LA MISERE QUAND TU LA REGARDES EN FACE…CELA NE TE FAIT RIEN ? (Dominique LE BOUCHER / legrandsoir.info)

La misère quand tu la regardes en face ça ne te
fait rien ?
LA MISERE QUAND TU LA REGARDES EN FACE...CELA NE TE FAIT RIEN ? (Dominique LE BOUCHER / legrandsoir.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES bazanna

Lettre ouverte à ces Messieurs

(Dominique LE BOUCHER)
C’est une question que je leur poserais si je pouvais les approcher les épouvantails nantis, les héritiers avec leurs costards haute couture, leurs bagouzes, leurs pompes croco et leurs parfums Champs-Élysées dressés frime et dominant le monde en plein milieu de nos champs de blé du jaune vif brûlant que Vincent le pauvre peintre de Groot-Zundert peignait si bien et leurs coquelicots debout dedans couleur du sang des serfs sans défense et fiers. C’était en 1890 dans l’asile d’aliénés de Saint Rémy de Provence où la misère l’avait conduit avant que tout ça ne finisse mal.

Sûr que je n’aurai pas l’occasion de la poser ma question vu que ce monde des féodaux des temps modernes j’en suis plus loin que mes ancêtres ouvriers paysans des vastes étendues sans horizon du Nord ne l’étaient des Comtes Rothschild sur leurs terres à une époque où Vincent lui, perdu au creux des plaines noires du Borinage dessine les mineurs de charbon et les hommes et les femmes des champs. C’était en 1888 l’année où l’arrière grand père le très vieux vraiment venait d’avoir 35 ans et comme tous les ouvriers paysans d’alors il rabattait le gibier pour les chasses à courre des maîtres. Et comme tous les ouvriers paysans il savait qu’il avait bien de la chance et il n’oubliait pas de remercier Monsieur le Comte hein ? C’était par delà Senlis ou Chantilly, les riches cités seigneuriales avec leurs domaines immenses et des forêts si abondantes si bourrées de gibier. Mais dans les plaines du Nord ces années là si tu ne travailles pas et que tu es né d’une famille d’ouvriers paysans pauvres tu es mort.

L’arrière grand père lui il avait eu 18 piges au moment où Monsieur Thiers faisait la chasse au Communards dans les fossés des fortifs de la Babylone écrasée et qu’il épinglait à sa boutonnière des petits ruisseaux de sang frais. Un bout de temps après 1871 à l’époque où Vincent partage l’existence quotidienne des mineurs du Borinage il n’existe rien qui te protège de la misère au travail, ni chômage ni retraite et pas un sou si grisou te chope au fond de la fosse, pas un sou pour tes tuyaux mités, pas un sou pour toutes les blessures du bas labeur, pour l’usure précoce des corps, pour la mort qui survient brutale. Il n’existe rien de ce pour quoi ces hommes et ces femmes durs à la tâche et que ces Messieurs croyaient résignés et soumis vont entrer en lutte du côté des ouvriers mineurs et puis des verriers de Carmaux, rien de ce pour quoi certains d’entre eux ont laissé leur peau face aux baïonnettes de la maréchaussée à Fourmies et ailleurs.

L’arrière grand père était né en 1853 il paraît, comme le pauvre Vincent dont il n’a jamais entendu parler sans doute, et comme tous les fils de paysans sans terres des grandes plaines du Nord il était journalier aux domaines de Monsieur le Comte qui embauchait aussi aux premières filatures construites sur ses propriétés, et c’était mieux de toute façon que de devoir descendre au fond. Il y en avait tant dans la famille des t’chiots gars qui étaient restés coincés à l’intérieur des tailles obscures scellés dedans leur suaire de charbon. Les paysans eux à force de s’échiner et d’obéir ils devenaient métayers parfois, toujours besognant les terres des autres et ils rendaient des comptes sur les moissons, sur les récoltes, sur les cueillettes, sur les troupeaux. Ils rendaient des comptes et ils rendaient l’argent de leur travail parce qu’ils étaient simplement des serfs modernes quoi, hein ?

Mes ancêtres c’était donc des ouvriers paysans qui sautaient de l’un à l’autre Hop là ! du champ à l’usine et de l’usine au champ bondissant de ci de là quand on les appelait, dociles et industrieux, toujours en quête du pain qui permettrait à la maisonnée de se remplir le ventre avec la soupe aux légumes du petit jardin.

L’arrière grand père marnait dur pour nourrir sa famille et quand l’usine n’embauchait pas l’hiver alors il partait avec son chien et son fusil sur les terres de Monsieur le Comte, et ses poteaux qui rabattaient avec lui avaient le droit d’embarquer les lièvres que les patrons ne mangeaient pas vu que c’était de la viande de pauvres qu’on appelait le bas gibier. Mais dans l’année 1870 où il vient tout juste d’avoir 17 ans c’est lui qui pourrait bien avec tous ses boutons de guêtres astiqués servir de gibier sans terrier, sans abri et sans fuite possible à ces Messieurs Commandants l’armée de Napoléon III qui a décidé le 19 juillet 1870 de déclarer la guerre à la Prusse car depuis toujours c’est couru c’est le peuple qui trinque à la mitraille Hop là !

Je ne sais pas si les miens ont été antimilitaristes parce que la misère ça veut dire d’abord penser à sauver sa peau hein ? Mais moi qui ai soutenu avec une jubilation complice les insoumis des années 1980 montant la nuit des murs en ciment prompt et en parpaings pour boucler l’entrée des TPFA avant la tenue des procès qui les condamnaient à trois ans de prison militaire, je sais que le tirage au sort pour le service de sept ans était la pire des calamités qui pouvait s’abatte sur le jeune paysan ouvrier qui tirait le mauvais numéro. Rares étaient ceux qui avaient de quoi régler au marchand d’hommes le remplaçant d’accord pour jouer le rôle du lièvre et pour se faire fourrer de pruneaux à leur place. Guerres de conquête d’Afrique, guerre de Crimée, guerre encore guerre toujours, le lièvre court devant les chasseurs il n’a jamais eu le choix. Et les autres fils d’ouvriers fabriquent les fusils Chassepot qui le tuent dans les usines d’armes de ces Messieurs !

C’est qu’il fallait 1200 francs pour payer celui qui se vendait ainsi gibier à misère, alors peut être que l’arrière grand père qui n’avait pas le sou est parti cheminot sur la route direction Paris ou plutôt sa drôle de périphérie ainsi qu’on avait coutume de faire quand on avait dix sept ans, qu’on était le fils aîné d’une famille de paysans ouvriers des années 1870 et que les sept frères et sœurs étaient autant de bouches à nourrir, afin d’aller se louer ici ou là qui sait ?

La misère quand tu la regardes en face ça te fait quoi ?

Il m’a fallu bien du temps pour piger à mon tour que l’histoire des paysans sans terre n’est faite que de cheminements, d’exils et de voyages afin d’aller gagner son pain et que l’attachement à leur pays de ceux qu’on appelait alors du joli nom de paysan est quelque chose qui fait mal quand la misère contraint à l’errance et au dépaysement. La route je l’ai prise un siècle plus tard à mon tour en sens inverse avec d’autres enfants d’ouvriers des années 70 revenus des heures d’intérim sur les chaînes d’emballage à la Kréma Hollywood des Lilas ou chez l’Oréal à Auber. Nous avons suivi la piste du Sud à travers le plateau du Causse du Larzac en colère pour aller travailler du côté de Remoulins dans les interminables vergers de cerisiers et aussi d’abricotiers et de pêchers de l’Ardèche aux saisons qui précédaient le cueillette de la lavande et le turbin aux alambics de distillation de la Drôme.

Et puis on a mis la main aux vendanges dans la vallée du Rhône et comme ces Messieurs trouvaient en nous de bons et enthousiastes journaliers on a continué avec les coupures au bout de nos doigts maladroits et gourds par la taille de l’hiver sur les kilomètres de pommiers des domaines autour de Montpellier, avant que de retour au nord de la Provence – ce goût de l’éternel va et vient Hop là ! – on finisse de se geler les paumes tout au long de la récolte des olives. Ce que nous cherchions en menant cette étrange transhumance nous qui n’avions ni jardin ouvrier, ni poulailler, ni cabanes à lapins pour enchanter nos enfances de banlieue, c’était une trace perdue effacée par cinquante années de laminage industriel qui avait fait de la mémoire de nos vieux une tôle lisse et vierge, une filiation qui n’existait pas et dont ils n’avaient aucune intention de susciter chez nous la résurgence imaginaire.

Je ne saurai pas quand la transmission du savoir faire paysan et ouvrier a été rompue ni si cela s’est passé avec la brutalité qui a mené les miens à s’installer dans les cités poussant partout autour des baraques de la zone d’Aubervilliers à partir des années 50, ou si ça s’est fait tout doucement avec la perte de la culture populaire et l’insinuation habile que contes, récits, traditions, histoire sociale et commune appartenaient au passé des masses analphabètes ne méritant que l’oubli.

Avant que mon vieux ne passe l’arme à gauche rongé tout cru par un cancer aux éponges, lui qui n’avait fait que prendre l’air pourtant, lui le marneur des chantiers s’il en avait vu monter à 69 printemps des cités d’urgence et des cités de transit et encore et encore des tours et des barres qui ont formé les citadelles des images défilantes de nos enfances des quartiers, on en causait souvent des années où le turbin ne manquait pas entre les mâchoires de la géante croqueuse de mains d’ouvriers. C’est pas qu’il soit loquace lui qui avait commencé l’année suivant le certif loupé de justesse à cause de cette fichue réponse qu’il avait donnée à la question du devoir d’histoire sur la fameuse année 1871, à décharger les sacs de ciment des remorques sur les chantiers… Hop là ! Mais il suffisait que je fasse allusion à cette date furieuse où Thiers avait cru pouvoir retirer au peuple de Paris ses armes et ses canons pour qu’il enfonce d’un coup d’épaule le mur de plâtre de sa guitoune recrépi chaque jour d’une couche de silence.

18 mars 1871 donc… Les dates chez nous dans les familles prolétaires c’est toute une affaire parce qu’on dirait que celles dont on se souvient, celles qui comptent, ce ne sont pas les mêmes que celles des personnes qui n’ont pas besoin de leurs paluches pour être recrutées par les contremaîtres des chantiers et des usines comme si on avait une histoire différente qui n’est écrite nulle part si on veut. Selon la classe sociale d’où on est issu, on en fait partie ou pas de cette histoire officielle enseignée dans les écoles aux fils des pauvres comme aux fils des riches depuis le 28 mars 1882. Mais l’arrière grand père lui chose extraordinaire pour cette époque, savait lire écrire et compter et c’est à cause de lui que mon vieux l’a loupé son certif !

Arrivé dans les faubourgs de la ville forteresse au printemps 1870 après avoir fait le chemin à pieds dormant dans les fossés et mangeant on ne sait quoi, le jeune paysan de 17 ans va durant les huit mois que dure la guerre contre la Prusse s’embaucher à la fois dans une ferme d’Argenteuil et dans une autre située sur la commune d’Aubervilliers, ce qui lui permettra sans doute de ne pas mourir de faim pendant le siège de Paris.

Il me semble que c’est seulement au bout de pas mal d’années d’écriture que j’ai flairé le rapprochement qui existait entre les Carnets de Route de l’arrière grand père et les signes égarés d’une paysannerie solidaire que nous avions trouvés parmi les rebelles du plateau du Larzac à force de rêves obstinés et d’acharnement dans notre quête passionnée d’un monde auquel nous relier. Grâce au serment des 103 familles de bergers et d’agriculteurs du Causse de ne jamais se séparer au cœur du combat, la lutte commune contre l’expropriation des terres autour du village de La Cavalerie a pu s’organiser en fédérant des gens venus de partout dont le but partagé était de réussir à mettre en échec l’armée et ses maîtres.

Et à la fête des Moissons Tiers monde le 18 août 1974 l’âme des paysans de la terre, la Pachamama bienveillante qui ouvre la conscience des hommes était à nos côtés.

Et toujours la coïncidence des dates touchant ceux qui sont d’un certain côté de l’histoire. C’est le fait que les élections municipales en mars 1971 aient été gagnées par la liste de droite soutenant l’extension du camp militaire qui va donner le signal de la résistance. Nous autres les néo ruraux allions tenir ainsi sautillant entre les villages communautaires des Cévennes et les vignobles et vergers qui appartenaient à de gros propriétaires socialistes du Languedoc et du Rhône, embauchés à la tâche par ces Messieurs, payés à la caisse de tomates ou de melons ramassés chaque fin de semaine, parmi une population d’ouvriers agricoles marocains espagnols et portugais jusqu’aux années 80… Hop là !

Je ne sais pas pourquoi à chaque fois que je regarde les images en noir et blanc du documentaire Aubervilliers d’Eli Lotar et Jacques Prévert si proches de la mémoire que j’ai des années de boue sautillant à ma poursuite quand nous autres les gamins des premières cités HLM nous agrippions au grillage entourant les cabanes des prolétaires des années 60 où il était interdit d’aller voir, il y a une grosse boule de pleurs qui m’éclate en dedans pareille à une lessive énorme en train de forcer les cuisses mousseuses du fleuve. “ Gentils enfants d’Aubervilliers… Gentils enfants des prolétaires… ” Oui c’est bien ça, on est sorti nous autres de ce recoin criblé de cheminées en briques rouges qui saignaient de petits caillots de charbon et de prodigieuses pestilences juste avant que ceux qui ont trimé pendant un siècle à la belle ouvrage ne soient devenus inutiles et mis au rancart.

Et je ne peux pas oublier les paroles simples et sans amertume des anciens ouvriers qui à la fin de la guerre n’avaient plus pour s’abriter que leur bicoque de jardin où les objets chers à leur existence buvaient la pluie par les tôles percées des toits souhaitant la bienvenue aux vents dans leurs palais de paille.

Ce sont eux qui font résonner mon corps du tam tam d’une douleur populaire dont j’ai reçu l’héritage dans ma peau, dans mes tripes, dans mes mains nues.

Ce fil d’un récit que j’ai tant de mal à écrire et qui ne survient qu’en fragments brisés me fait songer aux mots du griot malien Djibril Tamsir Niane qui se rit de l’Occident où seul ce qui est écrit “ noir sur blanc ” a valeur de témoignage historique et de récit digne de foi, alors que les griots qui s’appellent eux ¬mêmes les sacs à paroles sont les documents parlants des peuples d’Afrique.

Mais l’arrière grand père lui il savait écrire – parce que la famille qui était très religieuse l’avait mis au catéchisme et que le curé l’avait sorti de l’ignorance naturelle des pauvres… disait ma mère… vu qu’il était intelligent et curieux il avait bien appris tout seul… répliquait mon père.

En tout cas une fois quitté les siens le jeune paysan va tenir un Carnet de Route écrit au crayon de papier où il note au jour le jour ce qui le touche et le concerne de septembre 1870 peu après le début du grand carnage jusqu’à la journée du 18 mars 1871 qui voit la proclamation de la Commune de Paris.

C’est ainsi que mon vieux a hérité sans rien demander des dix pages incroyablement sauvées de l’incurie familiale que son paternel lui a refilées au milieu d’un fatras de photos et de papiers à moitié effacés.

En déchiffrant les phrases tracées soigneusement il allait apprendre que la première décision des Partageux avait été de déclarer une remise générale des quittances de loyers pour toute la durée du siège et jusqu’en juillet 1871 afin de soulager les plus pauvres. C’est même par ces mots que s’achevait le Carnet de Route de l’arrière grand père. Mon vieux les avait recopiés de mémoire en réponse à la question d’histoire du certif : “ Racontez l’année 1871 et la guerre franco prussienne. ” On lui avait rendu sa page quadrillée biffée de traits rouges et accompagnée d’un zéro qui lui faisait dire qu’à 13 ans il était devenu communard.

