DEUX OPERATIONS DE « CONTRE-TERRORISME » MENEES PAR LA FRANCE AU MALI: LES ARMES A L’URANIUM « APPAUVRI » ONT ETE UTILISEES ( AFP / Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie.unblog.fr)

Deux opérations de « contre-terrorisme »

menées par la France

dans la nuit de mercredi à jeudi au Mali:

profil_gbu

Les armes à

l’URANIUM « APPAUVRI »

ont été utilisées

(AFP / Titre changé par Thierry LAMIREAU)

PARIS – Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé jeudi 23 janvier 2014 que les forces françaises présentes au Mali avaient mené dans la nuit de mercredi à jeudi deux opérations de « contre-terrorisme » dans le nord du pays.

Interrogé par i>TELE sur un bilan de l’opération SERVAL lancée il y a un an, M. Le Drian a relevé que: « tout n’est pas fini, les risques « terroristes » dans cette partie de l’Afrique restent importants. »

« Nous allons garder un millier de soldats qui font du « contre-terrorisme », y compris cette nuit, a-t-il poursuivi. On intervient pour « cibler » des groupes en reconstitution sur deux théâtres, à la fois aux environs de Tombouctou (nord-ouest) et dans l’Adrar des Ifoghas (dans la région de Kidal, extrême nord-est).

Plus généralement, le bilan de l’opération SERVAL contre les groupes armés occupant le nord du Mali est extrêmement positif, a dit M. Le Drian.

Selon une source administrative malienne jointe depuis Bamako, plus d’une centaine de militaires français ont quitté Tombouctou par voie terrestre pour le nord de la ville, avec le matériel nécessaire.

Elle n’a pas fourni de détails, mais selon une source militaire africaine au sein de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), « il y a des moyens aériens et terrestres. »

« Ce n’est pas la plus importante opération militaire depuis la reprise des villes, mais c’est une opération militaire nécessaire pour que les terroristes ne se reconstituent pas, a ajouté cette même source militaire. »

Une autre source militaire étrangère, qui a requis l’anonymat, a affirmé que les opérations se poursuivaient jeudi matin.

Nous n’avons pas encore de bilan. (…) Il est clair que les combattants du Mujao, les héritiers d’Abou Zeïd, et la katiba (unité combattante, NDLR) de Belmokhtar sont dans le viseur. Ils tentent de se reconstituer. Peut-être même qu’ils ont du matériel militaire venu de la Libye, a-t-elle ajouté.

Les Algériens Abdelhamid Abou Zeïd et Mokhtar Belmokhtar étaient des chefs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui fait partie avec le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) des groupes armés ayant occupé pendant plusieurs mois en 2012 le nord du Mali.

Ecarté d’Aqmi, Mokhtar Belmokhtar a ensuite créé le groupe des Signataires par le sang, responsable en janvier 2013 d’une prise d’otages massive à In-Amenas, site gazier dans le sud de l’Algérie, qui fit près de 70 morts, ravisseurs compris.

Abou Zeïd a été tué fin février 2013 par l’armée française dans le cadre de l’opération SERVAL, lancée en janvier 2013 par la France pour aider Bamako à reprendre le contrôle du vaste nord du Mali, comprenant les régions de Tombouctou, Gao et Kidal.

Outre la France, qui poursuit son opération, le Tchad et d’autres pays africains se sont engagés militairement sur le terrain, leurs contingents ayant été intégrés au sein de la MINUSMA.

Les jihadistes ont été affaiblis mais ils demeurent actifs, commettant à intervalles réguliers des attaques meurtrières.

Dans un communiqué diffusé jeudi 23 janvier 2014, qui n’évoque pas les opérations militaires annoncées par la France, la MINUSMA a annoncé une visite à Gao mercredi de son commandant, le général Jean Bosco Kazura, et de plusieurs membres de son état-major.

Leur objectif était de s’enquérir de l’état d’avancement du déploiement des différents contingents dans la région et saluer et encourager ceux déjà en poste.

Le général Kazura a exhorté les troupes à la vigilance et à la prudence, tout en soulignant le devoir d’un comportement exemplaire vis-à-vis de leurs hôtes maliens, affirme la mission onusienne.

De même source, le commandant de la MINUSMA a notamment visité le quartier général de la mission et le contingent chinois actuellement fort de 395 éléments.

Il s’est également rendu à la base du contingent rwandais de 140 éléments déployé depuis novembre, ainsi qu’à celle du contingent néerlandais fraîchement arrivé à Gao, une équipe de 37 personnes devant être rejointe progressivement par 336 autres.

(©AFP / 23 janvier 2014 14h04)

COMMENTAIRE:

(Thierry LAMIREAU)

Des aéronefs ont été utilisés pour « toucher efficacement les cibles » (cf. mon informateur, militaire)

« Des armes à l’URANIUM « APPAUVRI » ont été larguées » pour mieux et rapidement détruire certains lieux. »

Rien d’étonnant à cela, on s’en doutait d’autant que le Ministère de la Défense se tait encore plus sur le sujet puisque l’utilisation a été classifiée « SECRET DEFENSE » !

Merci HOLLANDE !

Pour quelqu’un qui « ne voulait pas intervenir au Mali »…c’est TOP !

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

RETOUR SUR INFO: LOI DU SILENCE SUR L’URANIUM APPAUVRI (Robert James PARSONS)

Retour sur info:

Explosion avec des armes à l'uranium appauvri

Loi du silence sur l’uranium appauvri

Depuis que les munitions à l’uranium appauvri (UA) ont été testées par les Etats-Unis contre l’Irak, décès et maladies inexpliquées se multiplient chez les combattants ayant servi dans le Golfe, mais aussi en Bosnie et au Kosovo.

A des degrés divers, les agences des Nations Unies ont imposé une chape de silence sur la dangerosité radiologique et chimique de cette arme. N’a-t-il pas fallu attendre janvier 2001 pour que l’Organisation Mondiale de la Santé « envisage » d’enquêter sur les effets de l’UA sur les populations du Golfe ?

(Robert James PARSONS)

Annoncé, reporté plusieurs fois, puis ressurgi sous la pression des agences internationales d’aide humanitaire présentes au Kosovo, le projet d’élaboration d’un rapport sur l’uranium appauvri (UA) par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n’a toujours pas abouti. Après l’éclatement de l’affaire dite du « syndrome des Balkans », l’OMS s’est contentée de publier en janvier 2001 un aide-mémoire qui, en quatre pages, prétend traiter de l’essentiel du sujet (1). Cherchant surtout à calmer le jeu et à rassurer le public, les informations y sont vagues et souvent en flagrante contradiction avec les connaissances scientifiques actuelles. Si radiation il y a, affirme le texte, elle se situe en dessous du seuil acceptable : « La science fait apparaître comme improbable la détection d’une augmentation du risque de leucémie chez les militaires dans les Balkans en relation avec l’exposition à l’uranium appauvri. »

Plus haute instance mondiale dans le domaine de la santé, comment l’OMS a-t-elle pu produire un tel document ?

Elle y recommande, par exemple, comme « raisonnables » des« opérations de dépollution » aussi invraisemblables que celle consistant à récupérer des milliers de milliards de particules radioactives invisibles répandues sur des centaines de kilomètres carrés de territoire et mélangées avec des centaines de milliers de tonnes de terre !

En fait, un accord passé avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) en 1959 interdit à l’OMS de traiter des questions de radiation et de santé publique sans l’aval de celle-ci. Aval qui n’est pratiquement jamais donné.

Dans les années 1950, aux Etats-Unis, pour justifier les budgets faramineux destinés à l’arsenal nucléaire, le gouvernement Eisenhower joua sur les retombées civiles de la recherche militaire. Il fit naître, en 1954, le programme « Atomes pour la paix », promettant à l’opinion une électricité, non seulement « propre », mais trop abondante pour qu’il vaille la peine de la facturer.

Bien des membres de la communauté scientifique, peu ou pas impliqués dans les recherches militaires, rappelèrent alors les travaux qui valurent à Herman Joseph Muller de recevoir un prix Nobel en 1946. Il avait découvert le caractère mutagène terrifiant de la radiation ionisante. C’est précisément cette radiation que les centrales nucléaires prévues par « Atomes pour la paix » allaient introduire au sein de la population civile.

Le docteur John W. Gofman, chef du groupe plutonium ayant isolé le premier milligramme de plutonium en 1942, ne cessait pour sa part de marteler :« D’après toute norme raisonnable basée sur des épreuves scientifiques, il n’existe aucune dose sûre (2). » Face à de telles réticences, les Etats-Unis poussèrent en 1956 à fonder l’AIEA, organisation du système de l’ONU dont le mandat revient tout simplement à promouvoir l’industrie nucléaire.

En 1957, l’OMS a organisé une conférence internationale sur les effets de la radiation sur la mutation génétique, dont les prémisses de base, issues des expériences de Muller, se reflètent dans les monographies présentées à la conférence et ensuite publiées (3). Pourtant, en 1959, le débat est clos. L’OMS accepte l’accord avec l’AIEA, selon lequel« chaque fois que l’une des parties se propose d’entreprendre un programme ou une activité dans un domaine qui présente ou peut présenter un intérêt pour l’autre partie, la première consulte la seconde en vue de régler la question d’un commun accord  (4). » C’est cette obligation de « commun accord » qui permettra à l’AIEA d’empêcher presque tous les efforts de l’OMS dans le domaine des rapports entre santé publique et radiation.

C’est ainsi que, lorsque l’OMS se propose de publier un aide-mémoire sur l’uranium appauvri, le projet n’aboutit pas. L’étude générique, qui traîne encore, devait se limiter à l’UA, « contaminant chimique en tant que métal lourd ». 

Il faudra que l’uranium appauvri fasse la « une » de la presse internationale pour que l’OMS annonce que l’étude sera étendue à la radiation. Le travail supplémentaire sera assuré par des experts en provenance d’organisations telles que le Nuclear Radiation Protection Board du Royaume-Uni (instance vivement critiquée par les anciens combattants britanniques atteints du syndrome de la guerre du Golfe) et, bien sûr…, l’AIEA.

Les organisations d’aide humanitaire présentes au Kosovo, telles le Haut-Commissariat pour les Réfugiés, le Programme Alimentaire Mondial, l’Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires, l’Organisation des Migrations Internationales, qui, en vertu de leur appartenance au système onusien, sont obligées de se référer à l’OMS pour toute question de santé publique, attendent toujours.

Les normes qui, actuellement, établissent la dose de radiation « supportable » sans danger par l’organisme humain ont été fixées à partir d’études faites par l’Atomic Bomb Casualty Commission du Pentagone sur les survivants de Nagasaki et de Hiroshima, études dont un objectif important, sinon le principal, fut de déterminer l’efficacité de la bombe en tant qu’arme de guerre. Ces études (dont les détails ne furent publiés qu’en 1965) commencèrent en 1950, moment où bon nombre de victimes qui avaient initialement survécu étaient déjà mortes des suites des bombardements. Le groupe étudié comprenait surtout des sportifs jeunes en relativement bonne forme. Les personnes particulièrement vulnérables aux effets néfastes de la radiation – les enfants, les femmes et les vieux – n’y figurent pas.

Ces études des survivants furent rapidement terminées, sans attendre le développement de cancers qui mettent des décennies à apparaître.

De plus, elles furent menées par des physiciens sans formation en biologie. A l’époque, ceux-ci ignoraient encore l’existence – sans parler du fonctionnement – de l’ADN, et ne distinguaient pas entre les effets d’une seule explosion vive et intense et ceux d’une radiation de source interne, lente et constante, comme celle émise par les particules d’UA (qui pénètrent dans le corps par voie d’inhalation, d’ingestion, ou de blessures sur la peau).

Le lobby nucléaire a toujours prétendu que les effets de la radiation faible sont trop infimes pour être étudiés. On a donc extrapolé à partir des effets observés après une irradiation à forte dose (Hiroshima et Nagasaki), suivant cette logique : si 1 000 survivants étaient malades après l’exposition à une dose 100 (chiffre arbitraire), 500 seraient malades exposés à une dose 50 et un seul dans le cas d’une dose 0,5. Donc, en dessous de cette exposition, personne n’est affecté (5) !

Doutes sur les normes actuelles

Or une étude sur les enfants nés de mères ayant subi des radiographies pendant leur grossesse, de la chercheuse anglaise Alice Walker, a mis en évidence le danger de la radiation à faible dose pour l’organisme humain. Dans les années 1970, elle arriva aux mêmes conclusions pour les employés de l’usine de fabrication d’armes nucléaires de Hanford aux Etats-Unis. En 1998, toujours vaillante malgré ses quatre-vingt-onze ans, elle a publié, avec George W. Kneale, une réévaluation approfondie des enquêtes faites sur les survivants de 1945, montrant de façon irréfutable les erreurs présentes dans les études ayant servi de base à l’établissement des normes actuelles (6). Ce sont ces normes qui permettent à l’aide-mémoire de l’OMS de parler de « dose journalière acceptable » applicable aux personnes exposées à l’UA.

Allant dans le même sens, le docteur Chris Busby, chercheur anglais auteur de nombreux ouvrages sur les effets de la radiation faible (7) (travaux contestés par l’establishment nucléaire), a expliqué le mécanisme par lequel une radiation faible interne et chronique détruit de façon systématique l’ADN des cellules pour produire des mutations à la base des cancers.

Les normes internationales ont été revues à la baisse par l’lnternational Commission for Radiation Protection – agence chargée d’élaborer ces normes, qui sont ensuite appliquées par l’AIEA – à plusieurs reprises, plus récemment en 1965, 1986 et 1990. La révision de 1990 a réduit dans un rapport de 5 à 1 la dose permise. Les Etats-Unis n’ont toujours pas accepté cette révision. C’est donc sur des doses cinq fois plus élevées que celles acceptées par le reste du monde qu’ils prétendent que leurs soldats ont subi des doses « sûres » pendant la guerre du Golfe.

L’instance la plus haute en la matière aux Etats-Unis est l’Atomic Energy Commission (AEC), agence civile, mais en réalité dirigée par le Haut Commandement Militaire qui, ainsi, contrôle le développement de toute technologie nucléaire.

Toutes les sources principales de la radiation ionisante sont ainsi tombées sous le contrôle de personnes et d’institutions qui n’ont aucun intérêt à en explorer la dangerosité. Les quatre autorités scientifiques les plus éminentes ayant travaillé pour l’AEC sont MM. John Gofman, Karl Z. Morgan, Thomas Mancuse et Mme Alice Stewart. Chacun à son tour fut renvoyé pour avoir présenté des résultats d’études démontrant que l’exposition à la radiation faible provoque le cancer (8). L’aide-mémoire de l’OMS s’inscrit donc dans un historique de dénégation générale, dont l’affaire de l’UA en Yougoslavie n’est que l’épisode le plus récent.

Pendant la guerre du Kosovo, en mai 1999, l’ONU a organisé un voyage de représentants de toutes les agences impliquées dans le conflit afin d’en dresser une évaluation préliminaire. Chacune a rédigé un rapport qui, par la suite, a été partagé avec les autres agences. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) y a participé, mais son rapport a été supprimé.

Rendu public le 18 juin 1999, grâce à une fuite, dans deux quotidiens de Suisse Romande, le Courrier et la Liberté,9). le document issu de la plume de M. Bakary Kante, conseiller du directeur général du PNUE Klaus Toepfer, tirait le signal d’alarme sur la pollution engendrée par les bombardements et signalait spécifiquement l’UA.

Un autre rapport sur la pollution, commandité par la Commission Européenne et publié en juin, peu après la fin de la guerre, s’est donné la peine d’identifier ses sources (experts sur le terrain et ailleurs, ouvrages, monographies spécialisées, etc.) mais ne mentionne quasiment pas l’uranium appauvri (10). Sur une liste sommaire des types de pollution figure l’indication unique : « UA », suivie de la mention « en Yougoslavie – prétendu ». On pourrait supposer que ce groupe de travail ignorait l’existence du document de Kante. Pourtant, plusieurs paragraphes de son rapport le reproduisent mot à mot, et la liste de quelque 80 sites bombardés est identique à celle constituée par M. Kante.

Peu après, le PNUE constitue un groupe de travail, le Balkans Task Force (BTF), pour dresser un bilan complet. A sa tête M. Toepfer nomme M. Pekka Haavisto, ancien ministre de l’environnement de Finlande. Celui-ci est catégorique : l’UA fait partie du tableau global de la pollution et il ne faut pas l’écarter de l’enquête ; si on lui interdit de l’étudier comme pollution radioactive, il l’étudiera comme pollution chimique (voir « Chimiquement toxique »).

Où sont les sites contaminés ?

LE rapport du BTF enfin prêt (11), son lancement à Genève est annoncé pour le 8 octobre 1999. Un journaliste qui se rend au bureau du PNUE à Genève, siège du BTF, à la recherche anticipée d’une copie, est accueilli par M. Robert Bisset, porte-parole et bras droit de M. Toepfer, qui lui interdit tout contact avec l’équipe de M. Haavisto. On apprend finalement que ce dernier, contrairement au plan prévu, donnera une conférence de presse, le 11 octobre à New York. Les journalistes qui suivent de près la question de l’UA au Kosovo, tous basés à Genève, se voient ainsi ôter la possibilité d’interroger le responsable du rapport.

Retravaillée par M. Bisset, la partie finale du rapport est réduite de 72 pages à 2, comme en témoigne son texte boiteux (plus tard, les parties manquantes paraîtront sur le site Internet du PNUE) (12). Ses conclusions et recommandations parlent d’empêcher tout accès aux sites contaminés, tout en déclarant que ceux-ci… ne peuvent être repérés. L’experte canadienne Rosalie Bertell avait conseillé au BTF de prendre des échantillons sur les filtres d’air des véhicules au Kosovo, sur les chars blindés touchés, et sur des sites probablement atteints par des armes à l’UA : aucun échantillon conforme à ses conseils ne sera recueilli lors de la seule mission menée sur le terrain.

Pendant tout ce temps, Genève assiste à un défilé de personnalités directement impliquées dans la question. Envoyé spécial aux Balkans du Haut-Commissariat pour les Réfugiés, M. Dennis McNamara parle du retour de ces derniers sur des sites « d’environnement sûr ». Mais par « sûr », il entend « militairement sûr » et insiste au cours d’une conférence de presse tenue au Palais des nations le 12 juillet 2000 : « L’OTAN assure que l’UA ne pose pas de problème. » Sous-secrétaire d’Etat des Etats-Unis pour la population, les réfugiés et la migration, venue à Genève vanter devant le Conseil Economique et Social de l’ONU la réussite de la « guerre humanitaire », Mme Julia Taft avoue, elle, pendant une autre conférence de presse (Palais des nations, 14 juillet 1999), qu’elle ne sait pas ce qu’est l’UA.

Interrogé par nos soins, M. David Kyd, porte-parole de l’AIEA, prétend que le mandat de son agence ne permet aucunement à celle-ci d’enquêter sur l’uranium appauvri et assure que l’UA est de toute façon inoffensif. Le docteur Keith Baverstock de l’Office régional pour l’Europe de l’OMS débite la même litanie sur l’absence totale de danger, tout en ajoutant que « l’UA pourrait causer des problèmes dans une situation de bataille » ! Enfin, devenu envoyé spécial aux Balkans du secrétaire général de l’ONU, l’ancien premier ministre suédois Carl Bildt tranche : l’affaire de l’UA est une « non-affaire ».

En mars 2000, le Military Toxics Project, ONG antinucléaire américaine, annonce qu’une carte des cibles touchées par l’uranium appauvri au Kosovo aurait été remise par l’OTAN au PNUE en janvier, information confirmée par une source du Ministère des Affaires Etrangères des Pays-Bas (13). Craignant un tollé général, M. Toepfer convoque une réunion de crise à Genève, le 20 mars 2000, pour arrêter une stratégie. Il est trop tard. Le matin même, le Courrier,dernier journal indépendant de Suisse romande, publie la carte.

Le lendemain, M. Haavisto tient une conférence de presse pour la rendre publique. S’il se veut rassurant, il renvoie cependant aux recommandations du rapport d’octobre : il convient d’empêcher l’accès aux endroits contaminés – tout en indiquant que la carte disponible n’est pas assez précise pour identifier ceux-ci. Un communiqué de presse signale l’étude de l’OMS éternellement en préparation et une autre commanditée par le BTF auprès de la Royal Society du Royaume-Uni (dont on n’a plus parlé depuis).

