentalistes, en réalité, ne sont que des éléments dans l’échiquier politico-militaire des États-Unis pour dominer le monde. Face aux violences populaires, ils doivent agir vite avant que le camp sunnite ne se lézarde, d’autant plus que les événements se précipitent. Une attaque terroriste à Benghazi qui a couté la vie à des diplomates dont l’ambassadeur américain, des troubles en Egypte, en Libye, en Tunisie, en Jordanie, au Bahreïn. Le grain de sable de la France qui, pour défendre ses intérêts dans la région (exploitation de mines nucléaires au Niger près de la frontière malienne), s’est attaqué au point extrême ouest de la  » ceinture verte « , le Mali, alors que les pays de la CEDEAO, depuis une année, de réunion en réunion, promettent une force d’intervention pour chasser les islamistes du Nord du Mali sans que celle-ci ne voit le jour. Les États-Unis ont décidé que la crise malienne se résoudra politiquement et non militairement.

Enfin, le dernier grain de sable, l’Algérie a procédé rapidement à une riposte contre la prise d’otage par des terroristes islamiques sur un site pétrolier gazier de Tiguentourine (In Aménas). La rapidité et l’efficacité de l’intervention a surpris les puissances. Un autre pays qui fait peur. Au début, accablée vu les pertes occidentales en vies humaines, l’Algérie se trouve ensuite presque honorée. Le Premier Ministre britannique David Cameron en personne s’est rendu en Algérie pour apporter un message de soutien de la Grande-Bretagne en matière de lutte contre le terrorisme mais, en même temps, informe qu’il faut combiner une réponse sécuritaire et politique à la crise malienne. Vu les enjeux, Le Premier ministre appelle à l’apaisement.

Quelques jours plus tard, à Londres, le Premier Ministre Cameron parraine une rencontre entre le président Hamid Karzaï et son homologue pakistanais.  » Les parties (…) se sont engagées à prendre toutes les mesures nécessaires pour atteindre le but d’un accord sur la paix dans les six prochains mois « , a indiqué un communiqué transmis par Downing Street à l’issue de discussions impliquant les deux dirigeants et le Premier ministre Cameron.  » Le président Karzaï, le président Zardari et le Premier ministre (Cameron) ont affirmé qu’ils soutenaient l’ouverture d’un bureau à Doha (Qatar) pour des négociations entre les talibans et le Haut Conseil pour la paix en Afghanistan, dans le cadre d’un processus de paix mené par l’Afghanistan « , poursuit le texte (Le Monde.fr). Les présidents des deux pays voisins ont également  » décidé de prendre des dispositions pour renforcer la coordination des libérations de talibans détenus au Pakistan, afin de soutenir le processus de paix et de réconciliation « .

Les forces de l’OTAN et européennes (ISAF) ne procèdent plus d’opérations militaires en Afghanistan. Plus encore, les États-Unis ont annoncé leur retrait en 2014. La situation donc s’assainit en Afghanistan, et les Talibans qui sont sunnites sont invités à rentrer dans les rangs. La  » ceinture verte  » est en train de se fermer à l’Est.

Un autre indice : les États-Unis, en décembre 2012, reconnaissent à leur tour (après la France, les monarchies arabes…) la nouvelle Coalition de l’opposition syrienne comme la  » représentante légitime  » des Syriens. « Nous avons décidé que la Coalition de l’opposition syrienne rassemblait désormais suffisament (de groupes), reflétait et représentait suffisamment la population syrienne, pour que nous la considérions comme la représentante légitime des Syriens « , a déclaré M. Obama dans un entretien à la chaîne de télévision américaine ABC. Cette décision américaine se comprend, elle est renforcée par la libération d’une partie du territoire syrien. Et les rebelles syriens utilisent désormais de l’armement lourd et des missiles anti-aériens.

On peut ouvrir une parenthèse sur la Syrie. Le conflit en Syrie et au Mali nous rappelle étrangement la situation en 1975. Une guerre civile au Liban et un conflit armé au Sud-Ouest de l’Algérie, le Sahara Occidental. Ces mêmes conflits sont survenus après l’affaiblissement du tandem israélo-américain suite à la débâcle américaine au Vietnam et la guerre du Kippour en 1973. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

La visite de l’émir du Qatar à Gaza est autre indice. Il cherche à éloigner le Hamas, un parti sunnite, de l’orbite de l’Iran.

Ceci étant, on peut dire que les préparatifs de guerre sont en train d’avancer discrètement. Cela se voit même dans le raid israélien contre des objectifs militaires en Syrie alors que ce pays est fortement éprouvé par la guerre civile.  » Premier maillon de l’axe chiite  » à briser, la Syrie livre des combats acharnés aux rebelles et aux groupes djihaddistes étrangers, soutenus par l’Occident et les pétromonarchies. De son côté, l’armée syrienne loyaliste est soutenue par ses alliés. On a donc une situation explosive où l’axe chiite Iran-Irak-Syrie-Hezbollah, soutenu par la Chine et la Russie, fait face à l’axe sunnite, pétromonarchies du Golfe-royaumes du Maroc et de Jordanie, Israël et Occident, auquel on tente d’allier l’Egypte,la Tunisie et la Libye. L’Algérie n’est pas dans ce cas de figure, par son histoire et sa guerre de libération, elle est opposée à toute forme de domination étrangère.

Le problème n’est pas seulement que la Russie et la Chine aient jusque là tout au plus bloqué des résolutions du Conseil de sécurité sur une intervention militaire sur la Syrie, le maillon faible de l’axe Iran-(Irak)-Syrie-Hezbollah, et contre l’Iran, ont laissé passer les sanctions économiques qui somme toute n’ont affecté l’Iran que sur le plan économique. Il est évident que si la Chine et la Russie avaient la conviction que leurs intérêts stratégiques en Iran étaient menacés, elles auraient opposés leur droit de veto aux sanctions économiques internationales. Ce qui veut dire que les dirigeants iraniens étaient très conscients du rapport des forces, comme d’ailleurs la Russie, la Chine et l’Occident.

Dès lors que les responsables iraniens n’étaient pas  » fous  » vu la disproportion manifeste des potentiels de guerre qui existe entre leurs forces et l’arsenal américain, force de dire qu’ils ont des  » cartes maîtresses « , ou en d’autres termes, une  » puissance de dissuasion  » qui n’a pas été mise sur la  » table  » mais sous-entendue, ce qui explique pourquoi les puissances occidentales dont les États-Unis ont attendu si longtemps pour déclencher une guerre contre l’Iran. Il est évident que ces  » cartes maîtresses  » reposent sur le problème même qui oppose l’Occident à l’Iran, c’est-à-dire le  » problème nucléaire « .

Et encore aujourd’hui, en ce début de février 2013, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, réitère la position de l’Iran sur le nucléaire. Il a opposé une fin de non-recevoir à l’offre américaine de négociations directes dans le dossier nucléaire, dénonçant la stratégie de Washington qui mêle sanctions et offre de dialogue. Il l’a clairement exprimé.  » Cette déclaration du numéro un iranien intervient au lendemain de la confirmation par les États-Unis de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran, quelques jours seulement après une  » offre sérieuse  » du vice-président américain Joe Biden à Téhéran sur des négociations directes dans le cadre du groupe 5+1 (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne).  » Vous pointez une arme sur l’Iran en disant +négociez ou nous tirons+. Mais faire pression et négocier n’est pas cohérent et la nation ne se laissera pas intimider « , a lancé à l’adresse des États-Unis le Guide, lors d’un discours à Téhéran dont le texte a été publié sur son site internet (www.leader.ir).  » L’Iran n’acceptera pas de négocier avec celui qui nous menace par des pressions « , a-t-il affirmé, estimant qu’une  » offre de dialogue n’a de sens que quand l’autre partie montre de la bonne volonté.  » Ceci en dit long non seulement sur le bras de fer Iran-Occident mais aussi sur le rapport des forces. En d’autres termes Ali Khamenei  » pense très bien la partie de guerre qui s’annonce avec les États-Unis au cas où elle aura lieu « .

