L’ESCLAVE CRYPTE (http://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/05/14/lesclave-crypte/)

L’esclave crypté

L'ESCLAVE CRYPTE (http://gaetanpelletier.wordpress.com/2013/05/14/lesclave-crypte/) dans REFLEXIONS PERSONNELLES bbbbbbbbbbb

arton20590-fe22f AUSTERITE dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Gaëtan PELLETIER

Tout progrès est ambigu, à la fois chance et péril. C’est nous qui choisissons. Le progrès technique nous donne actuellement la possibilité de gagner plus, de vivre mieux, de travailler moins. Et comme nous avons libéré la cupidité des hommes, avec la libéralisation du secteur financier, ce sont les effets pervers qui l’emportent. Ce qui devrait être un instrument de libération des hommes devient un moyen d’asservissement. L’homme devient la variable d’ajustement de l’augmentation des dividendes. Tant qu’on n’aura pas tranché le nœud gordien du pouvoir de la finance, rien ne sera possible. Parce que le rapport de force agira toujours dans cette direction, et le côté pervers du progrès technique l’emportera toujours. Sous la pression des événements et des drames qui se multiplieront, serons-nous amenés à le faire à temps ? Sans cela, nous courrons à la catastrophe. Il faut continuer à alerter et à travailler dans ce sens. ( René Passet, Bastamag )

Le grand pouvoir de ce monde repose désormais sur la magie contemporaine. Un mélange d’huile de serpents « humanoïdes » (sic), scandant des slogans à travers une presse quadriplégique, une télévision-mitraillette et une médecine franchement douteuse, qui ne sont pas sans rappeler les expériences étranges des saignées et des incantations autour du corps malade.

Magie contemporaine ?

Étrangement, nous avons rétrogradé, sans le savoir, dans une ère de sorciers « mono-vêtus », nouveaux prêtres de la religion : ils s’habillent pareillement, camouflés en une cravate et veston. Une discrétion équivoque…

Le déclenchement de cette fabulation pernicieuse ? « Science ». Il y a un rapport entre le shaman bariolé et l’armada de politiciens écrasés par la foi en un néolibéralisme « développeur » : puisque tout est « science », l’économie l’est également.

La politique – celle qui se targue de pouvoir et de changement- n’est plus qu’un produit – exempt du « clan science ». Leur pouvoir se résume à calfeutrer à la hâte les nids de poules creusés par la vitesse d’exécution du totalitarisme de l’économie. Et dans sa foi, sa poursuite à appliquer une recette désuète, le résultat est que l’homme d’État n’est désormais qu’un esclave, mains liées, encagées dans un bateau ivre. Pendant que passent, au-dessus de lui ou d’elle, les drones rieurs. Manettes à distance.

Les machines à mutiler 1.0

Shaman 2

Les guerres mutilent.

Voici trois images de la fin de la guerre 39-45

Russie 1

Russie 2

Russie 4

C’était nécessaire, direz-vous, de se débarrasser du nazisme. C’est ce que le citoyen en a retenu… Mais cette guerre fut déclenchée par des « besoins économiques » d’extension afin de faire prospérer l’Allemagne. Les méchants nazis n’étaient que des avares de terres… Hitler s’entoura d’assoiffés de pouvoir qui eurent chacun leur but « personnels ».

Bien avant l’attaque de Pearl Harbor, le président américain avait déjà entrepris des ententes avec l’Angleterre pour « vendre » des armes, pour une dette ultérieure. Hitler, en délaissant la cible « Angleterre », se rua vers l’U.R.S.S. , ses champs de blé et les puits de Stalingrad.

Il a simplement compris que la richesse réelle était ailleurs…

L’interprétation historique vous dira qu’il avait fait erreur. Il avait tout simplement oublié son sens « pratico-pratique ».

La machine à mutiler 2.0

N’ayant plus de « méchants » à combattre, les « méchants javellisés aux idéologies trafiquées » décidèrent alors de crypter les causes des guerres. Et c’est « ici » que cela se passe.

Enigma_1940

Si les Nazis ont utilisé une machine Enigma pour crypter leurs messages, le cryptage « moderne » de transferts d’information a noyé toute compréhension de l’humain, devenu le poisson le plus salé et fumé de la création. Si vous faites un mélange de la « présentation » de la situation terrestre globale, vous ne pouvez pas saisir et analyser réellement ni la somme, ni les composants, ni les changements rapides, ni les mensonges, ni les religions. Ni les réactions humaines, encore plus complexes…

De fait, on a créé enfin cette tour de Babel – et dans un but précis-, pour subjuguer quiconque irait se « mêler » à essayer de voir clair dans l’ignominie mondialiste. L’Histoire, pour ne pas laisser de traces, est passée à la déchiqueteuse de minute en minute, d’heure en heure, de jour en jour. Ajoutez à cela le mouvement perpétuel dans un quasi instantéisme, toute capacité de saisir le mouvement de l’Histoire est du domaine de l’impossibilité.

La machine à crypter, Énigme, version 21e siècle a rendu quadriplégique la masse de politiciens-chiots de poche. Ils sont assis et ils parlent.

La machine à mutiler est camouflée, cryptée, invisible, furtive. On vous montrera des corps – aux fins de propagande -, pouvant servir à attiser vos haines, mais on ne vous montrera pas la mutilation psychologique et économique, de vie quotidienne du citoyen d’un pays qui n’existe que sur papier.

On se penchera sur « l’Énigme » des plans d’austérité, de la pauvreté, sans trop de finesse, et le plus étrange est qu’on fera appel à l’entreprise privée pour délivrer les pays riches appauvris.

Pour être à jour, il faut se lever hier…

Une société qui n’a pas de questionnement sur son avenir ignore son passé.

Il n’y a que le camouflage qui change.

La réussite de demain est dans le décryptage de l’Histoire.

C’est la raison pour laquelle on l’a toujours trafiquée, et que dans les écoles on refuse d’y donner l’importance qu’elle a.

La Terre est une boule de cristal sur laquelle nous vivons tous. Le secret de l’avenir réside sans doute dans ses millions d’années pendant lesquelles elle a permis le développement et la réussite de la race humaine. C’est un grand livre rond que nous nous refusons de lire.

P.S.: Il reste cette merveille électronique sur laquelle j’écris en ce moment. Aux mains de tous, il n’est ni meilleur ni pire. C’est un outil magique, mais il peut également servir à nous berner sur notre liberté d’expression. Une pancarte électronique, c’est également un miroir dangereux pour les petits « sauvages » qui peuvent hurler pendant qu’ils se font mutiler sans cadavres.

C’est le progrès. Il faudra l’arrêter un jour.

Gaëtan PELLETIER

14 mai 2013

Mutilation « moderne »:

BANGLADESH, 2013. L’usine effondrée….

Bangladesh

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Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 19 mai, 2013 |Pas de commentaires »

HOLLANDE A L’OFFENSIVE ?…NON, L’INDIVIDU PIEDS ET MAINS LIES ! (Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie.unblog.fr /ats)

FRANCE:

HOLLANDE…

« à l’offensive »?

Christophe Ena/AP/SIPA

Impopulaire et fragilisé par l’entrée en récession de l’économie en France, le Président François HOLLANDE s’est engagé, jeudi 16 mai 2013, à placer « l’an II » de son mandat sous le signe de « l’offensive ». Il a notamment promis une « initiative » pour sortir l’Europe de sa « langueur ».

Au cours d’une conférence de presse, la seconde de son quinquennat, François Hollande a en premier lieu livré un plaidoyer en faveur de son action depuis un an à la tête d’un Etat qui a « démontré sa crédibilité budgétaire, qui a amorcé le redressement de sa compétitivité et entrepris la réforme du marché du travail », adoptée définitivement par le Parlement mercredi 15 mai 2013.

« L’an I a été entièrement consacré à la défense de notre souveraineté, la remise en ordre de notre économie, la sauvegarde de notre modèle social et la réparation des injustices », a déclaré M. Hollande. Son grand oral a eu lieu en présence du gouvernement de Jean-Marc Ayrault au grand complet, auquel il a renouvelé sa confiance.

Un remaniement est « possible », mais « pas d’actualité », a-t-il précisé alors que les critiques se multiplient sur le manque de cohésion de son équipe pléthorique (une quarantaine de ministres).

