DISCOURS DE FRANCOIS HOLLANDE A L’INSTITUT DES HAUTES ETUDES DE DEFENSE NATIONALE: A LIRE POUR LES INFOS !

 Discours de François HOLLANDE

DISCOURS DE FRANCOIS HOLLANDE A L'INSTITUT DES HAUTES ETUDES DE DEFENSE NATIONALE: A LIRE POUR LES INFOS ! dans REFLEXIONS PERSONNELLES bbbbbbb4

à l’Institut des Hautes Etudes de Défense

Nationale

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Je veux commencer par un moment fort, celui que j’ai vécu le 15 mai 2013.

Je présidais à Bruxelles la conférence pour le Mali au niveau des chefs d’État. Plus de 100 délégations venant du monde entier ont salué l’intervention de la France. J’ai pu une nouvelle fois mesurer l’influence de notre Nation, le respect qu’elle suscite et les attentes qui sont placées en elle. Elle les doit à ses militaires et aux personnels civils qui les soutiennent. Leur professionnalisme, leur efficacité, leur dévouement sont reconnus par tous. Et d’abord par nos concitoyens.

Plus que jamais, la France a besoin d’une défense forte.

D’abord, pour rester ce qu’elle est : un pays indépendant, un allié fiable, une puissance dont les armées sont sollicitées sans discontinuer depuis une dizaine d’années.

Ensuite, pour appréhender le nouveau contexte géopolitique.

En effet, les États-Unis se désengagent des théâtres sur lesquels ils s’étaient impliqués ces dernières années. L’Europe est confrontée à une récession qui conduit plusieurs de ses membres à réduire leur effort de défense.

Dans le même temps, les ambitions des puissances émergentes s’affirment à mesure que leur poids économique se renforce. Ainsi, les dépenses militaires de la région Asie – Pacifique, viennent de dépasser celles de l’Union Européenne.

Les révolutions arabes qui avaient suscité de grands espoirs soulèvent désormais de légitimes inquiétudes. En Libye, l’instabilité menace non seulement ce pays mais aussi les voisins immédiats, mais aussi l’Europe toute proche. Ensuite en Syrie, où le conflit a aujourd’hui pris une ampleur qui nous oblige, avec nos alliés, à n’écarter aucune option, si l’usage des armes chimiques était bien établi. C’est l’enjeu de la prochaine conférence de Genève.

Quant à l’Afrique, elle est confrontée, malgré un développement économique incontestable, à une insécurité grandissante. À ce titre, il me paraît tout à fait pertinent que l’Institut des Hautes études de Défense Nationale, ait choisi cette année, comme thème d’étude, ce grand continent.

La France a besoin d’une défense forte parce que le monde n’est pas plus sûr qu’hier.

La prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs met en péril l’équilibre de régions entières, comme nous le constatons avec l’Iran et la Corée du Nord. Le terrorisme s’en prend à nos ressortissants, frappe nos intérêts – nous avons encore une illustration ces dernières heures – et outrage partout nos valeurs. Les trafics de drogue – grand enjeu à mon sens des relations internationales -, les trafics d’armes souvent liés et le blanchiment d’argent qui accompagnent les autres trafics se conjuguent pour affaiblir des États et surtout pour déstructurer les sociétés.

Dois-je ajouter qu’il y a maintenant de nouveaux risques ? Celui de cyber attaque avec des capacités informatiques offensives particulièrement redoutables. Notre dépendance à l’égard des systèmes d’information nous rend plus vulnérables à des risques de paralysie, voire de destruction à distance des réseaux d’importance vitale sur le plan économique et même militaire.

Face à ces menaces, la France doit se donner un objectif, un seul : à tout moment assurer sa sécurité, répondre aux attentes de ses partenaires comme de ses alliés, et préserver la paix dans le monde.

La France y a vocation parce que membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, elle a cette responsabilité. La France y a vocation parce qu’elle est un pays fondateur de l’Union Européenne, elle porte un idéal de paix entre les nations.

La France y a vocation parce qu’elle est dépositaire par son histoire, d’une capacité militaire et diplomatique, qu’elle met au service de ses propres intérêts – et nous devons les revendiquer – et du Droit International.

Chef de l’État, chef des armées, il me revient de définir les orientations d’une politique de défense qui réponde à ces obligations.

Cette charge, je l’assume pleinement depuis les premiers jours de ma prise de fonction.

C’est elle qui m’a conduit à prendre la décision de retirer dès la fin de l’année dernière nos troupes combattantes d’Afghanistan. On me disait que c’était impossible, dangereux même ! C’est fait – depuis le 15 décembre 2012. Je veux en féliciter tous ceux qui ont contribué à ce retrait dans des conditions de sécurité rigoureuses pour nos soldats et en pleine concertation avec nos alliés. Nous n’avons maintenant que les effectifs en Afghanistan qui correspondent aux missions qui sont prévues par le traité d’amitié et de coopération que nous avons paraphé avec l’Afghanistan.

C’est cette même responsabilité qui m’a convaincu d’engager la France au Mali.

Pourquoi ? Parce que nous étions appelés par un pays ami, représenté par son Président légitime ? Oui. Parce qu’il y avait une menace terroriste qui pouvait soumettre le Mali à une emprise dangereuse ? Oui. Parce qu’il y avait un risque pour le Sahel tout entier ? À l’évidence. Mais parce qu’il y avait aussi une menace pour notre propre sécurité.

J’ai donc répondu le premier, au nom de la France, parce que nous étions le seul pays disposant de moyens militaires pouvant agir immédiatement, à côté de nos amis africains. Nous ne sommes pas intervenus à la place des Africains, mais avec les Africains, permettant maintenant qu’une opération de maintien de la paix puisse être menée dans des conditions de légitimité internationale, d’une part, et d’efficacité d’autre part.

Nous resterons, là encore, avec des effectifs moindres dans les prochains mois. Mais nous resterons au Mali et autour du Mali. Parce que nous n’en avons pas terminé avec le terrorisme. J’ai évoqué ce qui s’est passé au Niger, hier, où nos intérêts ont été directement visés, où des Nigériens – parce qu’ils nous avaient appuyés, soutenus – ont été lâchement assassinés. J’exprime ma solidarité à l’égard du président Issoufou et de la population du Niger. Mais c’est une preuve supplémentaire que le combat que nous engageons contre le terrorisme, c’est un combat dans lequel tous les pays doivent, à un moment ou à un autre, être partie prenante, dès lors qu’ils portent les valeurs qui sont les nôtres. Notamment en Afrique, nous devons apporter toute notre solidarité, tout notre soutien, tout notre appui, aux pays de l’Afrique de l’Ouest qui sont confrontés à ce fléau du terrorisme. Nous continuerons à le faire.

C’est toujours ma responsabilité que de présenter aux Français un nouveau Livre blanc qui sera prolongé par une loi de programmation militaire qui fixera les moyens à consacrer à notre défense, autour de trois priorités : la protection, la projection et la dissuasion.

Notre territoire et nos concitoyens, dans l’hexagone et en outre-mer doivent être protégés. C’est notre premier devoir. Pour y parvenir, il exige des disponibilités permanentes de surveillance et de réaction terrestres, aériennes et maritimes. Des moyens doivent pouvoir être mobilisés à tout moment pour intervenir aux côtés des forces de sécurité intérieure et de sécurité civile lorsque c’est nécessaire.

Parallèlement, la France doit être en mesure de projeter des forces préparées et équipées, à son initiative ou dans le cadre d’une coalition. Dans cet esprit, au-delà du volume de forces projetables, j’ai souhaité que soit encore améliorée l’efficacité opérationnelle de nos armées. Elles disposeront de 66.000 soldats projetables organisés en brigades terrestres. Elles pourront intervenir à partir du groupe aéronaval autour du porte-avions Charles de Gaulle. Elles auront aussi des capacités amphibies et sous-marines. Les moyens aériens nous donneront la possibilité d’appréciation de situation et de frappe dans la profondeur. Voilà l’ensemble de notre dispositif de projection. J’ajoute que les personnels engagés bénéficieront d’une protection juridique élargie. Les Ministères de la Défense et de la Justice doivent y travailler. Des mesures seront présentées en ce sens notamment dans le cadre de la loi de programmation militaire.

Enfin, la France doit assurer la crédibilité de sa dissuasion.

Dois-je rappeler son caractère stratégique ? Elle nous protège de toute agression ou de tout chantage qui menacerait nos intérêts vitaux. C’est sa raison d’être. Elle préserve notre liberté d’action et notre souveraineté. Elle convainc tout adversaire de ne pas s’en prendre à la France au risque de dommages considérables pour son territoire.

Notre doctrine est fondée sur le principe de stricte suffisance. Cela permet à la France de montrer l’exemple en matière de désarmement nucléaire.

De cette garantie ultime, certains dénoncent régulièrement le coût pour nos finances publiques. Je veux leur répondre. La dépense affectée à la dissuasion représente aujourd’hui 11 % du budget annuel de la défense. 11 % est-ce trop pour sanctuariser la sécurité de notre pays ? Je ne le pense pas. D’autant plus que l’innovation et la recherche nous ont permis de réaliser des économies substantielles sur les programmes. J’ai donc pris la décision de conserver les deux composantes, océanique et aéroportée. Le récent échec de l’essai d’un missile M51 après cinq succès, nous rappelle que la mobilisation de nos technologies est une conquête exigeante et nécessite une vigilance permanente. Je tirerai toutes les conclusions de l’enquête en cours.

Aujourd’hui, je tiens à renouveler ma confiance dans les personnels exceptionnels qui assurent, en toute circonstance, en tout point du monde, notre dissuasion.

Il reste que la défense nationale est un investissement lourd pour la Nation.

C’est pourquoi je suis attentif à l’adéquation de nos ressources budgétaires rares à nos objectifs impérieux, surtout dans cette période. Aussi, les miens reposeront sur un seul critère : l’intérêt national. Car je dois préparer notre pays à relever les défis, pour les 15 prochaines années, qu’il peut rencontrer.

Ce qui ne signifie pas « dépenser plus » au nom d’une couverture de tous les risques possibles, ni « dépenser moins » au nom d’un abaissement de notre ambition. Il faut « dépenser juste », le bon niveau, pour à la fois sécuriser nos objectifs et en même temps maîtriser nos comptes publics et dire, à tout moment, la vérité aux Français.

Georges Clemenceau avait une belle formule : « Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire ». Les lois de programmation militaire de ces dernières décennies n’ont pas appliqué à la lettre le principe de Georges Clemenceau. Non pas que la Nation n’ait pas dit ce qu’elle voulait, elle l’affirmait et ces textes étaient des références utiles. Non pas qu’elle n’avait pas le courage de dire. Mais elle n’avait pas toujours la possibilité de faire. Nous devons donc faire en sorte d’assurer, à la fois, la souveraineté de notre pays pour ses décisions stratégiques et, en même temps, garantir la souveraineté de notre pays pour assurer la maîtrise de nos comptes publics – et ne pas dépendre de l’extérieur et notamment des marchés pour le financement de notre dette souveraine.

J’ai donc décidé comme réaliste de maintenir à son niveau actuel l’effort pour notre défense. Le budget sera fixé en 2014 à 31,4 milliards d’euros c’est-à-dire exactement le même montant qu’en 2012 et en 2013. Pour l’ensemble de la période 2014-2025, nos forces disposeront de 365 milliards d’euros, dont 179,2 milliards d’euros pour la période 2014-2019.

Dans le passé, les objectifs ambitieux annoncés dans nos lois de programmation n’ont pas pu être tenus. Je n’aurai pas la cruauté de rappeler les précédents. L’écart entre les engagements et la réalité n’a cessé de s’accroître ; ce qui nous a conduit à une impasse qui doit désormais être intégrée dans l’exercice à venir, car l’on ne peut jamais oublier la continuité de l’État et faire comme si tout pouvait recommencer. Nous sommes forcement comptables de ce qui n’a pas été payé hier.

Ainsi, il y aura des conséquences. Nous avons voulu avec le Premier ministre et les ministres concernés les maitriser. Au terme de la loi de programmation militaire 2014/2019, les effectifs du ministère seront réduits de 24.000 hommes supplémentaires pour atteindre de l’ordre de 250.000 personnels de la défense. Ce chiffre, je veux que chacun l’ait à l’esprit : c’est l’effectif le plus important d’Europe. Nous sommes le pays qui dispose, non seulement, de la dissuasion nucléaire, mais qui dispose, sur la plupart des équipements, des matériels pouvant offrir une capacité d’action et d’intervention ; et le pays d’Europe qui a l’effectif – en termes de personnels militaires et civils – le plus important. Cela renvoie donc à nos responsabilités. Mais cela nous permet aussi d’être un pays influent, un pays actif, un pays qui peut parler parce qu’il a les moyens aussi de pouvoir se faire respecter.

Deuxième conséquence, par rapport aux sites d’implantation militaire dans l’hexagone. Sujet toujours sensible pour les personnels concernés, pour les élus des territoires. J’ai demandé qu’une attention particulière soit portée pour que nous puissions maintenir une présence partout sur le territoire et éviter des fermetures de site. Mais je suis aussi attentif à ce qu’en outre-mer, nous puissions également assurer notre présence.

Nos équipements, doivent être ajustés à la réalité des menaces d’aujourd’hui et de demain.

Nos forces seront dotées à l’horizon 2025 – 2030 de matériels modernes et performants, prenant en compte l’évolution des modes de confrontations armées. Je pense aux drones de surveillance et de combat, dont la décision de les commander a été trop longtemps différée, au risque d’être amenés dans certaines interventions à demander et à solliciter l’appui de nos alliés. Nous avons donc l’obligation aujourd’hui de commander ces matériels. Nous avons aussi la volonté d’engager les commandes des avions de transport A 400 M et de ravitaillement en vol MRTT, aux missiles anti-navires légers ou encore aux frégates multirôles FREMM et aux véhicules blindés VBMR.

Pour faire face également aux nouvelles menaces que j’ai évoquées – cyber-attaques, terrorisme – les crédits consacrés au renseignement, à la police et à la justice seront augmentés. Je tiens aussi à relancer la politique spatiale avec les satellites d’observation MUSIS et d’interception électromagnétique CERES.

Tous ces investissements indispensables à la préparation du futur s’ajouteront aux programmes déjà lancés : Rafale, hélicoptères d’attaque Tigre et de transport NH-90, sous-marins Barracuda et le système Félin. Aucun programme lancé ne sera arrêté, à la fois, pour des raisons de capacité, d’efficacité, mais aussi parce que j’entends préserver notre industrie de défense.

J’en connais les atouts d’abord sur le plan des effectifs, de l’emploi, de sa présence sur le territoire. Il y a là de grandes entreprises que nous connaissons bien et qui nous connaissent bien. Mais il y a aussi un tissu de plusieurs milliers de PME et de PMI. Nous avons l’une des premières industries de défense en Europe. Nous devons encore améliorer son niveau.

L’effort de recherche et de développement sera maintenu à haut niveau. C’est essentiel pour garantir à nos armées les matériels dont elles auront besoin demain. C’est indispensable pour exporter et pour avoir l’impact le plus fort sur l’industrie civile.

La diversification fait aussi partie de nos atouts. La modernisation de notre appareil de production se poursuivra. Les participations détenues par l’État évolueront. Des alliances industrielles nouvelles seront nouées notamment à l’échelle européenne. Et les salariés devront être formés en même temps qu’ils seront associés à l’avenir de leur entreprise et de leur savoir-faire.

C’est un enjeu de compétitivité mais aussi de souveraineté.

La souveraineté, ce n’est pas l’isolement. C’est aussi d’être capable d’agir avec les autres.

Les opérations militaires récentes ont montré combien nous devons travailler avec l’Union Européenne pour être en mesure de répondre aux crises.

C’est pourquoi la France veut ouvrir une nouvelle étape de l’Europe de la défense. Plusieurs facteurs nous y conduisent.

La nécessité partagée de redresser nos finances publiques nous invite à mutualiser des capacités, à prendre davantage d’initiatives et à nous appuyer sur les matériels fabriqués en coopération, en tenant compte des savoirs faire de chacun.

C’est ce que la France fait déjà avec le Royaume Uni, pour construire notamment une force d’intervention conjointe.

C’est aussi ce que la France veut faire avec l’Allemagne, y compris pour des opérations militaires extérieures. De même, je souhaite poursuivre nos partenariats avec la Belgique, l’Italie ou l’Espagne et associer les nouveaux membres de l’Union Européenne à cette démarche. À commencer par la Pologne et les pays du groupe de Visegrad car l’Europe de la défense, cela doit être l’Europe toute entière, y compris celle qui hier était de l’autre côté.

Je ferai des propositions d’ici le Conseil Européen de décembre 2013.

Elles porteront sur nos présences dans les Balkans, en Méditerranée, au Proche-Orient, en Asie. Partout, l’Europe doit agir de façon mieux coordonnée. Réfléchit-elle à ce que nous pourrions faire mieux et peut-être moins cher ?

Elles concerneront aussi nos coopérations dans les domaines du transport aérien, des satellites d’observation, du ravitaillement en vol, des drones pour ne citer que quelques exemples.

Les échecs du passé ne doivent pas nous décourager mais au contraire nous inviter à persévérer. Notre ambition, c’est de promouvoir, pour l’industrie de défense européenne, des champions européens. C’est déterminant pour le maintien d’une base industrielle et technologique compétitive.

Le grand sujet pour l’Europe n’est pas simplement d’avoir un grand marché, d’avoir une zone monétaire stable. Cela ce sont des conditions. C’est d’avoir aussi une politique industrielle. Et dans la politique industrielle, il y a l’enjeu de la défense.

La France est dans l’Europe mais elle agit aussi dans le cadre de l’OTAN.

Le rapport présenté par Hubert Védrine – je le remercie pour ses réflexions – m’a conduit à confirmer notre présence dans le commandement militaire intégré de l’Alliance atlantique, tout en intensifiant notre influence en son sein.

Mais il ne s’agit pas de perdre notre liberté de décision et d’action et encore moins de diluer le caractère national de notre défense.

Mesdames, Messieurs,

La France a toujours eu un lien singulier avec son armée. J’entends parfois dire que cette relation se serait distendue, avec la professionnalisation de ces personnels et avec la disparition de toute menace vitale à nos frontières. Eh bien, je ne le crois en aucune façon. Je ne constate rien de tel. Le soutien apporté par nos concitoyens à nos soldats est la preuve de l’attachement des Français à leur défense.

Quand on songe à ce qu’était l’image de l’armée il y a 30 ou 40 ans dans un contexte différent de guerre froide, de décolonisation. Ce qu’était le lien parfois contesté, y compris à travers la conscription. Et ce qu’est aujourd’hui le lien, je considère que la relation s’est confortée mais, d’un certain point de vue, la fin de la conscription a été aussi un éloignement et une forme d’acceptation d’une assurance passée, généralement considérée comme coûteuse, sans que l’on sache exactement le prix. Mais une forme de délégation de la responsabilité et d’ignorance de la réalité de ce qu’est l’institution militaire.

C’est la raison pour laquelle nous devons renforcer le lien. Comment ?

En associant davantage la société française dans toute sa diversité à la connaissance de l’institution militaire. C’est le rôle que joue notamment l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, dont je salue l’action ici. Pas simplement en accueillant des professions brillantes, ce que l’on pense être l’élite du pays qui s’y retrouvera. Mais en s’adressant au-delà, à toute la nation, à la jeunesse en particulier. Celle qui se sent peut-être moins concernée et qui, pourtant, doit être également protégée par rapport à un certain nombre de fléaux, de menaces que j’indiquais comme étant susceptibles de renforcer encore nos outils et nos protections.

C’est la responsabilité aussi du Parlement. J’ai tenu à ce que le gouvernement respecte pleinement ses droits, en matière d’information et de délibération sur les opérations dans lesquelles sont engagées nos forces.

J’ai aussi souhaité que la politique d’exportation d’armement fasse l’objet de rapports annuels débattus devant les commissions compétentes des assemblées. Là aussi, ne craignons rien de la transparence doit encore progresser. Nous veillerons à traiter, en particulier, la situation des intermédiaires.

Car chaque État doit se montrer rigoureux dans le contrôle de ses exportations d’armement comme nous y incite le traité sur le commerce des armes conventionnelles que la France a contribué à faire adopter notamment aux Nations Unies.

Le contrôle du Parlement sera également amélioré en matière de renseignement. Loin d’affaiblir notre sécurité, l’information confirme la légitimité et l’efficacité de nos dispositifs.

Le lien entre la Nation et son armée, c’est aussi les réserves opérationnelle et citoyenne. Je veux les saluer. Nous y ajouterons une branche nouvelle pour la cyber défense dont l’objectif sera de mobiliser de jeunes techniciens et informaticiens intéressés par les enjeux de sécurité.

D’une manière générale, rien n’est plus important que d’encourager les jeunes générations à prendre conscience du destin singulier de notre pays, de son histoire. D’où l’importance des célébrations de l’année prochaine – le Ministre Délégué aux Anciens Combattants y travaillera : le centenaire de la Première Guerre Mondiale, le 70ème anniversaire du débarquement puis de la Libération.

Il y aura des manifestations importantes sur le plan international. Nous inviterons tous ceux qui ont été belligérant. Nous ferons en sorte de pouvoir donner, là encore, tout l’esprit qui s’attache à ces célébrations. C’est-à-dire de bien comprendre ce qui s’est produit, de bien analyser ce que furent ces conflits, ces guerres qui se sont produites à l’échelle internationale, même la Première, avec des destructions considérables.

