URANIUM « APPAUVRI »: LE CRI D’ALARME D’UN SPECIALISTE AMERICAIN ! (Docteur Doug ROKKE / expert de radiophysique médicale auprès de l’armée américaine) + REVUE DE PRESSE TRES INTERESSANTE

L’horreur des armes

à l’uranium appauvri :

URANIUM

Le cri d’alarme

d’un spécialiste américain

(Docteur Doug ROKKE)

 Le lecteur trouvera ci-dessous

un article du docteur Doug Rokke 

concernant les terribles effets de ces armes.

NOTA:

En cliquant sur le lien « Doug Rokke » vous accédez à des diapositives très intéressantes (certaines très pénibles).

Titulaire d’un doctorat ès sciences obtenu à l’Illinois University en 1992, spécialiste des sciences de l’environnement et de la médecine nucléaire, durant l’opération Tempête du désert, D. Rokke a travaillé comme expert de radiophysique médicale sanitaire auprès de l’Armée Américaine. A ce titre, il a été chargé d’évaluer la contamination par l’uranium appauvri et de mettre de l’ordre dans cette affaire. C’est donc le spécialiste du sujet.

 Table des matières:

Les officiels nient les graves effets de l’UA sur la santé

Qu’est-ce que l’uranium appauvri ?

Comment l’armée l’utilise-t-elle ?

Où et quand en a-t-on utilisé ?

Comment est né le Depleted Uranium Project et quels en étaient les objectifs ?

Quels effets néfastes sur la santé a-t-on observés, reconnus, traités et étudiés ?

Au vu des recherches antérieures et du Depleted Uranium Project, quelles recommandations ont-elles été émises ?

Qu’est-il advenu de ces recommandations ?

Que reste-il à faire ?

 

Les officiels nient les graves effets de l’UA sur la santé

Les preuves médicales — et en particulier les anomalies congénitales observées chez les enfants nés de parents vivant dans des zones contaminées par l’UA (voir photos : planche 1planche 2planche 3) — sont une source de préoccupation croissante. L’uranium appauvri (uranium-238) et d’autres contaminants résultant de la guerre sont en cause. Aujourd’hui, dix ans après la Guerre du Golfe, des soldats et des civils présentent de graves problèmes de santé dus à une exposition à des munitions contenant de l’uranium appauvri, aux armes chimiques et biologiques iraquiennes et aux dégagements de produits chimiques industriels. Bien que l’origine de ces problèmes de santé soit complexe, je souhaiterais me concentrer sur l’uranium appauvri.

Aujourd’hui, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et l’OTAN continuent à affirmer expressément qu’il n’existe aucun effet néfaste reconnu sur la santé de ceux d’entre nous qui travaillent sur le projet médical de l’uranium appauvri au sein du Ministère Américain des Anciens Combattants. C’est un mensonge, comme l’ont prouvé nos propres dossiers médicaux fondés sur des diagnostics effectués par nos propres médecins urgentistes.

Un reportage du 10 janvier 2001 indiquait que « le Ministre de la Défense William Cohen avait affirmé que l’UA n’était pas plus dangereux que la peinture à base de plomb », et un instructeur de l’armée américaine avait assuré aux journalistes qu’il était « apte à la consommation ». Je ne connais aucun médecin capable d’affirmer que la peinture à base de plomb et l’uranium sont aptes à la consommation. Après avoir été empoisonnés par le plomb, des enfants sont maintenant contaminés par l’uranium appauvri aux quatre coins du monde.

Tandis que les responsables gouvernementaux continuent à réfuter tout lien entre une exposition à l’uranium et des problèmes de santé, les mineurs travaillant dans des mines d’uranium et les blessés de guerre exposés à une contamination par l’uranium présentent les mêmes troubles. Bien que le Radiation Exposure and Compensation Act de 1990 fût censé verser des indemnités à ces Américains, un article en première page du New York Times du 27 mars 2001 décrivait à quel point ces personnes étaient atteintes et indiquait qu’elles attendaient toujours leurs indemnités en raison d’allocations budgétaires inadéquates.

Je trouve très gênant que, alors qu’une partie du gouvernement américain reconnaît les graves effets néfastes de l’uranium appauvri sur la santé, les responsables du Ministère Américain de la Défense refusent de reconnaître ces mêmes effets engendrés par une exposition à l’uranium des munitions utilisées en temps de guerre.

Les responsables de l’Organisation Mondiale de la Santé ont publié leur rapport anticipé en avril 2001. Bien que ce rapport ait émis des recommandations spécifiques, ses auteurs, tout comme ceux d’autres rapports d’organismes gouvernementaux, n’ont pas consulté ceux d’entre nous qui ont réellement mis de l’ordre dans la pagaille provoquée par l’UA après l’opération Tempête du désert et effectué les recherches dans le cadre du Depleted Uranium Project. [Projet Uranium appauvri].

Je trouve également étonnant qu’une fois de plus les auteurs d’un rapport n’aient pas relevé le fait que, bien qu’une assistance médicale ait été demandée depuis la guerre pour toutes les personnes exposées et que des mesures d’assainissement de l’environnement aient été recommandées ou exigées, rien de tout cela n’ait été fait. Les auteurs du rapport de l’OMS n’ont pas non plus contacté ceux d’entre nous qui sont des victimes reconnues de l’UA ni parlé à nos médecins des effets observés et diagnostiqués sur la santé suite à une exposition à l’UA. Une fois de plus, les directives de la circulaire de Los Alamos (mars 1991) rédigée par LTC M. Ziehmn, USMC, sont respectées à la lettre.

Qu’est-ce que l’uranium appauvri ?

L’uranium appauvri, qui contient 99,8 % d’U-238, est composé d’hexafluorure d’uranium, le sous-produit du procédé d’enrichissement de l’uranium.

De récents documents publiés par le Ministère Américain de l’Energie affirment l’existence d’une petite proportion d’autres métaux lourds toxiques tels que le plutonium. Bien que 60 % du rayonnement ionisant des émissions gamma de l’U-235 et l’U-234 soient éliminés durant le procédé d’enrichissement, les particules alpha [hautement énergétiques] de 4,2 MeV et 4,15 MeV [MeV = méga électron-volt ; unité d’énergie en physique des particules (NdE).] — qui entraînent une ionisation interne importante causant des lésions cellulaires — augmentent proportionnellement.

La sempiternelle affirmation selon laquelle l’uranium appauvri présente une radioactivité inférieure de 60 % à celle de l’uranium naturel ne tient tout simplement pas compte des lésions internes graves causées par les émissions alpha. En outre, les dérivés radioactifs émettent des particules bêta et des rayons gamma susceptibles de provoquer d’autres lésions radiologiques.

Même s’il ne représente peut-être pas un danger en externe, l’UA constitue un grave danger en interne. Son inhalation, son ingestion ou la contamination des blessures présente des risques sérieux et inacceptables. En outre, les fragments ou pénétrateurs usagés émettent des particules bêta de 300 mrem/heure [mrem/heure = millirem par heure ; le rem étant l’unité de mesure du rayonnement radioactif. Rappelons que, d’après la Nuclear Regulatory Commission, la dose maximale acceptable pour le public est de 100 millirems par an (NdE).] et ils ne peuvent donc pas être touchés ou ramassés sans équipement de protection.

Comment l’armée l’utilise-t-elle ?

L’UA est utilisé pour fabriquer des pénétrateurs à énergie cinétique — des baguettes géantes (voir schéma d’un obus à l’UA). Chaque pénétrateur cinétique se compose presque exclusivement d’uranium-238.

L’industrie américaine des munitions produit les modèles suivants (la masse d’uranium-238 correspondante est indiquée pour chaque modèle):

- 7,62 mm (masse non spécifiée) ;

- 50 cal. (masse non spécifiée) ;

- 20 mm pour une masse de 180 grammes environ ;

- 25 mm pour une masse de 200 grammes environ ;

- 30 mm pour une masse de 280 grammes environ ;

- 105 mm pour une masse de 3 500 grammes environ ;

- 120 mm pour une masse de 4 500 grammes environ ;

- sous-munitions/mines terrestres telles que la PDM et l’ADAM, dont l’enveloppe contient une petite proportion d’UA.

Aujourd’hui, beaucoup d’autres pays produisent ou ont acquis des munitions à l’UA. L’UA est également utilisé dans les blindages, les contrepoids, les écrans de radioprotection et, ainsi que l’a proposé le Ministère Américain de l’Énergie, comme composant de matériaux de structure et de construction routière. Toutes ces utilisations sont destinées à écouler les énormes stocks résultant du procédé d’enrichissement de l’uranium du Ministère Américain de l’Energie.

Il est important de bien prendre conscience que les pénétrateurs à l’UA sont de l’uranium-238 solide. Ils ne comportent ni embouts ni gaines. Durant un impact, au moins 40 % du pénétrateur forme des oxydes d’uranium ou des fragments qui restent sur le terrain, à l’intérieur ou sur le matériel touché ou bien à l’intérieur des structures touchées. Le reste du pénétrateur conserve sa forme initiale. Ainsi, il reste quelque part un morceau d’uranium solide, que des enfants risquent de ramasser. L’UA s’enflamme également dans l’air durant sa trajectoire et lors de l’impact (voir schéma). Les retombées d’UA en feu et de fragments d’UA provoquent des explosions secondaires, des incendies, des blessés et des morts.

En termes simples, qui voudrait avoir dans son jardin des milliers de baguettes d’uranium solide, d’une masse comprise entre 180 et 4 500 grammes ? Qui voudrait avoir dans son jardin une source de contamination à l’uranium ?

Où et quand en a-t-on utilisé ?

Des rapports et des preuves photographiques du matériel détruit laissent penser que l’UA a été utilisé pour la première fois durant la guerre israélo-arabe de 1973. À l’aide de tests en laboratoire, des médecins ont confirmé une exposition à l’UA chez la personne ayant inspecté le matériel détruit.

La Guerre du Golfe a vu la première utilisation significative d’UA dans les combats. Les pilotes de chasse ont tiré au moins 850 950 obus et les canonniers 9 460 obus supplémentaires, pour un poids total de 631 055 livres ou plus de 315 tonnes. De récentes conversations avec la personne ayant dirigé tous les tirs d’obus à UA suggèrent que ce chiffre est peut-être en dessous de la vérité et que la quantité réelle serait supérieure de 25 %, atteignant environ 390 tonnes (voir un char iraquien détruit).

Malgré les mises en garde recommandant d’éviter d’utiliser l’UA, les Marines américains ont tiré des munitions à UA à trois occasions différentes en 1995 et 1996 lors de manœuvres à Okinawa, sans en informer le gouvernement japonais pendant plus d’un an.

En 1995, l’armée américaine a également tiré au moins 10 000 obus à UA en Serbie. Récemment [1999-2000], les forces américaines ont tiré au moins 31 000 obus de 30 millimètres à l’UA en Kosovo ou en Serbie.

Des munitions à UA ont été utilisées dans des champs de tir de l’Indiana, du Nevada, du Nouveau Mexique, de Floride, du Maryland, d’Ecosse et du Canada. Fait étonnant, la Marine américaine a tiré des munitions à l’UA sur l’île de Vieques (Puerto Rico), afin de préparer les attaques du Kosovo.

Vieques est actuellement au cœur d’un débat national et international, avec une contamination de l’environnement avérée et des effets néfastes sur la santé similaires à ceux observés chez d’autres victimes de l’UA.

Récemment, le Ministre de la Défense Donald Rumsfeld a décidé de suspendre les opérations de Vieques. Toutefois, D. Rumsfeld doit ordonner la mise en place de mesures d’assainissement complet de l’environnement et d’une assistance médicale pour toutes les victimes de Vieques. Toutes les opérations militaires doivent cesser définitivement.

Qu’avons-nous trouvé juste après les tirs de notre propre camp et les incidents de combat de l’opération Tempête du désert ?

Le Quartier général du Département de l’armée, de Washington DC., m’a affecté en tant que médecin et expert de radiophysique médicale sanitaire au sein de l’équipe chargée d’évaluer l’UA utilisé pendant l’opération Tempête du désert.

Nos découvertes peuvent se résumer en trois mots: « Oh mon Dieu ! ».

Selon des documents officiels, chaque baguette de pénétrateur contenant de l’uranium pouvait perdre jusqu’à 70 % de sa masse lors de l’impact, provoquant une contamination fixée et labile, le reste de la baguette se propageant à travers le matériel ou la structure pour finir par se retrouver sur le terrain. Les inspections des impacts sur place ont montré que la perte de masse était d’environ 40 %, partie qui crée une contamination fixée et labile, laissant environ 60 % de la masse initiale du pénétrateur sous forme d’une baguette solide. Il est apparu que les radiacs standards (instruments de détection, d’indication et d’évaluation de la radioactivité) ne détectaient pas cette contamination. Le matériel était contaminé par des fragments d’uranium, des oxydes d’uranium, d’autres substances dangereuses, des munitions instables non explosées et des sous-produits de munitions explosées.

Les documents que nous a envoyés le Commandement Logistique de l’Armée Américaine pendant l’opération Tempête du désert affirmaient que l’oxyde d’uranium était insoluble à 57 % et soluble à 43 % et inhalable au moins à 50 %. Dans la plupart des cas, sauf pour les fragments des pénétrateurs, on a découvert une contamination à l’intérieur des structures endommagées ou du matériel détruit, sur le matériel détruit ou bien dans un rayon de 25 mètres autour du matériel. Toutefois, durant les tests réalisés au Nevada en 1994 et 1995, nous avons découvert une contamination par l’UA jusqu’à 400 mètres du lieu d’un incident isolé.

Après notre retour aux États-Unis, nous avons dressé le « Plan de nettoyage du théâtre des opérations », que le Ministère Américain de la Défense a soi-disant transmis au Département d’État puis à l’Émirat du Koweït. Aujourd’hui, il est clair que les Irakiens n’ont jamais eu connaissance de ces informations. Par conséquent, bien que nous ayons su qu’il y avait et qu’il y a encore des matières dangereuses en Irak, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont préféré fermer les yeux pour des raisons politiques et économiques.

Des responsables irakiens, kosovars, serbes et autres ont souvent réclamé en vain des procédures de soins médicaux et de gestion de la contamination. Des habitants de Vieques, citoyens américains, ont également demandé une assistance médicale et des mesures d’assainissement de l’environnement mais les responsables du Ministère de la Défense refusent toujours de mettre en place ces mesures essentielles.

Comment est né le Depleted Uranium Project et quels en étaient les objectifs ?

Les risques sanitaires et environnementaux potentiels d’une contamination par l’uranium étaient connus avant la Guerre du Golfe. Une circulaire de la Defense Nuclear Agency américaine, rédigée par LTC Lyle et envoyée à notre équipe en Arabie Saoudite, indiquait :

« Étant donné que les équipes de neutralisation des explosifs et munitions, les unités de combat terrestre et les populations civiles d’Arabie Saoudite, du Koweït et d’Irak sont de plus en plus exposées aux munitions à l’UA, nous devons nous préparer à faire face à d’éventuels problèmes. Les souvenirs de la guerre toxique, la fureur politique et le nettoyage post-conflit (accord de la nation hôte) ne sont que quelques-uns des problèmes qu’il va falloir aborder. Les particules alpha (poussière d’oxydes d’uranium) provenant des obus explosés sont préoccupantes mais les particules bêta provenant des fragments et des obus intacts constituent une menace bien plus grave pour la santé, avec des taux d’exposition potentiels de 200 milli-rads/heure en cas de contact. »

Cette circulaire, ainsi que les rapports que nous avons préparés juste après la Guerre du Golfe dans le cadre du projet d’évaluation de l’UA en vue de récupérer le matériel américain contaminé/détruit par l’UA, les recherches antérieures et d’autres inquiétudes exprimées ont conduit le Ministère Américain de la Défense à publier une directive signée par le Général Eric Shinseki le 19 août 1993, visant à :

1. Dispenser une formation adéquate au personnel susceptible d’entrer en contact avec du matériel contenant de l’uranium appauvri.

2. Procéder à un dépistage médical sur le personnel exposé à une contamination par l’UA durant la Guerre du Golfe.

3. Élaborer un plan pour récupérer le matériel contaminé par l’UA lors des futures opérations.

Nul doute donc que les responsables du Ministère Américain de la Défense étaient et sont toujours conscients des risques exceptionnels et inacceptables propres aux munitions à uranium appauvri.

Par conséquent, j’ai été rappelé au service actif dans l’armée américaine en tant que directeur du projet sur l’UA, chargé de développer des procédures de formation et de gestion environnementale. Ce projet incluait : un examen de la documentation, un projet de développement d’un programme détaillé impliquant toutes les branches du Ministère Américain de la Défense ainsi que des représentants de l’Angleterre, du Canada, de l’Allemagne et de l’Australie et des recherches fondamentales sur le site d’essai du Nevada situé à 190 km au nord-ouest de Las Vegas, destinées à valider les procédures de gestion.

Le Depleted Uranium Project a donné naissance à :

- Trois programmes de formation : (1) Niveau I : grand public ; (2) Niveau II : dégâts des combats et opérations de récupération ; (3) Niveau III : officiers/sous-officiers spécialisés dans les produits chimiques ;

- Trois cassettes vidéo : (1) « Sensibilisation au risque de l’uranium appauvri » ; (2) « Gestion du matériel endommagé et contaminé » ; (3) « Fonctionnement de l’ensemble des radiacs AN/PDR-77 » ;

- La réglementation préliminaire de l’armée américaine, « Gestion du matériel contaminé par l’uranium appauvri ou par des produits radioactifs » ;

- Une brochure de l’armée américaine exposant « les procédures de manipulation du matériel contaminé par l’uranium appauvri ou par des produits radioactifs » ;

- Un nouveau radiac, capable de détecter et de quantifier une contamination par l’UA.

Bien que ces données aient été obtenues, reconnues et prêtes à être diffusées en janvier 1996, l’armée américaine, le Ministère Américain de la Défense ainsi que des responsables britanniques, allemands, canadiens et australiens ont ignoré les directives répétées et n’ont pas mis en place, sinon partiellement, le programme de formation et les procédures de gestion. Ce programme et ces procédures n’ont pas été portés à la connaissance de tous, ni même à celle des représentants des gouvernements de pays dont la population et l’environnement ont été exposés à l’UA, comme l’ont confirmé les enquêteurs du General Accounting Office américain (sorte de Cour des Comptes fédérale) dans un rapport publié en mars 2000 ainsi que par mes contacts personnels.

Quels effets néfastes sur la santé a-t-on observés, reconnus, traités et étudiés ?

L’identification et la vérification des dangers de l’uranium appauvri sur la santé sont limitées par le refus ou le report délibéré du dépistage et de la prise en charge médicale des victimes des tirs américains ayant inhalé, ingéré de l’UA ou ayant vu leurs blessures contaminées par ce métal, et de tous ceux présentant une exposition avérée ou supposée à de l’uranium internalisé.

Bien que dès mars 1991, nous ayons recommandé une assistance médicale immédiate, les ministères américain et britannique de la défense et, du même coup, le ministère américain des anciens combattants rechignent toujours à proposer un dépistage complet et les soins médicaux nécessaires.

Dans une lettre datée du 1er mars 1999, le Dr Bernard Rostker m’a indiqué qu’une fois les combats terrestres terminés, les médecins et les experts de radiophysique médicale sanitaire avaient jugé inutiles le dépistage et le traitement des personnes exposées à l’uranium. Les vrais documents disent le contraire ! Aujourd’hui, des personnes (dont moi-même), à qui a été refusée une assistance médicale sont malades alors que d’autres sont décédées. J’ai adressé personnellement ma demande par courrier le 21 mai 1997 au Bureau du Service de Santé, du Commandement Logistique de l’Armée Américaine et l’ai transmise au Dr Rostker.

Selon mon expérience personnelle, celle des médecins et des personnes exposées à l’UA, les effets néfastes avérés sur la santé incluent :

a) une allergie des voies respiratoires ;

b) des anomalies neurologiques ;

c) des calculs rénaux et des douleurs rénales chroniques ;

d) des éruptions cutanées ;

e) une dégradation de la vision et une perte de vision nocturne ;

f) des problèmes de gencives ;

g) des lymphomes ;

h) diverses formes de cancers de la peau et des organes (voir photo) ;

i) des troubles neuro-psychologiques ;

j) la présence d’uranium dans le sperme ;

k) un dysfonctionnement sexuel ; et

1) des anomalies congénitales chez les nouveau-nés (voir photo).

Aujourd’hui, des problèmes de santé ont été répertoriés chez des employés d’usines de traitement de l’uranium ainsi que chez des personnes vivant à proximité de Paducah, dans le Kentucky, Portsmouth, dans l’Ohio, Los Alamos, au Nouveau-Mexique, Oak Ridge, dans le Tennessee et Hanford, dans l’État de Washington. Les employés des usines de production ou de traitement de l’uranium de l’État de New York, du Tennessee, de l’Iowa, du Massachusetts et de la région des « four corners » du sud-ouest du Colorado ont également fait état à plusieurs reprises de problèmes de santé similaires à ceux rapportés par des victimes avérées de l’UA utilisé pendant la Guerre du Golfe. Des médecins iraquiens et ceux d’autres organisations humanitaires font état des mêmes problèmes de santé chez les populations exposées.

Des scientifiques écossais ont récemment confirmé la présence d’uranium dans l’urine des habitants des Balkans. Cela laisse penser que l’uranium appauvri (U-238) est mobile et contamine l’air, l’eau et le sol (voir un schéma) — comme l’indiquait déjà une lettre d’octobre 1943 adressée au Général Leslie Groves.

Actuellement, vérifier la corrélation entre une exposition à l’uranium et des problèmes de santé n’est peut-être pas possible, sauf dans quelques cas, en raison de retards délibérés d’un dépistage obligatoire — un test radiobiologique. Le dépistage implique le prélèvement et l’analyse d’échantillons d’urine, de selles et d’un frottis de gorge dans les 24 heures suivant l’exposition. Aujourd’hui, des mois ou des années plus tard, seule une petite partie de l’uranium séquestré sera détectée. C’est pourquoi les scientifiques de l’OMC ont recommandé un dépistage immédiat chez les populations exposées. Cette fraction détectable ne représente que la partie mobile ou soluble. Une récente autopsie réalisée au Canada a révélé qu’il se produisait bien une rétention et que la fraction mobile pouvait ne pas être représentative de la quantité réellement présente.

Même lorsqu’il existe des preuves médicales avérées imputant des problèmes de santé à une exposition à l’UA, la reconnaissance et la documentation officielles demeurent limitées. Par exemple, en 1994 et 1995, le personnel médical du Ministère Américain de la Défense en poste au sein d’un hôpital militaire américain a enlevé, mis à l’écart et caché des diagnostics documentés (y compris le mien) concernant des personnes affectées et d’autres médecins. Certains dossiers médicaux ont été récupérés à l’automne 1997 mais probablement trop tard pour beaucoup de personnes.

Aujourd’hui, cette pratique se poursuit et, par conséquent, les personnes exposées ne bénéficient pas d’une assistance médicale adéquate et efficace. Cela concerne également les personnes pour lesquelles une prise en charge a été demandée et prescrite à de nombreuses reprises. Cette situation perdurera aussi longtemps qu’on laissera les gouvernements américain, britannique, canadien et autres, ainsi que l’OTAN, ne tenir aucun compte des preuves émergentes et refuser une assistance médicale à tous ceux ayant été ou susceptibles d’avoir été exposés à l’uranium appauvri (uranium-238), à d’autres isotopes et à d’autres contaminants résultant de l’utilisation de munitions à uranium appauvri.

Les critères décrivant les expositions nécessitant un dépistage médical dans un délai de 24 heures et une assistance médicale ultérieure ont été exposés dans un message du Quartier Général du Ministère de l’Armée, daté du 14 octobre 1993. Ces expositions correspondaient aux situations suivantes :

a) Se trouver au milieu de fumée de feux d’UA provenant de véhicules chargés de munitions ou de dépôts de stockage de munitions en flammes.

b) Travailler dans des environnements contenant de la poussière d’UA ou des résidus de feux d’UA.

c) Se trouver à l’intérieur d’un véhicule ou d’une structure au moment où ils sont frappés par des munitions à l’UA.

Ces directives doivent s’appliquer scrupuleusement à tous les individus exposés, qu’ils soient civils ou militaires. Elles doivent être mises en œuvre maintenant !

Il faut programmer et offrir une assistance médicale afin d’identifier puis de soulager les problèmes physiologiques réels plutôt que de mettre l’accent sur les manifestations psychologiques et le dépistage continu. Des personnes, dont des enfants, sont malades et méritent de recevoir des soins pour les expositions complexes à l’origine de leurs problèmes de santé. Pour des expositions connues à l’uranium, l’accent devrait être mis sur les disciplines suivantes (la source de préoccupation figure entre parenthèses) :

A. la neurologie (effets des métaux lourds) ;

B. l’ophtalmologie (effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

C. l’urologie (effets des métaux lourds et formation de cristaux) ;

D. la dermatologie (effets des métaux lourds) ;

E. la cardiologie (effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

F. la pneumologie (effets du rayonnement, des particules et des métaux lourds) ;

G. l’immunologie (effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

H. l’oncologie (effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

I. la gynécologie (problèmes neurologiques, effets du rayonnement et des métaux lourds) ;

J. la gastro-entérologie (effets systématiques) ;

K. l’odontologie (effets des métaux lourds) ;

L. la psychologie (effets des métaux lourds).

Beaucoup de personnes dont on sait qu’elles ont été exposées n’ont toujours pas reçu l’assistance demandée. Comme l’a indiqué le Dr Michael Kilpatrick, du Ministère Américain de la Défense, le 10 mars 2001, seules 60 personnes (dont moi-même) se voient dispenser un minimum de soins médicaux par des médecins affectés au Projet sur l’uranium appauvri du Ministère des Anciens Combattants, à Baltimore, dans le Maryland. Cela ne représente qu’une fraction sur les plus de 350 personnes dont l’exposition a été confirmée.

Aujourd’hui, moi-même et d’autres devons prendre des antibiotiques et des stéroïdes pour gérer nos problèmes de santé. Il est impossible d’obtenir des soins et des traitements corrects. Si les autorités refusent tout examen médical aux personnes qui ont été exposées et présentent des problèmes de santé, alors elles n’ont pas de mal à dire que l’UA n’a jamais eu d’effets néfastes sur la santé parce qu’elles n’en ont jamais vu. Il en va de même pour la science médicale lorsque les politiques donnent l’ordre d’étouffer l’affaire pour limiter les responsabilités.

Cette tentative d’étouffer l’affaire a commencé avec l’infâme circulaire de Los Alamos envoyée à notre équipe en Arabie saoudite en mars 1991. Cette circulaire nous disait de faire en sorte que nos conclusions permettent de continuer à utiliser les munitions à l’UA. En d’autres termes, il fallait mentir !

La lettre envoyée au Général Leslie Groves en 1943 est encore plus dérangeante. Dans cette circulaire, datée du 30 octobre 1943, des scientifiques de premier plan affectés au Projet Manhattan suggéraient que l’uranium pouvait être utilisé pour contaminer l’air, l’eau et le sol. Selon cette lettre, envoyée par le Sous-Comité du Comité Exécutif S-I sur « l’utilisation des matériaux radioactifs comme arme militaire », une inhalation d’uranium provoquait une « irritation des bronches en quelques heures ou quelques jours ». C’est exactement ce qui est arrivé à ceux d’entre nous qui ont inhalé de la poussière d’UA durant l’opération Tempête du désert ainsi qu’aux soldats américains présents dans les Balkans.

Le Sous-Comité ajoutait :

Les produits émettant des particules bêta pouvaient pénétrer dans le tractus gastro-intestinal par de l’eau, de l’air ou des aliments pollués. S’ils pénétraient par les voies aériennes, ils se logeaient sur les muqueuses du nez, de la gorge, des bronches, etc. et étaient avalés, ce qui entraînait une irritation locale, tout comme dans les bronches, et cela pour un même degré d’exposition. L’estomac, le caecum et le rectum, où les concentrations de produits restaient plus longtemps qu’ailleurs, étaient les parties plus susceptibles d’être affectées. Des ulcères et une perforation fatale de l’intestin pouvaient survenir, même en l’absence d’effets généraux dus au rayonnement.

Aujourd’hui, des problèmes de santé continuent à se développer. On refuse ou on retarde toujours l’apport d’une assistance médicale aux victimes exposées à l’uranium, tandis que les responsables des Ministères de la Défense Américain et Britannique continuent à réfuter tout lien entre une exposition à l’uranium et des effets néfastes sur la santé ou l’environnement. Ils s’imaginent qu’ils peuvent répandre des déchets radioactifs (uranium-238) dans le jardin de n’importe qui sans avoir à le nettoyer ou à assurer de prise en charge médicale. Leur arrogance est stupéfiante !

Au vu des recherches antérieures et du Depleted Uranium Project, quelles recommandations ont-elles été émises ?

Le projet sur l’UA et l’examen des recherches antérieures ont renforcé nos conclusions et recommandations initiales de 1991 selon lesquelles :

1. Toute source de contamination par l’UA doit être physiquement retirée et correctement détruite afin de prévenir des expositions futures.

2. Des systèmes de détection de rayonnement spécialisés, capables de détecter et de mesurer les émissions des particules alpha, des particules bêta, des rayons X et des rayons gamma à des niveaux appropriés allant de 20 dpm à 100 000 dpm et de 0,l mrem/heure à 75 mrem/heure, doivent être acquis et distribués à toutes les personnes ou organisations chargées des soins médicaux et des opérations d’assainissement de l’environnement impliquant de l’uranium appauvri/uranium 238 et d’autres isotopes faiblement radioactifs éventuellement présents. Le matériel standard ne détectera pas de contamination.

3. Une assistance médicale doit être apportée à toutes les personnes ayant (ou susceptibles d’avoir) inhalé ou ingéré de l’UA ou vu leurs blessures contaminées par cette substance toxique, afin de détecter une contamination par de l’uranium internalisé retenu et mobile.

4. Toutes les personnes qui entrent dans, grimpent sur ou travaillent dans un rayon de 25 mètres autour de tout terrain ou matériel contaminé doivent porter un équipement de protection des voies respiratoires et de la peau.

5. Le matériel ou les matériaux contaminés et endommagés ne doivent pas être recyclés en vue de fabriquer de nouveaux produits.

Qu’est-il advenu de ces recommandations ?

Des preuves visuelles, ma propre expérience et des rapports publiés confirment que :

1. Toutes les victimes de l’UA n’ont pas bénéficié d’une assistance médicale.

2. Les mesures d’assainissement de l’environnement n’ont pas encore été appliquées.

3. Le matériel et les matériaux contaminés et endom­magés ont été recyclés en vue de fabriquer de nouveaux produits.

4. Les programmes de formation et de sensibilisation n’ont été que partiellement mis en place.

5. Les procédures de gestion de la contamination n’ont été ni diffusées ni mises en œuvre.

Que reste-il à faire ?

Tous les citoyens du monde doivent désormais dire « non » d’une seule et même voix à l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri et obliger les nations en ayant utilisé à reconnaître les conséquences immorales de leurs actes et à assumer la responsabilité des soins médicaux et des mesures d’assainissement complet de l’environnement.

Il y a une citation célèbre qui dit : « Et un enfant leur montrera le chemin ». Mais si les enfants sont malades ou morts et si les citoyens du monde laissent cela continuer, alors il n’y aura pas d’enfant pour réaliser la prophétie et nous conduire à la paix. Je vous en supplie, faites quelque chose !

Docteur Doug ROKKE

 

Syndrome de la Guerre du Golfe et de la Guerre des Balkans 
Les saletés de la guerre propre

Du Golfe au Kosovo, en passant par la Bosnie, les Américains ont utilisé des munitions renforcées à l’UA. Malades, de nombreux vétérans accusent les autorités militaires. Lesquelles minimisent les effets pathologiques de ce matériau radioactif.

C’était il y a tout juste dix ans. Les images, relayées par CNN, ont fait le tour du monde. Celles de la plus vaste opération militaire depuis la Seconde Guerre mondiale après l’invasion du Koweït par l’Irak le 2 août 1990. Puis la victoire écrasante de la coalition occidentale en février 1991 contre un Saddam Hussein dont on prédit alors la chute. Et le défilé triomphal sur la 5e Avenue à New York des boys, au retour d’une guerre qui se veut «propre» pour la première fois de l’Histoire. Une guerre nourrie de bombardements à précision chirurgicale, destinés à appliquer la doctrine américaine du «zéro mort».

Dix ans après le conflit, le contraste est flagrant: le maître de Bagdad règne sans partage, l’embargo aurait fait 1 million de morts selon l’ONU, et la guerre n’a pas été plus propre que les précédentes.

Blessures de guerre

Au contraire. Elle continue à faire des victimes, et pas seulement du côté irakien. Après l’ivresse de la victoire, les vétérans se sont réveillés avec des blessures de guerre inattendues. Leucémies, cancers des ganglions, perte de mémoire, problèmes de concentration, fatigue chronique, perte de poids, déficiences pulmonaires, sperme brûlant sont les symptômes inexpliqués dont ils souffrent. Sans compter les enfants de vétérans atteints de malformations congénitales. Sur les 697 000 soldats américains engagés dans l’opération «Tempête du désert» du 17 janvier au 28 février 1991, 183 000 touchent aujourd’hui une pension d’invalidité, selon le National Gulf War Resource Center, la principale association de vétérans. Et presque 10 000 sont décédés des suites de la guerre que, faute de mieux, on a baptisées «syndrome du Golfe»: un ensemble de maladies aux causes mal identifiées.

Marc De Ceulaer, 42 ans, souffre des mêmes maux que les vétérans américains. Mais lui n’a pas servi dans le golfe Persique. Ce solide gaillard belge, engagé sous la bannière des Nations unies, était en Bosnie en 1994-1995. Marathonien accompli avant de partir pour les Balkans, il affirme être «incapable de courir 1 kilomètre» depuis son retour. Devenu membre de la branche militaire du Syndicat libre de la fonction publique (SLFP), il cherche maintenant à comprendre l’origine de ses problèmes physiques. Et à aider ses collègues du syndicat, touchés, comme lui, par ce qu’on appelle dorénavant le «syndrome des Balkans».

Parmi eux, cet autre vétéran de Bosnie atteint de narcolepsie. «Je ne peux plus faire de moto, je m’endors en conduisant, explique-t-il. Et mes problèmes de concentration m’ont fait perdre mon boulot.» La plainte déposée contre X pour «empoisonnement» le 12 janvier à Bordeaux par le vétéran français Hervé Desplat, président et cofondateur de l’Association des victimes du Golfe (Avigolfe), a encouragé ce Belge à faire de même le 17 janvier, avec deux autres vétérans, à Bruxelles. L’an dernier, cinq militaires belges sont décédés de maladies contractées pendant leur séjour dans les Balkans. «On nous empêche d’avoir accès à nos dossiers médicaux, comme si on voulait nous cacher quelque chose, explique Marc De Ceulaer. Nous demandons une enquête indépendante pour établir la vérité.»

Servir la patrie, oui, servir de cobayes, non

Les Belges ont été parmi les premiers à demander des comptes en Europe. A présent, ils sont suivis par les vétérans italiens, anglais, espagnols, allemands, grecs, hongrois ou roumains atteints de leucémies ou de lymphomes après avoir servi au Kosovo pendant les bombardements de l’Otan en 1999. En Italie, le décès, fin décembre, de cinq vétérans des Balkans atteints de cancers a secoué l’opinion. Les Français ne sont pas épargnés: six cas de leucémies et de lymphomes suspects sont actuellement traités par les services de santé des armées. Dix-huit décès sont discutés. Quelque 190 vétérans du Golfe ont rejoint Avigolfe depuis sa création, en juin. Avec, toujours, la même frustration, résumée par une phrase: «Nous sommes partis pour servir notre patrie, pas pour servir de cobayes.»

Tous veulent savoir la vérité sur les origines de leurs maladies. Et tous soupçonnent un matériau au nom étrange, familier des scientifiques mais peu connu du grand public: l’uranium appauvri (UA). Un métal radioactif particulièrement dense, utilisé pour la première fois par les Américains et les Britanniques pour renforcer leurs munitions antichars contre les tanks de Saddam Hussein, puis par l’Otan en Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999 contre l’armée yougoslave de Milosevic. Un métal qui reste, sur le plan scientifique, entouré de mystère. On sait que sa toxicité chimique, comparable à celle du plomb, peut entraîner des complications rénales. Mais les effets de sa radioactivité sur l’homme, en cas d’inhalation de particules vaporisées, n’ont pas été étudiés. D’où l’inquiétude des soldats. L’Otan rappelle qu’ «aucun lien n’a été établi avec les cancers des vétérans». Même son de cloche du côté des gouvernements américain, britannique et français, qui détiennent ces munitions. Et pourtant. Les dangers liés à sa toxicité radiologique existent, et sont soulignés depuis longtemps. Car, si on découvre seulement l’utilisation militaire de l’UA, son histoire commence au cours d’une autre guerre, mondiale celle-là.

Le premier à avoir l’idée de recourir aux munitions à l’UA est Albert Speer, nommé ministre de l’Armement par Hitler en 1942. A l’été 1943, les importations de tungstène, utilisé pour renforcer les munitions anti-chars, sont bloquées par les Alliés. Speer ordonne alors d’utiliser les stocks d’uranium initialement destinés à fabriquer une bombe atomique dont il sait qu’elle ne sera pas prête à temps. Les Stukas allemands en auraient bénéficié face aux tanks des Alliés.

En 1945, le «projet Manhattan» des Américains aboutit à la première explosion atomique. L’utilisation de l’uranium est alors restreinte aux recherches militaires et à la course aux armes, guerre froide oblige. Il en va de même pour son corollaire, l’uranium appauvri. L’uranium est essentiellement composé de deux isotopes: l’U 235 (0,7%), l’U 238 (99,3%) et accessoirement l’U 234. Mais seul l’U 235 a les qualités fissiles produisant l’énergie atomique. Il est donc extrait de l’uranium naturel puis enrichi pour obtenir les quantités d’U 235 pur suffisantes à la création d’énergie nucléaire. Le résidu de ce processus d’enrichissement est appelé «uranium appauvri». Composé principalement d’U 238, il est environ 40% moins radioactif que l’uranium naturel.

Un émetteur alpha dangereux

Avec la production massive d’énergie nucléaire, les stocks d’UA s’accumulent rapidement: 14% de l’uranium traité est enrichi, et 86% devient de l’UA… C’est probablement pour écouler ces stocks que les Américains décident d’assouplir leur législation.

Le 29 juin 1958, l’UA est mis à disposition des industriels. Dans le civil, il peut servir de colorant de verres ou d’objets de céramique, ou de contrepoids dans les avions commerciaux. On estime par exemple qu’un Boeing 747 comporte 450 kilos d’UA, principalement dans le gouvernail et dans les ailes.

Le ministère américain de l’Energie commande alors une étude sur «les utilisations potentielles non nucléaires de l’UA». Rendu le 29 janvier 1960, ce rapport évoque officiellement pour la première fois les dangers liés à la radioactivité de l’UA en cas d’inhalation. «Chaque particule d’uranium insoluble retenue dans les poumons constitue un risque pour les tissus environnants», affirme le document. Radioactif, l’UA expose les cellules humaines aux rayonnements alpha, bêta et gamma, très énergétiques. Or, dès 1957, les effets de ces radiations sur les cellules ont été expliqués dans un autre rapport remis au Pentagone, intitulé «Effets des armes atomiques». Conclusions de son auteur, Samuel Glasstone: l’énergie dégagée par les rayonnements alpha des particules inhalées peut «causer des dommages considérables sur les tissus corporels». Les Américains étaient donc informés, dès 1960, des dangers potentiels de l’UA.

Ce ne sera pas la dernière fois – loin de là. En 1966, la Commission à l’énergie atomique américaine, chargée de la gestion du matériel radioactif, précise les précautions à prendre en cas de manipulation d’uranium appauvri, et confirme. «Ce matériau est un émetteur alpha dangereux pour les poumons en cas de respiration des particules, et pour les reins en cas d’ingestion.»

Mais la course aux armements continue. A la fin des années 60, la Russie acquiert une nette supériorité numérique en termes de chars, dont les blindages se renforcent. Or, à l’époque, les Américains ne disposent pas d’appareil spécialement conçu pour la lutte antichars. Sous la houlette de Pierre Sprey, un Français émigré en Amérique, ils conçoivent un nouvel avion de combat: l’A 10, surnommé «tueur de chars». En volant à basse altitude, l’A 10 assaille les tanks ennemis grâce à un canon-mitrailleur de calibre 30 mm équipé de munitions spéciales à uranium appauvri, probablement fabriquées dès le début des années 1970. En 1973, une étude du Laboratoire national de Los Alamos, au Nouveau-Mexique, effectuée à la demande de l’US Air Force, encense l’uranium appauvri. Plus dense que le tungstène, employé jusque-là, il peut percer n’importe quelle armure. Son caractère pyrophorique (inflammation au contact de l’air) lui permet de mettre le feu aux chars ennemis qu’il aura pénétrés en faisant fondre le blindage. Surtout, l’UA est bon marché. Et disponible en quantités considérables: 80 000 tonnes en 1973, qui s’accroissent au rythme de 20 000 tonnes par an. L’UA est le matériau idéal pour les munitions 30 mm destinées à l’A 10. Pour l’US Air Force, c’est une véritable aubaine.

Les chercheurs de Los Alamos ont toutefois passé sous silence un aspect du sujet. Quid des particules radioactives d’UA vaporisées après explosion et susceptibles d’être inhalées? Les services de recherche de l’US Army ne tardent pas à examiner la question. En 1974, ils concluent que ces munitions peuvent «donner lieu à des ingestions ou à des inhalations localement significatives». Et de recommander des recherches plus approfondies sur les effets sanitaires à long terme des inhalations.

320 tonnes tirées contre l’Irak

En 1979, deux nouveaux rapports viennent confirmer les incertitudes. Entre-temps, la production de munitions à l’UA pour l’aviation et les chars a quand même été lancée. Selon Bruno Barillot, chercheur à l’Observatoire des armes nucléaires françaises, à Lyon, 30 cartouches d’obus de 105 mm contenant 102,3 kilos d’UA sont ainsi exportées des Etats-Unis vers… la France en 1979, à fin de «tirs d’évaluation par le gouvernement». Le ministère français de la Défense reconnaît d’ailleurs étudier depuis la fin des années 1970 ces munitions qui équipent les chars AMX 30. En 1989, le mur de Berlin tombe, entraînant l’ «empire du Mal» dans sa chute. Les avions A 10 et leurs munitions à l’UA, ainsi que les chars Abrams, blindés à l’UA depuis 1988, ne se frotteront pas aux troupes de l’URSS.

C’est la guerre du Golfe qui leur donnera l’occasion d’apparaître pour la première fois officiellement en combat. En juillet 1990, quelques jours avant l’invasion du Koweït par l’Irak, un rapport avait pourtant mis une nouvelle fois en garde le gouvernement américain contre les risques liés à l’uranium appauvri. «Ses radiations alpha peuvent causer des cancers en cas d’exposition interne», souligne le document.

Lors de l’opération «Tempête du désert» de janvier-février 1991, les munitions à l’UA s’illustrent avec une redoutable efficacité. Malgré la qualité de leur blindage, les chars T 72 achetés à Moscou par les Irakiens ne résistent pas aux tirs des Abrams américains. En tout, 940 000 munitions à l’UA sont tirées contre l’Irak, soit environ 320 tonnes. Si la victoire des alliés est sans appel, l’UA y est pour quelque chose.

Les suites de la guerre du Golfe sont moins claires. En dépit des avertissements, les soldats américains n’ont pas été prévenus des dangers encourus. Le rapport du General Accounting Office de 1993 indique que l’armée américaine ne disposait pas de stratégie efficace pour gérer l’utilisation d’UA. Les soldats chargés de récupérer les 28 chars américains détruits par erreur à l’UA n’ont par exemple pas été informés des règles de sécurité à suivre, malgré l’existence de deux notes de procédure ad hoc. Ils ont travaillé sans les protections requises jusqu’à ce qu’une équipe des services de radioprotection de l’armée arrive en mars 1991 en Arabie Saoudite et les «briefe».

Lorsque les premiers soldats américains déclarent leurs maladies, en 1991, les médecins militaires restent perplexes. Le Dr Asaf Durakovic, colonel et vétéran de la guerre du Golfe, spécialiste de médecine nucléaire, soupçonne rapidement l’UA d’être la cause des pathologies des 26 soldats qui se présentent à lui alors qu’il est responsable du département de médecine nucléaire de l’hôpital militaire de Wilmington (Delaware). Mais, de toute évidence, ses travaux dérangent. «J’ai fait plusieurs demandes d’analyses d’urine, mais elles ont toutes été prétendument perdues, explique-t-il. L’hôpital de Wilmington m’a dit d’arrêter mes recherches. J’ai refusé. J’ai été viré pour « désobéissance ».» Durakovic décide alors de s’exiler en Arabie Saoudite pour continuer ses travaux, parce que, dit-il, «on m’en aurait empêché dans un pays occidental».

