ANNIE THEBAUD-MONY, CHERCHEUSE, REFUSE LA LEGION D’HONNEUR

Une chercheuse refuse la Légion d’honneur

ANNIE THEBAUD-MONY, CHERCHEUSE, REFUSE LA LEGION D'HONNEUR dans REFLEXIONS PERSONNELLES LEGION

PARIS – - Une chercheuse, spécialiste des cancers professionnels, refuse la Légion d’Honneur décernée par la Ministre du Logement, Cécile Duflot, pour dénoncer l’indifférence qui touche la santé au travail et l’impunité des crimes industriels.

Dans une lettre adressée à la ministre, rendue publique samedi 4 août 2012, Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche honoraire à l’INSERM, demande à la ministre d’intervenir pour la remise en cause de l’impunité qui, jusqu’à ce jour, protège les responsables de crimes industriels.

Je ne fais pas ce geste contre Mme Duflot, précise à l’AFP la présidente de l’association Henri Pézerat (santé, travail, environnement) qui déplore que la crise économique occulte la santé des travailleurs et les questions environnementales.

Ma démarche se veut un appel à la mobilisation citoyenne, mais aussi parlementaire et gouvernementale, pour le respect des droits fondamentaux à la vie, à la santé, à la dignité, écrit-elle en accompagnement de sa lettre à la ministre datée du 31 juillet 2012.

Nous voulons être pris au sérieux lorsque nous donnons à voir cette dégradation des conditions de travail (…), le drame des accidents du travail et maladies professionnelles, mais aussi l’accumulation des impasses environnementales, en matière d’amiante, de pesticides, de déchets nucléaires et chimiques…

Cessons les vraies fausses controverses sur les faibles doses. Des politiques publiques doivent devenir le rempart à la mise en danger délibérée d’autrui, y compris en matière pénale, dit-elle dans sa lettre à Mme Duflot.

Cette spécialiste, également porte-parole de Ban Asbestos France, évoque par ailleurs la sous-traitance et le transfert des risques vers des populations très précarisées (maintenance, nettoyages, gestion des déchets) .

La chercheuse dont la carrière a été bloquée pendant dix ans, plaide pour qu’enfin la recherche sur l’exposition aux cancérogènes au travail soit dotée des moyens financiers publics nécessaires et que les jeunes chercheurs qui s’y adonnent cessent d’être maintenus dans un statut précaire.

Cécile Duflot a décerné le 14 juillet trente Légions d’honneur.

(©AFP / 04 août 2012 20h21)

Nucléaire : la catastrophe sanitaire

« LE MONDE »

(21 mars 2011) 

Par Annie Thébaud-Mony

 sociologue, directrice de recherche honoraire à l’INSERM

 
 

Le peuple japonais vit l’un des pires accidents industriels de l’histoire du capitalisme. A l’occasion du 20e anniversaire de Tchernobyl, Sveltana Alexievitch, auteur biélorusse d’un livre de témoignages des victimes de Tchernobyl, avait eu cette pensée prémonitoire : « Tchernobyl : notre passé ou notre avenir ? » (Le Monde, 25 avril 2006). Hélas, en ce 25e anniversaire de Tchernobyl, le cauchemar de Fukushima renoue, au Japon, avec cette expérience terrible de l’accident nucléaire.

Tant l’exploitant japonais Tepco et les autorités japonaises que leurs homologues français n’ont admis la gravité de ce qui se passait à Fukushima qu’à reculons, au compte-gouttes, cherchant à protéger le plus longtemps possible l’industrie nucléaire elle-même des conséquences économiques et symboliques de ce désastre, plutôt que ses victimes. Les uns et les autres ont sans cesse parlé d’une catastrophe à venir, alors qu’elle est là depuis le premier panache de fumée radioactive. Les dirigeants d’Areva l’ont compris dès le vendredi 11 mars, jour du tremblement de terre, eux qui ont immédiatement fait évacuer leurs salariés allemands intervenant dans la maintenance du site de la centrale de Fukushima.

Cet accident dramatique s’inscrit en continuité d’une autre catastrophe, insidieuse et niée, celle des conséquences sanitaires – tenues délibérément invisibles – de la contamination et de l’irradiation de faible intensité, liées au développement de la filière nucléaire, au Japon comme ailleurs. Mais revenons tout d’abord sur ce qui se passe à Fukushima.

Fukushima : la contamination radioactive et ses victimes

Engagés dans une lutte acharnée contre le pire – l’explosion nucléaire, aux abords de Tokyo, ville de 35 millions d’habitants -, des travailleurs subissent depuis une semaine de très fortes expositions à la radioactivité au sein des installations détériorées. Mardi 15 mars, après l’explosion du bâtiment qui abrite le réacteur n° 2, explosion ayant entraîné une perte de confinement, les autorités japonaises ont publié des niveaux d’exposition externe excessivement élevés, de 30 à 400 milliSieverts (mSv) par heure, autour des différents réacteurs.

Selon le communiqué de la CRIIRAD du 16 mars, avec des valeurs aussi élevées (1 million de fois et plus le bruit de fond naturel), des effets directs (dits « déterministes ») sur l’organisme humain se produisent rapidement (en quelques heures, quelques jours, quelques semaines). Il s’agit d’une destruction massive des cellules, en particulier celles de la moelle osseuse, de la muqueuse intestinale, ainsi que les cellules basales de la peau.

Cette destruction cellulaire peut altérer le fonctionnement de certains organes, voire engager le pronostic vital. Plus le nombre de cellules détruites est important, plus les effets sont graves. Les travailleurs exposés à ces très fortes doses de rayonnements ont-ils été « désignés volontaires » ? Qui sont-ils ? Aucun témoignage direct n’a été recueilli auprès d’eux. Comme les « liquidateurs » de Tchernobyl, ils sont sacrifiés pour tenter d’empêcher l’apocalypse.

Depuis samedi matin 12 mars, et la première explosion sur le réacteur n° 1, l’échappement de vapeurs radioactives dans l’atmosphère est continu. Les populations vivant sous le vent de ces vapeurs radiotoxiques subissent une exposition à la radioactivité, sous forme de particules présentes dans l’air contaminé. A faible et très faible dose, les effets de l’exposition à la radioactivité sont différés dans le temps. Il s’agit, entre autres, des cancers et des atteintes à la reproduction.

La radioactivité entraîne des mutations cellulaires, à l’origine de la prolifération de cellules cancéreuses. Les cancers d’enfants peuvent être associés non seulement à une exposition aux rayonnements ionisants de l’enfant lui-même, mais aussi à une exposition in utero lors de la grossesse de sa mère ou à une mutation cellulaire de l’ADN du père du fait de sa propre exposition aux rayonnements ionisants. Des altérations génétiques provoquées par la radioactivité portent atteinte à la fonction reproductive, conduisant à la stérilité ou à des malformations graves chez les nouveau-nés.

Enfin, des effets de la contamination radioactive chronique à faible dose, mal étudiés, ont aussi été décelés, notamment chez les enfants biélorusses, à la suite de l’accident de Tchernobyl, provoquant notamment des pathologies cardiaques précoces. Les conséquences des expositions à faible dose se manifesteront, de façon aléatoire, dans dix ans, vingt ans, trente ans, voire plus.

L’absence de recensement rigoureux de ces atteintes, au fur et à mesure de leur apparition, comme dans le cas des essais nucléaires ou des catastrophes précédentes (en particulier Tchernobyl) empêchera de faire le terrible bilan de cette catastrophe. Quel est donc le retour d’expérience dont parlent les autorités gouvernementales françaises ?

En France, irradiation et contamination à bas bruit

La France n’a pas connu d’accident majeur, mais une contamination radioactive insidieuse s’est installée en continu à partir de différentes sources, à commencer par les déchets miniers de sites désormais fermés. Chaque année, l’Autorité de Sûreté Nucléaire recense sur le parc nucléaire plusieurs centaines d’ »incidents », dont certains s’accompagnent de rejets radioactifs dans l’environnement.

Des autorisations de rejets radioactifs sont régulièrement octroyées aux différents sites nucléaires, entraînant une pollution radioactive de l’air et des rivières. La gestion des déchets nucléaires et le démantèlement des réacteurs en fin de vie supposent une pollution radioactive chronique, tandis qu’un arrêté ministériel du 5 mai 2009 prévoit la dérogation possible du Code de la Santé Publique pour l’ajout de substances radioactives dans les biens de consommation (www.criirad.org). Il s’agit d’une augmentation lente et pernicieuse du niveau de radioactivité dite « naturelle ».

Une longue enquête auprès des travailleurs intervenant en sous-traitance de la maintenance des installations nucléaires en France m’a permis d’approcher l’envers de l’industrie nucléaire. Les 58 réacteurs nucléaires français supposent la réalisation annuelle d’arrêt de certains réacteurs pour maintenance. Entre 25 000 et 35 000 travailleurs de la maintenance (robinetiers, décontamineurs, décalorifugeurs, mécaniciens, électriciens, agents de contrôle) interviennent en zones dites « contrôlées » (c’est-à-dire radioactives) pour effectuer les vérifications, réparations, modifications nécessaires au bon fonctionnement des réacteurs et des circuits de refroidissement.

Plus une centrale vieillit, plus la contamination radioactive est intense et plus l’intervention est « coûteuse en dose ». C’est ainsi que les exploitants français du nucléaire ont été amenés à sous-traiter ces tâches dangereuses et à mettre en place un système de gestion de l’emploi par la dose.

Sur une intervention à fort débit de dose, plusieurs ouvriers vont se succéder très rapidement afin de rester dans la limite de dose autorisée. Le récit de ces activités permet de lever le voile sur cet envers incontournable, mais invisible, de l’industrie nucléaire. C’est ce que montre l’histoire de Pierre, atteint à 52 ans d’un cancer professionnel reconnu radio induit par l’assurance-maladie.

Directement affecté aux travaux sous rayonnement (DATR)

Pierre est DATR. Cela signifie qu’il a reçu une formation de quelques jours en radioprotection et que le médecin du travail a signé pour lui un certificat médical de « non-inaptitude à l’exposition aux rayonnements ionisants ». Salarié d’une entreprise sous-traitante, il intervient en zone irradiée des centrales, par exemple pour la pose de protections aux « points chauds » (débit de dose : 50 à 60 mSv/heure).

Pour permettre la réalisation d’opérations de maintenance par d’autres travailleurs (robinetier, tuyauteur), il faut ramener le débit de dose en dessous de 2 mSv/heure. Pour cela, Pierre doit entourer la tuyauterie radioactive d’un matelas de plomb en le maintenant avec une sangle. C’est une opération pour laquelle les intervenants se relaient à plusieurs toutes les quinze minutes.

Une autre activité habituelle de Pierre est la décontamination des parois de la piscine dans laquelle le combustible a été entreposé lors des arrêts de tranche. Le travail se fait au chiffon, à genoux. L’ouvrier est protégé de la contamination radioactive par une tenue vinyle – dite « Mururoa » – et un appareil de respiration assisté. Mais cet équipement ne le protège pas de l’irradiation externe.

Se déplaçant de centrale en centrale, Pierre a accompli ce travail pendant vingt-huit ans avant de tomber malade. La reconstitution de son exposition aux rayonnements ionisants montre une dose cumulée tout au long de sa carrière de 316 mSv. La dose carrière moyenne sur trente ans d’un agent EDF est de 19 mSv, soit 15 fois moins. Or, une enquête épidémiologique internationale chez les travailleurs statutaires du nucléaire de 15 pays montre une surmortalité par cancer dans cette population exposée, en moyenne sur la durée de la vie professionnelle, à 19 mSv.

Les travailleurs sous-traitants reçoivent plus de 80 % de la dose collective annuelle subie sur les sites. Parmi ces travailleurs, certains sont aujourd’hui atteints de cancer, mais rien n’est fait pour relier précisément leur cancer à leur parcours professionnel dans l’industrie nucléaire.

Ils auraient dû ou devraient bénéficier d’un suivi médical gratuit permettant d’enregistrer au fil du temps, dans cette population fortement exposée, la survenue des cancers et d’étudier l’incidence du cancer en référence aux caractéristiques de leur exposition. L’enregistrement systématique de leur dosimétrie l’aurait permis. Le choix des autorités a été de ne pas s’engager dans cette voie. Ces travailleurs demeurent invisibles et leurs cancers se « diluent » dans l’ensemble des cas de cancer.

Un fléau comparable à l’amiante

Tricastin, Paluel ou Fessenheim, Tchernobyl et Fukushima, tous ces sites nucléaires participent d’une même catastrophe sanitaire d’une ampleur comparable à celle de l’amiante, qu’il s’agisse de la contamination radioactive à bas bruit dans la routine des parcs nucléaires, ou d’une pollution de grande ampleur provoquée par les accidents tels que ceux de Tchernobyl et de Fukushima.

Partout dans le monde, à longueur d’année, pour assurer la maintenance des installations nucléaires, des travailleurs, le plus souvent précaires, subissent des conditions de travail et de vie incompatibles avec la dignité humaine. Les maintenir dans l’invisibilité est le moyen choisi par le lobby nucléaire pour sauvegarder l’image, aujourd’hui brisée, d’une industrie sans risques.

La catastrophe de Fukushima révèle au monde cet autre scandale de santé publique. Puisse cet article contribuer à la reconnaissance de l’engagement des travailleurs de Fukushima qui, aujourd’hui, sacrifient leur vie pour tenter d’éviter l’apocalypse.

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 5 août, 2012 |2 Commentaires »

CANCER: LA CATASTROPHE SILENCIEUSE ! (Zevengeur)

Cancer : la catastrophe silencieuse !

CANCER: LA CATASTROPHE SILENCIEUSE ! (Zevengeur) dans REFLEXIONS PERSONNELLES Cancéreux(Zevengeur)

« Le silence c’est la mort » Nicolino/Veillerette

Connaissez vous le nombre de nouveaux cas de cancers déclarés chaque année en France ?
Peut être pensez vous à un ordre de grandeur de 10 000 cas, peut être 20 000…
Vous êtes très loin du compte car rien qu’en 2010, 360 000 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués en France [6] et plus de 150 000 personnes en sont décédées !
De plus, la maladie progresse chaque année à un taux proche de 3%, cette progression est également vérifiée chez les jeunes ce qui prouve qu’elle n’est pas une fatalité due au vieillissement.

LES CHIFFRES

La courbe ci-dessous montre la progression annuelle du nombre de nouveaux cas de cancer, on remarque qu’en 25 ans, ce nombre a doublé alors que la population n’a augmenté que de 16%.

Depuis 25 ans, le taux de guérison piétine au voisinage de 45 à 50 % faisant estimer à de nombreux spécialistes [7] [10] que malgré les énormes moyens de recherches mis en œuvre, nous sommes en situation d’échec thérapeutique.
Sauf dans de rares cas et pour certains cancers très particuliers, la médecine ne fait pratiquement aucun progrès significatif dans le traitement « intelligent » de la maladie.

Les fréquentes annonces médiatiques faites prématurément et porteuses de faux espoirs n’y changent rien.

Au sujet de la prévention, mises à part les campagnes anti-tabac parfaitement justifiées, l’état reste passif car comme on le verra, de lourdes mesures seraient nécessaires et ces dernières entreraient en conflit avec de puissants intérêts commerciaux.

UNE MALADIE DE CIVILISATION

Les études épidémiologiques mondiales montrent une grande disparité dans la fréquence du cancer. La planète peut approximativement être divisée en 3 grandes zones qui se différencient par le taux d’incidence (*) de la maladie.

Zone 1 : Pays en voie de développement : Chine (**), États Africains, Inde…
Zone 2 : Pays asiatiques développés : Japon…
Zone 3 : Pays occidentaux : USA, Europe, Canada…

(*) Nombre de cas pour 100 000 habitants
(**) Sauf pour les grandes villes qui ont plutôt une incidence de type zone 3.

Incidence du cancer par zones géographiques
La base de données du CIRC de l’OMS (http://www-dep.iarc.fr/) montre que l’on compte 9 fois plus de cancers aux USA et en Europe qu’en Afrique et 4 fois plus qu’au Japon.

Corrélations
L’analyse mondiale chiffrée des tendances de l’épidémie de cancer montre 2 corrélations :
1. L’épidémie est corrélée géographiquement avec le mode de vie occidental comme on le constate sur la carte mondiale de l’incidence du cancer.
2. Cette épidémie est également corrélée temporellement avec le début du déploiement de l’agriculture et de l’élevage intensifs en occident associé à l’utilisation massive des produits chimiques dans les cultures.

Premières remarques
Les pays de la zone 3 sont soumis à une forte pollution chimique contrairement à ceux de la zone 1. Pour la zone 2, la pollution chimique est présente mais la population semble mieux résister à la maladie, l’explication sera fournie plus loin.
De plus, l’incidence est bien liée au mode de vie car une population qui migre d’une zone vers une autre acquiert progressivement l’incidence de la nouvelle zone.

LES PRINCIPALES CAUSES DE CANCER

L’analyse croisée des causes de la maladie (toutes exogènes) issue des travaux de Belpomme [7], Beliveau [11], Servan Schreiber [9] ainsi que les statistiques détaillées INVS (données 2005), conduisent aux ratios suivants :

Pesticides dans nos assiettes
Selon un rapport officiel de l’UE portant sur l’année 2006 dévoilé par le MDRGF , près de la moitié des fruits, légumes et céréales testés contiennent des résidus de pesticides.
Cinq des pesticides les plus fréquemment retrouvés dans les aliments sont classées comme cancérogènes, mutagènes, ou perturbateurs pour le système hormonal.

Et dans nos verres…
Ces résidus se retrouvent alors dans notre assiette et dans l’eau courante car les stations d’épuration ne filtrent ni les pesticides ni les nitrates (voir l’étude du site guerir.org).
De plus, 96% des eaux de surface et 61% des nappes phréatiques sont polluées aux pesticides et nitrates (IFEN, 09/2006)

L’erreur fondamentale de la FAO : DJA vs DTC
Pour les produits toxiques comme les pesticides, la notion de Dose Journalière Admissible (DJA) a été introduite dans les années 60 au niveau mondial par la FAO.

Cependant, comme le montre très bien Marie Monique Robin dans son documentaire « Notre poison quotidien » [13], la valeur de cette DJA basée sur des expériences sur les animaux, utilise un facteur de sûreté décidé arbitrairement par la FDA dans les années 60.

Le professeur en cancérologie Dominique Belpomme [7] déclare sur la genèse des cancers : « …car ce qui compte, c’est la répétition des doses (de toxines) et leur étalement dans le temps et donc finalement la Dose Totale Cumulée (DTC) reçue par l’organisme. »
Cette notion est bien assimilée pour ce qui concerne le tabac, mais elle est également exacte pour toute substance cancérigène.

C’est donc l’absorption régulière et sur le long terme de faibles quantités de produits toxiques qui provoque le cancer…

Alertez les bébés
Pour les femmes enceintes qui sont « polluées » aux pesticides et/ou aux métaux lourds, un grave problème se pose pour le bébé. En effet, la nature purge ces produits toxiques dans le placenta.
Le bébé arrive donc au monde avec une DTC initiale non nulle…

COMMENT AGIR ?

Guérir un cancer
Pour guérir un cancer, le principe est en fait assez simple, il suffit de supprimer toutes les cellules cancéreuses sans en laisser une seule !

Les traitements classiques
Les personnes atteintes par la maladie n’ont pas le choix, elles doivent bien entendu s’adresser à la médecine qui utilisera les traitements classiques seuls ou combinés [10] :
- chimiothérapie
- chirurgie
- radiothérapie

Cependant, ces traitements sont très lourds, ils laissent des séquelles et le taux de guérison ne dépasse pas les 50% car ils ne ciblent pas intelligemment les cellules cancéreuses..
Il faut donc tout faire en amont pour éviter d’être atteint par cette maladie.

« Que ton aliment soit ta médecine » Hippocrate
Ce qui est nouveau, c’est que l’on sait aujourd’hui qu’il est possible de contribuer à travers son alimentation à lutter contre la maladie.
Cette approche est d’abord efficace en terme de prévention pour diminuer la probabilité d’être atteint, elle est ensuite également utile pour les personnes victimes d’un cancer en complément des traitements classiques.

Substances phytochimiques
Les recherches du Dr Beliveau [11] au Canada ont mis en évidence la présence de substances naturellement anticancer dites « phytochimiques » dans certains aliments (curcuma, thé vert, soja, choux, etc.).
A noter qu’il n’est pas prétendu que ces aliments soient capable à eux seuls de guérir un cancer installé mais par contre ils sont efficaces au stade où de petites quantités de produits chimiques commencent à provoquer des désordres cellulaires lors de la phase dite d’initiation [3].
La liste des principaux aliments anticancer identifiés ici (format PDF).

Ces aliments sont donc à privilégier dans l’alimentation courante.

Terrain favorable au cancer : état inflammatoire
La cancer se développe par ailleurs sur un terrain inflammatoire qui lui est favorable [9]. L’alimentation occidentale favorise cet état.
Un certain nombre de règles basées sur un rééquilibrage de l’alimentation peuvent donc être appliquées par chacun.

La prévention individuelle suivant 3 axes
Trois axes peuvent donc être dégagés pour diminuer la probabilité d’être atteint par la maladie :
(Axe 1) Stopper au maximum l’absorption de produits cancérigènes [8] [12]
(Axe 2) Rééquilibrer son alimentation pour retrouver un terrain qui ne favorise pas le développement de la maladie [9]
(Axe 3) Absorber des aliments riches en substances phytochimiques naturelles actives contre le cancer [11]

 
Les principales règles de base
Manger des produits BIO pour éviter les produits chimiques (Axe 1)
Boire de l’eau en bouteille à bas nitrates et à faible résidu à sec. (Axe 1)
Diminuer les sucres et les mauvais glucides (Axe 2)
Préférer les aliments à base de céréales complètes (Axe 2)
Diminuer sa consommation de viandes au profit des céréales riches en protéines (Axe 2)
Équilibrer les graisses en augmentant les Oméga 3 (Axe 2)
Absorber régulièrement les aliments identifiés anticancer (Axe 3)

Le paradoxe apparent des pays de la zone 2
A l’issue de cette analyse, on comprend alors pourquoi les pays de la zone 2 présentent une incidence de cancer moindre que ceux de la zone 3 même si la pollution chimique est du même ordre. En effet, les pays asiatiques ont un régime alimentaire bien mieux équilibré que les autres induisant donc un terrain moins favorable à la maladie.

CONCLUSION

Comme on l’a vu les ordres de grandeur sont proprement stupéfiants. Sur une population d’environ 65 millions d’habitants, tous les 3 ans, environ 1 million de personnes nouvelles vont être détectées atteintes par la maladie [6].
La moitié d’entres elles en décéderont dans les 5 ans [6]…

Tout cela n’est que le résultat de 60 ans de prise en charge débridée de la production de nourriture par ce que l’on appelle « L’industrie agroalimentaire ». [8][12]

La question immédiate est de savoir pourquoi cette véritable pandémie ne devient pas le sujet de santé ultra prioritaire sur tout le reste, en 2009 lors de la pseudo pandémie de grippe H1N1, une meilleure réactivité a été constatée !
Par ailleurs, les médias mainstream sont une fois de plus pris en défaut pour ne pas s’emparer du sujet, même si l’autisme de ces derniers devient banal.
C’est un véritable contexte de non assistance à population en danger …

Un élément de réponse au silence ambiant est le suivant : les lobbies de l’agriculture intensive et des produits chimiques mènent avec de grands moyens des actions de désinformation. Les groupes d’intérêts sont très efficaces dans ce domaine comme le montre par exemple le délai de près de 60 ans gagné par le lobby du tabac. C’est le temps écoulé entre les premières études scientifiques démontrant le lien avec le cancer du poumon (1950) et les premières interdictions dans les lieux publics en France [2].

Les cyniques pourraient estimer que les lobbies de l’agroalimentaire nous empoisonnent et que le lobby pharmaceutique tente de réparer les dégâts. Tout ceci se traduisant alors pour les industries concernées en gains financiers, ce contexte absurde est une fois de plus lié à l’idéologie ultralibérale dont le credo est « laisser faire » !

La première mesure d’urgence devrait concerner l’interdiction totale par l’état de toute utilisation de pesticides et autres engrais nitratés dans l’agriculture.
Puisque cela n’arrivera pas de si tôt, il ne reste plus qu’à prendre des mesures individuelles de prévention après avoir pris conscience de ce qui précède.

Zevengeur

(Retrouvez l’intégralité de cette étude en 5 parties ici : [1] [2] [3] [4] [5] )

Liens et références
[1] Cancer, la catastrophe – Partie 1 : État des lieux
[2] Cancer, la catastrophe – Partie 2 : Pesticides sur l’occident
[3] Cancer, la catastrophe – Partie 3 : Les causes
[4] Cancer, la catastrophe – Partie 4 : Que fait l’état ?
[5] Cancer, la catastrophe – Partie 5 : Se protéger
[6] Données INVS
http://www.invs.sante.fr/presse/2010/communiques/cp_projection_cancer_040510/index.html
[7] « Ces maladies créées par l’homme » Pr Dominique Belpomme « 
[8] « Pesticides, révélations sur un scandale Français » Nicolino/Veillerette
[9] « Anticancer » Dr David Servan Schreiber
[10] « Le cancer, hier, aujourd’hui, demain » M. Tubiana
[11] « Les aliments contre le cancer » Drs Beliveau/Gingras
[12] « Toxiques alimentaires » M. Rabache – A. Dessalangre
[13] « Notre poison quotidien » (documentaire Marie Monique Robin)

COMMENTAIRE:

(Le Souffle c’est ma Vie / T.LAMIREAU)

En résumé:

notre empoisonnement journalier

est dû aux pollutions 

CHIMIQUES ET RADIOACTIVES.

Cet article a oublié de faire référence aux

 origines radioactives pourtant très

 importantes !

Respirer, boire, manger,

sont les causes de notre empoisonnement !

Les faibles doses ont une action délétère !…

même si les organismes officiels d’Etat

mentent, manipulent…ou…

mentent par omission…

ce qui est tout aussi grave ! 

 
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 30 juillet, 2012 |1 Commentaire »

GENEVE DEPOSE UN RECOURS CONTRE UN CENTRE DE STOCKAGE NUCLEAIRE FRANCAIS À LA CENTRALE NUCLEAIRE DU BUGEY DANS L’AIN

Genève dépose un recours contre un centre de stockage nucléaire français

GENEVE DEPOSE UN RECOURS CONTRE UN CENTRE DE STOCKAGE NUCLEAIRE FRANCAIS À LA CENTRALE NUCLEAIRE DU BUGEY DANS L'AIN dans REFLEXIONS PERSONNELLES BUGEY

Genève (awp/afp) –

L’exécutif du canton de Genève a déposé un recours contre le centre de stockage de déchets nucléaires français, prévu dans l’enceinte de la centrale du Bugey (Ain) à 70 km de Genève, et en cours de construction.

Le recours contre ce centre, qui pourra stocker 2.000 tonnes de déchets, a été déposé auprès du Conseil d’Etat à Paris, a indiqué, vendredi 27 juillet 2012 à l’agence de presse suisse ATS, la porte-parole du président du gouvernement genevois, confirmant une information parue dans deux journaux suisses, le « Courrier » et « La Liberté ».

   A Genève, une pétition a été lancée par les anti-nucléaires en juin 2011 sur cette question.

   Les opposants demandent notamment aux autorités de s’opposer par tous les moyens juridiques et politiques à ce projet.

   Des manifestations ont aussi été organisées contre le dépôt du Bugey.

   Ce projet, considéré d’intérêt national par Electricité De France (EDF), a par ailleurs subi un coup d’arrêt en juin dernier. La justice française a annulé le permis de construire suite au recours déposé par une société d’horticulture. Cette dernière estimait que ses serres, jouxtant les terrains du centre, allaient pâtir de ce voisinage.

   Les avocats ont aussi listé des motifs de procédure, également liés à la sécurité. Ils ont ainsi évoqué le manque de transparence du dossier. Selon eux, lors du lancement du projet en 2006, une enquête publique n’avait été menée que sur le territoire de la commune de Saint-Vulbas, alors que cette enquête aurait dû être nationale. Pour remettre le projet sur les rails, la commune doit réviser son Plan local d’urbanisme.

AFP/PASCAL GEORGE

Les travaux sont suspendus

EDF a annoncé vendredi 27 juillet 2012 l’arrêt temporaire des travaux de construction d’un site de stockage de déchets nucléaires à la centrale de Bugey, dans l’Ain, après une décision de justice annulant le permis de construire. 

Le groupe avait entamé à l’été 2010 les travaux d’une installation temporaire sur le site du Bugey, appelée ICEDA (Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés), qui devait permettre de stocker une partie des déchets issus des neuf réacteurs EDF en cours de démantèlement. Sur ce site unique en France devaient notamment être entreposés, « à partir de fin 2013-début 2014″, les déchets nucléaires du réacteur n°1 du Bugey, implanté dans les années 1960 sur la commune de Saint-Vulbas et à l’arrêt depuis 1994. 

Devaient également y être acheminés ceux des réacteurs de première génération de Brennillis (Bretagne), Saint-Laurent (Centre), Chinon (Centre), Chooz (Ardennes) et l’ex-Superphénix de Creys-Malville (Rhône-Alpes). 

Le permis de construire de l’ICEDA, attaqué par un horticulteur voisin, avait été accordé le 22 février 2010 par le préfet de l’Ain. Deux mois plus tard, le Premier ministre François Fillon avait signé le décret autorisant la création de cette installation. 

Le requérant, qui utilise l’eau tiède de la centrale pour tempérer ses serres, comme le font les agriculteurs voisins du complexe du Tricastin dans la Drôme, refusait cependant de vivre à côté d’un site de déchets nucléaires. A l’audience devant le tribunal administratif de Lyon, le 1er décembre 2011, son avocat avait soutenu que le site du Bugey n’avait pas vocation à recevoir les déchets de déconstruction de neuf réacteurs, estimant qu’il s’agissait d’un changement total du projet. 

Absence de « débat national préalable »

Le conseil d’EDF avait, à l’inverse, affirmé qu’on ne pouvait séparer l’activité d’une centrale de son démantèlement. Mais le tribunal, suivant l’avis de son rapporteur public, a jugé le permis de construire non conforme au plan local d’urbanisme de Saint-Vulbas, qui interdit toutes les occupations et utilisations du sol non liées et nécessaires à la centrale nucléaire. 

Alain Cuny, de Sortir du nucléaire Bugey, se félicite d’une « très bonne nouvelle ». « On demandait la fermeture du Bugey, non seulement des réacteurs, mais aussi du site d’enfouissement » en projet, a-t-il déclaré à l’AFP. 

Sortir du Nucléaire, aux côtés de six autres associations, a d’ailleurs déposé le 28 juin 2010 un recours distinct contre l’ICEDA, contestant le décret pris par François Fillon devant le Conseil d’Etat. Cette demande n’a pas encore été examinée. Les associations anti-nucléaires regrettent essentiellement l’absence de « débat national préalable » et d’étude des différentes options pour démanteler les centrales, déplorant qu’un site d’entreposage implique « une augmentation importante des transports de déchets nucléaires dangereux ». L’ICEDA était de surcroît prévue pour 50 ans seulement. 

Les déchets stockés devaient à terme être déménagés  » vers le centre de stockage définitif de l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA), prévu à l’horizon 2025 par la loi », selon EDF. 

 

 Entrepôt de déchets nucléaires à la centrale du Bugey : EDF ne veut pas lâcher
BUGEY-2 CENTRALE NUCLEAIRE DU BUGEY dans REFLEXIONS PERSONNELLES
 La cour administrative d’appel de Lyon a confirmé le 19 juin 2012 dernier la décision d’annulation du permis de construire d’Iceda. Cette installation dédiée au stockage des déchets nucléaires au sein de la centrale du Bugey fait l’objet d’une opposition qui ne fait pas peur à EDF. L’entreprise qui doit pourtant faire face à un autre recours devant le Conseil d’Etat n’imagine pas annuler un projet déjà largement engagé.
 
Iceda, c’est une vaste structure, une sorte de bunker, qui doit accueillir les matériaux issus du démantèlement de neuf centrales nucléaires françaises, qu’EDF voudrait donc stocker au sein même de la centrale du Bugey, à quelques 30 kilomètres de Lyon.

Son budget global ? « Quelques dizaines de milliers d’euros », selon EDF. Les trois quarts du génie civil sont réalisés, emportant donc déjà une partie de l’enveloppe mirobolante programmée sur plusieurs années. De quoi faire fonctionner à plein le service juridique d’EDF pour contrer cette mise à l’arrêt d’Iceda.

 Saint-Vulbas aime sa centrale

En dehors de défauts d’ordre procédural relevés par la Cour Administrative d’Appel, c’est le plan local d’urbanisme qui a donné raison à l’horticulteur qui a porté le recours par le biais de sa société Roozen, située au pied de la centrale. L’idée générale de l’arrêt est de constater que l’entrepôt Iceda n’était pas lié à la seule activité de la centrale nucléaire mais à une activité nucléaire plus vaste, contrairement à ce qu’autorise le PLU.

Mais en parallèle, la commune de Saint-Vulbas, qui bénéficie des retombées économiques de la centrale, oeuvre également. Après avoir dans un premier temps tenu une position inverse, la voilà qui cherche aujourd’hui à modifier ce fameux PLU. Sollicité à plusieurs reprises, le maire de la commune n’a pas pu se rendre disponible pour répondre à nos questions.

Cette modification permettrait donc à EDF de déposer un nouveau permis de construire puisqu’elle n’en a plus aujourd’hui, pour poursuivre le chantier, stoppé déjà depuis janvier 2012, à la suite la décision rendue par le tribunal administratif. Une enquête publique a été lancée.

Les Suisses s’énervent

Vincent Lacroix, l’avocat de Roozen, en a conscience. C’est pourquoi il est également impliqué dans un autre recours contre Iceda, que devra cette fois trancher le Conseil d’Etat, et qui demande l’annulation de la dénomination réglementaire IBN (Installation nucléaire de base) donnée en 2010 à Iceda.

Avec lui, cette fois, des associations anti-nucléaires, mais aussi la Ville de Genève et le canton de Genève. Les Suisses, situés à 60 kilomètres de la centrale du Bugey, estiment qu’il auraient dû être consultés dans l’enquête publique qui n’a été menée que sur le territoire circonscrit et plutôt réduit de la commune de Saint-Vulbas. Pour Vincent Lacroix :

« Il faut au moins qu’il y ait un débat national autour d’Iceda, notamment parce que le choix du site est mauvais. D’abord c’est à l’intérieur d’une centrale nucléaire.

EDF a pensé que comme ça il y aurait moins d’opposition mais en fait cela augmente le danger. Ensuite c’est en bordure du Rhône, s’il y a un incident, les déchets iraient directement dans la mer Méditerranée. »

Iceda n’est « pas enterré »

Au service communication de la centrale du Bugey, on ne commente pas le récent arrêt de la Cour Administrative d’Appel, mais on lâche malgré tout:

« On ne peut pas dire que le projet soit enterré, non. »

La jeune femme explique que les avocats se penchent sur le dossier pour « trouver des solutions ». Elle nous renvoie même « sur le site d’EDF, onglet Iceda ». Pour « tout savoir sur le projet. Ce que c’est, à quoi il sert. »

En attendant l’issue de la question du PLU qui pourrait lui être favorable, EDF prépare donc la réplique judiciaire, et veille sur sa portion d’Iceda déjà montée.

ICEDA, 5 lettres pour désigner une discrète construction censée recevoir des déchets nucléaires dangereux, dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Bugey, dans l’Ain, vient de voir son permis de construire annulé, alors que les ¾ du bâtiment sont déjà construits.

ICEDA, c’est l’Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés, intitulé dont le mot « nucléaire » est étrangement absent.

Sur un espace de 8000 m², ICEDA serait donc implantée sur le site de la centrale de Bugey, avec un raccordement au réseau ferroviaire, afin, comme le dit EDF, de faciliter l’acheminement de 500 tonnes de déchets provenant d’autres sites nucléaires, y ajoutant par la même occasion 1500 tonnes de déchets métalliques issus du démantèlement de 9 vieux réacteurs nucléaires (dont Bugey 1), comme ce couvercle de réacteur arrivé récemment par un convoi qui a fait scandale. (le GFN, ce « convoi » pas)

Il est aussi prévu d’y amener des déchets graphites issus du cœur du réacteur de Bugey 1.

Les 500 tonnes de déchets radioactifs sont qualifiés par EDF de « moyennement radioactifs », avec des périodes (ou demi-vie) supérieure à 30 ans, (ce qui signifie que pendant un siècle, un danger persistera), la durée d’exploitation du site envisagé étant de 50 ans.

Le transport de ces déchets par train pose quelques problèmes.

Selon la CRIIRAD, un cheminot stationnant à moins d’un mètre d’un wagon transportant les « châteaux », (containers vitrifiés) encaisse en 30 minutes une dose de 1 millisievert, ce qui est la dose admissible pour une année.

Ces déchets devraient être évacués à partir de 2025, vers le centre de stockage définitif de l’ANDRA (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). lien

Or ce site de Bure, dans la Meuse, fait polémique puisqu’il est prévu d’y enterrer des déchets nucléaires MA-VL (moyenne activité à vie longue), impliquant la présence de plutonium, dont la période (ou demi-vie) est de plus de 24 000 ans. lien

Un expert, Bertrand Thuillier a analysé les nuisances et la sécurité dès la mise en exploitation du site de Bure, et ces conclusions sont inquiétantes : « on va enterrer une matière vivante durant des milliers d’années » explique-t-il.

L’ensemble des déchets radioactifs qui seraient enfouis à Bure correspondent à 70 fois les résidus évacués par Tchernobyl, et l’ANDRA prévoit l’enfouissement de 550 000 m3 de matières radioactives. lien

Un autre expert, François Lempériere, imagine une solution plus simple, proposant de remplir de béton l’intérieur des enceintes des centrales nucléaires abandonnées, puis de remblayer 10 mètres au dessus de cette enceinte, soit une colline de 60 mètres au dessus du terrain naturel, et enfin d’engazonner et d’arborer la zone remblayée. lien

D’ailleurs, le coût du démantèlement des centrales est manifestement sous évalué.

Alors qu’EDF se base sur une facture de 18,4 milliards d’euros pour la totalité du parc nucléaire français, cette même opération couterait aux USA pratiquement le double. lien

Revenons à ICEDA.

C’est donc le 19 juin 2012 que le permis de construire ICEDA a été annulé, confirmant la décision du 6 janvier 2012, du Tribunal Administratif de Lyon, grâce au recours (lien) déposé par la société Roozen, une entreprise qui fait pousser des palmiers dans ses serres, utilisant l’eau chaude de la centrale, évitant ainsi un gaspillage, et le réchauffement des eaux du Rhône par la même occasion. lien

Pourtant, alors que le permis de construire d’ICEDA avait été validé par la mairie de St Vulbas le 19 avril 2012, les travaux de terrassement avaient commencé 13 jours avant l’échéance des 2 mois pour le recours des tiers.

Revenons au jugement.

Il est clair :

EDF peut tout à fait construire sur le site du Bugey des bâtiments et équipements directement liés à la centrale, mais elle ne peut pas construire un bâtiment qui est lié pour tout ou partie à d’autres installations nucléaires. lien

ICEDA est donc possible, mais seulement pour les déchets de la centrale de Bugey, et des lors, l’arrivée du convoi exceptionnel récent, en provenance vraisemblablement du Tricastin, n’est pas légale.

Pour recevoir des déchets d’autres centrales, le PLU (Plan Local d’Urbanisme) doit être modifié, et une procédure de révision du PLU a été décidée, prolongée par une enquête publique en cours actuellement, et qui finira le 20 juillet 2012………

La décision finale interviendra cet automne

Probablement en guise de rétorsion, Henri Proglio, le patron d’EDF, vient d’attaquer à son tour le permis de construire obtenu par ROOZEN, lequel lui permet d’agrandir ses serres, en se basant, entre autres, sur le fait que le lieu précis de transplantation des palmiers n’est pas précisément indiqué.

C’est vraisemblablement pour la même raison qu’EDF avait coupé l’approvisionnement en eau chaude des serres de Roozen, lors de l’hiver dernier, en invoquant des prétextes variés.

Finalement, il n’y a, à ce jour, aucune solution raisonnable pour gérer les milliers de tonnes de déchets radioactifs dangereux, et on en est réduit à les stocker en attendant mieux pour le plus grand « profit » de nos voisins russes.

En effet, ils sont aujourd’hui en partie exportés au fin fond de la Sibérie, comme on peut le découvrir dans le film « les déchets ou le cauchemar du nucléaire  ».

Réalisé par Eric Guéret et Laure Noualhat, toute la problématique des déchets nucléaires est dénoncée.

Le film en 5 parties est sur ce lien.

Dans la ville interdite de Tomsk-7, les containers radioactifs s’entassent dans des conditions de sécurité discutables, mettant en danger la vie d’un million d’habitants : la directrice de l’hôpital de cette ville reconnait un taux de cancer anormalement élevé. lien

Sur ce lien, une description de leur vie de tous les jours.

La France n’est pas à l’abri.

Des experts ont constaté les graves défauts de plomberie pour 31 vieilles centrales nucléaires françaises, lesquelles subissent des pannes à répétition. lien

Il faudrait remplacer 118 pièces de robinetterie défaillantes (lien) et cerise sur le gâteau, certains appareils de mesure de radioactivité sont en panne. lien

C’est ce qu’à dénoncé l’ASN dans son rapport du 28 juin 2012, imposant des travaux massifs afin de renforcer la sureté. lien

Au Japon, la crise nucléaire persiste

La fable de « l’arrêt à froid » de Fukushima pourrait faire sourire si la situation n’était pas si grave.

Sur l’antenne d’Europe 1, le 28 juin 2012, Brigitte Bejean nous apprend que le réacteur n°1 fait des siennes : grâce à un dosimètre envoyé dans le sous sol du réacteur, les ingénieurs ont découvert que le niveau de contamination mesuré le 27 juin atteignait des records : 10 300 millieverts/heure, soit 10 fois plus que dans les réacteurs 2 et 3, ce qui rend toute intervention humaine impossible car un ouvrier atteindrait en 20’ la dose admissible. lien

Tepco confirme : « les travailleurs ne peuvent pas pénétrer en ces lieux et nous devrons préparer le démantèlement à l’aide de robots ». lien

Aujourd’hui, alors que l’on constate une déformation qui progresse au niveau du mur Ouest, Tepco accélère les travaux au niveau de l’unité 4. photo

La déformation de ce mur a augmenté d’environ 30% en l’espace d’un mois, et il est possible que la mise en place d’une « tôle de protection  » de 60 tonnes au dessus du bâtiment n’y soit pas étrangère.

Plus grave, en accélérant les travaux, d’énormes quantités de particules radioactives ont été remise en circulation, alors qu’elles auraient pu être filtrées. lien

Sur cette vidéo, on constate la formation des « nuages de poussières » mettant en danger la santé des travailleurs, lesquels devraient plutôt se mettre à l’abri attendant que les poussières retombent, mais qui ne semblent pas s’en inquiéter.

Toujours au Japon, malgré une pétition qui a recueilli 7 millions de signatures, l’état à entériné le redémarrage de 2 réacteurs.

Aux Indes, le gouvernement considérant que les opposants au nucléaire sont des « malades mentaux » prévoit d’utiliser des psychiatres pour traiter les militants en lutte. lien

Tepco dont les finances sont en chute libre vient d’être nationalisé et, pour sortir de l’impasse, la compagnie va lancer une augmentation de capital en émettant pour 10 milliards d’euros de nouvelles actions dont l’état sera propriétaire le 25 juillet 2012.

En échange, TEPCO a promis d’économiser 33 milliards d’euros en 10 ans, afin d’œuvrer pour dédommager les victimes de la catastrophe, et de démanteler les réacteurs, démantèlement qui devrait prendre 40 ans lien

Comme dit mon vieil ami africain : « la route ne dit pas au voyageur ce qui l’attend à l’étape ».

Olivier Cabanel

 

MOBILISATION GENERALE – REVISION PLU St Vulbas

BUGEY-3 DECHETS RADIOACTIFS

Après l’audience en appel à la Cour administrative de Lyon entre EDF et la société Roozen, suite à l’annulation du permis de construire du centre de stockage de déchets nucléaires ICEDA qui se construisait sur le site nucléaire de Bugey à Saint Vulbas, EDF attaque sur un autre front : faire modifier le PLU de la commune de Saint Vulbas (pour pouvoir rapidement poser un nouveau permis de construire et reprendre les travaux de construction).

C’est une procédure qui est lancée puisqu’une enquête publique s’ouvre du 18 juin au 20 juillet 2012, pour le projet de révision simplifiée n°2 du PLU de Saint Vulbas (avis ci-joint) nécessaire à l’évolution des installations et la réalisation de nouvelles constructions en lien avec la production d’énergie, à l’intérieur de la zone UX de la commune de Saint Vulbas.

Si la modification du PLU n’est pas acceptée, grâce à la forte mobilisation que nous pourrons créer, le projet ICEDA ne pourra pas être achevé et il n’y aura pas des déchets nucléaires de toute la France stockés pendant 50 ans et plus à Saint Vulbas.


Article Le Dauphiné 14/02/2012

Il s’appelle Iceda pour “Installation de Conditionnement et d’Entreposage des Déchets Activés” et sa construction est déjà bien avancée sur le site de la centrale du Bugey. Même si, pour l’heure, le chantier est à l’arrêt à la suite d’une décision du tribunal administratif de Lyon : saisie par un horticulteur riverain du site nucléaire, la juridiction a annulé le permis de construire d’Iceda.

Mais pour les associations locales opposées à ce projet (dont fait partie l’AHDE, Association Hiéroise de la Défense de l’Environnement), il ne s’agit que d’un répit. La réunion publique qu’elles organisaient mardi soir avait pour but d’informer les habitants riverains du site EDF sur ce qu’est Iceda et sur les raisons qui fondent leurs inquiétudes. Pour en parler, Roland Desbordes, président de la Criirad, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, association indépendante des pouvoirs publics et d’EDF, initiée après la catastrophe de Tchernobyl.

Iceda, c’est quoi ?

Cette installation doit accueillir, d’ici fin 2013-début 2014, une partie des déchets issus des neuf réacteurs EDF (dont Bugey 1) en cours de déconstruction. Ces déchets ont ensuite vocation à être évacués vers le centre de stockage définitif de l’Andra (Agence nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs) qui, selon la loi, doit être ouvert à l’horizon 2025.

Pourquoi s’y opposer

Les rejets radioactifs

Pour Roland Desbordes, les seuils autorisés en France datent de plus de trente ans et fixent des limites de rejets très élevées. Pour la CRIIRAD, les arrêtés ministériels ressemblent plus à « des permis de polluer qu’à des limites réglementaires ». Or, le site d’Iceda, selon l’association, engendrera forcément des rejets supplémentaires. 

 Le transport de matières dangereuses pour amener les déchets à Iceda puis pour les faire repartir 

La proximité du Rhône avec le Bugey, qui implique des risques d’inondation, notamment si un barrage hydroélectrique en amont venait à se rompre (en cas de séisme). 

La crainte que le stockage temporaire se prolonge, puisque pour l’heure, il n’existe pas de site de stockage définitif pour ce type de déchets.

Les risques liés à la déconstruction d’une installation nucléaire.

Le coût d’une telle installation et de la prise en charge, sur de très longues durées, des déchets nucléaires.

Les actions engagées

Sept associations ont engagé un recours commun pour s’opposer au projet Iceda devant le Conseil d’État, afin d’obtenir l’annulation du décret autorisant EDF à créer cette installation à Saint-Vulbas.

En outre, la CRIIRAD demande que des études approfondies soient effectuées et publiées sur les différentes options en matière de démantèlement des installations nucléaires en France.

 

EDF : Vers une nouvelle poubelle radioactive aux portes de Lyon

BUGEY-4 EDF

Dans la région Rhône Alpes, et plus précisément sur le site de la centrale nucléaire de BUGEY, aux portes de Lyon, EDF est en train de construire un centre d’entreposage de déchets radioactifs, le projet ICEDA :

Les caractéristiques de l’installation

• ICEDA permettra de conditionner et d’entreposer les déchets moyennement radioactifs à vie longue (période radioactive supérieure à 30 ans) provenant des neuf centrales nucléaires EDF en déconstruction. Ces déchets représentent moins de 0,1% du total des déchets de déconstruction soit environ 500 tonnes.

• ICEDA accueillera aussi des déchets métalliques issus de l’exploitation des centrales en fonctionnement (1500 tonnes environ), qui seront eux aussi évacués ensuite vers le centre de stockage définitif ( qui pour l’heure n’existe pas).

• ICEDA permettra aussi de faire transiter les déchets graphites issus de la déconstruction du réacteur de Bugey 1 avant leur évacuation vers le futur centre de stockage de l’ANDRA.

ICEDA en quelques chiffres :

2000 tonnes de déchets entreposés ! 

10 convois de déchets en moyenne par mois !

8000 m² de surface au sol !

Seulement 20 employés permanents….

lien EDF ici : http://energie.edf.com/nucleaire/carte-des-centrales-nucleaires/centrale-nucleaire-du-bugey/projet-iceda-82086.html

La construction est pour l’heure suspendue, le tribunal administratif ayant annulé le permis de construire d’EDF, estimant que ce projet n’est pas en conformité avec le plan local d’urbanisme de la commune concernée, St Vulbas

Qu’à cela ne tienne, cette dernière projette la modification du PLU afin qu’ EDF puisse poursuivre les travaux !

L’enquête publique a lieu en ce moment et ce jusqu’au 20 juillet 2012 et les registres sont visibles et ouverts aux signatures en mairie de St Vulbas.

La radioactivité ne connait pas de frontière !

Non seulement ces déchets traverseront la France entière mais ils seront entreposés, sans expérience éprouvée, sur le site d’une des plus vieilles centrales françaises, en zone inondable, dans un bassin de population de plus de 6 millions de personnes (pour ne prendre en compte que la région…).

Il faut arrêter de disséminer les tonnes de déchets radioactifs français, un peu partout sur le territoire, et ce sans parler des déchets que la France envoie en Russie et qu’elle ne récupère quasiment pas !

il convient de gérer ces déchets sur leur site d’origine, sous surveillance constante et renforcée.

Ceci afin de :

- Arrêter la multiplication des transports radioactifs à travers tout le pays : Ces transports sont à hauts risques : voir ce qu’en dit l’IRSN lui-même ici :

http://www.irsn.fr/FR/base_de_connaissances/Installations_nucleaires/transport/transport-matiere-radioactive/Pages/2-Risques-transports.aspx?dId=cf0298bb-d410-4c85-a897-b562a3ac66b4&dwId=885b1a3b-1ebc-40c8-aa7e-ecc0163b7eda

- Ne pas polluer de nouveaux sites sur le sol français : il suffit de jeter un oeil à cette carte pour se rendre compte de l’étendue des dégats actuels : La France est une véritable poubelle nucléaire.

http://www.sortirdunucleaire.org/carte/

 Une petite anecdote en passant :

Sur le site d’EDF on peut lire ceci à propos du projet ICEDA  :

 » ICEDA assurera le confinement de la radioactivité et garantira l’absence d’impact sur le public et sur l’environnement »

Or, l’année dernière voilà ce qui s’est produit sur le site même de la centrale de Bugey  :

Un camion qui transportait des gravats a été en mesure de sortir de l’enceinte de la centrale alors que les détecteurs avaient relevé des traces de radioactivité dans son chargement. Première anomalie dans la mesure où ces gravats provenaient d’une zone pourtant non exposée.

Alors que la sécurité aurait dû empêcher l’engin de quitter les lieux, les techniciens d’EDF ont dû suivre sa trace jusqu’à une carrière, située près de Pérouges, au lieu-dit Les Communaux. Le camion a même eu le temps de déverser son chargement, lequel présentait bien un niveau de radioactivité anormal d’après les mesures effectuées sur place.

Les gravats en question ont été rapatriés ce matin. La direction ignore encore pour le moment leur provenance. Elle ignore également comment une telle erreur a pu se produire au sein des équipes de sécurité.

source : http://www.leprogres.fr/ain/2011/08/10/incident-a-la-centrale-nucleaire-du-bugey-un-camion-sort-avec-un-chargement-radioactif

Dernier épisode en date :

EDF, dont le sens de l’humour semble très développé ( ou pas….) a décidé d’attaquer le permis de construire des sociétés Roozen qui projettaient d’étendre leurs serres, avec les motifs juridiques suivants :

La mauvaise insertion des serres dans le paysage et un problème écologique.

EDF estime en effet, entre autres griefs, que l’entreprise, qui cultive pour l’essentiel des plantes vertes d’agrément, aurait dû fournir une étude environnementale sur les conséquences de son usage d’eau…..

http://www.rue89lyon.fr/2012/07/17/edf-attaque-le-petit-horticulteur-de-saint-vulbas/#comment-3217

Elle est poubelle la vie hein ?

Signez et diffusez également en ligne ici : http://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/dites-projet-poubelle-radioactive-iceda-rhone/9021

Feu rouge judiciaire pour un centre de stockage nucléaire

 FRANCELa justice ordonne l’annulation du permis de construire d’un centre de stockage nucléaire à bugey © reuters – 2012

LYON (Reuters) – La cour d’appel administrative de Lyon a ordonné l’annulation du permis de construire d’une installation de conditionnement et de stockage de déchets nucléaires dans l’enceinte de la centrale du Bugey, à 30 kilomètres de la capitale des Gaules.

Cette structure, baptisée Iceda, dont la construction est largement engagée, est destinée à accueillir les matériaux radioactifs provenant du démantèlement de neufs réacteurs français en fin d’activité.

Faute de disposer, pour l’instant, de technique de recyclage sécurisée de ces déchets, EDF a fait le choix de les stocker sur un site unique en attendant de trouver une solution durable. Bugey a été choisi par EDF en raison de la proximité d’une voie ferrée, du projet de déconstruction de son réacteur et de la disponibilité du terrain.

Cette décision de justice donne un coup d’arrêt à ce projet présenté comme capital et d’intérêt national par EDF, qui pensait y entreposer 500 tonnes de matériaux de démantèlement de neufs réacteurs français, ainsi que 1.500 tonnes de déchets divers de centrales en fonctionnement.

C’est la société d’horticulture néerlandaise Roozen qui a engagé les poursuites devant le tribunal administratif, estimant que ses serres qui jouxtent les terrains d’Iceda allaient pâtir de ce voisinage et compromettre la commercialisation, dans toute l’Europe, de ses roses et plantes d’ornement.

La cour administrative d’appel s’est appuyée, pour justifier son arrêt, sur le PLU (Plan local d’urbanisme) qui indique que ne sont autorisées dans l’enceinte de Bugey que des constructions en lien direct avec cette centrale.

LE RHÔNE TROP PROCHE

Pour plaider la cause de l’horticulteur néerlandais, ses avocats avaient également relevé un certain nombre de motifs de procédures également liés à la sécurité.

Ils ont ainsi évoqué le manque de transparence du dossier. « En 2006, lors du lancement du projet, une enquête publique a été menée sur le seul territoire de la commune de Saint-Vulbas alors que cette enquête aurait dû être nationale, car relative à la filière nationale de traitement des déchets nucléaires », a dit Me Vincent Lacroix à la presse.

Bien que le projet ait reçu l’aval de l’ASN (Autorité de Sécurité Nucléaire), il relève aussi un problème de localisation.

« Iceda est construit à dix mètres seulement du Rhône. En cas de crue, de séisme ou de rupture du barrage de Vouglans en amont, c’est le fleuve tout entier qui risque d’être contaminé, ses rives et ensuite la Méditerranée », a dit l’avocat.

« Construire une telle installation de traitement et de stockage des déchets nucléaires dans l’enceinte d’une centrale ne fait par ailleurs que rajouter un danger au danger », a-t-il ajouté.

Il note encore les dangers présentés selon lui par le transport des déchets, et un supposé manque de transparence dans le permis de construire concernant les travaux.

Pour tenter de remettre le projet Iceda sur les rails, la petite commune de Saint-Vulbas tente actuellement de réviser son PLU pour ouvrir la zone de sa centrale nucléaire à des constructions extérieures.

Catherine Lagrange, édité par Thierry Lévêque

bugey_ungg ICEDA

 Lyon Capitale, 30/08/2005: 

Les déchets français les plus radioactifs pourraient débarquer dans le Bugey

Un centre d’entreposage des déchets radioactifs est prévu en Rhône-Alpes. Topo sur l’un des plus importants projets nucléaires français de ces prochaines années qui reste encore très discret.

Et si Rhône-Alpes devenait l’une des poubelles radioactives les plus nocives de France ? La question peut se poser à la lecture du dossier que déposera EDF, dans le courant du mois de septembre, à la Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection (DGSNR*)

Le fournisseur d’éléctricité français, propriétaire des dix-neuf centrales nucléaires françaises, a décidé, selon nos informations, de construire, dans le Bugey, un site d’entreposage des déchets radioactifs dits à moyenne activité et à longue durée de vie. Autrement dit, les déchets nucléaires parmi les plus inquiétants. Concrètement, EDF s’apprête à démanteler une partie de ses centrales nucléaires, pour la plupart vieillissantes et, dont certaines sont carrément en fin de vie. Or, les déchets les plus dangereux – les pièces métalliques issues du coeur même du réacteur – ne peuvent être entreposées sur aucun site de stockage français existant. Il s’agit donc pour EDF de trouver une solution.

Et c’est le site du Bugey qui semble le mieux adapté. Selon Michel Uhart, directeur de la centrale de l’Ain, le site vient d’être retenu par EDF car « le réacteur 1 du Bugey sera le premier des neuf réacteurs français à être démantelé ». En réalité, le Bugey a été choisi pour deux autres raisons : c’est l’un des rares sites en France à encore disposer de terrains libres suffisants, en plus d’être relié à un important réseau de voies ferrées, solution a priori plus sécurisante que la route pour le transport des matières nucléaires.

Résultat, à l’horizon 2011, un hangar de 130 mètres de long par 80 mètres de large et 20 mètres de haut, entièrement bétonné, devrait sortir de terre au sud de la centrale du Bugey. C’est ici que seront entreposées quelques 2 000 tonnes de structures en métal des centrales nucléaires françaises. Ces pièces métalliques radioactives seront enfermées dans des fûts métalliques, eux-mêmes placés dans des coques en béton de vingt centimètres d’épaisseur, elles-mêmes coulées dans du béton, pour être bien sûr.

Ce qui n’empêchera pas d’atteindre un niveau de radioactivité, pour chaque pièce, de l’ordre du million, voire du milliard de becquerels par gramme. « Avant que la radioactivité ne redevienne à son niveau naturel, explique Roland Desbordes, président du laboratoire indépendant de la CRIIRAD, à Valence, il faudra attendre des centaines d’années voire des millions d’années pour certaines déchets étant donné que les déchets à longue durée de vie perdent la moitié de leur radioactivité tous les 30 ans » .

Un site définitif ?

La gestion des déchets radioactifs reste en effet la problématique numéro un du nucléaire. Or, les futurs déchets du Bugey, à vie longue, ne peuvent être stockées en surface que temporairement. Sur le papier, EDF prévoit un stockage d’une quarantaine d’années. Mais les déchets ne seront-ils pas entreposés plus longtemps ? Un débat public national sur le sujet est prévu à partir du 12 septembre. Mais, selon les propos, début juillet, de Christian Bataille – auteur de la loi du même nom sur les déchets radioactifs – il ne concernera que les déchets « présentant la double spécificité haute activité et à longue durée de vie ». Autrement dit, nada pour les déchets du Bugey ! En conclusion, la région la plus nucléarisée de France va accueillir des déchets, parmi les plus radioactifs de l’hexagone, dont on ne sait ce qu’ils deviendront à long terme.

* la DGSNR élabore et met en oeuvre la politique du gouvernement dans le domaine du nucléaire.

Guillaume Lamy

 

Vers un débat public ?

 

Entre la procédure d’autoprisation de création du site d’entreposage et celle de mise en service, il faut compter, en moyenne, trois ans de discussions. Le dossier d’EDF devra passer par la Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection, des experts indépendants et les ministres concernés. Souhaitons que le débat public se saissise de cette question et que politiques et citoyens débattent sur ce dossier capital pour Rhône-Alpes.

Les déchets radioactifs en France


Il existe 4 sites principaux de stockage des déchets radioactifs en France. Tous ces sites sont temporaires, avant de trouver une solution pour un stockage définitif.

- L’usine de retraitement de la Hague
Type de déchets : haute et moyenne activité à longue durée de vie (HAMA-VL).
Capacité : 12 420 conteneurs ( Un conteneur mesurant 1,50 m de haut pour 60 cm de diamètre.). Stockage actuel : 8073 conteneurs. Particularités : accueille aussi les déchets étrangers. Surveillé par des lance-missiles.

- Le centre de stockage de la Manche
Type de déchets : faible et moyenne activité et à vie courte (FMA-VC) Capacité : 527 000 m3. Stockage actuel : Saturé. Fermé en 1994.

- Le centre de stockage de Morvilliers
Type de déchets : très faible activité (TFA). Capacité : 650 000 m3. Stockage actuel : 15 000 m3.

- Le centre de stockage de Soulaines
Type de déchets : faible et moyenne activité et à vie courte (FMA-VC). Capacité : 1 000 000 m3. Stockage actuel : 136 562 m3 (au 31/12/2002)

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 27 juillet, 2012 |1 Commentaire »

PAS DE MARGE DE SECURITE POUR PAYER LE DEMANTELEMENT DU NUCLEAIRE EN FRANCE. RIEN D’ETONNANT À CELA !…(Thierry LAMIREAU)

Pas de marge de sécurité pour payer le

 démantèlement du nucléaire en FRANCE.