Ceci étant, qu’en est-il réellement des  » cartes maîtresses iraniennes «  ? Il est évident que le problème qui se pose n’est pas que la guerre se déclenche en 2013, ou à une date ultérieure (2014 ou 2015…), mais qu’il réside essentiellement dans l’ » évolution de la guerre «  ? C’est-à-dire qui aura le dernier mot, les États-Unis ou l’Iran ?

Probablement la guerre va se jouer dans les premières semaines, en cas de déclenchement d’un conflit armé, et ce quel que soit le prétexte invoqué. Il faut encore rappeler que l’Iran n’a agressé aucun pays, les seuls griefs que l’Occident lui reproche est d’avoir soutenu un pays allié (Syrie) comme le font d’ailleurs les Américains avec la Corée du Sud, le Japon, Taiwan…, ou de poursuivre un programme nucléaire que l’Iran déclare pacifique alors que l’Occident dément. L’Iran poursuit un programme militaire.

Donc il n’y a pas de grief militaire proprement dit comme fut l’invasion du Koweït par l’Irak.

La guerre déclenchée, il est clair que l’Iran, malgré sa riposte sur des cibles ennemies, ne peut attendre que le rouleau-compresseur de la puissance de feu américaine déferlée sur ses installations militaires et civiles les réduise à néant. L’Iran est contre les armes nucléaires, qu’il a maintes fois dénoncées comme contraire aux valeurs de l’Islam. Ce qui est vrai, la traduction même du mot de l’Islam est  » Paix « , mais  » Paix  » ne signifie pas pour autant  » se laisser détruire « . La seule solution qui se pose à l’Iran est alors d’équilibrer ses  » moyens de puissance  » avec ceux des États-Unis. Ce qui est licite dans l’Islam, et ce quel que soit le moyen utilisé.

Bien qu’il ne vise dans le programme de l’enrichissement nucléaire que des applications civiles, on peut penser que l’Iran, face aux menaces persistantes de l’Occident, a été poussé à se prémunir en se lançant dans un programme nucléaire secret qui vise des applications militaires. D’autant plus que  » Installer des centrales nucléaires en produisant le combustible nécessaire, ce que l’Iran qualifie comme un droit naturel et inaliénable du peuple iranien « , est, dans un sens, légitime.  » Pourquoi de nombreux pays en dehors des cinq grandes puissances du Conseil de sécurité ont le droit d’enrichir l’uranium pour leurs centrales ou de procéder à des applications à caractère pacifique et non l’Iran ou à tout autre pays musulman. Ou parce qu’ils sont musulmans ?  » Le Pakistan est bien une puissance nucléaire. D’autant plus que l’Iran a signé très tôt le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire).

Ainsi, par ce programme secret, l’Iran, en tant que  » puissance non-nucléaire « , en cas d’agression par une  » grande puissance nucléaire « , peut se transformer rapidement en  » puissance nucléaire déclarée  » pour équilibrer le rapport des forces. Ce cas est intéressant à formuler puisque Israël lui-même est aujourd’hui qualifié de  » puissance nucléaire non déclarée « . C’est-à-dire qu’il a un arsenal de missiles à tête nucléaire, et, en cas de guerre globale avec le monde arabo-musulman, Israël sera prêt à lancé le feu nucléaire sur des villes et regroupements importants militaires des pays arabo-musulmans. Ainsi Israël s’immunise, en cas de perte du parapluie militaire américain, d’une guerre globale avec le monde musulman. L’arsenal nucléaire israélien joue un rôle de  » dissuasion à la guerre « .

Précisément, l’Iran, de la même façon, raisonne. C’est ainsi que,  » acculé par la guerre déclenchée par l’Occident « , il procèdera dans les premières semaines qui suivent le conflit à des  » essais nucléaires (probablement) souterrains en cascades  » comme un  » avertissement  » à la superpuissance. Il est évident que l’Iran va alors se dévoiler comme une  » puissance nucléaire attestée « . On peut même dire que ses Shahabs 3B et Shahabs 2, de portée respectivement 2000 et 500 km, armés d’ogives nucléaires, sont déjà pointés sur Tel-Aviv, Ryad, Doha, Koweït-city, et sur le Bahreïn où se trouvent le commandement américain, position avancée du CENTCOM en Floride, et bien d’autres ville-cibles. On comprend d’ailleurs pourquoi le président Bush mettait l’accent dans l’implantation d’un dispositif NMD (projet de défense missiles-anti-missiles) en Pologne, en Tchéquie… contre une attaque nucléaire par l’Iran.

Quelle sera alors la réaction des États-Unis face à la nouvelle situation ? Ne penseront-ils pas que les Iraniens  » bluffent « . Et qu’ils ne sont encore qu’au stade des premiers essais nucléaires. C’est possible, et les bombardements américains vont probablement continuer. Mais si Moscou et Pékin en tant qu’alliés à l’Iran informent Washington du changement de l’équilibre des forces au Moyen-Orient et surtout que la région du Proche et du Moyen-Orient court un réel danger de guerre nucléaire ? Ce n’est plus comme les analyses le font penser, un embrasement qui pourrait durer des mois voire des années, mais une apocalypse qui surgira en quelques jours. Ce qui est complètement différent. Les responsables iraniens qui voient leur pays attaqué, agressé par les Américains et leurs alliés qui procèdent à des destructions massives de leurs infrastructures et entraînant des milliers de morts vu la disproportion des forces en faveur des forces adverses, n’auront alors plus d’alternative. Mentionnons la déclaration de l’ex-président d’Iran, Hachemi Rafsandjani, le 14 décembre 2001, lors d’un sermon à l’université de Téhéran :  » L’emploi d’une seule arme nucléaire contre Israël détruirait tout, mais, contre le monde islamique, ne causerait que des dommages limités « . Ce qui suggère que l’emploi de l’arme nucléaire pourrait être concevable contre Israël en tant que puissance ennemie.

Les États-Unis continueront-ils leurs bombardements massifs sur l’Iran encore longtemps, en se laissant espérer que les missiles patriots protègeraient Tel-Aviv, Ryad, Doha… de l’apocalypse venant des Shahabs 3B et E, vecteurs porteurs d’ogives nucléaires ? Vont-ils jouer à  » la roulette russe sur l’existence des autres peuples «  ? Les responsables iraniens ont déjà assimilé le  » prix qu’ils auront à payer  » s’ils déclenchent une guerre nucléaire dans la région, ce sera la  » destruction de Téhéran, d’Ispahan, et d’autres villes iraniennes « . Adeptes du martyr et profonds croyants, les Iraniens estimeront que ce sera un sacrifice venant de Dieu.

Qu’en sera-t-il des villes israéliennes, Tel-Aviv, Haïfa, dont 40% de la population d’Israël sont concentrés dans ces villes ? La panique, l’exode. Qu’en sera-t-il des populations arabes à Ryad, la capitale saoudienne, à Doha, la capitale du Qatar, et ailleurs ? Une panique générale sera étendue à l’ensemble de ces pays et du monde ! Le monde entier sera tenu en haleine. Les médias occidentaux qui appelaient dans un certain sens à la guerre se verraient à changer leur  » une  » en appelant à la fin immédiate des hostilités.