Carnet de Route : “ 16 septembre 1870 les nôtres font sauter les ponts d’Argenteuil au Petit Gennevilliers… Fin d’octobre on a plus droit qu’à 50 grammes de viande par personne à la journée…

30 octobre plus de viande aux boucheries municipales on ne touche que du suif… Novembre au marché Place de l’Hôtel de Ville on y vend des rats… A la mi novembre des femmes et des t’chtiots affamés courent de l’autre côté des forts que tiennent les Gardes Nationaux pour quêter leur pain dans la plaine de Bondy… On tue les éléphants du Grand Jardin pour les manger…

Début de décembre n’y a plus de pain ! On réquisitionne la farine et on mène les chevaux et les ânes aux boucheries… Y a plus de bois et plus de charbon…

Mi décembre 1870 y fait 14° à l’aube Fort d’Aubervilliers… 23 et 24 décembre des soldats qui renforcent les défenses à Saint Denis et à Epinay sont péris gelés… Fin décembre on paie un rats 3 francs…

Mi janvier 1871 la pain est rationné à 300 grammes par personne la journée… Ont dit que c’est du pain plutôt c’est de la paille ! On réquisitionne le seigle et l’avoine… ”

Mon vieux lisait les pages avec la voix qui tremblait un peu et son accent des faubourgs et des gars d’Auber. Jamais dans le fil du récit qui alignait les faits du quotidien égrenant la misère des gens l’arrière grand père ne causait de lui.

A un moment pas forcément le même, mon vieux s’arrêtait et il fourrait les feuillets dans la poche de son bleu qu’il gardait aussi quand il ne trimait pas aux chantiers. Cette lecture et les deux ou trois commentaires qui l’accompagnaient c’est l’unique rituel auquel j’ai eu droit et le Carnet de Route du jeune paysan ouvrier de 17 ans a disparu avec la suite de l’histoire des miens que personne ne m’a racontée.

- Tu étais communiste quand tu travaillais aux chantiers ?
- Communiste… Partageux… comme tout l’monde aux usines et aux chantiers…
- Non pas tout l’monde… elle grognonait ma mère en haussant les épaules.
- Comme tout l’monde qui trahit pas sa classe… il répétait mon père. Si t’es ouvrier t’es communiste tu partages avec les camarades c’est tout… sinon t’es un jaune… et le vieux tournait le dos et il s’en allait.

Il y a longtemps que ceux qui ont vu pousser au milieu des champs de la périphérie les bidonvilles de La Campa à La Courneuve et des Francs¬ Moisins à Saint Denis ou bien celui d’Auber au Chemin du Halage le nôtre qui étalaient leurs cabanes entre tôles cerfvolantes sous les grands vents chauds survenant d’Afrique et les étroits chemins de boue à l’hivernage, les anciens enfants de la zone devenus les derniers rêveurs de la Banlieue Rouge éteinte n’ont plus d’histoire commune à partager.

Il y a longtemps qu’ils sont partis ceux qui ont monté sur leur dos et à mains nues un monde dont ils croyaient qu’ils pourraient toujours être fiers. Ils se retrouvaient à la sortie de l’équipe du soir de l’usine Saint Gobain ou de la Manufacture d’allumettes au creux des odeurs d’acide et des feux follets soufrés qui brumaient sur le Landy au bord du canal en gouttelettes rongeuses au bistrot Chez Abderrhamane ou chez Saïd pour faire couler la crasse au fond de la gorge. Ils ne se doutaient pas qu’ils étaient les seigneurs d’un monde de feu, d’acier et de grande rumeur qui cinquante ans plus tard aurait disparu avec ses rituels et ses drames magnifiques.

C’était en 1946 dix ans après ces fameuses années 36 quand le Groupe Octobre s’appelait théâtre d’action populaire et jouait Citroën dans les cours des usines en grève au milieu des ouvriers sous le tarbouif du patron claquant tout le pognon de sa jolie rente offerte par les prolétaires au jeu des casinos, que Prévert faisait dire à Arletty devenue Garance dans Les enfants du paradis : “ Vous êtes extraordinaire, Edouard ! Non seulement vous êtes riche, mais encore vous voulez qu’on vous aime comme si vous étiez pauvre !

Et les pauvres, alors ? Soyez un peu raisonnable, mon ami. On ne peut tout de même pas tout leur prendre, aux pauvres ! ” Si justement on peut tout leur voler aux pauvres même leur mort qu’ils ont choisi comme leur vie digne et solitaire.

La dernière fois que je suis allée rendre visite au pauvre grand Vincent dans le cimetière d’Auvers tout en haut d’une de ces collines du Vexin couverte de champs de blés mûrs et de coquelicots sanglants, il y avait des imbéciles en train de se photographier hilares contre la pierre qui porte son nom et celui de Théo. Hop là !

Le 21 décembre 2012 c’est une de ces dates qui compte dans l’histoire des peuples comme l’a dit le Sous commandant insurgé Marcos auprès de tous ses compagnons silencieux venus écouter depuis les montagnes du Sud Est Mexicain “ le son de votre monde en train de s’effondrer et celui du nôtre qui resurgit… ”

Mais ces Messieurs n’ont jamais eu d’oreilles pour entendre la misère craquer à leurs entournures ni la joie nouvelle jaillir des camus en colère. Ils n’ont jamais eu d’yeux pour voir les Canuts allant sans chemises et leur tendant le poing ni les femmes courbées des filatures tissant leurs linceuls. Ils n’ont jamais eu de mains pour faire les moissons au temps du blé coulant chaud ocre et abondant comme fleuve entre les paumes nues des paysans ouvriers sautant très haut par dessus les gerbes de la Saint Jean, la poussière d’or du soleil couvrant légère leurs épaules.

Jusqu’ici je n’avais pas compris ce que voulait dire mon vieux qui me répétait encore avant d’aller rejoindre le pauvre Vincent sur l’autre rive de la nuit étoilée :

“ Y’en a qui trahissent leur classe et ils le savent même pas… ” Maintenant me semble que j’ai pigé.

La misère quand tu la regardes en face ça ne te fait rien ?

Dominique LE BOUCHER

Paris, Vendredi, 21 décembre 2012

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 4 janvier, 2013 |Pas de commentaires »

L’ENVIRONNEMENT BLESSE PAR LES CONFLITS ARMES (Rouba NAAMAN / Novethic 2008)

L’environnement blessé

par les conflits armés

L'ENVIRONNEMENT BLESSE PAR LES CONFLITS ARMES (Rouba NAAMAN / Novethic 2008) dans REFLEXIONS PERSONNELLES depleted-uranium1Munitions à l’URANIUM « appauvri »

Publié le 20-03-2008

Rouba NAAMAN (Novethic)

Les populations ne sont pas les seules victimes des guerres. Dans la violence des combats, la nature est souvent mise à mal par les belligérants. Des prémices de la guerre aux situations post-conflit, en passant par toutes les étapes des combats, l’environnement subit les dégâts collatéraux des luttes politiques. Et avec lui, les générations suivantes, qui doivent vivre dans une nature détruite.

Lorsqu’on associe guerre et environnement, l’exemple le plus poignant reste Hiroshima. Cette catastrophe humaine, issue de la folie guerrière, laisse une terre à jamais marquée par l’explosion de la bombe nucléaire. De même, dans la quasi-totalité des conflits, l’environnement est une victime parmi les autres. Il est blessé par des armes chimiques, surexploité par des populations en mouvement, ou tout simplement oublié dans des pays meurtris en fin de conflit. Si l’aide aux populations reste une priorité, le traitement des conséquences environnementales de la guerre n’est pas à négliger. « Ici, dans le confort de la paix, nous pouvons en sérénité examiner ces questions, mais le temps presse, et les esprits ne sont pas tous sensibles à l’urgence environnementale » affirmait Marie-Christine BLANDIN, sénatrice verte du Nord, en ouverture d’une conférence sur le lien entre guerre et environnement.

Quand l’environnement déclenche le conflit

« Il y a une corrélation très forte entre l’état de l’environnement et la guerre » insiste Daniel RICHARD, président du WWF. Une dégradation de l’environnement est d’ailleurs souvent la cause du déclenchement de conflits politico-économiques. Les exemples du Darfour et du Moyen-Orient, où l’eau est l’objet de toutes les convoitises, pourrait bientôt s’appliquer à l’Inde, le Pakistan et de nombreuses régions d’Afrique. Les forêts sont disputées par les états voisins en Amérique latine et en Asie. Dans un monde où la population croît exponentiellement, et où la désertification menace certaines zones cultivables, les terres arables prennent la valeur de l’or. D’après le World Watch Institute, les ressources naturelles ont motivé, exacerbé ou financé un quart des cinquante derniers conflits armés.

Lorsqu’ils ne déclenchent pas les guerres, les éléments environnementaux créent souvent des tensions précurseurs aux conflits. Le réchauffement climatique, modifiant la géographie de nombreuses régions, en particulier les îles et les littoraux, pousse les populations à se déplacer massivement. « Des centaines de millions de gens pourraient perdre leurs terres » explique François GRUNEWALD, président du groupe Urgence Réhabilitation Développement (URD) et membre de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme« La situation est explosive. Reviendra-t-on aux guerres préhistoriques où l’on se battait pour les zones de chasse ? » ironise-t-il.

Une victime parmi les autres

Les dégâts de la guerre s’étendent bien au-delà des atteintes à la population. 

« Tous les conflits armés ont un impact sur l’environnement » constate Silja HALLE, chargée de communication du Post-Conflict and Disaster Management Branch du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

La pluie de bombes qui s’abat sur les champs de bataille meurtrissent les terres et les rendent infertiles. Lors de la guerre au Liban à l’été 2006, le sud du pays a été parsemé de bombes à sous-munition, et aujourd’hui les terres agricoles ne sont toujours pas exploitables. Dans ce même conflit, la destruction par l’armée israélienne d’une centrale électrique sur la côte libanaise a provoqué une marée noire qui empoisonne encore l’écosystème de la région.

Durant la seconde guerre du Golfe, les forces américaines ont trouvé un moyen « simple » de recycler les sous-produits de leur industrie nucléaire, en envoyant sur l’Irak des milliers d’obus remplis d’uranium « appauvri ». Bilan :« L’environnement de l’Irak est aujourd’hui totalement détruit » affirme Claude-Marie VADROT, journaliste et auteur de « Guerres et environnement, panorama des paysages et des écosystèmes bouleversés ». Le Kosovo aurait également été victime de ce procédé.

Dans l’arsenal de guerre, on compte également les armes chimiques, dont la destruction n’est toujours pas terminée. « A la suite de la Première Guerre Mondiale, les armes chimiques sont devenues taboues » explique Stephan ROBINSON, coordinateur du Programme « Héritage de la Guerre froide » au Green Cross International. Il en resterait pourtant près de 40000 tonnes en possession de la Russie, et 28000 aux Etats-Unis.

Détruire l’environnement, une arme

Mais comme le dit Daniel RICHARD, « la destruction de l’environnement peut aussi être un moyen de guerre », une sorte de politique de la terre brûlée moderne. La dioxine, mieux connue sous le nom d’Agent Orange, a été utilisée au Vietnam pour déforester et empêcher les combattants de se cacher dans le maquis. La population s’est ainsi vu privée de sa principale source de nourriture. « Tout ce qui caractérisait la vie et sa transmission aux générations suivantes a été complètement anéanti par l’Agent Orange » explique Jacques MAITRE, socioanthropologue. Car en modifiant leur environnement, on force les populations à bouleverser leur mode de vie. Plus classiquement, la déforestation en Afghanistan, ou l’abattage d’oliviers centenaires à Gaza est un moyen efficace pour appauvrir les peuples combattus. Depuis de nombreuses années en Colombie, l’Etat fumige du Round Up sur les forêts, prétendument pour détruire les plantations illicites de coca, mais surtout pour lutter contre les milices des FARC qui se déplacent régulièrement.

Indirectement aussi, l’environnement est bouleversé lors des guerres. Les routes sont coupées, les moyens de circulation limités, donc les populations confinées sont obligées de surexploiter les ressources naturelles qui les entourent. « De même, si les alentours sont minés, les villageois sont isolés et doivent se nourrir de ce qu’ils ont sur place » explique François GRUNEWALD.

Dans la situation inverse, lors des grands déplacements de population, les zones dans lesquelles s’entassent les réfugiés sont également surexploitées. Répondre aux besoins des civils peut également s’avérer coûteux. « Les opérations d’assistance humanitaire, bien qu’indispensables, augmentent les besoins et les dégâts environnementaux » explique Silja HALLE.

Punir l’écocide

A la fin du conflit, dans les pays ébranlés, l’environnement est tout sauf une priorité. « Les institutions environnementales ne fonctionnent plus et il est impossible de mettre les considérations environnementales dans l’agenda politique » déplore Silja HALLE.

Déforestation sauvage et surexploitation des ressources énergétiques ou minières sont alors monnaie courante. Certains états ont profité d’une situation de non-droit post-conflit, dans plusieurs pays d’Afrique, notamment la Côte d’Ivoire et la Somalie, pour y envoyer leurs déchets.

A tous les stades du conflit, la destruction de l’environnement reste impunie. Le terme d’ »écocide », sorte de crime de guerre contre la nature, est apparu, mais n’a pas été introduit dans les conventions internationales. Les spécialistes s’accordent pour réclamer la création d’une organisation mondiale dédiée au sujet, pour « remettre le droit international au cœur de la gestion des conflits » explique François GRUNEWALD. Et pour éviter ainsi aux populations de souffrir sur plusieurs générations.

Rouba NAAMAN 
© 2008 Novethic 
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 24 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

GAZA: LA GUERRE…MERCI ISRAEL ! ARMES A FRAGMENTATION, ARMES AU PHOSPHORE, ARMES A L’URANIUM « APPAUVRI »…A VOMIR !

GAZA:

GAZA: LA GUERRE...MERCI ISRAEL ! ARMES A FRAGMENTATION, ARMES AU PHOSPHORE, ARMES A L'URANIUM La guerre…Merci ISRAEL !

Armes à fragmentation

Armes au phosphore

Armes à l’uranium « appauvri »…

A VOMIR !

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

APOCALYPSE SELON SAINT JEAN…CROYANT OU NON, C’EST TROUBLANT…

APOCALYPSE SELON SAINT JEAN

APOCALYPSE SELON SAINT JEAN...CROYANT OU NON, C'EST TROUBLANT... dans REFLEXIONS PERSONNELLES apocalypse2 (Chapitre 16 – chapitre 22)

 APOCALYPSE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

 Et j’entendis une voix qui, du temple, criait aux sept Anges :

 » Allez, répandez sur la terre les sept coupes de la colère de Dieu. «  (16)

 LA CITÉ, LES ROIS, LES HOMMES

Et l’un des 7 anges qui tenaient les 7 coupes s’avança et me parla en ces termes: Viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui réside au bord des océans. Avec elle les rois de la terre se sont prostitués, et les habitants de la terre se sont enivrés du vin de sa prostitution. Alors il me transporta en esprit au désert.

LA CITÉ :

MÈRE DES PROSTITUÉS ET DES ABOMINATIONS

DE LA TERRE

Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, couverte de noms blasphématoires, et qui avait 7 têtes et 10 cornes.