Rien d’étonnant à cela !…

PAS DE MARGE DE SECURITE POUR PAYER LE DEMANTELEMENT DU NUCLEAIRE EN FRANCE. RIEN D'ETONNANT À CELA !...(Thierry LAMIREAU) dans REFLEXIONS PERSONNELLES CENTRALE-1

PARIS – Il n’y a pas de marge de sécurité pour couvrir le coût encore aléatoire du démantèlement d’installations nucléaires et de la gestion des combustibles usés et déchets radioactifs, selon le premier rapport de la Commission Nationale d’Evaluation sur le sujet rendu public mardi.

Le rapport devait répondre à la question de savoir si le gouvernement et les exploitants du nucléaire en France se sont montrés assez prudents dans la prévision des financements pour ces opérations.

Il n’y a pas de marge de sécurité, a résumé le rapporteur Jean-Luc Lépine lors de son audition devant l’Office parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques .

La Commission Nationale d’Evaluation (CNE) a été créée par une loi de 2006 qui elle-même instaurait une évaluation prudente des coûts.

Je ne dis pas sous-évaluation, je dis qu’on ne dispose pas de marge de sécurité, a-t-il précisé.

Il a rappelé que même la Cour des Comptes dans son rapport de janvier dernier n’avait pas de réponse catégorique à la question de savoir si les prévisions de financements répondaient à l’objectif de prudence fixé par la loi.

Nous nous sommes aussi appuyés sur les commentaires de l’Autorité de Sûreté Nucléaire qui a dit qu’il n’y a pas de marge suffisante pour couvrir les aléas et les incertitudes, a-t-il ajouté.

L’ASN, a rappelé le rapport, a demandé notamment que l’on revoit le processus d’évaluation des coûts du stockage géologique profond des déchets radioactifs.

De plus, selon M. Lépine, la fourchette d’évaluation des producteurs et celle de l’ANDRA (Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs) sur ce point varie du simple au double.

Sur le fonctionnement du financement des opérations de démantèlement et de gestion des déchets, le rapport a rappelé qu’il existait deux méthodes : l’externalisation des fonds dans une structure indépendante comme aux Etats-Unis, ou alors, comme en France, le maintien des fonds à l’intérieur des bilans d’entreprises impliquées avec les risques que cela peut comporter en cas de faillite.

Le prochain rapport est attendu dans trois ans, mais il convient de s’interroger sur la pérennité de la formule actuelle, a souligné le rapporteur.

Dans un tweet envoyé depuis l’audition, le député EELV de Paris, Denis Baupin a, lui, résumé la réunion par en gros, 40 ans après on navigue à vue.

(©AFP / 24 juillet 2012 19h31)

 

Nucléaire : EDF dit s’atteler à corriger les

 manquements soulevés par l’ASN

 
PARIS – EDF a assuré jeudi qu’il travaillait à résoudre les manquements que lui a reprochés l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en matière de temps de travail et de temps de repos dans les centrales nucléaires.

Nous avons pleinement conscience de ce problème, nous l’avons pris en considération et nous travaillons à l’élaboration de solutions à y apporter, a déclaré à l’AFP un porte-parole du groupe, ajoutant que des groupes de travail internes avaient été mis en place à cet effet.

Les problèmes soulevés par l’ASN concernent des cadres, qui disposent d’une grande autonomie dans l’organisation de leur travail, a par ailleurs indiqué ce porte-parole.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a confirmé mercredi avoir adressé un courrier à EDF pointant des dépassements parfois importants du temps de travail dans les centrales nucléaires.

Ce courrier envoyé en juin comporte deux critiques majeures, basées sur plusieurs enquêtes effectuées par les inspecteurs du travail de l’ASN, a précisé à l’AFP Thomas Houdré, responsable de la direction des centrales nucléaires à l’ASN, confirmant des informations du Monde et du Canard Enchaîné.

Il s’agit selon ce responsable de dépassements parfois importants du temps de travail et de durées de repos insuffisantes, et de l’absence de système de contrôle fiable des horaires de travail et du temps de repos chez EDF.

EDF

(©AFP / 26 juillet 2012 12h09)

 

CENTRALE-2 DEMANTELEMENT dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Commentaires:

(Le Souffle c’est ma Vie / T.LAMIREAU)

« Pas de marge de sécurité…sous-évaluation ? »

Tout le système lié au nucléaire (en FRANCE et ailleurs)

fonctionne ainsi. Evidemment c’est volontaire !

Ne pas affoler les décideurs et la population…

sinon, on fermerait vite fait « les portes du nucléaire »

car AUCUNE industrie n’accepterait de tels dépassements

des budgets ! En outre, personne n’est réellement CAPABLE

de nous indiquer le coût REEL du fonctionnement

du « système nucléaire » (de l’extraction du minerai d’uranium

jusqu’aux déchets chimiques ET radioactifs ultimes ! ).

Enfin, les concepteurs de certaines « créations » sont tellement

envahis par leurs certitudes qu’ils ne prévoient même pas la

manière de démanteler leurs stuctures !…

L’exemple type est celui du surgénérateur SUPERPHENIX !

Depuis la mise en place du nucléaire sur la planète,

les « responsables » ont toujours affirmé que les déchets

« n’étaient pas un problème et que l’on trouverait

les solutions pour les éliminer voire les valoriser »…

en attendant ces déchets s’entassent sur de nombreux endroits

de la planète…POUR L’ETERNITE…

considérant LEURS DUREES DE VIE !…

Pour votre information et pour vous aider à mieux

saisir les enjeux en présence…

voici quelques textes très intéressants…

 

 

Le nucléaire « roule » sans assurance

CENTRALE-3 ECONOMIE

 Une convention internationale, signée par 22 pays en 1988, prévoit que la responsabilité civile de l’exploitant d’une centrale nucléaire est limitée à 50 millions de ff ou 300 millions de fb. Les assurances travaillent en « pools ». Elles se sont organisées mondialement en 28 groupes, notamment pour ne pas faire monter les prix des primes. Autant dire que le secteur « roule » sans assurance.

Roger Belbéoch: « Dans de nombreux pays industrialisés, il y a une loi nationale qui limite la responsabilité civile des exploitants nucléaires en cas de catastrophe. Cette loi établit un plafond: quoi qu’il arrive, les indemnisations ne devront pas dépasser un niveau donné. En France, par exemple, la limite est beaucoup plus basse qu’aux Etats-Unis, pour le même type de réacteurs. La santé des Français vaut-elle moins que celle des Américains? La loi française limite à 600 millions de ff la responsabilité de l’exploitant.
Vous faites un calcul simple, qui se rapporte au terrain perdu seulement en traçant un cercle de 30 ou de 50 km autour d’une centrale, et vous vous rendez compte: moins d’1 ff au mètre carré. Allez expliquer cela aux propriétaires des terrains des grands vins de Bordeaux, par exemple, et qui sont éventuellement menacés de la ruine par les centrales de Golfech et du Blayais.
Quand on évacue un territoire, on ne perd pas que du terrain. Il y a aussi toutes les infrastructures, les routes, les hôpitaux, les écoles, les usines, les maisons, les appartements, avec tous les meubles et objets divers: tout est contaminé et reste sur place.
Aux Etats-Unis, l’énergie nucléaire n’a pu se développer de façon industrielle que lorsque ses promoteurs ont été assurés qu’en cas d’accident leur responsabilité serait limitée. Le « Price Anderson Act » fut adopté en 1957. La responsabilité civile des producteurs d’électricité s’arrêtait à 60 millions de $. Au-delà de cette somme, le gouvernement pouvait intervenir pour les indemnisations jusqu’à 500 millions de $. Cette loi, en principe votée pour dix ans, fut régulièrement reconduite. Même si les limites de responsabilité ont été révisées à la hausse, elles n’atteignent pas les montants prévisibles en cas d’accident. Aux Etats-Unis, c’était la première fois que la responsabilité civile d’une entreprise privée était légalement limitée par une loi.
Mais à quel montant peuvent se chiffrer les dommages en cas d’accident majeur? Selon une estimation officielle, la catastrophe de Tchernobyl aurait coûté 300 milliards de dollars à l’économie ex-soviétique.
Si l’industrie était entièrement responsable des dommages en cas d’accident, plus personne n’investirait dans ce secteur.

Greenpeace: En dehors des accidents majeurs, dans quelles mesures les dangers que fait courir le nucléaire aux populations sont-ils réellement pris en compte?

Roger Belbéoch: Chaque pays a la sûreté qu’il mérite. On peut, par exemple, voir quel fut le comportement vis-à-vis de la contamination des aliments après Tchernobyl. On s’est aperçu que les pays où la population était la plus sensible aux problèmes de santé et d’environnement ont édicté les normes les plus rigoureuses. Et inversement, les pays -comme la France- dont la population est traditionnellement indifférente aux problèmes écologiques et de santé, n’ont pas eu de normes du tout. En Allemagne, les normes étaient d’autant plus strictes que, dans le Land correspondant, les Verts étaient plus puissants. Cela veut dire que l’opinion publique joue un rôle direct dans l’établissement des normes. A partir du moment où elle est indifférente, on ne voit pas pourquoi les industriels se casseraient la tête… C’est vrai pour n’importe quel type de pollution.

 

La sûreté nucléaire
Des principes à la réalité
CENTRALE-4 FRANCE(Raymond Sené, 1988)raymond_sene NUCLEAIRELa sûreté en matière d’industrie nucléaire est un vaste domaine dont les motivations annoncées sont la protection de l’homme et de l’environnement vis-à-vis des risques potentiels de ces installations et surtout la diminution de ces risques potentiels.
Des efforts importants de sûreté sont investis nous dit-on. Oui semble-t-il mais, avec toute ma mauvaise foi, je vais m’efforcer de vous montrer ce qui ne va pas, afin de contrebalancer le discours officiel qui dit que tout va bien.

     Souvent dans ce discours officiel revient une comparaison avec d’autres industries, avec d’autres sources d’énergie et on voit apparaître avec consternation les victimes de l’exploitation charbonnière. Tout d’abord, si on veut faire une comparaison sérieuse il faut comparer d’une part extraction de charbon et extraction d’uranium et d’autre part centrales à charbon et centrales nucléaires. Mais qu’importe, plaçons-nous sur le terrain du discours officiel, et posons-nous la question, pourquoi investit-on, semble-t-il, tant dans la sûreté en matière de nucléaire et si peu dans les charbonnages ? Sûrement pas pour faire plaisir aux écologistes. Réfléchissons en faisant un retour en arrière.

     En 1957 à WINDSCALE, en Angleterre, un incendie du graphite et de l’uranium conduit à une destruction du réacteur et à son arrêt. Des rejets radioactifs provoquent un certain nombre de morts par cancers et leucémies dans la population (contestés officiellement jusqu’à la déclassification des dossiers en janvier 1988). Trente ans plus tard on estime qu’il faudra 10 ans de travail pour décontaminer et ce pour un coût énorme. [Voir vidéo de 50 mn en RealVidéo 21 kb qui explique le rôle de l’usine et les circonstances de l’accident]
     En 1969 à SAINT LAURENT 2, en France, fusion de plusieurs éléments combustihles, un an d’arrêt du réacteur pour réparations (en 1980, à nouveau même type d’incident : 2 ans d’arrêt).
     En 1979 THREE MILE ISLAND; aux Etats-unis, un coeur de réacteur détruit aux trois-quarts (nous allons revenir sur cet accident), peu de rejets dans l’environnement. Aujourd’hui, en 1988 (11 ans après) on sait que ce réacteur qui avait à peine un an de fonctionnement nécessitera encore des années de travail pour son démantèlement et ce, pour un coût comparable à celui de sa construction (environ un milliard de dollars).
     En avril 1986, TCHERNOBYL en Ukraine, un réacteur détruit, pour le moment au moins une trentaine de morts, des dégâts écologiques considérables (Monsieur Tanguy vient de nous donner le montant de l’estimation des coûts, environ 10 milliards de roubles, c’est-à-dire environ 60 milliards de francs).
     Pour WINDSCALE, THREE MILE ISLAND, TCHERNOBYL il faut chiffrer l’investissement définitivement perdu, la perte de production, le coût du démantèlement. Comparez aux accidents dans les mines un coup de grisou dans une galerie, de trop nombreux morts et au bout de quelques jours l’exploitation reprend.
     Avec un peu de cynisme on comprend alors pourquoi un effort important de sûreté a été consenti dans le nucléaire. Ce n’est pas pour protéger l’homme et son environnement, mais pour protéger l’outil de production, l’investissement qu’il représente. Le représentant d’EDF vient de vous le dire: «nous ne sommes pas fous, nous protégeons nos installations». Mais tout compte fait, comme seul le résultat compte, il est heureux que le nucléaire soit cher, cela force les industriels à la sagesse. Seulement une sagesse basée sur la peur de l’accident conduit toujours à un relâchement dès que l’épée de Damoclès s’éloigne.

     En France, aujourd’hui, la sûreté repose sur une assise fondamentale la qualité de la conception, de la construction et de l’exploitation.
     Cette assise est réglementée par un arrêté du 10 août 1984 tellement précis qu’une circulaire explicative est nécessaire et, comme nous sommes quand même plus latins que germains, un article prévoit que des dérogations pourront être accordées. Ouf ! nous sommes rassurés.
     Tout ceci serait fort beau si cette assise de la sûreté n’était pas une assise en papier, constituée de magnifiques dossiers consciencieusement archivés.
     Pour ce qui est de la qualité de la conception, prenons l’exemple de CATTENOM.
     Sur ce site situé sur la Moselle, à une dizaine de kilomètres de Thionville et à une vingtaine de kilomètres de Luxembourg ville, EDF a construit 4 tranches de 1 300 MWe. Les autorités de sûreté avaient à l’époque donné un avis défavorable au choix de ce site, avis qui ne fut suivi comme effet que de la démission du responsable et non de l’abandon du projet. L’argument essentiel développé était le chiffre de la population cumulée autour du site : 1 500 000 habitants dans un rayon de 50 km. Rappelons qu’à Tchernobyl les autorités russes ont évacué les populations dans un rayon de 30 km autour de la centrale. Cela a concerné 135 000 habitants tandis qu’à Cattenom cela impliquerait 650 000 personnes.

cattenom RADIOACTIVITE Centrale nucléaire de Cattenom.

     Les tranches construites sont du palier P’4. Ce palier est déduit du palier P4 (le palier 1 300 MWe de Westinghouse) par une francisation qui a conduit, entre autre, à «dégraisser» un peu les installations en réduisant les marges de sécurité et en modifiant pour les simplifier certaines installations.
     Le paramètre utilisé pour dimensionner l’enceinte de confinement, c’est-à-dire l’enveloppe de béton armé qui jusqu’en 1986 était censée rester toujours étanche et interdire toute sortie de radioactivité en cas d’accident, est le volume d’eau du circuit primaire. Cette eau portée à environ 300 degrés sous 155 bars  créerait, en cas de rupture du circuit primaire, une surpression à laquelle l’enceinte doit résister.
     A CATTENOM, alors que la construction du gros oeuvre est commencée, on s’aperçoit que l’estimation du volume d’eau du primaire est plus importante que ce qui avait été calculé dans un premier temps. Une erreur cela peut arriver, mais à ce niveau de la conception on ne parle pas d’erreur humaine. Ce terme de vocabulaire est réservé aux opérateurs ou aux rondiers s’ils confondent deux vannes ayant le même numéro.
     Ce petit détail a des conséquences simples:
     – Si rupture de canalisation: volume d’eau évaporé plus important que prévu
     – pression dans l’enceinte plus élevée que prévue
     – donc enceinte non conforme…
     Le réflexe du taupin est rapide: si on augmente le volume à la même température, la pression diminue, donc c’est gagné. La hauteur du bâtiment réacteur fut augmentée de 1,60m, et ce n’est qu’après coup qu’on a commencé à envisager l’effet de cette modification sur le comportement en cas de séisme
     Manque de chance pour le S.M.S. (Séisme Majoré de Sécurité), la limite élastique des aciers du ferraillage risque d’être dépassée au niveau du raccordement du fût de l’enceinte avec sa fondation. Bien sûr, le S.M.S. contient la marge de sécurité qui conduit à prendre en compte un niveau d’intensité supérieur d’un degré à celui du séisme maximal historiquement vraisemblable. On pourrait fermer les yeux. Mais si on commence, autant abandonner tout de suite les justifications de la sûreté.
     Regardons maintenant la qualité de la construction, et à titre d’exemple je vais vous narrer cette fois les problèmes rencontrés sur les coudes du circuit primaire des réacteurs à eau légère.
     Pour situer le problème, voici un schéma représentant le circuit primaire d’une tranche de 900 MWe avec ses trois boucles. (figure 1)
 SCIENCE
     Ce circuit primaire est la deuxieme barriere présentée avec emphase dans tous les discours sur la sûreté. La première barrière est constituée par les enveloppes des aiguilles de combustible et la troisième par le bâtiment réacteur: l’enceinte de confinement. La résistance et l’intégrité du circuit primaire sont essentiels. Il véhicule 65 000 tonnes/heure d’eau à environ 300 degrés sous une pression de 155 bars dans des canalisations de l’ordre de 80 cm de diamètre (ce chiffre est arrondi puisque c’est la transcription en centimètres d’une dimension en pouces, l’indépendance énergétique française passant par une licence Westinghouse…). Les coudes que vous pouvez voir sur la figure 2 (5 par boucle) sont fabriqués par moulage, en sous-traitance, dans les ateliers de Creusot-Loire, Henricot et Manoir-Pompey. Donc sur un réacteur 900 MWe nous avons 15 coudes et sur un réacteur des paliers P4, P’4, N4 (1 300 à 1 450 MWe) nous avons 20 coudes.
 SOCIETE
     A la suite de reprises de défauts d’états de surface consécutifs au moulage, on s’aperçut fin 1981, début 1982 sur des pièces destinées à la centrale de KOEBERG (Afrique du Sud) qu’il y avait des sous-épaisseurs. Des mesures sur les éléments non encore montés montrèrent alors que de nombreuses pièces étaient fautées. Mais comment faire pour les installations en fonctionnement ?
     C’est là qu’on vit apparaître le génie administratif français. Puisqu’il est de règle de faire des dossiers, et bien, consultons les. On arriva alors au résultat suivant: environ 1 coude sur 5 comporte des sous-épaisseurs allant, pour quelques-uns, jusqu’à 15 pour cent de l’épaisseur nominale et ce pour des éléments dont certains sont en service depuis 1977 (FESSENHEIM).
Les dossiers de mesure avec les fiches d’anomalies existaient mais depuis près de 10 ans personne n’en avait tenu compte.
     La première mesure corrective fut, d’après les textes officiels «d’affiner les calculs pour mieux dégager les marges réelles, actuellement masquées par le conservatisme des codes» «en vue de justifier les sous-épaisseurs». Ce qui en langage de pékin moyen peut se traduire par «on reprend les calculs en bricolant les paramètres jusqu’à ce que les épaisseurs fabriquées donnent une résistance théorique conforme aux exigences de la sûreté».
     Espérons que ce n’est pas à la suite de tortures intellectuelles analogues des codes de calcul que l’hiver dernier certaines structures des remonte-pentes ont eu des états d’âme.
     Depuis, pour les éléments qui étaient accessibles et dont le défaut dépassait 10 pour cent on a rechargé en métal. Pour les tranches divergées, le contrôle lui-même s’avère délicat en raison des débits de dose pour le personnel.
     S’il n’y avait que ce problème des coudes moulés… Mais en fait ce n’est qu’un des éléments d’un vaste ensemble de défectuosités de montage ou de malfaçons en fabrication.

Souvenez-vous en 1979, les syndicats bloquent les machines de chargement de combustible sur TRICASTIN, GRAVELINES et DAMPIERRE pour forcer la direction d’EDF à faire étudier les fissurations sous revêtement des brides de raccordement à la cuve et des plaques tubulaires des générateurs de vapeur. Ces pièces en acier noir sont recouvertes par «beurrage» d’une couche d’acier inoxydable pour les protéger de l’eau du circuit primaire. Les contraintes thermiques induisent des fissures à l’intérieur dans la zone de contact de deux matériaux. Ces problèmes, en particulier sur les plaques tubulaires de générateurs de vapeur, n’étaient pas nouveaux. Ils avaient été soulevés dès 1976. Mais à cette époque, le programme nucléaire était en pleine euphorie et rien ne devait le retarder.

Depuis on a détecté des anomalies de fabrication sur divers composants, certains de grande dimension comme le pressuriseur. Mais une fois mis en place, bloqué dans sa casemate il est quasi impossible d’aller reprendre les soudures défectueuses. Encore une fois, ce qui primait, c’était les délais, la rapidité de construction.

 

pressuriseur_manut                                          Pressuriseur en cours de manutention.

Au travers de cette analyse, on a le sentiment que le discours politique et le discours économique priment le discours technique. Politique car en France, le programme de construction nucléaire a été décidé par l’Etat qui a ainsi accepté de se placer sous la dépendance de groupes technocratiques et il n’était pas question de donner prise à la contestation. Economique, nous l’avons vu en 1979 avec la question des fissures. 
Tout d’abord ces fissures sont apparues en raison de la simplification de la procéduretechnique proposée par Framatome pour gagner du temps donc de l’argent, modification de procédure acceptée par EDF et par les autorités de sûreté. Puis une fois les défauts détectés, les calculs qui ont été refaits ont été effectués en tirant sur les hypothèses (modélisation des formes des fissures par exemple), afin de montrer que ces fissures ne deviendraient gênantes qu’au bout de 20 ou 30 ans. Ainsi les frais de réparation repoussés du présent à un futur lointain devenaient négligeables, grâce à des calculs avec des taux d’actualisation dont les économistes d’EDF ont le secret. Nous avons déjà eu droit au même raisonnement pour expliquer qu’il n’est pas utile de provisionner pour l’opération de démantèlement des réacteurs.

Pour la qualité de l’exploitation, je ne citerai que deux exemples:

1. TRICASTIN, 20 février 1987. Une fuite sur le circuit d’injection de sécurité d’acide borique. C’est un élément essentiel à la sûreté du réacteur. Une réparation par bricolage a été réalisée sans arrêter le réacteur, et même sans prévenir les autorités de sûreté. Comme on dit pudiquement à EDF, «il y avait divergence d’appréciation sur l’application des règles d’intervention sur les circuits importants pour la sûreté, entre l’Ingénieur de Sûreté et Radioprotection et le Chef de Centre». Si on se met à faire des courses entre unités de production pour le ruban bleu de la plus longue période de fonctionnement sans arrêt d’urgence, il va arriver des tchernobyleries dans nos campagnes. Il n’empêche que le SCSIN (Service Central de Sûreté des Installations Nucléaires – Ministère de l’Industrie), en apprenant la chose a piqué son coup de sang et a fait arrêter la tranche, le 13 mars. Cela ne faisait que trois semaines qu’on batifolait avec la sûreté.
   
2.-CREYS-MALVILLE, dès le 8 mars 1987, les systèmes de détection de fuite de sodium dans l’espace entre la cuve du barillet et son enceinte de sûreté donnent des alarmes. Les responsables de la sûreté de SUPERPHENIX mettent en doute le fonctionnement des bougies de détection, la fiabilité du système de transmission et se décident la mort dans l’âme, à aviser les autorités de sûreté le 3 avril, près d’un mois plus tard. Ce manquement grave aux consignes nous fait nous poser des questions quant à «la qualité de l’exploitation». Quand on réalise que ce sont des dispositifs du même type qui sont censés surveiller toute fuite de sodium provenant de la cuve du réacteur, on ne peut qu’être atterré par le comportement des opérateurs. A moins qu’effectivement ces bougies soient défectueuses, mais alors en quoi peut-on faire confiance ?

Je n’avais pris que ces deux exemples, mais l’actualité vient de m’en apporter un troisième. Je me contenterai de citer un article du journal Le Monde daté du 22 janvier 1988:
     «Des essais sans autorisation à la centrale nucléaire de PALUEL. Les équipes de la tranche numéro un de la centrale nucléaire de Paluel ont failli aux règles de la sûreté dans la journée du 24 novembre 1986 en procédant sans autorisation à des essais sur le réacteur. (…) Cette information fournie, plus d’un an après l’incident, par une source anonyme, mais confirmée depuis par EDF. (…) Ce défaut de procédure administrative n’est pas du goût du Service Central de Sûreté des Installations Nucléaires, qui estime que cette opération constitue, du point de vue de la sûreté, une démarche inacceptable (…)».
     Mon seul commentaire, en l’absence d’informations détaillées: il est heureux qu’il existe des sources anonymes pour permettre aux autorités de sûreté de faire leur travail, même si c’est à retardement.

     Il y a une façon complémentaire d’aborder la sûreté, c’est le retour d’expérience. Ceci porte aussi bien sur les petits incidents courants que sur les accidents de grande ampleur. Compte tenu de l’importance du parc de réacteurs à eau légère, l’expérience tirée de Tchernobyl ne porte que très peu sur la sûreté mais surtout sur la sécurité, c’est-à-dire sur les procédures post-accidentelles. Par contre, THREE MILE ISLAND, bien que moins grave, aura été une source d’enseignement incomparable. Mais avons-nous bien retenu la leçon?

     Souvenez-vous, le 28 mars 1979, tôt le matin, survenait sur la tranche 2 de la centrale de Three Mile Island, un enchaînement d’incidents qui conduisait à l’accident considéré jusqu’en 1986 comme le plus grave. Avec Tchernobyl, les Russes ont repris la tête… En fait, sur le plan technique, T.M.I. est bien l’accident qui nous concerne le plus. Il est survenu sur un réacteur d’un modèle très voisin de ceux qui constituent l’essentiel de notre parc. (Et je vous renvoie donc à la Gazette n°26/27 à ce sujet…)
La suite vous la connaissez, il a fallu plusieurs années pour pouvoir pénétrer dans le bâtiment réacteur et lorsque les spécialistes purent enfin faire entrer une caméra dans la cuve, ils furent effarés de constater que les dégâts subis par le combustible étaient beaucoup plus graves que ce qu’ils avaient pensé. Les plus optimistes estimaient qu’une partie du coeur s’était effondrée en raison d’une destruction partielle des gaines. Ce qu’ils découvrirent c’est qu’en plus, une partie du coeur avait fondu. 
La boutade des ingénieurs de Westinghouse, le syndrome chinois, c’est-à-dire le coeur fond et la masse auto-entretenant sa température transperce cuve, béton et s’enfonce dans le sol, s’enfonce, s’enfonce jusqu’à ressortir en Chine, cette boutade, du moins dans sa première partie, avait failli devenir une réalité.
     Cet accident eut bien évidemment un effet considérable sur le moral des pays occidentaux équipés en grande majorité de réacteurs à eau légère et en particulier à eau pressurisée. Aussitôt, pour calmer l’opinion publique, on parla d’erreurs des opérateurs, ce qui était satisfaisant pour l’esprit. Mais au sein des services de sûreté, l’analyse de cet accident fut lancée afin de tirer le maximum d’enseignements pour notre propre matériel. Il était aisé d’accuser le générateur de vapeur du type BabcokWilcox d’avoir une inertie en eau plus faible que le type Westinghouse que nous utilisons, mais en fait cette différence n’est pas significative pour la genèse de l’accident.
     La première fautive identifiée est l’électrovanne du pressuriseur.
     Or sur le parc français les pressuriseurs sont équipés du même modèle d’électrovanne et on retrouve en d’autres endroits du circuit hydraulique des vannes de la même technologie. Le défaut constaté à T.M.I. n’est pas une nouveauté pour nous. Le 21 mars 1979, une semaine avant T.M.I., le même scénario s’était déroulé à BUGEY 5 pendant les essais à chaud, c’est-à-dire ouverture de la vanne de décharge du pressuriseur et rupture de la membrane du ballon de décharge. Le 3 avril 1979, une semaine après T.M.I., à GRAVELINES c’est une soupape de sûreté du circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt qui s’ouvre et ne se referme pas pendant les essais à chaud. On vide dans le bâtiment réacteur environ deux fois le volume du circuit primaire.
     Depuis, des incidents ont continué à avoir lieu car les soupapes ont tendance à ne pas se refermer et les vannes sont difficiles à qualifier aux conditions d’ambiance accidentelle.
     Dès 1981, EDF a étudié la possibilité de remplacer ces équipements par les soupapes pilotées SEBIM et en 1988 il n’est pas évident que tous les problèmes soient résolus ni que toutes les tranches soient entièrement équipées. On voit ici les problèmes liés à une technologie très délicate et à l’inertie d’un énorme programme. En 1986 le SCSIN réclamait à EDF l’inventaire de toutes les vannes de ce type…

     Autre préoccupation, les tableaux d’affichage des salles de commande. Ceux de T.M.I. étaient d’une conception désuète, sans hiérarchisation des alarmes, chose pourtant courante en 1979 sur les tableaux de bord des avions. Si tous les voyants s’allument en cascade, transformant la salle en arbre de Noël, il devient impossible de savoir quel est l’événement initiateur de toutes les alarmes. En France la situation était du même genre et malgré les améliorations apportées, il reste des aberrations conduisant à des situations critiques. En 1984, sur BUGEY 5, on a frisé la catastrophe par perte d’alimentation électrique du réacteur parce qu’un signal d’alarme important était regroupé dans une vérine avec d’autres fonctions qui étaient l’objet de fausses alarmes fréquentes. En 1986, sur BLAYAIS 3, au redémarrage, on a fonctionné 4 heures hors critères de sûreté (sans injection de sécurité) parce qu’en configuration de redémarrage de nombreuses vérines sont allumées, signalant des fonctions ou des paramètres non en position standard et de ce fait les alarmes réelles n’ont pas été vues.
     Autre leçon sur T.M.I., la vanne de l’alimentation de secours des générateurs de vapeur était fermée, grave manquement aux consignes dû à un oubli après redémarrage.
     La situation n’a pas changé, il y a tellement de fonctions à consigner lors d’un arrêt de tranche, que dans la précipitation d’un redémarrage (pas de perte de production s.v.p.) il y a des déconsignations oubliées. Pour n’en citer que quelques-unes parmi les plus récentes:
     FESSENHEIM 2, septembre 1987, 2 pompes à basse presion du circuit d’injection de sécurité non reconnectées au réseau d’alimentation. L’alarme étant commune à la basse pression et à la moyenne pression, le défaut ne sera vu qu en arrivant en moyenne pression.
     TRICASTIN 3, octobre 1987, 2 pompes du circuit d’aspersion de l’enceinte non rebranchées.
     BLAYAIS 3, octobre 1986, injection de sécurité hors service: moteur non branché, vannes fermées, dispositif d’automatisme de l’injection de sécurité inhibé. L’ensemble de ces défauts ne sera vu que 4 heures après le démarrage.

     Parmi les leçons essentielles à retenir, il y aura bien évidemment la nécessité de la formation du personnel et de la rédaction de notices d’intervention permettant d’effectuer les bonnes manoeuvres même en cas d’affolement. Mais n’oublions pas qu’à T.M.I., si les opérateurs ont pataugé, c’est en raison de notices inadaptées [voir le documentaire de 51mn en Realvideo 33Kb], d’appareils de mesure dont les gammes d’échelles étaient insuffisantes, de sorties d’ordinateurs ininterprétables en raison d’overflow (nombre de bits insuffisants). Ces erreurs sont des erreurs de conception et non de conduite. Mais c’est un réflexe facile pour les ingénieurs du niveau conceptuel ou décisionnel de se décharger sur le lampiste plutôt que de prendre leurs responsabilités.
     Revenons à Bugey, en 1984, pendant la perte d’alimentation électrique. La plupart des divagations de l’alimentation étaient dues à une erreur de conception de la logique de sûreté. Tout était prévu pour que des tensions soient à leur valeur nominale ou à zéro. Mais nos spécialistes avaient en toute rigueur oublié qu’une tension pouvait ne pas se couper brutalement, mais baisser lentement, ce qui provoque des états d’âme aux relais électromécaniques.

     La dernière leçon de T.M.I. que je vais évoquer concerne la philosophie même des barrières. Pendant 10 ans toute l’information d’EDF, toute la propagande, utilisait l’image des matriochkas, ces poupées russes qui s’emboîtent, pour décrire les trois barrières consécutives qui devaient assurer le confinement absolu des produits radioactifs en cas d’accident majeur. Les trois barrières sont (pour mémoire) le gainage du combustible, le circuit primaire et le bâtiment réacteur. T.M.I. a fait voir que même avec une petite brêche, donc avec une pente lente d’eau, la montée de pression conjuguée à une explosion d’hydrogène, faisait approcher dangereusement de la limite de résistance mécanique de l’enceinte. De plus la formation d’un corium, masse en fusion comprenant entre autres le combustible fondu, peut conduire à une situation hors dimensionnement. Ce corium attaquerait le béton du sol en dégageant un fort volume de gaz carbonique. La pression totale risquerait d’ouvrir l’enceinte en ses points faibles. La notion de troisième barrière a vécu.
     Aussi un palliatif a été imaginé. Il est prévu de faire chuter la pression dans le bâtiment réacteur en faisant sortir les gaz en passant à travers un filtre grossier constitué de lits de sable, sable destiné à piéger entre autres, une partie des iodes. Ce sont les fameux bacs à sable en cours d’installation. Espérons qu’aucun responsable de site n’aura à prendre la décision de les utiliser car il sera toujours possiblè de lui faire valoir ensuite que son relâchement de produits radioactifs n’était pas utile. Par contre, il est à craindre que ces filtres s’avèrent inutiles si le scénario se développe trop rapidement sans lui laisser le temps de référer à sa hiérarchie. On a vu à Tricastin que les divergences d’interprétation de l’esprit des textes peut conduire à tergiverser pendant une bonne semaine

Après cet inventaire alarmant, faut-il considérer que rien ne marche ?
     Ce n’est évidemment pas la situation actuelle. Le parc nucléaire fonctionne avec un facteur de charge qui semble satisfaisant. Mais il ne faut pas se leurrer. Une voiture peut rouler à vive allure sur autoroute avec des pneus lisses et des freins défaillants. Tant qu’il n’y aura pas de problèmes de circulation et que la chaussée sera sèche, le chauffeur pourra se vanter des moyennes éblouissantes réalisées. Nous ne souhaitons pas qu’il rencontre des nappes de brouillard… Le pays est engagé dans un programme démesuré, construit trop vite, ne laissant pas la place à une diversification des sources d’énergie. Pour le moment, il faut bien vivre avec. Nous ne voudrions pas avoir eu raison en criant «au loup». L’importance du parc provoque une inertie considérable, donne des délais énormes à la mise en oeuvre de modifications indispensables. Il faut étaler dans le temps pour ne pas tout arrêter en même temps, production d’electricité oblige. Rappelez vous seulement le problème des portes arrière des avions DC 10. Le problèmne du mauvais verrouillage était connu. Les modifications définies. Mais il n’était pas question d’immobiliser une part importante du parc pour intervenir rapidement. Il avait été décidé d’étaler les réparations. Cet étalement fut aussi celui des passagers lorsqu’une porte s’est ouverte au-dessus d’Ermenonville… Aussi, au vu de tous les petits incidents, sans suite, de ces petites alarmes, de la chance manifeste qui dans des situations critiques a permis de «passer» comme disent les spécialistes, il faut redoubler de vigilance et de rigueur.
     J’espère que l’attitude des autorités de sûreté, suivies en cela pour une fois par le pouvoir politique, va se maintenir. En effet, pour CREYS-MALVILLE, elles ont répondu au volumineux mémoire d’EDF (plusieurs milliers de pages) justifiant la demande d’autorisation de redémarrer Superphénix sans son barillet, qu’elles souhaitaient non pas des principes théoriques mais des dispositions pratiques détaillées.
     Espérons que l’effet de relance de la sûreté lié à Tchernobyl ne soit pas un feu de paille. Rappelons qu’au lendemain de T.M.I., les responsables de la sûreté, plein de la volonté de faire passer des mesures qu’ils préconisaient depuis longtemps, s’étaient heurtés au mur d’EDF, conforté par le mur politique. Leur dynamisme s’estémoussé au fil des années et il a fallu Tchernobyl en 1986 pour que les sommes investies par EDF en 1987 dans les mesures post T.M.I. remontent au niveau de 1985.
     Il fallut Tchernobyl pour que le SCSIN réalise pleinement la faiblesse de ses moyens en hommes pour une aussi lourde tâche malgré un programme de constructions réduit, mais avec maintenant un parc vieillissant où la fatigue du matériel prend le relais des pannes de jeunesse.
     Pour conclure, je vous montrerai une figure allégorique qui, à mon avis, symbolise assez bien l’enthousiasme d’EDF à améliorer la sûreté de son parc de centrales, entraîné dans cette voie par des autorités de sûreté dynamiques:

Document présenté par Raymond Sené (GSIEN) au Conseil Général du Tarn et Garonne,
Montauban, 21-23 janvier 1988,
Colloque: « Nucléaire – Santé – Sécurité »,

 

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 Le rapport Tanguy
(Les passages en caractères gras sont soulignés par la « Gazette Nucléaire », les liens sont rajoutés par « Infonucléaire ».)
CENTRALE-5
 RAPPORT DE SYNTHÈSE

La sûreté nucléaire à EDF à fin 1989 
 
 L’Inspecteur Général pour la Sûreté Nucléaire a pour première mission d’être le garant, tant vis-à-vis du Directeur Général que de l’opinion publique, d’une bonne prise en compte des préoccupations de sûreté dans les installations nucléaires d’EDF. C’est dans ce cadre que mon rapport annuel s’attache à présenter une vue globale de la sûreté nucléaire dans l’Entreprise à fin 1989.

tangy J’avais écrit dans mon rapport de l’année dernière que 1988 avait été une bonne année pour la sûreté nucléaire à EDF, en particulier en raison de l’absence d’incident très significatif pour la sûreté. L’année 1989 en revanche a été marquée par quelques incidents importants, sur lesquels je reviendrai plus loin, mais aussi par une évolution très nette des relations entre EDF et ses Autorités de Sûreté. Je considère en fait que l’année 1989 a constitué une année-charnière pour la sûreté à EDF, car tant pour répondre à la demande des Autorités du Sûreté, que pour atteindre les objectifs que l’Entreprise s’est fixée elle-même en matière de sûreté, EDF a défini en 1989 un certain nombre d’orientations importantes qui devraient influer dansl’avenir sur toutes ses actions liées à la sûreté.

rapport_tanguy     Ce rapport de synthèse comprendra trois parties. Dans la première, je dresserai un panorama d’ensemble de la situation telle que je la vois en cette fin d’année; dans la deuxième, j’analyserai sous l’angle de la sûreté les principaux événements survenus à EDF au cours de l’année 1989; dans la troisième, je proposerai des orientations pour l’avenir. Dans le rapport IGSN proprement dit qui est joint en annexe, je passerai en revue les différents thème retenus pour mon programme d’inspection sûreté nucléaire 1989.

PREMIÈRE PARTIE
PANORAMA DE LA SÛRETÉ NUCLÉAIRE

 

1-1. L’évolution de l’environnement national 

Les relations avec les Autorités de Sûreté ont évolué de manière très significative au cours de l’année 1989. On ne peut pas parler à proprement parler de «rupture», car cette évolution était déjà amorcée dans les années antérieures, mais 1989 a vu une succession de prises de position de la part du Service Central de Sûreté des Installations Nucléaires (SCSIN) qui ont indiqué sa volonté de marquer son indépendance vis-à-vis de l’exploitant nucléaire EDF, premier responsable de la sûreté de ses installations, et qui reflètent plus ou moins directement l’opinion des milieux politiques vis-à-vis des questions de sûreté et de protection de l’environnement, telle qu’elle s’est notamment manifestée au cours du débat parlementaire de décembre 1989. La conférence de presse tenue à l’occasion de la publication du rapport SCSIN 1988 a rendu publique cette évolution, comme l’ont fait un certain nombre de documents émis par le SCSIN, telle la publication de la «Charte de la Sûreté Nucléaire» dans le Bulletin SN d’avril 1989.
     Il va de soi qu’EDF ne peut que suivre les directives que lui donnent les Autorités de Sûreté, et qu’en outre nous ne pouvons que nous féliciter de l’affirmation publique de l’indépendance de ces Autorités. Je considère pour ma part que l’indépendance de jugement en matière de sûreté a toujours été la règle depuis pratiquement les origines du programme nucléaire français, quoi qu’aient pu en dire certains critiques de ce programme.
     Ce qui me paraît néanmoins fondamental, c’est que cette indépendance s’est toujours appuyée sur une analyse technique contradictoire, mais approfondie des dossiers et il me paraîtrait dangereux qu’elle puisse désormais se fonder d’abord sur des considérations de nature sociopolitique. Une telle dérive conduirait à un processus décisionnel qui se situerait en terme de conflit de pouvoir, et non plus de recherche du meilleur compromis technique.
     L’évolution de nos relations avec le SCSIN me conduit donc à une mise en garde. On a tendance parfois à mettre sur le seul compte de la qualité des hommes et de l’organisation des entreprises le succès du programme nucléaire français par rapport à l’étranger. C’est trop vite oublier l’importance de l’environnement favorable sur les plans politique, juridique et réglementaire, il est généralement reconnu qu’elle a une large part de responsabilité dans l’échec du programme nucléaire américain, qui disposait au départ d’une avance technologique considérable. Il est instructif de noter que les «régulateurs» américains ont souvent cru de bonne foi qu’en marquant plus nettement leur pouvoir vis-à-vis de l’industrie nucléaire américaine, notamment par un durcissement de leurs exigences, ils rendaient service à cette industrie, et regagnaient en meme temps la confiance du public. Ils se sont doublement trompés.
     Or je crains que nous n’assistions aujourd’hui à une tendance similaire en France, avec plus d’une décennie de décalage. Il me paraît significatif que les derniers mois aient vu se multiplier des propositions de restructuration de l’organisation nationale de la sûreté nucléaire, alors qu’aucun responsable ne met sérieusement en cause le bien fondé technique des décisions prises dans le passé, et que la seule préoccupation réelle avancée porte sur la perception de ces questions par l’opinion publique. Plusieurs initiatives locales, telle la «contre-expertise» organisée par le Conseil Général du Raut-Rhin à l’occasion de l’épreuve décennale de Fessenheim, ressortissent à mon avis au même courant, même si souvent les préoccupations de protection vis-à-vis de la radioactivité l’emportent sur les soucis strictement de sûreté.
     En pratique, cette évolution se traduit pour EDF par de nouvelles contraintes auxquelles l’Entreprise doit faire face. Il est vraisemblable que ces contraintes iront en se renforçant dans les années à venir, et nous devons en tenir compte, si nous voulons que notre programme nucléaire se poursuive dans des conditions acceptables. Je pense que c’est avant tout sur les aspects techniques de sûreté que nous devons faire porter notre effort.
     En effet, notre préoccupation essentielle doit être de maintenir en France un consensus sur les réponses à apporter aux problèmes techniques de sûreté qui se posent aujourd’hui, comme sur ceux qui se poseront pendant toute la poursuite du programme. Nous devons nous efforcer d’éviter tout dépérissement du dialogue technique entre nos spécialistes et les experts indépendants qui apportent leur soutien aux Autorités de Sûreté. Ceci impose que nous leur ouvrions tous nos dossiers, que nous respections à la lettre les engagements pris auprès du SCSIN comme du Groupe Permanent, notamment en ce qui concerne les délais d’études, que nous réagissions rapidement sur les incidents, et que nous nous efforcions d’anticiper les problèmes plutôt que de les subir.
Je sais que les Directions Opérationnelles partagent ce point de vue, mais nous devons reconnaître que nous n’avons pas toujours été sans reproches sur certains points dans le passé. J’espère que notre interlocuteur technique principal, l’IPSN, sortira renforcé des débats en cours sur le CEA.
     Il me paraît clair en outre que nous devrions rendre plus visible auprès des milieux politiques et de l’opinion publique le fait que toutes les décisions techniques relatives à la sûreté des centrales nucléaires font l’objet, après discussions, d’un accord entre EDF et le SCSIN. L’opinion ne peut en effet que s’inquiéter lorsqu’on lui dit que les Autorités de Sûreté remettent en cause une décision d’EDF, premier responsable de la sûreté des centrales, alors qu’il ne s’agit que d’une question de présentation.

1-2. La situation technique
     S’il ne m’apparaît pas que la sûreté des centrales EDF ait été réellement mise en cause en 1989, on doit constater que sont survenus au cours de ces 12 mois des incidents d’exploitation qui méritent d’être pris sérieusement en considération. Nous avons subi en 1989 la conjonction de trois «courants», dont le dernier n’avait malheureusement pas été anticipé, et à cette conjonction est venue se superposer la découverte de deux erreurs dans la conduite des opérations de maintenance, erreurs survenues en 1988 mais révélées par les contrôles de 1989. C’est cette superposition qui a fait de 1989 une année «chaude» pour la sûreté à EDF.
     Je préciserai tout d’abord ce que je qualifie de «courants» dans les difficultés rencontrées en exploitation. Le premier groupe d’incidents résulte de ce que nous n’avons pas encore mis de l’ordre dans une exploitation perturbée par le poids des modifications, alors qu’elle est déjà difficile du seul fait de la complexité de installations. Mes visites sur sites mettent ainsi régulièrement en évidence les difficultés rencontrées par l’exploitant pour tenir à jour ses procédures de conduite et d’entretien, ce qui explique, par exemple, l’anomalie dans les procédures qui auraient dû être modifiées suite au chargement de combustible MOX (oxyde mixte uranium-plutonium) à St Laurent B. Cette anomalie, découverte par les inspecteurs du SCSIN, a entraîné une lettre du Ministre au Directeur Général, et le lancement d’une enquête, qui a mis en évidence des défaillances de l’organisation, tout en confirmant que la sûreté de la centrale n’a jamais été vraiment en cause. Nul ne pourrait affirmer aujourd’hui que nous ne découvrirons pas d’autres anomalies similaires dans l’avenir.
     Le deuxième type de problèmes est lié au vieillissement des installations.L’usure des grappes de contrôle des réacteurs 900 MW, plus rapide que prévue, qui s’est manifestée par un blocage à Gravelines, en est l’exemple le plus significatif. Je pense que le SCSIN est d’accord avec EDF pour considérer que le problème, une fois découvert, a été correctement traité sur le plan technique, mais on doit se demander s’il n’aurait pas pu être légèrement anticipé, ne serait-ce que de quelques mois, par une analyse plus rapide d’un incident précurseur à Dampierre.
     Le troisième type de difficultés est plus «dérangeant», dans la mesure où il résulte de qualifications insuffisantes sur des modifications de conception, ou de fabrication, sur des systèmes dont on pouvait considérer, au stade actuel du programme REP, qu’ils étaient éprouvés. Des difficultés ont été ainsi rencontrées à Nogent, tels l’erreur sur le logiciel de protection et le gonflement des râteliers de stockage de combustible. Mais deux problèmes génériques majeurs sur les tranches 1300 MW, touchant directement la sûreté, marqueront sans conteste l’année 1989: ce sont les défauts de soudure inconel sur les piquages pressuriseurs, accompagnés ou non de fuites, défauts imputables à une erreur de conception, et surtout le nouveau type de déformation observé sur les tubes des GV, assimilable à un phénomène de «denting», analogue à celui constaté aux USA il y a quelques années, suivi de fissurations par corrosion sous contrainte, défaut dont l’origine exacte fait encore l’objet de discussions. La réaction de l’Entreprise a sans doute été à la hauteur de l’ampleur des problèmes lorsqu’elle a pu être correctement évaluée, et il est certain que des mesures compensatrices, encore en cours de discussions avec les Autorités de Sûreté, permettront de maintenir un niveau de sûreté acceptable sur les tranches touchées par ces défauts. Il n’en reste pas moins qu’une situation entièrement «normale» ne pourra être établie avant plusieurs années.
     Il me faut maintenant parler des deux erreurs de maintenance révélées au cours de l’été. La première, détectée à Dampierre en juillet, portait sur le maintien en place pendant plus d’un an de deux fonds pleins rendant indisponible un circuit de sauvegarde qui n’est nécessaire qu’en cas d’accident de faible probabilité. La seconde, détectée en août à Gravelines, mettait en cause le bon fonctionnement des sécurités de surpression de circuit primaire si elles avaient été sollicitées pendant les 15 mois où a subsisté l’anomalie, et a été considérée initialement comme potentiellement très significative pour la sûreté puisqu’elle a été classée au niveau 3 de l’échelle de gravité. En fait l’analyse effectuée depuis montre, à mon avis, qu’elle devrait aujourd’hui être «déclassée» au niveau 2, car les sécurités étaient restées opérationnelles. Quoiqu’il en soit, en dehors de leur retentissement médiatique, tout à fait normal dès lors que Gravelines constituait le premier niveau 3 enregistré dans l’échelle depuis sa mise en service en avril 1988, ces incidents ont appelé notre attention, et celle des Autorités de Sûreté, sur la possibilité de disfonctionnements graves du système d’assurance de qualité dans les opérations d’entretien des matériels importants pour la sûreté. Des décisions ont été prises sans délai, et portées à la connaissance des Autorités de Sûreté. Une réflexion plus approfondie a été en outre engagée au sein d’EDF; j’y reviendrai plus loin.
     Il est incontestable que tous ces incidents et difficultés ont contribué à l’évolution de l’attitude des Autorités de Sûreté dans leur contrôle de l’activité d’EDF, comme à la propre réflexion EDF sur ses objectifs en matière de niveau de sûreté d’exploitation. Ils ont plus accompagné ces évolutions qu’ils n’en ont été réellement la cause, car ils n’ont pas mis en évidence une dégradation des conditions de sûreté en exploitation. Tous les indicateurs dont nous disposons malgré leurs imperfections, confirment que le niveau de sûreté reste globalement bon. Les disfonctionnements observés qui mettent en cause des aspects très divers de la sûreté, conception, qualification des modificaions, qualité de la maintenance, ressortissement à des types connus, et des actions destinées à les éliminer, sont en cours depuis plusieurs années.
     L’année «chaude» 1989 nous a tous sensibilisé au fait qu’il fallait progresser plus vite dans tous les domaines où nous travaillons déjà.
     Sur le plan médiatique par ailleurs, on peut juger que la politique de communication de l’Entreprise a su faire face aux événements, et que l’image de la sûreté de nos centrales n’en a pas été trop «détériorée». Il est certain cependant qu’elle n’en a pas été améliorée non plus, et que cette amélioration reste nécessaire.
     Pour conclure sur ce point, je considère pour ma part qu’il n’y a aucune raison de dramatiser la situation actuelle de la sûreté à EDF. Nous serions dans une toute autre position si nous avions en sur une de nos centrales un incident analogue à celui de Vandellos, en Espagne, survenu en novembre sur la centrale jumelle de Saint Laurent A2, et dont je parle plus en détail dans le Chapitre 1 du rapport. A Vandellos en effet, bien que l’incident n’ait eu aucune conséquence radiologique, à l’intérieur comme à l’extérieur du site, une analyse de la séquence accidentelle montre que les barrières de défense avaient été sérieusement entamées. Sur le plan de l’opinion publique en outre, l’impact a été très négatif, sans commune mesure avec l’impact de l’incident Gravelines par exemple, ce qui plaide sans doute en faveur de l’échelle de gravité dans son utilisation avec les médias.
     Si l’expérience de 1989 ne doit pas nous conduire à remettre en cause la politique nationale de sûreté, je crois par contre qu’elle peut nous aider à prendre tous une plus claire conscience de l’enjeu de la sûreté, et à moduler nos orientations en conséquence. C’est ce que je vais examiner maintenant.

1-3. Les objectifs de sûreté d’EDF
     Au début de ce rapport, j’ai parlé d’année-charnière pour 1989. En fait, la politique d’EDF en matière de sûreté est définie depuis l’origine. La bonne exploitation du parc nucléaire doit être une «grande ambition» pour l’Entreprise. Ce parc doit être mis au service de l’économie nationale, et la stratégie qui consiste à «tirer le maximum de l’outil» exige d’abord une bonne sûreté, car sinon l’image sera ruinée, immédiatement ou à terme, et l’outil sera inutilisable. Il a toujours été clair que la «maîtrise de l’exploitation» n’est pas synonyme de «progrès sur la sûreté», et qu’au contraire, il pouvait y avoir compétition entre gains de productivité et amélioration de la sûreté. Je rappelle à titre d’exemple que le Directeur Général, à l’occasion du Conseil d’Administration de 1987 où fut présentée la politique de sûreté de l’Entreprise, précisait qu’il n’avait jamais été question de «faire la course aux arrêts courts», dans un soi-disant souci de productivité, mais que l’objectif était au contraire de privilégier la qualité des opérations d’arrêt, indispensable à une bonne sûreté du parc.
     Dans la pratique cependant, il ne faut pas sous-estimer la difficulté que représente l’exploitation d’un parc nucléaire de plus de 50 unités, dans des conditions satisfaisantes de sûreté et de disponibilité, compte tenu de contraintes administratives et budgétaires. Il ne faut pas être intoxiqué par l’idée fausse que le programme nucléaire serait arrêté, fausse parce qu’elle ne s’applique qu’au programme d’engagemnt de nouvelles unités, et qu’elle oblitère le fait que l’exploitation du parc constitue un «challenge» de même ampleur, sinon même plus ambitieux, que celui de la construction du parc, où, après tout, nous venions derrière les Américains et quelques autres, alors qu’ici nous sommes en tête du peloton.
     C’est pourquoi, il est bon que l’expérience d’exploitation du parc dans cette année 1989 ait permis à tous de reprendre conscience de la spécificité du nucléaire, et de l’importance de l’enjeu que représente sa sûreté. Les financiers savent que c’est le caractère nucléaire du parc de production EDF, et non notre valeur intrinsèque en tant qu’Entreprise, qui nous met dans une position avantageuse sur les marchés. Et il est très clair pour eux qu’un incident sur une centrale nucléaire serait susceptible de remettre en cause cette position, ce qui ne sera jamais le cas d’un incident sur une centrale à charbon (ou une « centrale » renouvelable quelle qu’elle soit). Dès lors, on conçoit bien qu’une bonne gestion technique du parc, et notamment la prévention d’incidents, doit permettre d’éviter des pertes de productivité qui peuvent être au plan financier sans commune mesure avec les gains de productivité que l’on pourrait rechercher par ailleurs. Dans les «stratégies de rupture», le risque d’accident, ou d’incident nucléaire, ne doit pas être ignoré.
     Dans la lettre qu’il a adressé au Ministre le 23 août suite à l’incident Gravelines, le Directeur Général l’a informé de sa décision «d’engager une réflexion approfondie sur le niveau de sûreté de nos centrales et sur la possibilité de l’améliorer significativement par des actions visant à réduire la fréquence des incidents». Je pense que l’objectif est d’agir sur tous les incidents, car il n’est pas bon de tolérer même des incidents mineurs qui peuvent être à l’origine un jour d’erreurs plus graves. Mais l’effort doit certainement se concentrer sur trois types d’incidents:
     – les incidents de niveau 3 dans l’échelle de gravité, tel Gravelines. Depuis le début de l’exploitation des REP, nous n’en avons eu que 2, le premier étant survenu en 1984 sur Bugey. L’incident de Bugey était d’alleurs à mon avis, potentiellement plus sérieux que Gravelines, car il s’agissait d’une véritable séquence incidentelle, laissant l’installation dans un état de sûreté dégradé, et mettant en cause la conception comme l’exploitation. Quoiqu’il en soit, 2 incidents en 5 ans, sur une quarantaine de tranches en moyenne, donnent une fréquence moyenne de l’ordre de 1% par tranche et par an. C’est peu, mais il est certain que «secouer» l’opinion publique avec un tel «presqu’accident» tous les deux ans n’est pas la meilleure méthode pour améliorer l’image de la sûreté nucléaire en France.
     – les accidents, qui sans être graves d’un point de vue radiologique, impliqueraient néanmoins des contrôles dans l’environnement, et feraient certainement l’objet d’une exploitation médiatique intense. Aujourd’hui, c’est sans conteste le risque de rupture brutale d’un ou plusieurs tubes de générateurs de Vapeur (RTGV) qui est le plus préoccupant, compte tenu de l’état des GV d’un grand nombre de tranches. La probabilité de voir survenir un tel accident dans les quelques années à venir (au-delà, on peut espérer avoir amélioré significativemnt l’état des GV en service) n’est pas négligeable. C’est pourquoi il est très important que les exploitants soient bien préparés à faire face à ce type d’accident, dont l’expérience étrangère a montré que, bien conduit, il n’avait aucune conséquence radiologique sur l’environnement, et pouvait donc rester au niveau de gravité 3.
     – enfin, les accidents graves, conduisant à un risque radiologique suffisamment important pour que les Pouvoirs Publics jugent nécessaire de déclencher sur le site le Plan d’Urgence (PPI, Plan Particulier d’Intervention). Classés au niveau de gravité 5, ces accidents ont une probabilité d’occurrence de l’ordre de 1 sur 100.000 par an et par tranche. Cette évaluation, extraite des résultats de l’EPS-1300, étude probabiliste de sûreté menée par EDF qui sera publiée au printemps 90, a tiré profit des résultats d’expérience du parc, en particulier sous l’angle «facteur humain», et peut donc être jugée à priori cohérente avec les résultats de cette expérience d’exploitation. Elle n’en reste pas moins entachée d’une notable marge d’incertitude. Il faut donc considérer que dans l’état actuel de sûreté du parc EDF, la probabilité de voir survenir un tel accident sur une des tranches du parc dans les 10 ans à venir peut être de quelques pour cent.
     Nous avons tous bien conscience des conséquences que pourrait entraîner un tel accident. Même si les rejets radioactifs externes restaient limités, ce qui est le cas le plus probable, et ce qui réduirait les effets hors-site à des interdictions de consommation d’eau et de produits alimentaires, il faut s’attendre à une très forte pression pour arrêter immédiatement toutes les tranches nucléaires, au moins pour une période d’examen. L’impact politique risque d’être amplifié par les réactions internationales, surtout si l’accident survient sur une centrale frontalière.
     Il est donc bon qu’EDF se fixe comme objectif de réduire significativement le risque de ce type d’accident, mais il ne faut pas se cacher qu’atteindre un ordre de grandeur d’une décade, ce qui paraît à priori souhaitable, constituera une tâche difficile. Le Directeur Général dans sa lettre du 23 août déjà citée indiquait que «nous devons pouvoir progresser, par une action sur les hommes, et par des moyens supplémentaires donnés aux exploitants pour mieux contrôler leurs actions et mieux anticiper les difficultés à venir».
     Je terminerai ce panorama d’ensemble de la sûreté àEDF par deux réflexions. La première porte sur l’attitude des responsables locaux sur les sites nucléaires au regard des questions évoquées dans ce rapport. J’ai pu constater au cours de mes visites une prise de conscience généralisée de l’importance de la sûreté comme enjeu pour l’avenir, de la nécessité d’effectuer des progrès significatifs, et de la conviction que ces progrès exigent la participation active de tons les acteurs. Cela se traduit en particulier par une plus grande ouverture et une plus grande transparence, qui sont à encourager. Je considère que cette prise de conscience constitue un fait très positif pour la politique de sûreté qu’EDF entend mener.
     Ma deuxième réflexion porte sur l’environnement international. Que ce soit au sein de grands organismes telle l’Agence Internationale de Vienne, ou dans des instances politiques comme le Parlement Européen, la tendance est à élever le niveau des objectifs de sûreté, à renforcer les contrôles et à exiger la transparence de l’information. Notre politique doit prendre ces évolutions en compte.