Le peuple américain acceptera-il l’ » aventurisme  » de l’establishment américain ? Des millions de morts en Israël, en Arabie Saoudite, au Qatar, en Iran ? Une disparition totale des villes-capitales et des villes de provinces comme si elles n’avaient jamais existé. Cette  » guerre apocalyptique extrêmement tendue  » des premières semaines de guerre car il y va de plusieurs millions de vies humaines vient à point nommé confirmer les rumeurs de grands généraux de l’armée américaine, comme l’amiral William Fallon, alors chef du CENTCOM (2007-2008), qui a démissionné parce qu’il a refusé de cautionner la politique de Bush d’étendre la guerre à l’Iran, de l’amiral Michael Mullen, ex-chef d’état-major interarmées des États-Unis (le plus haut gradé de l’armée US à l’époque) qui est parti en retraite et qui, à maintes reprises, a affirmé qu’une guerre contre l’Iran, c’est l’  » inconnu « , pour ainsi dire le  » noir « . En 2010, il s’est opposé à un raid israélien sur les installations nucléaires iraniennes. Et d’autres prestigieux généraux parmi lesquels le général Stanley A. McChrystal (il a quitté l’armée et travaille comme civil dans la firme Siemens) qui a compris en Afghanistan que ce n’est pas la guerre qui apportera une solution mais en respectant les peuples, en tentant de convaincre les peuples que l’Amérique est là pour les aider. Ce qui n’et pas le cas malheureusement. L’Amérique poursuit une stratégie de domination et non pour aider les peuples. Mais cette domination risque de déboucher sur plusieurs Hiroshima, plusieurs Nakasaki.

Il est évident que ces chefs militaires américains n’auraient pas été réticents pour porter le feu contre l’Iran s’ils n’avaient pas entrevu les risques qu’aurait entraînés un tel conflit. Dans toutes les armées du monde, ce sont toujours les chefs militaires qui apprécient les théâtres de guerre et non les politiques. C’est ainsi que la pression des politiques l’ayant emporté malgré l’éclairage des chefs militaires, une guerre est déclenchée contre l’Iran et le  » monde entier aura tremblé « . C’est ce qu’il faut attendre lorsque les  » politiques se mêlent de la guerre « . Quelle serait la réaction de la Russie et de la Chine si les  » politiques américains  » seraient poussés à provoquer l’ » apocalypse «  ? Une alerte mondiale ou pire, des  » menaces  » viendraient s’ajoutaient à d’autres menaces ?

Il est évident que le monde entier, surtout Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar qui attendront dans la peur l’issue de la guerre. Ils espéreront que l’Amérique arrête la guerre contre l’Iran. Et surtout que gagneraient-ils les États-Unis dans une apocalypse au Proche et au Moyen-Orient ? Une partie de leurs alliés qui disparaîtraient de la terre ! Et le monde ne serait plus comme avant.

Précisément, non seulement le Congrès américain s’interposera, mais le lobby juif qui a un très fort ascendant sur le pouvoir américain, dont l’American Israël Public Affairs Comittee (AIPAC), la puissante Republican Jewish Coalition et son équivalent démocrate, le NJDC), les puissants banquiers de Wall Street et enfin Benyamin Netanyahu qui aura perdu de sa superbe, vont de tout leur poids intercéder pour Israël, amenant les États-Unis à mettre fin à la guerre. Ce sera désormais un nouveau monde qui apparaîtra après la guerre Iran-Occident.

Ce qu’il faut dire sur cette donne que, depuis l’avènement de l’arme nucléaire en 1945, toutes les puissances qui sont devenues des  » puissances nucléaires  » l’ont été par la force des choses, à commencer par l’URSS et la Chine. Ces pays cherchaient à se faire contrepoids mutuellement. Donc l’URSS et la Chine ont été poussées à l’être, il y allait de leur survie, de leur poids dans le monde. De même pour l’Angleterre et la France. Après la défaite cinglante à Suez en 1956 (ultimatum de l’URSS), et leur retrait d’Egypte, ces deux pays, ayant perdu la face devant l’Union Soviétique, sont devenus ensuite des puissances nucléaires. L’Inde face à la Chine aussi est devenue une puissance nucléaire, en 1998. Quelques jours après, c’est le Pakistan face à l’Inde. Là encore, la menace a prévalu. Israël et son complexe de Dimona, même principe, face au monde arabo-musulman. La Corée du Nord, en 2006, face à la Corée du Sud et son grand allié, les États-Unis. Aujourd’hui encore, l’Iran, une puissance nucléaire non déclarée face à Israël et les États-Unis. Il deviendra probablement demain une  » puissance nucléaire déclarée  » par la force des choses. L’Iran a déjà annoncé la maîtrise complète du cycle nucléaire. Tous ces pays ont été poussés pour une raison ou une autre, à s’armer de moyens nucléaires. L’Iran ne fera pas exception tant que l’embargo et les menaces de bombardements et d’invasion pèsent sur lui. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Si la Corée du nord est aujourd’hui une puissance nucléaire, cela ne veut pas dire que la Corée du Sud ne peut pas l’être. Et le Japon non plus. Simplement, ces pays n’y sont pas poussés, estimant l’  » arme nucléaire non-utile  » pour vivre pacifiquement avec leurs voisins. Malgré les litiges qui se posent pour le Japon et la Corée du Sud dans leurs aires respectives, ces deux pays ne sont pas tentés de passer ce seuil. Donc, chaque pays a une histoire et l’armement nucléaire est lié à cette histoire.

C’est dans cette vision de l’Histoire que cette étude se conclut en espérant qu’elle apporte un éclairage, une base de réflexion sur les conséquences géostratégiques et politiques que peuvent impliquer une guerre contre l’Iran. Une guerre asymétrique, conventionnelle ou nucléaire n’est pas une fatalité, elle n’est que ce qu’en font les hommes, et surtout les puissances. Un renouveau pointera peut-être pour les peuples des trois religions monothéistes qui comprendront que l’arme nucléaire, par la crainte qu’elle suscite, doit au contraire  » rassembler  » au lieu de  » diviser « . Que les richesses pétrolières du monde arabo-musulman et technologiques du monde chrétien et juif sont au contraire  » complémentaires « . Telle sera peut-être la finalité dans les frictions qui opposent aujourd’hui l’Occident au monde musulman.

Medjdoub HAMED

Officier de l’ANP en retraite (Forces Navales) Auteur et chercheur spécialisé en Economie Mondiale, Relations Internationales et Prospective.

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5180004
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5180087
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5180239

Notes :

*  » Les fondamentaux économiques de l’année 2013 « , par Nouriel Roubini. Project Syndicate

 » PROSPECTIVE : Pourquoi l’Occident et les pays pétroliers n’échapperont pas à une crise économique majeure ? « , par Medjdoub Hamed. www.sens-du-monde.com

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 mars, 2013 |Pas de commentaires »

NEGOCIATIONS SUR LE NUCLEAIRE IRANIEN: UN SIMPLE JEU DE RÔLES (AVIC /http://avicennesy.wordpress.com/)

Négociations sur le nucléaire iranien :

NEGOCIATIONS SUR LE NUCLEAIRE IRANIEN: UN SIMPLE JEU DE RÔLES (AVIC /http://avicennesy.wordpress.com/)  dans REFLEXIONS PERSONNELLES iran

Un simple Jeu de rôles

arton19643-56b2b AIEA dans REFLEXIONS PERSONNELLES
AVIC

Un round de plus vient de se terminer à Alma-Ata, au Kazakhstan, après 2 jours de discussion sur le Nucléaire iranien. Comme d’habitude, ils se sont séparés tous contents, se fixant d’autres rendez-vous. Tous gagnants. Qui sont les protagonistes ? Les deux habituels : l’Iran d’un côté, les six (les 5+1 qu’on ne présente plus) de l’autre, et un organisateur qui, comme pour les jeux olympiques, change d’une rencontre à l’autre. Le scénario est toujours le même, avec quelques coups de théâtre usés jusqu’à la corde mais qu’il est impossible de ne pas glisser par-ci par-là parce qu’ils sont attendus par tout le monde.