« Initiative européenne »

« L’an II, ce doit être l’offensive », a-t-il ajouté. Le président français a notamment annoncé qu’il allait lancer une « initiative européenne », prônant la mise en place d’un « gouvernement économique » de la zone euro avec un « véritable président », qui serait dotée d’une « capacité budgétaire » et dont la mission serait l’harmonisation fiscale et la lutte contre la fraude fiscale.

A l’unisson avec la chancelière allemande Angela Merkel, il s’est engagé à donner corps à une union politique dans les deux ans, sans en préciser les contours.

Tombé à un niveau d’impopularité inédit pour un président sous la Ve République, François Hollande a affiché sa détermination à faire sortir le pays de la crise, répétant son engagement d’inverser la courbe du chômage avant la fin 2013. Un objectif jugé intenable par les économistes.

(ats / 16.05.2013 19h15)


COMMENTAIRE:

(Le Souffle c’est ma Vie / Thierry LAMIREAU)

HOLLANDE à l’offensive ?…

Non, l’individu pieds et mains liés !

Six mois après, il a remis ça.

François HOLLANDE a tenu, ce jeudi 16 mai 2013, sa deuxième grande conférence de presse du quinquennat: deux heures de questions-réponses entre le Président et les 400 journalistes accrédités pour l’événement.

Christophe Ena/AP/SIPA

(Christophe ENA/AP/SIPA)
« A quelques nuances près, l’exercice reste le même qu’en novembre dernier. A quelques nuances près. Car six mois plus tard, le contexte n’est plus tout à fait le même. Le pays vient d’entrer en récession, les chiffres du chômage battent des records, le pouvoir d’achat a régressé de 0,9% en un an, le gouvernement a dû renoncer à ses objectifs de croissance et de déficit et la cote de François Hollande est au plus bas. » (marianne.net)
HOLLANDE est satisfait: il a fait du bon travail en un an !

Il a « livré un plaidoyer en faveur de son action depuis un an à la tête d’un Etat qui a démontré sa crédibilité budgétaire, qui a amorcé le redressement de sa compétitivité et entrepris la réforme du marché du travail. »

Non, Monsieur le Président, c’est justement le contraire. A travers vos dires, et surtout vos actions et inactions, vous n’êtes pas crédible, il n’y a pas de redressement, la compétitivité et la croissance sont des leurres ! Quant à la « réforme du marché du travail » c’est tout simplement mettre l’individu à la trappe…pieds et mains liés.

« L’an I a été entièrement consacré à la défense de notre souveraineté, la remise en ordre de notre économie, la sauvegarde de notre modèle social et la réparation des injustices »…ceci est une plaisanterie !

Notre économie est progressivement détruite, notre modèle social est une véritable « peau de chagrin » et les injustices s’accentuent à une vitesse vertigineuse !

Votre « gouvernement économique » sera une véritable tromperie pour les peuples européens comme tant d’autres sujets dans ce domaine.

Vos conseillers ont encore fait fort dans le style « communication ! » 

Le mot est donné à tous comme une vérité: « l’offensive ! » Vos députés et sénateurs socialistes aux ordres inondent les médias de ce mot magique: c’est désolant, petit et puéril.

Combien sont payés vos conseillers pour trouver de telles inepties ?…

La HOLLANDIE a encore de beaux jours devant elle !…et les petites gens tombent de plus en plus dans la spirale de la pauvreté.

Monsieur le Président, non seulement vous êtes un CRIMINEL (cf.utilisation des armes à l’uranium « appauvri » dans la guerre au MALI) mais en plus, vous êtes un incapable !

Thierry LAMIREAU

lesoufflecestmavie.unblog.fr

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 19 mai, 2013 |Pas de commentaires »

MADE IN BANGLADESH (legrandsoir.info)

Made in Bangladesh

MADE IN BANGLADESH (legrandsoir.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES made-in-bangladesh

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 18 mai, 2013 |Pas de commentaires »

L’ALLEMAGNE OU LE DOGME DU SALARIE LOW COST (Michel SANTI / http://www.marianne.net)

L’Allemagne ou le dogme du salarié low cost

 (MICHEL SANTI)

Des salariés de Volkswagen protestent en 2004 contre le plan de restructuration de Peter Hartz alors à la tête des Ressources Humaines du constructeur automobile   - CHRISTOF STACHE/AP/SIPA

(Des salariés de Volkswagen protestent en 2004 contre le plan de restructuration de Peter Hartz alors à la tête des Ressources Humaines du constructeur automobile – CHRISTOF STACHE/AP/SIPA)
Une confiscation en bonne et due forme de l’appareil économique a été entreprise depuis la fin des années 70 par une infime minorité qui a redistribué le produit du travail des autres largement en sa faveur. Ce ne sont effectivement pas tant nos usines, nos industries et nos entreprises qui ne sont pas productives. Cette productivité a en fait été monopolisée au bénéfice d’une élite qui a assisté, totalement indifférente, au creusement d’un fossé entre les salaires réels et la productivité.

L’Allemagne elle-même, qui s’érige en donneuse de leçon de productivité, n’a pu bénéficier d’une croissance au-dessus de la moyenne européenne qu’à la faveur de sacrifices constants exigés à sa population. Le moteur à l’exportation allemand ne rugit pas seulement par la grâce de la force productive de ses entreprises.

En réalité, c’est aux réformes dites « Hartz » entreprises entre 2003 et 2005 – et qui ont consisté à transférer des ressources et des richesses du citoyen vers les entreprises et vers le secteur financier – que l’Allemagne doit d’avoir dopé ses exportations. Ce sont effectivement les réductions salariales et les réformes drastiques de son marché du travail qui ont amélioré notablement sa productivité, en y comprimant à l’extrême le coût du travail.

Peter Hartz en 2007 - FABIAN BIMMER/AP/SIPA

(Peter Hartz en 2007 – FABIAN BIMMER/AP/SIPA)
Ces réformes sinistres ont été initiées le 16 août 2002 par un groupe d’experts dirigés par le directeur des ressources humaines de Volkswagen, Peter Hartz, qui a présenté au chancelier allemand Gerhard Schröder ses propositions relatives aux réformes du marché du travail.Dix ans plus tard, la société allemande se retrouve profondément transformée par ces réformes.

L'ALLEMAGNE OU LE DOGME DU SALARIE LOW COST (Michel SANTI / http://www.marianne.net) dans REFLEXIONS PERSONNELLES aaaaaaaajpg2

En effet, une étude de l’OCDE, publiée à fin 2012, conclut à un accroissement spectaculaire de l’inégalité des revenus en Allemagne, bien plus que dans n’importe quel autre pays membre de cette organisation.

Ayant très finement manœuvré, la commission Hartz a réussi à créer dans son pays un marché du travail subsidiaire – ou parallèle – dominé par des salaires bas et non soumis aux droits sociaux.

De fait, ces réformes privent les chômeurs allemands de tous leurs droits aux allocations chômage. Ils sont dès lors réduits à l’état de mendiants sociaux !

Ainsi, ce n’est qu’après une année entière de chômage que le travailleur est en droit de demander une misérable allocation mensuelle de 347 euros par mois, à la seule condition toutefois d’avoir préalablement épuisé son épargne et à la condition expresse que son conjoint soit incapable de subvenir à ses besoins.

Pourquoi ne pas évoquer également l’obligation lui étant imposée d’accepter n’importe quel emploi, indépendamment de ses qualifications et de ses revenus antérieurs ?

Hartz est donc tout à la fois un piège et la meilleure voie pour la pauvreté, ou pour un état de précarité absolue inconcevable et intolérable dans un pays riche comme l’Allemagne. Une étude réalisée par l’Association à l’aide sociale paritaire allemande dévoile effectivement que les trois-quarts des personnes touchées par ces lois restent à jamais tributaires de Hartz.

Par ailleurs, la simple menace de tomber dans Hartz contraint les chômeurs à accepter des emplois à salaire bas, à temps partiel, dénués de toute sécurité, de droits à la retraite et autres allocations.

Le dogme allemand du travailleur « low cost » était donc né de ces réformes… Et, de fait, seuls 29 millions d’Allemands (sur près de 42 millions de travailleurs) disposent aujourd’hui d’emplois soumis au régime de la sécurité sociale, pendant que quelque 5,5 millions d’entre eux travaillent à temps partiel, et que plus de 4 millions gagnent moins de 7 euros de l’heure !