La carte, censée révéler les 28 sites touchés par des projectiles flèches [en anglais : penetrators] antichars de 30 mm lâchés par des avions A-10, pose pourtant des questions. Les cibles sont concentrées près de la frontière albanaise (zones d’occupation italienne et allemande), où Tito, craignant l’irrédentisme du dirigeant albanais Enver Hoxha, avait fait construire d’importantes installations militaires souterraines en béton. Selon M. Jacques Langendorf, analyste militaire suisse ayant visité les lieux du temps de Tito, les projectiles flèches de 30 mm auraient peu d’effet contre ce béton, mais des missiles Cruise armés d’UA pourraient s’avérer efficaces. Et, selon l’analyste britannique Dennis Flaherty, un des buts de la guerre aurait été de tester de tels missiles équipés d’une nouvelle technologie (appelée Broach), qui permet de tirer jusqu’à dix projectiles flèches à la fois, en vue d’une pénétration plus efficace de bunkers souterrains.

Après des demandes insistantes du secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, une nouvelle carte a été remise à M. Toepfer, en juillet 2000, par l’OTAN. Elle comporte 112 cibles accompagnées d’une liste de munitions censées y avoir été lâchées (une vingtaine de sites portent la mention « inconnu » en face du type de munitions – invraisemblable vu les systèmes de contrôle informatique dont disposent et l’OTAN et le Pentagone) et aurait été cachée à M. Haavisto jusqu’en septembre. En la découvrant, ce dernier aurait voulu mettre immédiatement sur pied une mission d’enquête au Kosovo. M. Toepfer aurait interdit une telle démarche avant les élections du 24 octobre 2000, craignant, en cas de révélations inquiétantes… des exodes massifs, comme pendant la guerre.

Quoi qu’il en soit, le Haut-Commissariat pour les Réfugiés, las d’attendre l’OMS, a mis sur pied ses propres consignes pour son personnel (14) : aucune femme enceinte ne sera envoyée au Kosovo, toute personne pressentie pour cette zone doit avoir l’option d’un autre poste ailleurs, et tout fonctionnaire envoyé au Kosovo doit voir figurer dans son dossier une indication de « service sur le terrain », pour faciliter la recherche de compensation en cas de maladie provoquée par… la contamination. Selon M. Frederick Barton, haut-commissaire adjoint pour les réfugiés, les efforts du HCR pour signaler le danger de contamination aux populations civiles se sont heurtés à une résistance formidable tant de la part des chefs politiques albanais que de la part de l’administration de l’OTAN et de l’Unmik (Mission des Nations unies au Kosovo).

Pour la docteure Rosalie Bertell, la « non-affaire » de l’uranium appauvri s’inscrit en droite ligne dans une longue histoire qui se joue encore et semble loin de se terminer. Une « non-affaire » à suivre.

Robert James PARSONS

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 22 janvier, 2014 |1 Commentaire »

MOI, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, JE FERAI TOUT POUR OUBLIER MES PROMESSES ! L’ORDRE PUBLIC S’EFFONDRE COMPLETEMENT EN CENTRAFRIQUE: UN ENLISEMENT TOTAL DANS UN SACRE BOURBIER (elwatan.com / journaldebangui.com / survie.org /le petit blanquiste /Giovanna Cipriani /AFP /mediterranee.com / Thierry LAMIREAU)

Moi, Président de la République française…

GUERRES Dessin de LICHUAN de Chine

(Dessin: LICHUAN de Chine)

Près d’un million de personnes déplacées en l’espace d’un mois.

Patrouille française à Bangui 10.12.03.JPG

L’ordre public s’effondre complètement en Centrafrique.

GUERRES Dessin de LICHUAN de Chine

<br /><br /><br /><br />

La situation humanitaire est désastreuse en raison du climat d’insécurité.

Le pire est à craindre en République centrafricaine où les affrontements entre les éléments de l’ex-Séléka et les partisans des milices anti-Balaka prennent de plus en plus l’allure d’une guerre confessionnelle. Comme toujours, les premiers à faire les frais de cette explosion de violence sont les populations civiles. Supposées les protéger, les forces internationales présentes sur place semblent aujourd’hui complètement dépassées.

Aussi, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s’est alarmé de la situation humanitaire désastreuse en raison du fait justement que l’insécurité entrave l’acheminement de l’aide à plus de 935 000 personnes déplacées à cause des violences.

«Les gens se cachent dans la brousse, craignant de nouvelles attaques», a affirmé en conférence de presse un porte-parole du HCR, Babar Baloch.

Les attaques ciblées contre les civils, les pillages et la présence d’éléments armés sur certains sites où se trouvent des personnes déplacées limitent en effet l’accès des organismes humanitaires aux nécessiteux, a expliqué la même source. Cette détérioration de la situation, combinée à l’éloignement géographique des différents groupes de personnes déplacées en dehors de la capitale Bangui et à des routes en très mauvais état, complique aussi l’acheminement de l’aide aux populations en détresse. M. Baloch fait également état d’un «effondrement complet de l’ordre public» dans le pays, expliquant que malgré une présence militaire internationale près de l’aéroport de Bangui, la communauté humanitaire n’a pas été en mesure de mettre en place les conditions requises pour permettre aux agences de faire leur travail correctement.

Populations en danger

Des troupes supplémentaires et une coordination opérationnelle plus efficace sont donc nécessaires à l’appui de la Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA), a fait savoir M. Baloch. Entre-temps et après avoir accru sa présence dans le pays, le HCR a, depuis dimanche, ouvert un pont aérien depuis ses entrepôts régionaux pour faire venir véhicules et articles de première nécessité, tels que des tentes, des couvertures et des bâches en plastique. Mais la distribution de matériel d’abri et d’autres articles de secours est plus difficile, a noté M. Baloch, compte tenu du nombre croissant de familles dans le besoin. Plus de la moitié de la population de Bangui, plus de 512 000 personnes, a trouvé refuge dans 67 sites différents de la capitale ou vivent chez des familles d’accueil, et 60% des personnes déplacées sont des enfants.

Le Conseil de Sécurité avait, rappelle-t-on, autorisé le déploiement de la mission MISCA le mois dernier pour mettre fin au cycle de violences interconfessionnelles et de violations des Droits de l’Homme dans lequel a sombré la RCA depuis un mois.

La RCA est notamment dans la tourmente depuis que les rebelles de l’ex-Séléka, qui sont musulmans, ont lancé une offensive il y a un an, contraignant le président François Bozizé à quitter le pouvoir en mars. Un gouvernement de transition a permis, dans un premier temps, de rétablir un semblant de paix, ouvrant la voie à la tenue de futures élections démocratiques, mais le mouvement majoritairement chrétien des anti-Balaka a pris les armes et des affrontements interconfessionnels ont éclaté à Bangui début décembre. Et depuis, la situation n’a cessé d’aller de mal en pis. Le constat est le même également depuis le renforcement des troupes militaires françaises dans la région.

A. Z.

http://www.elwatan.com/international/l-ordre-public-s-effondre-completement-en-centrafrique-05-01-2014-240976_112.php

LE PETIT BLANQUISTE

Bloc-Notes de Jean-Pierre Dubois

L’isolement de la France en Centrafrique

2387730842.JPG

La journaliste Colette Braeckman s’interroge sur les raisons qui font qu’en dépit du feu vert de l’ONU la France semble se trouver isolée et dans l’impasse en Centrafrique. [1]

Elle rappelle, tout d’abord, que l’opération Sangaris représente la 11ème (onzième !) intervention de l’armée française en Centrafrique depuis que ce pays a accédé à l’indépendance.

C’est ainsi qu’en 1965 la France impose Jean-Bedel Bokassa à la présidence pour, en 1979, l’en chasser et amener son remplaçant, David Dacko, « par vol spécial ».

En 2003, elle approuve le coup d’État du général François Bozizé contre le président élu Ange-Félix Patassé.

Dix ans plus tard, le 24 mars 2013, elle laisse Michel Djotodia et ses milices Seleka [2] renverser Bozizé celui-ci étant tombé en disgrâce pour avoir osé ouvrir aux Chinois les champs pétroliers et les mines d’uranium de son pays…

Colette Braeckman dresse également un constat sévère de la colonisation française : un pays sans routes, sans encadrement administratif, à peu près aussi peu développé que le Sud Soudan.

Dans ce contexte – explique-t-elle – il faut prendre conscience de « la sophistication des moyens militaires dont dispose la Seleka » et qui explique son « avancée fulgurante ». Ces « guerriers sans frontières » ont déjà opéré au Tchad, au Soudan, dans toutes les zones grises de la frange sahélienne, ils sont formés et endurcis.

Avec d’autres mouvements comme les ADF-Nalu, opérant au Nord du Congo, la Seleka représente une avant-garde qui menace toute la zone forestière, du Cameroun jusqu’au nord du Kénya ; c’est une poussée de fond des populations sahéliennes, nomades et marquées par l’Islam, en direction des verts pâturages de l’Afrique centrale.

Face à ces combattants, les armées d’États aussi faibles que la Centrafrique ne font pas le poids. Quant aux Français, en nombre insuffisant, ils sont à peine secondés par les 4.000 hommes de la Force Africaine dont les 850 Tchadiens à la neutralité sujette à caution.

« Ceux qui tablaient sur une opération de courte durée, de nature à redorer le blason présidentiel, ont péché non seulement par excès d’optimisme mais surtout par ignorance ou présomption. », constate Colette Braeckman.

Ce pourrait être la conclusion…

Seleka.JPG

Le général Moussa Assimeh, chef militaire de la Seleka ayant participé au coup d’État qui a renversé François Bozizé le 24 mars 2013

1004369789.png

[1] Colette Braeckman,La France isolée face aux guerriers sans frontières  :http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2013/12/28/la-france-isolee-face-aux-guerriers-sans-frontieres/

[2] Seleka signifie Coalition ou Alliance en langue sango.

COMMENTAIRES:

Cher Monsieur Dubois
Merci de cet éclairage pertinent de Mme Braeckman. Un autre aussi est offert dans ce documentaire. Mais pour contourner le blocage en France sur un passage de la Françafrique on a dû poster ailleurs le film Africom go home bases étrangères hors d’Afrique.
Merci de le visionner et de le diffuser massivement.
Bonheur et longévité
http://www.youtube.com/watch?v=2Wu8vC9MLoU

Aziz Salmone Fall

Pour les connexions lentes prendre quelques minutes d’attente pour la mise en mémoire tampon-buffering avant de visionner. Pour ceux et celles qui ne pourront pas le visionner pour une raison technique quelconque, merci de me le faire savoir afin que je vous fasse une copie disque. La version anglaise et allemande suivent dans quelques jours.

AFRICOM Go Home: Bases étrangères hors d’Afrique est un film dans le cadre du cinquantenaire des «indépendances» africaines, (OUA 1963 -2013). C’est un document de contre-propagande et de sensibilisation aux fins non commerciales et d’usage d’archive et de consultation.
Ce document vidéo est une interprétation personnelle de l’enjeu géopolitique africain et mondial. Il n’engage que moi et nullement la responsabilité du GRILA et de ses membres. Le film s’adresse aux dirigeants africains, aux panafricains, aux internationalistes et à la jeunesse africaine préoccupés de la condition de l’Afrique dans le système monde. Il compare la vision des pères progressistes du panafricanisme à celle des tenants de la domination et leurs alliés locaux.

Au fur et à mesure de ma tournée de conférences et de sensibilisation, j’ai reçu des questions auxquelles, à travers ce film, je tente de nouveau de répondre, de façon plus vulgarisée et illustrative. L’abondance d’images et leur rapidité parfois sont voulues pour illustrer l’aridité des conférences et surtout comme archives permettant, sur le web, de faire une pause, de retourner en arrière et les revoir. Indépendantes de ma volonté, quelques brèves portions du son sont de moindres qualités en raison de bruits ambiants ou de cabines d’interprétariat, ou étaient déjà historiquement dégradés. Je m’en excuse et espère qu’elles n’empêchent toutefois pas la compréhension de ce grave enjeu.

L’objectif de ce document est une contribution subjective au suivi de la Déclaration AFRICOM Go Home, signée par une cinquantaine de personnalités et d ‘organisations africaines et allemandes. Ce document audiovisuel, articulé autour d’une tournée d’explicitation, de plaidoyer et de conférences en Amérique, en Europe et en Afrique, illustre les enjeux à partir d’images disponibles sur le World Wide Web ou d’autres offertes par des camarades qui ne portent aucune responsabilité dans le traitement du film. Je suis profondément reconnaissant de l’aide technique et des commentaires critiques de mes camarades. J’ai une pensée particulière pour Rosalie que l’on voit le jour du lancement de la Déclaration et qui s’est éteinte sans pouvoir visionner ce film.

Le film est bâti sur les enjeux fondamentaux suivants :

- Le suivi de la Déclaration AFRICOM Go Home et le bien fondé de cette déclaration.
– L’histoire et l’évolution de la présence militaire impérialiste et néocoloniale en Afrique sur les 50 ans.
– L’avènement de l’AFRICOM, son décryptage et celui des rivalités et visées impérialistes sur le continent, mais aussi leur surveillance réciproque et leurs contradictions dans la lutte contre le terrorisme. La dénonciation de son extension rampante dans le continent et sa position en Allemagne.
– Les contradictions des africains et leurs organisations à se défendre contre les conflits liés au pillage des ressources et l’accès au territoire.
– La nécessité de la résistance panafricaine et internationaliste et la repolitisation démocratique de notre jeunesse.

Le film suit la visite du président Obama en Afrique et en Allemagne, traque les positions des présidents Bush, Père et fils, Clinton, Chirac, Sarkozy, Hollande, la Chancelière Merkel, Khadafi, Moubarak, Ben Ali, Touré, Gbagbo, Abd el Aziz, Ouattara, Zuma, Bouteflika, Kagamé, Museveni, Kabila… et les chefs militaires de l’AFRICOM comme ceux et celles qui s’opposent à elle. Il fait le bilan de la politique sécuritaire du continent et s’attarde sur l’influence des néo-conservateurs américains et la poursuite actuelle de certaines de leurs politiques, y compris à travers des puissances régionales comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Il explicite les agissements de l’impérialisme et du néocolonialisme, à travers les épisodes libyens, maliens, congolais ou centrafricains et les processus de cooptation de nos élites, de nos dispositifs militaires comme de nos sociétés civiles. La responsabilité de nos élites est engagée autant que celle de leurs commanditaires. 95 % des armes en usage sur le continent proviennent de l’extérieur et ils tuent plus que toutes les pandémies réunies. Sur l’autel de nos modes de consommation, des millions de congolais ont été sacrifiés. Le document illustre comment peuvent survenir les dérapages et graves bavures lorsque des bases étrangères sont établies, par exemple à partir d’exactions de la Françafrique, et montre comment de nouvelles, comme celle du Japon adviennent. Il explique, à travers une recension de toutes les bases existantes qui ceinturent ou infiltrent le continent africain, la position de l’OTAN, la vulnérabilité et la mise en tutelle de l’Union africaine, et la montée des convoitises surgissant de la présence de pays émergents comme les BRICS. Il creuse l’hypothèse de l’enjeu de la rétrocession de l’or de l’Allemagne détenue aux États-Unis, en France et en Angleterre, et la prééminence de la Chine comme un des éléments d’explication du fait accompli de l’établissement de la base militaire en Allemagne, mais aussi une des causes de la crise au Mali. Le film divulgue au monde l’existence de la base de l’AFRICOM en Allemagne. Il apporte surtout un éclairage sur les efforts courageux de citoyens et de parlementaires du parti Linkke qui interpellent les tenants de ce monde, et à travers leur lutte pour le pacifisme, l’observation des droits humains et un développement plus équitable, rend hommage à la plainte en justice qu’ils ont déposée contre les frappes par drones et assassinats ciblés de l’AFRICOM. Le film illustre aussi le degré de suspicion et d’espionnage entre les puissances et firmes transnationales et l’érosion de nos droits civiques.
Au delà de l’enjeu sécuritaire, le film montre comment la crise du capitalisme, le sous-développement sont un terreau fertile pour le culturalisme, l’intégrisme, le populisme et le terrorisme qui deviennent autant de leviers capables de diviser le continent et freiner sa souveraineté.
L’Afrique doit savoir ce qui se passe, se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard, alors que toutes les formules censées assurer sa sécurité sont concoctées par l’AFRICOM et l’OTAN. Le film est un plaidoyer pour un développement autocentré plus équilibré, la redécouverte de la marge progressiste de l’État et l’accélération de l’intégration panafricaine dans une perspective internationaliste et pour un monde polycentrique défendant le «bien » commun de l’humanité.

Merci de diffuser largement autour de vous, de le twitter et de le poster sur différentes plateformes de visionnement ou des sites, si vous le jugez nécessaire, ce sera la seule façon de s’opposer à la censure et à la désinformation.

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2014, à vous et à toutes et tous vos proches!

Écrit par : Fall | 06 janvier 2014

Répondre à ce commentaire

La cause de la faiblesse de l’armée est la même au Mali qu’en Centrafrique.
Ces états ont été ruinés par les plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale approuvés par la France, ils n’ont plus les moyens d’entretenir une armée. Ce qui permet à l’ancien colonisateur de revenir en force sous le prétexte de sauver ces pays. La manœuvre est très astucieuse et elle permet d’évincer les méchants Chinois qui voulaient nous concurrencer dans l’extraction de pétrole et d’uranium, comme si les matières premières de ces pays ne nous appartenaient pas de droit.

Écrit par : Christian Schneider | 06 janvier 2014

Les méfaits de la France en Centrafrique

Odile Tobner (2).JPG

Dans un récent article, Odile Tobner, présidente de l’association Survie, établit la responsabilité de la France dans la situation qui sévit actuellement en République centrafricaine.

Elle rappelle qu’après trois quarts de siècle d’une exploitation qui l’a dépeuplé de sa population et assuré l’édification de quelques grandes fortunes françaises, l’ex-Oubangui-Chari devient officiellement « indépendant » en 1960 avec à peine deux millions d’habitants pour un territoire grand comme la France.

Dès lors, les bases militaires de Bouar et de Bangui assurent une présence permanente de l’armée française et permettent, en écrasant toute tentative de rébellion, d’assurer à la France une gestion quasi directe du pouvoir politique.

Cette souveraineté de fait conduit à la déliquescence d’un pays livré aux visées stratégiques de l’ex-colonisateur et au pillage de ses affairistes. Quant aux subventions qui arrivent sur ce territoire, qu’elles soient françaises ou européennes, elles n’ont d’autre objectif que d’assurer la continuité de l’exploitation des matières premières et l’accès aux aéroports.

Résultat : La Centrafrique est connu comme le cinquième pays le plus pauvre du monde en dépit des richesses de son sous-sol.

Ses cinq millions d’habitants souffrent de l’absence d’hôpitaux, d’écoles, de routes, d’eau potable, d’électricité…  Soixante-dix pour cent d’entre eux se trouvent au-dessous du seuil de pauvreté et souffrent de malnutrition. Le taux de mortalité à l’âge de cinq ans est de 220 pour mille et l’espérance de vie est de 44 ans. La moitié des habitants sont analphabètes.

Tel est le triste bilan des gouvernements qui se sont succédé sous une étroite tutelle française.

Aujourd’hui, la déliquescence de l’État est telle qu’elle laisse tout latitude à des bandes armées venues du Congo, de l’Ouganda, du Soudan, du Tchad, de s’imposer par la terreur. Au point que, menacés dans leur intérêts, la France et ses alliés occidentaux ont choisi d’intervenir militairement en prétextant des motifs humanitaires.

Bien que responsables du chaos qui s’est créé dans ce pays, c’est donc encore la France et son armée qui vont décider de l’avenir du peuple de Centrafrique…

Bokassa Giscard.JPG

Septembre 1978 : Un an avant qu’il ne soit renversé par les troupes françaises, le chef d’État de Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa, est reçu à l’Élysée par Giscard… avec tous les honneurs

1004369789.png

Source : http://survie.org/billets-d-afrique/2013/230-decembre-2013/

Hollande, colonialiste impénitent…

Le journal algérien El Watan rapporte et commente les propos de François Hollande devant l’assemblée du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) de ce 16 décembre dernier.

A l’Elysée, après un banquet arrosé en l’honneur des 70 ans du CRIF, notre président « normal » s’est livré à une charge contre l’Algérie à connotation raciste et sortie tout droit des stéréotypes « du centenaire de la colonisation (dit de la conquête) ou de l’Exposition universelle (et des indigènes) de Paris de 1889 ».

Alors que Hollande annonce la visite prochaine de Manuel Valls en Algérie, celui-ci lui rappelle que c’était déjà fait et qu’il en revenait. Hollande réplique alors tout souriant, et sous les rires des convives et journalistes présents : «Il en revient sain et sauf. C’est déjà beaucoup ! ».