L’organisation d’abord. Comme pour les grands événements sportifs, des pays posent leur candidature pour avoir l’honneur et le privilège d’organiser la rencontre. Notons, en passant que le pays retenu est le premier gagnant. Le seul fait d’avoir été choisi lui confère une stature diplomatique en tant qu’acteur du maintien de la paix dans le monde. Il ne lui reste plus, pour renforcer cette position, qu’à gérer les éventuels couacs, que les deux challengers n’ont d’ailleurs aucun intérêt à provoquer.

Une fois que l’arène a été définie, les préparatifs commencent avec les ingrédients habituels. On ne comprend pas toujours tout, ni les rôles et les objectifs de chacun, mais, à force, on a fini par en retenir les grandes lignes. En premier lieu, le rôle de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) reste dans un flou entretenu. Ce vénérable organisme est-il un procureur, un avocat, un expert ou un simple témoin ? C’est un organisme international, donc censé être neutre. Mais, aujourd’hui, dans le domaine international, la neutralité n’est pas de ce monde. En tout cas, sa présence permanente en Iran et sur les sites nucléaires, avec ses inspections poussées et sa surveillance jamais vue nulle part ailleurs, lui permet de fournir une masse de rapports qui seront ensuite étudiés, commentés, analysés et interprétés, chacun y voyant ce qu’il a envie d’y voir. Comme si cela ne suffisait pas, régulièrement un rapport supplémentaire sorti d’on ne sait où, mais attribué à l’AIEA, vient se greffer aux autres, amenant des données sensées orienter les futurs débats. Ça fait partie du jeu.

Outre l’AIEA, il y a aussi Israël. Habituellement, avant chaque rencontre, Israël a pour rôle de faire monter la pression sur les deux protagonistes. Là aussi, les mêmes recettes sont utilisées. Une pincée de « encore plus de sanctions paralysantes ». Une larme de « Si vous ne faites rien, nous serons obligés d’envisager une frappe préventive ».Une lichette de « dans 6 mois au plus tard l’Iran sera doté de l’arme nucléaire ». Le tout enrobé de « menace pour Israël, donc pour le monde » et autres « apocalypses ». Rien de nouveau de ce côté, sauf pour la dernière rencontre où on constate un léger changement dans l’attitude d’Israël.

Les six, eux, justement parce qu’ils ne sont pas homogènes, poursuivent finalement un but commun : conserver le statu quo à la fin des pourparlers. Toute solution qui pourrait satisfaire l’un serait au détriment de l’autre. Alors, à quoi bon rechercher des solutions ? Toute modification du statu quo conduirait à revoir des politiques ayant été mises en place de longue date et sur lesquelles reposent déjà toutes leurs économies respectives. Ensuite, quand les uns ont besoin d’un ennemi perpétuel, les autres exploitent cela pour, d’une part, accuser leurs collègues d’irrationalité, et d’autre part, pousser leurs pions dans des partenariats privilégiés avec l’Iran d’où seront exclus les premiers. Bien sûr, toute cette mascarade n’empêche pas les déclarations tonitruantes assorties de menaces par les uns et de conseils bienveillants par les autres, tout le monde sachant à quoi s’en tenir.

Quant à l’Iran, il sait qu’il n’est qu’un joueur parmi les autres dans ce jeu de poker-menteur. Il sait également que son nucléaire ne figure, en aucune façon, parmi les vrais enjeux. Mais tant qu’il gagne, lui aussi, il joue. Car il a tout à gagner à suivre les règles du jeu. De quoi s’agit-il ? Les adversaires occidentaux s’appuient sur sa technologie nucléaire pour poursuivre un combat datant de Mossadegh, avec une petite fenêtre pendant les premiers temps du règne du Chah Mohamed Reza Pahlavi. Il n’y aurait pas eu le nucléaire, ils auraient trouvé autre chose, l’objectif étant de faire rentrer l’Iran dans les rangs et d’en finir avec sa théocratie. Or les iraniens n’ont aucune intention d’obtempérer aux désidératas des Etats-Unis et de ses alliés. Le bras de fer engagé depuis des années contre eux peut déboucher, à tout moment, sur un conflit armé ouvert. Ce que ne souhaite ni l’un, ni l’autre, pour le moment.

Le problème nucléaire est donc tout à fait le bienvenu car il présente de nombreux avantages. Outre les percées technologiques qui l’accompagnent, il permet à l’Iran de se positionner comme défenseur mondial du droit au nucléaire civil pour tous. Devant le harcèlement des Grands et les divers sabotages de son programme, son obstination lui confère une stature de premier résistant face à l’hégémonie et à l’arrogance de ces grands, dont 5 sont officiellement détenteurs de l’arme nucléaire. Mais les dirigeants iraniens savent aussi que les attaques répétées, tant médiatiques, économiques que subversives risquent de mener, tôt ou tard, à la déstabilisation du régime, véritable but des auteurs de ces attaques. C’est là qu’apparait à leurs yeux toute l’utilité des négociations avec les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne. Ces négociations permettent, en effet, à Téhéran de montrer à son peuple toute la fermeté de ses gouvernants face à ses ennemis, et ainsi souder un peu plus le peuple iranien autour de ses dirigeants, chaque rencontre se soldant par un match nul. Un match nul, seul contre tous les grands de ce monde, est une victoire. Une victoire à moindre frais.

A tous les coups l’on gagne. C’est la formule qui peut caractériser ces « sommets » à la fin desquels tout le monde rentre chez lui, content. Après chaque rencontre, les 5+1 auront testé l’effet des sanctions précédentes sur le moral des dirigeants iraniens et pourront déjà en envisager d’autres, tandis que les iraniens auront montré à leurs adversaires que plus il y aura de sanctions, plus les occidentaux s’éloigneront de leurs objectifs premiers. Quant à l’organisateur, s’il s’assure que toutes les règles permettant d’aboutir à ce résultat ont été respectées, il gagne le ticket pour une prochaine rencontre.

AVIC

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 mars, 2013 |Pas de commentaires »

IRAK: DIX ANS… (Georges STANECHY / http://stanechy.over-blog.com / http://www.legrandsoir.info)

Irak :

IRAK: DIX ANS... (Georges STANECHY / http://stanechy.over-blog.com / http://www.legrandsoir.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES irak2

Dix ans…

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Georges STANECHY
« Partout, dès les quais du port jusqu’au village le plus reculé, dans les rues et au prétoire, l’offense régnait impunie, la misère, la délation, l’humiliation, le mensonge arrogant, le sadisme à peine déguisé. Un peuple et sa culture, objets des pires manœuvres. » – Jean-François Lyotard (*)

Dix ans…

Le 20 mars 2003 débutait la destruction et l’invasion de l’Irak.

Il n’y aura pas de commémoration. Encore moins : débats et remises en cause.

Nos médias, politiciens, si friands d’anniversaires, s’efforceront à la discrétion. Eux dont l’obsession du culte des « souvenirs », encensant autosatisfaction, mégalomanie, ou abrutissement, n’a d’égale que celle de l’oubli des faits pouvant ternir leur « Bonne Conscience ».

C’est ainsi que l’on forge des sociétés amnésiques, analphabètes de l’Histoire, de l’évolution de notre planète. De ses peuples, nations, rapports de force, déclins et renaissances. Qui, un jour, inévitablement, se trouvent, hébétées, tétanisées, écrasées, face à l’irruption impitoyable de ce qu’elles souhaitaient oublier, cacher, nier.

Silence. Dans les rangs des oligarques occidentaux. Alignés sur les injonctions de leur suzerain.