Comme les Américains, les soldats européens ont été exposés. Les alliés des Etats-Unis, dont les Français, étaient-ils au courant de l’utilisation d’armes à l’UA? La question doit encore être éclaircie par la mission d’information parlementaire sur les conditions d’engagement des soldats dans le Golfe et les Balkans, créée en septembre 2000. Deux généraux en poste en Irak ont nié être au courant. Mais le général Schmidt, chef d’état-major à l’époque de la guerre du Golfe, a affirmé aux parlementaires: «Oui, nous le savions.» Et, dans leur livre La Guerre invisible , à paraître cette semaine (Laffont), les journalistes Martin Meissonnier, Frédéric Loore et Roger Trilling citent les propos d’un ancien officier américain chargé des mesures de protection NBC (nucléaire-bactériologique-chimique). «Tous les alliés étaient informés», affirme Doug Rokke.

Les généraux auditionnés ont aussi déclaré ne pas connaître les dangers potentiels de l’UA. Le secret serait-il de mise? Alors qu’il niait encore cet été toute radiotoxicité, le ministère de la Défense reconnaît aujourd’hui un risque radiologique – «si les quantités d’UA inhalées ont été très importantes», précise le médecin-chef Estripeau, du Service de santé des armées. Il ajoute: «En l’état actuel de nos connaissances, l’inhalation d’uranium appauvri par les soldats du Golfe et des Balkans ne paraît pas suffisante pour provoquer des maladies liées à la radioactivité». Ancien officier belge spécialisé en protection nucléaire, Maurice-Eugène André n’est pas d’accord. «Une particule d’un micron d’UA inhalée émet 54 fois la radioactivité naturelle dans le poumon», explique l’officier à la retraite, qui vient d’écrire, le 16 janvier, au Tribunal pénal international de La Haye pour l’avertir des dangers de l’UA. «Mettre de l’UA dans les armes, c’est un crime de guerre», accuse-t-il. Corinne Castanier, directrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Crii-Rad), insiste: «Les particules d’UA, en se fixant sur les os, bombardent les cellules souches qui produisent les globules blancs, dit-elle. Cela pourrait expliquer l’apparition de leucémies.» Aux affirmations de l’armée selon lesquelles les particules d’UA retomberaient à quelques mètres de la cible après impact et ne pourraient être transportées très loin par le vent, Maurice-Eugène André répond que «le plutonium, plus lourd que l’uranium, s’est déplacé jusqu’au pays de Galles après l’accident de Tchernobyl».

L’UA inquiète aussi les civils. Utilisé comme contrepoids dans les avions commerciaux, le problème de sa vaporisation se pose en cas d’explosion. Le 4 octobre 1992, un Boeing 747 de la compagnie israélienne El Al s’écrase près d’Amsterdam, avec 380 kilos d’UA à bord, selon Boeing. Pour la fondation Laka, un centre de recherche indépendant, cette quantité atteindrait en fait 1 500 kilos… Depuis l’accident, quelque 6 200 personnes souffrent aux Pays-Bas de maux analogues à ceux des vétérans du Golfe et des Balkans: immunodéficience, problèmes respiratoires, fatigue chronique. Mais aucun lien n’a été établi pour l’instant avec l’UA. L’inquiétude a saisi les Anglais après l’accident fin décembre 1999 à Stansted, au sud de Londres, d’un Boeing 747 de Korean Airlines contenant 300 kilos d’UA. Après le crash du Concorde à Gonesse le 25 juillet 2000, la question s’est posée pour la région parisienne.

Mises en cause en temps de guerre, les munitions à l’UA inquiètent aussi en temps de paix. En particulier sur la petite île de Vieques, au large de Porto Rico, où l’US Navy effectue ses manoeuvres avec tirs à l’UA. «Le taux de cancers est de 27% plus élevé à Vieques que sur l’île de Porto Rico, selon Nilda Medina, du Comité pour le développement de Vieques. La marine américaine doit stopper ses tirs de balles radioactives.» Des tirs parfois illégaux, comme ceux du 5 février 1999 de deux jets des marines au cours d’un exercice de préparation à la guerre du Kosovo. 263 munitions à l’UA sont alors tirées par erreur sur le site de North Convoy, dans l’est de l’île, où l’utilisation d’UA n’est pas autorisée en temps de paix.

Danger de l’UA en temps de paix

Les services d’inspection de la Commission de régulation nucléaire (NRC), chargée de la gestion du matériel radioactif, ont reconnu une violation de la réglementation sur ce matériel. Des mesures de sécurité supplémentaires ont été adoptées, mais aucune sanction n’a été prise. Sur les 263 munitions, seules 56 ont été retrouvées. Et les tests de mesure de radioactivité de la NRC ont conclu à l’absence de danger pour la population locale. «Parmi les personnes récemment décédées de cancer à Vieques, de hauts niveaux d’uranium ont été mis en évidence», constate cependant Nilda Medina. Mais, là non plus, rien ne prouve que l’UA est à l’origine des cancers.

De récentes découvertes pourraient changer la donne. Le 3 septembre 2000, au congrès de l’Association européenne de médecine nucléaire, à Paris, Asaf Durakovic démontre la présence d’uranium 236 dans les urines de neuf vétérans britanniques malades, dix ans après la guerre du Golfe. La découverte est d’importance, car l’U 236 n’est pas présent dans la nature. Beaucoup plus radioactif que l’UA naturel, il provient de l’uranium issu du retraitement de combustible nucléaire. Lors de la présentation, les analyses du Dr Durakovic sont fortement contestées par un chercheur de l’Office de protection des rayonnements ionisants (Opri). Les mesures complémentaires qu’il lui demande avec insistance seront apportées par l’assistante du médecin, alors que la plupart des journalistes ont déjà quitté la salle de presse… Le doute est jeté sur la crédibilité de Durakovic. Quatre mois plus tard, le directeur de l’Opri, Jean-François Lacronique, reconnaît que «le Dr Durakovic nous a montré la voie. Ses analyses sont pleinement acceptées». Il est vrai qu’entre-temps le «syndrome des Balkans» a explosé en Europe. Les quelque 40 000 munitions à l’UA utilisées par l’Otan en 1995 et 1999 contre l’armée yougoslave sont la première raison avancée pour tenter d’expliquer les leucémies qui touchent des vétérans européens. L’Otan rappelle qu’ «aucun lien n’a été établi entre l’UA et les cancers des vétérans». La communauté scientifique fait valoir que le contraire n’a pas été prouvé non plus…

La découverte de traces d’uranium 236 au Kosovo le 16 janvier par un institut de radioprotection suisse relance la polémique. «L’U 236 est un mélange d’uranium appauvri naturel et d’uranium appauvri retraité en réacteur, explique Jean-François Lacronique. Il peut donc avoir été mélangé pendant son retraitement à d’autres contaminants radioactifs, tel le plutonium, hautement cancérigène. Ce que je n’espère pas…» Le ministère français de la Défense examine actuellement des échantillons de ses munitions à l’UA pour y rechercher une éventuelle présence de plutonium. Le 18 janvier, les Américains ont reconnu qu’il pouvait y avoir des traces d’U 236 et de plutonium dans l’uranium appauvri, peu après que la presse allemande a révélé un rapport du Pentagone attestant la présence de plutonium dans les armes à l’UA. Si du plutonium était retrouvé dans l’U 236 recueilli au Kosovo, le mystère de l’UA serait alors probablement éclairci.

Resterait à savoir pourquoi on a décidé de recourir à des armes radioactives et cancérigènes sans informer ni protéger les soldats qui les ont utilisées. Qui parlait de «guerre propre»?

Source: Le Monde (02/01/2001)

L’uranium appauvri, un substitut à l’offensive terrestre

Au Kosovo, les Américains ont tiré en trois mois, au printemps 1999, trois fois plus de munitions à uranium appauvri (UA) qu’en Bosnie durant toute l’année 1994, puis, à nouveau, en 1995. Plus de 31 000 coups au Kosovo et quelque 10 000 à chaque fois, en Bosnie. Selon le ministère britannique de la défense, cela a représenté entre 8 et 9 tonnes d’UA qui sont éparpillées sur 10 kilomètres carrés au Kosovo et quelque 3 tonnes, pour chaque année, en Bosnie. Avec une quinzaine d’alliés à leurs côtés, les Etats-Unis ont accompli, à eux seuls, les deux tiers des missions aériennes au Kosovo et en Serbie. Ce sont l’avion américain A-10 d’attaque au sol, armé d’un canon Avenger à obus UA de 30 mm, et ses munitions ou leurs éclats – qu’elles aient été stockées, manipulées maladroitement, encore enfermées dans les carcasses des chars détruits ou volatilisées à l’impact sous forme d’aérosol – qui font aujourd’hui figure d’accusés.

Le plus étonnant de l’affaire est que l’intervention des A-10 dans les Balkans et, plus spécialement, au Kosovo et en Serbie n’est aucunement explicitée dans le document de 170 pages que le Pentagone a adressé au Congrès, six mois après l’opération  » Force alliée  » de 1999. Pourtant, dans ce constat détaillé, figure la moindre des missions conduites par d’autres types d’avions américains dans la région, description des armes utilisées à l’appui. Les cibles des A-10 ne sont pas davantage précisées, ni les performances des appareils. C’est à peine si l’on apprend, comme par hasard, que le quart des A-10 engagés au Kosovo et en Serbie étaient servis par des équipages issus de la réserve.

Des munitions UA employées contre des cibles mobiles, telles que des convois blindés des forces armées serbes, ou des roquettes au phosphore, utilisées par les A-10 pour marquer des objectifs au bénéfice d’autres avions attaquants de l’armée de l’air américaine, il n’est jamais fait état dans ce document. Et, malgré tout, dès juillet 1999, comme on l’a appris depuis, Washington avait averti ses alliés des effets nocifs que les armes des A-10 ne manquaient pas d’entraîner sur place.

La théorie du Zéro Mort

Daalder et Michael E. O’Hanlon, deux chercheurs de l’institut Brookings outre-Atlantique, ont pu estimer, dans la revue Foreign Policy, que les Etats-Unis avaient en quelque sorte mis fin, à cette occasion, à la doctrine Powell, du nom du chef d’état-major interarmées du temps de la guerre du Golfe et, aujourd’hui, secrétaire d’Etat de George W. Bush. A savoir qu’il était à l’époque dans les ambitions de Washington d’éviter de lancer une action de force, hors des frontières nationales, sans définir au préalable un objectif politique clair et sans avoir les moyens militaires adéquats pour les atteindre. Ce qui revient à poser comme principe le fait qu’on puisse s’engager dans un conflit que l’on n’est pas certain de terminer avec succès. Mais, si l’on choisit d’y aller, on rassemble donc des forces à terre et, après des bombardements aériens suffisamment efficaces, y compris par des avions A-10 porteurs de munitions UA, on déclenche l’offensive finale.

Or, durant l’opération  » Force alliée  » au Kosovo, la donne a légèrement évolué. Le général Wesley Clark, commandant suprême des forces alliées en Europe et  » patron  » des opérations, a des comptes à rendre à un nouveau chef d’état-major interarmées américain, le général Henry Shelton. La débâcle de la Somalie, où dix-huit Rangers ont perdu la vie, suppliciés, en octobre 1993 à Mogadiscio, est passée par là. La thèse de la  » suprématie aérienne « , censée être moins risquée, s’impose. Ce qui prévaut alors, dans la tête des généraux américains, c’est le fait qu’il convient désormais de frapper vite et fort, certes en donnant le sentiment qu’on cherche à éviter les dommages dits  » collatéraux « , mais surtout en se souciant, en priorité, de la survie des aviateurs engagés.

Avec ses armes tirées à distance de sécurité, l’A-10 devient, dans ces conditions, le succédané ou le substitut d’une intervention terrestre, au Kosovo, qui fut refusée par l’OTAN, Américains et leurs alliés européens conjugués. Ce n’est plus spécialement ce char volant conçu, à l’origine, pour stopper net les vagues – supposées irrésistibles durant la guerre froide – des blindés de l’ex-pacte de Varsovie dans les plaines d’Europe centrale ; l’A-10 est devenu le moyen que l’OTAN a préféré mettre en avant pour remplacer une offensive terrestre jugée, par le haut commandement de l’Aliance atlantique, potentiellement plus meurtrière pour la coalition anti-Milosevic. Dans cette perspective, les munitions UA, qui perforent tous les blindages connus selon leurs concepteurs, sont retenues parce qu’un seul coup endommage un char là où il fallait jusqu’à présent trois obus au tungstène classique. Le sort des adversaires et des populations, voire de ses propres combattants victimes de  » tirs fratricides « , comme ce fut le cas dans le Golfe, n’apparaît pas comme un argument dirimant aux yeux de Washington.

C’est sans doute ce qui explique que les Etats-Unis, convaincus par la théorie du  » zéro mort  » dans leurs rangs et ses implications tactiques, ont écarté toute éventualité d’un moratoire sur les obus UA. Les chefs militaires américains partent du principe, simpliste, qu’ils ont besoin de tous les matériels qu’ils peuvent se payer – attitude qui est dans la logique d’une puissance militaire impériale. En revanche, le suivisme de certains des alliés européens à l’OTAN – à commencer par la France – qui disposent de munitions UA pour leurs chars et qui ne veulent pas davantage d’un moratoire a de quoi étonner. Sauf à considérer que, pour eux, la guerre froide n’est pas achevée et que, face à des hordes blindées qui agiraient par surprise et dont on discerne mal la provenance, il n’existerait pas d’armes antichars de substitution.

Source: Le Monde (26/01/2001)

Uranium appauvri : une affaire planétaire

La Chine et l’Irak demandent des enquêtes. Un rapport britannique datant de 1997 fait état de la connaissance du gouvernement des risques de cancer.

L’utilisation par l’OTAN de munitions à l’uranium appauvri n’en finit pas de faire des vagues sur la scène internationale. La Chine a ainsi exprimé ce jeudi par la voix de son porte-parole du ministère des Affaires étrangères son « inquiétude face à l’utilisation de telles armes et de leurs conséquences humanitaires ». Le porte-parole a également rappelé que son pays s’était toujours opposé aux bombardements de la Yougoslavie pendant la guerre du Kosovo. La Chine a également pris « bonne note » de la promesse de l’OTAN de mettre en place un comité chargé d’étudier les conséquences éventuelles sur la santé de ses soldats.

L’Irak a demandé de son côté, ce jeudi, à l’ONU d’enquêter sur les armes à l’uranium appauvri utilisées par les forces américaines sur ses territoires, et aux pays européen d’ »assumer leurs responsabilité face au crime » que consiste le recours à ces armes. Bagdad accuse la coalition internationale d’avoir utilisé pendant la guerre du Golfe plus de 940.000 obus à l’uranium appauvri.

Les soldats français

Le service de presse du Service de Santé des Armées a indiqué ce jeudi que six militaires français, âgés de 19 à 41 ans et ayant servi dans les Balkans, étaient à ce jour hospitalisés et traités. Quatre souffrent de leucémies aiguës (cancer des cellules du sang) et deux de graves lymphomes (prolifération cancéreuse dans le tissu lymphoïde -rate, thymus, amygdales..). Le médecin-colonel Estripeau, chef du service de presse, a indiqué que l’état de quatre soldats est en phase de rémission, qu’un cas est « réservé non favorable » et s’est dit « très réservé » sur le dernier cas. « Les résultats d’une première approche concernant les affections tumorales et leucémiques seront disponibles pour la fin du mois de janvier mais les résultats globaux prendront plusieurs mois », a-t-il ajouté.

Londres informé des risques depuis 1997

Des responsables du ministère australien de la défense jusque-là muet dans cette affaire ont indiqué ce jeudi que les 200 soldats ayant servi en Bosnie et au Kosovo dans les rangs américains ou britanniques seront prochainement examinés, à la recherche d’un éventuel syndrome des Balkans.

Le quotidien anglais The Guardian a par ailleurs révélé dans son édition de ce jour que le ministère britannique de la Défense connaissait depuis 1997 les risques de cancer liés à l’exposition à des munitions à uranium appauvri. Selon un rapport médical daté du 4 mars 1997, la poussière produite par l’explosion de ce type de munitions « augmente les risques de cancer lymphatique, de cancer des poumons et du cerceau ». Le document explique que les soldats non-protégés travaillant dans un véhicule touché par un obus à uranium appauvri sont exposés à des niveaux d’uranium huit fois plus élevés que la norme fixée par le ministère. « Bien que la toxicité chimique soit faible, il peut y avoir une irradiation localisée du poumon entraînant un cancer », indique le rapport qui poursuit en concluant que la « poussière d’uranium est par conséquent dangereuse ».

Un expert « très inquiet »

Mais le ministère britannique de la Défense a réagit en objectant que le rapport n’était qu’un brouillon rédigé par un stagiaire et qu’il n’a de toute façon jamais été validé. « Bien que l’essentiel soit exact, certains éléments sont scientifiquement inexacts ou trompeurs », affirme-t-il dans un communiqué.

Un expert auditionné par le comité parlementaire sur les questions de Défense a pourtant indiqué que le risque de cancer suite à l’exposition à l’uranium appauvri était « très réel ». Le professeur Malcolm Hooper, de l’université de Sunderland, a affirmé -sans vouloir être « alarmiste »- que « si je vivais près d’un site de production de munitions, je serai très inquiet ».

Scepticisme en Russie

Le général Anatoli Kornoukov, commandant des forces aériennes, a vivement dénoncé jeudi les déclarations des responsables américains qui ont démenti connaître l’existence d’un « lien direct » des munitions à uranium appauvri avec le « syndrome des Balkans ». « Toutes les déclarations à ce sujet des représentants de l’administration américaine, y compris celles du secrétaire d’Etat Madeleine Albright, sont destinées à des amateurs », a-t-il dit. Selon lui, les Américains ont préféré bombarder les pays de l’ex-Yougoslavie avec de vieux obus de ce type plutôt que de les retraiter, ce qui coûtait plus cher. Quant à la Russie, elle a « renoncé depuis longtemps » à cette catégorie de munitions, a-t-il ajouté.

Propagande de Milosevic

Selon Laszlo Botz, un haut responsable des renseignements hongrois, le syndrome des Balkans consiste en une « hystérie » directement « provoquée par le régime de Milosevic ». « Lier les radiations radioactives et les armes à l’uranium appauvri a fait partie de la propagande anti-OTAN de Milosevic », a-t-il déclaré à la radio, poursuivant qu’il n’était pas exclu que l’armée yougoslave « ait délibérément disposé du matériel radioactif dans les zones critiques ».

Tsahal a utilisé de l’uranium

Selon un porte-parole militaire, l’armée israélienne a utilisé jusqu’à l’année dernière des obus à l’uranium appauvri de fabrication américaine. « Il n’y a pas de risque d’irradiation avec ce type d’obus et, au cours des années, toutes les précautions ont été prises », a-t-il indiqué. Il a toutefois refusé d’expliquer pourquoi, dès lors, les obus ont été retirés.

Le quotidien israélien Yédiot Aharonot, qui a révélé l’affaire, affirme que ces munitions ont été mis en service pendant 20 ans et que des soldats dormaient parfois à côté des stocks. Le journal indique également que leur emploi était rare.

Environnement

Enfin, le Programme des Nations Unies pour l’environnement s’est déclaré pour l’instant dans l’impossibilité immédiate de tirer des conclusions sur les effets des munitions à uranium appauvri sur l’environnement. Les experts du programme ont toutefois demandé ce jeudi le bouclage des 112 sites du Kosovo où des munitions à l’uranium appauvri ont été utilisées par l’OTAN afin de protéger la population locale. Le PNUE recevra dans les sept prochaines semaines les résultats des analyses de prélèvements effectués en novembre sur 11 de ces sites.

Source: Nouvel Observateur (11/01/2001)

« Syndrome des Balkans » : l’OTAN veut rassurer

L’OTAN va mettre en place un comité spécial chargé d’étudier les conséquences sur la santé des soldats de l’utilisation de l’uranium appauvri pendant les guerres en Bosnie et au Kosovo. Une réponse aux pays européens qui demandent des informations sur un éventuel « syndrome des Balkans ». A Paris, Jacques Chirac et Lionel Jospin prônent une « totale transparence ».

L’OTAN réagit

« Nous allons mettre en place un comité spécial sur l’uranium appauvri », le secrétaire général de l’Alliance, George Robertson, a tenu une conférence de presse mercredi à Bruxelles pour répondre aux inquiétudes quant à un éventuel syndrome des Balkans.

George Robertson s’est dit « confiant qu’il y ait peu de risques dans les munitions » utilisées par les militaires américains en Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999.

Paris promet la transparence

Jacques Chirac et Lionel Jospin ont promis mercredi de traiter le dossier du « syndrome des Balkans » dans une « totale transparence » et de lui appliquer le principe de précaution déjà invoqué pour la sécurité alimentaire. Le ministre de la Défense Alain Richard a affirmé mercredi devant l’Assemblée nationale que la France, qui dispose de munitions à l’uranium appauvri, avait décidé de ne pas les utiliser mais qu’elle n’était pas, en revanche, favorable à un moratoire sur leur emploi.

La France a fait des tests dans les années 80 à Bourges

Des munitions à l’uranium appauvri ont été testées au centre d’essais ETBS (Etablissement technique de Bourges et surveillance industrielle armement) de Bourges (Cher) dès le début des années 80 et pas seulement depuis dix ans, affirme un responsable CFDT qui réclame une enquête épidémiologique et souligne que la France avait testé, avant de produire ses propres obus, des munitions américaines. Le directeur du centre d’essai, Alain Picq, avait indiqué auparavant que, depuis dix ans, de 1.400 à 1.500 tirs d’obus à l’uranium appauvri avaient été effectués, dans de strictes conditions de sécurité et que les contrôles sanitaires n’avaient rien révélé d’anormal.

L’Europe est inquiète

L’Europe se mobilise pour la santé de ses soldats qui ont pu être exposés dans les Balkans à une contamination à l’uranium appauvri. 40.000 soldats environ ont servi -ou servent encore-dans les Balkans. Certains ont pu se trouver exposés à de l’uranium appauvri contenu dans des obus américains tirés lors des interventions en Bosnie et au Kosovo. L’uranium appauvri est un métal lourd, très faiblement radioactif utilisé dans les armes anti-chars.

A Paris la mission parlementaire présidée par l’ancien ministre de la Défense Paul Quilès, a auditionné à huis clos le médecin général Jean-Yves Treguier, spécialiste de la protection radiologique qui a indiqué que « les soldats français qui le souhaitent peuvent être testés pour une éventuelle contamination résultant de l’emploi de munitions à l’uranium appauvri. « 

Selon le général Tréguier, « les laboratoires français ont la capacité de procéder à 150 dépistages de ce type par mois. » Mais les tests effectués à partir de prélévements d’urine sont coûteux.

A l’issue de cette audition, Paul Quilès, président de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale a montré du doigt les Etats-Unis, les accusant d’avoir laissé utilisé ces armes « sans information sur leur caractère dangereux », dénonçant « un problème sérieux qui est aussi celui de la loyauté des Etats-Unis par rapport à leurs alliés ».

Le président Jacques Chirac s’est déclaré « particulièrement attentif à la protection de la santé » des militaires français et a souhaité, en accord avec le gouvernement, que cette affaire « soit traitée dans une totale transparence ».

Le dépistage des soldats français

Un depistage va être effectivement prochainement organisé… On en connait pas encore tous les détails mais hier, le service de santé des armées precisait que chaque soldat ayant servi en Bosnie ou au Kosovo pourrait être soumis à des analyses médicales s’il le souhaite, en cas de doute ou de crainte .

Pratiquement il s’agit de contrôle des urines afin de détecter la présence d’uranium entrant dans la composition des ces armes anti char.

Quand on parle uranium, atome, les avis des experts sont parfois tres opposés, ce qui étonne les scientifiques c’est la rapidité incroyable de l’évolution des leucemies décelées car l’uranium appauvri notamment les particules, ..les poussières dégagées après sa combustion au moment de ll’impact sur sa cible quand elles sont inhalées peuevnt atteindre, reconnaissent les médecins, bein sûr les poumons mais aussi se fixer sur les os.

Mais les doses absorbées ne semblent pas assez importantes pour expliquer ce coté foudroyant de la maladie.

Voilà pourquoi le depistage et les enquêtes vont certaiment aussi se pencher sur les risques liés au produits chimiques, ceux peut être détenus dans des dépôts serbes, mai aussi ceux appartennant aux forces de l’OTAN, comme le benzene, des colles spéciales ou des peintures.

Enquête et mobilisation

Londres a décidé aussi de mettre des tests à la disposition de ses vétérans et va mettre en place « un programme de dépistage volontaire » .

Par ailleurs plusieurs délégations internationales se sont rendues mardi 9 janvier au Kosovo pour examiner les risques posés par l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri.

L’Italie avait demandé une réunion du comité politique de l’OTAN pour obtenir un moratoire sur ces munitions qui auraient provoqué des leucémies chez des soldats européens engagés dans les opérations de l’OTAN dans l’ex-Yougoslavie. Mais les 19 alliés ont rejeté ce moratoire lors d’une réunion mardi 9 janvier.

Les pays membres sont d’accord pour que tous les rapports nationaux sur les conséquences en matière de santé de l’usage des munitions à l’uranium appauvri soient collectés et échangés au sein de l’OTAN.

Les Verts européens ont réclamé un débat au Parlement européen dès la semaine prochaine.

Après le « syndrome du Golfe », le « syndrome des Balkans »

En Italie, On dénombre une trentaine de malades suspects dont 6 leucémies mortelles.

Quatre militaires belges, deux Néerlandais et un Portugais sont également décédés , victimes de leucémies après leur retour des Balkans.

A Paris, le ministère de la Défense a révélé que quatre soldats français, ayant servi en ex-Yougoslavie, sont actuellement traités pour leucémie dans des hôpitaux militaires.

Des enquêtes vont être menées pour savoir si ces obus peuvent être en cause. On évoque aussi la pollution des rivières au Kosovo, pleines de plomb, la pollution atmosphérique ou encore la nourriture.

En Grande-Bretagne, un premier cas a été rendu public : un ancien ingénieur de l’armée britannique dit souffrir du « syndrome des Balkans ».

Un soldat espagnol de 35 ans a été hospitalisé après son retour des Balkans avec un diagnostic de « tumeur maligne des glandes lymphatiques ».

La Russie va faire passer des examens médicaux à ses soldats.

La Pologne a dépêché au Kosovo un groupe de six experts militaires pour une enquête. 400 soldats tchèques ayant servi au Kosovo vont subir un contrôle médical ainsi que 400 soldats lettons.

En revanche, selon les médias serbes, les autorités yougoslaves n’ont pas constaté dans la population une augmentation des cancers liés à l’utilisation d’uranium appauvri pendant les bombardements.

Bernard Kouchner, chef de la mission de l’ONU au Kosovo, doit rencontrer des responsables de la santé pour discuter des répercussions possibles de l’uranium appauvri sur la population.

Celui qui est encore pour quelques jours administrateur civil des Nations unies au Kosovo, s’est voulu rassurant: « Il ne faut pas s’affoler, personnellement, je ne crois pas aux relations entre l’uranium appauvri qu’on utilise en médecine ou pour la protection, et les leucémies ».

Le droit de savoir

« Que l’OTAN dise la vérité », exige le président du conseil italien, Guliano Amato laors que le président de la Commission européenne, Romano Prodi, demande l’abolition de ces armes.

Une demande d’explications soutenue par Paris. Le ministre de la Défense Alain Richard a appelé les Américains à donner des explications et « à être ouvert sur le sujet ». Il a cependant assuré que « tout, pour l’instant, confirme que ces munitions peuvent être utilisées ».

La présidence suédoise de l’Union européenne (UE) a par ailleurs estimé qu’une action urgente s’imposait pour analyser ces problèmes de santé et l’Union européenne a décidé l’ouverture d’une enquête informelle sur les liens éventuels entre l’utilisation d’uranium appauvri dans le conflit en ex-Yougoslavie et l’apparition de maladies, voire de décès, chez des militaires de plusieurs pays de l’OTAN .

Le Pentagone rejette l’idée d’interdire les munitions à uranium appauvri en minimisant les risques pour la santé ou l’environnement

L’affaire du syndrome des Balkans ne suscite guère de remous aux Etats-Unis, ni dans les médias ni dans l’opinion publique.

Le porte-parole du Pentagone a sèchement expliqué que rien ne permettait d’établir un lien entre l’uranium appauvri et les symptômes constatés sur les soldats en Europe. Rien pour l’instant en tout cas, car les officiels américains reconnaissent qu’il est nécessaire de poursuivre les analyses scientifiques.

Ces interrogations ne sont pas nouvelles aux Etats-Unis, elles ont déjà été soulevées il y a dix ans après la guerre du Golfe où les forces américaines ont également utilisé l’uranium appauvri dans leur arsenal contre l’Irak. Il y a bien eu à l’époque un syndrome de la guerre du Golfe qui n’a jamais été expliqué par l’uranium appauvri. Le pentagone se déclare prêt à étudier les découvertes faites par les alliés de l’Otan si elles sont probantes.

Les Nations Unies de leur côté, ont ouvert une enquête sur le terrain à la demande du secrétaire général de L’ONU. Des résultats complets seront connus en mars. Mais selon des indications préliminaires de ce rapport de l’ONU on a bien relevé une présence de radioactivité sur les sites bombardés par l’Otan au Kosovo, mais les experts de l’ONU ne se prononcent pas sur les conséquences de cette radioactivité sur la santé du personnel militaire.

L’Otan et les USA nient tout lien entre les cancers et les armes incriminées

Afin de tuer dans l’oeuf cette polémique qui enfle chaque jour un peu plus, le secrétaire général de l’Otan a déclaré ce matin à Bruxelles que l’Alliance Atlantique n’avait rien à cacher. En début d’apès-midi, George Robertson devrait tout de même en dire un peu plus, une conférence de presse est oraganisée au siège de l’Otan où se sont réunis durant la matinée les ambassadeurs des différents pays membres. Une réunion on l’imagine assez tendue, car les Européens demandent des comptes à l’Alliance atlantique et donc aux Etats-unis.

Le problème c’est que, si aujourd’hui les Américains démentent tout lien direct entre les munitions à uranium appauvri et le syndrome des Balkans, ils avaient tout de même informé leurs alliés dès 1999 que des mesures de prévention devaient être prises par les troupes entrant au Kosovo en raison de l’utilisation de ces fameux obus. Pourquoi de telles mesures, si officiellement il n’ y a aucun danger, c’est tout l’interrogation soulevé par les pays ayant participé aux opérations de maintien de la paix dans les Balkans.

Comment expliquer ces cas de leucémie ?

La question posée porte sur l’utilisation de munitions à uranium appauvri : des obus de 30 mm spécialement durcis par ce matériau et pouvant percer tous les types de blindage. Les chasseurs de chars américains A10 sont dotés d’un canon rotatif qui tire ce genre d’obus. Ces avions sont particulièrement intervenus sur les hauteurs de Sarajevo où étaient installés l’artillerie et les véhicules blindés serbes. 10.800 obus ont été tirés au Kosovo, on s’en souvient. L’ OTAN s’est livrée à l’attaque systématique des chars des transports de troupes des hommes de Milosevic : 30.000 Munitions, pour des résultats pas forcément convaincants !

L’alliance estime qu’aucune étude ne prouve qu’il y a un lien direct entre l’utilisation de l’uranium appauvri et les différents cas de leucémie. Le ministère français de la Défense est sur la même longueur d’onde, mais reconnaît qu’il faut répondre à certaines questions.

Que ce soit pendant la Guerre du Golfe, en Bosnie et au Kosovo, l’armée française n’a jamais utilisé ce type de munitions. Certes les AMX 30 b2 français sont dotés d’obus de 105 mm à uranium appauvri, mais ils n’ont jamais été engagés sur le terrain. C’est bien en comparant les lieux où précisément les soldats malades ont servi qu’on pourra se faire une idée plus précise des causes possibles de leur leucémie.

Source: RTL (11/01/2001)

Plus de 2 000 obus à l’uranium appauvri testés en France

Les obus à l’uranium appauvri sont régulièrement tirés en France, dans le cadre de deux centres d’essais de la Délégation générale pour l’armement (DGA), à Bourges (Cher) et à Gramat (Lot). Ces munitions sont aujourd’hui suspectées d’être à l’origine du «syndrome des Balkans», ces leucémies dont souffrent d’anciens militaires. Depuis 1987, plus de 2 100 obus de calibre 105 et 120 millimètres ont ainsi été testés. Selon toute vraisemblance, ces armes n’ont jamais été utilisées par la France dans le cadre d’un conflit.

Enceinte confinée

Comme le révélait Libération du 15 juin 2000, le centre d’essais de Gramat (CEG) abrite le «site de tir uranium» où sont mesurés les effets de l’impact de ses obus contre des blindages. L’hiver dernier, cet établissement très secret avait été sous les feux de l’actualité, lorsqu’une équipe de spéléologues s’y est retrouvée coincée dans un grotte pendant plusieurs jours. Au pied de grandes falaises de calcaire, une tranchée de deux cents mètres aboutit à une énorme sphère de béton blanc.

Une ou deux fois par an, une dizaine d’obus sont tirés dans cette enceinte confinée. L’air est soigneusement filtré afin de bloquer toutes les particules d’une taille supérieure à 0,1 micron. La radioactivité est sans cesse contrôlée et les rares personnels soumis à une surveillance particulière. C’est dire si la DGA prend au sérieux les risques de contamination chimique et radioactive, ceux-là même que le ministère de la Défense s’ingénie à minimiser.

Tests en plein air

Le polygone de tir de l’ETBS (Etablissement technique de Bourges) s’étend sur une trentaine de kilomètres à proximité de la capitale berrichonne. C’est le second lieu d’essais des obus à l’uranium appauvri. En dix ans, environ 1 400 tirs y ont eu lieu, soit deux fois plus qu’à Gramat (750). Il s’agit essentiellement d’étudier leur balistique et les munitions finissent leur trajectoire dans du sable. Là encore, les tests qui se déroulent en plein air sont entourés de nombreuses précautions, explique-t-on à la DGA.

En revanche, l’armée affirme n’avoir jamais essayé ces munitions. «Nous n’en avons jamais tiré à l’exercice ou à l’entraînement», assure le lieutenant-colonel Martin Klotz, en charge des obus à l’uranium appauvri à l’état-major de l’armée de terre. «Pour former les équipages de char, nous utilisons des simulateurs.» L’armée de terre possède un petit stock d’obus de 105 mm, répertoriés sous le sigle barbare d’APFSDS-T OFL 105 E2. Ils sont entreposés à Brienne-le-Château (Aube). En revanche, l’armée de terre ne dispose pas de telles munitions pour son nouveau char Leclerc, contrairement à ce qui a été longtemps affirmé. L’obus de 120 mm est techniquement prêt, mais la décision de le produire n’a pas encore été prise.

Ces obus sont fabriqués par Giat-Industries, dans son établissement de La Chapelle-Saint-Ursin (Cher), à partir de «flèches» en uranium appauvri usinées par la Société industrielle du combustible nucléaire (SICN, groupe Cogema) à Annecy.

Source: Libération (11/01/2001)

La Mission parlementaire relève les contradictions des militaires français

Que cache l’armée française sur l’uranium appauvri ? Telle est la question que se pose avec une vigueur croissante la Mission d’information parlementaire sur les risques sanitaires encourus par les soldats français engagés dans la guerre du Golfe en 1991.

Créée en octobre 2000 et présidée par Bernard Cazeneuve (PS, Manche), la Mission a auditionné plusieurs officiers supérieurs. Mais ceux-ci apportent des réponses contradictoires. Le 7 novembre 2000, les députés demandent au général Maurice Schmitt, qui était en 1991 chef d’état-major des armées : « Les Etats-Unis vous ont-ils informés de l’utilisation d’uranium appauvri ? » M. Schmitt répond : « Nous n’avions pas besoin d’être informés, nous le savions. (…) Il n’y avait pas lieu de poser la question. » Or, le 31 octobre, le général Michel Roquejoffre, ancien responsable des forces armées auprès de l’état-major allié, avait indiqué que, « cela [l'emploi d'uranium appauvri par les Etats-Unis], je ne l’ai appris qu’après. Pas par des officiers américains, mais par la presse, plus tard ». Et, le 12 décembre, le général Janvier, ancien commandant de la division Daguet, répond : « Nous n’avions aucune connaissance des éventuelles nuisances liées à l’uranium appauvri. (…) J’ignorais que les obus des avions A-10 contenaient de l’uranium appauvri. »

Cette contradiction entre les généraux Schmitt et Roquejoffre et Janvier trouble les parlementaires. Et d’autant plus que d’autres éléments montrent que l’armée française avait une bonne connaissance des armes à l’uranium appauvri. L’Observatoire des armes nucléaires françaises a en effet révélé que la France a bénéficié en 1979 d’une licence d’exportation par les Etats-Unis de 102 kg d’uranium appauvri sous la forme de pénétrateurs destinés à des tirs d’essais.

Des essais ont eu lieu dès 1990 à l’ETBS, le centre d’essais de Bourges (Cher), comme le révèle La Nouvelle République du 10 janvier. D’autres licences d’exportation ont ensuite été approuvées par la Nuclear Regulatory Commission des Etats-Unis, le 3 janvier 1991 , pendant la crise du Golfe – les procédures avaient donc été engagées auparavant – pour la fourniture de 75 tonnes d’uranium appauvri pour fabrication de munitions, et en 1993 pour 1 000 tonnes.

« On fabrique et on teste des obus à l’uranium appauvri en France, et on n’est pas au courant des risques ? », s’étonne Michèle Rivasi (app. PS, Drôme), rapporteur de la Mission. Mme Rivasi relève par ailleurs que des documents non classifiés de l’armée américaine soulignaient, en juillet 1990, les risques des explosifs à l’uranium appauvri. Une étude réalisée pour l’Armée américaine par Science Applications International Corp. souligne que « les aérosols d’uranium appauvri sur le champ de bataille pourraient avoir des effets radiologiques et toxicologiques ». Ces informations peuvent-elles avoir échappé à l’attention des ingénieurs et des militaires étudiant ces obus, qui ont par ailleurs été mis en fabrication à grande échelle en 1995 par la SICN à Salbris (Loir-et-Cher) ?

La Mission d’information va étendre son investigation au « syndrome des Balkans », a annoncé Paul Quilès, président de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, lors des auditions de la Mission, le 9 janvier. Les parlementaires pourront ainsi interroger les responsables sur ce qu’ils savaient de l’uranium appauvri lors de l’engagement au Kosovo.

Bernard Cazeneuve a par ailleurs écrit le 5 décembre 2000 au ministre de la défense, Alain Richard, pour lui demander des précisions relatives à la composition isotopique des obus incorporant de l’uranium appauvri, aux instructions données aux personnels et aux obus flèches éventuellement utilisés par l’armée à titre d’expérimentation dans les opérations du Golfe. La Mission n’a pas encore reçu de réponse sur ces points.

Source: Le Monde (10/01/2001)

Des armes tuent après la guerre

Pascal Boniface est le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Il répond aux questions de l’Humanité.

Quels développements peut-on attendre des positions des uns et des autres face au  » syndrome des Balkans  » ?

Pascal Boniface. Soit l’OTAN change sa façon de communiquer et admet que les armes à uranium appauvri posent problème et décide de ne plus les utiliser à l’avenir. Soit l’OTAN continue sur la même ligne en disant qu’il n’existe pas de lien évident entre ces armes et les pathologies constatées, et alors le fossé va se creuser entre les opinions publiques européennes et les Etats-Unis sur ce sujet. · l’heure actuelle, la voix de l’OTAN est la voix des Etats-Unis à peine voilée, qui consiste à ne pas reconnaître les faits et à dire qu’il ne faut pas s’inquiéter. Or les opinions publiques commencent à manifester leur désaccord avec ce point de vue.

Doit-on envisager une interdiction de l’utilisation des armes à uranium appauvri ?

Pascal Boniface. Il s’agit d’une question de nature politique. L’interdiction de ces armes est inéluctable car l’opinion publique ne peut accepter que des armes continuent de tuer une fois la guerre terminée. L’opinion publique accepte que l’on débatte d’une question comme celle de l’intervention au Kosovo par exemple. C’est légitime et même si les gens sont divisés, ils admettent le débat. En revanche, sur une question comme celle de l’uranium appauvri, il est évident qu’une très grande majorité de l’opinion publique n’est pas prête à accepter des tergiversations sur des armes qui continuent de tuer après leur utilisation.

Si l’on aboutit à un traité sur l’interdiction des armes à uranium appauvri, il n’est pas sûr que les Etats-Unis le signent…

Pascal Boniface. En effet, il se peut que les Etats-Unis décident de ne pas signer un traité international visant à interdire l’utilisation des armes à uranium appauvri. On peut dresser un parallèle avec les mines antipersonnelles qui sont également des armes qui continuent à tuer après la fin des conflits et dont les Etats-Unis ont refusé de signer le traité d’interdiction. Les Etats-Unis peuvent très bien décider de faire preuve d’une attitude unilatérale comme ils sont habitués à le faire en matière de traités internationaux. Ils n’ont pas ratifié les traités sur la fin des essais nucléaires, ils n’ont pas ratifié le traité sur les mines antipersonnelles et ne ratifieront certainement pas le traité sur la Cour de justice internationale.

La nouvelle administration américaine peut-elle apporter un changement sur cette question ?

Pascal Boniface. On peut craindre un raidissement de la nouvelle équipe gouvernementale qui, a priori, n’affiche pas une grande sensibilité à l’égard de l’opinion publique, encore moins celle des Européens. Quant à Colin Powell, le nouveau secrétaire d’Etat qui fut chef d’état-major durant la Guerre du Golfe, il a pu voir les dégâts que la polémique américaine sur le  » syndrome du Golfe  » a causés en termes d’image au Pentagone. Mais Colin Powell souhaite s’inscrire dans une stratégie militaire consistant à frapper fort et vite pour ne pas mettre les soldats américains en danger. Dans cette logique, les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à admettre une interdiction des armes à uranium appauvri.

Source: L’Humanité (10/01/2001)

Les alternatives à l’uranium appauvri pour la fabrication d’armes existent

L’uranium appauvri est très dur, c’est sa grande qualité militaire. Mais il est potentiellement dangereux pour la santé. C’est une tare rédhibitoire, qui finira sans doute par le faire disparaître des arsenaux, principe de précaution oblige.

L’uranium appauvri (UA) est un métal utilisé par les militaires pour sa très grande densité qui lui permet de percer les blindages. Il ne s’agit donc pas d’une arme nucléaire qui explose à la suite d’une fission. La législation française considère néanmoins ce métal comme un «matériau nucléaire», à cause de sa radioactivité. Selon la Crii-Rad, un laboratoire indépendant proche des milieux écologistes, celle-ci est inférieure de 23 % à celle de l’uranium naturel.

Antichar

La densité de ce métal lourd (19) permet de construire des «pénétrateurs» qui équipent les obus antichars. L’idée remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsque le ministre de l’Armement du Reich, Albert Speer, décida d’employer de l’uranium à cause des pénuries de tungstène, un métal également très dur, mais beaucoup plus cher et moins fusible. L’idée fut reprise par l’armée américaine à la fin des années 60. Il s’agissait alors de «casser» du char russe, dans le cas d’une guerre en Europe. Un avion, le Fairchild A-10, fut développé dans ce but. Il est armé d’un canon rotatif, le GAU-8A tirant des petits obus de 3 centimètres de diamètre à un rythme diabolique de 4 200 coups par minute. Pour compenser la faible taille des obus, il fallait un métal plus dur que l’acier. D’où l’idée d’utiliser de l’uranium appauvri, un sous-produit de l’industrie nucléaire. Bruno Barillot, del’Observatoire des armes nucléaires , estime à «cent millions» le nombre de cartouches produites par l’industrie américaine pour le GAU-8A.

L’US Army dispose de son côté d’obus antichars de 105 et de 120 mm, produits à plus d’un million et demi d’exemplaires. L’uranium appauvri est aussi utilisé, sous forme de plaques, pour renforcer le blindage des chars Abrams. Enfin, une série de munitions de petit calibre ont été développées, en particulier pour le système antimissile Phalanx. Ces obus ont été utilisés à trois reprises. La première fois contre l’Irak en 1991: 940 000 obus d’avions et 14 000 de chars ont été tirés, soit environ 300 tonnes d’uranium appauvri déversées sur le Koweït et l’Irak. En 1994-1995, l’US Air Force attaqua les forces serbes en Bosnie avec 10 800 obus, puis l’armée yougoslave au printemps 1999 lors de la guerre du Kosovo avec 31 000 obus – soit 12,5 tonnes de métal radioactif tirées sur les Balkans.

