LE COÛT ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL DES TABLETTES ELECTRONIQUES ET SMARTPHONES (Anaelle SORIGNET / notre-planete.info)

Le coût environnemental et social

LE COÛT ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL DES TABLETTES ELECTRONIQUES ET SMARTPHONES (Anaelle SORIGNET / notre-planete.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES tablette_numerique

des tablettes électroniques et smartphones

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iPad © C. Magdelaine / notre-planete.info

La dématérialisation[1] est souvent présentée comme la solution à la déforestation, à la destruction des milieux, etc. parce qu’elle permet de remplacer le support papier par des supports numériques. Pourtant, ces supports numériques sont eux bien matériels, et leur fabrication entraîne souvent l’abattage d’arbres ou la dégradation des écosystèmes sur les lieux d’exploitation des matières premières. Il apparaît donc comme légitime de s’interroger sur l’empreinte écologique du high-tech, ses modes de production et la manière dont on le consomme.

L’exploitation d’étain à Bangka:

Une activité désastreuse pour l’homme et l’environnement

L’ONG de défense de l’environnement Les Amis de la Terre a enquêté durant plusieurs mois sur l’île de Bangka en Indonésie où se trouvent des exploitations de mines d’étain. Elle a publié en novembre 2012 un rapport intitulé « Mining for smartphones : le véritable coût de l’étain ».

L’association condamne les pressions croissantes qui s’exercent sur les ressources mondiales de métaux, notamment celles d’étain, matériau qui entre dans la composition de nombreux produits high-tech et notamment des smartphones[2].

L’exploitation des mines à Bangka a causé des dégâts environnementaux importants : 65% des forêts et plus de 70% des récifs coralliens auraient été affectés, selon Pie Ginting, directeur de campagne des Amis de la Terre Indonésie, et l’accès à l’eau potable est devenu problématique sur l’île, à cause de la contamination des rivières par les déchets miniers.

Les Amis de la Terre se mobilisent donc pour que les grandes entreprises assurent une production responsable à tous les niveaux de la chaîne, et ne s’appuient pas sur des exploitations dangereuses pour les populations locales.

L’ONG demande à l’Union Européenne que des réglementations soient mises en place pour obliger les entreprises à rendre publique la liste des ressources qu’elles utilisent pour la fabrication de leurs produits, ainsi que les impacts environnementaux et sociaux qui y sont associés.

Multiplication des produits high-tech et raccourcissement de

leur durée de vie:

Une mauvaise configuration pour l’avenir

L’exemple de Bangka interroge l’utilité de ces technologies, considérant leurs impacts environnementaux. Chaque mois de nouveaux équipements électroniques sortent sur le marché, s’ajoutant à la gamme des traditionnels télévisions et téléphones : tablettes, smartphones, écrans plats, cadres numériques…

La miniaturisation exige des matériaux rares (coltan, lithium, étain…) dont l’exploitation entraîne déforestation, destruction, massacre d’animaux et pollution durable d’écosystèmes.

À cela s’ajoute le problème de l’obsolescence dite « programmée » des objets : rarement réparés – parce que c’est impossible (batterie soudée, etc.), trop complexe ou parce que ça ne vaut pas le coup économiquement – ils sont généralement délaissés au profit de nouveaux produits prétendument plus performants.

Or, la filière recyclage du high-tech n’est pour ainsi dire pas au point. Ces modes de production et de consommation génèrent donc un gaspillage de ressources, une quantité importante de déchets qui ne sont ni valorisés ni réutilisés, et une augmentation des pressions sur les ressources rares alors qu’il s’est vendu en 2011, 93 millions de smartphones pour Samsung et 95 millions pour Apple.

Heureusement, des alternatives existent pour ne pas encourager la logique consumériste, un luxe que nous ne pouvons aujourd’hui plus nous permettre.

En matière de produits high-tech, la sobriété devrait être privilégiée, dans la mesure où la fabrication de ces produits entraîne des dégâts critiques. Il est toutefois difficile pour le consommateur de faire les bons choix : en témoigne la sortie de l’i-Phone 5, dont le chargeur est incompatible avec tous les produits Apple précédents.

Malgré tout, la réparation (lorsqu’elle est possible), le don et la revente permettent de donner une seconde vie à nos objets et ainsi de réduire notre empreinte écologique. Sans oublier de nous interroger sur la pertinence de l’acte d’achat : en avons-nous vraiment besoin ?

Même les écoles s’équipent de tablettes numériques

Le développement rapide et massif des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) a radicalement modifié nos sociétés. Le quotidien ne cesse de changer au gré des nouveaux produits qui font leur apparition sur le marché.

Le bouleversement introduit par la démocratisation d’Internet en est la preuve évidente. La société évolue donc avec ses technologies, et après les entreprises, les industries, les médecins, l’administration, etc. ce sont les écoles qui se dotent de matériel dernier cri.

Ainsi, le monde de l’éducation a longtemps été agité par la question du bienfondé de l’évolution de l’école vers le numérique. Dernier débat en date, celui d’équiper chaque élève d’un iPad (tiens, tiens…) pour faciliter l’apprentissage.

Selon son fabriquant, Apple, qui a organisé en janvier dernier une conférence intitulée « Reinventing Textbooks[3] », des manuels interactifs (avec photo, vidéo, audio…) permettraient une meilleure pédagogie et donc une meilleure qualité d’enseignement.

Plusieurs études menées sur l’efficacité des tablettes seraient arrivées à la conclusion que les enfants apprennent mieux sur les supports numériques, car ils offrent un enseignement plus personnalisé.

Pourtant, nombreux sont les enseignants ou les parents d’élèves qui s’interrogent sur l’utilité des tablettes à l’école. Pourquoi démocratiser un équipement individuel aussi coûteux alors que les suppressions de poste se sont multipliées ces dernières années, surchargeant les classes et privant beaucoup d’élèves d’un suivi pédagogique adéquat ?

L’iPad est initialement conçu avec beaucoup de fonctions récréatives qui pourraient distraire l’élève si elles ne sont pas bloquées. La tablette est-elle un gadget ou un véritable support pédagogique ? L’équipement en iPad est-il le résultat d’un lobbying bien organisé ou une opportunité pour l’éducation ? L’utilisation prolongée de tablettes à des fins d’apprentissage induit des risques pour la vue des élèves, bien que ce point fasse débat chez les ophtalmologistes.

Il demeure que les enfants et adolescents d’aujourd’hui sont en permanence sur-connectés et sur-stimulés par des informations venant de toutes parts (Internet, télévision, téléphone portable et maintenant tablettes). Il est donc légitime de s’interroger sur la nécessité d’introduire un nouvel écran à l’école.

Enfin, d’un point de vue économique, l’enseignement numérique reste pour l’heure bien plus cher que l’enseignement « classique », puisqu’une tablette coûte environ 500 euros.

Le glissement de l’école vers le numérique comporte donc le risque d’une éducation à deux vitesses, entre ceux qui pourraient se payer une tablette et ceux qui ne pourraient pas. Qui plus est, les produits sont obsolètes au bout de seulement quelques années : comment l’école pourra-t-elle assumer de tels coûts économiques, mais aussi environnementaux, alors qu’elle est censée éduquer les enfants au respect de l’environnement ? Se pose également la question de la formation des enseignants, indispensable pour assurer une utilisation optimale des nouvelles technologies.

De plus, les établissements scolaires se dotent de plus en plus de Tableaux Numériques Interactifs (TNI) et les enfants de boîtiers électroniques pour remplacer une simple ardoise : est-il vraiment nécessaire d’y rajouter des iPad, que beaucoup pourraient bien se voir offrir à Noël, et probablement pas dans une optique pédagogique ?

Le risque de doublon et de confusion sur le rôle de la tablette est à prendre en compte.

Notes:

  1. La dématérialisation est la transformation de supports d’informations matériels (souvent des documents papier) en fichiers informatiques.
  2. Téléphone mobile disposant aussi des fonctions d’un assistant numérique personnel. Il est doté d’un écran tactile et/ou d’un clavier azerty, et permet notamment de naviguer sur Internet, de consulter son courrier électronique, etc.
  3. Littéralement, réinventer les manuels scolaires.

Sources:

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 12 décembre, 2012 |Pas de commentaires »

CLIMAT: APRES LE MAIGRE ACCORD DE DOHA, LES NEGOCIATIONS TOURNEES VERS 2015…MAIS IL EST DEJA TROP TARD !

Climat:

Après le maigre accord de DOHA…

les négociations se tournent vers 2015 !…

CLIMAT: APRES LE MAIGRE ACCORD DE DOHA, LES NEGOCIATIONS TOURNEES VERS 2015...MAIS IL EST DEJA TROP TARD !  dans REFLEXIONS PERSONNELLES doha

Mais il est déjà TROP TARD!

DOHA – Après le maigre résultat de Doha, les grandes négociations onusiennes sur le climat sont tournées vers le rendez-vous de 2015, qui a promis le plus ambitieux des accords pour faire dévier le monde de son inquiétante trajectoire vers un réchauffement de 3°C à 5°C.