La femme, vêtue de pourpre et d’écarlate, étincelait d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d’or pleine d’abominations: les souillures de sa prostitution. Sur son front un nom était écrit, mystérieux: Babylone la grande, mère des prostitués et des abominations de la terre. Et je vis la femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. A sa vue je restai confondu. Alors l’ange me dit: pourquoi cette stupeur ? Je te dirai le mystère de la femme et de la bête aux 7 têtes et aux 10 cornes qui la porte.

LA BÊTE, LES 7 TÊTES, ET LES 10 CORNES

La bête que tu as vue était, mais elle n’est plus. Elle va monter de l’abîme et s’en aller à la perdition. Et les habitants de la terre, dont le nom n’est pas écrit, depuis la fondation du monde, dans le livre de vie, s’étonneront en voyant la bête, car elle était, n’est plus, mais reviendra.

C’est le moment d’avoir l’intelligence que la sagesse éclaire : Les 7 têtes sont les 7 montagnes où réside la femme. Ce sont aussi 7 rois. 5 d’entre eux sont tombés, le 6ème règne, le 7ème n’est pas encore venu, mais quand il viendra, il ne demeurera que peu de temps.

La bête qui était et qui n’est plus, est elle-même un 8ème roi. Elle est du nombre des 7 et s’en va à la perdition.

Les 10 cornes que tu as vues sont 10 rois qui n’ont pas encore reçu la royauté, mais, pour une heure, ils partageront le pouvoir royal avec la bête. Ils n’ont qu’un seul dessein: mettre au service de la bête leur puissance et leur pouvoir. Ils combattront l’agneau et l’agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, et avec lui les appelés, les élus et les fidèles vaincront aussi.

L’ACCOMPLISSEMENT DE LA BÊTE

Puis il me dit: Les eaux que tu as vues, là où réside la prostituée, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues. Les 10 cornes que tu as vues et la bête haïront la prostituée, elles la rendront solitaire et nue. Elles mangeront ses chairs et la brûleront au feu. Car Dieu leur a mis au coeur de réaliser son dessein, un même dessein: mettre leur royauté au service de la bête jusqu’à l’accomplissement des paroles de Dieu. Et la femme que tu as vue, c’est la grande cité qui règne sur les rois de la terre. (17)

 LA CHUTE

UN MONDE IMPUR

Je vis ensuite un autre ange descendre du ciel. Il avait un grand pouvoir et la terre fut illuminée de sa gloire. Il s’écria d’une voix forte: Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande. Elle est devenue demeure de démons, repaire de tous les esprits impurs, repaire de tous les oiseaux impurs et odieux. Car elle a abreuvé toutes les nations du vin de sa fureur de prostitution; les rois de la terre se sont prostitués avec elle, et les marchands de la terre se sont enrichis de la puissance de son luxe.

PÊCHÉS ET FLÉAUX  

Et j’entendis une autre voix qui, du ciel, disait: Sortez de cette cité, ô mon peuple, de peur de participer à ses péchés, et de partager les fléaux qui lui sont destinés. Car ses péchés se sont accumulés jusqu’au ciel, et Dieu s’est souvenu de ses injustices. Payez-la de sa propre monnaie, rendez-lui au double ce qu’elle a fait. Dans la coupe où elle a mêlé ses vins, mêlez-en pour elle le double. Autant elle s’est complu dans la gloire et le luxe, autant rendez-lui de tourment et de deuil. Puisqu’elle dit en son coeur: je trône en reine et ne suis point veuve, jamais je ne verrai le deuil. A cause de cela viendront sur elle, en un seul jour, les fléaux qui lui sont destinés: mort, deuil, famine, et elle sera consumée par le feu. Car puissant est le Seigneur Dieu qui l’a jugée.

LE TEMPS DES LAMENTATIONS

MALHEUR ! MALHEUR ! 

Apocalypse APOCALYPSE SELON SAINT JEAN

Alors ils pleureront et se lamenteront sur elle, les rois de la terre qui ont partagé sa prostitution et son luxe, quand ils verront la fumée de son embrasement. Ils se tiendront à distance par crainte de son tourment, et ils diront: Malheur ! Malheur ! Ô grande cité, Babylone cité puissante, il a suffi d’une heure pour que tu sois jugée !

Et les marchands de la terre pleurent et prennent son deuil, car nul n’achète plus leurs cargaisons, cargaisons d’or et d’argent, de pierres précieuses et de perles, de lin et de pourpre, de soie et d’écarlate; bois de senteur, objets d’ivoire, de bois précieux, de bronze, de fer ou de marbre, cannelle et amome, parfums, myrrhe et encens, le vin et l’huile, la fleur de farine et le blé, les boeufs et les brebis, les chevaux et les chars, les esclaves et les captifs.

Le fruit que désirait ton âme s’en est allé loin de toi. Tout ce qui est raffinement et splendeur est perdu pour toi. Jamais plus on ne le retrouvera. Les marchands qu’elle avait enrichis de ce commerce, se tiendront à distance par crainte de son tourment.

Dans les pleurs et le deuil, ils diront: Malheur ! Malheur ! La grande cité, vêtue de lin, de pourpre et d’écarlate, étincelante d’or, de pierres précieuses et de perles, il a suffi d’une heure pour dévaster tant de richesses ! Et tous les pilotes, tous ceux qui naviguent dans les parages, les marins et tous ceux qui vivent de la mer, se tenaient à distance, et s’écriaient en voyant la fumée de son embrasement: Quelle cité était comparable à la grande cité ? Ils se jetaient de la poussière sur la tête, poussaient des cris de larmes et de deuil en disant: Malheur ! Malheur ! La grande cité dont l’opulence a enrichi tous ceux qui ont des vaisseaux sur la mer, il a suffi d’une heure pour qu’elle soit dévastée ! Réjouis-toi de sa ruine, ciel ! Et vous aussi, les saints, les apôtres et les prophètes, car Dieu, en la jugeant, vous a fait justice.   (18)

LE JUGEMENT

ALLÉLUIA ! 

 ECONOMIE

Alors un ange puissant saisit une pierre comme une lourde meule et la précipita dans la mer en disant: avec la même violence sera précipitée Babylone, la grande cité. On ne la retrouvera plus. Et le chant des joueurs de harpe et des musiciens, des joueurs de flûte et de trompette, on ne l’entendra plus chez toi. Aucun artisan d’aucun art ne se trouvera plus chez toi. Et le bruit de la meule, on ne l’entendra plus chez toi. La lumière de la lampe ne luira plus chez toi. La voix du jeune époux et de sa compagne, on ne l’entendra plus chez toi, parce que tes marchands étaient les grands de la terre, parce que tes sortilèges ont séduit toutes les nations et que chez toi on a trouvé le sang des prophètes, des saints et de tous ceux qui ont été immolés sur la terre. (18)

Ensuite j’entendis comme la grande rumeur d’une foule immense qui, dans le ciel, disait: alléluia ! Le salut, la gloire et la puissance sont à notre Dieu. Car ses jugements sont pleins de vérité et de justice. Il a jugé la grande prostituée qui corrompait la terre de sa prostitution, et il a vengé sur elle le sang de ses serviteurs. Et de nouveau ils dirent: alléluia ! Et sa fumée s’élève aux siècles des siècles.

Les 24 anciens et les 4 animaux se prosternèrent, ils adorèrent le Dieu qui siège sur le trône et dirent: amen. Alléluia! Alors sortit du trône une voix qui disait: louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, vous qui le craignez, petits et grands! Et j’entendis comme la rumeur d’une foule immense, comme la rumeur des océans, et comme le grondement de puissants tonnerres.

Ils disaient: alléluia! Car le Seigneur, notre Dieu Tout-Puissant, a manifesté son Règne. Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse et rendons-lui gloire, car voici les noces de l’agneau. Son épouse s’est préparée, il lui a été donné de se vêtir d’un lin resplendissant et pur, car le lin, ce sont les oeuvres justes des saints.

Un ange me dit: écris ! Heureux ceux qui sont invités au festin des noces de l’agneau ! Puis il me dit: Ce sont les paroles mêmes de Dieu. Alors je me prosternai à ses pieds pour l’adorer, mais il me dit: Garde-toi de le faire ! Je suis un compagnon de service, pour toi et pour tes frères qui gardent le témoignage de Jésus. C’est Dieu que tu dois adorer, car le témoignage de Jésus, c’est l’esprit de la prophétie. (19)

LE COMBAT

 ENVIRONNEMENT

Alors je vis le ciel ouvert: c’était un cheval blanc, celui qui le monte se nomme Fidèle et Véritable. Il juge et il combat avec justice. Ses yeux sont une flamme ardente; sur sa tête, de nombreux diadèmes, et, inscrit sur lui, est un nom qu’il est seul à connaître.

Il est revêtu d’un manteau trempé de sang, et il se nomme: la Parole de Dieu. Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues d’un lin blanc et pur. De sa bouche sort un glaive acéré pour en frapper les nations. Il les mènera paître avec une verge de fer, il foulera la cuve où bouillonne le vin de la colère du Dieu Tout-Puissant. Sur son manteau et sur sa cuisse il porte un nom écrit: Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Alors je vis un ange debout dans le soleil. Il cria d’une voix forte à tous les oiseaux qui volaient au zénith: venez, rassemblez-vous pour le grand festin de Dieu, pour manger la chair des rois, la chair des chefs, la chair des puissants, la chair des chevaux et de ceux qui les montent, la chair de tous les hommes, libres et esclaves, petits et grands. Et je vis la bête, les rois de la terre et leurs armées, rassemblés pour combattre le cavalier et son armée.

La bête fut capturée, et avec elle le faux prophète qui, par les prodiges opérés devant elle, avait séduit ceux qui avaient reçu la marque de la bête et adoré son image. Tous 2 furent jetés vivants dans l’étang de feu embrasé de soufre. Les autres périrent par le glaive qui sortait de la bouche du cavalier, et tous les oiseaux se rassasièrent de leurs chairs. (19)

LE RÈGNE DES 1.000 ANS

LA 1ÈRE RÉSURRECTION

Alors je vis un ange qui descendait du ciel. Il avait à la main la clé de l’abîme et une lourde chaîne. Il s’empara du dragon, l’antique serpent, qui est le Diable et Satan, et l’enchaîna pour 1.000 ans. Il le précipita dans l’abîme, qu’il ferma et scella sur lui, pour qu’il ne séduise plus les nations jusqu’à l’accomplissement des 1.000 ans. Il faut, après cela, qu’il soit relâché pour un peu de temps.

Et je vis des trônes. A ceux qui vinrent y siéger, il fut donné d’exercer le jugement. Je vis aussi les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et de la parole de Dieu, et ceux qui n’avaient pas adoré la bête ni son image et n’avaient pas reçu la marque sur le front ni sur la main.

Ils revinrent à la vie et régnèrent avec le Christ pendant 1.000 ans.

Les autres morts ne revinrent pas à la vie avant l’accomplissement des 1.000 ans. C’est la 1ère résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la 1ère résurrection. Sur eux la seconde mort n’a pas d’emprise: Ils seront prêtres de Dieu et du Christ, et régneront avec lui pendant les 1.000 ans.

LE JUGEMENT DERNIER

L’ÉTANG DE FEU

Quand les 1.000 ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison, et il s’en ira séduire les nations qui sont aux 4 coins de la terre, Gog et Magog. Il les rassemblera pour le combat: leur nombre est comme le sable de la mer. Ils envahirent toute l’étendue de la terre et investirent le camp des saints et la cité bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel et les dévora. Et le diable, leur séducteur, fut précipité dans l’étang de feu et de soufre, auprès de la bête et du faux prophète. Et ils souffriront des tourments jour et nuit aux siècles des siècles.

Alors je vis un grand trône blanc et celui qui y siégeait: devant sa face la terre et le ciel s’enfuirent sans laisser de traces. Et je vis les morts, les grands et les petits, debout devant le trône, et des livres furent ouverts. Un autre livre fut ouvert: le livre de vie, et les morts furent jugés selon leurs oeuvres, d’après ce qui était écrit dans les livres. La mer rendit ses morts, la mort et l’Hadès rendirent leurs morts, et chacun fut jugé selon ses oeuvres. Alors la mort et l’Hadès furent précipités dans l’étang de feu. L’étang de feu, voilà la seconde mort! Et quiconque ne fut pas trouvé inscrit dans le livre de vie fut précipité dans l’étang de feu. (20)

UNE TERRE NOUVELLE

Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le 1er ciel et la 1ère terre ont disparu et la mer n’est plus. Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête comme une épouse qui s’est parée pour son époux. Et j’entendis, venant du trône, une voix forte qui disait: Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu. Et celui qui siège sur le trône dit: Voici, je fais toutes choses nouvelles.

Puis il dit: écris, ces paroles sont certaines et véridiques. Et il me dit: c’en est fait. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin. A celui qui a soif, je donnerai de la source d’eau vive, gratuitement. Le vainqueur recevra cet héritage, et je serai son Dieu et lui sera mon fils. Quant aux lâches, aux infidèles, aux dépravés, aux meurtriers, aux impudiques, aux magiciens, aux idolâtres et à tous les menteurs, leur part se trouve dans l’étang embrasé de feu et de soufre: c’est la seconde mort.

Alors l’un des 7 anges qui tenaient les 7 coupes pleines des 7 derniers fléaux vint m’adresser la parole et me dit: viens, je te montrerai la fiancée, l’épouse de l’agneau. (21)

LA CITÉ SAINTE, JÉRUSALEM

Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, et il me montra la cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu. Elle brillait de la gloire même de Dieu. Son éclat rappelait une pierre précieuse, comme une pierre d’un jaspe cristallin. Elle avait d’épais et hauts remparts.

LA CITÉ, SES PORTES ET SES REMPARTS

Apo_CiteJerusalem FIN DU MONDEElle avait 12 portes et, aux portes, 12 anges et des noms inscrits: les noms des 12 tribus des fils d’Israël. A l’orient 3 portes, au nord 3 portes, au midi 3 portes et à l’occident 3 portes.

Les remparts de la cité avaient 12 assises, et sur elles les 12 noms des 12 apôtres de l’agneau. Celui qui me parlait tenait une mesure, un roseau d’or, pour mesurer la cité, ses portes et ses remparts.

La cité était carrée: sa longueur égalait sa largeur. Il la mesura au roseau, elle comptait 12.000 stades: la longueur, la largeur et la hauteur en étaient égales.

Il mesura les remparts, ils comptaient 144 coudées, mesure humaine que l’ange utilisait. Les matériaux de ses remparts étaient de jaspe, et la cité était d’un or pur semblable au pur cristal. Les assises des remparts de la cité s’ornaient de pierres précieuses de toute sorte. La 1ère assise était de jaspe, la 2ème de saphir, la 3ème de calcédoine, la 4ème d’émeraude, la 5ème de sardoine, la 6ème de cornaline, la 7ème de chrysolithe, la 8ème de béryl, la 9ème de topaze, la 10ème de chrysoprase, la 11ème d’hyacinthe, la 12ème d’améthyste.

Les 12 portes étaient 12 perles. Chacune des portes était d’une seule perle.

Et la place de la cité était d’or pur comme un cristal limpide. Mais de temple, je n’en vis point dans la cité, car son temple, c’est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant ainsi que l’agneau.

La cité n’a besoin ni du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine et son flambeau c’est l’agneau. Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire.

Ses portes ne se fermeront pas au long des jours, car, en ce lieu, il n’y aura plus de nuit. On y apportera la gloire et l’honneur des nations.