En dehors des Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni et la France fabriquent des munitions à l’UA. Une association britannique, Campaign Against Depleted Uranium , estime qu’«approximativement dix-sept pays» en possèdent, la plupart situés au Moyen-Orient. La Grèce, dont les autorités dénoncent les frappes américaines, en possède sans doute. La France s’est doté uniquement d’obus pour ces blindés. Comme la Grande-Bretagne, elle s’est procuré environ mille tonnes de ce métal aux Etats-Unis. Les obus ont été usinés par Giat-Industries et essayés dans les établissements de la Délégation générale pour l’armement de Bourges (Cher) et de Gramat (Lot). Il s’agit d’obus de 105 mm destinés aux chars AMX-B2, stockés à Brienne-le-Château (Aube). Un autre obus, de calibre 120 mm et destiné aux chars Leclerc, est en cours de production. Le ministère de la Défense assure que l’armée française n’a jamais utilisé ces munitions, ce qui est fort probable.

Avantage unique

Les militaires peuvent-ils se passer de ces armes, comme le demandent aujourd’hui l’Italie ou l’Allemagne? «Cet obus nous donne une allonge supplémentaire, c’est-à-dire qu’il nous permet de détruire un char ennemi avant que celui-ci puisse nous tirer dessus», explique un officier de l’armée de terre. C’est l’unique avantage de cette arme, non négligeable lorsque l’on souhaite la guerre «zéro mort». Des solutions de remplacement existent (obus au tungstène, munitions «intelligentes»), alors que le combat antichar n’est plus aussi prioritaire que durant la guerre froide. Mais les militaires hurlent toujours au loup lorsque les civils se mêlent de vouloir les priver d’une arme. Cela a été le cas pendant des années avec les mines antipersonnel avant que le communauté internationale décide de les bannir, en 1997. L’armée française a finalement obtempéré en détruisant l’ensemble de son stock. Quelques mois avant, le nombre de mines était encore un «secret-défense», comme l’est aujourd’hui celui des obus à l’uranium appauvri.

Source: Libération (10/01/2001)

Qui est pauvre et méchant ? l’Uranium de l’OTAN

Le syndrome des Balkans toucherait-il la France ? Quatre militaires français ayant séjourné dans les Balkans sont actuellement hospitalisés et soignés en France pour des leucémies.

C’est ce qu’a révélé jeudi, le porte-parole du ministère de la Défense, et ces cas correspondraient à une proportion plus élevée que la normale dans cette classe d’âge. En réponse à l’inquiétude qui règne dans les milieux militaires, (plusieurs pays européens ont annoncé eux aussi des cas de leucémie et des décès suspects de soldats ayant servi dans l’ex Yougoslavie) les pays de l’OTAN se réuniront mardi afin de débattre du problème. L’Union européenne se penchera sur la question le même jour et pourrait déclencher sa propre enquête sur les effets de l’utilisation d’uranium appauvri dans les munitions anti-blindage. Par ailleurs, une équipe de scientifiques de l’ONU a découvert, sur onze sites atteints par les projectiles de l’OTAN au Kosovo, des débris à base de d’uranium appauvri et des traces de radioactivité dans huit d’entre eux. Pekka Haavisto, qui dirige l’équipe d’évaluation du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a affirmé sa surprise quant à ce constat un an et demi après la fin du conflit. En plus du risque de contamination des nappes phréatiques qui est très élevé, le PNUE reconnaît qu’il n’est pas anodin pour la santé de manipuler ces débris. Un rapport complet devrait être disponible au mois de mars.

En France et selon l’état actuel des travaux, le ministère de la Défense souligne que l’uranium appauvri est un métal lourd qui à l’instar du plomb peut avoir des effets néfastes sur le système rénal et hépatique. Les écologistes, eux, estiment que ces munitions à uranium dégageraient, après l’impact, des poussières radioactives provoquant des cancers. Bien entendu, les autorités américaines (qui ont fait tirer en 1999 sur le Kosovo 31 000 munitions à l’uranium appauvri) ne croient pas une seconde à ces allégations et n’imaginent pas qu’il puisse y avoir une causalité entre le maniement de ces armes et les maladies dont souffrent certains militaires…

Source: @Medica (09/01/2001)

Des obus à usages multiples dans la panoplie américaine

Parce qu’il est un matériau qui contribue autant à protéger des véhicules blindés qu’à les perforer, l’uranium appauvri (UA) constitue, de longue date, la base de munitions largement utilisées par les armées américaines. Ainsi, l’armée de terre en a équipé son char Abrams sous la forme d’un obus de 120 mm, baptisé M. 829, en ayant cependant pris soin d’insérer des plaques d’UA entre deux plaques de blindage classique en acier, pour en garantir l’invulnérabilité. Elle a monté des munitions UA de 25 mm dans le canon Bushmaster de ses véhicules blindés d’infanterie Bradley. L’avion Harrier AV8 à décollage et atterrissage verticaux dispose d’obus UA de 25 mm. La marine des Etats-Unis utilise des obus UA de 20 mm pour son système Phalanx de lutte antiaérienne et antimissiles à très courte portée. Enfin, l’armée de l’air aligne des avions d’attaque au sol A. 10 Thunderbolt ou Warthog, spécialisés dans le combat antichars, dont le canon principal à sept bouches tire des obus UA de 30 mm à la cadence impressionnante de 3 000 coups/minute.

Au Kosovo, c’est l’avion A. 10 qui a été le plus souvent utilisé. Cet appareil, entré en service en 1976, est déjà intervenu, avec les mêmes munitions, en 1991, contre les troupes irakiennes au Koweït. Pour l’époque, les 174 A. 10 engagés sont crédités de la destruction de 1 200 chars irakiens et d’un millier de pièces d’artillerie. Dans les Balkans, l’avion a aussi été utilisé en Bosnie, où les Américains ont avoué avoir tiré quelque 10 500 obus au total, en 1994-1995. Au Kosovo, ils estiment en avoir tiré environ 31 000 en trois mois en 1999.

« Cibles d’opportunités »

L’OTAN n’a pas rendu publics les résultats des raids. Mais on sait que des munitions UA ont été utilisées, pendant l’opération « Force alliée », contre cent douze sites au Kosovo et dix en Serbie. Dans son rapport de cent soixante-dix pages au Congrès, en janvier 2000, sur ses activités au Kosovo, le Pentagone ne fait pas spécifiquement mention des UA, même s’il relate les missions attribuées à la flotte des A. 10.

La difficulté de l’évaluation tient au fait que ces avions d’attaque au sol ont participé aux actions sur « cibles d’opportunité », c’est-à-dire des bombardements de cibles mobiles et ponctuelles – des convois blindés ou des chars à l’affût – qui ont été laissés à l’appréciation des pilotes en fonction des circonstances du moment. Les A. 10 ne sont pas les seuls avions dont l’action est difficile à apprécier : à une échelle stratégique, l’emploi des bombardiers « furtifs » B. 2, équipés de missiles air-sol JDAM et venus directement des Etats-Unis au cours d’une navigation sans escales mais avec ravitaillement en vol, a relevé du seul commandement américain.

Au sein de l’OTAN, les alliés de Washington ont été mis devant le fait accompli pour nombre de ces missions. Certains d’entre eux, à commencer par les Français et les Britanniques, s’en sont plaints, arguant que ces raids n’avaient pas été collectivement planifiés dans des instances de concertation. Ce qui induit, plus particulièrement à l’encontre des armes UA, une crainte d’autant plus vive que les mesures de protection, telles qu’elles ont pu être élaborées suite à des tests, ne sont ni suffisamment efficaces ni exhaustives pour des populations qui viendraient à être exposées près d’un feu de munitions, d’un matériel touché ou de ses débris, ou encore en cas de perforation d’un véhicule.

A sa décharge, l’avion A. 10, principal « vecteur » des UA, ne peut pas opérer à distance de sécurité, face à des défenses antiaériennes, à cause de sa lenteur. Il est vulnérable aux armes ennemies de tout calibre et il est mal protégé des agents NBC (nucléaires, chimiques et biologiques). Ce qui incite le Pentagone à envisager – c’est le projet Robohog, éventuellement lancé en 2002 – de le transformer tout ou partie en drones (avions de reconnaissance).

Source: Le Monde (09/01/2001)

Le  » syndrome des Balkans  » inquiète les capitales européennes

Plusieurs militaires européens, dont quatre français, sont victimes de cancers après avoir servi en Bosnie et au Kosovo. L’OTAN est sommée de s’expliquer sur l’utilisation de l’uranium appauvri.

Quatre soldats français soignés pour une leucémie après leur retour des Balkans, six décès attribués en Italie à un mystérieux  » syndrome des Balkans  » qui affecterait une trentaine de soldats italiens (dont la moitié de cancers) ayant participé à des missions de paix dans l’ex-Yougoslavie, cinq cas de cancers signalés en Belgique, d’autres cas similaires aux Pays-Bas et au Portugal, un officier grec atteint de leucémie, des milliers de Finlandais, Espagnols, Suisses, Allemands, Portugais, Turcs, Belges, Grecs, Tchèques et Bulgares en opération en Bosnie et au Kosovo bientôt soumis à des contrôles médicaux… De Rome à Bruxelles en passant par Porto, Madrid, Paris, Stockholm et Helsinki,  » le syndrome des Balkans  » est pris très au sérieux dans presque toutes les capitales européennes, faisant souffler un début de vent de panique.

 » Le syndrome des Balkans  » est le nom donné à un ensemble de pathologies (surtout des cancers) à l’origine inexpliquée touchant des militaires européens en mission dans cette région depuis 1992. Son nom fait référence au  » syndrome de la guerre du Golfe  » qui frappe quelque 100 000 anciens soldats américains et britanniques et pour l’instant des dizaines de français. Les autorités militaires des pays concernés ont toujours refusé d’établir un lien de cause à effet entre ces maladies et la présence des soldats dans le Golfe. Idem aujourd’hui avec l’ex-Yougoslavie. Mais plusieurs associations, notamment des écologistes, accusent l’uranium appauvri de provoquer principalement des décès, des malformations et des problèmes de stérilité. Moins radioactif à l’état naturel que l’uranium, ce métal extrêmement dense sert à percer les blindages les plus épais. Le danger proviendrait non de la radioactivité mais des poussières particulièrement toxiques que les munitions à l’uranium appauvri dégagent à l’impact.

Lors de la campagne de l’OTAN au Kosovo au printemps 1999, l’Alliance a reconnu avoir tiré plus de 30 000 obus à uranium appauvri. Dix mille de ces munitions ont aussi été tirées pendant la guerre de Bosnie en 1994-1995. Selon un haut responsable de l’armée yougoslave, les bombes de l’OTAN ont causé la contamination de cinq zones en dehors du Kosovo. Jusqu’à présent l’OTAN rejette tout lien entre l’utilisation de l’uranium appauvri et les maladies dont souffrent les soldats. Mais plusieurs pays de l’Union européenne souhaitant l’ouverture d’une enquête officielle. La Commission européenne  » a besoin de connaître la vérité  » a déclaré son président Romano Prodi :  » S’il existe le plus petit risque, alors ces armes devraient être immédiatement supprimées. « 

L’OTAN a été sommée de s’expliquer par plusieurs pays européens sur l’utilisation de l’uranium appauvri par les forces américaines. Le ministre français de la Défense Alain Richard a appelé les Américains à donner des explications et  » à être ouvert sur le sujet « . Il a cependant assuré que  » tout, pour l’instant, confirme que ces munitions peuvent être utilisées « . · la demande de l’Italie, les pays de l’OTAN doivent discuter mardi prochain de manière informelle de cette polémique avant la réunion hebdomadaire du conseil permanent de l’OTAN.

Le Pentagone américain a d’ores et déjà refusé le moratoire sur l’utilisation de l’uranium appauvri utilisé proposé par l’Italie.  » Nous ne voyons pas de raisons de santé d’envisager un moratoire maintenant. (…) Nous n’avons pas trouvé d’effets sanitaires particuliers sur des militaires américains « , a annoncé Kenneth Bacon, le porte-parole du Pentagone. Le Pentagone a également déclaré qu’aucune trace d’uranium appauvri (UA) n’a pu être décelée au Kosovo, un an après les tirs de munitions contenant ce métal contre des objectifs serbes.

Comme l’annonçait l’Humanité dès les premiers jours de la guerre du Kosovo, l’utilisation de l’uranium appauvri n’était pas sans risques pour la santé des soldats et des populations. Isolé lors sa mise en garde, l’inquiétude de l’Humanité est désormais partagée par plusieurs gouvernements européens. Le ministre suédois de la Défense, Björn von Sydow, dont le pays exerce la présidence de l’UE, s’est déclaré favorable à la proposition de son homologue belge, André Flahaut, d’analyser  » le syndrome des Balkans  » au niveau européen. L’UE a décidé de lancer une enquête informelle en attendant éventuellement de mettre sur pied une enquête officielle. La question du  » syndrome des Balkans  » sera inscrite à l’ordre du jour de la réunion du Comité de la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE (PESC), le 9 janvier prochain.

Source: L’Humanité (06/01/2001)

 » La double toxicité de l’uranium appauvri « 

Abraham Behar, spécialiste de médecine nucléaire et maître de conférence en biophysique à Paris VI, est président de l’association des Médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1985. Entretien.

Quelle est la toxicité de l’uranium appauvri ?

Abraham Behar. L’uranium appauvri a une double toxicité. D’une part, et bien qu’il soit le moins radioactif des uraniums, il a une toxicité radioactive du fait qu’il émet des rayons gamma et alpha. D’autre part, il a une toxicité chimique comme tout métal lourd. En tant que métal très dense, il est utilisé pour renforcer la capacité des obus à percer le blindage des chars. · froid, ces armes ne présentent aucun danger. Mais au moment de l’impact, elles prennent feu et libèrent des fumées et des particules en suspension. Il y a alors un double risque d’inhalation pour les personnes à proximité : la toxicité des fumées entraîne des lésions des reins et du foie, et les particules radioactives respirées se fixent dans le poumon et les os. Il y a alors la probabilité de lésions radio-induites telles que lymphomes, cancers du poumon, voire leucémies. Les effets d’une intoxication chimique sont quasi immédiats. Ceux de la radiotoxicité sont toujours différés, entre 4 et 25 ans.

A quelle distance ces armes sont-elles toxiques ?

Abraham Behar. Pour qu’il y ait un lien de cause à effet du point de vue de la radiotoxicité, il faut que ces soldats aient respiré ces fumées, donc aient été à quelques mètres de chars en feu. Tout le problème est de savoir si les soldats qui ont servi en Bosnie et au Kosovo étaient sur le terrain lors de l’utilisation de ces armes par l’OTAN. C’est très différent de ce qui s’est passé pendant la guerre du Golfe : dans le désert, en raison des hautes pressions, les fumées se sont répandues à plusieurs kilomètres. · ma connaissance, ce n’est pas le cas en Bosnie. La seule enquête à mener est donc de déterminer si les soldats ont respiré des fumées. Ensuite la réponse est simple : si oui, il est effectivement possible que les cas de leucémie et de cancer soient liés à cette exposition ; si non, cela n’a rien à voir.

Possible mais pas prouvé ?

Abraham Behar. C’est un point important. Si c’était un travailleur civil, il pourrait évoquer la  » présomption d’origine « . Un travailleur dans l’imprimerie, par exemple, n’aura pas besoin de prouver qu’il a avalé du plomb pour établir un lien avec une contamination. Savoir qu’il a été imprimeur suffit. Pour les militaires, c’est différent : il faut apporter la preuve absolue et exclusive d’une contamination. Or, par définition, les lésions radio-induites ne sont pas exclusives : ce ne sont que des probabilités. Il est donc très difficile de prouver qu’un soldat a un cancer parce qu’il a été exposé à la radioactivité de l’uranium appauvri. L’armée est donc doublement gagnante dans cette affaire. D’une part, si effectivement les soldats ne présentent pas de lésions rénales ou hépatiques – et cela s’est vu pour des soldats américains dans le Golfe qui par ailleurs avaient de l’uranium dans leurs urines -, l’armée peut décliner toute responsabilité. D’autre part, même si une enquête démontre que des soldats ont été exposés à des fumées, cela ne suffira pas à démontrer un lien de cause à effet avec un cancer.

Médicalement, quels examens peuvent établir un lien entre l’exposition et le cancer ?

Abraham Behar. Il existe un moyen objectif, et que l’on maîtrise parfaitement aujourd’hui, qui est de mesurer la quantité d’uranium émise par les urines. Il a été démontré que même si l’uranium pénètre par la voie pulmonaire, il se retrouve dans les urines. Et s’il s’y trouve, c’est qu’il passe par le rein qui est un organe très sensible. Alors la deuxième possibilité d’examen, est, en cas d’une insuffisance rénale grave, de pratiquer une biopsie pour rechercher des particules d’uranium. Mais pour l’instant, nous ne connaissons pas de cas clinique. La seule solution est donc l’analyse d’urine.

Pour les soldats exposés en 1994-1995, ces analyses peuvent-elles encore être pertinentes ?

Abraham Behar. Des études ont démontré que l’uranium reste plusieurs années dans les urines après l’intoxication. Ainsi le professeur Asaph Durakovic a montré que sur des anciens combattants de la guerre du Golfe qui avaient inhalé des fumées, des quantités d’uranium supérieures à la norme restent présentes au moins pendant cinq ans. Ces examens sont donc effectivement pertinents.

Source: L’Humanité (06/01/2001)

Des témoignages qui brisent le silence

Aux Etats-Unis, qui nient l’existence d’un  » syndrome de la guerre du Golfe « , différentes associations de vétérans ou institutions ont demandé aux soldats qui le désiraient de témoigner devant une commission du Congrès, afin de pouvoir établir un éventuel lien entre leur présence sur le terrain et les symptômes qu’ils ont développés par la suite. Voici quelques-uns de ces témoignages publiés dans le livre de Christine Abdelkrim-Delanne, la Sale Guerre propre (Le Cherche-Midi Editeur).

Carol H. Picou, sergent de première classe dans le 41e hôpital de campagne

 » Quand j’étais en Irak, j’ai commencé à remarquer des taches noires sur ma peau. Je sentais un changement en moi. Je ne pouvais plus contrôler mes intestins ni mon sphincter. Ils m’ont dit que c’était mécanique et que je devrais faire des examens en rentrant chez moi (…) · mon retour, j’ai effectivement commencé à poser des questions et j’ai eu peur pour ma carrière militaire. La suite a montré que j’avais raison. J’ai commencé à parler publiquement. Un  » vétéran atomique  » (c’est ainsi que l’on appelle les 250 000 soldats, chiffres officiels américains, irradiés durant les expériences nucléaires américaines entre 1942 et 1963), m’a dit que j’étais empoisonnée par l’uranium appauvri. J’ai commencé à chercher ce que c’était et comment je pouvais vérifier que j’étais contaminée. Ils m’ont dit que c’était impossible car je n’avais pas été blessée par des  » tirs amis « . Mais puisqu’on peut ingérer ou inhaler des particules, les respirer, j’ai insisté. Nous avons eu des tempêtes de vent chaque jour en Irak, partout.

En 1992, j’ai consulté un médecin civil. Son diagnostic : encéphalopathie due à l’exposition à une substance toxique, anomalies du système immunitaire, etc. L’armée n’a retenu pour mon invalidité que  » l’incontinence urinaire et intestinale d’origine inconnue « . Les médecins civils m’ont recommandé de faire des analyses d’urine spéciales mais m’ont avertie que cela coûtait très cher. En même temps qu’on m’a licenciée de l’armée, on m’a évidemment supprimé mon assurance maladie militaire. De plus, il fallait envoyer les échantillons à un laboratoire hors des Etats-Unis. J’ai contacté mon élu au Congrès et finalement j’ai été contrôlée en février 1994. Les résultats ont révélé la présence d’uranium. Mon médecin a minimisé l’affaire. Je suis allée à Washington et je me suis publiquement exprimée (…)

Aujourd’hui, j’ai un grave problème de mémoire, j’ai une encéphalopathie d’origine toxique, j’ai une détérioration de la thyroïde, une dégradation musculaire, je souffre d’incontinence de la vessie et des intestins et je ne peux pratiquement plus me servir de mes mains et de mes pieds. Le bébé de l’un des membres de notre unité est né sans oreilles, sans yeux et le coeur à droite. « 

Charles-Sheehan Miles, 24e division d’infanterie mécanisée, 2 mars 1998.

 » Plus tard dans l’après-midi, alors que nous étions entourés par des véhicules détruits en train de brûler, un des tanks de la compagnie a été détruit. Des explosifs et des munitions à l’uranium appauvri contenus dans le char ont été projetés sur une zone d’environ quatre cents mètres autour. Nous avons été enveloppés d’un épais nuage de fumée et de poussière qui montaient des véhicules. Plus tard, nous avons tiré deux obus d’uranium appauvri dans la tourelle afin de pouvoir nous en approcher en toute sécurité. Aucun de nous ne connaissait le danger de contamination ou d’exposition à l’uranium appauvri. Nous n’avons pas été décontaminés. Nous n’avons pas été contrôlés. Nous n’avons subi aucun examen médical approprié. L’incident n’a pas été noté dans notre rapport de service ou dans le rapport médical de service. Six semaines plus tard, c’était comme si rien ne s’était passé. Aujourd’hui, je n’ai aucune idée de ce qui est arrivé à la majorité des collègues impliqués dans l’incident. Je ne sais pas où sont les autres membres de l’équipage ni quel est leur état de santé. Nous ne connaîtrons sans doute jamais la réponse à ces questions car les documents qui existaient ont probablement été détruits entre-temps. « 

Un soldat de la 2e division blindée.

 » Nous avions 52 chars en ligne. Nous avons tiré sur les chars irakiens, les abris, les camions, tout ce qui était sur notre chemin. Une fois l’opération terminée, nous sommes revenus sur la zone de combat et nous sommes montés sur les véhicules qui étaient détruits. Nous voulions voir les dégâts que nos chars avaient faits et nous cherchions des souvenirs. Je savais que nous avions tiré des munitions d’uranium appauvri, mais on ne nous avait jamais dit de rester loin des véhicules touchés. On a fumé, mangé sans se laver les mains. Après la guerre, nous avons vu des tas de types d’autres unités grimper aussi sur ces véhicules. « 

R. R. (témoignage recueilli par l’association française Avigolfe)

 » Je signale que deux jours après notre retour en France, un cross régimentaire a été organisé. Lors de l’exercice, neuf personnes ont été prises d’un violent malaise (étouffement avec leurs langues), quatre ont été évacuées à l’hôpital. Malheureusement le brigadier-chef G. est décédé sur place d’étouffement. Quelques heures plus tard, les autorités militaires nous déclaraient qu’il était mort d’arrêt cardiaque, suite à une malformation du cour. Ce militaire avait six ans de service, il était l’un des meilleurs sportifs du régiment. Quand on sait l’entraînement des troupes d’élite à ce niveau, on est en droit de se poser des questions sur ce qui s’est réellement passé pendant la guerre du Golfe et les différents produits utilisés par les militaires français. « 

Source: L’Humanité (06/01/2001)

Le « syndrome des Balkans » inquiète l’Europe

Quatre anciens casques bleus français seraient touchés par une leucémie déclenchée au contact de l’uranium appauvri. Le département de la Défense américain affirme de son côté n’avoir trouvé aucun lien entre la maladie et l’uranium.

Le département de la Défense américaine a démenti jeudi l’existence d’un risque pour la santé des casques bleus ayant servi dans la région des Balkans où de l’uranium appauvri a été utilisé.

« Nous n’avons trouvé aucun lien entre la maladie et l’exposition à l’uranium appauvri », a indiqué jeudi Kenneth Bacon, le porte-parole en chef du secrétaire de la Défense américaine William Cohen. « Nous sommes quasiment certains de ce que nous avançons, à savoir que nous n’avons trouvé aucun lien direct », a-t-il ajouté.

Le Pentagone mène l’enquête depuis 1991, date de la fin de la Guerre du Golfe au cours de laquelle les forces américaines ont utilisé pour la première fois de l’uranium appauvri dans leurs munitions.

L’an dernier, les Nations unies ont dépêché une équipe d’experts au Kosovo où, selon Kenneth Bacon, des échantillons de terre et d’eau ont été prélevés et dont les résultats d’analyse sont attendus au printemps, a précisé le porte-parole. Il s’agit notamment de savoir s’il existe un lien entre l’apparition de ces leucémies et l’utilisation par les forces américaines de munitions comportant de l’uranium appauvri lors de la campagne aérienne de l’OTAN dans les Balkans en 1999, et en Bosnie en 1994-1995.

Toute l’Europe s’inquiète

Quatre soldats français ayant servi dans l’ex-Yougoslavie sont actuellement traités pour leucémie dans des hôpitaux militaires en France, a annoncé jeudi le ministère de la Défense, au lendemain de la demande d’explication faite par l’Italie à l’OTAN. Les quatre hommes, dont certains ont servi à la fois en Bosnie et au Kosovo, se trouvent dans un état de santé globalement satisfaisant.

Sept soldats italiens qui avaient servi dans les Balkans sont morts de leucémie, ainsi qu’un membre de la Croix Rouge italienne, et une trentaine de militaires souffrent de maladies diverses, dont des cancers. Des pays comme le Portugal, la Belgique, la Finlande, la Turquie, la Bulgarie, la République tchèque ou la Grèce, qui enquête sur un cas de leucémie d’un sous-officier, ont également fait part de leur inquiétude. La Suisse a également demandé officiellement des informations complémentaires à l’OTAN.

En Grande-Bretagne, un ancien ingénieur de l’armée britannique a déclaré vendredi souffrir du syndrome. C’est le premier cas rendu public outre-Manche. Kevin Rudland, 41 ans, a servi six mois en Bosnie. De retour en avril 1996, il a alors quitté l’armée pour fonder sa propre entreprise. Quelques mois plus tard, il commençait à perdre ses cheveux et souffrait de stress post-traumatique et d’ostéoarthriste. « Il se peut que je sois le premier cas dans ce pays, mais je crois qu’il y en a d’autres qui ne se sont pas fait connaître ou qui ignore leur état », a-t-il déclaré à l’agence Press Association. Le ministère de la Défense a assuré que Londres ne disposait d’aucun élément permettant de lier cette maladie à l’uranium appauvri.

Enfin, la Pologne a dépêché un groupe d’experts sur les lieux de stationnement de ses 2.500 soldats qui ont effectué des missions au Kosovo.

Le comité international de la Croix rouge (CICR) a de son côté indiqué ce vendredi qu’aucun de ses 32 délégués ayant travaillé au Kosovo depuis juin 2000 n’avait été contaminé par une quelconque radioactivité. Par la voix de son ministre de la Défense Federico Trillo, l’Espagne a écarté toute contamination aux Balkans de soldats par de l’uranium appauvri, malgré la mort par « leucémie ambiguë », selon les termes du ministre, d’un des leurs 3 mois après son retour de mission en ex-Yougoslavie.

Pour le moment, il n’est pas question à Bruxelles d’une enquête officielle, mais d’une étude informelle. Le sujet sera tout de même évoqué lors d’une réunion des responsables de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) prévue par la présidence suédoise de l’Union européenne le 9 janvier. Le même jour se tiendra au siège de l’OTAN une réunion informelle consacrée exclusivement au syndrome.

La CRIIRAD demande une enquête parlementaire

La Commission de recherche et d’informations indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD) appelle ce vendredi dans un communiqué à un débat national et la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’adoption par l’armée française des armes à l’uranium appauvri.

Le laboratoire privé précise que l’ »uranium appauvri est une substance cancérigène. La leucémie fait partie des risques associés à l’inhalation des micro particules émises lors des bombardements ». « Pour en finir avec quelques contrevérités », l’association souligne que l » »uranium appauvri est une substance dont la radioactivité est très supérieure à ce que l’on trouve dans la nature » et qu’il n’ »est pas un produit naturel, mais un sous-produit de l’industrie nucléaire ».

Richard demande des examens

En France, le ministre de la Défense Alain Richard a demandé que des examens soient entrepris pour recenser les affectations des quatre soldats français souffrant de leucémie, les conditions de leur séjour et les risques auxquels ils ont été exposés. Il a en outre demandé que « dans le cadre du débat qui va avoir lieu au Conseil atlantique mardi prochain, l’ensemble des partenaires de l’Alliance puissent échanger toutes leurs informations afin que chacun puisse bénéficier de l’expertise des autres. »

L’Italie demande des comptes à l’OTAN

Mercredi, l’Italie a demandé à l’Alliance atlantique des précisions sur l’utilisation de l’uranium appauvri. « La question a pris un tour grave et l’inquiétude provoquée est plus que légitime », a souligné le président du Conseil italien Giulano Amato, en invitant l’OTAN à « prendre ses responsabilités ». Le président de la Commission européenne Romano Prodi, s’est d’ores et déjà prononcé pour l’abolition des armes. Le secrétaire général de l’OTAN Lord Robertson a assuré à l’ambassadeur italien auprès de l’Alliance atlantique qu’elle fournirait prochainement toutes les informations sur l’utilisation de munitions à uranium appauvri par les forces américaines en Bosnie en 1994 et 1995.

Lors des bombardements du printemps 1999, l’Alliance a reconnu avoir tiré plus de 30.000 obus à uranium appauvri. Mais « d’après ce que nous savons, à partir de travaux menés de façon indépendante, aucune étude ne peut prouver qu’il existe un lien direct entre certains types de maladie et un contact avec l’uranium appauvri », a commenté à Bruxelles une porte-parole de l’OTAN, Simone de Manso.

Le principal risque, s’il existe, n’est pas d’ordre radioactif mais tient au fait qu’il s’agit d’un métal lourd, a de son côté expliqué le porte-parole du ministère français de la Défense Jean-François Bureau, citant les travaux menés par un groupe de travail du ministère de la Défense, mis en place depuis 1999. Comme le plomb, l’uranium appauvri peut se fixer dans les reins et le foie, avec des effets néfastes pour la santé. Des poussières de ce métal peuvent notamment se dégager après l’impact de la munition utilisée.

L’uranium appauvri, c’est quoi ?

Selon les experts, l’uranium appauvri (UA) présente des risques en raison de sa toxicité chimique, plus que pour sa radioactivité.

Métal lourd, entrant dans la composition du revêtement de munitions utilisées pendant le conflit en ex-Yougoslavie, il pourrait, selon certaines hythèses qui restent néanmoins à confirmer scientifiquement, être à l’origine du « syndrome des Balkans », qui serait à l’origine de la mort de militaires de plusieurs pays.

L’uranium appauvri est un résidu du processus d’enrichissement du minerai d’uranium utilisé dans des armes et dans les réacteurs des centrales nucléaires. Son avantage, qui réside dans sa densité, supérieure encore à celle du tungstène, considéré comme l’un des matériaux les plus denses, augmente la capacité de pénétration des obus qui deviennent particulièrement efficaces, notamment contre les blindés.

Ce type de munitions a été utilisé pour la première fois par les Américains pendant la guerre du Golfe (en janvier-février 1991), puis en Bosnie en 1994-1995, et enfin en Yougoslavie en 1999. Neuf pays utilisent ce type de munitions, parmi lesquels la France, avec l’obus 120 mm à flèche à uranium appauvri du char AMX 30.

L’uranium appauvri est 40% moins radioactif que l’uranium naturel (avant tout traitement) et 115 fois moins radioactif que l’uranium enrichi. Il est d’ailleurs si peu radioactif qu’on l’utilise en médecine pour fabriquer des boucliers anti-radiations.

Néanmoins, et à l’instar d’autres métaux lourds comme le plomb par exemple, l’uranium appauvri est chimiquement toxique.

Les obus à l’UA ont en effet la particularité de se vaporiser en partie lorsqu’ils atteignent leur cible. Et les poussières qui en résultent s’enflamment spontanément, créant un aérosol d’uranium qui peut se déplacer sur des centaines de mètres. L’inhalation des particules peut déposer celles-ci durablement dans les poumons.

Une partie des particules est soluble et est pratiquement éliminée du sang en trois jours via l’urine. En revanche, le reste est susceptible de se disséminer sous forme d’oxydes et se fixe principalement dans les os. Les particules en circulation s’attaquent surtout aux reins.

Les réactions

Voici les premières réactions à la polémique du syndrome des Balkans après que plusieurs pays européens, l’Italie en tête, aient demandé à l’OTAN de s’expliquer sur l’usage de munitions à uranium appauvri en ex-Yougoslavie

Alain Richard, ministre de la Défense: « Nous avons fait, depuis un moment déjà, un examen de la situation des militaires atteints de leucémie pour essayer d’évaluer s’il y avait une relation avec la proximité avec les des matériels qui auraient été bombardés par des obus à l’uranium appauvri. Pour l’instant, les résultats sont négatifs mais nous poursuivons les études sur ce point et nous allons participer au débat au sein de l’Alliance ». « Il faut traiter ça avec objectivité et transparence ».

George Robertson, secrétaire général de l’OTAN, « comprend complètement l’inquiétude profonde de Italie sur l’utilisation par l’OTAN de munitions en uranium appauvri dans les Balkans. (…) J’ai par conséquent demandé aux autorités militaires de l’OTAN de faire un compte-rendu aussi détaillé que possible sur les sites attaqués avec ces munitions ». Et de souligner: « Il n’ y a pas de preuves permettant d’établir une corrélation entre l’exposition à l’uranium appauvri en Bosnie ou ailleurs et des problèmes de santé liés à des radiation ».

La CRIIRAD (Commission de recherche et d’informations indépendante sur la radioactivité) appelle ce vendredi à un débat national et à la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’adoption par l’armée française des armes à l’uranium appauvri. Et de préciser que l’ »uranium appauvri est une substance cancérigène ».

Guido Venturoni, amiral et président du Comité militaire de l’OTAN, a assuré dans une interview publiée vendredi par le quotidien italien La Repubblica « vous pouvez être certain d’une chose: l’OTAN répondra à la demande de vérité de l’Italie sur l’uranium appauvri ». Et de rappeler qu’ »en 1995, l’uranium appauvri n’était pas un problème. Pourquoi quelqu’un aurait-il été obligé de souligner de manière spéciale l’usage de ces armes? ».

Bjorn von Sydow, ministre suédois de la défense, dont le pays exerce la présidence de l’Union européenne, à estimé qu’ »une action urgente s’imposait pour analyser les problèmes de santé rencontrés par les militaires ayant servi en ex-Yougoslavie. (…) Il s’est également déclaré favorable à la proposition de son homologue belge d’analyser le « syndrome des Balkans » au niveau européen ».

Federico Trillo, ministre espagnol de la Défense, a écarté toute contamination aux Balkans de soldats espagnols par de l’uranium appauvri, malgré le décès de l’un d’eux en octobre d’une leucémie.

Romano Prodi, président de la Commission Européenne, s’est prononcé pour l’abolition de ces armes.

Guliano Amato, président du Conseil italien a invité l’OTAN a « prendre ses responsabilités ». « La question a pris un tour grave et l’inquiétude provoquée est plus que légitime ». « Que l’OTAN dise la vérité ».

Christine Abdelkrim-Delanne, co-fondatrice de l’association Avigolfe, réclame une commission d’enquête. « La guerre du Golfe a servi de modèle à celle des Balkans. Ce sont les mêmes moyens militaires et les mêmes toxicités », affirme-t-elle dans Le Figaro de ce vendredi. « Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, qui produisent ces armes et ont été des acteurs-clés dans le Golfe, veulent nier les effets de ces armements ».

Source: Nouvel Observateur (05/01/2001)

Y a t-il un syndrome des Balkans?

Le « syndrome des Balkans » envahit l’Europe. De nouveaux cas de leucémie chez des vétérans de la guerre du Kosovo relancent la polémique. L’Europe réclame des explications à l’OTAN et surtout aux Etats-Unis.

« La France à son tour, après l’Italie, le Portugal et la Belgique, est touchée par le « syndrome des Balkans », un ensemble de maladies et maux divers qui affectent des soldats ayant servi en ex-Yougoslavie. Elle aussi attend des informations et des explications de l’OTAN, plus particulièrement des Etats-Unis ». En effet, quatre militaires français, ayant séjourné dans les Balkans, sont actuellement hospitalisés pour des leucémies. A la demande d’Alain Richard, Ministre de la Défense, une enquête est en cours pour connaître les conditions de leur séjour et les risques auxquels ils ont été exposés. L’uranium appauvri , utilisé par les Américains pendant la guerre du Golfe, en Bosnie et au Kosovo, pourrait être à l’origine des ces affections. « Ce n’est pas l’hypothèse de l’uranium appauvri qui est la plus probable, a déclaré sur TF1 Jean-François Bureau, porte-parole du Ministère de la Défense mais nous ne voulons pas l’écarter par principe. Nous allons travailler avec nos partenaires, au sein de l’alliance, pour savoir s’il y a eu un lien de causalité. » La France n’est évidemment pas le seul pays européen à manifester son inquiétude. C’est même l’Italie qui, suite au décès de six jeunes transalpins, anciens « soldats de la paix » en Bosnie, a relancé la polémique. « Que l’OTAN dise la vérité ! » a exigé Giuliano Amato, le président du conseil italien. »La question a pris un tour grave et l’inquiétude provoquée est plus que légitime », a t-il souligné, en invitant l’ OTAN à « prendre ses responsabilités ». D’autres pays sont montés au créneau comme la Belgique qui réclame une réunion des ministres de la Défense de l’Union Européenne pour discuter des maladies liées au « syndrome des Balkans » ou encore le Portugal, dont le gouvernement a décidé de faire subir des tests médicaux à ses 900 ressortissants qui ont été en poste au Kosovo. La Finlande, la Turquie, la Bulgarie, l’Espagne, la Pologne, la Grande-Bretagne et la Grèce sont également dans la tourmente. Seule la Suisse « estime que les risques de contamination encourus par ses soldats engagés au Kosovo sont négligeables ».

Les Américains en ligne de mire

Les Etats-Unis sont montrés du doigt car les munitions incriminées, celles comportant de l’uranium appauvri, étaient uniquement utilisées par les forces américaines durant les conflits en Bosnie et au Kosovo. La France en dispose, mais «n’a pas eu à les utiliser», a confirmé Alain Richard. « Les Américains, eux, en équipent leurs fameux avions tueurs de chars A 10. Durant les événements de Bosnie, en 1994 et en 1995, ils auraient tiré 10 000 munitions de ce type et trois fois plus au Kosovo, en 1999, avec 31 500 obus, soit une dizaine de tonnes de métal » . Certains spécialistes affirment que « ces munitions, à l’impact et en se désintégrant, dégageraient des poussières particulièrement toxiques, pouvant provoquer des cancers ». Ce que dément catégoriquement Kenneth Bacon, porte-parole du Pentagone. « Nous n’avons trouvé aucun lien entre la maladie et l’exposition à l’uranium appauvri », faisant référence à des études américaines. Même constat du côté canadien: « Les preuves scientifiques ne confirment pas que l’uranium appauvri soit un élément favorisant l’apparition de maladies spécifiques, en tout cas pas le cancer », a déclaré Greg Hogan, porte-parole des services de santé des forces armées canadiennes. (Lire dépêche Yahoo). Les Etats-Unis ont tout de même accepté de coopérer avec l’Otan dans son enquête sur le « syndrome des Balkans », mais n’ont pas l’intention de cesser d’utiliser les armes incriminées. Les pays européens ne comptent pas en rester là. Mardi prochain, à Bruxelles, la question de ces munitions sera au centre d’une réunion, sans doute houleuse.

D’autres produits à forte toxicité, comme le benzène, pourraient aussi être en cause. « Le mystère demeure donc autour de ces cas, conclut le journaliste Aurélien Graton de TF1. Une chose est sûre néanmoins: il est peu probable que les différentes affections dont souffrent ces militaires relèvent d’une simple coïncidence. » Après le syndrome de la guerre du Golfe, qui a touché plus de 100 000 soldats, une nouvelle affaire est donc en passe d’ébranler les autorités de l’armée et de provoquer les réactions les plus vives dans l’opinion publique.

Source: L’Internaute (05/01/2001)

Balkans : les morts d’après la guerre

Six jeunes Italiens, anciens « soldats de la paix » en Bosnie, sont morts récemment de cancer. « Que l’OTAN dise la vérité ! » exige le président du conseil. L’usage de munitions contenant de l’uranium appauvri est mis en cause. Cette affaire rappelle le « syndrome du Golfe »

En demandant à l’OTAN de lui fournir des explications sur l’utilisation de munitions contenant de l’uranium appauvri au cours de la guerre de Bosnie, le président du conseil italien, Giuliano Amato, a donné un coup de projecteur sur une polémique qui, pour être ancienne, a pris une soudaine ampleur ces dernières semaines dans plusieurs pays de l’Alliance atlantique. La mort d’un sixième soldat italien ayant participé aux opérations en Bosnie, en 1994-1995, dont le décès pourrait être attribué au « syndrome des Balkans » est à l’origine d’une telle démarche. Elle recoupe des inquiétudes similaires exprimées tout particulièrement en Belgique, mais aussi en Espagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Portugal et en Grèce.

Cette polémique doit être reliée à celle du « syndrome de la guerre du Golfe », qui a pris une forte ampleur aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada depuis 1994. S’agissant cependant de l’origine des décès et maladies inexpliqués de combattants ayant servi pendant le conflit avec l’Irak, l’exposition à des munitions contenant de l’uranium appauvri n’était que l’une des explications avancées : tour à tour, les gaz neurotoxiques, la pollution chimique, l’utilisation de médicaments expérimentaux comme la pyridostigmine, le « stress du champ de bataille », voire une anomalie chromosomique, ont été avancés pour tenter de fournir une explication aux quelque 100 000 cas qui, dans ces trois pays anglo-saxons, relèveraient du « syndrome de la guerre du Golfe ».

S’agissant de son « avatar » balkanique, les choses semblent plus simples mais aussi à un stade embryonnaire. Pour le moment, le président du conseil italien se borne à demander à l’OTAN des informations sur l’utilisation « géographique », en Bosnie, des munitions contenant de l’uranium appauvri. M. Amato va sans aucun doute obtenir satisfaction, comme l’a confirmé au Monde, mercredi 3 janvier, un porte-parole de l’Alliance atlantique. Cette demande de Rome a été officiellement adressée, à la fin de l’année dernière, par la représentation italienne auprès de l’OTAN et l’Italie est le seul pays à avoir agi ainsi, en dépit des inquiétudes exprimées, de façon informelle, par plusieurs autres pays membres de l’Alliance.

Au siège de l’OTAN, on rappelle que si les obus et projectiles contenant de l’uranium appauvri sont « les seuls capables de perforer les véhicules blindés », il s’agit de « munitions internationalement utilisées et légales », et il n’a donc pas été question d’ouvrir une enquête à ce sujet au sein de l’OTAN. Se fondant sur des rapports d’organisations scientifiques, un porte-parole de l’Alliance assure que l’uranium appauvri « est même moins radioactif que l’uranium naturel. Il n’y a aucune preuve scientifique, ajoute-t-il, que l’exposition à l’uranium appauvri puisse causer des problèmes sérieux pour la santé ».

Il est vraisemblable que la demande de M. Amato fera l’objet d’une réponse similaire à celle que lord Robertson, le secrétaire général de l’OTAN, avait apportée à Kofi Annan, son homologue des Nations Unies, lorsque celui-ci, en mars dernier, avait demandé des explications s’agissant de l’utilisation de munitions contenant de l’uranium appauvri lors du conflit du Kosovo, en 1999.

L’OTAN avait alors adressé à M. Annan une carte de la région montrant dans quels secteurs ces munitions avaient été employées, tout en confirmant que quelque 31 000 projectiles de ce type avaient été tirés, soit « à chaque fois » que des avions A-10 Thunderbold (les « tueurs de chars »), étaient entrés en action. S’agissant des opérations qui se sont déroulées en Bosnie dans les années 94-95, les chiffres avancés portent sur quelque 11 000 projectiles à l’uranium appauvri. La réponse – forcément dilatoire – de l’OTAN pourrait cependant ne marquer qu’une étape d’une prise de conscience européenne qui va grandissant. Le ministre belge de la défense, André Flahaut, a écrit la semaine dernière à son homologue suédois, Björn Von Sydow, pour lui demander que la Suède, qui préside l’Union européenne depuis le 1er janvier, entreprenne une démarche communautaire à ce sujet. La Commission de Bruxelles n’avait pas encore été saisie, mercredi, de cette initiative, sur laquelle M. Flahaut nous a apporté plusieurs précisions.