Un vieil homme vivant dans la précarité à Berlin - JANDKE/CARO FOTOS/SIPA

(Un vieil homme vivant dans la précarité à Berlin – JANDKE/CARO FOTOS/SIPA)
Le secteur allemand des bas salaires tire par le fond tous les salaires du secteur industriel en agissant comme une sorte de levier infernal. Le travailleur y subit des conditions similaires à celles encore en vigueur dans le Tiers-monde et dans les pays émergents.La compétitivité elle-même – maintes fois invoquée – n’est-elle pas une notion floue désignant la capacité d’un pays et de ses entreprises à affronter la concurrence ? La compétitivité par le bas – en réalité dévaluation interne – consiste à baisser les prix à l’exportation en diminuant les coûts à la production. Le débat public se concentre donc sur le coût du travail tandis que le coût du capital n’est jamais évoqué, alors que les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 10 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières.

Ce niveau historiquement record depuis la Seconde Guerre mondiale, par rapport à 5,5% en 1999, permet de conclure que la part dévolue aux actionnaires a donc crû dans des proportions considérables ces douze dernières années.

Autrement dit, la complainte patronale faisant de la baisse du taux de marge la raison profonde des faibles investissements et du moindre effort en matière de recherche et développement ne tient pas la route. Elle passe en effet sous silence la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires de capital, quelle que soit l’intensité de la crise économique et financière.

Voilà pourquoi les droits des salariés subissent une attaque sans précédent. Voilà pourquoi les coûts doivent être comprimés si le but est bien de gagner des parts de marché à l’export. Tels sont à l’évidence les impératifs si le but est bien de toujours plus rémunérer l’actionnariat, les capitaux et en finalité les parieurs en bourses…

Cette logique débouche sur des contradictions inextricables, illustrées par le discours orwélien des industriels et des patrons d’entreprise expliquant que lutter contre les plans de licenciements revient à…lutter contre l’emploi !

Comprenons une fois pour toutes que compétitivité ni rime pas nécessairement avec chômage, avec précarité, ni avec explosion des inégalités, contrairement à ce que marchés et patrons imposent aux salariés et aux travailleurs depuis plus de vingt ans. Rebellons-nous contre les allégations de la Présidente du MEDEF, Laurence Parisot, qui se demandait en 2005 dans le Figaro : « La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire ? »

De telles déclarations consacrent la défaite du politique. En effet, l’une de ses missions devrait être la détermination des règles du jeu économique et la mise sous tutelle du néo-libéralisme qui n’est qu’une manœuvre visant à mettre l’Europe en pilotage automatique d’une concurrence supposée régler toutes les problématiques.

Remplacer la culture de l’Etat par l’obsession du chiffre revient à fouler aux pieds l’essence même du travail, pourtant source de toute valeur économique.

(Michel SANTI)

Economiste, auteur de Splendeurs et misères du libéralisme, (éd. l’Harmattan)

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 15 mai, 2013 |Pas de commentaires »

LE NAUFRAGE ET L’OFFENSE. LE MALI A RENDRE AUX MALIENS.(Aminata D.TRAORE / http://www.legrandsoir.info)

Cette Malienne (photo) est interdite de conférence en France par « Normal 1er »
LE NAUFRAGE ET L'OFFENSE. LE MALI A RENDRE AUX MALIENS.(Aminata D.TRAORE / http://www.legrandsoir.info) dans REFLEXIONS PERSONNELLES aaaaaaaajpg

François Hollande et le président malien par intérim Dioncounda Traoré acclamés par la population, lors de l’arrivée du dirigeant français à l’aéroport de Tombouctou, le 2 février. François Hollande a dénoncé la « barbarie » des islamistes armés qui ont multiplié les exactions dans la ville tout juste libérée de leur joug. Sa visite au Mali devait se poursuivre dans la journée à Bamako, la capitale du pays. (AFP PHOTO / POOL / FRED DUFOUR)

Le naufrage et l’offense.

Le Mali à rendre aux Maliens

(Aminata D. TRAORE)

L’auteur de cet article a été étudiante en France. Après son doctorat en psychologie sociale elle a travaillé pour des organisations internationales et a été Ministre de la Culture et du Tourisme au Mali.

En avril 2013, elle devait se rendre à Berlin à l’invitation de la gauche allemande (Die Linke) et à Paris à celle du NPA. Mais le gouvernement solférinien (qui précisément ?) a donné des instructions pour lui interdire l’espace Schengen. L’Allemagne lui a cependant accordé un (court) visa. Mais le territoire français lui est interdit.

Pourquoi ? A la lire, on a la réponse.

Le Grand Soir

« Toute société impérialiste voit dans l’Autre la négation de l’idéal qu’elle s’efforce, elle-même, d’atteindre. Elle cherche à le domestiquer en l’attirant dans le champ d’application de son idéal et en l’y situant au degré le plus bas. » (1) – Wolfgang Sachs.

Que sommes-nous devenus au Mali ?

« A qui allons-nous rendre les clés ? » est la question posée par Pierre Lellouche, député UMP et Président du groupe Sahel de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale française à propos du Mali. C’était le 22 avril 2013, lors du débat parlementaire qui a précédé le vote de la prolongation de l’opération SERVAL. Comme pour lui répondre, Hervé Morin, ancien Ministre (UMP) de la Défense dit « Mais il n’y a personne à qui passer la main ». Comme une lettre à la poste, la prolongation demandée a été adoptée à l’unanimité. S’agissant de l’organisation de l’élection présidentielle en juillet 2013, la France officielle est non seulement unanime mais intransigeante

Je serai « intraitable » a prévenu le Président François Hollande.

Ce mot est dans toutes les têtes ici et nous a blessés. Le Ministre de la Défense, Jean Yves Le Drian, estime à ce sujet qu’ « il faut dire les choses fortement » (RFI).

Les Maliens qui ont accueilli le Président François Hollande en « libérateur » s’imaginaient que l’Opération SERVAL débarrasserait rapidement leur pays de Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et ses affiliés d’Ansar Dine et du MUJAO et que la vie reviendrait comme avant.

L’intervention militaire a incontestablement réduit la capacité de nuisance des djihadistes en en tuant quelques centaines et en détruisant d’énormes stocks d’armes et de carburant. Mais les villes de Gao et Tombouctou sont libérées sans l’être totalement puisque des groupes, que le discours officiel qualifie de « résiduels », opèrent dans ces localités et y commettent des attentats. Fait plus préoccupant, Kidal est entre les mains du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) qui interdit à l’armée malienne d’y accéder.

De peur de s’enliser, la France revoit ses effectifs à la baisse sans pour autant se retirer. Sa coopération avec la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans la mobilisation des troupes africaines de la Mission Internationale de Soutien au Mali (MISMA) étant loin d’être satisfaisante. La Mission multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies au Mali (MINUSMA) entrera en action en juillet 2013.

La France ne s’enlisera pas. Mais dans quelle aventure a-t-elle embarqué notre pays alors qu’il ne s’y était pas préparé ? Et quel Mali laisserons-nous aux générations futures ? Celui où le départ du dernier soldat français a été l’un des temps forts de sa décolonisation et qui aujourd’hui perd ce qui lui restait de souveraineté ?

Confiant dans son rôle de libérateur, le Président Hollande nous a promis lors de son passage à Bamako une nouvelle indépendance, « non pas contre le colonialisme, mais contre le terrorisme ». Comme s’il appartenait à la France de nous sauver d’un péril auquel elle n’est pas étrangère si l’on remonte à son intervention en Libye.

L’Homme malien est-il suffisamment entré dans l’histoire ? Est-il sujet de son propre devenir de manière à jouir de son droit de dire « non » aux choix et aux décisions qui engagent son destin ?

La militarisation comme réponse à l’échec du modèle néolibéral dans mon pays est le choix que je conteste. Interdite de séjour dans les pays de l’espace Schengen, je regarde avec admiration et respect, la mobilisation et la détermination des peuples d’Europe à lutter contre le même système qui en toute quiétude nous broie, ici en Afrique.

L’effondrement du capitalisme malien « gagnant »

Le Mali ne souffre pas d’une crise humanitaire et sécuritaire au nord du fait de la rébellion et de l’islam radical et d’une crise politique et institutionnelle au sud en raison du coup d’Etat du 22 mars 2012. Cette approche réductrice est la première et véritable entrave à la paix et à la reconstruction nationale. Nous avons assisté surtout à l’effondrement d’un capitalisme malien prétendument gagnant au coût social et humain fort élevé.

Ajustement structurel, chômage endémique, pauvreté et extrême pauvreté, sont notre lot depuis les années 80. La France et les autres pays européens ont juste une trentaine d’années de retard sur le Mali, et ses frères d’infortune d’Afrique, soumis depuis plus de trois décennies à la médecine de cheval du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale.

