LES ETATS-UNIS ETALENT LEUR HYPOCRISIE: WASHINGTON DENONCE L’ARMEMENT DE LA SYRIE PAR LA RUSSIE TOUT EN ARMANT LE BAHREIN (Forbes)

Les Etats-Unis étalent leur hypocrisie :

 Washington dénonce l’armement de la Syrie

 par la Russie tout en armant le Bahreïn (Forbes)

LES ETATS-UNIS ETALENT LEUR HYPOCRISIE: WASHINGTON DENONCE L'ARMEMENT DE LA SYRIE PAR LA RUSSIE TOUT EN ARMANT LE BAHREIN (Forbes) dans REFLEXIONS PERSONNELLES Syrie-Les-enfants-de-la-guerre-4_galleryphoto_paysage_std

Doug Bandow
Il n’y a pas si longtemps, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton disait que le Président Bashar Assad était une force de réforme. Maintenant elle se dit scandalisée par la Russie accusée de soutenir Assad en lui livrant des armes. Au même moment, les Etats-Unis sont en train d’armer le gouvernement de Bahreïn, qui opprime sa minorité Chiite.

La duplicité et l’hypocrisie sont peut-être inévitables en diplomatie, mais une duplicité et hypocrisie flagrantes ne le sont pas. Dénoncer solennellement Moscou parce qu’il se comporte comme Washington ternit l’image internationale de l’Amérique.

La Syrie est une tragédie, une guerre civile où la majorité de la population tente de renverser une dictature familiale. Mais contrairement à la Libye, une partie importante de la population soutien Assad ou s’oppose à une révolution qui pourrait déboucher sur une vague de violences contre les minorités ethniques et religieuses. L’avenir est sombre et il n’y a pas grand-chose que Washington puisse faire.

Par ailleurs, il n’y a là aucun enjeu pour la sécurité des Etats-Unis, ni même d’enjeu quelconque, qui puisse justifier une intervention militaire de plus dans un pays Musulman et Arabe. L’humanitaire n’est pas non plus une justification acceptable. L’Irak devrait ouvrir les yeux à tous ceux qui pensent que la guerre peut être un outil sophistiqué pour mener de délicats changements sociaux à l’étranger. Avec au moins 200.000 Irakiens tués au cours de la « splendide petite guerre » de George W. Bush, Barack Obama serait bien inspiré de garder les troupes à la maison.

Et il est temps que les responsables politiques américains cessent leur petit jeu international de « faites ce que je dis et pas ce que je fais ». Ca fait longtemps déjà que l’on assiste à un groupe de diplomatiques de Washington qui parcourent le monde pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme tandis qu’un autre groupe s’attelle à promouvoir la stabilité et la sécurité nationale. C’était particulièrement évident pendant la Guerre Froide. Les Etats-Unis défendaient tout ce qui était juste et bon, sauf dans les cas de la Corée du Sud, du Pakistan, de l’Egypte, du Nicaragua, du Chili, du Zaïre, de l’Iran, de la Somalie, de l’Irak, de l’Arabie Saoudite, et d’autres dictatures dans le tiers-monde.

Engagée avant l'heure - Syrie: Les enfants de la guerre - ParisMatch.com

La disparition de l’Union Soviétique a ôté à l’Amérique son apparent besoin de violer ses principes afin de les sauver. Puis la dénommée guerre globale contre le terrorisme a rapproché Washington du Pakistan, l’Arabie Saoudite et les voyoucraties d’Asie centrale. Plus récemment, l’administration Obama a eu du mal à réagir devant le Printemps Arabe parce qu’elle avait soutenu le dictateur égyptien Hosni Mubarak et se montrait parfaitement accommodant avec le dictateur syrien Bashar Assad.

Entretemps, Washington a retrouvé sa voix contre Assad, jugé de manière très opportune comme le probable perdant. Le Président Barack Obama a récemment déclaré « nous défendons des principes qui englobent les droits universels pour tous les peuples et des réformes politiques et économiques justes ». Au moins en ce qui concerne la Syrie.

Au moment même où l’administration fait campagne contre Assad, elle continue de soutenir l’autocratie du Bahreïn et son principal soutien autocrate, l’Arabie Saoudite. A la manière qui n’appartient qu’à eux, les officiels Américains ont appelé les deux camps à faire preuve de retenue – les Bahreïnis qui manifestent pour la Démocratie et les Bahreïnis qui tirent sur ceux qui manifestent pour la Démocratie.

Il ne fait aucun doute que la situation en Syrie est pire qu’à Bahreïn. Et aucune hypocrisie de Washington ne saurait justifier le comportement de Damas. Néanmoins, le comportement de l’administration Obama ridiculise toutes les proclamations du gouvernement américain en faveur de la démocratie et des droits de l’homme.

Le Bahreïn, comme la plupart des états du Golfe, est essentiellement une dictature monarchique. Une royauté sunnite manipule le système à l’avantage de la population sunnite minoritaire. La population chiite est défavorisée et réprimée. L’année dernière, les chiites se sont soulevés et ont connu la répression brutale des dirigeants de Manama qui ont fait une démonstration de leur pouvoir. Des manifestants pacifiques furent attaqués. Il y a eu de nombreux morts. Beaucoup ont été arrêtés, y compris des médecins qui soignaient des manifestants blessés. Le Bahrain Youth Society a documenté de nombreux morts et brutalités à l’encontre des manifestants au cours de l’année écoulée. Une enquête indépendante sur les droits de l’homme a révélé que la torture était une « pratique systématique ».

Le regard grave - Syrie: Les enfants de la guerre - ParisMatch.com

Selon le dernier bilan sur les droits de l’homme au Bahreïn du Département d’Etat : « les problèmes les plus flagrants relevés en 2011 sont l’incapacité pour les citoyens de changer de gouvernement par des moyens pacifiques ; le licenciement et l’expulsion des travailleurs et des étudiants engagés dans des activités politiques ; l’arrestation et détention arbitraire de milliers de personnes, y compris des médecins, des militants des droits de l’homme et des personnalités politiques, dont certains seront torturés et/ou tués en prison ; et l’absence d’état de droit. »

Ce n’est pas tout. Le Département d’Etat ajoute : «  Parmi d’autres préoccupations il y a les privations de vie arbitraires (sic – NdT) ; détention de prisonniers d’opinion ; violations de la vie privée et des libertés civiques, dont la liberté d’expression, de presse, de rassemblement, d’association et certaines pratiques religieuses. Dans certains cas, le gouvernement a imposé et renforcé les restrictions sur les déplacements des militants politiques. » En ce qui concerne la religion, explique le Département d’Etat, « la population musulmane sunnite jouit d’un statut privilégié et la population chiite est discriminée. » Et le Département d’Etat poursuit. Les chiites de Bahreïn n’ont pas subi uniquement la répression de Bahreïn. Le régime a naturellement accusé l’Iran d’avoir fomenté les troubles sans présenter de preuve quant à une implication de Téhéran. Cependant, d’autres états du Golfe, menés par l’Arabie Saoudite, ont envoyé des troupes pour venir en aide à la royauté bahreïnie. La Maison de Saoud est à la fois une kleptocratie familiale et une dictature sunnite. Riyad n’a certainement aucun respect pour les droits de l’homme. Le dernier rapport sur les droits de l’homme du Département d’Etat y signale : « parmi les problèmes figurent l’absence de droits ou de moyens légaux pour la population de changer de gouvernement ; des restrictions sur des droits universels tels que la liberté d’expression, y compris l’accès à Internet, et la liberté d’assemblée, d’association, de mouvement et de religion ; l’inégalité des droits pour les femmes et les enfants ainsi que pour les travailleurs. »

Le rapport mentionne aussi «  la torture et autres abus, des conditions de détention déplorables, l’arrestation et détention de prisonniers politiques, l’absence d’état de droit et les arrestations et détentions arbitraires, des violations arbitraires de la vie privée, des habitations et du courrier.  » Sur le plan de la vie privée, notamment les pratiques religieuses, le système est totalitaire. Les Etats-Unis sont allés en guerre contre l’Irak en s’alliant avec l’Arabie Saoudite mais le sort d’une femme chrétienne aurait été beaucoup plus enviable à Bagdad qu’à Riyad.

Une journée au parc d'attraction - Syrie: Les enfants de la guerre - ParisMatch.com

Les royaux saoudiens savent qu’ils mènent la belle vie et ils sont prêts à verser tout le sang qu’il faudra pour préserver leur système. Ce qui signifie étouffer la révolte chiite dans l’état voisin de Bahreïn. En fait, Riyad a proposé un quasi mariage à ses petits voisins, ce qui naturellement horrifié les chiites bahreïnies. On ne peut pas dire que la brutalité saoudienne empêche les présidents américains de dormir. Ces derniers ont régulièrement loué les dirigeants de la Maison de Saoud. En réalité, le mot « démocratie » a rarement été prononcé par un diplomate américain devant un prince saoudien.

Il faut reconnaître que Washington a été embarrassé par les protestations à Bahreïn. Il a froncé les sourcils devant la répression brutale des manifestations pro-démocratie et a déclaré que la famille royale al-Khalifa devait se montrer plus gentille envers la population qu’elle massacrait. Récemment l’administration Obama s’est déclarée « très déçue » par la décision de Bahreïn de confirmer les condamnations des médecins qui ont soigné les manifestants : «  ces condamnations semblent se baser, du moins en partie, sur les critiques émises par les accusés contre la politique et les actions du gouvernement ». Qui l’eut cru ?

Mas le Roi Hamad de Bahreïn a récemment menacé l’opposition pour avoir « insulté » l’armée, qui est le principal rempart du régime. Il a annoncé que les « services exécutives devaient prendre les mesures légales nécessaires pour mettre fin à ces violations. » Ce qui, selon l’expérience passée, signifie l’arrestation, la torture et la emprisonnement, et même la mort, pour les coupables. Pourtant, Washington persiste à jouer les équilibristes. Au début du mois, la porte-parole du Département d’Etat Victoria Nuland a dit : « Nous appelons toutes les parties à œuvrer ensemble pour mettre fin aux violences et s’abstenir de toute provocation. » Si seulement les chiites cessaient de critiquer leurs oppresseurs, ils ne se feraient peut-être pas tirer dessus.

Le dilemme de l’administration est évident. La 5ème flotte US est basée à Manama. Et les Etats-Unis ne veulent pas que des peccadilles telles que des violations des droits de l’homme par un état viennent entacher une si belle amitié.

Jouer pour oublier - Syrie: Les enfants de la guerre - ParisMatch.com

Cependant, les Etats-Unis ne cessent d’acquiescer devant la famille royale bahreïnie, ses pillages et ses tortures. Washington est activement en train de renforcer le régime. L’année dernière, sous pression du Congrès, l’administration Obama avait suspendu à contrecœur les ventes d’armes. A présent, Washington est en train de libérer 53 millions de dollars pour « du matériel déjà prévu et nécessaire à la défense de Bahreïn et le soutien aux opérations de la 5ème flotte. » D’autres assistances en matière de sécurité restent suspendues, du moins pour le moment. « Bahreïn est un partenaire et allié important en matière de sécurité dans la région et fait face à d’énormes défis, » explique Nuland. Peu importe comment l’administration tente de justifier sa décision, celle-ci sera perçue comme un soutien à la dictature d’al-Khalafi. Et ce que Manara comprendra, c’est « Vous devriez vraiment être plus gentils avec les gens que vous réprimez et, ah, au fait, voici les armes qui vous attendiez. » Un militant des droits de l’homme bahreïni, Mohammed al-Maskati, a protesté : « C’est un message clair de soutien aux autorités et de non-soutien à la démocratie à Bahreïn, de non-soutien aux manifestants de Bahreïn. »

L’administration reconnaît comment ses actions sont perçues. Un officiel US qui n’a pas été nommé a déclaré au (magazine) Christian Science Monitor : « Nous avons pris cette décision conscients du fait qu’il persiste un certain nombre de violations graves des droits de l’homme à Bahreïn et nous espérons que le gouvernement de Bahreïn se penchera sur la question. » C’est sûr, après avoir rempli son arsenal, le roi se fera un plaisir de se pencher sur la question.

Tom Malinowski, directeur à Washington de Human Rights Watch, tout en prenant acte que Washington affirme soutenir une réforme politique, déclare que «  le premier intérêt de sécurité nationale à Bahreïn à l’heure actuelle n’est pas la fiabilité des F-16 mais de s’assurer que des réformes soient mises en œuvre pour garantir la stabilité à long terme de la relation . »

La révélation sur la vente d’armes américaine a coïncidé avec l’attaque virulente de l’administration contre Moscou, accusé d’avoir fourni des hélicoptères à la Syrie. Une telle chose, a dit la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, « ferait escalader le conflit d’une manière tout à fait dramatique ». Elle a appelé Moscou à « couper totalement ses relations militaires » puisque « l’heure est venue pour toute la communauté internationale, y compris la Russie… de parler d’une seule voix à Assad et d’insister que la violence doit cesser.  »

Les accusations des Etats-Unis, délivrées avec le ton sentencieux habituel, se révélèrent fausses. Les hélicoptères étaient syriens et avaient été envoyés en Russie pour réparation. Apparemment, Moscou n’a pas vendu d’hélicoptères à Damas depuis les années 90. Le Ministre des Affaires Etrangères Sergei Lavrov a dit que son pays était « en train de finaliser des contrats signés et payés il y a longtemps. Ce sont tous sont des contrats qui ne concernent que des systèmes de défense aériens. »

Nuland a tenté de rattraper la bourde de Washington en déclarant que des hélicoptères, neufs ou réparés, pouvaient être employés contre des manifestants. Mais un officiel anonyme du Pentagone a déclaré au New York Times que la secrétaire d’Etat « manipulait l’affaire pour tenter de mettre les Russes en difficulté. » Ce qui aurait peut-être pu fonctionner avant qu’il ne devienne évident que le gouvernement représenté par la Secrétaire Clinton était en train d’armer la famille royale bahreïnie malgré son comportement brutal.

En pleine lecture - Syrie: Les enfants de la guerre - ParisMatch.com

Le Barheïn n’est pas le seul exemple. Washington a joyeusement échangé des armes américaines contre du cash saoudien malgré les violations par Riyad des droits de l’homme. L’Egypte s’éloigne de la démocratie mais continue de recevoir l’aide de l’étranger. Beaucoup de fonds US vont à l’armée pakistanaise, qui est la principale barrière à une véritable démocratie au Pakistan. Israël reste un partenaire privilégié malgré la mise sous coupe de millions de Palestiniens et l’occupation de la Cisjordanie. Les dirigeants américains ne laissent que rarement les droits de l’homme venir troubler le commerce des armes.

Ironiquement, des armes Russes à Damas pourraient contribuer à mettre fin à la guerre. Apparemment, la Russie a fourni à la Syrie quelques armes de défense aériennes et navales. Le chef de la société d’état d’exportation d’armes de la Russie a affirmé qu’elles permettraient à la Syrie de prévenir de toute attaque. Et Damas a bien plus de bonnes raisons que le Bahreïn pour chercher à se défendre. Ces derniers serait très certainement protégés par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis dans l’éventualité peu probable d’une attaque, supposément de l’Iran. Par contraste, des gens influents à Washington et dans les capitales européennes poussent à une attaque contre la Syrie. Des officiels de l’administration Obama ont déclaré à CNN que l’armée US avait complété ses plans pour une intervention en Syrie.

Le monde serait meilleur avec Bashar Assad et ses alliés dans les poubelles de l’histoire. Mais personne ne sait qui le remplacera, ni si le monde s’en porterait mieux. L’expérience de l’Amérique dans d‘autres aventures militaires folles indiquent que Washington devrait ne pas s’en mêler. Les Etats-Unis n’ont pas besoin d’une nouvelle guerre inutile et imprévisible dans le monde musulman. Dans le même temps, les responsables américains devraient cesser de jouer les donneurs de leçons. La moralisation sans fin a depuis longtemps miné la politique étrangère des Etats-Unis. Si Washington veut armer des régimes oppressifs, il ne peut pas à la fois préserver sa crédibilité et protester si Moscou en fait autant. Y compris en Syrie.

Doug Bandow

Source : http://www.forbes.com/sites/dougbandow/2012/06/18/u-s-hypocr…

Traduction « Forbes – la magazine des milliardaires et la voix des opprimés ! » par VD pour le « Grand Soir » .

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 21 juin, 2012 |Pas de commentaires »

REGARDE-MOI, JE SUIS LA GUERRE (Jehan JONAS)

REGARDE-MOI

JE SUIS LA GUERRE

(Jehan JONAS)

REGARDE-MOI, JE SUIS LA GUERRE (Jehan JONAS) dans REFLEXIONS PERSONNELLES Coree-Guerre-1

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 20 juin, 2012 |Pas de commentaires »

AFGHANISTAN: ENCORE UN ACCIDENT !…

AFGHANISTAN:

ENCORE UN ACCIDENT !