La Belgique, explique-t-il, en est encore « à une phase de récolte d’informations ». A ce jour, elle a constaté que sur 12 000 soldats ayant participé à des missions en Bosnie et en Slavonie, 1 600 ont fait état de « malaises divers et de problèmes de santé ». S’agissant, d’autre part, de ceux qui se sont rendus au Kosovo, si quatre cas de décès à la suite d’un cancer ont été constatés dans un seul bataillon, les analyses d’urine pratiquées en liaison avec une éventuelle exposition à l’uranium appauvri, « avant, pendant et après la mission, se sont révélées négatives ». En septembre dernier à Paris, devant le congrès de médecine nucléaire, le professeur Asaph Durakovic, ancien expert auprès du Pentagone, avait évoqué le rôle possible d’une exposition à l’uranium 236, une variété dite « appauvrie », s’agissant du « syndrome de la guerre du Golfe ». Il se basait sur les résultats d’analyses d’urine effectuées chez seize anciens combattants, montrant une « présence significative » d’uranium appauvri neuf ans après la fin du conflit.

André Flahaut reconnaît bien volontiers qu’à ce stade « aucun lien de causalité » n’a pu être établi entre les maladies et décès suspects au sein de l’armée belge et l’utilisation de munitions à l’uranium appauvri. « Je vais bientôt obtenir des informations sur la situation de l’armée belge, sur une base scientifique. Je crois donc utile de les mettre à la disposition d’autres pays. C’est une question que nous devrions examiner en commun, au niveau européen, et qui mérite de retenir l’attention d’une prochaine réunion des ministres de la défense », nous a-t-il indiqué

Source: Le Monde (04/01/2001)

Le Portugal inquiet pour la santé de ses soldats au Kosovo

Le Portugal va faire subir des tests de radioactivité à ses soldats actuellement en poste ou ayant servi au Kosovo. Cette nouvelle, rapportée par deux quotidiens de Lisbonne, n’a toutefois pour l’instant pas été commentée par le gouvernement.

C’est le dernier épisode d’un feuilleton qui traverse l’Europe, à propos de la campagne menée par l’Otan, en 1999, dans la province serbe. Les Américains auraient alors utilisé des armes contenant de l’uranium appauvri, sans prévenir leurs alliés.

Un soldat portugais de 24 ans est mort en mars dernier à Lisbonne, et son père affirme que « c’est l’uranium qui l’a tué ». « On ne connaît pas l’ampleur de la contamination, explique Fernando Carvalho, un expert de l’Institut de technologie nucléaire. C’est très difficile à dire. Si elle était limitée, alors on pourrait faire quelque chose, mais si la contamination était importante, alors on pourrait regretter de ne pas avoir effectué des tests plus tôt ».

Ces tests, toujours selon la presse portugaise, auraient été décidés pour des raisons purement politiques. A savoir l’effet sur l’opinion publique des débats déjà engagés en France, en Espagne, en Belgique et en Italie. En Italie, trois soldats sont récemment morts des suites d’une leucémie alors que huit autres souffrent de la même maladie. Mais sans que ses causes aient été encore établies.

Source: EuroNews (29/12/2000)

Rome dit avoir ignoré le recours à des armes à l’uranium appauvri en Bosnie

Le gouvernement italien a affirmé avoir ignoré que des armes à l’uranium appauvri avaient été utilisées par l’OTAN en Bosnie entre 1994 et 1995 alors qu’une enquête vient d’être ouverte dans la péninsule sur la mort suspecte de plusieurs militaires italiens ayant servi dans les Balkans, a-t-on appris vendredi de source parlementaire.

Entre 1994 et 1995, « 10.800 projectiles à l’uranium appauvri ont été tirés par des avions américains » sur la Bosnie, a affirmé le ministre italien de la Défense Sergio Mattarella devant la commission de la Défense de la Chambre des députés.

« Je dois manifester mon amertume pour la fait que les organisations internationales compétentes ne nous ont fourni que maintenant et à notre demande des informations importantes pour la sécurité de la communauté bosniaque et celle des militaires », a commenté M. Mattarella.

Source: AFP (22/12/2000)

« Syndrome de la Guerre du Golfe »: en France et aux USA

Les parlementaires français chargés de l’enquête sur le « syndrome de la guerre du Golfe » se sont vus remettre de nombreux documents du ministère de la Défense, comprenant, entre autres, les journeaux de marche des unités de la division Daguet. Le processus paraît donc bien engagé, ce qui ne semble pas être le cas aux Etats-Unis où, sur la foi de nouvelles conclusions, le DoD US a profondément modifié la carte des retombées consécutives à la déstruction du dépôt irakien de Kamisiah en mars 1991. Selon la nouvelle version, 32 000 GIs alertés après un premier rapport établi en 1997 n’ont jamais été dans des zones à risque, alors que 34 000 militaires non prévenus il y a trois ans sont suscéptibles d’avoir été exposés. Officiellement, la carte a été redessinée grâce à des outils de modélisation plus performants et suite à des recherches approfondies: la CIA a livré des informations plus précises quant à la quantité de gaz stockés, le DoD a recensé les troupes au niveau des compagnies alors que cela n’avait été fait qu’au niveau des bataillons en 1997 et, enfin, des recherches sur les gaz ont permis de mieux appréhender la nature du danger. Il n’en reste pas moins que 66 000 militaires vont, dans les prochains moins, se poser beaucoup de questions…

Source: TTU (15/12/2000)

Golfe : une guerre atomique

Quelque 300 tonnes d’uranium appauvri ont été déversées par les Américains sur l’Irak pendant la guerre du Golfe. Comment ? En utilisant des obus fabriqués à l’aide de ce métal utilisé d’ordinaire comme combustible nucléaire. Ce toxique serait l’une des causes du  » syndrome de la guerre du Golfe « . Cette maladie qui fut longtemps américaine touche désormais les Européens (Britanniques, Belges, Français(SIGMA)) et menace les populations civiles des zones de combats. Les effets redoutés concernent la radioactivité immédiate – faible – et, surtout, la dispersion des poussières radioactives contaminant les écosystèmes pour des siècles. Aujourd’hui, l’Irak et le Kosovo sont touchés.

Dans la petite salle du Palais des congrès à Paris, ce dimanche 2 septembre, le vidéo-projecteur devient fou. Les tableaux de résultats du Pr Assaf Durakovic s’affichent à une vitesse infernale. Essoufflé, le médecin, ancien colonel de l’armée américaine, interrompt son exposé. Invité de dernière minute au congrès annuel de l’Association européenne de médecine nucléaire, à Paris, il reprend son haleine. Et redémarre au pas de course. L’ultime phrase prononcée, le professeur et l’assistance, une quarantaine de personnes, sont aussitôt invités à déguerpir de la salle pour laisser place à la communication suivante qui, bien entendu, n’aura pas lieu.

Qu’a donc découvert Asaf Durakovic pour mériter un traitement aussi grossier dans une enceinte scientifique feutrée où l’on pratique généralement le respect des intervenants ?

De l’uranium 236 dans les urines

Il a détecté dans les urines d’anciens combattants américains, canadiens et britanniques de la guerre du Golfe des traces d’uranium 236. Problème, cette variété n’existe pas dans la nature. Elle est le produit de la combustion de l’uranium 235 à l’intérieur d’un réacteur atomique. Cet isotope est un déchet nucléaire.

Comment des soldats peuvent-ils en avoir dans le corps ? Question dérangeante qui donne un éclairage nouveau sur  » le syndrome de la guerre du Golfe « .

Parmi les causes évoquées (armes chimiques, pilules de pirydostigmine, vaccin expérimental), l’utilisation massive d’armes à l’uranium appauvri est la plus probable. Les autres apparaissent de plus en plus comme de simples écrans de fumée pour cacher ce qui fut, dans le Golfe comme au Kosovo, de véritables guerres  » atomiques « .

L’Otan a reconnu avoir tiré 31000 obus à l’uranium appauvri sur des cibles terrestres au Kosovo. Les conséquences sur les armées alliées commencent tout juste à apparaître. Ce sont les Belges qui ont les premiers tiré la sonnette d’alarme

En Belgique, il est vrai, les militaires ont le droit de se syndiquer, ce qui facilite la prise de conscience. Les militaires du plat pays ne sont pas intervenus au Koweït. En revanche, il sont présents depuis 1993 en ex-Yougoslavie au sein de la mission des Nations Unies, l’Unprofor. Depuis le printemps dernier, plusieurs centaines de cas de maladies bizarres se sont révélés au sein du contingent. Fatigue chronique, perte de mémoire, capacité respiratoire réduite, les symptômes rappellent fâcheusement les maux dont souffrent les anciens combattants anglo-saxons.

Et les Français ont rejoint la danse ! Une cinquantaine de militaires malades sont recensés par l’association Avigolfe, créée voici quelques mois par l’ancien caporal Hervé Desplat. Laurent Attar Bayrou, lui, ne comprend pas. Il a beau compulser le code qui régit les pensions militaires pour les soldats blessés en opération, il ne parvient pas à identifier les maladies dont se plaignent, chaque semaine, les adhérents de son association. Pourtant, la Fédération nationale des anciens des opérations extérieures (Fname), qu’il dirige, est une organisation tout ce qu’il y a de plus officielle. Elle gère notamment un fonds de retraite complémentaire pour ses membres, la plupart anciens casques bleus engagés dans les actions de l’Onu depuis 1967. Dès juillet, le défilé dans les bureaux commence à sérieusement inquiéter ces anciens combattants de la paix. En Italie également, plusieurs dizaines de soldats se plaignent des mêmes maux. Le Golfe, la Bosnie, et maintenant le Kosovo.

Le seul point commun entre ces trois terrains d’opérations des armées occidentales se résume à l’utilisation d’armes à l’uranium appauvri. Mais pour quoi faire, et n’est-ce que de l’uranium dit appauvri qui est mis en uvre ? Ces munitions d’un nouveau genre étaient tirées par l’avion A-10 et les chars américains qui firent des ravages durant la guerre du Golfe (lire p. 104). De l’uranium appauvri serait aussi présent dans la tête des missiles de croisière américains Tomahawk, qui ont frappé au cur de la Serbie pendant la campagne du Kosovo. Le missile Phalanx en utilise également. Des versions d’obus à l’uranium appauvri existent pour les canons de calibres 25 mm et 30 mm qui équipent les véhicules blindés et l’hélicoptère Apache.

L’Otan a reconnu avoir tiré 31000 obus d’avion A-10 au Kosovo, ce qui représente plus de 9,3 tonnes d’uranium appauvri. Mais ces données ne prennent pas en compte l’uranium qui équipe les perforateurs des bombes et des missiles. Cependant, l’offensive terrestre n’ayant pas eu lieu, les munitions des blindés et des pièces d’artillerie n’ont pas été tirées. La contamination est venue de l’air.

Des armes à l’uranium à l’étude dès 1943

Le document date du 13 octobre 1943, frappé du sceau du secret défense. Son destinataire n’est autre que l’un des hommes les plus puissants de l’Amérique en guerre : le général Groves, l’architecte en chef du projet Manhattan, la formidable entreprise industrielle et scientifique qui allait conduire à la mise au point de la première bombe atomique. Les auteurs du texte s’inquiètent de l’utilisation éventuelle de matières radioactives sur les champs de bataille par les Allemands. En cette même année, Albert Speer, le ministre de l’Armement du IIIe Reich, est déjà soupçonné d’avoir fait fabriquer des obus à l’uranium pour remplacer le tungstène dont l’approvisionnement par le Portugal lui est désormais interdit.

Au sein de l’usine d’Oak Ridge, dans le Tennessee, un groupe de travail se forme pour envisager les hypothèses d’utilisation. La première considère la dispersion de matières radioactives pour contaminer les sols. Le terrain aspergé interdirait durablement toute progression des troupes alliées, pour des semaines, voire des mois entiers. A cette époque, les militaires reconnaissaient ne disposer d’aucune méthode de décontamination des sols, ni même de vêtements de protection.

La seconde possibilité consisterait à employer les matières radioactives comme gaz de combat.  » La matière serait moulue en particules microscopiques et serait répandue, sous la forme de poussières, de fumées, ou dissoute dans un liquide, par des obus d’artillerie, des avions ou des bombes. De cette façon, elle serait inhalée par les personnels adverses. Les quantités nécessaires pour provoquer la mort en respirant ces matériaux sont extrêmement faibles… Il n’y a pas de traitement médical connu pour ce genre de blessures.  » Le texte considère ensuite l’empoisonnement de la nourriture ou des ressources en eau comme tactique possible. Les conséquences sur la santé humaine seraient des affections durables des poumons apparaissant des mois après la contamination radioactive, des troubles gastro-intestinaux, des dommages sur la circulation sanguine et les tissus internes.

Il faut noter que la nature des matériaux susceptibles d’être employés par les nazis n’est pas précisée dans ce texte. Mais, en pleine Seconde Guerre mondiale, les Allemands ne disposent pas de plutonium. Ils essaient péniblement de produire quelques litres d’eau lourde (oxyde de deutérium) en Norvège, afin de réaliser leur première réaction en chaîne. Le radium est un produit très rare et très cher dans les années 40. La seule matière abondante à l’époque ne peut provenir que de l’uranium métal. Ce n’est qu’en 1974, trente et un ans plus tard, que le secret défense fut levé sur ce document.

Transportons-nous en juillet 1990, un an avant la guerre du Golfe. Un groupe de recherche lié à l’armée américaine publie un rapport sur  » les considérations d’environnement et de santé liés aux pénétrateurs à énergie cinétique « . L’étude porte en fait sur une analyse comparée des perforateurs d’obus fabriqués en tungstène et en uranium appauvri. L’aveu est de taille ! Il est écrit noir sur blanc que :  » L’uranium appauvri est un émetteur de radiations alpha de faible intensité qui est lié au cancer quand l’exposition est interne (par ingestion ou inhalation), et que la toxicité chimique provoque des dommages aux reins. « 

La phrase qui conclut ce petit chapitre est fondamentale :  » Les dangers pour la santé de l’uranium ont été étudiés de manière extensive.  » Cela veut dire qu’un an avant l’usage massif de ces armes dans un conflit, les militaires savaient déjà qu’ils causeraient des dommages réels sur la troupe. D’ailleurs, le document enfonce le clou.  » L’exposition des soldats à des aérosols d’uranium appauvri pourrait être significative avec des effets potentiels radiologiques et toxiques. Ces impacts sur la santé pourraient être impossibles à quantifier de manière fiable, même avec des études détaillées complémentaires. « 

La conclusion de ce document sonne comme une anticipation de la polémique qui éclate aujourd’hui :  » Des efforts de relations publiques sont conseillés, ils pourraient ne pas être efficaces étant donnée la perception (négative) de la radioactivité par le public. Les activités de combat et de manuvre présentent un risque de réaction d’opposition internationale.  » L’avertissement était clair. Il ne fut pas entendu. Un autre document en provenance du laboratoire de Los Alamos, le temple de l’arsenal nucléaire américain, se fait plus précis. Daté du 1er mars 1991, il indique :  » Il y a eu, et il continue de se produire, une prise de conscience en ce qui concerne l’impact de l’uranium appauvri sur l’environnement. Bien que personne ne remette en question l’efficacité de l’uranium appauvri sur le champ de batailles, ces munitions pourraient devenir inacceptables politiquement, et donc être enlevées de l’arsenal ».

Pierre Roussel, chercheur au CNRS, travaille dans un des sanctuaires de la recherche nucléaire française. A l’entrée d’un vaste campus couvert de végétation, l’Institut de physique nucléaire d’Orsay ressemble à un hangar de briques roses qui fleure bon les années 50. C’est là que Frédéric Joliot-Curie trouva refuge après son éviction scandaleuse du Commissariat à l’énergie atomique qu’il avait fondé et dont il fut chassé pour cause de pacifisme invétéré.

Roussel s’est interrogé en novembre 1999 sur l’activité réelle des obus en uranium appauvri tirées sur le Kosovo. Et il a refait les calculs. Il est parti de l’hypothèse d’un projectile en uranium 238 d’un poids de 300 grammes, ce qui correspond à la munition du canon de l’avion chasseur de char A-10. La radioactivité de l’objet correspond à une activité de 12 mégabecquerels (un becquerel équivaut à une désintégration atomique à la seconde, un mégabecquerel à 106 becquerels). Mais la radioactivité engendrée par le métal avant impact est confinée par le matériau lui-même. Roussel en conclut que l’obus ne nuit pas à celui qui le tire, mais tout change lorsqu’il atteint sa cible.

500 fois la dose toxique

Roussel prend alors en compte le caractère pyrophorique de l’uranium. Il pose comme base qu’un tiers de la masse métallique se disperse en fines particules au moment de l’embrasement de l’obus à l’impact. Ces particules s’oxydent rapidement au contact de l’air. Il suppose que le reste se maintient en bloc. Les poussières d’uranium dispersées possèdent donc un tiers de l’activité de l’obus, soit 4 mégabecquerels. Ensuite, il rapporte ces chiffres aux limites annuelles établies par la Commission internationale de protection des rayonnements (CIPR), l’autorité qui établit pour le monde entier les normes de radioprotection de la population.

Conclusion : un tiers d’un obus à l’uranium appauvri pulvérisé en oxyde du fait de son embrasement causé par un choc violent dégage une activité qui atteint 500 fois la limite annuelle pour l’inhalation, 10 fois la limite annuelle pour l’ingestion.

Enfin, les poussières de ce seul obus doivent être étalées uniformément sur une surface de 1000 m2 pour ne pas dépasser la limite de contamination de surface. C’est là un simple calcul théorique, qui ne concerne que l’uranium, à l’exclusion de tout autre adjuvant.

La fureur des congressistes devant l’exposé de Durakovic trouve ainsi un début d’explication. En faisant une analyse de spectrométrie de masse sur l’urine de 16 anciens combattants, il a mis en évidence, chez neuf d’entre eux, des traces d’uranium 236. Les teneurs sont infimes, environ 0,0048 % de l’échantillon testé.

Il a ensuite confirmé cette découverte en analysant la composition isotopique des os d’un vétéran décédé. Et là aussi, la présence significative d’uranium 236 a été détectée. C’est une information capitale. L’uranium 236 n’existe pas à l’état naturel. Il ne se forme que dans les réacteurs nucléaires. Qu’un combattant, neuf ans après avoir été exposé à de l’uranium appauvri, ait gardé la trace de cet isotope, cela ne peut avoir qu’une seule explication. Il ne s’agit pas d’un uranium appauvri issu uniquement d’un minerai. Cet uranium a été irradié dans un réacteur nucléaire, c’est un déchet atomique.

1000 tonnes d’uranium suspect livrées à la France

Comment a-t-il pu se trouver mélangé dans le métal qui sert aux munitions ? Deux hypothèses peuvent être envisagées : soit les munitions ont été fabriquées directement avec de l’uranium de retraitement, celui qui est irradié pour produire le plutonium militaire. Soit les mêmes conteneurs furent utilisés pour manipuler l’uranium appauvri-minerai et l’uranium appauvri de retraitement, et alors l’uranium 236 a contaminé l’uranium 238. Dans le premier cas, on a recyclé des déchets nucléaires pour fabriquer des armes, dans le second, il s’agit d’un cas de négligence coupable.

Et la France ? Rien de ce qui est nucléaire ne saurait être étranger à notre pays. Pourtant, en ce qui concerne les armes à l’uranium appauvri, il semble bien que les recherches aient été entraînées par les Américains. Dans un document daté du 25 septembre 1979, la Nuclear Regulatory Commission, l’organisme de Washington qui régule la vente de matériels sensibles, donne son accord pour exporter 102 kilos d’uranium appauvri en France, sous la forme de 30 obus de 105 mm provenant de l’US Army.

Ces munitions  » seront utilisées pour des tests de tirs, afin de réaliser des évaluations « . Cette autorisation suit une précédente exportation de 250 kilos d’uranium appauvri, à destination de la Grande-Bretagne  » sous la forme de barres métalliques, pour faire des recherches sur la mise au point de pénétrateurs de grand calibre aptes à percer des blindages « . La volonté de dissémination de cette technologie paraît manifeste chez les Américains. Il faut attendre 1987 pour que la France dispose d’un centre spécialisé dans la mise au point des munitions à l’uranium appauvri. Implanté à Gramat, dans le Lot, le site uranium effectue son premier tir au mois de novembre de cette année-là. Les pièces d’artillerie ont des calibres allant de 105 à 140 mm. Dans un article de la Revue scientifique et technique de la Défense, en 1994, les auteurs précisent même que l’installation est unique en Europe, et qu’elle est utilisée  » pour des études françaises, menées en coopération internationale, et parfois purement étrangères « . Cette précision prend toute son importance si l’on considère que l’autre grand fabricant de munitions à l’uranium appauvri en Europe occidentale est la Grande-Bretagne.

L’article précise enfin que  » le 500e essai a été effectué le 15 janvier 1993 « . Pendant toute la période des années 80 qui précède la guerre du Golfe, ces armes sont donc mises au point dans notre pays en vue d’une production industrielle, mais tout se passe dans une opacité absolue et de trop rares documents mentionnent l’existence même de ces recherches. Des licences d’exportation américaines d’uranium appauvri à destination de la France sont apparues au grand jour grâce à une fiche technique de l’Observatoire des armements nucléaires de Lyon. Que montrent ces documents ? En pleine guerre du Golfe, le 3 janvier 1991, la Nuclear Regulatory Commission des Etats-Unis donne son accord pour l’envoi de 75 tonnes d’uranium appauvri fabriquées par la compagnie Nuclear Metal Inc à destination de la société française Cerca de Bonneuil-sur-Marne  » pour la fabrication de munitions « . Une des conditions impose que cette matière ne doit pas être réexportée en vrac sans le consentement officiel du gouvernement américain. La doctrine outre-Atlantique consiste en effet à banaliser ces armements, et ne prévoit aucune restriction à la vente de ces obus pour les pays membres de l’Otan, le Japon et l’Australie. Une autre licence, en date du 11 mai 1993, autorise la même société américaine à exporter de l’uranium pour une autre entreprise française, la SICN, à Annecy. Mais cette fois-ci, les quantités ne sont plus les mêmes : il s’agit de 1000 tonnes de métal ! Ces licences indiquent les deux usines où sont probablement produits les armements à l’uranium appauvri français.

La SICN (Société industrielle de combustible nucléaire) est une filiale à 100 % de la Cogéma (qui détient le monopole de la production et du retraitement du combustible des centrales dans notre pays). Cette entreprise est spécialisée dans l’usinage de métaux et d’alliages spéciaux. Elle dispose de la seule fonderie d’uranium de France. Les produits qu’elle commercialise à partir de l’uranium, outre le combustible, se composent de boucliers de protection contre les rayonnements pour l’industrie nucléaire ou les hôpitaux, de conteneurs, de contrepoids pour l’aéronautique et la défense. Reprenons alors les dates. En 1993, la SICN reçoit mille tonnes d’uranium appauvri des Américains. En 1997, son chiffre d’affaires culmine à 361 millions de francs dont 18 millions pour l’exportation. Il s’effondre à 91 millions de francs en 1998. Le personnel aussi chute de 600 à seulement 155 employés en 1999.

Quant à la Cerca, elle ferme son usine de Bonneuil en 1995, et rapatrie ses activités sur son site de Romans dans la Drôme. Le vendredi 6 novembre 1998, à l’Assemblée nationale, le ministre de la Défense Alain Richard répond à une question du député-maire de Salbris, une petite ville du Loir-et-Cher qui accueille un établissement du Giat (l’entreprise nationale qui fabrique les armements terrestres). Le député s’inquiète des menaces économiques qui pèsent sur l’usine et demande la confirmation de la commande de 60000 obus de 120 mm à l’uranium destinés à équiper le char Leclerc. Le ministre confirme publiquement cette fabrication.

Les obus américains testés en France dès 1987

Cela permet d’avoir une vision d’ensemble du circuit : au tout début des années 80, les premiers prototypes d’obus arrivent en France pour évaluation, fournis par les Américains. Ils sont testés à grande échelle sur le site uranium du centre d’étude de Gramat à partir de 1987. La décision de lancer l’industrialisation a dû être prise pendant ou juste après l’offensive de la guerre du Golfe, devant la performance des obus à l’uranium sur les tanks Irakiens. Une production de masse est alors lancée à partir de 1993 à la SICN d’Annecy et à la Cerca de Bonneuil-sur-Marne. Elle s’achève pour ce dernier établissement à la fermeture de l’usine en 1995, et en 1998 pour la SICN, si l’on prend en compte la chute du chiffre d’affaires.

Les flèches à l’uranium sont alors assemblées sur le corps des obus dans l’établissement Giat de Salbris. Cette opération est désormais terminée puisque l’usine a été fermée cette année.

Chaque obus contient 8,2 kg d’uranium appauvri. Sachant que la France a commandé 1000 tonnes de ce métal aux Américains, elle dispose aujourd’hui d’au moins 120 000 obus à l’uranium appauvri. Question : pourquoi la France a t-elle acheté à l’étranger une matière nucléaire banale dont elle dispose en quantités astronomiques ? De plus, le savoir-faire des atomistes français, civils et militaires, n’est plus à démontrer. Peut être est-ce une manière de rémunérer les brevets de fabrication. Ou plus simplement, la matière première américaine était plus compétitive en termes de coûts.

En revanche, se pose la question de la composition exacte du métal. Si l’on retrouve des traces d’uranium 236 dans la matière fournie, comme cela apparaît dans les obus tirés dans le Golfe, cela veut dire que les Américains se sont débarrassés d’une partie de leurs déchets nucléaires en les recyclant sous forme d’armes pour leurs alliés.

Le Cadu, créé à Manchester en janvier 1999, regroupe des anciens combattants britanniques de la guerre du Golfe, dont certains sont gravement malades. Il s’est lancé dans une campagne pour l’interdiction de l’uranium appauvri dans les armements dont les conséquences dépassent le seul champ militaire (contamination des populations civiles, de la chaîne alimentaire du cycle de l’eau pour des centaines de millions d’années.

En France, un ancien membre du gouvernement Juppé, Anne-Marie Idrac, a posé au ministre de la Défense, en juin 2000, une question écrite pour l’élimination des armes à l’uranium appauvri. Les autorités font la sourde oreille. Il a fallu attendre le 15 septembre dernier, pour que la secrétaire d’Etat à la Santé et aux Handicapés, Dominique Gillot, forme un groupe d’experts sur le syndrome. Ils retrouveront, dans ce dossier, les conclusions méconnues des experts du Centre d’étude de Gramat

Dans leur description du site d’essai des armes à l’uranium appauvri, ils ont écrit :  » Le risque est essentiellement lié, non pas à la radioactivité de l’uranium appauvri, inférieure à celle de l’uranium naturel, mais à la toxicité de ses oxydes. Ces derniers sont créés, lors d’un impact, sous forme d’aérosols de fragments de projectiles et de la cible qui sont dispersés sur l’aire de tir et s’oxydent rapidement à l’air, et de dépôts sur la cible et les matériels environnants. Pour éviter tout risque de contamination, la solution retenue consiste à réaliser l’interaction du projectile et de la cible au sein d’une enceinte fermée et de ne rien rejeter vers l’extérieur qui n’ait été contrôlé et filtré. Le dépouillement des essais nécessite également des précautions particulières ; il est réalisé dans un local réservé à cet effet et bénéficiant des mêmes conditions de sécurité que l’enceinte elle même. « 

Un aveu accablant de la dangerosité de ces armes qui ne devraient être tirées que dans un bâtiment totalement étanche. Il faudra bien expliquer aux vétérans du Golfe et du Kosovo ainsi qu’aux populations pourquoi ces munitions qu’ils ont côtoyées ou manipulées réclament un tel luxe de précautions en laboratoire.

L’uranium appauvri n’explique peut être pas, à lui seul, les étranges pathologies apparues après les guerres récentes. Mais les conséquences de son emploi massif commencent à peine à se mesurer aujourd’hui. Le secret militaire qui entoure les terrains touchés est de plus en plus difficile à justifier. Plus que jamais, des études scientifiques sur les lieux de contamination sont indispensables.

Source: Science et Avenir (12/2000)

Michel Roquejoffre reconnaît qu’un médicament fut administré aux soldats.

Durant la guerre du Golfe, les militaires français de la division Daguet ont bien reçu l’ordre de prendre un médicament contre d’éventuelles attaques chimiques. Niée par les autorités civiles et militaires, l’existence de cet ordre a été confirmée mardi soir par le général Michel Roquejoffre. L’ancien commandant des forces françaises dans le Golfe (1990-1991), aujourd’hui à la retraite, était la première personnalité auditionnée par la mission parlementaire d’information sur le syndrome de la guerre du Golfe, présidée par le député (PS) Bernard Cazeneuve.

 Menace réelle

«L’ordre de prendre le prétraitement a été donné le 23 février 1991, à la veille de l’offensive terrestre, par le général qui commandait la division Daguet», a expliqué Michel Roquejoffre aux députés. Il désigne ainsi explicitement le général Bernard Janvier, que l’on retrouvera plus tard à la tête des Casques bleus en Bosnie au moment du massacre de Srebrenica. Les deux hommes ne s’apprécient guère, mais le général Roquejoffre couvre aujourd’hui celui qui était alors sous ses ordres : «C’était une bonne décision», juge-t-il. «Notre devoir était de protéger les troupes contre la menace chimique», ajoute-t-il. La menace était alors bien réelle, l’Irak ayant fait un large usage de ces armes chimiques contre l’Iran de 1980 à 1988.

Le «prétraitement», mis au point par le Service de santé des armées, consistait à prendre un cachet de pyridostigmine toutes les huit heures, soit 90 milligrammes par jour. Ce médicament est censé bloquer les effets des gaz neurotoxiques sur l’organisme. Mais il est accusé par l’association Avigolfe, qui regroupe des anciens combattants malades, d’être une des causes du «syndrome». La pyridostigmine est un médicament connu dans le civil sous le nom de Mestinon. Depuis 1954, il est utilisé pour traiter les myasthénies (fatigues musculaires) et les atonies intestinales (constipations graves).

Le général Roquejoffre a été moins précis quant à la durée de ce «prétraitement» : «Trois ou quatre jours», croit-il se souvenir. Même flou sur le nombre de soldats concernés : «environ 9 000» sur les 14 708 militaires français présents en Arabie Saoudite le 23 février. «A ma connaissance, l’ordre n’a été donné qu’à la division terrestre», ajoute-t-il.

Les explications de Michel Roquejoffre sont en contradiction totale avec ce qu’affirment jusqu’à présent les autorités. Le 30 août dernier, le ministre de la Défense Alain Richard expliquait encore dans le Figaro que les militaires français «n’ont pas reçu d’antidote préventif aux armes chimiques – alors qu’un début de consensus se dégage pour dire que ces produits étaient dangereux». Alain Richard mettait de l’eau dans son vin dès le 13 septembre, en reconnaissant pour la première fois que des traitements avaient été ordonnés, mais «uniquement à l’occasion d’alertes clairement identifiées ou pour certaines unités, sur une très courte durée au moment de l’offensive terrestre». Dans le numéro d’octobre de Terre magazine, le mensuel de l’armée de terre, un médecin-général du Service de santé indique finalement que, «spontanément ou sur ordre de leurs cadres, certains militaires ont pris ces comprimés au moment de l’attaque terrestre». Afin de dissiper cette opacité toute militaire, la mission parlementaire souhaite désormais se faire communiquer les ordres écrits de l’époque, même si ceux-ci sont classés «secret défense».

Uranium appauvri

Autre sujet de polémique : l’utilisation de munitions à base d’uranium appauvri, également soupçonnée d’être l’une des causes du syndrome. «Avez-vous informé vos soldats que l’aviation américaine utilisait des obus à l’uranium appauvri ? Qu’avez-vous fait pour les protéger ?», a demandé la députée Michèle Rivasi au général Roquejoffre. «Je ne l’ai appris qu’après, a affirmé l’officier. Les Américains n’ont jamais attiré mon attention sur le danger qu’il y aurait à être au contact de cette munition. Je pense que s’il y avait eu un risque, nous en aurions parlé.»

Les troupes françaises étaient alors placées sous «contrôle opérationnel» des forces américaines. Et ce sont des avions A10 de l’US Air Force qui réalisaient les missions d’appui-feu rapprochées pour le compte de la division Daguet. Ces appareils tiraient des obus de 30 mm à l’uranium appauvri «à un ou deux kilomètres devant nos lignes», a précisé le général Roquejoffre. 

 

Source: Libération (02/11/2000)

Les malades attendront 

L’un se nommait Frédéric Bisseriex, il avait 34 ans, l’autre Gérard Jourdrein, 53 ans. Ils étaient tous deux adjudants. Ils sont morts des suites de maux mystérieux, qu’une association, Avigolfe, regroupant des vétérans français de la guerre du Golfe, estime avoir été liés à l’utilisation d’uranium appauvri lors du conflit. En tout, 80 vétérans français se disent victimes de ce mal, dont le Ministère de la défense conteste l’existence: pertes de mémoire, fatigues chroniques, douleurs musculaires, dérangements nerveux et intestinaux et cancers se retrouvent dans les maux que connaissent ces soldats.  

C’est la communication d’un praticien américain, Asaf Durakovic, professeur à Georgetown University, qui a relancé le débat à Paris lors de la conférence annuelle sur la médecine nucléaire. Le chercheur a en effet décelé dans le corps de ses patients la présence d’une forme d’uranium qu’on ne trouve pas dans la nature. Il en conclut qu’il s’agit d’uranium appauvri, un composant destiné à renforcer les obus de blindés utilisés dans le Golfe, il y a dix ans. Trois cent vingt tonnes de ces engins ont été tirées par l’artillerie alliée. D’autres auraient été employés au Kosovo. Selon les conclusions du chercheur, ce type d’uranium devient extrêmement toxique quand il est transformé en poussière. «Ingéré ou inhalé, assure-t-il, il devient plus dangereux que n’importe quelle toxine connue». 

La France officielle pour le moment se tient sur la réserve. Le ministre, Alain Richard, nie. Et l’Office de protection des radiations ionnisantes, l’Ofri, se montre très dubitatif. Ni la Santé ni la Défense ne confirment pour le moment la mise en place de l’enquête qu’invoque la députée de la Drôme, Michèle Rivasi. Les malades attendront. 

Source: Le Temps (08/09/2000)

Syndrome de la guerre du Golfe : fausse alerte à l’uraniumLa communication d’un chercheur américain sur la présence d’uranium appauvri dans les urines de seize vétérans de la guerre du Golfe a jeté le trouble parmi les participants du congrès de médecine nucléaire réuni à Paris. Et mobilisé intempestivement les médias internationaux.Le Pr Asaph Durakovic avait adressé en mars dernier ses « abstracts » en vue de participer au congrès de médecine nucléaire de Paris. Selon ceux-ci, les analyses d’urine de seize anciens combattants de la guerre du Golfe, neuf ans après le conflit, révélaient « la présence significative d’uranium appauvri ».

« L’intérêt de ce travail réside dans la méthodologie employée, la spectrométrie de masse thermo-ionique », explique le Dr Michel Bourguignon, directeur médical de l’Office pour la protection contre les rayonnements ionisants (OPRI). Et c’est la raison pour laquelle les organisateurs du congrès ont accepté ces abstracts et les ont inscrits dans la session « poumon et métabolisme ».

Aussi quel n’a pas été leur étonnement lorsqu’ils ont découvert, la veille et le jour même de la communication en question, les gros titres de médias belge, français et britanniques. A les croire, un scientifique américain venait d’apporter la preuve que le fameux syndrome de la guerre du Golfe avait pour origine l’inhalation de particules d’uranium appauvri. L’armée américaine avait utilisé cette substance pour renforcer le pouvoir de pénétration des obus des avions A10 « tueurs de char », ce métal lourd présentant une propriété physico-chimique, le pyrophorisme, qui le rend spontanément inflammable après une collision (« le Quotidien » du 19 juin).

Les médias audiovisuels accoururent aussi en nombre pour « couvrir » la communication du Pr Durakovic, sans y avoir été invités par les organisateurs du congrès. Ceux-ci se sont sentis davantage encore victimes d’une manipulation quand ils apprirent que le chercheur américain, qui leur avait adressé ses abstracts à en-tête du département de médecine nucléaire de l’université George Town de Washington DC, ne collaborait plus, en fait, à cette structure depuis 1997.

Pour autant, « son travail a été bien fait au sens méthodologique, précise le Dr Bourguignon. Mais il établit seulement que les urines des vétérans étudiées comportaient de l’uranium 236 dans la proportion de 5,8 pour 100 000. En outre, ces urines totalisaient une élimination quotidienne d’uranium de 38 nanogrammes, alors que la valeur normale admise est comprise entre 50 et 500 nanogrammes ».

Le reste est donc pure élucubration médiatique. Dans le feuilleton du supposé syndrome de la guerre du Golfe, attention à l’information pyrophorique 

Source: La quotidien du Médecin (06/09/2000)

Guerre du Golfe: une « bombe » mal amorcéeAsaph Durakovic avait préparé son effet. Emanant d’un professeur au département de médecine nucléaire de la prestigieuse université Georgetown de Washington, qui plus est ancien expert auprès du Pentagone, ce projet d’intervention avait retenu l’attention des organisateurs du congrès européen de médecine nucléaire. Asaph Durakovic s’est donc présenté le dimanche 3 septembre au palais des congrès de la porte Maillot, à Paris. Et il a lâché sa « bombe » : les analyses d’urine effectuées sur 16 vétérans de la guerre du Golfe – 8 Britanniques, 6 Américains et 2 Canadiens – montrent « la présence significative d’uranium appauvri ». Conclusions qui ont immédiatement suscité l’intérêt des journalistes – l’uranium appauvri est l’un des facteurs suspectés du « syndrome de la guerre du Golfe ». Mais laissé les scientifiques présents circonspects. Aujourd’hui, les organisateurs du congrès prennent leurs distances. Ils n’ont guère apprécié les manières du professeur Durakovic : « Ce monsieur, explique le président du congrès, le professeur Serge Askienazy, chef du service de médecine nucléaire à l’hôpital Saint-Antoine de Paris, a enfreint les règles : il ne nous a pas transmis ses diapositives avant son intervention, il est arrivé dix minutes avant de faire son topo avec des caméras de télévision, il a très largement dépassé le temps de parole qui lui était imparti. » Ils ont même des doutes sur le personnage – « il nous a expliqué qu’il n’était plus à l’université Georgetown mais travaillait désormais en Arabie saoudite ». Mais, surtout, ils minimisent la portée de ses conclusions. « Il nous a donné des informations sur la composition, mais pas sur la quantité, souligne le professeur Michel Bourguignon, directeur médical de l’Office pour la protection contre les rayonnements ionisants (Opri). Or c’est l’élément capital : pour qu’il soit toxique, l’uranium doit être ingurgité en quantité importante. » 

Le professeur Durakovic a assuré qu’il apporterait plus tard des indications chiffrées. Mais son intervention a trouvé un écho médiatique en France, à un moment où cette affaire mobilise de plus en plus. Deux anciens militaires sont décédés cet été d’un cancer généralisé attribué par leur entourage et l’association de victimes Avigolfe, dont ils faisaient partie, à un « syndrome de la guerre du Golfe ». La justice doit se prononcer sur deux autres cas, l’un à Toulon, le 12 septembre, l’autre à Bordeaux, le 19 septembre, tous deux sur recours de l’avocat bordelais Gérard Boulanger. L’association Avigolfe devait rendre publics, ce vendredi 8 septembre, à Bordeaux, les questionnaires remplis par 60 de ses membres, dans lesquels la plupart affirment avoir pris de la pyridostigmine (un traitement de prévention contre les gaz), des pilules antisommeil, s’être trouvés en zone d’alerte chimique et souffrir de « symptômes analogues à ceux des vétérans américains ». Le lancement d’une étude épidémiologique sur les 25 000 militaires français du Golfe, que réclame la députée de la Drôme Michèle Rivasi, n’était toujours pas décidé début septembre par les ministères de la Défense et de la Santé. 

Source: Le Point (08/09/2000)

Syndrome de la guerre du Golfe : l’uranium appauvri mis en causeUn scientifique américain a mis en cause dimanche l’uranium appauvri, utilisé pour renforcer le pouvoir de pénétration de certaines armes, dans le syndrome de la guerre du Golfe, provoquant une vive polémique au cours d’un congrès de médecine nucléaire qui se tient à Paris.Selon le Pr Asaph Durakovic, spécialiste de médecine nucléaire et ancien expert auprès du Pentagone, les analyses d’urine effectuées sur seize anciens combattants de la guerre du Golfe montrent « la présence significative d’uranium appauvri (uranium 236) » dans les urines et les tissus, neuf ans après la fin du conflit. 

Source: Agence France Presse (03/09/2000)

Le secret du syndrome de la Guerre du GolfeAvec, le temps, le principal mystère des maux désignés sous la formule Syndrome de de la Guerre du Golfe pourrait s’avérer d’ordre strictement juridique. Si aux Etats-Unis les premières victimes de cette pathologie aux contours encore flous se sont manifestés dès 1994, elles représentent de nos jours environ vétérans américains – sur un effectif total de 700 000 soldats envoyés dans la région. Près de dix ans après les opérations, dans les pays dont les contingents étaient les plus faibles, des phénomènes sembmables apparaissent maintenant, comme le dénonce l’association française d’anciens combattants « Avigolfe », basée à Bordeaux, qui vient de constater le deuxième décès d’un vétéran français.Les autorités militaires des principaux pays concernés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, France) multiplient les communiqués qui récusent les liens entre les opérations menées, le matériel manipulé et les maladies constatées. Une attitude qui s’analyse surtout comme une volonté d’élucider la responsabilité des états-majors, qui, si elle était avérée, ouvrirait droit à des dédommagements.

Pourtant, à mesure que les recherches médicales progressent, une substance méconnue, le pyridostigmine, prescrite alors les propres services médicaux des armées, représente la piste la plus sérieuse pour expliquer les causes de ces maladies. Les autres hypothèses , comme celle développée à partir d’armes à l’uranium appauvri U 238 (servant de lest dans les munitions nouvelles, en lieu et place du plomb) ont été sérieusement invalidées entre-temps.

Au moment des faits, les comprimés de pyridostigmine se trouvaient généralement dans les sacs des mascs à gaz, et étaient destinés à être ingurgités en cas d’attaque bacteriologique ou chimique pour amoindrir les effets des neurotoxiques.

En France, ces comprimés faisaient l’objet d’une sévère restriction de la part du service de santé des armées, car leurs effets secondaires (dont tous n’étaient pas connus) pouvaient gravement endommager le système sanguin, digestif ou respiratoire. Les infirmiers avertissaient les soldats qu’ils ne devaient en aucun cas en absorber, sauf ordre express d’un medecin militaire.

On sait au jourd’hui que durant la phase de bombardements, de fausses alertes aux attaques toxiques ont été déclenchées, notamment dans le secteur du 18 ème corps aéroporté américain (où étaient stationés des Français). Les capteurs anti-toxiques de la coalition avaient été ainsi trompés par un nuage de fumée provenant de la destruction d’une usine chimique. A cette occasion, plusieurs commandements ont prescrit des prises répétées de pyridostigmine. Dans l’édition du 15 janvier 1997 du Journal of the American Medical Association (JAMA), le Dr Robert Haley, de l’Université du Texas a publié les premières recherches indépendantes sur le « Syndrome de la Guerre du Golfe ». Elles ont identifié la prise de pyridostigmine comme un facteur commun aux maux, souvent très variés, de sifférents malades observés. 

Source: Le Monde du Renseignement (31/08/2000)
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 6 mars, 2013 |Pas de commentaires »

URANIUM « APPAUVRI »: REPONSE DU MINISTERE DE LA DEFENSE LE…18 JANVIER 2011…POUR UNE IDEE DU TYPE DE REPONSE…UN VRAI SCANDALE QUI EN CONFIRME SON UTILISATION PAR LA FRANCE ! (Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie.unblog.fr)

Uranium Appauvri :

URANIUM  

La position française

Question écrite de M. Jean-Luc Warsmann (Union pour un Mouvement Populaire – Ardennes)
au Ministère de la Défense sur les armes à uranium appauvri

question publiée au JO le 09/11/2010 / réponse publiée au JO le 18/01/2011

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Texte de la question

M. Jean-Luc Warsmann attire l’attention de M. le Ministre de la Défense sur la résolution du Parlement Européen du 22 mai 2008 sur les armes contenant de l’uranium appauvri et leurs effets sur la santé humaine et l’environnement.

