MARCHE DES DROITS A POLLUER. POUR SAUVER LE CLIMAT, LE PARLEMENT EUROPEEN OUVRE LA PORTE AU NUCLEAIRE, ET DEMAIN AUX OGM

Marché des droits à polluer

Pour sauver le climat, le Parlement Européen

 ouvre la porte au nucléaire, et demain aux OGM

MARCHE DES DROITS A POLLUER. POUR SAUVER LE CLIMAT, LE PARLEMENT EUROPEEN OUVRE LA PORTE AU NUCLEAIRE, ET DEMAIN AUX OGM dans REFLEXIONS PERSONNELLES PARLEMENT

Par Sophie Chapelle (1er décembre 2009)

Ce vote est presque passé inaperçu : le 25 novembre 2009, les trois quarts des députés européens, dont – surprise ! – la plupart des écologistes, ont adopté une résolution lourde de conséquences : l’extension du marché carbone mis en place en Europe à l’ensemble de la planète. Le recours au marché pour acheter et vendre des « droits à polluer » est loin d’avoir rempli son objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pire : plusieurs techniques polluantes pourraient demain être considérées comme relevant du « développement durable » : l’énergie nucléaire, la culture de certains OGM ou la captation et séquestration du CO2. Sans oublier les effets socialement néfastes de certains projets sur les populations locales. Explications.

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Une résolution adoptée à 76 % des voix le 25 novembre 2009 par le Parlement Européen entérine la volonté de mettre en oeuvre « un marché du carbone mondial ». Objectif : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 (par rapport au niveau de 1990). L’extension mondiale du « marché carbone », jusque là réservé à l’Union Européenne (depuis 2005), permettra aux multinationales européennes d’investir dans de nouvelles techniques pour compenser au Sud leurs émissions industrielles au Nord. Parmi elles : le nucléaire, une « agriculture de conservation » dont certains OGM, la préservation de la forêt (parfois aux dépens des populations qui en vivent), la capture et la séquestration de carbone figurent sur la table des négociations de Copenhague. Des projets entrant dans ce cadre pourront ainsi être financés par les grandes entreprises en échange de « droits à polluer ». La droite, les néo-libéraux et la gauche social-démocrate ont très largement voté pour. Plus surprenant : la grande majorité du groupe écologiste également (Yannick Jadot, député européen d’Europe Ecologie, s’en explique ici). Un vote lourd de conséquences.

Quand la pollution devient une marchandise

Chaque pays de l’Union Européenne dispose d’un quota de dioxyde de carbone. Ce quota de CO2 est ensuite réparti par le gouvernement à chaque secteur économique puis à chaque entreprise. Les entreprises qui n’utilisent pas tout leur quota peuvent vendre leur surplus à celles qui ont dépassé leur plafond. Ce sont les fameux « droits à polluer ». « Les émetteurs sur le marché carbone européen peuvent aussi compenser leurs émissions, c’est à dire financer des projets permettant de réduire les émissions de CO² en dehors de leur secteur et de leur pays », explique Sarah-Jayne Clifton, auteur d’un rapport sur les marchés carbone (en anglais) pour l’organisation écologiste Les Amis de la Terre. Selon elle, cela revient à acheter et vendre « une marchandise artificielle : le droit d’émettre du dioxyde de carbone » Plus des deux tiers de ces projets concernent l’Asie, suivie par l’Amérique latine (30 %) et l’Afrique (3 %).

Présentés par les entreprises qui les mettent en oeuvre comme de généreuses actions de « développement durable », ces projets ont souvent des effets pervers. L’Etat d’Oaxaca, au Mexique, a ainsi été choisi par des multinationales pour une implantation d’éoliennes à grande échelle. Problème : les populations locales en profitent-elles ? « Les peuples indigènes ont été contraints de signer des contrats qu’ils ne comprenaient pas et selon lesquels on leur offrait une compensation de 7 € par an et par hectare en contrepartie des terrains occupés par les éoliennes », relativise Bettina Covz Velasquez, membre d’une assemblée citoyenne locale. A ce jour, 300 de ces contrats ont été annulés. Pour Bettina, une chose est sûre : « Ces projets ne sont pas du développement durable car ils se font contre les populations locales et au profit des multinationales ».

Les forêts intégrées dans la finance carbone,

 mais pas les populations

Ces mécanismes de compensation pourraient être étendus aux forêts lors des négociations de Copenhague. Discuté sous l’acronyme REDD (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts), ce mécanisme est censé aider les pays en développement à protéger et gérer leurs forêts primaires et à réduire les émissions causées par le déboisement. La déforestation représente environ 20 % des émissions mondiales de CO2 : les arbres absorbent le carbone et le rejettent quand ils sont brûlés. Les acteurs économiques pourraient donc recourir à ce mécanisme pour préserver les forêts et revendre un droit à polluer correspondant aux quantités de carbone qui y sont stockées.

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Ce mécanisme de compensation est cependant fortement contesté. D’une part, il est fondé sur une définition des forêts qui inclut les plantations nouvelles. Or, les forêts tropicales stockent cinq fois plus de carbone que les plantations mais elles constituent des réserves de biodiversité irremplaçables. « Sur un hectare à Yasuni (Equateur), on trouve autant de biodiversité que dans l’ensemble des Etats-Unis et du Canada », illustre Alexandra, militante d’Acción Ecológica. REDD soulève également des problèmes de gouvernance : alors même qu’1,6 milliards de personnes dans le monde dépendent des forêts, l’absence de droits fonciers bien définis ne leur garantit aucune assurance de recevoir des fonds pour leurs efforts de conservation. Qui ira signer un chèque à telle communauté qui vit au coeur de l’Amazonie pour sa contribution à la préservation de la forêt ? Pire, selon le Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales (WRM), l’établissement d’aires protégées aurait conduit à 600.000 expropriations en Inde depuis 2002 et au déplacement forcé de 51.000 résidents en Afrique centrale, sous prétexte de créer des espaces naturels.

Porte ouverte au soja génétiquement modifié

Dans la novlangue des négociateurs de Copenhague, que peut-bien signifier « agriculture de conservation » ? Ce label recouvre des réalités très différentes allant de l’agriculture biologique à l’agrobusiness, y compris la culture d’organismes génétiquement modifiés (OGM) avec « semis direct », c’est-à-dire sans labour. « Le semis direct est considéré comme une pratique favorable à l’environnement, qui accroît le taux de matière organique dans le sol et réduit son érosion », explique Javier Rulli. Dans le cas des monocultures industrielles de soja Roundup Ready, une partie de cette technique est utilisée en conjonction avec d’autres pratiques très préjudiciables pour l’environnement. »

La culture de ce soja est en effet combinée à l’utilisation d’un herbicide, le glyphosate. Lorsque ce dernier est répandu, toutes les plantes meurent sauf le soja génétiquement modifié. Dès 2005, l’Association des agriculteurs argentins pratiquant le semis direct a proposé l’intégration de cette technique dans les mécanismes de compensation carbone. Quatrième exportateur de soja au monde, le Paraguay est particulièrement concerné. « Il est essentiel d’éviter que les producteurs de soja obtiennent la compensation carbone pour cultiver le soja transgénique, explique Jorge Galleano, président du Mouvement Agraire Populaire au Paraguay. Au bout de dix ans de cultures de soja génétiquement modifié, 30.000 familles paysannes ont été expropriées et vivent aujourd’hui dans les décharges. » L’agriculture de conservation est promue par la FAO et « représente une opportunité de premier ordre pour la mise en oeuvre de conventions internationales ». Si ces techniques agricoles figurent parmi les mécanismes de compensation qui se décideront à Copenhague, l’Union Européenne devra les intégrer dans son marché carbone. Estimera-t-elle que financer les OGM en dehors de ses frontières permet de lutter contre le réchauffement climatique ?

 

Stockage du CO² et promotion du nucléaire

Autre technique en vogue dans les négociations climat, la capture et le stockage artificiel souterrain de CO². Cette technique est en cours d’expérimentation sur le sol français. Elle vise à capturer le CO² émis par des sites pétroliers ou industriels pour l’injecter en sous-sol. Pour Arnaud Gossement, porte parole de France Nature Environnement, « mettre du carbone sous le tapis ou dans un grand trou ne permet pas de réduire nos émissions mais simplement de différer, voire même d’aggraver le problème ». Le stockage de CO2 comporte également un risque pour les populations qui vivront à proximité du site en cas de fuite massive de gaz. Cette technologie – pas vraiment au point – entrera-t-elle demain dans les projets que l’Europe considère comme préservant l’environnement ?

EDF et Areva pourraient faire partie des grands gagnants du sommet de Copenhague. Dans sa résolution du 25 novembre 2009, le Parlement européen souligne que « le passage à l’échelle internationale à une économie à faible intensité de carbone conférera à l’énergie nucléaire un rôle important dans le bouquet énergétique à moyen terme ». Le nucléaire est revenu sur la table des négociations en octobre 2009, lors de la session de négociations de Bangkok. Le Canada, les Etats-Unis, le Japon, le Mexique, l’Inde, l’Afrique et aussi la France souhaitent que cette source d’énergie puisse bénéficier de financements par les pays industrialisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des pays en développement. « Si le nucléaire est inclus dans l’accord de Copenhague, il absorbera des fonds considérables, et privera les pays en développement de financement cruciaux pour limiter leurs émissions via les vraies solutions, comme les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique ou la lutte contre la déforestation », prévient Morgane Créach, du Réseau Action Climat.

Après la crise des subprimes, la crise du marché carbone ?

Le marché carbone est présenté par l’Union Européenne comme un outil indirect pour réduire les émissions, par opposition à d’autres outils directs dont disposent les gouvernements tels que l’investissement et la réglementation. Dans les faits, la première phase du système communautaire d’échange des quotas d’émissions entre 2005 et 2007 s’est soldée par un échec : le prix de la tonne de carbone s’est effondrée à un point tel – 1,30 € en février 2007 – que les entreprises et secteurs n’ont en rien été incités à réduire leurs émissions.

Du côté des institutions, on sent poindre un certain abattement. Dans un récent communiqué, la Deutsche Bank reconnaît que « les marchés carbone n’encouragent pas les investissements propres ». Le Comité sur le Changement Climatique Britannique confirme que « nous ne pouvons donc pas espérer que le système communautaire d’échange des quotas d’émissions garantisse les investissements en solutions à faible émission de carbone exigés pour la décarbonisation du secteur ayant fait l’objet des échanges, d’ici 2020 ». Le marché carbone pourrait également être à l’origine de la prochaine crise financière. Il y a « un risque, alerte Sarah-Jayne Clifton, des Amis de la Terre, que l’échange de quotas de carbone forme une bulle de marchandises spéculative susceptible de provoquer une faillite financière mondiale d’une ampleur et d’une nature similaires à celle causée par la récente crise des subprimes ».

La lutte contre le changement climatique est-elle soluble dans le marché ?

 C’est la voie que semble indiquer les parlementaires européens, y compris le groupe des députés écologistes français où seuls José Bové et Pascal Canfin ont exprimé leur réserve, l’un par l’abstention, l’autre par la non participation au vote, pendant que la Gauche Unitaire Européenne (gauche radicale et communistes) se divisait sur la question.

Sophie Chapelle

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 30 mai, 2012 |Pas de commentaires »

CHRISTINE LAGARDE: 14 IMBECILITES D’UNE VIP CONFITE (Le Yéti)

Christine LAGARDE:

 14 imbécilités d’une VIP confite

CHRISTINE LAGARDE: 14 IMBECILITES D'UNE VIP CONFITE (Le Yéti) dans REFLEXIONS PERSONNELLES LAGARDE

Avant sa comparaison grossière entre Grecs et « enfants démunis d’Afrique », Mme Christine Lagarde, ex-ministre de l’Economie, présentement directrice du FMI, non-imposable malgré 380 939 euros de revenus annuels, qui intime aux autres de payer les leurs, nous aura infligé quatorze monumentales imbécilités qui en disent long sur les compétences de son clan de malfaisants, réunis généralement en G8 ou G20.

Olivier Berruyer, blogueur de Les-Crises.fr et sur Rue89, les a répertoriées ; je les reproduis ici et les commente plus bas.

1 / 17 août 2007, Le Parisien

 « Ce n’est pas un krach [...]. Nous assistons aujourd’hui à un ajustement [...] une correction financière, certes brutale mais prévisible. »

2 / 5 novembre 2007, Europe 1

 « La crise de l’immobilier et la crise financière ne semblent pas avoir d’effet sur l’économie réelle américaine. Il n’y a pas de raisons de penser qu’on aura un effet sur l’économie réelle française. »

3 / 10 février 2008, au G7 au Japon

 « Nous ne prévoyons pas de récession dans le cas de l’Europe. »

4 / 15 mai 2008, sur Europe 1

 «  Vous accueillez ce matin un ministre de l’Economie qui se réjouit et qui jubile, pour tout dire. Je suis surtout très contente pour notre pays [en raison de la révision à la hausse de la croissance pour 2007, ndlr] [...].En revanche, les prévisions européennes des déficits de la France sont outrageusement pessimistes. »

5 / 16 septembre 2008, en conférence de presse

 « [La crise aura] des effets sur l’emploi et sur le chômage [pour l’heure] ni avérés ni chiffrables. »

6 / 10 mai 2010, sur Europe 1

 « Nous avons décidé d’envoyer un signal extrêmement fort aux marchés pour protéger l’euro. Je suis convaincue que le mécanisme va fonctionner. »

 « La notation de la France est triple A stable, il y a d’autres triples A qui sont moins stables, je regarde de l’autre côté de la Manche par exemple. Elle n’est pas menaçée. »

8 / Juillet 2010, Rencontres économiques d’Aix

 « A la question “est-ce qu’on est ou non sorti de la crise ?”, j’ai répondu en anglais au Forum de Saint-Pétersbourg “we are in the middle of the beginning of the end”, et je pense qu’on en est probablement là. »

9 / 9 juillet 2010, Handelsblatt

 « Je suis convaincue que la France va conserver sa note AAA. »

10 / 18 décembre 2010, De Tijd

 « Une restructuration de dette n’est pas à l’ordre du jour au sein de la zone euro. »

11 / 29 janvier 2011, au Forum de Davos

 « L’euro a franchi le cap, et la zone euro a désormais le pire de la crise de la dette derrière elle. »

12 / 13 février 2011, Der Spiegel

 « Vous faites fausse route. Tant que je serai dans ce poste, la France n’abandonnera pas ce statut [le triple A]. »

 « Tous les clignotants sont au vert. »

14 / 25 mai 2011, sur France 2

 « Protéger les faibles contre les forts, c’est l’essence du libéralisme. »

Mme Lagarde EST le système

Et voilà, le travail ! Je sais, ce catalogue de bêtises circule en boucle sur le Net depuis quelques jours. Mais apparemment, pas inutile de le rabâcher. Car on se demande comment des gens sensés comme nous n’ont pas encore été fichus de dégager ce genre de personnes qui, par stupidité, entraînent le système par le fond.