AFGHANISTAN: ENCORE UN ACCIDENT !... dans REFLEXIONS PERSONNELLES enfant_afghanistan

encore_une_accident_afghanistan-a74be AFGHANISTAN dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 18 juin, 2012 |Pas de commentaires »

« QUEL AVENIR ET QUELS DEFIS POUR L’UNESCO ? » TABLE RONDE DU GROUPE 77 ET DE LA CHINE (Jean BRICMONT)

« Quel avenir et quels défis pour l’Unesco ? » -

 Table ronde du Groupe des 77 et de la Chine

arton16988-98083 EUROPE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Jean BRICMONT
 
L’acte constitutif de l’Unesco parle de deux concepts, « le maintien de la paix et de la sécurité… en resserrant la collaboration entre nations » et le « respect universel des droits de l’homme », concepts que certains opposent depuis quelque dizaines d’années en Occident en invoquant le « droit d’ingérence humanitaire », unilatéral et militaire, ou la « responsabilité de protéger ». Ils s’opposent, au nom des droits de l’homme, au maintien de la paix et à la collaboration entre nations.

Leur cible principale est la notion d’égale souveraineté entre les États, sur laquelle est fondé le droit international contemporain. Les partisans de l’ingérence humanitaire, dont l’un des plus célèbres prétend être à la fois cinéaste, guerrier en chambre et philosophe, stigmatisent ce droit en l’accusant d’autoriser les dictateurs « à tuer leur propre peuple » comme bon leur semble.

Une des principales justifications du principe d’égale souveraineté est qu’il fournit une certaine protection aux faibles contre les forts. On ne peut pas contraindre les États-Unis à modifier leur politique énergétique ou leur politique monétaire quelles qu’en soient les conséquences sur des pays tiers. Dans la notion d’égale souveraineté, le mot « égale » est aussi important que « souveraineté ». Un monde où la souveraineté est bafouée est nécessairement un monde dont l’inégalité est à la mesure des rapports de forces entre les États.

Or, le but fondateur des Nations Unies était de préserver l’humanité du « fléau de la guerre ». Cela passait par un strict respect de la souveraineté nationale, de façon à éviter que des grandes puissances n’interviennent militairement dans les affaires intérieures des pays plus faibles, sous un prétexte ou un autre, comme l’avait fait l’Allemagne, en invoquant la défense des « minorités opprimées » en Tchécoslovaquie et en Pologne, entraînant le reste du monde dans la guerre.

La décolonisation vint renforcer l’importance de ce concept d’égale souveraineté. La dernière chose que souhaitaient les pays qui s’étaient affranchis du joug colonial après la Deuxième Guerre Mondiale était de subir à nouveau l’ingérence des anciens maîtres dans leurs affaires intérieures. Cette crainte explique le rejet universel du « droit » d’intervention humanitaire par les pays du Sud.

Réuni à Kuala Lumpur, en Malaisie, en février 2003, le mouvement des non-alignés déclarait, peu de temps avant l’attaque américaine contre l’Irak : « Les chefs d’États ou de gouvernements réaffirment l’engagement du mouvement des non-alignés pour renforcer la coopération internationale afin de résoudre les problèmes internationaux ayant un caractère humanitaire en respectant pleinement la Charte des Nations Unies, et, à cet égard, ils réitèrent le rejet par le mouvement des non alignés du soi-disant droit d’intervention humanitaire qui n’a aucune base dans la Charte des Nations Unies ou dans le droit international » [1].

Le principal échec des Nations Unies n’est pas de ne pas avoir pu empêcher « les dictateurs de tuer leur propre peuple », mais bien de n’avoir pas pu préserver l’humanité du « fléau de la guerre », en empêchant la violation répétée par des États puissants du droit international : les États-Unis en Indochine et en Irak, l’Afrique du Sud en Angola et au Mozambique, Israël chez ses voisins du Proche-Orient et dans les territoires occupés, sans parler de tous les coups d’État organisés par l’étranger, des menaces, des embargos, des sanctions unilatérales, des élections achetées, etc. Des millions de gens sont morts, victimes de ces violations répétées du droit international et du principe de la souveraineté nationale.

Nous ne devrions jamais oublier ces morts, mais les partisans de l’ingérence les oublient toujours.

Les ingérences états-uniennes dans les affaires intérieures d’autres États prennent des formes multiples, mais elle sont constantes et ont souvent des conséquences désastreuses : pensons simplement à l’espoir tué dans l’œuf pour les peuples qui auraient pu bénéficier des politiques sociales progressistes initiées par des dirigeants tels que Jacobo Arbenz Guzmán au Guatemala, João Goulart au Brésil, Salvador Allende au Chili, Patrice Lumumba au Congo, Mohammad Mossadegh en Iran, les Sandinistes au Nicaragua, etc., qui, tous ont été victimes de coups d’État ou d’assassinats soutenus par les États-Unis [2].

Mais les effets désastreux de la politique d’ingérence ne se limitent pas à cela : chaque action agressive des États-Unis provoque une réaction. Le déploiement d’un bouclier antimissile produit plus de missiles, pas moins. Le bombardement de civils, délibéré ou dû à des « dommages collatéraux » produit plus de résistance armée, pas moins. Les tentatives de renversement ou de subversion de gouvernements étrangers produisent plus de répression, pas moins. Encercler un pays par des bases militaires entraîne plus de dépenses militaires de la part de ce pays, pas moins. Et la possession d’un armement nucléaire par Israël encourage les autres pays du Moyen-Orient à se doter de telles armes.

Les partisans de l’ingérence humanitaire n’expliquent d’ailleurs jamais par quoi ils souhaitent remplacer le droit international classique : on peut ériger l’égale souveraineté en principe, mais comment formuler un principe d’ingérence humanitaire ?

Quand l’OTAN a exercé son droit d’ingérence autoproclamé pour intervenir au Kosovo, les médias occidentaux ont applaudi. Mais quand la Russie a exercé ce qu’elle considérait être son droit de protéger les populations en Ossétie du Sud, les mêmes médias occidentaux l’ont universellement condamnée.

On se trouve face à un dilemme : soit tout pays qui en a les moyens se voit reconnaître le droit d’intervenir partout où un argument humanitaire peut être invoqué pour justifier cette intervention, et c’est la guerre de tous contre tous ; soit une telle action est réservée à certains États qui en ont la capacité et s’en arrogent le droit, et on en arrive à une dictature de fait dans les affaires internationales.

A cela, les partisans de l’ingérence répondent en général que de telles interventions militaires ne doivent pas être le fait d’un seul État, mais de la « communauté internationale ». Malheureusement, il n’existe pas véritablement de « communauté internationale ». Ce concept sert aux États-Unis pour désigner toute coalition momentanée dont ils prennent la tête. L’abus unilatéral par l’OTAN des résolutions de l’ONU concernant la Libye a rendu impossible la construction d’une véritable communauté internationale qui pourrait, en principe, mettre en œuvre une responsabilité de protéger impartiale et valable pour tous, y compris, par exemple, pour les Palestiniens.

L’aventure libyenne récente a également illustré une réalité que les défenseurs de l’ingérence passent sous silence : vu que des guerres coûteuses en vie humaines sont politiquement difficiles à faire accepter par les populations occidentales, toute intervention « à zéro mort » (de leur côté) ne peut se réaliser que grâce à des bombardements massifs qui nécessitent un appareil militaire sophistiqué. Ceux qui défendent de telles interventions soutiennent aussi nécessairement, même si c’est souvent inconsciemment, les colossaux budgets militaires américains.

Il est donc paradoxal que ce soient souvent les sociaux-démocrates et les Verts européens qui réclament le plus des « interventions humanitaires », alors qu’ils seraient les premiers à protester si l’on imposait en Europe les réductions drastiques des dépenses sociales qui seraient nécessaires pour mettre en place un appareil militaire comparable à celui des États-Unis.

Il est vrai que le XXIe siècle a besoin d’une nouvelle forme d’Organisation des Nations Unies. Mais non pas d’une ONU qui légitimerait l’interventionnisme par des arguments nouveaux, comme la « responsabilité de protéger », mais d’une Organisation qui apporterait un soutien au moins moral à ceux qui cherchent à bâtir un monde non dominé par une unique puissance militaire.

Une alternative aux politiques d’ingérence devrait mobiliser l’opinion publique pour imposer un strict respect du droit international de la part des puissances occidentales, la mise en œuvre des résolutions de l’ONU concernant Israël, le démantèlement de l’empire des bases états-uniennes, la fin de l’OTAN et la fin de tous les usages ou menaces d’usages unilatéraux de la force, ainsi que des opérations de promotion de la démocratie, des révolutions colorées et de l’exploitation politique du problème des minorités.

Puisque les guerres « naissent dans l’esprit des hommes », l’UNESCO devrait considérer comme une de ses tâches prioritaires « d’éducation populaire » l’éducation à la paix. Celle-ci requiert avant tout le développement d’un esprit critique face à la propagande de guerre : Timisoara, les couveuses au Koweit lors de la première guerre du Golfe, les armes de destructions massives lors de la seconde, le massacre de Racak et les « négociations » de Rambouillet menant à la guerre du Kosovo [3], et quantités d’autres événements sont présentés par les médias occidentaux de façon unilatérale, afin de conditionner la population à accepter la guerre comme inévitable contre le « mal absolu » ou le « nouvel Hitler ». Il est sans doute trop tôt pour se prononcer avec certitude sur les événements récents et tragiques en Syrie, mais on peut remarquer que, pour la presse occidentale, il n’est jamais trop tôt pour condamner un camp et un seul. Tous ceux qui, en Occident, tentent d’apporter des nuances ou d’émettre des doutes sur la version officielle sont immédiatement taxés de négationnistes, de conspirationnistes ou d’antisémites. Un monde de paix a besoin de sources d’informations moins biaisées que celles fournies par les médias occidentaux, d’un nouvel ordre mondial de l’information à la création duquel l’UNESCO devrait travailler, en s’appuyant sur le Groupe des 77 et la Chine.

On objectera qu’une politique de respect de la souveraineté nationale permettrait à des dictateurs de « tuer leur propre peuple », ce qui est vrai. Mais une politique réellement alternative à la politique d’ingérence, une politique de paix, aurait aussi d’autres effets. Si on arrêtait la politique d’ingérence, les diverses oppositions dans les pays visés par cette politique cesseraient d’être perçues et réprimées comme autant de cinquièmes colonnes de l’étranger. Un climat de confiance et de coopération internationale pourrait s’instaurer, climat indispensable à la gestion des problèmes globaux, écologiques entre autres. Et un désarmement progressif permettrait de libérer d’immenses ressources financières, mais aussi scientifiques, pour le développement.

L’idéologie de l’ingérence humanitaire fait partie de la longue histoire des prédations occidentales à l’égard du reste du monde. Lorsque les colonialistes sont arrivés sur les rives des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie, ils furent choqués par ce que nous appellerions aujourd’hui des « violations des droits de l’homme » et qu’ils nommaient à l’époque des « mœurs barbares » : les sacrifices humains, le cannibalisme, les pieds bandés des femmes… De façon répétée, l’indignation face a ces pratiques, sincère ou feinte, a été utilisée pour justifier les crimes occidentaux : le commerce des esclaves, l’extermination des peuples indigènes et le vol systématique des terres et des ressources. Cette indignation vertueuse se perpétue jusqu’à ce jour. Elle est à la racine du droit d’intervention humanitaire et de la responsabilité de protéger, eux-mêmes accompagnés d’une grande complaisance envers les régimes oppressifs considérés comme amis, de la militarisation indéfinie et de l’exploitation massive du travail et des ressources du reste du monde. Après plusieurs siècles d’hypocrisie, il faudrait peut-être que les Occidentaux pensent à remplacer l’ingérence par la coopération.

Loin d’être utopique, une politique de non-ingérence s’inscrit en fait dans le sens de l’histoire : au début du siècle passé, la majeure partie du monde était sous contrôle européen. La plus grande transformation sociale et politique du XXe siècle fut la décolonisation et cette transformation se poursuit aujourd’hui à travers la montée en puissance des pays émergents. Le problème qui se pose à l’Occident n’est pas d’essayer de contrôler à nouveau le monde à travers l’ingérence humanitaire, mais de s’adapter à son propre déclin inévitable, adaptation qui risque fort de n’être ni facile ni agréable.

Ceux qui promeuvent le droit d’ingérence le présentent comme le début d’une nouvelle ère, alors qu’il s’agit en réalité de la fin d’une histoire ancienne. D’un point de vue interventionniste, cette doctrine opère un retrait par rapport aux droits invoqués par le colonialisme classique. De plus, des millions de gens, y compris aux États-Unis, rejettent de plus en plus la guerre comme moyen de résoudre les problèmes internationaux et adhèrent, de fait, à la position des pays non alignés, visant à « renforcer la coopération internationale afin de résoudre les problèmes internationaux ayant un caractère humanitaire, en respectant pleinement la Charte des Nations Unies ». Ils sont souvent dénoncés dans leurs propres médias comme « anti-occidentaux ». Mais ce sont eux qui, en s’ouvrant aux aspirations de la majeure partie du genre humain, perpétuent ce qu’il y a de valable dans la tradition humaniste occidentale. Ils visent à créer un monde réellement démocratique, un monde où le soleil se sera définitivement couché sur l’empire américain, comme il l’a fait sur les vieux empires européens.

Jean Bricmont

14 juin 2012. Unesco-Paris

[1] Final document of the Thirteenth Conference of Heads of State and of Governments of the Movement of Non-aligned Countries, Kuala Lumpur, February 24-25, 2003, Article 354. (disponible sur http://www.bernama.com/events/newnam2003/indexspeech.shtml?d…).

[2] Voir William Blum, Les guerres scélérates, Parangon, Lyon, 2004, pour une histoire détaillée des ingérences états-uniennes.

[3] L’annexe B des accords proposés aux Serbes comme à prendre ou à laisser prévoyait entre autres : article 8. Les personnels de l’OTAN bénéficieront, tout comme leurs véhicules, navires, avions et équipement d’un passage libre et sans restriction et d’un accès sans ambages dans toute la RFY (=République fédérale Yougoslave, c’est-à-dire la Serbie et le Monténégro à l’époque), y compris l’espace aérien et les eaux territoriales associées. Ceci comprendra, sans y être limité, le droit de bivouaquer, manoeuvrer, de cantonner et d’utiliser toute zone ou installation, telles que l’exigent le soutien, l’entraînement et les opérations. Article 9. L’OTAN sera exemptée des droits, taxes et autres frais et inspections et règlements douaniers, y compris la fourniture d’inventaires ou de documents douaniers routiniers, pour les personnels, véhicules, navires, avions, équipements, fournitures et livraisons qui entrent, sortent ou transitent par le territoire de la RFY en soutien à l’Opération. Voir http://www.csotan.org/textes/doc.php?type=documents&art_id=61 pour le texte complet.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 18 juin, 2012 |Pas de commentaires »

COMMENTAIRES SUR « LA FAIM DU MONDE » DE HUGUES STOECKEL (René HAMM) + LES FAMINES OBJET GEOGRAPHIQUE ? (Thibault RENARD)

Commentaires sur « La faim du monde » de

 Hugues Stoeckel.

COMMENTAIRES SUR

René HAMM

La lecture indispensable du premier ouvrage de Hugues Stoeckel (1), d’une exceptionnelle densité informative (479 renvois de bas de page invitant à enrichir notre savoir), nécessite une concentration maximale et la mobilisation de l’ensemble des dendrites qui garnissent nos neurones. On en sort d’autant moins indemne que le professeur de mathématiques retraité réfute résolument le « devoir d’optimisme », cette « forme d’aveuglement » que beaucoup « d’écologistes » ( ?!?) instillent, par commodité, inconscience ou négation des réalités, dans leurs écrits.

Son propos se rapproche indéniablement davantage des thèses de Bertrand Méheust (2), de Jean-Christophe Mathias (3) ou de Jean Gadrey (4) que des « Apartés » de Cécile Duflot (5). Le Cassandre éclairé jette à bas « la certitude qu’une conduite collective vertueuse suffirait à nous assurer un bel avenir ». Pour lui, les fariboles de la « croissance verte » et du « développement durable » (6), des « solutions dérisoires » uniquement destinées à « proroger la survie du système », « ne ralentissent même pas d’un iota la course vers l’abîme ».

Briser le quasi-tabou de la surpopulation

Du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2005, le monde a utilisé un volume d’énergie (80% par les pays industrialisés, « riches », qui ne représentent que 20% de la population !) supérieur à celui des cinq premières décennies du siècle précédent. Alors que les réserves en brent (35% de la consommation globale), gaz, charbon, uranium… s’épuisent, les économistes orthodoxes, « nouveaux chiens de garde » (7) omniprésents sur les plateaux des télévisions et des stations radiophoniques, professent invariablement la fuite en avant, considérant que la disponibilité en capitaux, la « loi du marché », fixe les bornes du faisable. Or, selon l’auteur, les « grands » projets ne devraient plus être évalués en euros, dollars, yuans, mais quantifiés en millions de tonnes équivalent pétrole ou en « empreinte carbone ».