DEUXIÈME PARTIE
ENSEIGNEMENTS DES ÉVÉNEMENTS
SURVENUS EN 1989

2-1. La signification «sûreté» des principaux événements
     Dans le panorama de la première partie, je n’ai présenté que des événements négatifs pour la sûreté, et je reviendrai d’ailleurs plus loin sur la signification de certains d’entre eux, car leur analyse est riche d’enseignements. Mais il y a eu aussi heureusement, dans l’exploitation de nos centrales en 1989, des aspects très positifs pour la sûreté, qu’il ne faudrait pas ignorer sous peine d’avoir une vue déformée de la réalité. Je n’en citerai que quelques-uns pour ne pas alourdir ce rapport de synthèse. Ils me paraissent aussi représentatifs de la sûreté nucléaire à EDF en 1989 que les incidents cités plus haut.
     Le facteur de disponibilité des tranches 900 MW hors arrêt annuel a été excellent et me paraît représentatif des progrès effectués depuis quelques années dans la conduite en fonctionnement normal: réduction du nombre des arrêts automatiques, diminution des fausses manoeuvres en essais périodiques, etc. Bien que je ne dispose pas aujourd’hui de chiffres précis, je ne suis pas certain qu’on constate un progrès analogue dans le nombre des incidents survenus dans les périodes de redémarrage des centrales après arrêt annuel. On rencontre là un problème de qualité dans l’exécution des opérations de maintenance qui sera développé plus loin.
     Toujours sur les tranches 900 MW, l’opération «décennale Fessenheim» me paraît pouvoir être considérée plutôt comme un succès sous l’angle de la sûreté, malgré les quelques difficultés rencontrées et l’allongement des délais par rapport aux prévisions. EDF n’avait d’ailleurs pas droit à l’erreur dans cette affaire, suivie de très près par des Autorités de Sûreté qui se devaient d’être plus impeccables que jamais en raison de la surveillance mise en place par la Commission locale compétente.
     Sur les tranches 1300 MW, dont j’ai signalé les malheurs, il faut signaler la réussite de la mise en oeuvre sur Penly des premières procédures de conduite accidentelle faisant appel à «l’Approche Par Etats», APE. On sait que ces procédures représentent un progrès considérable pour la sûreté. Elles constituent l’un des aboutissement du programme d’études lancé par EDF à la lumière des enseignements de l’accident de Three Mile Island. De nombreuses difficultés ont dû être surmontées par les services responsables de la DE et du SPT. Il faut à mon avis les féliciter pour ce succès.
     Enfin, dans un tout autre ordre d’idées, je voudrais signaler un autre aboutissement, c’est celui de l’étude probabiliste de sûreté (EPS- 1300) effectuée par une équipe EDF inter-Directions depuis le début 86. Les résultats sont aujourd’hui acquis, même si leur mise en forme définitive, et une demande d’examen préalable par le Groupe Permanent, repoussent leur publication au printemps 90. Ils confirment que la conception de nos tranches est bonne, en référence aux standards internationaux, et que les risques liés au «facteur humain», même s’ils sont importants en valeur relative par rapport aux risques globaux, restent dans des limites acceptables. Ce dernier résultat est important dans la mesure où l’évaluation s’est appuyée très directement sur les résultats de l’exploitation de la totalité du parc nucléaire REP-EDF.
     Il est en outre un aspect positif de la sûreté qui reste caché, c’est celui lié aux mesures prises pour améliorer la sûreté qui ont permis d’éviter des événements fâcheux, car il est en général impossible de le mettre concrètement en évidence. L’accident survenu en 1989 sur la centrale espagnole de Vandellos nous a permis cependant de confirmer a posteriori tout l’intérêt pour la sûreté des mesures prises il y a deux ans sur les tranches analogues de St-Laurent A. En effet, la décision de déplacer les circuits des échangeurs d’arrêt les aurait mis à l’abri d’une inondation comme celle de Vandellos, et nous aurait donc assuré une défense supplémentaire contre un risque de perte de refroidissement du coeur, risque qui est d’ailleûrs resté au niveau de la menace à Vandellos.
     Revenant maintenant aux incidents survenus en 1989, pour en commenter la signification pour la sûreté, je les regrouperai en trois catégories: conception des installations, conduite de l’exploitation et entretien des équipements importants pour la sûreté.
     Je pense que nous devons être particulièrement attentifs à tous les incidents qui trouvent partiellement leur origine dans des défauts indépendants de l’exploitation proprement dite, qu’il s’agisse d’erreurs de conception ou de qualifications insuffisantes. Ils peuvent en effet placer des exploitants dans des situations non prévues, où une mauvaise interprétation peut conduire à des actions aggravantes. Nous avons rencontré en 1989 plusieurs «précurseurs» de ce type d’incidents:
     – déterioration non prévue des grappes de commande entraînant une possibilité de blocage, c’est-à-dire le non-fonctionnement d’une sécurité essentielle, le contrôle de la réactivité,
     – défauts sur les piquages de pressuriseurs des tranches, avec une possibilité d’éjection du piquage, accident de brèche non isolable sur le circuit primaire, initiateur majeur potentiel d’accident grave,
     – fissurations circonférentielles des tubes GV, qui accroissent la probabilité de ruptures multiples, accident difficile à gérer qui aurait un impact très négatif sur l’image de la sûreté de nos centrales,
      – erreurs dans la modification d’un logiciel de sécurité, non décelée par l’assurance de qualité, qui ouvre la porte à des séquences non prises en compte dans la conception.
     Il ne faut certes pas dramatiser, et la conception des tranches REP est globalement bonne, je l’ai indiqué plus haut. Cependant nous devons rester à l’affût de tout événement qui peut indiquer un risque de perte brutale d’un équipement important pour la sûreté, ou encore de toutes les sources de cause commune, tel l’incendie ou l’inondation, qui peuvent rendre indisponibles des équipements redondants (voir l’incident Vandellos). A un autre niveau, il faut aussi attacher une grande attention au processus de modifications sur les installations, qui complique considérablement la tâche des exploitants, et dont l’expérience montre qu’il est à l’origine d’erreurs.
Il est encourageant que Fessenheim ait su mener à bien une mise à niveau avec un nombre limité de difficultés. Mais sur un plan général, le retour sur la conception et la qualité de réalisation doit rester présent à tous les esprits si nous voulons atteindre un meilleur niveau de sûreté.
     Même si aucun incident sérieux dans une de nos centrales n’a trouvé en 1989 son origine dans une erreur de conduite, c’est néanmoins toujours la conduite qui reste responsable de la plus grande partie des erreurs qui conduisent à des incidents, du simple fait que les erreurs de conduite ne sont pas facilement récupérables en temps réel. Par ailleurs, c’est une bonne préparation à la conduite en situation accidentelle qui reste notre ultime défense pour les accidents à faible probabilité, notamment à travers la mise en oeuvre des procédures ultimes. C’est pourquoi j ‘ai souligné le succès de la mise en place de l’approche par états. Je considère égaiement comme très positif pour la sûreté le développement des formations par «stages de mises en situation». Le professionalisme de nos équipes de conduite doit être plus que jamais considéré comme un impératif pour la sûreté.
     La maintenance a été à la «une» de l’actuaiité durant l’été 89 avec les incidents Gravelines et Dampierre, qui ont mis en évidence des insuffisances dans l’assurance de qualité de certaines opérations d’entretien. La qualité reste cependant d’un bon niveau, car il y a finalement peu d’erreurs non corrigées, mais ces erreurs, même peu fréquentes, peuvent avoir des conséquences graves, en introduisant dans la centrale des modes communs, ou des défauts cachés qui ne se révèlent qu’en situation incidentelle, et peuvent alors en aggraver sérieusement le déroulement. La décision de rendre systématique l’obligation de requalification de tous les systèmes vitaux pour la sûreté répond à ce souci. Le SPT a pris conscience en outre qu’un effort important reste à faire dans le domaine de la maintenance, y compris pour la formation, comme delui qui a été fait dans les années passées sur la conduite, si on veut progresser.

2-2. Les enseignements par grands thèmes
     On trouvera dans le rapport annexe, notamment dans le chapitre consacré à la sûreté en exploitation, des commentaires sur les divers enseignements qui ont été tirés de l’expérience 1989. Dans ce rapport de synthèse, je voudrais me limiter à trois grands thèmes, qui ne sont pas neufs, mais que les événements de l’année ont mis particulièrement en lumière. Il s’agit des hommes, des organisations, et des relations entre les uns et les autres.
     Pour ce qui est des hommes, si tous s’accordent pour dire qu’ils doivent constituer la plus grande richesse de l’Entreprise, je pense qu’il nous faut reconnaître qu’ils en sont aujourd’hui le point le plus critique, au moins sous l’angle de la sûreté. Je ne veux pas ici mettre en cause les exécutants; l’enquête effectuée après l’incident de Gravelines a parfaitement montré que le problème ne se posait pas à ce niveau. Par contre la qualité des hommes, leurs comportements individuels et collectifs, leurs pratiques de travail et pins généralement leur «culture», ne paraissent pas globalement adaptés à l’enjeu, et ceci à tous les niveaux de responsabilité, et en particulier à celui de la hiérarchie et des «managers». Il serait faux de croire que le problème se limite au SPT; la manière dont la DE a réagi aux difficultés rencontrées cette année me paraît révélatrice de mêmes comportements.
L’objectif fixé par le Directeur Général, à savoir une amélioration significative du niveau de sûreté de nos centrales, ne pourra à mon avis avoir quelques chances d’être atteint que si des progrès notables sont faits dans la qualité des hommes à tous les niveaux, leur motivation, leur «Culture de Sûreté»[2], progrès qui exigent naturellement des progrès dans les organisations et les relations de travail.
     Lorsque j’essaye de résumer l’impact des organisations actuelles sur la sûreté nucléaire, c’est le mot «complexité» qui me paraît le plus approprié. Sur les sites, cette complexité est vécue comme un formalisme dont on ne saisit pas la valeur et qui entrave la créativité et la prise de responsabilité. Entre les sites et les Services Centraux du SPT, c’est pour le moins une incompréhension certaine de ce que les uns pourraient apporter aux autres. Entre la DE et le SPT, c’est une difficulté à appréhender les responsabilités respectives et le lieu où doivent être prises les décisions. Je ne suis pas convaincu que nos structures actuelles soient à la hauteur de l’enjeu du parc nucléaire. Le métier nucléaire est très spécifique, et crée entre toutes les unités concernées un lien beaucoup plus fort que les métiers qui ont structuré l’Entreprise dans le passé.
     Il y a en outre à mon avis un problème de moyens, non pas global mais spécifique à certains secteurs, qui se superpose à la complexité des structures et conduit à des disfonctionnements des organisations. Plusieurs enquêtes ont mis l’accent sur la fonction «controle en temps réel». Pour ma part, je prendrai un exemple très élémentaire: l’étiquetage de matériels dans les centrales. Il est reconnu comme très défectueux, et l’expérience a démontré, s’il en était besoin, que cela ne peut qu’aggraver les risques de confusion, qui constituent une préoccupation sérieuse pour la sûreté. Qui est responsable? Les Aménagements lorsqu’ils passent la centrale à l’exploitant, ce dernier lorsqu’il remet une tranche en service après arrêt, les études qui n’ont pas prévu de supports corrects, la Direction Générale qui ne donne pas des effectifs supplémentaires…? Toute réflexion sur la sûreté ne devra pas hésiter à remettre en cause les organisations en place.
     Le troisième thème, celui des relations entre hommes et organisations peut lui aussi se résumer pour moi en quelques mots: il faut se libérer de la pression du temps. Les responsables opérationnels comme les exécutants veulent pouvoir réfléchir «avant» l’opération. La hiérarchie veut avoir le temps de suivre les opérations sur le terrain, et d’être à l’écoute des exécutants. Les fonctionnels veulent pouvoir réfléchir sur la doctrine, et ne pas être encombrés par les consultations en temps réel. Si on reprend la liste des incidents survenus en 1989, on verra aisément que nombre d’entre eux, sinon tous, auraient pu être évités si, à un moment, ceux qui étaient concernés s’étaient arrêtés, et avaient pris le temps de réfléchir.
     C’est bien sûr une question d’organisation, mais c’est plus que cela. Il faut qu’à tous les échelons chacun sache ce dont il est responsable, et que les processus décisionnels permettent de discerner entre l’important et le secondaire. Concrètement sur un site, il faut que la DE résolve les problème techniques qui peuvent l’être et qu’ainsi les exploitants puissent concentrer leurs efforts sur ce qui est de leur seule responsabilité. Il faut en outre que les Services Centraux du SPT assistent les responsables locaux grâce à leur compétence, et ne les surchargent pas de demandes dont on ne peut localement saisir l’intérêt.
     Finalement, les enseignements généraux que je retire personnellement de l’expérience d’exploitation 1989 sont très classiques. Ils portent sur des questions qui doivent être bien traitées pour améliorer l’efficacité d’une Entreprise quelle qu’elle soit. J’y ajouterai qu’il faut dans notre cas que la sûreté soit effectivement mise au premier plan, non seulement dans les mots, mais aussi dans les esprits.
 

Canard_14021990
Le Canard enchaîné du 14/02/90.

2-3. Réflexions complémentaires
     Parmi les tâches qui prennent du temps aux responsables alors qu’ils n’en saisissent pas toujours l’utilité, je crois qu’on peut inclure certaines des actions conduites en réponse à des demandes de l’Administration et de Autorités de Sûreté. Ce n’est pas nouveau, mais la charge correspondante s’accroît continuellement. Je ne me dissimule pas qu’il peut y avoir dans certains cas des effets négatifs pour la sûreté lorsque l’exploitant n’est pas capable de discerner dans les demandes de l’Administration ce qui est réellement important pour la sûreté. J’ai en mémoire les premiers moments de la séquence TMI, où l’exploitant était surtout préoccupé par une instruction NRC sur les pertes de bulle au pressuriseur, et ne pensait pas à son inventaireen eau dans le circuit primaire.
     Je crois néanmoins qu’il n’y a qu’une manière raisonnable de faire face à ce qui me paraît être une réelle difficulté sur les sites. Nous devons anticiper les demandes de l’Administration, identifier les problèmes avant elle, et nous montrer toujours les plus soucieux de la sûreté lorsque le problème est réel. Je pense par exemple aux fissurations de tubes GV. Pour les problèmes qui nous paraissent mineurs, il ne faut pas entamer une bataille, qui sera toujours coûteuse et dommageable pour nos relations avec l’Amdinîstration. Il faut obtempérer localement, et reprendre la question en temps différé sur un plan générique. Pour que les discussions techniques puissent alors se dérouler dans une atmosphère de confiance, il faut très largement ouvrir nos dossiers aux experts de l’Administration, au stade le plus précoce possible. Par ailleurs, sur le plan formel, comme je l’ai déjà demandé[3], il faudrait apporter à chaque responsable un soutien juridico-administratif qui lui permette d’être impeccable en matière de dossiers règlementaires et de délais.
     Je voudrais enfin qu’on garde présent à l’esprit que le fossé qui sépare toujours la réalité de la sûreté nucléaire et la perception qu’en ont les élus et le public est potentiellement une source de sérieuses difficultés. J’ai déjà dit que l’affirmation d’indépendance du SCSIN, par des critiques dures de la manière dont EDF exploite ses centrales, a surtout conduit le public à perdre la confiance qu’il avait dans l’exploitant nucléaire. L’utilisation de l’échelle de gravité comme instrument de pression du SCSIN sur EDF me paraît un grave détournement d’un outil qui ne sera un bon vecteur médiatique que s’il s’appuie sur la vérité des faits et de la technique.

TROISIEME PARTIE
ORIENTATIONS

3-1. La politique de sûreté EDF
     Comme indiqué plus haut, la réflexion lancée par le Directeur Général dans sa lettre du 23 août sur l’amélioration du niveau de sûreté de nos centrales, va orienter toutes les actions de l’Entreprise en 1990. Un premier document a été préparé par le SPT pour la fin 1989, et un programme d’actions détaillé doit être transmis aux Autorités de Sûreté à la fin du mois de juin 1990. Dans un entretien que j’ai eu avec le Chef du SCSIN en novembre, j’ai compris que son intention était de faire examiner les propositions EDF par ses soutiens techniques habituels, et en particulier par le Groupe Permanent, l’objectif étant d’aboutir à une lettre-directive sur la sûreté d’exploitation qui jouerait un peu le même rôle que celui joué en son temps par la lettre ministérielle sur les options de conception du palier 1300 MW. Ceci renforce l’importance de la réflexion en cours, puisqu’elle débouchera in fine non seulement sur des actions de la seule responsabilité d’EDF, ayant pour but d’améliorer le niveau de sûreté de nos centrales, mais également sur un texte para-réglementaire, que l’évolution actuelle du contexte réglementaire évoquée en début de ce rapport nous incite à considérer comme risquant d’ête déterminant pour l’exploitation future du parc nucléaire EDF. Je suggère de créer un Comité Sûreté interne de haut niveau.
     Sa première tâche serait de suivre la progression de la réflexion entreprise conformément à la décision du Directeur Général, et de l’approuver formellement avant transmission au Directeur Général pour envoi aux Autorités de Sûreté en juin 90. Plus généralement, en me référant à ce qui a été mis en place par exemple chez les exploitants américains, je pense que ce «Comité Sûreté», ou mieux, ce «Comité de Revue de Sûreté», devrait donner systématiquement son aval à toutes les actions déterminantes pour la sûreté conduites par les Directions Opérationnelles, des désaccords éventuels étant tranchés par le Directeur Général, et initier éventuellement des revues internes de sûreté.

3-2. L’évaluation du niveau de sûreté de nos installations
     Lorsqu’on se fixe des objectifs, il faut également disposer d’un instrument de mesure. Il me paraîtrait nécessaire qu’EDF se dote d’un outil performant lui permettant d’évaluer en permanence le niveau de sûreté de ses installations, en fonction de l’expérience d’exploitation, et notamment des incidents, dont on cherchera à évaluer objectivement la gravité. Cet outil comporterait une évaluation probabiliste en temps réel de la sûreté de chaque installation, construite à partir de l’acquis de l’EPS et intégrant de façon vivante le retour d’expérience. C’est une tâche importante. Il aura fallu quatre ans pour aboutir sur l’EPS, et sa transformation en outil opérationnel convivial peut demander un délai comparable, sous réserve que les Directions Opérationnelles y consacrent un effort du même ordre. Un tel outil, qui devrait être aussi disponible pour les Autorités de Sûreté et leurs soutiens techniques, permettrait de fonder le nécessaire dialogue technique sur des évaluations concrètes de l’importance relative de tel ou tel problème, et même de sa contribution au risque global en valeur absolue. Ainsi d’une part on répondrait à cette exigence fondamentale de la sûreté, qui est de discriminer l’essentiel de l’accessoire, mais aussi on pourrait débarrasser le dialogue technique de certains effets pervers actuels, tel que la prise en compte systématique du jugement d’expert le plus pessimiste.

3-3. Une culture de sûreté intégrée dans le Projet d’Entreprise
     Vu l’importance du rôle joué par les hommes et leur motivation dans l’obtention d’un niveau de sûreté élevé, il me paraîtrait souhaitable de mettre en place des mécanismes visant à encourager l’établissement d’une Culture de Sûreté dans toute les unités d’EDF qui sont concernées, de près ou de loin, par la sûreté nucléaire, et à en surveiller les progrès. Cela implique certainement des directives venant d’en haut, mais aussi une politique de communication interne qui en assure la visibilité et la crédibilité à tous les échelons inférieurs, car tous doivent être convaincus que ce n’est pas un concept vide de sens. Ces directives pourraient encourager certains types d’actions, et instaurer au niveau global de l’Entreprise un système de reconnaissance des progrès accomplis.
     Mais une véritable Culture de Sûreté ne s’impose pas d’en haut, elle doit être créée à la base, et il faut que chaque responsable d’unité discute avec ses collaborateurs comment cette Culture doit s’implanter concrètement dans l’activité de l’unité. Je considère en outre que ce concept ne se limite pas aux exploitants des centrales, mais qu’il est valable, avec les adaptations nécessaires, aux acteurs de la sûreté d’autres Directions Opérationnelles, telles la DE et la DER, qui doivent trouver elles-mêmes les exigences qui leurs sont propres.

 Pierre TANGUY,
8 janvier 1990.

1. La question des Indicateurs de Sûreté est traitée au Chapitre 1 du Rapport.
2. Une fiche sur le thème «Culture de Sûreté» figure dans le rapport joint.
3. IGSN 89-0611.

 BILAN DES INCIDENTS SURVENUS EN 1989 SUR LES TRANCHES REP EN FRANCE

CENTRALE-6Parmi les incidents marquants survenus en 1989, aucun n’a eu de conséquences effectives, compte tenu des systèmes de sûreté existants et des lignes de défense successives. Ils mettent néanmoins en lumière des points faibles potentiels, concernant soit des anomalies de comportement de matériels, soit les pratiques d’exploitation, auxquels il faut remédier et dont tous les enseignements doivent être tirés dans le cadre du retour d’expérience.

 I. Evolution d’ensemble – Incidents significatifs
     Après avoir connu une hausse continue de 1985 à 1987, le nombre total d’incidents significatifs du parlier REP 900 a décru de 30% en 1988.
     Sur l’ensemble de la période 1985-1988, le nombre total d’incidents significatifs par tranche-an du REP 900 a décru de 9 à 7,9.
     La mise en place des spécifications techniques en arrêt à froid en 1986, et la meilleure détection des incidents ne s’accompagnant pas de transitoire (avec la création des MSQ notamment) ont certainement contribué, pour une bonne part, à la hausse constatée de 1985 à 1987; de telle sorte que la décroissance d’ensemble sur la période 85-88 peut être considérée comme représentative d’un réel progrès en matière de qualité.
     Sur le palier REP 1300, le nombre d’incidents significatifs a connu également une forte baisse (12,7 par tranche-an en 1986 à 8,9 en 89).
     Les six premiers mois de 1989 révèlent une quasi stabilité du nombre d’incidents.
     Sur certains postes on peut noter des évolutions particulières:

Les arrêts d’urgence
     Le nombre d’arrêts d’urgence sur les deux paliers REP 900 et 1300 montre une baisse constante depuis 1985 pour atteindre respectivement 2,5 et 3,4 par an et par réacteur.

Les incidents liés à une défaillance humaine
     Leur nombre est resté stable sur la période 85-88 sur le REP 900 (4 par tranche et par an) et a fortement décru sur le REP 1300, passant de 10 par tranche et par an en 85 à 4 en 88.

Les incidents de non respect des spécifications techniques
     Après avoir connu une forte hausse en 85 et 87, le nombre d’incidents de non respect des spécifications techniques a décru en 1988.

Les incidents en arrêt de tranche
     Leur nombre est notablement plus élevé que la valeur moyenne (3 à 4 fois plus), ce qui est en rapport avec le volume des activités impliquées lors d’un arrêt de tranche.
     Une analyse par origine et par cause révèle les aspects suivants:
     · La conduite et les automatismes sont à l’origine de la grande majorité des incidents significatifs et une part plus faible est liée à la maintenance. Ceci est probablement dû au fait que les interventions de maintenance sont généralement suivies d’une requalification, et d’une remise en service, qui permettent de détecter les anomalies éventuelles avant restitution du matériel et avant qu’il ne soit requis pour la sûreté.
     · Les défauts de préparation des activités (conduite, automatismes ainsi que, dans une moindre mesure, maintenance) et leur planification, constituent une part importante des incidents rencontrés.

II. Les thèmes forts qui émergent des incidents marquants en 1989
     Les incidents considérés comme marquants et classés dans l’échelle de gravité représentent environ 1,5 incident par tranche et par an. On dénombre 80 incidents classés dont 4 en niveau 2 et 1 au niveau 3.
     Concernant les principales avaries de matériels, il faut citer (niveau 2):
     · Le blocage d’une grappe de commande lors d’une manoeuvre d’arrêt de Gravelines 4, dû à la rupture d’un crayon absorbant. Un important programme de contrôles et de remplacement des grappes a été entrepris sur les tranches 900 MW.
     · Les défauts constatés sur les piquages d’instrumentation des pressuriseurs des tranches de 1300 MW, qui nécessitent la mise en oeuvre de mesures palliatives et de procédés de réparation particuliers.
     · Les déformations constatées à la base des tubes des générateurs de vapeur des tranches 1300 MW, dues à la présence de boues et de particules métalliques.
     Des contrôles approfondis sont effectués por obturer les tubes affectés et le nettoyage des plaques tubulaires, mis en oeuvre à Nogent, sera généralisé. Ces anomalies illustrent l’importance et le cout des mesures palliatives àmettre en oeuvre face à des défauts de nature générique.
     Les incidents mettant en cause les pratiques d’exploitation représentent la majeure partie de autres incidents marquants.
     Ils portent essentiellement sur les thèmes suivants:
     · planification des interventions sur des voies redondantes et risques de modes communs; état de tranche inadapté
     · organisation des interfaces et communication entre la conduite et la maintenance, les essais
     · propreté-qualité
     · confusion de tranche
     · confusion de matériels: erreurs de bouchage de tubes de GV, erreurs de goujon
     · remise en configuration après intervention: lignage des circuits ou des matériels – étiquetage – dispositifs et moyens provisoires (bridage soupape)
     · intervention sur les automatismes: controbloc – strapp – bornes à couteau – inversion de filerie
     · incendie: présence de déchets ou de solvants
     · incidents liés aux modifications: mise à jour de documents
     · qualité des approvisionnements
     · défauts d’analyse de sûreté.
     Concernant les incidents liés à la qualité de la maintenance à proprement parler, on note qu’il en émerge relativement peu parmi les incidents marquants mais que leur impact vis-à-vis de la sûreté est important lorsqu’il n’y a pas de procédure de récupération en fin d’intervention. Les effets de ces incidents peuvent alors perdurer pendant un cycle de fontionnement. Trois incidents particulièrement significatifs doivent être cités:
     · Blocage en mauvaise position d’une vanne RIS à Dampierre (1988);
     · Le décalage de la pression d’ouverture des soupapes du circuit primaire à Gravelines (niveau 3);
     · L’indisponibilité partielle du circuit de ventilation de l’enceinte à Dampierre, mettant en cause l’efficacité de la recombinaison d’hydrogène en cas de brèche du circuit primaire (niveau 2).
     Ces deux incidents ont révélé deux caractéristiques communes aggravantes:
     · ils résultent chacun d’une intervention menée simultanément sur des voies redondantes et ont créé un mode commun de défaillance;
     · ils n’étaient suivi d’aucune requalification ou vérification complémentaire avant redémarrage.
     Les enseignements tirés de ces deux incidents concernent en particulier la gestion des dispositifs provisoires d’intervention, la systématisation des essais de requalifcation et de procédure de vérification avant redémarrage.
     Une réflexion approfondie est en cours sur l’organisation et l’adaptation de moyens, en particulier dans le domaine de la maintenance, afin d’améliorer nos pratiques pour en faire autant de lignes de défense et pallier les risques d’erreur par la prévention et l’anticipation. Des mesures concrètes seront définies pour l’année 1990.
     Des actions sont également nécessaires pour développer une culture de sûreté permettant d’en saisir les aspects essentiels et pour clarifier les règles de sûreté et qualité afin d’adapter le niveau des exigences de qualité des activités à leur importance pour la sûreté.

III. Conclusion

L’évolution du nombre des incidents significatifs, notamment dans certains domaines spécifiques tels que les arrêts d’urgence, associée à un contexte général de transparence accrue, montre une tendance globale vers une amélioration de la sûreté et de la qualité en exploitation.
     Ce bilan global positif ne doit pas être occulté par les événements marquants survenus, dont il y a lieu par ailleurs de tirer tous les enseignements.
     Parmi ces événements, certains révèlent soit des problèmes matériels génériques, soit des domaines sensibles dans nos pratiques d’exploitation, notamment en matière d’organisation, de planification, d’interfaces et de communication, et de vérification qualité après intervention.
     Les enseignements à tirer portent donc d’une part sur la gestion du parc face à des problèmes génériques importants, et d’autre part, sur l’adaptation de nos organisations, méthodes et moyens, pour mieux maîtriser la sûreté et prendre en compte le facteur humain dans nos pratiques quotidiennes d’exploitation. Ils portent aussi sur la clarification de nos règles de sûreté et qualité, en les simplifiant là où c’est possible et en les renforçant là où c’est nécessaire, pour obtenir une meilleure adaptation entre le niveau des exigences et l’importance pour la sûreté.
     Cette démarche d’amélioration passe par un développement de la culture de sûreté et une adhésion de chacun, en tant qu’acteur et partie prenante dans la sûreté en exploitation.

Pour la Science n° 339, janvier 2006

 Déchets nucléaires: quels scénarios de production?CENTRALE-7                                                      (Benjamin Dessus) 

Un débat public a lieu en France sur le problème des déchets nucléaires. Au delà des questions techniques, les citoyens doivent être éclairés sur l’évolution possible de la production d’énergie et sur l’inventaire de déchets qui en résultera.

 En février 2005, le ministre français de l’Écologie et du développement durable et celui de l’Industrie ont demandé à la Commission nationale du débat public (CNDP) d’organiser un débat sur la gestion des déchets radioactifs dits de « haute activité et moyenne activité à vie longue », qui proviennent pour l’essentiel de l’industrie nucléaire civile. Le gouvernement souhaitait en effet qu’un débat se tienne à l’issue du programme de recherches de 15 ans engagé par la loi du 30 décembre 1991 la loi Bataille, du nom du député qui en est à l’origine et avant la discussion, en 2006 d’un nouveau projet de loi sur la question des déchets nucléaires. La loi Bataille fixait trois axes de recherche, portant sur le tri des matières contenues dans les déchets et la réduction sélective de leur nocivité (axe 1, séparation transmutation), l’enfouissement en profondeur des déchets, réversible ou irréversible (axe 2, stockage géologique), et le conditionnement et la surveillance dans des installations de surface (axe 3, entreposage de longue durée) [voir l'encadré].
La CNDP, autorité administrative indépendante, a donné une suite favorable à la demande du gouvernement et a nommé une Commission particulière du débat public (CPDP) sur la gestion des déchets radioactifs, chargée de préparer le débat, de l’organiser et de l’animer. C’est la première fois que cette autorité met en place un débat sur un problème générique (et non sur un projet comme elle a coutume de le faire) et que le sujet concerne un domaine, le nucléaire, où la transparence et le débat démocratique font traditionnellement défaut dans notre pays.
Cette initiative originale a rencontré un accueil positif et différents acteurs ont participé à la préparation de ce débat, en particulier par des contributions au Dossier du débat (cf. www.debatpublic-dechets-radioactifs.org). Celuici regroupe les analyses des ministères concernés, de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), des industriels, des acteurs de la recherche, de la Commission nationale d’évaluation (CNE), et une analyse dite contradictoire produite par trois experts (dont moi-même) n’appartenant à aucun des organismes en charge du sujet et « connus pour leurs analyses critiques sur la question nucléaire ». Le dossier contient également les prises de position d’une série d’acteurs associatifs.
dechet_glob1Sur la base de ce dossier à plusieurs voix, la CPDP organise de septembre 2005 à janvier 2006 une quinzaine de débats publics, en divers lieux, sur les différentes questions ainsi mises en relief (les minutes de ces débats sont également mises en ligne). La Commission rédigera à la suite de cela un rapport de synthèse qui sera remis au gouvernement, et organisera un séminaire de restitution aux députés et sénateurs intéressés. Sans même attendre ce rapport, la préparation du débat et les réunions publiques déjà tenues apportent des enseignements intéressants. Ils concernent aussi bien les aspects scientifiques et techniques que les problèmes de gouvernance, les problèmes économiques et politiques, les problèmes d’accès à l’information, etc. Le présent article aborde l’évolution prévisible du stock des déchets nucléaires en fonction des différentes stratégies énergétiques que la France pourrait adopter dans les décennies à venir. Il ne s’agit bien sûr que d’un aspect de la question des déchets nucléaires, mais il est primordial pour acquérir une vue quelque peu globale sur ce problème difficile et objet de controverses.

 

fig 1. Des fûts de déchets faiblement radioactifs entreposés dans un hall du CEA, à Saclay, avant d’être conditionnés et stockés.

 
Les déchets radioactifs et leur gestion Un déchet radioactif désigne toute quantité de matière pour laquelle aucune utilisation n’est prévue et qui contient des éléments radioactifs en concentration non négligeable et exigeant un contrôle. Les déchets sont classés selon leur nature, leur niveau de radioactivité et la durée de vie des isotopes radioactifs qu’ils contiennent.
Les déchets de très faible activité proviennent essentiellement du démantèlement des installations nucléaires, et leur statut définitif (recyclage ou décharge spécifique) est encore à l’étude. Les déchets de faible activité proviennent des installations nucléaires (outils, résines, gants, etc.), des laboratoires de recherche et de l’utilisation de radioéléments par la médecine ou par l’industrie. S’ils sont à vie courte (période radioactive inférieure à 30 ans), ils sont en France stockés dans des sites de surface. Pour les déchets de faible activité à vie longue (période radioactive supérieure à 30 ans), des stockages spécifiques sont à l’étude. Les quelque 800 000 mètres cubes (pour la France, en 2002) de déchets de faible ou moyenne activité à vie courte représentent environ 80 pour cent du volume des déchets radioactifs, mais seulement 0,07 pour cent de la radioactivité totale.
Beaucoup plus problématiques sont les déchets de moyenne et haute activité, surtout s’ils sont à vie longue. Les déchets de moyenne activité à vie longue proviennent surtout des usines de fabrication et de retraitement du combustible nucléaire et des centres de recherche du CEA (Commissariat à l’énergie atomique). Ils représentent 4,6 pour cent du volume total des déchets radioactifs, et 3,9 pour cent en termes de radioactivité. Ils sont entreposés sur les sites de la Hague et de Marcoule dans l’attente d’une solution plus définitive. Quant aux déchets de haute activité à vie longue, leur volume est faible (un peu plus de 1 600 mètres cubes à la fin de 2002), mais ils constituent 96 pour cent de la radioactivité de tous les déchets. Provenant surtout du combustible usé par les centrales électronucléaires puis retraité, ils sont provisoirement entreposés sur les sites de la Hague et de Marcoule, sous forme vitrifiée et dans des conteneurs en inox.
La loi Bataille du 30 décembre 1991 a défini trois axes de recherche sur la gestion des déchets de haute activité à vie longue:
1) la recherche de solutions permettant la séparation et la transmutation des éléments radioactifs à vie longue présents dans ces déchets;
2) l’étude des possibilités de stockage réversible ou non dans les formations géologiques profondes, notamment grâce à la réalisation de laboratoires souterrains;
3) l’étude des procédés de conditionnement et d’entreposage de longue durée en surface.
La loi Bataille a également institué une Commission nationale d’évaluation (CNE) chargée de dresser un rapport annuel sur l’avancement des recherches, puis, à l’issue d’une période ne pouvant dépasser 15 ans (c’est-à-dire en 2006 au plus tard), d’établir un rapport global.
Le rapport 2005 de la CNE est disponible. Avant d’évoquer ses principales conclusions, rappelons ce que sont la séparation et la transmutation. Le combustible usé qui sort des centrales nucléaires actuelles contient environ 95 pour cent d’uranium fertile, 1 pour cent de plutonium, 4 pour cent de produits de fission divers, et 0,1 pour cent d’actinides mineurs. En France, le combustible usé est retraité (par le procédé PUREX, qui fait appel à une dissolution des solides dans de l’acide nitrique concentré et bouillant) afin d’en extraire l’uranium et le plutonium et de recycler ces éléments dans du combustible neuf.
Les recherches sur la séparation visent à extraire les actinides mineurs du combustible usé, de façon que les déchets vitrifiés ne contiennent plus que les produits de fission, dont l’activité devient suffisamment faible en moins de 300 ans (contre une dizaine de milliers d’années pour les déchets vitrifiés actuels). La recherche sur la transmutation vise à transformer les isotopes radioactifs extraits en éléments stables ou de période radioactive plus courte. Cette transmutation se ferait par irradiation au sein d’un réacteur nucléaire à neutrons rapides, ou à l’aide de systèmes pilotés par un accélérateur de particules.
Les recherches sur les trois axes définis par la loi Bataille ont progressé, mais restent inachevées. Ainsi, pour l’axe 1, selon le rapport de la CNE, « le CEA a fait des avancées scientifiques majeures dans la séparation chimique des actinides mineurs [...]. En revanche, pour la transmutation, on ne dispose pas à ce jour d’un système dont la faisabilité technique [...] est démontrée. Tant pour la séparation que pour la transmutation, un long chemin reste à parcourir.
Le stockage des déchets dans des formations géologiques profondes, à plusieurs centaines de mètres sous terre (axe 2), est étudié dans le laboratoire souterrain de Bure, dans la Meuse. Aux yeux de la CNE, l’avancement de ces recherches est suffisant pour que le législateur puisse  » porter un jugement fondé quant à la poursuite de travaux de grande ampleur». Cela étant, la CNE estime que si la décision de poursuivre est prise, le projet de stockage devra être mené par étapes d’une  » durée de trois à cinq ans  » chacune. Quant au conditionnement des déchets et à l’entreposage de longue durée (axe 3), la CNE considère que les recherches ne sont pas achevées, sauf pour l’entreposage industriel des déchets actuels de retraitement.

 Combien d’énergie produire et de quelle façon ?

 Comme certains d’entre nous l’avaient proposé, la CPDP avait mis en place un groupe de travail, composé d’experts d’opinions divergentes et chargé d’établir des scénarios prospectifs de l’évolution des stocks de matières nucléaires dangereuses et de déchets nucléaires. Ces scénarios dépendent des hypothèses faites sur l’évolution de la production d’électricité nucléaire et sur l’état de la technologie électronucléaire.
Il existe en France une panoplie assez complète de scénarios de prospective énergétique à l’horizon 2050, panoplie qui décrit les diverses stratégies en fonction d’objectifs et de contraintes déterminées (par exemple, réduire d’un facteur quatre les émissions de gaz à effet de serre). Le groupe de travail a envisagé diverses valeurs de la production globale d’électricité, allant de 300 à 900 térawattheures en 2050, la part représentée par l’électricité centralisée étant une autre variable. Selon les hypothèses retenues, les recours aux énergies d’origines fossile (gaz, pétrole), renouvelable (solaire, éolienne, etc.) et nucléaire sont différents, ce qui se traduit diversement sur les émissions de gaz à effet de serre et sur la production de déchets nucléaires.
On peut souligner deux scénarios extrêmes. Dans le scénario le plus économe, avec une production de 300 térawattheures en 2050, le besoin en électricité nucléaire serait compris entre 200 térawattheures et zéro (voir la figure 2). Dans le scénario le plus consommateur une production de 900 térawattheures en 2050, la part d’électricité nucléaire augmenterait jusqu’à environ 600 térawattheures, les 300 restants étant d’origine renouvelable ou fossile.

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fig 2. Divers scénarios d’évolution de la production d’électricité existent. Ces graphiques présentent les deux scénarios extrêmes pour la période allant de 2000 à 2050, en ce qui concerne le nucléaire. Dans le scénario le plus économe, à 300 térawattheures d’électricité, le renouvellement du parc nucléaire n’est plus indispensable (à gauche).

Pour évaluer leurs conséquences sur le stock de déchets nucléaires, on doit compléter ces scénarios de production d’électricité par des hypothèses sur les techniques électronucléaires mises en oeuvre entre 2000 et 2150. Selon une première hypothèse, on continuera jusqu’en 2100 à utiliser des réacteurs électronucléaires refroidis à l’eau. Ces réacteurs utilisent comme combustible nucléaire de l’oxyde d’uranium (U02) ou du MOX, un mélange d’oxydes d’uranium et de plutonium; ils fonctionnent à des températures modestes (300 °C), avec des neutrons lents (les neutrons libérés par les réactions de fission sont ralentis par l’eau) et ont des rendements énergétiques limités (de 33 à 36 pour cent). Le parc de ces réacteurs, de loin les plus répandus, arrivera en fin de vie avant 2050, mais la version améliorée est déjà prête, comme en témoigne le projet EPR (European pressurised water reactor).
D’autres hypothèses envisagent l’introduction de réacteurs fonctionnant à plus haute température (de l’ordre de 1 000 °C) et bénéficiant d’un meilleur rendement (jusqu’à 50 pour cent), tels que le HTR (high temperature reactor) actuellement à l’étude. Ces réacteurs sont développés notamment en vue d’incinérer le plutonium militaire ou de produire de l’hydrogène. Leur combustible ne sera pas retraitable. Prévus pour être opérationnels vers 2020, ces réacteurs peuvent consommer du plutonium, produisent peu d’actinides mineurs (noyaux lourds à vie longue, tels que le neptunium, l’américium ou le curium, formés par captures successives de neutrons) et, de par leur rendement supérieur, engendrent moins de produits de fission (noyaux radioactifs créés par les réactions de fission nucléaire).
Autre possibilité: des réacteurs à neutrons rapides refroidis par un fluide gazeux, du sodium, du plomb ou des sels fondus. Ces réacteurs encore à l’étude seraient disponibles vers 2040 ou 2050, et leur combustible serait retraitable. Les performances visées devraient idéalement permettre de consommer non seulement le plutonium, mais aussi des actinides mineurs, avec un volume réduit de produits de fission.
Avant de commenter les différents résultats des scénarios présentés, il est indispensable de prendre conscience d’un point majeur, de sémantique, que les différents débats ont parfaitement mis en évidence. La communauté du secteur nucléaire distingue les matières « valorisables » des déchets « ultimes », c’est-à-dire qui ne peuvent être exploités ou recyclés. Or il est vite apparu que cette distinction est largement artificielle et inopérante pour apprécier les risques associés aux différentes stratégies proposées.

 Matières valorisables ou déchets ultimes: des termes inadaptés

 D’une part, le statut de matière valorisable dépend de la politique de production retenue. Par exemple, si l’on arrête de produire de l’électricité d’origine nucléaire, toutes les matières aujourd’hui « valorisables » deviennent des déchets. D’autre part, le progrès technique peut rendre valorisables des déchets dits ultimes: c’est le cas pour les actinides mineurs, qui font l’objet de l’axe 1 de la loi Bataille (séparation-transmutation). Enfin, le délai avant valorisation peut se révéler très long: les risques inhérents aux matières valorisables, souvent supérieurs à ceux des déchets ultimes, couvrent plusieurs générations.
En ne discutant que des déchets ultimes, on évite de parler des risques à court, moyen et long termes, associés à la gestion de l’aval du cycle électronucléaire et aux stocks « temporaires  » de matériaux dangereux (risques liés au plutonium, au MOX irradié, aux transports, aux rejets d’usines, etc.). Pour apprécier la viabilité des solutions préconisées, il faut évidemment analyser non seulement les risques à très long terme, mais aussi les risques à long terme: ceux qu’il faudra assumer dans les 100 ou 150 prochaines années et qui sont surtout liés aux matières qualifiées de valorisables.
Sur quels indicateurs pertinents une telle analyse doit-elle s’appuyer ? On emploie couramment le volume des déchets, qui n’a pas de rapport direct avec leur nocivité, ou leur radiotoxicité, qui ne rend pas compte des conditions potentielles d’exposition. Aussi, ces indicateurs donnent une vision d’ensemble incomplète et déformée. Le plus simple et le plus fidèle à la réalité physique est de considérer les stocks et les flux, en masse et à un instant donné, des principales matières ou catégories de matières dangereuses, et cela pour chaque solution de gestion envisagée.
Les principales matières dangereuses sont d’abord l’uranium et, surtout, le plutonium, résultat de la capture de neutrons par des noyaux d’uranium. Le plutonium, en raison de son utilisation dans les armes nucléaires et de sa très haute radiotoxicité, est central dans les comparaisons. A cela s’ajoutent les actinides mineurs (neptunium, américium et curium, par exemple, engendrés par l’irradiation de l’uranium ou du plutonium) et l’ensemble des produits de fission, en particulier les produits de fission à vie longue. Les produits de fission ne jouent pas un rôle essentiel dans la radiotoxicité à long terme, mais ils déterminent le dégagement de chaleur par les déchets.
Le groupe de travail a ainsi déterminé l’évolution prévisible des stocks des matières les plus dangereuses plutonium et actinides mineurs d’une part, produits de fission d’autre part dans les principaux scénarios envisagés, de 1990 à 2140. Les résultats varient beaucoup en fonction des stratégies adoptées (voir la figure 3). Une première constatation évidente est que, comparées aux stratégies de poursuite du nucléaire à long terme, toutes les stratégies d’arrêt à plus ou moins court terme de la production électronucléaire se traduisent par des bilans annuels et des stocks définitifs de matières nucléaires dangereuses beaucoup plus réduits et ce quelles que soient les techniques imaginées.
Les courbes d’évolution permettent aussi de remettre en question des affirmations souvent brandies parles acteurs du secteur nucléaire. En voici deux exemples. Le premier concerne les vertus du retraitement des déchets. On entend souvent dire qu’en retraitant, on divise par dix la masse de déchets ultimes (les actinides mineurs et les produits de fission), puisqu’on recycle le plutonium sous forme de MOX. En fait, quand on examine les courbes sur la période 2000-2045 avec et sans retraitement de l’ensemble des matières dangereuses, on constate très peu de différences: la variation est d’au plus 20 pour cent en 2050 sur la masse de plutonium et d’actinides mineurs, tandis que les masses de produits de fission ne présentent aucune différence. En revanche, le retraitement crée de nouveaux risques notables (liés aux rejets de l’usine de retraitement de la Hague, aux transports de plutonium, etc.).
Une autre affirmation douteuse consiste à dire: « De toutes façons, le parc actuel a déjà produit une quantité non négligeable de différents déchets. Et, sauf à interrompre brutalement la production des centrales avant leur fin de vie, une quantité supplémentaire s’y ajoutera d’ici 2040 ou 2050, date d’extinction naturelle du parc actuel. » En d’autres termes, « le coup est déjà parti » et nous serions condamnés à gérer des quantités importantes de déchets radioactifs.

 Des paris et des exigences implicites

 Certes, l’industrie électronucléaire produit depuis son origine des matières nucléaires dangereuses et des déchets. Aujourd’hui, la masse de plutonium non utilisé et d’actinides mineurs est de l’ordre de 200 tonnes en France, et elle sera de l’ordre de 500 tonnes à la fin de vie du parc actuel. En poursuivant avec le même type de technologie, on en sera à 1 500 ou 2000 tonnes en 2100 selon le niveau de production électrique atteint (même chose pour les produits de fission, qui sont en quantité proportionnelle à la production cumulée d’électricité). En 1990, on ne dépassait guère 50 tonnes des mêmes produits dangereux. D’où la question: quand le coup est-il parti? Est-ce indifférent d’avoir à gérer 10, 100 ou 2000 tonnes de matières très dangereuses sur un temps actuellement indéterminé, mais qui se compte en plusieurs décennies?
L’analyse des résultats met aussi en évidence les exigences implicites et les différents paris qu’impliquent les techniques les plus ambitieuses, souvent proposées comme la panacée. Le cas de la séparation-transmutation en est un bon exemple. En effet, son succès éventuel suppose que le nucléaire restera dominant pendant au moins 130 ans (voir la figure 3). II faut d’abord attendre au moins 2040 pour disposer des réacteurs et des usines de séparation-fabrication nécessaires. La solution de la séparation-transmutation est donc sans intérêt pour les matières dangereuses issues du parc actuel, lequel disparaîtra avant cette échéance. Au-delà, en cas de succès technique, la masse de plutonium et d’actinides mineurs passera par un pic élevé vers 2080 et ne commencera à diminuer que vers 2120 ou 2130.
L’adoption de la séparation-transmutation définie dans la loi Bataille exclut donc toute possibilité de changement de politique énergétique: si l’on s’arrête en route, le remède se révélera pire que le mal.
Pour les produits de fission, la situation est encore plus claire, puisque leur masse dépend principalement de la quantité totale d’électricité produite (corrigée cependant du rendement des réacteurs, ce qui avantage les réacteurs HTR).

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3. L’évolution prévisible des masses de plutonium et d’actinides mineurs d’une part, des produits de fission d’autre part, dans différents scénarios, où la production électronucléaire se poursuit (a à d) ou non [e à i]. On a représenté: la poursuite du nucléaire avec réacteurs EPR (a) ; avec réacteurs EPR et réacteurs à neutrons rapides (RNR) [b]; avec RNR et transmutation [c]; avec RNR, transmutation et incinération du plutonium [d]; l’arrêt du nucléaire en 2040 et arrêt du retraitement en 2010 [e]; arrêt en 2040 et poursuite du retraitement [f]; arrêt du nucléaire en 2040 et incinération du plutonium [g]; arrêt en 2010 [h]; arrêt en 2010 et incinération du plutonium [i].

 Un pari… pour revenir dans un siècle

à la situation d’aujourd’hui

On est donc confronté à un pari portant sur trois ou quatre décennies de recherche et développement, qui consiste à mettre au point la chaîne nécessaire à la séparation, au recyclage, à la surgénération et à la transmutation des actinides mineurs et des produits de fission. A l’évidence, ce pari n’est pas facile à gagner et comporte un risque de nature scientifique et technique. L’étape de démonstration industrielle franchie, si elle l’est, il faudra mettre en place un complexe industriel complet. Comme l’a expliqué l’académicien Robert Dautray, outre un nouveau parc de réacteurs à neutrons rapides, il faudra notamment des usines de fabrication de nouveaux combustibles pour les réacteurs à neutrons rapides, des usines d’extraction mécanique et chimique de plutonium et de ses descendants radioactifs, des outils de manutention robotisés pour la matière hautement radioactive, afin notamment de se protéger des émissions de neutrons, des moyens pour assurer les transports entre les usines (à moins qu’elles ne soient regroupées en un seul lieu), des moyens pour assurer la sécurité, etc.
Étant donné les inconnues sur la faisabilité industrielle de l’opération, on n’a aujourd’hui aucune idée des conséquences économiques d’une telle stratégie. On sait en revanche que ce complexe industriel potentiel introduit une série de nouveaux risques pour les 100 ou 150 ans qui viennent, risques liés à la sûreté des éléments du complexe, aux rejets des usines, aux transports, etc.
La perspective d’une diminution à très long terme de l’inventaire des déchets est ainsi contrebalancée par la certitude de risques nettement accrus pour les quatre ou cinq prochaines générations. Et en cas de revirement de politique énergétique, on cumulera les risques du court terme tout en perdant tous les avantages imaginés pour le long terme.

Voilà sur quelques exemples ce que mettent en lumière les scénarios du long terme. En autorisant une analyse exhaustive des risques encourus, ils nous montrent la nature et l’ampleur des paris qui s’attachent à la question des déchets nucléaires, bien en amont des décisions concernant leur stockage souterrain définitif ou leur entreposage éventuel. Plus encore que techniques, ces paris sont de nature politique et sociale.
Si tout va bien, si aucune faille ni scientifique, ni technique, ni économique, ni politique ne vient gripper la mécanique imaginée, si aucun retard n’est à déplorer, si l’assentiment de la société est acquis pour toute la période, alors, dans 100 ou 120 ans, nous pourrons revenir, après une période « transitoire « semée de dangers importants, à une situation analogue à celle que nous laisserait le parc électronucléaire d’aujourd’hui, si on le laissait vivre jusqu’à sa fin naturelle.
Tel est le pari qui est, de fait, proposé aux citoyens français. On peut rendre grâce à la Commission du débat public qui a permis d’élargir la problématique, de dépasser le terrain purement technique (sur le choix d’un stockage réversible ou non des déchets) et de mettre en évidence la modestie et l’insuffisance des réponses actuellement proposées au problème des déchets nucléaires.

 Benjamin DESSUS, ingénieur et économiste, est président de l’Association Global Chance.
Ch. BATAILLE et C. BIRRAUX, Pour s’inscrire dans la durée: une loi en 2006 sur la gestion durable des déchets radioactifs, rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, 2005.
Petit mémento des déchets nucléaires, Global Chance, 2005 (www.agora21.org/global-chance/memento_dechets_nucleaires.pdf].
R. DAUTRAY, Les isotopes du plutonium et leurs descendants dans le nucléaire civil, rapport à l’Académie des sciences, Tec & Doc Lavoisier, 2005.
P. BONCHE (sous la dir. de], Le nucléaire expliqué par des physiciens, EDP-Sciences, 2002.
J.M. CHARPIN, B. DESSUS et R. PELLAT, Étude économique prospective de la filière électrique nucléaire, rapport au Premier ministre, La Documentation française, 2000.

http://www.debatpublic-dechets-radioactifs.org

 

L’énergie nucléaire et la démocratie

CENTRALE-8
 (Roger Belbéoch)

« Ce processus, [le programme nucléaire français] ne fut pas démocratique. L’engagement nucléaire de la France se décida à chaque étape importante hors de tout réel contrôle démocratique, hors de tout débat important et officiel, en évinçant systématiquement les citoyens de ses choix (et leur représentation parlementaire), en pratiquant enfin un culte du secret inacceptable sur des sujets concernant pourtant très directement les Français ». Les Verts, dans « Le nucléaire et la lampe à pétrole » (Éd. L’Esprit Frappeur, 1998).

 Ce texte résume assez bien la façon dont la plupart des antinucléaires se représentent l’histoire de l’énergie nucléaire en France : la démocratie n’a pas fonctionné, le secret a permis à un groupe mafieux de s’imposer. Les solutions pour sortir du nucléaire en découlent facilement : rétablissons le fonctionnement démocratique de notre société, exigeons la fin du secret, une totale transparence et l’instauration de débats officiels de nos représentants politiques démocratiquement élus.

plantu_1979Cette vision de l’électronucléarisation de la France évacue un grand nombre de problèmes et ce n’est pas anodin. La réalité est bien loin de cette vision politiquement correcte. Les décisions importantes concernant l’énergie nucléaire ont été prises en respectant scrupuleusement ce qu’on nomme chez nous la démocratie : les débats ont eu lieu à l’Assemblée nationale et au Sénat, ces débats ont été soigneusement publiés au Journal Officiel, les représentants « démocratiquement » élus ont voté des lois encadrant l’activité nucléaire, ils ont entériné les Conventions Internationales concernant cette industrie. Les décrets et arrêtés ministériels précisant dans le détail les « contraintes du nucléaire civil ont été régulièrement publiés dans le Journal Officiel. Les corps intermédiaires de notre démocratie (médias, communauté scientifique, corps médical, syndicats, associations, etc.) n’ont jamais réagi lorsque ces textes entraient dans leur domaine de responsabilité sociale. A aucun moment les médias n’ont formulé la moindre réserve sur le laxisme révélé par ces textes. Et cela n’a guère choqué les « citoyens.

On avance, dans le milieu antinucléaire, que le secret a bloqué toute possibilité pour les citoyens (et leurs représentants « démocratiquement élus) de prendre conscience des dangers de l’industrie nucléaire et d’intervenir pour en stopper le développement. Les textes des débats parlementaires et leur transcription au Journal Officiel montrent clairement que l’industrie nucléaire allait introduire une nouvelle dimension aux catastrophes industrielles. La levée des secrets nucléaires était-elle (est-elle) nécessaire pour se rendre compte des dangers inacceptables de cette industrie ? Faut-il exiger de ceux qui ont décidé et qui n’ont jamais fait la moindre critique, les politiques, qu’ils débattent sérieusement et officiellement afin que les « citoyens aient une opinion claire et précise sur l’énergie nucléaire ? Les citoyens doivent-ils attendre le verdict des politiques ou doit-on espérer qu’ils sont capables d’imposer leur volonté à ces élus ? Ces débats « sérieux et officiels que réclament les antinucléaires ont eu lieu. Les représentants « démocratiquement élus de la nation ont tenu compte des dangers exceptionnels que l’énergie nucléaire faisait courir à la société. Ils ont mis en place une réglementation permettant à cette industrie et aux industriels d’avoir des garanties sérieuses vis-à-vis de leurs responsabilités légalement reconnues en cas de « désastre nucléaire. Faut-il attendre la levée de tous les secrets nucléaires pour que les « citoyens prennent une décision contre l’énergie nucléaire ? Faut-il s’en remettre à des contre-experts honnêtes pour interpréter les révélations qui résulteraient de la levée des secrets ?

Les textes officiels, parfaitement publics et non secrets, sont la preuve que dès l’origine nous pouvions disposer d’informations tout à fait compréhensibles pour des citoyens non spécialistes, qu’il était possible de se rendre compte que l’énergie nucléaire était exceptionnellement dangereuse et qu’il fallait la refuser. Les décideurs politiques ont accepté le programme électronucléaire et les dangers énormes de cette énergie en toute connaissance de cause. Ils ont d’ailleurs mis en place une législation spéciale (après un débat important et officiel) pour gérer ces dangers au mieux des intérêts des exploitants nucléaires.

Si le nucléaire nous a été « caché ce n’est pas, pour l’essentiel, par les autorités officielles mais par ceux qui se sont attribués le pouvoir de parler à la place de ce qu’on appelait il y a bien longtemps, le peuple.

Exiger des débats officiels, la levée des secrets et une transparence totale, le respect de la démocratie, comme le font les leaders de l’antinucléaire, permet de masquer la réalité de notre société. Notre « démocratie a été respectée mais il s’agit d’un simple simulacre très largement accepté. La délégation du pouvoir s’effectue sans exigence des citoyens vis-à-vis de leurs élus pour savoir s’ils respectent ou non les intérêts de la population. Cela enlève beaucoup de sens au concept de citoyen. Il y a d’ailleurs beaucoup d’éléments révélant l’existence d’une réelle complicité entre les « citoyenset les décideurs technocratiques. Les citoyens formés par notre éducation nationale aux fondements culturels du siècle des Lumières et des élites intellectuelles imprégnées de ce culte et possédant le pouvoir absolu fourni par le concept dévoyé de service public, ont finalement coopéré au développement assez ahurissant de l’énergie nucléaire en France. C’est certainement là que se place ce que certains appellent « l’exception culturelle française. Il faut pondérer cette expression car bien des pays industrialisés ont eu une trajectoire nucléaire protégée par des législations analogues. Mais le développement de l’industrie nucléaire y a été ralenti, voire stoppé, pour des raisons économiques très peu préoccupées par la protection des populations. En France, les nationalisations et le concept de service public a permis d’évacuer totalement les contraintes financières, laissant un pouvoir absolu aux élites technocratiques qui n’avaient aucune raison impérieuse de produire des profits. Les antinucléaires continuent à utiliser cette « exception française pour laisser croire que seule la France n’est pas sortie du nucléaire. Les états tels l’Allemagne, la Suisse etc. eux, seraient « sortis alors que les exploitants privés des centrales nucléaires de ces pays ont simplement envisagé de ne pas renouveler leurs réacteurs lorsque ceux-ci seront arrivés à bout de souffle c’est à dire après une vie active de 40 ans voire davantage. Pour ces pays que l’on dit « sortis du nucléaire, l’arrêt définitif des réacteurs n’est pas pour demain, ni même pour après-demain. Les antinucléaires français se contenteraient d’une « victoire qui, en fait, ne serait que l’acceptation par les autorités françaises des lois économiques du marché.

 Aborder les problèmes de l’énergie nucléaire sous cet angle économique déborde largement ce type d’industrie, c’est escamoter l’émergence de dangers nouveaux (eugénisme génétique, OGM, clonage, biotechnologies, informatique etc.) que la pensée mécaniste de l’activité scientifique génère en harmonie avec la mondialisation marchande actuelle. Introduire d’une façon ou d’une autre des considérations économiques (le fric) pour condamner le nucléaire est pour les technocrates (et les représentants écolos) le moyen d’évacuer les problèmes essentiels. Dire que Superphénix devait être arrêté parce qu’il coûtait trop cher, 60 ou 100 milliards, s’en remettre à la Cour des comptes pour justifier une décision, c’est se plonger sans réserve dans la marchandisation de notre vie. Il est courant de trouver dans la littérature antinucléaire que Tchernobyl a coûté cher, 1000 milliards de francs selon certains, mais ces « antinucléaires ne disent pas à combien de francs ils évaluent le prix des cancers tchernobyliens présents et futurs, le prix de ces détresses chez les enfants atteints de pathologies affectant tous les systèmes fonctionnels. Tchernobyl, s’agit-il seulement d’un coût monétaire ou de la vie de millions de gens ? Ce n’est pas le milliard de dollars que coûterait Tchernobyl qui doit nous importer mais la situation dramatique des populations vivant sur les territoires contaminés. Avancer des arguments économiques pour condamner l’énergie nucléaire est une obscénité qui montre que la vie des gens n’a guère d’importance pour une gestion « rationnellede la société.

Exiger débats officiels et transparence c’est retarder toute décision d’une sortie rapide de l’impasse nucléaire. Cela déculpabilise tous ceux qui ont participé et qui participent encore au large consensus pro-nucléaire. Focaliser la revendication antinucléaire uniquement sur le non-renouvellement du parc électronucléaire c’est finalement renoncer à intervenir dans les décisions au profit d’une évolution naturelle respectant les lois du marché qui condamnent à terme cette énergie mais qui bien sûr ne visent pas à détruire des installations encore en état de marche sous prétexte qu’elles sont menaçantes alors qu’elles peuvent encore être utilisées.

Les textes publics que nous allons analyser montrent clairement que les « responsables sociaux ont mis en place (au niveau national et international) des structures qu’ils espèrent être suffisamment efficaces pour gérer les catastrophes nucléaires à des coûts financiers modestes et « acceptables et éviter les « turbulences sociales que ces catastrophes nucléaires pourraient générer. On voit bien à la lecture de ces textes que les accidents nucléaires, les désastres, peuvent induire des instabilités sociales particulièrement préoccupantes. C’est ce que les experts en risque industriel (la cindynique !) appellent le « risque psychologique. Toute cette activité échappe aux antinucléaires que l’on peut qualifier d’institutionnels. L’industrie nucléaire, dans la perspective d’un désastre possible, a besoin pour être crédible d’un mouvement antinucléaire institutionnalisé. Cela bouleverse la technocratie nucléaire traditionnelle mais cette nécessité est de plus en plus mise en avant par les modernistes du désastre nucléaire.

En étant un peu provocateur on peut dire qu’il y a en ce moment en France une conjonction entre les responsables lucides de l’énergie nucléaire et ceux qui se disent responsables de l’antinucléaire. Ces derniers sont coincés dans des alliances politiques au nom d’un principe de gauche qui n’a plus guère de sens. Il faut allier dans un même camp les « antinucléaires et les farouches pronucléaires. Mais la magouille politique n’est certainement pas la seule raison de ce cafouillis. On trouve dans les fondements idéologiques de la critique antinucléaire institutionnalisée bien des analogies avec l’idéologie de ceux qui ont initié et développé notre civilisation industrielle jusque et y compris son sommet, la pensée unique qui met l’argent au premier rang des décisions.

 Avant d’aborder les très officiels textes publiés et accessibles à tous concernant les dangers de l’industrie nucléaire il est nécessaire de regarder comment nucléaire militaire et nucléaire civil se sont imbriqués. En 1945 la destruction d’Hiroshima et Nagasaki a déclenché dans la presse française un hymne à la gloire de la Science et des scientifiques. Plus la destruction était grande, plus la preuve était faite de la justesse des travaux scientifiques. La matière était une réserve inépuisable d’énergie. La peur de la bombe a mis quelques années à toucher les gens. Dans les années 50-60 s’est développé un assez fort mouvement contre la bombe (non exempt d’ambiguïtés) qui a servi de tremplin au nucléaire civil. « Non à la bombe, oui à l’atome pour la paix a été un mot d’ordre largement clamé dans bon nombre de manifestations. Nous en étions !