Eh bien, je crois avoir la réponse : parce que Mme Lagarde n’est pas un vilain petit canard du système, elle EST le système. Et que le système, c’est aussi parfois un peu nous.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 29 mai, 2012 |Pas de commentaires »

CRISE DE LA DETTE ? NON, LE PILLAGE DES NATIONS ! (CHAPOUTIER)

Crise de la dette ?

Non, le pillage des nations ! (Chapoutier)

CRISE DE LA DETTE ? NON, LE PILLAGE DES NATIONS ! (CHAPOUTIER) dans REFLEXIONS PERSONNELLES BANQUE1

Le New York Times a fait le point en début d’année sur les dettes à échéance en 2012. 3000 milliards de dollars pour le Japon, 2800 pour les Etats-Unis. Du côté européen, l’Italie en aura pour 428 milliards, la France 367, l’Allemagne 285. Le dette canadienne est de 221 milliards, celle du Brésil de 169 et du Royaume-Uni de 165. La Chine n’aura que 121 milliards à échéance en 2012, l’Inde 57, et la Russie, loin derrière, avec 13 milliards. Soit un montant de la dette mondiale à échéance 2012 s’élevant à 7600 milliards de dollars. Et les taux d’intérêts s’envolent. Et à chaque échéance, de nouveaux plans d’austérité sont annoncés.

poids-de-la-dette-2-8d540 AUSTERITE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Il est indéniable que les peuples subissent une agression d’une violence inouïe remettant en cause les fondements même de la civilisation humaine.

Contrairement à ce que nous racontent les hommes politiques et les commentateurs, la crise de la dette n’est pas derrière nous, ni sur le point d’être surmontée. Il ne s’agit pas de postuler au rôle de Cassandre mais d’être lucide sur le déroulement futur de la crise de la dette.

En ce mois de mai 2012, personne n’est en mesure de dire quand le système économique mondial va s’effondrer, dans six mois, dans deux ans, personne ne peut le prédire, comme personne ne peut prédire d’où viendra l’élément déclencheur de la panique généralisée qui emportera les bases mêmes du système économique mondiale. Cela viendra-t-il de la faillite des États-Unis ? N’est-il pas légitime de le penser ? Qui peut croire que la dette grecque avec ses  »malheureux » 350 milliards d’euros de dette serait le détonateur alors que la dette publique américaine est de 16 000 milliards de dollars.

Si une nation capitaliste majeure fait défaut, l’onde de choc sera dévastatrice, c’est pourquoi le capitalisme financier tente désespérément de retarder les échéances ( au propre comme au figuré) en liant le sort des peuples à la survie du système capitaliste à bout de course.

Les commentateurs médiatiques aux ordres de la Troïka pérorent sur la nécessité de réduire les déficits budgétaires, autrement dit de casser nos droits à la santé, à la retraite, de diminuer le nombre de fonctionnaires, de privatiser les services publics, de faciliter les licenciements, tentant ainsi de faire croire que nous sommes collectivement responsables de cette dette parce que nous vivons trop longtemps, que nous nous soignons trop, que nous avons trop de services publics, trop d’enseignants, trop d’infirmières. En définitive, à entendre les commentateurs aux ordres et les dirigeants politiques, la dette publique des nations trouverait son origine dans une politique trop protectrice des états et qu’en conséquence il faut accepter de nouveaux sacrifices, une austérité encore plus grande pour réduire les déficits budgétaires.

Mais rien n’y fera, la Grande Crise  est devant nous.

Les gouvernements aux ordres de la Troïka auront beau continuer de sabrer dans les budgets sociaux, l’inéluctable catastrophe aura lieu quels que soient les sacrifices imposés aux peuples.

Face à cette dictature de la dette, le peuple laborieux et ses organisations politiques et syndicales n’ont d’autre alternative que de mettre au centre de leur combat l’annulation de la dette, du MES et du TSCG.

Une seule certitude donc, nous devons tout mettre en œuvre pour préserver les conquêtes sociales que nos aïeux ont arraché par la lutte car cette dette n’est pas notre dette, les seuls responsables étant à chercher du coté de ceux qui ont grassement profité du financement de l’économie parasitaire d’armement des USA par la planche à billets.

C’est ce que les deux premières parties (1) (2) de ce texte consacré à la dette tentaient de démontrer en mettant l’accent sur le mécanisme économique ayant aboutit à la crise de la dette qui entraîne l’humanité toute entière à la catastrophe.

Explosion de la dette dans les pays capitalistes dominants à partir des années 1980.

Pourquoi et comment ?

Jusqu’au début des années 1970, l’essentiel des ressources de ces états proviennent principalement de la fiscalité ( directe et indirecte ). Lorsque les recettes fiscales ne suffisaient pas, les caisses de la banque centrale étaient sollicitées. C’est à cette période que le financement budgétaire auprès des banques centrales commence à être limité pour disparaître peu à peu avec la mise en place de  »l’indépendance » des banques centrales.

Les gouvernements des pays capitalistes dominants contraignent par la loi et les règlements les états qu’ils dirigent à se financer auprès des marchés financiers dominés par le capital financier américain au moment même où Nixon rompait la parité or-dollar et que d’énormes quantités de capitaux fictifs créés aux USA dans la période précédente vont devoir trouver coûte que coûte des nouveaux champs de  »valorisation ».

C’est dans cette  » trahison  » des nations au seul profit des marchés financiers dominés par le capitalisme financier états-unien que se situe l’origine première de l’explosion de la dette publique dans les pays capitalistes dominants.

Mais pour justifier le besoin de financement des budgets nationaux auprès des marchés financiers, il fallait au préalable créer cette nécessitée en créant de toute pièce des déficits par la réduction des recettes budgétaires. C’est à quoi vont se livrer les différents gouvernements en mettant en place de substantielles diminutions d’impôts et d’exonérations de charges sociales au seul profit des capitalistes, liées à la réduction des dépenses budgétaires en sabrant dans le social et et les services publics.

Il s’agit en permanence de diminuer le coût du travail, autrement dit la valeur de la force de travail. Pour s’en convaincre, il faut se souvenir que la part des salaires à diminué de 11 % en 25 ans dans le PIB soit annuellement 200 milliards d’euros détournés des salaires et sur-salaires et qui ont profité aux spéculateurs.

C’est donc un mécanisme d’une perversité et d’une efficacité redoutable qui se mettra graduellement en place à partir des années 1980 pour permettre aux énormes masses de capital inemployées à trouver de nouveaux champs de  » profitabilité » :

1)mise en place de  »l’indépendance » des banques centrales.

2)contrainte par la loi et les règlements du financement des états auprès des marchés financiers.

3)création artificielle de déficits budgétaires par réduction d’impôts et exonérations.

4)emprunts auprès des marchés financiers pour combler le déficit budgétaire créé artificiellement.

5)réduction des dépenses budgétaires en sabrant dans le social et les services publics afin d’honorer la dette souscrite auprès des marchés.

Mais arrivé à ce stade, la remise en cause des conquêtes sociales se heurte à la résistance des travailleurs ( en France le souvenir de la grève de 95 est encore vivace ) et se conjugue avec la spéculation sur les taux d’intérêts et les délocalisations massives avec comme conséquences…de nouveaux emprunts pour honorer les échéances et les intérêts des emprunts précédents.

S’ensuit une course mortelle entre les emprunts successifs destinés à honorer les échéances et les plans successifs de destruction des conquêtes sociales et des services publics destinés à diminuer les dépenses budgétaires. D’autant augmente la dette, d’autant augmente la férocité des plans successifs d’austérité faisant supporter au seuls peuples laborieux la réduction des déficits budgétaires.

La dette gonfle la dette.

Il faudrait faire preuve d’un angélisme béat pour croire un seul moment que les marchés financiers, avec la complicité des agences de notation, ne poussent pas les taux d’intérêts à la hausse afin d’obtenir le maximum d’intérêts.

Les marchés financiers, ayant déniché la poule aux œufs d’or, entendent bien rentabiliser au maximum la dette des états. L’intérêt de la dette devient un produit spéculatif qui se négocie sur les marchés des millions de fois avant son échéance. La spéculation sur les taux d’intérêts amplifie l’explosion de la dette.

La dette mondiale est estimé à 90 000 milliards-euros dont 45 000 milliards-euros pour la dette publique.

Mais le marché de la dette ( il s’agit bel et bien d’un produit spéculatif ) représente environ la moitié du marché mondial des capitaux et surtout il est à la base d’un autre marché, celui des taux d’intérêts sous la forme de produits dérivés, dont le montant total était estimé à 452 000 milliards-euros en juin 2010.

Le seul marché des taux d’intérêts de la dette représente 5 fois le montant total de la dette mondiale et représente 80% du marché mondial des produits dérivés !

On ne peut douter que l’éclatement de la bulle spéculative de la dette balayera l’économie mondiale.

Les taux d’intérêts constituent désormais la question centrale de l’économie mondiale.

Or les taux d’intérêts conditionnent le niveau de ponction des recettes futures des états, dés lors que les recettes diminuent, les états doivent emprunter de nouveau pour payer les intérêts arrivés à échéance. Ces emprunts s’ajoutent au montant de la dette ancienne et la gonfle par effet boule de neige. Deux exemples déjà cités illustrent parfaitement les conséquences de ce mécanisme mortifère : en 2012 la Grèce doit rembourser 52 milliards d’euros dont 17 milliards d’intérêts soit le tiers et 35 milliards d’obligations parvenues à échéance ! En 1995, la dette fédérale canadienne était de 543 milliards dollars canadiens en date du 31 mars 1995, dont 487 milliards dollars d’intérêts composés.

À cette dette fabriquée artificiellement s’ajoutent, depuis 2007, les plans massifs de sauvetage des banques, combinés aux pertes fiscales dues à la récession, qui ont accru l’effet boule de neige.

La dette publique de l’union européenne est passée de 7300 à 8300 milliards d’euros entre 2007 et 2009.

Le paiement de l’intérêt de la dette est devenu le principal facteur du gonflement de la dette, similitude parfaite avec le mécanisme de la dette des pays  » dominés  » lors des années 80.

Cet accroissement exponentiel de la dette a une limite : la faillite des états. Cette dynamique mène forcément à une impasse. Le capitalisme mondial est aujourd’hui au fond de cette impasse, nez à nez avec le « mur de la dette ».

Pour prendre une image, la dette est au capitalisme ce que la morphine est au malade condamné. En y recourant, le souffrant surpasse momentanément ses crises, mais peu à peu, la dépendance à ces doses quotidiennes augmente. Le produit, dans un premier temps salvateur du système, devient à son tour nocif… jusqu’à l’overdose !

Le système de la dette, nouvel eldorado pour les marchés financiers en mal de placements profitables, a permis de reculer les échéances portées par les contradictions insurmontables du capitalisme, a atteint ses limites et l’accumulation exponentiel de la dette in-remboursable inquiète les marchés financiers qui demandent davantage de taux d’intérêts, mettant les états à genoux qui vont à leur tour sabrer encore plus dans le vif les conquêtes sociales.

La dette devient l’argument par excellence pour attaquer toutes les conquêtes sociales, véritable arme de destruction massive des forces productives et de la civilisation humaine.

Au risque de se répéter, la dette ne résulte ni d’une quelconque dérive, ni d’une mauvaise gouvernance du système capitaliste, et encore moins des conséquences des conquêtes sociales.

La crise de la dette n’est que la conséquence de la tentative de survie d’un système parasitaire qui précipite l’humanité vers une issue fatale. Seule la classe ouvrière est en mesure d’en libérer l’humanité, à commencer par combattre pour l’annulation de toutes les dettes, l’annulation de tous les textes maastrichiens ainsi que le MES et le TSCG.

La position adoptée par Alexis Tsipras, dirigeant de la coalition Syriza (arrivé en deuxième position lors des élections grecques ), qui a refusé de participer à un gouvernement qui appliquerait le mémorandum de la Troika, va dans ce sens !

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 28 mai, 2012 |1 Commentaire »

ERIC TOUSSAINT: « LA GRECE ET L’EUROPE DANS LES CHAINES DE LA DETTE » (Przemyslaw WIELGOSZ)

Interview d’Eric Toussaint par Przemysław Wielgosz (1)

Eric Toussaint :

« La Grèce et l’Europe dans les chaînes de la

 dette »

ERIC TOUSSAINT:

Éric TOUSSAINT
Photo du film « Debtocratie”
De nombreux experts et politiciens européens considèrent que la crise des dettes publiques dans la zone euro a été maîtrisée avec la récente réduction négociée de la dette grecque de 50 %, et la nouvelle tranche d’aide de 130 milliards d’euros. Pouvons-nous effectivement pousser un soupir de soulagement ?

Tout d’abord, cette aide à la Grèce est un cadeau empoisonné. Il s’agit avant tout de sauver les grandes banques privées européennes qui investissaient auparavant dans les obligations grecques. Les gouvernements des pays européens pensent que si la Grèce avait suspendu le remboursement de la dette, on aurait eu un effet de domino, et l’Union Européenne serait tombée dans une crise systémique qui toucherait également ces banques-là. Deuxièmement, ce prétendu cadeau, c’est en réalité un prêt, c’est-à-dire de nouvelles dettes. L’aide européenne pour Athènes, soi-disant si généreuse, c’est tout simplement 130 milliards de nouveaux crédits. Pas besoin d’être docteur en mathématiques pour comprendre que si d’un côté on réduit la dette de 107 milliards, et de l’autre on prête 130 milliards, alors nous aurons au bout du compte une augmentation du montant de la dette. Troisièmement, ce nouveau plan d’aide à la Grèce ne signifie pas la fin de la crise. Car, de toute manière, le niveau de l’endettement de la Grèce est insoutenable. La Troïka (la Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne et le Fonds Monétaire International) prévoit qu’en 2013 la dette de la Grèce représentera 164 % du PIB. Or la politique que la Troïka impose à la Grèce a déjà abouti à une réduction des recettes fiscales du gouvernement. L’activité économique va continuer à se contracter avec les réductions des dépenses publiques et privées, des salaires et de l’emploi. Dans une telle situation, il n’y a pas pas de moyens financiers suffisants pour le remboursement de la dette. C’est pourquoi, de nombreux économistes pensent dès maintenant que à l’avenir il faudra un nouveau plan de crédits pour le gouvernement de la Grèce.