Pour le journal algérien, ces propos indignes ont fait « l’effet d’une douche froide en terre algérienne, dont le peuple est renvoyé, sans autre forme de procès, à sa condition de colonisé, de sauvage à civiliser, d’indigène de la République, dénué aussi bien de cortex cérébral que d’humour ».

Le président algérien de la Commission Nationale Consultative  de Promotion et de Protection des Droits de l’Homme (CNCPPDH), Farouk Ksentini,  a appelé Hollande à présenter des excuses  pour ses propos « provocateurs à l’encontre de l’Algérie ».

Il a en outre interpellé les autorités algériennes « pour  qu’elles ne laissent pas passer une telle atteinte sous silence ».

Par ailleurs, on peut penser que cette dérive verbale n’est pas sans rapport avec le fait que Hollande discourait devant des représentants du CRIF auprès desquels notre président était assuré d’un certain succès.

Hollande CRIF (2).JPG

Hollande fait rire l’assemblée du CRIF aux dépens de l’Algérie

1004369789.png

Sources :

http://www.elwatan.com/actualite/la-blague-de-mauvais-gout-de-francois-hollande-21-12-2013-239364_109.php

http://www.elwatan.com/actualite/ksentini-les-propos-du-president-francais-provocateurs-pour-l-algerie-21-12-2013-239401_109.php

http://www.youtube.com/watch?v=yEJ4ld8FqC0

Centrafrique:

Le camp de Djotodia

ne veut plus

de l’opération Sangaris

Par journaldebangui.com – Xinhua – 08/01/2014

Face à l’enlisement de la situation, la France préconise l’envoi d’une mission de paix de l’organisation mondiale

Du Cameroun au Nigeria, en passant par le Mali, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore le Tchad (dont les ressortissants pour la plupart musulmans sont devenus l’objet de règlements de comptes de la part des miliciens chrétiens anti-Balakas suite à des accusations de collusion du contingent tchadien de la MISCA avec les ex-Séléka), le pays se vide de ses résidents étrangers africains.

Ex-porte-parole militaire de la coalition Séléka aujourd’hui commandant de la gendarmerie mobile centrafricaine, le colonel Christian Narkoyo, musulman originaire comme Djotodia du Nord du pays, juge la situation de la Centrafrique «choquante» et malheureuse». «C’est triste de voir partir comme ça des gens qui sont installés depuis des décennies. On ne sait avec qui vivre», a-t-il souligné dans un entretien téléphonique à Bangui. Interdit de patrouilles avec ses 400 éléments déclarés, une mesure également imposée à la police depuis le 16 décembre dans la capitale à la demande des responsables militaires français, Narkoyo, ex-gendarme de deuxième classe ayant acquis ses galons de colonel dans la rébellion, continue d’accuser à son tour l’armée française d’avoir compliqué davantage les choses avec son désarmement forcé où les ex-Séléka se sont vus livrés à la vindicte populaire et les anti-Balakas «protégés». «C’est la France qui est en train d’envenimer la situation. Vraiment, je ne sais comment qualifier cela. Les Sangrais sont venus chasser les musulmans de Bangui. Ils montent les populations chrétiennes contre les musulmans. Ils les arment, les financent. Dans les provinces où il n’y a pas ces Sangaris, c’est calme. Leur mission principale est de venir protéger la population sans exception», affirme-t-il.

MOI, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, JE FERAI TOUT POUR OUBLIER MES PROMESSES ! L'ORDRE PUBLIC S'EFFONDRE COMPLETEMENT EN CENTRAFRIQUE: UN ENLISEMENT TOTAL DANS UN SACRE BOURBIER (elwatan.com / journaldebangui.com / survie.org /le petit blanquiste /Giovanna Cipriani /AFP /mediterranee.com / Thierry LAMIREAU) dans REFLEXIONS PERSONNELLES 1389171684418
© afp
Sans commentaires

Une nouvelle réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU tenue lundi à New York s’est alarmée de cette aggravation de la crise centrafricaine où l’impuissance du pouvoir de Michel Djotodia a été établie depuis longtemps. Afin de sortir de l’enlisement, la France préconise l’envoi d’une mission de paix de l’organisation mondiale.

«Si la France ne change pas sa méthode (non favorable à ses yeux aux ex-Séléka, NDLR), la situation va continuer de se dégrader. Si les gens achetaient la nationalité, j’en achèterais une et m’en aller moi aussi», insiste le colonel Narkoyo qui juge cependant inopportun l’envoi de Casques bleus. Car selon lui, «qu’ est-ce qu’il y a de grave pour qu’on envoie les Casques bleus ?». Pour lui, «les Sangaris ont échoué. Nous demandons à la France d’aider les forces africaines financièrement et matériellement. Qu’elle finance les 18 milliards de francs CFA (budgétisés pour le fonctionnement de la MISCA, NDLR). Sans Sangaris, les forces africaines vont réussir».

Géostratège chef du Centre de Recherches et d’Etudes Politiques et Stratégiques (CREPS) de l’Université de Yaoundé II au Cameroun, le Pr. Joseph Vincent Ntuda Ebodé, qui avait auparavant estimé que la réussite de la mission de Sangaris et de la MISCA nécessitait un affrontement direct avec les «forces de la guérilla», c’est-à-dire les ex-Séléka et anti-Balakas en même temps, recommande que les deux missions «passent sous administration onusienne». «Depuis vingt ans, on a essayé la force de l’Afrique centrale, ça n’a rien donné. Puis, les Français sont venus, ça ne donne toujours rien. La méthode qu’ils ont choisie n’est pas la bonne. On ne désarme pas avec les armes de guerre et on ne peut pas non plus se limiter dans les grands axes sans entrer dans les quartiers», note l’universitaire.

Le premier en Centrafrique à tirer la sonnette d’alarme dès juillet 2012 sur l’ampleur de la crise, l’archevêque de Bangui, Mgr. Dieudonné Nzapalainga, plaide lui aussi pour la «transformation de la MISCA et de Sangaris en force onusienne». Puisque, relève pour sa part l’homme d’Eglise, «en quelques semaines, nous avons vu les limites, parce que les Centrafricains n’ont pas adhéré» et que par ailleurs «l’Etat a fait faillite». Mais contrairement aux allégations du camp présidentiel, Mgr. Nzapalainga se félicite de l’action de la force française qui, affirme-t-il, «est venue sauver ce qui devait être pire, les massacres. Au début, on pensait que c’est une force partiale. Avec le temps, on s’est rendu compte que c’est une force d’interposition». «Rien ne se fera sans la contribution des Centrafricains, qu’ ils soient convaincus surtout de la paix, qu’ils tournent le dos à la violence», avise-t-il cependant dans un appel à un sursaut patriotique national. «Il est temps d’enterrer la hache de guerre, d’aller vers un consensus national». Il insiste surtout sur l’engagement «responsable» des acteurs politiques, lesquels se font discrets, bottant sans cesse en touche les sollicitations des journalistes sous prétexte d’être occupés, et s’emploient au contraire à se concentrer sur la préparation des prochaines élections présidentielle et législatives que le président français François Hollande souhaite voir se tenir cette année. Mais dans quel pays est-il possible de solliciter les suffrages sans sécurité des électeurs ?

Les machettes de la terreur

(Giovanna CIPRIANI)

Les atrocités dont j’ai été témoin en Centrafrique me hanteront pour le restant de mes jours. Je suis correspondante de guerre depuis plus de vingt ans : j’ai couvert les conflits d’Irak et d’Afghanistan et j’étais présente au Kosovo lors du nettoyage ethnique. Mais les massacres auxquels j’ai assisté dans ce nouveau “cœur des ténèbres” m’ont bouleversée.

Une scène m’a particulièrement marquée. C’était le 5 décembre 2013 et je me trouvais au Complexe pédiatrique, un hôpital pour enfants de Bangui géré par Emergency, une organisation humanitaire qui fournit des soins médicaux gratuits aux victimes civiles de la guerre. Dix enfants ont été apportés sur des civières, la tête, les mains et les jambes tailladées à coups de machette, leur minuscule corps couvert de sang.

Ces petits innocents, qui appartenaient au groupe nomade musulman des Peuls, venaient d’assister au massacre de leurs parents par une milice chrétienne dans un village situé à environ 80 kilomètres au nord de Bangui. Après les avoir alignés, les miliciens les avaient mutilés de manière à leur laisser des souvenirs indélébiles des atrocités perpétrées sous leurs yeux.

Je ne saurais trop louer les chirurgiens italiens qui se sont battus pour les sauver. Ces médecins ont risqué leur vie, alors que les diplomates et la majeure partie du personnel humanitaire avaient fui le pays pour se mettre en sécurité. Ils n’avaient jamais vu de blessures aussi atroces que celles commises sur ces gamins. L’un d’eux avait reçu deux balles dans une jambe avant d’être attaqué à la machette. Les histoires qu’ils racontaient étaient terrifiantes : ils parlaient de gens qui étaient partis de chez eux sans rien emporter et qui couraient dans la savane pour fuir la soif de sang des miliciens. Les enfants qui n’ont pas pu s’échapper ont été mis en rang et mutilés l’un après l’autre par ces “soldats” barbares. Les miliciens leur ont coupé une main, un bras, ou leur ont ouvert le front. Quand ils sont arrivés au centre, ils ne pleuraient pas, ils étaient trop traumatisés pour cela. Je les ai regardés au fond des yeux, mais je n’y ai rien décelé.

L’UNICEF a confirmé la mort de seize enfants pour le seul mois de décembre, mais leur nombre véritable est sans doute beaucoup plus élevé.

Même si le reste du monde, trop absorbé par la situation au Soudan du Sud, ne s’en est quasiment pas aperçu, la République Centrafricaine, ancien territoire de l’Afrique-Equatoriale française, a sombré dans une guerre civile extrêmement meurtrière après le coup d’Etat de la Séléka, la coalition rebelle majoritairement musulmane qui a contraint le président chrétien François Bozizé à quitter le pays en mars 2013.

Richesses minières. 

Porté au pouvoir par la coalition, Michel Djotodia, le premier président musulman centrafricain, n’est pas parvenu à la contrôler : les rebelles poursuivent leurs attaques sanglantes contre la communauté chrétienne, qui représente 80 % de la population, et sont eux-mêmes victimes de représailles. Dans les deux camps, les civils subissent des atrocités inimaginables. Des milliers d’habitants ont été massacrés et plus de 800 000 – sur une population d’environ 4,4 millions de personnes – ont dû quitter leur maison.

Le président Djotodia a reconnu que même “un ange venu du ciel” ne pourrait pas résoudre les problèmes de son pays. La Centrafrique, un Etat enclavé entre le Cameroun, le Tchad, le Soudan, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo et le Congo, est l’un des pays les plus pauvres du monde. Cependant, elle possède d’importantes réserves d’uranium, de pétrole, d’or et de diamant, qui pourraient être les principales cibles des belligérants.La France, puissance coloniale jusqu’en 1960, a déployé en décembre 2013 un contingent de 1 600 hommes pour aider les 4 500 soldats de la force africaine à rétablir l’ordre. Jusqu’ici, ces efforts sont restés vains. Les combats s’intensifient de jour en jour et les réfugiés campent en plein air.

Beaucoup de chrétiens s’installent à proximité des églises dans l’espoir d’être protégés, et plus de 100 000 désespérés occupent les alentours de l’aéroport de Bangui, où sont basés les militaires français. Quelque 400 000 réfugiés seraient également disséminés autour de la ville dans des camps de fortune qui, la plupart du temps, manquent d’infrastructures de base et de vivres.

Danger omniprésent.

 Certains jours, les rues de Bangui sont le théâtre d’affrontements sanglants. D’autres fois, il y règne un calme plat. Quand elles sont vides, la capitale ressemble à une ville fantôme. Quand elles ne le sont pas, la ville inspire un tel sentiment de peur que même les blessés graves ne peuvent être conduits à l’hôpital. Le seul bruit que l’on entend est le crépitement des armes automatiques. La puanteur de la mort et des déchets humains règne partout. Les mouches, le sang et la poussière remplissent l’air.

La nuit, tout peut arriver. Dans le centre-ville, le courant est coupé par intermittence et, quand les ampoules s’éteignent, les miliciens sortent de leurs abris. Les banlieues sont le plus souvent plongées dans l’obscurité, on sent le danger partout, la plupart des quartiers sont déserts. Les soldats français se cantonnent aux rues principales et essuient des coups de feu quand ils pénètrent dans des secteurs musulmans. Les soldats africains musulmans sont victimes de la même hostilité lorsqu’ils s’aventurent en zone chrétienne. Même le principal hôpital de la ville – l’Hôpital communautaire – n’est pas à l’abri des violences. Récemment, la foule a envahi le bâtiment pour s’en prendre aux patients.

Les ministres des Affaires Etrangères de l’UE se réuniront [le 20 janvier 2014] pour discuter du soutien à apporter à l’intervention française en vue de stabiliser le pays. Ils sont profondément conscients du fait qu’un vide de pouvoir en Centrafrique peut agir comme un aimant sur les extrémistes musulmans, comme au Nigeria avec les djihadistes de Boko Haram ou en Somalie avec les shebabs. Il est important de braquer les projecteurs sur les événements centrafricains avant qu’il ne soit trop tard.

Giovanna CIPRIANI
Publié le 4 janvier dans Daily Mail (extraits) Londres

 Mali et Centrafrique:

La France revient en force en Afrique

Mali et Centrafrique: la France revient en force en Afrique_1
Soldats français de l’opération Sangaris le 4 janvier 2014 à Bangui – Photo de Miguel Medina – AFP/Archives © 2014 AFPafp logo
Avec deux opérations militaires majeures en 2013 au Mali et en Centrafrique, la France est revenue en force en Afrique, où elle rencontre d’importantes difficultés, notamment en RCA, et réorganise son dispositif pour renforcer sa présence et l’inscrire dans la durée.

Satisfaction au Mali, doute en Centrafrique. Lors de sa récente tournée africaine, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian s’est félicité du travail accompli au Mali, un an après le début de l’opération Serval, lancée le 11 janvier 2013. Le pays a été « libéré » des jihadistes qui contrôlaient le nord du pays et le « succès » français « est reconnu unanimement sur la scène internationale », s’est-il réjoui à Bamako.

Changement de ton à Bangui, où il s’agissait surtout de booster le moral des troupes empêtrées dans le bourbier centrafricain : « J’entends dire que cette mission est dure. Mais est-ce que, parce qu’elle est dure, la France n’aurait pas sa place ? ».

Un mois après le début de l’opération Sangaris, les violences se poursuivent à Bangui, le désarmement des milices n’a fait que commencer et les 1.600 soldats français engagés ne semblent pas en mesure de contrôler la situation.

Au total, près de 7.000 soldats français ont été déployés en quelques mois au Mali et en RCA. Objectifs affichés : lutter contre le « terrorisme » au Sahel et rétablir un minimum de stabilité en Centrafrique. Des interventions à la fois sécuritaires et humanitaires, avec l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU.

« On a la coïncidence de deux opérations lourdes, mais ce n’est pas un changement de ligne. Ce sont deux interventions dont la France se serait volontiers passé », souligne Bruno Tertrais, de la Fondation de la Recherche Stratégique.

La France, « gendarme malgré elle »

Après une tentative pour alléger le dispositif français sous Nicolas Sarkozy, l’Afrique est à nouveau considérée comme une priorité stratégique pour Paris. « Globalement, on peut dire qu’aujourd’hui, et c’est déjà le cas depuis pas mal de temps, la France intervient de manière contrainte et se trouve être le gendarme malgré elle en Afrique », poursuit Bruno Tertrais.

Les forces françaises interviennent dans l’urgence pour pallier l’incapacité des Etats africains et de leurs armées à assurer la stabilité. Un vide sécuritaire au coeur de l’Afrique menaçant, selon Paris, la sécurité de la France et plus globalement de l’Europe.

Avec plus de 5.000 hommes stationnés en permanence en Afrique, la France dispose d’un outil unique qui lui permet d’agir vite. Un dispositif organisé autour de deux pôles principaux, Libreville à l’ouest (940 hommes) et Djibouti à l’est (2.000), avec des bases au Tchad (950), au Sénégal (350) et en Côte d’Ivoire (450). Sans oublier les Forces spéciales – stationnées notamment au Niger, d’où opèreront les drones Reaper récemment acquis aux Etats-Unis -, qui ont montré leur efficacité lors de l’intervention au Mali.

La réduction du contingent français dans ce pays, de 2.500 hommes actuellement à un millier au printemps, contraint Paris à adapter son dispositif. D’autant que la France est, selon un proche du ministre, engagée pour des années au Sahel et que l’armée ne peut pas être partout en période de difficultés budgétaires.

Paris veut en particulier « pérenniser » sa relation de défense avec le Mali et Jean-Yves Le Drian doit signer un accord en ce sens le 19 ou le 20 janvier à Bamako.

« Nous sommes en phase de réorganisation, de régionalisation de notre présence dans cette partie de l’Afrique. Et dans cette réorganisation, la plateforme de N’Djamena aura un rôle central, parce qu’il nous faut anticiper, dissuader les menaces qui pèsent sur cette région », a déclaré le ministre français vendredi au Tchad.

Le but est de rapprocher le dispositif français de la zone où la menace jihadiste est la plus forte, la bande sahélienne, en développant notamment des points d’appui dans le nord du Tchad et du Niger.

Paris compte en outre sur une forte implication de ses alliés africains. D’autant que ses partenaires européens ne se bousculent pas pour lui venir en aide quand il s’agit d’envoyer des troupes. L’un des effets pervers de l’interventionnisme français en Afrique étant, selon un spécialiste, d’accréditer l’idée selon laquelle « de toute façon, la France sera là ».

Chaos en Centrafrique :
Moi Président,
je mettrai fin à la Françafrique !
La Françafrique ! Ce mot que l’on utilise souvent sans réellement en comprendre le sens, ne désigne rien d’autre qu’une nouvelle forme de colonisation mise en place par l’Etat français depuis les guerres d’indépendance… et qui perdure encore aujourd’hui.

Oui, on peut dire que la France, pays des Droits de l’Homme, est toujours un Empire et que nombre de pays d’Afrique sont toujours des colonies. Le cas de la Centrafrique n’est qu’un cas particulier de la zone CFA.

Ainsi, comme le disait le grand économiste camerounais Joseph Pouemi, mort en 1984 dans des conditions « mystérieuses », « La France est (…) le seul pays au monde à avoir réussi l’extraordinaire exploit de faire circuler sa monnaie, et rien que sa monnaie, dans des pays politiquement libres. »

L’histoire de la Centrafrique est une succession de coups d’État, dont le plus célèbre reste celui de 1979, ayant évincé Jean-Bedel Bokassa, fait empereur avec l’aval de Giscard d’Estaing en échange de quelques diamants, puis renversé lorsque ce dernier chercha à diversifier ses relations (en particulier avec Kadhafi). Puis la France est intervenue militairement en 1996, en 1998, en 2003, en 2006 et 2007, à chaque fois pour soutenir le régime qu’elle avait choisi. Oui, tout cela est très choquant !

Aujourd’hui, les justifications données pour une énième intervention militaire sont incomprises par l’opinion publique qui sent qu’il y a anguille sous roche. La Centrafrique est emplie de richesses : diamants, bois précieux, or, uranium et pétrole.

Ironie du sort, la Centrafrique aurait dû être le cœur du projet Transaqua, qui prévoit la construction d’un canal de 2400 km du Kivu (RDC) à la République Centrafricaine, où il rejoindrait le Chari pour alimenter le lac Tchad, aujourd’hui en train de mourir. L’idée est de créer un milieu de vie « le long du projet » et non simplement d’alimenter le lac en eau. Le projet Transaqua existe depuis 1982 et la Centrafrique est membre de la CBLT (Commission du Bassin du Lac Tchad) depuis 1964.

Oui, il est temps d’agir, car aujourd’hui la Centrafrique est dans une situation de chaos pré-génocidaire, comme le Rwanda au début des années 1990. Il est temps de jeter la Françafrique à la rivière, avec ses mallettes et ses valises, et d’arrêter de fermer les yeux sur la politique de nos gouvernements.