Nous veillerons aussi à en faire des évocations citoyennes pour que les jeunes sachent bien ce qu’est la guerre, pour mieux apprécier ce qu’est la paix.

La défense de la France, c’est une grande histoire. C’est aussi notre avenir.

La défense de la France, c’est la sécurité de l’Europe.

La défense de la France, ce sont des moyens au service de la préservation de la paix.

La défense de la France, ce sont des femmes et des hommes, militaires et civils, dont je veux saluer ici le dévouement.

Encore cette année 2013, nous avons eu des morts au Mali. Et en 2012, y compris avec le retrait, nous avons eu des morts en Afghanistan. Je n’oublie pas aussi les militaires en opération qui ont pu payer de leur vie, notamment en Guyane. Je n’oublie pas non plus les gendarmes, j’associe également les policiers victimes de l’insécurité et de la lutte contre tous les trafics. Dans ces moments où nous saluons l’effort de la défense, où nous revendiquons un certain nombre d’objectifs, je pense aux familles aujourd’hui de ces soldats, de ces gendarmes, de ces policiers.

« Les grands pays le sont pour l’avoir voulu « disait le général de Gaulle. La France veut toujours être une grande Nation. Non pas pour elle-même, non ! Pour porter les valeurs de la République. Merci à tous d’y contribuer.

Je veux donc ici, redire l’engagement qui est le mien, la conviction que nous préparons l’avenir, et vous exprimer ma gratitude pour contribuer à la défense de notre pays.

François HOLLANDE
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 9 juin, 2013 |Pas de commentaires »

ALERTE ! DES AERONEFS SU-25 POUR LE NIGER: LA FRANCE A PARTICIPE AU FINANCEMENT. CERTAINES ARMES SONT A L’URANIUM « APPAUVRI » ! (Entreprises Défense et Relations Internationales / Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie.unblog.fr)

Des SU-25 pour le NIGER:

La FRANCE a participé au financement.

ALERTE ! DES AERONEFS SU-25 POUR LE NIGER: LA FRANCE A PARTICIPE AU FINANCEMENT. CERTAINES ARMES SONT A L'URANIUM

Certaines armes sont à l’uranium « appauvri » !

(Entreprises Défense et Relations Internationales)

L’Ukraine a récemment vendu au Niger deux SU-25 Frogfoot, tirés de ses stocks de guerre froide. La France, qui aurait participé au financement de cet achat conséquent pour un pays comme le Niger, voit d’un très bon œil le renfort de moyens aériens locaux dans sa lutte sahélienne contre les mouvances terroristes, particulièrement dans le contexte des attaques sur les sites d’AREVA.

SU-25 Ukrainien avec une partie de l'armement qu'il peut emporter (crédit : Wikimedia)

SU-25 Ukrainien avec une partie de l’armement qu’il peut emporter
(crédit: Wikimedia)
En toute discrétion…
Les deux avions font la fierté de la petite mais vaillante armée de l’air nigérienne, qui jusque là ne comptait que quelques avions de transports et quelques hélicoptères de manœuvre. Les deux SU-25 (portant les numéros d’immatriculation 5U-MCC et 5U-MCF, 5U étant le préfixe OACI du Niger naturellement) seront les premiers véritables avions de chasse de cette armée de l’air. Ils sont vraisemblablement arrivés au Niger en février 2013, car les premières informations à leur sujet remontent à cette date. Ils ont très certainement été livrés début février en toute discrétion, sous la forme de kits apportés par avions gros porteurs, en même temps que l’outillage et les pièces nécessaires à la maintenance.
Ces avions proviennent sans doute de la 4070ème Base de Réserve ukrainienne qui, jusqu’à une date récente, stockait sous cocon une trentaine de SU-25 en version de base. Quelques exemplaires de cette version originelle du SU-25, aussi appelée Frogfoot-A en codification OTAN, ont déjà été vendus par l’Ukraine à la Macédoine (4 appareils en 2001, dont 1 SU-25UB biplace), à la Guinée équatoriale (4 exemplaires entre 2007 et 2009 dont 2 SU-25UB) et au Tchad (6 ou 7 exemplaires entre 2008 et 2010 dont au moins 2 SU-25UB).
Les appareils destinés au Niger ont d’abord suscité l’intérêt de la République Démocratique du Congo en 2012, qui a finalement renoncé à l’achat et créé une opportunité pour le Niger.
Bien que cet investissement ait été qualifié « d’urgent » par le Niger, il n’a pas de lien avec l’offensive terrestre française au Mali, état donné que la commande a été passée à l’été 2012. Par contre, il découle directement de l’aggravation de la situation sécuritaire au Mali dont la France continue de faire les frais à travers les otages enlevés sur le site d’Arlit il y aura bientôt trois ans.
Les pilotes:
Des mercenaires
A l’instar de ce qui se passe chez les autres clients du SU-25 en Afrique, le Niger va très probablement confier le pilotage et l’entretien de ces avions à des contractors ukrainiens, connus pour officier de la même façon au Tchad ou en Guinée équatoriale. Mais à la différence du Tchad, où des pilotes tchadiens sont formés à prendre la relève des pilotes ukrainiens, le Niger ne dispose pas de version biplace permettant une formation dans de bonnes conditions. Les avions nigériens vont donc rester vraisemblablement longtemps entre les mains de mercenaires coûteux, peu prompts à prendre des risques et dont le comportement au combat peut être sujet à caution.
Mais malgré les réticences que peut susciter l’emploi de mercenaires, le Su-25 est probablement le meilleur choix possible pour une armée africaine. C’est un avion rustique spécialisé dans l’attaque au sol et l’appui des forces terrestres. Il est le pendant russe de l’A-10 américain, bien que son design et sa masse le rapproche plus de l’YA-9 de Northrop, concurrent malheureux de l’A-10 lors de l’appel d’offre. La ressemblance est d’ailleurs suffisamment prononcée pour se demander s’il n’y a pas eu migration discrète des schémas de l’YA-9 de l’autre côté du rideau de fer.
Quoiqu’il en soit le SU-25 est un biréacteur subsonique, avec environ 800 km de rayon d’action (à pleine charge avec deux réservoirs supplémentaires), ce qui est relativement faible notamment dans les immensités sahéliennes. Ce rayon d’action limité est compensé par la facilité avec laquelle l’avion peut être déployé sur des pistes sommaires avancées, avec un minimum de logistique : sur de courtes périodes, le SU-25 ne nécessite pas d’infrastructures particulières, à part une piste d’une longueur suffisante. Une équipe d’une demi-douzaine de mécaniciens, équipée d’un outillage rudimentaire et de quelques pièces détachées permet une utilisation opérationnelle de plusieurs semaines sur des bases sommaires.
L’armement:
Possibilité d’usage des munitions à l’uranium « appauvri »
En termes d’armement, le SU-25 est équipé du redoutable canon GSh-30-2, canon de 30 mm automatique à deux tubes fixes, mais avec la particularité d’avoir une seule culasse. Ce canon tire toutes les munitions en calibre 30x165mm, dont certaines contiennent de l’uranium appauvri. Il se retrouve également sur les MI-24P, facilement reconnaissable du fait des deux tubes visibles sur le côté droit du fuselage. Il est également réputé pour être particulièrement rustique. Bien que pouvant tirer quasiment aux mêmes cadences que le canon GAU-8A de l’A-10 des munitions aux effets équivalents, on notera qu’il pèse 20 fois moins lourd : à peine 115 kilos hors munitions. Avec 4 tonnes de charge utile réparties sur 11 points d’emport, le SU-25 peut embarquer une bonne partie de l’inventaire soviétique des munitions air-sol, mais il est utilisé de manière privilégiée en Afrique avec des bombes lisses de 250 ou 500 kg de type RBK ou OFAB (voir article sur les bombes syriennes pour plus de détails sur les bombes russes). Ce sont des munitions non guidées, à effet de zone ou effet de souffle. Aucun détail n’a pour l’instant filtré sur les munitions que pourraient emporter les SU-25, sachant que les Nigériens ne dispose pas de stocks de telles armes, en théorie, n’ayant eu jusque là aucun aéronef pour en utiliser.
COMMENTAIRE:
(Le Souffle c’est ma Vie / Thierry LAMIREAU)
Il est intéressant de noter l’origine de cet article:
Entreprises Défense et Relations Internationales.
Ce site, il y a quelques semaines, avait longuement critiqué des articles écrit par moi-même sur l’utilisation des armes à l’uranium « appauvri » par la France dans la guerre au MALI en précisant que c’était de la « désinformation ».
Or l’on note dans ce texte que la France a participé à l’achat d’aéronefs qui utilisent des munitions à l’uranium « appauvri » !…
« Le SU-25 est équipé du redoutable canon GSh-30-2, canon de 30 mm automatique à deux tubes fixes, mais avec la particularité d’avoir une seule culasse. Ce canon tire toutes les munitions en calibre 30x165mm, dont certaines contiennent de l’uranium appauvri. »…indique le site.
Ces « fameux » canons « redoutables » sont redoutables parce qu’ils utilisent justement des munitions à l’uranium « appauvri » !
En outre, la « codification OTAN » indique que ces aéronefs sont équipés d’armes à l’uranium « appauvri ».
En participant au financement d’un tel achat pour le Niger, la France pourra, d’une manière plus discrète, intervenir au Niger et ce avec toujours ces armes maléfiques à l’uranium « appauvri ».
On comprend mieux pourquoi la livraison s’est réalisée dans la plus grande discrétion !
Quel superbe achat pour un pays qui figure parmi les plus pauvres de la planète.
Bouffer de l’uranium « appauvri »…cela sera sûrement bon pour la santé des populations !
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 2 juin, 2013 |Pas de commentaires »

USA / OTAN: LOCOMOTIVE DE LA DEPENSE MILITAIRE MONDIALE (Manlio DINUCCI / IL Manifesto)

USA/OTAN:

Locomotive de la dépense militaire

mondiale (Il Manifesto)

USA / OTAN: LOCOMOTIVE DE LA DEPENSE MILITAIRE MONDIALE (Manlio DINUCCI / IL Manifesto) dans REFLEXIONS PERSONNELLES benghazicombatsarton20236-6f901 ARABIE SAOUDITE dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Manlio DINUCCI

Mais quelle crise ? En 2012 l’Italie est montée à la dixième place des pays qui ont les plus grosses dépenses militaires du monde, au lieu de la onzième place en 2011. L’information vient du SIPRI, le réputé Institut International dont le siège est à Stockholm, qui a publié récemment les dernières données sur la dépense militaire mondiale. Celle de l’Italie se monte à environ 34 milliards de dollars en base annuelle, équivalents à 26 milliards d’euros. C’est-à-dire 70 millions d’euros par jour, dépensés en argent public pour les forces armées, armements et missions militaires à l’étranger. Alors que les fonds manquent même pour payer le chômage.

USA/OTAN toujours en tête

Ceux qui font la locomotive de la dépense militaire mondiale, qui a grimpé en 2012 à 1753 milliards de dollars, sont encore les Etats-Unis, avec 682 milliards de dollars, équivalents à environ 40% du total mondial. Alliés compris, la dépense militaire de l’OTAN se monte à plus de 1.000 milliards annuels, représentant 57% du total mondial.

Parmi les « G-10 » -USA, Chine, Russie, Grande-Bretagne, Japon, France, Arabie saoudite, Inde, Allemagne, Italie- dont la dépense militaire équivaut aux trois-quarts de la dépense mondiale, les Etats-Unis dépensent plus que les neuf autres réunis. Dans la présentation du budget du Pentagone on rappelle que les USA possèdent « les forces armées les mieux entraînées, les mieux dirigées et les mieux équipées qui aient jamais été réalisées dans l’histoire » et qu’ils sont décidés à garder ce primat.

L’objectif du pentagone est de rendre les forces étasuniennes plus agiles, plus flexibles et prêtes à être déployées encore plus rapidement. La réduction des forces terrestres entre dans la nouvelle stratégie, testée avec la guerre de Libye : utiliser l’écrasante supériorité aérienne et navale étasunienne et faire porter la plus grosse charge aux alliés. Ça n’est pas pour autant que les guerres coûtent moins : les fonds nécessaires sont autorisés d’une fois sur l’autre par le Congrès, qui les ajoute au budget du Pentagone.

Les coupes budgétaires militaires étasuniennes annoncées de 45 milliards annuels pour la prochaine décennie restent donc entièrement à vérifier. On doit en outre tenir compte dans la dépense fédérale, en plus du budget annuel du Pentagone, d’autres postes à caractère militaire –parmi lesquels 140 milliards annuels pour les militaires à la retraite, 53 pour le « programme national de renseignement », 60 pour la « sécurité de la patrie »- qui portent la dépense réelle étasunienne à plus de 900 milliards, soit plus de la moitié de la dépense mondiale.

La compétition des autres

La stratégie des USA a aussi pour objectif d’augmenter la dépense militaire des alliés, internes ou externes à l’OTAN, car c’est l’industrie guerrière étasunienne qui leur fournit la majeure partie des armements. Les résultats sont au rendez-vous : la dépense militaire de l’Europe Orientale a augmenté en 2012 de plus de 15% par rapport à l’année précédente. La Pologne, en dix ans, ajoutera à son budget militaire 33,6 milliards d’euros pour potentialiser ses forces armées en réalisant (avec des technologies importées des USA) son propre « bouclier de missiles » dans le cadre de celui des USA/OTAN.

Forte augmentation aussi de la dépense militaire des alliés moyen-orientaux, qui a augmenté en une année de plus de 8% : en tête se trouvent Oman, avec 51% d’augmentation et l’Arabie Saoudite avec 12%. Forte croissance aussi de la dépense militaire de l’Afrique du Nord, avec une augmentation de 7,8%. En Amérique latine c’est le Paraguay qui est en tête avec une augmentation annuelle de 51% pendant que celle du Mexique a grossi de 10% environ.

Dans les estimations du SIPRI, la Chine reste au deuxième rang mondial, avec une dépense estimée pour 2012 à 166 milliards de dollars, équivalents à 9,5% de la dépense mondiale. Mais son rythme de croissance (175% en 2003-2012) est supérieur à celui des autres pays. Cette accélération est due fondamentalement au fait que les USA sont en train d’opérer une politique de « containment » de la Chine, en déplaçant de plus en plus le centre focal de leur stratégie dans la région Asie/Pacifique. En rapide augmentation aussi la dépense de la Russie qui, avec 90 milliards de dollars, se place au troisième rang mondial.

Le chœur de ceux qui ont accueilli les données du SIPRI en chantant les louanges des « coupes » dans la dépense militaire étasunienne et de l’ « effondrement » de la dépense italienne se livre à une tentative grotesque de cacher la réalité : on jette dans le puits sans fond de la dépense militaire d’énormes ressources qui, au lieu d’être utilisées pour résoudre les problèmes vitaux, servent à préparer de nouvelles guerres en aggravant la condition de pauvreté où est reléguée la moitié de la population mondiale.

Manlio DINUCCI

Edition de mardi 16 avril 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/…

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Cet article a été publié en italien sous le titre: « Rapporto Sipri 2012 : l’Italia, con 34 miliardi di dollari investiti, pari a 26 miliardi di euro, sale tra i « 10 Grandi » della spesa militare. » Le titre de la version française a été proposé par l’auteur. NdT.

Manlio DINUCCI est géographe et journaliste.

URL de cet article 20236
http://www.legrandsoir.info/usa-otan-locomotive-de-la-depense-militaire-mondiale.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 28 avril, 2013 |Pas de commentaires »

« L’OTAN N’AMENE QUE LA DESTRUCTION, L’INSECURITE ET LA MISERE. ELLE DOIT ÊTRE ABOLIE » (Mahdi Darius NAZEMROAYA, Silvia CATTORI / http://www.silviacattori.net /http://www.legrandsoir.info)

ENTRETIEN AVEC
MAHDI DARIUSNAZEMROAYA

« L’OTAN n’amène que la destruction,

l’insécurité et la misère. Elle doit être abolie »

(Mahdi Darius Nazemroaya / Silvia CATTORI)

Apprécié pour la rigueur et la justesse de ses analyses le sociologue canadien Mahdi Darius Nazemroaya (*), 30 ans, s’est imposé comme un des meilleurs connaisseurs de l’OTAN. Ses investigations, traduites en de nombreuses langues, ont acquis une audience internationale et son ouvrage « The globalisation of NATO » [« La mondialisation de l’OTAN »] fait aujourd’hui référence.

En 400 pages denses, fascinantes, préoccupantes, il nous fait prendre la mesure de la menace que l’OTAN fait peser sur la paix du monde et l’avenir de nombreux peuples. Il nous fait également prendre conscience de l’urgence qu’il y aurait à obtenir la dissolution de cette dangereuse organisation.

Silvia Cattori :

Dans votre remarquable ouvrage vous mettez en lumière les stratégies mises en place par l’OTAN pour étendre son emprise militaire dans le monde. J’aimerais vous demander ce qui vous a motivé à consacrer tant d’énergie à un sujet aussi ardu et exigeant. Comment en êtes-vous venu à considérer que l’analyse du rôle de l’OTAN et des stratégies qu’elle a mises en place était une tâche absolument essentielle ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Les graines de ce livre ont été semées en 2007. J’avais alors rédigé un petit manuscrit mettant en relation les guerres en Afghanistan et en Irak (qui avaient fait suite aux tragiques évènements du 11 septembre 2001) avec l’expansion de l’OTAN, le projet de bouclier antimissiles états-unien – que je décrivais comme s’étant finalement couvert du manteau d’un projet de l’OTAN, – et le concept de ce que les néoconservateurs et leurs alliés sionistes appellent « destruction créative » pour redessiner la restructuration des pays du Moyen-Orient, et l’encerclement aussi bien de la Chine que de la Russie.

J’ai toujours considéré que tous les événements négatifs auxquels le monde est confronté étaient les éléments d’un ensemble ; ou de ce que le savant et révolutionnaire hongrois György Lukács a appelé « totalité fragmentée ». Les guerres en « série », l’accroissement des lois de sécurité, la guerre contre le terrorisme, les réformes économiques néolibérales, les « révolutions colorées » dans l’espace post-soviétique, la diabolisation de différentes sociétés par les médias, l’élargissement de l’OTAN et de l’Union Européenne, et les fausses accusations au sujet d’un programme d’armement nucléaire iranien font partie d’un tout. Un de mes articles publié en 2007 [1], posait également les principales bases de cette feuille de route et reliait tous les éléments de la guerre perpétuelle à laquelle nous assistons.

J’ai écrit ce livre parce que je pensais que c’était un sujet très important. J’ai lu la plupart des textes de l’abondante littérature concernant l’OTAN et aucun n’examine l’OTAN dans la perspective critique où je me place. De même qu’aucun ne relie l’OTAN de manière pertinente à une « vue d’ensemble » des relations internationales. Un chercheur de l’Université Carleton m’a dit que mon livre était comme une Bible des relations internationales et de tous ses sujets importants. Je vois moi aussi mon livre sur l’OTAN de cette manière.

Ma principale motivation pour écrire ce livre était d’amener les lecteurs à prendre conscience de la nature impérialiste des conflits internationaux modernes et de les aider à en voir la « totalité » au lieu de ses éléments « fragmentés ». Quand vous voyez l’ensemble, vous êtes en mesure de prendre de meilleures décisions. Je pense avoir donné de l’OTAN une évaluation correcte. Dans sa bibliothèque à Bruxelles il y a un exemplaire de mon livre. C’est l’OTAN elle-même qui a annoncé son acquisition comme l’une des ressources de sa bibliothèque, en novembre 2012. Ce livre est ma contribution, en tant que chercheur, pour essayer de permettre aux lecteurs de prendre des décisions en connaissance de cause en voyant au-delà des effets de miroirs et des éléments fragmentés du tableau.

Aujourd’hui dans le monde, les gens sont de façon générale plus instruits. Mais malheureusement l’ignorance se répand en ce qui concerne les relations de pouvoir et ce qui se passe dans ce domaine au niveau mondial. Nous entrons dans une ère trompeuse de l’histoire où beaucoup de gens à travers le monde sentent de plus en plus qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que d’être des spectateurs impuissants, réduits à n’être que des particules, des rouages, ou des extensions d’une immense machine invisible sur laquelle ils n’ont aucun contrôle.

Les scénarios du livre de George Orwell « 1984 » se sont pour l’essentiel réalisés. Les gens sont devenus étrangers à leur monde et gouvernés de plus en plus par cette machine capitaliste invisible qui travaille à détruire toutes sortes de façons alternatives de vivre ou de penser ; l’ordre qui s’impose aujourd’hui à nous est comme un resserrement de la « cage d’acier » de Max Weber [2] qui réduit de plus en plus notre indépendance et nos mouvements.

La plupart des gens regardent maintenant les nouvelles et la télévision passivement. Ils essaient de se distraire de la réalité ; ils tentent d’engourdir leur conscience et de vivre dans un faux état de bonheur qui leur permet d’ignorer la réalité et les misères du monde. Collectivement, nos esprits ont été colonisés, on leur a fait croire à un faux ordre des choses. L’humanité est en train d’être de plus en plus déshumanisée. Peut-être que j’ai l’air hégélien, mais les gens deviennent étrangers à eux-mêmes. Ils deviennent aussi étrangers aux capacités de leur propre esprit et aux talents dont ils ont été dotés. Mais la vérité est que nous ne sommes pas séparés des événements et des processus qui façonnent ce monde. Nous ne devrions pas devenir les esclaves des objets ou des structures de notre propre fabrication, que ce soit le capitalisme ou les structures politiques. Nous ne devons pas devenir de simples spectateurs de notre parcours de vie.