De nombreux journalistes et experts polonais répètent que la crise de la dette est le résultat de la fainéantise des travailleurs grecs, des salaires trop hauts, des prestations sociales trop élevées et du secteur public trop développé. Tout simplement, les Grecs vivaient au-dessus de leurs moyens, se sont endettés, et maintenant toute l’Europe doit payer pour eux. La même rhétorique accompagne d’ailleurs les débats sur le danger d’une crise en Pologne. Chez nous aussi, la responsabilité de l’augmentation de la dette publique est imputée aux travailleurs, à leurs prétendus hauts salaires et leurs prétendus privilèges sociaux.

C’est une campagne mensongère. Les statistiques de l’Organisation Internationale du Travail et de l’OCDE montrent qu’en moyenne annuelle le travailleur grec travaille plus que le travailleur allemand. Le problème n’est pas du tout que les Grecs vivent au-dessus de leurs moyens. Bien sûr, il y a des problèmes en Grèce : il y a certaines catégories de la société qui ne paient pas d’impôts, mais ce ne sont pas les travailleurs. Par exemple, l’Eglise orthodoxe ne paie pas d’impôts, ainsi que tous les armateurs de navires qui constituent un secteur extrêmement puissant dans l’économie grecque. Ce sont leurs privilèges qui alimentent les déficits, lesquels débouchent sur une augmentation de la dette publique.

En Pologne, la dette publique n’est pas trop élevée en comparaison avec la Grèce, l’Italie ou l’Espagne. N’avons-nous donc rien à craindre ?

En effet, la dette publique n’est pas un danger immédiat pour la Pologne. Le danger par contre, c’est le niveau très élevé de la dette privée, parmi les plus hauts en Europe. Le deuxième danger pour la Pologne, ce sont les politiques néolibérales menées par le gouvernement polonais, conformément aux recommandations de la Commission Européenne. Ces politiques font baisser la demande publique, c’est-à-dire par exemple les dépenses pour l’éducation ou la santé. En même temps, il n’y a pas de politique de création d’emplois dans le secteur public. Au lieu de cela, nous voyons en Pologne une politique consistant à réduire les salaires et toutes les prestations sociales. Le bas niveau des salaires fait que même les groupes sociaux dont la consommation augmente y arrivent moyennant l’augmentation de l’endettement privé, ce qui constitue un danger pour l’économie. La poursuite du cours politique actuel pourrait aboutir à une explosion de la dette privée, laquelle – en cas d’intervention de l’Etat (qui couvrirait des créances privées par de l’argent public) – peut rapidement se transformer en dette publique. Bien sûr, la politique néolibérale permet à une partie de la société polonaise de s’enrichir, mais il s’agit d’une petite minorité qui s’enrichit aux frais de la majorité.

Depuis l’automne de l’année dernière, il y a de plus en plus de débats sur la sortie de la zone euro comme un moyen de sortir de la crise pour des pays comme la Grèce. Parallèlement, l’éventualité de l’adoption de l’euro par des pays comme la Pologne suscite de grandes interrogations.

Je pense que, dans les années à venir, la Pologne ne devrait pas entrer dans la zone euro. Toutefois, en ce qui concerne la question d’une éventuelle sortie de certains pays de la zone euro, c’est une proposition importante, mais personnellement je ne recommande pas la réalisation de ce scénario à des pays comme la Grèce ou le Portugal. Je comprends néanmoins que certains économistes et certains groupes sociaux considèrent cette solution comme indispensable. Si nous voulons des solutions qui puissent être avantageuses pour la population dans son ensemble, alors nous devons reconnaître qu’une sortie de la zone euro exige la mise en œuvre d’une série de mesures radicales : l’introduction d’un contrôle total sur les mouvements de capitaux pour empêcher leur fuite, la nationalisation des banques, etc. Afin de compenser les effets d’une dévaluation de la monnaie, il faudrait augmenter les salaires et les prestations sociales. Tout ceci serait possible uniquement si l’on procédait à une redistribution radicale des richesses et du patrimoine national. Ce n’est pas impossible.

Quelle est l’alternative aux politiques imposées aux populations européennes par des instances non-démocratiques de pouvoir supranational comme la Troïka ? Autrement dit, qui devrait décider quelle partie de la dette est illégale ou injuste, illégitime ?

Je ne vois qu’une seule alternative : celle qui s’appuie sur la mobilisation des citoyens, sur leurs initiatives menées par en bas. En 2011, nous avons vu de nombreuses mobilisations sociales en Espagne et en Grèce, que l’on a appelé Mouvement des Indignés. Puis, à Londres, nous avons vu le mouvement Occupy the City, et aux Etats-Unis le mouvement Occupy Wall Street. Je pense qu’avec le printemps, les citoyens de nombreux pays d’Europe, en particulier les jeunes, sortiront sur les places publiques et recommenceront les occupations dans le but d’élaborer en commun des alternatives, et afin de faire pression sur les gouvernements pour les obliger à opérer un tournant dans la politique de l’Union Européenne. En même temps, on ne peut pas attendre passivement que les gouvernements des pays de l’UE se mettent d’accord et prennent des mesures, ou que les membres de la Commission Européenne se décident à changer de cap. C’est pourquoi, si un gouvernement de gauche se mettait en place dans un pays comme la Grèce, il devrait mener une politique d’indiscipline, de désobéissance envers les recommandations de la Commission Européenne, de la BCE et du FMI. Il s’agit par exemple : 1. de rejeter la « règle d’or » qui limite le déficit public ; 2. de suspendre le remboursement de la dette et, de proclamer à la suite d’un audit à participation citoyenne, la répudiation de la partie illégitime de la dette publique ; 3. d’abroger tous les plans d’austérité imposés par la Troïka ; 4. d’exproprier les banques et les assurances en les transférant dans le secteur public, sous contrôle citoyen ; 5. d’instaurer des mesures fiscales pour faire payer les riches et l’église orthodoxe. Etc. De cette manière, les pouvoirs publics pourront récupérer des ressources financières pour réamorcer la croissance et relancer l’économie.

En l’absence d’un véritable gouvernement de gauche, en ce qui concerne la décision d’annuler la partie illégitime de la dette, ce qui sera décisif, c’est l’audit citoyen. Dans des pays comme la Grèce, l’Espagne ou la France, des initiatives citoyennes par en bas se développent déjà, visant à réaliser un tel audit aussi bien au niveau national que local ou municipal. Aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes sont engagées dans ce mouvement. L’audit ou simplement le refus de rembourser la dette illégitime a déjà réussi dans des pays comme l’Argentine (en 2001), l’Equateur (en 2008) ou l’Islande (en 2010-2011). Ces pays se sont débarrassés d’une partie du fardeau de la dette, laquelle ne faisait qu’apporter des bénéfices aux milieux financiers, tout en bloquant le développement social. Et ils s’en sont bien sortis.

Quelles sont les similitudes entre la crise de l’endettement du Tiers Monde et l’actuelle crise de la dette dans l’UE ?

Les peuples des pays de l’UE sont soumis actuellement à la même politique que celle à laquelle on soumettait les peuples d’Amérique Latine dans les années 80 et 90. Dans les pays du Tiers Monde, tout comme aujourd’hui en Europe, la crise de la dette publique était instrumentalisée par les gouvernants et les institutions financières internationales pour mettre en œuvre toute une panoplie de moyens et décisions économiques qui ressemblent énormément, presque comme deux gouttes d’eau, à la politique menée actuellement dans l’UE. Je pense avant tout à la réduction des salaires, aux licenciements massifs dans l’administration et dans le secteur public, à l’augmentation de la TVA, à la politique de zéro déficit budgétaire. Les peuples d’Amérique Latine ont payé un prix exorbitant pour la réalisation de ces recommandations, et il leur a fallu pas moins de vingt années pour s’en débarrasser. Une question se pose : de combien de temps les peuples européens auront-ils besoin pour se libérer des chaînes du néolibéralisme ?

Eric Toussaint

http://www.cadtm.org

[1] Interview publiée dans l’hebdomadaire polonais Przekrój du 20 mai 2012

http://www.przekroj.pl/artykul/815912,877906-Europa-w-petach-dlugu.html

La présente version en français a été revue par l’interviewé.

Traduit du polonais par Stefan Bekier

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 28 mai, 2012 |Pas de commentaires »

TROIKA PARANOIA !

Troïka Paranoïa

TROIKA PARANOIA ! dans REFLEXIONS PERSONNELLES 9929-manifestations-contre-la-reforme-des-retraites

Badi BALTAZAR
Né d’une initiative allemande, Blockupy est le nom d’une coalition européenne inédite, composée de groupes d’activistes, de syndicats, d’associations militantes diverses (dont Attac et le CADTM), d’étudiants, de partis de gauche allemands dont Die Linke (La gauche) et Interventionistische Linke (Gauche Interventionniste) et de mouvements sociaux internationaux (Occupy, 15M, les Indignés et Democracia Real Ya). Suite à la réunion de préparation initiée par la plate-forme European Resistance entre les 24 et 26 février derniers, ces différents acteurs des luttes sociales ont décidé de s’engager ensemble dans l’organisation de quatre journées d’actions communes les 16, 17, 18 et 19 mai à Francfort. Point d’orgue de cette collaboration internationale, la manifestation du 19 mai a mobilisé plus de 20.000 personnes dans les rues de ce haut-lieu de la finance européenne. Des plus modérés aux plus radicaux, tous étaient là pour dénoncer les ravages du capitalisme financiarisé.
Les actions programmées étaient principalement dirigées contre la politique d’austérité imposée par la Troïka (Commission Européenne, Fond Monétaire International et Banque Centrale Européenne) et le diktat des marchés financiers et du secteur bancaire. Ces 4 journées de mobilisation avaient pour objectif de bloquer le quartier des affaires de Francfort et d’envoyer un signal fort aux banques et aux dirigeants politiques européens.

De retour à Bruxelles, il nous apparait essentiel de dresser ici les premiers constats des actions menées par le collectif Blockupy, non seulement pour élargir et alimenter les débats mais aussi parce que les évènements de ces derniers jours ont été riches en enseignements pour les actions futures.

Rapports de force entre gouvernants et manifestants

Avant notre départ de Bruxelles le 16 mai, les Indignés qui campaient devant la BCE depuis plus de sept mois ont du quitter les lieux. Certains des occupants se sont complètement recouverts de peinture pour faciliter la tache aux policiers les plus zélés . Il leur a été promis qu’ils pourraient réintégrer leur campement dès le dimanche 20 mai. Nous avions également appris qu’un juge avait décidé d’interdire toutes les manifestation à l’exception de celle du samedi 19. De son côté, le collectif Blockupy annonçait dans un communiqué qu’il maintiendrait le programme initialement prévu. Nous venions de passer la frontière allemande et les heures qui allaient suivre s’annonçaient animées.

Sur la route entre Bruxelles et Francfort, les fils de tweets faisaient état de blocages de cars de manifestants à Berlin. Le plan semblait pour le moins prémédité, la police avait prévu des toilettes mobiles pour les voyageurs interceptés. De nombreux militants, connectés aux réseaux sociaux, ont néanmoins pu éviter les barrages en arrêtant leur car à Wiesbaden et en empruntant ensuite un train jusqu’à Frankfurt. Arrivé à destination, nous avons découvert une ville quadrillée, traversée par des mouvements incessants de cortèges policiers, en déplacement permanent. Le quartier des affaires avait des airs de ville morte, sans l’être vraiment. Barrages filtrants. Blocage des ponts et de la circulation. Camions anti-émeute avec canon à eau. Equipement de combat : matraques, oreillettes, armes de point, casques et masques à gaz. Uniformes noirs et verts. Caméras. Fourgons. Gilets pare-balles. Le décor de notre séjour était planté d’entrée : les immeubles sans âmes de la BCE, de la Commerzbank ou d’UBS, protégé par des milliers de policiers, en rangs serrés, près à agir au moindre signal. En position.

Si vous en doutiez encore, vous pouvez à présent mesurer l’ampleur de la paranoïa qui s’est définitivement installée dans les rapports entre gouvernants et manifestants. Certains policiers nous expliquerons d’ailleurs qu’être anticapitaliste est répréhensible et dangereux pour la sécurité du pays. L’état policier est devenu une réalité européenne que personne ne peut nier aujourd’hui. Les stations de métro autour de la BCE ont été fermées au public. Des fourgons de police équipés d’une batterie de mégaphones arpentaient le centre ville, quasi désert, rappelant que tout rassemblement et toute manifestations sont interdits.

Paradoxalement, le but que s’était fixé Blockupy de bloquer la BCE et le quartier des affaires de Francfort a été atteint sans qu’aucune action n’ait effectivement été entreprise. La ville a été bloquée pendant 4 jours par les forces de police. Les banques, les bijoutiers et autres boutiques de luxe ont fermé leurs portes, allant même jusqu’à demander à leurs employés de prendre congé ou de ne pas se rendre au bureau en costume-cravate le vendredi 18 mai.

Répression massive mais passive

Le dispositif répressif mis en place par les autorités de la ville de Francfort était inédit et mérite que l’on se penche sur ses aspects principaux. En effet, entree 5000 et 8000 policiers étaient constamment présents dans les rues de la ville, bloquant toute la zone autour de la BCE et filtrant la circulation piétone dans le quartier des affaires. Surveillant tout rassemblement de manifestants et patrouillant en permanence dans le quartier financier de Francfort, qui par ailleurs était complètement occupé par des files interminables de fourgons de police. Je vous laisse imaginer le coût qu’un tel déploiement représente pour la collectivité.

Outre les caméras téléscopiques que l’on pouvait observer sur le toit de certains fourgons, des policiers étaient équipés de caméras mobiles avec lesquelles ils filmaient et photographiaient toutes les manifestations ou du moins leur tentatives. Sans doute pour ficher les militants ou dans le vain espoir de fixer les hypothétiques scènes de violence dont ils avaient besoin pour justifier un tel déploiement de moyens.