Le plus éclatant exemple venant de Grande-Bretagne. Par instruction écrite adressée aux membres du gouvernement, le Ministre des Affaires Etrangères Britannique, William Hague, modèle de cynisme contemporain, vient d’imposer l’obligation de ne pas mentionner la guerre d’Irak, à l’occasion de ces dix ans (1) : « Don’t mention the Iraq War… »

Ce fut, il est vrai, une des plus abjectes folies de violence collectives commises par les nomenklaturas occidentales. Car, malgré une colossale propagande, les opinions publiques étaient contre ce délire sanguinaire et colonial. Le peuple britannique, un de ceux qui se sont le plus mobilisés contre cette guerre, dont il savait les prétextes non fondés, illégaux et mensongers, dans des manifestations groupant des millions de personnes.

Illustrant, ainsi, le complet mépris des castes au pouvoir, sous couvert du soutien de parlements fantoches, à l’égard de la majorité de leurs concitoyens exprimant la volonté d’œuvrer pour un monde de paix.

Steve Bell rappelle cette hystérie criminelle et impunie dans une cinglante caricature, tournant en dérision posture et propos de Tony Blair, Premier Ministre de l’époque. Chef de la majorité « Travailliste », similaire aux PS français, espagnol, italien, belge, etc. Artisan zélé, vibrionnant, obsédé, de l’engagement des armes britanniques aux ordres du clan Bush.

Il y représente le lion britannique, symbole du Royaume Uni, avec le visage de Blair, la crinière carbonisée, sa superbe cabossée, au point d’être réduit en rat. Dans un paysage de désolation où s’accumulent, à l’infini, linceuls et pierres tombales. Affirmant, obstiné et fier de lui, la conviction inébranlable de son génie incompris (2) : « Cela fait longtemps que j’ai renoncé à convaincre l’opinion qu’envahir l’Irak était la bonne décision »

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Nous ne devons pas l’oublier, même si les médias de la désinformation nous y forcent : ce furent des centaines de milliers de morts, de blessés, de traumatisés, sous des prétextes délirants. Nous le savions. Dès le commencement. A présent, nous en reconnaissons publiquement la réalité, objectivement, placidement, froidement. Tout n’était que tromperie: armes de destruction massives inexistantes, armes chimiques introuvables.

Dernier artifice rhétorique, avant l’oubli, restait à prétendre qu’il s’agissait de renverser « un affreux dictateur qui tirait sur son peuple ». Fumeuse, abyssale hypocrisie tendant à imposer comme “norme” l’écrasement d’un peuple sous les bombes de l’Occident pour le délivrer de la dictature, en interaction avec la pulvérisation de toutes les infrastructures civiles. Exceptées, pétrolières et gazières, évidemment…

Tout en chérissant, protégeant, soutenant, les pires despotismes qui nourrissent ses insatiables spoliations, corruptions, superprofits mirifiques, enrichissements personnels météoriques : moyenâgeuses pétromonarchies du Golfe ou d’Arabie, « régimes parlementaires » mafieux aux élections truquées d’Afriqued’Amérique ou d’Asie.

Toutefois, l’Irak réduit en cendres, occupé, pillé, la saignée fut jugée insuffisante. Dès la fin de l’invasion, les occupants lui inoculèrent la « guerre civile ». Méticuleusement organisée, financée, armée, pour en prolonger l’égorgement, l’épuisement, la mise à mort, l’agonie. Une moyenne de 3000 morts par mois (3).

Des milliers de torturés pour laminer toute velléité de révolte devant l’horreur de l’occupation, l’immensité des destructions et des pillages. L’information sur la pratique à grande échelle de la torture en Irak, son organisation et sa gestion quasi- »industrielle » par les envahisseurs, commence à émerger malgré la censure. Du côté américain, planificateur de l’horrible. (4)

Mais, aussi, chez les britanniques dont beaucoup n’admettent pas, qu’au XXI° siècle, leurs soldats se livrent à des actes d’une telle barbarie. Ici ou là, apparaissent des « commissions d’enquête » officielles ou parlementaires, dont on sait qu’elles sont trop souvent destinées à enterrer les affaires compromettantes pour les gouvernants.

A l’exemple d’un autre courageux et lucide caricaturiste, Leon Kuhn, qui détourne, rétablit ou décode, le sens de la médaille accordée aux militaires de son pays revenant de leur séjour en Irak : « War on Terrorism – Expeditionary Medal – Iraq ». La gravure en relief montrant un militaire frappant à coups redoublés avec son poing ganté (gant généralement plombé) un prisonnier Irakien immobilisé dans un filet.

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Avec en légende, une citation de Phil Shiner dénonçant la torture « systématique » des prisonniers Irakiens par l’armée britannique. N’hésitant pas à employer l’expression « pratiques d’Etat » [State practices] !… Combien redoutable pour nos nomenklaturas qui, un jour inéluctablement, auront à rendre compte : gouvernants, parlements et médias.

Rappelons que ce juriste londonien se consacre à la défense, qu’il estime n’être qu’à ses débuts, des droits des victimes de « la politique étrangère et de l’armée britanniques » [British foreign policy and military action] (5).

Irak… Société détruite, Etat détruit : le Chaos.

But ultime. « Mission accomplie ».

Effroyable décennie pour une nation, un peuple, à qui étaient promis les bienfaits paradisiaques de « La Démocratie »… C’est devant les morts, les êtres brisés, les générations saccagées, de l’Irak, qu’en ce jour nous nous devons de nous incliner.

Dernier hommage, que je souhaite rendre en cette sinistre et silencieuse commémoration.

À un homme, intègre, généreux, déterminé, qui a voulu laisser parler sa conscience, prévenir que tout n’était que mensonge dans le déclenchement de cette guerre. Dire la vérité lui a coûté la vie, quatre mois après le début de l’invasion, le 17 juillet 2003 : David Christopher Kelly. Il avait 59 ans.

Incroyable, mais vrai. Les oligarques de l’Occident n’honorent pas leurs « dissidents » ! Ni Prix Nobel, ni généreuses récompenses, ni luxueuses sinécures, ni distinctions cinématographiques, littéraires, académiques, médiatiques ou autres. S’ils ne peuvent les réduire au silence …

Ils les exécutent.

Avec une « discrétion », ou une mise en scène, plus ou moins réussies…

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Membre éminent du Ministère de la Défense britannique, c’était un des experts internationaux les plus qualifiés en guerre biologique et en armes de destruction massive. Il avait été détaché comme inspecteur de l’ONU en Irak, où il avait participé à 37 missions.

Ses constats, analyses, recherches, avaient forgé une évidence : il n’y avait en Irak aucune arme de destruction massive, nucléaire, chimique ou bactériologique.

Il l’avait écrit, l’avait exposé, auprès des organismes et départements spécialisés. Ne pouvant admettre que les « politiques » exigent, des responsables du renseignement et des experts en armement non conventionnel, des contrevérités, ordonnent de procéder à des falsifications de documents. Pour justifier une guerre qui allait entraîner morts et dévastations, aussi atroces qu’incalculables. Non seulement lors de l’invasion, mais encore davantage lors de l’occupation de l’Irak.

David Kelly commençait à faire circuler l’information, face au matraquage de la propagande étatique. La partager et la soutenir en dehors du « secret défense ». Auprès de certains journalistes spécialisés, notamment. La Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des Communes (équivalent de l’Assemblée Nationale) l’avait convoqué (cf. photo), cherchant plus à le mettre en difficulté qu’à écouter ses arguments. Il s’était engagé à donner le détail de ses certitudes et informations, lors des séances ultérieures.

Ses prochaines auditions, du fait de son niveau d’expertise et de connaissance sur ce dossier, allaient être “dévastatrices” pour les thèses officielles…

Trop.

Il a été retrouvé « suicidé ».