Exigeons, en adoptant la réforme financière proposé par Jacques Cheminade, le lancement de grands projets afin que notre armée, nos ingénieurs civils et militaires soient en Afrique pour construire une vraie sécurité grâce à des voies ferrées, des ponts, des routes et des ports…

CENTRAFRIQUE :

CES ENFANTS SOLDATS ET CEUX QU’ON ASSASSINE…

(Medi@terranee.com)

Photo :

206 enfants enrôlés dans des groupes armés ont été libérés sur les 3.500 à 6.000 recrutés… (DR) – See more at: http://www.mediaterranee.com/0722014-centrafrique-ces-enfants-soldats-et-ceux-quon-assassine.html#.Us2m_iGR7e8

Selon, l’UNICEF pas moins de 16 enfants âgés de 0 à 12 ans on été tués depuis début décembre en Centrafrique, à Bangui, et 60 autres blessés, dans les affrontements entre les ex-rebelles de la Séléka (au pouvoir) et les miliciens anti-Balakas (anti- machettes) hostiles à Michel Djotodia, président actuel.

« Les attaques ciblées contre les enfants sont une violation du droit humanitaire international et des droits de l’homme et elles doivent cesser immédiatement. Des actions concrètes sont maintenant nécessaires pour empêcher les violences contre les enfants », a déclaré Souleymane Diabaté, représentant à Bangui, représentant de l’UNICEF.

Cette situation s’accompagne par ailleurs de l’enrôlement d’enfants soldats dans les groupes armés.

Dans un document publié le 2 janvier, l’UNICEF indiquait qu’environ 2,3 millions d’enfants sont affectés par la crise actuelle en Centrafrique et qu’avec son concours, 672 enfants séparés ont retrouvé leurs familles et 206 autres enrôlés dans des groupes armés ont été libérés sur les 3.500 à 6.000 recrutés.

L’organisation des Nations Unies estime par ailleurs que le pays s’enfonce dans une crise humanitaire de grande ampleur. Depuis le 5 décembre, les violences y ont fait plus d’un millier des morts, tandis que des milliers de personnes se sont réfugiées sur des sites dans des conditions désastreuses.

COMMENTAIRE:

(Le Souffle c’est ma Vie

 Thierry LAMIREAU)

Comme à son habitude, le Président François HOLLANDE ne respecte pas ses promesses: 

« Non, la France n’interviendra pas au Mali, non, la France n’interviendra pas en Centrafrique. »

On voit ce que cela donne:

Un Mali où la France balance toujours ses armes à l’URANIUM « APPAUVRI » dans l’OMERTA TOTALE.

La Centrafrique et un conflit terrible qui s’enlise dans un bourbier complet.

Mais, il est vrai que la France a le record de bases militaires en Afrique…il faut bien surveiller ses anciennes colonies !

D’autant que le pétrole, l’uranium et tant d’autres « richesses naturelles », pour sûr, on ne va pas les laisser à ces « cons d’africains ».

Mais qui met la merde en Afrique Centrale ?…c’est la France et son guerrier de Président minable et menteur.

Moi Président,
 
je mettrai fin à la Françafrique !
Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 8 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

CENTRAFRIQUE: LE CULOT DE HOLLANDE DISANT QUE « L’HONNEUR DE LA FRANCE EST DE S’ENGAGER FACE A DES CRIMES CONTRE L’HUMANITE ! » (AFP / Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie)

Centrafrique:

hollande_11_0

L’honneur de la France

est de s’engager

face à des crimes contre l’humanité

PARIS – François Hollande a estimé que l’honneur de la France était de s’engager et sans la moindre hésitation pour mettre fin à des crimes contre l’Humanité, en rendant hommage aux deux soldats français tués en Centrafrique.

Le chef de l’Etat français a de nouveau justifié l’intervention de son pays: Il y avait urgence, a-t-il fait valoir, rappelant que plus de 600 personnes y avaient été tués en deux jours et que les affrontements confessionnels risquaient de dégénérer en un immense bain de sang.

Quand des crimes contre l’Humanité sont commis, c’est l’honneur de la France, l’honneur de ses soldats, de s’engager pour y mettre fin et ceci sans la moindre hésitation, a souligné François Hollande.

Les forces françaises n’ont cependant pas vocation à rester durablement en Centrafrique, a-t-il réaffirmé devant les deux cercueils recouverts du drapeau tricolore, dans la cour de l’hôtel des Invalides, à Paris.

Les soldats français seront progressivement relayés par la montée en puissance des forces africaines dont les effectifs vont doubler en quelques semaines pour atteindre 6.000 hommes, a-t-il poursuivi.

Lorsqu’elles auront atteint une taille et une capacité suffisantes, alors nous pourrons nous retirer, a ajouté François Hollande sans fixer de délai.

Les soldats de 1ère classe Nicolas Vokaer et Antoine Le Quinio, du 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine de Castres (sud-ouest) âgés respectivement de 23 et 22 ans, sont décédés dans la nuit du 9 au 10 décembre 2013 des suites de leurs blessures à l’antenne chirurgicale de l’aéroport de Bangui. Ils ont été élevés au rang de caporaux et décorés de la Légion d’honneur par François Hollande.

Antoine et Nicolas sont allés jusqu’au bout de leur devoir au service de la paix dans un pays tombé dans le chaos, meurtri par les violences et ravagé par la faim et le dénuement, a déclaré le président français, qui avait salué auparavant les familles qu’il devait ensuite retrouver dans l’intimité.

Les deux jeunes parachutistes avaient été pris dans un accrochage à proximité de l’aéroport de Bangui, quatre jours après le début de l’opération militaire française Sangaris.

Le chef de l’Etat s’était déjà recueilli mardi devant leurs dépouilles, lors de sa visite dans la capitale centrafricaine.

Avant cet hommage officiel, un autre hommage, officieux celui-là, leur avait été rendu comme il est désormais de tradition quand des soldats français sont tués en opération, sur le Pont Alexandre III à Paris, face aux Invalides.

Plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux militaires et anciens combattants, se sont figées, parfois au garde-à-vous, quand le cortège funèbre a franchi le pont, à faible allure dans un silence total, précédés de motards de la Garde Républicaine.

L’opération Sangaris est destinée à rétablir la sécurité dans le pays et à protéger les populations en désarmant milices et groupes armés.

Quelque 1.600 soldats français sont déployés, ainsi que 2.500 soldats de la force africaine Misca.

Les premiers résultats de l’opération restent fragiles et devront être confortés dans les deux semaines qui viennent pour envisager un désarmement effectifs des milices, estimait-on de source proche du Ministère de la Défense.

Concernant les miliciens de l’ex-rebellion Séléka, pour la plupart musumans, on ne peut pas leur demander de désarmer complètement, si on ne peut pas en même temps leur dire que les quartiers où vivent leurs familles sont sécurisés, a notamment souligné un proche du ministre.

(©AFP / 16 décembre 2013 21h01)

COMMENTAIRE:

(Le Souffle c’est ma Vie / Thierry LAMIREAU)

Le Président François HOLLANDE ne manque pas de culot en parlant de « défendre l’honneur de la France face à des crimes contre l’Humanité ».

Oui, en Centrafrique les différentes factions commettent des crimes contre l’Humanité.

Mais que fait HOLLANDE en utilisant, sans le dire, des armes à l’URANIUM « APPAUVRI » au MALI ?

Il effectue la même chose: des CRIMES CONTRE L’HUMANITE définis comme tels par les Lois Internationales !

Le Président François HOLLANDE est donc, une fois de plus, un MANIPULATEUR et un MENTEUR.

Car imposer l’OMERTA TOTALE sur ce sujet est tout simplement un scandale d’Etat.

Enfin, je voudrais signaler, sous couvert d’anonymat, la remarque d’un militaire spécialiste de la préparation des armements dans l’armée française:

« M.LAMIREAU, ce que vous soulignez est la réalité. L’OMERTA existe parce que l’utilisation des armes à l’uranium « appauvri » par la France est actuellement classée SECRET DEFENSE. »

Thierry LAMIREAU

lesoufflecestmavie.unblog.fr

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 25 décembre, 2013 |Pas de commentaires »

HOLLANDE AU CRIF: LA BLAGUE D’UN ADEPTE DU CAFE-THEÂTRE, PRESIDENT ET CRIMINEL DE GUERRE (Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie.unblog.fr)

HOLLANDE au CRIF:

(Conseil Représentatif

des

Institutions Juives

de France)

AAAAAAAA

La blague d’un adepte

du

café-théâtre,

Président

et

Criminel de guerre

(Thierry LAMIREAU)

Lundi 16 décembre 2013, 70 è anniversaire du CRIF, HOLLANDE très à l’aise s’est senti dans une superbe forme pour nous sortir une blague digne « de l’esprit café-théâtre » (cf.HOLLANDE lui-même):

« Le ministre de l’Intérieur, Manuel VALLS, est rentré d’Algérie sain et sauf…C’est déjà beaucoup », avait-il indiqué.

QUESTION:

HOLLANDE aurait-il sorti une telle phrase si son auditoire avait été composé de responsables algériens ?

Evidemment, non.

Notre cher Président a simplement oublié que les fonctions d’un chef d’Etat…ne sont pas les mêmes que celles d’un candidat à la Présidentielle ou d’un Président du Conseil Général de la Corrèze !

Mais ceci ne l’empêche pas de faire balancer des armes à l’URANIUM « APPAUVRI » sur le territoire du MALI.

Pour ces faits, les plaisanteries ne sont pas à l’ordre du jour d’autant que ce sont des CRIMES CONTRE L’HUMANITE !

C’est plutôt, je me tais et j’impose l’OMERTA à toute la presse.

Moi, Président, je suis donc sans courage et MINABLE in fine.

Thierry LAMIREAU

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 23 décembre, 2013 |Pas de commentaires »

ARMES A L’URANIUM APPAUVRI:LE SYNDROME DES BALKANS, ELEMENTS POUR UNE APPROCHE JURIDIQUE (Michèle POULAIN / Ingénieur d’études au CNRS)

LE SYNDROME DES BALKANS

ÉLÉMENTS

POUR UNE

APPROCHE JURIDIQUE

Explosion avec des armes à l'uranium appauvri

par
Michèle Poulain
-Ingénieur d’études au CNRS-

Résumé : De nombreux militaires ayant servi dans le Golfe ou les Balkans souffrent de problèmes de santé. Principal accusé : l’uranium appauvri. Aucun lien n’est à ce jour établi entre son utilisation et les pathologies rencontrées aux yeux des organismes internationaux. De nombreuses instances, tant nationales qu’internationales, se penchent toutefois sur la question et certaines implications juridiques se font déjà sentir tant dans le domaine de la responsabilité internationale que dans celui des normes applicables aux situations de conflit armé.

Impression et citations : Seule la version au format PDF fait référence.

Annexe : Quelques données relatives à l’uranium appauvri

Aux Etats-Unis, 132.700 vétérans de la guerre du Golfe, sur 700.000 engagés, sont suivis depuis la fin du conflit pour des pathologies diverses, dont 26.500 non diagnostiquées et regroupées sous le terme générique de « syndrome du Golfe ». Quatre vingt pour cent des malades ont présenté  - ou présentent encore – onze symptômes récurrents, parmi lesquels : fatigue chronique, douleurs musculaires, migraines, vertiges, perte de mémoire, problèmes intestinaux, grippes à répétition, cancers des poumons ou des reins, leucémies. Ces pathologies touchent également les contingents anglais et français.

D’abord confrontées à un épais silence, les personnes ou associations cherchant à éclaircir la question mettent progressivement à jour d’inquiétantes informations : prise de médicaments contre les effets d’une éventuelle guerre chimique[1], vaccins divers, exposition à des nuages toxiques après bombardement d’usines, enfin test en vraie grandeur de munitions à base d’uranium appauvri[2]. Les réactions des différents services publics concernés consistent au début à minimiser le problème, voire à le nier, attribuant les différents maux dont souffrent les « vétérans » au stress du retour à la vie civile[3].

Réactualisée ponctuellement par les médias, l’affaire est définitivement réveillée par la soudaine émergence en pleine lumière du syndrome dit « des Balkans » au dernier trimestre 2000. Elle explose avec la révélation en janvier 2001 de la mort par leucémie, en novembre 2000, d’un sixième militaire italien ayant servi en Bosnie et l’interpellation consécutive de l’OTAN par le chef du gouvernement italien, M. Giuliano Amato, sommant celle-ci de s’expliquer, cependant que M. Flahaut, ministre belge de la Défense, écrit à son homologue suédois afin qu’une démarche soit entreprise au niveau communautaire[4]. Les événements montent ensuite très rapidement en intensité : sous l’impulsion des associations[5] tous les Etats ayant envoyé des contingents dans les Balkans se découvrent, à des degrés divers, concernés et ouvrent successivement des enquêtes épidémiologiques, à la suite – pour certains d’entre eux – de celle qu’ils avaient initiée pour le syndrome du Golfe[6].

Parmi les organisations internationales, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) avait envoyé au Kosovo, dès novembre 2000, une équipe d’experts d’origines nationales diverses ou des représentants d’organisations internationales (AIEA, HCR, PNUE, MINUK notamment),  « pour évaluer l’impact du matériel militaire contenant de l’uranium appauvri … lors de la guerre dans les Balkans »[7]. L’OMS a également réagi en dépêchant au Kosovo une mission de quatre personnes (un spécialiste en toxicologie chimique, un épidémiologiste environnemental, un spécialiste de salubrité environnementale et un épidémiologiste spécialisé dans le domaine des rayonnements) « pour aider la MINUK à répondre aux allégations concernant les éventuels risques pour la santé des populations associées à une exposition aux rayonnements d’uranium appauvri et à d’autres contaminants environnementaux »[8]. L’OTAN, pour sa part, assume volontairement un rôle de « lieu d’échange » pour les informations recueillies par ailleurs, estimant qu’en tant qu’Alliance militaire, elle n’a pas à réaliser elle-même des enquêtes auxquelles elle entend néanmoins offrir sa collaboration[9].  Ces différentes actions requièrent calme et patience[10].

La position actuelle de tous les organismes publics, internes ou internationaux, concernés par cette question est très claire et constamment réitérée : « Il n’existe actuellement aucune preuve que l’exposition aux effets de l’utilisation de munitions à uranium appauvri représente un risque significatif pour la santé du personnel des forces dirigées par l’OTAN ou de la population civile dans les Balkans »[11]. Pas de preuve, pas de problème. Tout est là. D’un côté il y a utilisation avérée – d’ailleurs non contestée – d’un produit (de produits) dont on ne connaît pas vraiment les diverses implications à court ou à long terme. De l’autre, des pathologies récurrentes, quelquefois très lourdes, voire létales. Aussi longtemps que la toxicité potentielle de l’uranium appauvri ne sera pas établie de manière rigoureuse et scientifique, en dehors des quelques cercles qui l’admettent aujourd’hui, il manquera bien évidemment le lien de causalité entre l’exposition à ce matériau et les pathologies déclarées. La mise en évidence de ce lien est d’autant plus importante qu’elle conduirait à l’engagement et à la mise en œuvre de la responsabilité (I), ainsi qu’à la modification des normes applicables aux situations de conflits armés (II).

I. – VERS UN ENGAGEMENT ET UNE MISE EN ŒUVRE

DE LA RESPONSABILITÉ

La toxicité potentielle de l’uranium appauvri peut s’exercer à l’égard de plusieurs groupes de personnes, les risques encourus par chacun d’entre eux étant différents, aussi bien quantitativement que qualitativement. Schématiquement, il s’agit des personnes qui étaient présentes sur place au moment de l’utilisation des munitions ou autres substances incriminées et de celles qui, venues après la fin des opérations militaires, ont pu être confrontées à une contamination résiduelle de l’environnement. On peut y voir : les populations civiles des régions bombardées, les militaires appartenant aux forces participant à l’action mise en œuvre par l’OTAN, les personnels des Nations Unies (MINUK…), ceux des organisations humanitaires, les journalistes enfin, venus couvrir les événements.

A cette hétérogénéité catégorielle correspondrait une hétérogénéité des régimes de responsabilité applicables, en droit interne comme en droit international, ce qui soulèverait sans aucun doute des contentieux d’une extraordinaire complexité[12]. On se limitera à deux problèmes relevant de la responsabilité internationale. En droit international, le principe reste, on le sait, celui de l’association entre un fait illicite et la mise en œuvre de la responsabilité[13]. La violation d’une obligation internationale doit donc être démontrée afin que naisse l’obligation d’en réparer les conséquences dommageables[14].

A. – Violation d’une obligation internationale:

Le problème de la licéité de l’utilisation de l’uranium appauvri

Intervenant de manière péremptoire dans le débat, le porte-parole de l’OTAN affirme : « L’uranium appauvri n’est pas illégal. C’est une arme de guerre légale. Fin de l’histoire. Nous l’avons utilisée, c’est légal »[15]. De fait, il n’existe à l’heure actuelle aucune convention internationale interdisant de manière expresse l’usage d’uranium appauvri, ni même aucun consensus en ce sens, comme le montre aisément la pratique des Etats. Ceci ne saurait être mieux exprimé que par le comité ad hoc dans son rapport au Procureur général du TPIY, rapport qui ne concernait, il faut le préciser, que la situation ayant prévalu au Kosovo en 1999 et non les raids sur la Bosnie en 1994-1995 : « Il n’y a aucun traité spécifique interdisant l’usage de projectiles à uranium appauvri. Des inquiétudes et un débat scientifique se développent actuellement au sujet des conséquences de l’utilisation de tels projectiles et il est possible que, dans le futur, il y ait, dans les cercles juridiques internationaux, un consensus estimant que l’utilisation de tels projectiles est contraire aux principes généraux du droit applicables à l’utilisation des armes dans les conflits armés. Aucun consensus de ce genre n’existe à présent »[16].

Quelques voix s’élèvent cependant pour considérer, qu’à défaut d’une interdiction expresse, il pourrait néanmoins être fait référence aux dispositions du Protocole I (1977) aux conventions de Genève de 1949. Ainsi le Conseil de l’Europe, après avoir noté que « les effets [des conséquences écologiques des opérations militaires du 24 mars au 5 juin 1999] sur la santé et la qualité de vie seront durables ; les générations futures seront elles aussi touchées, en particulier du fait de la destruction de sites industriels et de stockage où étaient entreposées des substances dangereuses pour la santé, ainsi que de l’utilisation par l’OTAN de munitions contenant de l’uranium appauvri », affirme dans sa recommandation 1495 (2001) : « Comme dans le cas des opérations conduites en Bosnie et en Tchétchénie, les Etats qui ont participé à ces opérations ont méconnu les normes juridiques internationales contenues dans les articles 55 et 56 du protocole I (1977) aux conventions de Genève de 1949 visant à limiter les dommages causés à l’environnement en cas de conflit armé »[17]. La question est actuellement pendante devant la Cour Internationale de Justice. En effet, dans les différentes requêtes que la RFY a déposées en 1999 contre les pays occidentaux ayant participé aux opérations militaires menées par l’OTAN, la Yougoslavie prie la Cour de dire et juger … « qu’en recourant à l’utilisation d’armes contenant de l’uranium appauvri, [l’Etat visé] a agi contre la République fédérale de Yougoslavie en violation de son obligation de ne pas utiliser des armes interdites et de ne pas causer de dommages de grande ampleur à la santé et à l’environnement » ; … et indique comme « Fondements juridiques de la requête » : « les dispositions de la Convention de Genève et du protocole additionnel n° 1 de 1977 relatives à la protection des civils et des biens de caractère civil en temps de guerre ont été violées »[18].

L’origine de la responsabilité supposée établie, il resterait à clarifier les modalités de la réparation.

B. – Obligation de réparation

          « L’Etat responsable est tenu de réparer intégralement le préjudice causé par le fait internationalement illicite »[19]. La réparation intervient alors pour effacer les conséquences de l’acte illicite. « Elle peut prendre la forme de restitution, d’indemnisation et de satisfaction, de manière unique ou combinée »[20]. De manière concrète, les solutions retenues seraient différentes selon qu’il s’agirait d’un dommage aux personnes (civils ou militaires dont les pathologies auraient trouvé leur cause dans une exposition à l’uranium appauvri) ou d’un dommage aux biens (environnement pollué qui constituerait de ce fait un risque potentiel pour la santé humaine[21] et toucherait alors les personnes de manière médiate).

Considérant qu’« il faut fournir à ces pays [de l’Europe du Sud-Est] une assistance technique et financière spéciale en vue de la mise en oeuvre de mesures d’urgence destinées à remettre en état l’environnement et de la surveillance de la santé et des conditions de vie de leurs populations », l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe recommande au Comité des Ministres de prendre deux séries de mesures : « iii. D’affecter ses ressources au soutien des organisations non gouvernementales oeuvrant dans la région, y compris en République fédérale de Yougoslavie, afin de réparer les dommages causés à l’environnement par les opérations militaires et de réhabiliter le milieu naturel ; … v. d’exiger de l’OTAN et de l’ONU un programme de surveillance médicale des populations civiles dans les Balkans, des soldats qui ont participé aux opérations, des membres des organisations humanitaires aussi bien que des journalistes qui ont travaillé sur le terrain »[22].