Selon le CNUCED (rapport 2001), l’Afrique est le continent où la mise en œuvre des PAS a été la plus massive, la plus poussée et la plus destructrice le long des décennies 80 et 90 au cours desquelles les institutions internationales de financement ne se sont préoccupées que de la correction des déséquilibres macro-économiques et des distorsions du marché en exigeant des Etats des documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP).

Le credo de Margaret Thatcher « There Is No Alternative » (TINA) marche à merveille sous nos cieux. Il revient à dire au plan économique « libéralisez vos économies à tout prix », au plan politique « Démocratisez selon nos normes et nos critères » et dans le cas du Mali « votez en juillet ». A cet agenda, suffisamment périlleux, s’ajoute, à présent, le volet militaire « sécurisez vos pays selon nos méthodes et conformément à nos intérêts ».

Sacrifié sur l’autel du commerce dit libre et concurrentiel, mais parfaitement déloyal comme l’illustrent les filières cotonnière et aurifère, et sur celui de la démocratie formelle, le Mali est en train de l’être, également, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

La rébellion du Mouvement Nationale de Libération de l’Azawad (MNLA), le coup d’Etat, et le recrutement des jeunes chômeurs et affamés au nord comme au sud du pays par AQMI, Ansar Dine et MUJAO s’inscrivent dans un environnement national explosif. Il a été marqué en fin 2011 et début 2012 par des marches de protestations contre la vie chère, le chômage, la précarité, le référendum constitutionnel, la question foncière, la corruption et l’impunité.

Mis à part la petite minorité des nouveaux riches, c’est le peuple malien qui est le grand perdant de l’ouverture de l’économie nationale aux forceps. Il est diverti par le discours mensonger et soporifique sur l’exemplarité de notre démocratie et de nos performances économiques qui étaient, semble-t-il, les meilleures de l’UEMOA. Les voix discordantes sont ostracisées.

Déni de démocratie

Démocratique à l’intérieur de ses frontières, lorsque l’on considère la teneur et la vivacité du débat dans l’hémicycle et dans la rue sur le mariage pour tous, par exemple, elle se montre intraitable dans ses relations avec le Mali. Ne pas voir le moindre mal dans son retour en force. Ne rien savoir de ses desseins ou faire semblant de ne pas savoir. Chanter et danser à sa gloire si l’on veut être dans ses bonnes grâces, exister politiquement et circuler librement en Europe.

S’y refuser, reviendrait à ne pas être avec elle, donc contre elle. On se croirait au lendemain des attentats du World Trade Center aux Etats-Unis d’Amérique en 2001, au moment où le Président américain Georges W Bush déclarait : « Ou bien on est avec nous, ou bien on est avec les terroristes ». Dans mon cas ce sont les idées de gauche sur les ravages de la mondialisation néolibérale en Afrique qui sont devenues subversives. Elles m’avaient pourtant valu d’être l’invitée du Parti Socialiste à son Université de la Rochelle en 2010.

Pour brouiller le sens de mon discours et de mon combat j’ai été qualifiée d’abord de pro-putschiste et d’anti-CEDEAO, avant l’étape actuelle de mon assignation à résidence. Je suis redevable à Karamoko Bamba du mouvement N’KO de cette pensée africaine selon laquelle « celui qui a le fusil ne s’en sert pas pour prendre le pouvoir. Et celui qui détient le pouvoir l’exerce dans l’intérêt du peuple et sous son contrôle ».

Pourquoi devais-je faire porter l’entière responsabilité de l’effondrement de l’Etat aux laissés-pour-compte d’une armée gangrenée, comme les autres institutions de la République, par la corruption, le népotisme et l’impunité ?

Il ne peut être reproché aux militaires de ne pas savoir défendre un pays dont les élites politiques et économiques, non seulement acceptent de l’ouvrir au marché dans les pires conditions mais en profitent pour s’enrichir. Le naufrage est d’abord le leur pour avoir revendiqué un modèle économique qui rime avec le désengagement et le délitement de l’Etat, la ruine des paysans, la clochardisation des troupes et le chômage endémique. S’ils n’avaient pas les moyens d’appréhender les ravages du système dans les années 80, nos dirigeants politiques ne peuvent plus l’ignorer au regard de l’impasse dans laquelle ce système a conduit la Grèce, l’Espagne, le Portugal, Chypre et… la France, leur mode de référence.

De l’ostracisation à la criminalisation

C’est le 12 avril 2013, au moment de me rendre à Berlin à l’invitation de la gauche allemande (Die Linke) et à Paris à celle du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), que j’ai appris que j’étais devenue « persona non grata » en Europe à la demande de la France. Il en est de même pour Oumar Mariko, le Secrétaire Général du parti SADI (Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance). L’ambassade d’Allemagne m’a donné un visa qui m’a permis de me rendre à Berlin en passant par Istanbul (Turquie) au lieu d’Amsterdam (Pays-Bas) comme initialement prévu. Quant à l’étape de Paris, elle a tout simplement été annulée.

J’ai pris connaissance de mon statut de « persona non grata » par le message suivant qui m’a été adressé par la Fondation Rosa Luxembourg : 

« L’ambassade d’Allemagne à Bamako nous a informé ce matin que la condition indispensable pour votre visa pour l’Allemagne est que vous ne voyagiez pas via un pays de Schengen. C’est pourquoi nous avons acheté un nouveau ticket (des vols via Istanbul/Turquie) que vous trouverez ci-joint. Je suis désolé que de ce fait vous n’aurez pas la chance de rester trois jours à Paris. Mais l’ambassade d’Allemagne nous a informé que la France a empêché qu’on vous donne un visa pour tous les pays Schengen. On va venir vous chercher à l’aéroport à Berlin lundi. »

L’Association « Afrique Avenir », en co-organisatrice de l’une des conférences à Berlin, a protesté et ses principaux partenaires ont réagi à leur tour. Je remercie tous ceux qui m’ont témoigné leur solidarité et rappelle ici le sens de mon combat, pour ceux qui considèrent que la France a le droit de porter atteinte à ma liberté de circulation en raison de mon désaccord avec Paris lorsqu’il ne pratique que la politique de ses intérêts.

Qui peut me reprocher ce que les auteurs du rapport d’information du Sénat français disent si clairement en ces termes:

« La France ne peut se désintéresser de l’Afrique qui est, depuis des décennies, sa profondeur stratégique, qui sera demain, plus peuplée que l’Inde et la Chine (en 2050, l’Afrique aura 1,8 milliards d’habitants contre 250 millions en 1950), qui recèle la plupart des ressources naturelles, désormais raréfiées et qui connaît un décollage économique, certes, inégal, mais sans précédent, qui n’est plus, seulement, portée par l’envolée du cours des matières premières, mais aussi, par l’émergence d’une véritable classe moyenne ».

Si le constat sur les enjeux démographiques et économiques est fondé, le « décollage économique » auquel ce rapport fait allusion est incertain, source de conflits parce qu’inégalitaire, ne profitant d’abord qu’aux entreprises étrangères et à une partie de l’élite politique et économique.

Les enjeux de l’intervention militaire en cours sont : économiques (l’uranium, donc le nucléaire et l’indépendance énergétique), sécuritaire (les menaces d’attentats terroristes contre les intérêts des multinationales notamment AREVA, les prises d’otages, le grand banditisme, notamment le narcotrafic et les ventes d’armes), géopolitique (notamment la concurrence chinoise) et migratoires.

Quelle paix, quelle réconciliation et quelle reconstruction peut-on espérer lorsque ces enjeux sont soigneusement cachés au peuple ?

L’instrumentalisation des femmes

L’interdiction de l’espace Schengen ne me vise pas en tant que femme mais elle démontre que celles qui refusent d’être instrumentalisées dans la défense des intérêts dominants peuvent être combattues. J’en fais la douloureuse expérience au niveau national depuis longtemps déjà, mais je ne m’attendais à être ostracisée de la part du pays des Droits de l’Homme, précisément, au moment où mon pays est en guerre. Il viole ainsi la résolution 1325, relative à la participation des femmes à la prise de décision à tous les niveaux, à la prévention ou à la résolution des conflits ainsi qu’à la reconstruction.