Quand on aborde la relation entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil ce point n’est jamais évoqué. On pourrait dire qu’une des justifications de l’énergie nucléaire civile a été fondée sur une forte opposition à la bombe. D’autre part il faut bien voir qu’en France le nucléaire militaire a été géré par le CEA dans une perspective mixte civile-militaire. Lorsqu’en 1973-1974 EDF se décide à une nucléarisation massive de son parc électrique, la séparation se fait brutalement. EDF adopte la filière américaine Westinghouse plus efficace pour la production d’électricité que la filière CEA graphite- gaz qui permettait un développement harmonieux de la bombe et de l’électricité nucléaire. Cela donna lieu à des mouvements sociaux importants des personnels CEA contre cette conception technocratique de l’énergie nucléaire. Il est nécessaire de mentionner cette période et les remous que l’énergie nucléaire a soulevés dans le milieu, car il est loin d’être évident que les deux luttes, anti-bombe / anti-réacteurs nucléaires soient liées. Si pour les pays en voie de développement l’acquisition de la technologie civile est un préalable évident à leur accès à la bombe, il n’en est pas de même pour les pays développés où l’énergie nucléaire civile s’est imposée. Les dangers de ces deux aspects du nucléaire sont assez différents. Rien ne justifie de défendre la bombe mais il faut constater que nombre d’opposants à l’énergie nucléaire militaire (en particulier dans la communauté scientifique) ont été de farouches défenseurs de l’énergie nucléaire civile, celle de « l’atome pour la paix et certains le sont toujours. Alors que les opposants au nucléaire civil sont aussi, quasi naturellement, des opposants au nucléaire militaire.

Enfin il faut souligner que si les décideurs technocrates ou politiques se sont inquiétés dès l’origine des conséquences possibles d’un désastre nucléaire (conséquences non pas pour la population mais pour les industriels du nucléaire), ce désastre n’a guère fait partie de la propagande antinucléaire. Alors que Tchernobyl a bien montré l’importance de ces désastres possibles, il n’est pas toujours considéré de bon ton d’introduire cette dimension dans le débat nucléaire. Les Verts qui se présentent, et sont assez largement acceptés comme tels, comme la force politique antinucléaire, déclarent sans ambiguïté que « la prophétie apocalyptique [nucléaire] même basée sur des réalités, ne fait pas projet politique (dans Le Nucléaire et la lampe à pétrole, page 9). Pour les personnages politiques de l’antinucléaire auxquels se réfèrent bien des antinucléaires, parler des désastres possibles de l’énergie nucléaire ne fait pas « projet politique. S’ils entendent par là que cela ne crée pas d’emplois politiques (ministres, élus divers, etc.) cela est évident, mais cela a-t-il un intérêt pour la société ?

 Deux idées sont généralement admises : 1) que l’énergie nucléaire a été impulsée par le capitalisme et 2) qu’elle est intimement liée au nucléaire militaire. Ces relations sont, en réalité, beaucoup plus complexes.

Tout d’abord on peut facilement voir que la fabrication de bombes nucléaires (dites atomiques à l’origine) n’a guère pris plus de quatre ans à partir d’un état zéro. Le passage à la production d’énergie électronucléaire a pris beaucoup plus de temps car il fallut résoudre un très grand nombre de problèmes techniques difficiles (dont certains sont encore maintenant loin d’être résolus pour ne pas dire insolubles). C’est bien avant que les capitalistes aient décidé de s’investir dans cette nouvelle industrie que les opposants à la bombe atomique manifestèrent très activement sous la bannière de « l’atome pour la paix, pas pour la guerre. Ceci a certainement contribué à bâtir un large consensus de l’opinion publique lorsque l’industrie fut capable de se nucléariser. Ainsi, le nucléaire militaire a servi de tremplin pour la promotion et l’acceptation du nucléaire civil.

 L’énergie nucléaire aux Etats-Unis

Il est intéressant d’examiner comment aux Etats-Unis se sont entremêlés bombes atomiques, réacteurs nucléaires, capitalistes et technocrates avant qu’une disjonction claire n’apparaisse entre nucléaire militaire et nucléaire civil.

En pleine guerre froide, juste après que les Soviétiques aient fait exploser leur première bombe à hydrogène (août 1953), Eisenhower lance en diversion son slogan « l’Atome pour la paix dans une allocution du 8 décembre 1953 à l’Assemblée générale des Nations Unies : « Il ne suffit pas d’enlever cette arme des mains des soldats. Il faut la mettre entre les mains de ceux qui sauront la dépouiller de son enveloppe militaire et l’adapter aux arts de la paix.

En 1955 se tient à Genève la première Conférence internationale sur les usages pacifiques de l’énergie atomique qui permet à la communauté scientifique d’accroître l’optimisme atomique. Des programmes de développement délirants sont élaborés un peu partout mais les exploitants de l’industrie électrique demeurent méfiants et sont inquiets vis-à-vis des coûts et de la sûreté. En mars 1957 la Commission de l’énergie atomique des Etats-Unis publie le rapport WASH-740 sur les « Possibilités théoriques et les conséquences d’accidents majeurs dans les installations d’énergie nucléaire de grande puissance » (ce rapport est appelé rapport Brookhaven car il a été préparé au Laboratoire national de Brookhaven). Un accident de réacteur opérant sous pression (comme nos PWR) d’une puissance thermique relativement modeste de 500 MW c’est à dire d’une puissance électrique d’environ 200 MWe (1/5è de nos réacteurs) où il y aurait fusion du coeur, pourrait relâcher suffisamment de substances radioactives pour tuer immédiatement 3 400 personnes et causer de sérieux problèmes de santé à 43 000 personnes. Le coût de l’accident serait de 7 milliards de dollars, la zone contaminée pourrait concerner jusqu’à « 150 000 square miles » (environ 400 000 km2 c’est à dire les trois-quarts de la superficie de la France). C’était en somme une première approximation de Tchernobyl, mais avec amplification des effets à court terme et sous-estimation des effets de morbidité tant à moyen terme que des effets cancérigènes -et génétiques- à long terme.

Pour rétablir la confiance des industriels en l’énergie atomique, Price, Représentant de l’Illinois à la Chambre et Anderson, Sénateur de New Mexico font voter une loi le 2 septembre 1957 par le Congrès des Etats-Unis, le Price-Anderson Act, qui amende la loi de 1954 l‘Atomic Energy Act réglementant l’industrie atomique. Il s’agit, d’une part, que des fonds publics soient réunis pour que l’État prenne à sa charge une partie des dommages qui résulteraient d’un accident nucléaire « exceptionnel et, d’autre part, que la responsabilité civile des exploitants nucléaires soit limitée.

La motivation principale de cet amendement de la loi initiale de 1954 est clairement définie : « afin de protéger le public et d’encourager le développement de l’énergie nucléaire. Les exploitants nucléaires ont l’obligation d’avoir une assurance suffisante pour garantir des indemnités dont le montant est limité par la loi. Cette assurance exigée légalement est de très loin insuffisante pour couvrir les désastres possibles décrits dans le rapport Brookhaven. L’État (c’est à dire en fin de compte le public) prend à sa charge un complément lui aussi limité pour couvrir les dommages d’un accident. Ainsi, pour les législateurs américains (qui feront assez rapidement des petits dans le reste du monde) une meilleure protection du public passe par la limitation de ses droits à réparation des dégâts causés par un accident nucléaire. Il s’agit là d’une première dans le droit industriel américain. Les conséquences « exceptionnelles possibles d’un accident nucléaire bloquaient les investissements industriels (capitalistes) et le développement de l’électronucléaire. Le Price-Anderson Act faisait sauter ce verrou et l’énergie nucléaire pouvait démarrer sans encombre. Les industriels avaient pris très rapidement au sérieux la gravité des accidents nucléaires et résisté à l’optimisme effarant de la communauté scientifique. Les législateurs, par cette loi, instituaient un compromis qui aurait dû notablement inquiéter les citoyens. Ce ne fut pas le cas.

En 1957 il n’y a de commandés aux Etats-Unis que 3 réacteurs électronucléaires de puissance notable (supérieure à 100 mégawatts électriques 100 MWé). Leur couplage au réseau ne se fera qu’en 1960 pour 2 d’entre eux et en 1962 pour le troisième. Ce n’est qu’après 1957 que le nucléaire américain se développe.

 L’énergie nucléaire en Europe

Le Price-Anderson Act américain a eu assez rapidement un écho. En Europe, 16 pays signent le 29 juillet 1960 la « Convention sur la responsabilité civile dans le domaine de l’énergie nucléaire (Convention de Paris).

Les législateurs européens ont bien vu que cette « limitation de la responsabilité civile des exploitants nucléaires » pouvait inquiéter l’opinion publique et faire barrage au développement de l’énergie nucléaire. Dans la Convention de Paris on ne parle que de la « responsabilité civile, la limitation a disparu de façon explicite. Les signataires se déclarent hypocritement « désireux d’assurer une réparation adéquate aux personnes victimes de dommages causés par des accidents nucléaires, tout en prenant les mesures nécessaires pour éviter d’entraver le développement de la production et des utilisations de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques (Préambule de la Convention de Paris)

La Convention de Paris adopte le principe fondamental selon lequel l’exploitant d’une installation nucléaire est objectivement responsable (et le seul responsable) de tout dommage que peut entraîner un accident nucléaire. Il s’agit de bien faire apparaître le souci de la défense des intérêts de la population. Mais la responsabilité civile (c’est à dire financière) de l’exploitant nucléaire et l’indemnisation des victimes sont limitées. Ainsi il est reconnu d’une façon quasi explicite que la perspective d’avoir à dédommager intégralement les victimes d’un accident nucléaire est une entrave majeure au développement de l’énergie nucléaire. L’importance des dégâts possibles est tout à fait exceptionnelle dans le monde industriel. Les financiers en ont eu très tôt conscience. Les clauses de cette Convention de 1960 ont été précisées par la Convention de Bruxelles du 31 janvier 1963.

D’autre part, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) convoque à Vienne en mai 1963 une « Conférence diplomatique mondiale pour étendre au niveau mondial les principes de la Convention de Paris limitant la responsabilité civile des exploitants nucléaires en cas d’accident.

Ainsi la leçon donnée par les législateurs américains fut entendue. Le délai entre la loi américaine de 1957 (Price-Anderson Act) et la Convention de Paris de 1960 ratifiée plus tard par les États européens s’explique assez facilement par le retard de la technologie européenne sur la technologie américaine.

Remarque :

La réglementation européenne est sensiblement différente de la réglementation américaine. La différence ne porte pas sur la question de la limitation de la responsabilité civile mais sur la question « qui est le responsable ?. Pour la Convention de Paris le seul responsable c’est l’exploitant nucléaire, indépendamment de la cause ou des véritables responsables de l’accident. Pour les Américains, l’exploitant n’est pas le seul responsable possible, les fournisseurs de matériel peuvent, eux aussi, être impliqués dans la responsabilité. On voit bien, dans les deux cas, le rôle joué par les responsables financiers. Aux Etats-Unis, l’installation électronucléaire est la propriété privée de l’exploitant qui a intérêt financièrement à impliquer le constructeur des réacteurs dans l’indemnisation des dommages d’un accident. En France les installations électronucléaires sont la propriété de l’État et les industriels qui fabriqueront ces installations ou qui fourniront des services ne veulent s’impliquer que s’ils sont dégagés de toute responsabilité en cas d’accident. Ceci leur est accordé. Les industriels français peuvent donc s’engager dans le nucléaire en toute sécurité financière.

Que ce soit aux Etats-Unis ou en France, ce sont les « capitalistes impliqués dans l’industrie qui exigent des garanties financières avant d’investir massivement dans les programmes de développement nucléaire mis au point par les technocrates de l’État et soutenus par la communauté scientifique. C’est certainement l’idéologie du progrès qui a contribué au développement de l’industrie nucléaire d’une façon bien plus importante que la recherche effrénée du profit capitaliste même si l’activité nucléaire a été source de profit comme d’ailleurs toute activité industrielle.

 L’énergie nucléaire en France

La France a signé la Convention de Paris le 29 juillet 1960, la Convention complémentaire de Bruxelles le 31 janvier 1963. Elle a ratifié la Convention de Paris en 1966 et le 30 octobre 1968 une loi est adoptée sur la « responsabilité civile dans le domaine de l’énergie nucléaire. Tous les textes correspondants ont été publiés et complètement ignorés par la population, escamotés par les corps intermédiaires sensés intervenir dans la vie publique.

A l’Assemblée nationale la loi fut discutée et adoptée le 16 mai 1968 (vous avez bien lu, il s’agit de mai 68 ! ). Dans l’exposé des motifs l’accident nucléaire est caractérisé par le mot « catastrophe : « Le Droit a été adapté à la nature, au caractère et aux conséquences de cette espèce d’accident. En matière d’énergie atomique, une catastrophe [souligné par moi] est presque nécessairement un cas de force majeure. Les données du problème de la réparation, sous ce rapport, s’apparenteraient davantage à celles de la réparation des dommages de guerre [souligné par moi] qu’aux données classiques de la responsabilité civile.

Lors de la séance su 17 octobre 1968 au Sénat, le rapporteur de la Commission des lois indique : « Ce domaine des activités humaines étant, à beaucoup d’égards, exceptionnel, il n’est pas surprenant que la législation qui s’y rattache soit elle-même exceptionnelle et, dans une large mesure dérogatoire au droit commun de la responsabilité. La notion de l‘exceptionnel est donnée par la dimension que pourrait atteindre » un accident nucléaire, à la vérité un désastre national, voire international « [souligné par moi]. Ce rapporteur du Sénat a senti venir la catastrophe de Tchernobyl.

Ainsi, pour les représentants de la nation élus librement dans notre société démocratique, on devait prendre en compte, pour que l’industrie nucléaire puisse se développer, la possibilité pour cette industrie de provoquer des « catastrophes, des « désastres internationaux, des situations de « guerre. La prise en compte de ces possibilités tout à fait nouvelles ne devait en aucun cas intervenir pour mieux protéger la population contre ces désastres mais pour garantir aux industriels (et à l’État) qu’ils ne seraient pas définitivement ruinés en cas de catastrophe.
Ainsi, la possibilité de survenue d’accidents catastrophiques et leur ampleur n’ont pas été couverts par un secret d’État. Des débats parlementaires ont eu lieu en toute liberté. Les représentants élus par la population ont tenu compte de ces catastrophes possibles avant d’accepter l’électronucléarisation massive de la France. La démocratie, c’est à dire son simulacre, a été scrupuleusement respectée.

La catastrophe nucléaire n’a guère été intégrée dans l’argumentation antinucléaire, sauf chez quelques militants irréductibles, complètement minoritaires et taxés facilement de « paranoïaques alors qu’elle était perçue comme un avenir possible par les décideurs politiques.

La loi de 1968 fut modifiée en 1990. Les principes de 1968 furent intégralement maintenus, seuls les montants de la responsabilité financière furent réajustés : 600 millions de francs pour les exploitants nucléaires et 2,5 milliards de francs pour le complément de l’État. Ces sommes sont dérisoires comparées au coût réel d’une catastrophe nucléaire. Un exemple : si l’on suppose qu’après un accident nucléaire aucun terrain n’est plus vendable dans un rayon de 30 km, l’indemnisation serait d’environ 1 franc par mètre carré, à condition toutefois que la totalité des sommes limitant la responsabilité civile serve à cette indemnisation. La loi de 1990 fut signalée furtivement dans la presse avec quelques commentaires passablement anodins. La nucléarisation d’EDF était à ce moment là achevée et réclamer l’arrêt immédiat de ces réacteurs dangereux ne pouvait qu’être considéré que comme une absurdité économique y compris chez les représentants de l’antinucléaire (pensée unique oblige).

Les dangers de l’énergie nucléaire n’ont pas été cachés par les nucléocrates. Les citoyens n’avaient nulle nécessité d’être des experts scientifiques pour se rendre compte que l’énergie nucléaire était inacceptable. Il n’était pas non plus nécessaire d’être expert pour se rendre compte que le désastre possible d’une catastrophe nucléaire résidait essentiellement dans ses conséquences sanitaires graves (nécessitant l’évacuation des populations, la neutralisation de certains territoires, la destruction d’aliments contaminés etc.).

Les représentants d’EDF ont, dès le début, insisté dans leurs interventions publiques sur les énormes précautions prises pour assurer la sûreté des réacteurs et le discours n’a pas varié depuis. La « défense en profondeur venait en tête sans que la signification en soit clairement définie sinon qu’il fallait soigner la fabrication de tous les éléments d’un réacteur avant leur assemblage. Mais quasiment aucun texte administratif contraignant ne menaçait de poursuites les fabricants en cas de faute grave. Ce vide juridique est passé inaperçu.

Ensuite venait la « redondance: chaque élément important était mis en double mais d’une façon indépendante, afin qu’en cas de défaillance de l’un, l’autre vienne en secours. Cela montrait clairement la nécessité pour la sûreté d’avoir toutes les composantes en état de marche.

Enfin venait la « triple barrière« . S’il fallait une troisième barrière c’est qu’il était possible que les deux premières soient traversées. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. La dernière barrière (l’enceinte de confinement) pouvant être menacée par une surpression interne lors d’un accident grave, on l’a munie d’une soupape de sûreté. On y ajouta un filtre, sorte de gamelle remplie de sable qui fut baptisée « filtre rustique« , non pas pour empêcher de contaminer l’environnement mais pour réduire cette contamination à un niveau dit « acceptable (cette acceptabilité officielle n’est d’ailleurs pas bien définie).

Il est curieux que ce discours qui se voulait sécurisant n’ait pas déclenché de l’inquiétude au sein de la population. Assimiler un réacteur nucléaire à une vulgaire cocotte-minute comme le faisaient certains responsables n’était guère compréhensible vu l’énorme complexité imposée par la sûreté. Et ce n’était pas de simples pannes de fonctionnement que craignaient les constructeurs. Seule la possibilité de catastrophes pouvait justifier un tel luxe de précautions. Le discours sécurisant paradoxalement a bien fonctionné.

            Chronique d’un désastre annoncéCENTRALE-9                                                                         (Bella Belbéoch)

M. Jacques Bouchard prend la défense du nucléaire dans un article au titre très clair  » Cesser les querelles inutiles à propos du nucléaire «  (Le Monde, 11 avril 2002) et répond à M. Hubert Reeves, qui, dans « L’énergie nucléaire a-t-elle un avenir ? » (Le Monde 2 avril 2002) conclut que vraisemblablement elle n’en a pas, contrairement aux énergies renouvelables qui ont maintenant toutes leurs chances. Le recours aux énergies renouvelables (et aussi aux économies d’énergie), c’est le scénario du courant majoritaire des antinucléaires pour une sortie différée du nucléaire, à l’allemande. On pourrait penser que, Le Monde, faisant équitablement son travail d’information a exprimé ainsi les deux points de vue qui se partagent l’opinion française aujourd’hui. Or il existe un point de vue antinucléaire dissident, jamais exprimé dans Le Monde, pour une sortie immédiate du nucléaire car l’accident grave peut arriver demain.
Evidemment on imagine difficilement M. Bouchard, président de la Société française d’énergie nucléaire, de surcroît directeur au CEA, remettre en cause l’électronucléaire français. Tout de même, dans un article occupant près de trois colonnes, à propos de l’opposition au nucléaire dire que « Tchernobyl y est certainement pour une part », mettre en cause « l’absence de perception sensorielle expliquant aussi une relation difficile entre l’homme et la radioactivité » tout cela étant psychologique. Et rien d’autre comme s’il accréditait le discours officiel sur les conséquences de Tchernobyl en ex-URSS en reprenant le rapport de l’UNSCEAR 2000 ? D’abord la partie irréfutable, parmi ceux qui sont intervenus tout au début sur le réacteur en détresse 30 morts, un peu plus d’une centaine de cas de maladies des rayons chez ces  » liquidateurs « , environ 1800 cas de cancers de la thyroïde chez les enfants et les adolescents, (cela devrait se poursuivre dans les décennies à venir est-il dit), ensuite l’insoutenable conclusion : « Pour la grande majorité de la population il est improbable qu’elle soit l’objet de conséquences sanitaires sérieuses qui résulteraient d’une irradiation due à Tchernobyl« . Ce grossier mensonge n’a pas pris et les médecins, les « responsables » toutes catégories qui tentent de le propager sont considérés pour ce qu’ils sont : des commis voyageurs du nucléaire. De prestigieux professeurs ont nié tant de choses après Tchernobyl, tout d’abord les malformations congénitales puis la détérioration de la santé des enfants, nié aussi les cancers thyroïdiens qu’ils ont été obligés d’admettre ensuite, tout ce beau monde a menti et ment encore aujourd’hui en voulant systématiquement ignorer l’état sanitaire des populations obligées de vivre sur les territoires contaminés de l’ex-URSS. Mais il n’y a plus de « rideau de fer », les témoignages se succèdent (Nathalie Nougayrède Le Monde, 20 mai 2000, Les enfants de Tchernobyl face à « la mort invisible ») et les citoyens, plus sensés que ne le pensent les autorités, se rendent bien compte que la nourriture provenant de sols contaminés par la radioactivité (certes, du point de vue sensoriel pour parler comme M. Bouchard, elle a la même apparence que la nourriture « propre ») rend les enfants du Bélarus malades car ils incorporent les radioéléments nocifs d’une façon chronique. Les experts disent que les doses engagées sont trop faibles pour avoir un effet. Pourtant les enfants des zones contaminées ne vont pas bien, des nouveaux-nés meurent de malformations cardiaques, et c’est l’un des mérites du Pr. Youri Bandazhevsky, condamné par un tribunal militaire et actuellement emprisonné au Bélarus, d’avoir montré le rôle du césium 137 dans l’émergence des pathologies chez les enfants (cardiopathies, cataractes, troubles endocriniens, détérioration de l’immunité etc.).
Parmi ceux qui nient les effets sanitaires de Tchernobyl par action chronique des faibles doses de rayonnements on trouve des responsables en radioprotection et ce n’est pas étonnant. D’éminents professeurs de médecine, employés par le CEA ou membres du comité médical d’EDF, admettent difficilement les effets nocifs des radiations ionisantes sur le personnel EDF ou CEA et comme ils sont souvent chefs de services hospitaliers ou directeurs d’instituts gros utilisateurs de rayonnement, admettent difficilement les effets biologiques sur leurs propres personnels. Tous ces personnages ont servi d’experts dans les commissions internationales pour élaborer les normes de radioprotection concernant non seulement les travailleurs mais aussi la population, en symbiose avec le responsable français de la radioprotection, le Pr. Pellerin, inamovible pilier pendant des lustres quel qu’ait été le gouvernement de droite ou de gauche. Minimiser, voire nier les effets biologiques des faibles doses de rayonnement, ce parti-pris est une constante qui a accompagné le développement du parc nucléaire. Cette absence de prise en compte des effets nocifs des radiations a permis le développement massif de l’électronucléaire français (sans trop de vagues dans la population, malgré de violentes contestations locales). C’est aussi la raison pour laquelle les « autorités » françaises, sanitaires et politiques, n’ont pas appliqué les recommandations européennes visant à restreindre la consommation d’aliments contaminés en 1986 après Tchernobyl et ont tergiversé, avec l’aval de l’Académie des sciences, pour appliquer la directive européenne de mai 1996 entérinant l’abaissement des doses admissibles pour le public en situation normale (hors accident). Ce sont les mêmes  » responsables  » dont le Pr. Pellerin, qui ont usé de leur influence après Tchernobyl pour élaborer au niveau international des  » normes  » en cas de nouvel accident nucléaire, normes trois fois plus élevées que celles qui devaient régir quatre ans après Tchernobyl les évacuations d’habitants de zones contaminées en URSS – évacuations qui n’ont pas été effectuées. Ce sont ces « normes » qui nous seraient appliquées en cas d’accident chez nous
L’enthousiasme de M. Bouchard pour le nucléaire qui rappelle les grandes envolées des années 70, est un peu surprenant, même pour un directeur au CEA. Il semble ignorer que les verres qui renferment les déchets nucléaires, « très résistants à toute agression externe » affirme-t-il, peuvent cristalliser sous l’action du rayonnement et de la chaleur dégagée, perdant ainsi leur étanchéité (cristallisation de la silice amorphe mise en évidence par rayons X au CEA à la fin des années 60). Cette lacune dans ses connaissances, si elle existe aussi au niveau du vieillissement des aciers des cuves et des circuits d’un réacteur, des fissures, fuites et autres incidents résultant d’erreurs de conception répertoriées dans les divers incidents affectant le fonctionnement de nos réacteurs (comme la sous-estimation du risque d’inondation, du risque sismique, des actes de malveillance) expliquerait-elle sa cécité vis-à-vis des conséquences d’un accident nucléaire majeur ? Alors quelle perspective si d’emblée M. Bouchard ne tient pas compte de la possibilité d’un accident nucléaire chez nous pourtant admis par les « officiels » comme le montrent la distribution de pastilles d’iode au voisinage de nos centrales et la mise à jour des PPI (plans particuliers d’intervention) ?
En passant il dit : « L’énergie nucléaire a sa place, probablement pour une part très supérieure à sa place actuelle sur le plan mondial ». Voilà une prédiction bien téméraire et s’apparentant à un vu pieux, en contradiction avec les prospectives de l’Agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) dont un des buts est pourtant de promouvoir l’énergie nucléaire. En effet, dans un document publié en juillet 2000 (Energy, Electricity and Nuclear Power Estimates for the Period up to 2020) l’AIEA indique que la part du nucléaire dans la production électrique mondiale qui a été de 16% en 1999 se situerait, en 2020, entre 9,5 et 12%. Par rapport à l’énergie primaire consommée mondiale l’électricité nucléaire qui n’a représenté que 5,4% en 1999 tomberait entre 3,6 et 4,8% en 2020. Voilà « une part très supérieure à sa place actuelle » qui diminue au cours du temps ! (Pour certains pays demandeurs de réacteurs nucléaires, le nucléaire civil est vu comme une avancée vers la technologie militaire, le nucléaire civil servant d’alibi). Pourquoi M. Bouchard veut-il nous enfermer dans le nucléaire ?
La France est le seul pays au monde qui dépende autant du nucléaire pour sa production d’électricité, 76,3% pour l’année 2000. Indépendance nationale, dit-on, alors que la dernière mine d’uranium a fermé en Limousin et que notre approvisionnement vient du Canada et d’Afrique (à moins que, sans le savoir, nous ayons récupéré des colonies ?) En l’an 2000 aux USA 20% de l’électricité est nucléaire, nos voisins du Royaume-Uni en sont à 23% et l’Allemagne à 30,1%. Le cas de l’Allemagne est intéressant car 51% de sa production électrique vient du charbon (houille 25,4%, lignite 25,9%). Le reste se distribue entre gaz (8,5%), hydraulique (4,3%), fioul (0,5%) énergies renouvelables (5,3% dont seulement 1,6% d’éolien alors que l’Allemagne est donnée en exemple car elle est en tête désormais en Europe pour l’éolien). L’accord passé entre le gouvernement allemand et les exploitants nucléaires prévoit une sortie différée du nucléaire en 2021 après 32 ans de fonctionnement des réacteurs (en réalité 33 ans pour ceux couplés au réseau en 1988) mais le gouvernement s’est engagé à ce que l’exploitation soit « sans entraves » ce qui en clair signifie ne pas être trop strict vis-à-vis du respect des normes de sûreté qui impliquerait des arrêts plus ou moins prolongés des réacteurs et serait coûteux pour les exploitants. Cette clause de l’accord peut être lourde de conséquences et semble être ignorée de ceux qui, chez nous, souhaitent une sortie du nucléaire « à l’allemande ».
Retenons qu’en Allemagne plus de 50% de l’électricité est produite par les centrales thermiques à charbon pour une puissance installée de 52,5 GW et il est certain qu’elles ne vont pas être détruites mais modernisées ! En France au 31 décembre 2000 la puissance thermique classique installée totale était de 26,7 GW avec une part EDF de 17,6 GW (essentiellement charbon et fioul). Les turbines à gaz sont en augmentation dans le secteur privé mais leur contribution à la production électrique est encore faible. Et qu’a décidé EDF au sujet du thermique classique ? On le savait mais un compte-rendu intersyndical d’une réunion de la Commission nationale Equipement d’EDF du 6 juin 2001 le confirme, « pas de projet porteur pour l’avenir : préparer l’évolution du parc à l’horizon 2005/2010, c’est à dire sa disparition et sa casse« . Voilà qui est clair. Par contre « Se développer à l’international (Asie, Moyen-Orient, Amérique latine) » (La Gazette Nucléaire 195/196, février 2002). Ainsi les techniques « charbon propre » mises au point en France seront exportées mais la nouvelle centrale à lit fluidisé circulant (LFC) qui devait être mise en service à Gardanne à côté de la première, est dans les oubliettes et il n’est pas question d’améliorer notre parc thermique mais de le « casser » dans l’indifférence générale. C’est simple, notre parc nucléaire est surdimensionné, nous sommes en surproduction et EDF n’aura quasiment plus besoin du thermique classique pour assurer les pointes de consommation, l’hydraulique suffira. (Nous avons une puissance hydraulique installée de 25 MW contre 8,9 MW en Allemagne). Ceci est très grave car cette « casse » est le signe qu’EDF fera tout pour rendre le nucléaire irréversible. EDF, d’après le même rapport, désire commencer la construction du nouveau réacteur européen EPR (European pressurized reactor) en 2006. Contrairement à ce que pensent certains écologistes s’il y avait un accident nucléaire majeur chez nous on serait obligé de rester dans le nucléaire car il faut de l’électricité pour gérer un accident.
En 1997 nous avons publié un scénario de sortie immédiate du nucléaire en utilisant au maximum le parc thermique classique existant, l’hydraulique, en supprimant les exportations. L’ordre de grandeur était une possibilité d’arrêt immédiat de 70% du nucléaire, ce qui nous amènerait au stade actuel de l’Allemagne. Ce scénario a été ignoré ou dénigré car le charbon est diabolisé, effet de serre oblige. Pourtant EDF va se développer à l’international et exporter les techniques « charbon propre » LFC et autres, ce qui est normal car les ressources mondiales en charbon dépassent de loin toutes les autres ressources fossiles et c’est bien de cette façon que les pays d’Asie vont se développer, entre autres la Chine aux gisements importants. Aux USA les antinucléaires qui proposent une sortie différée du nucléaire envisagent, en transition, d’utiliser les centrales à charbon pendant plus de 40 ans (Institute for Energy and Environmental Research, nov. 2001). Pourquoi chez nous laisserait-on EDF les « casser » ?
L’effet de serre joue ici le rôle d’un leurre. Pour un sujet scientifique aussi complexe que l’effet de serre et de son influence sur le climat, aux multiples paramètres globaux et locaux qui ne sont peut-être même pas tous dénombrés ou dont l’importance relative n’est peut-être pas celle que l’on croit et qui sont difficiles à modéliser, il est suspect d’un point de vue scientifique de voir que le consensus s’est cristallisé sur une seule cause pour le réchauffement climatique supposé et qui ferait monter le niveau des mers, à savoir l’augmentation de la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère. Quelle aubaine pour le lobby nucléaire ! Pourtant il y a d’autres gaz à effet de serre, le méthane -produit par l’élevage et l’agriculture intensifs- les oxydes d’azote, l’ozone, la vapeur d’eau, les CFC. De plus dans le réchauffement climatique d’autres facteurs interviennent aux effets mal connus. Yves Lenoir cite  » les aérosols naturels et artificiels, la perturbation anthropique du cycle de l’eau, la réduction du flux de rayons cosmiques engendrée par l’augmentation du champ magnétique solaire, les modifications du couvert végétal (Climat de panique, Ed. Favre, 2001).
Pour l’année 1999, dans le décompte AIEA de l’énergie primaire consommée mondiale, 66% des énergies fossiles émettrices de gaz carbonique ont servi au transport, chauffage, industrie pétrochimique etc. et seulement 21,7% à la production électrique. L’électronucléaire français a représenté 0,9% de l’énergie primaire consommée mondiale. Ainsi avec l’hydraulique, en supprimant les exportations d’électricité et l’autoconsommation du nucléaire, le scénario d’arrêt immédiat de 70% du nucléaire par le recours aux centrales existantes à charbon, fioul et gaz représentant 0,6% de l’énergie primaire mondiale aurait un impact négligeable sur le phénomène planétaire de l’effet de serre même avec l’hypothèse simpliste et erronée d’un réchauffement dû uniquement au gaz carbonique.
EDF veut nous engluer dans le nucléaire. Envisager de casser notre parc thermique classique est suicidaire car ce parc nous permet de sortir d’urgence du nucléaire. C’est avant l’accident nucléaire qu’il faut agir, quand le désastre est là il n’y a plus qu’à subir…

Lettre d’information n°93/94 juillet-octobre 2002
du Comité Stop Nogent-sur-Seine

 

 

 


 

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 24 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

FUKUSHIMA: LIMITES ANTHROPOLOGIQUES À LA COMPLEXITE ET RISQUE D’EFFONDREMENT SOCIETAL (François DIAZ MAURIN)… REFLEXION D’UN SCIENTIFIQUE ET UNIVERSITAIRE

Fukushima : limites anthropologiques à la complexité et risque d’effondrement sociétal

FUKUSHIMA: LIMITES ANTHROPOLOGIQUES À LA COMPLEXITE ET RISQUE D'EFFONDREMENT SOCIETAL (François DIAZ MAURIN)... REFLEXION D'UN SCIENTIFIQUE ET UNIVERSITAIRE   dans REFLEXIONS PERSONNELLES CENTRALE2(François Diaz Maurin)

Diaz Maurin, F. (2012). Fukushima : limites anthropologiques à la complexité et risque d’effondrement sociétal, Entropia, Vol. 12: 99-108. http://www.entropia-la-revue.org/
(Version de prépublication)

 

 Anthropocène, complexité et énergie
 
L’Anthropocène, c’est l’ère de l’appropriation grandissante par l’homme de l’ensemble du système terrestre et de ses attributs à l’œuvre depuis la révolution industrielle à la fin du XVIIIème siècle.
Mais l’Anthropocène c’est aussi l’ère de la complexification de la société au sens culturel du terme.
Selon l’historien et anthropologue américain Joseph Tainter (1988), la complexité culturelle d’une société se mesure par sa différentiation structurelle et organisationnelle présentant plus d’éléments constitutifs (par exemple, de nouvelles institutions) et/ou plus de types d’éléments constitutifs (par exemple, de nouvelles fonctions au sein d’institutions existantes). Dans la vision progressiste du développement des civilisations, le processus de complexification est souvent considéré comme intentionnel, c’est-à-dire comme étant le résultat de l’imagination de nos ancêtres et plus ou moins facilité par les circonstances du moment (Tainter, 2011).
Selon cette même vision progressiste, la complexification de la société a lieu par ce qu’elle le peut. De la même façon qu’une jeune pousse émerge de la terre lorsque toutes les conditions de température, d’humidité, de nutriments et de rayonnement solaire sont réunies, la complexification de la société devient possible lorsque de plus grandes quantités de ressources naturelles sont disponibles et que le surplus énergétique (quantité d’énergie délivrée à la société par le secteur de production d’énergie et dissipée ensuite au sein des autres secteurs) croît. La vision progressiste établit ainsi une relation linéaire de cause à effet entre énergie et complexité, considérant la première comme précédant la seconde et lui permettant d’émerger. Pourtant, de nombreuses civilisations avant nous, comme la Rome Antique ou la Mésopotamie Ancienne, ont bénéficié d’un niveau d’organisation structurelle– et donc d’une complexité – relativement avancé (Tainter, 1988).
Ces mêmes civilisations n’ont pour autant jamais bénéficié d’un surplus énergétique aussi important que celui dont notre « civilisation à haute énergie » (Smil, 2004) bénéfice depuis deux siècles. L’ère de l’Anthropocène représente à ce titre une période unique – et très courte – dans l’histoire de l’humanité.
La relation linéaire de cause à effet entre énergie et complexité n’est donc pas suffisante.
 
*Ancien ingénieur de l’industrie nucléaire en France et aux Etats-Unis. Chercheur à l’Institut des Sciences et Technologies Environnementales (ICTA), Université Autonome de Barcelone, Espagne. – Contact : Francois.Diaz@uab.cat1
 
1-00b2e3e123 EFFONDREMENT SOCIETAL dans REFLEXIONS PERSONNELLES 1-00b2e3e123 ENERGIE
Diaz Maurin, F. (2012).
Entropia
Vol. 12: 99-108. Version de prépublication
 
Pour expliquer le développement des civilisations anciennes. Pour comprendre toute l’ambiguïté de cette relation entre énergie et complexité, il faut d’abord étudier le rôle essentiel que joue la complexité dans la durabilité d’une société.
Selon Tainter (1988, 2004, 2011), qui a fait de cette question l’une de ses principales lignes de recherche, la complexité est un outil fondamental de résolution des problèmes rencontrés par une société et qui se dressent comme obstacles à son désir de continuité. Confrontée à de tels problèmes, la société développe alors de nouvelles technologies et institutions, ou ajoute des éléments constitutifs supplémentaires à celles déjà existantes, menant logiquement à sa complexification. La durabilité d’une civilisation dépend ainsi de sacapacité à résoudre les problèmes qu’elle rencontre à l’aide de ce processus de complexification tout en étant capable d’en absorber les contraintes (coûts financiers, énergétiques, etc.). La relation entre énergie et complexité apparaît alors comme étant auto-catalytique, c’est-à-dire que la présence d’un surplus d’énergie permet à la complexité d’émerger (vision progressiste), complexité qui en retour produit de nouveaux types de problèmes qui n’existaient pas auparavant. Or, résoudre de tels problèmes requière une complexification supplémentaire de la société et donc un surplus d’énergie d’autant plus grand. Energie et complexité sont ainsi imbriquées dans une relation de causalité à double sens (réciprocité). L’existence d’un surplus d’énergie étant une condition sine qua non à l’émergence de la complexité, celui-ci joue donc le rôle de contrainte limitative à cette relation de réciprocité et donc in fine à l’évolution d’une société complexe.
Ce point, pourtant essentiel, n’est pas toujours bien compris dans les discussions ayant trait à la durabilité. Cela vient du fait que vivre à l’ère de l’Anthropocène où l’énergie est à la fois bon marché et abondante nous donne l’impression (biaisée) que ce surplus d’énergie est quelque chose de tout à fait normal et d’immuable. Rappelons-nous toutefois que ces périodes d’abondance énergétique ont été à la fois rares et de courte durée à l’échelle de l’histoire de l’humanité.
Or, notre civilisation s’apprête à devoir affronter une double contrainte qui menace sa durabilité : la multiplication grandissante – et évidente – des problèmes et une crise énergétique globale réduisant sa capacité à résoudre cesproblèmes.
 
Fukushima, complexité et énergie nucléaire
 
Dans ce contexte de l’Anthropocène, l’énergie nucléaire est de loin le système de génération d’énergie le plus complexe jamais conçu par l’homme.
Il tient sa complexité de la nature même de cette source d’énergie à la fois très diluée à l’état primaire (minerai d’uranium) et très concentrée lors de la génération des vecteurs énergétiques (chaleur puis électricité) directement utilisable par la société. Toute la difficulté de la production d’électricité à l’aide de l’énergie nucléaire (fission) réside alors dans deux tâches suivantes : la concentration de l’uranium depuis son état naturel à son état de combustible (processus amonts de production du combustible) suivis du contrôle de cette énergie fortement concentrée (centrale nucléaire et processus avals de gestion des déchets).
Ces deux étapes impliquent la multiplication des processus industriels, des capitaux (financiers, humains et matériels), des décisions, et de la connaissance scientifique indispensables pour faire fonctionner ce système énergétique.
A titre de comparaison, l’exploitation des énergies renouvelables (rayonnement solaire, vent, marées, etc.) qui sont également très diluées à l’état primaire ne requièrent que des efforts de concentration de façon à obtenir un vecteur énergétique (électricité) directement utilisable par la société, ce qui leur donne un avantage considérable par rapport à l’énergie nucléaire en terme de compétitivité biophysique (basée sur des données énergétiques et physique, et non pas sur des données monétaires comme c’est le cas des études économétriques conventionnelles). L’énergie nucléaire est sans doute la source primaire d’énergie qui illustre le mieux l’ère hautement complexe qu’est l’Anthropocène.
Cependant,comme tout système complexe, l’énergie nucléaire est également un système fragile comme récemment illustré par les accidents de Fukushima.
Le 11 mars 2011, un violent séisme suivi d’un fort tsunami s’abattaient sur la côte Est du Japon mettant en péril 4 des 6 unités appartenant au site deproduction d’électricité de Fukushima-Daiichi. Plus précisément, ce sont trois cœurs de réacteur qui sont entrés en fusion partielle, ainsi qu’une piscine de stockage de combustible usagés d’un autre réacteur qui a subiun incendie
 
. L’ensemble de ces événements a obligé les autorités japonaises à classer la catastrophe nucléaire d’accident majeur – le niveau maximum sur l’échelle de l’INES (niveau 7) – toutefois plus d’un mois après le début des accidents. Il a d’ailleurs été largement admis que la gestion de la catastrophe nucléaire a démontré d’importantes lacunes que ce soit de la part de l’exploitant de la centrale TEPCO, des autorités japonaises ou de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (Brumfiel, 2011a) dont la principale conséquence a été le manque d’informations – parfois retenues intentionnellement (Taira et Hatoyama, 2011) – au sujet de l’état des réacteurs, de la situation sanitaire et de la radioactivité à l’échelle locale et globale.
Cette mauvaise gestion de crise en montre également la fragilité.
Il est important de préciser qu’ils s’agit bien de 4 accidents distincts du point de vue de la sûreté nucléaire (études de risques), et ce, bien que la cause initiatrice et que la centrale nucléaire soient les mêmes (Diaz Maurin, 2011 a) dont les enjeux et conséquences sont pourtant globaux.
Pour prendre la mesure de la gravité de la catastrophe, il ne suffit pas de regarder les conséquences immédiates des accidents (radioactivité dans l’air et évacuation des populations) – qui ne sont que la partie emmergée de l’iceberg – mais bel et bien l’ensemble des conséquences sanitaires, économiques et sociales que ces accidents auront à long terme.
Pour rendre la situation encore plus dramatique, les accidents ne peuvent pas encore à ce jour – l’article a été écrit en décembre 2011, soit près d’un an après le début des accidents – être considérés comme techniquement terminés et resteront actifs tant que les réacteurs ne seront pas complètement refroidis.
Compte tenu de l’ampleur de la catastrophe nucléaire de Fukushima, on est en droit – et même dans le devoir – de s’interroger sur les raisons d’une telle catastrophe.
Qu’a-t-il permis la perte totale de contrôle sur ces centrales et qui en porte la véritable responsabilité ? Ces questions sont d’autant plus importantes puisqu’elles concernent la viabilité et la désirabilité de l’énergie nucléaire qui entend être une source d’énergie alternative dans un contexte de crise globale de l’énergie.
Pour répondre à cette question, je propose de discuter deux aspects :
les phénomènes naturels qui ont provoqué les accidents de Fukushima et les méthodes employées pour estimer les risques liés à ces phénomènes.
A l’origine de la catastrophe nucléaire de Fukushima, il y a deux phénomènes naturels : un séisme et d’un tsunami. C’est la combinaison de ces deux phénomènes naturels – bien connus des géologues pour être dans certains cas couplés entre eux – qui est le plus souvent annoncée comme étant la cause des accidents.
Or, les dernières expertises font état du fait que le séisme, seul, aurait été responsable des principaux dommages causés à la centrale et notamment aux pompes de secours qui étaient déjà hors d’état de fonctionner  avant le tsunami – information retenue intentionnellement par TEPCO et délivrée aux institutions gouvernementales seulement 6 mois après le début des accidents (Taira et Hatoyama, 2011).
A ce stade, qu’un séisme seul – pourtant pris en compte dans les études de risques – soit la cause principale d’une telle catastrophe nucléaire réduit d’autant plus le caractère de « jamais vu »utilisé pour décrire la catastrophe naturelle.
Certes, le séisme lui-même était d’une magnitude inégalée dans la région, il n’en est pas moins vrai qu’un séisme de magnitude supérieure à 9.0 a lieu tous les 6 ans environ dans le monde. Cela démontre les limites des études de risques vis-à-vis des phénomènes naturels, que ce soit au niveau de leur localisation, de leur amplitude et de leur récurrence.Ce type de scénario – séisme et/ou tsunami – est bien connu et
régulièrement pris en compte dans les calculs de sureté des installations nucléaires. Pourtant, malgré leur prise en compte dans le cas des réacteurs de Fukushima, cela n’a pas empêché d’aboutir à l’une des pires catastrophes nucléaires depuis le début de son développement.
Cela signifie que les hypothèses prises au moment du développement de ces réacteurs dans les années 1970 ne furent pas suffisantes pour contenir les événements survenant en 2011 au large du Japon. Nous sommes ici en présence d’un scénario à faibles probabilités mais à grandes conséquences pour l’homme et pour l’environnement. Cette très grande sensibilité aux hypothèses critiques est caractéristique des projets complexes et représente leur fragilité.
La fragilité de la sûreté des réacteurs nucléaires peut se résumer ainsi :
l’énergie nucléaire est sûre jusqu’à ce qu’un accident survienne.
L’exploitation de centrales nucléaires actuelles implique ainsi une inévitable situation de dualité en passant d’une sûreté totale à une situation de chaos juste par le fait que certaines hypothèses critiques peuvent être dépassées.
L’implication des hypothèses de calculs comme source profonde des accidents de Fukushima – les deux événements naturels n’étant que les facteurs déclencheurs – fait donc indéniablement porter la responsabilité sur l’industrie nucléaire en charge de ces calculs, et sur les autorités de régulation en charge de leur validation.
Plus largement, ce sont les méthodes probabilistes utilisées pour évaluer les risques liés à ce type de phénomènes – naturels ou non – qui peuvent être critiquées.
On peut se demander en effet si la conception de telles centrales est faite en pleine connaissance des risques encourus. La réponse est de toute évidence négative, puisque de telles études sont affectées par la présence inévitable de « véritable ignorance » – ou « incertitude » – que l’on doit différencier de la simple « indétermination probabiliste » (Knight, 1921 ;Diaz Maurin, 2011b).
Le physicien Richard P. Feynman, lauréat du prix Nobel de physique, disait à ce sujet en 1963:
qu’ « il est d’une importance primordiale, afin de faire progresser [la science], que nous reconnaissions cette ignorance et ce doute » (Feynman, 1998).
Cela s’applique également au domaine de la technologie et donc de l’énergie nucléaire pour laquelle il est essentiel de reconnaître la présence d’ignorance et d’en identifier les sources. Or, l’une des principales sources est l’ignorance systémique affectant l’ensemble des études de risques indépendamment du type de réacteur nucléaire – à la conception aussi avancée soit-elle.
A ce titre, l’empressement de l’industrie nucléaire au lendemain des accidents de Fukushima pour annoncer à la population que les nouveaux réacteurs  « auraient résisté à une telle situation » ne fait que repousser le seuil d’incertitude sans régler pour autant le problème de fond qu’est la présence d’incertitude. De plus, de telles déclarations sont complètement hors sujet puisque aucun de ces  « nouveaux réacteurs » n’est en fonctionnement à l’heure actuelle dans le monde et il faudra attendre encore plusieurs dizaines d’années avant qu’ils représentent une part significative de la production d’électricité de la filière nucléaire – si toutefois ils étaient commandés, financés et finalement construits ce qui est de moins en moins envisagé.
De telles études de risques conventionnelles basées sur des calculs probabilistes ne peuvent donc pas– et ne devraient pas – être utilisées dans des situations où la présence d’ignorance est avérée, comme dans le cas de la sûreté nucléaire. Et si c’est encore le cas, compte tenu de la présence inévitable d’ignorance –comme lorsque l’on mène un projet à large échelle pour la première fois –il n’est pas recommandé de seulement se baser sur l’avis de « l’expert » qui n’a pas plus de raison d’être immunisé contre l’ignorance que n’importe quelle autre personne. La présence d’une  « véritable ignorance » pose donc la question de la désirabilité de l’énergie nucléaire pour laquelle on ne peut connaître les risques encourus.
Poursuivre l’ expérience à grande échelle de l’énergie nucléaire, d’une part, tout en refusant d’admettre les sources d’ignorance évidentes, d’autre part, démontre une certaine fermeture d’esprit loin de la sagesse et de l’imagination que requière la gestion de la crise énergétique globale qui représente sans doute la plus grande menace de l’ère de l’Anthropocène. En effet, rien n’indique que la transition énergétique et sociétale impliquant une diminution rapide de la qualité de l’énergie – et donc de la quantité disponible pour la société – se passe nécessairement sans heurts vis-à-vis de l’organisation sociétale actuelle (Smil, 2008, 2010 ; Tainter,2004).
 
Il semble même très probable que la transition énergétique s’accompagne d’un  « effondrement sociétal » global.
 
Risque d’effondrement sociétal
 
La notion d’effondrement sociétal est familière des lecteurs d’Entropia qui lui a consacré son numéro 7 avec un dossier intitulé: « L’Effondrement : et après ? »
Toutefois, ce terme n’y était pas clairement défini. Par « effondrement sociétal », j’entends ici la perte rapide de la complexité sociale, politique et économique (Tainter, 2004). Ce type d’effondrement est un phénomène récurrent de l’histoire des civilisations et a été synonyme de leur déclin. Un tel effondrement sociétal, selon Tainter, apparaît lorsque la résolution des problèmes n’est plus possible par l’usage du processus de complexification de la société décrit précédemment.
Or, même si l’on admet la thèse de Tainter à savoir que l’énergie n’est pas la cause première de l’effondrement des civilisations anciennes mais bel et bien leur incapacité à poursuivre dans la résolution des problèmes par le recours à toujours plus de complexité, on doit néanmoins se rappeler que la complexification d’une société n’est possible que parce qu’un surplus d’énergie croissant est disponible. C’est à ce titre que la crise énergétique dans les pays développés – et donc avant que l’on puisse les prendre en considération dans les discussions relatives à la sûreté nucléaire globale-  de par le déclin du surplus énergétique qu’elle impliquera –représente un véritable risque d’effondrement sociétal. 
La question n’est alors plus de savoir si un effondrement de notre société est possible – l’histoire nous a montré que oui – ou de savoir ce qu’il y aura après l’effondrement – compte tenu de notre ignorance vis-à-vis de cette question et du caractère auto-évolutif et non planifiable d’une société –mais la question est avant tout autre chose de connaître les implications d’un tel processus d’effondrement, et notamment de savoir s’il est désirable, évitable et, si tel n’est pas le cas, de savoir comment s’y préparer.La désirabilité d’un processus dépend de l’équilibre entre coûts engendrés et bénéfices escomptés. Or, il est clair que dans le cas d’un processus d’effondrement sociétal, l’humain n’est pas disposé à accepter les coûts d’une telle transition d’autant plus que les bénéfices escomptés sont tout sauf certains – il est en effet impossible de prédire  l’après effondrement qui est affecté par la présence d’ignorance.
Si l’effondrement sociétal n’est donc pas un processus de transition désirable pour notre société, est-il encore évitable ? 
Tout porte à croire que le processus d’effondrement sociétal soit déjà engagé même s’il n’est pas encore évident. Par exemple, le fait que certains pays renoncent à tenter de résoudre certains des problèmes auxquels ils font face (retrait du Protocole de Kyoto par le Canada, arrêt du financement des recherches européennes sur les effets à long terme de la radiation, etc.) semble illustrer l’arrêt du processus de résolution des problèmes utilisé depuis le début de l’ère de l’Anthropocène – et même au cours de l’expansion des civilisations anciennes. Il semble donc difficile de pouvoir éviter un processus d’effondrement sociétal déjà engagé ça et là, et ce, d’autant plus que le contexte à venir de crise énergétique y est très favorable.
L’effondrement sociétal sera donc très probablement une réalité signant effectivement la fin de l’Anthropocène. Toutefois, si la fin de l’Anthropocène est quelque chose de désirable à de multiples aspects sociaux et environnementaux, on ne pourrait en aucun cas s’en réjouir lorsque l’on sait qu’il sera précédé d’un tel processus d’effondrement sociétal caractérisé par une modification brutale du métabolisme énergétique aux conséquences négatives pour l’humain voire même pour l’environnement (par exemple par l’exploitation des ressources fossiles non conventionnelles). L’humain va donc devoir assurer une certaine gestion de crise ou plutôt une « gestion de l’effondrement ». La véritable question posée devient donc :
 
L’Effondrement : comment ?
 
L’un des leviers de la « gestion de l’effondrement » est la réaffectation del’utilisation des énergies conventionnelles de façon à accompagner latransition vers une société soutenable basée sur d’autres formes d’énergie qui soient renouvelables.
Cette transition, bien que longue, implique d’engager dès maintenant nos sociétés dans une discussion sur les options énergétiques qui apparaissent comme viables et désirables. Ceci est important pour que les « dernières » ressources fossiles (de qualité) ne soient plus vues comme le support de notre société moderne actuelle mais bel et bien comme le support des alternatives tant énergétiques que sociétales.
 
Conclusion
 
Aujourd’hui, à l’ère de l’Anthropocène, le recours à l’énergie nucléaire pour la production d’électricité est de loin le système énergétique le plus complexe jamais entrepris par l’homme. Or, les accidents de Fukushima ont démontré l’incapacité de l’humanité à contrôler ce système complexe.Plus spécifiquement, la présence systémique – c’est-à-dire à tout niveau –de véritable ignorance pose la question de la désirabilité d’une telle source d’énergie.
En effet, dans un contexte de crise énergétique globale étant déjà affecté par de l’incertitude, il ne serait pas judicieux d’ajouter de l’incertitude supplémentaire en faisant le choix d’une source d’énergie alternative que l’on ne peut prédire – et donc contrôler – totalement. C’est en cela que l’humanité ne semble donc plus capable de poursuivre son expansion telle que nous la connaissons depuis deux siècles en recourant au même mécanisme de complexification de la société.
Cette nouvelle catastrophe nucléaire pourrait ainsi marquer la fin de cette ère, ou tout au moins « le début de la fin ». Pourtant, fin de l’Anthropocène ne signifierait pas nécessairement – et fort heureusement – fin de l’humanité mais ouverture sur une nouvelle ère plus simple et plus durable, celle d’une co-évolution entre l’homme et son environnement. Toutefois, pour réaliser  avec succès cette transition sociétale il est important de comprendre les implications de la crise énergétique globale à venir de manière à s’engager dans une transition la plus informée possible.
Pour ce faire, cela nécessite un nouveau pacte de société visant à discuter la question de soutenabilité de manière informée à l’aide des scientifiques devant accepter l’existence de l’ignorance et du doute.
Enfin, un tel pacte de société nécessite d’être démocratique et participatif impliquant un processus de négociation entre les différents acteurs sociaux puisque rien n’a jamais été aussi incertain qu’aujourd’hui.
 
François DIAZ MAURIN
 
Ancien ingénieur de l’industrie nucléaire en France et aux Etats-Unis. Chercheur à l’Institut des Sciences et Technologies Environnementales (ICTA), Université Autonome de Barcelone, Espagne. – Contact : Francois.Diaz@uab.cat1
 
Références:
Brumfiel G. (2011a) International atomic energy agency gets new safetyremit.
Nature News Blog
Brumfiel G. (2011b) Fukushima’s reactor cores still too hot to open.
NatureNews
. doi:10.1038/news.2011.525Diaz Maurin F. (2011a) Fukushima: Consequences of systemic problems innuclear plant design.
Economic & Political Weekly 
, 46(13):10–12.Diaz Maurin F. (2011b) Sobre la viabilidad de la energía nuclear:Implicaciones de los accidentes de Fukushima-Daiichi.
Ecología Política
 41:106–111.Feynman R.P. (1998)
The meaning of it all: thoughts of a citizen-scientist 
.Basic Books.Knight, F.H. (1921)
Risk, uncertainty and profit.
Library of Economics andLiberty.Smil V. (2010)
Energy transitions: history, requirements, prospects
,Praeger Publishers.Smil V. (2008)
Energy in Nature and Society: General Energetics of Complex Systems
. The MIT Press, Cambridge, MA.Smil V. (2004) World History and Energy. In
Encyclopedia of Energy 
6:549–561, C. Cleveland, Ed., Elsevier: Oxford. Tainter J. (2011) Energy, complexity, and sustainability: A historicalperspective.
Environmental Innovation and Societal Transitions
, 1:89-95. Tainter J. (2004) Energy and sociopolitical collapse. In
Encyclopedia of Energy 
5:529–543, C. Cleveland, Ed., Elsevier: Oxford. Tainter J. (1988)
The collapse of complex societies.
New Studies inArchaeology. Cambridge University Press, New York. Taira T., Hatoyama Y. (2011) Nationalize the Fukushima Daiichi atomicplant.
Nature
480:313–314.
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 22 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

LA CATASTROPHE NUCLEAIRE DE FUKUSHIMA N’A PAS EXISTE ! (Le blog de fukushima)

LA CATASTROPHE NUCLEAIRE DE

 FUKUSHIMA

N’A PAS EXISTE !

LA CATASTROPHE NUCLEAIRE DE FUKUSHIMA N'A PAS EXISTE ! (Le blog de fukushima) dans REFLEXIONS PERSONNELLES FUKUSHIMA(Le blog de fukushima)

Les faits présentés ci-dessous sont réels. Ils ont servi et servent à atténuer l’impact d’informations dramatiques sur l’industrie nucléaire, voire à faire oublier aux hommes qu’une catastrophe de grande ampleur a lieu sur la Terre, celle qui a commencé  à Fukushima.

masque CATASTROPHES dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Toutes les astuces utilisées pour cacher les données, pour minimiser les dangers, pour éviter de reconnaître les responsabilités seront évidemment réutilisables pour la prochaine catastrophe qui ne manquera pas d’arriver bientôt, selon les lois statistiques, à l’un des 440 réacteurs répartis tout autour de la planète.

Alors voyons, quelles sont ces astuces ?


1) Effacer les données

Au Japon, les données de contamination obtenues via Speedi entre le 11 mars et le 15 mars ont été effacées « par mégarde ». Le système Speedi était sensé alerter la population rapidement en cas de pollution radioactive. Il n’a pas été utilisé, car les données recueillies ont été estimées « surréalistes ».
http://mainichi.jp/select/today/news/20120322k0000m040030000c.html?inb=tw

2) Etre frappé d’amnésie

Haruki-Madarame ENVIRONNEMENT

  »Je n’ai pas dormi pendant plus d’une semaine, et je ne me souviens de presque rien » , a déclaré M. Haruki Madarame, directeur de la NISA (agence japonaise de sûreté nucléaire). Quand on est directeur de la sécurité nucléaire, il n’y a pas besoin d’assumer, il suffit d’être amnésique.
http://bistrobarblog.blogspot.fr/2012/02/japon-16-fevrier-2012.html

3) Ne pas communiquer les informations sensibles

Si toutefois on ne peut pas faire autrement, attendre plusieurs mois, par exemple avant d’annoncer la fonte des cœurs des réacteurs.
http://fukushima.over-blog.fr/article-fukushima-1-2-3-a-fait-3-coeurs-fondus-74602670.html

Si par hasard un organisme de sécurité vous demande la copie d’un rapport, il suffit de le caviarder pour éviter d’être reconnu responsable.
http://www.gen4.fr/blog/2011/09/nouvel-exemple-de-transparence-opacifiante-de-lop%C3%A9rateur-tepco.html

4) Une fois les cœurs fondus, ne jamais utiliser le mot  »corium »  et ne jamais parler de reprise de criticité.

Si on en parle par mégarde, se rétracter immédiatement.
http://www.yomiuri.co.jp/dy/national/T111103004770.htm

5) Surtout, ne pas diffuser les images des explosions !

La vidéo de l’explosion de l’unité 4 n’a jamais été rendue publique.

La vidéo de l’explosion de l’unité 3 ne doit plus être diffusée.
Exemples  :
- Le documentaire « Fukushima » (Thierry Lefranc) ne montre aucune explosion. Pourtant cette vidéo est censée expliquer les circonstances de la catastrophe.
http://www.dailymotion.com/video/xngj0l_fukushima_webcam

- « Le déroulement de l’accident de Fukushima Daiichi » (IRSN) ne montre pas l’explosion de l’unité 3. Pourtant, ce film est censé détailler le déroulement de l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi.
http://www.youtube.com/watch?v=gF19Ukb4S-I&feature=player_embedded

Et bien sûr, si une explosion dont on a malencontreusement diffusé la vidéo a une allure bizarre, a un panache noir ou est trop puissante, surtout marteler qu’il s’agit d’une explosion d’hydrogène. Il n’est pas nécessaire d’en dire plus, les gens n’y connaissent rien en explosion nucléaire.