L’hégémonie est un processus continu de leadership, de contrôle, et d’influence qui implique à la fois la contrainte et le consentement. Mais son emprise n’est jamais totale et elle peut toujours être combattue. Nous voyons des défis à l’hégémonie dans la construction de blocs historiques qui affrontent les centres de pouvoir impérialistes et capitalistes. Le Mouvement bolivarien d’Hugo Chávez et l’ALBA sont des exemples réussis d’une contestation de l’hégémonie traditionnelle des élites compradores qui gouvernent la région au bénéfice de forces extérieures.

Silvia Cattori :

Un grand chapitre passionnant et troublant de votre livre est consacré à l’Afrique. L’entrée en guerre de la France au Mali n’a pas dû être une surprise pour vous. La déstabilisation de ce pays affaibli, engendrée par l’intervention de la France en Libye, n’ouvre-t-elle pas une grave crise dans tous les pays du Sahel, de l’Atlantique à la Mer rouge ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Dès le début j’ai soutenu que la division du Soudan, l’intervention française en Côte d’Ivoire soutenue par les États-Unis, et la guerre de l’OTAN en Libye, faisaient partie d’une deuxième « ruée vers l’Afrique ». J’ai expliqué que la guerre en Libye visait à déstabiliser d’autres parties de l’Afrique et aurait un effet d’entraînement sur une large partie de ce continent incluant des pays comme le Niger et le Mali.

Dans mon livre, j’ai examiné le Sahel qui est constitué par les terres intérieures de l’Algérie, du Niger, de la Libye, et du Mali. La guerre de l’OTAN contre la Libye a déclenché une réaction en chaîne, comme une démolition contrôlée, que les États-Unis et leurs alliés utilisent pour contrôler une vaste portion de l’Afrique et de ses ressources. Comme la première « ruée vers l’Afrique » qui a été déclenchée par une crise économique dans les pays industrialisés de l’Europe occidentale, ces événements concernent en fait le contrôle des ressources. Alors que les États-Unis s’impliquaient davantage en Afrique, son gouvernement et le Pentagone se sont mis à parler de plus en plus de l’expansion des facilités dont disposait Al-Qaïda en Afrique et de la manière dont l’armée américaine et ses alliés devaient combattre cette organisation en augmentant leur présence sur le continent africain. En fait, les États-Unis ont constitué en 2011 un budget pour l’actuelle guerre au Mali sous le couvert de la lutte contre Al-Qaïda en Afrique de l’Ouest. Des intérêts stratégiques comme l’obsession grandissante des États-Unis pour le Golfe de Guinée et l’approvisionnement en pétrole en Afrique de l’Ouest sont occultés dans un récit qui nous parle de la lutte contre les groupes terroristes rangés sous le label d’Al-Qaïda. Nous savons d’expérience que l’Empire américain a en fait travaillé avec ces groupes, aussi bien en Libye qu’en Syrie. Et que l’on cherche à pousser hors d’Afrique la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, et d’autres rivaux économiques du bloc occidental, mais on n’en parle pratiquement pas. En lieu et place, on déguise les intérêts des États-Unis et des ses alliés de l’OTAN comme la France, en objectifs altruistes visant à aider des États faibles.

Pour en revenir au Mali. Je n’ai pas été surpris quand le Président François Hollande et son gouvernement ont ordonné aux soldats français d’envahir ce pays. Aussi bien la France que les États-Unis sont très au fait des réserves de gaz et de pétrole au Mali, au Niger, et dans l’ensemble du Sahel. Mon livre traite de ces points et de la création par le gouvernement français, en 1945, d’un Bureau de Recherches Pétrolières dans le but d’extraire le pétrole et le gaz de cette région. Quelques années plus tard, en 1953, Paris a délivré des licences d’exploitation à quatre compagnies françaises en Afrique. En raison de ses craintes, à la fois des empiétements américains et des demandes africaines d’indépendance, Paris a créé l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) pour maintenir son contrôle sur les parties riches en ressources de ses territoires africains qui possèdent du pétrole, du gaz, et de l’uranium. L’uranium a été important pour garantir l’indépendance de la France vis-à-vis de Washington par la création d’une force de dissuasion nucléaire stratégique, en riposte au monopole anglo-américain.

Ce n’est donc pas un hasard si les zones du Sahel que les États-Unis et ses alliés ont désignées comme faisant partie de la zone où Al-Qaïda et les terroristes sont situés correspondent à peu près aux frontières de l’OCRS, riche en énergie et en uranium. En 2002, le Pentagone a commencé d’importantes opérations visant à contrôler l’Afrique de l’Ouest. Cela a eu lieu sous la forme de l’Initiative Pan-Sahel, qui a été lancée par l’US European Command (EUCOM) et l’US Central Command (CENTCOM).

Sous la bannière de ce projet de l’armée américaine, le Pentagone a formé des troupes du Mali, du Tchad, de la Mauritanie, et du Niger. Les plans visant à établir l’Initiative Pan-Sahel remontent toutefois à 2001, lorsque l’Initiative pour l’Afrique a été lancée à la suite des attentats du 11 septembre. Sur la base de l’Initiative Pan-Sahel, la Trans-Saharan Counter-terrorism Initiative (TSCTI) a été lancée en 2005 par le Pentagone sous le commandement du CENTCOM. Le Mali, le Tchad, la Mauritanie, et le Niger ont été rejoints par l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, et la Tunisie. La TSCTI a été transférée en 2008 au commandement de l’AFRICOM récemment activé. Il faut relever que le capitaine Amadou Sanogo, le leader du coup d’État militaire qui a eu lieu au Mali le 21 mars 2012, est l’un des officiers maliens qui ont été formés dans le cadre de ces programmes américains en Afrique de l’Ouest.

L’analyse du coup d’État de 2012 au Mali montre qu’il s’agit d’un acte criminel. Le coup d’État militaire a renversé le Président Amadou Toumani Touré sous prétexte qu’il ne pouvait pas restaurer l’autorité malienne sur le nord du pays. Le Président Amadou était sur le point de quitter son poste et n’avait pas l’intention de rester dans la vie politique, et les élections allaient avoir lieu dans moins de deux mois. Ce coup d’État a essentiellement empêché une élection démocratique d’avoir lieu et l’action du capitaine Sanogo a mis fin au processus démocratique au Mali et a déstabilisé le pays. Sa nouvelle dictature militaire a été reconnue par l’OTAN et par le gouvernement installé en Côte d’Ivoire par les Français. Les États-Unis ont continué à financer le gouvernement militaire du Mali et des délégations militaires et civiles des États-Unis et d’Europe occidentale ont rencontré le régime militaire de Sanogo. Peu après, la France a déclaré qu’elle avait le droit d’intervenir en Afrique partout où ses citoyens et ses intérêts étaient menacés. C’était autant de préliminaires.

Les armes qui sont utilisées au Mali et au Niger aussi bien par les groupes terroristes que par les tribus touaregs sont liées aux actions de l’OTAN en Libye. Plus précisément ces armes viennent des arsenaux libyens pillés, et des armes envoyées en Libye par les Français, les Anglais et les Qataris. L’OTAN a eu un rôle direct dans ce domaine et l’on sait que les Français ont soudoyé les groupes touaregs et ont contribué à les armer et à les financer durant la guerre contre la Libye. Du reste, en Afrique, les Français ont toujours manipulé les Touaregs et les Berbères contre d’autres groupes ethniques à des fins coloniales.

Par ailleurs, les tensions entre le Soudan et le Sud-Soudan sont attisées. La région soudanaise du Darfour et la Somalie sont toujours des points chauds. Tout cela fait partie d’un arc africain de crise qui est utilisé pour restructurer l’Afrique et l’englober dans les frontières du bloc occidental.

Silvia Cattori :

Quand sous l’impulsion du président Sarkozy, après 33 ans de retrait, la France est revenue dans le commandement militaire de l’OTAN, il n’y a eu aucune protestation. N’est-ce pas le signe que les citoyens ignorent, que cette organisation menace l’humanité et que l’appartenance de leur pays à l’OTAN implique sa subordination à la politique étrangère belliciste de Washington et la perte de sa souveraineté ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Je pense que ce que le Président Sarkozy a fait en réintégrant la France dans le commandement militaire de l’OTAN est largement le reflet d’un consensus au sein de la classe politique française. Je sais qu’à Paris de nombreuses voix politiques l’ont critiqué, mais si au sein de la classe politique française l’opposition avait été intransigeante, elle aurait pu faire beaucoup plus que parler. Aujourd’hui, les membres de l’establishment politique français, aussi bien à « gauche » qu’à « droite », se battent entre eux pour savoir qui va le mieux servir les centres impérialistes et capitalistes à Washington et à New York. L’establishment politique français ne fait pas cela parce qu’il est particulièrement pro-américain, mais parce qu’il est au service du système mondial corrompu qui sert lui-même le capitalisme global dont le centre en voie d’affaiblissement est aux États-Unis. Ainsi, nous avons aussi besoin de réévaluer ce qu’est l’anti-américanisme, ou d’où proviennent et ce que représentent en fait les sentiments anti-américains.

De larges segments de l’élite de l’Europe occidentale sont au service de ce système mondial parce que leurs propres intérêts y sont investis et y sont liés. Comme les États-Unis sont en voie d’affaiblissement et en lutte pour maintenir leur primauté mondiale en tant que centre du capitalisme, de la régulation et de l’accumulation capitaliste, ils vont de plus en plus déléguer leurs missions impériales à des pays comme la France. On verra également davantage de compromis entre les États-Unis et des pays alliés comme la France et l’Allemagne. Il s’agit là d’une décentralisation dialectique du pouvoir des États-Unis visant à renforcer l’hégémonie du système mondial et à maintenir l’Empire américain par délégation. Il faut noter que ce système capitaliste mondial est fragmenté en blocs, raison pour laquelle nous voyons des rivalités entre les États-Unis, la Chine et la Russie.

De façon générale, la majorité des citoyens dans de nombreuses sociétés sont de plus en plus passifs vis-à-vis des décisions de leurs gouvernements et de leurs dirigeants. C’est le reflet d’un sentiment croissant d’aliénation, de détachement et d’impuissance qui a transformé les êtres humains en marchandises et en objets. Cela fait partie du resserrement de la « cage d’acier » dont je parlais plus haut, en termes weberiens.

Silvia Cattori :

La France a été au commencement, avec le Qatar, le principal « parrain » de la déstabilisation de la Syrie [3]. La Chine et la Russie ont empêché par leurs vétos l’adoption d’une résolution du Conseil de Sécurité qui aurait autorisé une intervention militaire de l’OTAN comme cela a été le cas en Libye. Mais on peut se demander si les pays de l’OTAN et leurs alliés arabes ne sont pas en train de réaliser leur plan de déstabilisation de la Syrie par d’autres voies ? Et pensez-vous que la Chine et la Russie pourront durablement contenir l’OTAN tant que les pays émergents n’auront pas leur mot à dire et les moyens d’imposer un véritable multilatéralisme au Conseil de Sécurité ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

En premier lieu, il faut voir que les événements en Syrie font partie d’une guerre par procuration menée par les États-Unis, l’OTAN, Israël et les dictatures arabes (comme l’Arabie Saoudite), contre la Chine, la Russie, l’Iran et leurs alliés. Deuxièmement, quand on considère les événements en Syrie d’un point de vue international, on devrait penser à la Guerre civile espagnole qui a éclaté avant la Deuxième guerre mondiale. De même, on peut considérer les événements en Libye et en Afrique, et peut-être les invasions antérieures de l’Afghanistan et de l’Irak, en pensant à l’invasion de la Chine par le Japon ou l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne avant la Deuxième Guerre Mondiale. Cela ne signifie pas que la Syrie ou ces événements soient nécessairement le prélude à une Troisième Guerre Mondiale, mais ils ont le potentiel d’allumer un vaste incendie au niveau mondial — à moins que l’on ne pense que tous ces événements font déjà partie de la Troisième Guerre Mondiale.

Les thèses de Giovanni Arrighi sur les cycles systématiques d’accumulation dans le « système-monde » peuvent nous aider à trouver une base de réflexion. Son travail est important parce que nous pouvons l’utiliser pour lier entre eux, de la Syrie à l’Afrique, les éléments dont nous parlions en termes de « totalité fragmentée » constituant le système mondial. Les cycles d’accumulation étudiés par Arrighi se rapportent à des périodes de temps qui s’étendent sur une centaine d’année ou plus, durant lesquelles le centre du capitalisme dans le système mondial se situe dans un lieu géographique ou un pays donné. Ses thèses sont fortement influencées par les travaux du savant français Fernand Braudel sur l’expansion du capitalisme. Pour Arrighi ces centres d’accumulation ont été les pouvoirs hégémoniques du système mondial en expansion. À la dernière étape de chaque cycle, les capitalistes déplacent leurs capitaux de ces centres dans d’autres endroits et finalement dans le nouveau centre capitaliste qui a émergé. Ainsi, chronologiquement, le pouvoir hégémonique du système mondial a été transféré de la ville-État italienne de Gênes aux Pays-Bas, puis en Grande Bretagne et, finalement, aux États-Unis. Le déplacement géographique du centre du système mondial se produit au cours d’une période de crise, au moins pour les anciens centre capitalistes, et dans un court laps de temps. Nous en arrivons aujourd’hui à la Chine. Ce qui se passe est que le centre du capital est sur le point de sortir des États-Unis. Si l’on suit la tendance soulignée par Arrighi, alors le prochain centre d’accumulation capitaliste du système mondial sera la Chine. Toutefois d’autres scénarios ne sont pas à écarter, comme une direction globale de toutes les principales puissances capitalistes. En me référant aux travaux d’Arrighi, je veux dire ici que nous avons affaire à un système capitaliste mondial qui inclut la Chine et la Russie. Ni les États-Unis ni la Chine ni la Russie ne veulent perturber ce système. Ils sont en compétition pour en devenir le centre d’accumulation capitaliste. C’est pourquoi aucune des parties ne veut une guerre directe. C’est pourquoi les Chinois n’ont pas utilisé la dette étrangère américaine pour dévaster l’économie des États-Unis ; la Chine souhaite voir un transfert ordonné du centre d’accumulation depuis les États-Unis.

La Chine et la Russie ne changeront pas leurs politiques et leurs positions sur la Syrie ou l’Iran, mais elles veulent éviter une guerre qui perturbe le système capitaliste mondial. Bien sûr, les États-Unis essaient de maintenir leur position en tant que centre du système mondial, par la force brute, ou en impliquant leurs alliés et vassaux dans leurs opérations impérialistes, comme au Mali et en Libye.

Silvia Cattori :

Vous consacrez un long chapitre (p 67 à 113) à l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie. Pouvez-vous résumer pour nos lecteurs ce à quoi cette guerre, qui a démembré un pays et généré tant de souffrances, devait aboutir ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Le démantèlement de la République Fédérative Socialiste de Yougoslavie a été une étape importante pour ouvrir les portes d’une expansion vers l’Est de l’OTAN et de l’Union Européenne. Il a ouvert la route pour la marche vers les frontières de la Russie et de l’ex-Union soviétique. L’ex-Yougoslavie était aussi un obstacle majeur vis-à-vis du projet euro-atlantique de l’OTAN et de l’UE en Europe. En outre, la guerre de l’OTAN en Yougoslavie a permis de préparer la logistique des guerres en Afghanistan et en Irak.

Silvia Cattori :

Denis J.Halliday [4] écrit dans la préface de votre ouvrage : « L’OTAN n’amène que la destruction, la pauvreté, l’insécurité et la misère. Elle doit être abolie ». Quand on sait qu’il n’y a aucun mouvement qui s’oppose à la guerre, que des ONG comme Amnesty, HRW, MSF, MDM, prennent le parti de l’ingérence militaire des grandes puissances, comme on l’a vu en ex-Yougoslavie, au Soudan, en Libye, en Syrie, que peut-on suggérer à toute une jeunesse en quête de justice et désireuse d’agir pour un monde meilleur ? Que peuvent faire concrètement les peuples européens contre la machine destructrice de l’OTAN ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Comme je l’ai dit, nous en sommes arrivés à la situation décrite par George Orwell dans son roman “1984”. Amnesty International, Human Rights Watch, et une grande partie des ONG de l’industrie humanitaire sont des outils de l’impérialisme pratiquant les deux poids deux mesures. Les organisations d’aide étrangère sont profondément politiques et politisées. Cela ne signifie pas que tous leurs employés soient de mauvaises gens qui ne veulent pas aider le monde. Bon nombre de leurs employés et des bénévoles sont des gens estimables ; ils ne comprennent pas tous les faits et ils ont de bonnes intentions. Ces gens ont été trompés ou aveuglés par la pensée de groupe institutionnelle. Leurs esprits devraient être débarrassés de tous les préjugés et de la désinformation dont ils ont été nourris ; une véritable tâche de dévouement.

Les citoyens des pays de l’OTAN doivent travailler à se positionner eux-mêmes pour informer leurs sociétés respectives sur l’OTAN et finalement les influencer pour qu’elles se retirent de cette organisation. Cela peut être fait de diverses manières. Mais cela commence par une compréhension de ce qu’est l’OTAN et une connaissance non censurée de son histoire.

Je ne suis pas une autorité morale ou un stratège. Se maintenir soi-même sur la bonne voie est déjà un défi assez difficile, je pense. Je n’ai aucun droit à pontifier sur la façon dont les gens devraient vivre. Je vais toutefois vous dire ce que je pense personnellement. À mon avis, le plus gros problème pour beaucoup de gens est qu’ils veulent changer le monde à une beaucoup trop grande échelle sans s’attaquer aux problèmes immédiats dans leurs propres vies. Je trouve que la meilleure manière de changer le monde est de commencer par de petits pas dans notre vie de tous les jours. Je parle ici d’ « échelle » et pas de « changement graduel » ou de « rythme ». Faire un monde meilleur commence par votre environnement immédiat. Le changement commence avec vous-même et ceux qui vous entourent, tout comme le devrait la charité. Imaginez si la plupart des gens faisaient cela ; le monde serait changé par petites étapes qui aboutiraient collectivement à un changement monumental. Rien de tout cela ne peut non plus se faire sans patience et détermination, et je souligne encore une fois qu’action et connaissance ne devraient pas être séparées. Je ne sais que dire de plus.

Silvia Cattori :

En mettant ensemble les pièces du puzzle vous démontrez magistralement dans votre livre comment ces guerres en série, menées sous des prétextes humanitaires, s’inscrivent dans une stratégie de « destruction créative » conçue par « les néoconservateurs et leurs alliés sionistes », et comment – de la Yougoslavie, à l’Afghanistan, à l’Irak et à la Libye – elles sont toutes liées. Des personnalités de premier plan, comme l’ancien Secrétaire Général Adjoint de l’ONU Denis J. Halliday qui a préfacé votre ouvrage, vous donnent entièrement raison : l’OTAN est bel et bien le principal danger pour la paix du monde. Mais vous savez qu’en Europe, notamment dans les pays où, comme en France, les organisations juives ont une forte emprise sur les politiques et les médias, dénoncer la stratégie des néoconservateurs et de leur allié Israël [5], ou dénoncer les révolutions colorées suffit à vous faire cataloguer comme « théoricien du complot » et à vous écarter du débat. Que peut-on faire à votre avis pour modifier cette désespérante situation ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Mon expérience (au Canada) est différente. On ne m’a jamais qualifié de théoricien du complot. Je pense que la censure des médias et le mépris systématique sont des tactiques clés utilisées contre ceux qui remettent en question le récit dominant ou les opinions énoncées par les forces hégémoniques qui dominent la société. L’objectif visé en diabolisant des personnes ou des groupes sous le qualificatif de « théoriciens du complot » est de les discréditer et de les neutraliser. Cela se produit généralement quand ils ont beaucoup attiré l’attention et quand ils ont aussi quelques idées fausses qui peuvent être ridiculisées et liées à leurs positions. Néanmoins, ceux qui se voient qualifiés de théoriciens du complot ne devraient pas laisser cette accusation les dissuader de maintenir leurs positions et de continuer à s’adresser aux gens. Car la démoralisation fait partie de la tactique utilisée pour réprimer les points de vue et réflexions « dérangeantes ».

Les groupes et les lobbies sionistes ont une présence forte et disproportionnée dans le domaine politique et dans les médias de plusieurs pays, mais il faut reconnaître qu’ils ne sont pas homogènes et qu’ils ne sont pas les seuls facteurs influents ; ils font partie d’un bloc d’intérêts pour qui il est important d’empêcher qu’un discours critique n’ébranle les forces hégémoniques qui dominent aujourd’hui la société. Et les lobbies sionistes ne sont pas tous liés à Israël. Il arrive qu’un groupe sioniste travaille à introduire et à imposer à Israël des projets externes. Les motivations de ces groupes ne sont pas toutes les mêmes, mais elles font partie du programme dominant qui s’est développé en ce que les renommés sociologues Giovanni Arrighi et Immanuel Wallerstein ont appelé « système-monde » [ou « économie-monde »].

À mon humble avis, être entendu est la chose la plus importante. Internet et les réseaux sociaux ont contribué à ce processus. Je pense que, pour être entendu, il est également important de proposer des analyses rigoureuses et bien articulées. C’est une tâche difficile qui doit être accomplie, et qui fait partie d’un processus culturel plus large incluant l’éducation et la rééducation. Modifier les forces hégémoniques dominant la société ne peut se faire qu’en établissant de nouveaux courants de pensée pouvant contester leur hégémonie. La critique ne suffit pas non plus, une alternative et un meilleur programme doit être articulé et proposé. La critique en elle-même est inutile si l’on n’offre pas parallèlement un programme alternatif. Pensée et action doivent également être liées dans un processus pratique.