Mais la grande difficulté à accoucher samedi 8 décembre 2012 du très modeste accord de Doha, adopté grâce à un passage en force de la présidence qatarie, montre que les négociations à venir s’annoncent des plus difficiles.

Les températures qui se profilent sont bien au-delà de ce que l’Homo Sapiens a connu, a rappelé l’économiste britannique Nicholas Stern, auteur d’un rapport de référence sur le coût financier du réchauffement, après l’accord de Doha.

Il est crucial que tous les pays, développés et en développement, concentrent désormais tous les efforts pour parvenir à un accord international fort et efficace en 2015, a-t-il poursuivi, critiquant l’inadéquation entre l’urgence de la situation et l’ambition affichée à Doha.

L’unique acquis de l’accord de Doha est le lancement, à partir du 1er janvier 2013, de l’acte II du protocole de Kyoto, seul outil légalement contraignant à engager les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

La portée de cette seconde période, qui s’achèvera fin 2020, sera néanmoins extrêmement limitée car elle ne concerne plus que l’Union Européenne et une dizaine de pays dont l’Australie, soit 15% des émissions de GES globales.

Pour le reste, Doha n’a pas permis de trouver d’autres moyens de réduire les GES d’ici 2020 ou encore de rassurer les pays du Sud sur le versement de l’aide promise pour faire face au changement climatique, soit 100 milliards par an d’ici 2020.

Vertige

Le résultat n’est clairement pas à la hauteur de l’urgence, a déclaré la Ministre française de l’Environnement, Delphine Batho, au terme de la conférence, reconnaissant que les négociations sur le climat, lancées en 1995 et impliquant plus de 190 pays, sont difficiles parce qu’elles concentrent tous les enjeux de la mondialisation.

Trop de puissances n’ont pas la volonté de remettre en cause le modèle de développement qui conduit la planète à sa perte. Il faut préparer 2015, la conférence qui se tiendra sauf surprise à Paris, sur de nouvelles bases, a-t-elle estimé.

La communauté internationale s’est engagée à conclure en 2015 un accord engageant cette fois tous les pays, dont la Chine et les Etats-Unis, les deux plus grands pollueurs, à réduire leurs émissions de GES. L’accord doit entrer en vigueur en 2020.

Ca va être un travail difficile, qui va nécessiter beaucoup de compromis, a prédit Alden Meyer, de l’ONG Union Of Concerned Scientists.

Et les questions à résoudre donnent le vertige: les pays émergents accepteront-ils le même niveau de contrainte que les pays du Nord ? L’Inde acceptera-t-elle d’être traitée comme la Chine ? Quelle dimension légale pour le traité ? Qu’est-ce qu’un accord équitable ? Quels seront les engagements des Etats-Unis qui viennent de faire le choix du gaz de schiste ?

On ne peut pas être dans le +brainstorming+ pendant encore trois ans!, a prévenu l’Ambassadeur Climat pour la France, Serge Lepeltier. Il ne faut surtout pas qu’on se retrouve dans la situation de Copenhague, ajoute-t-il, la grande conférence de 2009 qui s’était soldée par un quasi-échec.

Pour Alden Meyer, il ne faut pas que les chefs d’Etat viennent sauver les meubles à la dernière minute. Ils doivent s’engager en amont. Cette idée a d’ailleurs été lancée par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

D’ici 2015, le Groupe d’Experts de l’ONU sur le Climat (GIEC) aura rendu un nouveau rapport sur l’état des lieux du réchauffement. Une étape fondamentale pour réveiller la communauté internationale, estime M. Lepeltier.

(©AFP / 09 décembre 2012 09h08)

COMMENTAIRE:

(Le Souffle c’est ma Vie / Thierry LAMIREAU)

Les « Grands de ce monde » vont réussir à…

ELIMINER NOTRE ESPECE…

car IL EST TROP TARD !

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 9 décembre, 2012 |Pas de commentaires »

LES PLUS VIEUX ET LES PLUS GRANDS ARBRES DE LA PLANETE SE MEURENT

Les plus vieux et plus grands arbres de la planète

se meurent

LES PLUS VIEUX ET LES PLUS GRANDS ARBRES DE LA PLANETE SE MEURENT dans REFLEXIONS PERSONNELLES arbre_mathusalem_2

SYDNEY – Des scientifiques ont mis en garde vendredi 7 décembre 2012 contre la mortalité alarmante des arbres géants et très anciens, plus grands organismes vivants de la planète, qui abritent des variétés nombreuses d’oiseaux et une riche biodiversité.

Ces travaux, menés par des universitaires australiens et américains, ont été publiés dans la revue Science. Ils concluent que partout les vieux grands arbres sont menacés de disparition si aucune politique de préservation n’est mise en oeuvre.

C’est un problème mondial qui concerne presque tous les types de forêts, a indiqué David Lindenmayer de l’Université Nationale d’Australie, chef du programme.

A l’image des grands animaux comme les éléphants, les tigres ou les cétacés dont la population est en fort déclin, un faisceau d’indices nous montrent que ces arbres courent le même risque.

M. Lindenmayer a entrepris cette étude avec des collègues de l’Université James Cook en Australie et de l’Université de Washington aux Etats-Unis après avoir travaillé sur les forêts suédoises à partir de relevés remontant jusqu’aux années 1860.

Les chercheurs ont constaté une disparition inquiétante de grands arbres, vieux de 100 à 300 ans, sous toutes les latitudes en Europe, en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, en Amérique latine et en Australie.

Les sorbiers d’Australie, les pins des Etats-Unis, les séquoias de Californie ou les baobabs de Tanzanie constituent les principales espèces en danger.

Les feux de forêts ne sont pas les uniques responsables car le taux de mortalité est dix fois supérieur à la norme, même les années sans feux.

Ce phénomène est, selon les scientifiques, le résultat d’une combinaison de facteurs tels que le réchauffement climatique, l’abattage et le besoin en terres agricoles.

Nous sommes en train de parler de la disparition des plus grands organismes vivants de la planète, des plus grandes plantes à fleurs de la planète et d’organismes qui jouent un rôle déterminant dans la régulation et la richesse de notre monde. La tendance est vraiment très préoccupante, a déclaré Bill Laurance de l’Université James Cook.

Les grands arbres sont en effet le lieu de nidification et de vie de près de 30% des oiseaux et des animaux de notre écosystème.

Ils constituent aussi d’énormes puits de carbone, d’importantes réserves de substrats, ils permettent à une multitude d’organismes vivants de s’épanouir et influencent l’hydrologie.

(©AFP / 07 décembre 2012 09h57)

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 7 décembre, 2012 |Pas de commentaires »

COMMUNIQUE DE PRESSE D’ASSOCIATIONS: M.HOLLANDE, LE CLIMAT N’ATTEND PLUS ! A QUAND UNE VERITABLE POLITIQUE DE SOBRIETE ET D’EFFICACITE ENERGETIQUE ?

Agir pour l’environnement

 Aitec 

Attac France

 Bizi !

Confédération paysanne 

Les Amis de la Terre 

Solidaires

COMMUNIQUE DE PRESSE D'ASSOCIATIONS: M.HOLLANDE, LE CLIMAT N'ATTEND PLUS ! A QUAND UNE VERITABLE POLITIQUE DE SOBRIETE ET D'EFFICACITE ENERGETIQUE ? dans REFLEXIONS PERSONNELLES climat2

Communiqué de presse 29 novembre 2012

Conférence de DOHA sur le climat

M.Hollande, le climat n’attend plus !

A quand une véritable politique de sobriété et

d’efficacité énergétique ?

François Hollande avait annoncé lors de la Conférence Environnementale vouloir être exemplaire en matière de lutte contre le réchauffement climatique et a proposé que la France accueille la Conférence de l’ONU sur le Climat de 2015.

La Conférence de DOHA (Qatar, 26 nov-7 déc) vient de s’ouvrir, mais les actes sont très éloignés des discours.

Alors que l’Agence Internationale de l’Energie a déclaré dans son dernier rapport qu’il ne fallait pas consommer plus d’un tiers des réserves prouvées d’énergies fossiles d’ici à 2050 pour avoir une chance sur deux de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement global à la fin du siècle, le gouvernement français semble loin d’avoir pris la mesure des transformations nécessaires.

Malgré de nombreuses déclarations, François Hollande et son gouvernement laissent la porte ouverte à la possibilité d’exploration et d’exploitation des gaz et pétroles de schiste, ils s’entêtent à construire un nouvel aéroport international inutile et nocif, ils privilégient les projets de lignes à grande vitesse au détriment des lignes classiques, ils entendent poursuivre le développement de la filière nucléaire avec la construction de l’EPR, autant de verrous pour entamer une véritable transition énergétique.

La France et l’Union Européenne ne peuvent être considérés comme de bons élèves en matière climatique alors que leurs résultats et leurs engagements sont plus qu’insuffisants.

Les négociations internationales sur les dérèglements climatiques et les multiples politiques mises en œuvre depuis près de vingt ans n’ont pas enrayé l’augmentation des émissions des gaz à effets de serre et le réchauffement climatique global.