Notons également que l’ensemble de ce dispositif policier a exerçé une influence considérable sur les militants présents à Francfort. En effet, la captation d’attention qu’opérait cette répression passive donnait l’impression d’être traqués, criminalisés et observés en permanence. Tout a été fait pour réduire les moyens d’action des citoyens présents dans la ville. Les arrestations, les contrôles, les fouilles, les fichages, les ordres de quitter le territoire (dans des délais qui différaient d’une personne à l’autre).

Cette stratégie policière est inhabituelle, principalement axée sur le nombre de policiers, la patience, l’organisation, le calme, l’intimidation, la permanence, et l’étendue du dispositif de contrôle de l’espace public. Elle ne ressemble en rien aux types de répressions que nous avons pu observer ailleurs en Europe, plutôt musclées, souvent violentes et moins bien organisées (lire aussi « Les Indignés marchent sur Paris »).

Droit au rassemblement

Bien que la Constitution allemande prévoit, dans son article 8, que tout Allemand non armé a le droit de manifester, avec ou sans autorisation préalable, toutes les tentatives de rassemblements ont été anticipées, contrôlées, neutralisées, en un mot, gérées par la police. Les journées des 17 et 18 mai l’illustrent à plusieurs titres.

Le 17 d’abord, jour férié, des manifestants se sont rassemblés sur la Paulsplatz (où se trouvait le premier parlement allemand avant d’abriter ensuite le musée de la démocratie) et le Römer (place piétonne du centre-ville) où ils ont planté quelques tentes. Les deux rassemblements ont rapidement été encerclés par des milliers de policiers. Le but de la police était de dissoudre ces manifestations et donc d’empêcher leurs rencontres. La technique de persuasion était toujours la même : quitter le cercle ou se faire arrêter. (1)

Le 18 mai, les militants ont tenté de déjouer le dispositif répressif. Séparés en plusieurs groupes, ils sont arrivés à détourner l’attention des forces de polices, en s’engageant dans une course poursuite à travers les rues de Francfort et permettant ainsi à un des groupes de militants d’atteindre symboliquement l’entrée du site de la BCE. Non sans mal, car plus de 400 arrestations ont eu lieu ce jour là. Dans la plupart des cas, des ordres de quitter la ville dans les deux heures étaient notifiés aux étrangers. Sans compter que sous prétexte d’une situation exceptionnelle, la police se réservait le droit de prolonger les gardes à vues de 24 à 72h (soit pendant toute la durée des actions). Notons cependant que, pour des raisons encore floues, les personnes arrêtées ont été relâchées dans les heures qui ont suivi.

Bien que la police ait tenté d’empêcher que les militants y accèdent, les seuls endroits de la ville où ils ont pu se réfugier durant leur présence à Francfort étaient l’Université Johann Wolfgang Goethe et les locaux de la DGB (Confédération des syndicats de la région Francfort Rhin-Main). Des cuisines populaires y étaient organisées, ainsi que l’accueil des personnes venues d’Allemagne, de Belgique, des Pays Nordiques, de France, d’Italie, d’Espagne et d’ailleurs. Des conférences et des assemblées s’y sont déroulées également. Nous déplorons néanmoins – vu la dimension internationale des assemblées – que la plupart d’entre elles ne se soient tenues qu’en Allemand.

Le 19 mai – seule journée de manifestation autorisée – fût un succès, tant en terme de coordination que de pacifisme. Plus de 20.000 personnes d’après la police (25.000 d’après les organisateurs) ont défilé dans les rues jouxtant le quartier des affaires. La particularité du cortège résidait indubitablement dans sa composition. Plus d’une quarantaine de collectifs différents y ont évolué. Les partis, les syndicats et les organisations en tête, suivis par les mouvements sociaux.

Relations entre organisations institutionnalisées et mouvements sociaux

“A la DGB, il y avait les institutions et à l’unif, il y avait les mouvements sociaux”, me disait un militant. La police s’est effectivement employée à contenir et à limiter les déplacements dans la ville en isolant les différents intervenants : des dizaines de fourgons et de caméras ont été postés aux accès à l’université et à la DGB pour intimider les militants et limiter leurs mouvements et leur potentiel de convergence. Il s’agissait pour les chiens de garde du capital de tout faire pour étouffer l’unité des différents mouvements. C’était sans compter que ces derniers cultivent et entretiennent des rapports de plus en plus fédérateurs.

Et Blockupy en est sans doute la première véritable expression. Il n’y a qu’à espérer que ce genre de convergence se multiplie dans l’avenir. Car bien que les différents acteurs des luttes sociales puissent avoir des opinions différentes sur des thèmes communs, il n’en demeure pas moins qu’ils ont des priorités communes. Mouvements d’Europe du nord et du sud, mouvements institutionnalisés et mouvement sociaux, les connexions existent à présent et le monde en est témoin. La majorité de la population européenne pensait que les citoyens allemands soutenaient la politique néolibérale de Madame Merkel. Aujourd’hui, Blockupy a sans doute indirectement réussi à démystifier cette chimère.

Troïka Paranoïa

Lors de la manifestation du 19, nous avons pu constater qu’à plusieurs reprises, le dispositif policier – omniprésent – a tenté de diviser le cortège en deux parties en se mêlant massivement à la foule des manifestants. Les policiers essayaient de séparer les organisations institutionalisés des mouvements populaires et des blocs anticapitalistes plus radicaux qui se trouvaient à la fin du défilé. Toutes ces tentatives ont été avortées grâce à la collaboration qui s’est exprimée sous nos yeux entre les différents groupes qui composaient le cortège. A tour de rôle, ils s’arrêtaient ou reculaient pour permettre à tous les blocs de refaire corps (voir le reportage vidéo de Ben Borges ci-dessous).

L’alarmisme des autorités de la ville, la dérive paranoïaque des banques implantées dans le quartier des affaires et le miroir grossissant du relai médiatique, ont légitimé des prises de décisions antidémocratiques et contraires à la Constitution allemande elle-même . Ces mesures de répression sont présentées comme exceptionnelles. Pourtant, les revendications des militants et les politiques qu’ils dénoncent n’ont, elles, rien d’exceptionnel. Ce qui transparait du comportement des autorités, c’est la peur d’un renversement, la sensation ô combien justifiée de perdre la main. Les aficionados du néolibéralisme font certes face à des individus pacifiques dont le seul objectif est de dénoncer les dérives du capitalisme, seulement ces derniers semblent déterminés, d’autant plus que l’implication populaire s’accroît de jour en jour.

Le zoom des projecteurs médiatiques sur d’éventuels manifestants violents traduit-il une angoisse des autorités européennes, tant politiques que financières ? La stigmatisation et l’instauration de la terreur auprès de l’opinion publique, les généralisations, et la multiplication de nouvelles lois et de nouvelles mesures répressives comme en Espagne (lire aussi Génération 15M), au Etats-Unis (#noNATO #OccupyChicago) ou au Québec (avec la loi 78) récemment, ne sont-ils pas les signes d’une perte de contrôle? A l’heure où les gouvernements soumis à l’austérité troïkenne tombent les uns après les autres (Grèce, Roumanie), que les Irlandais s’apprêtent à voter pour ou contre l’austérité le 31 mai et que les Grecs voteront certainement contre le 17 juin prochain, nul doute que Monsieur Draghi et les acteurs de la finance ont à présent compris que les journées d’actions et la convergence des luttes de Francfort ne constituent que le premier essai d’une longue série.

Les reportages vidéos réalisés lors des journées du 17 mai et du 19 mai sont accessibles sur le site de la revue contributive LE GRAND ECART.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 24 mai, 2012 |Pas de commentaires »

LA NOUNOU DE L’EUROPE, ANGELA MERKEL, EST ISOLEE. LES VENTS SONT DESORMAIS CONTRAIRES A L’AUSTERITE.

La nounou de l’Europe, Angela Merkel, est isolée.

 Les vents sont désormais contraires à l’austérité. (Counterpunch)

LA NOUNOU DE L'EUROPE, ANGELA MERKEL, EST ISOLEE. LES VENTS SONT DESORMAIS CONTRAIRES A L'AUSTERITE. dans REFLEXIONS PERSONNELLES angela-merkel971265propertyposter

Deepack TRIPATHI
Après les élections récentes en France et en Grèce beaucoup de commentateurs ont suggéré que les années de pouvoir du centre droit en l’Europe touchaient à leur fin. La défaite du président Nicolas Sarkozy et la victoire du candidat socialiste François Hollande en France, et l’effondrement, en Grèce, des partis politiques qui ont laissé le capitalisme sauvage se déchaîner et le chaos s’installer, sont des événements majeurs. Mais on ne peut pas encore être certain qu’ils constituent un tournant vers le retour de la démocratie sociale en Europe occidentale.

L’opinion publique s’est certainement radicalisée d’une manière inquiétante. Les sociétés européennes sont en train de s’atomiser à cause de leur perte de confiance dans les partis politiques principaux et leurs leaders. Alors que le continent vit une grave crise, des millions de gens ont l’impression que leurs leaders sont à la fois incapables et non désireux de chercher des solutions pour aider les plus vulnérables.

Les masses sont dégoûtées des politiciens professionnels à qui elles ont fait confiance encore et encore. Les récentes élections nationales et régionales en France, en Grèce et en Allemagne montrent que les électeurs quittent les partis principaux parce que leurs programmes et leurs lignes politiques les ont déçus. La même chose s’est produite dans les récentes élections locales en Angleterre. Malheureusement quand un gouvernement est battu, le vainqueur continue dans le même sens que le gouvernement sortant. Un total mépris des masses et l’obsession comptable « d’équilibrer les comptes » sont à l’origine de l’austérité qui est imposée aux citoyens ordinaires dans tout le continent européen. Avec comme résultat l’effondrement des politiques traditionnelles et la montée de groupes extrémistes.

Le phénomène en Europe reflète ce qui se produit aux Etats-Unis depuis des années. La différence est qu’en Europe le pouvoir coercitif d’institutions financières supranationales soutenues par les Etats-Unis se distingue par une hâte et une férocité extraordinaires. Il va à l’encontre du consensus libéral de l’après-guerre qui s’est construit sur les ruines des deux guerres mondiales du siècle dernier.

Les événements les plus traumatisants ont lieu en Grèce. L’effondrement du Mouvement Socialiste Panhellénique (PASOK) qui est passé du pouvoir à quelques pour cents de votes, et la perte d’une tiers de son électorat par le Nouveau Parti Démocratique aux dernières élections sont dramatiques. Le résultat est l’émergence de nouveaux groupes politiques, dont le plus notable est Syriza, qui sont catégoriquement opposés aux mesures d’austérité auxquelles l’Allemagne, le plus riche pays d’Europe, tient absolument.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a ses propres contraintes intérieures. L’opinion publique allemande s’oppose à l’idée d’aider d’autres pays à sortir de la crise. Mais en refusant de céder sur les coupes drastiques et de promouvoir la croissance économique, elle a donné le sentiment qu’elle ne prenait pas en considération le choix démocratique des Grecs. L’impression que Bonn impose son diktat est particulièrement mal ressentie en Grèce à cause du souvenir toujours vivace de l’occupation nazie du pays pendant la seconde guerre mondiale. Les grecs sont peut-être les membres les plus pauvres de l’Union Européenne mais ils sont fiers de leur histoire et de leur civilisation.

Le refus de l’électorat grec d’accepter davantage de coupures drastiques se reflète dans le clivage extraordinaire du pays qui a rendu impossible la formation d’une coalition gouvernementale. L’annonce que la chancelière allemande avait dit que la Grèce devait faire un référendum pour savoir si elle voulait garder ou non l’euro a échauffé encore davantage les esprits et l’Allemagne a dû la démentir. Toutefois, la prochaine élection de juin sera bien un référendum sur le maintien de la Grèce dans la zone euro. Dans le cas contraire, la Grèce sortira du carcan qu’est devenue la zone euro, se déclarera en faillite et engendrera une « catastrophe » financière comme de nombreux adeptes du libre-échange l’ont prédit avec passion.

La dernière décennie a vu le recul des politiques démocratiques et sociales en Europe. De la Scandinavie, au nord, à l’Italie et la Grèce au sud, la droite politique a dominé tout le continent. Cependant, juste au moment où les vieux sociaux démocrates semblent complètement vaincus, de nouvelles forces commencent à surgir. Grâce à leur combat la tendance commence à se renverser.

Ces derniers mois, la chancelière allemande Merkel a fait l’effet d’une nounou sans coeur incapable de gérer la crise grecque. Tant qu’elle avait comme allié le président de la France, Nicolas Sarkozy, le couple a dominé. Mais maintenant la Grèce n’est plus le seul pays européen en crise et Merkel est sérieusement affaiblie par au moins deux facteurs. Le premier est la défiance du peuple grec. Le second , encore plus important, est la défaite de Sarkozy aux élections présidentielles au profit de son rival socialiste, François Hollande. Comme la Grèce, la France se prépare à élire son assemblée nationale en juin ce qui mettra presque certainement fin à la domination de la droite en France. Quand à Merkel, la défaite de son parti dans la région la plus peuplée d’Allemagne, la Rhénanie de Nord-Westphalie, par les sociaux démocrates est une revers majeur pour sa coalition de centre droit.

Voilà donc que le courant s’est renversé en Europe et que la gauche sort du bois. Mais on ne sait pas encore si cette nouvelle gauche sera capable d’audace, car elle est divisée et la droite toujours très puissante lui donnera du fil à retordre. On ne peut pas encore être sûr que la gauche gagnera la lutte idéologique qui l’oppose à la droite.

Deepak Tripathi

Deepak Tripathi est un écrivain qui s’intéresse entre autres à l’Europe d’après la guerre froide. Il tient un blog (http://deepaktripathi.wordpress.com) et on peut le joindre à : dandatripathi@gmail.com.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 mai, 2012 |Pas de commentaires »

LES MALADIES DU CERVEAU EXPLOSENT, LES LABORATOIRES DISPOSENT…

Les maladies du cerveau explosent,

 les laboratoires disposent…

LES MALADIES DU CERVEAU EXPLOSENT, LES LABORATOIRES DISPOSENT... dans REFLEXIONS PERSONNELLES cerveau_intro

(Albert Swoni)

« Un Européen sur trois souffrirait de troubles neurologiques » indiquait en septembre 2011 Le Monde. Lorsqu’on sait que l’Europe compte quelques 800 millions d’habitants, cela donne une idée exacte de l’ampleur du défi face auquel les laboratoires pharmaceutiques se trouvent confrontés pour tenter de trouver des traitements efficaces. Même si certains d’entre eux se désengagent de leur activité de recherche et développement, faute d’un retour sur investissement suffisamment rapide comme en témoigne le récent exemple d’AstraZeneca.