Silvia Cattori :

Votre livre va-t-il être traduit en français ? A-t-il eu la couverture médiatique lui permettant de toucher un large public ?

Mahdi Darius Nazemroaya :

Mon livre devait être traduit en français en trois volumes par un éditeur en France, mais malheureusement l’accord a fait long feu. En notre temps où la durée d’attention s’amenuise, peu de gens sont intéressés à lire un livre de plus de 400 pages. Très peu d’attention lui a été accordée de la part des grands médias. Il y a plusieurs mois, Le Monde Diplomatique à Paris a contacté mon éditeur aux États-Unis, ainsi que la maison qui le diffuse en Grande Bretagne, pour leur demander l’envoi d’un exemplaire. Je ne sais pas si Le Monde Diplomatique a réellement l’intention de faire une recension d’un livre aussi critique et, très honnêtement, je ne m’en soucie pas vraiment.

Mon ouvrage a eu de bonnes critiques disant que c’est un livre à lire absolument. Il est diffusé dans les universités et les collèges. On en trouve des exemplaires dans les bibliothèques de diverses institutions comme l’Université de Harvard et l’Université de Chicago. Il est référencé à la Haye et dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque du Palais de la Paix aux Pays-Bas qui tient à jour les livres relatifs aux lois internationales. Sur Amazon au Royaume Uni, il est classé comme l’un des meilleurs livres sur l’OTAN et je crois qu’il est en train de prendre un bon départ.

Silvia CATTORI

http://www.silviacattori.net/article4308.html

(*) Mahdi Darius Nazemroaya est un sociologue interdisciplinaire, auteur primé, et analyste politique connu. Il est chercheur au Centre de Recherche sur la Mondialisation à Montréal, collaborateur expert de la Strategic Culture Foundation à Moscou, et membre du Comité Scientifique de la revue de géopolitique Geopolitica, en Italie.

[1] Publié d’abord sous le titre « La mondialisation de l’OTAN » puis sous le titre modifié « La mondialisation de la puissance militaire : l’expansion de l’OTAN » . Cet article a été traduit en de nombreuses langues, y compris en arabe par la chaîne qatari d’information Al-Jazeera.

[2] La « cage d’acier » (ou « cage de fer ») est un concept sociologique introduit par Max Weber qui se réfère à la rationalisation accrue de la vie sociale, en particulier dans les sociétés capitalistes occidentales. Ainsi la « cage d’acier » enferme les individus dans des systèmes fondés uniquement sur l’efficacité, le calcul rationnel et le contrôle.

[3] Voir :
- « Gérard Chaliand dit quelques vérités sur la Syrie » :
http://www.silviacattori.net/article3350.html
- « Syrie : Les victimes de l’opposition armée ignorées » :
http://www.silviacattori.net/article3416.html

[4] L’Irlandais Denis J. Halliday a passé une bonne partie de sa carrière auprès des Nations Unies, impliqué dans des actions d’aide humanitaire. En 1997, il fut nommé Sécrétaire Général Adjoint et Directeur du Programme Humanitaire en Irak. Un an plus tard, après 34 ans de service au sein des Nations Unies, Halliday a annoncé sa démission en raison des sanctions économiques imposées à l’Irak, qu`il a qualifiées de « génocide ». En 2003, il a reçu Le Gandhi International Peace Award. Depuis son départ des Nations Unies, Denis Halliday a participé de manière active dans plusieurs actions contre la guerre et les crimes contre l’humanité. Il est présentement membre de l’Initiative de Kuala Lumpur en vue de « criminaliser la guerre ».

[5] Par exemple, en France l’écrivain Israël Shamir a été accusé en 2003 d’antisémitisme par Olivia Zemor, Nicolas Shahshahani et Dominique Vidal parce qu’il disait qu’Israël et le « lobby juif » aux Etats-Unis avaient joué un rôle prépondérant dans l’entrée en guerre contre l’Irak ; ce qui devait aboutir au renversement du régime de Saddam Hussein (l’un des derniers leaders arabe qui refusait de reconnaitre l’Etat juif d’Israël), à démembrer l’Irak pour assurer la « sécurité d’Israël ».

URL de cet article 19935
http://www.legrandsoir.info/entretien-avec-mahdi-darius-nazemroaya-l-otan-n-amene-que-la-destruction-l-insecurite-et-la-misere-elle-doit-etre-abolie.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 13 avril, 2013 |Pas de commentaires »

LA FRANCE DOIT-ELLE QUITTER L’OTAN ? (Jacques LE DAUPHIN / http://www.recherches-internationales.fr/)

La France doit-elle quitter l’OTAN ?
LA FRANCE DOIT-ELLE QUITTER L'OTAN ? (Jacques LE DAUPHIN / http://www.recherches-internationales.fr/) dans REFLEXIONS PERSONNELLES otan
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Jacques LE DAUPHIN

La publication par le Monde Diplomatique d’un échange ouvert entre Régis Debray, écrivain et philosophe, et Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires Etrangères, est très stimulante pour la réflexion. C’est une vive incitation à s’inscrire dans le dialogue entrepris. Le point d’orgue de l’échange est le rapport remis le 14 novembre 2012, par Hubert Védrine, au Président François Hollande, concernant en particulier les conséquences du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, l’avenir de la relation transatlantique, et les perspectives de l’Europe de la défense. Dans son analyse Hubert Védrine se prononce pour le maintien du retour complet de la France dans cet organisme, car il pense que cette disposition n’empêche nullement notre pays de continuer à plaider en faveur d’une Europe de la défense dans le cadre de l’Union Européenne. Cette idée était pourtant controversée, lorsque Nicolas Sarkozy la prônait. Cependant une telle posture occulte totalement la contradiction, révélée par l’expérience, entre les deux démarches. Car si l’Europe de la défense s’avère dans les faits inexistante aujourd’hui, ce n’est pas principalement par l’attachement des pays à leur souveraineté nationale, mais par leur soutien indéfectible à l’OTAN. Un soutien qui tend à faire de l’OTAN la garantie ultime de la sécurité.

De vaines tentatives de structurer une véritable défense européenne

Un document intitulé « une Europe sûre pour un monde meilleur » fut adopté en 2003 par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne. La Politique Etrangère de Sécurité et de Défense (PESD) qui s’y rattache s’est dotée d’objectifs capacitaires et d’outils militaires, comme une force d’intervention rapide, mais pouvant s’intégrer sans difficulté à l’OTAN. La PESD a aussi enclenché des opérations militaires, mais n’engageant qu’une partie des Etats européens, pour des ambitions limitées, centrées sur la gestion des crises, des missions dites de Petersberg, lesquelles ne relevaient pas de la sécurité collective toujours assignée à l’OTAN. Il reste que la PESD est un chantier, inabouti.

Des contradictions notables sont à la base de cet échec. Des positions extrêmes se sont manifestées, telles celles de la France se positionnant pour une Europe influente, voire puissante, celle du Royaume-Uni, militant pour un statut subordonné à l’OTAN. Comme on peut s’en douter les Etats-Unis n’ont pas manqué d’exercer leur pression, en invoquant, notamment à l’appui, une « duplication inutile des forces armées ». Les sommets de l’Union Européenne, ont, il est vrai, évoqué la PESD, mais dans des formules le plus souvent alambiquées, d’autant que la position britannique gagnait du terrain, et que les nouveaux venus, au sein de l’Union, étaient hostiles à tout découplage avec les Etats-Unis. En résumé, une grande majorité de pays, ne voyaient pas l’intérêt de promouvoir une structure supplémentaire à celle, dont, il convient de le rappeler, 21 d’entre eux sont membres, accroissant leur contribution dans le domaine militaire. Au plus, on trouvait l’idée, au demeurant utopique, d’un rééquilibrage euro-américain dans la direction Atlantique. Ainsi si la défense européenne était évoquée, c’était pour la placer sous « couverture atlantique ». Cette situation perdure, et l’on peut penser que le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, sera interprété par les autres pays comme un recul sur ses positions initiales. Elle rejoint le peloton.

Après le sommet de l’OTAN à Chicago en 2012

Le concept stratégique, adopté par le sommet de Chicago, vise à renforcer encore l’intégration des Etats européens dans l’OTAN. Comme le souligne fort justement Régis Debray dans sa lettre, « c’est le leader qui intègre » à savoir les États-Unis. Comment cela est- il ressenti par les Européens ?

La conférence de Munich sur la sécurité, des 2 et 3 février 2013, peut laisser penser à un certain alignement. En effet comment interpréter le silence des représentants européens lors de l’intervention musclé du vice-président américain, Joseph Briden, qui a tenu à évoquer la volonté américaine d’être une puissance mondiale, susceptible d’intervenir militairement dans des régions géo-stratégiquement importantes du monde ». Une démarche a-t-il indiqué qui requiert une « approche globale comportant une gamme complète d’outils, dont des moyens militaires ». A ce sujet, il a précisé « l’OTAN aide à faire des Etats-Unis cette puissance ».

Les 21 et 22 février 2013, s’est tenue à Bruxelles une réunion des Ministres de la Défense des pays de l’OTAN. Ces derniers étaient invités à progresser dans l’amélioration des capacités alliées et dans leur interopérabilité. Le concept stratégique détermine, dans les grandes lignes, la nature et le volume des capacités attendues de l’Alliance et fixe les priorités, donnant ainsi les orientations qui présideront à l’acquisition d’armements et à la planification de défense.

La « smart defence (défense intelligente) », consiste à concevoir une nouvelle manière d’aborder la création de capacités pour une « défense moderne, dont l’Alliance aura besoin ces prochaines années ». Cela englobe une vaste gamme d’activités, dans lesquelles les pays sont invités à contribuer « en partenariat ».

Ainsi lors de leur discussion, les 29 ministres de la défense des pays de l’OTAN ont approuvé des objectifs visant des entraînements et des exercices plus ambitieux, afin de développer encore l’interopérabilité au sein de l’Alliance. Dans cet esprit est projeté pour 2015 un exercice réel de grande ampleur et un programme complet d’entraînement et d’exercices pour la période 2015- 2020. Il a été précisé que la force de réaction de l’OTAN devrait être au cœur de cette initiative. En résumé chacun des pays est invité à apporter sa contribution à l’effort commun, fournir des supplétifs requis sur des théâtres choisis par d’autres, supprimer les duplications dans les programmes d’équipements, afin de les conformer à un standard établi. Un vaste programme retenu, dont le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, dans ses conclusions s’est félicité. Comment les 21 ministres de la défense des pays de l’Union Européenne ont-ils apprécié ces dispositions ? Aucune information n’a filtré. Le Ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, ne s’est pas publiquement exprimé.

Comment interpréter la création d’un axe, associant, Paris, Berlin, Varsovie, Budapest, Prague, Bratislava, annoncé par François Hollande, le 6 mars 2013, à Varsovie ? Ces capitales expriment la volonté d’avancer sur un dossier institutionnel, comme un état-major permanent et sur la mise en commun des moyens militaires. Est-ce une relance de la défense européenne ? Et en tel cas quels seraient ses liens avec l’OTAN ?

OTAN un obstacle à lever

Du bilan actuel, rapidement esquissé on peine à envisager la construction d’une défense européenne autonome, respectueuse des spécificités nationales ? L’organisation atlantique apparaît clairement comme un obstacle incontournable. Il convient de le lever, dans l’intérêt de la France, des Européens, du monde en général. A ce sujet lors des travaux d’un colloque de la Fondation Respublica en 2009, Gabriel Robin, ambassadeur de France, représentant auprès de l’OTAN de 1987 à 1993 déclarait « l’OTAN pollue le paysage international dans toutes les dimensions. Elle complique la construction de l’Europe. Elle complique les rapports avec l’OSCE. Elle complique les rapports avec la Russie. Elle complique même le fonctionnement du système international … L’OTAN ne se conforme pas au Droit International », pour conclure « je ne vois pas très bien ce qu’un pays comme la France peut espérer de cette organisation, car elle est inutile et nuisible, sinon la voir disparaître ».

C’est un constat d’expert. Donc, convient-il de remettre en cause l’appartenance de la France dans l’OTAN, certes elle serait isolée des autres pays européens pour lesquels la démarche semblera aventuriste. Donc ce ne sera pas une revendication commune au niveau des Etats, bien que comme les sondages le montrent, elle existe au niveau des opinions. Néanmoins, la France doit s’y engager. En décembre 2013 se tiendra un sommet spécial des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’Union Européenne, pour déterminer, indique-t-on, les ambitions des 27 dans le domaine de la politique de sécurité et de défense. C’est une occasion pour les opinions d’influer sur le débat.

Jacques LE DAUPHIN
Directeur de l’Institut de Documentation et de Recherche sur la Paix

Recherches Internationales
6, av. Mathurin Moreau ; 75167 Paris Cedex 19
Site : http://www.recherches-internationales.fr/
Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 avril, 2013 |Pas de commentaires »

DIX ANS APRES L’INVASION ILLEGALE: QUE RESTE-T-IL DE L’IRAK ? (Chems Eddine CHITOUR / www.legrandsoir.info)

Dix ans après l’invasion illégale :

DIX ANS APRES L'INVASION ILLEGALE: QUE RESTE-T-IL DE L'IRAK ? (Chems Eddine CHITOUR / www.legrandsoir.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES irak4

Que reste-t-il de l’Irak ?

(Chems Eddine CHITOUR)

Jeudi 21 mars 2013

« Je pense que l’on ne peut mettre en doute les faits qui nous ont conduits à ce vote fatal. Saddam Hussein est un tyran qui a torturé et tué son peuple… Les rapports des services d’intelligence prouvent que Saddam Hussein a reconstruit son stock d’armes chimiques et biologiques, ainsi que sa capacité de lancement de missiles et son programme nucléaire. Il a aussi offert aide, protection et refuge aux terroristes et à ceux d’Al-Qaîda. »
(Sénatrice Hillary Clinton, 10/10/02).

Voilà un exemple de positions politiques qui ont légitimé l’invasion de l’Irak de 2003. La deuxième guerre d’Irak, parfois connue sous le nom de troisième guerre du Golfe, a commencé le 20 mars 2003 avec l’invasion de l’Irak (dite « opération Iraqi Freedom ») par la coalition menée par les États-Unis contre le parti Baas de Saddam Hussein et s’est terminée le 18 décembre 2011 avec le retrait des dernières troupes américaines. L’invasion a conduit à la défaite rapide de l’armée irakienne, à la capture et l’exécution de Saddam Hussein et à la mise en place d’un nouveau gouvernement. Le conflit ne s’est donc achevé de manière effective que le 18 décembre 2011 avec le retrait du dernier soldat américain du pays mais la violence continue. Cette guerre aura duré 3207 jours, soit huit ans et neuf mois.(1)

Il ne faut pas penser que tout le monde était d’accord pour l’invasion programmée bien avant l’attaque des Twin Towers. « Ce 2 octobre 2002, écrit Denis Kucinich membre du Parti Démocrate, l’un des rares opposants à l’aventure irakienne de Bush le jour où la loi sur l’Irak fut introduite, j’avais envoyé et distribué personnellement un mémo à mes collègues du Congrès réfutant, point par point, les allégations fournies par l’administration Bush pour aller en guerre. Le lendemain, j’ai organisé une conférence de presse avec 25 membres du Congrès, réfutant à nouveau les mensonges sur les causes de cette guerre. Il était prouvé, à cette époque déjà, que l’Irak ne possédait pas d’armes de destruction massive, qu’il n’avait aucun lien avec le 11 septembre et qu’il n’était pas non plus une menace pour les États-Unis. Quiconque s’y intéressait pouvait obtenir les mêmes informations que celles que j’avais. » (2)

« Il y a dix ans, poursuit Denis Kucinich, le Congrès a voté pour entrer en guerre contre un pays qui ne nous avait pas attaqués. Cette décision a fragilisé notre sécurité nationale et financière. Des milliers d’Américains et peut-être un million d’Irakiens ont été sacrifiés pour ces mensonges. La guerre en Afghanistan se poursuit et de nouvelles guerres se sont répandues au Pakistan, au Yémen et en Somalie selon le concept indéfini de « guerre contre le terrorisme. » Cet état d’esprit nous entraîne sur le bord d’une guerre avec l’Iran. Dix ans plus tard, alors que des milliards de milliards de dollars se sont envolés, le peuple américain dans son ensemble ignore toujours ce qui s’est passé. Il est temps d’ouvrir une ère de vérité et de réconciliation. » (2)

Le bilan à 2013 d’un pays en miettes

En janvier 2012, Iraq Body Count, qui fonde son analyse sur des données publiées dans les médias estime que 105 052 à 114.731 civils irakiens sont morts dans les violences, constituées essentiellement d’attentats, et au moins 250.000 civils irakiens auraient été blessés auxquels il faut ajouter 4488 morts et 32.230 blessés dans les rangs étatsuniens (4 806 morts pour l’ensemble des troupes de la coalition et plus de 36.000 blessés), les morts des sociétés militaires privées et parmi les combattants irakiens (armée irakienne et insurgés). Toutefois, la limite de cette méthode de comptabilisation réside dans le fait que les journalistes ne peuvent raisonnablement pas observer, ni recouper entre eux, la totalité des morts durant une guerre aussi longue et se déroulant sur un grand territoire. Plusieurs études donnent des fourchettes beaucoup plus élevées. Parmi elles, la revue scientifique The Lancet a, dans une seconde étude publiée le 11 octobre 2006, estimé que le nombre de morts liés à la guerre était situé entre 426.369 et 793.663, tandis que l’Institut Britannique Indépendant ORB a estimé dans une publication du 28 janvier 2008 sur la base d’une étude épidémiologique, que le nombre de morts était compris entre 733.158 et 1.446.063. La guerre a provoqué l’exode d’au moins deux millions d’Irakiens, réfugiés à l’étranger depuis 2003 (principalement en Syrie et en Jordanie, mais également en Europe et aux États-Unis). L’organisation National Priorities Project estime à plus de 810 milliards de dollars le coût de la guerre (1)

Les informations sont contradictoires et dépendent de la source. Ainsi selon une dépêche de l’AFP de janvier 2012, environ 162.000 personnes, essentiellement des civils, ont péri de mort violente en Irak depuis l’invasion étatsunienne de mars 2003, et le pays reste pris dans un ´´conflit de basse intensité´´ qui va continuer à faire de nombreuses victimes, estime une ONG. Ce bilan, publié deux semaines après la fin du retrait de l’armée américaine d’Irak par Iraq Body Count (IBC), une ONG basée en Grande-Bretagne, fait également état de plus de 4000 morts civils pour la seule année 2011. De mars 2003, date de l’invasion américaine en Irak au départ fin 2011 des derniers GI’s, 162.000 personnes ont été tuées dans le pays selon un bilan établi par IBC en croisant ses propres statistiques (consacrées aux civils) avec celles des autorités irakiennes, les pertes américaines ainsi que des données révélées par le site WikiLeaks (Iraq War Logs). IBC indique que WikiLeaks a ainsi révélé l’existence de milliers de décès de civils dont elle n’avait pas eu connaissance au moment des faits. Sur les 162.000 tués recensés, « 79% étaient des civils ».

Ce que nous retiendrons de la démocratie aéroportée

Quelques faits d’armes : l’horreur de Abou Ghraib passée pour perte et profit et l’alignement servil des médias aux ordres comme montré dans l’affaire Jessica Lynch. Cette soldate noire soit-disant « délivrée » par les GIs selon un scénario à « la chute du Faucon noir », était blessée par des tirs amis et recueillie par un chirurgien irakien qui a sauvé la vie de cette soldate en remuant ciel et terre pour lui trouver du sang « O » mettant à contribution un parent à lui qui avait le même groupe. Ainsi, la libération de la militaire Jessica Lynch d’un hôpital irakien, a été présentée comme une opération de sauvetage à haut risque. Dans une entrevue au magazine Time, Jessica elle-même reconnaît que toute l’opération menée contre l’hôpital avait été une mise en scène.

Quelques faits ont aussi retenu notre attention. La pendaison en direct de Saddam Hussein qui a donné au monde une leçon de courage jusqu’à ces derniers instants. Un deuxième fait est celui du journaliste irakien qui a jeté sa chaussure à la face de Bush. Ce fut un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour la dignité humaine.

L’Irak actuel

Cette guerre est à ce jour l’unique mise en œuvre du concept de guerre préventive développé par l’administration Bush pour parer à la menace des armes de destruction massive dont cette dernière affirmait à tort détenir la preuve dans un rapport présenté au Conseil de Sécurité de l’ONU le 12 septembre 2002. Formation de facto d’un État indépendant au Kurdistan car depuis bien longtemps les Kurdes d’Irak, tout comme ceux de Turquie, de Syrie et d’Iran, veulent créer un État kurde unifié et indépendant, et ont engagé des luttes armées pour y parvenir, luttes qui ont été en particulier durement réprimées par la Turquie et par le régime de Saddam Hussein.

Les raffineries de pétrole sont sous le contrôle des forces spéciales et des armées américaines et britanniques. Les dommages aux infrastructures civiles sont énormes et mettront du temps à être résorbés : les services de santé ont été pillés, les équipements détruits. C’est le cas aussi des routes, des centrales électriques. Les hôpitaux sont surchargés et les médecins manquent cruellement. C’est véritablement l’âge de pierre promis par George Bush père.