Il n’y entrera nulle souillure, ni personne qui pratique abomination et mensonge, mais ceux-là seuls qui sont inscrits dans le livre de vie de l’agneau. (21)

Puis il me montra un fleuve d’eau vive, brillant comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’agneau. Au milieu de la place de la cité et des 2 bras du fleuve, est un arbre de vie produisant 12 récoltes. Chaque mois il donne son fruit, et son feuillage sert à la guérison des nations. Il n’y aura plus de malédiction. Le trône de Dieu et de l’agneau sera dans la cité, et ses serviteurs lui rendront un culte, ils verront son visage et son nom sera sur leurs fronts. Il n’y aura plus de nuit, nul n’aura besoin de la lumière du flambeau ni de la lumière du soleil, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront aux siècles des siècles.

VISIONS PROPHÉTIQUES

Apo_books GUERRES

Puis il me dit: ces paroles sont certaines et véridiques; le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes, a envoyé son ange, pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. Voici, je viens bientôt. Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre.

Moi, Jean, j’ai entendu et j’ai vu cela. Et, après avoir entendu et vu, je me prosternai, pour l’adorer, aux pieds de l’ange qui me montrait cela. Mais il me dit: Garde-toi de le faire ! Je suis un compagnon de service, pour toi et pour tes frères les prophètes, et pour ceux qui gardent les paroles de ce livre. C’est Dieu que tu dois adorer.

Puis il me dit: ne garde pas secrètes les paroles prophétiques de ce livre, car le temps est proche. Que l’injuste commette encore l’injustice et que l’impur vive encore dans l’impureté, mais que le juste pratique encore la justice et que le saint se sanctifie encore. Voici, je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon son oeuvre. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le 1er et le Dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer, par les portes, dans la cité. Dehors les chiens et les magiciens, les impudiques et les meurtriers, les idolâtres et quiconque aime ou pratique le mensonge!

Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Je suis le rejeton et la lignée de David, l’étoile brillante du matin. L’Esprit et l’épouse disent: viens! Que celui qui entend dise: viens! Que celui qui a soif vienne, Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement. Je l’atteste à quiconque entend les paroles prophétiques de ce livre: Si quelqu’un y ajoute, Dieu lui ajoutera les fléaux décrits dans ce livre. Et si quelqu’un retranche aux paroles de ce livre prophétique, Dieu retranchera sa part de l’arbre de vie et de la cité sainte qui sont décrits dans ce livre. (22)

Illustrations : Pat Marvenko Smith © 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 10 novembre, 2012 |4 Commentaires »

ENFANTS EN ZONE DE CONFLIT. EN ZONE DE GUERRE OU DE CONFLIT: LA TRISTE REALITE DES ENFANTS…

Enfants en zone de conflit

ENFANTS EN ZONE DE CONFLIT. EN ZONE DE GUERRE OU DE CONFLIT: LA TRISTE REALITE DES ENFANTS... dans REFLEXIONS PERSONNELLES enfants En zone de guerre ou de conflit:

la triste réalité des enfants…

599747-pakistan-garcon-pleure-cote-pere AFGHANISTAN dans REFLEXIONS PERSONNELLES

PHOTO HASHAM AHMED, AFP 

Pakistan: un garçon pleure à côté de son père blessé à la suite d’une explosion à Peshawar (19 septembre 2012).

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PHOTO KHALIL MAZRAAWI, AFP 

Jordanie: une jeune fille syrienne dans un camp de réfugiés qui regarde à travers une tente (11 septembre 2011). 

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PHOTO MOHAMMED ABED, AFP 

Bande de Gaza: un jeune Palestinien transporté à l’hôpital à la suite d’une attaque aérienne d’Israël (12 mars 2012) à Beit Lahia.

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PHOTO JAAFAR ASHTIYEH, AFP 

Cisjordanie: un jeune Palestinien lance une roche en direction de la colonie juive de Bracha (10 octobre 2012). 

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PHOTO MAHMUD HAMS, AFP 

Bande de Gaza: un enfant palestinien dans le camp de réfugiés de Jabalia tient une chandelle en guise de solidarité avec les enfants syriens (24 septembre 2012).

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PHOTO JAWAD JALALI, AFP 

Afghanistan: un enfant de trois ans avance grâce à une marchette après avoir perdu ses jambes dans une attaque-suicide à Kandahar (8 octobre 2012).

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PHOTO TAUSEEF MUSTAFA, AFP 

Syrie: un père syrien transporte le corps de son fils de 5 ans à la suite d’une attaque des forces gouvernementales à Alep (9 octobre 2012). 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 20 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

LA GUERRE EST DECLAREE (Comité Anti Impérialisme)

LA GUERRE EST DECLAREE 
 (Comité Anti-Impérialisme)

LA GUERRE EST DECLAREE (Comité Anti Impérialisme) dans REFLEXIONS PERSONNELLES syrie

Le mercredi 26 septembre 2012, le Président de l’Impérialisme Français et Chef des Armées, François HOLLANDE, tenait son premier discours devant l’Assemblée Générale de l’ONU à New-York. Il a évoqué sa vision des « urgences » auquel fait face notre monde bouleversé par la crise générale du capitalisme. Il a parlé de la Syrie, du Mali et de l’Iran. Et il a proposé trois guerres. Hollande est donc un leader impérialiste NORMAL. Il gère le capitalisme par l’austérité sociale à l’intérieur et par la guerre, de préférence dans des pays exsangues, à l’extérieur. Le 29 août 2012, déjà, un éditorial élogieux du très à droite Wall Street Journal présentait l’insipide HOLLANDE, montant au front dans l’affaire syrienne, comme le « Leader of the Free Monde ». Selon le journal, HOLLANDE a donné à l’opposition syrienne « le coup de pouce le plus important » en annonçant qu’il souhaitait la mise en place d’un nouveau « gouvernement représentatif et inclusif » et que la seule solution était militaire. Sarkozy avait fait de même, il y a un an, quand il avait reconnu le CNT libyen. C’était juste avant de transformer, avec ses complices américains et anglais, la « no fly zone » de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité en zone de bombardement meurtrier. Durant trois semaines, la Libye était couverte de bombes sous le prétexte d’un soutien au « Printemps Arabe » contre les dictateurs. Mais les guerres impérialistes peuvent-elles être l’avenir des révoltes populaires ? Qui peut croire que les peuples se battent pour l’installation de régimes vassalisés ?

Aujourd’hui, la doctrine de la guerre préventive chère à Georges Bush a fait long feu. Elle a montré son vrai visage dans le bourbier afghan et par les centaines de milliers de morts, la partition et le chaos provoqué en Irak. Désormais, la stratégie de com’ impérialiste mise en oeuvre depuis la Libye consiste à se réclamer des Droits de l’homme, de la Démocratie et à se parer d’une mission de sauveur suprême d’un peuple démuni face à un dictateur tortionnaire. Faut-il croire que la France impérialiste intervient (pour l’instant en formant la pseudo-rébellion par des moyens « logistiques ») pour la démocratie et le bonheur des Syriens ? S’intéresse-t-elle à la Syrie uniquement depuis que les manifestations y sont réprimées ? Qui dans cette crise a rappelé que la France est l’ancienne puissance coloniale qui avait placé la Syrie sous son mandat en 1920 et qui l’avait découpé et amputé du district d’Alexandrette avant de perdre pied face à un soulèvement anticolonial ? Qui explique qu’elle a toujours cherché à sauvegarder coûte que coûte ses intérêts comme au Liban voisin où ses forces armées sont présentes depuis les années 1980 ? Si l’attachement de l’impérialisme français à la démocratie au Proche-Orient est si grand pourquoi protège-t-on les régimes barbares d’Arabie Saoudite, du Koweït, du Yémen, de la Jordanie, des Emirats et le régime d’ « Israël », si « démocratique », fondé sur la colonisation de la Palestine et l’usage de phosphore blanc à Gaza en 2009 ? Comment expliquer aussi que tous les donneurs de leçons de démocratie refusent l’idée que c’est au peuple syrien de décider de son avenir et non aux centres impérialistes et à leur « humanisme » ?

« Comment peut-on poser les fondements d’un état avec l’aide de ceux-là mêmes qui ont colonisé ce pays ? »(Adonis)

En réalité, l’agression impérialiste en Syrie est supervisée par une coalition de l’OTAN (UE, USA et TURQUIE) et des pétromonarchies du Golfe. Elle vise à une mainmise renforcée sur le monde arabe et non à l’émancipation des peuples. Elle vise aussi à détruire une partie de la Nation Arabe et elle ouvre la route à la guerre contre l’Iran en chassant un régime jugé « pro-terroriste » car il a soutenu le Hezbollah en 2000 et 2006 ainsi que des mouvements qui utilisent la lutte armée pour la libération de la Palestine occupée. Au fil des mois, nous avons appris que les « rebelles » n’étaient pas meilleurs que les troupes du régime syrien et qu’ils ne représentent pas le prolongement armé du mouvement populaire né en 2011 dans les régions déshéritées de Syrie. Il n’y a pas de révolution sociale et démocratique en cours en Syrie contrairement à ce que les médias bourgeois et la bourgeoisie de gauche tente de faire croire. Le mouvement populaire de 2011 a été écrasé par le régime de Bachar El Assad et il a été a été dévoyé par une « rébellion  » armée formée des réactionnaires de tous poils. L’Armée Libre Syrienne est contre-révolutionnaire, elle est aux antipodes d’un mouvement populaire progressiste. Elle est entièrement sous la coupe des conservateurs, des libéraux, d’anciens compères de Bachar El Assad et des forces fascistes de l’Islam politique qui se mettent au service de l’impérialisme européen, américain et des compradores et féodaux du Golfe. Soutenir ce type de rébellion c’est soutenir le camp de la contre-révolution.

Après ses interventions en Côte d’Ivoire et en Libye où il a semé le chaos, l’impérialisme français voudrait profiter de la situation au Mali et en Syrie. S’opposer à ses plans de guerre est une nécessité et une priorité impérieuse pour tous ceux qui n’acceptent pas la domination impérialiste. La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens selon le célèbre mot de Clausewitz. La guerre est la continuation logique d’un système fondé sur le taux de profit et l’accumulation à l’échelle mondiale. Afin de continuer la politique d’exploitation et de pillages des peuples, les opérations de brigandage international sont nécessaires au capitalisme en crise. Voilà l’origine profonde des bruits de bottes qui résonnent aujourd’hui. Il est légitime de condamner le régime syrien réactionnaire mais la priorité absolue est de condamner la tentative de conquête et de destruction de la Syrie et de soutenir l’émergence d’une force révolutionnaire indépendante des réactionnaires et des impérialistes.

S’opposer à l’impérialisme français est un devoir pour tous les anticapitalistes vivant ici car on ne peut pas combattre la bourgeoisie française sans s’opposer à ses guerres. L’ennemi est dans notre pays comme le disait le martyr de la révolution Karl Liebnecht.

LES IMPÉRIALISTES ONT MENTI SUR L’IRAK, ILS MENTENT SUR LA SYRIE ET L’IRAN !

NON AUX GUERRES IMPÉRIALISTES !

A BAS L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS !

Comité anti-impérialiste

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

POURQUOI NOTRE « HYPER TITANIC » VA COULER (Pierre VAUDAN)

Pourquoi notre hyper Titanic va couler

POURQUOI NOTRE

(Pierre VAUDAN)

Rien ni personne ne pourra infléchir la trajectoire implacable de notre hyper-Titanic. Le paquebot est trop lourd, trop grand, impossible à manœuvrer sur une courte distance et glisse trop vite sur l’arête d’un iceberg écologique qui déchire déjà son flanc. De surcroît, aveuglée par les prouesses du monstre qu’elle croit encore contrôler, sa capitainerie n’en finit plus de pousser les moteurs à fond en hurlant si fort «Progrès ! Progrès !», qu’elle parvient à couvrir le vacarme de l’eau s’engouffrant dans les brèches béantes. Seule une panne totale des moteurs pourrait encore éviter le naufrage.

C’est que la feuille de route choisie par les élites du Système est tragiquement simple. Postulat de base : il est hors de question de réduire la voilure d’un vaisseau conçu dans l’illusion d’une croissance infinie dans un monde pourtant fini. Solution : les nouvelles technologies sont la seule option pour réparer les dégâts provoqués par les précédentes.

Fameux pari s’il en est, où se joue la survie même de l’espèce. Non pas que les individus censés présider à nos destinées soient particulièrement fous, déviants ou mal-intentionnés mais, simplement, ils sont les premiers adeptes hallucinés d’une idéologie qui a réussi à berner tout le monde, à commencer par eux-mêmes, et qui a accouché d’un monstre aujourd’hui aussi autonome qu’indomptable.

Avertissement : Pour les lignes qui suivent, nous avons puisé nombre d’arguments chez divers auteurs auxquels nous rendons d’emblée hommage pour éviter de fréquentes références, méritées mais typographiquement pénibles. Il s’agit pour l’essentiel de La condition inhumaine d’Ollivier Dyens; du Paradoxe du Sapiens, de Jean-Paul Baquiast, de L’homme unidimentionnel, de Herbert Marcuse, ou encore de la Politique de l’oxymore, de Bertrand Méheust.

Premier constat :

La démocratie libérale n’est pas écolo-compatible

Le modèle proposé par la démocratie libérale prétend offrir à l’ensemble des peuples de notre petite planète le niveau de vie, et donc de consommation, du standard occidental d’aujourd’hui. Une simple mise en parallèle des besoins que nécessiterait la réalisation de cet objectif avec les ressources réellement disponibles suffit à le définir comme insensé, intenable.

C’est pourtant le principal mythe fondateur de notre Système, et son principal slogan à l’exportation.

La mécanique de la démocratie libérale repose en effet sur l’idéologie consumériste, qui place l’individu au cœur du système, avec pour fonction première de consommer et de consommer encore pour garantir cette croissance éternelle seule à même d’assurer la pérennité du modèle.

Ce faisant, ce système impose un déchaînement de la matière permanent, un pillage constant des ressources, une surenchère ininterrompue dans la production pour assurer le gavage de ses ouailles.

Ce n’est pas un hasard si aucune démocratie libérale ne peut se prévaloir d’une empreinte écologique avouable.

Saturation, érotisation

Concrètement, le Système fonctionne aujourd’hui sur le mode de la saturation, de l’hyper-stimulation pour susciter un désir permanent, obsessionnel de consommer. La passion de la possession n’est plus contenue, elle est encouragée à l’extrême. Elle est même devenue le sens premier de la vie pour beaucoup d’individus (parce-que je le vaux bien)…

Or en tant qu’acte fondamentalement dénué de sens, il en va de la possession des objets comme de la sexualité sur internet : elle ne peut que susciter des désirs, toujours davantage de désirs, sans jamais pouvoir les assouvir. C’est la multiplication sans fin du désir et de son impossibilité.

Le consommateur est donc maintenu en quelque sorte en état d’érotisation permanente face à un acte d’achat qui ne le satisfait jamais, condamné qu’il est dès lors à combler cette absence de sens, de véritable jouissance, par d’acquisition de nouvelles possessions (voir l’hystérie suscitée par l’arrivée de l’Iphone 5 à l’heure où nous écrivons ces lignes). C’est un peu le schéma de l’addiction aux drogues avec une phase d’excitation voire d’exaltation à l’approche de la prise (achat), qui procure un bref plateau de satisfaction (plaisir de la découverte du produit) immédiatement suivi d’une lente phase de dépression (habitude puis désintérêt, renaissance du désir).

Epuiser l’univers

Le déchaînement de la matière ainsi imposé par le consumérisme exerce donc une pression dite “de confort” de plus en plus insoutenable pour la biosphère, entraînant l’épuisement accéléré des ressources et le saccage du vivant.