Point n’est besoin d’insister sur les difficultés de tous ordres qui se profilent : remise en état des lieux (comment, par qui, est-ce techniquement réalisable ?)[23] ; suivi médical de toute une population à présent répartie dans des pays éloignés les uns des autres, confrontation et traitement des données obtenues ; définition éventuelle d’un seuil critique en-deçà duquel le risque serait considéré comme tolérable, voire normal, en référence à la radioactivité naturelle ; multiplication de contentieux complexes ; conséquences financières enfin auxquelles ont peut aisément imaginer que des échappatoires seraient recherchés[24].

Quoi qu’il en soit, la preuve de l’existence d’un lien de causalité entre utilisation d’uranium appauvri et différentes pathologies aurait une autre implication, cette fois sur le contenu matériel de la norme applicable aux situations de conflits armés.

II. – VERS UNE MODIFICATION DE LA NORME APPLICABLE

AUX SITUATIONS DE CONFLITS ARMÉS           

Si une remise en cause du droit international des conflits armés apparaît comme lointaine, une solution d’attente pourrait être trouvée par un consensus sur un moratoire.

A. – Le contenu matériel de la norme applicable

A l’heure actuelle le Conseil de l’Europe reste l’institution la plus engagée vers des solutions   radicales nécessitant l’adoption de nouvelles conventions internationales. Comme il est affirmé avec force dans les débats, « Le Conseil de l’Europe n’aurait plus de raison d’être s’il ne se prononçait pas contre l’utilisation d’armes dont on ne connaît pas les conséquences à long terme »[25]. Il recommande donc d’ajouter l’uranium appauvri à la liste des armes prohibées et, sur un plan plus général, de prendre des dispositions afin que soient respectées à l’avenir les dispositions des articles 55 et 56 du Protocole I (1977).

1. – Interdiction pure et simple de l’uranium appauvri

La première prise de position en faveur de cette interdiction est restée, dans son retentissement comme dans ses effets, remarquablement discrète. Elle revient à une Sous-Commission de la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, la Sous-Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités. Dans un rapport de 1996, celle-ci « prie instamment tous les Etats de se laisser guider dans le cadre de leur politique nationale par la nécessité de contenir la fabrication et la dissémination des armes de destruction massive ou aveugle, en particulier … les armes contenant de l’uranium appauvri »[26]. On sait ce qu’il en est et les difficultés que soulèverait la négociation de ce nouvel instrument apparaissent comme certaines, notamment du fait de la position que ne manqueraient pas de prendre les ministères de la Défense. En témoignent deux exemples, au cynisme  patent : – Les investigations menées par l’U.S. General Accounting Office en 1992 ont amené cet organisme aux considérations suivantes : « les responsables de l’armée [américaine] estiment que les systèmes de protection contre l’uranium appauvri peuvent être laissés de côté pendant les combats et autres situations extrêmement dangereuses car les risques que présente l’uranium appauvri pour la santé sont largement inférieurs aux risques inhérents aux combats ». Et l’auteur de conclure : « étant donné que les cancers et autres problèmes de santé ne risquent pas de se développer avant la fin d’une bataille ou d’une guerre, les responsables militaires sont peu encouragés à se conformer à des procédures de sécurité qui pourraient affecter la prestation d’un soldat ou d’un « marine » sur le champ de bataille »[27]. Au Parlement européen, le général Morillon (PPE/DE) déclare pour sa part : « Il ne faut pas tomber dans une dérive trop précautionneuse. Ces engins sont les plus efficaces et parfois les seuls utilisables. On ne peut pas sacrifier la défense du seul fait  qu’il existe des doutes quant aux dangers de l’emploi des armes »[28].

La recommandation 1495 (2001) du Conseil de l’Europe, précitée, va néanmoins en ce sens et recommande au Comité des ministres : « iv. De demander la prohibition de la fabrication, des essais, de l’utilisation et de la vente des armes contenant de l’uranium appauvri ou du plutonium ». 

2. – Prévention des dommages environnementaux

Dès 1963, le traité de Moscou s’était préoccupé de la protection de l’environnement en se référant à la cessation « de la contamination du milieu ambiant de l’homme par des substances radioactives ». Plus récemment, après la guerre du Golfe, plusieurs Etats s’étaient prononcés pour la conclusion d’une nouvelle convention sur la protection de l’environnement en période de conflit armé[29]. C’est dans cette même perspective et dans le prolongement de la mise en œuvre du Pacte de stabilité pour l’Europe du Sud-Est, que la recommandation 1495 du Conseil de l’Europe s’inscrit. Elle préconise en effet, afin d’éviter que ne se reproduisent de telles conséquences dommageables, d’entreprendre des discussions conjointes avec l’OSCE sur la rédaction d’une convention sur la prévention des dommages environnementaux consécutifs à l’usage de la force militaire et à la mise en œuvre de mesures visant à désamorcer les situations de crise, destinée notamment à garantir le respect des articles 55 et 56 du Protocole I (1977) aux conventions de Genève de 1949. Ceux-ci dépassent la question de l’utilisation de l’uranium appauvri  et concernent, d’une manière plus générale, la prévention des dommages environnementaux qui compromettent « la santé ou la survie de la population », quels que soient les méthodes ou moyens employés, notamment les attaques contre des ouvrages d’art, usines ou installations « contenant des forces dangereuses … lorsque de telles attaques peuvent provoquer la libération de ces forces ».

B. – Une solution d’attente : le moratoire

Proposée par l’Italie au début du mois de janvier 2001 dans l’attente que soient connus les résultats de l’évaluation des risques dus à leur utilisation, l’idée d’un moratoire en application du principe de précaution sur les munitions à uranium appauvri a fait naître des réactions contrastées. L’Allemagne et la Grèce sont en sa faveur[30]. Sont contre : le Royaume-Uni, la France et l’OTAN, cette dernière estimant : « nous ne sommes pas dans une situation de conflit, donc la question d’un moratoire ne se pose pas »[31].

Le refus d’un moratoire est cependant contestable : les dispositions du Protocole I (1977) aux conventions de Genève semblent au contraire venir en étayer la nécessité : l’article 57 du Protocole I « Mesures de précaution », prévoit de « …ii) prendre toutes les précautions pratiquement possibles quant au choix des moyens et méthodes d’attaque en vue d’éviter et, en tout cas, de réduire au minimum les pertes en vies humaines dans la population civile, les blessures aux personnes civiles … ; iii) s’abstenir de lancer une attaque dont on peut attendre qu’elle cause incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil ou une combinaison de ces pertes et dommages qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu ».  Ainsi le principe de précaution est étendu par le Protocole I lui-même aux situations de conflits armés : le choix des armes et méthodes y est subordonné à une simple potentialité de risques jugés excessifs par rapport à l’avantage militaire attendu.

On sait que l’« on pénètre dans le champ d’application du principe … dès lors qu’il y a risques de conséquences d’un degré élevé de gravité et que subsiste le moindre doute scientifique »[32]. Or, la toxicité potentielle de l’uranium appauvri (voir annexe) ne semble pas être une vue de l’esprit – encore moins si l’uranium employé provient d’une opération de retraitement et contient du plutonium – de même qu’elle est susceptible de dépasser largement, par ses effets à long terme, le strict cadre du conflit en cause. Et quand bien même la valeur juridique du principe ne serait à l’heure actuelle que celle d’un principe directeur, dépourvu de force contraignante[33], elle peut servir d’incitation. Ainsi le Parlement européen s’est également référé au principe dans une résolution du 17 janvier 2001 : « en application du principe de précaution, la résolution commune déposée au nom du PPE/DE, PSE, ELDR, Vers/ALE et UEN demande aux Etats membres faisant partie de l’OTAN de proposer un moratoire sur l’utilisation d’armes à uranium appauvri ». Cette résolution a été adoptée par 394 voix contre 60 et 106 abstentions[34].

Enfin, il faut signaler la fragilité juridique de la position adoptée par l’OTAN  - inutilité d’un moratoire puisqu’il n’y a pas de conflit en cours – car en l’absence d’un moratoire et si un conflit éclatait, l’utilisation d’armes à uranium appauvri resterait possible alors qu’elle ne le serait plus dans le cas contraire. Il convient donc bien d’aborder la question dès à présent tant il apparaît que ce qui ne serait pas décidé dans une situation de paix n’aurait aucune chance de l’être dans une situation de guerre.

________________________________________________________________________________________________________________________

Bien des questions restent en suspens, notamment du fait du caractère partiel ou insuffisant des informations disponibles et des extraordinaires contradictions qui apparaissent jour après jour dans les déclarations de responsables scientifiques, politiques ou militaires.  Non des moindres : un rapport de l’armée américaine de 1990 dénonçait les effets de l’uranium appauvri, faisant état de cancers et de problèmes rénaux et allait jusqu’à envisager les réactions hostiles à son utilisation qui ne manqueraient pas de se produire dans l’opinion et dans les médias[35]. Ensuite, plus rien n’a filtré et le Pentagone a pris une position tout à fait opposée. Pour ne pas être en reste, l’OTAN a fait circuler une note parmi les états-majors concernés par les opérations en Serbie évoquant « la menace toxique possible » et suggérant de prendre « les mesures préventives » nécessaires[36]. Seulement cette note a été émise le 16 juillet 1999, soit près de cinq semaines après la fin des opérations ; cinq semaines après avoir tiré 31.000 obus sur la région[37]. Peut-on alors raisonnablement évoquer des mesures « préventives » ? Et que penser du paradoxe consistant à en recommander l’usage si par la suite aucune toxicité ne doit être officiellement reconnue ? Il reste que les incidences sanitaires, économiques et juridiques de cette affaire seront sans doute beaucoup plus importantes qu’on ne peut à l’heure actuelle le supposer[38]. Il reste également – et avant toute chose – qu’« il est inacceptable que se prolonge l’incertitude actuelle sur les conséquences sanitaires éventuelles de l’exposition à l’uranium appauvri »[39].

Avril 2001

Télécharger l’article en format PDF.

© 2001 Michèle POULAIN

POULAIN M. – « Le syndrome des Balkans – Eléments pour une approche juridique ». – Actualité et Droit International, avril 2001 (www.ridi.org/adi).

 NOTES:

[1] Ainsi de la pyridostigmine, considérée comme antidote aux produits chimiques mais dont les effets dangereux pour le cerveau ont été reconnus depuis (Le Monde, 2, 9 et 16 novembre 2000).

[2] L’uranium appauvri demeure le principal accusé. On y limitera le champ de cette approche, les développements qui suivent restant valables mutatis mutandis pour les autres chefs de toxicité dont les effets synergiques demeurent d’ailleurs inconnus. Comme le souligne dans une interview, Christine Abdelkrim-Delanne, auteur de « La sale guerre propre » : « il serait regrettable de réduire les recherches à un seul facteur, l’uranium et une seule guerre, les Balkans » (Libération, 8 janvier 2001).

[3] D’une estimation de 300 soldats ayant pu être exposés à un risque toxique en juin 1996, le Pentagone passa à 98.900, fin 1997 (Le Monde, 5 décembre 2000). Sur les effets du retour à la vie civile, cf. Journal of Epidemiology and Community Health, rapporté par Le Monde, 19 octobre 2000.

[4] Le Monde, 5 janvier 2001. La Commission européenne avait indiqué dès le 4 janvier qu’une enquête informelle était en cours. Une réunion en présence des responsables de la politique étrangère et de sécurité commune s’est ensuite tenue et la Suède, qui assume la présidence  de l’Union, s’est proposée pour « collecter les faits »  (Le Monde,  6 et 9 janvier 2001).

[5] En France, Avigolfe, regroupant les anciens combattants de la guerre du Golfe étend ses recherches aux Balkans, recherches qui sont loin d’être sans effet puisque c’est grâce à l’action de cette association que le ministère de la Défense a reconnu que l’ordre de prendre des cachets contre les armes chimiques avait bien été donné. Elle a également œuvré en faveur de la création d’une commission d’enquête parlementaire (Le Monde, 10-11 et 14 septembre 2000 ; Libération, 31 janvier 2001). C’est finalement une commission d’information parlementaire, aux pouvoirs moins importants, qui a été créée. Ses pouvoirs ont été étendus du Golfe aux Balkans. Au Royaume-Uni, l’Association nationale des anciens combattants de la guerre du Golfe réclame « une enquête publique parce que le ministère de la Défense n’a pas dit la vérité » (Reuters, 8 février 2001), ce qui fut accepté par le gouvernement.

[6] En France, un programme généralisé de surveillance médicale, à la fois prospective et rétrospective, est lancé pour l’ensemble des soldats ayant séjourné dans les Balkans ou y séjournant encore : analyse des dossiers médicaux de tous les militaires ayant dû être hospitalisés, quelle qu’en soit la raison ; contrôle médical associant examen clinique, dosages biologiques et radiographies pour les autres (Le Monde, 5 janvier 2001). Pour un état des différentes enquêtes par pays, v. Le Monde, 6 janvier 2001.

[7] Cette équipe est restée sur place deux semaines, mesurant les niveaux de radioactivité sur 11 des 112 sites visés par des projectiles contenant de l’uranium appauvri et prélevant 355 échantillons de sol et d’eau pour vérifier la présence de métaux lourds lors de la décomposition de l’uranium appauvri, le but de l’évaluation étant de « déterminer si l’uranium appauvri utilisé pendant les hostilités représente un risque pour la santé publique ou pour l’environnement, à l’heure actuelle ou dans l’avenir ». Les prélèvements ont été analysés par cinq laboratoires. Après des conclusions intermédiaires, relatives notamment à la présence d’uranium 236 et de plutonium (voir annexe) (PNUE, Communiqués, 3 novembre 2000 ; 17 novembre 2000 ; 11 et 16 janvier 2001 ; 16 février 2001), le PNUE vient de rendre son rapport le 13 mars dernier (on en trouvera le texte complet sur le site http://balkans.unep.ch qui contient par ailleurs de très nombreux liens). Ce rapport ne note pas de contamination étendue mais relève les incertitudes scientifiques qui demeurent en ce qui concerne notamment les nappes phréatiques. Certaines situations pouvant présenter un risque sont identifiées – il s’agit d’un risque lié à une toxicité chimique en cas d’ingestion de terre ou d’eau contaminée et de contamination par les mains (op. cit., p. 86) – et il est souligné que les risques à long terme ne sont pas connus. A cet égard, une mission en Bosnie « où des munitions sont restées pendant plus de cinq ans dans le milieu naturel » est recommandée. Enfin la nécessité d’études plus approfondies sur les 101 sites du Kosovo non visités est soulignée. Le rapport conclut à la nécessité de précautions à prendre.

[8] A cette fin, il sera recueilli des informations sur l’exposition de la population à l’uranium appauvri et à d’autres substances toxiques résultant des opérations militaires ; les données disponibles sur l’incidence du cancer et de la leucémie ainsi que d’autres affections, au sein de la population du Kosovo seront analysées ; les risques potentiels pour la santé des populations qui pourraient avoir été exposées à ces agents et qui nécessiteraient une surveillance médicale et un suivi seront définis. Un appel a été lancé afin de constituer un fonds d’urgence de 2 millions de dollars, nécessaire à l’exécution de ce programme d’investigation pour les six premier mois. Un appel ultérieur, plus important, servira à couvrir les travaux pour une durée de quatre ans (OMS, Communiqués de presse, 2001, n°1, 19 janvier 2001, et n°5, 1er février 2001).

[9] Ainsi que le déclare au Parlement européen, Javier Solana, anciennement Secrétaire général de l’OTAN, « L’Alliance est obligée de souligner qu’elle n’est pas une institution médicale mais seulement une institution militaire. Par conséquent, ce n’est pas elle qui est à même de fournir un véritable dossier sur le sujet. C’est à l’O.M.S. et à d’autres institutions scientifiques de le faire » (Parlement européen, Le point de la Session, 15 janvier 2001). Cette coopération se concrétise par une série de mesures : a. engagement de consultations avec les pays fournisseurs de troupes. Des réunions ont été tenues notamment les 12, 18 et 24 janvier et ont fait l’objet de compte-rendus écrits ; b. création d’un comité ad hoc dont les membres comprennent les Etats contributeurs à la KFOR et à la SFOR, qu’ils soient ou non membres de l’Alliance, soit 50 nations ainsi que les représentants de cinq organisations internationales : l’OMS, le PNUE, l’OSCE, l’UE et le Haut-représentant en Bosnie-Herzégovine. Des représentants d’ONG seront en outre invités ponctuellement, selon les questions abordées. Le Comité se réunit toutes les semaines ; c. la question est également suivie par le comité des chefs de santé militaires des différents Etats membres de l’Alliance (COMEDS) qui procède à des échanges de vues sur les données factuelles de base dans les domaines médical et scientifique (OTAN, communiqué de presse 2001-002, 10 janvier 2001. Toutes ces informations peuvent être trouvées sur le site internet de l’OTAN http://www.nato.int/du, où la question de l’uranium appauvri [depleted uranium] fait l’objet de mises à jour constantes. Très nombreux liens).

[10] M. Paul Lannoye, député européen (Verts, Belgique), souligne ainsi « la difficulté d’établir un lien entre l’état de santé des militaires et l’utilisation d’uranium appauvri. Il y a en effet toute une série de paramètres qui interviennent et les effets se font souvent sentir à long terme. Dans ce contexte, il ne comprend pas que des scientifiques puissent se prononcer dès maintenant » (Parlement européen, le point de la Session, 15 janvier 2001, p. 9).

[11] OTAN, Communiqué de presse 2001-002, 10 janvier 2001. Comme le signale au Conseil de l’Europe M. Soendergaard (Danemark) : « certains orateurs ont constaté qu’il n’y avait pas de lien établi entre les munitions à l’uranium appauvri et les problèmes de santé constatés chez les civils et les militaires après les opérations au Kosovo. Mais qui dispose des informations nécessaires sur ces munitions ?… L’OTAN et les fabricants doivent informer les populations et les Nations Unies lancer une enquête de santé publique auprès des civils, des soldats, des membres des ONG et des journalistes qui se sont trouvés sur place au moment du conflit » (Conseil de l’Europe, Compte-rendu des débats, 24 janvier 2001, version provisoire non corrigée, p. 22, disponible sur le site http://stars.coe.fr).

[12] A cet égard, il serait intéressant de se demander, dans un contexte où il y a eu substitution de l’action des Etats membres de l’OTAN à celle des Nations Unies, comment se répartiraient les responsabilités entre l’Alliance et les Etats fournisseurs de troupes. Qui, en définitive, est responsable de l’obligation d’observer les normes pertinentes ? Sur la substitution à l’action onusienne et l’illicéité de l’intervention organisée par l’OTAN, voir notamment les développements de P.-M. Dupuy, Droit international public, Dalloz, 5ème éd., 2000, pp. 555-558 et de S. Sur, « L’affaire du Kosovo et le droit international : points et contrepoints », A.F.D.I., 1999, pp. 280-291, ainsi que les différentes contributions parues en 2000 à la R.G.D.I.P. : N. Valticos, « Les droits de l’hommele droit international et l’intervention militaire en Yougoslavie », n°1, pp. 5-18 ; Ph. Weckel, « L’emploi de la force contre laYougoslavie ou la Charte fissurée », n°1, pp. 19-36 ; O. Corten et F. Dubuisson, « L’hypothèse d’une règle émergente fondant une intervention militaire surune « autorisation implicite » du Conseil de sécurité », n°4, pp. 873-910. Sur la question des responsabilités, s’agissant des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, voir C. Emmanuelli, Les actions militaires  de l’ONU et le droit international humanitaire, Ottawa, Editions de l’Université, 1995, 112 p.

[13] Sur cette question voir J. Combacau in J. Combacau, S. Sur, Droit international public, Montchrestien, 4ème éd., 1999, pp. 539 et s. et P.-M. Dupuy,op. cit., p. 444.

[14] En droit interne, au contraire, et plus spécialement en droit administratif français, la théorie des choses et activités dangereuses, utilisée par le Conseil d’Etat dans les hypothèses où l’administration utilise une chose considérée en elle-même comme dangereuse, aurait sans doute quelque chance de pouvoir fonder une responsabilité pour risque, dans la mesure où il serait démontré que le dommage est bien né d’un risque de nature exceptionnelle que l’administration a elle-même contribué à créer. Sur cette question, voir J.-C. Venezia, Y. Gaudemet, Traité élémentaire de droit administratif, LGDJ, 15ème éd., 1999, pp. 998-1000.