Près de chez lui, sur un chemin de promenade où il avait l’habitude de marcher pour se détendre. Version officielle : il se serait tailladé le poignet gauche, mais les secouristes n’ont trouvé aucun signe d’hémorragie, ni traces de sang sur le sol ; et, aurait avalé des barbituriques, mais aucune dose mortelle ne fut prouvée…

Contradictions et bousculades habituelles du cirque de la désinformation, avec en tête de liste : investigation policière bâclée, simulacre de commission d’enquête (la guignolesque “Commission Hutton”) pour disculper au plus vite le gouvernement Blair. Tout a été fait pour conclure, dans la précipitation, à un « suicide » auquel personne n’a cru : famille, proches, collègues et collaborateurs.

David Kelly, considéré comme une solide et brillante personnalité, au parcours professionnel irréprochable, plein d’humour, était tout à la joie de la préparation du mariage de sa fille. Débordant de projets, rien ne prédisposait à une telle « sortie »… Au-delà de son entourage, de nombreux spécialistes du monde médical et des milieux proches du dossier avaient compris qu’il s’agissait d’une élimination.

Une avalanche de témoignages, difficilement étouffée par les médias : experts médicaux (6) contredisant les conclusions de l’enquête officielle, députés (7) évoquant ouvertement son assassinat, membres des services de renseignement britanniques (8) confirmant cette « exécution » pour marquer colère et indignation face à une telle imposture politicienne.

L’assassinat de David Kelly, victime “collatérale” de l’invasion de l’Irak, est emblématique de la profonde décomposition et de l’hyperviolence du système politique dans nos pays dits « démocratiques ». Dès lors que les intérêts des oligarchies bellicistes et coloniales sont en jeu. “Raison d’Etat”, invoquera-t-on…

Fortes de leur impunité, imperturbables, nos nomenklaturas n’en poursuivent pas moins leur obsession criminelle, fanatique, hallucinée, corruptrice, de la destruction et du pillage des peuples et nations. Les uns après les autres. Au gré de leurs délires prédateurs et impératifs du moment…

Mensonges, contrevérités, intoxications, désinformations, affabulations, continuent de plus belle. Diaboliser, susciter les peurs dans les pulsions paranoïaques, enflammer la détestation pour la transformer en haine, afin de justifier guerres, atrocités et prédations.

Tels des cafards, insensibles avec leurs cousins scorpions aux radiations atomiques dit-on, les officines chargés de véhiculer cette propagande mortifère, travesties en agences de presse “fiables” par nos médias qui en font leurs “sources” (9), se multipliant, pullulant, grouillant…

Georges STANECHY

http://stanechy.over-blog.com/article-irak-dix-ans-116027806…

(*) Jean-François Lyotard, Signé Malraux – Biographie, Grasset, 1996, p. 154.

1. Nick Hopkins, Don’t mention the Iraq War – William Hague tells cabinet (William Hague demande au gouvernement de ne pas mentionner la guerre d’Irak), vendredi 1er mars 2013,The Guardianhttp://www.guardian.co.uk/politics/2013/feb/28/dont-discuss-…

2. Steve Bell on the 10th anniversary of the Iraq war – cartoonThe Guardian, 27 février 2013,http://www.guardian.co.uk/commentisfree/cartoon/2013/feb/27/…

3. Patrick Cockburn, How the World Forgot About Iraq, CounterPunch, 4 mars 2013,
http://www.counterpunch.org/2013/03/04/how-the-world-forgot-…

4. Mahmood, O’Kane, Madlena, T. Smith, Revealed : Pentagon’s link to Iraqi torture centres – General David Petraeus et ‘dirty wars’ veteran behind commando units implicated in detainee abuse, [Révélation : les centres de torture en Irak sont une émanation du Pentagone – Le général David Petraeus et un vétéran des ‘sales guerres’ seraient les commanditaires des unités de commando impliquées dans les tortures de prisonniers] The Guardian, mercredi 6 mars 2013, http://www.guardian.co.uk/world/2013/mar/06/pentagon-iraqi-t…

5. Phil Shiner : ‘We torture people, yet no one admits it’, James Hanning meets Phil Shiner, The Independent, dimanche 2 août 2009, http://www.independent.co.uk/news/people/profiles/phil-shine…

6. David Halpin, Stephen Frost & Searle Sennett, Our doubts about Dr Kelly’s suicideThe Guardian, mardi 27 janvier 2004,http://www.guardian.co.uk/theguardian/2004/jan/27/guardianle…

7. Fiona Barton, Iraq whistleblower Dr Kelly WAS murdered to silence him – says MP (Un Député affirme que le Dr Kelly a été assassiné pour avoir dénoncé les mensonges du dossier irakien), 29 octobre 2007, Daily Mailhttp://www.dailymail.co.uk/news/article-488662/Iraq-whistleb…

8. Simon Aronowitz, Kelly was Murdered’ Says UK Intelligence Insider, 23 février 2004,http://www.prisonplanet.com/022304kellywasmurdered.html

9. Le plus comique dans ce genre d’arnaque de la désinformation, si le contexte n’était pas aussi cruel, est le fameux Observatoire des Droits de l’Homme en Syrie (OSDH), domicilié à Londres, référence absolue des médias occidentaux. Voici l’évaluation du Ministère des Affaires Etrangères Russe (RIA Novosti – 25 février 2012) :

« Selon les informations dont nous disposons, le personnel de l’Observatoire ne comprend que deux personnes : le directeur et son secrétaire-interprète. L’établissement est dirigé par un certain Rami Abdel Rahmane qui ne possède ni de formation journalistique ou juridique ni même d’instruction secondaire. Dans une interview accordée aux médias en novembre dernier, il a fait savoir qu’il résidait en permanence à Londres, était citoyen britannique et exerçait un métier d’entrepreneur (propriétaire d’un snack-bar) [en fait : un Kebab…] »

Ou encore, celle d’Alain Chouet, ancien responsable de la DGSE et spécialiste du Moyen-Orient :

« … L’OSDH fonctionne sur fonds saoudiens et qataris… » (Marianne – 20 juillet 2012).

Etc.

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 22 mars, 2013 |Pas de commentaires »

LES RETOMBEES DE L’OFFENSIVE OCCIDENTALE AU MALI (David URRA / http://www.zcommunications.org / http://avicennesy.wordpress.com/)

Les retombées de l’offensive occidentale au Mali

LES RETOMBEES DE L'OFFENSIVE OCCIDENTALE AU MALI (David URRA / http://www.zcommunications.org / http://avicennesy.wordpress.com/) dans REFLEXIONS PERSONNELLES guerre4 (David URRA)

Beaucoup de choses ont été écrites et réécrites sur les événements qui se déroulent au Moyen-Orient, mais il n’a pas toujours été facile de comprendre que ces événements sont le résultat d’un plan unique qui s’est développé dans l’ombre et n’est devenu visible que dans ses phases finales. Alors que les « analystes » se limitent presque toujours à l’observation des événements tels qu’ils sont rapportés, les actions non déclarées sont plus difficiles à percevoir.

La guerre psychologique/médiatique (Psy/Media Ops) se déroule dans l’ombre et ce n’est que par la compréhension de ses caractéristiques qu’il est possible de comprendre ce qui se passe réellement. Dans l’opération militaire en cours au Mali, tout indique que l’objectif réel est l’Algérie, qu’elle fait partie des priorités de l ‘« Axe de la guerre. »

On peut avoir oublié que toute cette histoire a apparemment commencé avec les révoltes en Tunisie et en Egypte, bien qu’en réalité, le déclenchement ait été décidé longtemps à l’avance par les membres de l ‘« Axe de la guerre » (les Etats-Unis et ses partenaires, à la fois à l’Ouest et au Moyen-Orient), avec les premières phases élaborées minutieusement et dans certains cas, avec le consentement des futures victimes.