Au contraire, de nouveaux records sont battus quasiment chaque année. On ne compte plus les rapports annonçant des perspectives de réchauffement climatique au delà des 2°C. Les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient et s’intensifient. Mais nos gouvernements laissent inchangées des politiques climatiques fondées sur des mécanismes de marché qui ont fait preuve de leur inefficacité.

Là où les pays de l’Union Européenne devraient réduire leurs émissions de 30 à 40 % en 2020 par rapport à 1990, selon les préconisations du GIEC, la réduction des émissions européennes corrigées des émissions liées aux produits importés est d’à peine 4%.

Loin d’avoir incité les industriels à réduire leurs émissions et d’avoir permis la substitution d’énergies renouvelables aux énergies fossiles, le marché carbone européen est un échec patent. Surabondants, les droits d’émission délivrés gratuitement par les pays se négocient actuellement à seulement quelques euros.

Leur vente constitue bien souvent un effet d’aubaine pour un grand nombre d’industriels fortement dotés et un effet d’opportunité pour la finance carbone. Par ailleurs, les mécanismes de flexibilité et de compensation carbone permettent à ces mêmes industriels d’éviter de réduire leurs propres émissions en finançant des projets hautement contestables dans les pays du Sud.

La conférence de DOHA se situe dans la droite ligne de la séquence Copenhague-Durban qui a siphonné toute possibilité d’engagement contraignant en termes de réductions d’émissions, qui a considérablement affaibli le protocole de Kyoto sans fournir les financements additionnels attendus tout en discréditant le processus de négociations onusien.

La précédente conférence, à Durban (Afrique du Sud), avait abouti en effet à un accord sans engagement, condamnant la planète à une augmentation de la température globale de plus de 4°C. Les responsabilités sont désormais diluées à travers la négociation d’un nouveau mandat pour 2015 qui ne serait applicable qu’en 2020.

Dans un contexte de crises où les enjeux climatiques et plus largement écologiques sont relégués au second plan malgré l’urgence à agir, le gouvernement français doit clairement afficher ses choix : accompagner cette inertie des Etats et renoncer à ses engagements, ou faire siennes les alertes des scientifiques et les exigences et propositions portées par les mouvements sociaux.

Dans ce cas, il s’agit d’abandonner immédiatement les grands projets inutiles, de financer une politique de sobriété et d’efficacité énergétique à la hauteur des enjeux, d’accroître les ambitions de réductions d’émissions de l’UE, d’abandonner les dispositifs liés à la finance carbone pour introduire une taxation internationale sur l’énergie et un moratoire général sur toute nouvelle exploration d’énergies fossiles. Nous attendons de la France et de l’Union Européenne une politique exemplaire, seule capable de leur donner une légitimité pour accélérer les négociations internationales afin d’aboutir au plus vite à un accord international contraignant, juste et à la hauteur des enjeux.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 5 décembre, 2012 |Pas de commentaires »

« PRÊT A JETER », OBSOLESCENCE PROGRAMMEE (ARTE / Un film de Cosima DANNORITZER) + DOCUMENTAIRE DE FRANCE 3 SUR LE MÊME THEME

« Prêt à jeter »

(Obsolescence programmée)

-ARTE-

Un produit usé = un produit vendu ! Dans les années 1920, des industriels américains ont trouvé la formule magique pour soutenir la consommation : l’obsolescence programmée. Fini les bas en nylon qui résistent à tout et les ampoules qui durent cent ans, un bon produit est un produit jetable. Tourné aux quatre coins du monde, « Prêt à Jeter » est une enquête sur les bases de notre économie moderne – consommation, gaspillage et pollution.

Dans une société où la croissance est tirée par la consommation, les produits durables sont une catastrophe ! Et c’est une constatation qui ne date pas d’hier. Dès 1928, on pouvait lire dans une revue spécialisée, « un produit qui ne s’use pas est une tragédie pour les affaires ».

L’obsolescence programmée:

un gâchis organisé ? 

 (THIERRY LIBAERT / LIBERATION)

Si l’obsolescence programmée existe depuis plus d’un siècle, ce n’est que depuis moins de deux ans qu’elle est devenue un objet de débat public et d’interpellation politique.

Elle repose sur un principe de développement économique assez imparable : si les objets que nous utilisons possédaient une durée de vie infinie, l’absence de rotation freinerait fortement le développement industriel. C’est ainsi que la société Dupont qui fabriquait des bas qui ne filaient pas décida dans les années 40 de commercialiser des bas plus fragiles afin d’accélérer le rythme des ventes.

Trois types d’obsolescence programmée existent.

Il y a la conception de produits pour une durée de vie limitée. De nombreuses semelles de marques de chaussures de sport sont ainsi conçues pour une durée de vie inférieure à deux ans.

Il y a la conception technique, non du matériau, mais du système prévu pour accélérer, voire créer la défaillance. C’est le cas de l’imprimante qui s’arrête à la millième impression parce qu’un microprocesseur intégré au système en déclenche l’arrêt. De même, le condensateur de certaines télévisions pour lesquels un déplacement de quelques centimètres prolongerait la durée de vie de deux ou trois ans.

C’est enfin le cas d’appareils conçus pour empêcher toute réparation, à l’exemple de certains smartphones ou tablettes. Selon un rapport de l’ADEME (été 2012), seuls 44% des appareils électroniques sont réparés.

La lutte contre l’obsolescence programmée doit éviter amalgames et diabolisation du phénomène. Celui-ci est inhérent au développement économique. Par ailleurs, il serait inutile d’exiger des constructeurs de téléphones mobiles des produits qui durent dix ans alors que, malgré leur parfait état, nous en changeons tous les 18 mois.

Cette lutte doit s’attacher aux dérives les plus flagrantes. Menée sereinement, elle peut réunir les associations environnementales qui pointent le volume des déchets engendrés (en 2011, on estimait à 220 millions de tonnes le volume des déchets ménagers produits dans l’UE, soit un peu plus de 500 kilos par habitant – chiffres Eurostat, hors déchets industriels), les associations de consommateurs qui réclament une meilleure information sur la qualité et la longévité des produits, enfin les entreprises européennes qui trouvent là un moyen de récupérer une partie de la confiance perdue et surtout un élément pour prendre l’avantage sur les produits émanant d’entreprises majoritairement américaines ou asiatiques.

C’est aussi le moyen pour les pouvoirs publics de soutenir les filières de réparation potentiellement créatrices d’emplois et de faire acte de solidarité puisque les conséquences de l’obsolescence programmée s’exercent surtout sur les personnes à faibles revenus.

L’opportunité d’une ouverture du chantier est sur la table. En deux mois, l’ADEME, TERRA NOVA et le Ministère de la Consommation ont appelé à une régulation du sujet. Les entreprises doivent prendre les devants et participer à un débat permettant confiance, emploi et avantage concurrentiel.

Pour l’engager, la balle est dans les mains des pouvoirs publics.

Les pistes d’action sont simples et ne nécessitent pas d’investissement financier : empêcher les cas les plus flagrants, notamment lorsqu’un dispositif est introduit afin de réduire la durée de vie du produit, renforcer les garanties attachées au bon fonctionnement du produit et renforcer l’information du consommateur sur le modèle de l’étiquetage énergétique afin que celui-ci soit conscient des durées de vie estimatives des produits qu’il achète.

Nous célébrons en 2012, le 25e anniversaire du Développement Durableavec lequel l’obsolescence programmée est en contradiction totale. Est-ce l’occasion de mettre les actes en conformité avec les discours ?                                                                                      

« La mort programmée de nos appareils »

Enquête sur le géant Apple et sur de grandes marques d’électroménager, de téléphonie ou d’ordinateurs, qui font tout pour limiter la durée de vie de leurs produits pour que les consommateurs en achètent davantage.