Il faut créer de la richesse, croître, produire toujours davantage pour alimenter la mécanique du Système et gaver le conso-citoyen de choses en plastique à l’obsolescence programmée, d’objets technologiques rapidement démodés.

La voracité du Système a aujourd’hui bel et bien de quoi “épuiser l’univers”.

Les déjections du Système

Et puis il faut aussi considérer les dégâts provoqués par les immenses masses de déjections générées par ce processus. Des ordures dont le Système organise un recyclage minimum pour son “image”, sa narrative, mais dont l’essentiel, l’incommensurable masse est silencieusement déversée dans les pays en voie de développement ou dans les abysses des océans, formant autant de bombes à retardement écologiques.

Enfin, il faut encore considérer la manipulation du vivant au vu de son appropriation. Pour le Système, la gratuité du vivant est en effet une aberration de la nature qu’il convient de corriger. Alors, abandonnant un principe de précaution anachronique, on fouille, on dissèque, on manipule les ADN de tout ce qui passe pour y coller un brevet et faire du profit, toujours du profit, avec des résultats (déjà) et des perspectives effrayantes pour l’écosystème.

En soixante ans, le capitalisme et son dernier avatar, le système néolibéral, ont donc ainsi orchestré un meurtre systématique de l’environnement (*) d’une telle ampleur que beaucoup de spécialistes doutent de la possibilité d’un retour en arrière.

Abdication du conso-citoyen

Structurellement incapable de s’engager dans un processus de décroissance qui aurait, seul, une chance de faire légèrement dévier notre Hyper-Titanic, le Système s’emploie dès lors à calmer l’angoisse de ses conso-citoyens grâce à une armée de scientifiques grassement payés pour minimiser, voire à démentir l’état d’urgence auquel nous sommes parvenus écologiquement parlant.

Parallèlement, il s’est approprié les slogans écologiques pour se poser en sauveur du désastre dont il est la matrice et l’artisan appliqué, provoquant une confusion efficacement paralysante desdits conso-citoyens (Grenelle de l’Environnement, Sommets sur le Climat, campagne pédagogie à 2 balles en faveur de l’environnement sur Cartoon TV etc…). Aujourd’hui, même les pubs de l’industrie pétrolière ressemblent à des campagnes de collecte de fonds de Greenpeace.

Prisonniers de leur quotidien, psychologiquement minés par le brouillage des messages, les conso-citoyens abdiquent alors devant cet apaisant mensonge qui leur murmure que le Système prend la question au sérieux, qu’il est le seul à pouvoir réparer les dégâts et qu’à la fin, on trouvera bien le moyen de s’en sortir, de colmater la brèche.

Les derniers pécheurs s’émeuvent bien de savoir que les poissons du Rhône sont désormais impropre à la consommation ; chacun s’inquiète de savoir qu’un tiers des terres émergées sont menacées de désertification ; que les calottes glaciaires fondent à un rythme effarant ; que les abeilles sont en train de mourir ; que plus du quart des espèces animales auront disparu à plus ou moins brève échéance.

Mais on ne s’inquiète plus que confusément.

Et puis, on s’inquiète surtout de savoir quand sortira la nouvelle version du dernier MacdoPhone.

Ce qui nous amène tout naturellement au deuxième constat.

Deuxième constat :

L’hyper-technologie comme illusion du salut

On l’a bien compris, le Système ne peut envisager la décroissance des pays les plus riches – qui permettrait par exemple aux pays les plus pauvres d’approcher du standard sans augmentation exponentielle des dégâts sur l’environnement–, car ce serait tout simplement trahir sa principale promesse de campagne.

La panacée pour le Système, c’est donc toujours davantage de technologie, l’hyper-technologie, la fuite en avant vers la complexité (**).

Abdication du politique

Mais le progrès comme solution unique implique l’abdication du politique.

C’est un moyen supplémentaire de transférer les derniers résidus de pouvoir qui subsistent chez les politiques vers la machine-Système, vers le Marché, devenu le réel mais insaisissable centre de pouvoir de notre monde marchandisé.

Le degré de maîtrise formidable de l’outil technologique auquel est parvenu le Système nourrit en effet l’illusion d’une maîtrise des choses, d’une maîtrise des risques et d’une capacité d’infléchir le cours des évènements par toujours davantage de technologies.

Sauf que, là encore, le Système ne fait qu’entretenir une illusion apaisante.

Car même une transition réussie vers des énergies non polluantes, par exemple, prendrait des décennies que nous n’avons plus, et ne résoudrait de toute façon en rien les ravages provoqués par l’hyper-consommation de notre vertueux modèle en termes d’épuisement des ressources et de saccage du vivant.

La technologie comme solution n’est qu’un slogan.

Virtualité contre réalité

En revanche, insidieusement, l’invasion des technologies du quotidien détache de plus en plus les individus de la nature*, ce qui permet sans doute de leur faire accepter plus sereinement son recul progressif de nos vies.

On pourrait même dire que le monde technologique célébré par la démocratie libérale nous permet de faire peu à peu le deuil de l’ancien monde, le monde biologique. Et cela même si la disparition du monde biologique implique fatalement la nôtre. Ce n’est que l’une des contradictions du Système, contradiction facilement résolue par le déni.

Les productions de science-fiction hollywoodiennes sont à cet égard un miroir intéressant des utopies du Système avec, par exemple, la vision récurrente d’un monde hyper-technologique qui a totalement remplacé une nature confinée sous serres pour de simples besoins nutritionnels.

Dans les faits, la civilisation technologique est tout simplement en train d’absorber l’humanité en nous, de la pénétrer, de la modifier, de transformer la nature de ses perceptions, sa façon de «se» penser.

Elle crée une distance, un gouffre, entre l’humain et le réel.

Troisième constat :

le Système n’est pas réformable.

«Je constate qu’il pleut, alors je prends mon parapluie.»

Cet exemple de décision volontaire est devenu impossible à un système complexe comme celui qui nous gouverne.

Les échecs qui ont ponctué absolument tous les Sommets organisés sur le climat en fournissent une preuve indiscutable.

Comment est-il possible, se dit-on naïvement, que la gravité de la crise climatique (il pleut), empêche les décideurs de prendre des mesures concrètes (un parapluie). C’est le Paradoxe du Sapiens.

Survivre et prospérer

C’est que tous les Systèmes complexes qui combinent humain et technologie sont mus par des forces qui échappent au contrôle des individus qui les composent, même de ceux qui les ont créés. Dans ces systèmes dits anthropotechniques, l’humain ne peut plus être distingué de l’outil. L’humain et l’outil forment une nouvelle entité avec sa propre détermination, ses logiques propres.

Autrement dit, un système complexe fonctionne de manière quasi autonome car, ayant été conçu pour performer, il est dès l’origine pensé et placé en compétition darwinienne permanente avec son environnement. Tout système complexe n’a ainsi qu’un seul objectif : survivre et prospérer. Dans ce super-organisme, la «nature» humaine est une composante parmi d’autres, et son pouvoir de décision devient très relatif.

Mettez José Bové à la tête de Monsanto et, à la fin de l’année, Bové aura été digéré ou rejeté comme un improbable greffon par le Conseil d’Administration de la multinationale, et Monsanto aura multiplié ses profits.

On objectera qu’un tel système luttant pour sa survie devrait alors nécessairement éviter de poursuivre dans une voie qui le voue à sa perte à moyen-terme. Sauf que le moyen terme n’existe plus dans la «psychologie» du système.

Présent absolu et plaisir immédiat

Notre modernité, et à plus forte raison celle du Marché qui gouverne, ne se pense que dans l’immédiateté (cours de l’action à la cloche ; chiffres du mois ; bonus).

Le Système ne peut plus penser l’avenir..

L’iceberg qui déchire la coque de son flanc n’a pas encore touché son cœur, il a donc le temps de faire encore quelques profits pour devancer la concurrence. Dans une société figée dans le présent absolu et l’obsession de la satisfaction immédiate de ses envies, les quelques décennies qui nous séparent du naufrage sont une éternité qui suffit à faire du danger à venir une totale abstraction.

Quand l’eau sera montée jusqu’à recouvrir notre bouche, pensent nos chers CEO, on respirera par le nez et il sera toujours temps de prendre des mesures car la concurrence devra alors faire de même.

La machine néo-libérale est désormais insensible à la logique, aux faits, à l’argument, à l’argument «humain» en particulier. En ce sens, le fantasme de la domination de la machine sur l’homme, habituellement confiné aux récits de science-fiction, est bel et bien une réalité tangible, mesurable, monstrueuse de notre modernité.

Le Système, en tant que machine, commande son évolution.

L’exemple des subprimes

Une preuve de ce mécanisme a été fournie lors de la crise des subprimes de 2008. Le Système a opéré un véritable hold-up sur les contribuables, avec la complicité unanime de tout l’appareil politique qui lui est soumis, sans rien chercher à régler des problèmes structurels qui l’avait conduit au bord de l’abîme. Se promettant donc à lui-même de nouveaux éclatements toujours plus spectaculaires, mais plus tard.

Dans l’immédiateté du raisonnement que lui impose sa nature, le contrat était donc rempli puisque la menace d’effondrement était écartée de l’instant présent.

En résumé, même face à la perspective de sa ruine totale, le système néolibéral n’est pas en mesure de se réformer, prisonnier qu’il est de ses déterminismes.

Quatrième constat :

la démocratie libérale est d’essence totalitaire.

L’affirmation peut paraître excessive, elle ne l’est pas.

Selon Francis Fukuyama, la démocratie libérale doit ainsi marquer la fin de l’Histoire, chacun étant occupé à faire des affaires plutôt que la guerre. Ambition d’apparence inoffensive, voire vertueuse, mais qui renferme pourtant une réalité effrayante en pronostiquant l’avènement d’un Système unique qui a dévoré tous les autres, réduit toute opposition, annihilé toute alternative. Une «grande société unique» ayant incorporé, digéré toutes les autres ; un hyper-monde en somme, gouverné par un Système unique, une idéologie unique, une pensée unique.

Ce qui correspond en tout point à la définition du totalitarisme.

Et c’est uniquement le jugement de valeur implicitement contenu dans le pronostic de Fukuyama – à savoir que la démocratie libérale serait bonne et vertueuse pour l’humanité – qui annihile l’effroi que l’avènement de ce totalitarisme devrait naturellement susciter en nous.

Or ce jugement de valeur est faux.

La part sombre du projet libéral

La démocratie libérale, aujourd’hui irrémédiablement placée sous la dictature des marchés, est un Système violent, qui soutient son expansion par la violence, qui réduit ses opposants par la violence, et dont l’essence totalitaire ne peut, au fur et à mesure que grandira sa domination, que conduire à une forme élaborée de dictature. L’avènement de la société libérale interdit en effet l’alternative. Les divergences de pures formes, qui opposent ce que l’on nomme les «sensibilités politiques», se discutent à l’intérieur du statuquo qu’elle impose. C’est à cela que se réduit l’opposition. Dans une société qui prétend pourvoir de manière satisfaisante aux besoins du plus grand nombre, l’opposition n’a en effet plus aucune raison d’être, elle est même une menace pour la collectivité.

Les plus grands auteurs d’anticipation, d’Orwell à Philipp K. Dick surtout (ce génie), ont été les premiers à avoir eu l’intuition que la part sombre, la part cachée et inavouable du projet capitaliste (***) (devenu néolibéral) finirait par dominer le monde de demain, une fois l’effort de séduction rendu inutile par la victoire globale.

Or les signes de ce grand retournement à venir sont déjà là.

Guerres de conquête…

A l’extérieur de ses frontières, on constate ainsi que la démocratie libérale n’hésite jamais à porter le fer dans les régimes et les ensembles territoriaux ou idéologiques qui lui résistent. Passons sur une guerre froide durant laquelle la défense du projet capitaliste a nécessité le déploiement d’une violence inouïe. Nous pourrions cyniquement accepter que c’était «de bonne guerre».

Sauf qu’après la chute de l’URSS, le sang n’a jamais cessé de couler «pour la bonne cause».

La tentative d’incorporation du Moyen-Orient, entamé avec la première guerre du Golfe, puis relancée sous couvert de guerre contre le terrorisme, a ainsi impliqué le meurtre de plus d’un million et demi de personnes déjà, et la dévastation totale de plusieurs pays.

Actuellement, la guerre sous-traitée en Syrie par le Bloc occidental est le dernier exemple en date de la poursuite d’une expansion du Système par le fer et le feu, expansion exercée au demeurant avec le soutien uniforme de médias de masse désormais totalement incorporés, digérés par le Système.

…et violence intérieure

A l’intérieur de sa sphère d’influence, on a également pu constater la brutalité du Système vis-à-vis des manifestants du mouvement des Indignés en Espagne par exemple, ou les méthodes quasi staliniennes déployées vis-à-vis d’un Julian Assange dès l’instant où il est apparu comme une menace pour la stabilité du Système.

Une police de la pensée s’installe parallèlement de manière toujours plus invasive dans nos démocraties libérales, imposant la doxa du Système grâce au contrôle exercé par le plus formidable ensemble d’outils de propagande de tous les temps.

Des instruments de contrôle d’internet sont en train d’être mis en place (p.ex. lois Acta, Sopa, Pipa, et consorts…), non pas pour en éjecter les déjections culturelles qui y pullulent (comme par exemple la pornographie la plus extrême que le Système tolère voire encourage puisqu’elle fait partie de ces «libertés» destinées à distraire le conso-citoyens), mais bien en tant qu’instrument de contrôle de la Toile.

Comme n’importe quel Etat, comme n’importe quel Système, la démocratie libérale est un monstre froid qui écrase pour se propager, qui finira par écraser même ses adeptes pour persévérer dans son être.

L’ultime menace

Tous les Systèmes complexes ont en effet une tendance naturelle à l’emballement, à aller au bout de leur logique. Et une fois les oppositions annihilées, une fois le triomphe global réalisé, une fois l’en-dehors incorporé, l’agressivité du Système ne pourra que se retourner contre son espace intérieur. Il s’agira en effet pour lui de prévenir la perversion de son «être» et l’éclatement, qui représenteront alors l’ultime menace à réduire.

A terme, la liberté humaine sera donc contrainte d’abdiquer à l’échelle individuelle face à la toute-puissance du Système, comme elle l’a déjà fait à l’échelle politique.

Conclusions :

l’effondrement comme espérance

Si l’on fait l’impasse sur les meurtres de masse qui lui ont permis de prospérer et sur son essence totalitaire, il est incontestable que grâce à son insouciance criminelle, à son inculpabilité, le Système capitaliste, devenu néolibéral, a réussi à créer une bulle de justice et de prospérité inégalée dans l’histoire de l’humanité. Il serait également stupide d’en nier les conquêtes et les acquis remarquables aux niveaux social ou médical notamment. Même un banlieusard français peut se prévaloir aujourd’hui d’un confort dont n’aurait jamais osé rêver Louis XIV.

La menace d’une ruine totale

Mais en même temps, la construction de cette bulle a provoqué le saccage de la biosphère et de tout l’éco-système de notre planète en quelques décennies, au point de menacer l’humanité d’une ruine totale.

Ce Système a fait de nous de vulgaires traders du monde vivant, capables de dévaster jusqu’aux abysses des océans pour s’assurer des bonus confortables, pour pouvoir aller en avion grignoter des tapas à Barcelone pour le prix d’une place de ciné.