Le plan, maintenant connu et dénoncé par le général américain quatre étoiles Wesley Clark inclut des Coups d’Etat dans plus de sept pays du Moyen-Orient, où les intérêts occidentaux étaient menacés pour diverses raisons. Afin y parvenir, d’abord une étude a été réalisée sur la société, avec une vue d’ensemble des caractéristiques ethniques, sociales, culturelles, économiques et de défense des différents pays (comme Southcom avait fait avec l’Amérique latine par le biais de son partenaire, l’institution Florida International Université). Plus tard, un plan spécifique a été élaboré pour chaque pays, pouvant se réajuster coup par coup en fonction de leur « maturité », pour le renversement des gouvernements qui ne sont pas alignés sur les États-Unis.

En principe, les guerres psychologiques sont planifiées séparément pour chaque pays, tenant compte des différentes couches sociales à influencer, et du niveau potentiel de pénétration des médias dans la société occidentale. En conséquence, il n’y avait aucune feuille de route définissant par quel pays commencer, ni quel serait le suivant, la décision serait prise en cours de route, en fonction du degré de « maturité » que les actions entreprises avait atteint.

En ce sens, lorsque les révoltes en Tunisie et en Egypte ont été déclenchées, l’Occident a compris que c’était le prétexte dont elle avait besoin pour commencer l’assaut final, comme cela nous a été définitivement prouvé par les principaux médias de « désinformation ». Dans tous les cas, la préparation en coulisses avait débuté depuis un certain temps, et pour certains de ces cas, depuis des années.

En Tunisie et en Egypte, il était nécessaire d’ »écouter » la voix du peuple et de « remplacer » les dictateurs qui avaient longtemps servi les intérêts américains, mais dont l’image publique était ternie. Leur disgrâce servirait à « projeter le mécontentement » vers les pays voisins qui avaient été définis à l’avance comme des objectifs de déstabilisation, la Libye, l’Algérie, la Syrie et l’Iran. La première phase de ce plan avait été accomplie. C’est ce qui avait été élaboré en Afghanistan et en Irak sous le prétexte de la lutte contre Al-Qaïda et le terrorisme.

Il est nécessaire de souligner que l’Afghanistan et l’Irak ont ​​servi de préparation pour la deuxième partie de l’offensive qui serait lancée contre le reste des « infidèles ». Dans le cas de l’Afghanistan, où Al-Qaïda a joué un rôle prépondérant, il était aussi un lieu d’incubation pour la plupart des combattants-terroristes qui allaient plus tard être employés en Libye, Syrie, Iran et Algérie.

Nous devons garder à l’esprit que Al-Qaïda était une organisation créée par la CIA à partir des pires éléments existants dans le Moyen-Orient, dans le but de déstabiliser l’Afghanistan à l’époque où ce pays était soutenu par l’Union Soviétique, et servir plus tard de prétexte pour des agressions futures. Al-Qaïda n’a jamais été hors de contrôle de la CIA et, qu’elle soit utilisée comme prétexte ou comme exécutant, elle a toujours été un acteur dans tous les événements du Moyen-Orient. En tant que tel, en Afghanistan et en Irak, Al-Qaïda était une organisation terroriste qui devait être combattue et détruite. En Libye et en Syrie, il s’agit d’une organisation qui défend « la liberté et la démocratie. »

Dans le cas de la Libye, les révoltes en Egypte et en Tunisie qui ont servi à renverser des dirigeants corrompus ont également été utilisées pour générer un éventail d’opinions au sujet de la l’ »insurrection » libyenne. Dans ce pays, qui avait le plus haut niveau de vie de toute la région et où, malgré les erreurs stratégiques commises, ses dirigeants se sont toujours préoccupés des besoins de la population, l’analyse des couches de la société a révélé que, à Benghazi, il y avait encore certains secteurs qui aspiraient au retour du roi Idris Ier, renversé par Kadhafi, et on leur a fourni les conditions pour activer leurs forces, en les utilisant comme un fer de lance pour la « rébellion » générale.

En outre, Kadhafi a remis à l’Occident non seulement les armes que les rebelles utiliseraient, mais aussi les principales entreprises stratégiques du pays, y compris ses raffineries de pétrole, en fin de compte utilisées contre lui durant les révoltes organisées par ce même occident.

Ils n’avaient besoin que d’un prétexte qui, dans ce cas consistait à organiser des manifestations qu’une petite minorité des médias-mensonge (MMD : media of mass deception) amplifieraient indéfiniment, afin de mettre en œuvre immédiatement la formule utilisée ailleurs et perfectionnée en Afghanistan, un élément fondamental des guerres psychologiques : préparer le terrain et l’opinion publique pour la phase finale, dans laquelle des mesures économiques, financières et diplomatiques combinées avec des mercenaires, des terroristes, des opérations des forces spéciales et la supériorité aérienne, porteraient le coup final à Kadhafi et ceux qui l’ont soutenu .

On connaît le résultat.

Mais toutes ces actions étaient liées, étant donné que les révoltes en Egypte et en Tunisie, se dirigeant vers la Syrie et l’Algérie, faisaient partie du plan conçu au Quartier Général de Fort Bragg, sauf que dans le cas de l’Algérie, la guerre psychologique n’avait pas donné le résultat escompté, et le plan devrait être modifié.

En Syrie, toutes les conditions n’avaient pas été réunies, non plus, mais l’Occident, enhardi par les résultats très favorables obtenus avec un minimum de ressources, et pourquoi pas, par la résistance tiède de la Russie et de la Chine, a décidé « d’accélérer » le plan pour ensuite se concentrer sur les deux objectifs les plus difficiles : l’Iran et l’Algérie.

Mais l’aventure syrienne s’est avérée être beaucoup trop compliquée, et semble figée sans aucune solution en vue. La Russie et le léger changement de la position chinoise ont bloqué l’élaboration du plan de l’Occident tel qu’il était conçu, et malgré les « insurgés » achetés avec des fonds du Qatar et de l’Arabie saoudite qui ont réussi à déstabiliser le pays, la résistance du peuple syrien et de leurs forces armées n’a pas été liquidée. Apparemment, l’axe de la guerre devra s’impliquer plus directement dans le conflit, mais cela implique le danger de l’internationalisation et cela pose certains dangers, étant donné que ce n’est pas seulement la Syrie qui est en jeu, mais la Syrie ainsi que l’Iran et probablement la Russie.

Ce sont ces circonstances qui ont conduit l’Occident à décider de se tourner vers l’application de la variante qui consiste à accélérer ses actions contre l’Algérie, et c’est là que l’option Mali entre en scène.

Bien que le conflit au Mali soit en cours depuis un certain temps, c’est toujours une création relativement récente, et l’Occident ne l’a pas peaufinée, puisqu’il a déjà les ressources de la région sous son contrôle absolu.

L’apparition soudaine de la menace « islamique » au Mali est en réalité un prétexte, comme dans tant d’autres cas, utilisé par l’Occident pour introduire ses forces dans un pays qui partage une longue frontière avec l’Algérie, et plus précisément sur le côté de l’Algérie qui est la moins peuplée et la plus vulnérable.

Le nord du Mali, où une partie du désert du Sahara est situé, est habité principalement par des Touaregs, qui, en Mars 2012 ont mené une rébellion contre le gouvernement corrompu de Amadou Toumani Touré, qui a finalement été vaincu non pas par les rebelles, mais par un coup d’Etat militaire dans lequel il a été accusé d’être trop indulgent envers les rebelles. La junte militaire ayant fait le coup d’état installa Dioncounda Traoré comme président, poste qu’il occupe encore.

Mais en réalité, les Touaregs ont été marginalisés par les « islamistes » des groupes voulant instaurer la charia la plus radicale. Bien que seul le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (NMLA) soit mentionné, il y a trois groupes dans le conflit et le plus dominant à l’heure actuelle est le Mouvement pour l’Unicité du Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), qui, avec l’AQMI (Al-Qaïda du Maghreb Islamique), a réussi à déplacer les Touaregs dans la région, en prenant le contrôle des principaux centres de population dans le nord du pays.