Les techniques de l’«obsolescence programmée» sont variées et sophistiquées et leurs conséquences sont claires : surconsommation généralisée et au bout de la chaine, de gros dégâts environnementaux.
En 1985, un ordinateur fonctionnait au moins dix belles années. Aujourd’hui, c’est trois ans, au mieux, comme si la vitesse de péremption était la nécessaire contrepartie du progrès. Idem pour les lave-linge ou les chaînes hi-fi, dont l’espérance de vie semble inversement proportionnelle à celle de leurs utilisateurs. Pourquoi faut-il changer son téléviseur tous les trois ou cinq ans ?
Cette enquête explore le concept d’« obsolescence programmée » et pointe la responsabilité des fabricants. D’abord Samsung et ses télés éphémères (en cause, des composants bas de gamme qui chauffent trop vite). Puis Hewlett-Packard ou Apple. La plupart de ces entreprises concèdent que leurs appareils ne sont pas faits pour durer ad vitam aeternam, mais nient toute « planification » d’un délai d’utilisation. Une justification qui ne tient elle-même pas très longtemps face aux accusations égrenées dans ce film.
Aux Etats-Unis, des collectifs de consommateurs poursuivent des marques en justice, dénoncent un système commercial qui promeut sans cesse la fuite en avant — le remplacement par un produit neuf plutôt que la réparation des pièces défectueuses. Sans révéler de scoop (la plupart des exemples ont déjà été plus ou moins médiatisés), ce numéro de Cash investigation assure le droit de suite, fait le pied de grue devant le siège d’Apple pour obtenir des renseignements (sur l’impossibilité de changer soi-même la batterie des iPhone).                                                                                                       

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 29 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

ECOLOGIE, CONFLITS SOCIAUX ET ECONOMIQUES EN AMERIQUE LATINE (Renard SEXTON / Groupe URD / Libres Amériques)

ECOLOGIE, CONFLITS SOCIAUX ET

ÉCONOMIQUES EN AMÉRIQUE LATINE

ECOLOGIE, CONFLITS SOCIAUX ET ECONOMIQUES EN AMERIQUE LATINE (Renard SEXTON / Groupe URD / Libres Amériques) dans REFLEXIONS PERSONNELLES perouconflictos-sociales AGRO ALIMENTAIRE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Les conflits environnementaux sont un problème sérieux et souvent sous-estimé en Amérique Latine. Différents types de conflits environnementaux existent et leur impact sur les communautés locales est toujours négatif. Il est indispensable aujourd’hui que la communauté internationale de l’aide humanitaire et du développement comprenne la nature de ces conflits et voit le rôle qu’elle peut jouer pour y faire face.

Lorsque nous soulevons la question des conflits en Amérique Latine, la grande majorité des média, des décideurs politiques et de la communauté intellectuelle se concentre sur l’intensification de la lutte anti-drogue au Mexique, en Amérique Centrale, et dans une partie des pays andins (en particulier la Colombie, mais aussi l’Équateur, le Pérou et la Bolivie).

Les questions de drogue et de violence, très prégnantes, ont souvent dissimulé une tendance omniprésente et dangereuse à long-terme : la multiplication des conflits locaux socio-environnementaux, qui menace de saper les efforts de réduction de la pauvreté, de renforcer les divisions politiques et sociales, et finalement provoquer de profonds troubles sociaux dans la région. Au Pérou, emblème de la situation dans l’ensemble de la région, la direction gouvernementale chargée de médiation dénombrait 149 conflits actifs, dont 102 (68%) de nature environnementale [1].

Quatre principaux types de conflits liés aux ressources naturelles sont passés au premier plan ces dernières années en Amérique Latine, bien que ces questions ne soient pas nouvelles. La plupart sont le fruit de disputes sociales, politiques et économiques entre des groupes de population divisées par leurs orientations politiques ou par leurs origines ethniques, sociales et géographiques. Ces ressources environnementales et naturelles constituant à la fois un besoin pour les populations rurales et une source d’enrichissement pour les personnes ayant des relations d’influence, les querelles et conflits sont loin d’être inattendus.

Les gouvernements (locaux et nationaux), les communautés rurales et urbaines, le secteur privé et la société civile ont tous une part de responsabilité et un rôle à jouer pour évaluer, analyser et traiter la question dans la région. Cependant, les acteurs humanitaires et de développement, qu’ils soient locaux ou internationaux, sont aussi impliqués : à la fois en limitant l’escalade des conflits sociaux-environnementaux dans la région provoquée par le choix de programmes inadaptés, mais aussi en soutenant des actions visant la prévention de conflits et des efforts de transformation, en tant que partie indépendante bien informée et sensibilisée.

Les principaux conflits sociaux-environnementaux

en Amérique Latine

On observe quatre types de conflits autour de l’environnement et des ressources naturelles en Amérique Latine. Ces catégories ne s’excluent en aucun cas l’une de l’autre, puisque les origines de beaucoup de conflit sont souvent imbriquées. Cependant, pour une description globale des types de conflits que l’on observe sur le terrain, ces catégories sont assez représentatives.

Les conflits fonciers

Les conflits fonciers en Amérique Latine ont une origine ancienne et douloureuse, liée à la période coloniale, où les colons espagnols et leurs descendants consolidaient souvent de grandes et exclusives exploitations terriennes, au détriment des communautés indigènes à travers la région. Durant le 20ème siècle, des projets de réforme agraire ont tenté de résoudre ce problème profondément ancré, avec différents degrés de réussite.

Malheureusement, dans la plupart des cas, les programmes de réforme agraire visant à gérer ces problèmes structurels d’accès à la terre ont crée des conflits. En Équateur par exemple, il arrive souvent que plusieurs parties aient des revendications légitimes sur certains terrains, comme c’est le cas dans la forêt protégée de Golondrinas [2]. Un groupe, les propriétaires terriens, a des droits de propriété sur des terrains qui sont parfois utilisés, mais souvent non cultivés ou à usage non productifs.

Pendant ce temps, les campesinos, les paysans, ont profité des droits qui leur ont été octroyés sous la réforme agraire durant les années 60 et 80, pour s’installer sur des terrains ‘non productifs’ et se lancer dans l’agriculture ou dans l’élevage de bétail.

De même, beaucoup des zones concernées ont été décrétées zones protégées par le ministère de l’Environnement équatorien. Finalement, dans certains cas, les communautés indigènes ont des réclamations historiques sur des terres, qui parfois n’ont pas été résolues par l’État.

D’autres types de conflits fonciers touchent des zones urbaines, comme c’est le cas dans le nord de Bogotá en Colombie, concernant la création d’un parc naturel protégé dans une zone de forte valeur immobilière. Le conflit a vu ceux qui détiennent les clés du pouvoir (et qui manifestent leur opposition à la création du Parc Naturel) s’opposer aux écologistes, aux campesinos et aux intellectuels, qui pour leur part soutiennent le projet [3].

Les conflits liés à l’eau

Les plus importants conflits liés à l’eau dans la région ces dernières années ont pris une dimension internationale, les rivalités autour des ressources de rivières transfrontalières ayant presque mené à des affrontements armés.

En 2006, l’Uruguay a déployé ses troupes militaires afin de protéger une usine de pâtes et papiers qui était au cœur de quatre années de conflits avec l’Argentine quant à la gestion du fleuve Uruguay, limitrophe aux deux pays [4].

De même, la ligne de partage des eaux “ Siloli/Silala” entre le Chili et la Bolivie a longtemps été une zone de conflit, le dernier épisode datant de 1997, lorsque la Bolivie a annulé une concession datant de 1908 qui permettait à l’une des principales compagnies chiliennes d’extraction de cuivre d’utiliser de l’eau, alors que les revenus issus de l’exploitation du cuivre représentent environ un tiers du PIB chilien [5].

Les conflits locaux liés à l’eau représentent eux-aussi une grande préoccupation en Amérique Latine, en particulier lorsque cela concerne la propriété et l’accès, public ou privé. En 2000, les manifestations et les violences à Cochabamba en Bolivie pour l’accès à l’eau dans l’agglomération, auparavant non réglementé, ont amené le gouvernement bolivien à déclarer l’état d’urgence [6].

Les protestations, les troubles et violences ont duré presque un an et demi, provoquant de nombreux morts et des douzaines de blessés graves.

Les conflits des industries minières et extractives

Les plus grosses menaces de conflit proviennent du secteur des industries extractives, qui inclue l’exploitation minière, les petro-produits, et le bois destiné à la vente. Que ce soit artisanal ou industriel, d’importantes sommes d’argent sont en jeu dans les projets d’extraction, amenant corruption, violence, et divers impacts sociaux et environnementaux.

L’extraction des ressources naturelles a grandement contribué à la croissance économique en Amérique Latine durant la dernière décennie, et a constitué une part importante des recettes du gouvernement et de fortunes personnelles.

En Équateur et au Venezuela, parmi d’autres, la production de pétrole est la plus grosse source de revenus externes. De même, au Chili, en Bolivie et au Pérou, l’extraction représente la part de l’économie à la croissance la plus rapide, et la principale source de revenus privés et publics. Ainsi, les impacts des industries extractives – que ce soit en termes d’externalités sociales et environnementales, de faible distribution des bénéfices aux communautés locales et des richesses au niveau national – contribuent incontestablement à la prolongation des conflits.

Au Pérou, le développement de la mine de cuivre Majaz par un consortium d’entreprises internationales a été contesté par les communautés locales, qui, en 2005, ont organisé une manifestation sur le site, soldée par une violente répression policière, le passage à tabac et la torture de villageois durant 3 jours, et le décès de l’un d’entre eux [7].

L’exemple des méthodes de recherche artisanale de l’or dans la province d’Esmeraldas au Nord de l’Équateur caractérise bien les processus d’extraction traditionnels dans la région. Durant les dernières années, les prix de l’or ayant rapidement grimpés, des centaines de petits projets d’extraction ont démarré, utilisant des méthodes diverses, des machines légères et lourdes, des bombes à eau, des jets d’eau à haute pression et des bains de mercure.