De nombreux centres historiques ont été détruits par les bombardements américains, les combats et les pillages. Le Musée National d’Irak a été pillé au moment de l’entrée des troupes américaines dans Bagdad. Tout ce qui représente Saddam ou son régime a été saccagé par les populations chiites et kurdes. C’est la fin de la paix religieuse permise par le régime laïc du parti Baas de Saddam Hussein. La résurgence des anciens conflits religieux entre chiites et sunnites pour la prise du pouvoir et l’installation d’un régime religieux, après la chute de Saddam.

Par ailleurs, il y a une augmentation de l’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otages), à la suite de la désorganisation totale des différents services publics. Les assassinats de nombreux chefs religieux chiites sont nombreux, il en est de même des assassinats de chrétiens autrefois protégés par le régime laïc de Saddam Hussein. Enfin, l’exode vers l’étranger de centaines de milliers d’Irakiens vide de sa substance culturelle scientifique et technique ce pays.

Pour rappel, l’Irak avait un système éducatif et de recherche performant. Le niveau de développement était de loin le plus important du Monde arabe. Les infrastructures étaient développées et un célèbre dicton permet de situer le niveau intellectuel héritier de « Dar El Hikma » « La Maison de la Sagesse ». « Les livres étaient rédigés en Egypte, imprimés à Beyrouth et lus en Irak », le taux d’analphabétisme en Irak était le plus bas du Monde arabe, ce pays constituait un danger pour le « monde libre et civilisé ».

La première guerre du Golfe fut alimentée on le sait, par l’Occident, en armements à Saddam, notamment français et américains, et financièrement ce sont les roitelets du Golfe qui furent mis à contribution. Huit ans plus tard, fin des combats pour rien. L’empire soviétique s’effondrait, grâce aux coups de boutoir des moudjahidine commandés par le meilleur allié de l’Occident, Oussama Ben Laden.

Lors de la deuxième guerre du Golfe de 1991, qui, rappelons-le, s’est faite sur un malentendu, Saddam Hussein avait reçu l’ambassadrice Glapsie et l’avait informée des problèmes qu’il avait avec le Koweït – 19e province de l’Irak avant la Première Guerre Mondiale. Celle-ci lui aurait dit que les États-Unis ne se sentaient pas concernés par ce problème. Ce fut une erreur tragique de Saddam Hussein : en envahissant le Koweït le 2 août 1990, il a donné le feu vert à la première invasion de l’Irak. Douze ans après son père, George Bush envahit l’Irak en mars 2003, sans résolution des Nations unies.

Résultat des courses : après la guerre il y eut 12 ans d’embargo et, dans le programme « Pétrole contre nourriture », beaucoup d’hommes politiques en ont profité. Cet embargo s’est soldé par la mort de 500.000 enfants irakiens des suites de la maladie et de la malnutrition : « Ce n’est pas cher si c’est le prix à payer pour faire partir Saddam », disait Madeleine Albright secrétaire d’État de Bill Clinton. Les dommages aux infrastructures civiles sont immenses : les services de santé son pillés. Il y a eu une détérioration des canalisations d’eau et la dégradation des bassins hydrographiques du Tigre et de l’Euphrate. Il y a de plus, augmentation de l’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otage), suite à la désorganisation totale des différents services publics. De nombreux centres historiques ont été détruits par les bombardements américains, les combats et les pillages. Le Musée National d’Irak a été pillé.

Y- aura-t-il d’autres Irak ?

On peut s’interroger si après le désastre irakien, les Américains seront tentés par une autre aventure que celle de formater le monde. Pour le Christian Science Monitor qui rapporte le nouveau format des guerres américaines, on parle de nouvelles guerres : « On les appelle les interventions militaires « transhorizon » ou à distance : l’usage de drones ou de missiles lancés à partir de bâtiments de combat en vue d’éliminer des cibles humaines dans un pays étranger sans avoir à envoyer de soldats sur le terrain. » (3)

Avec élégance, Badia Bendjelloun résume le drame du Proche-Orient:

« On peut, écrit-elle, verser parmi les autres bienfaits du remodelage du Proche et Moyen-Orient, les enfants nés avec des malformations congénitales avec une fréquence anormalement élevée lorsque leurs parents ont été exposés à l’uranium « appauvri », Cette guerre, ses effets rémanents adverses, en particulier un million de veuves (de guerre) vivent dans le plus grand dénuement avec toute une génération montante d’enfants orphelins, sont actuellement hors champ médiatique.

La séquelle peut-être la plus douloureuse pour la nation irakienne est cette Constitution rédigée par des avocats de New York qui consacre le principe de l’éclatement du pays en trois zones ethniques et confessionnelles avec autonomie politique et économique, singulièrement sur les ressources énergétiques. (…) Pas un jour ne se déroule sans qu’un attentat – d’origine sectaire ou non, rappelant étrangement les années noires qu’a vécues l’Algérie juste après 1991 dans une coïncidence chronologique curieuse – ne fasse plusieurs dizaines de morts ».(4)

« (..) Dès les premiers mois de l’occupation de l’Irak, la menace sur la Syrie s’est exprimée d’abord sous la forme de la résolution 1559 négociée entre la France par la voix de son ambassadeur Jean-David Lévite et les USA avec son homologue pour le Moyen-Orient, Elliot Abrams. (…) À l’automne 2003, de nouvelles sanctions américaines sont prises à l’encontre de la Syrie au titre du « Syrian Accountability Act ». (4)

« Les USA, conclut l’auteur, utilisent leurs laquais, le Qatar et les Saoudiens pour l’argent frais, la France et le Royaume-Uni pour la logistique des conflits qu’ils se contentent d’arbitrer de loin. La destruction de la Syrie va être lente, mais elle est sûre. La fragmentation des Nations ne concerne pas seulement la nation arabe ou les pays musulmans ou africains quoique ces derniers paient en ce moment un lourd tribu à cette dilacération soutenue. Soudan, Sahara occidental, Somalie et Irak. L’effacement de la question palestinienne est en cours, le personnage affublé du titre de Président (à vie ?) de l’Autorité palestinienne est là pour percevoir son salaire de l’UE qui finance la judéisation inexorable de la Cisjordanie. Ghaza redeviendra sans doute une petite province de l’Égypte. » (4)

L’Irak une des plus brillantes civilisations que l’humanité ait connues sombre dans un chaos qui, à moins d’un miracle, semble être parti pour longtemps. Tout ceci pour une mainmise sur des matières premières et imposer Israël comme « rempart contre la barbarie » selon la prophétie formulée par Théodore Herzl. Ainsi va le monde.

Chems Eddine CHITOUR

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 28 mars, 2013 |Pas de commentaires »

MALI: LE SOUTIEN TACITE DE LA FRANCE AUX SEPARATISTES AU MALI SUSCITE COLERE ET ACCUSATIONS DE TRAHISON (Peter TINTI / http://mounadil.wordpress.com/)

La France a-t-elle trahi le Mali?

L’armée française devrait commencer à se retirer du MALI dès le mois prochain puisque la souveraineté de ce pays sera très bientôt quasi-rétablie, si on en croit M. François HOLLANDE qui s’est exprimé sur cette question devant ceux à qui il doit rendre compte chaque année.
C’est que la mission serait alors accomplie.

Reste à savoir de quelle mission il s’agit : restaurer l’intégrité territoriale malienne ou agir dans le sens des «intérêts de la France.»

Parce que, contrairement à ceux dont parlent les Beatles dans une de leurs chansons, ce ne sont pas forcément des mots qui vont très bien ensemble.

Et c’est en tout cas une opinion de plus en plus répandue au Mali où l’on s’interroge sérieusement sur les manigances de l’ancienne puissance coloniale que d’aucuns accusent d’encourager une partition de facto du pays.

Une telle partition du MALI pourrait être le prélude de bouleversements similaires dans d’autres pays de la région, dont l’ALGERIE.

Un scénario lourd de dangers que n’hésite pas à envisager Mohamed-Chafik Mesbah, un ancien officier de l’armée algérienne :

« La situation actuelle dans le Sud de l’ALGERIE ne laisse rien présager de bon d’après l’ancien officier, qui craint que cette région ne vienne à bout des forces sécuritaires régionales. Il s’est également inquiété de l’intervention des puissances étrangères dans ces conflits africains, et va imaginer un scénario très pessimiste dans lequel l’ALGERIE serait soumise aux décisions des autres pays occidentaux et où elle ne pourrait plus exercer sa souveraineté nationale, dans la région du sud, et pourrait avoir comme conséquence la division du nord et du sud du pays. Un dessein de longue date, d’après Mohamed-Chafik Mesbah. « L’idée de diviser le pays et de ne libérer que sa partie nord, tout en continuant à occuper et à exploiter les champs pétrolifères et les autres richesses naturelles, remonte à la période de la guerre d’Indépendance », a-t-il affirmé. 

Si on en lit le portrait que Mohamed Sifaoui, le même qui pense que le régime sioniste est une démocratie, fait de Mohamed-Chafik Mesbah, on peut retirer au moins la certitude que les réflexions de cet ancien du DRS reflètent bien les préoccupations d’une partie des élites politiques et militaires du pays. 

Et comme le remarque le blogueur El Erg Echergui (apparemment dans la veine du MAOL) qui réagit aussi à des propos de M. Mesbah, le régime algérien n’est pas pour rien dans les risques de fragmentation de la nation, comme d’ailleurs il n’a pas été pour rien dans le long processus de déstabilisation de la région. 

Quoi qu’il en soit, l’écrasement de l’IRAK, la partition du SOUDAN, la pseudo révolution libyenne et l’anarchie qui s’est saisie de ce pays ainsi que la destruction en cours de la SYRIE incitent à ne pas écarter d’un revers de main les risques pour l’intégrité et l’unité territoriales de l’Etat algérien.

Et au MALI, ce sont d’abord les Maliens qui ont trahi. La France est par contre fidèle à ce qu’elle estime être l’intérêt de sa politique africaine et de ses grandes entreprises.

Le soutien tacite de la France aux séparatistes au

 MALI suscite colère et accusations de trahison

MALI: LE SOUTIEN TACITE DE LA FRANCE AUX SEPARATISTES AU MALI SUSCITE COLERE ET ACCUSATIONS DE TRAHISON (Peter TINTI / http://mounadil.wordpress.com/) dans REFLEXIONS PERSONNELLES mali

Un convoi de l’armée française se dirige vers Gao, sur la route en provenance de Gossi, le 7 février 2013. (AFP PHOTO / Pascal GUYOT) 

(Peter TINTI, Christian Science Monitor (USA) 20 mars 2013)

(Traduit de l’anglais par Djazaïri)

La montée à nouveau en puissance  du Mouvement National [Targui] de Libération de l’Azawad suscite colère et interrogations chez les maliens quant au rôle de l’Europe et à son engagement à leurs sécurité et unité.

Gao, MALI - 

Avec la baisse en intensité de la guerre pour éliminer les rebelles islamiques du MALI, un sentiment de frustration se fait jour au sujet d’une armée française perçue le plus souvent maintenant comme ayant pris parti pour une faction ethnique controversée qui avait auparavant coopéré avec al Qaïda.

Dans les villes de Gao et Tombouctou d’où les Français ont expulsé en janvier 2013 des groupes d’extrémistes, la colère monte par rapport au fait que les Français s’accommodent d’une autre organisation séparatrice, le Mouvement National [Targui] de Libération de l’Azawad, ou MNLA.

Ces derniers jours, les séparatistes du MNLA, en majorité d’ethnie targuie, et qui il y a un an s’étaient emparés par la force du nord du pays et avaient collaboré récemment avec les extrémistes islamiques, ont commencé à exercer une autorité et revendiquent pouvoir et argent.

Des  documents de type officiel, par exemple, qui demandent aux véhicules et aux automobilistes qui entrent et sortent de la région nordique de Kidal de payer une taxe, sont un exemple parmi d’autres. Les documents sont cachetés avec un sceau marqué de la mention «Etat de l’Azawad», le logo du MNLA.

De nouvelles révélations sur la mise en place par le MNLA d’une administration parallèle sous les auspices de la FRANCE ont provoqué l’indignation, non seulement localement mais dans tout le MALI.

“Le MNLA a bénéficié de l’intervention plus que n’importe quelle autre organisation,” affirme Abba Maiga, un habitant de Gao. «Alors maintenant, je demande si la FRANCE est intervenue pour sauver le MALI ou si elle est intervenue pour sauver le MNLA ?»

Beaucoup de Maliens se demandent si la FRANCE a vraiment la volonté de restaurer l’intégrité territoriale du MALI. Et tandis que la FRANCE et ses alliés africains ont considérablement progressé dans l’expulsion des rebelles islamistes de leurs bastions, le fait demeure que la question du séparatisme targui reste une des graves pommes de discorde qui ont été à la racine de la plongée du MALI dans le chaos.

M. Maiga, a vécu à Gao au moment où elle avait été occupée par le MNLA puis quand la ville est passée sous le contrôle d’organisations de rebelles islamistes qui ont été récemment chassées par les forces sous commandement français, explique que l’intervention française l’avait rendu d’abord fou de joie.

Mais aujourd’hui, il s’interroge sur les motivations derrière l’intervention. «Je ne leur fais plus confiance [aux Français]. Ils nous ont trahis,» dit-il.

Collaboration, pas confrontation

Le MNLA a fondu sur Kidal le mois dernier après que les rebelles, liés à al Qaïda, eurent abandonné la ville au lendemain des bombardements français. Depuis lors, le MNLA a mis en place des checkpoints et a averti la FRANCE et ses alliés africains que l’armée malienne n’est pas la bienvenue et sera traitée en ennemie.

mali

Pour l’instant, la FRANCE semble préférer collaborer avec le MNLA et se concentrer sur l’expulsion des rebelles de leurs bastions montagneux, plutôt qu’aider l’armée malienne à reprendre le territoire initialement tombé entre les mais du MNLA l’année dernière.

Et alors que la FRANCE soutient l’armée malienne dans sa volonté de consolider son contrôle sur les régions de Gao et Tombouctou, des indices de plus en plus nombreux indiquent qu’elle fait la même chose avec le MNLA à Kidal.

Des automobilistes qui se sont rendus récemment dans la région affirment que le MNLA  fait payer entre 60 et 80 dollars de taxe pour entrer dans la région et entre 80 et 200 dollars de plus pour accéder à la ville de Kidal. La même taxation s’applique quand on sort de Kidal.

Le formulaire du MNLA remis aux automobilistes montre l’exercice d’une autorité administrative: le document est bilingue arabe-français et porte un entête où on lit, «Etat de l’Azawad : Unité, Liberté, Sécurité,» l’identité du chauffeur, le type du véhicule, le nom propriétaire du véhicule et divers numéros d’immatriculation doivent être renseignés.

Au bas du formulaire, un cachet représente une carte avec les frontières revendiquées pour un Azawad indépendant qui comprend les régions de Gao et Tombouctou.

“Ils [les Français] disaient que leur objectif était de combattre les islamistes et de restaurer l’intégrité territorial du MALI, mais maintenant ils aident les séparatistes,” déclare un élu municipal de Gao qui a souhaité garder l’anonymat. «Ils travaillent avec les terroristes !» clame-t-il en montrant le formulaire en question.

Des habitants de Gao craignent que l’argent obtenu avec les taxes de transit serve à financer une autre rébellion séparatiste ; le MNLA prétend qu’après les attentats suicides commis dans la ville et ses alentours, ces papiers et la taxation sont  nécessaires pour le maintien de la sécurité.

«Tous les véhicules à l’intérieur du territoire contrôlé par le MNLA doivent avoir ce document,» a déclaré à Reuters à Paris Moussa Ag Assarid, représentant en Europe du MNLA. «De la sorte, nous pouvons distinguer les terroristes et les trafiquants de drogue des chauffeurs ordinaires.»

Les liens antérieurs avec les islamistes

Le MNLA avait une première fois pris le contrôle du Nord MALI alors qu’il combattait aux côtés des rebelles islamistes – dont certains sont liés à al Qaïda – pour chasser l’armée malienne d’une immense étendue désertique à peu près de la taille du Texas.

Mais les séparatistes [Touareg] avaient vite été dominés – militairement et politiquement – par leurs alliés de circonstance et avaient été chassés des grandes villes et agglomérations de la région.

Mais pour la plupart des habitants de Gao – la plus grande ville du Nord MALI avec environ 85 000 habitants – la brève domination du MNLA était associée aux pillages systématiques, aux violations des Droits de l’Homme et perçue comme ayant permis la prise de contrôle par les islamistes.

Le MNLA prétend qu’on ne peut pas faire confiance à l’armée malienne à Kidal, évoquant l’histoire d’abus par le passé ainsi que des allégations sur de plus récentes exécutions extrajudiciaires de Touareg et d’Arabes par les forces maliennes.

Le président par intérim du MALI, Dioncounda Traoré, a annoncé être ouvert à des négociations avec le MNLA pour peu qu’il renonce à ses appels à l’indépendance. De son côté, le MNLA a indiqué être prêt à accepter une forme négociée d’autonomie, mais a refusé de déposer les armes avant de discuter.

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 24 mars, 2013 |Pas de commentaires »

SYRIE: L’EXASPERATION RUSSE (Bluerider)

SYRIE:

SYRIE: L'EXASPERATION RUSSE (Bluerider) dans REFLEXIONS PERSONNELLES syrie2

L’exaspération russe

(BLUERIDER)
À l’heure de la réunion du sommet de Bruxelles où François Hollande n’a de cesse de vouloir embarquer l’Europe dans une équipée néo-coloniale gazière de plus, voici un point de vue détaillé sur la colère russe face aux manoeuvres hors Droit International de l’Angleterre et de la France sur la question syrienne.

Dans mes précédentes traductions et contributions, j’ai certes focalisé l’attention sur le gisement de gaz Leviathan découvert en face de Gaza, dont la poche nord-est récemment découverte, est accessible sous le sol syrien, mais il y a aussi la concurrence entre pays producteurs au niveau de l’acheminement du gaz actuellement exploité en IRAN qui concurrence le Qatar. Là aussi, la Syrie est au cœur du débat, et l’Exécutif du Président Assad apparait bien isolé financièrement et économiquement au milieu de la diaspora occidentaliste et de sa cupidité énergétique sans bornes. Les nuées de mercenaires jihadistes apatrides et incontrôlables qui se réclament de la gentille ASL toujours sans chef adoubé ni même déclaré depuis 2 ans – on se demande bien pourquoi n’est-ce-pas – n’ont pas intérêt à cesser le combat, puisqu’ils sont au cœur de l’enjeu occidentaliste, et prêts à toutes les enchères qui ne manquent pas de gonfler les poches des plus malins avec des promesses et des billets verts, quitte à déserter pour quelque chose.

Si comme moi vous accumulez les lectures attentives de toutes les conditions géopolitiques de ce conflit, vous ne pouvez qu’être navré de voir avec quelle précision les faits se répètent depuis l’AFGHANISTAN (projet TAP Unocal – Delta Oil le long des bases US dans lequel le Président de la Commission du 11-9 a des parts, oléoduc TBC Tbilissi-Bakou-Ceyhan), l’IRAQ (captation pure et simple de la production nationalisée), la LIBYE (captation pure et simple de la production et du nouveau gisement gazier du bloc NC7 dont la Qatar possède désormais des parts), et maintenant la Syrie.

Pour le journalisme d’allégeance atlantiste, il faudra repasser une fois les écorcheurs qui noyautent le pays installés dans leurs résidences de carton-pâte. Le peuple français est à ce point drogué par les épouvantails humanitaires de cette crise aux fondamentaux énergétiques pourtant évidents, que j’espère juste que des journalistes comme Christof Lehman feront réfléchir nos éditocrates francophones sur leur propre moralité de distillateurs de cette immonde propagande néo-religieuse aux relents néo-conservateurs.

Le sujet même de la SYRIE est devenu à ce point inabordable en public (pour ne pas parler de l’Iran, 70 millions d‘humains sous le joug d’une atroce dictature menaçante depuis l’arrivée d’Ahmadinejad, mais pas sous le joug de sanctions qui avant l’Iran ont ravagé l’Iraq), que c’est tout le mal que nous pouvons souhaiter à ces échotiers du « bloc identitaire atlantiste ». Il va de soi que l’opinion publique française est largement opposée aux dérives de nos « Don Quichotte du Quai d’Orsay ». Mais dois-je rappeler ici que les affaires internationales ne sont même pas évoquées lors des débats présidentiels ? Le vote citoyen vaudrait-il désormais blanc seing pour aller « casser de l’arabe » ( ça réveille, non ?) pour notre confort énergétique et financier comme en LIBYE ? Quand je vous dis qu’il y a de quoi être honteux de son pays…. Je suis sans illusions.

Que les vents de la sagesse toute théorique dans laquelle notre civilisation gréco-romaine prétend toujours se draper aident le peuple syrien et ses dirigeants, héritiers de tant de civilisations et d’un pays berceau du christianisme. Et du temps qu’on y est… que François 1er se penche sur ce berceau et fasse pression sur nos chancelleries actuellement en roue libre, avec plus de sens pratique et l’appui du peuple sud-américain à ses côtés plutôt que des prières vaines. Nous verrons ce qu’il fera lui aussi avec ce peuple sud-américain qui porte l’espoir de la vraie gauche mondiale.

Gel des relations ; le Ministre russe des Affaires étrangères Lavrov condamne avec force les USA et leurs alliés pour vouloir armer l’opposition syrienne.

Le Ministre Russe des Affaires Etrangères Lavrov traite le rapport de la commission d’enquête de rapport biaisé, l’armement de l’opposition d’action illégale, et déclare que l’opposition doit mettre sur pied une équipe en vue de négociations.