6) Nier une explosion si elle n’est pas visible

Tepco a modifié sa position sur l’existence d’une explosion dans le réacteur 2 et a conclu, 7 mois après les faits, qu’elle n’a pas eu lieu. Il est en effet préférable de nier ce qui ne se voit pas. 3 explosions au lieu de 4, c’est toujours ça de pris.
http://bistrobarblog.blogspot.fr/2011/10/japon-2-octobre.html

7) Faire des tours de magie pour démontrer l’innocuité de la radioactivité

401830-yasuhiro-sonoda-occupe-poste-secretaire FUKUSHIMA

Par exemple, boire en public de l’eau de refroidissement d’un réacteur nucléaire, comme l’a fait Yasuhiro Sonoda, secrétaire parlementaire.
 http://www.atlantico.fr/pepitesvideo/depute-japonais-boit-eau-fukushima-214737.html

8) Diffuser des cartes truquées

Une carte de contamination du Japon a été diffusée, puis rapidement modifiée. Il ne faut pas affoler inutilement les populations. Il ne faut pas non plus accréditer l’idée que la pollution radioactive ait pu retomber à des centaines de kilomètres de la centrale.
http://www.netoyens.info/index.php/contrib/11/11/2011/chroniques-anti-nucleaires-ils-ont-sauve-karuizawa

9) Ne jamais parler de plutonium

Ne parler que de l’iode et des césiums, surtout ne pas parler ni rechercher de traces de plutonium, d’américium, de strontium, etc. qui ont des périodes radioactives trop longues. Et si par hasard on retrouve du plutonium, surtout dire qu’il n’est pas dangereux pour la santé et qu’il provient des essais atmosphériques des années 60. Mais en général, il faut éviter de rechercher du plutonium, ça permet de ne pas en trouver, et du coup de ne pas inquiéter la population.
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/41ce34ca-692c-11e1-8096-46f518f7127c%7C15

Si on est obligé de parler de plutonium, alors il ne faut pas hésiter à mentir, à la télévision, on peut dire n’importe quoi ça passe bien et ça rassure les gens :
« Si vous comparez la toxicité, le plutonium, lorsqu’il est ingéré, n’est pas très différent de celle du sel. » (Tadashi Narabayashi)
http://fukushima.over-blog.fr/article-peut-on-boire-du-plutonium-sans-danger-81653115.html

10) Modifier les seuils légaux

Comme on ne peut pas tout manipuler et que les gens achètent des compteurs Geiger, un moyen radical est de changer les normes. S’il y a trop de radioactivité, il suffit que le gouvernement décrète des seuils plus hauts. Par exemple au Japon, les normes de radioactivité pour l’eau potable ont été relevées : le taux limite était précédemment de 10 Bq/litre pour le césium et l’iode ; il est à présent de 200 Bq/litre pour le césium et de 300 Bq/litre pour l’iode.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cons%C3%A9quences_sanitaires_et_sociales_de_l’accident_nucl%C3%A9aire_de_Fukushima#cite_note-normes-160
Comme la radioactivité est invisible et inodore, tout le monde n’y voit que du feu !

Une autre astuce est de déplacer les sondes. Au Japon, on les a remontées entre 20 et 80 m au dessus du sol et de ce fait les mesures ont été plus faibles. Peu importe si cela conduit les enfants japonais à être exposés à 20 mSv/an ‒ comme la limite des travailleurs d’une centrale nucléaire en France ‒ cela ne se verra pas. S’ils tombent malades dans l’avenir, personne ne pourra prouver l’origine des maladies.
http://fukushima.over-blog.fr/article-20-millisievert-an-pour-les-enfants-de-fukushima-72380817.html

11) Eparpiller les déchets radioactifs dans tout le pays

Cette technique est nouvellement expérimentée au Japon, mais ça marche ! Cela a deux avantages : d’abord ça permet d’augmenter en douceur le bruit de fond radioactif général sans créer de manifestation antinucléaire ; la banalisation de la radioactivité est l’avenir de cette énergie ! Ensuite cette dissémination des radionucléides dans l’environnement provoquera des maladies mieux réparties sur l’ensemble du territoire japonais, ce qui permettra de pourfendre l’idée que la région de Fukushima a été plus atteinte que les autres, et donc que globalement, un accident nucléaire n’est pas si catastrophique que ça.

Si des municipalités refusent de brûler des déchets radioactifs, proposer aux élus de plus grosses enveloppes. L’industrie nucléaire réussit à acheter toutes les consciences, que ce soit pour la construction d’une centrale, l’implantation d’un centre de stockage et maintenant l’acceptation d’incinérer ou d’enterrer des déchets radioactifs n’importe où.

12) Ne jamais utiliser le terme de catastrophe

Préférer les termes « accident » ou « incident » qui sont plus appropriés. L’industrie nucléaire n’a pas les moyens d’assumer une nouvelle catastrophe, Tchernobyl a déjà beaucoup trop coûté.
http://www.stop-nucleaire31.org/spip.php?article61

Et surtout, toujours faire l’amalgame avec la catastrophe naturelle provoquée par le tsunami, c’est très important de brouiller les pistes.

13) Diffuser des articles affirmant que l’accident n’a fait aucun mort.

Il est important que ces articles soient écrits par des « experts scientifiques ».
Exemple, l’article de Michael Hanlon publié dans le Daily Telegraph et repris par de nombreux sites francophones, « Tsunami : 20 000 morts – Fukushima Daiichi : zéro mort »
http://fukushima.over-blog.fr/article-fukushima-zero-morts-etc-101593077.html

Il est primordial de diffuser cette idée que l’énergie nucléaire n’est pas dangereuse. Peu importe s’il y a déjà eu des morts ou s’il y en aura, le seul intérêt visé étant la sauvegarde des profits générés par l’industrie nucléaire.

Utiliser les hommes politiques pour diffuser ces mensonges est important, ça fait plus sérieux :
« [Le nucléaire] est une énergie qui n’a tué personne ». (Gérard Longuet)
http://lelab.europe1.fr/t/le-nucleaire-une-energie-qui-n-a-tue-personne-1233

14) Si par malheur il y a des morts, ne jamais dire que les personnes sont mortes à cause de la radioactivité.

Il existe des tas de noms de maladies, il faut utiliser un de ces noms, c’est assez simple : leucémie foudroyante, infarctus, surmenage, etc.
Sinon, une astuce pour éviter de parler des décès des ouvriers est de ne pas comptabiliser les employés qui font des travaux dangereux, surtout dans les premiers mois. Il suffit d’utiliser massivement des entreprises de sous-traitance, de licencier les ouvriers concernés une fois qu’ils ont terminé leur travail et le tour est joué !
http://fukushima.over-blog.fr/article-les-disparus-de-fukushima-93065109.html

15) Organiser la vie des territoires contaminés comme si rien ne s’était passé pour faire croire à la population que tout est normal.

Exemple : organiser des marathons sur les routes et chemins contaminés de la préfecture de Fukushima. Le fait d’utiliser des enfants qui n’ont pas conscience du danger est excellent en termes d’impact visuel : « Si les parents laissent leurs enfants respirer à pleins poumons la poussière de Fukushima, c’est qu’il n’y a vraiment aucun danger », pensent les gens qui ont connaissance de ces évènements.
Marathon de novembre 2011 : http://fukushima-diary.com/2011/11/lets-die-together-marathon/
Marathon du mois de mars 2012 : http://fukushima-diary.com/2012/03/death-marathon-again/

16) Effacer des moteurs de recherche les liens directs vers des articles trop sensibles

Ce qui est gênant avec l’Internet, c’est que d’autres sites reprennent ces articles et que les internautes peuvent finalement y avoir accès. Il est très regrettable que la population obtienne trop d’informations sur les effets des radiations à faible dose sur la santé car des millions de personnes vivent à côté de centrales nucléaires dans le monde. Désinformer sur les faibles doses est primordial pour l’avenir de l’industrie nucléaire.
Au besoin, il ne faut pas hésiter à neutraliser les scientifiques qui tendraient à prouver ces dangers.

Bandazhevsky NUCLEAIE

Exemple : le professeur Bandazhevsky, recteur de l’Institut de Médecine de Gomel, a été condamné à 8 ans de réclusion après avoir tenté de faire connaître ses résultats sur les faibles doses pour les enfants de Tchernobyl.
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/cata_banda_web.html

17) Et surtout, il faut à la fois minimiser et positiver ! C’est excellent pour le moral, et ça permet de ne pas à avoir à expliquer l’inexplicable.

Quelques exemples :
Ce n’est « pas une catastrophe nucléaire » (Eric Besson, ministre de l’industrie)
http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/03/14/japon-comment-le-discours-du-gouvernement-francais-a-evolue_1493013_823448.html

11 avril 2011 : « Dans trois mois (…) les habitants pourront théoriquement revenir » (Thierry Charles, IRSN)
 http://fukushima.over-blog.fr/article-le-nouveau-pellerin-est-arrive-71748502.html
…phrase en parfaite concordance avec ce que pense Jean-Marc Jancovici : « Il n’y a plus de raison sanitaire, aujourd’hui, d’empêcher le retour des populations évacuées à Fukushima, qui, au final, n’aura fait aucun mort par irradiation. »
http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20120220trib000684006/entretien.-nicolas-sarkozy-a-rate-la-marche-du-grenelle-de-l-environnement-.html

 « Le corium (…) s’est retrouvé en partie au fond des réacteurs, on verra en quoi ce n’est pas forcément un problème en termes d’impact environnemental. » (Olivier Isnard, IRSN)
http://fukushima.over-blog.fr/article-fukushima-conference-du-7-juillet-2011-a-l-ambassade-de-france-au-japon-78989045.html

Il faut aussi bien expliquer à la population que si on reste de bonne humeur, cela stoppe les radiations : selon le professeur Yamashita, Conseiller à la Gestion des Risques de Santé dus aux radiations dans la préfecture de Fukushima, « Pour dire la vérité, les radiations n’affectent pas les gens qui sourient, mais ceux qui sont soucieux. Cela a été clairement démontré par des études sur des animaux. »
http://fukushima.over-blog.fr/article-france-et-japon-memes-methodes-mensonge-et-obscurantisme-sur-la-radioactivite-78363664.html

« Nous souhaitons que tous viennent au Japon en toute quiétude pour travailler, étudier ou faire du tourisme. »
 « Venir au Japon et acheter des produits japonais, y compris ceux produits dans les régions sinistrées, constitue le meilleur soutien à la reconstruction que l’on puisse fournir. » (ambassade du Japon en France)
http://japon-gekokujo.over-blog.com/
 
 « Nous avançons assurément vers la reconstruction et la régénération de notre pays » (Ichiro Komatsu, ambassadeur du Japon en France)
http://www.fr.emb-japan.go.jp/actualite/2012/remerciement_un_an_apres.html

18) Pour finir, une bonne couche de désinformation et le tour est joué !

Au cas où tout le reste ne prendrait pas, réaffirmer des mensonges fondamentaux du genre : « L’accident de Fukushima n’est pas un accident nucléaire » (le Président de la République Française de l’époque, Nicolas Sarkozy)
http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=321997 à 9:50

Puis, produire des vidéos idylliques de ce type pour convaincre définitivement les récalcitrants, en particulier les touristes, pour leur faire croire qu’au paradis de Fukushima, la poussière du sol est propre, et que les enfants peuvent y jouer en toute quiétude.
Image de prévisualisation YouTube

Donc résumons le discours des tenants de l’industrie atomique qui veulent effacer cette catastrophe nucléaire : oui, il y a bien eu un accident à Fukushima dans une centrale nucléaire. Mais bon, c’était il y a plus d’un an. En fait, il n’y a pas eu de mort, et la centrale est depuis longtemps sous contrôle. Le peu de radioactivité qui s’en est dégagé s’est finalement dilué dans l’immensité de l’océan, et de toute manière la radioactivité n’est pas dangereuse pour la santé. Au contraire, elle crée des paradis où il fait bon vivre et se régénérer.

Vue comme ça, elle n’est pas belle la vie ?

Le blog de Fukushima

 

Fukushima: le gouvernement et Tepco ont ignoré le risque d’accident

TOKYO – Le gouvernement japonais et la compagnie d’électricité Tepco ont ignoré le danger lié à l’énergie nucléaire, ce qui a rendu possible l’accident à la centrale Fukushima Daiichi en mars 2011, a affirmé lundi le rapport final de l’exécutif sur la catastrophe.

Le problème principal provient du fait que les compagnies d’électricité, dont Tepco, et le gouvernement n’ont pas perçu la réalité du danger, car ils croyaient au mythe de la sécurité nucléaire au nom duquel un accident grave ne peut se produire dans notre pays, ont expliqué les membres d’une commission d’enquête désignée par le gouvernement.

Les auteurs, dont des ingénieurs, chercheurs et juristes, ont rendu un volume de 450 pages à l’issue d’entretiens avec 772 personnes impliquées avant ou pendant l’accident, dont le Premier ministre au moment de la catastrophe, Naoto Kan.

A l’instar d’un précédent rapport, commandé par le Parlement et rendu début juillet, le texte publié lundi critique en des termes assez virulents tant le régulateur public que la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), gérant la centrale Fukushima Daiichi (nord-est).

Non seulement les autorités et Tepco n’ont pas pris de mesures suffisantes pour empêcher cet accident, intervenu après un séisme de magnitude 9 et un tsunami géant qui a submergé les installations, mais leur gestion de la catastrophe a laissé à désirer, d’après le rapport gouvernemental.

Il pointe ainsi un certain nombre de problèmes internes à Tepco comme une gestion de crise déficiente, une structure organisationnelle peu adaptée aux situations d’urgence et une formation insuffisante du personnel en cas d’accident grave.

Le rapport accuse aussi Tepco d’avoir traîné des pieds pour identifier les causes de l’accident, ce qui empêche l’industrie nucléaire nippone de tirer les conclusions adéquates de la catastrophe.

Tepco continue de prétendre depuis l’accident que rien ne laissait penser qu’un séisme et un tsunami aussi importants frapperaient le nord-est du Japon où se trouve la centrale Fukushima Daiichi.

Le rapport critique par ailleurs les interventions directes du Premier ministre, Naoto Kan, et de son équipe dans la gestion opérationnelle de l’accident.

Il faut dire que son intervention directe a fait plus de mal que de bien, car cela a pu entretenir la confusion, empêcher de prendre des décisions importantes et entraîner des jugements erronés, pointe-t-il.

L’accident de Fukushima, le pire du secteur depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986 a provoqué d’importantes émissions radioactives dans l’air, les eaux et les sols de la région de la centrale, située à 220 km au nord-est de Tokyo. Une centaine de milliers de personnes ont dû évacuer leur domicile en raison des risques sanitaires.

(©AFP / 23 juillet 2012 08h34)

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 22 juillet, 2012 |1 Commentaire »

FUKUSHIMA: UN SOUS TRAITANT A DEMANDE À SES OUVRIERS DE MENTIR SUR LEUR EXPOSITION RADIOLOGIQUE…QUOI DE PLUS HABITUEL !…EN FRANCE, C’EST LA MÊME CHOSE ! (Thierry LAMIREAU)

Fukushima:

 Un sous-traitant a demandé à ses ouvriers de

 mentir sur leur exposition radiologique…

quoi de plus « habituel » !…

en France, c’est la même chose !

FUKUSHIMA: UN SOUS TRAITANT A DEMANDE À SES OUVRIERS DE MENTIR SUR LEUR EXPOSITION RADIOLOGIQUE...QUOI DE PLUS HABITUEL !...EN FRANCE, C'EST LA MÊME CHOSE ! (Thierry LAMIREAU) dans REFLEXIONS PERSONNELLES FUKUSHIMA

TOKYO – Un sous-traitant intervenu sur le site nucléaire accidenté de Fukushima au Japon aurait poussé ses ouvriers à sous-déclarer le niveau de radiations auquel ils étaient soumis, vraisemblablement pour ne pas perdre son contrat, ont rapporté samedi plusieurs médias japonais.

Selon le quotidien Asahi Shimbun et d’autres médias japonais, un responsable de la société de construction Build-Up aurait demandé en décembre à une dizaine de ses ouvriers de recouvrir de plomb les dosimètres qu’ils portaient pour évaluer le cumul de radiations auxquelles ils étaient exposés, lorsqu’ils intervenaient dans les zones les plus radioactives de la centrale accidentée.

Cette demande visait apparemment à sous-déclarer leur exposition afin que la société puisse continuer à travailler sur le site, rapportent ces médias.

Ces ouvriers ont été engagés pendant environ quatre mois, entre décembre 2011 et mars 2012, pour isoler les tuyaux d’une installation de traitement des eaux, a précisé de son côté l’agence Kyodo News.

L’agence de presse Jiji et d’autres quotidiens indiquent que le Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a commencé à enquêter à ce sujet.

L’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi, exploitée par la compagnie d’électricité Tokyo Electric Power (TEPCO), le plus grave depuis la catastrophe de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, est survenu après un séisme de magnitude 9 dans la région du Tohoku (nord-est) qui a déclenché un tsunami sur tout le littoral.

Plusieurs ouvriers de Build-Up ont confié à l’Asahi Shimbun qu’en décembre, un haut responsable de la société, leur superviseur sur place, leur avait expliqué qu’il portait un boîtier en plomb et leur avait demandé d’en faire de même.

Ce responsable leur aurait expliqué que s’ils ne truquaient pas leur niveau d’exposition, ils atteindraient rapidement le niveau maximal annuel légal de 50 millisieverts, selon le quotidien, qui précise que les ouvriers sont en possession d’un enregistrement du briefing.

Certains ouvriers ont refusé de recouvrir leur dosimètre et ont quitté la société, poursuit encore l’Asahi Shimbun.

Ni le ministère, ni la société Build-Up n’ont pu être joints ce  samedi 21 juillet 2012.

TOKYO ELECTRIC POWER

(©AFP / 21 juillet 2012 11h49)

COMMENTAIRES:

(Le Souffle c’est ma Vie / T.LAMIREAU)

On pourrait trouver scandaleux que des

 hommes soient condamnés en cachant leurs

 réelles doses radioactives…on pourrait se dire

 que c’est « normal » considérant les problèmes à

 FUKUSHIMA…

Alors, pour votre information…

sachez qu’en FRANCE…

c’est la même chose !…

et même pas en situation « de crise » !

EDF, l’Etat français, acceptent de TUER

les « trimardeurs du nucléaire » !…

et personne ne bouge !

C’est, en quelque sorte,

un CRIME CONTRE L’HUMANITE !…

réalisé en « toute douceur »…

 dans le SILENCE et la COMPLICITE !…

des ELUS DE LA NATION française !

Voici donc des textes qui vous mettront…

comment dire…DANS L’AMBIANCE !

 

Rationalité instrumentale et santé au travail:
Le cas de l’industrie nucléaire française

Centrales_nucleaires_France FUKUSHIMA dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Dans la fuite en avant ultra libérale de cette fin du XXe siècle, la rationalité instrumentale tend à imposer une valeur unique et ultime du sens et des transformations de l’organisation du travail: la compétitivité (Groupe de Lisbonne, 1995). Cette valeur est désormais donnée comme « naturelle » et première, rendant caduque toute référence à d’autres valeurs, qu’il s’agisse du sens de la production économique (énergétique), ou des formes sociales de celle-ci. C’est ainsi que la compétitivité s’est imposée comme valeur absolue, sur laquelle un consensus social fort s’est structuré autour du défi nucléaire. Un slogan la résume : « le nucléaire ou la bougie« . Impérieuse est donc, pour l’entreprise EDF, dans son ensemble la recherche de tout abaissement des coûts de production susceptible de concourir au maintien de la compétitivité du nucléaire comme énergie de l’avenir. Or la direction du parc nucléaire est confrontée à une contradiction majeure entre la sûreté des installations et la protection contre les rayonnements ionisants des agents de maintenance.
La sûreté nucléaire désigne la garantie d’une protection sans faille contre le risque d’accident nucléaire, dont Tchernobyl montre l’impact dramatique sur la santé des populations irradiées à court, moyen et long terme même si une part de ses effets reste à ce jour méconnue (Belbéoch, 1993). Cette garantie passe par la réalisation d’opérations de maintenance dans le coeur même des installations nucléaires, là où la radioactivité constitue un risque permanent pour toute intervention humaine. Pour prévenir le risque d’accident pouvant entraîner des irradiations massives, il faut donc – et c’est la contradiction- exposer aux rayonnements ionisants des travailleurs chargés de ces opérations de maintenance.
Ces interventions supposent une qualité sans faille tout en respectant les limites d’exposition aux rayonnements ionisants et sous forte contrainte de temps. La rentabilité des centrales repose sur une disponibilité productive la plus grande. Le temps d’immobilisation pour maintenance doit donc être réduit au strict minimum. La sous-traitance et la précarisation sont les moyens trouvés par l’exploitant nucléaire pour gérer contradictions et contraintes de la sûreté nucléaire au moindre coût. Quels en sont les moyens ? Quelles en sont les conséquences pour les travailleurs concernés ?
L’objectif de cet article est de tenter de répondre à ces questions. Il s’appuie sur une recherche engagée en 1988, pour le Ministère du Travail puis dans le cadre d’une convention avec le Fonds d’Intervention en Santé Publique, concernant l’organisation du travail et de la santé au travail des salariés d’entreprises prestataires,  » Directement Affectés aux Travaux sous Rayonnements  » (DATR) lors des opérations de maintenance dans les centrales nucléaire. Deux enquêtes ont été menées, portant l’une (auprès de médecins du travail) sur les conditions de suivi médico-réglementaire et de surveillance individuelle des doses de rayonnements reçues par les travailleurs extérieurs (ATM et col, 1992), l’autre (auprès des travailleurs eux-mêmes) sur le vécu du travail et de l’exposition aux rayonnements ionisants (ATM, 1995)
La parole des travailleurs « extérieurs » DATR n’est habituellement pas sollicitée. Elle a été écoutée dans le cadre d’un film (Pozzo di Borgo, 1996), d’une émission de télévision (J.M. Cavada, 1997), et de quelques flashs médiatiques. Elle ne s’exprime sur le mode collectif que depuis certains conflits récents et le plus souvent ponctuels et très localisés, notamment sur le site de la centrale nucléaire de Chinon. Dans l’univers nucléaire, cette parole, ces récits, ce discours, n’ont pas de reconnaissance, ni même d’existence. C’est pourtant cette parole qui ouvre à la connaissance de l’organisation du travail telle qu’elle se vit dans la réalité, qui permet aussi la mise à jour des formes que prennent, dans cette organisation sociale, les rapports sociaux de domination; parole à la fois soumise et subversive, puisqu’elle donne à voir cette organisation du travail elle-même comme un système de pouvoir et d’exploitation, dont la vie, la mort, la santé, la dignité, sont l’enjeu.

 PRODUCTIVITÉ, MAINTENANCE, SÉCURITÉ, SÛRETÉ

Comme pour tout process technique intégré et automatisé, la productivité de l’industrie nucléaire et donc aussi sa compétitivité sont liées, non seulement au fonctionnement du process lui-même, mais à deux autres facteurs déterminants que P. Zarifian met en évidence dans son analyse de la nouvelle productivité (1990).
Le premier de ces deux facteurs est:
- La réduction des temps pendant lesquels ne se réalisent pas des opérations machiniques. Pour l’industrie nucléaire, il s’agit en particulier de la durée des arrêts de tranche au cours desquels le combustible est déchargé et l’activité nucléaire arrêtée. Cela signifie, pour ces périodes, une perte de disponibilité des centrales par rapport à la production d’électricité. C’est une des préoccupations majeures de la direction du parc nucléaire. En effet dans les années 80, cette disponibilité est passée de 85 % (1986) à 71% (1992). Ceci a motivé la décision d’un resserrement de la période annuelle au cours de laquelle sont effectuées les opérations de maintenance (avril-septembre) et un raccourcissement de la durée des arrêts de tranche proprement dits, contraignant les sous-traitants à adopter le travail saisonnier. En 1994, la disponibilité était remontée à 82%.
Le second facteur est  » la fiabilité des installations et des processus (réduction des aléas et des pannes)« . Dans le cas de l’industrie nucléaire, il s’agit non seulement de garantir le fonctionnement (et donc la productivité) mais aussi d’éviter toute menace d’accidents ou de dispersion radioactive dans l’environnement. Cette exigence de fiabilité est désignée par le terme de « sûreté nucléaire« . Or, avec le vieillissement des centrales, s’accroissent tant les manifestations d’usure que la contamination radioactive.
Pour garantir la sûreté nucléaire, il faut non seulement accompagner le processus de fonctionnement et de vieillissement des centrales, mais anticiper par rapport aux conséquences possibles des phénomènes d’usure. Les délais d’apparition et les caractéristiques de ces derniers sont autant d’aléas dont la survenue attendue pour certains, inattendue pour d’autres, reste pour partie imprévisible: ruptures des gaines du combustible, fissures de tuyau ou de couvercle de cuve, corrosion au plomb de certaines tuyauteries, fuites d’effluents radioactifs, apparition de défauts sur des vannes ou robinets, diminution d’étanchéité de certaines soudures, etc. C’est ce que, dans l’industrie nucléaire, on appelle « le fortuit« , c’est-à-dire la rencontre d’événements non programmés.
Le maintien en état des centrales nucléaires suppose donc le déploiement d’une activité de maintenance permanente dans laquelle l’anticipation est indispensable pour limiter la probabilité de la panne ou de l’accident. Une part déterminante de cette activité est l’interprétation des signes du vieillissement, de menaces de fissures, de l’usure des joints et des soudures, des défauts d’une structure métallique, du « travail » même des éléments matériels qui composent le système technique du cycle nucléaire. Ainsi, la maintenance consiste à exercer une surveillance sans faille des signes et des modalités d’usure des matériaux ainsi que des multiples systèmes, mécaniques, électriques, électroniques, qui s’enchevêtrent dans le processus de production d’énergie nucléaire.
Même si elles sont aidées par des systèmes techniques et électroniques, l’interprétation des signes d’usure, la décision et la mise en oeuvre des mesures correctives nécessaires ne sont pas des tâches que l’homme peut déléguer à des robots. Il faut aller voir et travailler là même où les risques sont les plus grands à la fois pour la sûreté et pour la sécurité: le bâtiment réacteur, le circuit primaire, les générateurs de vapeur. La radioactivité y est présente et toujours dangereuse.
Là réside une des contradictions majeures auxquelles ont à faire face les dirigeants de l’industrie nucléaire: la sûreté nucléaire dépend de la qualité des opérations de maintenance dans lesquelles l’intervention humaine est irremplaçable. Mais en même temps, plus les centrales vieillissent, plus les risques d’irradiation et de contamination augmentent, ce qui accroît l’exposition potentielle des personnes chargées de ces interventions.
Il importe ici de soulever une question qui se situe en amont de la situation actuelle. Qui mieux que les agents EDF étaient à même d’assurer cette fonction déterminante de l’organisation productive d’une centrale nucléaire ? Présents de façon permanente sur les sites, accumulant l’expérience du fonctionnement des centrales et de ses incidents, ces travailleurs représentent (ou représentaient) la mémoire concrète des installations nucléaires pour lesquelles l’expérience industrielle a encore très peu de recul. Sachant que l’industrie électrique est en France un monopole d’état, qui, dans sa conception originelle, avait été conçu avant tout comme un service public et non comme une activité soumise à la concurrence internationale, pourquoi l’exploitant EDF et l’État n’ont-ils pas choisi de s’appuyer sur cette expérience, ces savoir-faire, cette mémoire des installations, pour garantir la sûreté et la sécurité, tant par rapport aux travailleurs sur les sites des centrales que pour la population vivant au voisinage de celle-ci ? Pourquoi avoir fait le choix de sous-traiter la maintenance dans l’industrie nucléaire ?

 LA SOUS-TRAITANCE

C. Altersohn (1992), spécialiste de la sous-traitance au Ministère de l’Industrie, définit ainsi la sous-traitance:
 » Il s’agit toujours d’une pratique qui permet à un agent économique de se décharger sur un autre de tâches qui lui incombe juridiquement au titre d’obligations souscrites dans le cadre de sa propre activité ». Il met ainsi en évidence « l’existence de rapports de domination liés à la nature même de la relation de sous-traitance, formée à la suite de choix entre faire et faire-faire qui sont toujours aléatoires ».

Quelles sont les modalités concrètes d’exercice de ces rapports de domination?

 Dans une étude juridique concernant la « sous-traitance et les relations salariales » à propos de deux secteurs industriels très différents (l’aérospatiale et le textile-habillement), M. L. Morin (1994) montre que « l’asymétrie des relations entre donneurs d’ordre et sous-traitants » s’exprime à deux niveaux.

Le premier niveau concerne le rapport économique dans lequel les premiers mettent en concurrence les seconds dans le cadre d’appels d’offre sans cesse renouvelés et qui consacrent une logique du  » moins-disant » (c’est-à-dire le sous traitant le moins cher).

En second lieu, interviennent des formes diversifiées de sujétion technique qui imposent aux sous-traitants les exigences du donneur d’ordre en matière de procédés techniques, qualité, délais et « partage des risques« . Il s’agit, en réalité, d’un transfert des risques vers les sous-traitants. M.L. Morin montre en effet que:
 » le risque de l’emploi devient l’affaire des sous-traitants ».
En d’autres termes, les donneurs d’ordre ne s’estiment pas responsables des problèmes d’emploi qui peuvent apparaître chez leurs sous-traitants du fait des fluctuations de leur propre activité. Le recours aux emplois temporaires ou aux prêts de main d’oeuvre devient, pour les entreprises sous-traitantes, la seule stratégie possible pour faire face à ces fluctuations sans mettre en péril leur survie économique et leur compétitivité face aux autres sous-traitants.
M.L. Morin montre également comment la différenciation des niveaux de salaire et des conventions collectives joue également un rôle dans les relations de sous-traitance, car elle permet, pour les donneurs d’ordre, un abaissement du coût du travail sans que ce dernier ait dû être négocié avec les organisations syndicales dans leurs propres établissements.
Les employeurs sous-traitants sont prisonniers d’une double contradiction: l’une les oblige à gérer dans des délais de plus en plus étroits et à des prix de plus en plus bas les exigences techniques et de qualité constamment renforcées posées par les donneurs d’ordre; l’autre met en opposition l’ensemble des contraintes imposées par les donneurs d’ordre et les conditions de travail, d’emploi et de rémunération de leurs salariés.
M.L. Morin l’écrit, le droit du travail n’a pas de prise sur ces rapports de domination qu’instaurent les relations de sous-traitance. En effet, ils s’exercent, non pas entre un employeur et des salariés dans le cadre d’une relation contractuelle assortie de garanties, mais dans un assujettissement total des salariés des entreprises sous-traitantes au jeu de la concurrence dans le cadre d’une relation marchande « client-fournisseur ».
A. Supiot (1994) dans sa « Critique du Droit du Travail » insiste, pour sa part, sur ce fondement du droit du travail que représente le contrat de travail. Celui ci « a eu et a toujours pour première raison d’être de faire resurgir le salarié en tant que sujet de droit dans l’entreprise, c’est-à-dire de civiliser le pouvoir patronal en le dotant d’un cadre juridique d’exercice« . C’est ce cadre qui se trouve marginalisé dans les relations de sous-traitance, puisque celui qui détient le pouvoir sur l’organisation du travail – le donneur d’ordre – l’exerce non pas en référence aux droits et obligations contenus dans le contrat de travail mais par le biais d’une relation marchande entre entreprises.

 LE CHOIX DE LA SOUS-TRAITANCE DANS L’INDUSTRIE NUCLÉAIRE

Le choix, pour la maintenance de l’industrie nucléaire, entre faire et faire-faire, a été tranché en faveur du « faire-faire », à partir des années 80.
L’engagement d’EDF dans la compétitivité internationale et la stratégie d’exportation (du courant électrique et de centrales nucléaires), imposent de rompre avec la logique d’une négociation salariale qui encadrait trop étroitement la politique de gestion du personnel, des salaires et des conditions de travail. C’est en référence à un discours sur la modernisation, le projet d’entreprise et de nouvelles formes de management (dont un ouvrage collectif récent présente les différents aspects idéologiques: H.Y. Meynaud, 1996), que la direction d’EDF engage les réformes structurelles qui vont conduire à une externalisation quasi complète de la maintenance.
Comme dans le cas d’autres grandes entreprises nationalisées, s’engager dans la voie de la sous-traitance, c’est pour la direction d’EDF et l’État – sans avoir à le justifier par d’autres motifs que la rationalisation gestionnaire – se dégager des contraintes du Statut du Personnel et du mode de relations salariales établi dans l’entreprise depuis 1945, dont plusieurs ouvrages retracent les origines et l’histoire (L. Duclos, N. Mauchamp, 1994; N. Gérôme, 1989, Groupe de recherches historiques de la centrale de Cheviré, 1987; J. Janiaud, 1990).
S’appuyant sur le partenariat industriel déjà existant avec les constructeurs des centrales (en particulier, Framatome et Alsthom) qui assurent, depuis le démarrage des centrales, la maintenance hautement spécialisée de ces dernières, la stratégie du Parc Nucléaire français, à partir de 1988, est de sous-traiter la quasi-totalité de l’exécution des travaux de maintenance en ne gardant, à l’interne que les tâches de préparation et de contrôle de ces travaux. Le volume de maintenance sous-traitée passe en 5 ans de 20 à 80 %.
Ce choix de la sous-traitance n’est pas annoncé officiellement en tant que tel mais il est entériné, sans concertation avec les organisations syndicales, par un rapport du Service de Production Thermique EDF concernant  » l’amélioration de la sûreté nucléaire en exploitation ? » (Rapport Noc 1990). L’objectif affiché de ce rapport est de répondre à la question : « Comment réaliser un progrès significatif en matière de qualité et de sûreté d’exploitation dans la maintenance ? » La réponse donnée par la direction d’EDF s’appuie sur un double mouvement:
- le développement d’une activité interne à EDF et  » à personnel constant » de préparation, de contrôle et d’analyse des interventions de maintenance. Cela suppose une transformation des qualifications des agents EDF et le recrutement exclusif de diplômés (au minimum bac+2). L’objectif recherché est un « changement culturel » vers une « multicompétence fonctionnelle » et l’augmentation de la partie méthodes et contrôles de la maintenance;
- La sous-traitance des tâches d’exécution au nom d’une gestion rationnelle du  » bon et plein emploi« :
« Pour des raisons économiques évidentes dans le cadre du bon et plein emploi une part importante de ces activités (c’est-à-dire la manutention du combustible, le traitement des déchets solides, l’assistance-chantier qui comporte laverie, décontamination, nettoyage, montage, échafaudage, sas manutention) doit être sous-traitée, la maîtrise de ces interventions étant assurée par la préparation et le contrôle technique de celles-ci. »
Les raisons économiques « évidentes » ne sont pas désignées concrètement, mais les  « métiers » évoqués le montrent, il s’agit de travaux peu qualifiés dont le coût, à l’interne, est beaucoup plus élevé que s’ils sont sous-traités.
Un agent EDF résume ainsi ce que représente pour lui la transformation de l’organisation de la maintenance sur les sites nucléaires, au cours d’un colloque, organisé par les CCAS EDF, en mars 1995, sur les conditions de travail dans la maintenance nucléaire:
 » Un arrêt de tranche, c’est mille salariés, c’est pratiquement le double d’effectif qu’il y a en agents statutaires. C’est quelque chose de phénoménal. Sur un site comme le nôtre, en 1990, le nombre d’heures effectuées en sous-traitance totale, c’est-à-dire en arrêt et hors arrêt, était de 85 000 heures. En 1993, il a été de 220 000 heures. Et cette augmentation n’est pas simplement liée à une augmentation des travaux. On aurait effectué davantage de travaux de 90 à 93. Or, la quantité de travaux a été quasiment identique, le nombre d’arrêts de tranche a été quasiment identique, donc il s’agit bien d’un transfert de travaux qui, jadis étaient faits au sein de l’EDF, qui ont été vers la sous-traitance.
Les enjeux de la maintenance depuis 1990 ? le principal c’est la maîtrise des coûts de maintenance. Il faut savoir que sur un kW/h produit, à la sortie de l’alternateur il y a dix pour cent qui est consacré à la maintenance. Pour maîtriser les coûts ça a été, au niveau des agents EDF, de se recentrer vers des activités d’ingénierie et de préparation, les activités d’exécution étant sous-traitées en arrêt de tranche.
On nous rabâche toujours que l’agent EDF revient beaucoup plus cher si on compte les taux horaires et tout ce qui vient se greffer autour, les avantages. Alors bien sûr on nous dit toujours que l’agent extérieur qui intervient sur les sites a un coût de revient nettement moindre. Mais ce qu’on oublie de préciser, c’est qu’il y a la préparation qui est faite par EDF, il y a tout un tas de choses qui viennent se greffer là-dessus.
Les agents EDF ont l’impression qu’on veut les éliminer un petit peu. Sous l’aspect réduction d’effectifs, réduction des coûts, on dit : les agents EDF ne sont pas rentables donc on préfère donner les activités au privé.
La nature du travail des agents EDF a changé et c’est une question fondamentale. Tout était certes dans un cadre conflictuel mais tout était encadré techniciens, ouvriers tendus vers l’objectif de la réussite de l’entreprise, de notre conception du service public, de la conception technologique que nous avions.
Il y a quinze ans, l’arrêt de tranche, on regardait pas la rentabilité. On faisait de la sûreté au départ. C’était la première chose, la sûreté et la sécurité du personnel. On prenait garde à la sécurité du personnel. Et l’évolution actuelle est plutôt une tendance inverse. On fait des arrêts de tranche de plus en plus courts sous l’égide de la rentabilité. Maintenant, on n’entend parler dans les arrêts de tranche qu’argent, enveloppe. On n’entend moins parler de sûreté et de sécurité du personnel, on en n’entend plus parler. Aujourd’hui, l’objectif qu’impose EDF pratiquement à tout le monde, c’est celui de la rentabilité, c’est celui qui doit faire en sorte qu’EDF devienne une entreprise privée comme les autres avec une taille telle qu’elle se trouve en situation d’exploiteur vis-à-vis de ses partenaires. On devrait montrer un peu l’exemple vis-à-vis de ces gens-là. Mais malheureusement c’est un rapport de fric, un rapport d’argent.
 »
Le rapport Noc présente donc un vaste programme de rationalisation de la gestion le la maintenance, dont l’objectif tel qu’il est perçu par ceux qui le mettent en oeuvre, est avant tout celui de faire diminuer les coûts.

 LA DIVISION DU TRAVAIL ET DES DOSES

Le rapport Noc occulte une dimension essentielle de l’organisation sociale du travail choisie. Du fait de l’exposition aux rayonnements ionisants, la division du travail y prend un caractère particulier. Elle n’est pas seulement division des tâches, du travail proprement dit. Elle est aussi, et peut-être avant tout, une division des doses de rayonnements reçues par les travailleurs. Tout d’abord, s’impose à l’observation une externalisation massive du risque d’irradiation et de contamination des agents EDF vers les travailleurs extérieurs, selon la division technique classique: conception (ici préparation/contrôle), exécution. Environ 25 000 salariés de plus de 1 000 entreprises différentes, les travailleurs extérieurs, reçoivent 80 % de la dose collective annuelle enregistrée sur les sites nucléaires, avec des doses individuelles moyennes mensuelles, par mois de présence en zone irradiée, 11 à 15 fois plus élevées que celles des agents EDF (ATM et col, 1992).
Entre les travailleurs « extérieurs » eux-mêmes, une autre division du travail apparaît qui sépare les tâches, importantes pour la sûreté, pour lesquelles un travail préalable a permis de réduire l’exposition aux rayonnements ionisants et les tâches ordonnées à la préparation des premières dont, en particulier, les tâches fortement exposées aux rayonnements ionisants.
Les rapports sociaux qui s’établissent entre les différentes catégories de travailleurs impliqués sont eux-mêmes traversés par cette division du travail et des expositions qui met les uns en situation, non seulement de servir les autres mais de prendre à leur compte l’exposition au risque d’irradiation et de contamination de l’ensemble de l’activité de maintenance.
Pour que cette exposition soit socialement et politiquement acceptable et légitime, le non-dépassement des limites réglementaires est assuré par les industriels du nucléaire dans des conditions strictes mais à l’aide d’une gestion des emplois par la dose dont les travailleurs  » extérieurs  » expliquent le mode de fonctionnement. Les marges de manoeuvre dont ils disposent pour gérer cette contradiction entre la santé et l’emploi, pour négocier leur rapport à la dose, sont étroitement déterminées par la place qu’ils occupent dans cette division du travail.
Les salariés qualifiés permanents n’ont pas à assurer les tâches les plus « coûteuses en dose« . Ainsi un robinetier qualifié, intervenant sur le circuit primaire, explique:
« La mise en place des tapes GV (c’est une opération de fermeture de circuits, dans des emplacements particulièrement radioactifs.), on l’a faite deux fois et on a arrêté. A cause des doses. Moi je l’ai fait. Vous avez des points chauds de 28 à 30 rems, et 19 rems d’ambiance. Vous rentrez 2 minutes, vous prenez 450 millirems (soit près du quart de la dose annuelle autorisée par la législation européenne que la France doit, incessamment, transposer en droit français). Vous avez des gens qui font ça toute l’année. » (Guy mécanicien, CDI, 35 ans).
Si ces travailleurs intervenant sur des opérations jugées importantes pour la sûreté estiment que les niveaux de contamination ou d’irradiation sont trop élevés, ils peuvent exiger l’adoption de mesures immédiates de protection.
« Nous, on fait décontaminer après l’ouverture. Enfin on fait venir une société qui fait que ça. Si on ne décontaminait pas, on prendrait 1,3 rem. S’il y a du plomb à mettre c’est eux qui le mettent. On n’est pas habilité pour ça nous. Mais s’il y a besoin de mettre des matelas de plomb c’est eux qui le mettent. » (Guy, mécanicien, CDI, 35 ans).
Ainsi s’organise une division du travail et des expositions qui font se succéder sur un même chantier des équipes d’entreprises différentes assurant l’un ou l’autre versant de cette division du travail.
« Au début j’ai travaillé dans le carré d’as. C’est quatre vannes, ça fait un carré (il s’agit de quatre très grosses vannes du bâtiment réacteur, généralement fortement contaminées. Pour assurer la radioprotection des intervenants de maintenance sur ces vannes, il faut déployer d’importants moyens.). En robinetterie, c’est là où ça pète le plus. Si on est bien organisé, ça va. Si on n’est pas bien organisé, ça va pas. Parce ce qu’on n’est pas deux, trois à faire ça. Vous allez être plusieurs équipes. Il y a un tellement gros débit en dosimétrie qu’il faut changer vite fait. D’abord une équipe nettoyage -tu t’en vas de là -, après une équipe démontage, après il y a une équipe qui vient pour enlever toutes les pièces internes. On va plus loin , on va pas rester à côté , on va à « l’atelier chaud » nettoyer, là où ça pète pas, et puis après, il y aura une équipe remontage. C’est quand même organisé. C’est à peu prés un des seuls trucs qui est bien suivi.  » (Eric, mécanicien, CDI, 22 ans).
Mais, il faut aussi disposer des marges de manoeuvres qui permettent d’être affecté hors zone contrôlée lorsque le niveau de dose reçue est élevé.
Ce n’est pas le cas des travailleurs temporaires effectuant le nettoyage, c’est-à-dire la décontamination radioactive dont le contrat est  » à durée de chantier » et pour qui un niveau de dose élevé signifie la fin de ce contrat ou de la mission d’intérim. Ces tâches de préparation portent le nom de  » servitudes nucléaires ». Ceux qui en sont les opérateurs expliquent qu’ils sont là pour « prendre des doses afin que d’autres n’en prennent pas« .

 LE  » DROIT  » À LA DOSE

C’est alors que peuvent se développer les pratiques dites de « tricherie » qui consistent pour le salarié à laisser de côté le dosimètre pour éviter que l’enregistrement de doses trop élevées lui porte préjudice en terme d’emploi. Les salariés sont d’autant plus conscients du risque pour l’emploi que la mise en service d’un fichier informatisé des expositions par EDF, depuis 1992, conduit à des interdictions de site ceux pour lesquels le crédit de doses individuel est épuisé. Car il ne s’agit plus pour eux d’une mesure de prévention mais d’un « droit » qui les « protège » contre la menace du chômage.
« On a droit à 5 rems/an (selon la législation en vigueur au moment de l’enquête, sachant que la législation, sur le point d’être adoptée va « réduire ce droit » à 2 rems) On prend des doses, c’est obligé parce qu’il y a un manque de personnel: ici où on devrait être quatre ou cinq, il n’y a que deux gars. Maintenant il y a un programme qui commence à se faire sur les centrales par ordinateur. (C’est le système DOSINAT qui enregistre sur ordinateur, en temps réel, la dosimétrie individuelle, à l’aide d’un dosimètre électronique. Ces enregistrements sont nominatifs, interconnectés entre les différents sites, ce qui permet à tout moment à EDF de connaître la dose cumulée de chaque intervenant) Si vous prenez tant de doses ici tout est cumulé sur ordinateur. Si vous arrivez sur une autre centrale et que vous êtes à la limite de dose, vous ne pouvez plus rentrer. C’est EDF qui fait ça..
Pour les grosses boîtes avec personnel stable et interventions nombreuses et diverses, il y a possibilité d’alterner les chantiers en zone et hors zone. Mais pour les  » gens en location », les intérimaires, il n’y a plus de travail pour eux s’ils ont dépassé la dose d’où les tricheries sur le port du saphymo, pour ne pas être interdit de zone à cause de la dose. Vous en avez sûrement vu des gars qui sont dans des boîtes de location. Après un arrêt de tranche, quand ils arrivent à la dose et qu’ils savent pas ce qu’ils vont faire, qu’ils risquent de se retrouver à la maison pendant deux ou trois mois. On va les foutre au tiroir et quand on n’aura plus besoin d’eux, on les sortira du tiroir. Ça c’est réel. Pourquoi certains enlèvent leur saphymo pour travailler ? Pour qu’on ne sache pas la dose qu’ils ont prise, pour pouvoir travailler plus longtemps. J’en connais.
 » (Alain, robinetier, CDI, 26 ans).
Ces pratiques ne relèvent pas seulement du salarié. Plusieurs travailleurs interviewés ont subi des pressions de l’employeur pour laisser le dosimètre lors d’une intervention fortement exposée. Cela concerne également ceux que menace la « mise au vert » avec chômage partiel en cas de forte exposition.
 » Quand on prend des doses comme ça, c’est des interventions très courtes, c’est spécifique aux GV. On passe une demi-heure à s’habiller, on travaille entre une et trois minutes et après c’est fini, on passe le reste de la journée à jouer au tarot. Si on dépasse 5 rems « on a droit à 5 rems par an », on va être mis au vert. Éventuellement en chômage partiel, payé 27,50 francs de l’heure.
Parfois on peut rentrer en zone pour faire un petit truc, mais on nous appelle les  » bêtes à rems », si vous voulez savoir… Et puis il y a ceux qui bouchent les trous de GV, les trous qui sont « fuyards », eux on les appelle les  » jumpers « . Ils en prennent encore plus que nous ! Les GV, c’est tout des tubes, c’est des échangeurs de chaleur. Les tubes s’usent, il y en a qui fuient et quand ils fuient ils se débouchent des deux côtés.
Qui fait ça ?
C’est d’autres entreprises avec beaucoup d’intérimaires.
(Jean-Louis, mécanicien CDI, 37 ans).
Un jeune de 23 ans exprime son ambivalence entre protection de sa santé et maintien dans l’emploi, par rapport à la gestion de l’emploi par la dose:
 » Quand je bosse, s’il y a un endroit où le débit de dose est trop élevé j’y vais pas… Je vais voir le chef et je lui demande de mettre un petit jeune qui n’a pas de doses. Parce qu’ils prennent des petits jeunes en cours d’année. Nous ça fait depuis le début de l’année qu’on prend des doses et eux ils sont tout neufs. Autant les envoyer eux qu’ils prennent un peu de doses et deviennent au même niveau que nous. Parce qu’après ils vont nous mettre au taquet et nous remplacer par des petits jeunes qui ne connaissent pas le métier. La dernière fois il me restait 600 millirems à prendre pour atteindre la limite des 5 rems/an. J’ai préféré partir quinze jours avant la fin de mon contrat. 600 millirems ça va vite J’avais pas envie de prendre le risque. Le patron n’était pas content… Je ne me suis jamais trop renseigné mais je pense qu’au niveau de la santé ça doit pas être très bon à la longue…  »
L’atteinte des limites de dose a pour conséquence l’interdiction pure et simple d’entrer en centrale. EDF délègue ainsi aux entreprises sous-traitantes la responsabilité de la gestion des conséquences de cette mesure d’interdiction, en termes d’emploi et de salaire. Ces entreprises n’étant pas liées par les garanties du statut EDF, elles gèrent ces conséquences par le recours au chômage. Lorsqu’il s’agit de travailleurs permanents, le préjudice concerne essentiellement le revenu, lors de mises en chômage partiel. Quand il s’agit de salariés temporaires, le préjudice est double: ils perdent l’emploi et parfois toute forme de revenu, compte tenu des modalités de constitution des droits à indemnisation-chômage que met en question l’emploi intermittent sauf dans le cas de statut particulier comme celui des intermittents du spectacle.
C’est donc, en ultime ressort, le travailleur DATR lui-même qui est mis en demeure de choisir entre son emploi ou un risque pour sa santé, soit librement en laissant spontanément le dosimètre à la porte, soit parfois même sous la pression de son employeur qui tente ainsi de s’abstraire de la contrainte de radioprotection et de ses conséquences. On est à des années lumière de ce qu’était censé représenter le droit de retrait des situations dangereuses introduit dans le Code du Travail en 1982. Cette division du travail et des doses rend irréel le recours possible à ce droit par ceux dont le travail est justement d’être exposé aux rayonnements ionisants.

 CONCLUSION

En sous-traitant les travaux de maintenance, l’exploitant nucléaire réussit, non seulement à en diminuer le coût financier, mais aussi à imposer une externalisation du travail sous rayonnements sans contestation ni de la part des organisations syndicales, ni des pouvoirs publics. Le fractionnement de la dose collective sur une population de plusieurs dizaines de milliers de travailleurs intermittents permet à la direction d’EDF d’affirmer que l’exposition aux rayonnements ionisants est sous contrôle et ne met pas en péril la santé des travailleurs. Du simple point de vue épidémiologique, cette affirmation demande à être discutée au regard des données internationales qui récusent toute notion de seuil dans la pathogénicité des rayonnements ionisants. Mais, l’intense précarisation des emplois et donc du suivi médical, les situations fréquentes de cumul de risques chez les intermittents du nucléaire, rendent particulièrement aléatoire la mise en évidence de pathologies spécifiques liées aux faibles doses de rayonnements. En revanche cette invisibilité socialement construite permet aux autorités sanitaires françaises, comme dans le cas de l’amiante, de ne pas considérer les conséquences de cette situation comme étant préoccupantes du point de vue de la santé publique.
Au-delà de la question des rayonnements ionisants, la santé comme un tout est elle-même menacée par cette organisation du travail: non seulement à cause des risques cumulés d’accidents du travail, de maladies professionnelles et d’atteintes à la santé non spécifiques, liées à des conditions de travail éprouvantes physiquement, nerveusement et psychologiquement, mais aussi et peut-être surtout par le silence, individuel et collectif, imposé aux travailleurs qui vivent cette division sociale du travail et des risques. Or ce silence est structurel. Les relations de sous-traitance permettent au donneur d’ordre EDF de s’affranchir de toute confrontation directe à la parole, à l’expression des travailleurs « extérieurs » DATR, sur leurs conditions de travail et sur les implications de celles-ci pour leur santé et celle de leurs familles.
Au nom de la compétitivité, ce silence permet aux industriels du nucléaire  » donneur d’ordre et sous-traitants« , mais aussi à l’État, de faire reculer ainsi au plus tard possible le moment d’affronter réellement la contradiction qui est au coeur même de la production nucléaire et qui explique la stratégie adoptée. La crainte est grande, chez ceux qui ont compris cette contradiction et la stratégie mise en oeuvre pour la contourner, que seule la survenue d’un accident grave permette enfin d’ouvrir un débat qui, à terme, ne pourra être éludé. A moins qu’une socialisation de la parole des travailleurs DATR, qui se dessine à travers certains conflits récents engagés par ces travailleurs et soutenus par des syndicalistes EDF, permette qu’elle soit entendue et prise au sérieux par les responsables syndicaux et politiques. Car si l’accident nucléaire constitue une terrible menace pour la France entière, il est, humainement, socialement et politiquement, tout aussi inacceptable de voir renaître, au sein de la société française, des formes de servitude qui renouent avec l’esclavage.

Annie THEBAUD-MONY,
La Gazette Nucléaire n°175/176, juin 1999.

 

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CFDT Magazine, 1/12/2008

 Industrie nucléaire – Les sous-traitants en première ligne

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 - N°348 – Elisabeth Kulakowska

Au quotidien : Conditions de travail

Les donneurs d’ordre font appel à la sous-traitance en négligeant leurs responsabilités sociales. Les bonnes conditions de travail sont pourtant un gage de sûreté pour les salariés, les citoyens et l’environnement.

« J’étais au chômage. Je suis allé voir le maire de mon village qui m’a dit que le nucléaire embauchait. L’employeur m’a payé une formation et j’ai obtenu mon habilitation au nucléaire et à la radioprotection en 1989. » Michel Pendeleur est décontamineur, un métier dur qui consiste à nettoyer les réacteurs. « Récemment, on nous appelait encore les « agents de servitude », poursuit-il.

«Au début, je faisais tous les arrêts de tranche. On entre à l’intérieur du réacteur, on découpe au chalumeau dans une atmosphère qui peut aller jusqu’à 46 degrés. Lorsqu’on n’est pas habitué, on peut s’évanouir car on travaille avec plusieurs couches de vêtements qui nous protègent contre les radiations. Pour décontaminer une «piscine», on doit mettre un heaume ventilé et on ne peut rester à l’intérieur que 2h30. C’est parfois très long… » Aujourd’hui, Michel travaille pour Polinorsud, une société sous-traitante d’Areva.

En vingt ans de métier, il observe un «laisser-aller» de plus en plus grand de la part des donneurs d’ordre à l’égard des sous-traitants sur l’application des mesures de sûreté. Pourtant, « là où nous intervenons, on n’a pas le droit à l’erreur», dit Michel. Les incidents du mois de juillet sur le site du Tricastin ont remis à l’ordre du jour ce que dénonçaient depuis longtemps les organisations syndicales: des conditions de travail de plus en plus dégradées, un recours accru à la sous-traitance pour assurer la maintenance sur les sites et des interventions souvent menées à marche forcée qui font peser des risques sur la santé des salariés.

Tirer les leçons. « Ce qui s’est passé à Socatri était prévisible. Tous les éléments étaient réunis pour qu’un incident survienne : dégradation de la sécurité, banalisation du risque, manque d’effectifs, rôle du CHSCT négligé, turn-over très important depuis de nombreuses années avec pour conséquence un savoir-faire qui se dilue», explique Michel Bouchon, délégué syndical du groupe CEA sur le site de Marcoule où cohabitent des installations d’Areva et du CEA.

Lors d’une réunion du 20 mars 2008, la CFDT avait alerté le CHSCT sur des problèmes d’organisation (changement de décisions au dernier moment, remise en cause de la délégation de pouvoirs du chef d’équipe…) qui avaient pour conséquence de créer un climat conflictuel. « Ces problèmes récurrents doivent être traités afin d’éviter qu’un incident se produise», avaient conclu les délégués du personnel.

« En tant qu’organisation syndicale, nous avons des leçons à tirer de cet incident», souligne Jean-Pierre Bompard, secrétaire confédéral. « Ce qui a été dit pour la Socatri vaut pour l’ensemble de l’industrie nucléaire, poursuit Michel Bouchon, à des degrés divers bien entendu et sans faire d’amalgame, mais tous les éléments sont là pour expliquer les dysfonctionnements qui mènent à un incident. »

En une vingtaine d’années, l’organisation du travail dans l’industrie nucléaire s’est radicalement transformée. Alors que ce secteur -qui comporte principalement trois
entreprises donneuses d’ordre (Areva, le CEA et EDF) employait moins de 50% de salariés «extérieurs», à l’heure actuelle, le recours à la sous-traitance, dans certains cas, atteint 80%. A EDF, près de 22 000 salariés prestataires interviennent aux côtés de 19 000 agents sur les 19 centrales nucléaires françaises.

Faire-faire, un choix.

«Le choix pour la maintenance de l’industrie nucléaire, entre faire et faire-faire, a été tranché en faveur du faire-faire, à partir des années 80, note Marie-Hélène Gourdin, secrétaire fédérale de la fédération Chimie-Energie (FCE). Conséquence : les agents EDF sont passés d’exécutant à contrôleur. » Ce sont donc les travaux «d’exécutant», les plus pénibles et les plus risqués (assainisseur, décontamineur, calorifugeur), qui progressivement ont été confiés aux sous-traitants.

Les travaux les plus pénibles et les plus risqués sont confiés aux sous-traitants

Ces derniers interviennent surtout lors des arrêts de tranche des centrales nucléaires période de révision des réacteurs nucléaires, au cours de laquelle ils sont arrêtés – et pour des opérations d’assainissement d’installations en phase de démantèlement (1). « Ce sont justement quand les interventions présentent le plus de risques et nécessitent un vrai savoir-faire et des conditions de sûreté maximum que les entreprises donneuses d’ordre, en particulier EDF, font des économies », dénonce Christophe Faucheux, responsable du parc nucléaire à la FCE.

Alors qu’au début des années 90 un arrêt de tranche durait entre deux et trois mois, il peut être aujourd’hui réduit, dans le cas le plus extrême, à dix-huit jours. Les entreprises qui refusent de faire le travail dans un tel délai sont remplacées par d’autres. « Ce turn-over provoque systématiquement une dégradation des contrats de travail et une démotivation », rebondit Yannick Rouvière, secrétaire du syndicat CFDT du site de Marcoule. « Une journée d’arrêt de tranche coûte à EDF I million d’euros, l’objectif de la direction est donc de raccourcir le plus possible la durée des arrêts. La pression sur l’ensemble des salariés est énorme. »

Différents statuts.

A cette pression s’ajoute celle de la précarité de l’emploi des «exécutants » des entreprises sous-traitantes qui travaillent sur le même chantier que les « contrôleurs, qui, eux, sont salariés de l’entreprise donneuse d’ordre et bénéficient d’une convention collective plus avantageuse. «Sur certains chantiers, raconte Michel Pendeleur, délégué syndical CFDT, peuvent se côtoyer des salariés dépendant d’une dizaine de sociétés différentes et donc autant de conventions collectives différentes. Cela crée inévitablement des tensions. Cela entraîne aussi la disparition des solidarités entre salariés. Les liens se sont rompus. »

« La différence de statut se retrouve aussi au niveau du suivi médical des salariés. Très rigoureux pour les salariés des entreprises mères, il l’est moins pour les sous-traitants », remarque Cécile Kégélian, infirmière au CEA, sur le site de Marcoule. Par ailleurs, l’enjeu de la détection d’une irradiation est différent pour ces derniers. Quiconque entre « en milieu ionisant» est muni obligatoirement d’un dosimètre. Celui-ci mesure les effets biologiques possibles sur l’organisme en «équivalent dose» (2). La réglementation établie par la directive européenne Euratom, en vigueur depuis 1990, interdit à un salarié de recevoir plus de 2 rems par an. Au-delà, le travailleur ne peut pas entrer en zone nucléaire. «Le donneur d’ordre n’est pas suffisamment rigoureux sur le suivi de l’application des procédures pour l’ensemble des salariés», souligne Jean-Pierre Bompard.

« Elles sont souvent meilleures en France qu’ailleurs en Europe, précise Michel Pendeleur, mais les problèmes commencent avec leurs applications. Par exemple, lorsqu’un salarié en CDI dépasse la dose, il est envoyé sur un autre poste, mais lorsque c’est un sous-traitant dont le travail consiste à n’intervenir qu’en zone ionisante, il perd son travail. Les entreprises donneuses d’ordre disent faire en sorte d’éparpiller les risques d’irradiation, mais le résultat reste que 80% des doses sont prises par 20% des salariés. »

La «triple peine».

Ces mêmes salariés habitent le plus souvent la région et, en cas d’incident, subissent dès lors une « triple peine»: en tant que salarié, ils sont les premiers touchés par les risques de contamination et d’irradiation; en tant qu’habitant de la région, leurs familles risquent d’être touchées; et ils sont accusés par leurs voisins de travailler pour une entreprise polluante. « Les salariés se retrouvent dans des situations psychologiques parfois très difficiles, raconte Cécile Kégéhan, car l’industrie nucléaire leur donne du travail, c’est difficile pour eux de dénoncer leurs conditions de travail».

Certes, la sous-traitance touche l’ensemble de l’activité industrielle en France et dans le monde. « On ne s’oppose pas à la sous-traitance, précise Henri Catz, elle est parfois justifiée, mais le secteur du nucléaire n’est pas un secteur comme les autres. Il faut être beaucoup plus vigilant et rigoureux».

Plus radicale, la sociologue Annie Thébaud-Mony (3) s’interroge: «Jusqu’où peut aller la logique de la rationalisation à moindre coût sans mettre en péril la sûreté nucléaire ? » « Le défi du nucléaire n’est pas technologique, mais culturel», renchérit Gilles Bridier (4). pour que les conditions de sûreté soient toujours optimales, et de façon intransigeante. Ce qui bannit, poursuit-il, toute recherche de productivité qui nuirait à l’exercice de cette sûreté » et ce qui implique « de ne pas s’inscrire dans un système de marché, avec appels d’offres concurrents et recherche de rentabilité au détriment de la qualité dans le cas d’une sous-traitance ».

Si la réalité montre que l’industrie du nucléaire ne fait pas exception et qu’elle a basculé dans la politique du moindre coût, l’action syndicale doit agir selon cette réalité tout en la dénonçant. «Amener les salariés à comprendre que le « geste professionnel » et la sûreté vont de pair doit être une priorité pour la CFDT», déclare Gilles Compagna, représentant CFDT au Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN). L’autre levier doit être la responsabilité sociale de l’entreprise.