[15] « Depleted uranium is not illegal. It is a legal weapon of war. End of story. We used it, it’s legal ». Mark Laity, OTAN, Press Briefing, 24 janvier 2001, p. 10. (Traduction de l’auteur). La retranscription est disponible sur le site de l’OTAN : http://www.nato.int/docu/speech/2001/s010124a.htm.

[16] « There is no specific treaty ban on the use of depleted uranium projectiles. There is a developing scientific debate and concern expressed regarding the impact of the use of such projectiles and it is possible that, in future, there will be a consensus view in international legal circles that use of such projectiles violate general principles of the law applicable to use of weapons in armed conflicts. No such consensus exists at present ». TPIY, Final Report to the Prosecutor by the Committee established to review the NATO Bombing Campaign against the Federal Republic of Yugoslavia, 13 juin 2000, § 26 (Traduction de l’auteur). Le rapport continue : « In view of the uncertain state of development of the legal standards governing the area, it should be emphasised  that the use of depleted uranium or other potentially hazardous substance by any adversary to conflicts, within the former Yugoslavia since 1991 has not formed the basis of any charge laid by the Prosecutor ». En conséquence, le comité recommande que l’Office du Procureur n’entame aucune investigation sur l’utilisation par l’OTAN de projectiles à base d’uranium appauvri (ibid.). Le rapport est disponible sur le site Internet du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie : http://www.un.org/icty/pressreal/nato061300.htm, ainsi que dans International Legal Materials, 39 (2000), n°5, pp. 1257-1283.

[17] Conseil de l’Europe, recommandation 1495 (2001), 24 janvier 2001. Cette recommandation a été adoptée d’après le document 8925 présenté par la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et des pouvoirs locaux sur les conséquences de la guerre en Yougoslavie pour l’environnement de l’Europe du Sud-Est. On trouvera le texte du protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux du 8 juin 1977 sur le site du Comité international de la Croix-Rouge : http://www.icrc.org. Les articles 55 et 56 traitent respectivement de la protection de l’environnement naturel et de la protection des ouvrages et installations contenant des forces dangereuses.

[18] CIJ, Requêtes introductive d’instance, Licéité de l’emploi de la force, 29 avril 1999. Après s’être, le 2 juin 1999, reconnue manifestement incompétente dans deux affaires (concernant l’Espagne et les Etats-Unis) et avoir dans les huit autres refusé d’indiquer des mesures conservatoires faute de compétence prima facie, la Cour a indiqué qu’elle restait saisie de ces affaires et a souligné que « les conclusions auxquelles elle était parvenue à ce stade ne préjuge[aie]nt en rien [s]a compétence … pour connaître du fond » (CIJ, Communiqué de presse, n°2001/5 du 23 février 2001. Sur les arrêts de la Cour, voir les développements de L. Boisson de Chazournes, « La Cour internationale de Justice aux prises avec la crise du Kosovo : à propos de la demande en mesures conservatoires de la République fédérale de Yougoslavie », A.F.D.I., 1999, pp. 452-471). La Yougoslavie a donc déposé ses mémoires dans chacune des huit affaires et les Etats défendeurs ont soulevé des exceptions préliminaires d’incompétence et d’irrecevabilité. La Cour venant de reporter d’un an la date d’expiration des délais fixés pour la présentation par la Yougoslavie d’exposés écrits sur ces exceptions préliminaires (Communiqué de presse 2001/5, précité), il faudra attendre quelque temps encore une décision sur le fond.

[19] Commission du  Droit international, Projets d’articles sur la responsabilité des Etats adoptés en seconde lecture par le comité de rédaction le 11 août 2000, article 31 : réparation  (R.G.D.I.P., 2000, n°4, p. 1121).

[20] Article 35 – Formes de la réparation  (ibid., p. 1122).

[21] Cf. C. London : « Il ne convient plus … de contrôler l’environnement pour l’environnement, mais bien d’assurer qu’il ne puisse véhiculer des facteurs de risque pour la santé humaine », in « Santé et environnement : des approches complémentaires ? », Petites affiches, n° 48, 8 mars 2001, p. 4.

[22] Conseil de l’Europe, recommandation 1495 (2001) précitée. Voir également les débats, très riches, relatifs à la séance du 24 janvier 2001, à 15 heures, précités note 11.

[23] Il s’agirait évidemment de beaucoup plus que ce qui est exigé de la RFY et de la Serbie dans l’accord de cessation des hostilités que ces Etats ont signé avec la KFOR le 9 juin 1999, à savoir : retirer « les mines, les gravats, les pièges, les obstacles et les éventuelles charges », R.G.D.I.P., 2000, n° 4, p. 1128. Dans son rapport précité du 13 mars 2001 et le communiqué de presse du même jour, le PNUE inscrit ainsi au nombre des précautions à prendre visant la totalité des sites bombardés : le retrait du sol des obus et parties d’obus radioactifs, la décontamination des secteurs et le retraitement de l’eau de boisson là où cela serait nécessaire.

[24] Des contentieux ont déjà été engagés au plan national. En France, la Cour régionale des Pensions de Bordeaux a accepté le 19 septembre 2000, mais contre l’avis du Ministère public, d’ordonner de nouvelles expertises dans le cas d’un militaire gravement malade depuis son retour du Golfe (Le Monde, 20 février 2000). En Belgique, ce sont cinq  procédures qui ont été engagées devant le ministère des Pensions, lequel a refusé de reconnaître un lien entre les symptômes et le service dans les Balkans. Il faut souligner l’initiative que s’apprêterait à prendre, pour tourner la difficulté, un député, J.-P. Moerman, qui travaille sur une proposition de loi permettant d’indemniser les militaires sur une simple présomption de contamination lors d’une mission à l’étranger. Les sommes nécessaires seraient déposées sur un Fonds spécial (L’Express, 16 février 2001). Aux Etats-Unis, les choses sont plus difficiles puisqu’il existe une loi interdisant aux vétérans de porter plainte contre l’Etat pour blessures reçues au combat. Cette loi a été étendue, depuis la guerre du Golfe, aux familles (T.M. Deffontaines, op. cit.).

[25] Conseil de l’Europe, débats relatifs à la séance du 24 janvier, op. cit., p. 23.

[26] Rapport du 25 novembre 1996, E/CN.4/Sub.2/1996/41, E/CN.4/1997/2. Souligné par nous.

[27] D. Fahey, « Armes à uranium appauvri : Leçons de la Guerre du Golfe », Notes et Analyses du Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité (GRIP), 23 juin 1999 (Traduction de « Depleted uranium : a post-war disaster for environment and health », Laka Foundation, mai 1999).http://www.grip.org/bdg/g1687.html

[28] Parlement européen, Le point de la Session, 15 janvier 2001, p. 10. En admettant que cet aléa militaire  puisse être retenu, quid des populations civiles ? Quid des conséquences à long terme, susceptibles de se révéler bien après l’arrêt des hostilités ?

[29] Sur ces deux points, voir S. Sur, in J. Combacau, S. Sur, op. cit., p. 498.

[30] Reuters, 8 février 2001.

[31]  »We are not in a conflict of any kind, so the question of a moratorium doesn’t arise ». Mark Laity, loc. cit., p. 11. Traduction de l’auteur.

[32] L. Lucchini, in  »Le principe de précaution en droit international de l’environnement », A.F.D.I., 1999, p. 724.

[33] “Le principe de précaution paraît, à la vérité, appartenir à cette catégorie commode, dite des principes directeurs … [qui] sont – au moins provisoirement – dépourvus de force contraignante. Ils ont néanmoins pour fonction d’imprimer des orientations aux politiques des Etats et de canaliser l’ action des acteurs économiques », ibid., p. 730.

[34] Parlement européen, op .cit., p. 7.

[35] T. M. Deffontaines, op. cit. ; Dan Fahey, op. cit.

[36] Information donnée par le ministre allemand de la Défense (Le Monde, 9 janvier 2001).

[37] Le Monde, 24 mars 2000.

[38] Ainsi le Comité médical de l’OTAN, le COMEDS, propose-t-il de réorienter toute la politique médicale de l’Alliance qui, jusqu’ici était du ressort exclusif de chaque Etat membre, dans le sens de l’établissement par un groupe de travail d’une stratégie cohérente et de procédures standardisées (OTAN, Press Briefing, 16 janvier 2001, p. 2).  Ainsi pour M. Francis Wurtz, au Parlement européen,  « le syndrome des Balkans devrait nous amener à réévaluer le concept de sécurité européenne » (Le point de la Session, op. cit., p. 10).

[39] Dr Xavier Leus, Directeur du département Secours d’urgence et action humanitaire à l’O.M.S. (Communiqué de presse, 2001, n° 5, 1er février 2001).


QUELQUES DONNEES

RELATIVES

A L’URANIUM APPAUVRI (U.A.)

 

1. – Caractéristiques physiques

L’U.A. n’existe pas dans la nature. C’est un résidu du processus d’enrichissement du minerai d’uranium, processus qui permet l’utilisation de celui-ci dans des armes et réacteurs nucléaires. Pendant ce processus d’enrichissement, une partie du métal (+ 14 %) est enrichie et l’autre, (+ 86 %) est corrélativement  appauvrie. Il y a donc production simultanée d’uranium enrichi et d’uranium appauvri.

L’U.A. est composé des isotopes 234, 235 et 238. Or, l’U.A. utilisé par les industries d’armement comporte également, comme le montrent les résultats des analyses effectuées par des laboratoires indépendants sur les prélèvements ramenés du Kosovo par une équipe du P.N.U.E. en novembre 2000, de l’uranium 236 – en faible quantité certes (0,0028%) et des traces de plutonium[1a]. Cette particularité est la preuve que l’U.A. en cause est, au moins partiellement, issu du processus d’enrichissement, non d’uranium naturel, mais d’uranium de retraitement. Il est donc « pollué par les isotopes artificiels produits au sein des réacteurs nucléaires »[2a].

Outre sa valeur économique peu importante, l’U.A. possède des propriétés qui rendent son emploi intéressant : il arrête les rayons gamma de façon plus efficace que le plomb – on l’utilise ainsi en radioprotection dans l’industrie civile ; il est pyrophore, c’est à dire capable de s’enflammer spontanément quand certaines conditions sont réunies et donc, une fois dans la cible, il prend feu en dégageant une fumée composée de fines particules d’uranium – pour l’industrie militaire, il perfore ainsi le blindage des tanks beaucoup mieux que le tungstène, traditionnellement utilisé[3a]. Cet aérosol de poussières peut rester en suspension dans l’air pendant plusieurs heures ou bien être transporté par le vent. Quand il se pose, il contamine les eaux de surface, puis les nappes phréatiques et le sol. Par ailleurs, les perforateurs restés intacts finissent par subir une corrosion et se transforment également en poussières, solubles dans l’eau[4a].

2. – Toxicité

L’U.A., qui émet des rayons principalement alpha mais aussi bêta et gamma, est un peu plus faiblement radioactif que l’uranium naturel (40 millions de becquerels par kilo [Mbq/kg] contre 51 millions). On a donc pu dire que sa radioactivité est inférieure à celle que l’on trouve dans les gisements d’uranium ou même dans certaines régions granitiques. Cependant, « cela ne signifie pas qu’il soit devenu inoffensif », bien au contraire puisque la radioactivité produite par le minerai a été concentrée au cours du processus d’obtention du métal. Ainsi, « la radioactivité de l’U.A. est 60.000 fois supérieure à celle que l’on trouve habituellement dans le sol »[5a]. En outre, comme tous les métaux lourds, il présente une toxicité chimique importante.

La question des risques est donc à évaluer différemment selon la « porte d’entrée » de l’U.A. dans l’organisme. Les manipulations sont considérées comme peu dangereuses si elles ne durent pas longtemps. Mais si l’U.A. pénètre dans le corps, que ce soit par inhalation, ingestion, implantation ou blessure, la dose de rayonnement reçue est alors plus importante et se trouve combinée aux effets de la toxicité chimique, laquelle interfère principalement sur la fonction rénale. L’uranium va alors se fixer en plusieurs endroits possibles, entre autres : squelette, ganglions lymphatiques, poumons ou foie. Des chercheurs ont ainsi montré in vitro que l’exposition de cellules osseuses à de l’U.A. pouvait entraîner la formation de tumeurs cancéreuses[6a].


[1a] P.N.U.E., Communiqués de presse des 16 janvier 2001 et 16 février 2001. V. également Le Monde, 26 janvier 2001 où il est révélé qu’une usine du Kentucky a fourni l’armée américaine en U.A. dès 1953.

[2a] Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité, CRIIRAD,  Actualités, 5 janvier 2001.

[3a] « Contre les blindés, les munitions à l’U.A. (balles, obus, missiles) sont d’une efficacité redoutable » T.M. Deffontaines, Le Monde Télévision, 20-21 février 2000.

[4a] Dan Fahey, op. cit.

[5a] CRIIRAD, op. cit. A rapprocher de J.-F. Lacronique, président de l’Office de protection contre les rayonnements ionisants : « Ce matériau est tout sauf anodin », rapporté par Le Monde, 12 janvier 2001.

[6a] A. Miller, Environmental Health Perspectives, août 1998, rapporté par Le Monde, 12 janvier 2001. Voir également le Rapport du commandement de l’armée américaine chargé de l’armement, des munitions et des produits chimiques, juillet 1990, cité par Dan Fahey : L’U.A. est un « émetteur de rayons alpha de faible activité qui peut provoquer le cancer lorsque les expositions sont internes, la toxicité chimique causant pour sa part des lésions rénales » et celui du bureau médical des armées d’août 1993 : « les effets physiologiques estimés suite à l’exposition à des poussières d’uranium appauvri incluent une possibilité de risque accru de cancer (du poumon et ou des os) et de lésions rénales » (Dan Fahey, op. cit.).

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 15 décembre, 2013 |Pas de commentaires »

COMMISSION DE LA DEFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMEES: AUDITION DE ERIC TRAPPIER, PDG DE DASSAULT AVIATION, SUR LE PROJET DE LOI DE PROGRAMMATION MILITAIRE

Commission de la défense nationale

et des forces armées.

Mercredi 11 septembre 2013

Séance de 18 heures 30

Compte rendu n° 89

Présidence de Mme Patricia Adam, présidente

— Audition, ouverte à la presse, de M. Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation, sur le projet de loi de programmation militaire 2

ARMES GBU RAFALE en vol

La séance est ouverte à dix-huit heures trente.

Mme la présidente Patricia Adam. 

Je suis heureuse d’accueillir M. Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation, sur le projet de loi de programmation militaire – LPM. Nous débutons avec lui un cycle d’audition des industriels de la défense destiné à préparer l’examen de ce texte important, dans lequel le Rafale prend une place particulière. Je m’attends d’ailleurs à de nombreuses questions sur le dimensionnement de la construction financière de la LPM et sur les perspectives de vente du Rafale – un avion magnifique, sans doute le meilleur à l’heure actuelle.

M. Éric Trappier,

président-directeur général de Dassault Aviation. 

Je vous remercie d’avoir organisé cette rencontre sur un sujet aussi important pour notre société qu’il l’est pour les députés. Je tenterai d’être le plus transparent possible, même si je ne pourrai entrer dans le détail des négociations en cours.

Je rappelle qu’en 2012, le chiffre d’affaires de Dassault Aviation était réalisé à 70 % dans le secteur civil et à 30 % dans le domaine militaire ; 75 % à l’exportation et 25 % en France – ce dernier marché concernant principalement le Rafale.

La société emploie un peu moins de 12 000 personnes, dont 8 000 sur le territoire national. Si l’on excepte une implantation importante aux États-Unis pour la production de Falcon, nos avions sont produits principalement en France.

La société, bâtie à l’origine pour produire des avions destinés à l’armée, a atteint un équilibre entre civil et militaire que nous souhaitons préserver. Nous voulons, en effet, à la fois vendre plus de Falcon et conserver une importante part de marché dans les avions de combat. Toutefois, nos usines sont spécialisées par type d’activité et non selon l’usage, militaire ou civil, des avions. Ainsi, l’usine de Martignas fabrique des voilures pour les deux secteurs, comme celle de Mérignac, qui assemble les appareils.

J’en viens à la future loi de programmation militaire, dont nous attendons qu’elle nous permette de maintenir la charge de notre bureau d’études – liée, dans le secteur militaire, au Rafale. Le retour d’expérience sur cet avion – l’un des meilleurs du monde, comme l’a souligné Mme la présidente – est bon : nous avons pu vérifier que ce programme était adapté aux besoins définis par les armées. Si j’en crois les militaires, l’appareil a parfaitement rempli ses missions en Libye et au Mali, et fera sans doute encore ses preuves lors d’éventuelles opérations à venir.

Pour autant, des travaux de développement restent à accomplir pour prendre en compte le retour d’expérience des opérationnels. L’avion va continuer à évoluer avec le nouveau standard, le F3R –amélioration prévue de longue date. Ce travail a débuté en 2013 et sera poursuivi dans les années à venir. Il représente une des composantes de la programmation miliaire.

En termes de développement et d’études, nous voyons également notre avenir dans les drones. S’agissant des drones de combat ou UCAV – unmanned combat air vehicle –, nous disposons d’une expérience positive avec le nEUROn : nous sommes en effet les seuls au monde, avec les Américains, à maîtriser cette technologie, grâce à une coopération entre six pays européens contributeurs. Dassault a donc également montré sa capacité à développer un modèle de coopération vertueux, au sens où, contrairement à d’autres, il n’entraîne pas d’importants surcoûts. Je rappelle que le Rafale n’a dépassé son budget initial que de 4 % ; on ne peut pas en dire autant de certains programmes développés outre-Atlantique, outre-Manche ou outre-Rhin. Une telle maîtrise des coûts, rare dans le domaine militaire, est un sujet de fierté nationale.

Selon nous, le développement des drones de combat doit s’inscrire dans le cadre du traité de Lancaster House, c’est-à-dire de la coopération franco-britannique. Une étude sur ce sujet nous a été confiée il y a un an par le ministère de la Défense. Elle s’achèvera à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine, mais devrait naturellement conduire à un projet plus détaillé de développement de drones de combat, élaboré dans un cadre européen – car la coopération franco-britannique contribue à la défense de l’Europe.

En ce qui concerne les drones MALE – moyenne altitude, longue endurance –, Dassault est depuis de nombreuses années une force de proposition. À la suite de l’achat de Reaper américains, qui répondait à une certaine urgence, nous avons suggéré au ministère de la Défense un nouveau projet associant EADS et Finmeccanica. Nous attendons désormais de savoir si la France, l’Allemagne et l’Italie sont prêtes à développer, d’ici dix ans, la future génération des drones de surveillance.

Les technologies véhiculées à travers les drones MALE ne sont pas liées à la capacité du porteur, mais à celle du système, et en particulier à la capacité d’intégrer des liaisons de données fiables. L’expérience acquise avec le nEUROn et d’autres avions de combat nous rend aptes à développer un tel programme. Nous avons d’ailleurs, avec les deux autres groupes concernés, demandé aux institutions européennes – Agence européenne de défense, Commission – de soutenir les efforts de recherche et développement dans certains domaines tels que l’insertion dans le trafic aérien. La tenue, avant la fin de l’année, d’un conseil européen en matière de défense nous permettra, nous l’espérons, de progresser dans cette logique de développement de la technologie des drones – avec les Britanniques pour les engins de combat, et avec les Allemands et les Italiens pour ce qui concerne la surveillance. Cette coopération n’est toutefois pas exclusive : d’autres pays pourront s’y joindre.

Nos bureaux d’études et de développement bénéficieront également, je l’espère, de la signature du contrat pour la rénovation des Atlantique 2. La modernisation de ces avions, ou plus exactement de leur système, est une demande forte de la marine nationale, notamment pour faire face à la menace anti-sous-marine, mais aussi pour mener d’autres missions, comme on l’a vu au Mali. Cette modernisation fait travailler en coopération Dassault, Thalès et DCNS : elle sera donc également l’occasion de développer des nouvelles méthodes d’atelier système communes aux trois sociétés, avec en particulier l’utilisation intensive de l’outil PLM – product lifecycle management – développé par Dassault systèmes.

En ce qui concerne le Mirage 2000, dont nous avons compris qu’il allait encore vivre quelques années en parallèle avec le Rafale, nous avons également formulé des propositions, et nous attendons de savoir quelle suite leur sera donnée.