Dois-je rappeler que le 8 mars 2013, Journée Internationale des Femmes, le Président François Hollande répondait à son prédécesseur, Nicolas Sarkozy qui s’interrogeait sur la présence de l’armée française au Mali, qu’elle y est allée:

« parce qu’il y avait des femmes victimes de l’oppression et de la barbarie ! Des femmes à qui l’on imposait de porter le voile ! Des femmes qui n’osaient plus sortir de chez elles. Des femmes qui étaient battues ! ».

A propos de voile, je suis l’une des rescapées maliennes et sahéliennes de l’analphabétisme qui tente de déchirer celui, pernicieux, de l’illettrisme économique qui maintient les Africains dans l’ignorance la plus totale des politiques néolibérales et fait d’eux du bétail électoral. Le Président Hollande se montrerait-il si intraitable quant à la date de l’élection présidentielle au Mali s’il avait devant lui un électorat malien qui place la souveraineté économique, monétaire, politique et militaire au cœur du débat politique ?

A propos des femmes qui « n’osaient plus sortir de chez elles », je sortais jusqu’ici librement de mon pays et parcourais tout aussi librement l’Europe et le monde. Quelle que soit l’issue de la situation que je traverse en ce moment, elle ne peut qu’être dissuasive pour les autres Maliennes et Africaines qui ont envie de comprendre le monde global et de lutter pour ne pas le subir mais en être des citoyennes averties et actives.

Aide au développement ou à la militarisation

Au djihadisme armé il faut, semble-t-il, une solution armée. La voie est ainsi ouverte dans un pays comme le nôtre aux achats d’armement au lieu d’analyser et de soigner le radicalisme religieux qui prospère là où l’Etat, ajusté et privatisé, est nécessairement carencé ou tout simplement absent.

Faire l’âne pour avoir du foin, est le comportement qui prévaut dans ce contexte de pauvreté généralisée tant au niveau des Etats que de certaines organisations non étatiques. Et la guerre -comble de l’horreur- est aussi une occasion d’injecter de l’argent frais dans notre économie exsangue.

Déçue par les hésitations et les lenteurs de l’Europe dont la solidarité s’est traduite jusqu’ici par la formation de l’armée malienne et de certains soutiens bilatéraux, la France invite au partage de l’effort financier entre Européens dans la défense de leurs intérêts stratégiques en Afrique de l’Ouest. D’autres bailleurs de fonds y seront associés.

Le 15 mai 2013 à Bruxelles, les bailleurs de fonds examineront le plan d’actions prioritaires d’urgence (pour 2013 et 2014). Les ressources qui seront mobilisées (ou annoncées) profiteront-elles au peuple malien, qui ne sait plus où donner de la tête ou irrigueront-elles les mêmes circuits économiques selon les mêmes pratiques qui ont aggravé la pauvreté et les inégalités ?

Dans le cadre de la reprise de la Coopération, le Ministre français délégué auprès du Ministre des Affaires Etrangères, chargé du Développement annonce 240 millions d’euros destinés à financer l’agriculture, les services de bases dont l’eau et l’électricité dans les régions du nord et le retour des populations.

C’est le lieu de rappeler que Tripoli, la capitale Libyenne, a abrité, les 29 et 30 novembre 2010, le Troisième Sommet Afrique-UE où le Guide libyen, Mouammar Kadhafi, a accueilli, en grande pompe, les dirigeants de 80 pays africains et européens.

La création d’emplois, les investissements et la croissance économique, la paix, la stabilité, les migrations et le changement climatique étaient à l’ordre du jour de ce sommet. Les participants s’étaient mis d’accord sur un « plan d’action » pour un Partenariat Afrique-UE de 2011 à 2013.

L’UE a, à cette occasion, réaffirmé son engagement à consacrer 07% de son PNB à l’aide publique et au développement d’ici 2015 et d’affecter 50 milliards d’euros aux objectifs généraux du partenariat envisagé entre 2011 et 2013. Nous sommes en 2013 et fort loin des objectifs de développement du Millénaire et des voies et moyens de les atteindre en 2020…

La paix, la réconciliation et la reconstruction du Mali, n’ont aucune chance d’aboutir si elles doivent reposer sur des arrangements politiciens en vue d’engranger l’ « aide extérieure ».

L’Etat, ou ce qui en reste ainsi que les rebelles se battent et négocient dans le cadre du même paradigme qui a aggravé le chômage, la pauvreté et les tensions. Les différends se règlent en termes d’investissement, dans les infrastructures, le lieu par excellence de l’enrichissement rapide et de la corruption. La liste des travaux d’infrastructures mal exécutés ou non réalisés est longue. Elle explique en partie le mécontentement des populations du septentrion qui souffrent pendant que des maisons individuelles poussent au su et au vu de tout le monde grâce aux détournements de fonds et de l’argent du narcotrafic.

Osons une autre économie

Rien ne sera plus comme avant. Ce qui était difficile risque de l’être davantage avec la militarisation qui absorbera des ressources dont nous avons cruellement besoin pour l’agriculture, l’eau, la santé, le logement, l’environnement et l’emploi.

L’opération Serval, la Mission Internationale de Soutien au Mali (MISMA), la Mission Intégrée de Stabilisation Multidimensionnelle des Nations-Unies, la défense de notre pays et notre sécurité, avant d’être militaire, sont d’abord un défi intellectuel, moral et politique.

Je me suis reconnue dans les propos du candidat François Hollande lorsqu’il déclara qu’ « il est temps de choisir une autre voie. Il est temps de choisir une autre politique ». Ce temps est, assurément, venu et pour la France et pour ses anciennes colonies d’Afrique. Il est celui des transitions économiques, sociales, politiques, écologiques et civilisationnelles qui n’ont rien à voir avec la feuille de route de la « communauté internationale ». Elles renvoient à un changement de paradigme.

Que les dirigeants africains qui ont intériorisé le discours mensonger sur l’inéluctabilité de cette guerre afin d’en finir le péril djihadiste ne s’y trompent pas : l’effet de contagion qu’ils redoutent, tient moins à la mobilité des djihadistes qu’à la similitude des réalités économiques, sociales et politiques induites par le modèle néolibéral.

Si les chefs djihadistes viennent d’ailleurs, la majorité des combattants sont des jeunes maliens sans emplois, sans interlocuteurs, sans perspectives d’avenir. Les narcotrafiquants puisent, eux-aussi, convoyeurs et revendeurs de drogue parmi la même jeunesse désemparée.

La misère morale et matérielle des jeunes diplômés, des paysans, des éleveurs et d’autres groupes vulnérables constitue le véritable ferment des révoltes et des rebellions qui, mal interprétées, alimentent, de l’intérieur bien des réseaux. La lutte contre le terrorisme et le crime organisé, sans effusion de sang, au Mali et en Afrique de l’Ouest passe par l’analyse honnête et rigoureuse du bilan des trois dernières décennies de libéralisme sauvage, de destruction du tissu économique et social ainsi que des écosystèmes. Rien n’empêche les centaines de milliers de jeunes Maliens, Nigériens, Tchadiens, Sénégalais, Mauritaniens et autres, qui viennent chaque année grossir le nombre des demandeurs d’emploi et de visas, de rejoindre le rang des djihadistes si les Etats et leurs partenaires techniques et financiers ne sont pas capables de remettre le modèle néolibéral en question.

L’indispensable convergence des luttes

Je plaide pour un élan de solidarité qui prenne le contre-pied de la militarisation, nous restitue notre dignité, préserve la vie et les écosystèmes.

Tout irait dans le bon sens si les 15.000 soldats étaient des enseignants, des médecins, des ingénieurs et si les milliards d’euros, qui vont être dépensés, étaient destinés à ceux et celles qui ont le plus besoin. Nos enfants n’auraient pas besoin d’aller se faire tuer en soldats mal payés, en narcotrafiquants ou en fous de Dieu.

Nous nous devons de nous atteler, nous-mêmes, à la tâche primordiale de la transformation de notre moi profond, ébranlé et de notre pays meurtri. L’avantage considérable de l’approche systémique est la détribalisation des conflits au profit d’une conscience politique qui réconcilie et rassemble ceux que l’économie mondialisée broie. Touareg, Peulh, Arabes, Bamanan, Sonrhaï, Bellah, Sénoufos cesseraient de s’en prendre les uns aux autres et se battraient ensemble et autrement.

Cette approche altermondialiste nous rend notre « dignité » dans un contexte où nous avons tendance à culpabiliser et à nous en remettre, poings et pieds liés, à une « communauté internationale » juge et partie.