Anxiété, insomnie, dépression, dépendance à l’alcool et aux drogues, démence sénile, toutes ces maladies touchent directement le cerveau de toutes les tranches d’âge et de toutes les catégories sociales. Dans ces conditions, il est particulièrement déconcertant de voir de grands laboratoires se désengager de la recherche dans ce domaine. C’est pourtant le cas de GlaxoSmithKline, de Pfizer, et du laboratoire anglo-suédois AstraZeneca qui pour sa part, bien qu’ayant réalisé en 2011 plus de 10 milliards de dollars de profit et 33,6 milliards de chiffre d’affaire (soit +3%…), annonce la suppression de 7300 emplois ; mais surtout, la « réorganisation » de son service de R&D qui devient, selon le quotidien Les Echos, « virtuel ». Un désengagement que le journal explicite ainsi : « le laboratoire a créé une unité virtuelle dans les neurosciences, constituée d’une équipe réduite de 40 à 50 chercheurs d’AstraZeneca, qui mèneront leurs travaux en externe, via un réseau de partenaires industriels et académiques. » L’explication avancée par AstraZeneca semble, pour sa part, très discutable, sinon aberrante : « Nous avons choisi de rester dans les neurosciences, mais nous travaillerons de manière très différente pour partager les coûts, les risques et les rétributions avec des partenaires. » Autrement dit, AstraZeneca indique ici renoncer à l’ effort de recherche ; pas à ses parts de marché.

Profits en hausse, effectifs et recherche en baisse

Ainsi, ces laboratoires préfèrent désormais s’appuyer sur le secteur public et le monde associatif pour bénéficier des avancées de la recherche, sans pour autant s’engager financièrement dans des programmes longs, coûteux, et peu rentables à court terme. Cette politique de réduction des coûts accompagne désormais systématiquement les fusions entre groupes pharmaceutiques, pour la plupart pris en étau entre de multiples intérêts financiers. Sur le site Viv(r)e la recherche, Eric Sartori s’interroge lui aussi quant aux conséquences de ces stratégies industrielles sur l’innovation et la recherche. Il en ressort un bilan assez pessimiste qui nous démontre bien que les profits passent ici avant les malades. Le récent « Rapport de la mission sur la refonte du système français de contrôle des médicaments » pointe comme « sujet d’inquiétude », le « désengagement de l’industrie pharmaceutique de la recherche qui s’accélère » ainsi qu’une tendance de plus en plus marquée à l’externalisation de la recherche. On est encore ici bien loin de l’intérêt des malades et de l’accompagnement des politiques de santé destinées à combattre les maladies dégénératives ou psychiatriques.

Le coût des maladies

En 2010 déjà, des spécialistes du cerveau alertaient sur l’urgence de relancer la recherche avec un « plan cerveau » pour la prise en charge de l’ensemble des maladies neurologiques et psychiatriques. Le coût de ces maladies pour la collectivité était déjà évalué, en Europe à 35 % du total des dépenses de santé et, rien qu’en France, les coûts induits par les maladies mentales et neurologiques atteignaient 40 milliards d’euros par an. Par ailleurs, une étude publiée par l’European Brain Council (EBC) montre qu’en Europe, le coût des maladies neurologiques « a augmenté très rapidement pour atteindre 798 milliards d’euros par an ». De plus, l’allongement de l’espérance de vie vient encore renforcer ce phénomène qualifié de « défi économique numéro un pour le système de santé européen ». Au total, le coût de la prise en charge de ces troubles neurologiques est de 1.550 euros par personne et par an, soit le double de l’estimation faite par l’EBC lors d’une précédente étude en 2005.

La santé a un coût et le poids économique des maladies neurologiques sur la société est extrêmement lourd. En France, on estime à 15 millions le nombre de personnes touchées par une maladie du cerveau. Ne pas trouver de remèdes aux maladies neuropsychiatriques, ne pas trouver les moyens de prendre en charge la santé mentale d’une population vieillissante peut avoir des conséquences graves sur l’économie  d’un pays. Cette situation à risque nécessite une mobilisation générale qui doit accompagner le développement des neurosciences. Chacun doit y prendre sa part, depuis les pouvoirs publics, jusqu’à la recherche fondamentale, en passant par les laboratoires pharmaceutiques.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 mai, 2012 |Pas de commentaires »

INEGALITES SOCIALES: TOUTES LES 3 MINUTES, UN SALARIE EUROPEEN MEURT A CAUSE DE SON TRAVAIL

Inégalités sociales

Toutes les 3 minutes, un salarié européen meurt

 à cause de son travail

Par Ivan du Roy

INEGALITES SOCIALES: TOUTES LES 3 MINUTES, UN SALARIE EUROPEEN MEURT A CAUSE DE SON TRAVAIL dans REFLEXIONS PERSONNELLES OUVRIERS1

À l’heure où les plans d’austérité se multiplient, où le chômage partiel se banalise, où la durée de vie au travail s’allonge un peu partout, quel est l’état de santé des salariés européens ? Les inégalités sociales face à l’enjeu de la santé au travail demeurent très fortes. Pour espérer vivre vieux, mieux vaut être cadre qu’ouvrier, et ouvrier que jeune précaire. Entretien avec Laurent Vogel, de l’Institut Syndical Européen.

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 Comment se portent les salariés européens ?

Laurent Vogel [1] : Nous assistons à une détérioration de la santé au travail sur le long terme. Le problème est moins l’impact immédiat des conditions de travail sur la santé que le cumul des atteintes à la santé dans la durée. Dans le cadre de l’enquête européenne sur les conditions de travail [2], lorsque l’on demande aux salariés s’ils se sentent capables de travailler jusqu’à l’âge de 60 ans, les réponses négatives sont importantes. Un effet d’usure se manifeste : seulement 44 % des ouvriers non qualifiés pensent ainsi pouvoir tenir le coup jusqu’à 60 ans, et à peine la moitié des ouvriers qualifiés. Les différences sont fortes selon la place dans la hiérarchie sociale, car la proportion de ceux qui pensent pouvoir tenir le coup monte à 71 % pour les employés les plus qualifiés. Il existe ainsi un fossé entre les ouvriers les moins qualifiés et les personnes qui ont des qualifications élevées. En France, les ouvriers décèdent six ans et demi avant les cadres supérieurs. En Estonie, la différence d’espérance de vie entre un homme âgé de 25 ans possédant un diplôme universitaire et un homme du même âge possédant le niveau d’éducation le plus bas s’est accrue de 13 ans. La situation des femmes est plus favorable que celle des hommes dans des secteurs où les conséquences immédiates du travail sont moins perceptibles. Mais sur le long terme, les femmes perdent tout avantage. Elles sont notamment confrontées tout au long de leur vie à une organisation plus disciplinaire du travail.

Dans un contexte où la durée de vie au travail s’allonge…

Tout cela est effectivement inquiétant alors que dans beaucoup de pays européens l’âge de départ à la retraite et la durée du temps travaillé s’allongent. Cette logique simpliste qui vise à affirmer que l’espérance de vie augmentant, la durée du travail doit suivre, risque d’avoir des effets délétères. Les conditions de travail actuelles rendent cet objectif impossible pour une grande partie de la population.

460 personnes meurent chaque jour en Europe à la suite d’accidents et de maladies liés au travail (168 000 par an selon la Commission des Affaires Sociales du Parlement Européen).

Les décès liés au travail ont-ils tendance à se réduire ?

C’est, à mon avis, une estimation plutôt basse. Elle prend en compte les accidents du travail mais aussi les pathologies mortelles provoquées par le travail, principalement le cancer. Les accidents du travail mortels constituent une petite partie de ces décès : environ 6 000 par an. Ils ont tendance à diminuer. D’abord parce que les secteurs économiques changent : il y a moins d’emplois dans la sidérurgie ou les mines, des secteurs davantage exposés aux accidents. Ensuite, grâce à une amélioration des conditions de travail et de la prévention de la sécurité. Nous observons cependant une augmentation claire des cancers d’origine professionnelle. Cela s’explique vraisemblablement par une meilleure connaissance des différents types de cancers – nous sommes mieux en mesure de dire que tel cancer est causé par telle activité. Mais nous vivons aussi dans un modèle économique très dépendant des substances chimiques. Un point de PIB supplémentaire équivaut à une augmentation d’1 % des substances chimiques dangereuses produites par l’industrie. Selon certaines estimations, environ 28 % des travailleurs sont exposés à des substances cancérogènes [3] Les ouvriers sont beaucoup plus exposés que les employés, et les cadres supérieurs sont ceux qui s’en tirent le mieux. Dans le cas de la souffrance mentale et des suicides pouvant être liés au travail, nous ne disposons pas de données d’ensemble crédibles. Mais le phénomène existe partout en Europe, pas seulement en France comme l’a montré le drame des suicides à France Télécom.

En matière de prévention des risques au travail, quelle est l’ampleur des inégalités en Europe ?

Cela dépend des secteurs et des types de prévention. En Allemagne, par exemple, si les pratiques de prévention sont plutôt avancées en matière d’accidents du travail, elles ne le sont pas du tout concernant les cancers professionnels. Cela s’explique par le poids de l’industrie chimique. Globalement, plus les inégalités sont fortes dans la société, plus les inégalités découlant du travail sont importantes. Le niveau de prévention dépend aussi des capacités de mobilisation collective dans tel ou tel secteur. En France, le point positif, comparé à d’autres pays européens, est la relative visibilité de cette question depuis la révélation du scandale de l’amiante. Les conditions de travail sont présentes dans le débat public. C’est un préalable pour trouver des réponses efficaces. Autre question : la place du travail et des conditions de travail dans la stratégie globale des syndicats. En Espagne, par exemple, dans le secteur de la construction, la santé au travail a été mise au centre des revendications syndicales. Et les choses bougent. En France, les syndicats sont moins forts qu’ailleurs en Europe, mais la place qu’ils accordent aux conditions de travail se situe plutôt dans une moyenne haute. Avec un obstacle : plus l’emploi est précaire, moins les mobilisations sont possibles.

À ce propos, la Commission des Affaires Sociales du Parlement Européen note « la prolifération de formes d’emploi atypiques (travail temporaire, saisonnier, dominical, à mi-temps, télétravail) ».

Ces emplois précaires ont-ils un impact sur la santé des salariés ?

Les jeunes générations sont principalement concernées par la multiplication de ces formes d’emploi. Chez les jeunes qui ont entre 20 et 30 ans, les facteurs de précarité juridiques sont deux, voire trois fois plus importants que chez leurs aînés. Et ce, partout en Europe. Quel sera leur état de santé dans deux ou trois décennies ? Si chacun subit cinq ans de précarité avant de trouver une forme d’emploi stable, ce n’est pas trop lourd. Le problème est que la durée de ces emplois précaires s’allonge. Pour certaines catégories, ces emplois atypiques tendent à devenir la règle ! Aux Pays-Bas, les trois quarts des femmes travaillent à temps partiel. Cette proportion est de l’ordre d’un tiers pour l’ensemble de l’Union Européenne. Les données fournies par le Secours Catholique, et qui sont disponibles aussi ailleurs en Europe, montrent la corrélation entre la précarité en termes d’emploi et l’augmentation des tentatives de suicide. Il existe aussi une précarité que l’on peut décrire et quantifier – le nombre de CDD, d’intérimaires, de saisonniers… – et une précarité de fait, plus difficile à mesurer statistiquement. Elle est liée aux situations de sous-traitance : des personnes en CDI sont cependant précaires car leur emploi peut être remis en cause à tout moment, du fait, par exemple, d’un donneur d’ordre qui va changer de sous-traitant pour des raisons de coûts plus faibles. Ce sont des situations courantes dans le secteur du nettoyage, où la forme du contrat n’a finalement aucune incidence sur le niveau de précarité.

François Hollande propose de mettre en place « un dispositif de notation sociale obligeant les entreprises de plus de 500 salariés à faire certifier annuellement la gestion de leurs ressources humaines au regard de critères de qualité de l’emploi et de conditions de travail ». Pensez-vous que cela peut être utile ?

Déléguer à des experts extérieurs à l’entreprise le soin d’élaborer des critères n’est pas, selon moi, une priorité. Toutes sortes de cabinets d’experts sont prêts à délivrer toutes sortes de certifications, avec tel ou tel « label social ». Mais bien des aspects des conditions de travail ne pourront jamais entrer dans leurs grilles d’évaluation. Saint-Gobain au Brésil, par exemple, avait obtenu toutes les certifications possibles et inimaginables… alors que l’entreprise utilisait de l’amiante. Les évaluations externes étudient les procédures : existe-t-il un comité pour l’égalité salariale ? Y a-t-il un médecin du travail en interne ? Des formations sont-elles mises en place ? Le problème, c’est que les procédures, en elles-mêmes, ne donnent pas forcément de résultats efficaces. Le respect de telle ou telle procédure ne fournit aucune garantie sur les conditions de travail.

Quelle serait alors la priorité ?

Le point important serait de renforcer le contrôle collectif : la possibilité pour les travailleurs d’être représentés, avec des droits associés à cette représentation. C’est tout l’enjeu de la démocratisation du travail : mettre en débat, avec les travailleurs de l’entreprise, ce qui se passe. Ensuite, ce débat ne doit pas se limiter aux seuls salariés de l’entreprise. Des acteurs, en dehors, doivent pouvoir intervenir. La population concernée par une activité – consommateurs, riverains… – doit également avoir son mot à dire.

Pensez-vous que la santé des travailleurs passe après celle des consommateurs [4] ?

Il existe effectivement un décalage. Il est plus facile de mobiliser sur la protection de l’environnement que sur les inégalités sociales, qui passent souvent au second plan. Les règles et législations concernant la protection de la population, des riverains, des consommateurs vont souvent être plus efficaces que celles concernant la prévention de la santé des travailleurs. Le bisphénol A est un épisode révélateur. Tant mieux si cette molécule dangereuse est interdite dans les biberons. Le problème est que l’on oublie de s’interroger sur les travailleurs qui manipulent des produits contenant du bisphénol. C’est logique : parler de la santé des enfants provoque une réaction plus rapide que si l’on évoque le sort des travailleuses des entreprises de nettoyage. Cela alimente le débat sur ce que doit être une écologie politique qui intègre l’enjeu des inégalités sociales.