J’en viens à la production en série. Comme je l’ai déjà indiqué – et la direction générale de l’armement comme le ministère de la Défense l’ont confirmé –, nous avons besoin de construire un Rafale par mois, et onze par an, pour conserver la capacité de production de cet avion. Nous avons fait le pari de produire à cette cadence jusqu’en 2016 pour équiper l’armée française, ce qui laisserait à l’État et à l’industrie le temps de mettre en commun leurs efforts en vue d’obtenir un contrat à l’exportation dans un des pays où les négociations sont assez avancées. Cet objectif est important dans la mesure où il permettrait à Dassault Aviation et à ses sous-traitants de conserver un intérêt à produire pour le secteur militaire.

En effet, la sous-traitance est aujourd’hui très sollicitée par le secteur civil, économiquement bien plus intéressant, comme le montrent les exemples d’Airbus et du Falcon. Mais la production du Rafale relève aussi de l’intérêt national : il est donc important de maintenir un équilibre en faveur de nos sous-traitants et de préserver leur motivation.

Je finirai par le maintien en condition opérationnelle – MCO –, qui a fait l’objet de nombreuses discussions dans le cadre du livre blanc. Dans ce domaine, nous nous inscrivons dans les efforts permanents réalisés par les différents organismes concernés – DGA, SIMMAD, etc. – pour améliorer l’efficacité opérationnelle des matériels. Nous bénéficions de l’expérience acquise en soutenant environ un millier d’avions de combat et 2000 Falcon dans le monde.

Dans ce domaine, nous revendiquons pour l’industrie un certain rôle. Je ne parle pas d’externalisation complète, car il est nécessaire que les militaires conservent une capacité à opérer leurs avions partout dans le monde. Mais l’industrie doit être capable de soumettre des offres valables pour des périodes longues – seule condition pour que l’activité soit rentable. Nous avons commencé à le faire avec le Rafale, mais il faudra l’étendre à d’autres types d’avions.

M. Joaquim Pueyo. 

J’ai lu avec attention le compte rendu, dans Le Monde, d’une tribune que vous avez publiée avec d’autres industriels de l’armement à la veille des universités d’été de la défense. Vous y critiquez le comportement des gouvernements précédents, soulignant qu’« aucune mandature n’a vu l’exécution dans sa totalité d’une loi de programmation militaire ». Vous plaidez pour que soit recréée « une relation de confiance qui passera par le respect des engagements pris et par une sincérité budgétaire ». J’en déduis qu’à vos yeux, cette confiance n’est pas suffisamment forte à l’heure actuelle. Pourtant, les lois de programmation militaire comprenaient des clauses de sauvegarde et ont fait l’objet de bilans. Le projet de LPM que nous allons bientôt examiner prévoit d’ailleurs une clause de rendez-vous, fixée fin 2015, afin d’actualiser certaines prévisions critiques et de vérifier la bonne adéquation entre objectifs fixés et réalisations. Cette approche vous semble-t-elle de nature à rétablir la confiance ?

Par ailleurs, lors d’une audition précédente, vous disiez ceci : « À l’heure actuelle, l’État soutient l’exportation sur les plans politique et stratégique. Il serait très difficile de passer de gros contrats avec des États qui n’entretiennent aucune relation politique avec la France. La donne politique est donc nécessaire sans être suffisante. » Quel est votre sentiment sur les conséquences que la crise syrienne pourrait avoir sur votre entreprise ? Qu’en est-il de nos relations avec le Qatar et l’Arabie saoudite, qui soutiennent la rébellion, et avec la Russie, qui appuie le gouvernement en place ? Je me souviens qu’une importante délégation russe était présente au salon du Bourget.

M. Éric Trappier. 

La tribune que j’ai publiée avec six autres chefs d’entreprise faisait suite à l’appel lancé en début d’année au Président de la République à propos de l’élaboration du budget de la défense. Elle se voulait un commentaire positif, à la veille des universités d’été de la défense. Nous nous réjouissons, en effet, à l’idée que puisse être adoptée une version plutôt optimiste de la loi de programmation militaire, contrairement à ce que laissaient entendre certains bruits de couloir. Nos inquiétudes ont visiblement été prises en compte par le Président de la République et le ministre de la Défense, mais aussi par les commissions compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Nos commentaires ne s’adressaient donc pas au gouvernement actuel. Mais sous tous les gouvernements précédents, on a vu une application incomplète des lois de programmation militaire – en disant cela, je ne formule pas une critique, mais une inquiétude. Dès lors, l’introduction d’une clause de sauvegarde, afin de vérifier certaines hypothèses, de prendre en compte certains aléas après un ou deux ans d’application, est selon nous une bonne décision.

Notre remarque était motivée par la longueur de notre cycle industriel. Il ne s’agit pas de défiance à l’égard de l’État, mais les calendriers politique et industriel peuvent être différents. Dans l’industrie, nous dressons des plans sur dix ans, pour déterminer où doit être investi l’argent, quelles usines doivent se doter d’outils plus modernes, s’il faut acheter des terrains ou construire… S’agissant du monde civil, tout cela est notre affaire. Mais en matière militaire, nous devons aussi savoir où nous allons. Il faut donc établir un contrat moral – à défaut d’être écrit – et de long terme avec l’État. Cette préoccupation est bien entendu indépendante de la couleur politique, la défense étant un secteur trop important pour pouvoir subir des changements au gré des alternances. Ce n’est d’ailleurs pas le cas : la continuité est réelle.

Il est vrai que des aléas surviennent. Il en est ainsi sur le plan budgétaire : nous ne nions pas la nécessité de désendetter la France. Mais la pratique du « pompage » – comme on dit dans le jargon aéronautique – coûte cher et entre en contradiction avec les intérêts à long terme de l’industrie. Telle est la raison de la tribune publiée par les industriels de la défense : nous avons été entendus dans un contexte budgétaire difficile, mais nous resterons vigilants lors de l’exécution de la LPM. Si elle n’est pas appliquée complètement, en effet, certains programmes pourraient couler. Cela ne signifie pas que des sociétés vont disparaître, mais celles qui produisent à la fois pour les mondes civil et militaire devront sans doute réorienter leurs activités.

Or nous devons être vigilants, car les compétences mobilisées ne sont pas les mêmes pour les deux secteurs – même si nous tentons d’établir une synergie maximale entre eux. Par exemple, la furtivité n’est d’aucune utilité pour des avions civils. Si ces compétences ne sont pas mises à contribution dans le cadre de contrats passés avec le ministère de la Défense, il faut les consacrer à d’autres domaines, ne serait-ce que pour préserver la motivation des ingénieurs.

Plus généralement, nous sommes confrontés à un problème dont nous avons commencé à parler au sein du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales : alors qu’il y a une dizaine d’années, le militaire attirait encore les meilleures compétences, aujourd’hui, les jeunes qui entrent dans l’industrie préfèrent le civil, où de nouveaux programmes sont lancés tous les jours. C’est d’autant plus vrai que la fin du service national a rendu la société civile moins sensible aux questions de défense.

C’est d’ailleurs aussi l’intérêt du nEUROn, un véritable challenge d’ingénieur. Nous sommes les seuls au monde, en dehors des Américains, à savoir faire voler un avion furtif et sans pilote de la taille d’un Mirage 2000. Dans un tel programme, on peut placer les meilleurs, d’autant que le résultat est tangible – ça vole. C’est donc mobilisateur. De même, la coopération avec les Britanniques permettrait de motiver les jeunes. Mais il en va autrement si on tergiverse ou si les projets sont modifiés en cours d’exécution. Le projet de LPM, dans la mesure où il prend en compte les besoins des bureaux d’études, me semble donc positif en ce sens.

J’en viens à la crise syrienne, dont je ne pense pas qu’elle puisse avoir à court terme des retombées, positives ou négatives, sur l’exportation du Rafale. Je prendrai l’exemple de nos deux prospects principaux, l’Inde et le Qatar. En Inde, le besoin de rénovation de sa flotte de combat est réel. Après une compétition dure entre six candidats, un choix a été opéré, sur le plan opérationnel tout d’abord, budgétaire ensuite : le Rafale a été déclaré gagnant, et nous sommes entrés dans la phase de négociation commerciale. Dans un tel contexte, la position de la France s’agissant de la Syrie n’a pas, à ma connaissance, de conséquence.

En ce qui concerne le Qatar, les Émirats ou l’Arabie saoudite, je n’ai pas suffisamment connaissance de l’état précis de nos relations avec ces pays – c’est l’affaire des politiques – pour évaluer l’impact de la crise syrienne. De toute façon, même si Dassault vend des Falcon à l’Arabie saoudite, notre société y a perdu le marché des avions de combat – face au Tornado.

En revanche, les opérations au Mali ont eu un impact sur le Qatar et les EAU. La capacité de la France à intervenir en premier, avec des matériels capables de traiter les cibles de manière précise – bien plus qu’en envoyant une centaine de Tomahawk dans la nature –, et d’y effectuer des missions longues – directement entre Saint-Dizier et le Mali – a été appréciée. Non seulement elle l’a été sur le plan politique – car n’importe quel pays n’a pas une telle capacité d’intervention –, mais elle l’a été aussi sur le plan des moyens matériels et de la faculté à opérer parfaitement les manœuvres. Cela s’est vu un peu partout dans le monde. L’opération au Mali a donc eu une influence positive sur l’image du Rafale, comme avant celle effectuée en Libye.

Mme la présidente Patricia Adam. 

Soyez assuré que la Commission suivra de près l’application, en 2015, de la clause de revoyure.

M. Philippe Folliot. 

Je ne suis pas d’accord avec une de vos affirmations : le Rafale n’est pas un des meilleurs avions du monde, c’est le meilleur !

M. Éric Trappier. 

Je disais cela par modestie…

M. Philippe Folliot. 

Le problème, en revanche, c’est qu’il n’est pas notre meilleur produit d’exportation.

Il est prévu de livrer 26 Rafale à l’armée française. Or, vos prédécesseurs ont toujours affirmé qu’ils avaient l’obligation de produire onze avions par an, et vous avez confirmé que cette cadence ne pouvait pas être réduite. Si la société n’obtient pas de contrats à l’export, notre armée devra donc les acheter.

Nous espérons tous que ces contrats vont être signés : il y va de l’intérêt national, mais aussi de notre intérêt financier, car l’absence de contrats déséquilibrerait fortement le financement de la loi de programmation budgétaire. Ce point fera sans doute l’objet de la clause de revoyure.

Voyons les choses de manière positive et supposons que l’export fonctionne très bien. Peut-on imaginer, dans une telle hypothèse, de livrer moins d’avions à nos armées pour dégager des marges budgétaires ? Au fond, l’essentiel pour vous est de vendre des avions, quel que soit le client.

M. Éric Trappier. 

Plus nous vendrons d’avions à l’export, mieux cela vaudra. Mon seul impératif est d’en produire un par mois : c’est la condition de sa viabilité industrielle. Mais nous serions très favorables à l’idée d’augmenter la cadence.

Cela étant, les 26 avions que nous devons livrer en 2016 sont en cours de construction. Or la transformation d’un avion destiné à la France en version exportable demande une adaptation qui n’a rien de simple.

En outre, le programme Rafale a été lancé pour répondre à un besoin, et ce besoin existe toujours, quelles que soient les contraintes budgétaires. La marine doit obtenir ces avions rapidement pour équiper son porte-avions, en raison du retrait de service des Super étendard en 2015. Quant à l’armée de l’air, elle est prête à faire durer plus longtemps ses Mirage 2000, mais seulement dans l’attente de la livraison des Rafale. D’ailleurs, quand elle doit opérer à la demande du chef de l’État, c’est à cet avion qu’elle recourt en premier. Il appartient donc au ministère de la Défense de déterminer exactement quels sont les besoins.

Nous avons donc la possibilité de nous adapter, mais il y a un timing à respecter. La production du Rafale n’est pas seulement liée à l’équation budgétaire : elle répond à un besoin opérationnel.

M. Jean-Jacques Candelier. 

Ma question porte également sur le Rafale. La commande de 26 appareils est destinée à atteindre l’objectif de 225 avions de combat en 2020, mais elle ne suffira pas à soutenir une production de 11 exemplaires par an : la différence représente 40 avions. Que se passerait-il si les pistes d’exportation ne menaient nulle part ? L’État devrait financer cette différence : quel est le coût d’un Rafale ?

M. Éric Trappier. 

En réalité, la commande portait sur 180 Rafale, et nous en avons déjà livré 120. La question porte sur la livraison et le paiement des 60 restants : quelles sont les préférences de l’État en la matière, compte tenu du contexte budgétaire compliqué que nous traversons ? Par ailleurs, rien n’exclut la commande d’une nouvelle tranche pour atteindre le format de 225 appareils visé par le livre blanc et les LPM successives, compte tenu du retrait de service des Super étendard – en 2015 – puis des Mirage 2000 – vers 2020. Je ne pense pas que l’on puisse envisager dans ces délais de trouver un successeur au Rafale. J’y serais favorable, mais cela demanderait un tout autre effort budgétaire. Il faudra donc faire vivre cet avion sur une longue durée.

La LPM représente donc, pour l’État et l’industrie, un pari. Sous réserve d’obtenir des contrats à l’export, que nous avons bon espoir de finaliser dans les délais – même si les discussions sont longues et compliquées –, le pari sera gagné. Dans le cas contraire, nous en discuterons dans le cadre de la clause de rendez-vous.

Quant au coût d’un Rafale, seule la DGA le connaît. Je connais le coût de la partie construite par Dassault, mais l’État achète directement le radar ou le moteur, par exemple.

Mme Marie Récalde. 

Dans l’hypothèse où le contrat avec l’Inde serait signé fin 2013, vous avez déjà annoncé que la commande ne pourrait être livrée qu’en 2016 ou 2017, et que les appareils concernés ne pourraient être prélevés directement sur les chaînes françaises, car ils doivent être adaptés aux conditions indiennes. Pouvez-vous nous préciser la nature des demandes de l’armée indienne ? Quelles conséquences la nécessité d’une adaptation pourrait-elle avoir sur les plans de charge des usines de Mérignac et de Martignas ?

M. Éric Trappier. 

Je ne peux pas, dans une réunion ouverte à la presse, entrer dans le détail des demandes particulières de l’armée indienne en termes de définitions techniques, car ces informations sont confidentielles.

Si nous parvenons à obtenir un contrat dans des conditions compatibles avec une livraison en 2017-2018, tout ira bien. Dans le cas contraire – et rappelons qu’il est difficile de signer de tels contrats –, l’alternative, pour l’État, est la suivante : soit il arrête le programme, soit il le maintient à hauteur d’un Rafale produit par mois. Dans ce cas, la question du financement devra être abordée en 2015.

Quant à l’impact sur l’emploi de l’arrêt du programme, il serait important, car la charge de travail liée à la construction d’un Rafale est le triple de celle d’un Falcon. Mais la conséquence, ce serait surtout une révision de notre modèle industriel au détriment de la fabrication d’avions de combat. Cela étant, je ne m’inscris pas, pour l’instant, dans une perspective aussi négative, même si un industriel se doit de faire face à toutes les hypothèses.

M. Gilbert Le Bris. 

Pouvez-vous dresser un rapide panorama de l’offre concurrente au Rafale ? J’ai eu l’occasion de visiter, au Texas, la chaîne de montage des F-35 de Lockheed Martin : de toute évidence, ce modèle constitue un rival redoutable au vu du rythme de production. Mais c’est surtout à propos des avions proposés par des nations émergentes ou des pays comme la Russie que je souhaitais connaître votre avis. Nous avons assisté à l’impressionnante démonstration du Sukhoï SU-35, au Bourget, et nous savons qu’un T-50 est en cours de développement. Ce fabricant est-il un dangereux concurrent, en général et sur vos propres prospects ?

M. Éric Trappier. 

Pour l’instant, les Russes sont des concurrents sur le plan général, mais on les voit peu sur nos marchés, qui concernent des pays avec lesquels la France entretient une relation politique fondée sur une compréhension particulière et s’inscrivant dans un cadre stratégique. L’Inde – où 90 % de la flotte est d’origine russe, le reste étant fourni par la France – fait figure d’exception. Mais ce pays a fait le choix de maintenir une double source d’approvisionnement : elle a acheté des Sukhoï SU-30 et réfléchit au développement avec les Russes d’un nouvel avion de combat, mais elle se prépare aussi à acheter des Rafale, s’inscrivant ainsi dans une longue tradition d’achat à la France, de l’Ouragan jusqu’au Mirage 2000. Nous ne sommes donc pas vraiment en concurrence, même si le Mig 35 faisait partie de la dernière compétition – il a été éliminé dès le premier tour.

Dans les autres pays, les Russes ne sont pas nos concurrents : ils ont été écartés de la compétition au Brésil, au Moyen Orient, en Malaisie. Les pays dans lesquels ils sont présents font partie de leur sphère traditionnelle d’influence.

Nos concurrents sont d’abord les Américains, qui bénéficient de l’effet de masse que représentent les milliards de dollars investis par l’État fédéral. En termes de dépenses budgétaires, le F-35 n’a en effet rien à voir avec le Rafale : la force des Américains est d’avoir commencé par évoquer un avion à bas prix utilisable par les trois armes, pour finir par présenter un appareil dont la conception aura coûté très cher au contribuable. Cela fait partie de la politique économique des États-Unis : en matière d’avions de combat, plus ils en dépensent, mieux c’est pour l’économie américaine, quels que soient les dérapages en termes de coût. Il faut bien comprendre que l’industrie de la défense n’est pas qu’un consommateur de crédits. Elle a un effet vertueux, puisqu’elle permet de développer des technologies utiles dans d’autres domaines. En outre, elle recourt peu à l’externalisation : en France chaque euro dépensé l’est sur le territoire national. Enfin, lorsque l’on parvient à conclure des contrats à l’export, elle contribue favorablement à l’équilibre de la balance commerciale.

Les Américains ont bien compris cela : un rapport de la Maison blanche souligne qu’un avion de combat met en jeu 17 technologies stratégiques sur les 22 qui concourent au développement d’un pays. C’est pourquoi ils n’hésitent pas à dépenser beaucoup en ce domaine, même s’ils ont réduit légèrement leur budget, ce qui les rend encore plus agressifs d’un point de vue commercial.

À l’export, ils bénéficient de nombreux avantages. Tout d’abord, nous parlons des États-Unis d’Amérique : pas un amiral, pas un général ne visite un pays sans dire « Achetez nos avions ! ». C’est un véritable rouleau compresseur. Même en Inde, où ils ont perdu la compétition, il ne se passe pas une semaine sans qu’un officier américain ne délivre un tel message. Aucun refus ne les arrête.

Par ailleurs, ils se font payer en dollars. Or, quelles que soient les difficultés économiques rencontrées en Europe, l’euro reste fort, ce qui leur donne un avantage concurrentiel.

De plus, les coûts de main-d’œuvre n’y sont pas du tout les mêmes. Je vois la différence entre l’usine que Dassault détient aux États-Unis, et qui emploie 2 500 personnes, et celle située dans la région de Bordeaux.

Enfin, le format des séries est bien plus élevé aux États-Unis, d’autant qu’en France, il a plutôt tendance à baisser. Et ce n’est pas parce que l’on nous avait promis une commande de 320 appareils il y a vingt ans que nous pouvons envoyer une facture à l’État lorsque ce dernier nous annonce qu’il n’en achètera – peut-être – que 225 ! Tout cela se fait à budget identique.

S’agissant de la concurrence européenne, nous battons systématiquement l’Eurofighter Typhoon lorsque nous sommes en compétition, soit en finale – en Inde, par exemple –, soit en demi-finale – en Corée, ou à Singapour. Quant au Gripen, les Suisses, en l’achetant, admettent eux-mêmes qu’ils se déclassent en division d’honneur. Leur choix stratégique est de faire semblant d’avoir une aviation de combat tout en achetant le modèle le moins cher. Tant que l’on ne fait pas la guerre, ce n’est pas très grave.

M. Jacques Lamblin. 

Vingt-six appareils commandés, à raison de 11 appareils par an, cela nous mène à la mi-2016. Dans ces conditions, une « revoyure » en 2015 ne serait-elle pas trop tardive ?

Par ailleurs, la nécessité de fabriquer des Rafale de différentes versions est-elle facilement conciliable avec une cadence de production assez modeste ?

Les premiers modèles de Rafale ont été produits il y a longtemps et doivent être modernisés. Pour que ces premiers avions soient à la hauteur de ceux qui sortent aujourd’hui des chaînes de montage, la part d’équipements fabriquée par Dassault a-t-elle besoin d’une sérieuse remise à niveau ?

M. Éric Trappier. 

En ce qui concerne la partie fabriquée par Dassault, il y a peu de modifications à apporter. Nous nous contentons d’améliorer les process de production des tôles de carbone. En revanche, pour tout ce qui est fabriqué par notre réseau d’industriels sous-traitants, des obsolescences doivent être traitées. Et en cas de changement du type de radar ou des contre-mesures, il est nécessaire de vérifier que tout fonctionne, ce qui implique un certain nombre de travaux. Mais ce n’est pas un sujet déterminant.