La dette ainsi léguée aux générations futures est si énorme, si gigantesque qu’il faudra sans doute des siècles pour la rembourser, si tant est qu’elle puisse l’être un jour.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la machine-Système est plus que jamais emballée sur elle-même, plus que jamais en phase d’expansion de son modèle mortifère, et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

A moyen terme, de nouvelles grandes guerres vont sans aucun doute opposer les acteurs de cette triste farce pour capter les dernières ressources disponibles, tirant ainsi définitivement la chasse sur l’utopie ridicule de Fukuyama.

Mais à la fin, rien n’empêchera notre paquebot de s’écraser définitivement contre l’iceberg écologique et de couler corps et biens.

Sauf si…

Les moteurs toussent

Sauf si, comme nous le disions en préambule, une panne totale des moteurs vient stopper la course folle de notre Hyper-Titanic.

Les lecteurs d’entrefilets le savent bien, nous sommes persuadés que, face à l’hyper-puissance d’un Système que personne n’est en mesure de combattre, seul l’effondrement intérieur dudit Système, par indigestion de lui-même, offre une perspective de salut.

Or nous avons atteint des seuils limites où l’utopie d’une richesse illimitée partagée par tous se fracasse désormais contre les réalités d’un modèle économique qui craque de toutes parts. Les Etats-Unis, matrice du Système, sont au bord de la faillite. Plus de 15% de la population y survit déjà grâce à des bons d’alimentation. L’American dream, vitrine du projet néolibéral, a du plomb dans l’aile. La zone euro part de son côté en lambeaux sous les coups de boutoir d’une crise de la dette, mère de toutes les crises, qui devrait bientôt entrer dans sa phase explosive (dettes US et mondiale, ici seulement la dette publique).

Même dans sa zone d’influence, d’abondance, le Système n’est donc plus en mesure de résoudre ses contractions, de gaver tout le monde. Chômage, paupérisation, marginalisation : un pourcentage sans cesse grandissant des populations occidentales rejoignent peu à peu les laissés-pour-compte du Système. Autant d’Indignés en puissance.

La supercherie d’un projet néolibéral définitivement insensé et intenable, est devenue impossible à cacher.

Répression à venir

Mais comme tous les systèmes, le Système néo-libéral cherchera donc à persévérer dans son être. Tant que ses moteurs ne seront pas totalement à l’arrêt, la violence va aller grandissant à l’intérieur de sa zone d’influence et les hordes de laissés-pour-compte qui vont vouloir affronter sa machine de répression seront criminalisées et combattues.

Ce sera une étape difficile, dangereuse, car l’hyper-puissance technologique du Système est capable de permettre à une très petite minorité de se maintenir au pouvoir par la violence.

Il suffit d’observer le modèle israélien et sa capacité de contenir, militairement, une insurrection quasi permanente à l’intérieur même de son périmètre (d’aucuns pensent d’ailleurs qu’Israël est un champ d’expériences dans le domaine particulier des techniques de répression des insurrections massives).

Mais des alternatives sont possibles pour un autre monde, si tant est que la panne totale des moteurs du vaisseau ne tarde pas trop.

Un monde qui saura certainement préserver les acquis valables de l’ancien, tout en se délestant de sa toxicité et de ses logiques mortifères.

Des projets, il y en a plein les cartons des Indignés.

La décroissance raisonnée, la dissolution des Marchés, la primauté du pouvoir politique sur le pouvoir économique et, enfin, l’élaboration d’une Déclaration Universelle des DROITS DE LA VIE apparaissent toutefois comme les conditions premières et minimales d’une renaissance.

Pierre VAUDAN

Notes:

(*) Dans une lettre datée de mai 68, l’écrivain et poète suisse Maurice Chappaz écrivait : «J’ai localisé le pouvoir réel, brutal dans l’économie et vu les velléités, les complicités, les mensonges, le blanc qui devient noir dans les partis politiques, tous les partis. Et le social a comporté pour moi un élément de dégoût que tu ne peux imaginer : le nazisme. Le commercial totalitaire le resuce en lui : cette tuerie d’arbres, de phoques, cet empoisonnement de l’air, des eaux, ces massacres divers et cette propagande, cette réclame pour l’englobant industriel, le «progrès» carrément détachés de l’humain. Les vrais parasites modernes ne sont pas les clochards, les beatniks, mais justement les activistes de la construction inutile, du gaspillage des sources et des ressources, spéculateurs, menteurs en tous produits et appétits. Nous connaissons aussi ces volontés de puissance à l’œil parfois très intelligent de Surmorts, qui délèguent aux fonctions publiques les bureaucrates, des types, des espèces de chauves graisseux moins costaux qu’eux-mêmes. Les Surmorts ont besoin d’otages, de médiocres qui limitent toujours un pays aux affaires.»

(**) Dans The Singularity is near, Ray Kurzweil relève que «selon la loi du retour accéléré, la croissance est maintenant telle que nous parviendrons bientôt à un état de transformations si profondes, si rapides, si denses que toute l’existence humaine basculera. Les cent années du XXème siècle, par exemple, équivalent à vingt ans d’innovations à la vitesse des transformations des années 2000. A ce rythme, les cent années du XXIème siècle seront l’équivalent de ving mille ans de progrès au rythme d’aujourd’hui.»

(***) Dans La politique de l’oxymore, Bertrant Méheust relève combien il est étrange de constater que le Système Néolibéral a recyclé avec zèle l’héritage nazi : autoroutes, fusées, avions à réaction, voiture pour tous, propagande de masse, politique spectacle, guerre spectacle, grand’messe sportive, voyages organisés, exaltation narcissique du corps… D’où la question : le nazisme comme préfiguration paroxystique du triomphe néolibéral ?

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 6 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

LE PATRIMOINE ARCHEOLOGIQUE DE L’HUMANITE: VICTIME COLLATERALE DES PRINTEMPS ARABES (Chems Eddine CHITOUR)

Le patrimoine archéologique de l’humanité : victime collatérale des printemps arabes

LE PATRIMOINE ARCHEOLOGIQUE DE L'HUMANITE: VICTIME COLLATERALE DES PRINTEMPS ARABES (Chems Eddine CHITOUR) dans REFLEXIONS PERSONNELLES Palmyre-syrie_0

arton17854-aa331 GUERRES dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Chems Eddine CHITOUR
« (…) Nous. Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie » – Victor Hugo

Le patrimoine de l’humanité est en miettes ! Il est déshumanisé loin de son lieu de naissance de vie et de mort, il sert à bercer et à combattre la mélancolie dans les vitrines sans âme des musées européens, des nouveaux seigneurs « saigneurs » des pays faibles. Non contents de leur prendre leurs ressources pétrolières, les rapaces s’en prennent à leur identité culturelle, ils s’en prennent ce faisant au patrimoine de l’humanité qu’ils rapinent. Cela nous rappelle la fameuse lettre de Victor Hugo au capitaine Butler le 25 novembre 1861 : « Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. (…) Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde : cette merveille s’appelait le palais d’Été. (…) Cette merveille a disparu. Un jour, deux bandits sont entrés dans le palais d’Été. L’un a pillé, l’autre a incendié. (…) L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant.. Nous. Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie ».

Victor Hugo posait les bases de la vision civilisationnelle d’un Occident au fait de sa puissance et considérant les autres comme quantité négligeable. Dans le même ordre, nous allons raconter comment ce vingtième siècle a donné lieu à un ensauvagement multidimensionnel. Après avoir imposé un printemps arabe par drones et troupes aéroportées, ne voilà-t-il pas que même les mémoires des peuples inscrites dans la pierre n’y échappent. On se souvient en effet que le maréchal Clauzel, l’un des proconsuls de la conquête de l’Algérie a essayé, en vain, de démonter l’arc de Triomphe de Djemila, pour le transporter à Paris, en vain…

Les « valeurs » civilisationnelles de l’Occident

En Occident grâce à une presse acquise et à des « intellectuels organiques » on fait preuve d’une amnésie immorale visant à présenter les envahisseurs – à travers les âges – comme des philanthropes venus apporter les « lumières » à ces peuples barbares – plongés dans la nuit de l’intellect – leur tort est d’être riches d’une civilisation qui a vu l’émergence de l’humanité. Petit rappel pour fixer les idées : les Irakiens, peuple fier s’il en est, peuple instruit avec le taux d’analphabétisme le plus bas du monde arabe, il constituait un danger pour le « monde libre et civilisé », il fallait le ramener à l’âge de pierre , en le démolissant physiquement mais aussi en tentant d’effacer sa civilisation vielle de 10.000 ans – les premiers organisations humaines sont attestées en Irak-.

Justement, pour parler des « civilisateurs », il est bon de leur rappeler leurs origines. Tout commence, nous dit l’historien Georges Tate, professeur à Dauphine, par les Croisades. Ecoutons-le brièvement nous narrer quelques « délices » dont se sont rendus coupables les croisés : « …En ce temps-là, c’était nos ancêtres, les Francs, qui les employaient, au nom d’une certaine idée de la chrétienté. Le Moyen-Orient était devenu arabe, bientôt musulman. Cette réalité leur était insupportable… de toute l’histoire du Moyen-Orient, l’épisode chrétien fut l’un des plus noirs. Et nous n’avons pas fini d’en mesurer les effets... » (1)

« (…) Pendant plus de mille ans poursuit l’historien, le Moyen-Orient a été le lieu d’affrontements entre Occident et Orient, entre chrétiens et musulmans.(..) A cette époque, le monde islamique, qui s’étend de l’Inde à l’Espagne, est florissant : les arts, les sciences se développent ; on y pratique une vraie tolérance religieuse, alors qu’en Europe, les hérétiques sont hors-la-loi. Les Arabes ne cherchent pas à convertir à l’Islam, quand Charlemagne convertit les peuples vaincus par la force. Ils accordent un statut légal aux chrétiens et aux juifs de Syrie et de Palestine. A Damas et à Jérusalem, ces derniers accèdent librement à leurs lieux de culte. Dans les mêmes villes, ils fréquentent des lieux de culte voisins, certaines églises ayant même été partagées au lendemain de la conquête. Chrétiens, juifs et musulmans priant dans les mêmes lieux, cela fait rêver (..) » (1)

Georges Tate nous situe l’Occident de ce temps là : « L’Occident est alors un monde primitif. (…) Car ces bons chrétiens de croisés se sont comportés comme des sauvages sanguinaires, qui pillaient, violaient, massacraient. (…) Rien de tel avec les croisés. Il leur est même arrivé de pratiquer l’anthropophagie… Quand les habitants d’une ville du nord de la Syrie (Maara) se rendent, les croisés les exterminent tous ; pressés par la famine, ils font cuire les corps des hommes et des enfants. Les auteurs latins en parlent très explicitement. » (1)

La destruction et le pillage des cultures arabes matrices du patrimoine de l’humanité

Pour la période récente, on se souvient avec douleur et rage comment la démocratie aéroportée a eu raison du musée de Bagdad. Le 5 avril 2003, tandis que les forces américaines entraient dans Bagdad, les médias annonçaient le pillage du Musée Irakien et la disparition de 170.000 pièces d´antiquités. D´aucuns s´interrogent sur l’appartenance de ces richesses qui sont des marqueurs de l´humanité. Les pillards étaient bien organisés : ils avaient des clés et connaissaient l’emplacement des réserves. En juin, 2 100 objets ont été rendus par les pilleurs ou receleurs, dont le vase d’Uruk. Les Américains ont mis sur pied une collecte anonyme d’objets. Un milliardaire anglais aurait commandé aux trafiquants de nombreuses pièces. Un reporter américain de Fox TV a été pris à l’aéroport avec des objets volés dans sa valise. Selon le journaliste américain Rajiv Chandrasekaran, l’ORHA (Office of Reconstruction and Humanitarian Assistance) avait prévu une liste des équipements publics à protéger : le palais présidentiel venait en premier, le musée archéologique en second. Mais cette liste n’a jamais été transmise aux militaires. On l’aura compris, les seuls bâtiments protégés à Bagdad ont été le Palais Présidentiel et le Ministère du Pétrole.

Les trésors archéologiques libyens

Après le scandale du pillage des musées irakiens, ce fut ensuite le tour de la Libye. Gilles Mermet nous décrit la situation : « (…) S’interroger aujourd’hui, dans ce contexte de larmes, de sang et de mort, sur les dommages causés par la guerre au patrimoine archéologique peut paraître dérisoire et incongru. Mais ces trésors inestimables sont aussi la mémoire d’un peuple et le gage de son avenir. (…) Une perte inestimable est pourtant à déplorer : une collection archéologique de près de 8000 pièces de monnaie en or, argent et bronze a été volée à la Banque Nationale du Commerce de Benghazi. Ces monnaies datant d’Alexandre le Grand provenaient essentiellement du site de Cyrène, la célèbre ville fondée par les Grecs de Libye au VIème siècle avant J.-C. Ce trésor avait été restitué par l’Italie en 1961 et mis en sécurité dans cette banque par le département des antiquités. « Ce vol me semble bien mystérieux, déclare Vincent Michel. Bien sûr, on peut le mettre sur le compte des récents bouleversements. Mais il ne s’agit pas d’un pillage archéologique au sens où on l’entend. (…) Ce trésor a-t-il servi à financer les insurgés ? Les experts de l’UNESCO et les numismates du monde entier s’inquiètent. (…) Quant au musée de Tripoli, il n’a pas connu le sort tragique du musée de Bagdad qui, en avril 2003, avait été pillé et dévasté sous l’oeil indifférent des soldats américains » (2)

Gilles Mermet nous rassure, les Libyens ne sont pas des barbares il nous décrit l’amour des Libyens pour leur patrimoine : « A Tripoli, le musée est à l’abri dans l’Assaray al-Amra (le Château rouge), une forteresse qui fut, tour à tour, byzantine, maltaise et turque ». Une chose est sûre, les Libyens respectent leur patrimoine. « Dans le musée de Cyrène, témoigne Vincent Michel, les habitants de Shahat, la ville voisine, se relaient encore aujourd’hui pour y dormir et empêcher ainsi tout risque de vol pendant la nuit. » « Le fait d’avoir toujours refusé un tourisme de masse, constate Vincent Michel, a joué de façon décisive dans la protection des sites. » (2)

Même Kadhafi protégeait ce patrimoine en réduisant au maximum le tourisme archéologique. Gille Mermet décrit par contre, ceux qui se sont « servis » : «  Dans un pays très touristique, tout le monde cherche à profiter. Cela développe les fouilles clandestines, les trafics, les dégradations des sites. Rien de tout cela en Libye, ou alors, c’est exceptionnel ! » Mais cela n’a pas été toujours le cas. On se souvient de Claude Lemaire, Consul de France en Libye au temps de Louis XIV : « Les ruines de Leptis Magna sont mille fois plus superbes que celles de Cyrène, par la quantité qu’il y a de colonnes de marbre ! » écrivait-il dans son Mémoire. (…) Moyennant quelques largesses « au commandant des Maures de la région de Libida », notre Consul employa quelques dizaines d’ouvriers locaux à désensabler les vestiges les plus apparents. Le Forum Sévérien ou les Thermes d’Hadrien fournirent des tonnes de matériaux précieux. Des centaines de colonnes furent tirées jusqu’à la plage. Lemaire les faisait charger sur de grandes barques et les transbordait sur la flûte du roi. Direction Toulon, puis Paris. Il suffisait ensuite aux entrepreneurs des grands chantiers royaux de venir se servir sur le quai des Tuileries. On retrouve des colonnes de Leptis dans la cathédrale de Rouen ; d’autres marbres embellissent les sols de Versailles.. » (2)

C’est dire s’il y a une continuité par-delà le temps. La finalité est la même: voler ce qui ne nous appartient pas ! 