Illégale par nature, en raison du manque de régulation et de permis, l’extraction et la recherche de l’or sont devenues liées aux trafics d’armes, d’êtres humains, d’argent et de drogue le long de la frontière avec la Colombie voisine [8]. L’armée équatorienne est intervenue en mai 2011, détruisant 63 des sites d’extraction, et établissant des postes et des aires de contrôle. Cette intervention a suscité une grande tension et des regains de violences périodiques, et seuls quelques rares efforts naissants de dialogue et de réponses.

Les conflits agro-alimentaires

Loin d’être négligeable, l’agriculture, industrielle et vivrière, est la dernière cause de conflits liés aux ressources naturelles en Amérique Latine. La plupart des conflits concernent la pêche, l’élevage de poissons et des produits d’exportation agricoles, comme les bananes et le café.

A la frontière limitrophe entre le Belize, le Guatemala et l’Honduras, les conflits liés à la pèche et aux ressources touristiques qui y sont associées se sont intensifiés ces dernières années : régulations conflictuelles, incursion de pêcheurs dans les eaux des pays voisins, et violations des quotas de pêche sont aussi à l’origine des problèmes de surpêche. Le manque d’informations et de communication, tout autant des pêcheurs que des autorités de chaque pays, n’ont fait qu’aggraver les confrontations, que ce soit au niveau local ou diplomatique.

Les troupes militaires et le personnel de la zone protégée guatémaltèque et bélizienne ont souvent été impliqués, provoquant de violentes confrontations [9]. De constantes négociations, accompagnées d’une sensibilisation sur le terrain, au niveau local, sont vraiment la clef pour prévenir ces conflits permanents et potentiellement violents.

En Colombie, la chute des cours du café durant les années 90 a provoqué une augmentation de la violence, essentiellement liée à des politiques intérieures dans les zones de culture [10]. Dans les trois principales zones productrices de café, Quindío, Risaralda et Caldas, des études ont montré que les baisses des prix du café mènent toujours à un regain de violence, que ce soit lié aux actions de la guérilla des FARC ou des groupes indépendants [11].

Une dépendance excessive aux revenus du café limite la capacité des élites locales à maintenir la paix, et ceux qui ont rempli ce vide économique et hiérarchique qui en résultait sont souvent des acteurs de violence liés à l’économie de drogue, des armes et de la mafia en général.

Notes :

[1] Le défenseur du peuple (Defensor del Pueblo), gouvernement du Pérou (décembre 2011). Rapport des conflits sociaux No. 94.

[2] Sexton, Renard (29 novembre 2010). Transformación de Conflictos Socioambientales en el Bosque Protector ‘Golondrinas’, Fondation pour le Futur Latino-américain. Extrait le 9 février 2012. En espagnol, cliquer ici !

[3] Calderon, G.A., (octobre 2011). Proceso de declaratoria de la Reserva Forestal Regional del Norte de Bogotá. UNAC, presenté lors du 5 ème forum regional, Fondation pour le Futur Latino-américain (FFLA).

[4] Avila, P. (1 décembre 2006). Uruguay to Have Troops Guard Disputed Pulp Mill, Reuters. Extrait le 2 février 2012. En anglais, cliquez ici !

[5] Mulligan, B.M. (décembre 2010). The Silala/Siloli watershed in Bolivia/Chile : Lessons from the most vulnerable basin in South America, SARM2010 conférence internationale : “Transboundary Aquifers : Challenges and new directions”. Extrait le 9 février 2012. En espagnol, cliquez ici !

[6] Reynolds, J. (21 juillet 2000). Multinational Company Thwarted By Local Bolivian Community, BBC News, World Business Archive. Extrait le 8 février 2012. En anglais,cliquer ici !

[7] Cobain, Ian. (18 octobre 2009). British mining company faces damages claim after allegations of torture in Peru, The Guardian. Extrait le 8 février 2012. En anglais,cliquez ici !

[8] Monsalve, E. R. (octobre 2011). Impactos generados por la minería de oro ilegal en el norte de la provincia de Esmeraldas, CID PUCESE, presenté lors du 5ème forum régional, Fondation pour le Futur Latino-américain (FFLA).

[9] Perez, Arlenie. (2009). Fisheries management at the tri-national border between Belize, Guatemala and Honduras, Marine Policy, No. 33 p. 195-200. Extrait le 8 février 2012. En anglais, cliquez ici !

[10] Dube, O. and Vargas, J.F. (2007). “Are all Resources Cursed ? Coffee, Oil, and Armed Conflict in Colombia.” Working Paper 2007-1, Weatherhead Center for International Affairs, Harvard University.

[11] Rettberg, Angelika. (2010). Violence in the Colombian Coffee Region after the Breakdown of the International Coffee Agreement. Latin American Perspectives, Issue 171, Vol. 37 No. 2, pages 111-132.

Renard SEXTON

Groupe URD

________________________

Source : article du Groupe URD

Publié sur le blog Libres Amériques le 15 novembre 2012

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 28 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

LA PLANETE TERRE…L’HOMME EST ARRIVE LE DERNIER…IL EN PARTIRA LE PREMIER (BBC 2006 / Thierry LAMIREAU)

La planète terre

LA PLANETE TERRE...L'HOMME EST ARRIVE LE DERNIER...IL EN PARTIRA LE PREMIER (BBC 2006 / Thierry LAMIREAU) dans REFLEXIONS PERSONNELLES terre

Série produite en 2006 par la BBC / Unité Histoire Naturelle

Image de prévisualisation YouTube

« L’HOMME EST ARRIVE LE DERNIER…

IL EN PARTIRA LE PREMIER… »

(Thierry LAMIREAU)

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 novembre, 2012 |1 Commentaire »

SOUVERAINETE ALIMENTAIRE: DES MAISONS DE SEMENCES PAYSANNES POUR SE LIBERER DE L’AGROBUSINESS ( Sophie CHAPELLE / bastamag.net)

SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

Des maisons de semences paysannes pour se

libérer de l’agrobusiness

SOUVERAINETE ALIMENTAIRE: DES MAISONS DE SEMENCES PAYSANNES POUR SE LIBERER DE L'AGROBUSINESS ( Sophie CHAPELLE / bastamag.net) dans REFLEXIONS PERSONNELLES ogm2(Sophie CHAPELLE) bastamag.net

C’est un mouvement mondial : du Brésil à la Grèce, en passant

par le Périgord, des maisons et des banques coopératives de

semences se multiplient. L’objectif : libérer les agriculteurs des

droits de propriété imposés par l’industrie semencière, ne

dépendre ni des OGM ni des pesticides, et cultiver la

biodiversité. Plus de 300 paysans de quinze pays sont venus

témoigner en France de leurs expériences collectives en faveur

de la souveraineté alimentaire.

arton2750-5ecbd AGRICULTURE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

« Il faut nous organiser pour récupérer toutes les semences qui sont dans les banques de gènes et remettre ce trésor entre des mains sures, celles des paysans ». Au milieu d’une centaine de variétés de maïs, en plein cœur de la Dordogne, Bertrand Lassaigne raconte l’histoire de la première maison de semences paysannes en France. Installé depuis 20 ans près de Périgueux, Bertrand cultive principalement des céréales et des protéagineux – maïs, céréales à paille, soja, lentilles… Peu à peu, il développe son autonomie en semences et parvient en moins de dix ans à autoproduire la quasi-totalité de ses cultures, sauf en maïs où il continue chaque année d’acheter de la semence non reproductible qualifiée d’hybrides.

En 1999, une rumeur circule parmi les producteurs de maïs : des semences polluées par des OGM auraient été vendues. Bertrand Lassaigne, un des rares agriculteurs à produire du maïs bio, pressent la nécessité de trouver une alternative aux semences industrielles proposées par les semenciers. C’est le début d’un long chemin pour se réapproprier des savoirs-faire perdus. Pour éviter les OGM, il part chercher des semences au Guatemala. Et ramène onze variétés de maïs qu’il sème à son retour. Mais le résultat est décevant : les variétés collectées ne sont pas du tout adaptées au climat.

S’affranchir de l’industrie semencière

Le début du projet est laborieux. La difficulté de trouver de nouvelles variétés s’ajoute à un contexte réglementaire menaçant, qui ne permet ni la vente ni les échanges de semences [1]. Le travail de Bertrand se déroule dans une quasi-clandestinité ! Ce qui limite de facto la communication autour du projet. Mais le bouche-à-oreille fonctionne : plusieurs agriculteurs mettent à disposition « la variété de leurs aïeux ». Bertrand réalise lui-même les premiers croisements, donnant naissance à de nouvelles variétés. Au sein d’AgroBio Périgord, l’association de développement de l’agriculture biologique, Bertrand s’associe à d’autres agriculteurs et jardiniers pour créer la Maison des Semences Paysannes.

Onze ans plus tard, les résultats sont là. Leur maison de semences [2] compte plus d’une centaine de variétés de maïs adaptées aux conditions de l’agriculture biologique. Souvent plus riches en protéines, les variétés sélectionnées sont moins exigeantes en eau et plus résistantes aux maladies que les semences industrielles. Surtout, elles peuvent être replantées d’année en année, contrairement aux semences industrielles dont les droits de propriétés contraignent l’agriculteur à racheter ses semences l’année suivante.