Christof Lehmann (nsnbc, publié le 14 mars 2013) – Les relations entre la RUSSIE et les USA et l’OTAN se sont encore détériorées lorsque le Ministre russe des Affaires Etrangères, Serguei Lavrov, a réaffirmé mercredi 13 mars 2013 que pour un état étranger, armer l’opposition viole le Droit International. Il en a été de même lorsqu’une porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères a décrit le rapport de la Commission Indépendante des Nations Unies comme biaisé et penchant d’un seul côté comme d’habitude.

Le Ministre russe des Affaires Etrangères a insisté sur le fait que l’opposition syrienne doit prendre des mesures en faveur de négociations pour mettre fin à la crise, alors que le gouvernement syrien et la RUSSIE se sont préparés à les faciliter. Lavrov a aussi réitéré que le peuple syrien doit décider lui-même de sa propre destinée, et que les interférences étrangères en SYRIE sont inacceptables.

Les relations entre la RUSSIE et les membres de l’UE au sein de l’OTAN se sont détériorées de manière significative, après que les parties en présence n’aient pu trouver d’accord sur le différend RUSSIE-Union Européenne à propos du 3ème pack énergétique lors d’un sommet Russo-Européen à Bruxelles en décembre 2012. (1)

Le sommet constitue l’opportunité la plus récente de traiter des questions centrales qui sont les racines de la crise syrienne, directement liées aux questions de sécurité énergétique compte tenu de la ferme opposition américano-israélo-qatarie contre la construction du gazoduc [iranien] PARS à travers l’Iraq et la Syrie vers la Méditerranée. (2)

Les tensions sont devenues palpables lorsque l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN, Alexander Grushko, évoquant la sécurité énergétique, a implicitement sous entendu que l’OTAN percevait tout problème « comme un simple ongle », juste parce qu’elle se considère elle-même « comme un marteau ». Les hauts diplomates russes ont depuis donné des signes insinuateurs les uns après les autres, déclarant que les USA ne sont pas exempts de responsabilités pour des actes terroristes en SYRIE, simplement parce qu’ils ont déclaré qu’ils allaient cesser de fournir toute aide létale , tout en omettant de citer leur influence sur leurs alliés qui arment les insurgés. (3)

Les relations USA-RUSSIE se sont tendues encore un peu plus lorsque le secrétaire d’Etat John Kerry, malgré les déclarations de diplomates, a accordé une aide supplémentaire de 60 millions de dollars à la fois à « l’opposition » politique et « l’opposition » armée, tout en négligeant le dialogue national en cours en SYRIE. (4)

Les contacts entre la RUSSIE et les USA, ainsi que beaucoup de gouvernements de pays européens, ont été depuis largement retrogradés au niveau de simples représentants des Ministres des Affaires Etrangères, et de chefs de cabinets ministériels. Les révélations, par un membre du secrétariat général du Parti National du Koweit, Faisal Al-Hamad, qu’un accord secret en vue de diviser la SYRIE en états plus petits avait été signé par un ambassadeur US lors du rassemblement des amis de la SYRIE à Doha, Qatar, ont gelé de façon permanente les relations entre la RUSSIE et le groupe USA-UE. (5)

Mardi 12mars 2013, le Ministre des Affaires Etrangères, se référant aux conséquences de l’intervention de l’OTAN en LIBYE, a déclaré lors d’une conférence de presse à Londres, « Dans mon esprit, armer l’opposition est interdit par le Droit International, et armer l’opposition syrienne contredit les principes du Droit International. »

Lavrov a exprimé son espoir de voir l’opposition syrienne former une équipe chargée de négocier avec le gouvernement syrien, et il a ajouté, « le gouvernement et l’opposition doivent nommer 2 équipes en vue de négocier. Le gouvernement l’a fait, et nous attendons que l’opposition fasse la même chose. »

Lavrov a souligné qu’il était de la responsabilité des pays occidentaux de s’assurer que l’opposition forme une équipe de négociateurs et a déclaré « si leur but était vraiment de stopper le bain de sang dans le pays, ils n’auraient pas émis de conditions préalables à la négociation. »

La RUSSIE a aussi critiqué la Commission d’Enquête sur la SYRIE dans des termes cinglants, la traitant de partiale, inéquitable, et biaisée comme d’habitude. La directrice adjointe du Département de l’Information du Ministère des Affaires Etrangères russes, Maria Zarkhova, fut sur le point de rompre les règles de la courtoisie diplomatique lorsqu’elle déclara que « Le Rapport n’est pas objectif et n’est pas équitable, et le dernier document en date n’est pas une exception à la règle. »

La déclaration de Mme Zarkhova s’appuie sur des déclarations antérieures d’organisations pacifistes internationales. Le Réseau Pacifiste Italien de Rome, critiquant la Commission et son travail en septembre 2012, a utilisé presque les mêmes mots lorsqu’il a fourni un rapport détaillé sur les manquements et les mauvaises pratiques des Commissions. (6)

La porte parole du Ministère des Affaires Etrangères, Maria Zakhova, a souligné que la recommandation de la Commission, de déposer un référé sur la crise syrienne devant la Cour Pénale Internationale, ICC, est tout aussi vaine qu’à contretemps, « la RUSSIE n’a pas été la plus enthousiaste à soutenir la mise sur pied de la Commission », ajoutant que « néanmoins, nous avons coopéré avec ses experts pour clarifier notre position sur les événements en cours dans ce pays. »

Mme Zarkhova s’est aussi plainte de certains membres du Conseil de Sécurité de l’UE qui ont ignoré des déclarations écrites qui condamnaient les attentats terroristes (a) en SYRIE, qui ont coûté la vie à des civils innocents. Mme Zarkhova a qualifié leur position de « biaisée » et marquée du sceau du 2 poids, 2 mesures. La porte parole du Ministère des Affaires Etrangères se référait, de façon plus précise, aux attentats à la bombe à proximité du siège du Parti Baas et de l’ Ambassade de RUSSIE à Damas en début d’année. (7)

Le veto US au Conseil de Sécurité de l’ONU, contre la condamnation de l’attaque et du terrorisme sous toutes ses formes, a conduit le Ministre Russe des Affaires Etrangères Serguei Lavrov à rendre compte de la frustration du Gouvernement russe devant l’abandon du respect des règles suivies par le Conseil de Sécurité, selon lesquelles toutes les nations, sans exclusion, s’engagent à condamner le terrorisme, quels qu’en soient l’auteur, le lieu ou les motifs. Lavrov a déclaré « La RUSSIE voit dans la position américaine le règne du 2 poids 2 mesures, et une approche dangereuse lorsque nous constatons que les américains s’éloignent des principes généraux consistant à condamner le terrorisme sous toutes ses formes. » (8)

Mme Zarkhova a aussi fait allusion à la règle du 2 poids 2 mesures des USA et de l’UE, en particulier concernant la Commission d’enquête, lorsqu’elle a déclaré « Ce qui surprend Moscou c’est que le rapport ne contient aucun appel à suspendre les sanctions économiques unilatérales imposées par certains pays et des organisations régionales contre la SYRIE, malgré le fait que la Commission insiste sur leur impact négatif sur les « vies » des citoyens.

Tandis que les USA et l’UE ignorent dans les faits les protestations grandissantes de la RUSSIE et continuent dans leur idée de financer et armer l’insurrection directement, au travers de leurs alliés membres du CCG, de la TURQUIE, ou par l’entremise de réseaux obscurs ou d’intermédiaires fantoches comme Saad Hariri ou Walid Joumblatt, la RUSSIE continue d’appeler à un règlement pacifique de la crise et pour la cessation immédiate du financement et de l’armement des insurgés.

La RUSSIE continue de faire pression pour que les USA et l’UE usent de leur influence sur l’ « opposition », pour la conduire à la table des négociations et pour faire cesser les violences. Une déclaration sur le site du Ministre des Affaires Etrangères mercredi 13 mars 2013, mentionne « qu’il n’y a pas d’alternative au règlement diplomatique de la crise syrienne ».

Dans le contexte diplomatique actuel, cette déclaration signifie que la RUSSIE n’est ni prête ni désireuse de concéder un pouce de terrain supplémentaire au vu de la dérive amorcée par les USA-UE vers l’anarchie au niveau international et la barbarie. Avec en face les USA-UE-ISRAEL et leurs alliés qui s’acharnent à continuer leur projet de « remodelage du Grand Moyen Orient » (b) à tout prix, la diplomatie a atteint un niveau de gel permanent digne de la période de la guerre froide.

BLUERIDER

Commentaires du traducteur :

(a) NdT. Le Département d’Etat Américain ne condamne pas ces attentats car il les considére comme des faits de guerre. Chacun appréciera.

(b) Caroline Fourest, notre « obsédée des obsédés du complot » patentée, appréciera.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/syrie-l-exasperation-russe-132435

(1) Russia – E.U. Meeting in Brussels : Risk of Middle East and European War increased.

(2) Syria, Turkey, Israel and a Greater Middle East Energy War

(3) Russia´s Top Diplomats signal increased assertiveness regarding Syria, Africa and NATO

(4) Kerry after Friends of Syria Meeting clarifies, US determined to initiate World War III in Syria

(5) US – Russian Relations deteriorating as Kuwaiti Whistle Blower Discloses Secret Syria War-Plan

(6) Italian Peace Movement Criticizes Report of International Commission on Syria

(7) Massive Blast Near Baath Party Headquarters kills Scores, FSA threatens Hezbollah

(8) Lavrov : US Veto of UNSC Resolution to Condemn Damascus Blasts Indicates Double Standards

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 mars, 2013 |Pas de commentaires »

GUERRE CONTRE L’IRAN: UN SCENARIO VERS LE CHAOS OU LE RENOUVEAU DE L’OCCIDENT ET DU MONDE ARABO-MUSULMAN ? (Medjdoub HAMED / http://www.legrandsoir.info)

Guerre contre l’Iran :

GUERRE CONTRE L'IRAN: UN SCENARIO VERS LE CHAOS OU LE RENOUVEAU DE L'OCCIDENT ET DU MONDE ARABO-MUSULMAN ? (Medjdoub HAMED / http://www.legrandsoir.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES iran

Un scénario vers le chaos

ou le renouveau de l’Occident

et du Monde arabo- musulman ?

arton19629-2a22a AFGHANISTAN dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Medjdoub HAMED

Aujourd’hui, avec la crise économique mondiale, l’émergence de grands pôles économiques, le  » Printemps arabe  » et surtout les formidables avancées technologiques, le monde est en train de subir de profonds changements. Et une guerre que l’on annonce régulièrement contre l’Iran sans que l’on ne prenne en compte les risques qu’elle déborde et provoque un embrasement généralisé de la situation au Proche et Moyen-Orient, dont les conséquences seraient incalculables.

Depuis 67 ans, l’arme nucléaire, par sa démesure, a empêché l’affrontement majeur entre les grandes puissances. Au point qu’elles sont devenues ce que Raymond Aron appelait des  » adversaires-partenaires « . En cas d’emploi, la précision ayant relayé la puissance, aucune puissance nucléaire quel que soit son dispositif antimissile ne pourrait échapper à la saturation de sa défense par le feu nucléaire de la puissance adverse. Mais, aujourd’hui, la situation a changé. L’Inde et le Pakistan sont devenus depuis 1998 des puissances nucléaires. La Corée du Nord aussi depuis 2006. Ces puissances moyennes sont-elles pour autant des  » adversaires-partenaires « . Si on peut le considérer pour l’Inde et le Pakistan, pour la Corée du Nord, la situation reste posée. Il est évident que, dotée d’un armement nucléaire quantitativement limité, mais d’une stratégie telle que la Corée du Nord peut appliquer une stratégie du faible au fort menaçant ainsi un agresseur éventuel d’une sanction exorbitante par rapport à l’enjeu. Mais qu’en est-il pour l’Iran qui n’a pas dépassé le seuil du feu nucléaire. Si celui-ci s’avérait acquis, il placerait l’Iran dans le rang de la Corée du Nord. Pour comprendre, il faut remonter à la révolution islamiste d’Iran.

1. Le sens de l’avènement de la République islamiste d’Iran dans l’Histoire

Les Américains et les Anglais ont déjà été en 1953 l’artisan d’un coup d’Etat contre le Dr Mossadegh. Premier Ministre iranien à l’époque, il a cherché à mettre à exécution une loi votée sur la nationalisation des puits de pétrole. Vingt cinq plus tard, c’est le tour du chah d’Iran qui est déchu, il prend le chemin de l’exil en janvier 1979. Le motif, il a cherché à briser un tabou : doter l’Iran de centrales nucléaires et de centres de recherche nucléaire pour une utilisation pacifique de l’atome. Dans les années 1970, l’Iran était considéré le gendarme du Moyen-Orient, et Israël, le gendarme du Proche-Orient, tous deux alliés des États-Unis.

De nouveau, cette ambition du chah de doter l’Iran d’un programme nucléaire rebondit avec la République Islamique. Ce que l’on croyait résolu n’a été différé dans le temps. Force de constater que l’ambition de l’Iran pour le nucléaire est restée intacte.

Cependant, au-delà de la chute du chah et de l’ambition nucléaire de l’Iran, on est en droit de chercher le sens de la révolution islamique dans l’Histoire. L’utilisation de l’Islam à des fins politiques n’est pas nouvelle. Les États-Unis et leurs alliés, les riches pays du Golfe Persique (Arabie Saoudite, Qatar, Bahrein…) l’ont utilisé contre les pays arabes dits progressistes pour endiguer l’influence soviétique sur la région (où se trouvent les plus grands gisements de pétrole du monde). On est en droit de se poser une question. Si la révolution islamiste en Iran ne s’était pas opposée à la superpuissance américaine dès l’arrivée de l’ayatollah Khomeiny au pouvoir, quelle aurait été l’évolution des principaux conflits à l’époque (guerre civile au Liban, conflit israélo-palestinien) ? Il faut rappeler que l’Egypte pour récupérer le Sinaï avait fait défection à la cause palestinienne. En s’engageant à normaliser ses relations avec Israël, il a reçu une aide financière annuelle des États-Unis. Pour s’opposer au nouvel ordre israélo-américain dans le monde arabe, un  » front de fermeté  » (Algérie, Irak, Syrie, Libye, Yémen, et OLP) s’est constitué. Et c’est là où la République Islamiste d’Iran a joué un rôle historique important. En s’opposant à l’Amérique, elle a mis en échec la stratégie américaine dite la  » ceinture verte « . Si l’Iran s’était alignée à la puissance américaine, d’autant plus que la République islamique doit sa naissance à l’action discrète des États-Unis sur l’armée impériale du chah qui est restée pratiquement neutre, la  » ceinture islamique  » du stratège Brezinski autour de l’Union Soviétique aurait doublement fonctionné. A la fois sur l’URSS et les pays arabes socialistes.

Que représenterait le  » front de fermeté  » devenu  » front du refus  » face au États-Unis et ses alliés monarchiques et iranien ? Le premier maillon du front du refus, c’est-à-dire l’Irak, serait emporté. La guerre Irak-Iran aurait tourné certainement à l’avantage de la République islamiste d’Iran. Le régime pro-soviétique d’Irak disparu laissera place à un régime islamiste. Par effet de domino, le régime syrien sera remplacé par un régime islamiste. Du front du refus, il ne restera que la Libye et l’Algérie. A voir ce qui est advenu au régime de Mu’ammar al-Kadhafi en 2011. Il est évident que la Libye comme l’Algérie n’échapperont pas à la vague islamiste. Au final, le monde arabo-musulman sera entièrement islamiste, du Maroc au Pakistan.

Le problème qui va se poser avec l’islamisme, ce sont les peuples qui, bien que fervents croyants, vont prendre progressivement conscience que les régimes islamiques seraient incapables de résoudre leurs problèmes économiques. Dans l’incapacité de répondre aux besoins des peuples, ces régimes procèderont de la même façon que les régimes autoritaires précédents. C’est-à-dire, ils seront prêts à toutes les démesures et compromissions avec la superpuissance américaine pour se maintenir au pouvoir. Plus grave, l’URSS évincé de la région, les Occidentaux, face aux désordres qui vont certainement apparaître au sein de ces pays (liés au chômage et à la mal-vie des populations), seraient tentés de procéder à un remodelage du monde arabo-musulman sur des bases ethniques, religieuses et communautaires.

La création de petites entités nationales musulmanes permettra à la superpuissance la sécurisation de la région convoitée par les autres puissances et en même temps une mainmise totale sur les gisements de pétrole. De plus, le monde musulman muselé, elle permettra aux sionistes, de réaliser leur rêve du  » Grand Israël « , qui se fera au détriment des territoires des pays voisins. Ainsi apparaît que l’avènement de la République islamiste en 1979 n’est pas fortuit en Histoire, mais constitue un  » frein  » à l’hégémonie américaine sur le monde musulman.

2. Une situation de pré-guerre existe au Moyen-Orient

Soixante ans de violence ininterrompue dans un monde arabe divisé ont fini par épuiser l’élan nationaliste des régimes politiques en place.

Précisément l’attaque terroriste du 11 septembre 2001 et les guerres qui ont suivi en Afghanistan et en Irak sont venus remettre en question le statu quo imposé par les États-Unis et Israël. Le court temps d’euphorie dû à la victoire américaine en Irak en 2003 et l’annonce du remodelage du monde arabe (Grand Moyen-Orient) se transformant ensuite en véritable cauchemar pour la superpuissance, ont changé complètement l’équilibre géostratégique de la région. Dans le GMO, tous les pays réfractaires à la puissance américaine était visé, et en premier chef, l’Iran.

Mais l’influence grandissante de l’Iran sur le théâtre irakien et la volonté du peuple irakien de rejeter hors de leur territoire les forces étrangères ont changé les donnes. Précisément, cette guerre menée au Moyen-Orient et en Asie centrale et les débâcles qui ont suivi pour les forces occidentales ont eu un impact considérable dans le réveil des masses arabes. Au point que les États-Unis dont les forces américaines enlisées en Afghanistan et surtout en Irak, virent dans la République islamique d’Iran, l’ennemi N°1. Dès 2005, les États-Unis, prenant prétexte sur le programme d’enrichissement nucléaire, menaçait l’Iran de frappes préventives.

En 2006, les préparatifs de guerre achevés avec d’énormes effectifs militaires se dirigeant dans le Golfe arabo-persique, le déclenchement d’une guerre totale n’attendait qu’un assentiment du Président américain. Si le suspense a longtemps duré et, malgré la rhétorique des responsables néoconservateurs de plus en plus belliqueuse, le passage à l’acte ne s’est pas produit, c’est que déclencher une guerre requiert avant même l’assentiment du Président l’accord des chefs militaires. En termes d’analyse de la situation et des conséquences qui peuvent résulter d’une guerre étendue à l’Iran.

Précisément, embourbés en Irak, les responsables du Pentagone doutaient sérieusement quant à l’efficacité d’une attaque militaire US contre l’Iran. Une attaque contre l’Iran pouvait non seulement d’embraser la région mais risquait d’être improductive voire dévoiler la faiblesse des forces américaines dans une guerre à la fois conventionnelle et asymétrique. Des précédents existent déjà. La guerre du Vietnam et la débâcle soviétique en Afghanistan en témoignent si besoin est.

Dans une analyse en 2007, Zbigniew Brzezinski l’exprimait de manière abrupte :  » Nous faisons face à une crise très sérieuse concernant l’avenir. Les vingt mois qui viennent vont être absolument décisifs. Si nous les surmontons sans que la guerre en Irak empire et s’étende à une guerre avec l’Iran, je pense qu’il y a de fortes chances que nous récupérions [...] Mais si nous entrons dans ce conflit plus grand, alors j’ai peur que l’ère de la suprématie mondiale américaine s’avérera avoir été historiquement très, très courte. « 

Échec sur échec, en Afghanistan et en Irak, les Américains ont encore été fortement affectés par la crise financière de 2008. Pour ce qui concerne le dossier nucléaire iranien, les États-Unis privilégient les négociations internationales, tout en mettant en garde qu’ils n’accepteront jamais le statu quo. Quant aux menaces israéliennes de bombarder les installations nucléaires d’Iran, elles expriment simplement une connivence avec les États-Unis, pour maintenir la pression que  » toutes les options sont sur la table « .

Une situation de pré-guerre existe réellement dans le Golfe persique tant les positions des parties sont éloignées les unes des autres. Qu’en sera-t-il de ce bras de fer sur le programme nucléaire iranien et d’une guerre annoncée contre l’Iran ?

3. La stratégie de contre-insurrection en Irak de l’ex-chef de la CIA

David Petraeus, annonciatrice du « Printemps arabe »

Bien qu’initialement couronnée de succès avec la chute rapide du régime irakien et le changement opéré au profit d’un gouvernement allié chiite, l’intervention américaine trouva rapidement ses limites face à la violence inattendue des situations alors improprement qualifiées de  » post-conflit « . L’incapacité même des autorités américaines à parler d’insurrection avant 2005 montre au demeurant leur impréparation en la matière. Le modèle appliqué dit de haute intensité appliqué initialement, c’est-à-dire l’utilisation massive de la puissance de feu qui n’entre normalement que dans le cadre de guerre dite conventionnelle, s’est épuisé à déloger en vain des insurgés qui se dérobent au combat et dématérialisent les réseaux de commandement américain, les rendant ainsi invulnérables. D’autant plus que l’adversaire était agressif et aguerri par plusieurs guerres (contre l’Iran, la coalition en 1991 et les frappes aériennes durant l’embargo).