Il est important de préciser que ces groupes islamiques sont principalement composés de combattants terroristes que l’Occident utilisait dans sa guerre contre la Libye, tout comme avec les talibans en Afghanistan, qui y furent employés pour ensuite servir de prétexte pour envahir le pays.

Ces groupes sont mal organisés et mal armés, et par conséquent leur capacité militaire est très réduite. Ceci a été confirmé par la manière dont la France a lancé sa campagne, d’abord par les intermédiaires des Médias-Mensonge, en exagérant le « danger » que représentent ces groupes « islamistes », puis foncé avec un contingent limité et aucune préparation préalable, dans une confrontation où le combat, les victimes et même les blessés sont absents. Une véritable guerre virtuelle.

Comme nous avons pu voir à travers les images et les rapports, il n’existe aucune preuve que les villes ont opposé la moindre résistance. Les principales victimes sont les populations civiles, pratiquement piétinées par les troupes d’occupation française, créant un problème plus grave que celui qui existait auparavant, avec le déplacement de quelque 200.000 personnes.

L’attaque de la raffinerie de gaz algérien à In Amenas, coïncidant bizarrement avec l’invasion française du Mali est encore un autre élément de preuve qui confirme que l’option algérienne était la véritable motivation derrière les actions de la France au Mali.

Il est utile de rappeler que l’Algérie était la plus importante colonie de la France en Afrique et sa perte est restée en travers de la gorge de la classe dirigeante française. Pour l’Occident, éliminer les gouvernements alignés contre ses intérêts, c’est réduire la base de soutien de la Russie et de la Chine.

Un autre élément révélateur se trouve dans les accords que les insurgés avaient déjà réalisés au Mali, qui semblaient offrir une solution négociée du conflit et qui ont été torpillés par la décision française d’envahir le pays, fonctionnellement approuvée par la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU le 20 Décembre 2012, qui bien que n’ayant pas autorisé l’invasion, ne l’a pas interdite non plus.

L’échiquier politique a des variantes multiples de ces types de conflits et ici nous voyons comment l’Algérie, dans son empressement à gagner les faveurs de l’Occident, la France en particulier, a concédé aux avions français l’autorisation d’utiliser son espace aérien pour ses interventions contre les rebelles au Mali. Le Ministre Français des Affaires Etrangères a remercié les Algériens :

« L’Algérie a autorisé le survol de son territoire, et je l’en remercie », a-t-il dit, avant d’ajouter : « La France se devait d’intervenir de toute urgence, sinon il n’y aurait plus de Mali, mais un État terroriste […] ». Le fait que l’Algérie ait pris la décision d’ouvrir son espace aérien à l’aviation française basée en France pour attaquer les islamistes dans le nord du Mali est significatif, compte tenu de la méfiance traditionnelle des autorités algériennes vis-à-vis de toute forme d’intervention militaire de Paris dans la région. « Une fois que la force africaine aura pris le relais dans le nord du Mali, il faudra que les Algériens ferment leurs frontières pour couper les combattants islamistes de leurs bases ».

C’est précisément là où se trouve le piège. En lisant entre les lignes, on entrevoit le prétexte qui sera utilisé contre l’Algérie une fois que les forces françaises au Mali seront positionnées avec la collaboration des Etats-Unis et la Grande-Bretagne : la présence éventuelle de combattants islamistes en territoire algérien.

Les faits sont têtus, et le temps nous le dira. Très bientôt, nous serons en mesure de voir si oui ou non un processus de déstabilisation est en cours en Algérie.

David URRA

Traduit de l’anglais par Avic du site : http://www.counterpunch.org/

Original en espagnol. Traduction en langue anglaise par Fausto Giudice.

David Urra est un analyste militaire / politique pour http://www.zcommunications.org. Il est diplômé de S.M. Kirov Caspian Higher Naval Academy. Il peut être contacté à davidurra@yahoo.com .

http://avicennesy.wordpress.com/

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 15 mars, 2013 |Pas de commentaires »

INQUIETUDE DE PEKIN APRES LES MENACES NORD-COREENNES (ats)

Inquiétude de Pékin après les menaces

nord-coréennes

INQUIETUDE DE PEKIN APRES LES MENACES NORD-COREENNES (ats) dans REFLEXIONS PERSONNELLES coree

Pékin a appelé vendredi 8 mars 2013 au « calme et à la retenue » après que Pyongyang a menacé de dénoncer l’accord d’armistice mettant fin à la guerre de Corée en 1953 et brandi le spectre d’une « guerre thermonucléaire ».

« La Chine appelle toutes les parties concernées à conserver leur calme, à faire preuve de retenue et à s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver les tensions », a déclaré Mme Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Confiant « l’inquiétude » de Pékin face à la détérioration du climat dans la péninsule, Mme Hua a assuré que la résolution 2094 du Conseil de Sécurité de l’ONU, adoptée jeudi 7 mars 2013 à l’unanimité de ses 15 membres (dont la Chine) et prévoyant de nouvelles sanctions contre Pyongyang, était « équilibrée ».

La Chine, principal pays allié de la Corée du Nord dont elle ne souhaite pas l’effondrement du régime, appelle à la reprise des pourparlers à Six (les deux Corée, Russie, Chine, Etats-Unis, Japon) sur le programme nucléaire de Pyongyang, des négociations qui sont au point mort, a également dit Hua Chunying, en reprenant la phraséologie habituelle de Pékin sur la question.

Menaces
Les tensions sont montées d’un cran vendredi 8 mars 2013 dans la péninsule coréenne, Pyongyang rompant les accords de non-agression avec le Sud.

La Corée du Nord a menacé de dénoncer l’accord d’armistice mettant fin à la guerre de Corée en 1953, brandi le spectre d’une « guerre thermonucléaire » et averti les Etats-Unis qu’ils s’exposaient à une « frappe nucléaire préventive ».

(ats / 08.03.2013 11h23)                                                                                                                  

Les sanctions renforceront le programme

nucléaire nord-coréen

La Corée du Nord a déclaré samedi 9 mars 2013 que les nouvelles sanctions décrétées par le Conseil de Sécurité de l’ONU ne feront que renforcer son programme nucléaire et son programme de missiles. Le régime menace de préparer d’autres essais nucléaires.

Le Ministère des Affaires Etrangères nord-coréen, dans un communiqué diffusé par l’agence de presse officielle KCNA, indique que le Nord montrera bientôt au monde comment « la manipulation » américaine exercée auprès du Conseil de Sécurité « a renforcé » le statut permanent de Pyongyang en tant que puissance nucléaire.

Les dernières sanctions de l’ONU, au lieu d »affaiblir les moyens de dissuasion nucléaire de la Corée du Nord augmenteront ses capacités « un millier de fois », poursuit le communiqué. La série de sanctions « concoctées » par l’ONU depuis ces huit dernières années n’ont eu comme résultat en Corée du Nord que « de renforcer ses moyens de dissuasion en qualité et en quantité ».

Téléphone rouge coupé

La Corée du Nord a annoncé vendredi 8 mars 2013 qu’elle abrogeait les accords de non-agression avec la Corée du Sud et qu’elle coupait le téléphone rouge mis en place entre les deux pays. Ces déclarations ont été faites quelques heures après de nouvelles sanctions décrétées par le Conseil de Sécurité de l’ONU contre Pyongyang.

La Corée du Nord, qui revendique son statut de puissance nucléaire, est soupçonnée de détenir plusieurs bombes nucléaires et de procéder à des essais atomiques afin de parvenir à les miniaturiser. Des manoeuvres américano-sud-coréennes à grande échelle, qui devraient débuter la semaine prochaine, alimentent l’inquiétude sur les risques d’un incident frontalier qui pourrait avoir de sérieuses conséquences.

(ats / 09.03.2013 07h52)   

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 mars, 2013 |Pas de commentaires »
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