Reportage en images sur la plateforme de maïs, près de Périgueux :

Une idée importée du Brésil

Pour Bertrand Lassaigne, cette plateforme d’expérimentation de variétés de maïs n’aurait pas connu un tel développement sans un voyage d’échange au Brésil en 2004. Il en ramène des techniques, mais aussi un concept, celui des « maisons de semences ». Au Brésil, le terme « maison » est à prendre au sens propre : les semences sont gardées chez l’un des membres du groupe. Pour Bertrand, la maison de semences est davantage un concept. Les variétés sont cultivées, sélectionnées et multipliées dans les champs des agriculteurs.

Comment tout cela marche ? L’agriculteur emprunte un lot de semences à la période des semis et s’engage à retourner à la maison de semences d’Agrobio Périgord un volume supérieur de semences après récolte, ainsi que des notations de suivi de culture. Un lieu de stockage de semences existe à proximité de la plateforme d’expérimentation. Mais pour Bertrand, ce qui fait la richesse de cette « maison », c’est le réseau d’agriculteurs qui la fait vivre : 300 agriculteurs du grand Ouest de la France.

Un kit de semences pour la biodiversité

« Le fondement de la biodiversité, c’est l’échange », confirme Ivan José Canci, un agriculteur brésilien venu tout spécialement en Dordogne pour les Rencontres Internationales des Maisons de Semences, qui se sont déroulées en septembre 2012[3]. Ivan José est impliqué dans un travail sur les variétés locales – un « Kit diversité » – dans l’État de Santa Catarina, au sud du Brésil. L’enjeu est de rendre autonomes les communautés rurales en production de semences. Le kit comprend dix variétés de riz, quatre de maïs, deux de pop corn, deux de pommes de terres, une de pastèque. Chaque famille est en charge de la production d’une variété « créole » [4] pour le reste de la communauté. Plus de 650 familles sont aujourd’hui impliquées. « Développer nos variétés créoles est une façon de lutter contre le modèle agrochimique », assure Ivan José.

A ses côtés, Maria Giselda, venue de l’État de Paraíba, à l’Est du Brésil. Aux yeux de cette agricultrice, les OGM constituent une réelle menace pour l’autonomie. C’est la raison pour laquelle elle est investie dans une des 230 banques communautaires de semences que compte l’État de Paraíba. « Chaque agriculteur est le gardien de sa propre banque et doit faire en sorte qu’elle ne soit pas contaminée par les OGM », explique-t-elle. Chacune de ces banques est autogérée par 10 à 20 familles. Les agriculteurs déposent un premier « capital » de semences, pour pouvoir lancer l’activité de la banque. Les familles qui en ont besoin en empruntent puis alimentent à leur tour la banque après la récolte. « C’est en créant ces banques communautaires de semences que le gouvernement Lula a fini par nous soutenir », confie Maria. Elle est convaincue que sans la pression de la société civile, les politiques publiques de soutien à l’agriculture paysanne n’auraient pas vu le jour au Brésil.

Gardiennes de semences en Inde

« Tant que la nourriture n’est pas produite au niveau communautaire, un pays ne peut pas être en situation de sécurité alimentaire ». C’est le constat dressé par Laxmi, une paysanne du village d’Humnapur sur le plateau du Deccan, au Sud de l’Inde. Propriétaire d’un hectare, elle a toujours conservé ses semences pour les cultures de l’année suivante. « J’ai constaté que les semences hybrides données par le gouvernement détruisaient la santé des sols et de l’environnement. Il y a dix ans, nous nous sommes réunies avec les femmes du village et nous avons décidé d’abandonner les hybrides sur nos parcelles et de récupérer les semences développées au fil des générations. » Ensemble, elles deviennent les gardiennes de semences qu’elles récoltent dans les champs et qu’elles conservent, prêtent, empruntent et échangent.

arton2750-d787b BIO

Aujourd’hui, plus de 5 000 femmes, issues de 75 villages de la région, gèrent 55 banques de semences communautaires avec le soutien de l’ONG Deccan Development Society. 85 variétés sont cultivées sur un millier d’hectares, sans recours aux pesticides chimiques. « Nous ne sommes plus victimes des créanciers, ni des grands agriculteurs auprès desquels il fallait quémander nos semences, se réjouit Laxmi. Désormais, ce sont nos connaissances qui nous nourrissent ». Ces gardiennes de « semences d’espoir » voient l’avenir avec confiance. Bien que le Deccan soit une région semi-aride exposée à de graves sécheresses, elles ont développé des semences adaptées à une grande variété de conditions climatiques. « Nous sommes heureuses de partager nos semences, mais si des entreprises de l’agrobusiness viennent revendiquer un droit de propriété, nous nous battrons contre elles », promet Laxmi.

Faire de l’Afrique une terre nourricière

C’est justement pour faire face à l’invasion des OGM et à des réglementations menaçant les semences paysannes que plusieurs associations et syndicats ont décidé de mettre en place le Comité Ouest-Africain des Semences Paysannes (COASP), en novembre 2011. Pour son coordinateur au Togo, Jacques Nametougli, il n’y a aucun doute, « les paysans sont en train de s’organiser pour assurer la souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest comme ailleurs ». Jacques est originaire de Cinkassé, une ville frontière avec le Burkina Faso et le Sahel. Là-bas, la monoculture de coton et la rudesse du climat ont poussé les jeunes à l’exode rural. En 1999, Jacques décide de quitter son poste de responsable de formation dans un Centre de développement rural pour s’installer sur des terres en location. « C’était un terrain où rien ne poussait, mais je voulais montrer que nous pouvions en faire une terre nourricière », témoigne-t-il.

Les premiers résultats sont décourageants. Mais Jacques développe aujourd’hui du maraîchage et accueille des jeunes pour leur montrer qu’une agriculture vivrière peut permettre une vie décente en milieu rural. En une décennie, plus de 600 personnes se forment et s’installent dans le village de Cinkassé. Jacques ne veut pas en rester là. Il veut aussi agir contre les produits chimiques qui ruinent économiquement les agriculteurs. Il se rend dans plus de 50 villages pour les sensibiliser sur l’autonomie et impulse la création en 2010 de l’Union des Groupements Agro-Ecologistes pour le Maintien du Patrimoine Local (UGAMPL). Ses membres recherchent, collectent, conservent et valorisent les variétés locales de céréales. Peu à peu, la dynamique s’oriente aussi vers la production de semences maraîchères, comme le gombo ou l’oignon violet de Galmi. Après avoirs recensé plus de 150 variétés dans la région, Jacques projette la création d’une maison de semences dans laquelle les intrants chimiques seront bannis.

Un mouvement mondial

Ce fort mouvement de retour aux semences paysannes, Antonis Breskas le constate aussi en Grèce. Membre de l’association Peliti, il participe avec 220 autres « conservateurs de variétés » à la distribution gratuite de semences dans tout le pays. Malgré le manque de moyens financiers, Antonis s’emploie à répondre aux demandes qui se multiplient avec la crise économique. La solidarité, la réciprocité et les dons sont au cœur de la démarche de cette association, qui n’attend en retour aucune rétribution financière. Avec une collection riche de plus de 2 000 variétés, Antonis a entamé l’an dernier avec les autres paysans la construction d’une maison de semences, qui abritera également les bureaux de l’association.

Cette dynamique collective d’échange et de production de semences ou de plants s’étend à d’autres pays, comme l’Iran (lire notre entretien), l’Autriche, la Hongrie ou la Roumanie. Des délégations de quinze pays sont venues témoigner de leurs expériences à Périgueux en septembre, pour ne pas laisser la souveraineté alimentaire entre les mains des sociétés commerciales. « L’idée, c’est d’occuper le territoire, résume Bertrand Lassaigne, le paysan de Dordogne.Plus il y aura d’agriculteurs qui sèmeront leurs propres semences, plus il y aura de surfaces semées nécessitant peu d’eau et de produits phytosanitaires, plus les semences paysannes pourront sortir de la clandestinité ».

Reste la question de la diffusion des savoirs-faire, balayés par la « révolution verte ». 99 % des agriculteurs français ne sauraient plus produire leurs semences, selon l’association Agrobio Périgord. Sur sa plateforme d’expérimentation, Bertrand Lassaigne et son équipe assurent être prêts à aider les agriculteurs à cette réappropriation des savoirs et à la création de nouvelles maisons de semences paysannes. Trois autres maisons de semences sont en train d’être créées : en Bretagne, en Pays de Loire et en Rhône-Alpes.

Sophie CHAPELLE

Crédit photo : Bio d’Aquitaine

Notes:

[1] Lire à ce sujet : Les semences et les plantes, propriété exclusive de l’agro-industrie ?

[2] Le programme « L’Aquitaine cultive la biodiversité ».

[3] Les Rencontres Internationales Maisons des Semences Paysannes se sont déroulées du 27 au 29 septembre 2012 à Boulazac (Dordogne) à l’initiative du Réseau Semences Paysannes, de Bio d’Aquitaine et de l’association BEDE.