Contrairement aux leaders de son parti, qui n’affichent qu’une hostilité de façade au nucléaire (8), le membre, si atypique des Verts, dépeint « l’impasse » de cette filière aussi onéreuse que dangereuse, en particulier « le pari fou sur la stabilité de notre société » qui sous-tend la gestion des déchets hautement radioactifs « imposée à nos descendants sur des centaines de générations ». Il fustige en outre « l’aberration » du chauffage électrique, que nos gouvernants et EDF ont surtout favorisé à partir de juin 1981, afin d’écouler les surplus de courant et de légitimer le recours massif à la fission, au moment où un contexte moins plombé qu’aujourd’hui eût facilité l’engagement vers la si cruciale transition énergétique. Je rappelle qu’à l’époque, celui-ci figurait en toutes lettres dans les fameuses « 110 propositions pour la France » et que la part de l’électricité d’origine atomique n’était que de 38% ! Comme moi, Hugues Stoeckel s’insurge des sommes colossales englouties dans la construction des réacteurs. Si elles avaient été dévolues à celle des éoliennes et aux économies d’énergie, nos approvisionnements reposeraient largement sur des ressources régénératives et le casse-tête quant à l’enfouissement des résidus hyper-contaminés ne se poserait pas. Pourtant, il égratigne les thuriféraires du tout-solaire. Selon ses calculs, il faudrait plus de 300 000 kilomètres carrés de capteurs exposés de façon continue, sans nuages, et perpendiculairement aux rayons dardés par l’astre du jour pour couvrir la totalité des besoins mondiaux actuels, dans l’hypothèse la plus sombre où les mieux lotis, donc nous y compris, ne réfréneraient pas leurs irresponsables habitudes de gaspillages. Le coût pour « fabriquer » et transporter les quinze mille gigawatts de puissance, malaisément stockables en l’état, à répartir surtout dans les zones désertiques : quelque 600 000 milliards d’euros. Le délire absolu ! Pour le conseiller municipal de La Petite Pierre (9), les vecteurs renouvelables ne combleraient jamais la déplétion pas si lointaine des éléments fossiles pour satisfaire les exigences surdimensionnées de neuf milliards de terrien(-ne)s à l’horizon 2050. De quoi susciter débats et controverses ! Le sexagénaire pourfend l’idée, que j’ai moi-même reprise telle quelle de Jean Ziegler (10), que l’abondance des denrées vivrières permettrait de nourrir douze milliards d’individus. Et quand bien même, ne conviendrait-il pas de juguler l’explosion démographique et de bannir toute « discrimination positive » envers les familles nombreuses, lesquelles jouissent en France de privilèges fiscaux pour le moins discutables ? En sus des facteurs généralement listés par les « lanceurs d’alerte » anti-productivistes pour expliquer l’accroissement de la famine dans le Tiers-Monde, l’érudit à contre-courant n’hésite pas à briser un quasi-tabou en y ajoutant la surpopulation. Car, sans les matières du sous-sol, en instance de raréfaction, seul un milliard d’êtres humains se sustenteraient à satiété. À méditer ! Rien qu’en songeant à cet aspect des dégâts provoqués par le bien mal nommé Homo sapiens, l’urgence d’amorcer une reconversion mue par une logique radicalement différente vouant les schèmes de l’ultra-libéralisme aux poubelles de l’Histoire, s’impose à tout bipède sensé, non ? « L’effet rebond d’une dénatalité » évacuerait non seulement le spectre d’une pénurie, mais offrirait également à l’humanité un gain substantiel en espace ainsi qu’un surcroît d’agrément. L’Alsacien juge sidérant que l’unique espèce dotée d’un néocortex très développé s’avère incapable de discerner une limite à sa propre prolifération.

« Gabegies faramineuses »

À l’instar du sociologue helvétique précité, il s’indigne des onze mille milliards de dollars que les États occidentaux ont réuni sur trois ans pour sauver du naufrage les parasites financiers après la faillite, le 15 septembre 2008, de la banque Lehman Brothers, officiellement liée à la « crise des subprimes » (11), alors qu’ils mégotent ignominieusement pour débloquer les trente milliards qui suffiraient pour éradiquer la faim, du moins à court terme. Il s’agit donc bien d’un « assassinat » (12) qui frappe trente-six millions de personnes par an (toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans). Que l’accès à la nourriture constitue une prérogative inaliénable, gravée dans le marbre de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée le 10 décembre 1948 à Paris par l’Assemblée Générale des Nations Unies, les spéculateurs et spoliateurs, ivres de cupidité, ainsi que les dirigeants politiques qui cautionnent leurs criminelles exactions s’en fichent comme d’une guigne ! La moitié des victuailles produites ne rassasie qu’un milliard et demi d’individus, soit 22% de la population. 40% des céréales cultivées et 75% des surfaces arables sont dédiées aux animaux d’élevage qui finiront en tranches ou boulettes dans les assiettes des carnivores de l’hémisphère nord.

Par ailleurs, qui avait noté que l’O.N.U avait déclaré 2011 « Année internationale de la forêt » et que cette dernière est « célébrée » chaque 21 mars (13) depuis 1972, sous l’égide de l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture, domiciliée à Rome ? Tous les ans, environ treize millions d’hectares disparaissent : coupes illégales par des trafiquants, saccages imputables à l’extraction de l’or et du cuivre, à la « libération » de pâturages pour le bétail, à la construction de routes, de barrages, d’oléoducs, ainsi qu’à la plantation de soja (Argentine Brésil, Paraguay…) ou de palmiers pour l’huile (Indonésie, Malaisie, Thaïlande…). La déforestation, qui pèse pour environ 17% dans les émissions de gaz à effet de serre, impacte très négativement le ruissellement des eaux, accentue l’érosion des sols, affecte la fertilité de ceux-ci et porte une atteinte gravissime à la biodiversité. Parmi les solutions susceptibles d’enrayer les dommages mentionnés en ces lignes et ces « gabegies faramineuses », le retour à la polyculture avec, à la clé, le recyclage des déchets organiques, et « la requalification de la production agricole en service prioritaire excluant toute accumulation de profits », en boostant l’essor du bio. La réorientation d’un secteur si déterminant pour notre survie gripperait le business et les stratégies expansionnistes des grands trusts, lesquels ont inondé le marché de 85 000 substances chimiques de synthèse. Autre signe de coupable égarement : les agrocarburants. Ainsi, pour un 4 x 4 roulant à l’éthanol, un plein de 80 litres engloutit 220 kilos de maïs, l’équivalent de la ration pour un campesino mexicain durant douze mois.

Il conviendrait de diviser immédiatement par quatre notre « empreinte écologique » (14) en nous recentrant vers les biens et services vraiment vitaux. Constatant que la délégation des pouvoirs à des élu(-e)s et gouvernants qui arrêtent des décisions échappant, pour l’essentiel, au contrôle des citoyen(-ne)s confine à un « régime oligarchique » (15), Hugues Stoeckel estime que « tout choix de production devra être validé en tant que réponse à un besoin prioritaire par l’échelon approprié ». Il n’oublie pas de critiquer le budget militaire (16) dont l’objet consiste à « détruire des vies à grande échelle » de même que le commerce des armes (17), des objections complètement étrangères aux pontes d’Europe Écologie/Les Verts (18). Préconisant le rétablissement de frontières étanches aux capitaux et marchandises afin d’assécher les paradis fiscaux, il proclame sa foi en « un mondialisme, nullement antinomique avec le localisme, ni avec la diversité linguistique et culturelle ». Les dilemmes qu’il énonce ne souffrent aucune ambiguïté : « la récession sans fin ou l’organisation démocratique d’une décroissance solidaire, la pénurie belligène ou la sobriété équitable ». Combien de nos contemporain(-e)s se déclareraient disposés à accepter un partage authentique, défini comme « la proscription de la liberté de s’enrichir au détriment d’autrui », et la frugalité comme « sort commun », à « changer leurs modes de vie à l’aune des périls » ?…
René HAMM

Bischoffsheim (Bas-Rhin)

Le 12 juin 2012

(1) Éditions Max Milo, janvier 2012, 319 pages, 16 €.

(2) « La politique de l’oxymore », La Découverte, avril 2009, 167 pages, 12 €.

(3) « Politique de Cassandre. Manifeste républicain pour une écologie radicale », Éditions Sang de la Terre, 1er trimestre 2009, 256 pages, 18,90 euros.

(4) « Adieu à la croissance – Bien vivre dans un monde solidaire », Les Petits Matins, décembre 2011, 214 pages, 15,20 euros.

(5) Avec Guy Sitbon, Les Petits Matins, Février 2010, 216 pages, 15,20 euros.

(6) Cf. par exemple l’excellent article « Le développement durable : une pollution mentale au service de l’industrie » de Benoît Eugène, dans le numéro 34 de la revue marseillaise « Agone », « Domestiquer les masses », 4ème trimestre 2005, 264 pages, 20 €, « Pistes pour un anticapitalisme vert », opuscule coordonné par Vincent Gay, Éditions Syllepse, Les Cahiers de l’émancipation, mars 2010, 132 pages, 7 euros, ainsi que les deux livres indiqués sous (2) et (3).

(7) Cf. le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, qui, en-dehors des circuits de distribution mainstream, a attiré 202 099 spectateur(-trice)s en seize semaines.

(8) Sinon, auraient-ils (elles) avalisé « l’accord » du 15 novembre 2011 avec le Parti socialiste et se seraient-ils (elles) précipités pour obtenir deux fauteuils dans le cabinet Ayrault I ?…

(9) Bourgade bas-rhinoise de 624 habitants située dans le Parc naturel régional des Vosges du Nord.

(10) Cf. « Destruction massive. Géopolitique de la faim », Le Seuil, octobre 2011, 352 pages, 20 €.

(11) Krach, dévoilé à partir de février 2007, des prêts hypothécaires à risque outre-Atlantique, que les emprunteurs, très souvent de condition modeste, ne parvenaient plus à rembourser.

(12) Jean Ziegler dans le bouquin mentionné sous (10).

(13) Gageons que cette « journée internationale » est aussi passée inaperçue que celle du lendemain, dédiée à l’eau, comme toutes les autres décrétées par l’O.N.U., sans que la thématique visée connaisse des retombées positives conséquentes !

(14) Concept forgé en 1994 par l’ingénieur en mécanique bâlois Mathis Wackernagel et l’économiste canadien de l’environnement William Rees, directeur du groupe de reflexion « Redefining progress », respectivement directeur de l’École de planification communautaire et régionale à l’Université de Colombie britannique à Vancouver. Ils explicitent leur outil d’évaluation et leur méthodologie dans « Notre empreinte écologique », livre sorti en septembre 1999 et republié aux Éditions Écosociété à Montréal en octobre 2009, 242 pages, 21,10 €.

(15) Je vous recommande l’essai de Hervé Kempf « L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie », Le Seuil, janvier 2011, 192 pages, 14 euros.

(16) 41,23 milliards d’euros en crédits de paiement pour 2012.

(17) Chiffre d’affaires en contrats d’armements des cent principales firmes impliquées : 418,8 milliards de dollars en 2010 (plus 4,31% par rapport à l’exercice précédent), selon le compendium 2012 du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, sis à Bruxelles.

(18) Sur « le changement de paradigme » qui devrait animer tout mouvement et parti écologistes dignes de ce nom, ne loupez pas le numéro 6 des « Nouveaux Cahiers du socialisme », intitulés « Écosocialisme ou barbarie ! », chez Écosociété à Montréal, automne 2001, 328 pages, 22 euros.

Les famines, objet géographique ?

somali10 FAMINE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Populations somaliennes dans la région éthiopienne de l’Ogaden

PLAN

I. Les famines : une question de disponibilité des denrées alimentaires :

A. Un monde scindé en deux ? Famine et représentations de la famine

B. L’influence du climat tropical et de la répartition de la population

C. Les nombreux apports de l’aide internationale

II. Les famines : une question de capacité d’accès aux denrées alimentaires :

A. La capacité à produire la nourriture : structures agraires en Afrique

B. La capacité à acheter la nourriture : des interférences nombreuses

C. Vers une aggravation de la situation ?

III. Brunel Sylvie, Famines et politique, 2002 : Une typologie des « famines modernes » :

A. Les famines niées

B. Les famines exposées

C. Les famines créées

Introduction

Courant août 2010, une forte sécheresse – accompagnée par des feux de forêt – s’est éternisée sur le territoire russe. Les récoltes ont rarement été aussi désastreuses, les pertes sont innombrables. L’embargo décrété sur les exportations de céréales par les autorités russes jusqu’au 1er janvier 2011 à été prolongé – d’après un discours de M. Poutin du 9 septembre 2010 – jusqu’aux prochaines récoltes. Cela pose de nombreux problèmes car la Russie est le troisième exportateur mondial de blé. Cela a donc occasionné une raréfaction de l’offre et ainsi une augmentation des prix du blé et dans son sillon celui des autres céréales. La situation géopolitique n’est pas la même qu’en 2007 – 2008 mais des émeutes de la faim sévissent à nouveau, à Maputo au Mozambique à la fin de l’année 2010 entre autres.

Qu’est-ce qu’avoir faim ? Nous reconnaissons cette sensation dans notre ventre et nous n’avons aucun problème pour satisfaire ce manque. Le problème tient au fait que 850 millions d’êtres humains sur terre sont dans l’incapacité de l’assouvir. Or, de la faim à la famine, il n’y a qu’un pas. Vous pouvez perdre jusqu’à 50% de votre poids. Votre peau devient toute fine, raide, pâle, froide. Vos cheveux deviennent secs et commencent à tomber. Après 8 à 12 semaines, vous mourrez de faim. Les famines – à la différence des disettes qui sont des périodes temporaires de pénurie – apparaissent quand la situation alimentaire, déjà précaire, devient critique et entraîne une surmortalité ou forte hausse de la mortalité. C’est donc un phénomène qui touche des groupes humains entiers, les habitants d’une même région. La famine fait appel à la satisfaction de « besoins quantitatifs » ou « food security » en anglais, sinon on parle de malnutrition. À savoir, le seuil de sous-alimentation est de 2500 kcal par jour et par personne pour un individu « moyen » vivant dans des conditions « moyennes ».

Où peut-on mourir de famine ? On parle souvent d’un « mal africain » mais les émeutes de la faim nous rappellent que la plupart des PED peuvent la connaître. La différence c’est qu’en Afrique la peur a laissé place à la tragédie.

Pourtant ne peut-on pas espérer la voir disparaître ? En effet, il y a un siècle et demi la famine était partout : Bihar, Irlande, Ukraine, Chine etc etc. Les « territoires de la famine » tendent à se restreindre, leurs dynamiques changent. Nous n’aborderons ici que les famines modernes, formule presque irrévérencieuse. En effet, il est nul question de faire un historique des famines. La géographie se traite dans le présent, au travers des faits directement ou indirectement observables.

Pourquoi traiter de la notion de « famine » en Géographie ? La famine fait appel à de nombreuses branches de la géographie ainsi qu’aux concepts et outils qu’elles emploient : on peut par exemple la cartographier, et elle fait appel :

- au système-terre (nature du sol et milieu tropical),

- à la Géographie sociale et culturelle (les comportements démographiques, les représentations et perceptions qu’on se fait des famines),

- à la Géographie du mouvement (flux d’argent et migrations, fuir la famine),

- à la Géographie rurale et même urbaine ( structures agraires, aménagements périurbains et famines),

- à la Géographie appliquée (gestion des risques, prévention) et impliquée (relation des géographes et de l’humanitaire, engagement politique)

- à la géopolitique (tensions, minorités, la relation du pouvoir à l’espace)

Ainsi la problématique qui ressort est la suivante :

Les mécanismes qui aboutissent aux « famines modernes » – essentiellement africaines – sont-ils liés à une mauvaise organisation et à une mauvaise gestion de l’espace ? Peut-on faire un lien entre régimes non démocratiques et famine ?

Comprendre la famine, c’est avant tout comprendre pourquoi il n’y a pas assez de nourriture pour ses victimes mais c’est surtout comprendre qui ne peut pas – 10000 ans après la révolution néolithique – avoir accès à cette nourriture. Enfin, il serait intéressant de proposer une typologie des « famines modernes ».

Développement

I) Les famines : une question de disponibilité des denrées alimentaires

A) Un monde scindé en deux : famine et représentations de la famine

famine10 GUERRE

La sous-alimentation dans le monde

(On peut dessiner la ligne Nord-Sud pendant l’exposé)

 

Non Willy Brandt ne s’était pas trompé quand en 1980 il a mis au point la ligne Nord-Sud dans son rapport éponyme, sous titré : Un programme de survie. Ici, la ligne s’adapte à la cartographie de la sous alimentation mondiale qui comprend de manière majoritaire des PED et des PMA. Aujourd’hui la famine scinde donc le monde en deux parties : d’une part ceux qui la vivent et qui en meurent encore et d’autre part ceux chez qui elle a laissé des traces indélébiles – notamment à travers la culture.

Dans les pays du nord, deux choses influencent nos représentations des famines :

C’est tout d’abord la littérature. Zola dans La Terre parlait de ces : « épouvantables misères, pendant lesquelles les gens broutaient l’herbe des fossés ». La littérature française regorge de ces malheureux souvenirs, de descriptions allégoriques qui familiarisent encore les lecteurs européens avec ces maux disparus de leur continent. Comme le rappelle Roger Brunet, dans son dictionnaire intitulé Les mots de la Géographie, on la retrouve même dans les « contes pour enfant » (ceux que l’on perdait dans la forêt faute de pouvoir les nourrir) ou dans les fables que l’on doit encore apprendre par coeur à l’école élémentaire ( je veux parler de cette cigale imprévoyante allant « crier famine »).

C’est également le rôle des médias. On a tous en tête les photographies des enfants squelettiques du Biafra apparues au grand public dès 1968. Cela a indéniablement transformé notre représentation de la famine : c’est en effet la première famine médiatisée. Ces enfants souffraient effectivement de la famine – ils n’avaient strictement rien à manger – mais quelqu’un de maigre, qu’il soit africain ou pas d’ailleurs, peut souffrir d’autres maux comme le Sida ou la malnutrition par exemple. Et puis comme le faisait comprendre Victor Hugo dans Les Misérables : on ne s’aperçoit pas que Fantine est touchée par la famine par sa maigreur mais plutôt par l’odeur quelle dégage.