Elle plaide pour la convergence des luttes à l’intérieur des frontières entre les différentes composantes de la société éprouvées par la barbarie du système capitaliste qui ne veulent ni se résigner ni se soumettre. Elles doivent explorer ensemble des alternatives à la guerre.

Les Etats libéraux ayant privilégié la guerre et investi dans les armes de destruction des vies humaines, du lien social et des écosystèmes, innovons à travers la bataille des idées et convoquons une conférence citoyenne au sommet pour l’autre développement du Mali, en vue de desserrer l’étau de la mondialisation capitaliste. Il s’agit d’instaurer le débat sur la relation entre politiques néolibérales et chaque aspect de la crise : chômage endémique des jeunes, rébellions, mutineries, coups d’Etat, violences faites aux femmes, radicalisme religieux.

Un travail inédit et intense d’information et d’éducation citoyenne dans les langues nationales, permettra aux Maliens de parler enfin entre eux de leur pays et de leur avenir.

Parce que tous les Hommes naissent libres et égaux en droits, nous revendiquons juste notre droit à :

- une autre économie, de manière à disposer des richesses de notre pays, et à choisir librement des politiques qui nous mettent à l’abri du chômage, de la pauvreté, de l’errance et de la guerre ;

- un système politique véritablement démocratique, parce que intelligible pour l’ensemble des Maliens, décliné et débattu dans les langues nationales, fondé sur des valeurs de culture et de société largement partagées ;

- la liberté d’expression et de circulation.

Rendez-nous les clés de notre pays !

La France officielle qui déclare urbi et orbi que nous n’avons « pas d’Etat digne de ce nom », ni « d’armée digne de ce nom », considère certainement que nous n’avons pas non plus d’existence en tant que peuple pour aller jusqu’à se demander « à qui remettre les clés » et à exiger l’organisation de nos élections en juillet 2013. Elle s’accommode par ailleurs de l’annulation de la concertation nationale – qui devait nous permettre de prendre ensemble entre Maliens le pouls de notre pays. Elle s’accommode tout autant de l’état d’urgence instauré, puis prolongé une première fois, et une seconde fois de manière à « sécuriser » la transition.

Je n’ai pas le sentiment que la « guerre contre le terrorisme » ait apporté la paix en Irak, en Afghanistan et en Libye, et que les casques bleus ont su garantir aux populations de la République Démocratique du Congo et en Haïti la sécurité que celles-ci étaient en droit d’attendre d’eux.

Mais je suis persuadée qu’il y a, en chaque Malienne et chaque Malien, un(e) soldat(e), un(e) patriote qui doit pouvoir participer à la défense de ses intérêts et du Mali à partir d’une bonne connaissance de son état réel dans l’économie mondialisée.

La réponse à l’insupportable question de Claude Lellouche est claire :

Le Mali est à rendre aux Maliens. Nous pouvons en prendre le plus grand soin parce que, comme Bouna Boukary Dioura l’a rappelé, nous savons, nous les peuples du Sahel, que les rochers finissent par fleurir à force d’amour et de persévérance.

Rendez les clés du Mali au peuple malien !

Aminata D. TRAORE, Bamako le 03 mai 2013


(1) Wolfgang Sachs et Gustavo Esteva : « Des ruines du développement » Les Editions Ecosociété 1996.

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http://www.legrandsoir.info/le-naufrage-et-l-offense-le-mali-a-rendre-aux-maliens.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 14 mai, 2013 |1 Commentaire »

DU SAUMON TRANSGENIQUE SINON RIEN ! (« Le Canard Enchaîné » / Mardi 30 avril 2013)

Du saumon transgénique sinon rien !

DU SAUMON TRANSGENIQUE SINON RIEN ! (

(« Le Canard Enchaîné » / Mardi 30 avril 2013)

Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule: alors que l’Europe vient de donner son feu vert pour que les poissons d’élevage s’empiffrent de nouveau de farine de porc et de volaille aux Etats-Unis, les consommateurs vont bientôt pouvoir se régaler avec du saumon transgénique.

Cela fait vingt ans que AQUABOUNTY TECHNOLOGIES, une boîte américaine de biotech, fait des pieds et des mains pour avoir le droit de vendre aux éleveurs de poissons des oeufs de saumon génétiquement modifié.

Ces efforts sont sur le point d’être récompensés. En décembre 2012, la FOOD AND DRUG ADMINISTRATION (FDA), le gendarme américain de l’alimentation, a pondu un avis certifiant que l’on pouvait déguster les yeux fermés ce nouveau poisson créé en laboratoire.

L’avis définitif de la FDA est attendu avant la fin du mois mais, à en croire AQUABOUNTY, c’est dans la poche.

Il est vrai que « AquAdvantage » (c’est ainsi que la firme a baptisé son saumon « mutant ») a tout pour plaire.

D’abord, il grandit presque deux fois plus vite qu’un saumon « normal ». Comptez 18 mois, contre 30, pour qu’il atteigne son poids de vente. Ensuite, il pèse deux fois plus qu’un saumon d’Atlantique dont on n’a pas tripoté les gènes. Tout cela avec 25% de nourriture en moins dans la gamelle. Ce qui lui permet d’afficher un super « taux de rentabilité alimentaire », comme l’on dit dans le jargon.

C’est dans un laboratoire ultra-secret, au PANAMA, que AQUABOUNTY TECHNOLOGIES a mis au point sa petite merveille dûment brevetée.

Prenez trois poissons. Un saumon royal, le plus volumineux des salmonidés. Un tacaud, de la famille des morues, particulièrement adapté aux eaux glacées. Et un saumon d’Atlantique. Prélevez sur le premier le gène qui lui fait produire à gogo de l’hormone de croissance, prélevez sur le deuxième le gène qui lui sert à fabriquer de la protéine « antigel », et greffez le tout dans l’ADN du troisième.

Résultat: dopé à l’hormone de croissance, « AquAdvantage » pousse en supersonique et, en plus, grâce à son « antigel », il grossit même en hiver, contrairement au saumon lambda.

Aux écolos rabat-joie qui s’inquiètent de voir un « Frankenfish », comme ils l’ont tout de suite rebaptisé, s’échapper d’une cage en haute mer et aller refiler ses gènes aux saumons sauvages, la FDA assure que le risque est « extrêmement éloigné ».

Certes, la technique utilisée pour stériliser les poissons ne marche qu’à 95%, mais la firme jure que toutes les précautions seront prises pour empêcher les saumons OGM de se faire la belle.

Qu’à cela ne tienne, AQUABOUNTY TECHNOLOGIES, qui a construit une énorme écloserie sur une île canadienne, s’est donné deux ans pour inonder le marché.

Un filon rentable puisque le saumon, deuxième poisson le plus consommé au monde après le thon, rapporte chaque année 5,3 milliards d’euros.

En nourrissant « AquAdvantage » avec de la farine de volaille, on pourra vraiment parler d’une poule aux oeufs d’or !

Cot cot cot…

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 14 mai, 2013 |Pas de commentaires »

METTEZ-MOI UNE TONNE DE CO2 ! (Jean-Luc PORQUET / Le Canard Enchaîné / Mercredi 24 avril 2013)

Mettez-moi une tonne de CO2 !

METTEZ-MOI UNE TONNE DE CO2 ! (Jean-Luc PORQUET / Le Canard Enchaîné / Mercredi 24 avril 2013) dans REFLEXIONS PERSONNELLES schemapuitsdecarbonearntzenfr

(Jean-Luc PORQUET / Le Canard Enchaîné)

Comme le notent, pour une fois désopilants, « Les Echos » (17/6), « au train où vont les choses, il sera bientôt plus coûteux de se payer un petit noir dans le café au coin de la rue qu’une tonne de CO2. »

La veille, en effet, la tonne de CO2 avait dégringolé jusqu’à 2,60 euros: c’est l’aboutissement d’une des farces les plus grotesques de l’époque.

En 2005, vu le réchauffement climatique qui s’accélère, l’Europe a une idée de génie: c’est la Bourse qui va rendre l’économie vertueuse, durable et verte. Puisque le le CO2 est un des principaux gaz à l’effet de serre et qu’il faut en réduire les émissions, il suffit de fixer chaque année, aux 12000 industriels européens qui émettent beaucoup, des plafonds à ne pas dépasser.

Dans le cas contraire, ils devront acheter des permis d’émettre cotés en Bourse et, à force, plutôt que de se ruiner en achats de tonnes de CO2 sur ce marché carbone, les industriels les plus pollueurs préfèreront investir dans les technologies vertes.