[4] Après de longues années de luttes et de mobilisation pour la reconnaissance des semences paysannes, la loi n°10.711 parue en 2003 au Brésil reconnaît l’existence des « variétés créoles », comme étant « des variétés développées, adaptées ou produites par des agriculteurs familiaux », et « qui ne sont pas substantiellement identiques aux variétés commerciales ».

 

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

MONSANTO DEPENSE DES MILLIONS DE DOLLARS POUR EMPÊCHER L’ETIQUETAGE DES OGM (Sophie CHAPELLE / bastamag.net)

MONSANTO dépense des millions de dollars

pour empêcher l’étiquetage des OGM

MONSANTO DEPENSE DES MILLIONS DE DOLLARS POUR EMPÊCHER L'ETIQUETAGE DES OGM (Sophie CHAPELLE / bastamag.net) dans REFLEXIONS PERSONNELLES illustration_proposition_37-6c4bc

(Sophie CHAPELLE

(5 NOVEMBRE 2012)

bastamag.net

C’est à coup de dizaines de millions de dollars que les compagnies agrochimiques, MONSANTO en tête, tentent de faire barrage à une proposition de loi visant à imposer l’étiquetage obligatoire des produits contenant des OGM en Californie. Malgré des moyens financiers six fois moins élevés, les organisations citoyennes qui défendent cet étiquetage continuent de mobiliser au nom du « droit de savoir ».

arton2759-a7d2b ALIMENTATION dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Le 6 novembre 2012, les électeurs américains n’éliront pas seulement leur président mais devront également se prononcer sur une série de référendums. En Californie, l’un des plus disputés et commentés est le référendum sur la Proposition 37 [1], qui vise à imposer un étiquetage obligatoire des produits destinés à l’alimentation humaine contenant des OGM. Pour le mouvement Right to Know (« le droit de savoir ») à l’initiative de cette proposition, le but de cette mesure est de « faire respecter le droit fondamental du peuple de Californie à être pleinement informés si les aliments qu’ils achètent et qu’ils consomment sont génétiquement modifiés ». Cette proposition de loi fait suite au recueil de plus d’un million de signatures dans le cadre de la pétition Just Label It (« il suffit de l’étiqueter ») au printemps 2011.

Si la Proposition 37 est adoptée, la Californie – qui produit près de la moitié des fruits et légumes aux États-Unis – deviendrait le premier État à exiger l’étiquetage des aliments génétiquement modifiés. Contrairement à l’Europe où l’étiquetage est obligatoire à partir de 0,9 % d’ingrédients d’origine transgénique dans un produit [2], aucune règle n’a jusque-là été imposée aux États-Unis. Selon le Bureau d’Analyse de la Législation Californienne, 88 % du maïs et 94 % du soja américains étaient issus de semences génétiquement modifiées en 2011. 40 à 70 % des produits alimentaires vendus dans les épiceries de la Californie contiendraient des ingrédients génétiquement modifiés.

44 millions de dollars pour le « non »

La perspective d’un étiquetage n’est donc pas du goût des géants de l’agrochimie et de l’agroalimentaire. Ils tentent de faire barrage au texte à coups de millions de dollars. Les six plus grandes compagnies mondiales de pesticides sont les plus grosses contributrices des opposants à la Proposition 37 [3]. MONSANTO, BASF, BAYER, DOW CHEMICAL, DUPONT et SYNGENTA ont dépensé plus de 21 millions de dollars depuis août 2012 en campagnes publicitaires et en mailing.

MONSANTO a notamment dépensé huit millions de dollars en neuf versements.« On ne peut s’empêcher de mettre ces sommes en rapport avec l’argument que ces mêmes entreprises ne pourraient supporter les coûts des recherches plus poussées sur l’innocuité de leurs produits », relève Christophe Noisette de l’association Inf’Ogm. Par comparaison, l’étude récente de l’équipe du chercheur Séralini sur la toxicité du maïs génétiquement modifié NK603 a coûté 3,2 millions d’euros (lire nos précédents articles). D’autres entreprises, liées à l’agro-alimentaire, ont aussi versé des sommes importantes, comme COCA COLA, PEPSI CO, NESTLE, KRAFTFOOD, MARS, UNILEVER ou MC CAIN.

illustration_proposition_37-6c4bc ENVIRONNEMENT

Etiqueter les produits bio oui, mais les produits OGM non

MONSANTO affirme sur son blog que la Proposition 37 cherche à stigmatiser la production moderne d’aliments. « Nous respectons le choix de certaines personnes d’éviter les OGM, mais c’est une erreur de tromper et d’effrayer les gens quant à la sécurité de leurs choix alimentaires », explique le fabricant du pesticide Roundup et de semences transgéniques, notamment de soja et de maïs. Pour MONSANTO, le fait que des centaines de produits certifiés biologiques ou sans OGM soient disponibles sur le marché est suffisant pour éviter le risque de confusion chez le consommateur.

La multinationale américaine soutient ouvertement la coalition « No on 37 » qui fustige le coût de la mesure. Le contrôle administratif de sa mise en œuvre atteindrait 1 million de dollars par an, tandis que les répercussions sur le prix des aliments coûterait 400 dollars par an aux consommateurs, selon les opposants au texte. Ces derniers s’étonnent aussi que de nombreux aliments aient été exclus de l’obligation d’étiquetage, notamment la viande et les produits laitiers, même si l’animal a été nourri avec des OGM. Ils craignent également une avalanche de procès à l’encontre des agriculteurs, industriels et magasins, la Proposition 37 donnant aux consommateurs un droit de poursuite sur l’étiquetage.

Pouvoir de l’argent contre mobilisation citoyenne

Selon les chiffres officiels, les défenseurs du texte avaient levé, fin octobre 2012, 7 millions de dollars, dont 3,8 millions versés par les fabricants de produits bio. Soit six fois moins que leurs détracteurs, qui ont bénéficié de 44 millions de dollars. Les effets sur les sondages ont été immédiats. Fin septembre 2012, les partisans du oui était largement majoritaires (61 % en faveur du texte, 25 % contre) mais fin octobre, la proposition n’avait plus que 44 % de défenseurs contre 42 % d’opposants, selon un sondage du Los Angeles Time. Depuis une dizaine d’années, une douzaine de propositions de loi similaires ont été rejetées dans différents États comme dans l’Oregon en 2002 ou le Connecticut en avril 2012. Le Vermont avait finalement renoncé à déposer une proposition d’étiquetage sur les produits contenant des OGM, après que la compagnie MONSANTO ait menacé de poursuivre l’Etat en justice.

L’argent n’a pas toujours le dernier mot, comme le montre l’exemple du référendum sur la Proposition 23, fin 2010. Cette proposition de loi, à l’initiative des entreprises les plus polluantes du pays, était destinée à abolir la loi de 2006 [4] sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’État de Californie. La mobilisation de la société civile fut massive et permit le rejet de cette proposition par les Californiens. Pour la coalition « Yes on 37 », la bataille pour l’étiquetage des OGM constitue déjà une victoire médiatique, quelle que soit l’issue du référendum. Les partisans de cette proposition ont même utilisé l’étude de l’équipe du Professeur Séralini dans leur clip de campagne.

clip_campagne_mentionnant_etude_Seralini-226ac MONSANTO

Les OGM, invités surprise des élections ?

S’il est difficile de connaître l’impact de cette campagne sur l’élection présidentielle, il est certain que Barack Obama a déçu les opposants aux OGM. Durant son mandat, le président américain a autorisé les luzernes génétiquement modifiées, et a nommé un ancien vice-président de MONSANTO, Michael Taylor, à l’Agence Américaine de l’Alimentation et des Médicaments (FDA) en 2009. Mitt Romney ne devrait pas pour autant réussir à attirer les déçus d’Obama. Dans un article intitulé « Mitt Romney, MONSANTO Man », le journal The Nation relate les liens étroits entre la compagnie MONSANTO et le candidat républicain.

Le vainqueur de l’élection devra néanmoins suivre avec attention les résultats de la Proposition 37. Si le oui l’emporte le 6 novembre 2012, elle sera mise en application dans les 18 mois et aura un impact considérable sur une vaste partie du marché alimentaire américain. Selon une étude d’opinion, près de 50 % des américains déclarent [5] qu’ils n’achèteront pas les produits étiquetés OGM.

Sophie CHAPELLE

Photo : Source

Notes:

[1Lire ici (en anglais).

[2] La mention « sans OGM » pourra désormais être accolée sur les produits qui en contiennent moins de 0,1%. Lire à ce sujet : Peut-on encore manger sans OGM ?

[3] Selon les registres de la campagne disponibles publiquement.

[4] La loi Global Warming Solutions Act, aujourd’hui maintenue, impose à la Californie une réduction de 25% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 et ce afin de revenir au niveau de 1990.