Dans cette résolution, le Parlement demande aux États membres d’imposer un moratoire sur l’emploi d’armes contenant de l’uranium appauvri, de redoubler d’efforts en vue de leur interdiction mondiale et d’arrêter systématiquement la fabrication et les achats de ce type d’armes et de munitions. Cette demande a été réitérée dans une résolution du Parlement Européen du 10 mars 2010 sur la mise en oeuvre de la stratégie européenne de sécurité et la politique de sécurité et de défense commune. C’est pourquoi il le prie de bien vouloir lui indiquer la position de la France quant à ces résolutions.

Texte de la réponse

Les armes à uranium appauvri, ou obus durcis à forte capacité de pénétration, relèvent de la catégorie des armes conventionnelles et ne sont interdites par aucune convention internationale, à la différence des armes chimiques et nucléaires. Le droit international applicable en l’occurrence est l’article 35 du premier protocole additionnel aux conventions de Genève, qui stipule que les États doivent s’assurer que les armes qu’ils utilisent ne sont pas de nature à provoquer des maux superflus et que les dommages causés n’ont pas un impact étendu, durable et grave sur l’environnement naturel. Plusieurs enquêtes portant sur l’impact de ce type de munitions ont été menées par le programme environnemental des Nations unies (PNUE) après les conflits dans le Golfe et les Balkans. L’utilisation de ces munitions avait alors été provisoirement suspendue, dans l’attente des résultats de ces études épidémiologiques.

Les conclusions de ces enquêtes ont toutefois révélé qu’il était hautement improbable que des risques accrus de cancer dans la région des Balkans puissent être associés aux résidus des munitions utilisées dans les années 1990. La probabilité d’une exposition significative de la population locale a été considérée comme très basse. Aucun risque sanitaire n’a donc été établi.

Par ailleurs, l’uranium appauvri ne présente pas de danger à l’état solide, sa radioactivité s’avérant inférieure d’environ 40 % à la radioactivité de l’uranium naturel. Il faudrait tenir le projectile nu à la main pendant plus de 10 000 heures pour dépasser les limites réglementaires d’exposition annuelle des extrémités. Cette position a été récemment soutenue lors de la première Commission de la 65e Assemblée Générale des Nations Unies, qui s’est tenue à New York du 4 au 29 octobre 2010.

La France, à l’instar du Royaume-Uni et des États-Unis, n’a pas approuvé le projet de résolution L. 19 visant à interdire l’usage des armements et munitions contenant de l’uranium appauvri, argumentant que les effets sur l’environnement, ainsi que les effets durables sur la santé ont été largement examinés par l’Organisation Mondiale de la Santé, le PNUE, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, le Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies ou encore la Commission Européenne et qu’aucune de ces enquêtes n’a révélé de cas d’effets de long terme sur la santé ou l’environnement.

Il n’est donc pas envisagé de suspendre l’usage des munitions à uranium appauvri, étant précisé qu’elles constituent actuellement le seul type d’arme ayant la capacité de percer tous les blindages connus à ce jour, en particulier ceux des chars les plus performants. Pour autant, la France poursuit ses travaux d’études afin de disposer au plus tôt d’une arme aussi performante sans uranium appauvri.                                          

COMMENTAIRE:

(Le Souffle c’est ma Vie / Thierry LAMIREAU)

La réponse du Ministre de la Défense de l’époque est un véritable SCANDALE car truffée de MENSONGES, soit directs soit par omission.

J’attends avec impatience la réponse du nouveau Ministre de la Défense !…

Mais, comme tout est noyauté par le lobby du milieu pro-nucléaire, la réponse sera similaire !

C’est une nouvelle pièce à rajouter au puzzle de l’utilisation des armes à l’uranium « appauvri » au MALI !                                                                                                                        

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 6 mars, 2013 |Pas de commentaires »

L’URANIUM « APPAUVRI » SUR LE CHAMP DE BATAILLE (WILLIAM S.ANDREWS, Ph.D)

L’URANIUM APPAUVRI SUR LE CHAMP DE

BATAILLE

L'URANIUM

PARTIE I : POINT DE VUE BALISTIQUE

(William S. Andrews, Ph.D)

Afin de briser l’impasse dans laquelle s’embourbait le front occidental durant la Première Guerre mondiale, des travaux ont été entrepris pour mettre au point des véhicules qui pourraient traverser le réseau de tranchées défensives qui s’étendaient de la Suisse à la mer du Nord. Ces tranchées, protégées par du fil barbelé et les feux croisés des mitrailleuses, étaient devenues pratiquement inattaquables pour des soldats sans protection, à pied ou à cheval. Le premier déploiement de tels véhicules, qui utilisaient un genre de chenilles continues et des plaques d’acier en guise de protection, a eu lieu lors de la bataille de la Somme, en France, le 15 septembre 1916. C’est là que 32 « chars » Mark 1 ont pris part à l’attaque, et certains ont contribué à la prise du village de Flers1. Cet épisode a marqué le début de l’inévitable jeu de va-et-vient, qui se poursuit encore aujourd’hui, entre la protection par blindage et les munitions perforantes conçues pour mettre en échec ces véhicules.

Figure 1 : Une représentation du blindage frontal d'un char de combat principal russe de l'ère moderne.
Figure 1 : Une représentation du blindage frontal d’un char de combat principal russe de l’ère moderne.

Cet article examine la place qu’occupe, en raison de ses propriétés balistiques, l’uranium appauvri (UA) dans l’arsenal de plusieurs armées modernes. Un article ultérieur (Partie 2) traitera de la menace que représente l’usage de l’UA pour les combattants de même que pour les Casques bleus et pour les civils. Il fera aussi état des études en cours sur les troupes, y compris des Canadiens, qui auraient été exposées à l’UA.

APERÇU HISTORIQUE

L’usage de véhicules de combat blindés dans les conflits armés s’est poursuivi sans répit depuis la Première Guerre mondiale, et on a utilisé de vastes déploiements de forces blindées pendant et après la Deuxième Guerre mondiale. Après la fin des hostilités en 1945, le marasme politique causé par la guerre froide a amené les nations membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et celles du Pacte de Varsovie à déployer de part et d’autre d’immenses forces mécanisées et blindées en Europe centrale. De part et d’autre, le véhicule le plus redoutable est devenu le char de combat principal (CCP), dont les versions actuelles pèsent environ 60 tonnes2. Une bonne partie de cette masse est due au blindage protecteur, lequel, jusqu’à la fin des années 1970, était généralement constitué de plaques d’acier appelées blindage homogène laminé (BHL) ou acier moulé. L’efficacité des munitions antichars allant en augmentant, surtout avec les jets en fusion d’ogives à charge creuse, il a fallu ajouter à la carapace d’acier des matériaux plus exotiques tels que la céramique, le verre, les composites et même le blindage réactif (BR). La figure 1 montre un exemple du blindage frontal d’un char de combat principal moderne, le T80U russe.

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Figure 2 : Exemples de plombs perforants de calibre réel; de gauche à droite : de simples grenailles d’acier, une coiffe ajoutée pour que la balle ne se brise pas en éclats à l’impact (perforant à coiffe ou PC) et une coiffe balistique supplémentaire pour réduire la traînée aérodynamique en cours de vol (perforant à coiffe et coiffe balistique ou PCCB).

Andrews-4-fra ENVIRONNEMENT Figure 3 : Un exemple d’un ancien obusflèche à sabot détachable (OFSD) comportant un pénétrateur à noyau de tungstène au centre.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’acier était également le matériau principal de pénétration de blindage, utilisé dans les charges militaires de calibre réel (Figure 2), dans l’espoir que l’énergie de frappe du projectile (environ 10 MJ pour le canon de 88 mm des chars allemands Tiger) surclasse le blindage de la cible. On rapporte que le canon de 88 mm Kw.K.43 (L/71) du Tiger II pouvait percer environ 234 mm de blindage à 100 mètres34. Cependant, cela résulte en l’application d’une charge impulsive de 1644 MJ/m2 sur la cible.

À mesure que le blindage protecteur a augmenté en épaisseur, on a utilisé comme pénétrateurs des noyaux denses sous-calibrés (d’abord, du carbure de tungstène puis, un alliage de tungstène), lesquels étaient équipés de pétales légers ou de sabots pendant que l’obus était dans le canon. Cela créait une plus grande aire de surface à la base de l’obus permettant aux gaz de propulsion d’augmenter la vitesse de départ (et par conséquent l’énergie initiale) de l’obus lors du lancement tout en permettant de frapper une plus petite partie de la cible.

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Figure 4 : Un obus-flèche empenné éjectant en vol son sabot détachable.

Le diamètre réduit diminuait également la traînée aérodynamique et permettait ainsi aux pénétrateurs de garder une plus grande partie de leur énergie initiale contre la cible. Ainsi l’obus-flèche à sabot détachable (OFSD) de 105 mm de l’OTAN, semblable à celui de la figure 3, avait-il une vitesse de départ de 1475 mètres/seconde, et aussi une énergie initiale d’environ 10 MJ. Cependant, l’énergie appliquée contre la cible était de l’ordre de 7800 MJ/m2. La rotation des obus en vol leur procurait la stabilité aérodynamique, et ils étaient donc limités à un rapport longueur/diamètre (L/D) d’environ 5 à 1. Afin d’améliorer la performance balistique à l’impact, on a utilisé des canons à âme lisse pour remplacer ceux à âme rayée qui étaient nécessaires pour produire une rotation du projectile avant le lancement. Les projectiles pouvaient maintenant atteindre la stabilité aérodynamique grâce aux ailerons d’empennage (Figure 4), c’est pourquoi on les appelle obus-flèche empenné à sabot détachable (OFESD) ou, plus simplement, barreaux de pénétration.

Figure 5 : La courbe balistique en forme de « S » qui illustre l'augmentation de pénétration en fonction de la vitesse croissante en deçà de la portée de l'arme et la non-dépendance du taux de pénétration en fonction de la vitesse dans la portée d'hypervitesse.
Figure 5 : La courbe balistique en forme de « S » qui illustre l’augmentation de pénétration en fonction de la vitesse croissante en deçà de la portée de l’arme et la non-dépendance du taux de pénétration en fonction de la vitesse dans la portée d’hypervitesse.

Cette modification technique a donc eu pour conséquence principale une augmentation spectaculaire du rapport L/D des OFESD, lequel était au départ d’environ 13:1 pour les projectiles russes/soviétiques 3BM3 et 3BM6 tirés du canon à âme lisse 2A20 de 115 mm du T62, mais qui est passé à 40:1 pour les obus expérimentaux5. L’énergie résultante appliquée contre la cible est de 35 800 MJ/m2 pour le pénétrateur américain actuel à UA de 120 mm dans l’obus M829A2.

LES PROPRIÉTÉS BALISTIQUES DE L’URANIUM APPAUVRI

Afin de comprendre l’utilisation de l’UA comme matériau de pénétration, il importe de jeter un bref regard sur le fonctionnement de la pénétration. Dans un régime d’hypervélocité, quand les impacts pénétrateur/cible sont de plus de 3 km/s, la pénétration se fait par l’érosion mutuelle de la cible et du pénétrateur. Si on suppose que le pénétrateur et la cible se comportent tous deux comme des fluides incompressibles, que la pénétration se produit à vitesse constante et que l’on se prévaut de la conservation du moment, on peut démontrer que :

Equation 1

P est la profondeur de pénétration dans la cible
L est la longueur de pénétration
rest la densité de la cible
rest la densité du pénétrateur

On peut voir que le degré de pénétration dépend seulement de la longueur du pénétrateur et de la densité de la cible et du pénétrateur, et qu’il ne dépend pas de la vitesse de frappe. Étant donné que les pressions à l’interface pénétrateur/cible sont bien au-delà de la limite conventionnelle d’élasticité de l’un ou l’autre matériau, les caractéristiques du matériau (mis à part les densités) ne sont pas importantes. Ce genre d’analyse est valable pour les jets d’ogives à charge creuse et les pénétrateurs formés par explosion6, tel que l’on peut voir à la figure 5, mais n’est pas valable pour les barreaux de pénétration dont on a parlé plus haut. Puisqu’ils frappent avec une vitesse dans le domaine de portée d’armes de 1500 à 1800 m/s, ces derniers sont plutôt décrits par la relation semi-empirique de Lanz-Odermatt7 :

Equation 2

a est fonction du rapport longueur/diamètre (L/D) du pénétrateur
S est une mesure de la résistance de la cible, et
v est la vitesse terminale

Les deux paramètres d’ajustement a et S sont reliés aux propriétés mécaniques du pénétrateur et de la cible. On peut voir que, à mesure que la vitesse terminale v augmente, la pénétration devient indépendante de la vitesse, tel que décrit dans l’équation (1).

On peut donc augmenter la pénétration des barreaux de pénétration en augmentant leur longueur, leur densité ou leur vélocité. Bien que les canons et les agents propulsifs actuels semblent avoir atteint les tolérances de fabrication pour les vitesses de départ, on continue d’améliorer le rapport L/D. Quant à la densité, le changement des pénétrateurs de l’acier au tungstène a fait passer la densité d’environ 7800 kg/m3 à 17 500 kg/m3. L’uranium appauvri augmente encore la densité à 18 500 kg/m3, ce qui est plutôt faible compte tenu du fait que la pénétration varie en fonction de la racine carrée de la densité.

Les obus perforants tirés des canons de 105, 120 et 125 mm des CCP se composent de barreaux de pénétration à empennage, mais ce ne sont pas tous les canons tirant ces projectiles qui ont une âme lisse. Les canons de 105 mm L7 (US M68) britanniques et CN105F français ainsi que les canons de 120 mm L30 britanniques ont une âme rayée, mais ils utilisent des ceintures de projectiles dérapantes pour limiter la quantité de rotation imprimée au projectile par les rayures. On pense que la perte de complexité des munitions OFESD est en quelque sorte compensée par la plus longue portée des projectiles explosifs stabilisés par rotation. Dans le cas des canons automatiques où il existe plusieurs types de projectiles, les tubes sont également rayés. Le canon de 25 mm Bushmaster M242 est principalement utilisé contre les véhicules blindés légers; aussi, les munitions antichars s’en prennent-ils au blindage angulé et plus lourd de la tourelle ou au devant de la caisse des véhicules ciblés. Par conséquent, les États-Unis utilisent l’OFESD M919 muni d’un pénétrateur à UA. Puisque les canons antiaériens de 25 mm et de 30 mm seraient normalement utilisés pour attaquer le blindage plus mince du dessus à des angles plus près de la normale, on emploie dans ce cas comme munitions antichars des obus perforants incendiaires (PI) stabilisés par rotation, mais quand même munis de pénétrateurs à UA.

Figure 6 : Esquisse d'un char de combat principal américain Abrams M1A2HA montrant l'emplacement du blindage de protection en UA.
US ArmyFigure 6 : Esquisse d’un char de combat principal américain Abrams M1A2HA montrant l’emplacement du blindage de protection en UA.

Par ailleurs, quand il s’agit de fournir une protection au blindage, on constate que la pénétration diminue quand on augmente la densité rt de la cible. Donc, dans la version « blindé lourd » des chars d’assaut américains Abrams M1A1 et M1A2, des panneaux blindés en UA ont été ajoutés au blindage frontal de la tourelle, comme l’illustre la figure 6.

Figure 7 : Schéma montrant deux mécanismes différents de pénétration : une rupture en cisaillement adiabatique dans l'UA causant un auto-affûtage et un rhéodurcissement causant le champignonnage dans l'alliage lourd de tungstène (WHA).
US Army

Figure 7 : Schéma montrant deux mécanismes différents de pénétration : une rupture en cisaillement adiabatique dans l’UA causant un auto-affûtage et un rhéodurcissement causant le champignonnage dans l’alliage lourd de tungstène (WHA).

Pour en revenir aux pénétrateurs, mentionnons que les premiers noyaux en usage après la guerre étaient en carbure de tungstène, mais on les a remplacés par des noyaux de tungstène allié à du nickel, du fer et du cobalt, parfois appelé alliage lourd de tungstène ou WHA. Ces derniers comportent des particules de tungstène dures mais cassantes enchâssées dans une matrice molle et ductile, laquelle sert à freiner les fissures et à répartir les contraintes. Les pénétrateurs en WHA sont normalement fabriqués par frittage, et on leur porte une attention spéciale afin de s’assurer de la densification complète et d’empêcher la porosité qui résulterait soit de l’occlusion de gaz, soit du retrait durant la solidification.

Au moment de l’impact sur une cible renforcée de blindage lourd, les pressions à l’interface pénétrateur/cible atteignent près de 6 GPa. Tel qu’illustré à la figure 7b, le pénétrateur forme un champignon à l’intérieur de la cible, accompagné d’une déformation plastique au niveau macroscopique suivi d’une érosion. La déformation initiale est surtout localisée à l’intérieur de la matrice, laquelle subit rapidement un rhéodurcissement prenant la forme d’un champignon. Une des conséquences de ce champignonnage causé par le rhéodurcissement fait que l’énergie s’étale radialement pour agrandir la cavité de pénétration8.

Par rapport au tungstène, l’UA présente aussi quelques défis de traitement. Il est sensible à la corrosion, aux impuretés d’éléments traces ainsi qu’aux variations causées par le traitement thermique, la fragilisation et la re-fragilisation à l’hydrogène. Par ailleurs, les particules finement divisées d’UA sont pyrophoriques, aussi préfère-t-on normalement le moulage par coulée et le corroyage à la métallurgie des poudres bien qu’il faille alors utiliser un outillage spécialisé. De plus, tout comme pour le tungstène, on doit allier l’UA, généralement avec du titane à 0,75 p. 100 en poids.

À l’instar du WHA, les pénétrateurs en alliage d’UA vont former un champignon à l’impact alors que le matériau en fusion est contraint de s’éloigner radialement du pénétrateur. Cette déformation plastique cause une hausse de la contrainte de fluage du matériau due au rhéodurcissement et, simultanément, une baisse de cette même contrainte due à l’amollissement thermique. De 90 à 95 p. 100 de l’énergie de déformation se transforme en chaleur alors que, à certains endroits, la température atteint quelque 1800 ºC. À l’inverse du WHA, l’amollissement de l’UA l’emporte sur l’augmentation de la contrainte de fluage permettant ainsi l’apparition de cisaillement adiabatique. Il en résulte l’auto-affûtage du pénétrateur, alors que la tête du champignon, pendant tout ce temps, se cisaille du corps du pénétrateur, comme l’illustre la figure 7a. L’effet net est une diminution de l’énergie utilisée pour agrandir radialement la cavité de pénétration, accompagnée simultanément d’une hausse de l’énergie disponible pour la pénétration axiale.

En général, les pénétrateurs à UA peuvent atteindre, contre des cibles semi-infinies, des pénétrations de 10 à 15 p. 100 supérieures aux pénétrateurs en WHA. Cependant, ce qui importe davantage, c’est que les obus d’UA peuvent atteindre la même pénétration que les obus de WHA, mais à des vitesses bien plus faibles; cela signifie que l’obus d’UA garde son efficacité contre un objectif à des portées bien plus grandes (de 50 à 70 p. 100 plus grandes).

Un autre avantage particulier de l’UA par rapport au WHA est sa performance contre des cibles soit de blindage angulé ou espacé, soit de blindage réactif. La ductilité et la résistance plus grandes des pénétrateurs à UA semblent leur permettre de plier sans casser, par opposition aux pénétrateurs de WHA, plus durs mais plus cassants, qui souvent se cisaillent après impact.

L’impact contre des cibles renforcées crée des températures locales aussi élevées que 1800 ºC, ce qui entraîne un changement de phase de l’uranium de solide à liquide. À ces températures élevées, l’uranium réagit rapidement avec l’oxygène atmosphérique. Les oxydes qui en résultent se condensent en particules d’aérosol solide. Cette oxydation explique la nature pyrophorique des impacts à l’UA, laquelle n’existe pas pour ceux faits par le WHA. Cet effet de combustion augmente l’efficacité des pénétrateurs à UA, surtout à l’intérieur de la cible.

Plusieurs travaux ont été menés aux États-Unis pour déterminer le degré de transformation en aérosol des pénétrateurs et pour caractériser la composition granulométrique de cet aérosol. On estime qu’environ 18 p. 100 du pénétrateur à UA des munitions de chars de 120 mm s’aérosolise en frappant des cibles renforcées épaisses et que pratiquement toutes ces particules d’aérosol (de 91 à 96 p. 100) sont de dimensions < 10 um.

L’UTILISATION MILITAIRE DE L’URANIUM APPAUVRI

L’uranium appauvri a été utilisé par plusieurs pays dans des obus conçus pour s’attaquer à des cibles blindées. Par exemple, l’arsenal de la US Army inclut les munitions à UA suivantes : les obus de chars de 105 mm des séries M833 et M900 pour le canon M68, les obus de 120 mm de la série M829 pour le canon M256 et les obus de 25 x 137 mm de la série M919 pour le canon Bushmaster M242. Toutes ces munitions sont des OFESD. La US Air Force utilise de l’UA dans les obus PI PGU-14 de 30 x 173 mm pour le canon GAU 8/A de l’avion A-10 alors que les US Marines utilisent les obus PI PGU-20/U de 25 mm pour le canon GAU-12/U de l’avion Harrier AV-8B.

Il est intéressant de noter que la US Navy a approuvé l’usage de noyau en UA pour ses OFSD de 20 x 102 mm dans le système de défense rapprochée Phalanx (CIWS), lequel est une adaptation du système antiaérien Vulcan de la US Army. On a décidé en 1988 de remplacer les noyaux en UA par d’autres en tungstène puisqu’il n’y avait pas de différence significative de performance entre les noyaux de tungstène et ceux en UA lorsqu’on les utilise contre des missiles anti-navires et des objectifs aériens relativement peu résistants9. Les navires canadiens déployés lors de la guerre du Golfe en 1991 utilisaient des munitions à UA dans leurs systèmes Phalanx.

Endroits où on a utilisé des munitions à UA lors de la guerre du Golfe
Endroits où on a utilisé des munitions à UA lors de la guerre du Golfe10.
Endroits où on a utilisé des munitions à UA au Kosovo
Endroits où on a utilisé des munitions à UA au Kosovo11.

Plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne, la France, la Russie, l’Ukraine, Israël et la Chine ont encore des munitions à UA dans leur arsenal tandis que d’autres, comme l’Allemagne, la Suisse et le Canada, ont comme politique de ne plus en avoir. On trouvera une liste de fabricants de munitions à UA au tableau 1.

Les munitions à UA ont été utilisées en abondance au cours d’opérations tant lors de la guerre du Golfe (au Koweït et en Irak) qu’au Kosovo, comme le montrent les cartes. Par exemple, lors de la guerre du Golfe, la US Army a utilisé 504 obus de 105 mm et 9048 munitions de charsde 120 mm. L’Armée britanique a tiré 88 munitions de chars de 120 mm. Les avions A-10 de la US Air Force ont lancé 783 514 obus d’UA de 30 mm, et les avions AV-8B du US Marine Corps ont largué 67 436 obus d’UA de 25 mm. Au Kosovo, les avions A-10 de la US Air Force ont lancé plus de 31 000 obus d’UA de 30 mm. Les tireurs d’élite américains et les équipes des forces spéciales américaines avaient des munitions à UA de 7,62 mm et de 12,7 mm (calibre .50); on ne dispose toutefois pas de données précises quant aux quantités utilisées. Dans l’ensemble, quelque 300 tonnes de munitions à UA ont été utilisées lors de la guerre du Golfe et plus de 9 tonnes au Kosovo12. En outre, on a tiré 10 800 obus d’UA dans les environs de Sarajevo durant la campagne aérienne de l’OTAN en Bosnie en 1994-199513.

Comme c’est le cas de toutes les autres sortes de munitions, on ne se sert pas des obus d’UA que sur les champs de bataille. En fait, on les utilise bien plus lors d’essais et d’entraînements que durant les combats. Un analyste cite des sources de la US Army qui rapportent que, des 14 000 pièces de munitions à UA de gros calibre utilisées lors de la guerre du Golfe, environ 4000 ont été employées dans les combats, quelque 7000 autres ont servi lors de tirs de pratique et environ 3000 ont été détruites par un incendie à Doha au Qatar14. Aux États-Unis, les installations de la défense qui manipulent ou qui font des essais de tir de munitions à UA doivent avoir un permis de la Nuclear Regulatory Commission. La US Air Force et la US Navy ont toutes deux un permis d’ensemble alors que la US Army a 14 permis spécifiques (on trouvera la liste partielle des sites d’essai au tableau 2). De telles installations sont nécessaires pour tout type de système d’armement. Cependant, la présence d’UA comporte le risque supplémentaire de radioactivité, d’où la présence d’un contrôle réglementaire. Ce fardeau additionnel ainsi que la publicité qui entoure ce genre de munitions et les inquiétudes qu’elles suscitent dans la population expliquent probablement pourquoi certains pays évitent l’utilisation des munitions à UA. Pourtant, les installations pour les essais et le tir de munitions classiques sont également fortement contaminées. La plupart des munitions d’armes légères (du moins jusqu’à récemment) contenaient du plomb, un élément toxique reconnu. De plus, comme on l’a déjà mentionné, les cônes de charge en WHA contiennent du tungstène et du cobalt dont le danger toxicologique est plus grand que ne l’est le danger de radioactivité de l’uranium (surtout de l’UA).

SOURCES D’APPROVISIONNEMENT EN URANIUM APPAUVRI

L’uranium naturel se compose de trois isotopes: 238U , 235U et 234U. Lorsqu’on l’utilise comme combustible nucléaire, surtout dans les réacteurs à eau ordinaire, tels que les réacteurs à eau sous pression (PWR) et les réacteurs à eau bouillante (BWR), l’uranium est enrichi en 235U et en 234U avec pour conséquence que les résidus sont appauvris de ces isotopes. Le tableau 3 indique l’abondance et l’activité relative typiques de ces isotopes dans l’uranium naturel et dans l’uranium appauvri.

Il importe de noter que l’UA, bien qu’un peu plus dense que l’uranium naturel, ne présente qu’environ la moitié de sa radioactivité.

Cependant, le combustible nucléaire ne provient pas seulement de l’enrichissement de l’uranium naturel. Il peut aussi être récupéré du combustible épuisé. En fait, plus de 107 000 t d’uranium ont été recyclées aux États-Unis de 1952 à 1977. Ceci serait la cause de la présence probable d’isotopes de plutonium, de neptunium et d’uranium (tous radioactifs), respectivement239Pu, 237Np et 236U dans les résidus d’enrichissement d’UA et, par conséquent, dans tous les pénétrateurs fabriqués à partir de ces résidus. C’est un phénomène important puisqu’il permet d’avoir un moyen de différencier entre l’uranium naturel et l’UA, surtout lorsqu’on le retrouve à l’état de trace dans les dosages biologiques.

Les résidus de l’uranium enrichi pour la production d’armes nucléaires constituent une autre source d’UA. La pratique courante aux États-Unis est de n’utiliser que l’UA provenant d’obus démilitarisés ou recyclés plutôt que des résidus provenant soit des centrales nucléaires, soit des usines de traitement d’armes, bien que ces dernières aient pu fournir au départ de l’UA. Peu importe sa provenance, l’UA est essentiellement un sous-produit de rejet des processus d’enrichissement et, à cause de cela, il est bon marché surtout si on le compare au WHA. Jumelé au fait qu’un alliage d’UA et de 0,75 p. 100 de Ti peut être coulé et laminé plutôt que fritté, le coût de production des pénétrateurs à UA est comparable à celui des pénétrateurs WHA équivalents qu’on fabrique aux États-Unis et la moitié moins cher que ceux fabriqués en Allemagne.

CONCLUSION

Comme on a pu le constater, les munitions à UA permettent une légère augmentation d’environ 10 p. 100 de la profondeur de pénétration d’une cible renforcée de blindage lourd si on les compare aux pénétrateurs de tungstène. Cependant, en termes de performance, cela signifie que l’on peut obtenir la même pénétration à des portées significativement plus grandes à cause de la perte de vitesse minime des barreaux de pénétration à faible traînée. Un autre avantage appréciable de l’UA est sa résistance relative, sa capacité de ne pas céder à la rupture par cisaillement lors de l’impact sur des cibles revêtues de blindage angulé, espacé, ou même de blindage réactif. Un troisième atout est sa pyrophoricité, c’est-à-dire sa capacité de brûler à l’air. Étant donné tous ces facteurs, y compris le succès des obus d’UA sur le champ de bataille, surtout quand les forces de la Coalition les ont utilisés contre des cibles irakiennes, et tenant compte des coûts de production, les obus d’UA sont appelés à demeurer indéfiniment dans l’arsenal des forces armées un peu partout dans le monde.

Toutefois, les inquiétudes de la population au sujet de l’utilisation des munitions à UA semblent généralisées. Certains ont pointé du doigt l’usage d’UA comme la cause des symptômes débilitants communément appelés « syndrome de la guerre du Golfe ». Pour cette raison en particulier, et pour des préoccupations environnementales en général, on cherche des solutions de rechange à l’usage d’UA comme matériau de pénétrateur.

TRAVAUX EN COURS

On considère aux États-Unis que la technologie des pénétrateurs à UA a atteint sa pleine maturité et qu’elle ne laisse pas beaucoup de place à des développements ultérieurs. Jumelé aux inquiétudes environnementales du grand public et à sa méfiance viscérale envers l’UA, ce constat a amené la US Army à tenter la mise au point d’alliages de tungstène en utilisant des nanocristaux innovateurs et des « filaments » de tungstène afin de reproduire la performance de l’UA; mais, jusqu’à présent, aucune de ces tentatives n’a porté ses fruits15.

REMERCIEMENTS

Ce travail a reçu l’appui du Directeur général – Sûreté nucléaire (DGSN) et du Directeur – Politique médicale (D Pol Méd) des Forces canadiennes. L’auteur remercie chaleureusement E.A. Ough, Ph.D., du CMR, S. Kupca, Ph.D., de DGSN, et K. Scott, Ph.D., de D Pol Méd.

William S. Andrews, Ph.D., enseigne au département de chimie et de génie chimique et au département de science militaire appliquée du Collège militaire royal du Canada.

NOTES:

1. B.H. Liddell Hart, History of the First World War, Pan Books, London, 1970.

2. C.F. Foss, Jane’s Tank and Combat Vehicle Recognition Guide, Harper Collins, New York, 2000.

3. P. Chamberlain, H. Doyle, Encyclopedia of German Tanks of World War Two, Arms and Armour, London, 1999.

4. L.R. Bird et R.D. Livingston, World War II Ballistics: Armor and Gunnery, Overmatch Press, Albany NY, 2001.

5. W. Lanz, W. Odermatt, G. Weihrauch, « Kinetic Energy Projectiles: Development History, State of the Art, Trends », Proc. 19th Int. Symp. of Ballistics, Interlaken, Suisse, 7-11 mai 2001.

6. J. Carleone, (dir.), Tactical Missile Warheads, AIAA, Washington, 1993.

7. R. Subramanian, S.J. Bless, « Reference Correlations for Tungsten Long Rods Striking Semi-Infinite Steel Targets », Proc. 19th Int. Symp. of Ballistics, Interlaken, Suisse, 7-11 mai 2001.

8. S.P. Andrew, R.D.Caligiuri, L.E. Eiselstein, « Relationship Between Dynamic Properties and Penetration Mechanisms of Tungsten and Depleted Uranium Penetrators », Proc. 13th Int. Symp. of Ballistics, Stockholm, Suède, 1-3 juin 1992.

9. A.G. Williams, Rapid Fire, The Development of Automatic Cannon, Heavy Machine Guns and their Ammunition for Armies, Navies and Air Forces, Airlife Publishing, Shrewsbury, Royaume-Uni, 2000.

10. National Gulf War Resource Center, à http://www.ngwrc.org/Dulink/DU_Map.htm

11. Depleted Uranium in Kosovo Post-Conflict Environmental Assessment, Programme environnemental des Nations Unies (PENU), Suisse, 2001, à http://postconflict.unep.ch/index.htm

12. Vladimir S. Zajic, « Review of Radioactivity, Military Use, and Health Effects of Depleted Uranium », à http://vzajic.tripod.com/6thchapter.html#DU> Ammunition Use in Iraq

13. Groupe WISE, à http://www.antenna.nl/wise/uranium/diss.html

14. Leonard A. Dietz, Contamination of Persian Gulf War Veterans and Others by Depleted Uranium, 1999, à http://www.antenna.nl/wise/uranium/dgvd.html#DUTONN

15. L. Magness, L. Kecskes, M. Chung, D. Kapoor, F. Biancianello, S. Ridder, « Behavior and Performance of Amorphous and Nanocrystalline Metals in Ballistic Impacts », Proc. 19th Int. Symp. of Ballistics, Interlaken, Suisse, 7-11 mai 2001.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 5 mars, 2013 |Pas de commentaires »

COMMUNIQUES DU MOUVEMENT NATIONAL DE LIBERATION DE L’AZAWAD + DANS LE NORD DU MALI, LES TOUAREGS DU MNLA LANCENT UN NOUVEAU DEFI ARME A L’ETAT (Le Monde.fr du 14.03.2012 par Yidir PLANTADE)

MOUVEMENT NATIONAL DE LIBERATION DE

L’AZAWAD

COMMUNIQUES DU MOUVEMENT NATIONAL DE LIBERATION DE L'AZAWAD + DANS LE NORD DU MALI, LES TOUAREGS DU MNLA LANCENT UN NOUVEAU DEFI ARME A L'ETAT (Le Monde.fr du 14.03.2012 par Yidir PLANTADE) dans REFLEXIONS PERSONNELLES sahel2Communiqué N° 54:

Plainte à la Cour Pénale Internationale contre le Mali

Vendredi, 22 Février 2013 18:38

Communiqué du MNLA 

 Plainte pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’Humanité » à l’encontre des autorités de transitions et du commandement militaire du Mali

Le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), dument mandaté par l’ensemble des Chefs de tribus, de fractions, de villages, des Chefs coutumiers et religieux représentant l’ensemble des populations de l’Azawad, toute régions confondues (Gao, Kidal Tombouctou), informe l’opinion nationale et internationale que le MNLA a déposé une plainte auprès de la Cour Pénale Internationale (CPI) contre les autorités de transitions et le commandement militaire du Mali.

Des poursuites pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’Humanité » ont été déposées auprès de la CPI contre Monsieur Dioncounda TRAORE, Président intérimaire du Mali, en tant que premier responsable de la République du Mali, ainsi que contre l’ensemble de son gouvernement intérimaire installé à la tête du Mali à la suite du putsch militaire de mars 2012.

Les responsables du commandement militaire de la République du Mali sont particulièrement visés par cette plainte et sont poursuivis pour « crime de guerre » et « crimes contre l’Humanité » à l’encontre des populations civiles azawadiennes à la suite des massacres commis par les soldats de l’armée malienne sur l’ensemble des territoires sur lesquels elle s’est redéployée. On dénombre plusieurs centaines de civils sommairement assassinées, dont une infime partie a déjà été rendue publique et dénoncée par Human Rights Watch et Amnesty International. A ce jour, les saccages, les pillages, les viols et les assassinats se poursuivent impunément et ce, depuis le déclenchement par l’armée française de l’opération Serval le 11 janvier 2013.

Il est complètement intolérable que les troupes de l’armée malienne continuent, en toute impunité, à faire subir aux populations civiles de l’Azawad, en particulier contre les Touaregs et les Maures, des exactions en tout genre, allant du viol à l’assassinat sans que la communauté internationale ne réagisse fermement face à ces actes immoraux et criminels.

Nous rappelons que le MNLA n’a jamais usé de ces pratiques indignes et inhumaines. L’armée malienne ne sait être vaillante que contre les civils qui se sont retrouvés à leur merci contre leur volonté, sans qu’ils ne puissent compter sur aucune protection. Le MNLA demande, à cet effet, que les forces militaires internationales, en particulier françaises, qui ont ouvert la voie au redéploiement de l’armée malienne dans l’Azawad garantissent au minimum la protection des civils azawadiens en exerçant, de toute urgence, un strict contrôle sur les soldats de l’armée malienne.

Un bilan des exactions maliennes, depuis le 11 janvier 2013, sera très prochainement publié sur le site officiel du MNLA.

Kidal, le 22 février 2013

Mossa Ag Attaher

Porte-parole du MNLA,

Chargé de communication du CTEA

Communiqué N° 53

Déploiement des casques bleus

Dimanche, 17 Février 2013 23:54

Déclaration du MNLA

Déploiement d’une force de paix des Nations Unies au Mali

Le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) a pris acte, avec beaucoup de satisfaction, de la proposition française soutenue par le Secrétariat Général des Nations Unies, l’Union Africaine, les USA et d’autres Etats de déployer une force de paix des Nations Unies au Mali.

Le MNLA, au regard des développements récents dans la zone, lance, donc, un appel urgent au Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies afin d’accélérer le processus de déploiement des casques bleus dans cette région du monde où la paix et la sécurité internationale mondiale est menacée.

Les missions essentielles de cette force onusienne devront :

-          consister à mettre fin aux exactions, de l’armée malienne, à l’ombre de l’intervention française, contre les populations civiles, notamment, touarègues et arabes de l’Azawad et de sécuriser l’ensemble des populations de la zone

-          consolider durablement la lutte contre les forces obscurantistes dans la zone dont l’Etat malien est le seul responsable de l’implantation depuis plus d’une dizaine d’année,

-          Garantir et sécuriser les interventions humanitaires aux populations déplacées à l’intérieur de l’Azawad,

-          Garantir et sécuriser la circulation des personnes et des biens sur toute l’étendue de l’Azawad…

Par ailleurs, le MNLA a constaté que le retour de l’armée, des milices et de l’administration malienne, actuellement en cours sur le territoire de l’Azawad avec l’appui de la France, a ouvert la voie aux exactions et aux massacres des populations arabes et touarègues de l’Azawad auxquels se livrent les forces maliennes dans le sillage de l’intervention française.

Aussi, le Conseil de Sécurité et le Secrétaire Général sont sollicités afin que cesse ce redéploiement de forces maliennes dans l’Azawad, porteur de tous les risques, en attendant la résolution du conflit.

Enfin, le MNLA réitère sa disponibilité au dialogue et sa disposition à négocier avec le Mali conformément aux dispositions de la résolution 2085 des Nations Unies.

Kidal, le 17 février 2013

Pour le MNLA

Le Secrétaire Général,

Président du Conseil Transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA)

Bilal AG ACHERIF

Communiqué N° 52 / Déclaration du MNLA

Mercredi, 13 Février 2013 19:37

 Déclaration

Le MNLA

1.      Rappelle qu’il a été dès le départ un mouvement pacifique qui a œuvré pour le règlement politique de la question de l’Azawad par le dialogue, notamment à travers la correspondance adressée aux autorités maliennes en date du 05 Octobre 2011.

2.      Demande l’ouverture immédiate de négociations avec l’Etat malien visant à fixer les conditions d’exercice de l’autorité, de l’administration et du développement de l’Azawad.

3.      Demande à cet effet la désignation d’un négociateur neutre, internationalement reconnu, agréé par les deux parties.

4.      déclare ne pas remettre en cause les frontières internationalement reconnues du Mali tout en rappelant clairement l’existence de l’Azawad en tant qu’entité ;

5.      rappelle qu’à la veille de l’indépendance de la République Soudanaise, devenue République du Mali, c’est volontairement que les populations de l’Azawad ont adhéré à l’indépendance du Mali mais dans le respect de leur culture et de leur dignité.

6.      Compte-tenu de leur engagement pour la paix, le MNLA demande la participation de la France, des Etats Unis d’Amérique (USA), des Nations-Unies, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine et de l’Organisation de la Conférence Islamique comme observateurs aux négociations avec le Mali.

7.      Réaffirme son attachement à la déclaration internationale des droits de l’Homme, à la Charte des Nations-Unies et au respect des libertés fondamentales.

8.      Considérant la pauvreté, l’abandon et le mépris dans lesquels les populations de l’Azawad ont été toujours maintenues au sein du Mali, le MNLA demande :

a.      La mise en place et le fonctionnement des services de santé (dispensaires et hôpitaux),

b.     L’accès à l’eau potable et à l’électricité,

c.      La satisfaction des besoins urgents de la population en matière d’alimentation,

d.     La réouverture, le fonctionnement des établissements scolaires sur toute l’étendue du territoire de l’Azawad et la prise en charge des Etudiants en situation d’arrêt d’études,

e.     Le MNLA dénonce les conditions de vie dégradantes des populations réfugiées et déplacées et demande la mise en place des conditions permettant leur retour rapide sur leurs sites respectifs.

9.      Pour la mise en place de ces services de base dans l’Azawad, le MNLA demande la désignation d’un coordonnateur agréé par les deux parties, ainsi que l’établissement de procédures efficaces permettant d’assurer la transparence dans la gestion des fonds et d’éviter la corruption et le népotisme.

10.   Le MNLA maintient son engagement à lutter contre le terrorisme et assume dès maintenant sa part de responsabilité dans ce combat en fonction de ses moyens.

11.   Pour ne pas compromettre le processus de recherche de solution à la crise actuelle, le MNLA n’accepte aucune présence militaire malienne dans les zones sous son contrôle avant la fin des négociations. Le MNLA privilégie une solution politique à la question de l’Azawad.

12.   Le MNLA attire l’attention de la communauté internationale sur les multiples exactions commises dans les zones  occupées par l’armée malienne et appuie la demande de Human Rights Watch de mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante. Le MNLA demande aussi l’ouverture d’une enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur tous les crimes commis par l’armée malienne de 1963 à nos jours sur les populations de l’Azawad.

13.   Le MNLA nie toute responsabilité dans les évènements malheureux d’Aguelhoc en janvier 2012 et accepte la mise en place d’une commission d’enquête internationale destinée à établir les faits. Le MNLA est disposé à apporter sa contribution à la manifestation de la vérité.

Fait à Kidal le 11 Février 2013

Le Secrétaire Général,

Président du Conseil Transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA)

Bilal AG ACHERIF                                                                                                                                                                    

Dans le nord du Mali, les Touaregs du MNLA

lancent un nouveau défi armé à l’Etat

Le Monde.fr | 25.01.2012 à 17h46 

• Mis à jour le 14.03.2012 à 09h08 

Par Yidir PLANTADE

Le 17 janvier 2012, des hommes solidement armés ont attaqué des cantonnements militaires à Menaka, Adaramboukare et Tessalit, trois localités sahariennes du nord du Mali. Les combats, âpres, se sont poursuivis plusieurs jours, faisant de nombreuses victimes. Le 20 janvier, un accrochage sérieux a eu lieu à Aguelhok. Les attaques ont été revendiquées par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), un groupe politique et militaire indépendantiste né le 16 octobre. Dans la région, l’armée malienne se déploie en force. Des combats opposent à nouveau depuis jeudi matin 26 janvier à Anderamboukane l’armée malienne aux rebelles touaregs.

Difficile de dresser un bilan fiable des affrontements en l’absence d’observateurs impartiaux : si l’armée malienne décrit des rebelles en déroute, abandonnant des dizaines de morts sur le terrain, les communiqués du MNLA évoquent des militaires en fuite, subissant de lourdes pertes. Des photos publiées sur Facebook montrent une carcasse d’avion brûlé, supposément un MIG-21 abattu par des rebelles.

Un Touareg pose devant une carcasse d'avion. Le MNLA affirme avoir abattu un MIG-21 malien.

Qui compose le MNLA ? 

Le Mouvement National de Libération de l’Azawad est né de la fusion du Mouvement National de l’Azawad (MNA), un groupe de jeunes intellectuels et de militants politiques, avec les guérilleros de l’ex-Alliance Touareg Niger Mali (ATNM).

Ces derniers constituent les fidèles d’Ibrahim Ag Bahanga, leader des rébellions touaregs de 2006 à 2009, mort dans un mystérieux accident de voiture le 26 août. A ces deux composantes fondatrices sont venus s’ajouter des groupes d’ex-rebelles touaregs qui, dans les années 1990, ont fui le Mali pour s’engager dans l’armée libyenne de Mouammar Kadhafi. Beaucoup de ces hommes ont déserté le « Guide » libyen durant le conflit qui l’a opposé au Conseil National de Transition et à l’OTAN. Lourdement armés, certains ont fait la jonction avec le MNLA. C’est d’ailleurs Mohamed Ag Najim, ancien officier de l’armée libyenne, qui en est aujourd’hui le chef d’état-major.

Quelles sont les revendications des rebelles ?

Pour Mossa Ag Attaher, chargé de communication du MNLA contacté par Le Monde.fr, l’objectif est clair :

« Se libérer du colonialisme malien ». Pour lui, le territoire de l’Azawad se compose des territoires des trois gouvernorats septentrionaux du Mali actuel, soit ceux de Tombouctou, de Gao et de Kidal. Il affirme que « le MNLA est l’émanation des aspirations des touaregs et d’une bonne partie des Songhaï, Peuls et Maures de l’Azawad » et lutte pour le « droit de la population de l’Azawad au libre choix de sonmode de gouvernement, à l’autodétermination et, si elle le souhaite, à l’indépendance ». Selon lui, « les fonctionnaires de l’Etat malien dans nos villes sont tous des sudistes. Les gouverneurs de Kidal, Tombouctou et Gao sont des Bambaras, venus du Sud en mission. Il en va de même pour les hauts fonctionnaires régionaux ainsi que pour les gradés de l’armée et des autres services de sécurité ».