Aujourd’hui les famines touchent quasi exclusivement des pays africains et c’est pour cette raison que notre étude est exclusivement continentale. Sur ce continent, on recense 17 grandes famines depuis celle du Biafra de 1968-1970. Outre les famines qui causent la perte de milliers de vies humaines on voit l’apparition d’espaces dits de pénuries alimentaires graves et qui concernent plutôt le concept de « faim chronique » plutôt que de « famine ». Pourtant les pénuries alimentaires graves sont un préalable au déclenchement des famines. On remarque que ces États sont répartis en Afrique de l’Est (Soudan, Ethiopie), en Afrique Centrale (Rép. Centrafricaine, Rép. Démocratique du Congo, Congo Brazzaville) et en Afrique australe (Angola et Zimbabwe). La situation au Sahel et dans le Golfe de Guinée est également très préoccupante.

image 2 "Les Famines"

Ainsi l’Afrique concentre à la fois l’essentiel du phénomène qu’il nous est donné d’étudier mais c’est également ce continent qui a peu à peu transformé nos représentations de ce phénomène – au même niveau que nos classiques.

B) L’influence du climat tropical et de la répartition de la population :

Si ce phénomène touche aujourd’hui essentiellement l’Afrique le problème vient-il du milieu dans lequel vivent ces populations, faut-il être déterministe ? Pourtant comme on l’a vu auparavant, les famines étaient auparavant développées en climat tempéré, en Europe ou en Asie. Pourtant, il existe toujours un discours qui vise à dire que le monde tropical, parce qu’il est pauvre, est particulièrement exposé aux catastrophes. Sylvie Brunel affirme d’ailleurs le contraire en appuyant sur le fait qu’il existe des tropiques développés comme la Floride ou une partie du Japon (Kyushu- Shikoku) seulement ils ne subissent pas les mêmes risques naturels.

On peut tout de même retenir des risques naturels bien connus (grossièrement) :

- Dans le sud-ouest du Sahara il existe une mousson africaine qui au contraire de celle de l’Asie est totalement inconstante et conduit à des périodes très longues de sécheresses. Cela dure par exemple depuis trente ans dans le Sahel.

- La répercussion du phénomène El Nino en particulier en Afrique Australe entraîne la désertification des terres.

- Risques d’inondation en Asie du sud et du Sud-est

Pourtant la Corée du Nord a connu la famine au milieu des années 1990 alors qu’elle a un climat continental froid.

Sur les 850 millions de personnes qui sont actuellement touchés par la sous-alimentation les ¾ sont des paysans (pas de chiffre pour les famines). Le problème serait-il que la densité de population de certaines régions rurales amène à une faible production par exploitation ? Serait-on trop nombreux pour éviter les famines ?

Malthus, dans son Essai sur le Principe de la Population publié en 1798, affirme que les famines sont inévitables… sauf si les hommes acceptent de limiter leur nombre. Actuellement, le milieu scientifique dément globalement cette thèse. Pourtant, certains géographes sont toujours malthusiens et n’ont pas forcément entièrement tort :

- Observation de la poursuite de la croissance démographique en Chine ou en Afrique alors que la situation est précaire pour les populations préexistantes.

- Ce phénomène amène à un déboisement, à une déforestation, à une pollution et une désertification des sols

Jusqu’à présent, la production alimentaire a suivi la croissance de la population et globalement les disponibilités alimentaires mondiales sont suffisantes, en principe, pour nourrir la totalité de la population mondiale. Chaque être humain dispose en principe de 20% de nourriture en plus entre 1970 et 2010 (or dans ce même laps de temps, la population est passée de 3,5 milliards à 7 milliards).

Même dans les pays pauvres, il n’y a pas forcément de lien direct entre densité de population et faim.

Exemple : En Afrique, les famines se sont répandues dans certains pays «vides» tels le Congo et le Soudan (densité rurale inférieure à 10hab/km2) alors que dans certains pays plus peuplés comme le Sénégal (40hab/km2) il n’y en a pas eu. En revanche, en 1974, quand le Bangladesh connaît les pires inondations de sa récente histoire la densité de population est en cause indirectement.

Trop de population à nourrir dans un espace trop réduit amène à une limitation des stocks de denrées alimentaires. Si une catastrophe naturelle se déclare, les populations ont peu de chance d’échapper à la famine.

On peut donc dire que le climat et la densité de population ne sont pas les causes des famines mais que ce sont des facteurs aggravants en ce qui concerne la disponibilité des denrées.

C) Les nombreux apports de l’aide internationale :

Il existe des systèmes d’aide internationale compétents qui surveillent l’évolution de la situation alimentaire dans le monde.

Les signes précurseurs de la famine sont bien connus et suivent toujours les mêmes logiques :

1 – Disparition des réserves alimentaires : période de soudure ( de mai à août au Sahel)

2 – Recours à la cueillette ou à la chasse

3 – Départ des hommes, signe de malnutrition aiguë chez les enfants, sous alimentation chronique.

Les grandes agences d’aide peuvent coordonner des programmes de lutte contre la faim à l’échelle régionale. Le 1er donateur d’aide ds le monde est l’UE : cf la Convention de Lomé qui unit depuis 1975 les pays européens aux pays de l’ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) :

- Un volet commercial : possibilité pour les ACP d’exporter sans droits de douane, leurs produits vers l’UE.

- Un volet de coopération : financement de programmes de développement ds les ACP.

De nombreuses agences des Nation Unies travaillent à lutter contre la faim. Leurs moyens d’action leur permettent d’intervenir à l’échelle d’une région entière :

- la FAO (Organisation des NU pour l’alimentation et l’agriculture) gère les systèmes d’alerte précoce et prévient le monde lorsque la pénurie alimentaire menace certaines régions. Elle coordonne aussi les grands centres agronomiques et travaille à l’augmentation de la production agricole des zones déficitaires.

- le PAM (Programme Alimentaire Mondial) gère l’aide alimentaire, distribuée aux populations dans les situations d’urgence par les organismes humanitaires. L’action de terrain n’est cependant pas suffisante pour éviter durablement la faim.En 2008, le PAM a nourri 102 millions de personnes dans 78 pays et a ainsi livré 3,9 millions de tonnes d’aliments. L’Ethiopie concentre 45% des aides du PAM.

- le HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés) prend en charge les premières victimes de la faim qui sont les personnes réfugiées. Assistance dans les camps.

- le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) lutte essentiellement en amont des problèmes observés, contre la pauvreté.

Il existe aussi des milliers d’ONG qui opèrent directement sur place ou qui reversent leurs fonds aux organismes des Nations Unies. On peut citer Action contre la faim dont le siège est à Paris. Les rapports d’activités 2009 de cette ONG sont les suivants : 964 395 personnes ont bénéficié de leurs programmes de « sécurité alimentaire et moyens d’existence », 8118 tonnes de nourriture ont été distribuées en 2009 et près de 2 millions de kilos de sécurité alimentaire (nourriture, argent, coupons, animaux, semences outils…) ont été distribués.

Ainsi on voit bien que la question des famines est évidemment liée à la disponibilité des denrées. Seulement afin d’enrayer ce phénomène il convient de comprendre ses mécanismes et ainsi de s’attacher à voir les problèmes de capacité d’accès aux denrées alimentaires.

II) Les famines : une question de capacité d’accès aux denrées alimentaires

A) La capacité à produire la nourriture : des structures agraires dépassées, l’exemple de l’Afrique

Les structures agraires regroupent les conditions sociales et foncières, ainsi que les conditions de marchés. Ainsi elles prennent en considération l’aménagement des espaces agricoles : de la distribution parcellaire à la mise en place d’une logistique de transport des productions. Si l’on a montré que le climat et la densité de population n’empêchaient pas les sols de la zone tropicale de nourrir leurs habitants il convient de revenir en amont et de comprendre pourquoi ces sols restent soit incultes soit peu performants – particulièrement en Afrique. La question est en fait de comprendre pourquoi des populations ne peuvent pas avoir accès aux infrastructures qui amélioraient leur situation économique. Pour reprendre sur Malthus, il n’avait pas pris en compte une donnée simple : la pression démographique incite les agriculteurs à adopter d’autres techniques agricoles. La productivité s’accroît ainsi mais l’Afrique est restée globalement en arrière de cette évolution.

La production agricole ds le monde se répartit en fonction des sommes et de l’intérêt que les différents Etats accordent à l’agriculture :

-  En Occident, les agriculteurs sont peu nombreux mais leurs activités – ou autres – sont subventionnées.

-  Dans les pays pauvres, les agriculteurs sont très nombreux mais peu aidés. Ils doivent affronter la concurrence des pays riches alors que leur productivité reste faible.

Pierre Gourou analysait le niveau de développement d’une société par la capacité dont elle fait preuve pour maîtriser et aménager son milieu naturel. La maîtrise de son espace par une société dépend de la qualité et du volontarisme de ce qu’il appelle les « structures d’encadrement ». En effet, partout où l’agriculture n’évolue pas, la faim s’installe.

Mais alors, pourquoi l’Afrique est un cas particulier ?

Pendant longtemps, les densités de population étaient tellement faibles que les paysans pouvaient se nourrir grâce à l’agriculture itinérante sur brûlis, mais ils connaissaient de fréquentes disettes quand les pluies manquaient. Au début du XXè siècle, les Européens viennent de coloniser l’Afrique, développent des cultures de rente (café, cacao…) dont les récoltes sont exportées vers l’Europe. En 1960, au moment où les États deviennent indépendants, l’Afrique connaît une période de bonne pluviosité, qui entraîne des récoltes abondantes. Les nouveaux États, dont le rôle est essentiel, définit les secteurs prioritaires et croient qu’ils vont pouvoir prélever des richesses de l’agriculture pour financer les villes et l’industrie. Pourtant 90% des actifs sont des ruraux. Les paysans doivent payer toutes sortes de taxes et d’impôts. Comme le dit Sylvie Brunel, ce choix des dirigeants était conseillé par des experts étrangers très actifs dans les capitales africaines. Mal rémunérés pour leur travail, ils ne sont pas encouragés à produire plus. L’irrigation reste très peu développée, les récoltes dépendent des caprices de le pluie. La situation se dégrade très vite et au début des années 1970 la sécheresse revient (famine au Sahel). Les populations sont devenues trop nombreuses dans les campagnes par rapport à ce que donne la terre et l’agriculture n’évolue pas : elle est considérée comme un travail ingrat et mal payé. Aujourd’hui, les rendements agricoles restent très faibles. La situation pourrait donc être différente si les États décidaient de mieux rémunérer les agriculteurs pour leur travail.

À la différence de beaucoup d’États d’Asie et d’Amérique Latine qui ont opéré une révolution verte pour augmenter le rendement à l’hectare, l’Afrique noire n’a ni créé un système d’irrigation performant, ni dressé une politique de distribution cohérente des terres, ni subventionné ses agriculteurs, ni créé des infrastructures d’importations et d’exportations dans les campagnes.

À cela, Amartya Sen, qui a reçu le prix nobel d’économie en 1998, ajoute que cette réflexion ne suffit pas à expliquer la persistance des famines, car presque toutes les grandes famines des cinquante dernières années sont survenues dans un contexte où la production de nourriture n’avait globalement pas baissé. C’est la survenue de la famine, parce qu’elle affecte les capacités de production d’une partie de la population, désormais trop affaiblie pour travailler, qui entraîne, les années suivantes, une chute de la production alimentaire. Ainsi la famine ne serait qu’un maillon d’un cercle vicieux.

B) La capacité à acheter la nourriture : des interférences nombreuses

1er problème : Il faut de l’argent pour acheter de la nourriture quand on en manque.

En 1981, Sen publia Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation, un livre dans lequel il démontre que les famines ne sont pas seulement dues au manque de nourriture mais aussi aux inégalités provoquées par les mécanismes de distribution de la nourriture. L’intérêt que porte Sen pour la famine lui vient de son expérience personnelle. À 9 ans, il fut témoin de la famine au Bengale de 1943 pendant laquelle moururent trois millions de personnes. Sen a conclu plus tard que ce désastre n’avait pas eu lieu d’être. Il pense qu’il y a eu, à cette époque en Inde, un approvisionnement suffisant : la production était même plus élevée que pendant les années précédentes où il n’y avait pas eu de famines. Mais la cause de la famine de 1943 est le fait que la distribution de nourriture a été gênée parce que certaines catégories de la société (ici les travailleurs ruraux) avaient perdu leur emploi et donc leur capacité à acheter de la nourriture.

2è problème : Ce sont toujours les mêmes personnes qui manquent d’argent et donc de nourriture.

Toujours selon Amartya Sen il n’y a pas de lien direct entre le niveau des disponibilités alimentaires et la survenue des famines. Dans tous les cas, seuls certains groupes sociaux bien particuliers sont touchés, parce que leur statut, considéré comme inférieur, ne leur donne pas accès à l’alimentation. Aussi, toutes les famines qui se sont produites dans la période contemporaine auraient pu être évitées si les autorités politiques des territoires concernés avaient agi pour restaurer l’accès à la nourriture des groupes les plus vulnérables.

Exemple : la pénurie alimentaire de l’Ogaden en Éthiopie (77 et 2000) était pourtant annoncée depuis 2 ans par les organisations humanitaires sans que le gouvernement éthiopien leur permette de mettre en place une politique d’assistance. Cette pénurie frappe des minorités d’origine somalienne. Elle survient à point nommé pour permettre à l’État éthiopien, engagé dans la guerre avec l’Érythrée, de recevoir une aide alimentaire.

Aussi on remarque sur la carte de l’Afrique qu’à chaque fois qu’une famine éclate un conflit armé existe. La nourriture est une arme de guerre, pour cela il suffit de faire un embargo sur les importations de céréales dans certaines régions sécessionnistes ou ennemies par exemple (Biafra en 1968) jusqu’à ce qu’elles se meurent.

Ainsi la définition de famine évolue : Sylvie Brunel dans son ouvrage intitulé Famine et politique « La famine désigne les peuples qui, à un moment donné de leur histoire, voient nier leur statut social et politique, leurs droits fondamentaux en tant qu’êtres humains. »

C) Vers une aggravation de la situation ?

1er problème : La déréglementation des marchés céréaliers et le dumping

Le dumping désigne la vente à perte, c’est-à-dire le fait de vendre un produit à un prix inférieur au prix de revient pour éliminer la concurrence ou pour écouler des surplus.

Depuis les années 1980, les marchés céréaliers ont été déréglementés. À cet égard, les prêts de la Banque mondiale – dont ont besoin en général les pays touchés par la famine – exigent la levée des barrières commerciales sur les importations de produits agricoles de base. Ces mesures, ainsi que d’autres, ont mené les producteurs agricoles locaux à la faillite
(JADOUL, Xavier – Chargé de projets Amérique latine à ENTRAIDE ET FRATERNITÉ – ANTIPODES, revue de geographie anglo-saxonne radicale et marxiste, n°182, 2008/09, P. 14-20). Selon Xavier Jadoul, les ONG qui soutiennent la relance d’une production locale semblent bien impuissantes face au dumping des multinationales et aux distributions du PAM, qui modifient les habitudes alimentaires. Ainsi on peut se demander si enrayer les famines de cette manière – c’est à dire par la donation ou la vente à bas prix de denrées alimentaires – est réellement la bonne solution. Si elle donne accès à la nourriture ce n’est pas une solution durable.

Exemples : Le Malawi et le Zimbabwe étaient auparavant des pays prospères en excédent céréalier (il faut tout de même mettre en parralèle ce phénomène avec l’expropriation des fermiers blancs à la fin de la politique d’apartheid…), le Rwanda était pratiquement autosuffisant en matière alimentaire jusqu’en 1990, date à laquelle le FMI a accepté le dumping des excédents céréaliers de l’Union européenne et des États-Unis sur le marché intérieur, précipitant ainsi les petits agriculteurs en faillite. En 1991-1992, la famine a frappé le Kenya, un pays qui connaissait un succès pour ses surplus céréaliers.

Ainsi il semble que le mécanisme des famines est complexe et fait appel aux effets pervers de la mondialisation. En 2007-2008 le problème s’est inversé. La dépendance envers les marchés mondiaux et la disparition progressive des exploitations dans certains pays d’afrique a débouché sur une crise grave. En 2007-2008, les prix des céréales ont explosé, les États africains ont eux-aussi dû augmenter leurs prix de revente. Cela a abouti à des émeutes urbaines, lieu du pouvoir et de la contestation. Cela semble être parti pour recommencer actuellement avec l’augmentation de 30% du blé entre août 2009 et août 2010.

2e problème : Malgré leur poids et leurs moyens, les agences des NU et les ONG peuvent difficilement s’opposer aux Etats.

Si le désastre initial est bien causé par la nature, la famine, elle, est le résultat de l’action des hommes. Elle n’a rien de naturel puisque si l’aide était bien parvenue aux victimes, celles-ci ne seraient jamais mortes de faim.

Exemple : quand la sécheresse a frappé les peuples nomades du nord du Sahel, au début des années 1970 puis au début des années 1980, les tonnes d’aide envoyées ne sont pas parvenues à ces peuples considérées comme des citoyens de seconde zone : l’aide s’est accumulée dans les villes.