Très joli sur le papier, ce beau raisonnement marchand et financier n’a pas tenu une seconde.

On n’en détaillera pas ici les raisons-plus de 110 ONG, dont les Amis de la Terre, viennent de le faire dans une forte déclaration intitulée:

« Il est temps de mettre fin au marché du carbone européen ! »

Mais on admirera le résultat: les émissions n’ont guère baissé; de gros pollueurs comme LAFARGE et ARCELORMittal s’en sont mis plein les poches; ce nouveau marché a permis à des escrocs à la TVA de s’en donner à coeur joie et à grande échelle, plus de 10 milliard d’euros détournés.

Et la crise a achevé de mettre le système à terre: moins d’activités industrielles, donc moins d’émissions, du coup le prix de la tonne de CO2 (30 euros à l’origine) s’est effondré…Et l’on se retrouve avec des industriels qui, n’ayant plus aucun intérêt financier à faire baisser leurs émissions, se remettent dare-dare à réchauffer joyeusement la planète.

Pour essayer de sauver l’affaire et faire remonter le prix du CO2, Bruxelles a tenté une manoeuvre de la dernière chance: geler provisoirement 900 millions de quotas d’émissions.

Mais, mardi 16 avril 2013, le Parlement européen, sous la pression du lobby industriel, a voté non.

On ne va quand même pas pénaliser la compétitivité de nos entreprises polluantes sous prétexte qu’elles renforcent un réchauffement qui nous prépare de sales quarts d’heure pour la fin du siècle !

La preuve est ainsi faîte que ce marché du CO2 est aussi stupide qu’inefficace: il a donc l’avenir devant lui, l’entêtement dans l’erreur étant, on le sait, un vrai plaisir de technocrate.

Voyez d’ailleurs l’autre idée européenne pour lutter contre le réchauffement, qui consiste à enfouir sous terre des montagnes de CO2.

C’est hors de prix: entre 30 et 100 euros la tonne. C’est dangereux: pollution, risque de remontée brutale, etc.

Ce sera tellement difficile à faire avaler aux riverains qu’il faut s’attendre à de belles jacqueries.

Pas grave: Bruxelles invite les Vingt-Sept à déployer rapidement cette technologie.

Comme dit l’autre, perseverare diabolicum…

Jean-Luc PORQUET

« Le Canard Enchaîné » / Mercredi 24 avril 2013

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 10 mai, 2013 |Pas de commentaires »

LA DICTATURE DES EXPERTS (vidéo de la CBC / Diffusion RTBF / Réalisation: Josh FREED))

La dictature des experts

 Réalisation: Josh FREED

Production: Janet TORGE

Diffusion: RTBF / La Une

Copyright: CBC

LA DICTATURE DES EXPERTS (vidéo de la CBC / Diffusion RTBF / Réalisation: Josh FREED)) dans REFLEXIONS PERSONNELLES experts

Ce n’est pas vraiment une spécialité française et ils pullulent sur les chaines télé, ces fameux experts qui savent mieux que nous ce qui est bon pour nous, surtout si cela va dans le sens souhaité par quelques financiers, lobbyistes, médias ou politiques, et ils peuvent nous dire tout et n’importe quoi !

D’ailleurs, en parlant d’experts, il ne faut pas oublier que le Mediator fut un médicament fantastique qui a sauvé nombre de vie sans enrichir personne, que l’euro est une monnaie forte et que l’Europe est le seul avenir possible pour notre bonheur économique, que le nucléaire est propre et très loin d’être dangereux, et que les OGM ont été créés pour lutter contre la faim dans le monde ! Tout cela les rend tellement crédibles… Mais c’est juste une opinion personnelle…

Les experts sont désormais partout: pas un jour sans qu’un média ne fasse appel à eux pour analyser la crise financière, juger les nouveaux crus du Bordelais ou estimer des oeuvres d’art. Avec le temps, l’opinion a appris à accorder une confiance totale aux experts. Et si cela n’avait pas autant de sens ?

http://www.dailymotion.com/video/xzeg38

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 9 mai, 2013 |Pas de commentaires »

QUAND AUSTERITE NE RIME PAS AVEC GAY !(Michel SANTI / http://www.gestionsuisse.com)

Quand austérité ne rime pas avec gay !

QUAND AUSTERITE NE RIME PAS AVEC GAY !(Michel SANTI / http://www.gestionsuisse.com) dans REFLEXIONS PERSONNELLES economie

Il s’agit de l’auteur à succès et Professeur à Harvard, du médiatique (et très conservateur) Niall Ferguson. Interrogé, à l’occasion d’une conférence donnée il y a quelques jours en Californie, à propos de la fameuse répartie de Keynes selon laquelle « nous serons tous morts à long terme », en anglais : « In the long run, we are all dead. » Ferguson répondit que la « philosophie de Keynes était tronquée (« flawed ») car il se fichait des générations futures : étant gay et sans enfant » ! Ferguson poursuivit sur cette lancée en affirmant que, « marié avec une ballerine dont il n’avait pas eu d’enfant car il passait plus de temps à parler de poésie avec elle que de procréer », il était « logique » que l’homosexualité de Keynes fasse de lui un membre de la société mou (« effete ») et égoïste (« selfish »).

Autrement dit, il serait impossible – dans le monde selon Ferguson – de s’intéresser à la société ou aux générations futures dès lors que l’on est homosexuel ou sans enfant. Du reste, c’est tout juste s’il n’accuse pas les gays d’être aux sources de la crise financière… A cette même occasion, Ferguson devait en outre évoquer ses « amis hauts placés », lesquels devraient avoir bien honte de fréquenter un tel énergumène qui ne recule pas à faire appel aux argumentations les plus spécieuses et les plus sordides pour étayer ses propos. Mais n’est-ce pas un peu le propre de cette école de pensée qui dénonce – exactement comme Ferguson lors de cette même conférence –« des lois et des institutions dégénérées » ?

Pour autant, comment expliquer qu’un membre de l’élite académique et universitaire aille délibérément sur un terrain privé – voire intime – pour contredire les travaux et les déclarations de Keynes ? S’employer à (tenter de) décrédibiliser les théories et les recherches de Keynes en prétextant son homosexualité et, donc, en effectuant sans hésitation le grand écart consistant à en tirer comme conséquence qu’il était naturel que celui-ci exhorte aux stimuli vu qu’il n’avait pas d’enfant témoigne en fait d’une réalité navrante pour ce type de conservateurs. Car ils sont effectivement de nos jours confrontés à l’échec cuisant de leur politique d’économies budgétaires et, ce, dans tous les pays l’ayant mise en place.

Incontestablement préoccupé par l’avenir, Keynes n’avait-il pas au contraire disserté sur les « possibilités économiques de nos petits-enfants », dans son célèbre : Economic Possibilities of Our Grandchildren ? Ne stigmatisait-il pas la profession des économistes qui se morfondait, selon lui, en inutiles « prédictions à court terme » ? Mais surtout : ne répétait-il pas inlassablement que si, dans le cadre d’une récession, les déficits doivent être creusés, ils devaient absolument en revanche être résorbés en période de forte croissance économique ? … Seconde partie de ces enseignements ayant hélas trop souvent été négligée et oubliée par les dirigeants politiques.

En réalité, les arguments de Ferguson et consorts qui exigent des réductions immédiates et substantielles des dépenses publiques, qui se déchaînent violemment contre les mesures sociales et qui réclament la rigueur et l’équilibre budgétaires patinent sérieusement aujourd’hui. Quand il devient de plus en plus évident que seuls des stimuli émanant de l’Etat seraient à même de soulager un secteur privé trop déprimé et souvent trop endetté pour embaucher. Ces conservateurs, traditionnalistes et autres ultra-orthodoxes ne pourront plus désormais –avec le même succès qu’hier –culpabiliser nos sociétés et « crier au loup » car les faits et les statistiques économiques leur opposent un démenti cinglant. Ne reculant pas devant l’argument moral fallacieux selon lequel « il n’est pas possible de laisser autant de dettes à nos enfants », le discours scandaleux de Ferguson n’est en fait qu’un degré supplémentaire franchi par une mouvance ultra-libérale qui se sait aux abois.

P.S: Lien vers le blog de Ferguson ayant par la suite exprimé ses plus plates excuses – http://www.niallferguson.com/blog/an-unqualified-apology

Michel SANTI,

économiste (http://www.gestionsuisse.com

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 9 mai, 2013 |Pas de commentaires »

UN REMAKE DE SUEZ ? (AVIC / http://avicennesy.wordpress.com/)

Un remake de Suez ?