«Il n’est socialement pas admissible qu’EDF fasse porter la responsabilité de la gestion du risque aux autres, insiste Marie-Hélène Gourdin, c’est un enjeu global de responsabilité sociale de l’entreprise. Ces questions doivent être abordées de toute urgence car on entre dans une phase de démantèlement de ces installations et les enjeux de transmission de savoir-faire seront cruciaux. »

Retracer l’historique. En France, l’industrie nucléaire civile a pris son essor dans les années 60. Comme la durée de vie en moyenne de ces installations est de quarante ans, plusieurs d’entre elles sont arrivées en fin de vie et leur exploitation à des fins de production ou de recherche a cessé. En 2008, plus d’une trentaine d’installations nucléaires, dont les 8 réacteurs constitutifs du premier parc électronucléaire d’EDF, sont actuellement en phase de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement.

Les risques liés à la sûreté nucléaire et aux rayonnements ionisants sont sans doute sous-estimés lors de cette phase en comparaison avec l’arrêt de tranche qui expose le plus le salarié. Même stoppées, les installations nucléaires en fin de vie contiennent des matières radioactives qui doivent être évacuées et l’installation assainie. « Les travaux de démantèlement durent plus d’une décennie et succèdent souvent à plusieurs décennies d’exploitation. C’est pourquoi les risques liés à la perte de mémoire de conception de l’exploitation et ceux liés au maintien des compétences donnent aux facteurs humains et organisationnels une importance particulière», indique l’ASN.

A Marcoule, Gérard Fraize, chargé de projet CEA sur le chantier de démantèlement de l’usine de retraitement, explique: « Au moment où on a arrêté l’exploitation de l’atelier APM en 1997, la majorité des salariés sont partis. Le démantèlement n’a pas été anticipé. » Les entreposages datent essentiellement des années 50 et 60 et obéissent donc à des principes de conception et de sûreté datant de cette époque, indiquent les documents de l’IRSN.

Aujourd’hui, Gérard Fraize essaye de réunir toute la documentation possible sur la construction et l’exploitation des centrales qui sont démantelées sur le site. «J’organise des réunions où je fais venir les plus anciens salariés des centrales pour qu’ils nous transmettent leur mémoire. J’en trouve un ou deux par installation. » « Le pire ennemi du nucléaire est la banalisation du risque et la routine qui s’installe face à un risque omniprésent qu’on ne voit pas. Les dégâts n’apparaissent souvent qu’au bout de plusieurs années», conclut Michel Bouchon.

(1) On distingue trois grandes phases dans la vie d’une installation nucléaire de base. La construction, l’exploitation et le démantèlement.
(2) Il y a deux façons d’être exposé aux rayonnements ionisants: l’irradiation (externe) et la contamination (interne). L’irradiation externe est mesurée par une dosimètre et la contamination interne est détectée par des analyses médicales.
(3) L’industrie du nucléaire. Sous-traitance et servitude, in lexique du nucléaire, Annie Thébaud-Mony, Editions de l’Inserm, 2000.
(4) Article consultable sur www.place-publique.fr

Mise en place d’un CHSCT élargi au CEA de Marcoule

Les représentants des sous-traitants du CEA de Marcoule ont depuis le décret du 19 mai la possibilité d’intervenir au CHSCT sur les conditions d’hygiène et de sécurité. La mise en place effective aura lieu en novembre. Le CEA de Marcoule est l’une des premières entreprises donneuses d’ordre à avoir élargi son CHSCT aux sous-traitants. Une concertation a été engagée en juillet sur le choix des entreprises selon les critères fixés par le décret: la nature des risques spécifiques, l’importance des effectifs intervenant et la durée des interventions. La CFDT a obtenu que les entreprises nominées puissent désigner des titulaires et des suppléants. Le premier CHSCT élargi doit se tenir à la mi-novembre. «Le challenge sera de préparer un ordre du jour permettant aux représentants de cette instance de s’exprimer librement, dans l’intérêt de la santé de tous les salariés», écrit Philippe Hirt dans Alternatives CFDT d’octobre (*), La loi TSN impose que les questions de sûreté nucléaire soient abordées en CHSCT. Avant cette loi, ce n’était pas le cas.

(*) Bulletin d’information de la CFDT CEA de Marcoule et Pierrelatte.

Au sein de la CFDT
Les agents EDF dépendent de la fédération Chimie-Energie (FCE) alors que les salariés d’Areva et du CEA sont adhérents à la fédération générale de la Métallurgie et des Mines (FGMM). L’union fédérale des syndicats du nucléaire (UFSN) fait partie de la FGMM. Quant aux sous-traitants, s’ils s’occupent du nettoyage, même si c’est sur un site nucléaire, ils dépendent de la fédération des Services.

 Rapport d’enquête de psychopathologie du travail
Sous-Unité Technique du Centre de Production Nucléaire de Chinon

Introductioncentrale_nucleaire POLLUTION

I) La souffrance et ses expériences

II) L’organisation du travail en question

III) Les stratégies défensives contre la souffrance dans la travail

IV) Les signes de décompensation

V) Retour sur l’organisation du travail

VI) La sûreté

Conclusion

 Introduction

Ce rapport rend compte de l’enquête de psychopathologie du travail réalisée par trois chercheurs du Laboratoire de psychologie du travail du Conservatoire National des Arts et Métiers, à la demande de la Sous-Unité Technique du Centre de Production Nucléaire de Chinon et de son CHSCT. L’enquête a été réalisée entre le 15 janvier et le 15 février 1991. Cette enquête, fait suite à une pré-enquête réalisée par le service médical sous la direction du Docteur Dominique Huez, pendant les 24 mois précédents.
L’enquête a été réalisée auprès de 17 agents du service travaux de la SUT. Deux groupes de 7 à 9 agents ont été chacun réunis deux fois, soit en tout 4 séances de travail.
L’objectif de l’étude est de procéder à une analyse du VECU de ces agents de façon à:

l – Préciser la nature et le contenu de la souffrance des agents dans leur rapport au travail. Il s’agit donc d’une étude qualitative, et non d’une évaluation quantitative ou comparative.

2 – Comprendre les sources de cette souffrance.

3 – Apprécier les relations entre la souffrance d’un côté, la qualité du travail, la sécurité des personnes et la sûreté des installations de l’autre.

4 – Dégager non pas des solutions à la souffrance, mais des voies spécifiques de réflexion susceptibles de faire progresser le débat sur l’organisation du travail dans la maintenance au CPN de Chinon.

Cela étant, il faut souligner qu’on ne proposera pas ici un diagnostic sur l’organisation du travail, car il ne s’agit pas d’un audit technique. Nous chercherons avant tout à comprendre ce qui se joue du côté des hommes au travail et à rendre explicite la manière dont ils vivent le travail, dont ils interprètent leur situation. Notre préoccupation première est d’abord une préoccupation de santé, même si, comme on va le voir, la bonne ou la mauvaise santé des agents, notamment mentale, a des incidences sur la productivité.

D’autre part, il faut préciser que l’enquête repose sur des séances de travail avec 17 agents sur les 99 que réunit le service travaux et la trentaine que réunis le service moyens.

 Quelle est alors la représentativité des conclusions formulées dans ce rapport ?

 Il est impossible de répondre, a priori, à cette question. Ce sont les réactions, les commentaires et les critiques éventuelles faites à ce rapport par les agents ayant participé à l’enquête d’une part, par les autres agents du service d’autre, part, qui permettront d’apprécier le degré de généralisation possible des analyses ici proposées. Ce travail d’évaluation, a posteriori, appartiendra par la suite, à la discussion interne des agents de la SUT.

1 – Nous commencerons par procéder au recensement des formes spontanées d’expression de la souffrance, parmi les agents des groupes de travail.

2 – Nous envisagerons ensuite de décrire l’organisation du travail telle qu’elle est vécue et mise en pratique par les agents du service travaux.

3 – Nous examinerons ultérieurement les stratégies défensives construites pour lutter contre la souffrance au travail.

4 – Nous discuterons dans le point suivant la gravité ou la bénignité des manifestations de souffrance.

5 – Nous récapitulerons ensuite ce que le matériel analysé indique quant à l’organisation réelle du travail actuelle dans le service travaux, c’est-à-dire la manière dont les chercheurs caractérisent et modélisent cette organisation à partir de la parole des agents.

6 – Enfin nous proposerons une série de pistes de réflexion sur les relations entre vécu du travail d’une part, qualité de la maintenance et sûreté des tranches d’autre part.

I) La souffrance et ses expériences

La souffrance exprimée par les agents ayant participé à l’enquête n’est pas toujours formulée explicitement. Parfois elle s’énonce clairement, parfois il faut la dévoiler car elle est engrenée dans des commentaires qui doivent être décomposés. C’est un des objectifs de ce rapport que de mettre à l’épreuve de la critique, la recomposition qui en a été faite par les chercheurs. (La séance de travail du 15 février constitue une première validation qui nous permet d’assumer la responsabilité des interprétations proposées dans ce rapport.)

Au préalable il est sans doute utile de donner une définition du terme de souffrance:

C’est un terme par lequel on désigne un état psycho-affectif pénible, résultant du décalage entre ce que les hommes espèrent du travail, et ce qu’ils y trouvent effectivement.

Dans le cas des agents qui ont, à Chinon, participé à l’étude, ce décalage apparaît sous deux formes. Ces deux formes constituent le cadre général d’expression de la souffrance:

- décalage entre « contribution » et « rétribution » ;

- désir frustré d’apporter une contribution personnelle au travail et à l’entreprise.

a) Le décalage entre « contribution » et « rétribution » donne naissance à une souffrance spécifiquement exprimée sous la forme d’une déception ou d’un sentiment d’injustice. Cette déception et ce sentiment d’injustice résultent de l’évaluation d’une disproportion entre les efforts faits pour le travail (c’est la contribution de chacun à l’entreprise) d’une part, et les gratifications reçues en contrepartie des services rendus (c’est la rétribution du travail, cette rétribution pouvant bien sûr être matérielle mais aussi morale) d’autre part. On verra à ce propos, que la souffrance est presque exclusivement en rapport avec un manque de rétribution MORALE, qu’elle est rarement rapportée par les agents à un manque de rétribution matérielle ou financière.

b) La deuxième source de souffrance apparaît lorsque l’agent est placé dans une situation où il ne peut pas apporter de contribution significative au travail et à l’entreprise. Il ne s’agit pas ici de souffrir d’une rétribution insuffisante pour la contribution donnée mais d’une impossibilité d’offrir une contribution. Cette situation se rencontre depuis quelque temps dans le service travaux de la SUT de Chinon, on y reviendra.

A l’intérieur du cadre ainsi défini, on peut relever différentes formulations de la souffrance que nous avons rassemblées sous 10 rubriques (ou thèmes de souffrance).

Premier thème de souffrance: la souffrance en rapport avec le désarroi et la désorientation

Dans l’ensemble on est surtout frappé par le désarroi des agents. Tout se passe comme s’ils étaient désorientés par la situation actuelle, comme s’ils avaient des difficultés à comprendre ce qui se passe actuellement dans le service, comme s’ils avaient l’impression d’assister plus ou moins impuissants à des transformations du travail dont ils ne parviennent pas à saisir la logique.

Ce désarroi conduit parfois à l’exaspération et à la colère, mais on est étonné par la rareté relative de ces réactions. Comme si le découragement l’emportait sur l’indignation. On remarque aussi la modération des accusations portées contre la hiérarchie, contre les entreprises sous-traitantes ou contre les collègues. Ce point sera rediscuté ultérieurement. Lorsqu’elles émergent, les accusations s’épuisent vite, ce qui est tout à fait inhabituel dans ce type de situation. Nous verrons plus loin aussi que la relative rareté du vécu d’injustice exprimé, doit être interprétée comme un signe de gravité de la souffrance.

Deuxième thème de souffrance: le non-sens et l’absurdité

On a l’impression que la situation affective de agents est dominée plus encore que par le désarroi, par la difficulté à faire face à la perte de sens, voire au non-sens du travail, parfois même à l’absurdité du rapport au travail, en raison de ce que les agents formulent comme des contradictions sérieuses de l’organisation du travail qui seront discutées dans la deuxième partie.

Troisième thème de souffrance: la non-reconnaissance

La souffrance s’exprime aussi dans un sentiment généralisé de non-reconnaissance des efforts, de la bonne volonté, de l’engagement, de la mobilisation personnelle des agents pour faire le travail le mieux possible. De nombreux exemples en sont donnés. C’est à ce niveau que parfois affleure le sentiment (rare toutefois) d’être victime d’injustice. Par exemple, lorsqu’après avoir déployé des efforts méritoires, avoir travaillé sans repos pendant de longues périodes, être resté tard le soir, jusqu’à 22 heures pour effectuer un travail, on réembauche tôt le matin pour s’entendre dire sans ménagement que ce n’était pas comme cela qu’il fallait faire.

Il ne s’agit pas ici de nier qu’il pût y avoir des erreurs ou que le travail fait ne méritât pas un jugement partagé. Ce qui est injuste, c’est que l’effort fourni, la bonne volonté déployée, la mobilisation personnelle en faveur de l’arrêt de tranche et de l’entreprise soient ignorés par la hiérarchie, voire soient même l’occasion de se faire réprimander. Cette méconnaissance semble assez fréquente pour qu’on y fasse référence répétitivement dans toutes les séances de travail, dans une atmosphère d’amertume qui a tous les signes de l’authenticité.

Un autre exemple illustrera ce sentiment. A propos du gâchis. Il arrive que certains agents se préoccupent de prendre des dispositions pour tenter d’éviter l’énorme gâchis qui se produit parfois dans l’approvisionnement, le stockage et la liquidation du matériel. Des initiatives exemplaires s’abîment selon eux dans l’inertie d’un fonctionnement rigide de type administratif, et aboutissent à un échec lamentable, tous les efforts humains étant du même coup balayés. Tout se passe comme si chaque service fonctionnait pour son propre compte, selon sa rationalité propre, sans capacité d’intégrer les innovations des uns ou des autres. Ceci est évidemment une prime donnée au « chacun-pour-soi » et au découragement organisé de la coopération. Une telle conjoncture serait impensable et serait sévèrement critiquée dans un système comme le système japonais de production, où au contraire on privilégie et l’on gratifie systématiquement toute initiative ayant une incidence favorable sur l’économie. Cette situation, banale à la SUT aux dires des agents, contribue à démobiliser et démotiver les agents qui ne comprennent plus la signification ni les objectifs mêmes du travail collectif qu’on attend d’eux, dans la sous-unité.

Quatrième thème de souffrance: la culpabilité

Un autre type de souffrance émerge, qui est plus insolite celle qui résulte du manque de travail. Certains agents, en effet, se plaignent de ne pas avoir assez de travail, de mendier le travail. Et ce manque de travail, incompréhensible pour eux, génère un sentiment d’ennui, à peine perceptible, parce qu’immédiatement transformé en une culpabilité, voire en une honte, vis-à-vis des autres que l’on voit dans le même temps travailler dur.

Mais même en dehors de cette culpabilité, il y a une souffrance profonde résultant de cette impossibilité, définie plus haut, d’apporter dans ces conditions, une contribution significative au travail et à l’entreprise. Surtout sensible chez les CPHC, cette souffrance touche aussi d’autres agents, CMP et techniciens.

Cinquième thème de souffrance: l’incertitude vis-à-vis de l’avenir

L’incertitude vis-à-vis de l’avenir personnel d’une part : « Que va-t-on devenir? » « Que va-t-on faire de moi ? », l’incertitude vis-à-vis de l’avenir collectif de la section, voire du service (qu’il s’agisse des travaux ou des moyens) d’autre part : « Que va devenir la section ? » « Est-elle vouée à disparaître ? ». Cette inquiétude crée parfois un sentiment insupportable de précarité, d’instabilité, d’incertitude et de doute qui ruine la tranquillité intérieure et menace l’équilibre psychique des agents.

Sixième thème de souffrance: la répétition

Contrairement à ce que l’on s’attendait à trouver dans une SUT qui fonctionne déjà depuis plusieurs années, il n’y a strictement aucune manifestation d’ennui ni de lassitude face à la routinisation des tâches. Ce point doit être souligné. Si les agents ne s’ennuient pas, s’ils ne se plaignent pas de monotonie du travail, c’est parce que le travail ne cesse en vérité de changer: deux arrêts de tranches ne sont jamais semblables, il faut toujours réajuster, improviser, réadapter le travail à la situation et en outre il y a de plus en plus de tâches et de révisions nouvelles à faire, en raison de l’augmentation des régimes, de l’usure des tanches et des nouvelles obligations que cette dernière fait surgir.

Cela dit, la répétition peut quand même générer de la souffrance à la SUT, mais c’est alors dans un contexte bien particulier. Il s’agit généralement d’une difficulté technique rencontrée en arrêt de tranche. En raison des contraintes temporelles (de planning) du « chemin critique » et de nombreux autres paramètres, on résoud cette difficulté par un bricolage difficile, pénible et parfois dangereux. On signale cette difficulté au supérieur hiérarchique, on fait une demande de travaux, mais la préparation est débordée et à l’arrêt de tranche suivant on se retrouve exactement devant la même difficulté qu’il faut à nouveau résoudre de façon bâclée et non-satisfaisante. C’est la répétition de difficultés connues mais jamais corrigées, et non la répétition en soi, qui est exaspérante, usante, décourageante et qui mine la bonne volonté des agents.

Septième thème de souffrance : la souffrance en rapport avec les incertitudes de l’organisation du travail

Pour les agents, très souvent, l’organisation du travail « tombe » comme une série de décisions prises « en haut », sans concertation et sans continuité. Les décisions contradictoires ou incompréhensibles se succèdent, de manière incompréhensibles et cassent la dynamique du travail. Ceci est ressenti aussi bien au niveau du service travaux que dans la préparation, où les directives se télescopent trop fréquemment, occasionnant plutôt la désorganisation du travail que son organisation. De plus, souvent les décisions sont prises ou les directives sont données sans souci d’apprécier leur faisabilité sur le terrain. Il reste alors aux opérateurs du service travaux à se débrouiller comme ils peuvent, par une série d’improvisations au coup par coup. C’est là que naît la souffrance, celle d’être toujours menacé d’interruption dans une tâche commandée, d’assister à une remise en cause des objectifs qui avaient été précédemment fixés.

Huitième thème de souffrance: celle qui résulte du processus de déprofessionnalisation du travail

C’est certainement à ce niveau que se fait l’unanimité. C’est là qu’est le problème de loin le plus grave vis-à- vis de la souffrance : le savoir-faire, l’expérience, sont nous dit-on presque toujours brimés. Le problème est grave parce qu’il projette les agents dans une crise d’identité professionnelle. Perte des repères et des références, déstructuration progressive des valeurs du travail bien fait, accumulent deux conséquences psychiques:

- en dévalorisant le travail professionnel l’organisation casse le ressort et la source principale du plaisir au travail,

- en condamnant les agents à faire un travail bâclé, l’organisation les met face à une contradiction mentale insurmontable: comment pourrait-on éprouver une satisfaction personnelle, comment pourrait-on avoir de soi une image gratifiante, si l’on ne peut pas être fier du travail pourtant effectué sous contrôle ?

Neuvième thème de souffrance: les nouveaux outils

Cette souffrance résulte de l’obligation d’utiliser des outils nouveaux, notamment informatiques, qui alourdissent considérablement la charge de travail, qui déstructurent la communication des agents désormais isolés devant leur écran, et qui occasionnent des difficultés supplémentaires, en raison de l’insuffisance de formation des agents pour assumer ces nouvelles tâches. Ces outils nouveaux ont aussi tendance, selon les agents, à transformer en tâches routinières des activités qui sollicitaient antérieurement engagement, initiative et inventivité.

Dixième thème de souffrance: l’impuissance

C’est une souffrance en quelque sorte secondaire, consécutive aux souffrances précédentes : les agents supportent mal leur impuissance face à l’évolution de l’organisation du travail. Jugeant cette évolution non souhaitable tant pour les hommes que pour la qualité de la production, il leur est pénible de ne pouvoir, sinon enrayer, du moins peser sur cette évolution qui ne leur semble pas faire grand cas de leurs points de vue.

Notons qu’il existe des points de vue différents, des appréciations variées sur l’évolution organisationnelle et sur les moyens d’agir sur elle ; qui vont parfois jusqu’à des frictions (sans gravité toutefois) entre sections, sur la conduite à tenir.

II) L’organisation du travail en question

Après avoir rassemblé les principales manières dont les agents thématisent la souffrance dans le travail, c’est-à- dire les formes dans lesquelles ils expriment la souffrance, nous allons récapituler les manières dont l’organisation du travail est perçue par les agents ayant participé à l’enquête. Perçue : c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de dire ce qu’est exactement l’organisation du travail, mais avant tout de repérer ses caractéristiques au travers des difficultés que les agents rencontrent dans leur rapport à cette organisation du travail.

l – Les agents se plaignent d’un sentiment, paradoxal, de manque d’organisation. Paradoxal, parce que par ailleurs ils se plaignent aussi d’un certain autoritarisme, voire d’une pression trop forte sur les personnes à se couler dans le « moule maison ». La contradiction pourrait venir d’un privilège accordé aux rapports de pouvoir, (où il y a trop de contraintes), au détriment des rapports de travail, (où les agents manquent de directives claires). En d’autres termes, il y aurait trop de hiérarchie cependant qu’il y aurait un manque criant d’organisation du travail ; trop de hiérarchie, mais pas assez de soutien technique et professionnel apporté par cette hiérarchie.

2 – On a souvent l’impression à travers la parole des agents que l’organisation du travail procède par des décisions successives prises à des niveaux variables de la hiérarchie, sans reférence au contexte et aux réalités des chantiers et du terrain : « Quant une décision est prise, on sait seulement qu’elle est prise mais on ne sait absolument pas comment on fera pour l’appliquer ».

« Il y a des moments où cela frise l’anarchie. C’est l’incohérence ou c’est la course. On ne sait pas ce qu’on doit respecter: le planning ou la qualité du travail ».

Il se pourrait qu’une part des difficultés vienne du manque de connaissance du terrain de ceux qui décident: « Un nouveau cadre arrive, il est lâché comme cela sur le terrain. Comme il ne sait pas toujours comment ni quoi faire, il se renseigne auprès des uns et des autres. Et puis, tout à coup il prend une décision qui remet éventuellement tout en cause. Ces changements brutaux et fréquents, au début ça met en colère et puis après on se démotive au travail ».

On parle aussi d’une coupure assez nette entre les cadres intermédiaires et les cadres plus haut situés dans la hiérarchie. « Les uns tirent les traits, les autres tirent les ficelles », mais ça ne s’harmonise pas bien. Ceux qui prennent des décisions importantes seraient trop éloignés d’une réalité qu’ils n’ont pas les moyens matériels de connaître. En tout cas, il y aurait souvent une véritable inintelligibilité des logiques de décision adoptées par la hiérarchie pour les agents de la base. Et s’il y a une logique, elle ne se rapporterait pas, en première intention aux questions du travail. Ce serait une logique qui se déploierait selon une rationalité éloignée de la réalité et du terrain.

A ce niveau surgissent de nombreuses critiques sur l’hétérogénéité des styles de travail entre les différents Chefs- exécution (C.E.). Encore qu’il faille souligner une certaine compréhension des difficultés de ces derniers vis-à-vis de la hiérarchie qui est au-dessus d’eux. Cela étant, les interventions des C.E. sont souvent vécues comme des ingérences dans les services et dans les sections notamment lorsqu’elles touchent à des domaines de compétences habituellement réservés aux contremaîtres. Par exemple lorsqu’il s’agit de faire le tableau des congés où manifestement le contremaître est mieux placé pour cette organisation que le chef-exécution. Ces interventions sont souvent une gêne supplémentaire, cependant que les agents se plaignent de ne pas avoir beaucoup d’aide de la part des C.E. Par ailleurs, compte tenu de l’imprécision de l’organisation du travail, les agents comprennent bien que les chefs d’exécution aient du mal à faire face aux contraintes de l’arrêt de tranche.

Si l’on n’accuse pas directement et si l’on se contente de formuler des critiques, c’est parce que le niveau hiérarchique d’où surgissent les incohérences est difficile à saisir pour les agents du service travaux. Ces derniers ne parviennent pas à savoir qui est responsable, et ils ont même souvent l’impression que de nombreux cadres fuient devant les responsabilités.

3 – Les domaines de compétences et d’autorité ne sont pas clairement établis entre les membres de la hiérarchie. Des critiques sont formulées à l’égard de la polyvalence de commandement des chefs-exécution sur diverses sections dont ils n’ont pourtant pas une maîtrise ni une expérience équivalentes. Ceci occasionne une certaine confusion. Par exemple, il arrive que les mécaniciens soient placés sous la direction d’un électricien. Ceci est difficile et désagréable pour tout le monde, parce que se posent de nombreuses questions relatives au travail, parce que surgissent parfois des difficultés ou des contradictions pratiques, et parce que dans les cas techniques un tant soit peu spécialisés, personne n’a plus simultanément l’autorité administrative et la compétence technique réunies pour pouvoir arbitrer et prendre les décisions en matière d’organisation du travail.

4 – Les agents sont aussi, globalement, l’impression d’une dilution des responsabilités. Ou d’un flou, d’une incertitude, d’une gêne devant les responsabilités. Il est possible que cette gêne soit le résultat d’une incompétence vis-à-vis de certaines questions techniques qui ne sont pas toujours faciles à régler, effectivement. Le travail en temps réel est en effet beaucoup plus complexe qu’on n’a l’habitude de la dire ou la faiblesse de le croire.

Ceci se sent nettement dans les nombreuses réunions qui rassemblent beaucoup d’agents et dont finalement il ne sortirait rien ou presque rien. En effet, ces réunions se perdent dans des discussions sur l’organisation, sans conclure. Paradoxalement, les agents se plaignent du manque de réunions techniques comme il en existait autrefois, chaque jour ou presque, destinées alors, non à « l’organisation » en général, mais à la répartition des tâches du jour et des responsabilités de chacun. (Dans ce rapport il conviendra de retenir la distinction qui sera systématiquement faite entre les notions d « ‘organisation » d’un côté, d’ »organisation du travail » de l’autre. L’organisation renvoie à l’organigramme, à la structure de la hiérarchie, au style de commandement et à l’ensemble des éléments qui s’articulent pour former l’ossature de l’entreprise. En revanche, l’organisation du travail renvoie spécifiquement au travail. Par organisation du travail on entendra d’une part la division technique des tâches entre les opérateurs, et d’autre part les rapports que les agents établissent entre eux dans l’exercice même du travail).

5 – La préparation, elle-même serait souvent inachevée. Or il faut exécuter les tâches prescrites. Comment ? Selon les agents chacun se débrouille comme il peut. En général, c’est au contremaître de s’arranger, de compléter ce qui manque, d’achever la préparation. Ceci occasionne une surcharge de travail qui doit être assumée, la plupart du temps dans l’urgence. Le CMP n’est souvent pas en bonne position pour régler ce problème de préparation, et le résultat, une fois encore, serait une organisation du travail sans rigueur et souvent de mauvaise qualité.

6 – Face à ce que les agents vivent comme indigence de l’organisation du travail, alternances de précipitation et de temps mort, lacune de préparation du travail, les ajustements sont faits par chacun selon ses moyens. Tel contremaître se rapproche de la préparation pour compléter son plan de travail. Tel autre va prendre des informations à l’exploitation. Résultat de ces efforts pourtant louables : une hétérogénéité supplémentaire de l’organisation du travail. Chaque chef adapte l’organisation du travail à sa manière, de sorte qu’avec chaque changement de chef, l’organisation du travail est complètement bouleversée. C’est à n’y rien comprendre parfois. Tout cela crée, selon les agents, une vaste confusion, des malentendus et de sérieuses difficultés pour la communication et pour la capitalisation de l’expérience.

7 – La difficulté de coordination et d’harmonisation de l’organisation du travail ne surgit pas selon les agents qu’avec les entreprises extérieures. Elle est aussi réelle avec la conduite. La situation est tellement paradoxale que les agents de la maintenance ont ordinairement l’impression de gêner les gens de la conduite.

Difficulté supplémentaire, les tranches ne sont pas identiques, il s’en faut de beaucoup. L’organisation du travail y est parfois très contrastée. Entre B 1/2 et B 3/4 il y a un monde. Ceci ajoute encore aux difficultés de compréhension, de coordination et de coopération.

8 – Les contradictions de l’organisation du travail, notamment en ce qui concerne les télescopages chronologiques et la comptabilité du temps se conjuguent et convergent sur les consignations. Point-clef de la maintenance, c’est pourtant le lieu de tous les litiges et de tous les affrontements. Chacun essaie de s’en tirer comme il peut, de défendre son point de vue, mais sans avoir le temps réel d’en discuter les arguments. A la place, on assiste donc souvent à des actions ou à des mesures techniques contradictoires. A ce niveau, il y a de réels dangers pour la sécurité des personnes. En dépit de l’expérience accumulée en ce domaine, les anomalies persistent et ont occasionnées la mort l’été dernier d’un agent d’une entreprise extérieure. Ce qui bien entendu a créé une grande émotion dont les traces sont encore vives dans la conscience des agents.

9 – Les agents du service travaux se disent parfois confrontés à des dysfonctionnements sérieux de l’organisation du travail. Il arrive par exemple que l’on voie jusqu’à 20 ou 30 personnes d’entreprises extérieures sans travail, qui attendent… ! Non seulement ceci occasionne une gêne matérielle mais aussi un sentiment de honte parfois vis-à-vis de tous ces gens qui sont victimes simultanément d’une faute d’organisation de cette ampleur. On a alors honte pour EDF. Ceci est rapporté par les agents à un enchaînement mal conçu des tâches. Alors qu’il s’agit de chantiers en lignes on ne traiterait pas le problème comme une ligne. On ne prévoirait pas les zones-tampon nécessaires entre deux tâches qui se succèdent, pour pouvoir amortir les retards non programmables, mais fréquents sinon inévitables, qui surgissent dans tout chantier.

10 – Il y a aussi le suivi de chantier. « On a parfois tellement de travail qu’on ne fait plus réellement le suivi !  » Au point que parfois les agents ne sont plus en mesure de poser et de relever tous les points d’arrêt. Dans la chaudronnerie par exemple, les agents en sont rendus parfois à renoncer aux vérifications. On va de moins en moins sur le tas; « On va donner un coup de main ici, on va chercher une pièce pour aider les gars par là, mais ce n’est plus du suivi, c’est de l’intendance. En effet, les agents des entreprises sous-traitantes sont souvent trop extérieurs et ne parviennent pas à se sortir seuls de leurs difficultés par manque de connaissance des réseaux informels de fonctionnement. Les coups de mains donnés alors par les agents de la SUT ne sont pas seulement motivés par un souci de convivialité. Ils le sont aussi pour régler de réels problèmes d’organisation. « On est peu à peu » condamné à faire du suivi de planning, mais on ne peut plus faire du suivi de travail. » « D’ailleurs si quelqu’un se contente de signer les bordereaux sans vérifier, personne ne s’en rend compte. » Les équipes par exemple travaillent en 2/8. Les « suiveurs » travaillent en horaire normal. Qui va lever les points d’arrêt la nuit ?

11 – Conséquence de cette dérive progressive, « on ne fait plus que traiter du papier ». Mais même à ce niveau le travail est devenu difficile. Il y a tant de papiers à traiter, que les agents ne peuvent plus tout lire disent-ils. Il faut donc renoncer à faire intégralement le travail. Quelles peuvent être les conséquences de ce travail de plus en plus lourd, mais aussi de plus en plus bâclé selon eux ?

12 – Un problème sérieux surgit dans les rapports de travail avec les entreprises sous-traitantes, au regard de l’organisation du travail. Souvent ces dernières acceptent des contrats mais dans la pratique elles ne savent pas toujours ce que cela représente en temps et en contenu réels. Le résultat est parfois désastreux pour la qualité du travail. La qualité du travail dépend des compétences des entreprises sous-traitantes. Or ces compétences sont très inégales. Aucun privilège systématique n’est accordé aux entreprises les plus compétentes. Entre autres raisons parce que les compétences sont difficiles à reconnaître. La pression du marché est forte sur la réduction des temps alloués. De sorte que les plus rapides bénéficient plus souvent de renouvellement de contrats. Or la qualité est parfois jugée sur le retour du marché, éclipsant alors les évaluations en termes d’organisation du travail. D’ailleurs leur personnel change beaucoup, et il y a une difficulté jugée par les agents insurmontable pour évaluer et contrôler ces entreprises. De nombreux exemples sont rapportés qui suggèrent de conserver une certaine réserve sur l’efficacité des contrôles techniques.

13 – Pour faire face à l’inachèvement de l’organisation du travail, il n’est pas rare, nous dit-on, que l’on joue sur les astreintes, qui devraient pourtant être réservées aux urgences. Résultat, les astreintes sont souvent lourdes et deviennent angoissantes pour les agents.

Les astreintes elles-mêmes, sont traversées par les contradictions générales de l’organisation du travail. Il arrive parfois que l’on réveille en pleine nuit un agent fatigué que l’on fait venir sur le site pour ouvrir une réserve ou une porte de placard, uniquement. Ce qui bien évidemment est mal supporté par les agents.

14 – Les tricheries et les fraudes. Il s’agit là de prendre en considération la manières de combler les lacunes de l’organisation du travail prescrite. Il faut ici dégager de la parole des agents deux types de manière de faire : la tricherie et la fraude. La tricherie est ordinaire : elle consiste à tricher avec une gamme pour faire avancer le travail. On ne respecte pas tous les points, on en laisse tomber certains parce qu’il y a urgence ou parce que les pressions sont fortes pour qu’on accélère coûte que coûte la cadence du travail. La tricherie, même dans ces conditions, reste contrôlée. Les agents s’efforcent de ne pas faire n’importe quoi, mais de choisir entre les diverses tricheries possibles en sorte de ne pas trahir la sécurité. Cela dit, la tricherie, importante, passe aussi par des prises de risques dans toutes les sections, jusque dans la préparation. Si la tricherie est possible, voire douloureuse, elle est aussi parfois l’occasion d’améliorer le travail, de faire des découvertes et de proposer des DI, des DT, ou des RE. En d’autres termes la tricherie contribue à combler les manques de l’organisation du travail. Mais à côté de la tricherie, il y a la fraude caractérisée, celle qui consiste à violer gravement les gammes, les consignes ou les règlements. Malheureusement les fraudes seraient fréquentes. Ce qui préoccupe beaucoup les agents, c’est que pour une part probablement assez large, elles seraient méconnues par la direction. Elles sont même parfois difficilement repérables par les agents d’EDF eux-mêmes, qui les découvrent par hasard, notamment lorsqu’elles sont le fait d’entreprises sous-traitantes. Elles sont parfois si graves, que la hiérarchie met en doute la parole des agents, ce qui, on s’en doute, crée un trouble psychologique qui n’est pas facile à dissiper. La fraude, à l’inverse de la tricherie, laisse béantes et parfois aggrave les failles de l’organisation du travail.

15 – Quant aux retours d’expérience, ils sont toujours réclamés, invoqués et vantés dans l’organisation. Mais en pratique, ils seraient souvent découragés. Faire remonter une expérience à la préparation ? Alors que cela exige un gros travail de mise au point pour l’agent, cela ne servirait souvent à rien parce que la planification elle-même est débordée de travail et ne parvient pas à traiter ces informations supplémentaires.

16 – Autre ambiguïté de cette situation, il semble que la hiérarchie préfère que les « suiveurs », aient le moins de savoir-faire possible, ce qui pour les agents semble tout de même surprenant quand EDF a en charge la maintenance à long terme des installations.

17 – L’amélioration de l’organisation du travail devient elle même problématique. Lorsqu’on se heurte à de vraies difficultés dans l’exécution des tâches et que l’on fait une demande de travaux, il n’est pas rare qu’on se le fasse reprocher. Là aussi, non seulement les initiatives seraient souvent brisées dans l’oeuf, mais c’est le sens du travail bien fait qui serait brimé par une hiérarchie qui adopterait actuellement des positions qu’elle condamnait avec virulence il n’y a pas longtemps encore.

Au total

L’organisation du travail au service travaux de la SUT est vécue par les agents comme traversée par toute une série de contradictions aboutissant parfois à l’incohérence voire à la désorganisation. Le problème posé par les agents est sérieux. Il ne conduit pas du tout à une dénonciation ni à une accusation par les agents à l’adresse de l’encadrement. Il ne débouche sur aucun appel à la haine ni à la violence. Il n’engendre aucun comportement grave, aucune destruction, aucun sabotage. C’est un point important qui mérite d’être souligné.

Ce qu’on peut conclure de cette visite à travers l’organisation du travail peut s’énoncer en quatre points :

- L’organisation réelle du travail est profondément différente de l’organisation prescrite.

- Dans l’ensemble les agents souffrent gravement de ces difficultés. Mais ils font, à tous les niveaux, des efforts importants pour palier les difficultés. On ne peut donc légitimement parler ni de routinisation du travail, ni de laisser-aller, ni de négligence. C’est même tout le contraire. Le sérieux des agents vis-à-vis de ces problèmes est un fait évident et impressionnant qui ressort de la qualité même de fonctionnement des groupes de travail.

- En revanche, tous ces efforts seraient dans l’ensemble méconnus et le capital de savoir-faire et de motivations serait gâché, ce qui est préoccupant pour l’avenir de la qualité du travail et en retour pour la santé mentale des agents.

- L’impression générale est que les problèmes sont bien repérés, et connus de longue date. Mais aucune solution ne semble se dessiner, dans la mesure où la plupart des processus par lesquels l’organisation du travail pourrait être améliorée sont entravés : DT, RE, vérification, contrôle de la qualité, fonctionneraient de moins en moins bien.

III) Les stratégies défensives contre la souffrance dans la travail

Face à la souffrance résultant d’une organisation du travail complexe, les agents ne sont pas passifs. Heureusement, sans quoi ils seraient tous malades et seraient atteints de troubles mentaux somatiques.

Nous avons pu repérer deux types de stratégie défensive dans le personnel du service travaux:

1 - Des stratégies collectives.
2 – Des stratégies individuelles.

1) Les stratégies collectives de défense:

Elles sont importantes, qualitativement, mais elles montrent des signes évidents d’essoufflement. Pour tenter de faire face à l’incertitude et à l’angoisse, à la souffrance et à l’insatisfaction, à la menace du non-sens et de l’absurdité, certains agents ont construit collectivement une conduite qui se caractérise de la façon suivante:

- engagement et mobilisation très puissants dans le travail
- forte cohésion d’équipe ou de section,
-augmentation de la charge de travail par une attitude qui suggère l’hyperactivité voire l’activisme, en tout cas un certain forcing pouvant conduire à une surcharge de travail,
- découpage d’un secteur d’intervention et d’action technique extrêmement strict,
- refus de prendre en considération les anomalies constatées dans les secteurs voisins, c’est-à-dire division rigoureuse et volontariste des tâches et des responsabilités,
- forte contrainte sur l’ensemble des membres du collectif et autonomisation relative du collectif par rapport au reste des agents du service travaux.

Cette conduite collectivement régulée peut être considérée comme défensive. En effet, elle focalise, polarise et engage massivement l’attention sur la tâche elle-même. Ce faisant elle écarte du champ de conscience la perception pénible des failles et des risques d’une organisation du travail qui font souffrir les agents. A certains moments, on a l’impression d’une fuite en avant dans le travail, pour ne pas céder à la souffrance ou, pire encore, à une résignation face à l’effondrement des valeurs du travail bien fait, qui guette effectivement la SUT.

L’inconvénient pour les agents de cette stratégie défensive par l’hyperactivité est son coût, à terme, pour la santé. Elle implique une lourde charge de travail, et génère inévitablement des frictions avec les autres agents, encore que des efforts manifestes soient faits pour éviter l’émergence de ce type d’affrontement qui ruinerait leurs efforts.

Plusieurs remarques s’imposent ici:

a) ce type de stratégie défensive se rencontre souvent lorsque l’organisation du travail fait apparaître un décalage trop important entre des objectifs globaux ambitieux, fixés par le service des méthodes, d’une part, le flou ou l’imprécision des objectifs intermédiaires et des moyens mis concrètement en oeuvre pour les atteindre, d’autre part. A ce titre, ce qu’on observe ici parmi certains agents du service travaux n’est donc pas exceptionnel.

b) On notera que cette stratégie défensive par l’activisme ne montre pas de signe de dérive vers « l’idéologie défensive de métier ». Cette dernière se caractériserait, si elle existait, par un resserrement et un isolement progressifs de l’équipe par rapport aux autres agents. Elle impliquerait aussi une dénonciation-accusation collective d’un ennemi commun avec lequel le conflit serait visible voire explosif, avec toutes sortes d’excès pouvant aller jusqu’à la violence physique. Selon certains agents, toutefois, des signes de cette série commenceraient à se manifester. Selon les chercheurs, en revanche, ils ne sont pas patents. Sur ce point, donc, il n’y a pas unanimité d’interprétation.

c) On notera qu’il n’y a guère d’autre stratégie collective de défense que celle qu’on a retrouvée ici. Ce qui est paradoxal, et d’une certaine manière inquiétant. Cela suggère en effet qu’il n’y a pas d’alternative ou de ressource autre, ni de moyens de rechange.

d) Ces stratégies collectives de défense ne mobilisent qu’une petite partie du personnel du service travaux. Ce qui revient à dire que la majorité des personnes n’est pas protégée collectivement contre les effets de la souffrance sur la santé.

2 – Stratégie individuelle de défense:

A ces derniers, il ne reste donc que le recours aux stratégies individuelles de lutte contre la souffrance. Globalement, elles se caractérisent ici par me désengagement progressif et la démobilisation face à la difficulté non-soluble de l’organisation du travail. Ce désinvestissement du travail est aussi, par lui-même, une souffrance: ennui, déception et perte de toute possibilité de tirer du plaisir du rapport au travail. Pour lutter contre cette souffrance les agents tentent alors de trouver ailleurs des sources d’intérêt et de satisfaction. C’est-à-dire hors du travail : dans l’espace privé, dans les loisirs, dans les activités associatives, dans la construction d’un pavillon, par exemple.

Cette stratégie a évidemment de gros inconvénients pour l’évolution de l’organisation du travail, par ce que ces agents ne luttent plus contre la dégradation de l’organisation du travail.

3 – Remarques:

a) Il semble que ces deux types de stratégies défensives soient dans une certaine mesure incompatibles ou concurrentes. Ceux qui s’engagent dans la stratégie collective de l’hyperactivité doivent renoncer précisément, ou désinvestir au moins partiellement leurs activités dans l’espace privé (loisirs, vie associative, etc.). Au contraire, plus on s’engage dans les défenses individuelles, plus il sera difficile à l’organisation du travail de remobiliser l’intelligence et la compétence des agents, désormais trop occupés par leurs activités privées.

b) Le caractère défensif de ces stratégies est évident. En effet, l’une comme l’autre n’apporte guère de plaisir. Et leur vécu est exprimé par les agents comme une nécessité qu’ils adoptent à leur corps défendant, faute de pouvoir faire autrement.

c) La contradiction entre les deux stratégies de défense est en soi une difficulté supplémentaire: il est pénible pour ceux qui s’engagent dans l’une des stratégies de se confronter à ceux qui s’engagent dans l’autre, parce que cela crée un doute et aggrave l’angoisse des uns et des autres sur la légitimité de la conduite qu’ils ont adoptée.

d) L’économie du rapport psychique au travail est dominée par les stratégies défensives et par les signes annonciateurs de décompensation, comme on va le voir au chapitre suivant. A l’appui de cette conclusion, il est nécessaire de souligner deux choses:

- Les manifestations et l’expression du plaisir au travail dans la situation actuelle, sont rares parmi les agents qui ont participé à l’enquête. Un sentiment général de lassitude et de découragement a détrôné semble-t-il, le plaisir tiré de l’activité du travail.

- Corrélative de cette rareté des expressions de satisfaction et de plaisir au travail, on peut noter la disparition des formes ordinaires de la convivialité au travail. Les arrosages, les pots, les fêtes, les célébrations de Saint- Eloi, sont devenus tristes et sont peu fréquentés. Il existait auparavant des coutumes d’organisation de blagues, de dérision, de canulars : par exemple de peindre avec du bleu de Prusse les casques ou les combinés de téléphone, de sorte que les agents se retrouvent à leur insu tout peinturlurés soit au front, soit à l’oreille. On dévissait le micro du combiné du collègue, qui se faisait brocarder ensuite lorsqu’il haussait, sans résultat, la voix pour s’adresser à un interlocuteur qui ne l’entendait pas. On passait parfois de faux appels téléphoniques qui déroutaient l’interlocuteur. On collait au sol des pièces de monnaie à l’araldite, que l’innocent cherchait vainement à ramasser sous le rire des autres. Il y avait beaucoup de blagues avec des douches froides inopinées. On faisait courir un gars pour aller chercher le support du « découilleur », pièce qui évidemment n’existait pas… Toutes ces blagues bon-enfant, qui signaient un sens de l’humour et une bonne humeur au travail, ont totalement disparu. On n’oserait plus reprendre ce genre d’usage, car les agents y sont tellement peu préparés, qu’on s’attendrait en général à ce que ce soit mal compris ou mal accepté.

Toutes ces pratiques conviviales ont disparu depuis trois ans. Leur disparition scande exactement les mutations qui ont été effectivement inaugurées dans l’organisation du travail de la SUT, il y a trois ans.

e) La disparition de la convivialité ordinaire entraîne avec elle la disparition des communications informelles. On peut montrer en effet que c’est dans ces moments et ces lieux informels de rencontre (repas, pots, etc.) que se transmettent nombre d’informations essentielles à la communication et à la coopération des opérateurs. Ainsi ne s’étonnera-t-on pas d’entendre souvent évoqué le manque profond de communication entre agents, même lorsqu’il s’agit d’agents de même niveau hiérarchique (entre CMP par exemple) et d’entendre invoquées les conséquences de ce manque de communication sur l’ajustement de l’organisation du travail.

IV) Les signes de décompensation

On comprendra sans difficulté, que, dans ce contexte, on voie nettement se profiler des signes de débordement par une souffrance non contrôlée.

Les signes d’alerte sont les suivants:

l – Certains agents sont parfois épuisés par le rapport au travail. Certains sont « rincés », vidés, après le travail, pendant l’arrêt de tranche ou à la fin de l’arrêt de tranche. D’autres, avant d’être dans cet état sont nerveux, irritables, agressifs et souffrent de troubles de l’humeur qui gênent les autres, leurs proches et leurs collègues, et les affectent eux-mêmes, car ils ne sont plus capables de se maîtriser.

D’autres cèdent au contraire à la passivité apparente, semblent sans réaction, comme s’ils avaient perdu toute capacité de manifester une quelconque émotion. Tous ces symptômes font partie du tableau clinique classique de l’épuisement et du surmenage professionnels.

2 – Dans tous les groupes de travail nous avons été frappés par la fréquence des expressions comme:

- « on est de moins en moins bon »,

- « on est de moins en moins compétent »,

- « on est de moins en moins performant ».

Ces expressions vont parfois au-delà : « on est des poubelles », expression qui revient dans différents contextes relatifs à la nature des tâches, mais aussi à la condition générale que les agents vivent subjectivement sur le site.

Autres expressions paradoxales : « on se demande qu’est-ce qu’on « fout » ici ? » « A quoi ça sert ce qu’on fait ? » « A quoi on sert ? ».

Certains agents font des crises sur le site. Les crises de larmes, les effondrements en pleurs ne sont plus exceptionnels. Cette situation est tout à fait surprenante et inhabituelle. Nous n’avons jamais rencontré cela dans aucune des enquêtes que nous avons faites à ce jour, quelle que soit la branche d’activité industrielle ou économique. A ce titre, les crises de larmes d’hommes sur les lieux de travail peuvent être considérées comme un signe de gravité.

D’autres éléments confirment cette impression fâcheuse. Lorsqu’un homme s’effondre en larmes, on ne le considère pas ici comme un malade mental. Il ne subit aucun processus d’exclusion ni de marginalisation par les autres. Au contraire, une certaine solidarité se manifeste parfois. Ce comportement déclenche plutôt l’indignation, mais contre l’organisation du travail, pas contre le sujet. Voire une indignation collective. On apprend même que les larmes d’un homme déclenchent une forte émotion chez les autres, qui se demandent parfois avec angoisse quand viendra leur tour.

D’autres agents ont des comportements qui intriguent mais sont pourtant sans équivoque : crise de tremblements incoercibles par exemple, tics ou stéréotypies motrices incontrôlables, etc.

Certains agents souffrent de crises d’identité et de dépersonnalisation, heureusement passagères et réversibles, semble-t-il: doute généralisé sur tout, doute sur le bien-fondé de ses impressions, de ses sentiments, doute sur la légitimité de ses raisonnements, impression de solitude, crainte d’être fou et d’avoir perdu la raison. Ce vécu a été rapporté par plusieurs agents. Tous ces symptômes sont les témoins d’une atteinte sérieuse au moral des agents. L’absence de réaction de rejet est aussi un signe de gravité, comme l’absence de défense par l’accusation généralisée ou vindicative. Ces symptômes, donc, témoignent de la proximité d’effondrements dépressifs et d’abandon de la lutte contre la souffrance, pour céder à la maladie.

3 – Parallèlement à ces symptômes bruyants, il faudra accorder une place significative aux conséquences de cette souffrance, qui n’est plus suffisamment compensée, sur la famille.

- Certains agents deviennent taciturnes, voire mutiques. Ils ne parlent plus lorsqu’ils sont de retour chez eux.

- Certains n’arrivent pas du tout à oublier le travail et leur souffrance ne les quitte plus. Ils dorment mal et deviennent difficiles à vivre dans leur vie privée.

Selon les agents il en résulterait des discordes familiales et conjugales, dont l’augmentation est repérée par nombre d’entre eux, notamment à travers l’augmentation des ruptures et des divorces.

- Certains agents retardent le moment de rentrer chez eux, de peur de n’être pas en mesure d’assumer la tension entre le monde du travail et le monde familial.

En d’autres termes, si certaines manifestations de décompensation éclatent sur les lieux du travail, il y en a aussi beaucoup d’autres qui se soldent dans l’espace privé ou domestique. On est légitimement fondé à se demander si la souffrance au travail n’aurait pas déjà des conséquences sur la santé mentale, non des agents cette fois, mais sur celle de leurs proches.

Enfin, ultime défense sans doute contre cette spirale, certains agents envisagent de demander leur mutation, certains cherchent un emploi ailleurs qu’à EDF, ce qui n’est pas banal on le sait, au regard de la tradition de l’entreprise. En dépit de leurs attaches affectives, de leurs investissements dans la construction d’un pavillon, certains agents envisagent quand même de tout abandonner. Certains l’ont déjà fait.

A noter qu’il ne semble pas y avoir de décompensation sur le mode de l’alcoolisme. Ce qui est inhabituel dans ce genre de conjoncture. Nous n’avons pas trouvé d’explication à ce phénomène, l’interdiction de consommation collective d’alcool sur le site n’étant pas ici suffisante pour en rendre compte.

Il faut souligner que cette souffrance, ces stratégies défensives et ces signes de décompensation n’affectent pas tous les agents de la même manière, en fonction de leur situation dans le service travaux. Mais aucun groupe, semble-t-il, n’est épargné.

D’après les agents qui ont participé à l’enquête, ce sont même ceux qui sont encore le moins touchés qui ont accepté d’apporter leur concours à cette recherche.

A cet égard, l’absence des chaudronniers est peut-être un signe de souffrance plus grande encore que chez les agents appartenant aux autres sections.

Il semble cependant que globalement, les plus touchés des agents soient les CPHC et les contremaîtres principaux. Mais les CE qui n’ont pas participé à l’enquête, ne seraient pas épargnés. Les techniciens et ouvriers professionnels résisteraient mieux semble-t-il, c’est d’ailleurs parmi eux que l’on trouve encore des stratégies collectives de défense par l’hyperactivité, telles que nous les avons mentionnées plus haut. Enfin, a été évoqué le sort peu enviable des ouvriers des entreprises sous-traitantes, dont on pense généralement parmi les agents EDF du service travaux, qu’elle est pire que la leur, même si elle est certainement d’une autre nature et en rapport avec les abus de charge de travail et leurs conséquences sur la vie privée.

V) Retour sur l’organisation du travail

Ces éléments permettent maintenant de revenir sur les problèmes spécifiques de l’organisation du travail.

Il semble que ces troubles assez sérieux qui viennent d’être décrits soient en rapport direct avec des transformations du travail et de son organisation réelle. Le centre de gravité du problème semble être situé d’après le discours des agents dans:

- la non-reconnaissance du travail effectué et des efforts déployés par les agents pour remédier aux insuffisances de l’organisation du travail ;

- la dévalorisation progressive par l’encadrement, des valeurs professionnelles, du savoir-faire, des compétences techniques, du métier et de l’expérience du travail.

l) Les différences entre corps de métier

La souffrance semble étroitement liée à la perte différentielle du travail de métier. Cette perte semble maximale chez les chaudronniers et minimale chez les électriciens. Les mécaniciens, actuellement, seraient situés entre les deux. Les préparateurs, semblent aussi assez sérieusement touchés. Pour rendre compte des différences entre corps de métier vis-à-vis de la confiscation du travail, on invoque deux types d’arguments:

a) arguments techniques

Lorsqu’il y a trop d’entreprises à suivre, ceci entraîne un trop grand nombre de points d’arrêt à poser et à vérifier. La surcharge de travail découlant de ce suivi contribue à dessaisir les agents EDF de leur rapport direct au travail.

- L’augmentation de la charge de travail des chaudronniers est liée à l’augmentation des tâches qu’implique l’alourdissement du cahier des charges de chaque arrêt de tranche par rapport au précédent. Par ailleurs, les chaudronniers ont déjà subi il y a plusieurs années un début de déprofessionnalisation, l’essentiel de leur travail étant maintenant consacré à la robinetterie. A l’inverse, les mécaniciens ont à suivre des chantiers beaucoup plus importants, beaucoup plus longs, et les points d’arrêt y sont beaucoup moins nombreux, ce qui leur permet de défendre mieux leur rapport au travail.

- La répartition des tâches entre diverses équipes dans une même section a permis à certaines équipes de conserver un rapport serré avec le travail professionnel.

b) Les arguments humains

Si certains collectifs de travail ont mieux résisté à la confiscation des tâches, ce n’est pas que pour des raisons de conjoncture technique, c’est aussi en fonction des choix qu’ils ont faits, des stratégies qu’ils ont adoptées, de leur cohésion, et donc d’un certain mode d’engagement pour défendre leur rapport au travail. Mais ceci s’est soldé généralement par une augmentation de la charge hebdomadaire de travail.

Il est à noter, que paradoxalement, le recours généralisé aux entreprises extérieures, a tendance souvent à accroître la charge de travail. Signalons à ce propos de ce premier point, comme à propos du point suivant (sur le « suivi ») que les différences observées entre électriciens et chaudronniers n’ont pas été entièrement élucidées, et restent, pour une part, énigmatiques.

2) La question du « suivi »

a) On notera qu’il n’y a généralement pas de refus de principe, a priori, de s’engager dans des tâches de suivi. C’est surtout secondairement, sur la base de l’expérience personnelle et des déceptions de ce travail, ou sur la base de l’expérience des autres, que certains agents ont adopté d’emblée une position réticente à l’égard de cette nouvelle responsabilité dans le travail. On a pu par ailleurs repérer chez les agents une crainte de ne pas être capables de faire face à ces nouvelles contraintes de travail. A cette crainte s’ajoute le doute qui s’empare d’eux sur les compétences qui leur resteront lorsqu’ils auront perdu leur savoir-faire de métier. Il faut ici comprendre que la crainte des agents est, dans cette opération, de perdre ce qui, dans le travail, contribuait jusqu’à présent à définir à leurs yeux, à ceux de leurs collègues, et à ceux de leur famille, leur identité.

b) Au début, certains agents étaient assez satisfaits de faire du suivi. Mais il semble qu’avec le temps, beaucoup d’agents aient déchanté et que le plaisir éprouvé ait cédé le pas devant la souffrance engendrée par la perte du travail de métier.

c) Le suivi est en effet beaucoup plus un contrôle de gestion qu’un contrôle de qualité. C’est du moins l’impression unanime des agents du service travaux qui estiment que le contrôle de qualité est inefficace et passe au second plan derrière des exigences du contrôle de gestion.

d) Le suivi occasionne par lui-même une souffrance spécifique, en raison de la masse de papiers ingrats à traiter.

e) Les agents éprouvent le sentiment d’être piégés dans leurs efforts pour conserver le rapport qu’ils entretiennent avec le travail. Pour lutter contre la délégation des tâches de métier à des entreprises sous-traitantes, les agents EDF augmentent leur charge de travail et tentent de répondre à toute la demande. De la sorte, ils augmentent leur journée de travail et leurs heures supplémentaires. Ils augmentent donc aussi la quantité de repos compensateurs à prendre. Au bout d’un certain temps il faut prendre ces repos compensateurs en bloc, et c’est à ce moment, ou pendant cette période qu’à nouveau on embauche des personnels extérieurs. Donc dans un cas comme dans l’autre, les agents ont le sentiment d’être piégés et de ne pouvoir conserver le travail qu’ils aiment faire.

Quoi qu’il en soit, la souffrance des agents du service travaux semble étroitement liée à la confiscation, à la dévalorisation, à la déstructuration des savoirs de métier pour lesquels ils étaient initialement formés. Ceci occasionne deux types de conséquences qu’il faut rigoureusement distinguer:

1 - La perte des possibilités offertes par le travail de métier d’offrir des occasions de plaisir par le travail. La déqualification est en même temps une épreuve de perte de sens au regard de l’histoire singulière au travail. Elle occasionne de plus une crise des valeurs et une crise du sens non plus au niveau de la « vocation » individuelle, mais au niveau du contenu du travail, avec un fort sentiment d’absurdité.

2 – L’inquiétude authentique sur la qualité du travail et les risques que l’on fait ainsi courir à la sûreté des tranches: il s’agit ici du diagnostic posé par les agents du service travaux sur la qualité d’un travail qu’ils connaissent depuis longtemps et pour lequel ils ont donné jusqu’à présent beaucoup d’eux-mêmes.

Du point de vue de l’analyse psychodynamique, en effet, il faut accorder une attention particulière à un paradoxe de grande valeur significative sur le problème posé:

En effet, passer du côté du suivi et abandonner le travail, conduit à donner davantage de pouvoir aux agents. Dans la plupart des situations ordinaires, ce gain de pouvoir est une source de convoitise et apporte des sentiments de satisfaction. Or, ici, dans le service travaux, on est frappé par l’absence de plaisir tiré de cette nouvelle position en perspective. Certes le travail de suivi est peu intéressant, par comparaison avec le travail de métier. Mais le gain de pouvoir n’apporte pas non plus, de plaisir, ce qui est tout à fait inhabituel et paradoxal. La seule façon de comprendre cette discordance, c’est de faire une place capitale à l’inquiétude des agents sur la dégradation de la qualité et de la sûreté. Le plaisir du pouvoir est donc effacé par des préoccupations devenues plus prégnantes et déterminantes, sur le vécu du travail, relativement à l’avenir de la maintenance et de la sûreté.

VI) La sûreté

Globalement, l’impression des agents est celle d’une dégradation de l’état des tranches. Non seulement en raison de l’usure des installations, bien sûr, mais en raison de données attestées sur la dégradation de la qualité du travail de maintenance.

A cet égard, leur avis diverge donc sensiblement de celui de la hiérarchie, mais, en revanche, il fait écho aux préoccupations énoncées par l’entreprise au niveau national vis-à-vis des défaillances de la maintenance dans l’ensemble du dispositif de sûreté nucléaire.

Les agents du service travaux pensent, sur la base de leur expérience, que le travail de maintenance est difficile, en temps réel, compte tenu du terrain et de la réalité d’un arrêt de tranche, des contraintes de délais et de disponibilité, de la quantité de chantiers à conduire, du nombre élevé de travailleurs impliqués dans l’arrêt de tranche (augmentant les difficultés de synthèse), de l’alourdissement progressif et inexorable du cahier des charges, des contraintes réglementaires et des consignes de travail en dernier lieu.

L’expérience des agents du service travaux est, qu’au fur et à mesure, il devient de plus en plus difficile de suivre le travail des entreprises sous-traitantes, de plus en plus délicat de mettre et de relever les points d’arrêt, de conserver des compétences techniques pour juger même le travail fait par autrui. Ils mettent en doute la qualité et la validité des contrôles opérés par eux mêmes et par d’autres, et ils pensent qu’on a actuellement une vision et un bilan inexact de l’état des tranches. Ils citent de nombreux exemples d’anomalies, dont certaines sont graves, qui ne sont pas reconnues ni inventoriées, ni traitées comme il conviendrait. Ils concluent qu’il y a lieu de remettre en cause la crédibilité des évaluations faites actuellement sur la sûreté des tranches. Il s’agit donc d’un transfert progressif des critères de sûreté qui jusque là portaient sur la qualité du travail bien fait, et qui sont aujourd’hui déportés vers la qualité des contrôles de gestion. Ceci se formule pour eux de la façon suivante « sur quoi repose la sûreté actuellement ? » – « sur du papier! « 

A la différence de beaucoup d’autres situations comparables, c’est la première fois que nous entendons des agents émettre de tels doutes sur la sûreté. Jusque là jamais nous n’avons rencontré cette inquiétude. Généralement les appréhensions des agents des services de maintenance portaient sur la sécurité des personnes mais pas sur la sûreté des installations. Les doutes des agents sur la sûreté résultent de ce qu’ils ont des preuves qu’il est possible, matériellement actuellement, de dissimuler des travaux non faits ou mal faits, et que non seulement c’est possible, mais cela devient une pratique non exceptionnelle, dont la hiérarchie n’évaluerait pas bien la réalité.