[5] Public Perceptions Of Genetically Modified Foods : A National Study Of American Knowledge And Opinion – William K. Hallman – 2003 : lire l’étude en cliquant ici

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 5 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

NOTRE DAME DES LANDES: LETTRE OUVERTE A F.HOLLANDE (Patrick WARIN / ENA PROMOTION VOLTAIRE)

Lettre ouverte à François Hollande

 
 (Patrick WARIN) ENA Promotion Voltaire 

vendredi 2 novembre 2012 – 11h28

NOTRE DAME DES LANDES: LETTRE OUVERTE A F.HOLLANDE (Patrick WARIN / ENA PROMOTION VOLTAIRE) dans REFLEXIONS PERSONNELLES hollandoff22
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Lettre ouverte à Monsieur François Hollande, Président de la République, de la part de Patrick WARIN, ancien élève de l’ENA, Promotion Voltaire, ancien Directeur à la Caisse des Dépôts et Consignations, Professeur associé aux Universités, membre de Démocratie 2012.

Monsieur le Président, mon cher camarade, cher François, J’ai décidé de vous adresser cette lettre, écrite ce matin du 30 octobre 2012, alors qu’une nouvelle opération de police de grande envergure se déroule à quelques dizaines de kilomètres d’Angers mon lieu de résidence, ville et région qui vous sont également familières. Sur le territoire prévu pour accueillir le futur aéroport de Nantes/Grand Ouest, des hommes et des femmes qui, pour l’écrasante majorité d’entre eux ont voté pour vous, doivent se confronter une nouvelle fois à un déploiement de forces de police dépêchées par un gouvernement de gauche, dirigé par l’ancien maire de Nantes.

Alors que depuis des années ces femmes et ces hommes, tous non violents, tous soutenus par une solidarité locale, régionale et nationale demandent simplement à être entendus au-delà des procédures légales et formelles dont ils estiment à juste titre qu’elles ont été menées de manière tronquées, et trompeuses, la seule réponse que votre gouvernement leur apporte est celle de l’emploi de la force.

Cette attitude, Monsieur le Président, cher camarade est inacceptable. Parmi bien d’autres je me suis engagé pour assurer votre élection, puis vous garantir une majorité solide. Dans notre circonscription du Maine et Loire tenue par la droite depuis plusieurs dizaines d’années nous avons failli à 86 voix près envoyer l’ancien ministre Marc Laffineur à une retraite bienvenue.

Nous sommes fiers d’avoir mené ce combat et de nous retrouver dans cet Ouest déjà largement conquis par la gauche en terre de futures conquêtes en compagnie de nos alliés écologistes.

Cher François, la manière dont le pouvoir que vous incarnez gère le projet Notre Dame des Landes va totalement bouleverser ces positions politiques chèrement acquises car vous n’imaginez pas l’immense potentiel de sympathie, de soutien militant, de soutiens politiques à la base dont bénéficient ces personnes en lutte, alors que la technostructure du Parti socialiste et des grands élus régionaux est en train de s’isoler.

Monsieur le Président je vous l’affirme avec la conviction d’un sympathisant socialiste de longue date, de tradition enracinée auprès de mes proches, mon père Jacques Warin, qui collabora avec Pierre Mauroy au moment de l’alternance en 1981, vous êtes face à un nouveau Larzac !

Déjà au moment de votre élection je vous avais alerté discrètement, par l’intermédiaire de nos amis communs de Démocratie 2012, dont Pierre René Lemas pour éviter qu’en pleine campagne la situation ne provoque des conséquences électorales néfastes.

Il me semblait avoir, avec bien d’autres qui avaient intercédé, été entendu. Aujourd’hui il est temps que vous ne vous contentiez plus de répondre aux lettres qui vous sont adressées à ce sujet par des formules standards qui renvoient à votre ministre Monsieur Cuvillier le soin de traiter le dossier. Outre que cette attitude peu respectueuse de l’écoute citoyenne ne vous ressemble pas, vous êtes face à une situation qui exige une attitude d’homme d’Etat.

La révision du Schéma national des infrastructures de transport, l’emploi parcimonieux de la dépense publique, le souci de la transition écologique, l’application loyale de la Loi sur l’Eau, dans sa dimension universelle et a fortiori européenne, sont autant de motifs pour rouvrir le dialogue et éviter que votre quinquennat ne soit entaché par un abcès de fixation politiquement désastreux.

Cela vous fait courir, compte tenu de la manière utilisée aujourd’hui, des risques sérieux de dérapages, de provocations dont vous porterez seul la responsabilité face à des personnes dont la conviction s’exprime de manière pacifique, non violente, respectueuse de la loi républicaine dès lors que celle-ci s’exerce elle aussi dans le respect du dialogue citoyen.

Monsieur le Président, cher camarade, j’ai eu le privilège de vivre un parcours professionnel dont tous ceux qui furent mes supérieurs, collaborateurs, collègues, partenaires s’accordent à dire qu’il fut toujours ouvert à l’innovation, à l’adaptation au monde changeant, à la recherche de nouveaux paradigmes et à la réalité de la concurrence globalisée. Je continue en tant qu’enseignant universitaire à stimuler la créativité de mes étudiants, dans le monde entier, tout en leur transmettant mon expérience de dirigeant du service public puis d’homme d’entreprise.

Je ne suis pas un nostalgique, ni un tenant de la décroissance, ni un « illuminé anti progrès ». Ces traits de caractère sont partagés par les personnes que je côtoie lors des réunions d’information sur le projet Notre Dame des Landes. En vérité, c’est nous qui incarnons la modernité et l’ouverture au 21ème siècle.

En effet, qui peut croire que les opérateurs aériens vont implanter dans le Grand Ouest des infrastructures aéroportuaires renforcées et surdimensionnées, au moment où nous atteignons le pic de l’énergie fossile, et alors que leur modèle économique est de ramener les passagers vers quelques hubs majeurs soit par des avions qui rallient Nantes à Orly, ou Charles De Gaulle, ou Francfort ou Londres, ou Amsterdam ou Madrid…. ?A partir de ces plateformes le modèle est alors de procéder au remplissage maximum de très gros porteurs économes en carburant. Sauf à souffrir d’une mégalomanie ridicule, qui peut croire qu’un Grand Ouest aujourd’hui déjà bien relié par TGV aux plates formes parisiennes en cours de modernisation a besoin d’un équipement nouveau, coûteux, détruisant plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, déracinant aux propre et au figuré paysages et hommes attachés à leur territoire ?

Nantes a déjà 2 aéroports qui figurent dans les codes internationaux de l’IATA, Nantes Atlantique qui croît sans que cela permette de justifier le transfert coûteux et…. la gare SNCF de Nantes qui est utilisée dans la tarification aérienne pour acheminer les passagers vers les plateformes parisiennes et retour.

Nantes Atlantique va devoir de toute façon être conservé pour les besoins logistiques de la fabrication d’Airbus sur l’usine nantaise, et la gare de Nantes me parait être une bonne solution pour les voyageurs de notre région pour leur transfert vers les hubs parisiens. Posons donc la question à Air France sur sa vision du transport aérien au 21 ème siècle et remettons nous autour d’une table pour réexaminer les prévisions de trafic utilisées pour justifier le transfert ! Monsieur le Président, cher camarade, vous qui êtes aujourd’hui soucieux que vos hautes fonctions et votre agenda ne vous coupent pas de la réalité que vivent nos concitoyens, vous, qui vous entourez des avis et opinions issus de la société civile, comme en témoigne la mission confiée à votre proche Bernard Poignant (qu’en dit on à Quimper ?), je vous conjure d’écouter ce qui se vit dans notre région auprès de personnes qui vous soutiennent , qui partagent vos valeurs, qui se mobiliseront autant qu’il le faudra et aussi longtemps qu’il le faudra pour que leurs argument soient écoutés une fois que les gaz lacrymogènes de ce matin se seront dissipés.

Cher François, le Larzac a rencontré son homme d’Etat, le magnifique film qui a retracé cette lutte rend hommage à des Français ordinaires, femmes et hommes de conviction mais aussi à l’homme d’Etat qui les a entendus. Ceux de Notre Dame des Landes et ceux du Larzac sont de la même trempe de Français, nous serons des millions à les soutenir pour qu’on les écoute. Monsieur le Président, cher François Hollande, nous attendons de vous que vous soyez à notre rendez vous citoyen comme l’a été François Mitterrand. Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux et de mon cordial souvenir,

Patrick WARIN ENA Promotion Voltaire

Copie : Monsieur Jean-Marc Ayrault, Monsieur Pierre-René Lemas, Monsieur Michel Sapin, Monsieur Jean Pierre Jouyet, Monsieur Bernard Poignant, Monsieur le Préfet de la Région Pays de la Loire. Copies adressées par courrier électronique : élus de la région Pays de la Loire, divers collectifs au sein d’ACIPA. Cette lettre, étant une lettre ouverte, a vocation à être diffusée par toute personne qui la recevra et à être le plus largement communiquée. Je serai présent à Soulvache (Loire Atlantique) au Manoir de la Grée lors de la journée de soutien aux opposants au projet de transfert le samedi 3 novembre 2012.

Ce communiqué est dans le domaine public.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 2 novembre, 2012 |2 Commentaires »
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