Dans un entretien accordé au journal arabophone mauritanien Al-Akhbar, Bilal Ag Chérif, secrétaire général du MNLA, affirme que son mouvement est « pacifique et croit en une démarche de dialogue pour atteindre ses objectifs ». Le MNLA avait d’ailleurs organisé des marches pacifiques le 1er novembre. Pour Bilal Ag Chérif, l’Etat malien porte la responsabilité de l’escalade militaire : « Le militarisme [de l'Etat] et les opérations de provocations ont provoqué le déclenchement du mouvement de libération, en réaction contre les agissements de l’armée malienne. »

 En quoi cette rébellion diffère-t-elle des précédentes ? 

Ces événements découlent d’une histoire de conflit quasi ininterrompu entre touaregs et Etat malien. Appartenant à l’ensemble ethno-linguistique amazigh (berbère), les touaregs (qui se nomment eux-mêmes « Kel Tamacheq ») occupent la zone saharienne, où ils vivent traditionnellement d’élevage et de commerce. Sur une population générale estimée à 1,5 million de touaregs, 550 000 vivraient au Mali (850 000 au Niger, 50 000 en Algérie et le reste en Libye et au Burkina-Faso).

Dès 1958, le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA), basé à Kidal, réclame la constitution d’un Etat touareg. En 1963, soit trois ans après l’indépendance du Mali sur un modèle unitariste jacobin, éclate la première rébellion touareg, durement réprimée par l’Etat. Suivent les sécheresses des années 70 et les camps de réfugiés en Algérie et en Libye, où de jeunes touaregs sont entraînés et enrôlés par l’armée. Aguerris, certains d’entre eux fondent en 1988 le Mouvement Populaire de Libération de l’Azawad (MPLA) et déclenchent une insurrection en 1990, qui débouche sur la signature des accords de Tamanrasset (1991) et du Pacte National de 1992. En 2006, une seconde rébellion force l’Etat malien à de nouvelles négociations avec les touaregs, lesquelles aboutiront à l’accord d’Alger du 4 juillet 2006.

Ces textes visent à une meilleure intégration sociale, économique et culturelle des populations du Nord (touaregs, mais aussi Peuls, Maures arabophones et Songhaï) dans l’ensemble malien. Paradoxalement, ils ont généré une double frustration.

D’un côté, l’opinion malienne, majoritairement sudiste, ne comprend pas que l’Etat crée des programmes de développement spéciaux pour le Nord, alors que tout le pays souffre de pauvreté. La presse nationale regorge d’éditoriaux critiques à l’égard de nordistes assimilés à des enfants capricieux ou à des maîtres chanteurs.

De l’autre, pour les militants du Nord, rien n’a changé : 

« Il faut ignorer les réalités de l’Azawad pour affirmer qu’il s’agit d’une région gâtée », affirme Mossa Ag Attaher. Il ajoute : « Les régions du Nord composent la moitié du territoire malien et ne sont quasiment pas couvertes en terme de santé publique, d’éducation et d’accès à l’eau. La région de Kidal est la seule au Mali où l’on doit parcourir plus de 100 kilomètres entre chaque point d’eau. Les grands projets de l’Etat sont des montages : il lève des fonds auprès des organisations internationales, lesquels sont ensuite accaparés et détournés par des responsables corrompus du Sud. »

Tandis que les rébellions précédentes n’ont jamais officiellement franchi le pas du séparatisme, pour la première fois le MNLA demande explicitement l’autodétermination de l’Azawad et une potentielle indépendance. Les cadres du MNLA ne parlent d’ailleurs plus de rébellion mais de « mouvement révolutionnaire ».

Quel est l’impact de cette rébellion au Mali ?

Le premier tour de l’élection présidentielle malienne aura lieu le 29 avril. L’importance du scrutin tient au fait que l’actuel président, l’ex-général Amadou Toumani Touré, devra quitter le pouvoir après deux mandats consécutifs. La presse et les principaux candidats se sont saisis des événements dans le Nord du pays pour ranimer la flamme patriotique, dénoncer les « bandits armés » du MNLA et appeler à un raffermissement de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire malien.

Dans le nord du pays, la reprise des affrontements pourrait déboucher sur une nouvelle crise humanitaire et à la fuite de populations civiles vers les pays voisins. Faisant planer le spectre d’affrontements internes à la région, des milices pro-gouvernementales y ont pignon sur rue : les Maures du colonel Ould Meidou, les touaregs du colonel Ag Gamou ainsi que les Songhaï de l’ex-Ganda Koy (milice ouvertement raciste qui sema la terreur dans les années 1990, se livrant notamment à des pogroms de touaregs et de Maures).

Quelles sont les relations entre le MNLA et Al-Qaida ? 

Cette nouvelle rébellion touareg intervient dans un contexte délicat : la présence depuis 2003 d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et de son ancêtre, le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) algérien, dans la zone saharo-sahélienne. Multipliant les enlèvements d’étrangers et le racket des trafiquants de cocaïne et de migrants clandestins qui sillonnent la zone, les hommes d’AQMI ont installé plusieurs bases au nord du Mali. Essentiellement algérien, le groupe a tenté de s’acheter les bonnes grâces des populations locales via des mariages (notamment parmi les tribus maures), le recrutement de jeunes désœuvrés et quelques actions sociales. Une petite organisation djihadiste touareg autochtone, Ansar Al-Din, a également vu le jour le 15 décembre.

La facilité avec laquelle AQMI agit dans la région nourrit les interrogations : selon l’anthropologue britannique Jeremy Keenan, le groupe serait une création du DRS (renseignement militaire) algérien. Pour le MNLA, c’est au contraire l’Etat malien qui utilise AQMI pour déstabiliser la zone de l’Azawad et bénéficier d’une assistance militaire étrangère grâce à laquelle il combat la résistance touareg plutôt que les djihadistes. Tous les responsables du MNLA insistent sur leur refus de tout sectarisme religieux et leur détestation d’AQMI. Ils réfutent les affirmations de certains journaux maliens qui affirment que MNLA et AQMI travailleraient main dans la main. Au contraire, affirme le MNLA, si les pays de la région et les grandes puissances cherchaient réellement à se débarrasser d’AQMI et des trafiquants dans le Sahara, ils aideraient ses guérilléros, familiers du terrain et animés du désir de « nettoyer le territoire de l’Azawad ». Lors de la rébellion de 2006, des affrontements meurtriers avaient eu lieu entre les touaregs et le GSPC.

De quels soutiens bénéficie le MNLA ? 

Il y a peu de chances que l’Union Africaine, qui consacre l’intangibilité des frontières de ses Etats membres, apporte son soutien aux partisans de l’autodétermination de l’Azawad. Au Niger voisin, où des révoltes touaregs ont suivi celles du Mali en 1992-1995 et en 2007-2009, le président de la République a déjà appelé au calme. La France, qui importe près de 20 % de son uranium du Niger, notamment exploité par Areva dans la région touareg de l’Aïr, n’a aucun intérêt à favoriser ce qui serait pour elle un facteur d’instabilité supplémentaire. L’Algérie a toujours joué un rôle de puissance régionale dans les conflits entre touaregs et Etat malien, abritant les négociations de paix. Aujourd’hui, des sources du MNLA affirment au Monde.fr que « l’Algérie refuse de recevoir et soigner les blessés de guerre du MNLA ». En Libye, le nouveau gouvernement fait face à suffisamment de difficultés internes pour ne pas reprendre le jeu permanent de soutien suivi de lâchage auquel se livrait Mouammar Kadhafi avec les divers groupes touaregs. A l’heure actuelle, le MNLA ne bénéficie que du soutien moral de mouvements pacifiques de défense de la cause amazigh en Afrique du Nord (Congrès mondial amazigh, Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, ONG Tamazgha…).

Quelle issue pour le conflit ? 

Mieux armé que les mouvements précédents grâce au stocks d’armes rapportés de Libye, le MNLA est également beaucoup mieux structuré idéologiquement. Souvent efficaces sur le terrain militaire, les rebelles touaregs ont par le passé fait montre d’un flou politique préjudiciable. L’insistance sur la notion d’autodétermination donne une cohérence politique inédite au MNLA. Cependant, le mouvement risque l’isolement sur deux tableaux : au Mali, outre le climat d’intransigeance nationaliste attisé par la campagne électorale au Sud, il risque d’être perçu comme un mouvement exclusivement touareg par les autres composantes ethniques de l’Azawad. Quant aux soutiens étrangers, il ne semblent guère probables dans une zone déjà perçue comme une poudrière du fait de la présence d’Al-Qaida. Les porte-parole du MNLA, notamment Hama Sig Ahmed et Bilal Ag Chérif, répètent à l’envi leur désir d’un authentique dialogue avec les autorités de Bamako. Celles-ci semblent davantage enclines à maintenir la pression militaire.

Yidir PLANTADE                                                                                    

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 26 février, 2013 |1 Commentaire »

MALI. UTILISATION D’ARMES A L’URANIUM « APPAUVRI »:LA CENSURE DE « RUE89″ (Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie.unblog.fr)

MALI:

LA CENSURE DE « Rue89.com »

MALI. UTILISATION D'ARMES A L'URANIUM

Une brève de la rubrique Vigie dépubliée

Yann Guégan | red. chef adjoint Rue89

Ce dimanche en fin de matinée, une « vigie » – une brève présentant un texte disponible sur un autre site et dont nous recommandons la lecture – a été publiée sur Rue89 afin de présenter une note du blog MediaBeNews datant du 22 février 2013 et repérée par une riveraine.

Cette note reprenait une lettre ouverte à François Hollande publiée sur le site Reporterre et signée de Thierry Lamireau, auteur d’un documentaire. Il accuse l’armée française de s’être servi de munitions à l’uranium appauvri pour les frappes menées lors des opérations au Mali.

Comme l’ont fait remarquer beaucoup de commentateurs, une telle utilisation est peu probable dans un tel contexte (ces armes sont utiles pour percer des blindages). Surtout l’auteur n’apporte aucune preuve ou aucun témoignage, s’appuyant uniquement sur « son expérience de l’analyse des rares images présentées ».

Relayer un lien, c’est forcément lui apporter une caution, et Rue89 ne souhaite pas apporter la sienne à cet article. Le texte a donc été dépublié. Nous présentons nos excuses aux riverains dont les commentaires ont été supprimés dans l’opération.

COMMENTAIRES:

(Le Souffle c’est ma Vie / Thierry LAMIREAU)

J’ai envoyé un message à la rédaction de Rue89 pour une demande de droit de réponse.

Rien ne se fera je pense à nouveau.

J’ai demandé qu’au moins les journalistes fassent leur travail d’investigation et qu’ils posent des questions au Président HOLLANDE par rapport aux problèmes que je souligne et qu’ils aient une réponse notamment sur le positionnement de la FRANCE quant à l’utilisation des armes à l’uranium « appauvri » dans les conflits divers (au titre de la FRANCE, sous couvert de l’ONU et de l’OTAN).

Si les journalistes critiquent ma lettre dénonçant « sans preuves » ils posent eux-mêmes une affirmation sans preuves !

Le comble du journalisme est atteint puisqu’ils répondent comme s’ils étaient le Président HOLLANDE ou le Ministre de la Défense !

Pour moi, ces journalistes ne font pas leur travail, car avec ma lettre ouverte ils devraient chercher, investiguer et poser des questions à HOLLANDE, LE DRIAN, des militaires, des spécialistes de l’armement, etc….mais ils affirment, ne font rien et censurent ma lettre alors que je ne suis pas à l’origine de l’envoi chez eux et ce, sans me prévenir de leurs commentaires…ce qui aurait été pour moi logique et courtois.

Il serait, par exemple, intéressant de prélever in situ des échantillons de terre, d’eau, de matériaux voire de corps calcinés pour vérifier mes dires…mais attention…SECRET DEFENSE ! 

A Rue89 on semble ignorer certains éléments par rapport à l’utilisation des armes à l’uranium « appauvri » !…Ces armes ne servent pas uniquement à « percer des blindages ». Ils semblent ne pas connaître les armes utilisées par les hélicoptères TIGRE et les avions MIRAGE ET RAFALE ! Or, ces aéronefs sont en action actuellement depuis le début du conflit au MALI !

Si ces journalistes savaient reconnaître les armes à l’uranium « appauvri » ils auraient vu, comme moi, qu’elles sont visibles sous les carlingues AVANT le départ des aéronefs et en action pendant les tirs…et ce sont les (rares) images « données » par le Ministère de la Défense ! 

La paresse intellectuelle est souvent une caractéristique chez ces journalistes patentés.

Et puis, il est plus « valorisant » pour un journaliste de « surfer sur la vague » des petits « soldats journalistes » aux ordres pour décrire l’indescriptible puisque AUCUN média n’a accès au terrain dans le conflit du nord-MALI !

Donc, en résumé, HONTE à Rue89 !

Thierry LAMIREAU                                                                                                    

Réalisateur du film « URANIUM EN LIMOUSIN »                                                                       lesoufflecestmavie.unblog.fr

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 25 février, 2013 |4 Commentaires »

MALI: INGERENCE HUMANITAIRE OU NOUVEAU SAHELISTAN ? LES DOLLARS DE L’ONCLE SAM POUR PROMOUVOIR LE TERRORISME ( Ali El HADJ TAHAR / lesoirdalgerie.com)

MALI :
INGÉRENCE HUMANITAIRE OU NOUVEAU
SAHELISTAN ?

Les dollars de l’Oncle Sam

pour promouvoir le terrorisme

  (Ali El Hadj Tahar)

MALI: INGERENCE HUMANITAIRE OU NOUVEAU SAHELISTAN ? LES DOLLARS DE L'ONCLE SAM POUR PROMOUVOIR LE TERRORISME ( Ali El HADJ TAHAR / lesoirdalgerie.com) dans REFLEXIONS PERSONNELLES usa
Sous le prétexte d’une « responsabilité de protéger », les Français sont intervenu au Mali sans mandat de l’ONU. Les puissances occidentales les soutiennent pour une mise sous tutelle programmée de l’Afrique.

Mais dans la tutelle de l’Afrique, il y a la mise sous tutelle de la France par les USA, car ceux qui mènent le jeu au Sahel, ce sont les Américains, avec la complicité de nombreux pays d’Afrique et d’Afrique du Nord, qui semblent depuis quelques années appeler le néocolonialisme de leurs vœux.

Dans le Nouvel Ordre Mondial qui voit le jour, la financiarisation est inséparable de la militarisation, le monde de la finance étant intimement lié au complexe militaro-industriel qui a pris la Maison-Blanche en otage. La Maison-Blanche, quant à elle, prend en otage d’autres pays, des plus grands aux plus petits. Moscou et Pékin et les pays du BRICS semblent être les seuls États à s’opposer à cette hégémonie, que les Américains refusent de voir fragilisée, quitte à ramener les récalcitrants avec le « gros bâton » cher au président Theodore Roosevelt.

Beaucoup d’éléments ont argumenté dans le sens d’une préméditation de l’opération SERVAL dans le cadre d’un complot contre le Mali et les pays frontaliers, pas uniquement l’Algérie. Mais on a compris que tout ce micmac flagrant montre qu’il s’agit d’une crise créée de toutes pièces et que le manipulateur en chef, le Département de la Défense Américain (DoD) la préparait depuis les années 1990, lorsqu’il a suscité des situations créatrices de crises (crisogènes) par sa seule présence. Revenons à l’histoire de la présence étatsuninenne en Afrique et à l’apparition mystérieuse du terrorisme, à chaque fois qu’une base américaine se crée dans une région.

« L’idée politique centrale de l’impérialisme, écrit la philosophe politique Hannah Arendt, est l’expansion comme un but permanent et suprême de la politique », tandis que Chalmers Johnson écrit dans The Sorrows of Empire. Militarism, Secrecy, and the End of the Republic :

« L’impérialisme ne peut pas exister sans un puissant appareil militaire pour soumettre et policer les gens qui s’opposent sur son chemin et un système économique pour financer un établissement militaire couteux et improductif. » (1) En 2002, dans une perspective qui s’inscrivait dans le projet impérialiste du Grand Moyen-Orient, George Bush a créé le plan Pan Sahel afin de « lutter » contre le terroriste dans le Sahel. Or il n’y avait pas de terroristes au Sahara ni dans sa région sud, est et ouest, même après dix années de troubles en Algérie. Le terrorisme s’est développé au nord du Maghreb, et s’y est maintenu car il n’avait pas d’assisses dans le sud, d’autant que l’Islam traditionnel et soufi y est très puissant et constituait un paravent contre les takfiristes, wahhabites et autres excommunicateurs. Ce bel Islam de nos ancêtres dérangeait beaucoup, car il donne une idée forte et puissamment ancrée d’une tradition spirituelle et culturelle empêchant la prolifération des « parasites ». Mais le Sahel était une région visée par les Etatsuniens dès que le bloc communiste a sombré. Déjà, en 1996, ils ont demandé aux Saoudiens d’envoyer l’agent Ben Laden au Soudan, non sans avoir concocté un coup d’État dans ce pays afin de permettre à un Etat « islamiste » d’y prendre racine. Ben Laden enverra des armes et des Arabes-Afghans vers l’Algérie et, au préalable, il écrira pour ses amis du parti dissous les paroles de : « Alayha nahia, alayha noudjahed. »

Programme d’aide, programme d’asservissement

Pourquoi les Américains voulaient-ils « combattre » le terrorisme sur un territoire où le phénomène n’existait pas si ce n’est pour le créer ? Comme par hasard, dès l’année suivante, entre 2003 et 2004, le groupe d’El Para kidnappa plusieurs groupes de touristes au Sahara ! Le groupe terroriste nigérian Boko Haram fut créé en 2002. Entre 2007 et 2008, la Mauritanie subit des attaques et des enlèvements de l’Aqmi. Le terrorisme était inconnu en Irak avant 2003. Aujourd’hui, ce pays est son fief. En 2008 apparaissaient les djihadistes d’Al-Shabbab, en Somalie. Moubarak et Benali ont éradiqué le terrorisme que le « Printemps Arabe » vient de ressusciter en Égypte et en Tunisie… Idem pour la Libye et surtout la Syrie actuellement… où les Américains s’installent. Le cancer terroriste se développe, comme s’ils l’inoculaient directement par injection. En 2005, le programme US Pan Sahel se transforme en Trans Sahel Conter Terrorism Partnership dont l’objectif était de former les forces militaires des sept pays sahariens « volontaires » dans leur lutte contre leurs différents ennemis, y compris « terroristes », en fait des alliés sous de faux drapeaux. Tactique du pyromane pompier…

Les États-Unis ont aussi un programme appelé Counter Terrorism Train and Equip destiné à apporter de l’aide militaire à des pays maghrébins et d’Afrique subsaharienne (Algérie, Burkina Faso, Tchad, Libye, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Nigeria, Sénégal, Tunisie) en leur offrant quelques armes et véhicules, du matériel de communication, des pièces de rechange et des tenues militaires. Cela leur permet d’avoir un pied à terre dans ces pays en attendant mieux, une base militaire, un puits de pétrole ou une exploitation minière, par exemple. Ainsi donc, les États-Unis visent l’implantation dans des pays qui sont traditionnellement dans le giron français. Peu d’égards pour la France amie et alliée au sein de l’OTAN. Mais les États-Unis ne sont-ils pas venus concurrencer la France à Djibouti en 1981 ? Et, comme par hasard, le piratage s’est développé dans la corne de l’Afrique dès que la base américaine de Camp Lemonnier a été créée en 2003.

Les actes de piratage contre des navires marchands se développent en même temps que le terrorisme, au fur et à mesure que la répression grandit. L’injustice nourrit la révolte, c’est ce que font semblant de ne pas comprendre les pays qui ont de longues expériences coloniales. Une fois le terrorisme installé en Afrique, George Bush décida de créer, en 2007, un commandement unifié pour l’Afrique (United States Africa Command) dont l’acronyme est Usafricom ou Africom et destiné, en premier lieu, à coordonner toutes les activités militaires et sécuritaires étatsuniennes sur ce continent. Son deuxième but fut la « géopolitique du pétrole », soit la sécurisation des approvisionnements américains par le golfe de Guinée afin de diminuer la dépendance vis-à-vis des réserves du Moyen-Orient. Le troisième but était la compétition économique afin de contrer, par un pré-positionnement militaire US, la montée en puissance de la Chine. Parmi ces objectifs, on ne sait lequel est prioritaire, car comptent beaucoup pour les États-Unis les nécessités de défense pure, soit la dépense du budget militaire dans des conflits nécessaires pour le fonctionnement du complexe militaro- industriel.

Ce n’est qu’à cela essentiellement qu’ont servi les guerres d’Afghanistan et d’Irak depuis 2003. Car il faut savoir que la Maison-Blanche a dépensé près de 5 000 milliards de dollars en dix ans en Irak et en Afghanistan, sommes qui sont allées dans les coffres du complexe militaro-industriel et ceux d’autres entreprises étatsuniennes. La recette est simple : on crée la pauvreté dans un pays, et lorsqu’il devient ingouvernable, on y envoie des terroristes qu’il s’agira d’éliminer sous prétexte qu’ils menacent le « monde libre ». Ainsi, la chaîne de production d’armes tourne à fond pour doter à la fois les terroristes et les pays qui combattent le terrorisme.

En 2008, Jeremy Keenan, un anthropologue très au fait des problèmes de terrorisme et de renseignement, écrivait dans la revue d’intelligence Menas : « Rares sont les endroits au monde qui ont été autant sujets à désinformation que le nord du Mali et sa frontière avec l’Algérie. Il est vrai que c’est le point focal de l’administration Bush en ce qui concerne sa fabrication d’un second front saharien dans sa prétendue guerre contre le terrorisme. » En 2009, le Mali a bénéficié du programme Trans Sahel Conter Terrorism Partnership, mais au préalable, les États-Unis ont imposé à ce pays criblé de dettes une restructuration qui l’a davantage affaibli puis entraîné dans le gouffre actuel. En un tour de passe-passe américano-franco-qatari, voilà le Mali coupé en deux, avec un nord occupé par une nébuleuse d’islamistes et de pseudo-rebelles également à la solde. Puis voilà les Français qui accourent pour sauver un peuple de barbares islamistes… qu’ils ont pris soin de doter des armes les plus sophistiquées…

La guerre, seule logique de la Maison-Blanche

Pour renforcer sa présence en Afrique, au détriment d’une France qui n’a plus d’argent pour y être présente, Washington va, selon le Département d’Etat, déployer une centaine de conseillers en Afrique de l’Ouest et les répartir au sein des contingents africains de six nations : Niger, Nigeria, Burkina Faso, Sénégal, Togo et Ghana, qui fournissent des troupes à la Misma. Ces « mentors » dépendent du programme African Contingency Operations Training and Assistance (ACOTA). Même s’ils ne seront pas déployés sur le territoire malien, économiquement, il s’agit d’une ingérence dans la chasse gardée d’un allié atlantique. Pour comprendre cette stratégie, il faut savoir que le budget américain est de 755 milliards de dollars (2010) alors que celui de la Chine est de seulement 143 milliards de dollars, que celui de la Russie est de 71, 9 milliards et celui de la France de 62,5 seulement. Le budget défense des États-Unis est non seulement colossal, mais il est plus important que tous les autres secteurs réunis : il compte pour plus de la moitié du budget du pays alors que celui de la France est le deuxième après celui de l’éducation. En 2011, le budget du DoD représentait 41% du total mondial de défense par rapport à la Russie qui n’en détient que 4,1% et la Chine 8,2 % tandis que l’Arabie Saoudite en détient 3%. La véritable course aux armements n’a jamais été aussi folle qu’aujourd’hui, car les États-Unis dope les achats en imposant une surenchère, ensuite grâce au terrorisme qui cible les pays non amis et ennemis. Ainsi, les pays arabes, qui soutiennent le terrorisme (Arabie Saoudite, le Qatar et les autres pays du Golfe) sont devenus des investisseurs dans l’industrie militaire occidentale par le biais d’opérations de leurs fonds souverains, et ce, indirectement ou directement dans certaines entreprises liées au complexe militaro-industriel (Carlyle et la société militaire privée Vinnel) : des enjeux importants les lient désormais au terrorisme qui nourrit le complexe militaro-industriel… Le problème malien s’inscrit donc dans une stratégie géopolitique globale qui dépasse les acteurs apparents (groupes terroristes) et même ceux qui se sont mis en avant depuis le début ou dernièrement (Qatar et France) : elle s’inscrit dans un plan du Grand Moyen-Orient tout comme les « Printemps Arabes » qui visaient à éliminer tous les raïs (Benali, Moubarak et surtout Kadhafi) susceptibles de s’opposer à la création, à leur frontière (Mali), d’un État failli où se déploient les groupes terroristes, tout comme en Afghanistan.

Fin 2010, Obama avait dit vouloir renforcer l’armée de son pays et lui donner de nouveaux « partenaires » pour la réussite de ses objectifs : il ne parlait pas d’alliés car ceux de l’Occident sont connus ; il s’agissaitt donc de ces innombrables traîtres à leur nation qui prolifèrent depuis les « Printemps Arabes ».

Ce sont les services de renseignements étatsuniens qui recrutent les traîtres, ainsi que des agences supposées de Droits de l’Homme, des ONG prétendument humanitaires ou destinées à « promouvoir la démocratie dans le monde », comme l’Open Society, le Fondation Soros, la National Endowment for Democracy… D’ailleurs, ces trois ONG liées à la CIA ont joué un rôle fondamental dans les « Printemps Arabes ».

Ali.El.HADJ.TAHAR.

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2013/02/17/article.ph…

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http://www.legrandsoir.info/les-dollars-de-l-oncle-sam-pour-promouvoir-le-terrorisme.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 20 février, 2013 |Pas de commentaires »

AFRIQUE: LES DOSSIERS QUI OPPOSENT PARIS ET WASHINGTON (Adrien HART / slateafrique.com)

Afrique:

AFRIQUE: LES DOSSIERS QUI OPPOSENT PARIS ET WASHINGTON (Adrien HART / slateafrique.com) dans REFLEXIONS PERSONNELLES douentza Des soldats français près de Douentza, au Mali, le 7 février 2013, David Lewis/REUTERS

Les dossiers qui opposent Paris et Washington

(Adrien HART / slateafrique.com)

La France et les Etats-Unis ont des positions divergentes sur le Nord-Mali mais aussi sur la Côte d’Ivoire. Comment l’expliquer?

clintonfabius ALGERIE dans REFLEXIONS PERSONNELLESHillary Clinton et Laurent Fabius, siège de l’ONU, 26 septembre 2012. © MICHAEL NAGLE / AFP
 
Plusieurs centaines de personnes ont manifesté le 9 janvier 2013 à Bamako et Kati pour réclamer des « concertations » sur la transition au Mali, la libération de ses régions du Nord occupées par des groupes islamistes armés et le départ du président intérimaire Dioncounda Traoré.

A Bamako, des manifestants ont tenu un sit-in sur la Place de l’Indépendance, brûlé des pneus et perturbé le trafic sur deux des trois ponts qui relient les deux rives du fleuve Niger coupant la ville en deux, ont constaté des journalistes de l’AFP.

La petite phrase restera dans les annales de la diplomatie. Et résume à elle seule les divergences franco-américaines sur les modalités d’une intervention militaire africaine pour chasser les islamistes du Nord-Mali.

Le plan français pour le Nord-Mali ? «C’est de la merde.»

Ce n’est pas n’importe quel yankee qui a prononcé ce commentaire définitif, mais bien Susan Rice. Ambassadrice américaine auprès de l’ONU. Excusez du peu! La petite histoire ne dit pas si le ministre français des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, a fait la grimace.

Mais officiellement, le patron du Quai d’Orsay est resté «droit dans ses bottes», pour reprendre l’expression d’un de ses prédécesseurs (Alain Juppé).

Mais, avant le vote de la résolution 2085 par le Conseil de Sécurité de l’ONU, le 20 décembre 2012, sur le déploiement d’une force internationale au Mali, les négociations entre Paris et Washington n’ont pas été faciles.

Le porte-parole du département d’Etat Victoria Nuland le confirme:  

«Nous avons travaillé très dur pour régler des problèmes techniques et des questions relatives au déroulé [d’une intervention militaire]» .

Washington avait clairement pris position pour une opération en deux temps: d’abord la négociation, puis ensuite l’intervention militaire. Pour les Etats-Unis, il était plus que hasardeux de se lancer dans une nouvelle aventure militaire au cœur du plus grand désert du monde avec une force ouest-africaine de 3.300 hommes qui, pour l’instant n’inspire pas vraiment la confiance.

Le remède ne risque-t-il pas de tuer le malade et disséminer le virus islamiste chez les pays voisins? Un diplomate occidental interrogé par Reuters, visiblement proche des positions américaines, a récemment déclaré que Washington était «très sceptique» sur le plan français et a «des doutes sérieux» sur le succès d’une telle intervention militaire dans le sables du Nord-Mali.

«Peu confiance»

Les Etats-Unis n’ont que «peu confiance» sur le fait que les pays constituant la force africaine «puissent faire le travail» et sur les capacités actuelles de l’armée malienne à aller se battre contre des «fous de Dieu» fanatisés et bien armés.

Paris a tenu compte de ces réticences et son projet de résolution a donc intégré le déploiement d’une force par étapes, sans calendrier précis.

Mais Paris reste en pointe pour organiser une intervention militaire dans les plus brefs délais et a demandé à ses relais africains de donner de la voix pour soutenir son plan. Paris sait qu’il peut compter sur le soutien de l’exécutif (francophone) de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) .

Le président en exercice de la Cédéao, l’Ivoirien Alassane Ouattara, multiplie les déclarations pour une action rapide, tout comme le président de l’Union Africaine, le Béninois Boni Yayi. A la plus grande satisfaction de Paris.

Mais cette unité de façade au niveau régional et continental dissimule de profondes divergences, notamment en Afrique de l’Ouest. Le Burkina, le Tchad et la Mauritanie, dont les dirigeants sont pourtant réputés proches de Paris, ont opté clairement pour l’option de la négociation avec les islamistes.

Et se sont alignés sur la position algérienne, qui voit toujours d’un mauvais œil une intervention militaire soutenue par Paris et Washington près de ses frontières méridionales. Alger n’est pas exempt de tout reproche dans la crise du Nord-Mali. Loin de là. Tant elle a paru «exporter» hors de ses frontières ses propres islamistes.

Le président français, François Hollande, a tenté, cette semaine à Alger, de convaincre son homologue Abdelaziz Bouteflika du bien-fondé du volontarisme militaire tricolore. Le Quotidien d’Oran souligne même l’«entêtement» français:

«Paris semble s’entêter. On a prôné l’intervention militaire et on ne transige pas! Comme si admettre qu’une intervention militaire +rapide+ et non préparée politiquement serait +perdre la face+»

En plus, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon reste très prudent et n’a pas été convaincu par le plan français.

«Cancer islamiste»

Tout le monde garde à l’esprit l’intervention occidentale en Libye, avec là-encore la France en première ligne, qui a abouti au renversement du régime de Kadhafi. Mais aussi et surtout à la dissémination d’armes de guerre dans tout le Sahel.

Et à la prise de contrôle du Nord-Mali par des groupes islamistes. Cette région, grande comme la France, constitue actuellement le plus vaste sanctuaire islamiste au monde. Les populations qui sont restées sur place vivent sous le règne d’une charia impitoyable.

Et les chancelleries européennes craignent une contamination régionale et même des répercussions en Europe. C’est en grande partie les raisons qui expliquent pourquoi Paris est si pressé d’agir face au «cancer islamiste».

La France surveille attentivement sur son territoire les jeunes originaires d’Afrique ou des Français convertis à l’Islam qui seraient tentés de rejoindre les djihadistes du Sahel.

Mais de nombreuses capitales ouest-africaines gardent aussi à l’esprit que les Occidentaux, et en premier lieu les Français, ont mal préparé l’après-Kadhafi. Et que si le Nord-Mali est occupé par des islamistes qui ont fait leur course dans l’arsenal libyen, c’est en grande partie leur faute. Bref, la suspicion règne.

Et les divergences franco-américaines n’arrangent rien. D’autant plus qu’on les retrouve sur un autre grand dossier: la Côte d’Ivoire.

Justice réservée aux vaincus

L’ambassadeur américain à Abidjan a lancé sa dernière pique début décembre 2012 au moment où le président Ouattara était en visite … à Paris. Difficile de ne pas y voir aussi un message à l’allié français. Le diplomate américain estime que les choses ne bougent pas suffisamment vite, près de deux ans après l’arrivée de Ouattara au pouvoir.

Selon lui, la justice tant nationale qu’internationale est toujours réservée aux vaincus, c’est-à-dire au camp Gbagbo. Difficile en effet de ne pas faire le même triste constat. Et tant que ce problème ne sera pas réglé, la réconciliation ne sera qu’un vain mot.

Il ne suffit pas de mettre en place une commission-bidule pour panser les plaies d’un pays traumatisé par plus d’une décennie de haine et de xénophobie. Et Washington a raison de mettre la pression sur le président Ouattara pour accélérer le rythme. «Il ne faut clouer la Côte d’Ivoire au pilori», répond la presse pro-Ouattara. Mais il faut quand même ouvrir les yeux.

Et Paris préfère les garder mi-clos. Début décembre 2012, le Ministre français de l’Economie, Pierre Moscovici, a même fait le déplacement à Abidjan pour signer une aide massive de plus de 600 millions d’euros et exhorter les entreprises tricolores à revenir investir dans le pays.

Moscovici a été très clair:

«Nous sommes venus pour promouvoir la coopération entre nos deux pays, pour être auprès de nos entreprises (…) ce qui ne veut pas dire que nous sommes indifférents aux Droits de l’Homme.»

Mais si Paris conforte son allié Ouattara, dont il a besoin pour le Nord-Mali, nul doute que Washington continuera à faire entendre sa partition. Tant sur la Côte d’Ivoire que sur le Sahel.

Adrien HART

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 20 février, 2013 |Pas de commentaires »

DOCUMENT « EXPLOSIF »…MANUEL SUR LES PRINCIPES DE SECURITE DE L’OTAN APPLICABLE AUX STOCKAGES DES MUNITIONS ET EXPLOSIFS A L’URANIUM « APPAUVRI »

Manuel sur les principes de sécurité  de l’OTAN,

applicable aux stockages des Munitions et

explosifs à l’uranium « appauvri ».

DOCUMENT

Document. AC/258-D/425
Diffusion de l’AASTP-1

Document parvenu à « Avigolfe », remis au Ministère de la Défense le 29 juin 2005, et authentifié le même jour par l’OTAN à la demande de France3.

Ce document « explosif » n’a pas été classifié « secret défense », sans doute parce que ces quelques pages ne représentent qu’une partie d’un document beaucoup plus large concernant les précautions à prendre pour le stockage de l’ensemble des munitions et explosifs. Il a, selon toute vraisemblance, été diffusé aux responsables militaires et politiques des pays membres de l’OTAN, dont la France. Ceux-ci connaissent donc, par ce document comme par les études de leurs propres services, tous les dangers que représentent les armes à l’uranium « appauvri ».

CHAPITRE 8- MUNITION A L’URANIUM APPAUVRI

Section I – Caractéristique de l’uranium appauvri (UA)
2.8.1.1.
Généralité

La matière première à partir de laquelle est produit l’UA est l’uranium DIT naturel, largement répandu dans la nature sous la forme de minerais à basse teneur d’oxydes d’uranium. L’uranium DIT naturel se compose d’isotopes radioactifs, dans les proportions suivantes : U238 (99,3%), U235 (0,7%) et U234 (0,006%). L’uranium sert surtout dans l’industrie nucléaire (Il s’agit alors d’un métal qui n’a plus rien de « naturel », puisque 1°) produit de transformations mécaniques et chimiques subies par le minerai 2°) enrichi en isotope 235 -cf. ci-dessous), comme combustible primaire pour les réacteurs ou comme source d’uranium enrichi en isotope U235 et destiné au combustible des réacteurs et aux armes nucléaires. Le sous-produit du processus d’enrichissement est l’UA, dans lequel le contenu en U235 est réduit au tiers environ de celui de l’uranium naturel. Il en résulte que l’UA n’est pas économique à utiliser comme combustible primaire pour les réacteurs, de même qu’il ne peut pas servir à amorcer la réaction en chaîne de la fission dans une arme nucléaire. Le terme « appauvri » signifie simplement que le contenu en U235 de l’uranium naturel a été réduit de façon artificielle. Pourtant, ce processus n’influence pas sensiblement le contenu radioactif du matériau. La radioactivité spécifique (radioactivité par masse unitaire) de l’UA est donc presque la même que celle de l’uranium naturel, c’est-à-dire environ 25 MBq/Kg (0,7 mCi/Kg).

2.8.1.2. Métal d’UA

Le métal d’UA sans alliage a le même aspect et les mêmes propriétés chimiques que le métal d’uranium naturel : il a une teinte argentée mate, lorsqu’il vient d’être préparé, mais sa surface s’oxyde rapidement à la température ambiante, pour former une pellicule d’oxyde bleu-noir. L’oxydation est plus rapide dans une atmosphère humide et l’uranium est rapidement corrodé par l’eau froide. (C’est ce qui se passe quand les restes d’obus ou de balles à l’UA sont arrosés par la pluie, et quand les particules sont entraînées dans les nappes phréatiques.) Les acides dissolvent l’uranium, mais il est insensible aux alcalis. L’UA utilisé dans les munitions perforantes peut être allié avec d’autres métaux, ce qui améliore sa résistance à la corrosion et ses propriétés mécaniques. L’aspect de l’alliage, sous la forme de métal massif, ne différera probablement pas beaucoup de celui de l’UA pur, mais il est possible qu’il ne se forme pas une pellicule d’oxyde foncée.

2.8.1.3. Caractéristiques de combustion

a) A la température ambiante, la couche d’oxyde adhère mais est perméable : elle n’arrête pas la lente poursuite de l’oxydation et n’empêche pas non plus la combustion, lorsque le métal est exposé à une source de chaleur ; la couche d’oxyde formée pendant la combustion se désintègre continuellement et permet à l’air frais d’entrer en contact avec le métal. Lorsqu’il est chauffé et qu’il se trouve dans une quantité d’air ambiant non limitée, l’UA brûle rapidement ; aux températures intermédiaires, par exemple entre 300 et 600°C, il forme un oxyde noir, l’UO2 et, aux températures élevées, c’est-à-dire au-dessus de 700°C, il brûle avec éclat pour donner U308 brun foncé-noir. (Cette « combustion » ou pyrolyse se produit à plus forte raison en cas d’explosion des munitions à UA ; elle est alors auto-entretenue -voir ci-dessous- ; « l’éclat » dont il est ici question, blanc-jaune, est celui qu’on a pu voir sur les images télévisées d’explosions de missiles ou d’obus sur Bagdad pendant la guerre contre l’Irak en 2003. L’emploi de ces armes a été dénoncé par ACDN dans une lettre adressée au Président de la République en pleine offensive de la Coalition, le 6 avril 2003.)

b) Sous forme massive, c’est-à-dire avec un rapport superficie-masse peu élevé, le métal d’UA est normalement incapable de brûler à l’air de façon auto-entretenue sans application permanente de chaleur provenant d’une source extérieure. Si la température de la masse de métal est augmentée par une telle application de chaleur de l’extérieur, elle atteint un point où la réaction s’accélère rapidement et l’on assiste alors à une combustion auto-entretenue, c’est-à-dire à une inflammation. La température d’inflammation est celle de la masse de métal et elle dépend d’un équilibre entre les pertes et le gain de chaleur. Les pertes sont dues aux processus normaux de transport de chaleur, à la convection, à la conduction et au rayonnement ; le gain provient de la réaction exothermique. Ainsi, dans le cas d’un incendie impliquant des munitions à l’UA, la température extérieure à laquelle se produira l’inflammation dépend de divers facteurs, (un incendie pouvant se produire dans les centres de stockage en dehors même d’une situation de guerre ou d’un attentat, cela entraîne ipso facto le risque de « catastrophe civile ») y compris le rapport superficie-masse des différents dispositifs de pénétration, le degré d’apport d’oxygène, les effets des configurations particulières d’emballage et d’empilage sur les mécanismes de transport de chaleur, la composition de l’alliage, etc.

c) Si, après le début de l’inflation, l’uranium fond et que le métal en fusion se disloque, par exemple en s’écoulant ou en tombant goutte à goutte d’un conteneur, le rapport superficie-masse augmentera fortement, ce qui se traduira par une combustion encore plus rapide. La combustion de gouttelettes d’uranium en fusion s’accompagne d’un jaillissement d’étincelles et de projections permettant à une plus grande partie de la masse de métal de se transformer en une fine vapeur ou une fine poussière d’oxyde, qui en cas d’inhalation, risqueront davantage de pénétrer et de se fixer dans les poumons. C’est automatiquement ce qui se produit lors d’une explosion volontaire, c’est-à-dire quand on emploie des munitions avec flèche perforante à l’UA, comme en Irak en 1991 et 2003, dans les Balkans, et en Afghanistan. La « fine vapeur ou fine poussière d’oxyde » est composée de particules céramisées de l’ordre du micron ou millième de millimètre, dont certaines peuvent retomber rapidement mais dont d’autres, par suite de phénomènes électromagnétiques, peuvent rester en suspens dans l’air et peuvent, sous l’effet du vent, être entraînées dans l’atmosphère, dans les couches basses, moyennes et hautes de la troposphère (où le personnel navigant et les passagers des avions sont particulièrement exposés) et jusque dans la stratosphère (au-dessus de 10 000 mètres). Dans ce dernier cas, elles pourront faire pendant des mois ou des années de nombreuses fois le tour de la terre avant de retomber au sol. Ainsi, l’air de l’hémisphère nord que nous respirons actuellement est certainement contaminé par une partie des 1500 à 2000 tonnes d’UA diffusées par explosion pendant la guerre d’Irak. Le nombre des cancers augmentera en conséquence. Tout cela a été annoncé dans la lettre du 6 avril 2003 par laquelle ACDN a demandé au président Chirac d’intervenir auprès de la Coalition pour faire cesser les bombardements avec des armes à UA : « Les milliards de particules ainsi émises vont transformer l’Irak en une terre inhabitable pour l’éternité, et retomber sur tout l’hémisphère Nord, où elles accroîtront, avec la radioactivité ambiante, les « statistiques » anonymes des cancers. A quoi sert-il de lancer une « campagne nationale contre le cancer » si l’on n’intervient pas à temps pour prévenir l’expansion de l’une de ses principales causes ? ». Nous avons dénoncé ce crime contre l’humanité au moment où il se produisait. En vain : les bombardiers de la Coalition chargés d’armes à UA, en vol pour l’Irak depuis la Grande-Bretagne, ont continué à traverser l’espace aérien français. Le métal d’uranium en fusion pourrait perforer rapidement un conteneur métallique par la formation d’alliages aux points de fusion peu élevés. (En clair : ce sera une réaction en chaîne, et l’origine d’une catastrophe totalement incontrôlable. )

2.8.1.4. Caractéristiques de rayonnement

a) Le rayonnement émis par l’UA comprend des particules alpha et bêta et des rayons gamma et X. L’UA n’ayant qu’une faible radioactivité, l’intensité du rayonnement qu’il émet ne présente pas de risques importants (peu importants, mais pas nuls, même hors accident !) pour la santé du personnel affecté au stockage et à la manipulation des munitions à l’UA. C’est néanmoins un principe accepté au niveau international que l’on doit éviter toute exposition inutile au rayonnement, aussi infime que soit le risque escompté d’effets néfastes sur la santé. Dans le cas des munitions à l’UA, qui ne sont que légèrement radioactives, («légèrement », mais pas nulles !) ce principe peut se traduire par l’application de mesures préventives relativement simples.

b) L’exposition externe potentielle des personnes au rayonnement de l’UA se limite au rayonnement bêta, X et gamma. Le rayonnement alpha n’effectue qu’un parcours très réduit dans la matière (par exemple, quelques centimètres dans l’air) et ne peut pas pénétrer dans la couche extérieure insensible de la peau humaine. Le rayonnement bêta pénètre d’avantage que le rayonnement alpha, mais moins que les rayons X et gamma. Les particules alpha ne peuvent être émises que par la surface du métal d’UA, (elles le peuvent, donc elles le sont !) puisque le métal lui-même absorbe les particules alpha provenant de profondeurs supérieures à quelques microns. Le même effet d’autoblindage se produit avec le rayonnement bêta, mais dans une moindre mesure. L’autoabsorption des rayons X et gamma est moindre et, dans le cas des petites pièces de métal, il se peut qu’elle n’entraîne pas de réduction importante de l’émission. (Donc, dans le cas des « petites pièces », les rayonnements bêta et plus encore gamma et X sont importants.)

c) Il résulte des différences du pouvoir de pénétration des divers rayonnements émis par l’UA que de champ de rayonnement, à proximité d’une pile de munitions à l’UA, ne dépend pas seulement de l’espacement, de la taille et de la forme réels des munitions à L’UA et des autres matériaux présents dans la pille. Tout matériau d’emballage éliminera le rayonnement bêta externe à l’emballage ou à la pile. (Mais pas les rayons X ni gamma.) Les seules conditions dans lesquelles il est possible d’être personnellement exposé au rayonnement bêta sont celles où la peau découverte se trouve à une distance de moins d’un mètre de l’UA à nu, par exemple en cas de manipulation de l’UA à nu sans gants. (Quand on se souvient de l’absence totale de protection dont ont « bénéficié » la plupart des militaires ou des civils mobilisés pour les essais nucléaires français, on peut craindre que ce genre de situation ne se produise effectivement dans la manipulation des armes à UA.) En raison du caractère plus pénétrant des rayons X et gamma, ces rayonnements existeront toujours à proximité des munitions à l’UA, mais probablement (pas sûr donc) à des niveaux qui ne dépasseront pas le décuple du rayonnement naturel. (L’UA, on l’a déjà dit, n’a rien de « naturel ».)