Le Rapport critique d’Action contre la faim 2009 est criant :

« Les conditions de nos interventions ont malheureusement continué de se dégrader au cours de l’année 2009. La réduction de l’espace humanitaire s’est encore accélérée et l’accès aux victimes devient de plus en plus problématique pour nous partout dans le monde. Le président soudanais qui nous a expulsés du Darfour en mars 2009, refuse de facto l’aide humanitaire aux 450 000 personnes que nous soutenions• »

Ainsi on peut se demander si le philosophe Jean-François Revel n’avait pas raison dès le début en créant le concept de droit d’ingérence humanitaire en 1979 qui permet la remise en cause de la souveraineté des États en cas de troubles graves.

Car c’est bien un problème d’accès aux denrées plus qu’un manque de disponibilité des denrées qui cause les famines dans le monde, aujourd’hui. La famine est donc une question éminemment politique.

III) Brunel Sylvie, Famines et politique, 2002 : Une typologie des « famines modernes »

Cette typologie thématique est extraite de cet ouvrage. Les catégories ne sont pas nettement tranchées, les famines peuvent changer de nature au fur et à mesure de l’évolution du contexte (une famine niée peut devenir exposée). Pour mieux combattre les famines il ne suffit pas de les comprendre, il faut les hiérarchiser, les décortiquer afin de dresser des types de famines. C’est important pour mieux planifier l’aide.

Trois types sont retenus : famines niées, famines exposées, famines créées.

Trois critères sont retenus : accès à l’aide alimentaire, instabilité politique, surmortalité.

A) Les famines niées

Les famines niées sont symptomatiques de certaines pratiques étatiques actuelles. Nier l’existence de famines permet d’empêcher que se mobilise l’aide.

Elles visent à la soumission , la reddition ou la suppression d’un peuple. Elles sont devenues des famines niées pour pouvoir persister en dépit des moyens d’information, de sanction et d’assistance internationales.

Il va de soi que ces famines niées se produisent dans des régimes totalitaires et dictatoriaux.

On peut s’appuyer ici sur un fait relativement peu connu. On parle souvent du génocide des Tutsis par les Hutus qui s’est déroulé en 1994 au Rwanda. Les films sont nombreux sur ce sujet. Mais on parle moins de la suite des événements qui s’apparente d’ailleurs également à un génocide. Au Kivu, en 1996, les forces de Laurent-Désiré Kabila, lancées à la conquête du Zaïre, nient qu’une famine est en train de décimer les populations hutues en fuite danss la forêt après l’offensive de l’armée rwandaise soutenue par l’Ouganda. Considérés comme responsables du génocide, ces Hutus doivent mourir. Kabila interdit l’accès aux ONG. Des milliers de Hutus meurent de famine alors que certains d’entre eux n’étaient que des civils pas forcément impliqués dans le génocide des Tutsis. (Je vous encourage à lire l’article d’août-sept. 2000 de la revue Esprit de Rony Brauman, Stephen Smith et Claudine Vidal – « Politique de terreur et privilège d’impunité au Rwanda » qui fait état de 50 000 à 200 000 morts de soif et de faim à la frontière du Zaïre).

Si les famines peuvent être niées dans un but politique elles peuvent également être exposées dans un objectif inverse : recevoir de l’aide.

B) Les famines exposées

Les famines exposées ont pour origine des difficultés pré-existantes (économiques, naturelles). Les autorités montent en épingle ces difficultés de manière à servir d’appât pour une assistance internationale (la famine devient un piège à aide). Ce qui les démarque des famines classiques, c’est que ce ne sont pas des populations « ennemies » qui sont visées mais les propres peuples des mouvements politiques mis en cause. Les populations affamées sont prises en otage dans un triple but :

  • asseoir une légitimité politique interne par le contrôle de l’accès à l’alimentation
  • obtenir une légitimité politique externe en captant l’aide, la visibilité et la reconnaissance internationale.
  • Permettre la reconversion du mouvement de guerre (généralement des rebelles qui ont pris le pouvoir) en parti politique grâce à la clientèle acquise par les distributions de nourriture.

Ces nouvelles famines exploitent trois caractéristiques induites par les conséquences de la mondialisation :

  • la rapidité de la circulation de l’information (à l’inverse évidemment des famines niées)
  • les poids des Organisation Paysannes (« effet compassion »)
  • l’humanitarisation croissante de l’aide publique (conséquence de la fin de la guerre froide)

Quatre pays illustrent parfaitement le principe de la famine « exposée » :

- L’Irak où le maintien de l’embargo et le contrôle des distributions de nourriture assoient le pouvoir de S. Hussein. Ce n’est plus le cas depuis l’intervention américaine.

- La Corée du Nord où sévit depuis 1995 une famine virtuelle (ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas réelle) utilisée pour pratiquer une véritable « diplomatie d’extorsion ».

- Les gouvernements éthiopiens depuis la famine de 1973 : les dispositifs de lutte contre les pénuries alimentaires ne sont actionnées que sélectivement au profit des peuples proches du régime.

- Le Soudan pendant la guerre civile depuis 1983. On a par exemple vu une manipulation du gouvernement de Khartoum pour recevoir une aide internationale.

C) Les famines créées

Les famines créées sont du même type que la précédente sauf qu’elles sont qualifiées de « créées » car rien n’aurait dû faire basculer un peuple dans la famine si sa privation de nourriture n’avait été méthodiquement orchestrée dans un but de propagande.

Les famines « crées » désigne finalement la mise en scène de famines créées de toute pièce pour pouvoir être ensuite « exposées » à la compassion internationale. Sylvie Brunel parle de nourriture comme d’une « arme de guerre ».

Exemple : Liberia (1990-1996), Sierra Leone (depuis 1996), Sud-Soudan (1983-2003) : dans ces pays, rien ne prédispose les populations à connaître la faim (abondance des précipitations, faibles densités de pop, terres riches et fertiles…).

Au Liberia, depuis 15 ans, des populations entières ont été victimes de la faim. Nulle fatalité à ce sort tragique : à chaque fois, les combattants avaient supprimé toute source de nourriture, l’emportant pour leur propre usage. Les bourreaux des civils avaient convoqué les médias et les ONG. Cependant, ils ont ensuite organisé le pillage de l’aide internationale (des sacs d’aide alimentaire maculés de sang se retrouvaient sur les marchés de Freetown encore en 1997).

Image 3 "Les Famines"

CONCLUSION

Ainsi les mécanismes de la famine sont complexes, multiples et touchent directement à la politique. C’est un sujet très sensible qui amène à une confrontation des différents facteurs. La plupart des pays touchés par la famine sont ou ont été peu de temps auparavant en guerre. Le lien entre famine et régime non démocratique est donc à faire car :

1) La priorité des États touchés par la famine n’est généralement pas la politique agricole.

2) L’accès à la nourriture sert à assoir son pouvoir.

Cependant ce n’est pas toujours la teneur du régime qui doit être mise en cause : la famine du Bangladesh pendant les années 1970 nous rappelant que les facteurs naturels et de densité de population ne sont pas à écarter. En effet ce sont des facteurs aggravants voire déclencheurs de famine.

L’aide humanitaire est actuellement confrontée à la prédominance de l’État sur certains territoires. Le droit d’ingérence qui autorise, avec l’aval de l’ONU, un état tiers ou des ONG à intervenir dans les affaires d’un État ne s’applique que lors des crises graves. Or, nous l’avons vu, certaines famines sont niées par les pouvoirs en place. La déréglementation des marchés céréaliers et les apports de nourriture dans ce « Tiers-Monde » comme l’appellerait encore Alfred Sauvy, provoquent une dépendance alimentaire qui ne résout pas le principal problème : le manque de cohérence dans l’aménagement et la planification des exploitations et de leurs structures encadrantes.

On peut donc se poser la question suivante :

Régler les famines dans le monde passe-t-il par l’établissement d’une justice alimentaire de nature supranationale ? Régler les famines dans le monde passe-t-il par la mise en place de systèmes de punitions économiques envers les pays ne respectant pas les droits de l’homme ? Comment condamner et punir un régime sans que sa population en ressente les conséquences ?

Réalisé par Thibault Renard.

 

BIBLIOGRAPHIE


Ouvrages sur la famine :

- Brunel Sylvie, Famines et politique, Presses de sciences po., 2002

- Amartya Sen, Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation, 1982

Ouvrages sur l’Afrique :

- Brunel Sylvie, l’Afrique, éditions Bréal, 2004

- Dumont René, Pour l’Afrique j’accuse, éditions Plon, collection Terre Humaine, 1993

- Smith Stephen, Atlas de l’Afrique, un continent jeune, révolté, marginalisé, éditions Autrement, 2005

Étude de cas :

- Rony Brauman, Stephen Smith et Claudine Vidal, « Politique de terreur et privilège d’impunité au Rwanda », revue Esprit, article d’août-sept. 2000.

Ouvrages complémentaires :

- Renard Jean, Les Mutations des Campagnes : Paysages et structures agraires dans le monde, éditions Armand Colin, colelction U, 2005

- Demangeot Jean, Les Milieux « naturels » du Globe, éditions Armand Colin, Collection U, 10e édition, 2000

- Périgord M., Arlaud S., Dynamiques des Agricultures et des Campagnes dans le Monde, éditions Géophrys, 1997

Ouvrage de méthodologie :

- Cheize Robert, Chédemail Sylvie, La Dissertation en Géographie aux Concours, Armand Colin, collection Prépas Géo., 1999

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 16 juin, 2012 |1 Commentaire »

PRESSIONS SUR LA RUSSIE: LES ETATS-UNIS SE FRAYENT UN CHEMIN VERS LA VICTOIRE EN SYRIE À COUPS DE MEURTRES EN MASSE (Land Destroyer Report)

Pressions sur la Russie :

 les Etats-Unis se frayent un chemin vers la

 victoire en Syrie à coups de meurtres en masse.

 (Land Destroyer Report)

PRESSIONS SUR LA RUSSIE: LES ETATS-UNIS SE FRAYENT UN CHEMIN VERS LA VICTOIRE EN SYRIE À COUPS DE MEURTRES EN MASSE (Land Destroyer Report) dans REFLEXIONS PERSONNELLES SYRIE

arton16978-a97e3 GUERRE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Tony Cartalucci
 
Les USA à la Russie : « Laissez tomber » ou nagez dans notre mer de sang syrien.

Alors qu’il s’avère indubitable que la violence qui se déchaîne de plus en plus en Syrie a été préméditée par les planificateurs occidentaux plusieurs années avant que ne se déroule le printemps arabe, et alors que la façade des prétendues « aspirations démocratiques » s’effondre dans le bain de sang perpétré par les extrémistes sectaires qu’ils ont eux-mêmes armés, les officiels US et les gourous des think tanks politiques occidentaux, se confiant à Bloomberg (1), ont déclaré que le dernier message adressé à la Russie en vue d’obtenir un changement de régime en Syrie est essentiellement celui-ci : l’escalade de la violence va délibérément continuer, jusqu’à ce qu’un changement de régime ait lieu, la Russie peut capituler maintenant et participer au changement, ou capituler plus tard et s’en voir exclure comme cela a été le cas en Libye. Bloomberg cite « des officiels US » qui prétendent avoir des contacts avec les Russes pour chercher ensemble une « transition ordonnée ».

BrookingsSyriaRegimeChange-7a8b9 MONDE

Le mémo n°21 sur le Moyen Orient de la Brookings Institution « Assessing Options for Regime Change  » ne fait pas mystère de ce que la « responsabilité de protéger » (R2P) humanitaire n’est qu’un prétexte pour imposer un changement de régime projeté depuis longtemps.

À quel point les Etats-Unis sont ou croient être près de réussir à renverser le gouvernement syrien est sujet à des estimations diverses. Ce qui n’est pas affaire d’opinion, en revanche, est le fait que les Etats-Unis se sont ouvertement engagés dans une conspiration visant à « saigner à blanc » la Syrie, soit pour au moins limiter de manière définitive son influence géopolitique au Moyen-Orient, soit pour entraîner la chute de son gouvernement. Ceci a été exprimé très clairement dans le susdit Mémo n°21 sur le M.-O. de Brookings Institution (2), « Assessing Options for Regime Change ».

« Il reste une alternative : que les efforts de la diplomatie se concentrent d’abord sur la possibilité d’un accès humanitaire, comme cela tente de se faire sous la direction d’Annan. Un tel choix pourrait conduire à l’établissement de havres de paix et de corridors humanitaires, qui seraient étayés par des actions militaires limitées. Ceci, bien etendu, ne remplirait pas les buts poursuivis par les Etats-Unis et pourrait même laisser Assad au pouvoir. De ce point de départ, cependant, il serait possible qu’une large coalition disposant d’un mandat international approprié, soit en mesure d’ajouter davantage d’action corercitive à ces efforts initiaux » (page 4, « Assessing Options for Regime Change », Brookings Institution.)

En pages 8 et 9, le mémo précise :

« Les « Etats-Unis pourraient encore armer l’opposition, tout en sachant qu’elle n’aura jamais assez de puissance pour déloger du pouvoir, à elle seule, Assad et son réseau. Washington pourrait néanmoins choisir de le faire en arguant de ce que fournir à un peuple opprimé une possibilité de résister à ses oppresseurs vaut mieux que ne rien faire du tout, quand bien même le soutien fourni aurait peu de chances de transformer la défaite en victoire ». Pages 8 et 9, « Assessing Options for Regime Change ».

Pour ceux qui croient en la rhétorique « humanitaire » invoquée par l’Occident pour justifier son ingérence en Syrie, il est clairement hors de question de perpétuer délibérément la violence, et particulièrement la brutale violence sectaire actuellement à l’œuvre, juste pour « garder un ennemi régional en état de faiblesse ». C’est pourtant à partir de cette position d’une totale dépravation morale que l’Occident prétend négocier avec la Russie une « transition ordonnée » en Syrie.

L’Occident s’imagine qu’en continuant à verser le sang à flots et en manipulant l’opinion publique pour lui faire croire que c’est là « l’œuvre du gouvernement syrien », « soutenu par les Russes, les Chinois et les Iraniens », il réussira à culpabiliser ceux qui s’opposent à sa campagne de déstabilisation au point de les faire consentir à son crime contre la paix du monde. Mais la propagande occidentale commence à s’essouffler, face aux medias alternatifs. En outre, le public, fatigué de la guerre sans fin, nourrit de plus en plus de soupçons quant aux motifs de l’engagement occidental en Syrie. L’impact espéré de ce qui se révèle être une atrocité orchestrée par l’Occident en Syrie, n’a été visible que dans les gros titres de la presse occidentale, pas même dans le corps des paragraphes qui les suivaient. Autrement dit, la manœuvre a fait long feu. Personne n’a été dupe.

10000000000002BC00000146FEF4E832-3e04d OBAMAJamais plus ? Temporiser avec la tyrannie ne marche jamais. En 1939, Hitler a signé un pacte de non agression avec l’URSS, qu’il n’a jamais eu l’intention d’honorer. Jusqu’au jour où il a envahi l’URSS en 1941, il a nié son intention d’aller jusqu’à Moscou, prétendant qu’il ne déployait ses troupes aux frontières du pays que « pour les protéger des bombardements anglais ». Aujourd’hui, nous voyons l’OTAN refaire exactement le même chose avec ses boucliers anti-missiles censés protéger la Russie de l’Iran, tout en sapant et en envahissant un allié de la Russie après l’autre. L’apathie et la complicité tacite vis à vis des guerres d’agression peuvent sembler une solution « facile »… aussi longtemps qu’on ne pense pas au prix que les Allemands ont dû payer quand leur chance a fini par tourner.

Ce que les Russes vont décider de faire vis à vis de la Syrie déterminera la forme du champ de bataille sur lequel ils devront combattre lorsqu’ils seront inévitablement forcés d’affronter les machinations croissantes de Wall Street et de Londres.

Une idée fausse dont il faut se garder est que temporiser avec l’Ouest en abandonnant la Syrie comme on l’a fait avec la Libye calmera les ambitions hégémoniques de ceux qui ont inscrit ce programme d’invasions à leur agenda. Comme Hitler niant vouloir envahir l’URSS jusqu’au jour où il l’envahit bel et bien, Wall Street et Londres ont bel et bien l’intention d’aller jusqu’à Moscou et jusqu’à Pékin, quelles que soient les myriades d’excuses qui continueront à être prodiguées, d’ici au jour où les forces occidentales et leurs sous-fifres commenceront à envahir la Russie ET la Chine.

La Chine, elle aussi, est confrontée à l’encerclement et à l’isolement, en ce moment même où le Pentagone déclare ouvertement diriger son attention et ses flottes vers le Pacifique. Tandis que le Secrétaire à la Défense Léon Panetta s’efforce de dissiper les craintes que suscitent ces mouvements et de dire que mais non, mais non, les USA ne sont pas en train de rassembler leurs forces pour attaquer la Chine, ses paroles verbales sans aucune crédibilité contredisent près de 20 ans de documents politiques US, qui préconisent justement l’isolement et la destruction de la Chine par cette méthode de renforcement de l’hégémonie américaine dans le Pacifique.