En France, dans le cas de scandale comme les prothèses PIP, ou certains accidents industriels, on n’entend quasiment pas le point de vue des salariés qui travaillent pourtant au sein de ces entreprises. Comment expliquez-vous cette « omerta » ?

Quand les travailleurs fabriquent des produits contenant des substances dangereuses, eux-mêmes ne le savent pas forcément. En France, l’affaire Adisseo, une entreprise qui a connu un grand nombre de cas de cancer parmi ses employés [5], est emblématique de ces situations. Dans l’affaire des prothèses PIP, il semble que ce soit aussi le cas. C’est d’abord de la responsabilité des industriels. Il faut leur imposer une évaluation préalable des risques, avant qu’un produit soit lancé et que l’on soit obligé de rectifier le tir dix ans plus tard à cause de sa dangerosité. Autre élément : le chantage à l’emploi. Ce ne sont pas les travailleurs qui décident des composants d’un produit ! D’autre part, ce n’est pas nécessairement dans la production initiale que le risque est le plus dangereux, mais dans sa dispersion. Fabriquer un produit nettoyant, par exemple, peut ne pas être trop dangereux, mais l’utiliser entraînera de graves dégâts sur la santé. Sans oublier ce qui se passe lors de son recyclage… Cela pose la question de la solidarité interprofessionnelle.

Recueilli par Ivan du Roy

Notes:

[1] Directeur du département Conditions de Travail, Santé et Sécurité de l’Institut Syndical Européen (Etui, European Trade Union Institute), le Centre Indépendant de Recherche et de Formation de la Confédération Européenne des Syndicats (CES).

[2] Réalisée auprès de 44 000 travailleurs, à consulter ici.

[3] Selon les estimations du projet Carex, Carcinogen Exposure Database, concernant les 15 États membres en 1995, plus la République Tchèque et les pays baltes. Ce projet n’a pas été étendu aux autres pays membres.

[4] Lire à ce sujet la tribune de Dominique Huez, médecin du travail.

[5] En 2007, on y dénombrait 25 cas de cancers du rein, dont 9 décès, dans un atelier qui a vu passer quelque 82 personnes. Lire ici.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 22 mai, 2012 |Pas de commentaires »

LA GRECE NE PEUT PLUS DIFFERER SA SORTIE DE LA ZONE EURO (DER SPIEGEL)

La Grèce ne peut plus différer

sa sortie de la zone euro (Der Spiegel)

LA GRECE NE PEUT PLUS DIFFERER SA SORTIE DE LA ZONE EURO (DER SPIEGEL) dans REFLEXIONS PERSONNELLES grece

 Après que les électeurs grecs aient rejeté l’austérité aux élections de la semaine dernière, plongeant le pays dans une crise politique, l’Europe s’est mise à rechercher un plan B pour la Grèce. Il est temps d’admettre que le plan de sauvetage de l’UE et du FMI a échoué. Les meilleurs espoirs de la Grèce se trouvent désormais dans un retour à la drachme.
Il y a beaucoup de choses qu’Alexis Tsipras aime à propos de l’Allemagne. Le chef de file du parti grec de la Coalition de la Gauche Radicale (Syriza) conduit sa motocyclette BMW pour aller travailler au parlement grec le matin, l’Allemand « über-gauchiste » Oskar Lafontaine est l’un de ses alliés politiques, et quand il s’agit de son travail quotidien, ses collègues ont remarqué une certaine tendance à la perfection de style prussien.

Alexis Tsipras pourrait facilement être considéré comme un ami des Allemands, si ce n’était son opinion s’agissant de la chancelière allemande. Les magazines grecs ont souvent caricaturé, Angela Merkel, vêtue d’un uniforme nazi, parce qu’elle impose son goût pour les budgets équilibrés et l’austérité au reste de l’Europe. Les Grecs, dit Alexis Tsipras, veulent « mettre un terme » aux exigences allemandes et à leur « politique d’austérité brutale. »

Alexis Tsipras est la nouvelle star politique à Athènes. Bien que les partis dominants lessivés du pays aient lutté pendant des jours pour former un nouveau gouvernement, le jeune et habile politicien a dominé les manchettes de presse avec son mouvement de coalition de trotskistes, d’anarchistes et de socialistes de gauche.

Dans la récente élection, le parti d’Alexis Tsipras Syriza a progressé pour devenir la deuxième force politique du pays. Entouré par les caméras et les micros, il se tenait dans le district du gouvernement d’Athènes, mardi dernier, arborant un sourire de gagnant et appelant les deux partis traditionnels, les socialistes de centre-gauche (Le PASOK) et la Nouvelle Démocratie Conservatrice, à envoyer une lettre « au leadership de l’UE » et à annuler la transaction de renflouement qu’Athènes a conclu avec l’UE et le Fonds Monétaire International (FMI).

Alexis Tsipras sait ce que beaucoup de Grecs pensent. A la fin de la semaine dernière, ses sondages d’opinion sont passés à un nouveau niveau record de près de 28 pour cent.

Moment charnière

Deux ans après que le gouvernement d’Athènes ait demandé les premiers prêts d’urgence à Bruxelles, la crise de la dette européenne a atteint un moment charnière. L’Europe et la communauté internationale ont injecté 240 milliards d’euros dans la nation des Balkans, les employés du gouvernement ont été lâchés, les pensions ont été réduites et une série de programmes de restructuration ont été approuvés.

Mais même si le pays est pratiquement gouverné par la Commission Européenne et le FMI, les dettes de la Grèce sont plus élevés que jamais et la récession s’aggrave. Alors que la situation politique devient de plus en plus chaotique, de nouvelles élections semblent d’autant plus probables.

A la Chancellerie à Berlin, les images de télévision d’Athènes rappellent maintenant aux conseillers d’Angela Merkel la situation malheureuse de la République de Weimar de 1919-1933. À l’époque, les Allemands avaient perçu le traité de Versailles comme un prétendu « déshonneur ». Maintenant, les Grecs se sentent dans le même état d’esprit s’agissant des mesures d’austérité imposées par Bruxelles. Et, comme dans les années 1920 en Allemagne, la situation en Grèce aujourd’hui bénéficie aux partis marginaux à la fois à gauche et à droite. Le système politique du pays se défait, et certains conseillers craignent même que la situation tendue puisse conduire à un coup d’Etat militaire.

La Grèce a été en soins intensifs pendant des années, mais le patient, au lieu de récupérer, ne fait que devenir de plus en plus malade. Dans un rapport confidentiel, que le SPIEGEL a consulté, les experts du FMI en arrivent à un verdict dévastateur. Le pays, écrivent-ils, ne dispose que d’une « petite base industrielle » et se caractérise par des « incrustations structurelles » et un « rôle excessif du secteur public. »

Dans le meilleur intérêt de la Grèce

Il est temps de repenser le traitement. Les Grecs n’ont jamais été prêts pour l’union monétaire, et ils ne sont pas encore prêts aujourd’hui. La tentative de rendre au pays la santé de manière durable par des réformes a échoué.

Personne ne peut forcer les Grecs à abandonner l’euro. Et pourtant, il est maintenant clair que leur retrait serait également dans le meilleur intérêt du pays.

Il n’est pas question d’abandonner les Grecs. La Grèce est, et demeure, une partie importante de l’Europe. Un retrait grec de l’euro aura de graves conséquences sociales, politiques et économiques – surtout pour les Grecs, mais aussi pour le reste de l’Europe. La solidarité du continent n’est pas liée à l’euro, ce qui explique pourquoi les autres pays européens ont encore à soutenir la Grèce avec des sommes massives d’argent.

Mais seul un retrait grec de la zone pourra donner au pays une chance de se remettre sur pieds à long terme. Les Grecs auraient leur propre monnaie une fois de plus, qu’ils pourraient ensuite dévaluer, ce qui rendrait les importations plus chères et les exportations moins chères. En conséquence, disent l’économiste américain Kenneth Rogoff et d’autres, l’économie grecque pourrait redevenir compétitive.

Dans le même temps, une sortie grecque de l’euro enverrait un message fort aux autres pays financièrement en difficulté, à savoir que l’Europe ne peut pas être soumise à un chantage. Le politicien « populiste » Alexis Tsipras se borne à exprimer des opinions qui sont déjà largement répandues au sein de larges segments de l’establishment d’Athènes, à savoir que les Européens finiront par céder et payer, parce qu’ils craignent une faillite grecque autant que les gens du Moyen Age craignaient la peste noire.

Retour à la dignité

Si les pays de la zone euro cèdent, la pression pour la réforme diminuera également dans les autres pays en crise. Si cela arrive, leurs dettes vont continuer à augmenter, les investisseurs vont fuir l’euro et l’union monétaire tout entière pourrait se briser.

Il n’existe aucune disposition dans les règlements de l’union monétaire pour le retrait d’un Etat membre, et les partenaires de l’euro ne peuvent pas forcer un membre à se retirer. Mais que peuvent faire d’autre les Grecs si les Européens restent vraiment inflexibles et insistent pour que la Grèce remplisse toutes les conditions attachées à une aide supplémentaire ?

En fin de compte, un retrait grec ne pourrait être que le résultat de négociations, poussées par la prise de conscience que cela permettrait au pays de retrouver sa dignité nationale. Si Athènes s’accrochait à l’euro à tout prix, il resterait dépendant de la communauté internationale pendant des décennies à venir. En revanche, retrouver sa propre monnaie permettrait au pays de décider de son propre destin.

Des réformes ont été interrompues

Une sortie de la zone euro serait la condition sine qua non pour un nouveau commencement politique que les réformateurs du pays croient inévitable. L’un de ces réformateurs est Gikas Hardouvelis, âgé de 56 ans, conseiller en chef transitoire du Premier ministre Lucas Papademos.

Sa description de poste a été facile à écrire mais difficile à remplir : Il était censé faire en sorte que la Grèce reste dans la zone euro. Depuis la fin de Novembre, Gikas Hardouvelis a eu peut-être le plus beau bureau dans le pays. L’Hôtel Maximos, à côté du Jardin national au centre-ville d’Athènes, c’est le grand siège officiel du Premier ministre.

Mais depuis sa prise de fonction, l’économiste a également eu une mission qui pourrait bien être décrite comme impossible : réorganiser un pays qui a été totalement mal géré.

Jusqu’à l’été dernier, le nombre total d’employés du gouvernement n’était même pas connu, ni le nombre d’agences gouvernementales, qui ont souvent été établies dans le seul but de dissimuler les énormes dépenses de certains ministères.

Conclusion dévastatrice

Lorsque Gikas Hardouvelis a commencé à travailler comme conseiller en chef auprès du Premier ministre, le processus de réforme devait être déjà en plein essor. Sa première étape a consisté à compter les lois qui avaient non seulement été votées, mais qui avaient été effectivement mises en œuvre. « Il s’agissait d’un très petit nombre », rappelle Gikas Hardouvelis.

Après deux ans, Gikas Hardouvelis est arrivé à une conclusion dévastatrice sur la situation économique, politique et sociale de la Grèce : presqu’aucun des efforts de réforme du gouvernement n’ont été un succès.

La privatisation des entreprises publiques, qui visait à contribuer à renflouer les coffres vides du gouvernement, avait à peine commencé. Sur les 50 milliards d’euros de recettes prévues d’ici à 2015, le programme en a seulement généré 1,6 milliards d’euros à ce jour.

La vente de biens immobiliers, en particulier, est plus difficile que prévue. Jusqu’à récemment, les Grecs ne connaissaient pratiquement rien du concept du registre foncier. Après plus de 10 ans d’efforts pour développer un tel registre, seulement 6 % de tous les biens immobiliers ont été intégrés à ce système.

La libéralisation des secteurs réglementés de l’économie en est également arrivée à l’arrêt. Symptomatique de cet échec est le plan pour ouvrir les services des architectes, des avocats et des agents maritimes à la concurrence. Il existe environ 140 professions dites fermées, personne ne connaît leur nombre exact. Les membres de ces professions ont reçu des licences pour leurs activités rentables attribuées par l’ancienne junte militaire, et elles se sont transmises de génération en génération ou vendues pour beaucoup d’argent. Des sommes de 100.mille à 150.mille euros ne sont pas rares pour l’achat d’une licence de taxi à Athènes.

Réaction de fureur

Le système semble avoir pris fin vers le début de l’été 2010. Après seulement quelques mois au pouvoir, le gouvernement socialiste a adopté une loi visant à libéraliser les professions fermées, qui ont été appelées à devenir ouvertes à la concurrence du libre marché à l’avenir.

Les groupes professionnels tels que les pharmaciens et les chauffeurs de taxi ont réagi avec fureur en se mettant en grève. Dans le début de l’été, les transporteurs routiers utilisèrent leurs camions pour bloquer les routes principales, ce qui amena l’ensemble du pays à l’immobilisation – au plus haut de la saison touristique.

Les efforts visant à protéger les droits acquis de nombreuses professions ont été couronnés de succès, et les manifestants ont imposé des périodes de transition, des règles spéciales et des exceptions. En conséquence, les professions sont encore pratiquement fermées aux outsiders aujourd’hui.

En outre, de grandes parties de l’administration publique sont encore à l’agonie. Une des nouvelles armes miracles que la Commission Européenne garde en réserve pour l’économie européenne était également censée être utilisée en Grèce : les dites obligations de projet. Elles auraient permis aux investisseurs privés de se prémunir contre les risques d’investissement dans les grands projets d’infrastructure transeuropéens.

Mais il n’existe pas un seul projet grec parmi les projets de construction que la Commission Européenne a proposé pour la phase pilote de cette année et l’an prochain. Ce n’est pas que les fonctionnaires de Bruxelles n’aient pas l’intention de trouver un projet en Grèce qui pourrait être mis en œuvre rapidement. Le nouveau programme de relance avait pour but de lever 4,5 milliards d’euros d’investissements en Europe dans le court terme. Mais les Grecs devaient aussi répondre aux exigences du système. Maintenant, les subventions iront aux pays baltes.

Tromper la Troïka

Le seul progrès, quoique modeste, que les Grecs aient à montrer – de leur propre fait – est celui réalisé dans la lutte contre le déficit budgétaire. À cette fin, la taxe sur la valeur ajoutée a été augmentée de 19 % à 23 %, plusieurs nouvelles taxes sur les produits de luxe et des attributions spéciales ont été introduites, les pensions ont été réduites de 15 % et les salaires des employés du gouvernement réduits de 30 %, voire plus.