Section III – Conséquences des accidents

2.8.3.1 Incendie ou explosion accidentels

L’UA ne peut avoir des effets nuisibles à la santé, dus au rayonnement alpha à parcours réduit ou à la toxicité chimique, que s’il pénètre dans l’organisme par inhalation ou ingestion. Ces formes d’absorption pourraient résulter (NON : résulteront) d’un incendie ou d’une explosion accidentelle (et à plus forte raison d’une explosion « volontaire » !) impliquant des munitions à l’UA oxydé peut se disperser dans l’atmosphère. Il pourrait y avoir (NON : il y aura) des effets radiologiques ou toxicologiques sur les tissus humains lorsque les personnes inhalent la fumée chargée d’oxyde d’UA qui se dégage pendant l’incident. (« L’incident » : qu’en termes élégants ces choses-là sont dites ! Mais c’est aussi ce qui se passe obligatoirement pour tous les civils et militaires inhalant cette fumée, quand les munitions sont mises en oeuvre, comme dans la « guerre du Golfe » ou la guerre d’Irak ou dans les Balkans. Il ne s’agit plus alors d’ « incident » ni d’ « accident » !)

2.8.3.2. Résidus d’un incendie ou d’une explosion accidentels

Il est également possible (pas seulement possible : hautement probable !) que l’oxyde d’UA pulvérulent subsistant sur le lieu de l’incendie avec les cendres des autres matériaux impliqués soit remué par des agents naturels ou humains, comme le vent ou la circulation. La nouvelle contamination qui en résulterait pour l’atmosphère à proximité immédiate du lieu de l’accident pourrait donc constituer un risque à retardement d’exposition par inhalation. (La durée de ce « retardement » n’est pas précisée ici, et pour cause : elle est indéterminée, et à la limite, illimitée. Qu’on se souvienne de la réponse faite au cours d’un « JT » de 13 heures, environ deux semaines après l’explosion de Tchernobyl le 26 avril 1986, par le professeur Pellerin -le « patron » de la surveillance et de la sûreté nucléaire française- à Jean-Claude Bourret. Le journaliste lui demandait : « L’augmentation de la radioactivité constatée (tel jour) en Provence n’est-elle pas due au nuage de Tchernobyl ? » (censé à l’époque s’être arrêté aux frontières françaises.) « Non, non, répondit le professeur Pellerin, cette radioactivité-là est due au nuage d’Hiroshima. » Plus de quarante ans après le bombardement d’Hiroshima !!!) Le même effet pourrait se produire (NON : se produira), bien que dans une moindre mesure, avec les macroparticules, plus largement répandues, qui se sont déposées sur (le sol) ou ont été absorbées par des surfaces, à mesure que le nuage primitif de fumée et de poussière était déplacé par le vent. Ce mécanisme d’exposition indirecte, connu sous le nom de resuspension, créerait donc des effets persistants à long terme (« à long terme » : là encore, pas de limite définie) si aucune mesure n’était prise pour supprimer cette contamination résiduelle. Toutefois, les effets dus à cette cause seront probablement (pas sûr, donc) encore moindres (« encore moindres » : ouf, on va pouvoir respirer… de l’UA !) que ceux qu’il faudra potentiellement subir en raison du panache de fumée émis pendant l’accident proprement dit. (Autrement dit, les effets du panache de fumée seront encore plus importants. Ce sont là très précisément les effets que les combattants de la guerre du Golfe, des Balkans et de la guerre d’Irak placés « en première ligne » ont dû « subir ». Et les civils qui respiraient par là…)

2.8.3.3. Métal d’UA couvant sous la cendre

Une troisième façon d’être exposé en inhalant de l’UA (Jamais deux sans trois ! Mais il y a encore une quatrième façon d’être exposé à encore plus long terme : celle dont nous avons parlé plus haut à propos de la circulation des poussières d’UA dans la troposphère et la stratosphère) pourrait tenir à la présence d’éclats de métal d’UA enterrés dans les débris et continuant à couver sous la cendre, si l’incendie n’a pas été correctement éteint. La fumée d’oxyde d’UA ainsi formée renfermerait des particules extrêmement petites (OUI, on l’a dit : de l’ordre du micron), se présentant sous une forme capable de pénétrer dans les poumons et de s’y fixer. (Et capable d’y provoquer « l’effet de proximité » démontré dès 1975 par le militaire belge spécialisé en protection NBC Maurice-Eugène André : les particules d’uranium inhalées provoquent, principalement du fait du rayonnement alpha -celui-là même que la peau suffit à arrêter- la destruction de l’ADN des cellules pulmonaires voisines avec une « efficacité » proportionnellement inverse au carré de la distance, ce qui entraîne des cancers.) Bien que le taux fractionnaire de conversion de la masse du métal d’UA en fumée d’oxyde soit préalablement moins élevé que pendant l’incendie ou l’explosion précédents, ces particules peuvent néanmoins constituer un risque non négligeable d’exposition pour le personnel concerné (Si ce moindre risque est reconnu « non négligeable », que dire des autres ! Il est seulement dommage que les dirigeants politiques, militaires et industriels ayant décidé de fabriquer et d’utiliser des armes à UA les aient tous trouvés « négligeables » : normal, puisque par leur statut de « responsables » ils se croyaient « hors de portée » des effets de leurs armes. Eh bien, en tant qu’animaux doués de poumons, même placés « à l’arrière », ils doivent savoir que désormais, grâce à la « guerre du Golfe », à celles des Balkans, d’Afghanistan, d’Irak… où leurs armes ont fait des merveilles, ils ne le sont même plus protégés. Comme bientôt chaque être humain.) par les opérations de récupération sur le lieu de l’accident.

2.8.3.4. Plantes et bétail en pâture

Un dépôt important de poussière d’uranium, de l’ordre de quelques g/m2, peut avoir un effet toxique sur les plantes et sur le bétail en pâture. (C’est bien ce qu’on disait : c’est toute la biosphère qui se trouve concernée.) Le dépôt d’UA pourrait alors finir par être ingéré par l’homme, si la consommation se met dans la chaîne alimentaire. L’absorption fractionnaire des oxydes d’UA dans les intestins humains représente moins d’1 % de la quantité ingérée, et il y a dès lors très peu de chances que des personnes subissent une irradiation ou des effets toxiques importants par cette voie, surtout parce que l’on pourrait facilement empêcher de vendre et de consommer les produits (comme après Tchernobyl ?) – peu nombreux (le mieux étant tout de même de cesser de manger) – susceptibles d’être contaminés.

2.8.3.5 Installations de stockage

Les installations de stockage des munitions à l’UA se trouveront normalement dans les sites militaires contrôlés, suffisamment éloignés du point le plus proche où le public a accès pour que les effets escomptés des explosions, de l’inhalation et de la contamination de la surface soient acceptables. Toute contamination accidentelle nécessitant des mesures de réparations devrait donc (pourvu que la contamination respecte les consignes administratives de l’armée, comme le nuage de Tchernobyl a respecté celles du gouvernement français) se limiter à des zones sous contrôle militaire, et les restrictions à imposer à l’accès pendant l’exécution de ces mesures ne perturberaient dès lors pas de façon sensible la vie publique normale. (C’est cela l’essentiel : ne pas effrayer le populo. Heureusement, la radioactivité est incolore, inodore, sans saveur, et invisible… sauf par ses effets sur la santé, qui mettent parfois des années à se déclarer, et qui sont non reconnus par l’armée et le gouvernement français, comme le prouve le cas des vétéranse)

Section IV – Effets de l’exposition interne

2.8.4.1. Ingestion

L’UA peut pénétrer dans le corps humain par inhalation, par ingestion ou par des blessures contaminées par l’UA. Il est probable que ces deux dernières voies ne seront importantes que si l’uranium se présente sous la forme d’un composé soluble, auquel cas l’effet de toxicité chimique l’emportera sur l’effet radiologique. (En effet, l’UA a aussi une toxicité chimique !) On considère généralement que la dose mortelle dans le sang humain est d’environ 70 mg. L’exposition chronique par ingestion répétée aura des effets négligeables si l’absorption quotidienne de composés d’uranium soluble par voie orale se limite à un maximum de 0.3 mg. Comme le métal d’UA est relativement insoluble et que des composés hautement solubles ne se formeront probablement pas dans le cas de tout accident imaginable, l’ingestion ne constitue pas une forme d’exposition vraisemblable dans le contexte du stockage des munitions à l’UA. (Dans ce contexte, sans doute, mais pas dans celui d’une guerre, ni d’une catastrophe accidentelle.)

2.8.4.2 Inhalation

La nature des effets dus à l’inhalation dépend de la forme chimique et physique de l’UA. L’inhalation de formes d’uranium insolubles dans les liquides organiques peut créer un état où l’effet radiologique l’emporte sur l’effet de toxicité chimique. Cet état est dû à l’effet potentiellement nuisible du rayonnement alpha sur les tissus pulmonaires. Pour un matériau très faiblement radioactif comme l’UA, un effet intense est très improbable, même en cas d’inhalation de quantités qui auraient un effet nocif sur la fonction respiratoire, en raison du simple volume de poussière absorbé. L’effet à long terme se traduit par une probabilité extrêmement faible, mais qu’il ne faut pas tout à fait négliger, de cancer latent du poumon, qui pourrait ne se manifester que de dix à trente ans après l’absorption. Si une forme d’uranium hautement soluble était inhalée, elle serait véhiculée par les liquides organiques, pour passer des poumons aux autres organes de corps. Dans ce cas, les organes le plus probablement affectés seraient les reins, qui subiraient avant tout les effets de la toxicité chimique plutôt que les dégâts de l’irradiation. Ces effets se traduiraient par une protéinurie, c’est-à-dire une diminution temporaire des fonctions rénales. Il est probable ( pas probable : certain) qu’en cas d’incendie ou d’explosion impliquant des munitions à l’UA, il se dégage une fumée d’oxyde d’uranium et que celle-ci, lorsqu’elle est inhalée, agisse davantage comme une forme insoluble dans les liquides pulmonaires.

2.8.4.3. Critères d’exposition interne

Quand on établit un projet, la capacité, la conception structurale et l’emplacement des installations de stockage d’UA devraient dépendre de l’importance présumée de la dispersion de la contamination à l’UA en cas d’accident, et ce, en plus des critères normaux (par exemple, distances de sécurité) qui s’appliquent au stockage des explosifs militaires. Ce sont les services nationaux compétents qui déterminent les critères de contrôle de l’exposition interne aux effets radiologiques et aux effets de la toxicité chimique de l’UA. Dans le contexte de la dispersion de l’UA dans l’atmosphère, le critère le plus important est celui qui limite l’absorption par inhalation. Celle-ci devrait être fixée à un niveau tel que les dangers pour la population du contenu d’UA des munitions ne soient pas supérieurs à ceux qui sont liés à leur contenu explosif, et aussi bas qu’il est raisonnablement possible de le fixer.(qu’est-ce qui est « raisonnable » : 7 % de pertes dans la population civile comme dans l’armée ?) En raison de la grande diversité des circonstances possibles des accidents, y compris les conditions météorologiques, qui influencent le taux de dilution lorsque la fumée et la poussière se dispersent dans l’atmosphère, il n’est pas possible de préconiser des formules simples généralisées pour établir un rapport entre les effets de la dispersion et la quantité d’UA impliquée, c’est-à-dire des formules analogues à celles qui permettent de calculer la distance de sécurité pour les explosifs. Il est dès lors nécessaire de prévoir les réactions de tous les types de munitions à l’UA concernés, afin de choisir les conditions appropriées pour les stocker en sécurité.(Tout de même pas en toute sécurité : il faut être « raisonnable » !)

Section V – Isolement des munitions à l’uranium appauvri

2.8.5.1. UA seul

Si l’UA n’est associé à aucun explosif, par exemple s’il consiste uniquement en noyaux perforants sans agents propulseurs, et qu’il est impliqué dans un incendie, le seul risque potentiel sera celui de sa dispersion dans l’atmosphère. Il subsistera une contamination de la surface après l’extinction de l’incendie, mais la zone concernée sera peu étendue. (En revanche, lorsqu’il est associé à un explosif, comme dans les munitions à UA, où l’UA ne constitue que la pointe ou « flèche » perforante, la zone concernée sera immense : planétaire.)

2.8.5.2. UA et agents propulseurs

La présence d’agents propulseurs introduirait un risque potentiel, dû aux agents propulseurs eux-mêmes, mais aggraverait également la dispersion de l’UA en provoquant un incendie plus important. (Par définition, il y a des « agents propulseurs » dans les missiles.)

2.8.5.3. UA et autres munitions

Stocker dans une même pile ou dans un même magasin des munitions à l’UA et d’autres types de munitions, surtout celles qui sont capables de provoquer des explosions en masse, augmenteraient le risque de dispersion de l’UA en cas d’accident, dans un bien plus grande mesure, pour les raisons suivantes. Le taux de conversion de l’UA métallique en oxyde, sous la forme de particules d’un format potentiellement respirable (c’est-à-dire très petites), est bien plus important (de 10 à 1 000 fois) en cas d’explosion qu’en cas d’incendie. En outre, des éclats d’UA en feu peuvent être projetés à des distances considérables, créant des sources secondaires de fumée d’UA et de contamination de la surface. (L’explosion, c’est par définition ce qui a lieu quand on utilise les armes à UA.)

2.8.5.4. Principes d’isolement

De ce qui précède il ressort clairement que le stockage séparé de l’UA et des composants explosifs des munitions, ou du moins le stockage séparé des munitions à l’UA et des autres types des munitions doit être considéré comme présentant des avantages indiscutables au plan de la sécurité et devrait être adopté chaque fois que c’est possible. (Et si ça ne l’est pas, tant pis ! Mais ce qui ne sera jamais possible, c’est d’arrêter la contamination une fois qu’elle s’est produite.)

CONCLUSION d’ACDN et d’AVIGOLFE :

Ce document donne totalement raison aux spécialistes du monde entier qui s’opposent aux armes à UA (le professeur Durakovic, Leuren Moret, le Dr Rosalie Bertell, Maurice-Eugène André, etc.) en raison de leurs effets sanitaires, pathologiques, morbides, et en outre tératogènes (dont il n’a pas été question ici). Il nous donne raison d’exiger l’abandon sans condition par la France des armes à UA et l’interdiction universelle des armes radiologiques. Et d’avoir remis au ministère, le 29 juin 2005, une pétition commune d’ACDN, du réseau « Sortir du nucléaire » et d’AVIGOLFE l’exigeant. Ce sont des instruments de crime contre l’humanité : elles ne respectent aucune « loi de la guerre », elles affectent toutes les catégories d’humains, les civils comme les combattants, les générations actuelles et les générations futures, et toutes les espèces vivantes. Ce sont des instruments de génocide et d’écocide.
Ce rapport donne également raison aux vétérans de la guerre du Golfe ou des Balkans qui s’estiment atteints dans leur santé et dans leur vie par un « cocktail » de facteurs parmi lesquels l’UA tient une place capitale.

VOIR AUSSI : Leuren MORET- Uranium appauvri, cheval de Troie de la guerre nucléaire
http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2005-01-05%2009:50:59&log=invites

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 19 février, 2013 |Pas de commentaires »

DOCUMENT EXCEPTIONNEL:MALADIES NON DIAGNOSTIQUEES ET GUERRE RADIOLOGIQUE ( Asaf DURAKOVIC)

 Maladies non diagnostiquées

et guerre radiologique

DOCUMENT EXCEPTIONNEL:MALADIES NON DIAGNOSTIQUEES ET GUERRE RADIOLOGIQUE ( Asaf DURAKOVIC) dans REFLEXIONS PERSONNELLES falluja_anatomy_texte

(Asaf DURAKOVIC)

L’expérimentation et l’usage de la bombe atomique, puis des munitions et blindages à l’uranium « appauvri », ont irradié les lieux d’expérimentation et les théâtres d’opération. Des maladies nouvelles ont atteint aussi bien les soldats de l’Alliance Atlantique qui maniaient ces armes, que leurs ennemis, ou que les populations civiles. Longtemps après le retour de la paix, les radiations continuent à contaminer ceux qui y sont exposés. Bien que les gouvernements « occidentaux » aient volontairement entravé le plus longtemps possible la recherche médicale en cette matière, une abondante documentation a été amassée au cours des ans. Nous publions une longue synthèse dans laquelle Asaf Durakovic dresse le bilan des connaissances actuelles de cette catastrophe sanitaire. Désormais, la manière dont les pays de l’OTAN font la guerre peut aussi tuer leurs propres ressortissants en temps de paix.

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Enfants victimes de mutations dues à l’utilisation militaire, par les forces de l’OTAN, d’uranium « appauvri »

Une contamination interne par des isotopes d’uranium appauvri (UA) a été constatée parmi les anciens combattants britanniques, canadiens et états-uniens de la guerre du Golfe neuf ans encore après leur exposition à de la poussière radioactive lors de la première guerre du Golfe. Des isotopes d’UA ont été également observés dans des échantillons d’autopsie de poumons, de foie, de reins et d’os prélevés sur des vétérans canadiens. Dans des échantillons de sol prélevés au Kosovo, on a trouvé des centaines de particules de diamètre généralement inférieur à 5 _m pesant des milligrammes. La première guerre du Golfe a laissé dans l’environnement 350 tonnes d’UA et dans l’atmosphère 3 à 6 millions de grammes d’aérosols d’UA. Ses conséquences, le syndrome de la guerre du Golfe, consistent en troubles complexes multiorganiques, progressifs et invalidants : fatigue invalidante, douleurs musculo-squelettiques et articulaires, maux de tête, troubles neuropsychiatriques, changements de l’humeur, confusion mentale, problèmes visuels, troubles de la démarche, pertes de mémoire, lymphadénopathies, déficience respiratoire, impuissance et altérations morphologiques et fonctionnelles du système urinaire.

Ce que l’on sait actuellement sur les causes est totalement insuffisant. Après l’Opération Anaconda menée en Afghanistan (2002), notre équipe a examiné la population dans les régions de Jalalabad, Spin Gar, Tora Bora et Kaboul et a constaté que les civils présentaient des symptômes semblables à ceux du syndrome de la guerre du Golfe. Des échantillons d’urine de 24 heures ont été prélevés sur 8 sujets symptomatiques choisis selon les critères suivants :
1. Les symptômes ont commencé juste après le largage des bombes.
2. Les sujets étaient présents dans la région bombardée.
3. Manifestations cliniques.
Des prélèvements ont été effectués sur un groupe témoin d’habitants asymptomatiques de régions non bombardées. Tous les prélèvements ont été examinés quant à la concentration et au ratio de quatre isotopes U234, U235, U236 et U238. À cet effet, nous avons utilisé un spectromètre de masse multicollecteur à source d’ionisation par plasma à couplage inductif. Les premiers résultats de la province de Jalalabad ont prouvé que l’élimination d’uranium total dans l’urine était significativement plus importante chez toutes les personnes exposées que dans la population non exposée. L’analyse des ratios isotopiques d’uranium a révélé la présence d’uranium non appauvri. L’étude de prélèvements effectués en 2002 a révélé, dans les districts de Tora Bora, Yaka Toot, Lal Mal, Makam Khan Farm, Arda Farm, Bibi Mahre, Poli Cherki et à l’aéroport de Kaboul des concentrations d’uranium 200 fois plus fortes que celles de la population témoin. Les taux d’uranium dans les échantillons de sol des sites bombardés sont deux à trois fois plus élevés que les valeurs limites mondiales de concentration de 2 à 3 mg/kg et les concentrations dans l’eau sont significativement supérieures aux taux maximums tolérables fixés par l’OMS. Ces preuves toujours plus nombreuses font de la question de la prévention et de la réponse à la contamination par l’UA une priorité.

« Rien ne protège de cette force fondamentale de l’univers. »
Albert Einstein

La réalité de la guerre thermonucléaire se résume le mieux par l’affirmation d’Albert Einstein selon laquelle cette énergie suffit pour faire sauter la Terre [1]. Le champ de bataille nucléaire ne se limite plus à un pays ou à un continent, il dépasse de beaucoup les frontières politiques et géographiques et fait de chaque région une grande zone de guerre. Si une guerre nucléaire stratégique impliquant un arsenal de dix mille mégatonnes avait lieu, un milliard de personnes mourraient immédiatement de leurs blessures directes combinées (explosion, chaleur, radiations), un autre milliard succomberaient aux maladies dues au rayonnement [2] et les survivants devraient vivre dans un environnement exposé à des retombées radioactives qui exerceraient des effets somatiques et génétiques aux conséquences probablement irréversibles pour la biosphère.

La course aux armements nucléaires

Le premier essai de bombe atomique, baptisé Trinity, a eu lieu le 16 juillet 1945 à Alamogordo, aux environs de Los Alamos, au Nouveau- Mexique (États-Unis). En un millionième de seconde, la chaleur de la première bombe atomique a atteint plusieurs millions de degrés centigrades, cette bombe dégageant plus de 400 isotopes radioactifs et une grande énergie de liaison dont la pression était de plusieurs milliers de tonnes par centimètre carré. Pendant une fraction de seconde, le noyau de la bombe a été onze fois plus chaud que la surface du soleil. La taille de la boule de feu a atteint des centaines de mètres, car le noyau de la bombe s’est mélangé avec des atomes d’oxygène et d’azote, dévoilant le noyau intérieur brillant de l’explosion. En une seconde, la terre vaporisée s’est transformée en un champignon atomique d’une hauteur de 3000 m. A 150 milles de là, dans l’Arizona, les voyageurs de l’Union Pacific Railway ont pu voir la boule de feu. Les témoins ont donné différentes interprétations de ce phénomène, d’aucuns décrivant ses effets comme ceux de la chute d’un bombardier, d’autres comme un incendie de l’atmosphère ou l’arrivée d’une météorite. Des témoins habitant Gallup, ville située à 235 milles au nord du lieu de l’explosion, ont pensé assister à l’explosion d’un dépôt de munitions de l’armée [3]. 20 jours après l’essai Trinity, le 6 août 1945 à 8 h 15, une bombe atomique a été larguée sur Hiroshima. Elle a explosé à environ 633 mètres au-dessus de la ville, a voilé le soleil, tué 130 000 personnes, causé 80 000 invalides et rendu malades 90 000 personnes en raison des retombées radioactives ultérieures. En quelques heures, une pluie noire est tombée, des cendres blanches ont recouvert l’épicentre et causé des brûlures dermiques. La plupart des victimes primaires sont mortes des effets combinés de la chaleur, de la pression et d’une maladie aiguë des rayons. Hiroshima a été pratiquement rayé de la carte [4].

Deux jours plus tard, le 8 août 1945 à 11 h 01, une bombe au plutonium baptisée Fat Man a été larguée sur Nagasaki. Comme à Hiroshima, le soleil a disparu lorsque le champignon atomique s’est élevé. La population de la ville rayée de la carte est morte des mêmes blessures combinées qu’à Hiroshima. Il en est résulté la fin de la Seconde Guerre Mondiale et des gains territoriaux pour l’Union Soviétique. Quand une équipe de recherches sur les armements de Khrouchtchev a commencé, à l’automne 1948, à développer une bombe russe, ce fut le début de la course aux essais nucléaires. Les essais se sont poursuivis parallèlement aux États-Unis et en Union soviétique. Après la mort de Staline en 1953, l’Union Soviétique a fait exploser, le 12 août, la première bombe mobile à hydrogène. Il s’agissait de sa deuxième bombe thermonucléaire. Réalisant que les Soviétiques étaient en train de gagner la course aux armements nucléaires, les États-Unis ont commencé à accélérer leurs programmes d’essais.

En 1955, il est devenu évident que les essais endommageaient irrémédiablement la biosphere [5]. Plus de 400 isotopes radioactifs libérés par chaque essai ont été identifi és comme cause de pollution. 40 de ces isotopes mettent en danger la santé humaine. Toute kilotonne libérée génère quelques grammes de radioisotopes aux propriétés toxiques pour l’organisme. En raison de sa longue demi-vie, de sa désintégration bêta et de ses propriétés spécifiques de l’os, le strontium-90 constitue le risque principal. De surcroît, les essais d’armes nucléaires ont provoqué des accidents. En 1958, un B-57 des Forces de l’air états-uniennes a largué la première bombe atomique dans les environs de Florence, en Caroline du Sud. La bombe, non armée, n’a pas explosé mais a parsemé le pays de matériaux radioactifs. La même année, un B-52 a largué une bombe atomique de deux mégatonnes dans les environs de Goldsboro, en Caroline du Nord. L’aviation états-unienne a enregistré par la suite d’autres accidents, notamment à Toula, au Groenland, et à Palomares, en Espagne. À Palomares, deux bombes au plutonium ont contaminé une grande partie du territoire et de la côte atlantique.

En 1958, après la catastrophe de Tchelyabinsk-40, l’Union Soviétique a suspendu ses essais nucléaires. Toutefois, elle a bientôt repris ses essais de bombes de plusieurs mégatonnes dans la région arctique de Novaya Zemlya et a largué, le 9 septembre 1961, une bombe d’une puissance explosive de 50 mégatonnes. Entre-temps, aux États- Unis, les indices d’une contamination de l’environnement s’accumulaient, tout comme ceux d’une augmentation de l’incidence des cancers, des leucémies et d’autres troubles parmi ceux qui avaient travaillé dans le nucléaire. Conjointement aux problèmes posés par la sécurité radiologique, ces faits ont incité à démanteler l’énorme appareil bureaucratique incompétent que constituait l’Atomic Energy Commission. Elle a été remplacée, en 1974, par l’Energy and Research Administration and Nuclear Regulatory Agency (NRC).

En 1955, Bertrand Russell, Albert Einstein et neuf autres scientifiques réputés ont fondé le Mouvement Pugwash, qui s’est occupé de la prolifération et de la guerre atomiques. En organisant depuis 1957 des rencontres annuelles, Pugwash a commencé ses travaux qui ont abouti à un traité d’interdiction des essais d’armes atomiques et la production de nouveaux arsenaux et systèmes de transport [6]. En 1969, Pugwash a contribué à la mise en place des Négociations sur la limitation des armes stratégiques (SALT). Cette initiative a été soutenue par la campagne que Linus Pauling a menée contre les armes atomiques et la pollution de l’environnement. Après la crise de Cuba, la menace d’un conflit nucléaire a incité Kennedy et Khrouchtchev à signer, en 1963, un traité d’interdiction des essais nucléaires. Néanmoins, les essais nucléaires souterrains se sont poursuivis, ce qui a fait échouer le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. L’assassinat de Kennedy, la chute de Khrouchtchev et la guerre du Vietnam ont mis fin à la détente nucléaire.

La possibilité, réaliste, que l’Union Soviétique dépasse les États-Unis dans ses essais et le développement d’armes nucléaires a conduit finalement, en 1972, au Traité SALT I qui interdisait partiellement le déploiement de systèmes de défense antimissile. L’Union Soviétique avait déjà un tel système autour de Moscou et les États-Unis en avaient un dans le Dakota du Nord. Huit ans plus tard, le gouvernement Reagan a entamé les négociations SALT II, qui ont entraîné une réduction des armes (START), mais non une limitation. Le président du Comité Exécutif de la Conférence Pugwash, Bernard Field, a qualifié cette situation de « repetitious stupidity of this futile charade. » [7] Paul Warnke, principal négociateur du Traité SALT II, a déclaré : « La triste histoire du contrôle des armements peut devenir le dernier chapitre de l’histoire de l’humanité. » [8] Depuis que le Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires a été signé, en 1963, quelque 50 essais ont été effectués chaque année, soit 55 % par les États- Unis, 30 % par la Russie et le solde de 15 % par la France, l’Angleterre, la Chine, l’Inde et le Pakistan. Comme la technologie des communications par satellite se développe très rapidement, la prolifération d’armes nucléaires implique que plus de 90 % de la surface terrestre constituent un objectif potentiel. La sécurité des nations n’est plus garantie par le nombre d’armes nucléaires. Même après l’effondrement de l’Union Soviétique, les armes nucléaires demeurent un problème de sécurité essentiel, abstraction faite d’initiatives de collaboration entre Washington et Moscou. Les scénarios politiques internationaux comprennent de nouveaux risques de conflits nucléaires. Parmi ces risques figurent le retrait à court terme des États-Unis du Traité sur les systèmes de défense antimissile, la nouvelle doctrine de la « première frappe » et l’apparition récente de nouveaux pays en possession d’armes nucléaires [9]. La menace nucléaire subsiste en raison de la prolifération nucléaire, avec sa liste toujours plus longue de scénarios d’usage de la force, d’activités terroristes, de catastrophes nucléaires et écologiques et de doctrine de la « destruction mutuelle assurée ».

Terrorisme nucléaire et radiologique

Après le 11 septembre 2001, la possibilité d’attaques terroristes nucléaires et radiologiques a suscité davantage d’attention. Avant la catastrophe de New York, de telles possibilités étaient plutôt négligées. Ou la formation en matière de soins à apporter aux victimes des catastrophes nucléaires et radiologiques n’existait pas, ou elle n’était effectuée que très sporadiquement, même dans les institutions gouvernementales chargées de préserver les capacités de réaction. L’amélioration de la préparation des pays à faire face aux effets aigus et chroniques des radiations, la contamination de l’environnement, l’impact psychologique et social et les conséquences financières d’une attaque terroriste nucléaire apparaissent de nouveau comme une priorité des nations industrialisées [10]. Certains préconisent la doctrine de Clausewitz selon laquelle il convient de charger les forces armées de prévenir les attaques d’ennemis extérieurs ou de les repousser et d’attaquer d’autres pays si l’on estime que c’est dans l’intérêt international [11]. Les dommages chroniques causés par les radiations ont été réévalués à la lumière des conséquences possibles du terrorisme nucléaire pour des masses de victimes. La préparation à des accidents et à des attaques nucléaires et radiologiques doit aussi envisager les conséquences psychologiques en raison du fait bien établi que, dans un scénario de terrorisme nucléaire, il y aurait, pour chaque victime directe, 500 personnes sujettes à des troubles psychologiques et psychosomatiques qu’il serait difficile de distinguer des victimes véritablement contaminées [12]. Bien que des interventions médicamenteuses aient été examinées à titre de protection contre les radiations, les professionnels de santé devraient être conscients des lamentables échecs antérieurs dans le domaine des moyens de protection contre les radiations. On étudie actuellement le fait que les cellules vasculaires et parenchymales se régénèrent au lieu de mourir sous l’effet du rayonnement, cela en vue de développer des mécanismes visant à modifier la réponse de l’organisme, parallèlement à d’autres stratégies thérapeutiques telles que les corticostéroïdes, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, la pentoxyfilline et la dismutase superoxyde [13]. Dans la gestion des dommages nucléaires et pathologiques, on est passé de conséquences ingérables d’un conflit nucléaire stratégique à des moyens de faire face à un grand nombre de victimes. Cette réponse doit se dégager d’efforts interdisciplinaires. Il faut immédiatement fournir de gros efforts pour développer des concepts de gestion clinique des victimes des radiations [14]. Simultanément, la recherche doit continuer à s’efforcer de comprendre et de gérer la contamination par les radionucléides, les effets radiotoxiques, la destruction des liaisons chimiques, les radicaux libres, les dommages à l’ADN cellulaire et aux enzymes [15]. Les efforts multidisciplinaires doivent comprendre la planification, le tri des blessés, la décontamination, la décorporation, la thérapie de chélation et la gestion traditionnelle des symptômes des patients.

En raison des contraintes financières et du manque presque total de formation, de connaissances techniques, une éventuelle attaque terroriste constitue un sérieux défi [16]. On n’a pas encore tiré de manière adéquate les leçons de la première guerre du Golfe et du conflit des Balkans pour être préparé à s’occuper des victimes des radiations [17]. Une attaque terroriste subite nécessite une réponse efficace du système sanitaire. Or la plupart des pays qui pourraient être la cible d’une attaque terroriste ne disposent guère de la logistique nécessaire, surtout dans les grandes villes où l’affectation des moyens financiers nécessiterait une restructuration des priorités afin de répondre aux conséquences pour la société. Dans un scénario de terrorisme nucléaire, il est particulièrement important d’être conscient que des terroristes pourraient recourir à des actinides, en mettant l’accent sur le plutonium, agent de contamination de masse.

Le plutonium est considéré comme la substance la plus dangereuse qui soit pour les êtres humains [18]. Si on le disperse sous forme de poussière radioactive ou s’il parvient dans les réseaux d’eau potable, seuls quelques grammes suffisent à contaminer une grande ville. Le plutonium a été vendu illégalement sur des marchés clandestins, en particulier dans l’ancienne Union Soviétique. Grâce à un trafic illégal, il a fait son chemin dans diverses parties du monde. La dispersion de plutonium est considérée comme le pire scénario terroriste [19]. Si le cas se présente, les professionnels de santé devraient mettre l’accent sur la prévention plutôt que sur la gestion thérapeutique de masses de victimes du terrorisme nucléaire. Récemment, des médecins du monde entier ont adhéré à un groupement de plus de 1 000 organisations pour coopérer, soutenir l’élimination des armes nucléaires et réduire les risques des conséquences effroyables du terrorisme nucléaire et radiologique [20].

Guerre radiologique

C’est en mai 1991, dans le golfe Persique, que des armes radiologiques ont été employées pour la première fois. Elles ont inauguré un nouveau scénario de guerre CBRN (chimique, biologique, radiologique et nucléaire). Le recours à des armes qui frappent aussi bien les soldats que les civils n’est pas nouveau. À la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les États-Unis craignaient sérieusement que les Japonais ne larguent sur le territoire états-unien des milliers de ballons remplis d’uranium et ne contaminent ses mégapoles [21]. Lors de la première guerre du Golfe, les munitions à l’uranium « appauvri » ont répandu dans l’atmosphère des millions de grammes de poussières radioactives [22]. Leurs conséquences pour la santé et l’environnement restent controversées et le débat dépasse de loin le cadre de la communauté scientifique. Toutefois, de nombreuses études récentes ont confirmé deux siècles de preuves scientifiques de la toxicité somatique et génétique de l’uranium [23] [24] [25].

Le coût de la décontamination des sites touchés par des armes à l’uranium utilisées par des armées ou des terroristes reste un grave sujet d’inquiétude. L’expérience suédo-canadienne de décontamination radiologique effectuée récemment à Urnea, en Suède, a montré que deux méthodes courantes de décontamination de blindés légers extérieurement contaminés par le Na étaient inefficaces : la vapeur d’eau à haute pression et le jet d’eau à haute pression [26]. Cela montre clairement la nécessité d’une meilleure capacité des structures sanitaires publiques à réagir en cas de guerre radiologique ou d’attaque terroriste [27]. Le manque actuel de stratégie d’ensemble pour faire face à une menace d’utilisation terroriste d’engins de dispersion de matières radioactives (RDD) (ou « bombes sales ») souligne la nécessité d’une meilleure coordination de la capacité de réaction aux dangers chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires, au croisement actuel des armes classiques et des armes inédites [28].

Dans le scénario bien particulier d’une attaque radiologique, le cadre de la gestion de la guerre et du terrorisme radiologiques s’étend non seulement au-delà du domaine de la santé publique mais également de celui de la réserve des forces amies [29] [30]. La défense médicale contre la guerre radiologique reste un des aspects les plus négligés de l’enseignement médical actuel [31]. Le terrorisme radiologique et nucléaire constitue la plus grande menace de la société moderne, car la prolifération nucléaire a permis aux organisations subversives de se procurer facilement du matériel nucléaire [32].

En 2000 seulement, les États-Unis ont dépensé 10 milliards de dollars pour la lutte contre l’utilisation terroriste d’armes de destruction massive, et les dépenses ont augmenté considérablement après le 11 septembre 2001. Des études actuelles révèlent la vulnérabilité des sociétés occidentales au terrorisme nucléaire et mettent l’accent sur le fait que les organisations terroristes possédant des armes de destruction massive peuvent provoquer plus de destructions avec les engins nucléaires et radiologiques qu’avec tout autre type d’armes. La capacité des États-Unis à faire face à une attaque radiologique ou nucléaire est censée dépendre de quatre domaines d’action : l’amélioration du renseignement sur les organisations terroristes, l’amélioration de la sécurité des installations nucléaires dans l’ex- Union Soviétique, la neutralisation des effets nucléaires et radiologiques et l’amélioration des capacités de réaction aux organisations clandestines déjà en possession d’armes nucléaires et radiologiques [33].

Le risque d’une attaque nucléaire et radiologique contre les États-Unis est accru par la technologie, l’accès aux matières nucléaires et radiologiques, l’instabilité économique de la Russie et le mécontentement suscité dans de nombreux pays par la politique étrangère états-unienne. Des mesures de sécurité inadéquates dans l’ancienne Union Soviétique, combinées à une détermination accrue des terroristes et au caractère de plus en plus meurtrier de leurs attaques augmentent considérablement la probabilité de l’utilisation de RDD dans un proche avenir [34]. La question des effets sur l’environnement et la santé doit amener à aborder la question de la décontamination et de l’affectation de budgets visant à sauver des vies, à réduire les risques sanitaires et à préserver la culture, la biodiversité et l’intégrité des sites contaminés [35]. Les efforts dans ces domaines ont laissé à désirer dans le passé. On a notamment négligé d’indemniser de manière équitable les victimes des retombées radioactives dans l’Utah et le Nevada. Un dépistage et une indemnisation insuffisantes des victimes de cancers provoqués par l’exposition aux radiations et la controverse persistante sur l’interprétation par le gouvernement des radiations de faible niveau ont provoqué le mécontentement des populations contaminées lors des essais nucléaires [36].

Un récent rapport britannique est également suspect quant à son analyse de la mortalité et de l’incidence des cancers chez ceux qui ont participé aux essais atmosphériques d’armes nucléaires et aux programmes expérimentaux. Il contient une conclusion provocatrice : la mortalité générale chez les survivants aux essais nucléaires britanniques serait inférieure à celle de la population générale [37] .

De la comparution de Galilée devant l’Inquisition aux recherches sur l’uranium

Actuellement, la liberté de la science indépendante n’est guère différente de ce qu’elle était dans le passé. Ce que vivent les scientifiques aujourd’hui fait penser au procès de Galilée instruit par l’Inquisition en 1610. La controverse concernant les résultats des études du Dr Ernest Sternglass relatives aux taux de mortalité infantile et juvénile dans l’État de New York influencés par les essais nucléaires et les retombées radioactives a brisé sa carrière universitaire et scientifique. Lorsque son article classique [38] sur la mort d’enfants due aux conséquences des radiations paru en 1969 dans le Bulletin of Atomic Scientists, le rédacteur en chef de la revue lui confia que Washington avait exercé des pressions pour qu’il ne le publie pas. L’éminent physicien Freeman Dyson écrivit dans une lettre de lecteur adressée à la même revue : « Si les chiffres avancés par Sternglass sont justes, et je crois qu’ils le sont, il y a là un bon argument contre la défense antimissile. » Sternglass considérait que la mort des enfants était due au strontium des retombées radioactives. Lorsque son estimation de près de 400 000 morts fut soumise au Dr John Gofman, directeur médical du Lawrence Livermore National Laboratory, celui-ci réévalua son rapport. Ayant corrigé certains chiffres, il conclut que même en utilisant un modèle stochastique, les directives concernant le risque par unité de radiation étaient 20 fois trop élevées pour être fiables. Il concluait également que le risque était plus important en cas de doses de radiations faibles qu’en cas de doses élevées. Il ajoutait que les décès par cancer dus aux essais nucléaires et aux retombées radioactives dépassaient 30 000 par année. Son rapport fut remis au Committee on Underground Nuclear Testing présidé par le sénateur E. Muskie. Celui ci le transmit au président du Joint Committee on Atomic Energy, le sénateur C. Holifield. Ce dernier fit venir Gofman à Washington et le menaça ouvertement : « Nous les avons eus et nous vous aurons. » En 1973, victime de son intégrité, Gofman perdit son emploi dans son laboratoire. L’Atomic Energy Commission fut dissoute en 1974 [39].

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Soldat états-unien manipulant des obus de tank pourvus de pointes à l’uranium appauvri

Réexamen de la toxicité de l’uranium

Le risque fatal que présentent les isotopes d’uranium pour l’environnement et la santé humaine a été précisé au cours de deux siècles de recherches. Toutefois, les spécialistes de la santé sont mal formés en matière de radiotoxicité de base et de toxicologie chimique des isotopes d’uranium [40]. Les analyses récentes des effets potentiels des RDD sur la santé sont fondées essentiellement sur les données concernant les survivants japonais aux bombes atomiques, les essais nucléaires et les recherches de laboratoire. La littérature spécialisée, en particulier celle concernant les recherches de ces cinq dernières années, abonde en comptes rendus de travaux interdisciplinaires sur les effets des actinides et des isotopes d’uranium. La confirmation des cas de cancer de la thyroïde [41], de carcinome hépatocellulaire [42], de leucémie [43] et des risques que représente l’exposition aiguë ou chronique à l’uranium [44] a mis en lumière l’importance des conséquences somatiques et génétiques de la contamination par les isotopes d’uranium. Leur corrélation avec les essais atmosphériques d’armes nucléaires a été confirmée une nouvelle fois dans des rapports récents sur les taux d’actinides chez les mammifères marins du Pacifique nord, qui sont nettement associés à des années d’essais nucléaires et de retombées radioactives [45]. Le réexamen des études sur les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki montre non seulement l’impact physique, mais aussi l’effet psychologique qu’exercent les armes atomiques sur les personnes présentes dans ces villes au moment de l’explosion : troubles psychiatriques, anxiété, somatisation de symptômes [46]. Ce réexamen indique clairement qu’il existe des effets psychologiques à long terme qu’il faut prendre en considération lors de la préparation à de futurs conflits.

Un autre rapport récent à propos des survivants de Nagasaki indique que les effets des radiations sur les survivants devront représenter un aspect essentiel de la gestion des soins médicaux lors de futurs conflits [47]. Les données actuelles sur les essais nucléaires montrent que la mortalité infantile, les naissances prématurées et les morts foetales sont associées, aux États-Unis, à l’exposition aux radiations [48]. Les conséquences pour la santé et l’environnement de la contamination radioactive ont été réévaluées sur de nombreux sites d’essais dans le monde entier. Ces études font état d’effets négatifs de la contamination radioactive sur les sites d’essais nucléaires, notamment ceux de Krasnoyarsk, en Sibérie [49], du Kazakhstan [50], des monts Altaï [51], de Semipalatinsk, au Kasakhstan [52], de la Techa, dans l’Oural [53], parmi le personnel du complexe nucléaire de Mayak [54], en République de Sakha (Yakutia) [55], sur l’île d’Amchitka, en Alaska [56], en Finlande et en Norvège [57]. Ces informations permettent d’évaluer convenablement les risques quand il s’agit de se préparer à réagir à une crise sanitaire extrême provoquée par l’usage d’armes nucléaires et radiologiques en cas de guerre ou d’attaque terroriste [58]. La connaissance actuelle de la dispersion de radionucléides [59] libérés dans la biosphère, dans le monde entier, dépasse de beaucoup le cadre de la recherche expérimentale et des soins à apporter aux victimes des radiations. Elle a des implications sur l’avenir de la planète [60

Recherches actuelles sur les conséquences sanitaires des armes à l’uranium

La plus importante contamination aux radionucléides a eu lieu en 1991 lors de la première Guerre du Golfe. L’uranium « appauvri » (UA) utilisé dans des armes antichars a contaminé le territoire de l’Irak en exposant chroniquement la population et les soldats à la poussière, aux vapeurs et aux aérosols d’UA. Un petit nombre de soldats des Forces de la coalition ont été blessés par des éclats d’obus à l’UA.