L’affrontement aura lieu tôt ou tard, et ceux qui se demandent encore pourquoi le monde est resté aussi apathique face aux nazis – menace si évidente pour la paix du monde quand on y repense – sont aujourd’hui assis aux premières loges pour voir Wall Street, Londres et tous leurs satellites violer progressivement la souveraineté et le destin d’une nation après l’autre, soutenus par l’apathie et l’ignorance apparemment infinies de leurs propres populations. Comme ce fut le cas pour l’Allemagne, ce seront en fin de compte ces populations qui paieront au prix fort leur complaisance et leur passivité face aux ambitions hégémoniques effrénées de leurs gouvernements.

Tony Cartalucci

Source : http://landdestroyer.blogspot.be/2012/06/us-to-russia-give-u…

Traduction : C.L. pour http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/

1 Bloomberg LP est un groupe financier américain spécialisé dans les services aux professionnels des marchés financiers et dans l’information économique et financière aussi bien en tant qu’agence de presse que directement, via de nombreux médias (télévision, radio, presse, internet et livres) dont les plus connus sont probablement ses propres chaînes de télévision par câble/satellite. (Wikipedia)

2 La Brookings Institution est souvent présentée comme le principal think tank des démocrates. Il s’agit plutôt d’un organisme représentatif des élites modérées, favorables à une régulation économique limitée, par opposition au patronat libertarien de l’American Enterprise Institute. Désormais active en politique étrangère, elle préconise – comme les néo-conservateurs et dans les mêmes circonstances – l’usage de la force, mais pour motifs humanitaires et non par évangélisme démocratique, par devoir et non par enthousiasme conquérant. La moitié de ses chercheurs a travaillé dans le passé pour le Conseil de Sécurité National ou la Maison-Blanche. ( Réseau Voltaire)

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 16 juin, 2012 |Pas de commentaires »

LE MESSAGE PREMONITOIRE DES INDIENS D’AMERIQUE…

Le message prémonitoire

 des Indiens d’Amérique

LE MESSAGE PREMONITOIRE DES INDIENS D'AMERIQUE... dans REFLEXIONS PERSONNELLES INDIENS

Le destin des Indiens d’Amérique annonçait celui de l’ensemble des habitants de la planète qui assistent impuissants à la destruction de leur environnement, après la confiscation de leur espace et de leurs ressources.

Le message des Indiens est aussi une source de sagesse, fondée sur le respect de la nature et la compréhension de “l’Esprit qui est en toute chose”…

Prenons-en de la graine… loin de chez Monsanto !…

newsnet_9880_rton10870120x184 ECOLOGIE dans REFLEXIONS PERSONNELLESNous avons toujours eu beaucoup ; nos enfants n’ont jamais pleuré de faim, notre peuple n’a jamais manqué de rien… Les rapides de Rock River nous fournissaient un excellent poisson, et la terre très fertile a toujours porté de bonnes récoltes de maïs, de haricots, ce citrouilles, de courges… Ici était notre village depuis plus de 100 ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée sans qu’elle nous fût jamais disputée. Si un prophète était venu à notre village en ce temps-là nous prédire ce qui allait advenir, et ce qui est advenu, personne dans le village ne l’aurait cru.  

Black Hawk, chef indien

Nous aimons la tranquillité ; nous laissons la souris jouer en paix ; quand les bois frémissent sous le vent, nous n’avons pas peur.

Chef indien au gouverneur de Pennsylvanie en 1796

Nous le savons : la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L’homme n’a pas tissé la toile de la vie, il n’est qu’un fil de tissu. Tout ce qu’il fait à la toile, il le fait à lui-même.

INDIENS2 ENVIRONNEMENT

Seattle, chef indien Suquamish

Le Lakota était empli de compassion et d’amour pour la nature, et son attachement grandissait avec l’âge. (…) C’est pourquoi les vieux Indiens se tenaient à même le sol plutôt que de rester séparés des forces de vie. S’asseoir ou s’allonger ainsi leur permettait de penser plus profondément, de sentir plus vivement. Ils contemplaient alors avec une plus grande clarté les mystères de la vie et se sentaient plus proches de toutes les forces vivantes qui les entouraient.

Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le coeur de l’homme éloigné de la nature devient dur. Il savait que l’oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l’homme. Aussi maintenait-il les jeunes sous la douce influence de la nature.

Standing Bear, chef Lakota (Sioux)

Nous voyons la main du Grand Esprit dans presque tout : le soleil, la lune, les arbres, le vent et les montagnes ; parfois nous l’approchons par leur intermédiaire. (…) Nous croyons en l’Etre Suprême, d’une foi bien plus forte que celle de bien des Blancs qui nous ont traité de païens… Les Indiens vivant près de la nature et du Maître de la nature ne vivent pas d’ans l’obscurité.

Saviez-vous que les arbres parlent ? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L’ennui avec les Blancs, c’est qu’ils n’écoutent pas ! Ils n’ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu’ils n’écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m’ont beaucoup appris : tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit.

INDIENS3 GUERRE

Tatanga Mani (ou Walking Buffalo), indien Stoney (Canada)

Les Blancs se moquent de la terre, du daim ou de l’ours. Lorsque nous, Indiens, cherchons les racines, nous faisons de petits trous. Lorsque nous édifions nos tipis, nous faisons de petits trous. Nous n’utilisons que le bois mort.

L’homme blanc, lui, retourne le sol, abat les arbres, détruit tout. L’arbre dit « Arrête, je suis blessé, ne me fais pas mal ». Mais il l’abat et le débite. L’esprit de la terre le hait. Il arrache les arbres et les ébranle jusqu’à leurs racines. Il scie les arbres. Cela leur fait mal. Les Indiens ne font jamais de mal, alors que l’homme blanc démolit tout. Il fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol. La roche dit « Arrête, tu me fais mal ». Mais l’homme blanc n’y fait pas attention. Quand les Indiens utilisent les pierres, ils les prennent petites et rondes pour y faire leur feu… Comment l’esprit de la terre pourrait-il aimer l’homme blanc ?… Partout où il la touche, il y laisse une plaie.

Vieille sage Wintu (Indiens de Californie)

Je peux me rappeler l’époque où les bisons étaient si nombreux qu’on ne pouvait les compter, mais les Wasichus (hommes blancs) les ont tués tant et tant qu’il ne reste que des carcasses là où ils venaient paître auparavant. Les Wasichus ne les tuaient pas pour manger ; ils les tuaient pour le métal qui les rend fous et ils ne gardaient que la peau pour la vendre. Parfois ils ne les dépeçaient même pas. Ils ne prenaient que les langues et j’ai entendu parler de bateaux-de-feu descendant le Missouri chargés de langues de bison séchées. Parfois ils ne prenaient même pas les langues ; ils les tuaient simplement pour le plaisir de tuer. Ceux qui ont fait cela étaient des fous. Quand nous chassions le bison, nous ne le faisions que selon nos besoins.

INDIENS4 MONDE

Hehaka Sapa, grand chef Sioux

Vous avez remarqué que toute chose faite par un indien est dans un cercle. Nos tipis étaient ronds comme des nids d’oiseaux et toujours disposés en cercle. Il en est ainsi parce que le pouvoir de l’Univers agit selon des cercles et que toute chose tend à être ronde. Dans l’ancien temps, lorsque nous étions un peuple fort et heureux, tout notre pouvoir venait du cercle sacré de la nation, et tant qu’il ne fut pas brisé.

Tout ce que fait le pouvoir de l’Univers se fait dans un cercle. Le ciel est rond et j’ai entendu dire que la terre est ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi. Les oiseaux font leur nid en cercle parce qu’ils ont la même religion que nous. Le soleil s’élève et redescend dans un cercle, la lune fait de même, et tous deux sont rond.

Même les saisons forment un grand cercle dans leur changements et reviennent toujours là où elles étaient. La vie de l’homme est dans un cercle de l’enfance jusqu’à l’enfance, et ainsi en est-il pour chaque chose où l’énergie se meut.

Hehaka Sapa, ou Black Elk, indien Oglala, branche des Dakotas (Sioux)

La vie dans un tipi est bien meilleure. Il est toujours propre, chaud en hiver, frais en été, et facile à déplacer. L’homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d’argent, ressemble à une grande cage, ne laisse pas entrer le soleil, et ne peut être déplacée ; elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux vivre que l’homme blanc. Personne ne peut être en bonne santé sans avoir en permanence de l’air frais, du soleil, de la bonne eau. Si le Grand Esprit avait voulu que les hommes restassent à un endroit, il aurait fait le monde immobile ; mais il a fait qu’il change toujours, afin que les oiseaux et les animaux puissent se déplacer et trouver toujours de l’herbe verte et des baies mures.

L’homme blanc n’obéit pas au Grand Esprit. C’est pourquoi nous ne pouvons être d’accord avec lui.

INDIENS5 PHILOSOPHIE

Flying Hawk, chef Sioux du clan des Oglalas

Les vastes plaines ouvertes, les belles collines et les eaux qui serpentent en méandres compliqués n’étaient pas « sauvages » à nos yeux. Seul l’homme blanc trouvait la nature sauvage, et pour lui seul la terre était « infestée » d’animaux « sauvages » et de peuplades « sauvages ». A nous, la terre paraissait douce, et nous vivions comblés des bienfaits du Grand Mystère. Elle ne nous devint hostile qu’à l’arrivée de l’homme barbu de l’Est qui nous accable d’injustices insensées et brutales.

Standing Bear, chef Lakota (Sioux)

Notre terre vaut mieux que de l’argent. Elle sera toujours là. Elle ne périra pas, même dans les flammes d’un feu. Aussi longtemps que le soleil brillera et que l’eau coulera, cette terre sera ici pour donner vie aux hommes et aux animaux. Nous ne pouvons vendre la vie des hommes et des animaux. C’est pourquoi nous ne pouvons vendre cette terre. Elle fut placée ici par le Grand Esprit et nous ne pouvons la vendre parce qu’elle ne nous appartient pas.

Chef indien Blackfeet (Pieds-Noirs)

Mes jeunes gens ne travailleront jamais.
Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver. Et la sagesse nous vient des rêves.

Smohalla, chef indien Sokulls

Le Grand Esprit nous a donné une vaste terre pour y vivre, et des bisons, des daims, des antilopes et autres gibier. Mais vous êtes venus et vous m’avez volé ma terre. Vous tuez mon gibier. Il devient dur alors pour nous de vivre.
Maintenant vous nous dites que pour vivre, il faut travailler. Or le Grand Esprit ne nous a pas fait pour travailler, mais pour vivre de la chasse.

Vous autres, hommes blancs, vous pouvez travailler si vous le voulez. Nous ne vous gênons nullement. Mais à nouveau vous nous dites « pourquoi ne devenez-vous pas civilisés ? » Nous ne voulons pas de votre civilisation ! Nous voulons vivre comme le faisaient nos pères et leurs pères avant eux.

INDIENS6 PLANETE

Crazy Horse, grand chef Sioux du clan Oglalas

Vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus. Quels genre d’homme doivent être les Européens ? Quelle espèce de créature choisissent-ils d’être, forcés de faire le bien et n’ayant pour éviter le mal d’autre inspiration que la peur de la punition ? (…) L’homme n’est pas seulement celui qui marche debout sur ses jambes, qui sait la lecture et l’écriture et montrer mille exemples de son industrie…

En vérité mon cher frère, je te plains du plus profond de mon âme. Suis mon conseil et devient Huron. Je vois clairement la profonde différence entre ma condition et la tienne. Je suis le maître de ma condition. Je suis le maître de mon corps, j’ai l’entière disposition de moi-même, je fais ce qui me plaît, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains absolument aucun homme, je dépends seulement du Grand Esprit.

Il n’en est pas de même pour toi. Ton corps aussi bien que ton âme sont condamnés à dépendre de ton grand capitaine, ton vice-roi dispose de toi. Tu n’as pas la liberté de faire ce que tu as dans l’esprit. Tu as peur des voleurs, des assassins, des faux-témoins, etc. Et tu dépends d’une infinité de personne dont la place est située au-dessus de la tienne. N’est-ce pas vrai ?

Kondiarionk, chef Huron, s’adressant au baron de Lahontan, lieutenant français en Terre-Neuve

Les hommes blancs annonçaient bien haut que leurs lois étaient faites pour tout le monde, mais il devint tout de suite clair que, tout en espérant nous les faire adopter, ils ne se gênaient pas pour les briser eux-mêmes.

Leurs sages nous conseillaient d’adopter leur religion mais nous découvrîmes vite qu’il en existant un grand nombre. Nous ne pouvions les comprendre, et deux hommes blancs étaient rarement d’accord sur celle qu’il fallait prendre. Cela nous gêna beaucoup jusqu’au jour où nous comprîmes que l’homme blanc ne prenait pas plus sa religion au sérieux que ses lois. Ils les gardait à portée de la main, comme des instruments, pour les employer à sa guise dans ses rapports avec les étrangers.

Pachgantschilhilas, chef des Delawares

Chaque année notre envahisseur blanc devient plus avide, exigeant, oppressif et autoritaire… La misère et l’oppression, tel est le lot qui nous échoit… Ne sommes-nous pas dépouillés jour après jour du peu de liberté qui nous reste ?

A moins que les tribus ne se liguent unanimement pour modérer les ambitions et l’avidité des Blancs, ils nous auront bientôt tous conquis et désunis, nous serons chassés de notre pays natal et éparpillés comme les feuilles d’automne par le vent.

Tecumseh, chef Shawnee, en 1812

Nous ne voulons pas des chariots de feu qui font du bruit (trains à vapeur) sur les terrains de chasse au bisons. Si les Visages Pâles s’avancent encore sur nos terres, les scalps de vos frères seront dans les wigwams des Cheyennes. J’ai dit !

Roman Nose, chef-guerrier des Cheyennes, s’adressant au général Palmer en 1866 dans le Kansas

Regardez mes frères, le printemps est venu, la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour. Chaque graine est éveillée, et de même, tout animal est en vie. C’est à ce pouvoir mystérieux que nous devons nous aussi notre existence. C’est pourquoi nous concédons à nos voisins, même nos voisins animaux, autant de droit qu’à nous d’habiter cette terre.

Cependant écoutez-moi mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race, petite et faible quand nos pères l’ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd’hui, elle est devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l’esprit la volonté de cultiver le sol, et l’amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage.

INDIENS7

Tatanka Yotanka, ou Sitting Bull, grand chef Sioux

Frère, notre territoire était grand et le vôtre était petit. Vous êtes maintenant devenus un grand peuple, et il nous reste à peine l’espace pour étendre nos couvertures. Vous avez notre pays, mais cela ne vous suffit pas. Vous voulez nous forcer à épouser votre religion.

Frère, continue à écouter. Tu te dis envoyé ici pour nous apprendre à rendre le culte au Grand Esprit d’une manière qui lui soit agréable. Et tu prétends que si nous n’adoptons pas la religion que vous les Blancs vous prêchez, nous seront malheureux ici-bas. Tu dis être dans le vrai et que nous sommes perdus. Comment pourrions-nous vérifier la vérité de tes paroles ? (…)

Frère, tu dis qu’il n’y a qu’une seule façon d’adorer et de servir le Grand Esprit. Si il n’y a qu’une religion, pourquoi le peuple blanc est-il si partagé à ce sujet ? Nous savons que votre religion est écrite dans un livre. Pourquoi n’êtes-vous pas tous d’accord, si vous pouvez tous lire le livre ?

Frère, nous ne comprenons pas ces choses. On nous dit que ta religion a été donnée à tes ancêtres, et s’est transmise de père en fils. Nous aussi nous avons une religion que nos ancêtres ont reçue et nous ont transmise, à nous, leurs enfants. Nous rendons le culte de cette manière. Il nous apprend à être reconnaissants pour toutes les faveurs que nous recevons, à nous aimer les uns les autres et à être unis. Nous ne nous querellons jamais à propos de religion parce que c’est un sujet qui concerne chaque homme devant le Grand Esprit.

Sa-go-ye-wat-ha, ou Red Jacket, chef Seneca (Iroquois) et grand orateur des Six Nations

J’assiste avec tristesse au déclin de notre noble race. Nos pères étaient forts et leur pouvoir s’étendait sur tout le continent américain. Mais nous avons été réduits et brisés par la ruse et la rapacité de la race à peau blanche. Nous sommes maintenant obligés de solliciter, comme une aumône, le droit de vivre sur notre propre terre, de cultiver nos propres terres, de boire nos propres sources.

Il y a de nombreux hivers, nos sages ancêtres ont prédit qu’un grand monstre aux yeux blancs viendrait de l’Est, et qu’eu fur et à mesure qu’il avancerait il dévorerait la terre. Ce monstre, c’est la race blanche, et la prédiction est proche de son accomplissement.

O-no’-sa, chef indien

Le changement du costume tribal pour celui de l’homme blanc fut brutal. Les effets sur la santé et le confort des enfants furent considérables. Notre premier grief fut d’avoir les cheveux coupés. Les hommes Lakotas ont toujours porté les cheveux longs. Plusieurs jours après avoir été tondus, nous nous sommes sentis bizarres et mal à l’aise. Si l’argument avancé était vrai, à savoir l’élimination des poux, pourquoi les filles n’avaient-elles pas subi le même traitement que les garçons ?

La vérité, c’est qu’ils voulaient nous transformer. Les cheveux courts étant la marque distinctive de l’homme blanc, on nous l’imposa, alors que lui-même conservait sa propre coutume de se laisser pousser les poils du visage.

Standing Bear, chef indien Lakota

Les Wasichus nous ont mis dans ces boites carrées (maisons), notre pouvoir s’en est allé et nous allons mourir parce que le pouvoir n’est plus en nous.