Dans une contribution de novembre dernier Sara Hashash revient sur les vols de Benghazi, elle écrit : « La comparaison qui est faite par beaucoup entre l’Irak et la Libye s’étend à la culture et aux pillages d’antiquités que l’on tente de dissimuler. Ce vol a été décrit comme le plus grand dans toute l’histoire archéologique. Une collection de 7700 pièces d’or, d’argent et de bronze, connue sous le nom de Trésor de Benghazi, a été volée en forant une plaque de béton menant à une voûte souterraine de la Banque de Benghazi abritant la collection. De nombreux articles dataient de l’époque d’Alexandre le Grand et il est impossible d’évaluer la valeur de la collection sauf si l’on sait qu’une pièce grecque de Carthage a été vendue, dernièrement, pour le prix record de 268.000 dollars. Pour Hafez Wald, archéologue libyen, du King’s College à Londres, le vol porte toutes les marques de voleurs professionnels et il peut être tout aussi bien un travail de l’intérieur, il a été mené par des gens qui savaient ce qu’ils cherchaient  ». Le nouveau Ministre des Antiquités, a alerté l’UNESCO. Khaled Mohammed al-Haddar, professeur à l’Université de Benghazi, affirme que des pièces d’or islamiques et grecques sont apparues récemment sur le marché de l’or à Benghazi. INTERPOL a été mise en branle. Serenalla Ensoli, archéologue italienne de l’Université de Naples, et spécialiste d’antiquités libyennes, estime que la perte de ces objets est « inestimable car ils sont irremplaçables. c’est une grande perte pour le patrimoine libyen ».(3)

Le pillage des trésors archéologiques syriens

La Syrie vit à son tour le même calvaire encore près d’un millénaire plus tard. Les temps n’ont pas assagi les hommes, après les croisades au nom de la foi ce sont de nouvelles croisades au nom du moneythéisme qui sont faites. Après l’asservissement des hommes on veut effacer toute mémoire pour l’humanité, si ce n’est celle qui est exhibée comme des trophées sanglants.

La Syrie n’y échappe pas ! Comme cela a été le cas en Irak sous l’embargo, et plus encore après l’invasion américaine, les sites archéologiques syriens sont l’objet de fouilles sauvages et les musées des régions soulevées pillés. Accusés : les shabihas – milices composées majoritairement de voyous alaouites – et des groupes rebelles désireux de financer leurs activités, notamment l’achat d’armes. Des gangs monnayeraient leur soutien aux forces armées du régime, ou leur neutralité, en échange d’un permis de fouille. Selon un témoin, de nombreux vols auraient été commis sur le site de Palmyre. Les objets volés se retrouvent chez les antiquaires à Beyrouth, en attendant d’être mis aux enchères à Londres ou à New York chez Christie et Sotheby. Un groupe d’archéologues syriens et étrangers s’est constitué pour dénoncer les excavations clandestines, mais qui s’en soucie vraiment ? (4)

Le patrimoine archéologique extraordinaire de la Syrie est en proie à des combats qui ravagent le pays depuis plus de 18 mois, à la destruction, le vol et le pillage systématique à la hausse. Dans un pays où la corruption et le trafic d’objets archéologiques et des trésors était déjà un problème chronique, des affrontements généralisés et un vide du pouvoir dans certaines régions ont conduit à une explosion du pillage et de fouilles illicites. «  Il est évident que dans de telles situations, il y a toujours une augmentation de pillage, des fouilles illégales et la contrebande », Véronique Dauge du Centre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO a déclaré à l’AFP par téléphone. « Rappelez-vous ce qui s’est passé en Irak en 2003. » Environ 32.000 objets ont été pillés à partir de 12 000 sites archéologiques en Irak dans le chaos qui a suivi l’invasion américaine en 2003, et 15 000 articles ont également été pillés du Musée National de Baghdad. (5)

Le 12 septembre, le Times de Londres a publié un article dans lequel un concessionnaire libanais des antiquités a déclaré que les insurgés avaient rassemblé des groupes de creuseurs clandestins dans le but de récupérer des antiquités pour financer leur insurrection contre le président Bachar al-Assad. Pour l’archéologue britannique Emma Cunliffe, autre spécialiste de la Syrie, ce qui s’est passé en 2003 en Irak est maintenant répété.

Les musées européens doivent-ils restituer les pièces volées ?

Une question récurrente, après les pillages officiels et les autres, on s’aperçoit que les trésors des pays vaincus servent à montrer dans les musées, la grandeur du vainqueur et son « respect des arts ». De fait, la provenance des collections des musées européens, fait toujours débat. Les musées des anciennes puissances coloniales ont été constitués, en grande partie, grâce à des pillages systématiques des anciennes colonies. Lors de l´inauguration du musée Branly, le président Chirac fit un discours remarquable. Ce musée qui se veut une vitrine de l´altérité, interdit aux colonisés spoliés, pour cause de visa Schengen, excluant naturellement les anciens colonisés qui souhaitent venir au moins contempler leurs biens multiformes qui leur ont été volés avec la terreur en prime. Qui va, en définitive, contempler le génie des peuples colonisés ? Des touristes américains ? Polonais ? Hongrois et autres Bulgares, qui ne connaissent pas la symbolique voire la violence de chaque oeuvre volée. Quand les uns parlent de pillage et de spoliation, les autres défendent l´idée de sauvegarde et de mémoire. Si chaque objet exposé pouvait parler, il raconterait une douleur, une violence, un déni de non-droit à ses possesseurs.(6)

Pour l´ONU, la réponse quant à la restitution est oui. « Le préambule de la résolution 42-7 en 1987 précise justement : « Le retour des biens culturels de valeur spirituelle et culturelle fondamentale à leur pays d´origine est d´une importance capitale pour les peuples concernés en vue de constituer des collections représentatives de leur patrimoine culturel . » Les Arabes perdent leur culture qui est celle de l’humanité toute entière. Nous allons nous contenter de ce vœu pieux en attendant que la justice des hommes soit juste et que l’on restitue aux peuples leurs mémoires. La responsabilité de l’UNESCO dans ce recouvrement de l’identité et de la restitution des mémoires est pleinement engagée.

Chems Eddine CHITOUR

1. Georges Tate : « Les croisés pillaient, violaient, massacraient… » : L’Express 20/02/2003

2. http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2011/10/28/01006-201…

3. Sara Hashash – * Article repris du Sunday Times, Londres 14 novembre 2011http://www.france-irak-actualite.com/article-pillage-d-antiq…

4. Syria’s archaeological heritage falls prey to war (Daily Times – 25/9/12)

5. http://www.france-irak-actualite.com/article-le-pillage-des-…

6. C.E. Chitour : Musées européens, doivent-ils restituer le butin ? L’Expression 24 10 2009 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 4 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

LA FABRICATION DU MYTHE AMERICAIN (democratiedirecte.be)

LA FABRICATION DU MYTHE AMERICAIN (democratiedirecte.be) dans REFLEXIONS PERSONNELLES USA1

 La fabrication du mythe américain

-democratiedirecte.be-
 
Le 4 juillet la fête nationale US est célébrée également à Bruxelles [exemple]. C’est l’occasion d’évoquer l’image de ce pays dans notre « inconscient collectif ».

En 1945 l’Europe de l’Ouest fut annexée à l’empire US, comme en témoignent aujourd’hui  la présence de bases militaires US en Europe et le fait que plus des deux tiers (voire plus de 90% selon certaines sources) de la production cinématographique et musicale promotionnée et diffusée en Europe est « made in US », contre moins d’un tiers pour les productions européennes et de tout le reste de la planète !

C’est que tout empire se maintient non seulement par la force militaire, mais aussi – et peut-être surtout – par la propagande et le conditionnement des esprits. Ainsi l’industrie médiatique occidentale propage massivement une subtile propagande idéologique made in US (politique, économique, culturelle, …), et cela sous diverses formes : « news », publicités, séries TV, films, jeux vidéos, …

La propagande américaniste est particulièrement flagrante dans le fait que le message dominant propagé par les médias européens au sujet des USA décrit le gouvernement de ce pays comme le « défenseur de la démocratie, de la paix et de la liberté«  bien que l’appareil d’Etat US :

  • a historiquement fondé son extension territoriale sur l’extermination de millions d’indiens, et sa prospérité économique sur l’esclavagisme ;
  • a fait preuve d’une très hypocrite complaisance envers le régime Nazi du Chancelier Hitler [exemple] – qu’il voyait comme un moyen d’écraser le communisme qui dans les années 1930 se répandit rapidement partout en Europe – et ne s’est véritablement retourné contre Hitler qu’à partir de 1942 lorsqu’il apparut que l’armée allemande allait être vaincue par les soviétiques et les réseaux de résistance, majoritairement composés de communistes ;
  • a atomisé les populations civiles d’Hiroshima et Nagasaki en 1945, alors que l’armée japonaise était déjà virtuellement vaincue [source] ;
  • a soutenu des régimes fascistes après la seconde guerre mondiale (Franco en Espagne, Salazar au Portugal, la junte des colonels en Grèce, …) ; a massacré dans les années 1960 des millions de civils vietnamiens qui soutenaient très majoritairement la révolution communiste ; aide actuellement des dictatures monarchiques arabes (Arabie saoudite, Bahrein, Qatar, Yémen) – ainsi que l’Etat colonialiste d’Israël – à réprimer les mouvements de résistance ;
  • a organisé le renversement violent de gouvernements progressistes refusant la soumission à l’empire US ou/et inspirés par le marxisme (Mossadegh-Iran-1953, Allende-Chili-1973, …) pour les remplacer par des dictatures inféodées à l’appareil d’Etat US ;
  • fomente la guerre civile – en instrumentalisant des groupuscules islamistes de droite [source1, source2] – dans des pays dirigés par des gouvernements inspirés du marxisme et/ou refusant d’être intégrés à l’empire US, tout cela en prétextant la « défense de la démocratie » mais en réalité pour y installer des gouvernements fantoches inféodés à Washington [source1, source2] ;
  • recourt à des sociétés privées de mercenaires pour mater par la terreur les populations des pays occupés par l’armée US [source1, source2] ;
  • pratique la torture [source] et les assassinats politiques [source], sous le prétexte de lutte contre de mystérieuses organisations terroristes [source1, source2] auxquelles il assimile les mouvements de résistance armée à l’impérialismemilitaire US ;
  • a le budget militaire par habitant le plus élevé du monde, et représente à lui seul près de la moitié de toutes les dépenses militaires officielles de la planète (source : www.sipri.org) ; la présence de bases militaires US dans des pays étrangers [source] et de groupes aéronavals de la US Navy en dehors des eaux territoriales US [source] témoigne d’une volonté impérialiste de violer le principe d’auto-détermination des peuples ;
  • finance des agents d’influence chargés d’organiser des campagnes de diffamation contre des gouvernements résistant à l’impérialisme US [source1, source2] ;
  • étouffe – par son colonialisme économique et culturel – les cultures régionales qui font la richesse de l’humanité, notamment en inondant le marché du multimedia par de subtiles et efficaces productions de propagande (« infos » et « reportages », films, séries TV, musique, jeux vidéos, …) ;
  • a le taux d’incarcération le plus élevé de tous les pays de la planète [source] ; l’explosion de ce taux depuis le début des années 1980 doit être analysée en prenant compte du nombre réel de prisonniers politiques [exemple1, exemple2], lequel est considérablement sous-estimé voire carrément nié par les médias occidentaux [source] ;
  • est dirigé par une classe de riches [source] mégalomanes se justifiant de façon délirante par une mission divine de dominer le monde [source].

Agents d’influence.

Alors que ces faits confirment que le lobby militaro-industriel et le gouvernement US qu’il contrôle sont une nuisance et un danger grandissant pour l’humanité, il y a encore des gens en Belgique pour oser propager le mythe des USA pays « défenseur de la démocratie, de la liberté et de la paix » ! Une partie d’entre eux sont certes des naïfs, influencés par le quotidien lavage de cerveau médiatique. Cependant celui-ci ne se réalise pas tout seul mais par l’action de nombreux agents d’influences formés et rétribués pour propager la propagande US dans le monde. D’après des calculs réalisés au début des années 2000, la somme nécessaire pour corrompre à vie mille personnes (par exemple 500 parlementaires et ministres, 100 journalistes, 100 scientifiques, 100 artistes, 100 cadres syndicalistes et 100 cadres d’ONG) dans chacun des 50 plus grands pays de la planète (soit un total de 50.000 personnes d’influence) représente moins de 5% du budget annuel de l’armée+police+renseignements des USA (pour le calcul, on suppose que chaque corrompu recevrait 10.000 euros par mois, à vie).

Techniques d’influence

 Les techniques d’influence sont fondées notamment sur des recherches menées (particulièrement aux USA) en sociologie et en psychologie cognitive  qui montrent que de nombreux individus fondent leurs opinions non pas sur une analyse critique des faits mais en reproduisant des messages dominants. Un message acquiert un caractère dominant par sa répétition ainsi que par le nombre ou l’image de ses propagateurs (cf. les « leaders d’opinion ») [exemple1, exemple2]. En outre les messages dominants sont généralement présentés avec des messages non dominants, ce qui permet à l’appareil de propagande médiatique de simuler la neutralité et même de faire passer les messages dominants (dans les médias) pour majoritaires (au sein de la population).

Conclusion

La machine de propagande internationale de l’appareil d’Etat US est incomparablement plus développée et sophistiquée que celles d’autres super-puissances. Cette supériorité se manifeste autant dans la propagande positive décrivant favorablement les USA et ses alliés (par exemple la dictature aristocratique saoudienne ou le régime colonialiste et d’apartheid d’Israël) que dans la propagande négative qui noircit les gouvernements que l’appareil d’Etat US voudrait soumettre à sa domination (Venezuela, Iran, Syrie, …). La vision manichéenne du « bien » contre le « mal » a malheureusement pour effet de détourner notre attention du principal : rendre le système politique plus démocratique ici, chez nous [approfondir].

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 11 août, 2012 |Pas de commentaires »

LE DOGME DE L’INFAILLIBILITE DEMOCRATIQUE (Guillaume DE ROUVILLE)

Le dogme de l’infaillibilité démocratique

LE DOGME DE L'INFAILLIBILITE DEMOCRATIQUE (Guillaume DE ROUVILLE) dans REFLEXIONS PERSONNELLES DEMOCRATIE

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Guillaume DE ROUVILLE
Comme nous le montrent les conflits en Libye et en Syrie, les démocraties occidentales peuvent instrumentaliser le terrorisme islamique avec leurs alliés d’Arabie saoudite et du Qatar, provoquer et entretenir des guerres civiles dans des pays en paix, se rendre coupables de crimes contre l’humanité pour accomplir les objectifs géostratégiques de leurs élites libérales, sans que leurs opinions publiques ne s’en émeuvent outre mesure. Cette atonie de l’opinion publique occidentale s’explique en partie par la force d’un dogme tout puissant qui structure l’idéologie démocratique et l’âme de ceux qui jouissent de ses bienfaits : le dogme de l’infaillibilité démocratique.

D’après ce dogme, la démocratie occidentale ne peut jamais mal agir. Toutes ses actions sont empruntes d’une sorte de grâce qui transforme un crime en acte héroïque, une guerre de conquête des ressources naturelles d’un pays en une épopée pour la liberté, l’asservissement de populations au libéralisme le plus dur en libération des peuples opprimés, un vote contrôlé en expression de la volonté populaire (Irak, Soudan, Libye).