L’alliage des armes à l’UA contient 99,8 % d’U238 émettant 60 % des radiations alpha, bêta et gamma de l’uranium naturel. L’UA est un métal lourd, 1,6 fois plus dense que le plomb. Il est organotrope, c’est-à-dire qu’il se fixe sur les organes cibles, tels que les tissus squelettiques où il demeure longtemps. Se dissolvant peu à peu, les isotopes d’uranium sont éliminés. On en a détecté dans l’urine d’anciens combattants de la guerre du Golfe 10 ans après qu’ils aient été absorbés par inhalation ou blessures résultant d’éclats d’obus. Des études sur leur répartition dans les tissus font état d’accumulation d’UA dans les os, les reins, le système reproducteur, le cerveau, les poumons, ce qui entraîne des effets génotoxiques, mutagènes et cancérogènes, ainsi que des altérations reproductrices et tératogènes [61].

On a détecté une contamination interne par les isotopes d’UA chez des anciens combattants britanniques, canadiens et américains de la première Guerre du Golfe encore 9 ans après leur exposition à la poussière radioactive. On a également identifié des isotopes d’UA dans les poumons, le foie, les reins et les os d’un ancien combattant canadien au cours de son autopsie. Ces organes contenaient de fortes concentrations d’uranium, les ratios isotopiques révélant la présence d’UA. Des études effectuées en 1991, année de la première Guerre du Golfe, à partir de comptages corps entier suggèrent la présence d’uranium dans l’organisme et l’urine d’anciens combattants contaminés [62]. Des contraintes logistiques et la controverse sur l’UA ont retardé les études approfondies jusqu’en 1998, date où les vétérans de la première Guerre du Golfe furent soumis à un dépistage par activation neutronique. Bien que cette méthode soit vouée à la détection de petites quantités d’uranium, son usage précoce a permis de constater une contamination importante. Ces études ont été présentées au Congrès International de la Radiation Research Society qui a eu lieu à Dublin en 1998.

Les recherches expérimentales se sont poursuivies grâce au recours à la méthode la plus moderne, la spectrographie de masse, à la Memorial University of Newfoundland (St John’s, Terre-Neuve, Canada) et plus tard au British Geological Survey (Nottingham, Angleterre). Les deux séries d’études ont confirmé des concentrations et des ratios isotopiques d’UA plus élevés dans 67 % des échantillons. La première présentation, basée sur les données de la spectrométrie de masse, fut faite au Congrès Européen de Médecine Nucléaire qui a eu lieu à Paris en 2000. Les recherches ont continuellement progressé, depuis la détection et la mesure de l’UA dans les organismes des anciens combattants jusqu’à l’évaluation actuelle des effets cliniques de la contamination par l’uranium chez des vétérans de la première Guerre du Golfe, des civils irakiens, des soldats et des civils des Balkans, des civils afghans et, plus récemment, de la bande de Gaza et de Cisjordanie.

L’UA, déchet faiblement radioactif de l’enrichissement isotopique de l’uranium naturel, a été identifié comme un contaminant incontestable présent dans les zones de conflit militaire mentionnées. Son rôle étiologique dans la genèse du syndrome de la Guerre du Golfe a fait l’objet de controverses continues depuis cette guerre. Les preuves bien documentées de la toxicité aussi bien chimique que radiologique des isotopes d’uranium ont fait l’objet récemment d’un grand nombre de recherches et de rapports scientifiques sur leurs effets organotoxiques, mutagènes, tératogènes et cancérogènes [63]. Des études récentes de biodistribution chez des animaux de laboratoire dans le corps desquels on avait implanté des boulettes d’UA ont confirmé les résultats d’études de biodistribution antérieures selon lesquelles les reins et les os sont des cibles visées par les isotopes d’uranium, de même que d’autres sites des systèmes lymphatique, respiratoire, reproducteur et nerveux central [64].

Depuis presque deux siècles, on connaît les effets toxiques de l’uranium en matière de chimiotoxicité rénale qui ont été confirmés par des études récentes sur des cellules rénales in vitro. Les études concernant les effets de l’UA sur le système nerveux central ont confirmé sa rétention dans des zones de l’hippocampe. De plus, on a observé des modifications électro-physiologiques du système nerveux de rats dans lesquels ont avait implanté des boulettes d’UA [65]. Des effets mutagènes potentiels de la contamination interne par l’UA ont récemment été suggérés par la corrélation temporaire entre l’uranium implanté et l’expression oncogène des tissues [66], ainsi que par une instabilité génomique [67]. La transformation néoplastique des ostéoblastes humains dans une culture cellulaire contenant de l’UA confirme le risque de cancer provoqué par l’UA [68]. Cela correspond à ce que l’on sait des risques cancérogènes que fait courir l’UA aux cellules endobronchiales, de même qu’aux évaluations quantitatives récentes – déterminées par la charge pulmonaire lors de l’inhalation des aerosols [69] – des risques cancérogènes subis par les poumons des anciens combattants de la première Guerre du Golfe. Le risque était évalué en appliquant la méthode de Battelle de simulation de liquide pulmonaire interstitiel et l’analyse de l’échantillon d’urine de 24 heures d’un vétéran contenant 0,150 mg d’UA 9 ans après l’exposition par inhalation [70]. Il s’est avéré que la charge pulmonaire correspondait à 1,54 mg d’UA au moment de l’exposition, avec une dose de radiations alpha de 4,4 millisieverts (mSv) pendant la première année et de 22,2 mSv 10 ans après l’exposition. Ces valeurs dépassent les doses d’inhalation maximales tolérables d’UA et justifient de nouvelles recherches sur la possibilité de modifications malignes des poumons.

Ces données humaines sont très importantes lorsqu’on les envisage à la lumière des preuves récentes des effets mutagènes des particules alpha sur les cellules souches et les instabilités chromosomiques des cellules de la moelle osseuse humaine dues aux radiations alpha [71] [72]. L’instabilité chromosomique due aux particules alpha explique clairement les effets mutagènes observés chez les vétérans britanniques de la Guerre du Golfe positifs à l’UA, comme l’a montré récemment l’étude des lymphocytes périphériques présentée à l’Université de Brême [73]. Ce résultat correspond à celui d’études antérieures sur les instabilités chromosomiques provoquées par une faible dose de particules alpha comparées aux effets identiques de l’irradiation aux photons [74]. Les études sur les effets des particules alpha et les progrès récents de l’irradiation par microfaisceau des cellules de mammifères permettent d’évaluer précisément le parcours d’une particule unique à travers le noyau cellulaire et de mesurer son effet cancérogène [75].

Bien que les mécanismes de la mutagénité et des effets cancérogènes des particules alpha inhalées restent obscurs, on a observé que de faibles doses de particules alpha peuvent provoquer des modifications des chromatides soeurs dans des cellules humaines normales [76]. Les implications pratiques de ces études sont importantes, compte tenu du fait que plus de 10 % de tous les décès par cancer aux États-Unis sont dus à un dépôt pulmonaire de particules alpha [77]. Elles sont également importantes en raison de l’instabilité génomique des cellules bronchiques humaines provoquée par les particules alpha, qui est bien documentée [78]. Les cellules pulmonaires humaines se sont révélées plus sensibles aux effets nocifs des particules alpha que celles de la plupart des animaux de laboratoire. L’évaluation quantitative du risque radiologique consécutif à l’inhalation d’aérosols d’uranium doit prendre en compte à la fois les mécanismes de dépôt de particules et leur élimination par translocation dans les ganglions lymphatiques pulmonaires et trachéobronchiques au travers de la barrière alvéolo-capillaire ou par expectoration et translocation dans le système rhinopharyngé ou gastro-intestinal. Le modèle d’élimination des particules (ICRP-66) permet l’évaluation la plus moderne du dépôt de particules d’uranium et de leur élimination ainsi que l’évaluation des aérosols d’uranium inhalé et leur dosimétrie interne. L’étude situe l’incertitude maximum à une taille de particule de 0,5-0,6 _m [79].

Les poumons demeurent la principale porte d’entrée des isotopes d’uranium dans l’organisme, les tissus squelettiques étant la cible finale. Des études très récentes sur l’exposition chronique au minerai d’uranium naturel apportent des arguments probants en faveur des risques de tumeurs pulmonaires bénignes aussi bien que malignes [80]. Des études actuelles indiquent également que l’UA peut causer des dommages oxydatifs à l’ADN en catalysant le peroxyde d’hydrogène et en entraînant des réactions d’acide ascorbique [81]. La mort cellulaire provoquée par les radiations, les altérations chromosomiques, les transformations cellulaires, les mutations et la carcinogenèse sont essentiellement la conséquence des radiations déposées dans le noyau cellulaire. Les radiations de faible niveau pourraient provoquer une instabilité génomique sans effets de débit de dose évidents, rendant impossible une extrapolation aux effets de doses élevées et accentuant l’importance des effets de proximité dans les radiations de particules alpha de faible niveau [82] [83]. Des échanges de segments de chromosomes homologues à doses variables peuvent provoquer des modifications du noyau qui se traduisent par des mutations géniques en interagissant avec le cytoplasme cellulaire. Ces effets nocifs vont à l’encontre de l’idée selon laquelle de faibles doses ne peuvent pas provoquer d’altérations géniques.

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Tous les calibres de munitions à l’uranium appauvri sont disponibles et couramment utilisés par les forces de l’OTAN sur les théâtres d’opération

Syndromes des guerres du Golfe et des Balkans

Au cours de la première guerre du Golfe, au moins 350 tonnes métriques d’UA se sont déposées dans l’environnement et entre 3 et 6 millions de grammes d’aérosols d’UA ont été libérés dans l’atmosphère. Le résultat, le Syndrome de la Guerre du Golfe, est un trouble multiorganique invalidant complexe. À l’origine, on l’a cru provoqué par l’inhalation de sable du désert (maladie d’Al-Eskan). Depuis, il a fait l’objet de différentes descriptions et dénominations, dont le nombre semble inversement proportionnel aux connaissances réelles que nous avons de la maladie.

Les symptômes de cette maladie progressive sont aussi nombreux que leurs noms. Il s’agit notamment de fatigue invalidante, de douleurs musculo-squelettiques et articulaires, de maux de tête, de troubles neuropsychiatriques, des sautes d’humeur, de confusion mentale, de troubles visuels, de troubles de la démarche, de pertes de mémoire, de lymphadénopathies, de déficience respiratoire, d’impuissance, d’altérations morphologiques et fonctionnelles du système urinaire. Ce syndrome a été tout d’abord sous-estimé, puis reconnu en tant que syndrome progressif. Parfois traité de maladie imaginaire, il a été successivement qualifié de variante chronique du syndrome de fatigue chronique, de stress post-traumatique, pour être finalement reconnu comme entité distincte par certains pays, mais non par d’autres.

On a découragé les recherches objectives en matière d’étiologie et de pathogénie du Syndrome de la Guerre du Golfe en retardant les études cliniques, en les orientant mal, voire en s’y opposant, ce qui a eu de nombreux effets néfastes sur des carrières scientifiques, parce qu’elles ne correspondaient pas aux intérêts industriels ou politiques. Notre compréhension actuelle de son étiologie est loin d’être satisfaisante. Certains auteurs supposent que les causes comprennent les marées noires et les incendies de puits de pétrole, d’autres mettent en cause les vaccins préventifs et d’autres encore songent à des agents biologiques ou chimiques, de même qu’à des modifications multifactorielles et non spécifiques du système immunitaire et à l’exposition aux aérosols d’UA [84]. Le manque de coordination des efforts de recherches interdisciplinaires font que ce syndrome complexe, appelé provisoirement « Syndrome de la Guerre du Golfe » et « Syndrome des Balkans » entre dans sa seconde décennie de confusion. La question des critères permettant de le classer n’est toujours pas résolue [85]. Le meilleur exemple de la diversité de ses classifications est la diversité de ses noms. L’analyse factorielle de Haley aboutit à 6 catégories dominantes comprenant 3 syndromes importants et pas moins de 17 syndromes mineurs [86]. D’autres essais de classification comprennent des dénominations telles que, parmi beaucoup d’autres, syndrome neuro-immunitaire, syndrome mucocutané-intestinal-rhumatismal du désert, syndrome de stress post-traumatique, etc. [87]. Bien que quelques-unes des causes supposées, comme les marées noires, les incendies de puits de pétrole et les poussières de sable pourraient très bien s’appliquer à la première Guerre du Golfe, elles ne peuvent guère être considérées comme des facteurs étiologiques dans le conflit des Balkans. Cependant des armes antichars ont été utilisées dans les deux conflits. Les preuves de plus en plus nombreuses, dans la littérature récente, d’une contamination interne des vétérans de la première Guerre du Golfe par l’UA dans les deux cas vont à l’encontre des tentatives continuelles de minimiser leur existence. L’élimination d’isotopes d’UA chez les soldats contaminés et malades se poursuit au-delà de 10 ans après l’exposition lors de la première Guerre du Golfe et de 7 ans après le conflit des Balkans. La plupart des autres facteurs suggérés devraient être réexaminés dans le cadre d’une estimation de la demi-vie biologique de l’UA et des possibles impacts sanitaires progressifs sur l’organisme [88]. Ces facteurs comprennent notamment des agents chimiques de faible intensité, les incendies de puits de pétrole, l’immunisation, le botulisme, les aflatoxines, les mycoplasmes. La longue demi-vie physique et biologique, la désintégration des particules alpha et la preuve bien établie de la toxicité radiologique somatique et génétique laissent supposer que l’UA joue un rôle important dans la genèse des Syndromes de la Guerre du Golfe et des Balkans.

On déplore l’absence flagrante de recherches sérieuses et exhaustives sur la corrélation entre ces syndromes et la contamination par l’UA. La plupart des études suggérant l’absence d’effets somatiques de l’UA dans les zones de conflit de Bosnie-Herzégovine [89] ne font pas état des taux réels d’isotopes d’uranium dans des échantillons environnementaux ou humains. Ainsi, leurs conclusions ne peuvent pas être évaluées de manière objective en l’absence de quantification de la concentration et du ratio d’isotopes d’uranium. De même, il n’existe pas d’explication crédible de la forte augmentation des taux de cancers chez les vétérans de la première Guerre du Golfe [90]. Et il n’existe pas de programmes de recherches objectives et indépendantes sur ces questions autres que celles de l’Uranium Medical Research Center (UMRC). L’UMRC est la seule institution à avoir effectué continuellement des recherches concernant la contamination interne par l’UA sur lesquelles elle n’a cessé de communiquer de manière scientifique et professionnelle. Il a eu recours aux méthodes ultra-modernes d’ionisation thermique et de spectrographie de masse plasma. Ces méthodes ont permis d’identifier de 0,2 à 0,33 % d’U235 chez des vétérans de la première Guerre du Golfe, ce qui indique une concentration urinaire d’uranium de 150 ng/l au moment de l’exposition, alors que la population non exposée du Golfe avait des taux situés entre 0,7 et 1,0% d’U235, ce qui indique une concentration urinaire d’uranium de 14 ng/l seulement.

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Enfants victimes de l’uranium appauvri

Études menées en Afghanistan

Bien que les études de l’UMRC portant sur l’analyse de l’urine des anciens combattants de la première Guerre du Golfe aient été effectuées plusieurs années après l’exposition, les recherches les plus récentes fondées sur l’examen d’échantillons biologiques et environnementaux ont coïncidé avec l’Opération Liberté Immuable (OEF) menée en Afghanistan depuis 2001. Ce pays offrait une occasion de mener une étude à un moment proche de celui du conflit. L’ Opération Anaconda prit fin juste au moment où la première équipe de l’UMRC entrait à l’Est de l’Afghanistan (fig. 1). Elle a eu accès aux installations stationnaires car les équipements militaires mobiles n’avaient été ni déplacés ni mis en sécurité. Les études de l’IMRC portant sur la population des zones de Jalalabad, de Spin Gar, de Tora Bora et à l’aéroport de Kaboul ont identifié des civils souffrant des mêmes symptômes multiorganiques non spécifiques observés pendant la première Guerre du Golfe et celle des Balkans : faiblesse physique, maux de tête, douleurs musculaires et osseuses, modifications respiratoires, toux sèche persistante, douleurs thoraciques, troubles gastro-intestinaux, symptômes neurologiques, pertes de mémoire, anxiété et dépression. Des échantillons d’urine de 24 heures des sujets symptomatiques et de sujets témoins asymptomatiques ont été recueillis selon les critères suivants :
1) Apparition des symptômes coïncidant avec les bombardements,
2) Sujets présents dans la zone des bombardements ;
3) Manifestations cliniques.
Les sujets du groupe témoin ont été choisis parmi les résidents asymptomatiques de zones non bombardées. Une estimation de la contamination environnementale avait été effectuée grâce à une analyse d’échantillons de sol, de poussière [91], de décombres et d’eau Potable [92] selon des critères établis pour l’évaluation de la dispersion, des dangers des actinides et de la collecte après impact d’échantillons environnementaux (fig. 2 et 3). Tous les sujets, y compris ceux du groupe témoin, ont été informés à propos du protocole et de la collecte d’échantillons dans les langues locales, le dari et le pachto, et ont signé un formulaire de consentement. Tous les échantillons ont fait l’objet d’une analyse de la concentration et du ratio de quatre isotopes d’uranium : U234, U235, U236 et U238 au moyen d’un spectromètre de masse multicollecteur à source d’ionisation par plasma à couplage inductif, dans les laboratoires du British Geological Survey de Nottingham (Angleterre).

Les premiers résultats concernant la province du Nangarhar ont révélé une augmentation significative d’élimination urinaire d’uranium totale chez la totalité des sujets, en moyenne plus de 20 fois plus élevée que chez les sujets non exposés. L’analyse des ratios isotopiques a révélé la présence d’UA [93]. Des analyses d’échantillons effectuées au cours d’un second voyage scientifique, en 2002, ont révélé des concentrations d’uranium jusqu’à 200 fois plus élevées que chez les sujets témoins. Ces taux élevés d’élimination d’uranium total ont été mesurés dans les districts de Tora Bora, de Yaka Toot, de Lal Mal, de Makam Khan Farm, d’Arda Farm, de Bibi Mahro, de Poli Cherki et à l’aéroport de Kaboul. Les deux voyages ont révélé des signatures identiques d’uranium non appauvri (UNA) dans toutes les zones de l’Est de l’Afghanistan étudiées (tableaux 2 et 3, figure 4). Les taux d’uranium enregistrés dans les échantillons de sol prélevés sur des sites bombardés au cours de l’Opération Liberté Immuable étaient 2 à 3 fois plus élevés que les taux de concentration de 2-3 mg/kg observés dans le monde. Les concentrations dans l’eau étaient significativement plus élevées que les taux maximaux tolérés par l’OMS (cf. nos documents non publiés). Les recherches de l’UMRC s’étendent au Centre, à l’Ouest et au Nord de l’Afghanistan. Outre la poursuite des études sur l’analyse des urines pour mesurer les isotopes d’uranium, une collaboration interdisciplinaire consacrée à l’examen clinique approfondi des fonctions rénales et pulmonaires, des études cytogéniques des aberrations chromosomiques dans le sang périphérique de sujets contaminés, des études au microscope électronique et nanopathologiques d’échantillons de tissus provenant de biopsies et d’autopsies ont été mises en œuvre. Des études longitudinales d’anciens combattants de la première Guerre du Golfe et de la population de l’Est de l’Afghanistan vont se poursuivre de même que des recherches sur les maladies inexpliquées de vétérans de la seconde Guerre du Golfe. Des études cliniques organisées dans des centres médicaux universitaires internationaux et des institutions de recherches vont évaluer les effets de l’UA et de l’UNA sur les systèmes rénal et respiratoire en recourant aux méthodes modernes de morphologie fonctionnelle et d’imagerie informatique. Les recherches porteront notamment sur la transformation néoplastique [94] l’apoptose cellulaire, la mutagénèse [95] et le risque cancérogène [96]. Des études de contamination environnementale et de biodistribution porteront sur les effets aigus et chroniques de composés d’isotopes d’uranium et évalueront les doses cumulatives de radiations et leurs effets biologiques depuis l’introduction de la guerre radioactive. Les études sur le terrain sont actuellement étendues à la population civile d’Irak, de la bande de Gaza, des Balkans et de nouvelles zones d’Afghanistan. Nos études confirment la découverte d’U236 dans des échantillons de sol des sites bombardés du Kosovo et la présence de particules d’UA. Ces échantillons contenaient des centaines de particules par milligramme de sol contaminé, dont 50 % de particules de diamètre inférieur à 1,5 _m et la plupart de diamètre inférieur à 5 _m [97]. Nous essayons d’évaluer ces résultats lors de nos voyages scientifiques dans les zones où des combats ont eu lieu.

Conclusion

La guerre CBRN moderne et la possibilité que des terroristes utilisent clandestinement des engins de dispersion de matières radioactives récents donnent une nouvelle dimension à la gestion de masses de victimes. Le rôle de la médecine dans la guerre nucléaire et radiologique est limité en raison du manque universel de capacités de réagir aux conséquences complexes du syndrome radiologique aigu, des blessures combinées ou de la contamination de la biosphère et de la population humaine. Des maladies récentes à l’étiologie inexpliquée, la pathogenèse et les manifestations cliniques contraignent les médecins à intervenir alors que les modalités de traitement posent des problèmes non résolus. Les effets nocifs des radionucléides qui se sont déposés dans l’organisme à la suite des conflits militaires des dernières décennies, en particulier les effets des isotopes d’uranium, sont traités abondamment dans la littérature récente. Suscitant les progrès inévitables d’une recherche objective et non biaisée visant à faire toute la lumière sur les maladies inexpliquées qui ont suivi les conflits, le besoin d’analyses interdisciplinaires bien préparées et coordonnées sur les conséquences environnementales et médicales de la guerre CBRN générera des connaissances approfondies dans ce chapitre exigeant de la science médicale.

Asaf DURAKOVIC

Une première version de cette étude a été publiée dans le Croatian Medical Journal, 44, 5:520-532, 2003.

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Asaf Durakovic Uranium Medical Research Center (Washington D.C., États-Unis)
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 17 février, 2013 |Pas de commentaires »

LE MYTHE DES ARMES DE DESTRUCTIONS MASSIVES: CINQ GUERRES, TROIS CONTINENTS…ET LES MÊMES MENSONGES (Felicity ARBUTHNOT / legrandsoir.info)

Le mythe des armes de destructions massives :

LE MYTHE DES ARMES DE DESTRUCTIONS MASSIVES: CINQ GUERRES, TROIS CONTINENTS...ET LES MÊMES MENSONGES (Felicity ARBUTHNOT / legrandsoir.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES norm02_111c-george-bush

Cinq guerres, trois continents…

et les mêmes mensonges

arton19311-0c175 ARMES dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Felicity ARBUTHNOT

« Je ne comprends pas les réticences en ce qui concerne l’utilisation de gaz. Nous avons définitivement adopté à la Conférence de Paix la position de retenir le gaz comme méthode permanente de guerre… Je suis fortement en faveur de l’usage de gaz toxiques contre des tribus qui ne sont pas civilisées » (Winston Churchill, War Office Minute, 12 mai 1919).

Alors que les roulements de tambour contre la Syrie deviennent de plus en plus forts, les allégations de plus en plus folles, et le double jeu de fomenter, comploter et financer les terroristes (pardon, aider l’opposition légitime) de plus en plus évident, il est intéressant de jeter un coup d’oeil aux justifications présentées par les gouvernants US pour leurs incursions meurtrières de l’histoire récente.

Panama

Ce mois de décembre 2012 est le 23e anniversaire de l’invasion de Panama le 20 décembre 1989, au moment où les Panaméens préparaient leurs fêtes de Noël. Un bref rappel nous remet en mémoire Philip Agee évoquant le président George H. W. Bush lorsqu’il disait au peuple américain que la menace de Panama (3.571.185 habitants en 2011) était telle qu’elle « compromettait notre mode de vie ». La référence figure dans la conférence bien nommée d’Agee, “Produire la crise appropriée” (1). Aussi éloquente aujourd’hui qu’hier. Rien n’a changé.

Le but de l’invasion était de s’emparer du leader du pays, le général Manuel Noriega, et bien entendu “d’établir un gouvernement démocratique”. Un changement de régime. Avec la proximité de la remise au Panama du contrôle du canal (prévue à l’origine pour le 1er janvier 1990) après un siècle de gestion coloniale US, l’Amérique voulait s’assurer que ce contrôle reste dans les mains d’alliés malléables.

Noriega, un pion de la CIA depuis 1967 (2), qui était passé par la célèbre Ecole des Amériques à Fort Benning (Georgie), était arrivé au pouvoir avec l’aide des Etats-Unis, mais apparemment son soutien US avait faibli. En un mot, les USA le kidnappèrent et le condamnèrent à 40 ans de prison.

Les plans d’invasion avaient été baptisés “Opération livre de prières”. Par la suite, on les renomma “Opération juste cause”. Le général Colin Powell approuva ce nouveau nom en disant “Même nos critiques les plus sévères seront obligés de parler de ‘juste cause’ quand ils nous dénonceront” (Colin Powell et Joseph E. Persico, My American Journey, 1995).

27.000 hommes, soutenus par des hélicoptères Apache, ravagèrent la plus grande partie du petit pays qui était défendu par 3.000 hommes. George Bush senior déclara qu’il détrônait un dictateur malfaisant qui brutalisait son peuple (ça vous dit quelque chose ?) et que son action était rendue nécessaire pour “la protection de vies américaines”. Il alléguait aussi la “défense de la démocratie et des Droits de l’Homme au Panama” et le besoin de “protéger le canal” (Surprise, non ?).

Manuel Noriega a été libéré de son emprisonnement US en 2007, et extradé en France où il avait été décoré de la légion d’honneur en 1987. Il y est resté incarcéré jusqu’en décembre 2011, puis il a été renvoyé à Panama où il est tojurs en prison.

Au cours de la destruction de Panama, aujourd’hui oubliée (si vous n’êtes pas Panaméen), le secteur pauvre et fortement peuplé d’El Chorillo fut à ce point ravagé par les flammes qu’il a reçu le nom de “petit Hiroshima”. Une femme a déclaré : “Les Américains du Nord ont commencé à incendier El Chorillo à 6 h 30 du matin. Ils lançaient un petit objet dans la maison et la maison prenait feu. Après, ils passaient à une autre, mettant le feu dans une rue après l’autre, en coordonnant les incendies avec des walkie-talkies.” Un soldat US a été enregistré déclarant : “Nous vous demandons de vous rendre. Si vous ne le faites pas, nous raserons toutes les maisons” D’après un habitant de la ville : “ils tiraient sur tout ce qui bougeait.”

Les morts étaient jetés dans des fosses communes. Des témoins ont vu les troupes US brûlant les victimes au lance-flammes et ont décrit comment les cadavres se recroquevillaient sous le feu. D’autres corps étaient empilés en tas par des bulldozers. (3)

Des essais US d’armes chimiques

Il y a pire. Alors que pleuvent les allégations actuelles moralisantes de Washington et de Whitehall sur la présence sans preuve d’armes chimiques en Syrie, on dispose de faits prouvés en ce qui concerne les Etats-Unis.

Des années 1940 à 1990, les Etats-Unis se sont servis de diverses régions de Panama comme terrains d’essais d’armes chimiques, comprenant le gaz moutarde, le VX, le Sarin, le cyanure d’hydrogène et d’autres agents neurotoxiques, placés dans des mines, des roquettes ou des obus, peut-être des dizaines de milliers de munitions chimiques.” (William Blum, “Rogue State”, 2002). De plus, en quittant Panama en fin 1999, ils ont laissé “de nombreux sites contenant des armes chimiques”. Ils ont aussi “effectué au Panama des essais secrets de l’Agent Orange.” “Au cours de l’invasion, le village de Pacora, près de Panama City, a été bombardé de produits chimiques par hélicoptères et avions de l’US Southern Command, avec des substances qui brûlaient la peau et causaient des diarrhées et d’intenses souffrances.”

L’Irak (1er chapitre)

Beaucoup d’analystes considèrent que Panama fut le terrain d’essai pour l’Irak. Neuf mois après la contamination de Panama, l’étranglement de l’Irak par l’embargo dirigé par les USA a été imposé par l’ONU, après que l’ambassadeur américain April Glaspie ait donné le feu vert à Saddam Hussein pour son invasion du Koweit, suite aux importantes provocations de ce dernier et à sa déstabilisation financière et géographique .(4)

Le fracas autour des armes chimiques et autres s’est amplifié, amenant Saddam Hussein à dire : “J’ai l’impression qu’un jour vous allez me dire : vous fabriquez de la poudre à canon à partir du blé”. Treize mois après Panama, l’Amérique a pris la tête d’une coalition de 31 pays visant à “ramener l’Irak à un âge pré-industriel”. Les seuls produits chimiques trouvés en Irak ont été le mélange toxique émanant des usines bombardées de pharmacie, d’engrais ou de construction automobile, et des autres établissements de la base industrielle du pays, y compris les entrepôts de substances chimiques et biologiques (à usage médical) vendues à l’Irak par les USA, l’Allemagne et d’autres pendant des décennies (ventes qui se sont poursuivies ironiquement même pendant l’agression).(5)

Par contre, des substances hautement toxiques et radioactives ont été introduites en Irak sous la forme de 750 tonnes de munitions à l’uranium « appauvri » (UA) qui ont une “demi-vie” toxique de 4 à 5 milliards d’années. Les petites tombes du nombre de bébés morts-nés, avortés, déformés ou venant au monde avec des cancers sont le témoignage muet de ces armes de destruction massive d’une exceptionnelle cruauté. L’Irak a été bombardé pendant 42 jours et nuits. Les fameuses armes chimiques soi-disant fabriquées par Bagdad n’ont bien sûr jamais été trouvées.

La Yougoslavie

Le 24 mars 1999, l’OTAN a commencé a “libérer” le Kosovo de la Serbie (Opération Noble enclume). Le Kosovo avait une quantité “inépuisable” de minerais d’une valeur estimée à dix trillions de dollars dans les mines de Trebca. La “libération” a consisté en 78 jours de bombardement intense, comprenant l’emploi d’armes à l’uranium appauvri. 20.000 tonnes de bombes ont été lâchées, détruisant systématiquement les centres de communication, les dépôts de carburant, les aéroports, le réseau routier, les trains, les marchés, et même l’ambassade de Chine (la Chine était opposée à l’agression, et l’OTAN a boiteusement allégué qu’elle avait une mauvaise carte de Belgrade), et évidemment le centre de presse. Assassiner les journalistes est devenu aujourd’hui une routine, un impardonnable crime de guerre.

Avant l’agression, le Pentagone avait affirmé que l’armée yougoslave disposait d’au moins deux sortes de gaz toxiques, avec les moyens de les produire. Le département US de la Défense avait averti Slobodan Milosevic et l’état-major de l’armée yougoslave : “Si Belgrade utilise les toxiques sarin et gaz moutarde contre l’OTAN, la riposte sera dévastatrice”.

Curieusement, une fois commencées les frappes aériennes, l’OTAN n’a pas dit un mot sur le fait que l’attaque pouvait être motivée par la conviction américaine que la Serbie était en mesure de produire des armes chimiques. (Zagreb Globus, 16 avril 1999, pp. 18-19.)

La destruction à grande échelle de l’industrie a cependant épargné les mines de Trebca.

Le 14 août 2000, 900 hommes lourdement armés – anglais, français, italiens, pakistanais et membres de la KFOR – ont été amenés par hélicoptères sur le site. Les managers et ouvriers qui ont essayé de les combattre ont été maîtrisés par gaz lacrymogènes et balles en plastique. Le personnel qui avait résisté a été arrêté. Les journaux de l’OTAN ont décrit l’action comme le “commencement de la démocratisation du Kosovo”. En fait l’attaque a ouvert la voie à la vente des mines – contenant les “inépuisables” réserves de 77.302.000 tonnes de charbon, cuivre, zinc, plomb, nickel, or, argent, marbre, manganèse, fer, amiante et calcaire, pour ne citer que quelques ressources – à des groupes privés étrangers. L’ “Armée de libération du Kosovo” (UCK) avait été entraînée et financée par des millions de dollars et de marks allemands de la CIA et du BND (services de renseignements de Berlin), pendant des années, pour cette guerre, faussement baptisée “guerre civile” (6) par les gouvernements de l’OTAN et leurs porte-paroles. Les meurtriers effets toxiques et radioactifs de l’UA ont été provoqués dans toute l’ex-Yougoslavie.

En 2001, les médecins de l’hôpital serbe de Kosovska Mitrovica ont constaté que le nombre de patients souffrant de cancers avait augmenté de 200 % par rapport à l’enquête de 1998. Une étude de 2003 de l’UN Environmental Program (UNEP) a fait état de prélèvements contaminés d’air et d’eau potable en Bosnie-Herzégovine. Bien sûr, “il n’y avait pas lieu de s’alarmer”. Pekka Haavisto, ex-ministre finlandaise de l’Environnement à la tête de l’UNEP, a réclamé une enquête vaste et approfondie pour établir l’étendue et l’intensité de la contamination. Les Etats-Unis – cités comme étant le seul pays à avoir utilisé des armes à l’UA dans le conflit – ont bloqué la requête. (7) Cependant, l’inquiétude s’est répandue en Europe quand on a vu que des Casques bleus italiens, portugais, belges ou français étaient atteints de cancers, et étaient morts en quelques mois. Les Casques bleus norvégiens ont refusé d’être déployés sur place. (8)

Moins d’un mois après la fin de la guerre en Yougoslavie en 1999, le British National Radiological Protection Board a averti les citoyens britanniques du danger de résider au Kosovo “en raison de la contamination de ses territoires par des armes à l’UA.”

Les Casques bleus, évidemment, n’étaient là que pour quelques semaines ou quelques mois. Les gens de la région y vivent. Ils ont vu la dégradation de leur santé et de celle de leurs générations à venir ignorées et oubliées par leurs “libérateurs”. Ces derniers avaient d’autres “tyrans” à renverser, d’autres populations à “libérer” de leurs conditions d’existence, de leurs membres et de leurs vies.

L’Irak (2e chapitre)

L’Irak avait de nouveau été bombardé par les USA et le Royaume Uni pendant la période de noel 1998, quatre mois avant l’agression de la Yougoslavie, et était de nouveau sur l’agenda d’invasion. Les mensonges étaient familiers, et incessants. Un exemple, parmi des milliers d’autres, le 2 septembre 2002. “Selon les experts, l’Irak possède des tonnes d’armes chimiques. Alors que des membres de l’administration Bush réclament une frappe préventive contre l’Irak, ils font état de preuves de plus en plus nombreuses que Saddam Hussein a amassé de vastes stocks d’armes chimiques et biologiques qu’il cache d’une éventuelle attaque militaire US. La préoccupation de Washington est que l’Irak pourrait remettre ces armes à des groupes terroristes. Si nous attendons que le danger se matérialise, ce sera peut-être trop tard” a dit le sénateur Joseph Biden, président du Foreign Relations Committee. Biden étant aujourd’hui vice-président, il est impossible de ne pas se demander s’il n’inspire pas l’actuelle propagande anti-syrienne, truffée de formules si extraordinairement similaires.

Jon Wolfsthal, un analyste du Carnegie Endownment for International Peace, a affirmé que l’inventaire irakien est significatif : “l’Irak continue à posséder plusieurs tonnes d’armes chimiques, assez pour tuer des milliers et des milliers de civils et de soldats.” (9)

Des experts de l’ONU en matière d’armement ont prétendu que l’Irak avait stocké plus de 600 tonnes d’agents chimiques, comprenant gaz moutarde, VX et sarin. Selon eux, quelques 25.000 roquettes et 15.000 obus d’artillerie pourvus de produits chimiques n’étaient pas officiellement répertoriés.

“Le souci est qu’ils (les Irakiens) disposent – ou peuvent disposer rapidement – des moyens de fabriquer de vastes quantités d’anthrax ou d’autres matériels”, a ajouté Wolfsthal. Selon le secrétaire d’Etat à la Défense Donald Rumsfeld : “l’Irak a des laboratoires mobiles d’armes biologiques qu’il est pratiquement impossible pour les forces US de cibler”. Il affirmait que les vies de milliers de gens étaient en jeu. En fait, c’est le nombre de victimes irakiennes de troupes américaines et anglaises, de leurs milices et de leur gouvernement de marionnettes imposé, qui peut se comparer à un véritable holocauste.

Jonathan Schwartz a revu le paquet de mensonges débité sur l’Irak à l’ONU par le général Colin Powell, le 5 février 2003. Il le cite : “Mes chers collègues. Toutes les déclarations que je fais aujourd’hui sont prouvées par des sources, des sources solides. Ce ne sont pas de simples affirmations. Ce sont des faits et des conclusions basées sur des renseignements solides.”

Aujourd’hui, Powell exprime des regrets. Schwartz n’en est pas touché pour autant. Au cinquième anniversaire des absurdités trompeuses du général, il a commenté : “Quelle que soit l’abondance de critiques dont Powell a été l’objet – il dit qu’elles ont été douloureuses et feront toujours partie de sa vie – elles ne sont rien à côté de ce qu’il aurait mérité. Il a été beaucoup plus qu’horriblement abusé. Il est prouvé qu’il a fabriqué des documents et ignoré les avertissements répétés que ce qu’il racontait était faux.”

L’invasion totalement illégale de l’Irak, basée sur ce paquet transatlantique de mensonges, a commencé 45 jours après. Opération Iraq Liberation : OIL.

La Libye

Les mensonges sur la Libye, promue par le colonel Kadhafi au premier rang de l’Index de développement humain de l’Afrique, sont de récente mémoire. Quelques rappels tout de même.

La CIA a payé des Quislings pendant des décennies dans toutes ses invasions. Pour Kadhafi, il y a eu le général Abdul Fatah Younis, son ministre de l’Intérieur, qui est passé à l’opposition – on peut se demander quel a été son prix – pour devenir le chef d’état major des insurgés. Il a réclamé aux alliés de l’OTAN des armes lourdes pour les rebelles, comprenant des hélicoptères et des missiles anti-chars pour défendre la ville assiégée de Misurata. Il prédisait que “le dictateur était prêt à se servir d’armes chimiques dans son combat ultime contre les rebelles et la population civile”. (affirmations qu’on croirait sorties de la bouche de l’opposition actuelle en Syrie). “Kadhafi est acculé. Malheureusement, il a encore environ 25 % de son armement chimique qu’il pourrait utiliser s’il est dans une situation désespérée. (…) On sait qu’il lui reste environ dix tonnes de gaz moutarde sur les quantités qu’il avait détruites sous le contrôle de l’agence de l’ONU, l’Organisation pour la prohibition des armes chimiques.” (10)

Pour situer le contexte, rappelons qu’en 2002, Neil Mackay, le chef plusieurs fois récompensé des enquêtes du Sunday Herald, avait dénoncé : “Poussé par la rapacité et un profond manque de moralité, le gouvernement britannique a violé la Convention sur les armes chimiques en vendant des produits toxiques pouvant être convertis en armes de guerre. Les pays bénéficiant de ces ventes comprenaient la Libye, le Yemen, Israël, l’Arabie Saoudite, Chypre, l’Inde, le Kenya, le Kuwait, la Malaisie, le Nigeria, l’Oman, le Pakistan, Singapour, la Slovénie, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, le Sri Lanka, la Tanzanie, la Turquie et l’Ouganda, une accusation ‘clairement admise’ par le département du Commerce et de l’Industrie.”

Après l’accolade donnée par Tony Blair au colonel Kadhafi en mars 2004, le gouvernement britannique a fait état de plans d’envois en Libye d’experts pour détruire les armes chimiques qu’il lui avait vendues, prétendant que le colonel Kadhafi avait trompé Blair sur leur existence. Que Londres avait les reçus de livraison en Libye lui a sûrement échappé. Une duplicité identique à celle du Royaume Uni en Irak.

Entre le début de la destruction de la Libye le 19 mars 2011 et la prise en main des opérations par l’OTAN le 31 mars, les USA et la GB ont lancé 110 missiles Cruise sur un pays de moins de 6.500.000 habitants. Quand l’OTAN a assumé le commandement de l’”intervention humanitaire”, ils ont agressé cette faible population à travers 26.500 sorties de bombardement. Aucune larme présidentielle n’a été versée sur les enfants libyens tués, dont la mort a été précédée d’une terreur inimaginable, au cours d’attaques portant les noms idiots d’Operation Odyssey Dawn et d’Opération Unified Protector (sans commentaire).

Kadhafi a perdu trois petits-enfants et trois fils. En 1986, au cours d’un premier bombardement, il avait perdu une fille adoptive en bas âge.

Quelques instants après avoir appris sa terrible mort aux mains d’un gang enragé de “protégés” de l’OTAN, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton est apparue secouée de rire à la télévision, en s’exclamant : “Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort.” Combien de temps est passé depuis qu’elle a dit : “Je pense vraiment qu’il faut un village pour élever un enfant.” Aujourd’hui il semble que son credo soit d’éliminer le village, ses enfants et leurs parents, et de lyncher les anciens du cru pour avoir l’occasion de rigoler à la télévision.

La Syrie

Le 4 décembre 2012, elle a annoncé que le président syrien Bachar al Assad était peut-être en train de déplacer – devinez quoi – un “stock d’armes chimiques”.

“Nous avons parfaitement clarifié notre position, a-t-elle dit au cours d’une conférence de presse à Prague. C’est une ligne rouge pour les Etats-Unis. Je ne vais pas détailler ce que nous ferons dans le cas crédible où le régime d’Assad utiliserait des armes chimiques contre son propre peuple ; il suffit de dire que nous faisons à coup sûr des plans pour passer à l’action si cette éventualité se produisait.”

Selon une autorité US, “les armes peuvent être trafiquées pour contenir du gaz sarin”. Un autre a ajouté : “Nous nous inquiétons de tout mouvement qui pourrait indiquer qu’ils sont prêts à utiliser des armes chimiques contre leur propre peuple.” (11)

Du “déjà vu” à répétition, comme on dit.

La Syrie a répondu le 6 décembre. “la Syrie souligne une fois de plus, pour la dixième, pour la centième fois, que si elle avait ce genre d’armes, elles ne seraient pas utilisées contre son propre peuple, a dit à la télévision libanaise Al Manar le ministre adjoint des Affaires étrangères Faisal al Maqdad. Nous n’avons pas l’intention de nous suicider. (…) Nous craignons un complot consistant à fournir le prétexte d’une intervention des pays qui font pression sur la Syrie. Ce ne serait pas la première fois.”

Fin octobre, des troupes US sont arrivées en Jordanie pour d’importants exercices conjoints près de la frontière syrienne sous le nom toujours aussi stupide d’Opération Eager Lion (Opération lion enthousiaste. En arabe, al assad veut dire le lion).

La première allusion aux armes chimiques de la Syrie semble être venue de John R. Bolton, que le député Henry Waxman accuse d’avoir persuadé George W. Bush d’inclure dans son discours de 2003 sur l’Etat de l’union le conte de fées de l’achat irakien d’uranium au Nigeria.

L’accusation n’est pas prouvée car les documents sont encore classifiés.

Bolton est impliqué dans une mouvance d’organisations loin d’être libérales comme le Project for The New American Century, le Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) et la National Rifle Association.

En ce qui concerne la Syrie, il faut rappeler que le pays est étranglé par des sanctions depuis 2004.

L’ancien chef-inspecteur de l’Armement en Irak, Scott Ritter, a écrit que “les armes chimiques ont une durée de conservation de cinq ans. Les armes biologiques de trois.” Il en émane aussi un “éther”, disent les experts, qui peut être décelé par une surveillance de satellite dont la Syrie est certainement l’objet, comme l’Irak avant elle.

Que Dieu nous préserve de Washington, Whitehall et Tel Aviv qui crient une fois de plus “au loup !”. Et que Dieu vienne en aide à ceux qui les croient !

Felicity ARBUTHNOT

ARBUTHNOT est une critique bien informée et lucide de l’empire. C’est la raison pour laquelle vous ne la verrez pas dans le New York Times, pas plus que John Pilger, Amira Hass ou Noam Chomsky.

Source : Global Research,

Traduit par B.I. http://www.michelcollon.info/Le-mythe-des-armes-de-destructi…

URL de cet article 19311
http://www.legrandsoir.info/le-mythe-des-armes-de-destructions-massives-cinq-guerres-trois-continents-et-les-memes-mensonges.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 16 février, 2013 |Pas de commentaires »
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