Nous sommes des prisonniers de guerre tant que nous attendons ici. Mais il y a un autre monde.

Hehaka, ou Black Elk (Wapiti Noir), indien Sioux

Enfant, je savais donner. J’ai perdu cette grâce en devenant civilisé. Je menais une existence naturelle, alors qu’aujourd’hui je vis de l’artificiel. Le moindre joli caillou avait de la valeur à mes yeux. Chaque arbre était un objet de respect. Aujourd’hui, j’admire avec l’homme blanc un paysage peint dont la valeur est exprimée en dollars !

Chiyesa, écrivain indien contemporain

Je suis allé à l’école des hommes blancs. J’y ai appris à lire leurs livres de classe, les journaux et la bible. Mais j’ai découvert à temps que cela n’était pas suffisant. Les peuples civilisés dépendent beaucoup trop de la page imprimée. Je me tournai vers le livre du Grand Esprit qui est l’ensemble de sa création. Vous pouvez lire une grande partie de ce livre en étudiant la nature.

Si vous preniez tous vos livres et les étendez sous le soleil, en laissant pendant quelque temps la pluie, la neige et les insectes accomplir leur oeuvre, il n’en restera plus rien. Mais le Grand Esprit nous a fourni la possibilité, à vous et à moi, d’étudier à l’université de la nature les forêts, les rivières, les montagnes, et les animaux dont nous faisons partie.

Tatanga Mani (ou Walking Buffalo), indien Stoney (Canada)

L’homme blanc, dans son indifférence pour la signification de la nature, a profané la face de notre Mère la Terre. L’avance technologique de l’homme blanc s’est révélée comme une conséquence de son manque d’intérêt pour la voie spirituelle, et pour la signification de tout ce qui vit. L’appétit de l’homme blanc pour la possession matérielle et le pouvoir l’a aveuglé sur le mal qu’il a causé à notre Mère la Terre, dans sa recherche de ce qu’il appelle les ressources naturelles. Et la voie du Grand Esprit est devenue difficile à voir pour presque tous les hommes, et même pour beaucoup d’Indiens qui ont choisi de suivre la voie de l’homme blanc.

Aujourd’hui, les terres sacrées où vivent les Hopis sont profanées par des hommes qui cherchent du charbon et de l’eau dans notre sol, afin de créer plus d’énergie pour les villes de l’homme blanc. On ne doit pas permettre que cela continue. Sans quoi notre Mère la Nature réagirait de telle manière que presque tous les hommes auraient à subir la fin qui a déjà commencé. Le Grand Esprit a dit qu’on ne devait pas laisser cela arriver, même si la prédiction en a été faite à nos ancêtres. Le Grand Esprit a dit de ne pas prendre à la terre, de ne pas détruire les choses vivantes.

Aujourd’hui, presque toutes les prophéties se sont réalisées. Des routes grandes comme des rivières traversent le paysage ; l’homme parle à travers un réseau de téléphone et il voyage dans le ciel avec ses avions. Deux grandes guerres ont été faites par ceux qui arborent le swastika ou le soleil levant.

Le Grand Esprit a dit que si une gourde de cendres était renversée sur la terre, beaucoup d’hommes mourraient, et que la fin de cette manière de vivre était proche. Nous interprétons cela comme les bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki. Nous ne voulons pas que cela se reproduise dans aucun autre pays pour aucun autre peuple ; cette énergie devrait servir à des fins pacifiques, non pour la guerre.

Nous, les chefs religieux et porte-parole légitimes du peuple indépendant des Hopis, avons été chargés par le Grand Esprit d’envoyer au président des Etats-Unis et à tous les chefs spirituels une invitation à nous rencontrer pour discuter du salut de l’humanité, afin que la Paix, l’Unité et la Fraternité règnent partout où il y a des hommes.

Lettre des Indiens Hopis au président Nixon en 1970

Ces textes sont extraits du livre de T.C.Mac Luhan, “Pieds nus sur la terre sacrée“, une anthologie de la philosophie, du mode de vie et de la destinée des Indiens d’Amérique du Nord.

La trilogie “Koyaanisqatsi” est un ensemble de 3 films réalisés par Geofrey Redgio
et inspirés par les prophéties des Indiens Hopis.

Tournés avec des images réelles (grandioses), sans acteurs, sans dialogues et sans commentaires, ces films nous montrent notre planète et notre civilisation comme nous ne l’avons jamais vue… Images des éléments naturels, images des mégapoles, des foules humaines, et du monde créé par la technologie, le tout sur une musique superbe et envoutante de Philip Glass.

Le titre des films vient du langage Hopi. La racine “qatsi” veut dire “vie“.

film 1 :

“Koyaanisqatsi“. Signification en langage hopi : “vie déséquilibrée, vie folle, vie tumultueuse, vie allant en se désagrégeant, un état d’existence appelant un autre mode de vie“.

film 2 :

“Powaqatsi” : “une entité, un mode de vie, qui consume l’énergie vitale d’autres êtres dans le but d’assurer sa propre existence“.

Ou comment la civilisation technologique s’est généralisée à l’ensemble du monde, bouleversant les modes de vie, les cultures, et les équilibres.

film 3 :

“Naqoyqatsi” : “vie guerrière, guerre totale, guerre en tant qu’agression contre l’énergie de la vie, la guerre comme mode de vie“.

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 13 juin, 2012 |7 Commentaires »

LA SYRIE: CENTRE DE LA GUERRE DU GAZ AU PROCHE-ORIENT (Imad FAWZI SHUEIBI)

La Syrie:

 centre de la guerre du gaz au Proche-Orient

LA SYRIE: CENTRE DE LA GUERRE DU GAZ AU PROCHE-ORIENT (Imad FAWZI SHUEIBI) dans REFLEXIONS PERSONNELLES morts_us

par Imad Fawzi Shueibi

L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi dans l’article magistral que nous publions. À un moment où la zone euro menace de s’effondrer, où une crise économique aiguë a conduit les États-Unis à s’endetter à hauteur de 14 940 milliards de dollars, et où leur influence s’amenuise face aux puissances émergentes du BRICS, il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au cœur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est prise pour cible.

 ENERGIE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Avec la chute de l’Union Soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. Considérant que le secteur pétrolier, vu sa répartition internationale, n’offrait pas de perspectives, Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle.

Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom : partir des zones gazières de la Russie vers l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Iran (pour la commercialisation), jusqu’au Proche-Orient. Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant une nette priorité pour le gaz. À partir de là, il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cents prochaines années.

Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du 21ème siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre. Par conséquent, le contrôle des zones gazières du monde par les anciennes et les nouvelles puissance est à la base d’un conflit international dont les manifestations sont régionales.

De toute évidence, la Russie a bien lu les cartes et a bien retenu la leçon du passé, car c’est le manque de contrôle au niveau des ressources énergétiques globales, indispensables à l’injection de capital et d’énergie dans la structure industrielle, qui fut à l’origine de l’effondrement de l’Union Soviétique. De même la Russie a assimilé que le gaz serait la ressource énergétique du siècle à venir.

Historique du grand jeu gazier

Une première lecture de la carte du gaz révèle que celui-ci est localisé dans les régions suivantes, en termes de gisements et d’accès aux zones de consommation :

  1. Russie : Vyborg et Beregvya
  2. Annexé à la Russie : Turkménistan
  3. Environs plus ou moins immédiats de la Russie : Azerbaïdjan et Iran
  4. Pris à la Russie : Géorgie
  5. Méditerranée orientale : Syrie et Liban
  6. Qatar et Égypte.

 GAZ

Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques : le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai ; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet étasunien Nabucco, soutenu par l’Union Européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.

Pour la Russie :

Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie.

Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part.

Pour les États-Unis :

Le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la Mer Noire, passe par la Turquie où se situent les infrastructures de stockage, puis parcours la Bulgarie, traverse la Roumanie, la Hongrie, arrive en Autriche et de là se dirige vers la République Tchèque, la Croatie, la Slovénie et l’Italie. Il devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque.

Nabucco était censé concurrencer les projets russes. Initialement prévu pour 2014, il a dû être repoussé à 2017 en raison de difficultés techniques. À partir de là, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe, mais chacun cherche toujours à étendre son projet à de nouvelles zones.

Cela concerne d’une part le gaz iranien, que les États-Unis voulaient voir venir renforcer le projet Nabucco en rejoignant le point de groupage de Erzurum, en Turquie ; et de l’autre le gaz de la Méditerranée orientale : Syrie, Liban, Israël.

Or en juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban. Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre Mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une « assurance maladie » en Libye et veut désormais une « assurance-vie » à travers la Syrie et le Liban.

Quant à la Turquie, elle sent qu’elle sera exclue de cette guerre du gaz puisque le projet Nabucco est retardé et qu’elle ne fait partie d’aucun des deux projets South Stream et Nord Stream ; le gaz de la Méditerranée orientale semble lui échapper inexorablement à mesure qu’il s’éloigne de Nabucco.

L’axe Moscou-Berlin

Pour ses deux projets, Moscou a créé la société Gazprom dans les années 1990. L’Allemagne, qui voulait se libérer une fois pour toutes des répercussions de la Seconde Guerre Mondiale, se prépara à en être partie prenante ; que ce soit en matière d’installations, de révision du pipeline Nord, ou de lieux de stockage pour la ligne South Stream au sein de sa zone d’influence, particulièrement en Autriche.

 GUERRELa société Gazprom a été fondée avec la collaboration de Hans-Joachim Gornig, un allemand proche de Moscou, ancien vice-président de la compagnie allemande de pétrole et de gaz industriels qui a supervisé la construction du réseau de gazoducs de la RDA. Elle a été dirigée jusqu’en octobre 2011 par Vladimir Kotenev, ancien ambassadeur de Russie en Allemagne.

Gazprom a signé nombre de transactions avec des entreprises allemandes, au premier rang desquelles celles coopérant avec Nord Stream, tels les géants E.ON pour l’énergie et BASF pour les produits chimiques ; avec pour E.ON des clauses garantissant des tarifs préférentiels en cas de hausse des prix, ce qui revient en quelque sorte à une subvention « politique » des entreprises du secteur énergétique allemand par la Russie.

Moscou a profité de la libéralisation des marchés européens du gaz pour les contraindre à déconnecter les réseaux de distribution des installations de production. La page des affrontements entre la Russie et Berlin étant tournée, débuta alors une phase de coopération économique basée sur l’allégement du poids de l’énorme dette pesant sur les épaules de l’Allemagne, celle d’une Europe surendettée par le joug étasunien. Une Allemagne qui considère que l’espace germanique (Allemagne, Autriche, République Tchèque, Suisse) est destiné à devenir le cœur de l’Europe, mais n’a pas à supporter les conséquences du vieillissement de tout un continent, ni celle de la chute d’une autre superpuissance.

Les initiatives allemandes de Gazprom comprennent le joint-venture de Wingas avec Wintershall, une filiale de BASF, qui est le plus grand producteur de pétrole et de gaz d’Allemagne et contrôle 18 % du marché du gaz. Gazprom a donné à ses principaux partenaires allemands des participations inégalées dans ses actifs russes. Ainsi BASF et E.ON contrôlent chacune près d’un quart des champs de gaz Loujno-Rousskoïé qui alimenteront en grande partie Nord Stream ; et ce n’est donc pas une simple coïncidence si l’homologue allemand de Gazprom, appelé  « le Gazprom germanique », ira jusqu’à posséder 40 % de la compagnie autrichienne Austrian Centrex Co, spécialisée dans le stockage du gaz et destinée à s’étendre vers Chypre.

Une expansion qui ne plait certainement pas à la Turquie qui a cruellement besoin de sa participation au projet Nabucco. Elle consisterait à stocker, commercialiser, puis transférer 31 puis 40 milliards de m³ de gaz par an ; un projet qui fait qu’Ankara est de plus en plus inféodé aux décisions de Washington et de l’OTAN, d’autant plus que son adhésion à l’Union Européenne a été rejetée à plusieurs reprises.

Les liens stratégiques liés au gaz déterminent d’autant plus la politique que Moscou exerce un lobbying sur le Parti Social-Démocrate allemand en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, base industrielle majeure et centre du conglomérat allemand RWE, fournisseur d’électricité et filiale d’E.ON.

Cette influence a été reconnue par Hans-Joseph Fell, responsable des politiques énergétiques chez les Verts. Selon lui quatre sociétés allemandes liées à la Russie jouent un rôle majeur dans la définition de la politique énergétique allemande. Elles s’appuient sur le Comité des Relations Economiques de l’Europe de l’Est —c’est-à-dire sur des entreprises en contact économique étroit avec la Russie et les pays de l’ex Bloc soviétique—, qui dispose d’un réseau très complexe d’influence sur les ministres et l’opinion publique. Mais en Allemagne, la discrétion reste de mise quant à l’influence grandissante de la Russie, partant du principe qu’il est hautement nécessaire d’améliorer la « sécurité énergétique » de l’Europe.

Il est intéressant de souligner que l’Allemagne considère que la politique de l’Union Européenne pour résoudre la crise de l’euro pourrait à terme gêner les investissements germano-russes. Cette raison, parmi d’autres, explique pourquoi elle traine pour sauver l’euro plombé par les dettes européennes, alors même que le bloc germanique pourraient, à lui seul, supporter ces dettes. De plus, à chaque fois que les Européens s’opposent à sa politique vis-à-vis de la Russie, elle affirme que les plans utopiques de l’Europe ne sont pas réalisables et pourraient pousser la Russie à vendre son gaz en Asie, mettant en péril la sécurité énergétique européenne.

 IRAKCe mariage des intérêts germano-russes s’est appuyé sur l’héritage de la Guerre Froide, qui fait que trois millions de russophones vivent en Allemagne, formant la deuxième plus importante communauté après les Turcs. Poutine était également adepte de l’utilisation du réseau des anciens responsables de la RDA, qui avaient pris soin des intérêts des compagnies russes en Allemagne, sans parler du recrutement d’ex-agents de la Stasi. Par exemple, les directeurs du personnel et des finances de Gazprom Germania, ou encore le directeur des finances du Consortium Nord Stream, Warnig Matthias qui, selon le Wall Street Journal, aurait aidé Poutine à recruter des espions à Dresde lorsqu’il était jeune agent du KGB. Mais il faut le reconnaitre, l’utilisation par la Russie de ses anciennes relations n’a pas été préjudiciable à l’Allemagne, car les intérêts des deux parties ont été servis sans que l’une ne domine l’autre.

Le projet Nord Stream, le lien principal entre la Russie et l’Allemagne, a été inauguré récemment par un pipeline qui a coûté 4,7 milliards d’euros. Bien que ce pipeline relie la Russie et l’Allemagne, la reconnaissance par les Européens qu’un tel projet garantissait leur sécurité énergétique a fait que la France et la Hollande se sont hâtées de déclarer qu’il s’agissait bien là d’un projet « européen ». À cet égard, il est bon de mentionner que M. Lindner, directeur exécutif du Comité Allemand pour les Relations Economiques avec les pays de l’Europe de l’Est a déclaré, sans rire, que c’était bien « un projet européen et non pas allemand, et qu’il n’enfermerait pas l’Allemagne dans une plus grande dépendance vis-à-vis de la Russie ». Une telle déclaration souligne l’inquiétude que suscite l’accroissement de l’influence Russe en l’Allemagne ; il n’en demeure pas moins que le projet Nord Stream est structurellement un plan moscovite et non pas européen.

Les Russes peuvent paralyser la distribution de l’énergie en Pologne dans plusieurs pays comme bon leur semblent, et seront en mesure de vendre le gaz au plus offrant. Toutefois, l’importance de l’Allemagne pour la Russie réside dans le fait qu’elle constitue la plate-forme à partir de laquelle elle va pouvoir développer sa stratégie continentale ; Gazprom Germania détenant des participations dans 25 projets croisés en Grande-Bretagne, Italie, Turquie, Hongrie et d’autres pays. Cela nous amène à dire que Gazprom – après un certain temps – est destinée à devenir l’une des plus importantes entreprises au monde, sinon la plus importante.

Dessiner une nouvelle carte de l’Europe, puis du monde

Les dirigeants de Gazprom ont non seulement développé leur projet, mais ils ont aussi fait en sorte de contrer Nabucco. Ainsi, Gazprom détient 30 % du projet consistant à construire un deuxième pipeline vers l’Europe suivant à peu près le même trajet que Nabucco ce qui est, de l’aveu même de ses partisans, un projet  « politique » destiné à montrer sa force en freinant, voire en bloquant le projet Nabucco. D’ailleurs Moscou s’est empressé d’acheter du gaz en Asie centrale et en mer Caspienne dans le but de l’étouffer, et de ridiculiser Washington politiquement, économiquement et stratégiquement par la même occasion.

Gazprom exploite des installations gazières en Autriche, c’est-à-dire dans les environs stratégiques de l’Allemagne, et loue aussi des installations en Grande-Bretagne et en France. Toutefois, ce sont les importantes installations de stockage en Autriche qui serviront à redessiner la carte énergétique de l’Europe, puisqu’elles alimenteront la Slovénie, la Slovaquie, la Croatie, la Hongrie, l’Italie et l’Allemagne. À ces installations, il faut ajouter le centre de stokage de Katrina, que Gazprom construit en coopération avec l’Allemagne, afin de pouvoir exporter le gaz vers les grands centres de consommation de l’Europe de l’ouest.