En réalité, cela ne devrait pas surprendre, les Américains ne faisaient que l’expérience que les Soviétiques ont déjà faite avant eux en Afghanistan. Dans une guerre asymétrique, les armées étrangères ne peuvent rien contre une insurrection armée intérieure (méconnaissance du terrain, ennemi diffus, pratiquement insaisissable, se fondant dans la population) sinon à procéder à des représailles qui ne feront que les enliser dans un conflit sans fin.

Précisément, dans cet échec de la stratégie américaine que le général David Petraeus qui a été dans les premières lignes dans la chute de Bagdad et ensuite dans l’occupation de Mossoul qu’il va tenter de comprendre les  » erreurs  » de l’armée américaine face à l’insurrection irakienne. Rentré aux États-Unis, il reprend les travaux de R. Trinquier et D. Galula qu’il fait rééditer et se passionne pour M. Bigeard et ses expériences en Indochine et en Algérie. Docteur en sciences politiques à l’université de Princeton et théoricien de nouvelles méthodes anti-insurrectionnelles de l’US Army, il réécrit un manuel de contre-insurrection (2004-2005).

En janvier 2007, alors que les forces américaines sont de plus en plus embourbées dans un conflit qui se double d’une guerre confessionnelle, il est rappelé en Irak. Le Surge (Sursaut) qu’il a mené contre l’insurrection irakienne à partir de cette date a permis de sauver in extremis l’administration Georges W. Bush du fiasco que beaucoup prédisaient à l’époque. Le plan reposait sur trois points. Un renfort de 30 000 soldats américains auquel il faut ajouter les 120 000 hommes des sociétés militaires privées (des sous-traitants avec l’US Army) déjà présents. Le deuxième point a porté sur l’achat des chefs de tribus sunnites dans la province d’el Anbar et leur ralliement à soutenir les forces américaines contre les insurgés. Financement et armement des milices sunnites ont joué, comme le souligne le général Petraeus,  » l’argent est une munition « . Enfin, le troisième point a été le rapprochement des États-Unis avec l’Iran. Une série de rencontres officielles ont eu lieu à Bagdad. Ce qu’on croyait impossible à réaliser en 2006 en Irak s’est concrétisé en 2008. Grâce au tournant qu’a pris la politique des États-Unis en Irak, les attaques contre les troupes américaines ont diminué de 80% en deux ans. Bien que la contribution iranienne dans cette diminution du regain de la violence soit peu reconnue par les États-Unis, ces succès placent désormais l’Iran comme un interlocuteur incontournable sur la scène irakienne

En juin 2010, après un court passage au CENTCOM (Commandement Central en Floride qui supervise les opérations au Moyen-Orient et en Asie centrale), David Petraeus est nommé par le président Barack Obama chef des troupes de l’OTAN et commandant de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (ISAF) en Afghanistan remplaçant le général Stanley McChrystal relevé de ses fonctions. Mais la stratégie de ce général intellectuel dans ce nouveau théâtre de combat n’a pas donné les résultats escomptés comme en Irak. Plusieurs raisons sont évoquées. On invoque que le général McChrystral n’a pas obtenu les troupes suffisantes pour rééditer le Surge en 2009, d’où ses relations crispées avec Obama. Il a reçu un renfort de 30 000 au lieu des 40 000 hommes qu’il a demandé. Alors que ce  » Surge  » n’était pas négligeable, puisqu’il ajoute 30 000 soldats aux renforts déjà envoyés par le président Obama après son entrée en fonction : en un an le contingent américain a triplé passant de 32 000 à quelque 100 000 hommes. Que pourrait faire son remplaçant, le général quatre étoiles David Petraeus, l’auteur de la stratégie, en 2010 ?

En réalité, la situation en Afghanistan n’est pas la même qu’en Irak. Pour comprendre, il faut recontextualiser ce qui a été dit sur la contre-insurrection en Irak. Les Sunnites n’ont pas été  » retournés  » comme on l’a fait croire. Il était clair pour tous les insurgés sunnites, chiites ou kurdes que l’occupation de l’Irak par les Américains n’était que temporaire. Les difficultés de l’armée US tant la situation devenait intenable, Washington, face à l’insurrection irakienne, prévoyait déjà un retrait de ses forces. L’occupation n’étant prorogée que par des Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Par conséquent, les insurgés sunnites ont  » sauté  » sur la perche tendue par les Américains qui leur avait permis de  » financer et d’armer à moindre frais  » une force de 100 000 miliciens (les Sahwas). Une milice sunnite qui aura à s’aligner face aux 90 000 hommes chiites de l’imam Moktada al-Sadr et les 90 000 hommes de la force militaire kurde, les Peshmergas, pour, le moment venu,  » peser sur le partage du pouvoir politique et économique  » du pays de l’après-occupation. L’approche tactique des Sunnites, comme celui réciproque des États-Unis qui cherchaient à s’assurer d’une baisse de violence et une  » sortie honorable de l’Irak  » (sans défaite) peut se comprendre dans cette alliance scellée qui relève de la conjoncture politique et militaire de l’Irak.

En revanche, en Afghanistan, il n’y a pas de communauté à  » acheter ou à retourner  » dans le cadre de la  » contre-insurrection « . La majorité de la population pachtoune, ouzbek, tadjik… est sunnite. Quant aux Hazaras chiites afghans, ils ne représentent qu’une petite frange de la communauté afghane qui est d’ailleurs représentée dans le gouvernement de Hamid Karzaï. C’est dans cette situation de stagnation, d’enlisement en Afghanistan et les nombreuses bavures sur les civils qui ne font qu’augmenter les ressentiments de la population envers les forces d’occupation et aussi de crise économique qu’un formidable événement va apparaître et redonner vie à la stratégie occidentale : le  » Printemps arabe « .

4. L’irruption du « Printemps arabe » dans la stratégie de domination des États-Unis

L’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, un jeune tunisien, le 17 décembre 2010, va mettre le feu au poudre dans les rues arabes et faire tomber en moins de deux mois deux régimes jusque-là jugés comme les plus solides de la région. Le président Ben Ali fuit le 17 janvier 2011, après vingt-trois ans de dictature. Le président Moubarak démissionne le 11 février 2011, après vingt-neuf ans de pouvoir sans partage.

Le vent de la révolution tunisienne parcourt le monde arabe, déclenchant des contestations populaires de grande ampleur. La peur tombe et les foules défient les régimes. Les mouvements de manifestations débutent le 28 décembre en Algérie, le 14 janvier en Jordanie, le 17 janvier en Mauritanie et à Oman, le 18 janvier au Yémen, le 21 janvier en Arabie Saoudite, le 24 janvier au Liban, le 25 janvier en Egypte, le 26 janvier en Syrie, le 28 janvier dans les territoires palestiniens, le 30 janvier au Soudan et au Maroc, le 1er février à Djibouti, le 13 février en Libye, le 14 février au Bahreïn… Un incroyable mouvement contestataire synchronisé rappelle la Révolution de 1848 en Europe.

Le monde entier prend conscience du tournant historique que vivent les peuples arabes et l’on s’attend alors à une chute en cascade de tous les régimes autocratiques du Maghreb et du Machrek. En réalité, il n’en est rien. Le  » Printemps arabe « , amplifié par la caisse de résonance extraordinaire qu’est l’Internet et magnifié par les chaînes de télévision satellitaires comme Al-Jazeera, permettant aux peuples de vivre la révolution en direct, à partir de la place de la Libération (Tahrir) du Caire et d’ailleurs, ne ciblent surtout que des pays non islamistes. Parmi ceux-ci, il y a les pays qui font allégeance à la superpuissance américaine comme la Tunisie, l’Egypte et dans une moindre mesure le Yémen, la Mauritanie. Et ceux qui ne sont pas alignés à la superpuissance comme la Libye, la Syrie, l’Algérie. Il est évident que les manifestations qui se sont propagées très rapidement et qui sont certainement spontanées compte tenu du ras-le-bol des peuples sur la précarité, le chômage, etc., ont néanmoins été  » aidées  » par l’Occident. Un Occident qui se trouve sans solution ni en Afghanistan ni en Irak ni en Iran. Plus grave, l’Iran non seulement ne se conforme pas aux résolutions internationales qui le somment à ouvrir tous ces centres nucléaires à l’AIEA mais, par son alignement à la Russie et à la Chine et son refus de se soumettre au diktat occidental, rompt totalement l’équilibre géostratégique de la région. Et tous les déboires américains et occidentaux au Moyen-Orient le doivent à l’Iran.

Des questions se posent pour l’Occident.  » Comment combattre l’Iran ?  »  » Mener une guerre préventive ?  » Des mesures qui ne doivent être entreprises que lorsque tous les moyens diplomatiques seraient épuisés. Or il s’avère que l’Iran est chiite, il n’est pas sunnite. Précisément le général D. Petraeus (nommé chef de la CIA en avril 2011) a éprouvé sa stratégie anti-insurrectionnelle en opposant les Sunnites contre les Chiites. Et sa stratégie s’est avérée payante. Si sa stratégie n’a pas fonctionné en Afghanistan pour des raisons qu’on a déjà développées, il reste que le monde arabo-musulman est un ensemble qui, pris globalement, présente des similarités avec l’Irak. Deux grandes tendances confessionnelles le traversent : le sunnisme et le chiisme. D’ailleurs, pour rappel, la révolution islamiste en Iran en 1979 a obligé l’Arabie Saoudite à exporter plus l’idéologie wahhabite pour lutter contre la nouvelle politique iranienne. Ce qui n’est pas nouveau pour les Américains puisqu’ils ont concouru avec le Pakistan dans la propagation de l’idéologie wahhabite sunnite, lors de la guerre d’Afghanistan, pour chasser les forces soviétiques occupantes.

Ainsi se comprend mieux l’essence du  » Printemps arabe  » et la nécessité pour les États-Unis de chasser des oligarques arabes et de les remplacer par des  » régimes islamistes sunnites « . D’autant plus que les Frères musulmans et Salafistes sont les mieux organisés des partis l’opposition. Noyautés par l’Arabie saoudite et l’Occident, réprimés par la police, ayant une base très large grâce aux multiples œuvres caritatives, ils ont tout pour remplir le rôle qui leur est assigné dans l’endiguement de la Russie et la Chine via la neutralisation projetée de l’axe Iran-Irak-Syrie-Hezbollah chiite.

C’est ainsi que les forces armées tunisiennes et égyptienne dépendantes indirectement des États-Unis sont restées très discrètes dans les mouvements populaires  » spontanées  » alors que le régime de Kadhafi sur lequel l’Amérique n’a pas de prise a nécessité le concours de l’OTAN pour le faire  » tomber « . Quant à la Syrie, elle se trouve aujourd’hui projetée dans une guerre civile, et le conflit armé s’internationalise sans visibilité sur le futur.

Au-delà des stratégies occidentales et des enjeux qui opposent les puissances, il reste que le  » Printemps arabe  » a été un formidable succès pour les peuples arabes au point qu’il a suscité en Occident un mouvement pacifique, les  » indignés « . Cependant, les monarchies arabes grâce aux pétrodollars ont échappé au  » Printemps arabe « , comme d’ailleurs l’Iran face à la pression occidentale. Mais le mouvement populaire est enclenché dans les pays arabes, et il n’a pas épuisé toute cette énergie émancipatrice. Qu’en résultera-t-il dans les années à venir ?

5. Préparatifs d’une guerre contre l’Iran ?

Le monde aujourd’hui est à la croisée des chemins. Le  » Printemps arabe  » toussote. Les régimes islamistes sont implantés dans la plupart des pays de la  » ceinture verte sunnite « . Cette  » ceinture  » qui a eu raison de l’URSS en 1988 reste néanmoins fragile. Avec les heurts sociaux et l’instabilité, la situation des nouveaux régimes islamiques inquiète la superpuissance américaine.

Les peuples arabes dans le  » Printemps arabe  » ont montré qu’ils sont comme tous les autres peuples du monde. Ils rejettent la dictature et exigent la démocratie et l’équité dans le partage des richesses, donc de meilleures conditions de vie, de l’emploi et de la dignité. Ils s’opposent au verrouillage de la vie politique par les nouveaux pouvoirs. Parvenus démocratiquement au pouvoir, les partis islamistes face aux problèmes économiques détournent le débat politique sur l’identité collective. En faisant ressortir les racines islamiques, et donc des valeurs islamiques, ils tentent de dissoudre l’identité collective dans une sorte d’identité arabo-musulmane voire saoudo-wahhabite qui prêche la soumission des peuples à la domination du Qatar et de l’Arabie Saoudite. Evidemment, la stratégie aurait été possible si ces pays avaient les mêmes richesses que le Qatar et l’Arabie saoudite et si la majorité de la population avait accès à un emploi utile, ou, à défaut d’emplois, une aide substantielle de l’Etat garantissant les perspectives d’avenir à toutes les franges des sociétés. Or ce n’est pas le cas. Le fonctionnement politique des nouveaux régimes islamistes repose sur l’islamisme couplé à une force policière et militaire qui appuie le gouvernement. Comme cela fut dans les régimes autoritaires précédents. Y compris d’ailleurs en Iran où le système est verrouillé et largement dominé par les conservateurs qui se réclament du Guide suprême Ali Khamenei. La crise politique, lors des élections iraniennes en 2009, a montré que le peuple iranien a les mêmes aspirations que les autres peuples du monde.

La démocratie n’est pas un bien exclusif à l’Occident, mais une donnée universelle à tous les peuples. Les Occidentaux ont lutté pour y parvenir durant des siècles, et le chemin a été parsemé de nombreuses guerres jusqu’aux deux conflits mondiaux du XXe siècle. Par conséquent, le  » Printemps arabe  » ne signifie pas pour les peuples sunnites de  » sortir d’une dictature  » pour s’engouffrer dans une  » autre dictature dusse-t-elle être islamiste « . Si cela aurait été le cas, le  » Printemps arabe  » serait alors un non-sens dans l’Histoire. Ce qui est impossible. Et on n’apprend pas l’Islam à des peuples dont l’identité des peuples est pétrie de quatorze siècles d’Islam.

Précisément, les États-Unis en sont conscients que la démocratie ne peut être pendant longtemps instrumentalisée pour mettre un régime qui n’a rien à voir avec elle. Les fondamentalistes, en réalité, ne sont que des éléments dans l’échiquier politico-militaire des États-Unis pour dominer le monde. Face aux violences populaires, ils doivent agir vite avant que le camp sunnite ne se lézarde, d’autant plus que les événements se précipitent. Une attaque terroriste à Benghazi qui a couté la vie à des diplomates dont l’ambassadeur américain, des troubles en Egypte, en Libye, en Tunisie, en Jordanie, au Bahreïn. Le grain de sable de la France qui, pour défendre ses intérêts dans la région (exploitation de mines nucléaires au Niger près de la frontière malienne), s’est attaqué au point extrême ouest de la  » ceinture verte « , le Mali, alors que les pays de la CEDEAO, depuis une année, de réunion en réunion, promettent une force d’intervention pour chasser les islamistes du Nord du Mali sans que celle-ci ne voit le jour. Les États-Unis ont décidé que la crise malienne se résoudra politiquement et non militairement.

Enfin, le dernier grain de sable, l’Algérie a procédé rapidement à une riposte contre la prise d’otage par des terroristes islamiques sur un site pétrolier gazier de Tiguentourine (In Aménas). La rapidité et l’efficacité de l’intervention a surpris les puissances. Un autre pays qui fait peur. Au début, accablée vu les pertes occidentales en vies humaines, l’Algérie se trouve ensuite presque honorée. Le Premier Ministre britannique David Cameron en personne s’est rendu en Algérie pour apporter un message de soutien de la Grande-Bretagne en matière de lutte contre le terrorisme mais, en même temps, informe qu’il faut combiner une réponse sécuritaire et politique à la crise malienne. Vu les enjeux, Le Premier ministre appelle à l’apaisement.

Quelques jours plus tard, à Londres, le Premier Ministre Cameron parraine une rencontre entre le président Hamid Karzaï et son homologue pakistanais.  » Les parties (…) se sont engagées à prendre toutes les mesures nécessaires pour atteindre le but d’un accord sur la paix dans les six prochains mois « , a indiqué un communiqué transmis par Downing Street à l’issue de discussions impliquant les deux dirigeants et le Premier ministre Cameron.  » Le président Karzaï, le président Zardari et le Premier ministre (Cameron) ont affirmé qu’ils soutenaient l’ouverture d’un bureau à Doha (Qatar) pour des négociations entre les talibans et le Haut Conseil pour la paix en Afghanistan, dans le cadre d’un processus de paix mené par l’Afghanistan « , poursuit le texte (Le Monde.fr). Les présidents des deux pays voisins ont également  » décidé de prendre des dispositions pour renforcer la coordination des libérations de talibans détenus au Pakistan, afin de soutenir le processus de paix et de réconciliation « .

Les forces de l’OTAN et européennes (ISAF) ne procèdent plus d’opérations militaires en Afghanistan. Plus encore, les États-Unis ont annoncé leur retrait en 2014. La situation donc s’assainit en Afghanistan, et les Talibans qui sont sunnites sont invités à rentrer dans les rangs. La  » ceinture verte  » est en train de se fermer à l’Est.

Un autre indice : les États-Unis, en décembre 2012, reconnaissent à leur tour (après la France, les monarchies arabes…) la nouvelle Coalition de l’opposition syrienne comme la  » représentante légitime  » des Syriens. « Nous avons décidé que la Coalition de l’opposition syrienne rassemblait désormais suffisament (de groupes), reflétait et représentait suffisamment la population syrienne, pour que nous la considérions comme la représentante légitime des Syriens « , a déclaré M. Obama dans un entretien à la chaîne de télévision américaine ABC. Cette décision américaine se comprend, elle est renforcée par la libération d’une partie du territoire syrien. Et les rebelles syriens utilisent désormais de l’armement lourd et des missiles anti-aériens.

On peut ouvrir une parenthèse sur la Syrie. Le conflit en Syrie et au Mali nous rappelle étrangement la situation en 1975. Une guerre civile au Liban et un conflit armé au Sud-Ouest de l’Algérie, le Sahara Occidental. Ces mêmes conflits sont survenus après l’affaiblissement du tandem israélo-américain suite à la débâcle américaine au Vietnam et la guerre du Kippour en 1973. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

La visite de l’émir du Qatar à Gaza est autre indice. Il cherche à éloigner le Hamas, un parti sunnite, de l’orbite de l’Iran.

Ceci étant, on peut dire que les préparatifs de guerre sont en train d’avancer discrètement. Cela se voit même dans le raid israélien contre des objectifs militaires en Syrie alors que ce pays est fortement éprouvé par la guerre civile.  » Premier maillon de l’axe chiite  » à briser, la Syrie livre des combats acharnés aux rebelles et aux groupes djihaddistes étrangers, soutenus par l’Occident et les pétromonarchies. De son côté, l’armée syrienne loyaliste est soutenue par ses alliés. On a donc une situation explosive où l’axe chiite Iran-Irak-Syrie-Hezbollah, soutenu par la Chine et la Russie, fait face à l’axe sunnite, pétromonarchies du Golfe-royaumes du Maroc et de Jordanie, Israël et Occident, auquel on tente d’allier l’Egypte,la Tunisie et la Libye. L’Algérie n’est pas dans ce cas de figure, par son histoire et sa guerre de libération, elle est opposée à toute forme de domination étrangère.

Le problème n’est pas seulement que la Russie et la Chine aient jusque là tout au plus bloqué des résolutions du Conseil de sécurité sur une intervention militaire sur la Syrie, le maillon faible de l’axe Iran-(Irak)-Syrie-Hezbollah, et contre l’Iran, ont laissé passer les sanctions économiques qui somme toute n’ont affecté l’Iran que sur le plan économique. Il est évident que si la Chine et la Russie avaient la conviction que leurs intérêts stratégiques en Iran étaient menacés, elles auraient opposés leur droit de veto aux sanctions économiques internationales. Ce qui veut dire que les dirigeants iraniens étaient très conscients du rapport des forces, comme d’ailleurs la Russie, la Chine et l’Occident.

Dès lors que les responsables iraniens n’étaient pas  » fous  » vu la disproportion manifeste des potentiels de guerre qui existe entre leurs forces et l’arsenal américain, force de dire qu’ils ont des  » cartes maîtresses « , ou en d’autres termes, une  » puissance de dissuasion  » qui n’a pas été mise sur la  » table  » mais sous-entendue, ce qui explique pourquoi les puissances occidentales dont les États-Unis ont attendu si longtemps pour déclencher une guerre contre l’Iran. Il est évident que ces  » cartes maîtresses  » reposent sur le problème même qui oppose l’Occident à l’Iran, c’est-à-dire le  » problème nucléaire « .

Et encore aujourd’hui, en ce début de février 2013, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, réitère la position de l’Iran sur le nucléaire. Il a opposé une fin de non-recevoir à l’offre américaine de négociations directes dans le dossier nucléaire, dénonçant la stratégie de Washington qui mêle sanctions et offre de dialogue. Il l’a clairement exprimé.  » Cette déclaration du numéro un iranien intervient au lendemain de la confirmation par les États-Unis de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran, quelques jours seulement après une  » offre sérieuse  » du vice-président américain Joe Biden à Téhéran sur des négociations directes dans le cadre du groupe 5+1 (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne).  » Vous pointez une arme sur l’Iran en disant +négociez ou nous tirons+. Mais faire pression et négocier n’est pas cohérent et la nation ne se laissera pas intimider « , a lancé à l’adresse des États-Unis le Guide, lors d’un discours à Téhéran dont le texte a été publié sur son site internet (www.leader.ir).  » L’Iran n’acceptera pas de négocier avec celui qui nous menace par des pressions « , a-t-il affirmé, estimant qu’une  » offre de dialogue n’a de sens que quand l’autre partie montre de la bonne volonté.  » Ceci en dit long non seulement sur le bras de fer Iran-Occident mais aussi sur le rapport des forces. En d’autres termes Ali Khamenei  » pense très bien la partie de guerre qui s’annonce avec les États-Unis au cas où elle aura lieu « .