Ainsi la souffrance des agents des services travaux de la SUT a-t-elle un rapport non seulement avec l’organisation du travail et ses difficultés internes, mais avec des incidences sur la sûreté dont ils pensent qu’actuellement elles ne sont pas contrôlées. Ce sont ces incidences qui contribuent à la gravité des atteintes enregistrées au cours de cette enquête au moral des agents et, au-delà, à leur santé. Parce qu’ils sont les témoins affligés et inquiets d’un processus qu’ils ne parviennent pas à enrayer, malgré leur bonne volonté.

Conclusion

Pour conclure nous dirons que la souffrance des agents du service travaux atteint des dimensions qu’il convient de considérer comme sérieuses, au premier chef pour leur propre santé. En contrepartie, l’analyse de cette souffrance fait émerger une série intéressante de considérations sur le fonctionnement de l’organisation du travail dont la synthèse conduit à la structuration d’une argumentation d’un grand intérêt pour alimenter le débat contradictoire sur les rapports entre travail réel d’un côté, qualité de la maintenance et sûreté des installations nucléaires de l’autre.

Leur connaissance du travail réel leur permet de construire un point de vue structuré sur une dimension – d’une importance au demeurant incontestable – de la sûreté : la qualité de la maintenance. Ce point de vue peut être récapitulé autour d’une thèse presque explicitement formulée par les agents: la sûreté dépend pour une part de la qualité de la maintenance. La qualité de la maintenance ne dépend pas que de la bonne programmation des arrêts de tranches, elle dépend aussi des performances techniques garanties par les hommes. Ces performances ne peuvent, selon eux, être garanties sur la base exclusive des vérifications et de la surveillance. De nombreuses expériences accumulées depuis des années, leur font penser qu’aucune surveillance, aucun contrôle ne peut être efficace s’il est utilisé seul et prioritairement. Surveillance et contrôle ne trouvent leur efficacité et ne sont potentialisés que s’ils viennent doubler une pratique du travail rigoureuse dont la base n’est pas dans le contrôle, mais dans le savoir-faire, la constitution progressive de l’expérience, le sérieux, et le travail de métier. L’initiative, la mobilisation et l’engagement des hommes leur apparaissent donc comme un chaînon essentiel de la sûreté.

Leur souffrance est pour une bonne part liée à la sous-estimation actuelle selon eux de la composante humaine de la qualité par la hiérarchie. Cela étant, même si la situation psychologique des agents du service travaux, face aux difficultés organisationnelles, paraît assez préoccupante actuellement, elle pourrait s’améliorer.

Le destin de cette souffrance est étroitement lié, semble-t-il, à la possibilité que les agents de ce service auront de faire entendre le point de vue qu’ils se sont forgés à partir de leur expérience professionnelle sur les problèmes de l’organisation du travail dans la maintenance. C’est-à-dire que l’évolution de leur souffrance dépendra de la possibilité qui leur sera faite d’apporter une contribution à l’analyse de l’organisation du travail dans une période de transformation et d’expérimentation de nouvelles formes de travail, dont on sait par ailleurs l’importance dans le contexte actuel de l’exploitation des centrales nucléaires.

Les pieds dans le plat
Bulletin d’information de la section syndicale FORCE OUVRIERE de l’UTO n°23,
septembre 1996, semaine 37, numéro spécial

 

Les résultats du nouveau management dans le nucléaire

03 RADIOACTIVITE

PREAMBULE

Le PSU 1993-95 étant arrivé à échéance, les Chefs d’Unités ont reçu la mission de présenter un projet pour la période 1996-98. Ce travail a, comme il se doit, débuté par une phase de diagnostic. Mais, pas question de véritable remise à plat (car cela mettrait en évidence les vrais résultats). La Direction a donc organisé, à sa façon, la consultation du personnel EDF de l’UTO ainsi que celle de représentants des sites. Il n’a pas été prévu de recueillir l’avis des prestataires (même des permanents (*)), ni celui des  » partenaires sociaux  » ! Explicitant sa conception du dialogue social, la Direction de l’UTO a indiqué que les représentants du personnel pouvaient donner leur point de vue comme n’importe quel agent, en s’intégrant dans un groupe de réflexion. Que la Direction le veuille ou non, les Organismes Statutaires auront à se prononcer sur le PSU.

Une analyse des informations émanant de l’UTO, des Services Centraux, des centrales et des sous-traitants a été faite, en essayant de dégager l’impact du management sur les travailleurs et sur les performances de l’entreprise. Elle n’est pas exhaustive et ne constitue qu’une contribution à de futures synthèses syndicales, aux niveaux PARC, DEPT, Fédération… Nous en publions le résumé dans ce numéro spécial et le soumettons ainsi à la critique générale (tout comme n’importe quel agent, la Direction peut nous faire part de ses remarques). Nous nous engageons même à publier dans un prochain bulletin, tous compléments ou contradictions argumentés, qui nous parviendraient.

 LE TAYLORISME « NOUVEAU » EST ARRIVE

Alors que l’on annonce à grand renfort de discours et de plans stratégiques, la libération des initiatives, la décentralisation des responsabilités, le raccourcissement des lignes hiérarchiques, nous assistons en réalité au développement d’une nouvelle forme de taylorisme. Celle-ci ne concerne plus exclusivement les métiers manuels dont le nombre a d’ailleurs régressé avec le développement des nouvelles technologies. Elle s’applique par l’intermédiaire de la réforme du management à l’encadrement et à l’ensemble de l’entreprise.

Conformément à l’un des principes de Taylor: la tête pense, la base exécute, l’organisation est pensée en haut lieu et à huis clos et elle est imposée aux agents.
Le discour autoritaire étant démodé, pour arriver à ses fins, la Direction recourt à des officines de consultants (à quelles obédiences appartiennent-elles ? quelles sont les règles d’appel d’offre ? que contient le cahier des charges ? combien d’argent leur donne la Direction ?).
D’autre part à quoi servent les groupes de travail ?
Il en existe en effet une multitude, mais ils sont noyautés de façon à éviter que des agents trop consciencieux s’intéressent aux domaines interdits (justifications de certaines commandes, réductions d’effectifs, mobilité, insuffisance de moyens…). Leur raison d’être est  » d’accompagner le changement « , de travailler psychologiquement les esprits, et de tuer dans l’oeuf les bonnes questions.

La concertation pluridisciplinaire n’existe que dans les discours ! Beaucoup de compétences internes sont volontairement laissées de coté, pour ne pas risquer de remise en cause des plans élaborés par les élites pensantes.

La fragmentation, autre principe cher à Taylor, est lui aussi recherché par les nouvelles organisations.

En voici quelques exemples:
Il n’est pas question pour le nouveau management de reconnaître une quelconque interactivité entre Sûreté et Sécurité. Ces deux domaines sont en conséquence traités complètement séparément.
Il en est pratiquement de même pour la Radioprotection et la Sécurité. Demain l’EPN ira-t-il plus loin ? En effet il est fortement question de séparer les accidents du travail, des accidents au travail. Il n’est pas interdit de penser qu’à la culture taylorienne puisse s’ajouter un penchant pour le trafic d’indicateurs.
A propos de l’organisation de l’ingénierie pour l’exploitation au sein du parc nucléaire (IPE), la définition donnée par la Direction elle-même (note MCP-GRP/CB-indice 1-10 novembre 1992), se passe de commentaire: « ce potentiel est constitué par les moyens centraux du parc couplés aux ingénieries de site qui s’appuient sur l’ingénierie Direction de l’équipement dédiée à l’IPE et sur des bureaux d’ingénierie extérieurs ».

La logique de normalisation est non seulement toujours présente mais s’étend même aux entreprises extérieures à qui l’on impose : homologation de leurs systèmes d’assurance qualité, carnet d’accès de leurs agents (à ne pas confondre avec la fiche d’accès), certification de la qualification, de la formation…
Le discours laissait supposer une réduction du nombre des prescriptions et l’amélioration de leur ergonomie à commencer par leur justification (certains textes sont inapplicables, d’autres sans fondement devraient être supprimés, d’autres manquent cruellement). Au lieu de cela on assiste à l’indifférence des managers qui poursuivent leur logique procédurière. Tout problème nouveau est l’occasion de faire rédiger une prescription supplémentaire. Par exemple la sortie d’un nouveau décret engendre des textes de réglementation interne (traités par des agents qui ne sont pas juristes), souvent moins clairs, partiels, parfois volontairement arrangés de façon à minimiser l’impact sur l’entreprise, et à faire porter le chapeau au lampiste.

 LE NOUVEAU MANAGEMENT ENTRAINE LES AGENTS

A NE PLUS REFLECHIR

Tout comme l’ouvrier dont les libertés étaient réduites par la parcellisation des tâches, l’encadrement est soumis au carcan de l’organisation normative. La compétence et l’esprit de métier n’ont plus cours : c’est l’organisation qui désormais définit les actions à accomplir.
La note  » Mission Relations avec les prestataires  » du 01- 10-93, validée par le comité de direction de l’EPN, en fournit un exemple: » L’acceptation, qualification, évaluation, des prestataires : c’est l’organisation qui permet de sélectionner le panel de prestataires avec qui nous souhaitons travailler et de mesurer l’adéquation de leurs réalisations à nos exigences. « 

Ce sont les réformes de l’organisation qui vont parait-il tout régler. Tout nouveau dysfonctionnement est le prétexte de créer de nouvelles structures, d’où le télescopage des innombrables réformes.
Pour casser toute résistance au changement et parvenir à ses fins (sous-traitance, privatisation rampante … ), la Direction superpose à ces réformes des contraintes de mobilité très poussées, que certains résument par  » n’importe qui, n’importe où et pas longtemps « . L’inhibition de la  » mémoire  » qui en résulte, facilite la fuite des savoir-faire et nous rend encore plus dépendant des constructeurs, fournisseurs et sous-traitants.

Le frein à l’initiative va encore plus loin dans le nucléaire. En effet, la Direction n’est pas favorable aux débats d’idées (y compris dans les Organismes Statutaires) et à l’innovation en général. L’EPN et EDF prennent des libertés par rapport à la réglementation sur les innovations de salariés. Bien que le nombre de brevets déposés annuellement s’accroisse, il reste ridicule par rapport à d’autres entreprises. Les agents EDF sont-ils donc sans imagination, ou d’autres prennent il les brevets à la place d’EDF ? Dans un tel contexte, le discours des Directions sur la protection du patrimoine peut-il être vraiment pris au sérieux ?

 M3E, UN OUTIL DE MANAGEMENT QUI VA SCLEROSER L’ENTREPRISE

M3E,  » méthode d’entreprise d’évaluation des emplois « , n’est que la pâle copie d’une méthode née, aux Etats Unis, à l’époque de TAYLOR. Cette méthode réduit la conception de l’entreprise à une juxtaposition d’emplois. Le travail en équipe n’est considéré que sous l’angle relationnel. La pluridisciplinarité et la créativité ne sont pas valorisées. M3E s’inscrit dans une logique de résultats à court terme.
Comment la Direction Générale dEDF a-t-elle pu imposer une telle méthode d’évaluation des emplois qui va pour longtemps anesthésier l’initiative ? Pourquoi n’a-t-elle pas engagé une réflexion préalable sur  » le travail aujourd’hui  » (contrairement à une idée répandue, c’est loin d’être quelque chose d’évident), sur les rapports des agents avec leur travail et sur les évolutions souhaitables ?

Cette décision relève-t-elle des erreurs de management ou participe-t-elle à une stratégie d’affaiblissement de l’entreprise ?

Moderniser le Service Public est une nécessité permanente. En ne faisant rien, on allait peut-être dans le mur. Mais avec M3E on est encore plus sûr d’y aller !

 LES AGENTS SOUFFRENT DES EFFETS DES HUMANISANTS DU NOUVEAU MANAGEMENT

Le taylorisme ne se préoccupait pas de ses conséquences sur l’épanouissement et la santé des ouvriers.
Le nouveau management fait de même en considérant la ressource humaine comme une ressource qu’on gère comme les autres : masse salariale minimum, effectif minimum, création d’exclus en tout genre, mobilité forcée… destockage de pièces de rechange, réduction de programmes de base… )
Seule la rentabilité économique est visée ; d’aspects humains il n’est pas question ! Par exemple les agents en absence de longue durée, sont purement et simplement ignorés par leur hiérarchie (ils ne sont plus utiles et n’existent plus que sur le papier).
Par ailleurs, décréter la responsabilité de chaque agent, sans lui accorder les moyens d’assumer sa mission, est particulièrement déstabilisant et démagogique.
Le mal vivre, les déprimes, les suicides (agents et sous-traitants) laissent indifférente la Direction qui refuse que ces sujets soient étudiés, malgré les risques potentiels pour les agents et pour la Sûreté. Dernier refus en date : au CMP du 4 juillet la Direction de l’UTO a refusé la création d’une commission « social » pour essayer d’identifier et de prévenir les phénomènes anxiogènes à l’origine des symptômes croissants observés par le médecin du travail. Cette attitude est à rapprocher du limogeage des médecins épidémiologistes (voir Le Monde du 01-08-96 et Libération du 03-09-96). La Direction  » casse le thermomètre  » pour retarder la mise en évidence des méfaits du management sur la santé des travailleurs.
Le Pouvoir actuel est manipulateur et inhumain. Il déstructure les individus et les rapports entre les individus. Cela le rend illégitime.

 L’AFFAIBLISSEMENT DES VALEURS DE SOLIDARITE ET DE COOPERATION

Copiant Taylor qui payait les ouvriers au rendement, la Direction a commencé à payer certains dirigeants au mérite et veut étendre ce principe à l’ensemble des cadres.
N’est-ce pas encore un facteur supplémentaire de déstabilisation du corps social ?
En effet la notion de résultat mériterait d’être précisée, ainsi que la méthodologie de l’évaluation, la compétence du « juge », et l’assurance qualité.
La rémunération individuelle liée au résultat comporte d’autres inconvénients. N’est-elle pas la négation du travail d’équipe? Si l’on sait qu’on peut gagner plus que son collègue, va-t-on l’associer à une démarche de progrès, ou plutôt essayer de se garder la meilleure part du gâteau? La Direction veut-elle vraiment la transversalité ? Et le chef qui juge le résultat, n’y a-t-il pas contribué, même quand il est médiocre ?
Quelle est donc cette méthode merveilleuse, préconisée par la Direction, qui permet d’analyser tous ces aspects, et de rendre à César ce qui est à César ? Si elle existe, les agents ne demandent qu’à la connaître.
Ce principe de rémunération pousse à encore plus d’individualisme, d’égoïsme, et de non-qualité. D’ailleurs la Direction n’est-elle pas prise d’un doute, lorsqu’elle indique à propos de l’intéressement des équipes d’arrêt de tranche : « on cherchera à valoriser la performance de l’équipe de travail et non la performance individuelle ».
Nous n’analyserons pas en détail les conséquences de cette variante. Nous nous contenterons d’indiquer que l’équilibre social est fondé actuellement sur le partage d’une valeur commune : le Service Public. L’adoption d’une forme de rémunération par équipe, conduira chaque groupe à privilégier ses propres intérêts au détriment de ceux de l’entreprise (la guerre des clans?). ce phénomène existe déjà par la  » guerre  » que se livrent certains sous-traitants (coalition d’entreprises extérieures contre  » le mouton noir « , mauvaise volonté et/ou entraves diverses sur les chantiers imbriqués…), et par l’existence de groupes de pression puissants.

Nous osons la question suivante:  » et si l’on cherchait à valoriser les performances de l’entreprise? »

Remarquons également que la rémunération en question est immédiate et non à terme. Il est donc évident qu’elle favorise les résultats à court terme au détriment de progrès à plus longue échéance. On peut faire confiance à certains mercenaires sans scrupule pour exploiter ce nouveau filon, sans se soucier des conséquences ultérieures.
Il est vrai que sur le moment une prime peut créer une certaine motivation « artificielle ». Mais il bien est connu qu’on s’habitue à la récompense, qui devient normale, et qui au bout d’un certain temps ne fait plus d’effet!

Mais au fait, n’y a-t-il vraiment que l’argent qui motive les hommes et les femmes du Service Public ?

Dans un Service Public qui préconise la péréquation des tarifs, n’est-il pas légitime de maintenir une  » péréquation  » des salaires ?
N’est-il pas souhaitable de stimuler la vraie motivation, celle qui se déclenche par les valeurs d’exemple, de confiance et d’estime ?
On n’en est malheureusement pas là dans le nucléaire !
La réforme du management consiste à  » singer le privé « , mais le privé archaïque. En effet les entreprises performantes ont, quant à elles, repéré que certaines méthodes de « l’oncle Sam » sont dépassées ou perverses.
Cependant, les croyances ont la vie dure, dans la technostructure qui est intimement persuadée que les défaillances humaines existent, mais pas à son niveau 1

 L’OBSTRUCTION A LA REMONTEE DE L’INFORMATION NEGATIVE

La hiérarchie considère comme négative, toute information concernant les contraintes que rencontrent les agents dans l’accomplissement de leurs métiers (impossibilité de respecter les procédures, comportements fautifs des managers) ainsi que celles qui sont relatives aux contre-performances de l’entreprise.
L’obstruction à ce type d’information est-elle répandue? Quelles en sont les conséquences? Qui est responsable?
Voici quelques questions que chacun est en droit de se poser à la production nucléaire, Direction qui prône : l’INSAG 4, la transparence, la qualité, le retour d’expérience, les bonnes pratiques…

 LE SYSTEME DE RECONNAISSANCE, ENCORE LUI

Observons d’abord que ce qui est primé (rémunération, promotion), c’est d’atteindre les résultats fixés par la Direction, résultats qui se résument le plus souvent au seul profit financier. En règle générale, la Direction ne prend en considération que la réussite des buts finaux, peu importe si les prescriptions ont été ou non respectées (puisqu’elle ne se donne pas les moyens de vérifier).
En revanche respecter les contraintes est difficile et pourtant pratiquement jamais récompensé.
Il se peut que les enfreindre soit sanctionné (et encore ce n’est pas sûr), mais en tout état de cause cela ne peut arriver que si l’on se fait prendre. Et l’on ne se fait pas prendre facilement dans un système complexe qui fait volontairement peu de contrôles !
Etant donné les dogmes actuels du management, respecter scrupuleusement les prescriptions revient à contrarier des intérêts personnels et c’est donc mal vu par une partie de la hiérarchie. Alerter ses supérieurs sur ces questions, est le plus souvent considéré comme une provocation. Cela se termine en général par la mise au placard; une façon comme une autre pour la hiérarchie, de faire des exemples pour faire comprendre à l’ensemble du personnel ce qu’elle souhaite vraiment.

 LE MAUVAIS EXEMPLE LA DEMORALISATION DES RELATIONS DU TRAVAIL

Pour se déterminer, les agents observent aussi l’attitude de leurs supérieurs.
La Direction favorise-t-elle la remontée des informations négatives, en répondant tardivement et de travers ou parfois pas du tout à des courriers syndicaux qui dénoncent très précisément l’inobservation de la Réglementation?
Où est la politique de transparence lorsque l’Etat Major du nucléaire refuse de faire la lumière sur les implications du dossier sous-traitance (le sujet est trop vaste pour être développé ici; il fera l’objet d’un autre numéro spécial) ?
Où sont le dialogue social et la morale lorsque des Chefs d’Unité multiplient les entraves au fonctionnement des Organismes Statutaires pour que les représentants du personnel ne puissent mettre en évidence des carences managériales voire des escroqueries ?

Auparavant le travail comportait des règles de vie, des usages, un équilibre entré les droits et les devoirs. Depuis quelques années, grâce à leurs dogmes, croyances, soif du profit, désintérêt du Service Public, certains managers ont réussi à promouvoir de nouvelles règles du jeu comme par exemple celle du « pas vue, pas pris « . Comme de plus il y a peu de véritables sanctions dans les sphères du pouvoir (placards dorés), ce principe a toute chance d’y faire école.
Est-ce favoriser la communication que de nous rebattre les oreilles avec la politique des bonnes pratiques? Dans le même temps, la Direction ne communique pas sur les mauvaises pratiques, d’ailleurs le terme n’a même pas d’existence dans le nucléaire (on est les meilleurs !).
Lorsque l’Autorité de Sûreté, demande des comptes sur un point particulier mais que sa question en soulève d’autres, est-ce une démarche de progrès que de donner des consignes de s’en tenir strictement à la question posée?

Des Chefs d’unités qui refoulent des propositions d’amélioration sans explication et parfois même sans réponse du tout, influencent-ils favorablement la remontée des informations?
Il y a parfois des explications, autres que culturelles, à cette attitude. Certains hiérarchiques peuvent être incompétents (ils ont été nommés là par piston), ou bien être coincés entre les objectifs qui leur sont imposés et un manque de moyens. Dans ces situations, ils choisissent de se réfugier dans la non communication.
Un des  » résultats  » de ce nouveau management c’est que l’information et particulièrement lorsqu’elle est négative et détenue par un petit nombre de personnes, est désormais souvent étouffée à la source. En effet à quoi cela sert-il de transmettre des informations qui, l’expérience l’a montré, vont être arrêtées par l’un des échelons de la hiérarchie.
Personne n’a plus confiance !
Nombreux sont les agents désenchantés, résignés, n’ayant désormais pour soucis que de faire bonne figure et de sauvegarder leur situation personnelle. Ils espèrent que le premier gros pépin nucléaire n’arrivera pas dans leur proche environnement (de plus en plus d’agents disent croire au gros pépin).

 QUELLES CONSEQUENCES POUR LA SURETE ?

L’écoute de la Direction est faible ou même nulle lorsque l’on met le management en cause. La Direction va même jusqu’à faire des pressions pour que certains délégués ne fassent pas partie de certaines délégations et pour que d’autres agents n’accèdent pas à un mandat de représentant du personnel. Elle réfute l’idée que son action puisse conduire au désengagement des hommes et par voie de conséquence à la dégradation de la Sûreté.

Jusqu’ici la présentation annuelle du niveau de la Sûreté des centrales nucléaires françaises, repose principalement sur l’évolution du nombre d’incidents significatifs classés. Jusqu’à cette année, à en croire les Autorités, le nombre d’incidents n’augmentait pas. Il faut toutefois signaler qu’en fin d’année s’effectue (avec l’accord de l’Autorité de Sûreté) le déclassement de certains incidents (qui paraît-il, n’engagent pas vraiment la Sûreté). Cette pratique a-t-elle contribué « inconsciemment » à maintenir jusqu’ici, cet indicateur stable ? Ce qui va être intéressant, c’est de voir ce qui va se passer cette année, car on observe depuis janvier, une recrudescence des incidents d’environ 50%). Qu’en dit, l’Autorité de Sûreté? A-t-elle bien rempli sa mission de contrôleur ? (cf récente déclaration de Jacques CHIRAC à propos de l’insuffisance du contrôle des banques). Le nucléaire est-il bien maîtrisé ?
Il était malhonnête de prétendre que, les incidents significatifs n’augmentant pas, la Sûreté s’améliorait. Mais il serait stupide de crier à la catastrophe parce qu’ils ont brutalement augmenté. Cependant, pourquoi les Autorités de Sûreté n’évaluent-elles le niveau de Sûreté qu’avec l’indicateur consenti par EDF ?
Le régime oligarchique institué par les Grands Commis de l’Etat n’est-il pas incompatible avec la rigueur nécessaire au contrôle d’une industrie aussi dangereuse que le nucléaire ?
Nous continuons à défendre l’idée qu’il est nécessaire d’améliorer l’appréciation du niveau de la Sûreté grâce à des indicateurs complémentaires, notamment concernant les facteurs humains et le social qui sont déterminants en matière de Sûreté.

Pour faire un parallèle avec la sécurité du travail, bon nombre de préventeurs reconnus sur le plan national et international ont confirmé que le seul taux de fréquence des accidents du travail avec arrêt, n’est pas représentatif de l’état de sécurité d’une Unité. L’expérience a plusieurs fois montré que des Unités ayant un taux de fréquence faible, étaient le lieu d’accidents mortels.
Nous réaffirmons que le nombre d’incidents significatifs observés depuis le démarrage du parc nucléaire, ne permet pas de conclure à une faible probabilité d’accident nucléaire. Les différents responsables s’en gardent bien également, préférant parier de  » l’année passée, marquée d’une pierre blanche pour la Sûreté  » et de  » la Sûreté à l’est « , plutôt que faire un pronostic sur l’évolution du niveau de la Sûreté des centrales françaises (d’ailleurs si on distribue des pastilles d’iode, n’est-ce pas parce qu’il existe, quelque part, des responsables prudents). La situation est sérieuse car on est entré à EDF et à l’EPN en particulier, dans une crise sociale sans précédent depuis la création de l’entreprise. A la forte crise de confiance s’ajoutent la démoralisation des relations du travail, la défiabilisation de la maintenance liée à la précarisation des exécutants (sous-traitance) et à la limitation du contrôle interne, l’augmentation du nombre d’actes de malveillance et des comportements anormaux, la stagnation des indicateurs de performances et en même temps, la provocation faite par la Direction qui corsète toujours plus le droit de grève et parle de dialogue social sans en faire.

 LE DEVELOPPEMENT D’UNE JUSTICE A DEUX VITESSES

Le compte rendu du comité de direction du parc nucléaire du 20 mai 1996, souligne :  » Les événements de décembre 1995 ont été accompagnés dans certaines Unités d’EDF, outre de violences, de pressions diverses, morales et physiques, sur des agents voire sur leurs familles… De telles actions, exacerbées lors de ce conflit, se produisent, ici ou là au quotidien… »
Nous ne pouvons qu’être d’accord avec la Direction du parc pour condamner de tels actes, mais nous lui suggérons de s’interroger sur le comportement de certains managers qui s’apparente à ceux qu’elle décrit. Il faut dans ce domaine comme dans les autres une égalité de traitement. Malheureusement nous ne connaissons que des exemples de lampistes sanctionnés (et parfois à tort). Récemment la Direction a contraint à la démission, une secrétaire de Direction. Malgré le discours officiel sur le renouveau du dialogue social, elle n’en a pas informé les Organisations syndicales. Pourquoi ? En revanche, elle a fait une large publicité autour de cette affaire dans les rangs de l’encadrement. Que craignait la Direction à respecter les procédures disciplinaires ?
Quelles sanctions a-t-elle pris envers les cadres qui ont permis que des entreprises d’obédience sectaire opèrent dans le domaine de la formation du personnel et du conseil de Direction ? Quelles sanctions a-t-elle pris envers les Chefs qui multiplient les entraves au fonctionnement des institutions représentatives du personnel ?
La Direction du parc invite à  » rompre la loi du silence « , mais l’expérience prouve, jusqu’à présent, que seul les lampistes sont sanctionnés. La Direction demande aux managers d’être  » garant de la liberté du travail et du respect des personnes « . C’est oublier un peu facilement qu’en toute impunité, un certain nombre d’entre eux, ne respectent pas la Réglementation et ne manquent jamais une occasion de faire état de leur mépris pour les hommes et leurs institutions représentatives.

Tant que subsisteront ces carences éthiques, nous vous inciterons à ne pas vous précipiter  » dans la gueule du loup « . Si vous détenez des informations sur des sujets sensibles, et que vous voulez défendre les intérêts de l’entreprise et de la Nation (c’est souhaitable), il y a d’autres moyens comme par exemple de vous adresser directement et discrètement à la justice ou de passer (même anonymement) par certains délégués du personnel. Il y en a qui ont été précisément sacqués, parce qu’ils avaient dénoncé des carences hiérarchiques. Alors pas la peine qu’il vous arrive, la même chose. De plus, ce que ne vous dit pas la Direction, c’est qu’il existe des menaces encore plus graves.
D’autre part même les permanents syndicaux, qui sont pourtant, à longueur de temps, au contact de la hiérarchie, éprouvent des difficultés pour trouver des interlocuteurs. Dans l’interne, il existe certainement de nombreux managers intègres avec qui il devrait être théoriquement possible de coopérer. Mais beaucoup n’ont pas, aux yeux du personnel, fait leurs preuves (l’incorruptibilité n’exclut pas la naïveté et/ou l’incompétence). Il faut également détecter ceux qui voudront bien se mouiller, et jusqu’au bout, quelle que soit l’importance  » des affaires  » (ne pas faire de vague constitue toujours la façon la plus sûre d’avoir une promotion). Quant à l’externe, et sans engager le débat sur le terrain politique, la presse a largement mis en évidence que le Pouvoir peut freiner voire annihiler le cours de la justice.
Dans une entreprise où les Chefs n’ont pas la confiance du personnel, il n’est Pas facile de communiquer. Les magouilleurs de tout poil ont donc encore de beaux jours devant eux !
Au lieu de construire une entreprise de partenaires, basée sur l’égalité de traitement et sur le respect réciproque, le management est entrain de construire une communauté d’opprimés et de victimes, fondée sur la frustration. La Direction ne jure que par le partenariat, mais dans l’interne, on est entrain de passer, lentement mais sûrement, de la relation client/ fournisseur, à la relation maître /esclave.

 QUEL MANAGEMENT DEMAIN A L’EPN ?

Les conséquences observées dans les différents domaines examinés plus haut, permettent d’esquisser un diagnostic global. L’hypothèse d’une incompétence générale des élites dirigeantes du nucléaire est peu crédible (on peut même penser que le niveau intellectuel est meilleur que dans d’autres secteurs de l’entreprise). Il faut donc admettre que les choix managériaux du PSU écouté, avaient des objectifs en rapport avec les résultats observés, résultats parfois reconnus par des hauts dirigeants (voir l’interview de Pierre LE GORREC dans LE MONDE du 21 juin 1996).

Parmi les hypothèses qui sont avancées par les agents qui y ont réfléchi, nous avons retenu les objectifs suivants :
- limiter les performances de l’entreprise publique,
- préparer sa privatisation,
- satisfaire l’appétit de certaines entreprises extérieures,
- poursuivre des objectifs cachés.

S’ils s’avéraient, ces objectifs seraient condamnables du point de vue de l’intérêt général. Mais quoi qu’il en soit, les pratiques observées font craindre pour la Sûreté nucléaire.

Oeuvre individuelle et collective des hommes, la Sûreté n’est pas un état stable. Elle n’est jamais acquise définitivement, et son maintien est particulièrement dépendant de la solidarité entre les hommes et du  » bien être  » de chacun d’eux.

Les dirigeants qui continueraient à négliger ces valeurs fondamentales, prendraient la lourde responsabilité, d’accroître la probabilité d’accidents nucléaires graves.
Trop de Hauts responsables prétendent après les catastrophes qu’ils n’étaient pas au courant (responsables mais pas coupables !). Pourtant ils sont précisément payés pour savoir ce qui se passe dans les Services placés sous leur responsabilité, pour en tenir compte et pour en rendre compte.

Faudra-t-il un pépin nucléaire pour corriger le tir, ou allons-nous tous ensemble, rechercher des interlocuteurs qui comprennent que le nucléaire requiert un management de qualité, notamment plus humain.
Il nous semble urgent:
- de promouvoir des chefs, sincèrement motivés par le Service Public, jouissant d’une bonne réputation, respectant le personnel et ses représentants, capables de négocier et de contrôler la hiérarchie intermédiaire,
- d’affecter des effectifs, en quantité et en qualité, à l’exercice de contrôles internes approfondis et dans les autres domaines vitaux pour l’entreprise.

Au discours hypocrite sur « la place des hommes et des femmes dans l’entreprise, il convient de substituer une véritable prise en compte des problèmes humains et des sciences sociales. Messieurs les dirigeants, gardez vos formules snobs sur la ramification du tissu socio-économique et sur le renouveau du dialogue social, pour les conversations des salons parisiens, et commencez par engager des actions concrètes pour enrayer l’exclusion et la démoralisation – internes dont vous êtes responsables. Ce n’est qu’à ces conditions qu’un dialogue constructif pourra enfin débuter et que l’entreprise publique pourra remplir correctement sa mission.

Pour joindre le secrétaire de la section:
Gérard TARALL
EDF-UTO 6, Av. Montaigne 93192 Noisy le grand CEDEX
Tél 49 32 75 98 – Fax 49 32 73 62

(*) ces agents d’entreprises qui travaillent avec les agents EDF sont bons pour le travail, mais n’ont pas droit à la parole.

Les pieds dans le plat
Bulletin d’information de la section syndicale FORCE OUVRIÈRE de l’UTO n°33, juillet 97.

Nucléaire: sans foi, ni loi!centrale_nucleaire_fr SANTE PUBLIQUEC’est ainsi qu’aurait pu s’intituler « La Marche du Siècle » du 18 juin 1997, même si elle n’a pas épuisé le sujet.

Claude SERILLON avait également été contacté. Mais il n’a pas été sensible à la cause des 25 000 nomades du nucléaire et aux conséquences du management pervers d’EDF sur la Sûreté. Questionné sur la suppression de ce « C’est à suivre », lors de la séance du CMP du 31 janvier 1997, Monsieur HULLIN, Directeur des ressources humaines de la DEPT-EDF, répondit qu’il n’était pas question de cautionner une émission au cours de laquelle des propos partiaux seraient tenus à l’encontre d’EDF. Autrement dit, ceux qui ne sont pas d’accord avec la Direction d’EDF, n’ont pas le droit d’expression.

Jean-Marie CAVADA et son équipe ont relevé le défi. C’est tout à leur honneur, d’avoir accepté de faire une émission sur le nucléaire, domaine tabou sur lequel le Corps des Mines a mis une chape de plomb et que les parlementaires de tout poil ont fui jusqu’ici. Remercions J.M. CAVADA, malgré les critiques qui peuvent être formulées sur la préparation de l’émission et sur le direct. En effet, cette première sur la face cachée du nucléaire a le mérite d’exister. Non seulement elle peut donner l’envie à d’autres de s’intéresser au sujet (il y a d’autres désordres profonds à dénoncer et des propositions à formuler), mais elle ne laissera pas les responsables indifférents. En tout cas, ils ont matière à déclencher une enquête. Celle-ci peut permettre d’éviter une catastrophe à laquelle nous emmenaient tout droit les « magiciens » nucléocrates. Dans l’hypothèse où ni CHIRAC, ni JOSPIN, ni VOYNET, ne donneraient suite, la vidéo de l’émission est à conserver et à classer parmi les précurseurs de crises majeures dans l’électronucléaire français.

NUCLÉAIRE: LA POLITIQUE DE L’AUTRUCHE!

La direction d’EDF a menti ! Elle a connaissance de nombreux dysfonctionnements liés à la sous-traitance et à sa politique productiviste !

- Les tracts syndicaux en relatent fréquemment. Ces tracts sont soigneusement collectés, puis analysés, par les antennes sociales de la Direction.

- Des courriers spécifiques ont été adressés à tous les niveaux de l’entreprise. Le plus souvent ils sont restés sans réponse ! Quand il y en a eu, elles étaient hors sujet !

- Si EDF a pris l’initiative de signer une charte de progrès avec les entreprises sous-traitantes, c’est dans le but d’enrayer l’idée d’une convention collective des sous-traitants du nucléaire. Cette revendication trouve son origine dans le refus des travailleurs d’un retour à l’esclavagisme (voir par exemple la récente incorporation de travailleurs clandestins dans une équipe de maintenance nucléaire). Mais la Direction a préféré signer une charte (un papier qui n’a aucune valeur juridique et que personne n’est obligé de respecter) avec les « manitous » des sous-traitants, plutôt que de négocier une convention collective avec les représentants du personnel.

- Depuis que la Direction d’EDF a décidé de décupler la sous-traitance (1990), plus d’une centaine d’articles ont été publiés dans les quotidiens nationaux et régionaux, sur les nomades, les négriers qui les exploitent, la vulnérabilité des intérimaires et les possibles conséquences sur la sûreté. Un recueil en sera fait prochainement.

- La Direction d’EDF n’ignore pas que le Sénat a été saisi en 1994, par Marie-Claude Beaudeau, sénatrice du val d’Oise. EDF a d’ailleurs participé à l’élaboration de la réponse de Gérard LONGUET alors Ministre de l’industrie. Questions et réponses figurent au J.O., ça peut servir un jour !

- EDF, « état dans l’état », s’assoit d’autre part sur les nombreux procès verbaux des Inspecteurs du Travail (notamment dépassements de la durée du travail) et sur les lettres de la DSIN réclamant par exemple une assurance de la sécurité et une meilleure prise en compte des facteurs humains. L’administration est conciliante avec EDF. Est-ce parce que les 2 entités ont les mêmes tutelles ? Est-ce parce qu’elles sont sous l’influence du Corps des Mines ?

- La Direction a, elle-même, porté plainte en justice pour des actes liés de près ou de loin à la sous-traitance, tels que fraudes sur des contrôles de matériels important pour la sûreté, sabotages, malversations financières…

LE MANAGEMENT PAR L’EXEMPLE

L’explication de cette attitude, c’est que la Direction est affectée de cécité sélective, comme Gérard TARALL a eu l’occasion de l’écrire au Président Edmond ALPHANDERY, en insistant sur l’existence de carences éthiques graves. Responsable au plus haut niveau de l’entreprise, de la sûreté nucléaire et du dialogue social, celui n’a pas répondu.

C’est d’ailleurs devenu un système de gouvernement : quand EDF ne veut pas traiter un problème, sa stratégie consiste à en nier l’existence (c’est l’une des caractéristiques des régimes fascistes!).

Le 15 mars 1995, le Conseil Supérieur Consultatif des CMP (Comité Central d’Entreprise) avait organisé un colloque national sur la maintenance et la sous-traitance nucléaire. La Direction d’EDF a refusé de venir débattre avec des délégués de toutes les entités nucléaires, et avec des représentants de la DSIN, de l’INSERM, du CEA… Cette journée a été vidéofilmée par l’IFOREP !

Refus de dialogue sur des questions concernant la sûreté et la santé, mensonge public dans un domaine comportant des risques majeurs, prise de décisions en lieu et place du Parlement, constituent des fautes graves. Seront-elles sanctionnées ? La rentrée de septembre nous permettra de savoir si le 1er Ministre fait le poids par rapport au lobby nucléaire.

NUCLÉAIRE: LA DICTATURE DU LOBBY

De l’aveu même de Jean-Marie CAVADA (exprimé pendant et après le direct), les pressions sur l’équipe de journalistes ont été considérables. Le rapprochement avec les pratiques des sectes a été fait. Nos collègues de la CGT parlent, dans un document intitulé « j’accuse » de « méthodes de barbouzes ».

Étant donné les engagements de Lionel JOSPIN sur la nécessité d’un moratoire et le rétablissement de la morale civique, ce serait très inquiétant qu’une poignée de technocrates puisse continuer de faire la loi dans une entreprise publique, et maintienne le cap sur le « tout nucléaire », au détriment du Service Publie, de la sûreté et avec un coût humain insupportable.

EDF fait de la publicité (beaucoup d’argent qui pourrait être mieux utilisé) pour faire croire qu’elle défend l’intérêt des consommateurs. Dans les faits, les consommateurs et les citoyens sont soumis à la désinformation orchestrée par le lobby, alors que ce sont eux qui paient la publicité. Ils ne sont pas informés contradictoirement, ni appelés à s’exprimer démocratiquement et ce sont les technocrates qui continuent à décider seuls. Les parlementaires sont, en effet, soigneusement tenus en dehors du débat.

RESPONSABLE, MAIS PAS COUPABLE ?

Le Directeur Général d’EDF, Pierre DAURES, était-il favorable à la tenue de cette émission, ou y était-il hostile ?

Dans cette seconde hypothèse, on ne voit pas comment Lionel JOSPIN, qui a pris des engagements, (cf. campagne électorale et discours de politique générale du 1er Ministre), pourrait appeler un homme opposé à la transparence, à la succession d’Edmond ALPHANDERY, succession qui semble ouverte.

Dans le cas où il était favorable au débat, les « méthodes de barbouzes » étaient alors des initiatives de la hiérarchie subalterne. Mais une Direction Générale qui tolère que ses subordonnés puissent mettre impunément en cause l’image d’EDF, en attentant au droit d’expression (malgré le risque nucléaire), est-elle vraiment à la hauteur ?

RETOUR SUR LE DIRECT

- De cette émission, il restera d’abord un reportage vidéo bien fait sur la vie des intermittents du nucléaire. C’est remarquable car si les anomalies sont fréquentes, les travailleurs qui acceptent de témoigner sont rares en raison des menaces de licenciement qu’ils subissent et des exemples réels qu’ils ont en mémoire.

- En revanche, ceux qui sont de la partie, ont pu trouver le débat décevant.

- Est-ce EDF qui a imposé 5 intervenants coté « pouvoir », contre 3 seulement coté contre-pouvoir ?

- Est-ce la raison qui a rendu le contre-pouvoir peu offensif? Nous ne développerons pas, dans le présent bulletin, les scandales qui, a minima, auraient dû être évoqués. Ils sont nombreux et l’on peut leur consacrer un livre et plusieurs émissions (avis aux amateurs).

- Pourquoi le contre-pouvoir est-il intervenu sur ce plateau, sans s’entourer de compétences notamment dans le domaine de la sûreté ? Pourquoi n’y avait-il pas de représentants d’autres organisations syndicales et d’associations de défense des citoyens et des consommateurs ?

- Le docteur BAILLEUL, médecin du travail imposé, la veille de l’émission, par la Direction d’EDF, aura sans nul doute une promotion rapide. Cela arrangera bien ses affaires car son crédit auprès du personnel de TRICASTIN, a dû en prendre un sérieux coup.

- Jo DAIRIN, représentant le GIIN, est si unique en son genre, qu’EDF a fait spécialement affréter un hélicoptère pour aller le quérir (quand on aime, on ne compte pas! )

- Laurent STRICKER, s’est engagé devant des millions de français: il traitera « personnellement » les cas qui lui seront soumis. Malheureusement, il ne pourra pas tenir ses promesses, puisque la Direction a déjà annoncé qu’il allait quitter le secteur nucléaire pour prendre en charge le pôle classique. D’ailleurs, tant que le gouvernement n’aura pas nommé une Direction qui soit digne de la confiance du personnel, il vaut mieux envoyer les anomalies dont vous avez connaissance, aux « canards » et aux « Politiques ». C’est plus efficace et c’est moins risqué pour les individus car les carences éthiques sont toujours là!

En parlant de carences éthiques, pour les détails sur le « savon » passé par J.M. CAVADA aux dirigeants d’EDF présents au pot traditionnel qui suit l’émission, lire « Le Canard Enchaîné » du 2 juillet.

- Le « gendarme du nucléaire », André-Claude LACOSTE a parlé avec précaution. On ne peut pas vraiment lui reprocher d’avoir menti, sauf probablement par omission et par ignorance. Il a raison de prêcher pour une centralisation et une meilleure organisation de tout ce qui concerne le contrôle externe du nucléaire. Mais ce n’est pas suffisant pour en garantir l’efficacité et la fiabilité : il faut en plus couper les liens avec le lobby dont les intérêts ne se confondent pas avec ceux du Service Public.

- Claude BIRRAUX, député et rapporteur de l’Office Parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, a dénoncé la faillite de l’État. En revanche, pour la question de la sûreté nucléaire, l’Office Parlementaire apparaît de moins en moins utile : il n’est pas indépendant et ne va pas au fond des choses (il faut plus de courage pour dénoncer les failles du management d’EDF que pour dénoncer la faillite de l’État).

REFUSER UNE SOCIÉTÉ DÉCADENTE!

Cette émission illustre à sa façon, les limites de la société de consommation que nous ont imposée nos élites.

Entre : les industriels qui trichent, les dirigeants qui provoquent, les Hauts Fonctionnaires qui copinent, les parlementaires qui se défilent, la justice qui se complaît dans le manque de moyens, et les Gouvernements qui tergiversent, il est clair que notre société n’a pas la maturité nécessaire pour assurer la maîtrise des systèmes complexes, et a fortiori la gestion de situations dégradées résultant de la déstructuration sociale provoquée par la « secte » néo-libérale.

Même si Dominique VOYNET gagne la partie qu’elle a, paraît-il, engagée pour rendre le contrôle du secteur nucléaire indépendant du lobby, elle ne devra pas s’en contenter. Il lui faudra en plus rétablir la cohésion du corps social et mettre de l’ordre dans la maison EDF. Dominique LA VERTE et Lionel LE JUSTE, laisseront-ils en poste les cadres supérieurs, ayant largement dépassé l’âge de la retraite et disposant de revenus plus que confortables.

Parmi eux se trouvent beaucoup d’adeptes des thèses néo-libérales. Ils ont le cynisme d’exercer des pressions sur les salariés ayant de faibles revenus, pour qu’ils « choisissent » les 32 H avec pertes de salaires. Ils continuent de déstabiliser le corps social et d’accroître la précarité et les inégalités, (sans parler des autres politiques néfastes au Service Public).

ET DEMAIN?

Si le gouvernement ne prenait pas rapidement ses responsabilités, des crises accidentelles et/ou médiatiques frapperaient le nucléaire civil. Ce serait désastreux pour la France (population et économie) ainsi que pour EDF (travailleurs et entreprise).

A QUI PROFITE LE CRIME ?

Il n’y a pas de loi concernant le secteur nucléaire, dans le pays qui arrive au deuxième rang des pays les plus nucléarisés de la planète, et au 1er rang pour le pourcentage d’électricité d’origine nucléaire et au 1er rang pour le pourcentage d’électricité d’origine nucléaire (75%) !.

La Gazette Nucléaire n°159/160, novembre 1997.

 

Les esclaves du nucléaire centrale-nucleaire SCIENCE

Il y a pire que la complicité : la volonté délibérée, pour une entreprise publique, de s’affranchir des règles sanitaires protégeant les individus.

Dans les centrales EDF, mais également dans les usines de la COGEMA et certains sites du CEA, le recours aux sociétés sous-traitantes est ainsi devenue la règle. Ces « intermittents du nucléaire » ont remplacé au fil des années les personnels statutaires pour les opérations de maintenance des installations. Dans les centrales, ils interviennent surtout durant les « arrêts de tranche », lorsque les réacteurs sont stoppés temporairement pour permettre des réparations ou le rechargement en combustible. Ces activités sont à la fois « saisonnières » et réparties sur l’ensemble du parc nucléaire. Il est intéressant de comprendre les raisons, avouées ou cachées, de cette évolution.

Ces vingt-neuf mille intermittents – vingt-deux mille rien que pour EDF – travaillent soit en contrat à durée déterminée (CDD), soit en mission d’intérim, soit en contrat à durée de fin de chantier (CDIC). EDF peut être l’employeur direct, comme peuvent l’être des entreprises prestataires, au nombre de mille environ. Celles-ci recourent souvent elles-mêmes aux CDD ou à l’intérim. Il arrive que ces galériens se baladent dans la France entière, au gré des commandes de leurs entreprises. Sur France 3, une spectaculaire « Marche du siècle » a été consacrée par Jean-Marie Cavada, à ces « nomades du nucléaire » en juin 1997.

Les innombrables incidents répertoriés par l’autorité de sûreté doivent beaucoup au recours excessif à ces prestataires extérieurs. Les agents d’EDF déplorent également cette cohabitation avec des travailleurs qui n’ont pas la même culture, et dont ils sont en outre chargés d’évaluer les performances. Au nom de la défense de l’emploi, les syndicats exigent des exploitants qu’ils renoncent aux travailleurs précaires, et réclament leur intégration au sein de l’entreprise. Ce qu’EDF s’est toujours refusé à envisager, pour des raisons économiques évidentes.

La « viande à rems »

Au début des années 90, le sort des intermittents n’émouvait encore pas grand monde. Au journal, j’avais (1) plusieurs fois reçu des appels téléphoniques ou des courriers de cadres d’EDF, qui souhaitaient tirer publiquement la sonnette d’alarme sur les conditions de plus en plus déplorables, à leurs yeux, dans lesquelles s’effectuait la maintenance des réacteurs. A l’automne 1991, je rencontrai deux de ces hommes : j’avais procédé à quelques vérifications, ils appartenaient bien à la maîtrise d’EDF. Un brin paranoïaques, ils avaient refusé de venir au siège du journal, craignant je ne savais quelle filature ou indiscrétion. Rendez-vous fut donc pris dans un bar.

S’ils étaient bien réels, les problèmes de sûreté des réacteurs dus à une maintenance anarchique m’apparurent alors trop compliqués. En revanche, je fus impressionnée par certains documents présentés par mes informateurs. Ils détenaient notamment une série de lettres de la Commission des Communautés Européennes adressée, le 24 mai 1991, au SCPRI et à EDF. La Commission s’étonnait : les doses de radioactivité reçues par les travailleurs français du nucléaire étaient différentes selon qu’elles étaient estimées par EDF ou par le SCPRI. Légèrement différentes ? Non : les chiffres allaient du simple au triple. Du moins pour les agents des entreprises extérieures, qui. effectuaient 80 % des travaux de maintenance dans les centrales.
Quiconque pénètre sur un site nucléaire accroche au revers de son vêtement un  « film dosimétrique », qui témoigne de la quantité d’irradiation absorbée par l’individu. Ce dosimètre est obligatoire. Les films des agents d’EDF sont contrôlés par l’entreprise elle-même qui, chaque mois, les développe. Les films des agents sous-traitants sont pris en main par le SCPRI (aujourd’hui l’OPRI), ce qui n’empêche pas EDF d’effectuer par ailleurs ses propres mesures sur ces personnels.

Donc, la Commission Européenne s’étonnait : le SCPRI avait déclaré, pour l’année 1987 et pour l’ensemble de l’industrie nucléaire française, une dose annuelle collective de 26 homme-sieverts (2) pour sept mille cinq cent quatre-vingt cinq travailleurs extérieurs ; sur la même période, EDF avait déclaré une dose collective de 67 homme-sieverts, pour une population « estimée » de vingt mille travailleurs sous-traitants. La différence est énorme, tant sur les doses que sur le nombre d’agents extérieurs. Cet écart, de presque 300 %, se renouvelle chaque année. La Commission exigeait des explications.

Mes informateurs me montrèrent la lettre adressée le 17 juin par le chef du département sécurité-radioprotection-environnement d’EDF à son supérieur hiérarchique : « La constatation d’écarts aussi importants pourrait laisser craindre de mauvaises surprises, avec, dans ce cas, un aspect médiatique à prendre en compte. » Il ajoutait : « Aujourd’hui, personne ne peut clairement analyser cet écart. »

Personne, vraiment ?

Depuis deux ans au moins, EDF savait qu’il y avait un problème de dosimétrie dans les entreprises extérieures. Celles-ci connaissent la réglementation : les employés ne doivent pas dépasser une certaine dose d’irradiation annuelle (à cette époque, 50 millisieverts par an, soit 5 rems selon l’ancienne terminologie). Au-delà, le travailleur ne peut plus entrer en zone nucléaire. Les travailleurs eux-mêmes, qui ont peur de perdre leur travail, dissimulent parfois les doses reçues, en ôtant leur dosimètre avant de pénétrer « là où ça crache ». Parfaitement au courant de ces pratiques, EDF a lancé, en 1989, une étude rétrospective sur cinq ans des fichiers informatiques dosimétriques des centrales. Etude interne à EDF, par la force des choses, puisque le SCPRI garde jalousement le secret sur ses propres informations.

Ce jour-là, mes cadres d’EDF parlèrent de « primes à la dose » et de « radioactivité sous-estimée ». Quelques jours plus tard, ils vinrent enfin au journal, accompagnés cette fois d’un médecin du travail salarié d’EDF. Sous couvert d’anonymat, ils répondirent à une interview, dont voici quelques extraits:

« D’où EDF tire-t-elle ses informations sur la dosimétrie des agents extérieurs ?

- En plus de son film réglementaire, chaque agent, EDF et extérieur, entrant en zone est muni d’un dosimètre électronique à affichage numérique. Cet appareil permet de connaître instantanément la dosimétrie qu’on appelle  » opérationnelle « . Ainsi, chaque site nucléaire peut compiler chaque jour la dosimétrie de tous les agents. (…)
Les premières constatations révèlent une situation inquiétante : les agents extérieurs soumis aux plus fortes doses sont les calorifugeurs et les chaudronniers, qui travaillent sur plusieurs réacteurs dans l’année. S’il est difficile de dresser un bilan précis, individu par individu, c’est qu’il y a probablement des fraudes lors de leur enregistrement dans les centrales. Par exemple, on a observé que les noms de ces agents, comme par hasard les plus exposés, n’ont pas la même orthographe selon les sites, ou encore le prénom est différent. Les ordinateurs s’y perdent. Des agents d’entreprises extérieures ont été surpris sans film : ils les laissent dans une cache pour travailler.

Pourquoi cette confusion organisée ?

- Il arrive que l’agent lui-même soit négligent parce qu’il méconnaît les risques, ou bien parce qu’il a peur de ne pas être embauché, son emploi étant précaire. Mais ce sont surtout les entreprises sous-traitantes qui veulent  » rentabiliser  » leurs travailleurs au maximum, sans égard pour les doses.

Un point nous semble extrêmement grave : dans les stages organisés par EDF pour les entreprises extérieures, les agents ne sont jamais avertis des menaces qui pèsent sur leur espérance de vie lorsqu’ils prennent des doses. On leur laisse croire que, s’ils restent en dessous des normes, les effets sur la santé sont nuls. C’est faux : selon les experts de la Commission internationale de protection radiologique, pour une dose-vie de 50 rems (0,5 sievert), le risque supplémentaire de cancer mortel est de 2 %. Certains agents prennent plus de 50 rems.

EDF vient de décider la création de DOSINAT, un fichier informatique des agents extérieurs. Est-ce à dire que leur situation va s’améliorer ?

- DOSINAT est conçu comme un outil de gestion interne. Il n’est pas prévu pour gérer des problèmes de santé. L’art d’un employeur comme EDF n’est pas de gérer la dose au plus bas, mais au contraire de l’optimiser, en fonction du temps de travail prévu par le contrat. Lorsque EDF fera appel à une entreprise extérieure, elle aura intérêt à savoir si les travailleurs sont vierges de dose, pour pouvoir leur mettre le maximum de radiations autorisé dans un laps de temps le plus court possible. Ce sera d’autant plus facile à organiser que la tendance actuelle, dans les entreprises extérieures, est d’organiser des  » primes à la dose « , sous diverses formes. Par exemple, en garantissant aux ouvriers un nombre minimal de contrats. La précarité de l’emploi étant ce qu’elle est, c’est une bonne motivation. »

La publication de cet article eut un impact immédiat : le jour même, les ministres de l’Environnement et de l’Industrie demandaient des explications au chef du SCPRI. Drapé dans son arrogance habituelle, le professeur Pellerin refusa de se justifier. Mais à la Commission de Bruxelles, il venait de déclarer que le SCPRI ne pouvait comptabiliser « qu’une fraction des travailleurs », ceux que leurs employeurs déclarent.

Le président de l’Office Parlementaire des Choix Scientifiques et Technologiques chargea le député Claude Birraux, auteur d’un rapport sur la sûreté du parc nucléaire, d’approfondir cette question des travailleurs extérieurs. Celui-ci n’a jamais, depuis, cessé de s’intéresser à la question. Dans son dernier rapport annuel, paru en mars 1997, il narre avec une certaine lassitude les multiples enquêtes, analyses, études, rebondissements médiatiques et améliorations concrètes survenus depuis l’année 1991. « Notre pays, écrit Claude Birraux, se joue l’un de ces drames sociaux dont il est si coutumier. Une fois de plus, il prend le risque de se ridiculiser sur la scène européenne. »

Trois mois après la publication de ce dernier rapport, jean-Marie Cavada consacrait sa fameuse « Marche du siècle » aux intermittents du nucléaire. L’émission débutait par un accablant reportage sur les conditions de vie et d’exercice de ces travailleurs. L’enquête et les tournages avaient été effectués par les deux journalistes ayant réalisé le dossier du magazine Sciences et Avenir sur les lacunes de la sûreté nucléaire. Sur le plateau étaient venus témoigner quelques-uns des travailleurs présents dans les reportages, ainsi qu’un patron d’entreprise sous-traitante et un responsable d’EDF. Le député Claude Birraux était également invité, avec le directeur de l’autorité de sûreté nucléaire. Il y avait aussi la CGT, et une sociologue, auteur d’une étude sur la précarisation de la sous-traitance dans l’industrie nucléaire. Polémique, le débat à l’antenne le fut incontestablement ! Cavada s’énerva plus d’une fois contre la langue de bois et la mauvaise foi manifeste des employeurs. Mais les spectateurs ratèrent la seconde mi-temps de ce triste pugilat : hors antenne, durant le « pot » qui réunit traditionnellement les invités, l’animateur s’en prit vertement aux responsables d’EDF, qui avaient tenté durant des semaines de faire avorter l’émission. Cavada parla de « méthodes dignes d’une secte ».

Nicolas Jacobs, le réalisateur de « La Marche du siècle », m’a raconté ces méthodes : « Longtemps avant la diffusion, EDF a exercé des pressions sur nos témoins. Certains ont été convoqués par la directrice d’une centrale, qui les a menacés de ne plus leur fournir de travail. Curieusement, EDF savait exactement qui les journalistes avaient rencontré, où et quand. EDF a ensuite entrepris en interne une campagne d’intoxication : nos témoins avaient été payés, ils n’étaient finalement que des acteurs professionnels… Quelques jours avant l’émission, tous les directeurs de centrales ont été convoqués au siège d’EDF à Paris, pour peaufiner un argumentaire. Ils avaient dans leurs cartables les fichiers de leurs salariés et de leurs travailleurs extérieurs. Enfin, jusqu’au dernier moment, EDF a menacé de ne pas participer à l’émission, espérant ainsi que nous allions renoncer à ce débat. Nous n’avons renoncé à rien du tout. Mais EDF avait tellement brandi la menace de poursuites judiciaires que j’ai été obligé de couper tout ce qui, dans le reportage, n’était pas étayé par des éléments de preuves irréfutables. J’ai aussi dû couper certaines images qui avaient été tournées sur des sites EDF sans autorisation. Sans quoi certains de nos témoins auraient pu eux-mêmes se retrouver au tribunal. Alors oui, quand Jean-Marie Cavada parle de secte, il a raison ! »

La gestion de l’emploi par la dose

Pourquoi une telle panique de la part d’EDF ? Depuis 1991, le suivi des doses reçues par les travailleurs du nucléaire n’a-t-il pas progressé ?

 La Commission Européenne a fermement rappelé à la France la directive Euratom de 1990 jusque-là superbement négligée : « Chaque Etat membre veille à ce que le système de surveillance radiologique donne aux travailleurs extérieurs une protection équivalente à celle dont disposent les travailleurs employés à titre permanent par l’exploitant. »

DOSINAT, l’outil informatique mis en place en interne par EDF pour calculer les doses d’irradiation à l’intérieur de ses seules centrales, a évolué. En janvier 1997, il s’est transformé en DOSIMO. Ce nouveau système est géré par un Groupement intersyndical de l’industrie nucléaire. Les données concernent désormais, outre les travailleurs intervenant sur les centrales d’EDF, ceux travaillant dans les sites nucléaires de l’armée, de la Cogema, du CEA, des institutions médicales, des accélérateurs de particules privés, et des organismes (le recherche, intérimaires ou salariés permanents. Ainsi, quels que soient leurs lieux de travail successifs, les « nomades » du nucléaire ne devraient plus cumuler des doses supérieures aux normes.

Apparemment, l’OPRI a lâché du lest sur son traditionnel crédo : « Pas question de faire circuler des données confidentielles qui relèvent du secret médical. » En revanche, il est plus curieux que la Commission nationale informatique et liberté ait toléré pareille entorse à ses principes : un organisme public met à la disposition des employeurs privés des données informatiques permettant une gestion de l’emploi en fonction de critères sanitaires. En réalité, la CNIL n’a rien autorisé du tout : le fameux Groupement intersyndical de l’industrie nucléaire a concocté son superfichier sans lui demander son avis. « Ainsi, notait en 1997 avec un rien d’ironie le député Claude Birraux, on a fini par faire entrer le loup DOSIMO dans la bergerie de la dosimétrie réglementaire. » Pourquoi ce ton sarcastique ? Visiblement, Claude Birraux ne croyait guère à l’efficacité de ce nouvel outil : « Les exploitants et les employeurs ont donné un statut officiel, donc un brevet de respectabilité, à un système techniquement performant, et qui prévoit normalement la communication des résultats dosimétriques à l’exploitant et à l’employeur. Reste désormais pour eux à le faire reconnaître comme le seul bon système, c’est-à-dire celui grâce auquel l’administration pourra juger du respect ou du non-respect des obligations réglementaires en matière d’exposition professionnelle. »

En février 1998, Martine Aubry a innové en précisant que DOSIMO allait enfin entrer dans un cadre légal. Ces données confidentielles ne devraient être communiquées qu’aux seuls médecins du travail, pour éviter que les employeurs ne retombent dans leur vieux travers de la « gestion de l’emploi par la dose ». Ce genre de garde-fou est à vrai dire purement virtuel : l’indépendance des médecins du travail est très relative quand ils sont salariés par EDF, le CEA ou la Cogema.

Mais pourquoi diable est-ce si compliqué d’accorder des conditions de travail correctes aux travailleurs nucléaires extérieurs ?

En partie parce qu’ils ne relèvent d’aucune convention collective adaptée. Les personnels qui interviennent sur les sites nucléaires dépendent d’au moins sept conventions collectives différentes, parmi lesquelles la métallurgie, la chimie, les bureaux d’études ou la pharmacie. Depuis des années, les syndicats, relayés par des parlementaires, réclament aux pouvoirs publics une convention collective nationale du nucléaire et des industries connexes. En vain : les ministres ont toujours répondu que c’était impossible.