Grâce à ces efforts, le déficit budgétaire a été réduit de près de 7 points de pourcentage. Une coupe de la dette historiquement inégalée, dans laquelle 95 % des créanciers ont renoncé à 75 % de leurs créances, a également apporté un certain soulagement. Néanmoins, les succès de l’effort de réduction de la dette sont restés modestes. Malgré la participation des créanciers, le pays souffre encore d’un fardeau de la dette de 160 % du produit intérieur brut, qui menace d’étouffer le pays à long terme.

Cette situation est aggravée par le fait que la classe dirigeante établie n’a pas d’intérêt dans le succès des réformes. Pour tenir compte des programmes prévus par la dite troïka constituée de la Commission européenne, la Banque Centrale Européenne (BCE) et le FMI, des lois ont été établies qui pourraient ne pas fonctionner, « parce que les ministres concernés ne veulent pas les faire marcher, » explique Gikas Hardouvelis.

Selon Gikas Hardouvelis, il est très clair que les membres de l’ancienne administration ont trompé la troïka, et un temps précieux a été perdu en conséquence. « Ils ont pensé que le parti devait en quelque sorte passer outre, » dit-il. Et ils se sont comportés en conséquence.

Peu d’intérêt pour la réforme

Une des particularités de l’État grec, c’est que, bien qu’il existe 32 lois sur la déréglementation, il n’existe en fait aucune déréglementation dans la réalité. La Grèce se classe régulièrement mal sur l’indice de la Banque Mondiale Doing Business. Ni la troïka, ni le Groupe de travail local de l’UE pour la Grèce, dont le but est de mettre en œuvre effectivement les réformes, n’ont été en mesure de changer cette situation.

Les fonctionnaires du ministère grec de l’Intérieur se plaignent que les ministres sont généralement ceux qui se mettent en travers de la voie du progrès. « Nous devons nous battre avec nos propres patrons quand il s’agit de la réforme administrative, » disent-ils. Il y a une rumeur selon laquelle le ministre de l’Administration publique a conseillé au ministre de l’Environnement d’accepter les propositions de la troïka, mais de ne pas les mettre en œuvre.

Les émissaires internationaux et les membres de l’équipe de la Task Force de l’UE sont familiarisés avec de nombreux tels exemples, comme ces fonctionnaires des ministères qui veulent vraiment changer les choses et ont cédé à l’ancien système.

La plupart des politiciens ont très peu d’intérêt pour la réforme, dit Gikas Hardouvelis, alors que la population en général est plus disposée à changer. « Les Grecs veulent que leur gouvernement travaille, et ils veulent qu’il soit plus équitable », dit-il. Comme l’Italie, la Grèce dispose actuellement d’un technocrate, Lucas Papademos, comme Premier ministre (par intérim). Mais contrairement à l’Italie, les ministres en Grèce sont malheureusement restés les mêmes – en d’autres termes- les mêmes anciens politiciens sont toujours en charge.

Un prix élevé

Il n’est pas surprenant que les plans de réforme de l’UE et du FMI aient échoué jusqu’ici, étant donné que les personnes qui étaient responsables des problèmes du pays étaient supposées résoudre la crise.

Il est difficile d’expliquer à une population profondément frustrée qu’alors que les gens ordinaires sont censés changer et devoir payer plus d’impôts et recevoir moins de revenus, la classe politique continue d’occuper des postes clés et peut continuer à faire comme il lui plaît.

La politique de réduction drastique de l’austérité  a un prix élevé. La demande intérieure s’effondre, l’économie se contracte, de nouveaux trous s’ouvrent dans le budget et des réductions supplémentaires s’avèrent nécessaires. Le résultat est une spirale descendante à partir de laquelle le pays ne peut se dégager sans aide extérieure.

La seule issue se situe vers le bas

La Grèce est maintenant dans sa cinquième année de récession. La production économique a diminué d’un cinquième, le chômage est à près de 22 % et le chômage des jeunes atteint plus de 53 %. Les rangs des chômeurs ont augmenté de 95 % entre mars 2008 et mars 2011.

Pour la première fois dans l’histoire de l’après-guerre, il y a plus de personnes sans emploi que de salariés en Grèce. Le salaire mensuel minimum a été ramené à 585 euros, et il a même été ramené à 490 euros pour les jeunes travailleurs. L’allocation de chômage mensuelle a été réduite de 461 euros à 385 euros, et les prestations sont interrompues après un an. Dans le même temps, de plus en plus de nouvelles taxes sont prélevées. L’une d’elles, par exemple, est le charatzi, une taxe spéciale sur les biens immobiliers recueillie par le biais des factures d’électricité.

Malgré tout, selon les rapports du FMI, les salaires en Grèce sont encore sensiblement plus élevés qu’au Portugal ou dans les pays voisins des Balkans, comme la Bulgarie et la Roumanie.

Un vote contre la classe politique

Il y a peu de mouvement – et quand il y en a, il est à la baisse. Cela explique pourquoi le succès électoral des partis les plus petits et les plus radicaux n’est pas seulement un vote contre la politique détestée d’austérité et des dits mémorandums, comme les accords de prêt avec les créanciers de la Grèce . Plus que tout, c’est un vote contre la classe dirigeante, qui a profité sans vergogne de son pouvoir depuis si longtemps.

Les partis radicaux ont recueilli plus de 42 % des voix. Cela montre la confiance que les partis établis ont perdue auprès du public grec. Pendant des années, les Grecs ont voté soit pour le PASOK ou pour la Nouvelle Démocratie, mais maintenant ils ne croient plus en leurs promesses. Alexis Tsipras a obtenu de très bons résultats dans les grandes villes.

Les Grecs en ont assez de leur establishment politique, qui semble croire  que la raison d’être de l’Etat est de leur permettre de se remplir les poches et d’élargir leur propre sphère d’influence.

Les deux candidats des grands partis, le conservateur Antonis Samaras, âgé de 60 ans, et le socialiste Evangelos Venizelos, âgé de 55 ans, font partie de cet establishment.

Farce burlesque

Ces deux hommes ont été des politiciens professionnels – un terme qui est désormais perçu comme une insulte en Grèce – depuis des décennies. Antonis Samaras a été ministre trois fois et est membre du parlement grec depuis 1977. Evangelos Venizelos a tenu huit postes ministériels depuis 1990.

La campagne d’Antonis Samaras a été une farce ridicule, difficile à surpasser dans ses erreurs de calcul politique et son excès de confiance. Au mépris de tous les sondages, il a fait campagne sur l’espoir que la Nouvelle Démocratie pourrait gouverner seule, et il a fait des promesses électorales qui pourraient facilement rivaliser avec celles faites par Alexis Tsipras. « Sa rhétorique est tout droit sorti d’un manuel de la campagne de 1985, » a raillé le journal Kathimerini.

La manière dont Antonis Samaras a juste agi en ignare dans la sphère publique en tant que chef de la Nouvelle Démocratie dans les deux dernières années se reflète également dans le fait qu’il a été celui qui a poussé pour de nouvelles élections qui lui ont désormais infligé cette défaite humiliante – et auront probablement pour effet de mettre rapidement un terme à sa carrière politique.

Evangelos Venizelos, de l’autre côté, un ancien ministre des Finances et une sorte d’emblème de la crise, qui était responsable de la répression et au bout du compte de la fraude fiscale des riches et des super-riches, est également responsable d’une loi très controversée qui codifie l’immunité des membres ordinaires du parlement. En soutenant le projet de loi, il a essentiellement approuvé la corruption au plus haut niveau politique.

Un cauchemar pour les entreprises

La Grèce est prise dans un cercle vicieux grec unique. Presque personne ne veut investir dans un pays qui n’est pas seulement en faillite, mais est également considéré comme étant très corrompu.

Aris Syngros, qui a essayé de promouvoir son pays  l’année dernière, est également conscient de ce problème. Aris Syngros aux cheveux gris, âgé de 52 ans, qui porte un costume gris avec un mouchoir de poche pourpre à pois jaunes, gère une agence de développement économique reliée au ministère de l’Economie. L’agence est nommée « Invest in Greece », et son logo ressemble à un arbre stylisé avec une grande quantité de fruits.

Vu sous cet angle, Aris Syngros est à la pointe de la campagne pour surmonter la mauvaise image de la Grèce en tant que lieu d’investissement. Le pays est considéré comme un cauchemar pour les entrepreneurs, un endroit où cela peut prendre des années avant d’obtenir quelque chose d’aussi simple qu’une licence.

Si Aris Syngros arrivait à ses fins, tout cela changerait. Il y a même eu un processus d’approbation accélérée pour les grands projets pour l’année dernière. Néanmoins, les agences du gouvernement grec, avec leurs structures kafkaïennes, ont parfois même conduit Aris Syngros au désespoir. Il lui a récemment fallu deux mois avant que toutes les signatures requises aient été annexées au procès-verbal d’une réunion de la commission compétente des ministres.

Mais le principal problème est que les investisseurs sont difficiles à trouver. « Ils évitent le risque souverain », dit Aris Syngros. A titre d’exemple, il y a eu un seul preneur jusqu’ici pour un prêt très attractif mis en place à cet effet par la banque de développement allemande KfW.

Un nouveau départ

Pour Aris Syngros, un retrait de l’euro serait un cauchemar. Mais les choses ne peuvent pas continuer dans la veine actuelle. Les experts sont en train de se rendre de plus en plus compte qu’il sera difficile d’attirer des capitaux étrangers dans le pays dans les conditions actuelles. Mais un nouveau départ économique, y compris une renaissance de la drachme, pourrait changer cela.

Si la monnaie était dévaluée, il deviendrait moins couteux d’acheter auprès des sociétés grecques et de les exploiter de manière rentable. Cela pourrait stimuler les investissements, disent par exemple les partisans d’un retrait grec de l’euro à Bruxelles et à Berlin.

Les gouvernements européens ont accru leurs fonds de sauvetage pour protéger d’autres pays d’Europe méridionale comme l’Espagne, le Portugal et l’Italie, et les créanciers privés se sont largement retirés de Grèce. Sous la pression de Berlin, Paris et Bruxelles, et après des mois de négociations, les banques, les compagnies d’assurance et les autres investisseurs, ont renoncé à près de 75 % de leurs créances totales de 206 milliards d’euros auprès du gouvernement grec au début du mois de mars.

Des milliards de pertes en Grèce ont grevé les bases de trésorerie de nombreuses sociétés financières. Mais parce que les coupes de la dette ont été réalisées depuis si longtemps, les banques ont été capables de digérer leurs mauvaises obligations grecques à petites bouchées sans s’attirer des ennuis eux-mêmes.

Les banques se sont plaintes qu’elles ont été forcées d’accepter la dite coupe « volontaire ». Mais si la Grèce se retire désormais de l’euro et qu’Athènes ne peut plus honorer sa dette, les créanciers privés bénéficieront du fait qu’ils ont déjà survécu au pire.

« Les coûts directs d’une faillite du gouvernement grec sont gérables pour les créanciers privés », explique Jürgen Michels, économiste en chef pour l’Europe chez Citigroup. En outre, seule une partie de la dette restante est située dans les banques et les compagnies d’assurance de la zone euro, tandis que le reste a été pris en charge par les spéculateurs en dehors de l’Europe. C’est pourquoi une faillite ne devrait probablement pas affecter gravement le système bancaire européen.

Scénarios pour une sortie grecque

Les dirigeants européens sont désormais convaincus que le retrait grec de l’union monétaire serait gérable. « Les risques de contagion ne sont plus aussi grands qu’ils étaient il y a quelques mois », explique le ministre des Finances du Luxembourg Luc Frieden.

Les dirigeants européens, en tout cas, ne sont plus disposés à dépendre de la prévoyance des politiciens grecs, et ils ont chargé leurs experts de faire des préparatifs pour le scénario du pire. Depuis l’an dernier environ, une « Task force pour la Grèce » nommée par le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a élaboré une stratégie de sortie de crise. Isolé du reste du ministère allemand des Finances, le groupe travaille, sur des modèles et des scénarios, sur les conséquences possibles d’un retrait, à la fois pour le reste de la zone euro et pour la Grèce elle-même.

La conclusion la plus importante du groupe de travail est qu’une part importante de la dette de la Grèce est désormais détenue par des créanciers publics, et plus particulièrement par la BCE. Selon les fonctionnaires du ministère des Finances, les contrôleurs monétaires basés à Francfort détiennent entre 30 milliards d’euros et 35 milliards d’euros en obligations du gouvernement grec.

Ces détentions deviendraient dangereuses si la Grèce cessait de rembourser ces dettes, car elle ne recevrait plus d’argent en provenance des fonds de sauvetage européen. C’est pourquoi les experts de crise à Berlin ont imaginé une solution particulièrement astucieuse du problème. Ils ne veulent pas annuler totalement les tranches des programmes d’aide que les Grecs doivent recevoir. Au lieu de cela, selon leur proposition, le pays aurait à faire sans la partie de l’aide qui était destinée à affluer dans les coffres du gouvernement pour couvrir les pensions, les salaires du secteur public et les autres dépenses. Mais les milliards qui sont affectés au service des obligations détenues par la BCE seraient versés sur un compte spécial, évitant ainsi des problèmes à la banque centrale. En retour, la BCE a déjà signalé son intention de reprendre son programme de rachat des obligations d’État d’autres pays endettés s’ils viennent sous pression suite à un retrait grec de l’euro.

Le mécanisme se résume essentiellement au Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) payant jusqu’à 35 milliards d’euros de la dette souveraine de la Grèce. La dernière obligation détenue par la BCE arrive à échéance en 2030.

Bien sûr, les prétentions du FESF vis-à-vis de la Grèce resteront en place, mais la seule question est de savoir si le pays sera capable d’honorer ses obligations. Les experts de l’UE sont convaincus qu’il ne sera certainement pas dans cette position au cours de la période initiale qui suit l’introduction d’une nouvelle monnaie. Les dettes du pays libellées en euros se transformeraient soudain en dettes en devises étrangères, et se multiplieraient en conséquence.