Gazprom a mis en place une installation commune de stockage avec la Serbie afin de fournir du gaz à la Bosnie-Herzégovine et à la Serbie elle-même. Des études de faisabilité ont été menées sur des modes de stockage similaires en République Tchèque, Roumanie, Belgique, Grande-Bretagne, Slovaquie, Turquie, Grèce et même en France. Gazprom renforce ainsi la position de Moscou, fournisseur de 41 % des approvisionnements gaziers européens. Ceci signifie un changement substantiel dans les relations entre l’Orient et l’Occident à court, moyen et long terme. Cela annonce également un déclin de l’influence états-unienne, par boucliers antimissiles interposés, voyant l’établissement d’une nouvelle organisation internationale, dont le gaz sera le pilier principal. Enfin cela explique l’intensification du combat pour le gaz de la côte Est de la Méditerranée au Proche-Orient.

Nabucco et la Turquie en difficulté

Nabucco devait acheminer du gaz sur 3 900 kilomètres de la Turquie vers l’Autriche et était conçu pour fournir 31 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an depuis le Proche-Orient et le bassin caspien vers les marchés européens. L’empressement de la coalition OTAN-États-unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera t-il Nabucco ou South Stream ?

Le consortium Nabucco est constitué de plusieurs sociétés : allemande (REW), autrichienne (OML), turque (Botas), bulgare (Energy Company Holding), et roumaine (Transgaz). Il y a cinq ans, les coûts initiaux du projet étaient estimées à 11,2 milliards de dollars, mais ils pourraient atteindre 21,4 milliards de dollars d’ici 2017. Ceci soulève de nombreuses questions quant à sa viabilité économique étant donné que Gazprom a pu conclure des contrats avec différentes pays qui devaient alimenter Nabucco, lequel ne pourrait plus compter que sur les excédents du Turkménistan, surtout depuis les tentatives infructueuses de mainmise sur le gaz iranien. C’est l’un des secrets méconnus de la bataille pour l’Iran, qui a franchi la ligne rouge dans son défi aux USA et à l’Europe, en choisissant l’Irak et la Syrie comme trajets de transport d’une partie de son gaz.

Ainsi, le meilleur espoir de Nabucco demeure dans l’approvisionnement en gaz d’Azerbaïdjan et le gisement Shah Deniz, devenu presque la seule source d’approvisionnement d’un projet qui semble avoir échoué avant même d’avoir débuté. C’est ce que révèle l’accélération des signatures de contrats passés par Moscou pour le rachat de sources initialement destinées à Nabucco, d’une part, et les difficultés rencontrées pour imposer des changements géopolitiques en Iran, en Syrie et au Liban d’autre part. Ceci au moment où la Turquie s’empresse de réclamer sa part du projet Nabucco, soit par la signature d’un contrat avec l’Azerbaïdjan pour l’achat de 6 milliards de mètres cubes de gaz en 2017, soit par l’annexion de la Syrie et du Liban avec l’espoir de faire obstacle au transit du pétrole iranien ou de recevoir une part de la richesse gazière libano-syrienne. Apparemment une place dans le nouvel ordre mondial, celui du gaz ou d’autre chose, passe par rendre un certain nombre de service, allant de l’appui militaire jusqu’à l’hébergement du dispositif stratégique de bouclier antimissiles.

Ce qui constitue peut-être la principale menace pour Nabucco, c’est la tentative russe de le faire échouer en négociant des contrats plus avantageux que les siens en faveur de Gazprom pour North Stream et South Stream ; ce qui invaliderait les efforts des États-Unis et de l’Europe, diminuerait leur influence, et bousculerait leur politique énergétique en Iran et/ou en Méditerranée. En outre, Gazprom pourrait devenir l’un des investisseurs ou exploitants majeurs des nouveaux gisements de gaz en Syrie ou au Liban. Ce n’est pas par hasard que le 16 août 2011, le ministère syrien du Pétrole à annoncé la découverte d’un puits de gaz à Qara, près de Homs. Sa capacité de production serait de 400 000 mètres cubes par jour (146 millions de mètres cubes par an), sans même parler du gaz présent dans la Méditerranée.

Les projets Nord Stream et South Stream ont donc réduit l’influence politique étasunienne, qui semble désormais à la traîne. Les signes d’hostilité entre les États d’Europe Centrale et la Russie se sont atténués ; mais la Pologne et les États-Unis ne semblent pas disposés à renoncer. En effet, fin octobre 2011, ils ont annoncé le changement de leur politique énergétique suite à la découverte de gisements de charbon européens qui devraient diminuer la dépendance vis-à-vis de la Russie et du Proche-Orient. Cela semble être un objectif ambitieux mais à long terme, en raison des nombreuses procédures nécessaires avant commercialisation ; ce charbon correspondant à des roches sédimentaires trouvées à des milliers de mètres sous terre et nécessitant des techniques de fracturation hydraulique sous haute pression pour libérer le gaz, sans compter les risques environnementaux.

Participation de la Chine

La coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la « base » de leur double véto réitéré en faveur de la Syrie.

Cette coopération ne concerne pas seulement l’approvisionnement de la Chine à des conditions préférentielles. La Chine est amenée à s’impliquer directement dans la distribution du gaz via l’acquisition d’actifs et d’installations, en plus d’un projet de contrôle conjoint des réseaux de distribution. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. Il a été convenu, par conséquent, que les experts russes et chinois travailleraient ensemble dans les domaines suivants : « La coordination des stratégies énergétiques, la prévision et la prospection, le développement des marchés, l’efficacité énergétique, et les sources d’énergie alternative ».

D’autres intérêts stratégiques communs concernent les risques encourus face au projet du « bouclier antimissiles » US. Non seulement Washington a impliqué le Japon et la Corée du Sud mais, début septembre 2011, l’Inde a aussi été invitée à en devenir partenaire. En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à-dire, sur la Route de la soie. Cette stratégie est la même que celle lancée par George Bush (projet de Grande Asie centrale) pour y faire reculer l’influence de la Russie et de la Chine en collaboration avec la Turquie, résoudre la situation en Afghanistan d’ici 2014, et imposer la force militaire de l’OTAN dans toute la région. L’Ouzbékistan a déjà laissé entendre qu’il pourrait accueillir l’OTAN, et Vladimir Poutine a estimé que ce qui pourrait déjouer l’intrusion occidentale et empêcher les USA de porter atteinte à la Russie serait l’expansion de l’espace Russie-Kazakhtan-Biélorussie en coopération avec Pékin.

Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voute est l’énergie, et en premier lieu le gaz.

Le gaz de la Syrie

Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le bassin Méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le 21ème siècle est supposé être celui de l’énergie propre.

Selon le Washington Institute for Near East Policy (WINEP, le think tank de l’AIPAC), le bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. Ce même institut a aussi émis l’hypothèse que la bataille entre la Turquie et Chypre allait s’intensifier du fait de l’incapacité Turque à assumer la perte du projet Nabucco (malgré le contrat signé avec Moscou en décembre 2011 pour le transport d’une partie du gaz de South Stream via la Turquie).

La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. Et à partir de la Syrie, porte de l’Asie, il détiendra « la clé de la Maison Russie », comme l’affirmait la Tsarine Catherine II, ainsi que celle de la Chine, via la Route de la soie. Ainsi, il serait en capacité de dominer le monde, car ce siècle est le Siècle du Gaz.

C’est pour cette raison que les signataires de l’accord de Damas, permettant au gaz iranien de passer à travers l’Irak et d’accéder à la Méditerranée, ouvrant un nouvel espace géopolitique et coupant la ligne de vie de Nabucco, avaient déclaré « La Syrie est la clé de la nouvelle ère ».

Imad Fawzi Shueibi

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 13 juin, 2012 |Pas de commentaires »

DES JOURNEES INSOLITES : BON A TUER… (Fidel CASTRO)

Des journées insolites
DES JOURNEES INSOLITES : BON A TUER... (Fidel CASTRO) dans REFLEXIONS PERSONNELLES OBAMA
 
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Fidel CASTRO
 
Sous le titre de « L’assassin en chef », un site internet affirmait le 7 juin 2012 : « …ils éliront non seulement un président des États-Unis, mais encore un assassin en chef ».

« Un long article du New York Times signé de Jo Becker et de Scott Shane, “Secret ‘Kill List’ Proves a Test of Obama’s Principles and Will » (« Une liste secrète “Bon à tuer“ teste les principes et la volonté d’Obama ») a permis de savoir que le président passait une quantité d’heures surprenante à superviser la « désignation » de prétendus terroristes qui seront assassinés dans le cadre du programme de drones [avion sans pilote télécommandé] qu’il a hérité du président George W. Bush et qu’il a élargi exponentiellement. »

« L’article relatif à notre président-guerrier… se concentre sur les dilemmes d’un homme qui, comme nous le savons maintenant, a approuvé et supervisé la croissance d’un programme basé sur une « liste d’assassinats » et fonctionnant largement au Yémen, en Somalie et en Afghanistan. Qui plus est, il l’a fait périodiquement, objectif après objectif, nom après nom […] Selon Becker et Shane, le président Obama a aussi fait sienne une méthode frauduleuse de décompte d’assassinats de drones qui minimise les morts de civils.

« Du point de vue historique, tout ceci est fort étrange. Le New York Times qualifie le rôle d’Obama dans cet appareil d’assassinat par drone de « sans précédent dans l’histoire présidentielle » ». Et c’est tout à fait vrai.

« C’est le plus étrange des rituels bureaucratiques : À peu près toutes les semaines, plus d’une centaine de membres de l’appareil de sécurité nationale du gouvernement, qui ne cesse de gonfler, se réunit dans le cadre d’une vidéoconférence confidentielle pour étudier les biographies de prétendus terroristes et recommander au président quels seront les prochains à éliminer. Ce processus secret de « désignation » est une invention de l’administration Obama, un cercle de discussion néfaste qui étudie les transparences de PowerPoint contenant les noms, les alias et les biographies de prétendus membres de la filiale d’Al-Qaeda au Yémen ou de ses alliés des milices Shabab en Somalie. Les désignations sont élevées à la Maison-Blanche où Obama, sur sa propre insistance et guidé par le « tsar » du contre-terrorisme, John O. Brennan, doit entériner chacune d’elles. »

« Comme le New York Times en a informé la semaine dernière, nous n’avons pas seulement un assassin dans le Bureau ovale, mais aussi un cyberguerrier… »

Ce que j’écris ici est un bref résumé de l’actualité étasunienne.

La veille, un jour tout aussi sinistre, le 6 juin 2012, BBC-Mundo affirme sous le titre de : «  L’économie chinoise se dégonfle-t-elle ?  »

Plusieurs indicateurs commencent à signaler une dégradation économique dans le pays asiatique, notamment une forte réduction de la demande de la d’électricité et de la production industrielle, ainsi que du rendement des usines et des ventes au détail.

La Chine souffre depuis des mois à cause du vent froid en provenance d’Europe, qui est son plus gros marché d’exportation, plus gros même que les États-Unis.

Le secteur manufacturier se contracte depuis sept mois, surtout à cause de la faible demande d’exportations, selon une étude récente.

L’argent a cessé d’arriver en Chine en gros depuis septembre, et a commencé de fait à abandonner le pays depuis avril. C’est très inhabituel.

Pour éviter une trop forte appréciation du yuan, la Chine empêche les spéculateurs de l’acheter.

Depuis le milieu de l’année 2010, le gouvernement chinois avait permis que le yuan s’apprécie face au dollar, mais, ce dernier mois, à mesure que l’économie est entrée en crise, la valeur du yuan a commencé à se déprécier de nouveau.

…de nombreuses sociétés ont financé l’importation de matières premières comme le cuivre, le minerai de fer et l’aluminium pour l’industrie du bâtiment.

Les stocks de cuivre non utilisé qui s’accumulent dans les entrepôts chinois sont si grands que c’est à peine s’il y a assez de place pour garder les excédents.

Ceci ne pourrait être qu’un problème passager à court terme. Mais l’on craint que ce ne soit le début de la fin du boom immobilier dans le cadre duquel l’on a construit beaucoup plus d’appartements que le pays n’avait vraiment besoin.

Il existe des villes-fantôme totalement construites.

Il semble que beaucoup de ces appartements étaient achetés par des sociétés et des familles chinoises en tant qu’investissement plus attrayant que le dépôt d’argent sur un compte en banque à faible intérêt.

Le taux de croissance chinois est passé en-dessous du chiffre magique de 10 p. 100 au moment où l’Occident tombait dans sa récession la plus profonde depuis la Deuxième Guerre Mondiale.

Par exemple, le géant asiatique a construit du néant le plus grand réseau de voies ferrées pour TGV au monde, cinq fois celui de la France.

La Chine traverse une transition délicate, avec une nouvelle génération de dirigeants qui s’approche du pouvoir, ce qui n’arrive que tous les dix ans.

La lutte politique bat son plein, comme le prouve la destitution du célèbre gouverneur de Chongqing, Bo Xilai.

De nombreux membres du parti ont bénéficié du boom de la construction et du crédit des trois dernières années. Si cet essor touche à sa fin, ils ne voudront pas faire partie des perdants inévitables.

Comment cette bataille se déroulera, surtout au cas où la Chine se verrait en proie à des protestations massives de travailleurs au chômage, nul ne le sait.

Je suis loin de partager ces sinistres augures sur la destinées de la Chine, et je me demande comment on peut ignorer que celle-ci possède les plus grandes réserves de « terres rares » du monde et d’énormes volumes de gaz de schiste qui lui permettraient d’exercer son pouvoir sur la production énergétique mondiale quand cessera le pouvoir de mentir et d’asservir. Trop, c’est trop.

Fidel Castro Ruz

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 13 juin, 2012 |Pas de commentaires »

« L’ART DE LA GUERRE »: DRONES SICAIRES POUR LA « KILL LIST » (IL MANIFESTO)

« L’art de la guerre »

Drones sicaires pour la « kill list » (Il Manifesto)

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Manlio DINUCCI
 
Les Etats-Unis doivent se défendre de ceux qui les attaquent, déclare le secrétaire à la défense Leon Panetta, rejetant les protestations sur les attaques croissantes de drones étasuniens au Pakistan. Selon Panetta, les Pakistanais doivent comprendre que les « Predators » sont là aussi pour leur bien : ils volent au dessus de leurs têtes, téléguidés depuis les USA à plus de dix mille kilomètres de distance, pour frapper avec leurs missiles « Feu de l’enfer » les dangereux terroristes nichés en territoire pakistanais. Conclusion opposée, après une visite au Pakistan, de Navi Pillay, Haut Commissaire Onu pour les droits de l’homme : les attaques par drones, qui ont lieu en moyenne tous les quatre jours, « provoquent les morts indiscriminées de civils, qui constituent une violation des droits humains ». Elles soulèvent en outre de graves questions de droit international, en ceci qu’elles sont menées « en dehors de tout mécanisme de contrôle civil ou militaire ». Pillay demande donc l’ouverture d’une enquête officielle. Accusation sèchement rejetée par le président Obama, lequel assure que les attaques par drones –effectuées aussi en Afghanistan, Irak, Yémen, Somalie et autres pays- « ne provoquent pas de grosses pertes civiles ». Elles sont en fait « tenues sous contrôle très étroit ». Personne n’en doute. Comme le rapporte le New York Times, c’est le Président lui-même qui effectue les « nominations top secret » des présumés terroristes à tuer, pour la majeure partie avec des attaques de drones. La « kill list » -comprenant des personnes du monde entier qui, jugées nocives pour les Etats-Unis et leurs intérêts, sont condamnées secrètement à mort sous l’accusation de terrorisme- est mise à jour chaque semaine par « le plus étrange des rituels bureaucratiques » : la téléconférence, gérée par le Pentagone, de plus de cent responsables de la « sécurité nationale », lesquels retirent les fiches des tués et en ajoutent d’autres dans une sorte de jeu macabre qu’un fonctionnaire compare à celui des figurines des champions de base-ball. La liste est ensuite soumise au président pour approbation. Surtout quand « en même temps que le terroriste, qui sera touché par le drone, il y aura sa famille », « l’évaluation morale finale » revient au Président. Quand celui-ci a donné son autorisation, l’opérateur, commodément installé aux Etats-Unis à sa console de commande du drone, lance les missiles contre cette maison au Pakistan, indiquée comme refuge du terroriste. De toute façon, dans l’explosion, les enfants ne se voient pas. Voici ce qu’est la « guerre non conventionnelle » menée par l’administration Obama. On développe pour elle des drones de plus en plus sophistiqués : comme celui à propulsion nucléaire, en mesure de voler de façon ininterrompue pendant des mois, et un petit « drone kamikaze » qui plombe sur l’objectif en le détruisant avec sa charge explosive. Des affaires en or pour les industries constructrices (General Atomics, Northrop Grumman et autres) : le Pentagone a décidé d’augmenter de 30% sa flotte actuelle de 7.500 drones, en dépensant 32 milliards de dollars. L’Italie participera à la dépense de 4 milliards de dollars pour cinq drones made in USA, déployés par l’Otan à Sigonella (Sicile), et achètera des missiles et des bombes de précision pour ses propres drones, eux aussi made in USA. Cela, souligne le Pentagone, servira à « protéger » non seulement l’Italie mais aussi les Etats-Unis.

À quand la « kill list » italienne ?

Manlio Dinucci

Edition de mardi 12 juin 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120612/manip2pg/14/manip2pz/324167/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 13 juin, 2012 |Pas de commentaires »
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