En décembre 1996, le ministre du Travail Jacques Barrot a présenté un projet visant à interdire le recours à l’intérim et au personnel sous contrat à durée déterminée pour les travaux se déroulant dans les zones les plus dangereuses des installations nucléaires. Rien n’a bougé lorsqu’en juillet 1997, interrogée par un parlementaire, la nouvelle ministre de l’Emploi Martine Aubry a confirmé l’annonce de son prédécesseur : « Il importe (…) que ces salariés particulièrement exposés ne cumulent pas le double handicap d’un risque pour la santé et d’une précarité de leur emploi. Afin d’éviter que l’approche des seuils d’exposition réglementaires ne conduise à la perte pure et simple de leur activité professionnelle, l’interdiction d’accès aux zones particulièrement dangereuses pour les salariés intérimaires ou en contrat à durée déterminée n’est pas à exclure. »

Electrisée par cette perspective, qui menaçait de mettre à mal ses finances – l’embauche de salariés permanents irait à l’encontre de ses objectifs économiques -, EDF n’a pas tardé à lancer une contre-offensive. Le 11 septembre 1997, la direction du parc nucléaire d’EDF organisait une réunion de travail, dont la CGT nous a communiqué le procès-verbal. « L’appel à ces ressources d’appoint [intérim et CDD] pour intervenir en zone contrôlée est aujourd’hui remis en cause par le ministère du Travail. (…) Un consensus apparaît sur le fait qu’il n’est pas possible de se passer de ce personnel précaire et ce, malgré les démarches déjà lancées par plusieurs sociétés en matière d’annualisation du temps de travail. » Ce préambule étant posé, le séminaire de réflexion a ensuite comparé par le menu les avantages et les inconvénients des statuts respectifs de CDD et intérimaires, tant pour les salariés que pour EDF et pour les entreprises prestataires. Le recours aux intérimaires apparaissant finalement plus pratique, les cadres d’EDF ont imaginé de « créer une charte entre EDF, prestataires et entreprises de travail temporaires ».
C’est ici que les choses se corsent. Car en janvier 1997, EDF et les « organisations professionnelles représentatives des prestataires de maintenance » avaient déjà signé une « Charte de progrès ». Ce document – considéré comme une plaisanterie par les salariés concernés – précise que « les entreprises prestataires et EDF continuent de refuser que l’atteinte ou l’approche des limites de dose soit un critère de licenciement, en recherchant en commun la réaffectation des salariés à forte dosimétrie vers des activités moins exposées ». En clair, il ne serait plus question de licencier un homme trop irradié pour être encore utile. Sur le plateau de « La Marche du siècle », les travailleurs présents ont témoigné du peu de valeur que leurs employeurs accordaient à cette jolie déclaration d’intention. La charte en projet veut aller encore plus loin dans ce qu’EDF considère comme un progrès, à en croire le document de travail divulgué par la CGT. « Les entreprises de servitudes nucléaires s’engagent (…) à limiter l’exposition de leur personnel d’appoint à une valeur proportionnelle à la durée de leur contrat, et inférieure à 15 millisieverts sur six mois. »

Du chinois ?

 Non : il faut se souvenir que la dose maximale admissible pour un travailleur du nucléaire est fixée, selon la réglementation internationale, à 20 millisieverts par an. Au-delà, il doit quitter les zones nucléaires. EDF propose ni plus, ni moins, de remplacer les 20 millisieverts annuels par… 15 millisieverts sur six mois. En entendant cette proposition, les syndicalistes ont failli s’étrangler : « Il est en effet plus intéressant de prendre deux intérimaires à 15 mSv/6 mois (cela permet d’atteindre 30 mSv/an) qu’un contrat à durée indéterminée à 20 mSv/an. »
Mais ce joli montage, concocté par EDF et les sociétés prestataires, vole en éclats avec la décision de Martine Aubry, annoncée en février 1998 : non seulement le recours aux intermittents est désormais interdit dans les zones nucléaires les plus dangereuses, mais les doses de radioactivité reçues par les travailleurs devront être proportionnelles à la durée de leur contrat de travail. Plus question de prendre en une semaine la dose admise sur un an, et d’être « jeté » ensuite ! Du moins en principe. EDF, qui estimait six mois plus tôt qu’il n’était « pas possible de se passer de ce personnel précaire », va devoir inventer autre chose.

Dans quelques années les premières centrales nucléaires arriveront en bout de course. Déjà, l’usine de retraitement de Marcoule est fermée. De nombreuses installations obsolètes attendent que la radioactivité décroisse un peu pour subir les premiers démontages. Dans dix ans au plus tard, plusieurs chantiers de démantèlement débuteront en France. Les sociétés spécialisées dans la décontamination ne sont pas assez nombreuses, ni assez fournies en personnels. Alors débarqueront des sous-traitants issus de la filière BTP (bâtiment et travaux publics). Ils n’auront aucune formation spécifique, et devront affronter des monstres irradiants. On les enverra au coeur de la machine nucléaire. Comment s’en sortiront-ils ? Qui s’intéressera à eux ?

 Extrait de « Ce nucléaire qu’on nous cache« ,
Michèle Rivasi – Hélène Crié,
Albin Michel, 1998.

1) Hélène Crié

2) Calculée à partir de la somme des doses individuelles reçues par le groupe étudié, c’est l’unité permettant d’évaluer la dose collective.

 

Lire:
- Femme de ménage atomique intérimaire (à La Hague)

- Je ne veux pas disparaître sans avoir témoigné (intérimaire au CERN)

- CERN : la face cachée

 

 

 

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 21 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

CE DONT PERSONNE NE PARLE/ LES HORREURS QU’ENTRAINERAIT UNE FRAPPE SUR L’IRAN (Marsha B.COHEN / Des Bassines et du Zèle)

Ce dont personne ne parle:

 les horreurs qu’entrainerait une frappe sur l’Iran.

CE DONT PERSONNE NE PARLE/ LES HORREURS QU'ENTRAINERAIT UNE FRAPPE SUR L'IRAN (Marsha B.COHEN / Des Bassines et du Zèle) dans REFLEXIONS PERSONNELLES BOMBARDIER

Par emcee le mercredi 7 mars 2012, 21:4

Voici un billet de Marsha B. Cohen, publié par Alternet et qui fait froid dans le dos.
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Personne ne semble se soucier des conséquences d’une frappe US ou israélienne sur l’Iran, comme l’émission de produits radioactifs au Moyen-Orient.IRAN-US.jpgUne blague à l’humour grinçant circulait fin 2002, début 2003, dans la période qui a précédé l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis. La version dont je me souviens donnait à peu près ça:

Le président George W. Bush et le vice-président Dick Cheney entrent dans un bar au Texas. Autour de quelques bières, ils projettent l’invasion de l’Iraq, le renversement de Saddam Hussein et la mainmise sur les immenses réserves pétrolières irakiennes. La grande question qui se pose, toutefois, c’est quelle serait la réaction des Américains s’ils déclenchaient une nouvelle guerre alors qu’on ne savait pas du tout comment allait tourner celle qui avait lieu en Afghanistan.
Ils décident donc de réaliser un sondage d’opinion impromptu et font venir à leur table un gars typiquement américain.
Que penseriez-vous de nous si nous envahissions l’Irak pour nous emparer de leurs champs de pétrole, sachant que 30000 Irakiens et un réparateur de vélos américain seraient tués dans l’action? », demande Bush. Le type fronce des sourcils, réfléchit un bon moment, l’air perplexe. Et finalement, il répond : « pourquoi un réparateur de vélos américain doit-il mourir? ».
Cheney tape sur la table et sourit à Bush, d’un air triomphal. “Je te l’avais bien dit que tout le monde s’en tamponnerait des 30000 Irakiens!”

Dix ans plus tard, tout le monde, semble-t-il, s’en tamponne aussi des pertes en vies humaines en Iran.

L’héritage laissé par les Etats-Unis en Irak

Comme nous le savons maintenant, il y a eu bien plus de 30.000 Irakiens et un Américain qui ont trouvé la mort depuis l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis le 19 mars 2003.
Le nombre connu de civils irakiens morts à la suite des violences depuis le déclenchement de la « Seconde Guerre en Iraq » est actuellement estimé à 105/115.000, selon le chiffre donné sur le site: Iraq Body Count database et constamment remis à jour. Qui précise également que, selon les « war logs » de WikiLeaks sur la guerre en Irak, ce chiffre peut être de 13.750 de plus. Les chiffres officiels du Département de la Défense depuis la mi-décembre, réunis par Margaret Griffis sur le site Antiwar.com, révèlent que 4484 membres de l’armée US et 1487 employés des sociétés militaires privées sous-traitées par l’armée US ont péri depuis le début de la guerre, ainsi que 319 soldats de la “Coalition”, 348 journalistes et 448 universitaires.
Les estimations concernant les blessés USAméricains oscillent entre 33.000, chiffre officiel, et plus de 100.000. Les médecins constatent actuellement une recrudescence de cancers et de malformations à la naissance qu’ils attribuent à l’uranium appauvri contenu dans les bombes et les obus utilisés par les forces US et britanniques au cours de la guerre en Irak de 1991 et de l’invasion en 2003.
On estime à 300 tonnes la quantité d’uranium appauvri utilisée au cours de la Première Guerre du Golfe.
Abdulhaq Al-Ani, co-auteur de « Uranium in Iraq: The Poisonous Legacy of the Iraq Wars« , a effectué des recherches sur les incidences que pourraient avoir sur la santé publique des armes à l’uranium appauvri sur la population civile en Irak depuis 1991 et expliqué dans une interview sur Al-Jazeera que les effets de l’uranium appauvri sur le corps humain ne commencent à se faire sentir que 5/6 ans après l’exposition aux radiations.
Al-Ani signale une augmentation sensible du pourcentage de cancers en Irak en 1996-1997 et en 2008-2009.
Le docteur Ahmad Hardan, qui a travaillé comme conseiller scientifique spécial pour l’OMS, les Nations Unies et le Ministère de la Santé irakien, a observé les effets de l’exposition à l’uranium appauvri sur les adultes et les enfants, à savoir diverses formes de cancers et des malformations graves à la naissance.
Il a déclaré à Lawrence Smallman (journaliste d’ Al-Jazeera , NDT):

« l’uranium appauvri est radioactif pendant 4,7 milliards d’années, ce qui signifie que des milliers et des milliers d’enfants irakiens vont souffrir au cours des dizaines de milliers d’années à venir ».

La leucémie est devenue le troisième cancer le plus répandu dans tout l’Irak, les enfants en-dessous de 15 ans étant plus particulièrement vulnérables. “C’est ce que j’appelle du terrorisme » dit-il.
La BBC explique que les bébés nés à Falloujah ont actuellement 13 fois plus de malformations cardiaques congénitales que ceux qui sont nés en Europe. En visite en Irak, le rédacteur en chef de World Affairs, John Simpson, a appris qu’on déconseille aux femmes qui habitent Fallujah d’avoir des enfants.
Le docteur Daud Miraki a constaté que de plus en plus de bébés à l’est et au sud-est de l’Afghanistan naissaient sans yeux ou sans bras ni jambes, ou avaient des tumeurs à la bouche et aux yeux.
Le Pentagone nie toute relation de cause à effet entre ces constats et l’utilisation de l’uranium appauvri par l’armée, même si (ou peut-être parce que) ces mêmes effets se retrouvent chez les vétérans qui reviennent d’Irak et d’Afghanistan.
Néanmoins, que ce soit la droite, la gauche ou le centre, les éventuelles « conséquences” des frappes militaires (euphémisme pour « guerre ») contre l’Iran ne sont évaluées quasiment exclusivement que par rapport aux éventuelles répercussions qu’elles auraient pour Israël, les Etats-Unis et l’Europe: une flambée des prix du pétrole qui porterait gravement atteinte à l’économie mondiale – le Hezbollah qui lancerait des missiles sur Israël depuis le Liban et commettrait des actes de terrorisme contre des « objectifs occidentaux vulnérables » – plutôt que les conséquences dramatiques qu’elles auraient pour l’Iran, ses voisins et l’écosystème mondial.
Une exception à cela; un rapport de 114 pages intitulé « Etude sur une éventuelle offensive israélienne contre les installations nucléaires iraniennes » (“Study on a Possible Israeli Strike on Iran’s Nuclear Development Facilities »), publié en 2009 pour le Center for International and Strategic Studies. Il consacre deux pages entières (90-91) à la catastrophe humaine et environnementale qui découlerait d’une attaque contre la centrale nucléaire iranienne de Bou-chehr:

« Toute frappe sur le réacteur nucléaire de Bou-chehr provoquera aussitôt la mort de milliers de personnes qui habitent sur le site ou alentours, et des milliers d’autres seront victimes de cancers, voire des centaines de milliers, selon la densité de la population de la zone contaminée ».

Les auteurs préviennent également que le Bahreïn, le Qatar et les Etats Arabes Unis seront énormément touchés par les radionucléides. (Les états arabes du Golfe censés être si impatients qu’Israël mette un frein aux ambitions régionales de l’Iran ont-ils conscience de cela?).
Le Ministre de la Défense israélien, Ehud Barak, qui affiche un sourire satisfait, a calculé que les victimes d’une guerre contre l’Iran pourraient se limiter à moins de 500 personnes.
« Il n’y aura pas 100.000, pas 10.000, pas 1.000 morts. Israël ne sera pas détruit » a déclaré Barak d’un ton rassurant lors d’une interview à la radio en novembre dernier et reprise par le Washington Post.
Si tout le monde reste chez soi, il n’y aura pas 500 morts non plus » a-t-il ajouté.
Barak parle des Israéliens. Pour les Iraniens, qui fera le décompte des victimes? Qui s’en soucie?

Le coût humain d’une attaque contre l’Iran

Personne ne parle des dégâts que causeraient des « frappes aériennes chirurgicales » aux « installations nucléaires iraniennes suspectes » avec des bombes “bunker-busters” GBU-28, capables de pénétrer le béton et la terre grâce à l’uranium appauvri, aux 74 millions d’Iraniens, dont près d’un quart sont des enfants de moins de 14 ans et dont la moitié sont âgés de moins de 30 ans.
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Personne ne se soucie des émissions de produits radioactifs dans la biosphère de l’Asie Centrale (puis de la terre entière): si l’uranium appauvri contenu dans les bombes venait en contact avec les produits radioactifs nucléaires présents sur les sites de recherche nucléaire visés – dont presque tous fonctionnent sous le contrôle de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) – les risques de catastrophe seraient multipliés de façon exponentielle.
Le chef des renseignements militaires israéliens, le général de brigade Aviv Kochavi a récemment annoncé d’un ton grave à la Conférence des va-t-en-guerre d’Herzliya que l’Iran possède 4 tonnes d’uranium faiblement enrichi, ainsi que près de 100 kilos d’uranium enrichi à 20%.
Si c’est le cas, est-ce réellement une bonne idée de faire jaillir des particules radioactives qui vont se répandre dans l’atmosphère et dans les eaux d’Asie Centrale et au-delà?
Rien d’étonnant, donc, à ce que la Russie, la Chine et l’Inde – qui sont toutes trois les plus proches géographiquement de l’Iran, et également situées dans la direction où souffleraient en premier les vents chargés de particules radioactives – soient les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU les plus opposés à une offensive contre l’Iran.
De la même façon, personne ne s’interroge sur la pertinence qu’il y aurait à larguer un nombre sans précédent de “bunker busters » de plus de 2000 kilos capables de pénétrer la terre jusqu’à 30 mètres de profondeur et le béton jusqu’à 6 m au sein même d’une région déjà prédisposée aux risques sismiques. Personne ne semble se soucier des dégâts irréparables et irréversibles que cette action entrainerait sur des kilomètres de côtes iraniennes: la Mer Caspienne au nord, la Mer d’Arabie au sud et le Golfe Persique à l’ouest.
Et que dire des dégâts permanents causés aux nappes d’eau souterraines d’Asie Centrale, où l’eau est déjà une denrée rare? Si la fracturation hydraulique (fracking) destinée à l’extraction de gaz de schistes peut rendre l’eau potable aux Etats-Unis inflammable , imaginez ce que pourrait entraîner le pilonnage de certaines des réserves de gaz naturel les plus abondantes.

Les répercussions imprévisibles

Prédire la totalité des dégâts qui pourraient être, et seraient à coup sûr, infligés, à l’Iran et aux Iraniens est difficile, voire impossible. Personne en dehors des hauts responsables de la Sécurité peut, ne serait-ce que deviner, le nombre d’objectifs que viserait une offensive israélienne et /ou US américaine (la BBC en suggère cinq, en plus de Bou-chehr).
Et d’autres paramètres entrent en ligne de compte, comme la quantité ou la capacité des armes qui seraient employées, ou savoir si Israël envisage d’utiliser des armes nucléaires et si les soi-disant « frappes chirurgicales de haute précision » ont atteint ou raté leur cible, des éléments qui auraient tous une incidence sur l’ampleur des « dommages collatéraux » subis par les êtres humains, les infrastructures, les maisons et les immeubles d’habitation, les écoles, les mosquées et les sites classés au Patrimoine Mondial, tout cela à cause de l’obstination à vouloir bombarder d’hypothétiques installations de recherche nucléaire en Iran.
Une offensive contre des installations enterrées en profondeur se ferait, sans aucun doute, au moyen de bombes GBU anti-bunker, capables de pénétrer des cibles enterrées grâce à l’uranium appauvri qui la constitue. Le coût en vies humaines, en risques à long terme pour la santé des populations, parmi lesquels les malformations génétiques que connaitront les nouvelles générations de bébés à cause des toxines et des produits radioactifs contenus dans les bombes à uranium appauvri qui auront été larguées et les produits nucléaires qui auront été répandus est également incalculable.

Cela vaut-il le coup de faire la guerre ?

Contrairement à ce que racontent les medias, il n’y a aucune preuve que l’Iran cherche actuellement à fabriquer une bombe atomique ou même envisage de le faire . Mais, même si c’était le cas, une offensive israélienne et/ ou US américaine ne ferait que reporter sa fabrication de quelques années et peut-être même provoquer et accélérer la recherche de l’arme nucléaire en tant que moyen de dissuasion.
Pour en revenir aux enquêtes d’opinion, dans un récent sondage réalisé par téléphone par le Pew Research Center, le 8 février 2012, auprès d’un échantillon de 1500 adultes dans les 50 états US, la question posée était: « Dans quelles proportions, le cas échéant, êtes-vous au courant de la polémique concernant le programme nucléaire iranien?”
38% ont répondu: « très au courant »
39% « un peu »
23% « pas du tout ».
Mais quand on leur a demandé s’il était plus important d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, même si cela impliquait de mener des opérations militaires ou d’éviter un conflit militaire avec l’Iran, même si cela voulait dire qu’ils se doteraient peut être de l’arme nucléaire:
30% ont répondu qu’ils choisissaient en priorité d’éviter le conflit militaire, alors que 58% répondaient qu’une intervention militaire pourrait être nécessaire (20% de plus que le pourcentage de ceux qui avaient répondu qu’ils étaient « très au courant » de la polémique concernant le programme nucléaire iranien).
Ce n’est pas un hasard: le même sondage de Pew qui posait la même question à un échantillon de personnes différentes entre le 30 sept. et le 4 oct. 2009 révèle que si seulement 41% d’entre elles ont déclaré « être très au courant », 61% approuvaient une intervention militaire – le même écart de 20%.
(Dans le second sondage, il était également demandé aux personnes interrogées si les Etats-Unis devaient soutenir ou s’opposer à une offensive d’Israël contre l’Iran « pour faire cesser son programme nucléaire »: 39% ont répondu que les Etats-Unis devaient appuyer une intervention militaire israélienne, 5% que les Etats-Unis devaient s’opposer à une intervention militaire d’Israël, et un peu plus de la moitié – 51% – que les Etats-Unis devaient « rester neutres »).

Mais qu’en aurait-il été si les questions avaient été formulées différemment?
Que se serait-il passé si le sondeur avait dit:

« Seriez vous d’accord ou pas d’accord si Israël ou les Etats-Unis retardaient les travaux de recherche nucléaire de l’Iran (pas forcément pour fabriquer l’arme nucléaire) de 3 à 5 ans au plus, en larguant des bombes fabriquées avec de l’uranium appauvri sur un pays de 74 millions d’habitants, dont un quart d’entre eux sont âgés de moins de 14 ans, si des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes risquent de mourir et que peut-être des millions d’autres risquent d’être affectées par des mutations génétiques qui provoqueront des malformations à la naissance et des cancers pour les générations futures »?

Et qu’auraient-ils répondu si la question suivante avait été:

« Si les bombes à l’uranium appauvri étaient incapables de pénétrer les installations iraniennes souterraines, où a lieu la soi-disant recherche nucléaire, dont la majorité est sous contrôle de l’AIEA, accepteriez-vous qu’Israël utilise des armes qui multiplieraient par cent le nombre de morts et de destructions et seraient à l’origine de ce que certains appelleraient un « holocauste’”?

Honnêtement, je n’ai aucune idée de ce que seraient les pourcentages pour et contre à ce genre de questions. Mais il est temps que les instituts de sondage évaluent l’opinion publique en disant de façon plus directe quels sont les véritables enjeux – les véritables conséquences – d’une offensive contre l’Iran. Ils peuvent commencer par éliminer les termes aseptisés d’ »intervention militaire » et de « frappes chirurgicales » en les qualifiant de ce qu’elles sont réellement: des actes de guerre qui vont entraîner la mort et la ruine de dizaines, voire de centaines, de milliers d’Iraniens.
Des Iraniens qui, comme les personnages du film “Une Séparation », récemment récompensé aux Oscar, http://www.telerama.fr/cinema/films/une-separation,427576.php, aiment leurs enfants et veulent ce qu’il y a de mieux pour eux, qui se font du souci pour leurs parents vieillissants, qui luttent pour joindre les deux bouts face à un taux de chômage élevé et à la pression économique.
Comme l’a déclaré Asghar Farhadi, le metteur en scène, lors de la remise de l‘oscar du meilleur film étranger

« A une période où les responsables politiques parlent de guerre, d’intimidation et d’agression, le nom de leur pays, l’Iran, est évoqué ici pour sa magnifique culture, une culture riche et ancienne qui a été enfouie sous l’épaisse poussière de la politique.
Cette épaisse poussière doit-elle être contaminée par des produits radioactifs toxiques dus à l’uranium appauvri et peut-être aux retombées radioactives?
La guerre contre l’Iran, ce n’est pas rien ».

MARSHA B.COHEN

 Marsha B. Cohen enseigne les Relations Internationales du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord à l’école des Affaires Internationales et d’Affaires Publiques de Miami.

Note du site « des bassines et du zèle »:

Pas grand chose à dire de plus à cela: je ne pouvais pas mieux dire, d’ailleurs. Toutes les agressions menées ces dernières décennies entraînent des bouleversements quasiment irréversibles et ruinent la santé des populations pendant des générations.
Mais qui se souvient de l’agent orange de Monsanto qui a fait des ravages au Vietnam et en fait encore ? Monsanto est, lui, de plus en plus vivant et toujours aussi nuisible.
« Et 30/40 ans après les épandages, l’agent orange continue de provoquer des décès, des pathologies d’une extrême gravité, des malformations à la naissance (handicaps physiques et mentaux, membres ou organes surnuméraires ou déficitaires, lésions nerveuses irréversibles, etc.). La Croix-Rouge vietnamienne estime le nombre des victimes à environ 1 million (voir ici: Au Vietnam, l’« agent orange » tue encore ) ».
D’autre part, curieux, tout de même cet acharnement d’Israël à vouloir bombarder les installations nucléaires des autres alors que son arsenal nucléaire non déclaré peut détruire tout le Moyen-Orient.
Israël, avec ses 300 ogives (présumées, puisqu’ils ne sont pas censés être dotés d’armes nucléaires), qui n’a pas ratifié le Traité sur la Non-Prolifération Nucléaire (TNP) – contrairement à l’Iran et à 189 Etats depuis 1970, et à l’instar de l’Inde et du Pakistan – et qui continue de fabriquer chaque année un véritable arsenal de destruction massive, veut garder l’exclusivité en matière de nucléaire militaire au Moyen-Orient. On se demande pourquoi.
Et puis, on vient de l’apprendre:
Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, en visite aux Etats-Unis, ces jours-ci, aurait demandé, d’après un haut-responsable US, au Secrétaire de la Défense, Leon Panetta, d’accepter qu’ils vendent à Israël des avions ravitailleurs et des bombes GBU-28 bunker-busters.
Ce haut-responsable a déclaré que Barack Obama avait demandé à Panetta de voir cette question directement avec son homologue de la Défense Ehud Barak, ce qui indique que l’administration US est prête à donner une suite favorable à cette demande dans les meilleurs délais.
Alors que George Bush était président, les Etats-Unis avaient refusé de vendre des avions ravitailleurs et des bombes GBU-28 à Israël, car les US Américains estimaient qu’Israël les utiliserait alors pour aller bombarder les installations nucléaires de l’Iran.
Lire le reste en anglais ici (publié sur Haaretz, le 6 mars 2012)

Ce n’est pas bon signe …

Et, puis, moi aussi, je vais y aller de mon sondage:

Pensez-vous que la population en Irak devrait être punie pendant des générations à venir pour des Armes de Destruction Massive inexistantes (ce qu’affirmaient les experts avant l’invasion)?

Pensez-vous que la population en Iran doit être punie pendant des générations à venir à cause de la simple présomption que l’Iran envisagerait de se doter d’un arsenal militaire pour l’instant inexistant (malgré les visites de l’AIEA)?

Pensez-vous qu’on puisse faire confiance aux Etats-Unis, qui sont les seuls à avoir largué la bombe atomique et, par deux fois, juste pour tester son efficacité sur des cibles vivantes?

Et, pensez-vous qu’on puisse faire confiance à Israël qui a bombardé en toute illégalité des populations innocentes – et, pour le cas de Gaza, emmurées?

Iran/nucléaire:

 Les estimations d’Israël

et des USA se rapprochent

JERUSALEM – Les estimations des Etats-Unis et d’Israël sur la possibilité que l’Iran puisse se doter de l’arme nucléaire se rapprochent, a affirmé, jeudi 9 août 2012, le Ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, après la publication d’un rapport secret des renseignements américains.

Il semble qu’il y ait réellement un rapport des agences des renseignements américains, a dit le ministre israélien qui s’exprimait sur la radio publique israélienne à propos d’informations sur un rapport récemment présenté au président Barack Obama.

Selon ce rapport, publié en une jeudi 9 août 2012 par le quotidien local Haaretz, les Etats-Unis et Israël sont d’accord sur le fait que l’Iran a accompli des progrès significatifs alarmants dans son programme visant à le doter de l’arme nucléaire.

Les estimations des Américains sur la possibilité que l’Iran puisse disposer de la bombe atomique évoluent et se rapprochent des nôtres (…) elles rendent la question iranienne un peu plus urgente., a déclaré M. Barak.

Depuis de très longs mois, Israël et les Etats-Unis sont d’accord sur les risques que cette éventualité comporte et disent que toutes les options sont ouvertes, a-t-il ajouté en allusion à une intervention armée contre les sites nucléaires iraniens.

Israël, seule puissance nucléaire — officieuse — de la région, estime que son existence serait menacée si Téhéran disposait de la bombe atomique.

La possibilité que l’Iran devienne une puissance nucléaire se rapproche, et il faut empêcher ce danger, a encore dit M. Barak en estimant qu’un tel exemple pourrait faire tache d’huile et entraîner notamment l’Arabie saoudite et l’Egypte dans une course au nucléaire.

Interrogé sur les déclarations d’Ehud Barak, le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney s’est refusé à tout commentaire sur des renseignements que le président pourrait ou non avoir reçus.

M. Carney, qui s’exprimait à bord de l’avion présidentiel Air Force One, a répété que Barack Obama tenait toujours à empêcher Téhéran de se doter de l’arme atomique et menait les efforts internationaux pour imposer à l’Iran des sanctions économiques.

Début août 2012, le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu a estimé que le renforcement des sanctions économiques contre Téhéran ainsi que les négociations internationales n’avaient pas fait reculer jusqu’ici le programme iranien d’un iota. Mais la Maison Blanche a ensuite insisté sur le fait que les sanctions prises contre l’Iran avaient un impact décisif.

L’Iran continue pour sa part de nier que son programme nucléaire a des visées militaires.

(©AFP / 09 août 2012 22h28)

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 20 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

NUCLEAIRE. JAPON: LA REVOLTE GRONDE CONTRE LE GOUVERNEMENT (Nolwenn WEILER / LE NOUVEL OBSERVATEUR)

Nucléaire

Japon :

 la révolte gronde contre le gouvernement

NUCLEAIRE. JAPON: LA REVOLTE GRONDE CONTRE LE GOUVERNEMENT (Nolwenn WEILER / LE NOUVEL OBSERVATEUR) dans REFLEXIONS PERSONNELLES fukushima

Par Nolwenn Weiler (17 juillet 2012)

Dans la région de Fukushima, des enfants « présentent toujours une contamination de leurs urines, plus d’un an après les rejets massifs dans l’environnement », avertit l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO), qui vient de publier les derniers résultats d’analyses réalisées dans son laboratoire. Dans la province de Miyagi, voisine de celle de Fukushima, tous les enfants examinés ont des parents agriculteurs, et se nourrissent notamment des produits de la ferme. Or, l’alimentation est actuellement au Japon la première source de contamination interne à la radioactivité.

Présente au Japon depuis le début de la catastrophe de Fukushima, l’Acro apporte aux populations locales des informations que le gouvernement et Tepco devraient normalement leur fournir. Le tout récent rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’accident de Fukushima confirme un scandaleux abandon des populations pendant la catastrophe. Il met aussi en avant un manque de suivi sanitaire post-catastrophe. Pour évaluer la contamination externe des citoyens (liée notamment à l’environnement), le gouvernement se fonde sur… des questionnaires auxquels une partie des personnes évacuées ont répondu. Quant aux contaminations internes (par l’alimentation par exemple), elles ne sont simplement plus contrôlées. Les résultats pourraient peut-être effrayer les Japonais, au moment où le gouvernement a décidé de redémarrer certaines centrales nucléaires, stoppées pour contrôle à la suite de la catastrophe de Fukushima.

Le 16 juillet 2012, 170 000 personnes (selon les organisateurs) se sont rassemblées à Tokyo pour protester contre la reprise du nucléaire dans le pays. Une des plus gigantesques manifestations depuis les années 1960. « Depuis le début de l’année, nous avons récolté plus de 7 millions de signatures contre la reprise des centrales. Fin juin, je suis allé la porter chez le Premier Ministre. Pourtant, dès le lendemain, il a décidé le redémarrage de [la centrale d’] Ohi. Il n’écoute pas le peuple. Il l’insulte », a déclaré à la tribune le prix Nobel de littérature Kenzaburo Oe [1]. « Certains de mes amis espèrent qu’il y aura une révolte non-violente comme en Tunisie, un renversement pacifique du gouvernement », expliquait le 16 juillet 2012 un militant antinucléaire. La catastrophe de Fukushima débouchera-t-elle sur un printemps citoyen ?

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Photos : Source

À lire : Fukushima : l’équivalent d’une région française devenue radioactive

Notes:

[1] Japon. Au cœur de la grande manifestation antinucléaire. Le Nouvel Observateur, 16 juillet.

 

Japon:

 Au coeur de la grande manifestation

antinucléaire

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De Tokyo,

Jamais depuis les années 60, une manifestation n’a réuni autant de monde à Tokyo. Les organisateurs espéraient 100 000 personnes – il y en a eu davantage.

Ce lundi 16 juillet 2012, à l’appel de la coordination « Au Revoir, l’Energie Nucléaire », la classe moyenne japonaise est sortie en masse, sous un soleil de plomb. Dans le parc Yoyogi, près du quartier branché de Shibuya, jeunes et vieux sont venus de tout le Japon, parfois en famille. Seize mois après l’accident de Fukushima et alors qu’un seul réacteur sur cinquante a été remis en marche, ils veulent dire non au redémarrage des centrales nucléaires. Le gouvernement les entendra-t-il ? Jusqu’où ce mouvement populaire ira-t-il ?

Naoki a 28 ans. Il est assistant dentaire à Fukuyi au bord de la mer du Japon, à quatre heures de train de la capitale. « C’est la première fois que je participe à une manif, dit-il.Le Premier ministre nous a menti. Quand il est arrivé au pouvoir, après l’accident de Fukushima, il a assuré qu’il était hostile au redémarrage des centrales. Mais le 5 juillet 2012, il a fait repartir celle de Oi, tout près de chez moi. Pourtant les spécialistes indépendants nous disent qu’elle est aussi peu sûre que celle de Fukushima. Je suis venu parce que j’ai peur. »

Niroko aussi est très inquiète. Elle est arrivée ce matin, par un train de nuit. Elle habite dans le Nord du pays. « J’habite près d’un grand centre de retraitement des déchets [construit en collaboration avec AREVA], raconte-t-elle. Depuis l’accident de Fukushima, je me suis renseignée, surtout par internet. Je sais que cette activité est dangereuse, qu’à la Hague, elle entraîne des leucémies chez les enfants. Pour l’instant, l’usine est arrêtée. Mais le Premier ministre va peut-être décider de la faire repartir. Pourquoi prendre un tel risque ? » Niroko, 59 ans, montre le foulard qu’elle porte autour du cou. Pour rafraîchir la nuque, il contient du gel qui conserve le froid. « Nous pouvons faire sans la climatisation, non ? »
Pour Hikono également, c’est la première manifestation. A 35 ans, elle est institutrice dans la banlieue de Tokyo. « Jusqu’à l’accident de Fushima, raconte-t-elle, j’étais plutôt favorable à l’énergie nucléaire. En fait, je ne me posais pas la question, c’était comme ça. Et puis, petit à petit, après le désastre, je me suis rendu compte que le gouvernement nous a menti sans arrêt et qu’il n’a pas organisé correctement les évacuations des zones irradiées. On ne peut plus leur faire confiance. »

Hitoshi, lui, s’inquiète surtout pour son fils de huit ans qu’il a emmené avec lui. « En mars, après l’explosion de l’unité deux de Fukushima, je l’ai envoyé à Kyoto dans la famille de ma femme, dit cet employé dans une maison d’édition. J’ai eu très peur. Jusque-là je pensais que le nucléaire était sûr. Mais j’ai compris que le gouvernement travaille pour le lobby nucléaire, pas pour le peuple. »


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                 Le prix Nobel de littérature Kenzaburo Oe s’adresse à la foule

Le mensonge et la collusion, voilà finalement les raisons profondes de la colère. Koji est retraité du bâtiment, il est né au début de la seconde guerre mondiale. « Le nucléaire me paraissait faire partie de notre vie comme une évidence, le gouvernement répétait que c’était absolument sûr et je le croyais évidemment, dit-il. Et puis, après le 11 mars [jour l’accident de Fukushima], j’ai voulu savoir vers où se dirigeait le nuage radioactif. Le gouvernement ne nous disait rien. Il fallait regarder les sites américains. Les ministres ne voulaient pas que nous sachions. Ils servent les intérêts du lobby nucléaire, ils sont achetés. Il faut qu’ils partent. »

Les vieux militants antinucléaires sont aux anges. « Je ne croyais pas voir cela de mon vivant, dit Kuniko Horigushi qui est de toutes les manifs depuis Tchernobyl. Pendant vingt ans, nous avons préché dans le désert. Depuis Fukushima, nous voilà au centre du débat. Tout a vraiment commencé avec une grande manif de septembre dernier. Nous étions 60 000. Après, le mouvement n’a fait que grandir.»

Leur porte-voix est le prix Nobel de littérature, Kenzaburo Oe, 77 ans. A la tribune, il dit : « Depuis le début de l’année, nous avons récolté plus de sept millions de signatures contre la reprise des centrales. Fin juin, je suis allé la porter chez le Premier ministre. Pourtant,  dès le lendemain, il a décidé le redémarrage de Oi. Il n’écoute pas le peuple. Il l’insulte. »

La mobilisation grandit ces dernières semaines parce que, le 18 juillet 2012, un deuxième réacteur va être relancé. Et surtout parce que, fin août, le gouvernement va annoncer ses choix en matière énergétique. Il réfléchit à trois scénarii : 25% de nucléaire, c’est-à-dire redémarrer presque toutes les centrales, 10% ou 0%. Cette dernière solution, celle qu’exigent les manifestants, ne sera probablement pas retenue. Que se passera-t-il alors ? La colère et la peur conduiront-elles à un soulèvement populaire ? On parle d’une « révolution des Hortensias » (c’est la saison de ces fleurs au Japon). « Certains de mes amis espèrent qu’il y aura une révolte non violente comme en Tunisie, un renversement pacifique du gouvernement », dit un vieux militant antinucléaire. Mais lui-même n’a pas l’air d’y croire.  

Le Nouvel Observateur

 

Fukushima Daiichi:

 Sortie du rapport d’analyse d’experts du

 parlement japonais

 

Deux groupes d’experts travaillant sur l’analyse des accidents nucléaires de Fukushima Daiichi ont rendu leurs conclusions en ce mois de Juillet 2012.

Le premier « panel » d’experts à le faire est celui du parlement japonais. Le rapport du groupe d’experts mis sur pied par le gouvernement japonais, alors sous l’autorité de Naoto Kan, doit également sortir incessamment.

La conclusion générale de ce premier rapport complet d’experts « indépendants » est très sévère mais juste. Sa formule laconique et directe, « man made disaster » a été largement reprise dans les médias.

Les accidents nucléaires de Fukushima Daiichi résultent donc d’une longue chaine d’erreurs humaines où les responsabilités de tous les acteurs, – gouvernement japonais, organismes de sûreté japonais, Tepco-, sont mises en cause.

Ce rapport est basé sur l’analyse de données et sur les auditions des acteurs principaux ayant joué un rôle lors du déroulement des accidents nucléaires, – premier ministre Naoto Kan, secrétaire du gouvernement de l’époque Yukio Edano, .. Masao Yoshida le superintendant du site de Fukushima Daiichi qui a eu la responsabilité majeure de toutes les actions menées sur place pour contenir les accidents sur les installations nucléaires (6 unités), la président de la Tepco de l’époque, des responsables de la sûreté nucléaire .. -.

Les erreurs humaines mises en cause touchent absolument toutes les phases relatives à la sûreté et aux actions mises en œuvre lors des séquences accidentelles.

Avant les catastrophes naturelles du 11 mars 2011, les défaillances des autorités de sûreté japonaise et du gouvernement ont répondu au laxisme de la Tepco.

Cette compagnie privée qui gérait le site de Fukushima Daiichi depuis de longues années était parfaitement consciente de la possibilité que des vagues d’un tsunami submergent le site nucléaire. De plus elle savait que les diésels de secours étaient dans des zones inondables. Elle avait mollement averti les services du gouvernement du risque lié à un fort tsunami.

Du côté des services du gouvernement japonais et des organismes de sûreté particulièrement, il y a eu une incapacité totale à anticiper une telle situation et à intégrer les avertissements de scientifiques.  Il est aussi incroyable de constater que dans un pays comme le Japon confronté à des risques sismiques multiples et de niveaux très élevés, régnait une situation générale de sous estimation des degrés que pourrait atteindre des séismes engendrés dans une zone de frontière de plaques tectoniques aussi bien que dans un endroit de rencontre de plusieurs failles sismiques. Le classement des failles entre actives et inactives n’étaient pas non plus sérieux comme l’a montré la grande révision sur les menaces de séismes et de tsunamis associés que les catastrophes du 11 mars 2011 ont provoqué.

Et notamment la nouvelle évaluation relative au risque sismique de la centrale de Tsuruga.

Le niveau du séisme sur le site de Fukushima Daiichi a atteint les limites de sécurité qui prennent normalement en compte d’importantes marges, matérialisant ainsi une certaine sous-estimation du niveau du risque sismique sur ce site.

Logiquement les experts se sont donc penchés sur la possibilité que le séisme ait pu créer des dommages sur les installations, susceptibles d’avoir des responsabilités dans l’enchainement fatal des séquences accidentelles qui ont suivi. Dans ce cadre, l’unité 1 est évidemment au centre des interrogations. Le collège d’experts pense que le séisme a fissuré des tuyaux dans l’unité 1.

[Les tuyaux font quasiment tous partis du circuit primaire. Ces fissurations auraient donc entrainé des petites fuites d’eau primaire créant ainsi une situation accidentelle ayant de fortes probabilités de déboucher sur un accident grave. En effet, dans ces conditions le circuit primaire fuit sans que la pression primaire ne baisse significativement. Un scénario qui se rapproche de celui de TMI aux USA]

On ajoutera que le circuit normal, RCIC,  d’évacuation de la puissance résiduelle à l’arrêt du réacteur et à partir du contournement de la turbine, – au moment du séisme le réacteur fonctionnait à pleine puissance-, ne s’est pas mis en route sur cette unité 1. Un circuit de secours, avec condenseur IC, a pris le relais pour assurer le refroidissement du réacteur, mais mauvaise appréciation des conditions de fonctionnement, ainsi qu’un problème de communication entre les trois niveaux d’intervention après l’arrivée des vagues du tsunami, – le centre de gestion sécurisé où se trouvaient les responsables, les salles de contrôle des réacteurs et puis les bâtiments réacteurs et turbines où intervenaient des techniciens-, et une mauvaise interprétation de paramètres du réacteur a conduit à une erreur humaine qui a consisté en l’arrêt de ce circuit de refroidissement de secours sur l’unité 1.

S’il est établi que le séisme d’un niveau inattendu a provoqué des dommages sur le site et à l’extérieur, le premier étant de couper l’alimentation électrique extérieure de la centrale de Fukushima Daiichi, il est maintenant assez bien établi que les secousses sismiques ne constituent pas les causes principales des accidents nucléaires de Fukushima Daiichi.

Réagissant sans doute à ce rapport, la Tepco, vient de publier des photos montrant l’arrivée et l’impact des vagues du tsunami ce 11 mars 2011.

Fukushima Daiichi …   sortie du rapport d’analyse d’experts du parlement japonais .. dans Fukushia Daiichi Y4

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Les vagues du tsunami submergent les digues de l’espace marin du site à 15 heures 48 minutes 32 secondes le 11 mars 2011.

L’eau envahit le site et des travailleurs doivent se réfugier sur des toits [deux techniciens mourront noyés dans le bâtiment turbine de l’unité 2].

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                                  Photo prise à 15 heures 53 minutes 14 secondes

Un dysfonctionnement important lors de la première phase de gestion des accidents est pointé par les experts. Il s’agit de l’intervention intempestive du premier ministre le 12 mars au matin dont la visite impromptue et rapide (~1 heure) sur le site de Fukushima Daiichi a contribué à brouiller la mise en place des échelons de responsabilité pour la gestion de cette grave crise nucléaire dans les premiers instants de son évolution.

Le superintendant du site lors de ces accidents nucléaires était Masao Yoshida. Celui-ci a témoigné devant les experts de la commission parlementaire et a mis en cause les interventions directes du premier ministre dans la gestion de la crise. Notamment à propos des injections d’eau de mer que rejetait le gouvernement. Il a donc dû lui-même prendre la décision d’ordonner aux techniciens de procéder aux injections d’eau de mer [quand on connait la réticence atavique des japonais à aller contre leur hiérarchie, on comprend tout ce qu’il lui a coûté de prendre cette initiative qui a évité le pire dans le scénario que suivait les accidents sur les trois réacteurs].

A cette occasion Masao Yoshida a souligné combien les techniciens, travaillant en sous traitance en l’occurrence, avaient dégagé des débris radioactifs et préparé les injections d’eau de mer avec une rapidité qui l’avait surpris lui-même. Ce qui a, entre autres, limité les dégâts sur le réacteur n° 2.

Dans des regrets exprimés à la japonaise, il a dit que lui-même et ses ingénieurs de la Tepco auraient dû assumer ce risque. Et c’est ici l’occasion de rappeler que dans ces accidents il y a aussi une part humaine, sur le site, et que le destin des accidents nucléaires qui survenaient de tous les côtés s’est joué sur le mode d’une tragédie moderne.

A l’heure où les critique pleuvent, certainement à juste titre et avec l’objectif de faire avancer les choses au niveau de la sûreté nucléaire dans son ensemble, il ne faut pas non plus oublier de souligner combien le Japon peut être « fier » (en quelque sorte !) de son superintendant du site de Fukushima Daiichi et des ses ingénieurs, techniciens, travailleurs, pompiers et  policiers qui ont sauvé la situation en évitant donc le pire du scénario accidentel dans lequel étaient engagés le trois réacteurs les plus touchés. Trois corium en fusion sur les radiers en béton des bâtiments réacteurs.

La commission parlementaire d’experts a aussi rejeté les allégations du premier ministre Naoto Kan sur l’intention de la Tepco d’abandonner le site alors que se développaient les accidents dans une voie que beaucoup d’experts, dont des experts américains en prise directe avec les événements, jugeaient dramatiquement incontournable.

Dans le feu des critiques on retrouve aussi la gestion de l’évacuation des populations par le gouvernement japonais et par la Préfecture de Fukushima.

Il faut rappeler que rapidement la Préfecture de Fukushima a ordonné une évacuation dans une zone de 3 km autour de la centrale. Le gouvernement japonais a ensuite décidé l’évacuation obligatoire dans un rayon de 20 km. Puis il a simplement recommandé aux habitants de la zone entre 20 et 30 km de quitter leurs habitations. Les informations sur les directions de propagations des aérosols radioactifs et leurs dépôts sont venus tardivement. Dans la direction Nord/Nord-Ouest de très forts dépôts allaient jusqu’à 60 km du site de Fukushima Daiichi. Les populations ont été très mal informées de tout cela, ainsi que des accidents eux-mêmes.

Une polémique totalement justifiée s’est développée sur le thème de la non exploitation des résultats du code SPEEDI, code japonais, qui en fonction des conditions météos calcule la propagation des aérosols radioactifs, leur évolution et leurs dépôts.

Ces résultats envoyés électroniquement à la Préfecture de Fukushima ont été carrément laissés de côté. Au niveau de la gestion de la crise nucléaire par les organismes gouvernementaux, il a été décidé de ne pas les utiliser.

Certainement une décision d’incompétents qui ont prétexté que comme l’on ne connaissait pas le terme source, ce qui est exact formellement, on ne pouvait faire confiance à ces calculs.

Or les rejets radioactifs ont résulté de pics d’émissions liés à des explosions, hydrogène et vapeur. Même si la valeur absolue de la source n’était pas connue, ces calculs fournissaient l’information juste sur les propagations et les dépôts d’aérosols radioactifs. Ce qui permettait de définir les zones les plus touchées et à évacuer prioritairement.

 

Japon:

Enquêtes sur d’éventuelles failles actives sous des réacteurs

 
TOKYO – L’agence de sûreté nucléaire japonaise a annoncé mercredi avoir ordonné aux deux compagnies d’électricité Kansai Electric Power et Hokuriku Electric Power d’enquêter sur l’existence de failles sismiques actives sous leur centrale nucléaire.

Les deux sites concernés sont les centrales de Shika, géré par Hokuriku Electric Power, dans la préfecture d’Ishikawa, et d’Oi, géré par Kansai Electric Power, dans la préfecture de Fukui (centre du Japon), a expliqué un porte-parole de l’agence.

L’autorité a pris cette décision sur la base d’études d’experts en géologie, selon lesquelles ces deux centrales ont été construites sur des failles sismiques en activité, susceptibles d’entraîner de violentes secousses telluriques.

L’opérateur de la centrale d’Oi, Kansai Electric Power, a prévu de redémarrer un autre réacteur de ce site plus tard dans la journée de mercredi. Cette relance prévue depuis plusieurs semaines n’est pas affectée par l’enquête, a expliqué un porte-parole de la compagnie d’électricité.

La centrale d’Oi compte le seul réacteur du Japon actuellement en activité, sur les 50 de l’archipel. Il a été redémarré début juillet, malgré des réticences au sein de la population traumatisée par l’accident nucléaire de Fukushima de mars 2011.

Les autres unités du pays sont actuellement arrêtées en raison des nouvelles mesures de sécurité exigées par les autorités depuis Fukushima, ce qui entraîne de nombreuses procédures et délais supplémentaires pour redémarrer ces tranches stoppées en raison d’un séisme ou pour maintenance.

D’après nos estimations, la faille n’a pas été active depuis 120.000 à 130.000 ans, a expliqué le porte-parole de Kansai Electric Power. Nous avons bien reçu l’ordre d’enquêter à nouveau et allons le faire juste au cas où, a-t-il ajouté.

Hokuriku Electric Power, le gérant de la centrale de Shika, a également assuré qu’il allait enquêter et rendre ses conclusions à l’agence de sûreté.

L’autorisation de relancer deux réacteurs de la centrale d’Oi a été donnée en juin par le Premier ministre nippon, Yoshihiko Noda, en raison de craintes pour l’approvisionnement électrique du Japon pendant l’été, une saison de forte consommation de courant en raison de l’usage massif des climatiseurs.

KANSAI ELECTRIC POWER

(©AFP / 18 juillet 2012 13h04)

 

JAPON:

Un 2ème réacteur nucléaire relancé malgré les protestations

 

Un deuxième réacteur a été redémarré jeudi 19 juillet 2012 au Japon, seize mois après l’accident de Fukushima qui avait entraîné au printemps l’arrêt de l’ensemble du parc nucléaire nippon pendant deux mois. Ce redémarrage intervient alors que la contestation antinucléaire à le vent en poupe dans l’archipel.

La compagnie d’électricité Kansai Electric Power (KEPCO), chargée de l’approvisionnement de la région industrielle de Kansai (centre-ouest comprenant notamment les métropoles d’Osaka, Kobe et Kyoto) a relancé le réacteur 4 de sa centrale d’Oi dans la nuit de mercredi à jeudi.

Quelques heures avant, l’agence de sûreté nucléaire avait demandé à la compagnie de conduire une enquête sur l’existence possible d’une faille sismique active sous cette centrale, mise au jour récemment par des géologues. Kepco a toutefois estimé que cette investigation ne l’empêchait pas de relancer l’unité 4.

Elle avait redémarré le réacteur 3 de la même centrale début juillet, mettant fin alors à une période de deux mois pendant laquelle la totalité des 50 unités nucléaires de l’archipel étaient stoppées.

Fortes chaleurs

Ces réacteurs étaient à l’arrêt soit à cause d’un séisme, soit en raison des nouvelles mesures de sécurité exigées par les autorités depuis l’accident de Fukushima de mars 2011, qui a entraîné de graves émissions radioactives contraignant à faire évacuer une centaine de milliers de personnes.

Mi-juin, le premier ministre Yoshihiko Noda a donné le feu vert au redémarrage des réacteurs 3 et 4 d’Oi, que Kepco réclamait avec insistance afin de faire face aux pics de consommation de courant durant l’été. Durant ces périodes de forte chaleur les Nippons utilisent massivement les climatiseurs.

La décision de M. Noda a suscité des critiques au sein de son propre mouvement, le Parti Démocrate du Japon (PDF, centre-gauche), et a donné un coup d’accélérateur à la contestation antinucléaire dans l’archipel. Une manifestation inédite de 75000 à 170000 personnes, selon les sources, a convergé dans un parc de Tokyo lundi.

(ats / 19.07.2012 15h01)

 

Japon: la contestation antinucléaire renforcée par un ex-Premier ministre

TOKYO – Un ancien Premier ministre japonais, membre du parti au pouvoir et toujours influent, s’est joint vendredi pour la première fois aux manifestations exigeant l’abandon de l’énergie nucléaire dans l’archipel, seize mois après l’accident de Fukushima.

Yukio Hatoyama s’est mêlé aux manifestants, plusieurs milliers d’après les médias, venus protester comme chaque vendredi depuis quelques mois devant la résidence de l’actuel chef du gouvernement, Yoshihiko Noda. Ni les organisateurs ni la police n’ont fourni de chiffre de participation dans l’immédiat.

Je regrette que la politique menée actuellement soit très éloignée de ce que vous demandez, a lancé M. Hatoyama, haut-parleur en main, aux protestataires, d’après des images diffusées par les télévisions nippones.

M. Hatoyama a été le premier chef du gouvernement issu du Parti Démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche), arrivé au pouvoir en septembre 2009 après plus de 50 ans de règne quasi-ininterrompu de la droite. Devenu rapidement impopulaire, il avait toutefois dû démissionner dès juin 2010. M. Noda préside aujourd’hui le PDJ dont M. Hatoyama est toujours un membre influent.

Nous devons soutenir vos aspirations démocratiques. Nous devons arrêter le redémarrage des centrales nucléaires, a souligné M. Hatoyama devant la foule.

Le mouvement de protestation antinucléaire a redoublé depuis la décision, en juin, de M. Noda d’autoriser la relance de deux réacteurs du centre du Japon. A l’époque, la totalité des 50 unités de l’archipel étaient stoppées, soit à la suite d’un séisme soit en raison de nouvelles procédures de contrôle et de sécurité instaurées après l’accident de Fukushima.

Après son discours, M. Hatoyama s’est rendu dans la résidence du Premier Ministre et a demandé au porte-parole du gouvernement et bras droit de M. Noda, Osamu Fujimura, d’écouter l’opinion hostile à l’énergie nucléaire, d’après les médias nippons.

Le mouvement antinucléaire a organisé lundi son plus vaste rassemblement depuis le désastre de Fukushima de mars 2011. De 75.000 à 170.000 personnes, selon la police et les organisateurs, ont convergé à proximité d’un parc de Tokyo, avant de participer à plusieurs défilés dans la capitale.

Dans un pays où les manifestations sociales ou politiques drainent rarement les foules, l’ampleur de la protestation antinucléaire au Japon revêt un caractère exceptionnel.

(©AFP / 20 juillet 2012 15h48)

 

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 17 juillet, 2012 |Pas de commentaires »

ESSAIS NUCLEAIRES FRANCAIS: LIEN VRAISEMBLABLE AVEC DES CANCERS

Essais nucléaires français:

lien vraisemblable avec des cancers

ESSAIS NUCLEAIRES FRANCAIS: LIEN VRAISEMBLABLE AVEC DES CANCERS dans REFLEXIONS PERSONNELLES NUCLEAIRE

Un lien « vraisemblable » existe entre les retombées radioactives liées aux essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie et les cancers de militaires qui y étaient basés, estime l’auteur d’expertises médicales sur le sujet. Il s’agit d’une étape décisive pour les 150000 victimes potentielles de ces essais.

L’expert cité mardi par le journal Le Parisien, Florent de Vathaire, a travaillé dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte en 2004 sur les conséquences pour les personnes civiles et militaires qui assistaient aux essais nucléaires français. Ces derniers ont été menés au début des années 1960 au Sahara, et jusqu’à 1996 en Polynésie Française.

Le scientifique, qui a expertisé 15 cas de militaires affectés par des cancers après avoir été exposés aux radiations, explique avoir pu, « en rassemblant de nombreux éléments, (…) construire un faisceau de présomptions qui permet de dire que le lien entre les retombées radioactives et les cancers est vraisemblable pour certains des cas expertisés », soit six d’entre eux.

Mais l’expert nuance: « D’un point de vue scientifique on ne pourra jamais affirmer avec certitude telle ou telle causalité et ce pour une raison simple: ces cancers ou ces leucémies ne sont pas uniquement causés par les radiations ».

Gouvernement prudent

Il précise qu’il souhaite également « lancer rapidement une étude globale sur les Polynésiens qui étaient âgés de moins de 5 ans à l’époque des essais », car « des études récentes prouvent que de faibles doses de radioactivité peuvent avoir de graves conséquences sur la thyroïde des jeunes enfants comme le déclenchement de cancers ou d’autres pathologies ».

L’expert déplore n’avoir « pas eu accès à toutes les données. Il reste des informations classées secret-défense. »

Le gouvernement français accueille avec prudence les éléments de ces expertises demandées par la justice et veut des « liens avérés », explique une source proche du ministère de la Défense.

La France a promulgué en 2010 une loi sur la reconnaissance et l’indemnisation des victimes de ces essais.

(ats / 17.07.2012 12h51)

« Un lien vraisemblable » établi entre essais nucléaires et cancer

Quelque 150.000 civils et militaires ont participé aux 210 essais nucléaires français conduits de 1960 à 1996 au Sahara algérien et en Polynésie française.

LGERIA, REGGANE : Photo prise le 27 décembre 1960 près de Reggane dans le sud algérien, pendant la troisième explosion de la bombe A française, lors de l'opération appelée "Gerboise rouge", dans le cadre des essais nucléaires français aériens. C'est à Reggane que fut expérimentée la première bombe atomique française le 13 février 1960. Juste après la déflagration, une armada de techniciens en combinaison antiradiations n'auront que 15 à 20 minutes, avant les retombées radioactives, pour récupérer sur les lieux de l'explosion les précieux appareils de mesure enfouis dans le sable. (AFP)

ALGERIE, REGGANE : Photo prise le 27 décembre 1960 près de Reggane dans le sud algérien, pendant la troisième explosion de la bombe A française, lors de l’opération appelée « Gerboise rouge », dans le cadre des essais nucléaires français aériens. C’est à Reggane que fut expérimentée la première bombe atomique française le 13 février 1960. Juste après la déflagration, une armada de techniciens en combinaison antiradiations n’auront que 15 à 20 minutes, avant les retombées radioactives, pour récupérer sur les lieux de l’explosion les précieux appareils de mesure enfouis dans le sable. (AFP)

Un « lien vraisemblable » existe entre des retombées radioactives liées aux essais nucléaires français en Algérie et Polynésie et les cancers de certains militaires exposés, estime, mardi 17 juillet, dans « le Parisien » l’auteur d’expertises médicales effectuées pour la justice.

Florent de Vathaire, directeur de recherche en épidémiologie à l’INSERM, explique avoir pu, « en rassemblant de nombreux éléments, (…) construire un faisceau de présomptions, qui permet de dire que le lien entre les retombées radioactives et les cancers est vraisemblable pour certains des cas expertisés ».

Une preuve impossible

Ces rapports d’expertise ont été réalisés à la demande de la juge d’instruction Anne-Marie Bellot, en charge de l’enquête ouverte à la suite de la plainte déposée fin 2003 par l’Association des Victimes des Essais Nucléaires (AVEN). Elles accréditent l’existence d’un lien probable pour 6 personnes sur les 15 qu’il a expertisées, précise Le Parisien, qui a pu consulter les documents.

Mais l’expert nuance: « D’un point de vue scientifique on ne pourra jamais affirmer avec certitude telle ou telle causalité et ce pour une raison simple: ces cancers ou ces leucémies ne sont pas uniquement causés par les radiations ».

Il précise qu’il souhaite également « lancer rapidement une étude globale sur les Polynésiens qui étaient âgés de moins de 5 ans à l’époque des essais », car « on sait aujourd’hui avec certitude, des études récentes le prouvent, que de faibles doses de radioactivité peuvent avoir de graves conséquences sur la thyroïde des jeunes enfants comme le déclenchement de cancers ou d’autres pathologies ».

210 essais nucléaires français entre 1960 à 1996

L’expert déplore n’avoir « pas eu accès à toutes les données. Il reste des informations classées secret-défenses. En plus à l’époque, les instruments de contrôle des radiations qu’utilisaient l’armée et le CEA n’étaient pas adaptés pour détecter toutes les formes d’expositions aux rayonnements », souligne-t-il.

Une information judiciaire contre X a été ouverte en septembre 2004 à Paris relatives aux conséquences sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient des essais nucléaires français, menés au début des années 1960 au Sahara, et jusqu’à 1996 en Polynésie française.

Quelque 150.000 civils et militaires ont participé aux 210 essais nucléaires français conduits de 1960 à 1996 au Sahara algérien et en Polynésie française.

REMARQUES:

(Le Souffle c’est ma Vie / T.LAMIREAU)

Affirmer que pour ces anciens soldats ou personnels civils, il n’y a aucune certitude

pour affirmer que la morbidité (maladies diverses) est liée aux expositions

radioactives…c’est un peu culotté !

Oui, il est vrai que l’on peut avoir plusieurs causes pour un cancer induit.

Cependant, n’oublions pas que ces personnes ont reçu à la fois des retombées

CHIMIQUES ET RADIOACTIVES !

Il y a donc un cumul des inductions (irradiations et contaminations) qui sont à

EFFET EXPONENTIEL !

De nombreuses études existent sur ce sujet et notamment réalisées par des

organismes dépendant du milieu pro-nucléaire…comme par exemple…le CEA !

(Commissariat à l’Energie Atomique)…études qui montrent un effet dévastateur sur

le fonctionnement des cellules et du VIVANT en général.

Il semblerait que ce chercheur de l’INSERM IGNORE cela !

En outre, l’Etat français REFUSE de donner accès à tous les documents !

Lorsque l’on veut CACHER LA VERITE il est aisé de jeter à la figure des demandeurs

la réponse de « SECRET DEFENSE » !

L’OMERTA existera toujours !

Avouer que le nucléaire rend MALADE et TUE…

c’est trop demander à celles et ceux qui en vivent et qui MANIPULENT

les consciences de la population.

le NUCLEAIRE est synonyme de MENSONGE et d’un fonctionnement

de TYPE FASCISTE et MILITAIRE…y compris pour le NUCLEAIRE CIVIL…

car en cas de CATASTROPHE NUCLEAIRE sur un réacteur de EDF…

nous passerions IMMEDIATEMENT

dans un REGIME AU FONCTIONNEMENT MILITARISE !…

afin de « maitriser » la population et ceux qui oseraient critiquer !

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 17 juillet, 2012 |Pas de commentaires »
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