Ceci étant, qu’en est-il réellement des  » cartes maîtresses iraniennes «  ? Il est évident que le problème qui se pose n’est pas que la guerre se déclenche en 2013, ou à une date ultérieure (2014 ou 2015…), mais qu’il réside essentiellement dans l’ » évolution de la guerre «  ? C’est-à-dire qui aura le dernier mot, les États-Unis ou l’Iran ?

Probablement la guerre va se jouer dans les premières semaines, en cas de déclenchement d’un conflit armé, et ce quel que soit le prétexte invoqué. Il faut encore rappeler que l’Iran n’a agressé aucun pays, les seuls griefs que l’Occident lui reproche est d’avoir soutenu un pays allié (Syrie) comme le font d’ailleurs les Américains avec la Corée du Sud, le Japon, Taiwan…, ou de poursuivre un programme nucléaire que l’Iran déclare pacifique alors que l’Occident dément. L’Iran poursuit un programme militaire.

Donc il n’y a pas de grief militaire proprement dit comme fut l’invasion du Koweït par l’Irak.

La guerre déclenchée, il est clair que l’Iran, malgré sa riposte sur des cibles ennemies, ne peut attendre que le rouleau-compresseur de la puissance de feu américaine déferlée sur ses installations militaires et civiles les réduise à néant. L’Iran est contre les armes nucléaires, qu’il a maintes fois dénoncées comme contraire aux valeurs de l’Islam. Ce qui est vrai, la traduction même du mot de l’Islam est  » Paix « , mais  » Paix  » ne signifie pas pour autant  » se laisser détruire « . La seule solution qui se pose à l’Iran est alors d’équilibrer ses  » moyens de puissance  » avec ceux des États-Unis. Ce qui est licite dans l’Islam, et ce quel que soit le moyen utilisé.

Bien qu’il ne vise dans le programme de l’enrichissement nucléaire que des applications civiles, on peut penser que l’Iran, face aux menaces persistantes de l’Occident, a été poussé à se prémunir en se lançant dans un programme nucléaire secret qui vise des applications militaires. D’autant plus que  » Installer des centrales nucléaires en produisant le combustible nécessaire, ce que l’Iran qualifie comme un droit naturel et inaliénable du peuple iranien « , est, dans un sens, légitime.  » Pourquoi de nombreux pays en dehors des cinq grandes puissances du Conseil de sécurité ont le droit d’enrichir l’uranium pour leurs centrales ou de procéder à des applications à caractère pacifique et non l’Iran ou à tout autre pays musulman. Ou parce qu’ils sont musulmans ?  » Le Pakistan est bien une puissance nucléaire. D’autant plus que l’Iran a signé très tôt le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire).

Ainsi, par ce programme secret, l’Iran, en tant que  » puissance non-nucléaire « , en cas d’agression par une  » grande puissance nucléaire « , peut se transformer rapidement en  » puissance nucléaire déclarée  » pour équilibrer le rapport des forces. Ce cas est intéressant à formuler puisque Israël lui-même est aujourd’hui qualifié de  » puissance nucléaire non déclarée « . C’est-à-dire qu’il a un arsenal de missiles à tête nucléaire, et, en cas de guerre globale avec le monde arabo-musulman, Israël sera prêt à lancé le feu nucléaire sur des villes et regroupements importants militaires des pays arabo-musulmans. Ainsi Israël s’immunise, en cas de perte du parapluie militaire américain, d’une guerre globale avec le monde musulman. L’arsenal nucléaire israélien joue un rôle de  » dissuasion à la guerre « .

Précisément, l’Iran, de la même façon, raisonne. C’est ainsi que,  » acculé par la guerre déclenchée par l’Occident « , il procèdera dans les premières semaines qui suivent le conflit à des  » essais nucléaires (probablement) souterrains en cascades  » comme un  » avertissement  » à la superpuissance. Il est évident que l’Iran va alors se dévoiler comme une  » puissance nucléaire attestée « . On peut même dire que ses Shahabs 3B et Shahabs 2, de portée respectivement 2000 et 500 km, armés d’ogives nucléaires, sont déjà pointés sur Tel-Aviv, Ryad, Doha, Koweït-city, et sur le Bahreïn où se trouvent le commandement américain, position avancée du CENTCOM en Floride, et bien d’autres ville-cibles. On comprend d’ailleurs pourquoi le président Bush mettait l’accent dans l’implantation d’un dispositif NMD (projet de défense missiles-anti-missiles) en Pologne, en Tchéquie… contre une attaque nucléaire par l’Iran.

Quelle sera alors la réaction des États-Unis face à la nouvelle situation ? Ne penseront-ils pas que les Iraniens  » bluffent « . Et qu’ils ne sont encore qu’au stade des premiers essais nucléaires. C’est possible, et les bombardements américains vont probablement continuer. Mais si Moscou et Pékin en tant qu’alliés à l’Iran informent Washington du changement de l’équilibre des forces au Moyen-Orient et surtout que la région du Proche et du Moyen-Orient court un réel danger de guerre nucléaire ? Ce n’est plus comme les analyses le font penser, un embrasement qui pourrait durer des mois voire des années, mais une apocalypse qui surgira en quelques jours. Ce qui est complètement différent. Les responsables iraniens qui voient leur pays attaqué, agressé par les Américains et leurs alliés qui procèdent à des destructions massives de leurs infrastructures et entraînant des milliers de morts vu la disproportion des forces en faveur des forces adverses, n’auront alors plus d’alternative. Mentionnons la déclaration de l’ex-président d’Iran, Hachemi Rafsandjani, le 14 décembre 2001, lors d’un sermon à l’université de Téhéran :  » L’emploi d’une seule arme nucléaire contre Israël détruirait tout, mais, contre le monde islamique, ne causerait que des dommages limités « . Ce qui suggère que l’emploi de l’arme nucléaire pourrait être concevable contre Israël en tant que puissance ennemie.

Les États-Unis continueront-ils leurs bombardements massifs sur l’Iran encore longtemps, en se laissant espérer que les missiles patriots protègeraient Tel-Aviv, Ryad, Doha… de l’apocalypse venant des Shahabs 3B et E, vecteurs porteurs d’ogives nucléaires ? Vont-ils jouer à  » la roulette russe sur l’existence des autres peuples «  ? Les responsables iraniens ont déjà assimilé le  » prix qu’ils auront à payer  » s’ils déclenchent une guerre nucléaire dans la région, ce sera la  » destruction de Téhéran, d’Ispahan, et d’autres villes iraniennes « . Adeptes du martyr et profonds croyants, les Iraniens estimeront que ce sera un sacrifice venant de Dieu.

Qu’en sera-t-il des villes israéliennes, Tel-Aviv, Haïfa, dont 40% de la population d’Israël sont concentrés dans ces villes ? La panique, l’exode. Qu’en sera-t-il des populations arabes à Ryad, la capitale saoudienne, à Doha, la capitale du Qatar, et ailleurs ? Une panique générale sera étendue à l’ensemble de ces pays et du monde ! Le monde entier sera tenu en haleine. Les médias occidentaux qui appelaient dans un certain sens à la guerre se verraient à changer leur  » une  » en appelant à la fin immédiate des hostilités.

Le peuple américain acceptera-il l’ » aventurisme  » de l’establishment américain ? Des millions de morts en Israël, en Arabie Saoudite, au Qatar, en Iran ? Une disparition totale des villes-capitales et des villes de provinces comme si elles n’avaient jamais existé. Cette  » guerre apocalyptique extrêmement tendue  » des premières semaines de guerre car il y va de plusieurs millions de vies humaines vient à point nommé confirmer les rumeurs de grands généraux de l’armée américaine, comme l’amiral William Fallon, alors chef du CENTCOM (2007-2008), qui a démissionné parce qu’il a refusé de cautionner la politique de Bush d’étendre la guerre à l’Iran, de l’amiral Michael Mullen, ex-chef d’état-major interarmées des États-Unis (le plus haut gradé de l’armée US à l’époque) qui est parti en retraite et qui, à maintes reprises, a affirmé qu’une guerre contre l’Iran, c’est l’  » inconnu « , pour ainsi dire le  » noir « . En 2010, il s’est opposé à un raid israélien sur les installations nucléaires iraniennes. Et d’autres prestigieux généraux parmi lesquels le général Stanley A. McChrystal (il a quitté l’armée et travaille comme civil dans la firme Siemens) qui a compris en Afghanistan que ce n’est pas la guerre qui apportera une solution mais en respectant les peuples, en tentant de convaincre les peuples que l’Amérique est là pour les aider. Ce qui n’et pas le cas malheureusement. L’Amérique poursuit une stratégie de domination et non pour aider les peuples. Mais cette domination risque de déboucher sur plusieurs Hiroshima, plusieurs Nakasaki.

Il est évident que ces chefs militaires américains n’auraient pas été réticents pour porter le feu contre l’Iran s’ils n’avaient pas entrevu les risques qu’aurait entraînés un tel conflit. Dans toutes les armées du monde, ce sont toujours les chefs militaires qui apprécient les théâtres de guerre et non les politiques. C’est ainsi que la pression des politiques l’ayant emporté malgré l’éclairage des chefs militaires, une guerre est déclenchée contre l’Iran et le  » monde entier aura tremblé « . C’est ce qu’il faut attendre lorsque les  » politiques se mêlent de la guerre « . Quelle serait la réaction de la Russie et de la Chine si les  » politiques américains  » seraient poussés à provoquer l’ » apocalypse «  ? Une alerte mondiale ou pire, des  » menaces  » viendraient s’ajoutaient à d’autres menaces ?

Il est évident que le monde entier, surtout Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar qui attendront dans la peur l’issue de la guerre. Ils espéreront que l’Amérique arrête la guerre contre l’Iran. Et surtout que gagneraient-ils les États-Unis dans une apocalypse au Proche et au Moyen-Orient ? Une partie de leurs alliés qui disparaîtraient de la terre ! Et le monde ne serait plus comme avant.

Précisément, non seulement le Congrès américain s’interposera, mais le lobby juif qui a un très fort ascendant sur le pouvoir américain, dont l’American Israël Public Affairs Comittee (AIPAC), la puissante Republican Jewish Coalition et son équivalent démocrate, le NJDC), les puissants banquiers de Wall Street et enfin Benyamin Netanyahu qui aura perdu de sa superbe, vont de tout leur poids intercéder pour Israël, amenant les États-Unis à mettre fin à la guerre. Ce sera désormais un nouveau monde qui apparaîtra après la guerre Iran-Occident.

Ce qu’il faut dire sur cette donne que, depuis l’avènement de l’arme nucléaire en 1945, toutes les puissances qui sont devenues des  » puissances nucléaires  » l’ont été par la force des choses, à commencer par l’URSS et la Chine. Ces pays cherchaient à se faire contrepoids mutuellement. Donc l’URSS et la Chine ont été poussées à l’être, il y allait de leur survie, de leur poids dans le monde. De même pour l’Angleterre et la France. Après la défaite cinglante à Suez en 1956 (ultimatum de l’URSS), et leur retrait d’Egypte, ces deux pays, ayant perdu la face devant l’Union Soviétique, sont devenus ensuite des puissances nucléaires. L’Inde face à la Chine aussi est devenue une puissance nucléaire, en 1998. Quelques jours après, c’est le Pakistan face à l’Inde. Là encore, la menace a prévalu. Israël et son complexe de Dimona, même principe, face au monde arabo-musulman. La Corée du Nord, en 2006, face à la Corée du Sud et son grand allié, les États-Unis. Aujourd’hui encore, l’Iran, une puissance nucléaire non déclarée face à Israël et les États-Unis. Il deviendra probablement demain une  » puissance nucléaire déclarée  » par la force des choses. L’Iran a déjà annoncé la maîtrise complète du cycle nucléaire. Tous ces pays ont été poussés pour une raison ou une autre, à s’armer de moyens nucléaires. L’Iran ne fera pas exception tant que l’embargo et les menaces de bombardements et d’invasion pèsent sur lui. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Si la Corée du nord est aujourd’hui une puissance nucléaire, cela ne veut pas dire que la Corée du Sud ne peut pas l’être. Et le Japon non plus. Simplement, ces pays n’y sont pas poussés, estimant l’  » arme nucléaire non-utile  » pour vivre pacifiquement avec leurs voisins. Malgré les litiges qui se posent pour le Japon et la Corée du Sud dans leurs aires respectives, ces deux pays ne sont pas tentés de passer ce seuil. Donc, chaque pays a une histoire et l’armement nucléaire est lié à cette histoire.

C’est dans cette vision de l’Histoire que cette étude se conclut en espérant qu’elle apporte un éclairage, une base de réflexion sur les conséquences géostratégiques et politiques que peuvent impliquer une guerre contre l’Iran. Une guerre asymétrique, conventionnelle ou nucléaire n’est pas une fatalité, elle n’est que ce qu’en font les hommes, et surtout les puissances. Un renouveau pointera peut-être pour les peuples des trois religions monothéistes qui comprendront que l’arme nucléaire, par la crainte qu’elle suscite, doit au contraire  » rassembler  » au lieu de  » diviser « . Que les richesses pétrolières du monde arabo-musulman et technologiques du monde chrétien et juif sont au contraire  » complémentaires « . Telle sera peut-être la finalité dans les frictions qui opposent aujourd’hui l’Occident au monde musulman.

Medjdoub HAMED

Officier de l’ANP en retraite (Forces Navales) Auteur et chercheur spécialisé en Economie Mondiale, Relations Internationales et Prospective.

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5180004
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5180087
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5180239

Notes :

*  » Les fondamentaux économiques de l’année 2013 « , par Nouriel Roubini. Project Syndicate

 » PROSPECTIVE : Pourquoi l’Occident et les pays pétroliers n’échapperont pas à une crise économique majeure ? « , par Medjdoub Hamed. www.sens-du-monde.com

URL de cet article 19629
http://www.legrandsoir.info/guerre-contre-l-iran-un-scenario-vers-le-chaos-ou-le-renouveau-de-l-occident-et-du-monde-arabo-musulman-1.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 mars, 2013 |Pas de commentaires »

NEGOCIATIONS SUR LE NUCLEAIRE IRANIEN: UN SIMPLE JEU DE RÔLES (AVIC /http://avicennesy.wordpress.com/)

Négociations sur le nucléaire iranien :

NEGOCIATIONS SUR LE NUCLEAIRE IRANIEN: UN SIMPLE JEU DE RÔLES (AVIC /http://avicennesy.wordpress.com/)  dans REFLEXIONS PERSONNELLES iran

Un simple Jeu de rôles

arton19643-56b2b AIEA dans REFLEXIONS PERSONNELLES
AVIC

Un round de plus vient de se terminer à Alma-Ata, au Kazakhstan, après 2 jours de discussion sur le Nucléaire iranien. Comme d’habitude, ils se sont séparés tous contents, se fixant d’autres rendez-vous. Tous gagnants. Qui sont les protagonistes ? Les deux habituels : l’Iran d’un côté, les six (les 5+1 qu’on ne présente plus) de l’autre, et un organisateur qui, comme pour les jeux olympiques, change d’une rencontre à l’autre. Le scénario est toujours le même, avec quelques coups de théâtre usés jusqu’à la corde mais qu’il est impossible de ne pas glisser par-ci par-là parce qu’ils sont attendus par tout le monde.

L’organisation d’abord. Comme pour les grands événements sportifs, des pays posent leur candidature pour avoir l’honneur et le privilège d’organiser la rencontre. Notons, en passant que le pays retenu est le premier gagnant. Le seul fait d’avoir été choisi lui confère une stature diplomatique en tant qu’acteur du maintien de la paix dans le monde. Il ne lui reste plus, pour renforcer cette position, qu’à gérer les éventuels couacs, que les deux challengers n’ont d’ailleurs aucun intérêt à provoquer.

Une fois que l’arène a été définie, les préparatifs commencent avec les ingrédients habituels. On ne comprend pas toujours tout, ni les rôles et les objectifs de chacun, mais, à force, on a fini par en retenir les grandes lignes. En premier lieu, le rôle de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) reste dans un flou entretenu. Ce vénérable organisme est-il un procureur, un avocat, un expert ou un simple témoin ? C’est un organisme international, donc censé être neutre. Mais, aujourd’hui, dans le domaine international, la neutralité n’est pas de ce monde. En tout cas, sa présence permanente en Iran et sur les sites nucléaires, avec ses inspections poussées et sa surveillance jamais vue nulle part ailleurs, lui permet de fournir une masse de rapports qui seront ensuite étudiés, commentés, analysés et interprétés, chacun y voyant ce qu’il a envie d’y voir. Comme si cela ne suffisait pas, régulièrement un rapport supplémentaire sorti d’on ne sait où, mais attribué à l’AIEA, vient se greffer aux autres, amenant des données sensées orienter les futurs débats. Ça fait partie du jeu.

Outre l’AIEA, il y a aussi Israël. Habituellement, avant chaque rencontre, Israël a pour rôle de faire monter la pression sur les deux protagonistes. Là aussi, les mêmes recettes sont utilisées. Une pincée de « encore plus de sanctions paralysantes ». Une larme de « Si vous ne faites rien, nous serons obligés d’envisager une frappe préventive ».Une lichette de « dans 6 mois au plus tard l’Iran sera doté de l’arme nucléaire ». Le tout enrobé de « menace pour Israël, donc pour le monde » et autres « apocalypses ». Rien de nouveau de ce côté, sauf pour la dernière rencontre où on constate un léger changement dans l’attitude d’Israël.

Les six, eux, justement parce qu’ils ne sont pas homogènes, poursuivent finalement un but commun : conserver le statu quo à la fin des pourparlers. Toute solution qui pourrait satisfaire l’un serait au détriment de l’autre. Alors, à quoi bon rechercher des solutions ? Toute modification du statu quo conduirait à revoir des politiques ayant été mises en place de longue date et sur lesquelles reposent déjà toutes leurs économies respectives. Ensuite, quand les uns ont besoin d’un ennemi perpétuel, les autres exploitent cela pour, d’une part, accuser leurs collègues d’irrationalité, et d’autre part, pousser leurs pions dans des partenariats privilégiés avec l’Iran d’où seront exclus les premiers. Bien sûr, toute cette mascarade n’empêche pas les déclarations tonitruantes assorties de menaces par les uns et de conseils bienveillants par les autres, tout le monde sachant à quoi s’en tenir.

Quant à l’Iran, il sait qu’il n’est qu’un joueur parmi les autres dans ce jeu de poker-menteur. Il sait également que son nucléaire ne figure, en aucune façon, parmi les vrais enjeux. Mais tant qu’il gagne, lui aussi, il joue. Car il a tout à gagner à suivre les règles du jeu. De quoi s’agit-il ? Les adversaires occidentaux s’appuient sur sa technologie nucléaire pour poursuivre un combat datant de Mossadegh, avec une petite fenêtre pendant les premiers temps du règne du Chah Mohamed Reza Pahlavi. Il n’y aurait pas eu le nucléaire, ils auraient trouvé autre chose, l’objectif étant de faire rentrer l’Iran dans les rangs et d’en finir avec sa théocratie. Or les iraniens n’ont aucune intention d’obtempérer aux désidératas des Etats-Unis et de ses alliés. Le bras de fer engagé depuis des années contre eux peut déboucher, à tout moment, sur un conflit armé ouvert. Ce que ne souhaite ni l’un, ni l’autre, pour le moment.

Le problème nucléaire est donc tout à fait le bienvenu car il présente de nombreux avantages. Outre les percées technologiques qui l’accompagnent, il permet à l’Iran de se positionner comme défenseur mondial du droit au nucléaire civil pour tous. Devant le harcèlement des Grands et les divers sabotages de son programme, son obstination lui confère une stature de premier résistant face à l’hégémonie et à l’arrogance de ces grands, dont 5 sont officiellement détenteurs de l’arme nucléaire. Mais les dirigeants iraniens savent aussi que les attaques répétées, tant médiatiques, économiques que subversives risquent de mener, tôt ou tard, à la déstabilisation du régime, véritable but des auteurs de ces attaques. C’est là qu’apparait à leurs yeux toute l’utilité des négociations avec les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne. Ces négociations permettent, en effet, à Téhéran de montrer à son peuple toute la fermeté de ses gouvernants face à ses ennemis, et ainsi souder un peu plus le peuple iranien autour de ses dirigeants, chaque rencontre se soldant par un match nul. Un match nul, seul contre tous les grands de ce monde, est une victoire. Une victoire à moindre frais.

A tous les coups l’on gagne. C’est la formule qui peut caractériser ces « sommets » à la fin desquels tout le monde rentre chez lui, content. Après chaque rencontre, les 5+1 auront testé l’effet des sanctions précédentes sur le moral des dirigeants iraniens et pourront déjà en envisager d’autres, tandis que les iraniens auront montré à leurs adversaires que plus il y aura de sanctions, plus les occidentaux s’éloigneront de leurs objectifs premiers. Quant à l’organisateur, s’il s’assure que toutes les règles permettant d’aboutir à ce résultat ont été respectées, il gagne le ticket pour une prochaine rencontre.

AVIC

http://avicennesy.wordpress.com/

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 mars, 2013 |Pas de commentaires »
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