UN REMAKE DE SUEZ ? (AVIC / http://avicennesy.wordpress.com/) dans REFLEXIONS PERSONNELLES suezcanal-eo
(AVIC)

Octobre 1956. Vous en avez certainement entendu parler ou, peut-être les anciens s’en souviennent-ils. C’était le début de ce que l’on a appelé et qu’on appelle encore pudiquement l’expédition de Suez.

Un voile de pudeur semble vouloir recouvrir cet événement, et l’on en comprend les raisons. Mais cacher une partie de l’Histoire, c’est volontairement décider de ne pas en tirer les leçons. Elles sont pourtant très intéressantes. Si on revoit froidement les faits, on peut considérer qu’ils constituent un tournant majeur dans l’Histoire occidentale et du Monde. D’une part ils marquent la fin définitive d’une époque dominée par deux des belligérants, la France et la Grande Bretagne, pour laisser la place à un nouveau monde qui se révéla publiquement durant la crise. D’autre part, ce conflit a quand même failli, ne l’oublions pas, nous valoir une bombe atomique sur la tête.

À ma connaissance, c’est la seule fois dans l’Histoire où la France a reçu une menace directe, formulée clairement, d’une attaque par une arme nucléaire. Dans les années 60, on a fait tout un cinéma autour de la crise des missiles de Cuba, relayé par nos propres médias à longueur de colonnes, alors que la France n’était en rien concernée directement, mais il n’y a pas eu beaucoup d’échos sur cette attaque imminente sur notre sol. Heureusement que ces grands gamins d’Américains immatures ont pris la menace au sérieux et ont désamorcé la crise pour empêcher la destruction de ce vieux pays plein de sagesse mais incapable de relever la tête du guidon quand il est engagé dans une opération belliqueuse.

Pourquoi ce conflit ? Comme d’habitude, des tas de raisons ont été avancées pour le justifier et pour l’expliquer : réactions contre la nationalisation du Canal de Suez, situation algérienne pour la France, le nationalisme égyptien, le rapprochement avec l’URSS, ou encore Israël, etc… Mais au-delà de tous ces arguments, le véritable objectif était un changement de régime au Caire. Gamal Abdel Nasser devait partir.

Quelques mois avant le début de l’action armée, on assiste à diverses manœuvres de la part de la Grande-Bretagne et de la France : des manœuvres de déstabilisation, des tentatives d’assassinat sur la personne de Nasser, la manipulation des frères musulmans, etc… Parallèlement à ces actions clandestines, ils feront aussi recours au Conseil de Sécurité de l’ONU mais se heurteront au veto soviétique.

En désespoir de cause, un scénario machiavélique est mis au point : le protocole de Sèvres. Si la France et la Grande-Bretagne ont été en première ligne jusqu’ici, la mise au point des accords de Sèvres s’est déroulée à trois. Le troisième larron n’était autre qu’Israël. Pour participer aux entretiens, Israël avait envoyé une délégation de trois personnes dont… Shimon Peres. Dès le 21 Octobre 1956 commence à Sèvres une comédie ubuesque, un jeu de dupes plutôt. Les Britanniques, les premiers intéressés et qui avaient remué ciel et terre pour éliminer Nasser, se montrent réticents pour une action militaire. Pour ne pas compromettre leurs relations privilégiées avec le monde arabe, disent-ils. Les Israéliens, quant à eux, se présentent comme voulant rendre service, rien de plus. Ils veulent bien rendre service mais, en reconnaissance de leur action désintéressée et risquée, ils exigent des français, qui apparemment sont les seuls à vouloir la guerre, une couverture navale et aérienne de leur territoire et la livraison d’avions (Mystère II, Mystère IV, Vautour) à l’aviation israélienne, de chars légers AMX-13 et une coopération nucléaire (don d’un détonateur). Du coup la France se retrouve en position de quémandeuse d’un conflit pour le plus grand bénéfice de ceux à qui il va « demander de l’aide ». Elle va ainsi accéder à toutes les demandes d’Israël pour balayer « leur réticence » et, pour « convaincre « la Grande-Bretagne, va lui concéder le commandement de l’opération. Une fois ces points cruciaux réglés, il s’avère que tout le dispositif était déjà prêt, y compris chez les réticents, puisque cinq jours après les accords, l’opération commençait. En quoi consiste-t-elle ?

Le plan prévoit trois phases : La première phase : Israël attaque l’Egypte par surprise et avance jusqu’au canal de Suez. Bien entendu, l’armée égyptienne riposte en allant au-devant de l’armée israélienne. La France et le Royaume-Uni enjoignent Israël et l’Égypte de cesser les combats et de se retirer à une quinzaine de kilomètres du canal de Suez. L’Égypte, ne pouvant l’accepter, rejette l’ultimatum, alors qu’Israël, en démocrate exemplaire, bat sa coulpe et se retire. La deuxième phase peut alors commencer. Devant le refus de Nasser, La Grande-Bretagne et la France attaquent l’Egypte et occupent des points stratégiques. Une fois les objectifs atteints, ils s’attèlent à la dernière étape en faisant débarquer leurs troupes.

C’était simple. Mais voilà. Dès les premières heures de l’intervention, l’URSS réagit. Elle est déterminée à ne pas s’en laisser compter. Devant la montée de la tension, les États-Unis ont dû élever le ton contre leurs alliés, allant jusqu’à immiscer leurs navire dans le dispositif naval, et même faire la guerre à la Livre Sterling. Ils n’avaient pas le choix, car ça commençait à devenir brûlant. Les soviétiques n’avaient pas l’air de bluffer. En cas de guerre nucléaire, ils y auraient été automatiquement entraînés, ce que ne pouvait se permettre Eisenhower qui était en pleine campagne électorale pour un deuxième mandat.

Pourquoi ce rappel de la guerre de Suez ? Parce que l’agression contre la Syrie nous y ramène, presque point par point. Les attitudes de Hague et de Fabius sont en tous points similaires à celles de leurs prédécesseurs. Les similitudes sont telles que l’on croit voir un remake d’un vieux film en noir et blanc. Comment ne pas penser au Shimon Peres de 1956 en voyant celui d’aujourd’hui faire un petit tour en Europe et, dès le lendemain, entendre les loups hurler pour rameuter toute la meute pour la curée ? Comment aussi ne pas être troublé de constater que le pays le plus hargneux d’hier est le même que celui d’aujourd’hui ? Les deux preux chevaliers en première ligne, le troisième larron avançant masqué, Moscou toujours aussi déterminé, et enfin une Amérique n’ayant aucune envie d’en découdre à un niveau apocalyptique. C’était en 1956 à Suez. C’est en 2013 en Syrie. En Egypte la France avait utilisé les Frères Musulmans, en Syrie elle utilise les wahabo-salafistes. Si le couple Hollande-Fabius n’est pas plus tenu en laisse, il risque de nous refaire le coup du Canal, poussé avec « réticence » par la Grande-Bretagne et Israël. On peut même s’attendre à voir ces deux pays demander, comme en 1956, des compensations pour leur engagement aux côtés de la France pour son « noble combat ». Si Shimon Peres a gagné une bombe nucléaire avec Guy Mollet, que gagnera-t-il avec François Hollande ? Et les anglais, que demanderont-ils pour prix de leur positionnement à Malte et à Chypre, ou des énormes sacrifices que représente la brouille avec quelques amis ? C’est triste à pleurer, et c’est à pleurer de rage de voir tant de gens mourir par bêtise. Bêtise sur le terrain, bêtise à mi- sommet, mais pas bêtise du tout au sommet où se trouvent justement les « réticents » qui savent ce qu’ils veulent, et savent à quoi faire appel pour actionner leurs marionnettes. Allah pour les uns, honneurs ou grandeur, pour d’autres et beaucoup d’argent pour tous.

Oseront-ils aller jusqu’au bout du scénario ? On se dit que non, mais on sait que certains osent tout. Rappelons-leur seulement qu’en 1956, l’Armée avait atteint tous ses objectifs. Et pourtant elle a été obligée de se retirer comme une armée vaincue. Si on lui refait ce coup une seconde fois, il n’est pas certain que ça passe aussi facilement.

http://avicennesy.wordpress.com/

URL de cet article 19917
http://www.legrandsoir.info/un-remake-de-suez.html
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 12 avril, 2013 |Pas de commentaires »
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