Pas d’abandon

Même si les Grecs se retiraient de l’union monétaire et ne recevaient aucun paiement de soutien des fonds de sauvetage européen, ils ne seraient pas abandonnés. Si la Grèce reste un membre de l’UE, il aura droit au même type d’aide que d’autres pays de l’UE peuvent recevoir quand ils sont dans une situation financière désespérée. La Lettonie, la Hongrie et la Roumanie ont reçu une telle aide dans le passé par exemple.

Ce n’est pas nécessairement désavantageux pour les membres de la zone euro. « Alors, ce ne sera plus seulement aux Etats membres de la zone euro de payer pour la Grèce », explique un haut fonctionnaire du gouvernement allemand, qui a préféré ne pas être nommé. « En fait, tous les 27 membres de l’UE, y compris la Grande-Bretagne, auront à apporter leur contribution. »

Alors que la sortie serait turbulente pour le reste de la zone euro, ce serait une question de vie ou de mort pour la Grèce. Les diplomates de l’UE à Bruxelles dépeignent un tableau dramatique des défis auquel le pays devra faire face s’il renonce à l’euro. Personne ne veut en parler ouvertement, afin de ne pas alimenter davantage la spéculation sur les marchés financiers. Néanmoins, les plans d’urgence ont déjà été développés. « Bien sûr, nous avons quelque chose de prêt », explique un haut fonctionnaire proche du dossier.

Tout d’abord, disent les officiels à Bruxelles, la Grèce aurait à introduire des contrôles de capitaux. Les Grecs fortunés sont déjà connus pour avoir déplacé 250 milliards d’euros à l’étranger, ce qui aurait difficilement pu être empêché dans un marché intérieur libre avec une monnaie commune. Mais si la drachme était rétablie, les autorités grecques feraient tout leur possible pour arrêter le transfert d’euros vers d’autres pays.

La police gardant les banques

L’introduction de la nouvelle/ancienne monnaie, nécessitera une planification et une exécution détaillée. Les imprimeries monétaires devront produire les billets en drachme. « Les banques devront fermer pendant une semaine jusqu’à ce que la nouvelle monnaie puisse être distribuée », prédit l’un des hauts fonctionnaires de l’UE, qui ont passé des mois à étudier comment d’autres pays ont réformé leurs monnaies.

L’expérience a montré que, dans de tels cas, des unités de police sont postées derrière des sacs de sable dans les agences bancaires. Au cours de la période de transition, les distributeurs de billets ne délivreront que 20 € ou 50 € par jour, de sorte que les clients puissent acheter le strict minimum des nécessités quotidiennes.

L’introduction de la nouvelle monnaie devrait commencer par une sorte de période d’échange obligatoire, durant laquelle les actifs en euros des Grecs seraient échangés en drachmes à un taux fixe. Les pensions et les salaires ne seraient versés que dans la nouvelle monnaie.

Les fonctionnaires de l’UE se préparent à la possibilité que les Grecs ne seraient alors plus en mesure de s’acquitter de leurs obligations au sein de l’UE, au moins temporairement. Par exemple, le pays, en tant que signataire de l’accord de Schengen, surveille les frontières extérieures de l’UE. S’il y a une dévaluation de la monnaie, les agents des douanes ont d’autres priorités, au moins dans le court terme.

« Turbulences »

Ce serait la première fois dans l’histoire de l’après-guerre qu’un pays de l’Europe occidentale déclarerait faillite et introduirait une nouvelle monnaie. Les défis organisationnels sont considérables, mais les conséquences économiques seraient encore plus grandes.

Si la drachme revient, elle va considérablement perdre de la valeur face à l’euro, avec des experts s’attendant à une dévaluation d’au moins 50 %. Les initiés disent qu’une perte jusqu’à 80 % est même possible. Les banques et les entreprises ayant des dettes étrangères libellées en euros ne pourraient plus les honorer et devraient déposer leur bilan.

En conséquence, la Grèce serait plongée dans une récession encore plus profonde. Le FMI s’attend à une baisse de la production économique de plus de 10 % pour la première année suivant le retour à la drachme. Cela créerait un retour en arrière de plusieurs années en termes économiques.

Mais après cela, selon le FMI, l’économie grecque croîtrait encore plus vite qu’elle ne le ferait sans la dévaluation. « Les turbulences peuvent durer un ou deux ans », explique Hans-Werner Sinn, président de l’influent Institut de Recherche Economique Ifo basé à Munich. Mais après cela, ajoute-t-il, les choses s’amélioreraient à nouveau.

Le pronostic du professeur est basé sur deux hypothèses. Tout d’abord, parce que les importations deviendraient plus chères, les Grecs vont plus acheter des produits domestiques, des produits alimentaires grecs au lieu de tomates néerlandaises, par exemple. Dans le même temps, les exportations du pays deviendraient meilleur marché, les rendant plus compétitives. Le résultat : de l’huile d’olive grecque va remplacer l’huile espagnole dans les supermarchés allemands.

Attraction touristique

De nombreux pays ont réussi à exporter leur moyen de sortir de leurs conditions désastreuses dans le passé par la dévaluation de leur monnaie : la Suède à la suite de l’accident bancaire dans les années 1990, la Corée du Sud après la crise asiatique de 1997 et l’Argentine après la fin du régime du dollar en 2001. Dans tous ces pays, l’économie s’est effondrée au début, simplement pour récupérer d’autant plus vigoureusement au bout du compte.

La Grèce peut réduire son déficit du commerce extérieur en exportant davantage et en important moins. Dans la dernière décennie, le déficit commercial était à un quasi-record de 10 %. Même en 2010, lorsque la crise a frappé de plein fouet, le pays a importé 32 milliards de plus de biens qu’il n’en a vendus à l’étranger. En conséquence, la Grèce, soi-disant un pays agricole, est encore un importateur net de produits alimentaires.

Un autre secteur économique sur lequel nombreux sont ceux qui placent leurs espoirs est également susceptible de bénéficier du retour de la drachme : le tourisme. Les vacances en Grèce sont devenues trop chères pour de nombreux étrangers. Mais avec la nouvelle monnaie, le pays pourrait rivaliser de nouveau avec ses rivaux les plus difficiles, la Turquie et l’Afrique du Nord.

Il est probable, mais pas garanti, que la renaissance économique réussirait. Beaucoup d’économistes craignent que le chaos inévitable d’une réforme monétaire puisse éclipser ses effets positifs pendant une longue période. Les épargnants perdraient une grande part de leurs actifs, le gouvernement ferait face au risque d’effondrement, les Grecs pourraient sombrer dans la pauvreté et les Européens pourraient se retrouver avec un problème coûteux à long terme dans le coin sud-est du continent.

« Trop insignifiant »

Ce ne serait pas la seule facture à venir ainsi en Europe. La dette grecque a été prise en charge par le secteur public dans les deux dernières années. Dans le sillage de la restructuration de la dette du mois de mars, les créanciers privés, comme les banques, les compagnies d’assurance et les hedge funds, détiennent désormais la dette souveraine valant uniquement environ 100 milliards d’euros.

Il existe également des prêts d’un montant de 73 milliards d’euros qui ont été déboursées par les membres de la zone euro et le FMI dans le cadre du paquet de premiers secours pour la Grèce. Maintenant Athènes a également reçu les premières tranches de l’ensemble des secondes aides. Et puis il y a environ 35 milliards d’euros en dette souveraine détenue par la BCE. On ne sait pas ce qui va arriver des revendications de la BCE contre la banque centrale grecque, les soldes dits Taeget-2, qui ont récemment ajouté jusqu’à hauteur d’environ 100 milliards d’euros.

L’agence de notation Fitch estime que les revendications du secteur public vis-à-vis de la Grèce passeraient à plus de 300 milliards d’euros cette année. Si la majorité de ces réclamations est devenu inutile, le ministère allemand des Finances à lui seul ferait face à une perte de dizaines de milliards d’euros.

Il s’agit d’un montant important, et pourtant la plupart des économistes pensent qu’il serait gérable. Il serait à peu près correspondant à l’emprunt net du gouvernement allemand pour cette année. En d’autres termes, le préjudice économique d’un retrait grec de l’euro pour l’Allemagne resterait dans les limites. « L’économie grecque est tout simplement trop insignifiante pour cela », dit l’économiste allemand Clemens Fuest basé à Oxford.

Risques en diminution

La conclusion est claire : La stratégie actuelle pour sauver la Grèce a échoué, mais, en même temps, les risques d’un retrait sont en diminution. Cela rend d’autant plus important de profiter des opportunités d’un nouveau départ, dans l’intérêt de la Grèce et de la zone euro. Il rendrait également la zone euro plus attrayante pour les nouveaux membres, comme la Pologne, avec son économie forte. Le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a déjà signalé le désir de Varsovie de rejoindre la zone euro.

NdT : Tout le monde aura compris que le Spiegel n’est pas un organe d’expression marxiste, et qu’un décodage corrélatif s’impose.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 18 mai, 2012 |Pas de commentaires »

POURQUOI ALAIN BADIOU NE VOTE PLUS

Sarkozy pire que prévu.
Les autres : prévoir le pire

Pourquoi Alain Badiou ne vote plus

POURQUOI ALAIN BADIOU NE VOTE PLUS dans REFLEXIONS PERSONNELLES MARTIN

Bernard GENSANE
Comme bien d’autres, en 1968, Alain Badiou se fait voler sa victoire. Le grand mouvement de Mai débouche sur l’élection d’une assemblée massivement de droite puis, en 1969, sur le second tour d’une élection présidentielle mettant en scène deux candidats de droite. Badiou pense alors que « si organiser des élections est un moyen essentiel de casser la puissance des révoltes, c’est que les élections sont un traquenard redoutable bien plus qu’un rite débonnaire. » Plus prosaïquement : « Élections, piège à cons ! »

Badiou a alors 31 ans. Il ne votera plus jamais.

Ce bref ouvrage, qui s’occupe assez peu de Sarkozy, analyse toutes les impasses du jeu parlementaire. Ses traquenards, ses faux-fuyants. Pour Badiou, les élections sont toujours biaisées parce qu’elles sont à l’image d’un paysage politique tout en illusions. Que fait la gauche, demande-t-il ? Dans le meilleur des cas, de Mauroy à Jospin, elle ne vient au pouvoir que pour « assumer les besognes qu’impose la crise de la propriété. » Dans le moyen-haut, elle réprime (Clemenceau casse un mouvement de mineurs, Jules Moch invente les CRS et les lance contre les ouvriers). Dans le pire des cas, elle est sanglante : Mollet, Lacoste, Mitterrand pendant la guerre d’Algérie. Avant eux, Gustav Noske s’était vanté du meurtre – par les corps francs – de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht : « Il faut que quelqu’un fasse le chien sanglant : je n’ai pas peur des responsabilités ».

Dans l’idéal, ce à quoi il faut parvenir, propose Badiou, c’est à une pensée de la politique dont le vote est purement et simplement absent. Pour ce qui concerne les pays occidentaux dans leur majorité, la démocratie électorale n’est rien d’autre que du capitalo-parlementarisme.

Les dernières élections dans les pays arabes ou en Europe ont raconté une autre histoire que celle de la rue, que celle du mouvement populaire, que celle de la libération. Elles ont raconté celle de l’hégémonie, soit de partis religieux conservateurs, soit de partis ultra-libéraux ou archi-réactionnaires, comme le PPD espagnol, avatar pur et simple de l’ordre franquiste. Badiou estime que les élections parlementaires n’existent que « comme la confirmation consensuelle du capitalisme libéral, consensus distribué entre deux factions qui s’échinent à présenter le Même sous le déguisement de la Différence. »

Pour Badiou, la quadrature du cercle est qu’un mouvement politique réel « ne doit pas se laisser interrompre par une procédure qui n’est pas interne à sa propre subjectivité active, qui prend la figure d’une consultation électorale organisée par l’autre camp, dans lequel les forces d’inertie, les forces conservatrices seront majoritaires. » Ce n’est pas parce que la rue égyptienne a dégagé Moubarak que l’armée égyptienne n’est plus là. Bref, les révolutionnaires ne doivent accepter des élections que si ce sont eux qui les organisent. Comme sous la Commune quand les élections furent un moment, une composante du mouvement lui-même.

Dans les démocraties occidentales, le pouvoir du peuple est très faible. Nul lorsqu’il s’agit de décisions concernant l’économie ou la politique étrangère. Nous vivons dans un régime oligarchique, composé d’un mélange de décideurs, les uns élus, d’autres autoproclamés, d’autres encore œuvrant dans des lieux déterminants comme les médias.

Les libertés consensuelles ne concernent que « la liberté d’entreprendre et de s’enrichir sans limites, le soutien militaire aux expéditions qui rapportent gros, la souveraineté des marchés. » Jospin avait prévenu : « Nous n’allons pas revenir à l’économie administrée. »

Il y a cinq ans, pour qualifier le sarkozysme, Badiou avait utilisé l’expression de « pétainisme transcendantal ». Il revient sur ce concept en expliquant que pour piller l’État, Sarkozy et les siens ont puisé leur rhétorique dans l’arsenal du pétainisme : mettre tous les problèmes sur le dos des « étrangers », de gens d’une civilisation « inférieure », des intellectuels « coupés des réalités », des malades mentaux, des enfants génétiquement délinquants, des nomades, des « mauvais » parents dans les milieux pauvres.

Que peut faire Hollande, sinon une politique conservatrice légèrement réformatrice ? Y a-t-il eu, demande Badiou, ces cent dernières années – à part l’abolition de la peine de mort – une seule mesure progressiste sur laquelle les socialistes ne sont pas revenus ? Les privatisations ont succédé aux nationalisations, et pas l’inverse. Pour la gauche parlementaire, la tremblote et le repentir semblent être la conduite de prédilection.

Il faut donc sortir de la représentation, investir les lieux de l’adversaire, contraindre le pouvoir d’État pour préparer son dépérissement.

Bernard GENSANE

Alain Badiou. Sarkozy pire que prévu. Les autres : prévoir le pire. Paris : Nouvelles Éditions Ligne, 2012. 93 pages.

PS : Il n’y a pas 2 millions d’Alain Badiou en France. Mais le fait est que lors du second tour de l’élection présidentielle de 2012, 2154956 Français ont voté blanc ou nul. Autrement dit : 4,68% des électeurs qui se sont rendus aux urnes. Ce chiffre important signifie quelque chose. Lors du référendum de 2005, les blancs ou nuls n’avaient été “ que ” 730000, c’est-à-dire 2,52% des suffrages exprimés.

 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 18 mai, 2012 |Pas de commentaires »
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