Dès que vous questionnez l’innocence de vos dirigeants (sur des sujets comme le 11-Septembre, l’Irak, la Libye, la Syrie) qui incarnent, semble-t-il, à eux seuls, la démocratie et ses valeurs supposées, les défenseurs de ce dogme lâchent contre vous leurs inquisiteurs chargés de le faire respecter (de BHL à Botul et de Botul à Bernard-Henri Lévy). Ainsi, prêter aux démocraties occidentales de mauvaises intentions dans les relations internationales, c’est contester ce dogme et s’exposer à faire l’objet d’un lynchage médiatique. Se poser des questions sur les arrières pensées de ses dirigeants, c’est remettre en cause ce dogme et risquer de se faire diffamer (vous devenez un paranoïaque, un révisionniste, un antisémite, un anti-américain, etc.). Penser que ses élites puissent commettre des crimes contre l’humanité de manière répétée, c’est manquer de respect à l’égard de ce dogme et s’attirer les mauvaises grâces du pouvoir et de ses gardiens.

L’opinion publique occidentale qui baigne, sans nécessairement le savoir, dans le dogme de l’infaillibilité démocratique, est prompte à prendre la défense de l’inquisiteur en qui elle voit l’honnête homme, le défenseur des vertus démocratiques, celui qui porte la règle et sa légitimité. L’effronté qui oserait, par exemple, jeter toute la force de sa réflexion contre ce dogme dans les conflits libyen et syrien et qui mettrait en avant l’instrumentalisation par l’Occident du terrorisme islamique à l’origine du chaos politique, économique, social et humanitaire que connaissent ces deux pays, se verrait accusé immédiatement de soutenir les dictateurs massacreurs de leur peuple. Il ne viendrait à l’esprit d’aucun défenseur du dogme que l’on puisse honnir les dictateurs laïques tout autant que ceux qui veulent les faire tomber afin de les remplacer par mille tyrans wahhabites et islamistes au service d’élites occidentales massacreuses d’innocence et fauteuses de guerre. Il ne viendrait à l’esprit d’aucun lecteur assidu du Monde, du Guardian ou du New York Times de douter de la présentation des événements par ces quotidiens qui dépeignent les insurgés syriens sous les traits des combattants de la liberté, alors que la quasi-totalité d’entre eux ne sont pas Syriens (mais Jordaniens, Irakiens, Libyens, etc.), qu’ils tentent d’imposer la charia par le terrorisme de masse, qu’ils défendent le salafisme façon wahhabite et sa vision obscurantiste de l’Islam, qu’ils massacrent systématiquement tous ceux qui ne partagent pas leur point de vue ou appartiennent aux minorités religieuses, qu’ils répondent à des donneurs d’ordres basés en Turquie, en Arabie saoudite, au Qatar et aux États-Unis et, enfin, qu’ils portent les couleurs d’Al-Qaïda.

Le citoyen occidental ne veut ou ne peut pas croire que ses dirigeants et ses médias puissent à ce point le manipuler et lui cacher la vérité. Cette pensée est au-dessus de ses forces ou de ses défenses immunitaires psychologiques et contraire au dogme qui est encré dans son cerveau de bourgeois cultivé depuis sa plus tendre enfance. Car s’il devait admettre qu’une telle manipulation était possible, il viendrait immanquablement à perdre ses repères, à douter de la nature réellement démocratique de son régime politique et il verrait, alors, toutes ses croyances dans les vertus de son système s’effondrer sur leur base. Reconnaître les crimes de nos élites, qu’il s’agisse de crimes politiques ou des crimes médiatiques, requiert de se projeter hors de soi et de son ethnocentrisme occidental pour penser que ‘l’autre’ n’est pas nécessairement un ‘barbare’ et pour effleurer l’idée que ses dirigeants, pourtant élus démocratiquement, puissent être des démocrates aux mains sales.

Les inquisiteurs du dogme ne peuvent pas s’élever au-dessus de leur aveuglement sans perdre leur foi dans leur système, sans perdre aussi tous les bienfaits personnels qu’ils peuvent tirer de leur position au sein de la hiérarchie des défenseur du dogme. Ne vous attendez donc pas à ce que les profiteurs du dogme répondent aux arguments soigneusement étayés que vous pourriez développer, ils ne détestent rien tant que la réalité. Ils n’ont, par ailleurs, pas plus de conscience morale que les profiteurs de guerre et ne méritent sans doute pas que nous engagions avec eux un dialogue courtois : ce sont, à vrai dire, les mêmes. Mais qui sont-ils au juste ? Ils ont un nom : on les appelle les Atlantistes.

Ce qui unit les élites politiques, culturelles, financières occidentales, c’est cette idéologie atlantiste qui ne souffre la contestation qu’à la marge. Si les hommes politiques ou les journaux de droite et de gauche peuvent s’étriper à loisir sur le droit à l’avortement ou l’abolition de la peine de mort, ils retrouvent toujours la voie de l’unanimisme lorsqu’il s’agit de défendre l’atlantisme dans ses fondements : ils seront ainsi unanimes pour défendre les traités européens qui ne font qu’entériner la doctrine libérale imposée par Washington ; ils seront unanimes également pour laisser l’Occident s’allier avec l’islamisme radical afin d’orienter les Printemps arabes selon les intérêts particuliers de leurs élites tout en prétendant, en même temps, défendre les valeurs des Lumières.

Pour tout démocrate sincère, celui qui croit davantage aux valeurs démocratiques qu’au système qui est sensé les mettre en œuvre, il est impératif de s’attaquer avec force à ce dogme parce qu’il est l’un des plus meurtriers qui soit : il permet, avec une impunité déconcertante, les actions les plus criminelles de la part des démocraties occidentales qui sont, si on y prête bien attention, les régimes les plus violents et les plus meurtriers de la planète depuis la chute du mur de Berlin et la disparition de la menace communiste.

Il est nécessaire de s’acharner contre les bases de ce dogme pour le faire crouler avant qu’ils ne nous emporte tous, démocrates d’ici ou d’ailleurs, dans le chaos sans fin d’une guerre des peuples et des civilisations voulue par une élite indigne de gouverner nos destinées. Les dogmes, comme les dictatures et leurs représentants, sont faits pour être renversés. Et comme le Krak des Chevaliers, cette forteresse imprenable en terre syrienne, ils ont leurs failles.

Guillaume de Rouville

auteur de La Démocratie ambiguë, Éditions Cheap, juillet 2012

 

Commentaires

 

Le dogme de l’infaillibilité démocratique
07/08/2012 à 08:40, par cinto

Botul est innocent ! Commençons la lutte culturelle anti-atlantiste en revendiquant le botulisme contre la sordide tentative d’annexion de BHL !

#84575 

Le dogme de l’infaillibilité démocratique
07/08/2012 à 09:16, par babelouest

Les « gouvernementaux », ces interchangeables ministres-députés-grands patrons sortant trop souvent des mêmes écoles, ont les mêmes motivations, puisque souvent cooptés avant tout passage devant l’égalitaire urne électorale. Il est donc logique qu’ils soient les agents, conscients le plus souvent, d’un complexe Washingtelavivotanlondon parlant, donc pensant in English. La langue, c’est la culture. L’anglais est une langue de boutiquiers pensant argent avant culture ou humanisme.

La démocratie imposée est aujourd’hui sommée de se conformer à cette tournure d’esprit. Dans notre pays, et aussi partout ailleurs. Oui, dans ce contexte, la « démocratie » est infaillible, parce qu’il ne s’agit pas du même mot que sous la plume de Voltaire ou le verbe de Mirabeau.

Et puis, ne nous leurrons pas : la démocratie ne peut réellement exister que dans le cadre de communes petites, voire (!) moyennes. Au-delà, le système écrase tout, et impose les volontés d’une oligarchie où les noms des « représentants du peuple » sont écrits d’avance (le système en propose deux, parfois trois, les autres sont priés de ne pas exister). Quant aux référendums, qui requièrent l’assentiment des citoyens réellement, ils sont organisés avec parcimonie et assortis d’une propagande massive pour la solution que les Grands ont déjà décidée. C’est dire leur déconvenue quand, en 2005, le peuple a déjoué leurs manœuvres ! Ce qui les a obligés à dévoiler au grand jour leurs intentions en outrepassant la volonté de la Plebs.

Dommage qu’à cette occasion-là, les citoyens en colère n’aient pas mis en application l’article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (celle de 1793) !

#84578 

Le dogme de l’infaillibilité démocratique
07/08/2012 à 09:55, par E.W.

On ne va pas refaire l’histoire (bien que nous soyons rompus aux accusations de conspiro-négatio-révisionnismes), les royalistes ne se sont pas inclinés devant la république par bonté d’âme et les républicains n’ont pas adopté la représentation parlementaire pour « associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions [sociétales], l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage ».

Les oligarques sont obnubilés par leurs possessions, par l’idée qu’ils puissent en être un jour dépossédés, c’est cette idée qui a dominée leurs actions, c’est leurs actions qui ont dominé l’histoire, la domine encore et aujourd’hui peut-être plus que jamais auparavant. Cette conscience de classe qui manque si cruellement au prolétariat (prolétariat qui existera aussi longtemps qu’il y aura des capitalistes à lui opposer) eux l’ont acquise depuis fort longtemps (demandez donc à Warren Buffet ce qu’il en pense). Nos chers oligarques verrouillent donc précautionneusement toutes possibilités de réel changement, le système politique n’est qu’un de ces mécanismes de verrouillage (dont la partie la plus évidente est sans doute la condamnation au bi/tri-partisme).

Le dogme de l’infaillibilité démocratique ? Mais qu’est-ce donc que cela ? Dans l’univers absolu des idées et des concepts, oui certainement, mais dans les faits il n’y a nulle démocratie ; comment une chose qui n’est pas pourrait-elle disposer d’un dogme, infaillible ?

S’il faut dénoncer une chose qui produit du malheur, des crimes et des injustices, c’est l’absence de démocratie. C’est l’oligarchie.

#84579 

Le dogme de l’infaillibilité démocratique
07/08/2012 à 12:00, par bluerider

très bon merci !

il n’ y a pas de mots pour dénoncer cette dérive atlantiste qui a tous les atours d’une fuite en avant misérable car elle manque d’imagination et montre les abois de nos élites. Si nos élites se radicalisent ainsi, c’est que les fondements de leurs pratiques et de leur pouvoir s’effritent au rythme de la déplétion pétrolière et des difficultés techniques d’extraction de ce qui reste ou de ce qui est désormais découvert.

La France pourrait jouer un rôle, le jour où ses dirigeants comprendront qu’ils n’ont rien à retirer des alliances militaro-industrielles anglo-saxonnes, parce que TOTAL n’est que 7ème compagnie et ses concurrentes feront TOUT pour qu’elle le reste…

Un prochain article sur les néo-conservateurs ? Cette idéologie est à la base du mal absolu qui ronge nos démocraties depuis Reagan. et en France, comme M. Jourdain, ils sont très nombreux à soutenir cette idéologie sans même s’en rendre compte, même et surtout dans les medias… on le voit avec la pantomime sur la Libye et maintenant sur la Syrie… pitoyable… voir reopen911.info > « la parenthèse enchantée », saga estivale proposée en news par lalo vespera, membre de reopen911.info.

#84583 

Le dogme de l’infaillibilité démocratique
07/08/2012 à 16:23, par Vania

Très bonne réflexion.En effet , le mot « démocratie » est très malmené, par une bonne partie de la population, elle est synonyme de capitalisme pour plusieurs.. Quelle aberration !
« Lorsque les mots perdent leurs sens , les gens perdent leur liberté »..Confucius

#84590 

Le dogme de l’infaillibilité démocratique
08/08/2012 à 03:09, par Dwaabala

Il y a peut-être plus d’efforts à faire que ne le pense l’auteur de l’article.

L’auteur du présent commentaire ne prétend rien avoir trouvé tout seul ; au risque d’enfoncer des portes ouvertes il s’efforce de restituer ce qu’il pensait avoir compris avant de lire « Le dogme de l’infaillibilité démocratique par Guillaume DE ROUVILLE ».

Tiens ! un cheveu sur la soupe : La première démocratie de l’histoire, la démocratie athénienne fut d’abord la forme de gouvernement d’une élite dont la richesse reposait sur la propriété privée de la terre et l’exploitation du travail des masses. Ensuite, la démocratie athénienne était impérialiste et sa richesse provenait essentiellement du tribut qu’elle prélevait sur ses alliés.

A ses plus belles heures cette démocratie, cet impérialisme, étaient certainement vécus par leurs bénéficiaires comme le meilleur des mondes possibles.

Quid novi ?

Beaucoup de choses.

A un pôle, la propriété capitaliste des moyens de production et d’échanges, le monopole capitaliste sur les richesses foncières (ressources tirées du sol, de l’eau, de l’air), l’exploitation capitaliste du travail de masse, le développement des sciences et de la culture sous l’impulsion et au profit de cette exploitation.

Et toute la sphère économique, financière, politique, militaire et culturelle, c’est-à-dire l’impérialisme (alias la démocratie) par laquelle et dans laquelle se maintient la propriété capitaliste… et réciproquement !

Les USA au centre, qui prélèvent tribut sur leurs alliés.

Jusqu’à ces derniers temps tout ce beau monde a pu maintenir une espèce de clientélisme auprès de ses masses auxquelles il laissait des miettes du festin.

Sans pour autant oublier les conflits monstrueusement sanglants des deux guerres inter impérialistes mondiales du XXème siècle.

A noter, au risque de perdre le fil, que l’impérialisme a bien failli périr de la première à cause des Russes et que la Seconde a été évidemment réduite par les vainqueurs à la victoire de la démocratie sur la bestialité (réelle) engendrée par le totalitarisme de l’autre camp.

A l’autre pôle les masses. Exploitées, au centre. Et surexploitées à la périphérie.

Donc le travailleur, duquel le niveau de conscience varie au cours de l’histoire et selon sa situation géographique, il faut bien le constater.

Cependant ce travailleur montrera qu’il est têtu, comme les faits savent l’être. Alors la démocratie (alias l’impérialisme) marchera encore mieux qu’aujourd’hui à côté de ses pompes.

Si quelques-un(e)s ne pensaient pas à peu près ainsi, en France aujourd’hui, le titre LGS par exemple serait complètement farfelu. Nonobstant il est vrai que le crépuscule est long à l’échelle d’une vie et pour celui qui ne veut voir que le bout de son nez…

#84604 

Le dogme de l’infaillibilité démocratique
08/08/2012 à 09:49, par calame julia

Rien de nouveau sous le soleil ou la féodalité déguisée en démocratie.

Si à l’intérieur des pays existait une vraie démocratie cad, en prenant
l’exemple français, basée sur les trois vocables liberté, égalité, fra-
ternité, où serait-il possible d’aller par le seul fait d’un herpès
philosophique, détruire un pays, s’arroger des droits sur son histoire,
ses terres, ses gens ?
Le plus tragi-comique dans cette histoire lybienne c’est la présence du
gendarme mondialisant qui n’a rien connu du moyen-âge mais agit comme un
peuple organisé et civilisé au patrimoine multi-millénaire !
Leur premier essai philosophique : les beatniks très bien exporté s’est
écroulé parce qu’à l’instar des philosophies botulistes il correspondait
à un cas d’espèce : leur société industrielle cad leur propre création et
ne rejoignait en rien une aspiration humaine universelle.

Une société basée sur le culte de la mort et des moyens pour y parvenir
ne pourra résister par exemple au réveil du continent africain où les
énergies humaine et foncière sont incommensurables, à l’important capital
spirituel asiatique, à la fougue précieuse des autres pays américains et
à la resistance retrouvée de l’Europe si tant est qu’elle veuille rester
elle-même !
Chacun à sa place et la Terre sera bien gardée.

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 août, 2012 |Pas de commentaires »
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