Pour répondre à la première question, le délai est en effet un peu court entre 2015 et la fin du carnet de commande. Une discussion est en cours avec le ministère de la Défense de façon à concilier l’inconciliable.

M. Philippe Meunier. 

Dans l’hypothèse où aucun marché ne serait remporté à l’export, quelles seront les conséquences industrielles ? Quelles mesures avez-vous prévu pour moderniser les Rafale déjà en service ? S’agissant de la génération 5, les études liées au nEUROn peuvent-elles profiter au développement, dans un futur plus lointain, d’un remplaçant au Rafale ?

M. Éric Trappier. 

Faute d’export, les armées françaises exprimeront, par l’intermédiaire du ministère de la Défense, leurs besoins en appareils, et nous serons en mesure de les leur fournir, sous réserve que le seuil d’un avion par mois soit respecté. En cas de rupture, il nous appartiendra de reconditionner nos capacités de production.

Quant à la modernisation des Rafale, elle concerne le bureau d’études. Dans ce domaine, les prévisions de la LPM résisteraient, me semble-t-il, à l’absence de solution à l’export. Les contrats liés au retour d’expérience permettent de proposer des améliorations et de définir des standards successifs que les militaires choisiront ou non d’appliquer aux appareils déjà en fonction. Sous réserve que le projet de LPM soit maintenu en l’état, je n’ai donc pas d’inquiétude : les bureaux d’études de Dassault, Thalès et d’autres entreprises pourront continuer à travailler à l’amélioration du Rafale.

Le nEUROn est différent du Rafale, mais son développement nous apprend différentes choses, comme la maîtrise de la furtivité. Une telle expérience pourra nous servir un jour ou l’autre, mais pas dans l’immédiat.

M. Alain Rousset. 

Vous avez évoqué l’engagement d’un projet de drone avec EADS et Finmeccanica. On entend dire que le modèle économique d’un drone MALE européen ne serait pas soutenable, compte tenu des faibles quantités qui pourraient être écoulées. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Le nEUROn, développé en coopération, est un succès. Comment envisagez-vous la suite ? Avec cet avion furtif et sans pilote, nous entrons dans la génération suivante des avions de combat. Or nous sommes très attachés à ce que l’industrie française et européenne conserve des compétences dans ce domaine.

S’agissant du Rafale, une chose est de fabriquer des avions en France pour l’armée française, et une autre de les fabriquer pour l’Inde, voire en Inde. Cela signifie une nouvelle organisation, une structuration de la supply chain, voire le déplacement des sous-traitants. Nous vous faisons confiance pour maintenir en France les éléments de technologie les plus critiques, mais qu’en est-il du reste ?

M. Éric Trappier. 

En matière militaire, la notion de modèle économique n’a pas grand sens. On peut se comparer à d’autres, mais il n’existe pas vraiment de business plan. Nous connaissons maintenant les conditions de développement d’un drone MALE ; les questions sont plutôt de savoir s’il faut réaliser seulement ce drone, s’il faut prévoir un nouveau radar, ou adapter au drone les radars utilisés pour la surveillance maritime, etc.

Certes, on ne peut pas envisager la construction de centaines de drones MALE. Il en allait de même, d’ailleurs, lorsque le programmeReaper a été lancé, même s’il a depuis bénéficié de la puissance américaine. De la même façon, les Israéliens, en développant leur filière de drone, n’ont pas recherché la quantité, mais la réponse à un besoin opérationnel. Cela étant, si un programme militaire vise à développer une capacité à opérer, il relève aussi de la politique industrielle.

En tout état de cause, nous avons les compétences pour réaliser un drone MALE en Europe. Le développement du porteur n’est pas la partie la plus difficile. La fabrication et l’intégration des liaisons sont plus compliquées, s’agissant d’une machine devant opérer à distance : il faut éviter que le drone soit intercepté par la force adverse, ce qui met en jeu une problématique de cybersécurité. Enfin, si l’appareil emporte des armes – pour un tir d’opportunité dans le cas du drone de surveillance –, il faut s’assurer de pouvoir bien tirer. Mais toutes ces exigences sont indépendantes d’un modèle économique.

La question est donc de savoir si la France, l’Allemagne et l’Italie ont la volonté de lancer ce programme. Nous sommes en tout cas demandeurs, car nous en avons besoin pour maintenir et développer nos compétences. Alors que l’Europe est déjà très en retard en matière de drones, nous ne devons pas manquer cette opportunité, au risque de devoir s’en remettre exclusivement aux Américains.

Il est vrai que du seul point de vue économique, il ne serait pas injustifié de s’adresser aux États-Unis, voire, demain, à la Chine. C’est ce que j’avais dit à un Britannique qui se targuait d’acheter « sur étagère » en choisissant le modèle le moins cher : dans ces conditions, autant acheter Chinois ! « Ce n’est pas possible, m’a-t-il répondu : la Chine est notre ennemi. » Cela prouve que les critères économiques ne sont pas les seuls en jeu lors de l’achat d’une arme. Il convient de savoir qui la fabrique et qui la tient. Une Europe qui se veut puissance militaire doit donc s’organiser afin de produire ses propres armements. Et les Américains, si soucieux de se désengager de leur flanc est, devraient nous y encourager plutôt que de chercher à nous concurrencer. Quoi qu’il en soit, les industriels sont prêts à s’organiser et à faire des propositions.

S’agissant du nEUROn, nous avons validé un concept technologique, mais aussi un mode de coopération, ce qui n’est pas rien. Le but est en effet de parvenir à coopérer efficacement pour multiplier les financements sans que le surcoût, par rapport à un programme développé par un seul industriel, ne soit supérieur à un certain coefficient. Rappelons que dans le cas de l’Eurofighter, chaque État a fini par payer plus cher son avion de combat que s’il l’avait développé tout seul. L’efficacité, en ce domaine, passe par le respect d’un certain nombre de règles, telles que le choix d’un sous-traitant pour ses compétences et non pour des raisons politiques, par exemple.

La suite, selon nous, réside dans la coopération franco-britannique. En effet, seuls deux pays ont la capacité de développer un tel programme et ont la volonté d’y consacrer un certain budget. L’Allemagne n’en a pas fortement les compétences, et manque de toute façon d’allant. Il convient donc de démarrer avec ces deux pays, quitte à ce que d’autres les rejoignent plus tard.

En ce qui concerne la supply chain pour la livraison de Rafale en Inde, je prendrai votre question dans l’autre sens. De nombreux sous-traitants me disent : « si nous emportons le marché en Inde, ne pourriez-vous pas faire tout fabriquer là-bas, de façon à nous débarrasser de la production de Rafale ? ». C’est vous dire à quel point la sous-traitance est démotivée. En effet, alors qu’à l’origine on lui a parlé de 320 avions, elle voit, tous les quatre ou cinq ans, les décisions systématiquement remises en question. De son côté, Airbus produit entre 50 et 100 avions par mois ! C’est un problème d’intérêt national : voulons-nous garder notre capacité à produire le Rafale ? J’y suis prêt, mais je ne suis pas tout seul : il faut également proposer des perspectives de long terme à la sous-traitance.

Quoi qu’il en soit, les contrats français m’imposent de fabriquer en France les Rafale, pour des raisons liées à la sécurité nationale. Si, demain, j’ai l’autorisation de la DGA de fabriquer tout en Inde, y compris les appareils destinés à l’armée française, je le ferai : je n’ai pas d’états d’âme. Mais tous les sous-traitants n’en feront pas autant.

Nous avons donc besoin d’une plus grande visibilité, car elle est aujourd’hui trop limitée. J’espère en tout cas que nous obtiendrons des résultats à l’export : cela remontra le moral de tout le monde.

M. Christophe Guilloteau. 

Vous avez déjà répondu à la question que je souhaitais poser à propos de l’Inde. Je me contenterai donc de souligner que les exportations françaises d’armement, avec un total de 4,9 milliards d’euros, représentent un élément important de notre balance commerciale. Dans un contexte difficile, l’industrie de défense est une des rares à pouvoir se targuer d’obtenir de tels chiffres.

Mme la présidente Patricia Adam. 

Monsieur Trappier, je vous remercie. Nous aurons l’occasion de vous recevoir à nouveau.

M. Éric Trappier. 

Merci de m’avoir écouté, et longue vie au Rafale !

La séance est levée à dix-neuf heures trente.

*

* *

Membres présents ou excusés

Présents. – Mme Patricia Adam, M. Jean-Jacques Bridey, M. Jean-Jacques Candelier, M. Jean-Louis Costes, M. Guy Delcourt, M. Philippe Folliot, M. Jean-Pierre Fougerat, M. Yves Fromion, Mme Geneviève Gosselin-Fleury, M. Christophe Guilloteau, M. Francis Hillmeyer, M. Jacques Lamblin, M. Gilbert Le Bris, M. Jean-Pierre Maggi, M. Philippe Meunier, Mme Sylvie Pichot, M. Joaquim Pueyo, Mme Marie Récalde, M. Gwendal Rouillard, M. Alain Rousset, M. Jean-Michel Villaumé, M. Philippe Vitel

Excusés. – M. Ibrahim Aboubacar, M. Olivier Audibert Troin, M. Claude Bartolone, M. Philippe Briand, M. Luc Chatel, M. Éric Jalton, M. Jean-Yves Le Déaut, M. Frédéric Lefebvre, M. Bruno Le Roux, M. Maurice Leroy, Mme Émilienne Poumirol, M. François de Rugy, Mme Paola Zanetti

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 15 décembre, 2013 |Pas de commentaires »

ARMES A L’URANIUM « APPAUVRI »: FRANCE INTER, LA VOIX EST CENSUREE !…LE CANARD ENCHAÎNE, L’OMERTA TOTALE ! (Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie.unblog.fr)

Exclusif

Armes

à

l’URANIUM « APPAUVRI »:

Explosion avec des armes à l'uranium appauvri

(Photo: explosion d’armes à l’uranium « appauvri »)

FRANCE INTER,

la voix est censurée !

LE CANARD ENCHAÎNE,

l’OMERTA totale !

(Thierry LAMIREAU)

Depuis janvier 2013, j’essaye de casser l’OMERTA TOTALE liée à l’utilisation par la France des armes à l’URANIUM « APPAUVRI » au MALI et, par extension, auparavant en LIBYE et en AFGHANISTAN si l’on ne prend que ces exemples là.

La presse, dans son ensemble, valorise les interventions de l’armée française sur les lieux de guerre comme au MALI et ne parle nullement du type d’armes utilisées par les hélicoptères TIGRE et les avions MIRAGE et RAFALE alors que l’on a les preuves de l’utilisation de ces armes.

Ne pas en parler c’est éviter à l’Etat français (et à ses responsables politiques) d’être éventuellement poursuivi pour CRIME CONTRE L’HUMANITE si l’on se réfère aux textes internationaux.

Les journalistes complices « aux ordres » participent donc à une scandaleuse désinformation en omettant d’aborder la réalité des faits in situ.

Se taire, c’est renier les bases mêmes du métier de journaliste, c’est surtout accepter des pollutions majeures des sites dans les sols, les eaux et l’air des pays attaqués. C’est accepter une augmentation très grave de la morbidité et de la mortalité des populations autochtones et des pays voisins puisque les particules d’uranium « appauvri » (une fois consumées) de l’ordre des nanoparticules naviguent au gré des vents et des eaux !

depleted-uranium1

(Photo: Différentes armes à l’uranium « appauvri »)

Premier exemple:

LE CANARD ENCHAÎNE

Le « CANARD ENCHAÎNE », journal d’investigation, REFUSE d’aborder le sujet malgré mes nombreux mails envoyés y compris aux rédacteurs en chef Erik EMPTAZ et Louis-Marie HOREAU. En outre, le standard a toujours REFUSE de me passer les journalistes au téléphone.

Le dernier message envoyé était celui-ci:

« A l’attention de Messieurs Louis-Marie HOREAU et Eric EMPTAZ. Pourquoi refusez-vous de parler de l’utilisation des armes à l’uranium appauvri par la France au Mali ?

LAMIREAU Thierry
Réalisateur du film « URANIUM EN LIMOUSIN »
Auteur d’articles pour le GSIEN
Enseignant
Tél: 06 ………….
email: t…………………

Messieurs Louis-Marie HOREAU et Eric EMPTAZ,

Cela fait des mois que j’envoie à votre rédaction des informations sur la scandaleuse utilisation d’armes à l’uranium « appauvri » par la France au Mali…et que vous censurez le sujet !
Quelle en est la raison…vous qui êtes si prompts à dénoncer tant d’autres scandales ?
Je vous invite à nouveau à chercher les très nombreuses infos sur mon blog lesoufflecestmavie.unblog.fr.
Je vous joins deux liens récents mis sur mon blog:

http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2013/11/24/exclusif-ce-que-hollande-et-letat-francais-veulent-cacher-photos-des-armes-a-luranium-appauvri-utilisees-au-mali-thierry-lamireau-lesoufflecestmavie-unblog-fr/

http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2013/12/11/exclusif-thierry-lamireau-assemblee-nationale-reponse-du-ministre-de-la-defense-sur-lequipement-du-rafale-confirmation-de-lutilisation-des-armes-contenant-de-luranium-appauvri-sans-e/

J’ai mon idée sur le fait que vous refusiez d’aborder ce sujet très sensible…
A ce jour, vous ne « valez pas mieux » que vos collègues puisque vous participez à l’OMERTA TOTALE !

J’ose, une dernière fois, espérer que vous me contacterez, soit par mail soit sur mon portable.

Cordialement,
Thierry LAMIREAU

AAAAAAAA

(Photo: RAFALE au-desus du MALI en février 2013. Ministère de la Défense)

Deuxième exemple:

FRANCE INTER

A travers la communication avec le journaliste Simon TIVOLLE, responsable des sujets liés aux armées et au Ministère de la Défense.

L’exemple de l’enregistrement ci-dessous est très clair !

J’ai envoyé, un mois après cette communication téléphonique, quelques messages SMS sur le numéro personnel du journaliste Simon TIVOLLE: la réponse est claire…circulez, y’a rien à voir, laissez-moi tranquille !…alors que Simon TIVOLLE promettait (un mois auparavant) de travailler le dossier et de me rappeler avec un air faussement intéressé si l’on se réfère à l’enregistrement.

Les échanges fidèles des SMS:

Samedi 7 décembre 2013 à 11h17 / Thierry LAMIREAU:

Fidèle auditeur de FRANCE INTER, j’écoute ce bel anniversaire…50 ans.

Et pendant ce temps la FRANCE utilise ses RAFALE dans l’opération SANGARIS…et avec quelles armes ?…les mêmes qu’au MALI !…et vous restez, comme les autres, dans l’OMERTA totale par rapport à l’utilisation des armes à l’uranium appauvri.

Comme pour le MALI, la FRANCE va utiliser des armes définies comme des crimes contre l’Humanité…pour faire cesser…des crimes contre l’Humanité !

Honte à vous, journalistes complices ! J’ose espérer qu’un jour l’histoire se souviendra aussi de vous…les petits soldats journalistes complices.

Thierry LAMIREAU

Samedi 7 décembre 2013 à 12h08 / Simon TIVOLLE:

Monsieur, vous avez le droit de penser ce que vous voulez, mais vos remarques vont trop loin.

Je vous prie désormais de cesser de m’appeler et de m’envoyer des messages sur ce numéro de téléphone.

Simon TIVOLLE

Samedi 7 décembre 2013 à 12h47 / Thierry LAMIREAU:

N’ayez crainte, je ne vous ennuierai plus sur votre téléphone. Mais je parlerai de tout cela prochainement sur mon blog d’autant que j’ai l’enregistrement de notre communication téléphonique du 6 novembre 2013.

Je ne souhaite qu’une seule chose…que vous disiez la vérité sur une radio dite « de service public »…que je finance à travers la redevance audiovisuelle.

Thierry LAMIREAU, ancien irradié, entre autres, par de l’uranium appauvri militaire…

Les journalistes ne font pas leur métier et préfèrent cacher un SCANDALE INTERNATIONAL.

Pourquoi ?

Parce que 50 pays possèdent des armes à l’URANIUM « APPAUVRI » !

Parce que TOUS LES OCCIDENTAUX utilisent ces armes dans TOUS LES CONFLITS !

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 15 décembre, 2013 |9 Commentaires »

ASSEMBLEE NATIONALE. REPONSE DU MINISTRE DE LA DEFENSE SUR L’EQUIPEMENT DU RAFALE: CONFIRMATION DE L’UTILISATION DES ARMES CONTENANT DE L’URANIUM « APPAUVRI » !…SANS EN ECRIRE LES TERMES. (Thierry LAMIREAU / lesoufflecestma vie.unblog.fr)

Assemblée Nationale.

depleted-uranium1

Réponse du Ministère de la Défense sur l’équipement du RAFALE:

Confirmation de l’utilisation des armes contenant de l’URANIUM « APPAUVRI » !

sans en écrire les termes.

(Thierry LAMIREAU)

Pour rappel, chers journalistes COMPLICES, se reporter aux liens suivants:

http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2013/11/24/exclusif-ce-que-hollande-et-letat-francais-veulent-cacher-photos-des-armes-a-luranium-appauvri-utilisees-au-mali-thierry-lamireau-lesoufflecestmavie-unblog-fr/ 

http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2013/01/24/exclusif-mali-et-utilisation-des-armes-a-luranium-appauvri-lettre-ouverte-au-president-de-la-republique-francaise-thierry-lamireau/

14ème législature

Question N° : 83 de M. Jean-Jacques Candelier ( Gauche démocrate et républicaine – Nord ) Question écrite
Ministère interrogé > Défense Ministère attributaire > Défense
Rubrique > défense Tête d’analyse > armement Analyse > Rafale Marine. bilan
Question publiée au JO le : 03/07/2012 page : 4247
Réponse publiée au JO le : 16/10/2012 page : 5734

Texte de la question:

M. Jean-Jacques Candelier interroge M. le ministre de la Défense sur le retour précis sur expérience de l’efficacité du Rafale Marine. Il lui demande, d’une part, comment il entend communiquer le retour précis sur expérience de l’efficacité du Rafale Marine, notamment des munitions engagées air-sol, et, d’autre part, si les missiles et munitions ont été achetés à l’étranger pour pallier un manque de fournisseurs français de qualité similaire.

Texte de la réponse:

La délégation à l’information et à la communication du ministère de la défense et la cellule communication de l’état-major des armées ont rendu public, sur le site internet www. defense. gouv. fr, les caractéristiques et capacités opérationnelles du Rafale Marine, ainsi que les résultats obtenus dans les opérations en Libye. Entré en service en 2002, le Rafale Marine, aujourd’hui au standard F3 comme l’ensemble des unités Rafale de l’armée de l’air, est l’avion de combat le plus moderne en service en France. Seul le train d’atterrissage distingue le Rafale Marine de son équivalent Air. En outre, cet aéronef est multi-missions, ce qui permettra à l’aéronautique navale française d’assurer, à terme, l’ensemble de ses missions avec un seul type d’avion. Son utilisation lors de l’opération Harmattan a confirmé ses grandes qualités et son avance technologique par rapport aux autres avions de sa génération. En termes opérationnels, le Rafale Marine a démontré son efficacité par sa capacité de frappe de précision en embarquant trois types de munitions : la bombe propulsée AASM (Armement Air Sol Modulaire) de 250 kg de la société Sagem dans ses versions de précision décamétrique et métrique ; la bombe guidée laser GBU 12 (société Raytheon), de précision métrique ; et le SCALP-EG de la société MBDA FR, missile de croisière tirable à longue distance sur des objectifs durcis. Ainsi, hormis la GBU 12 américaine, commune à tous les avions de l’OTAN, toutes les munitions air-sol qui équipent le Rafale Marine sont de fabrication française.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 11 décembre, 2013 |Pas de commentaires »

CENTRAFRIQUE: L’OPERATION FRANCAISE « SANGARIS » EST LANCEE…LES AVIONS RAFALE AVEC LEURS ARMES A L’URANIUM « APPAUVRI » AUSSI ! (Thierry LAMIREAU / lesoufflecestmavie.unblog.fr / Cordélia BONAL / Maria MALAGARDIS / AFP / Libération / Alain BARLUET / Le Parisien.fr / Le grandsoir.info / Capitaine MARTIN /)

La France intervient en Centrafrique:

Les Avions RAFALE

commencent leurs attaques…

avec, comme toujours,

des armes

à l’URANIUM

« APPAUVRI » !

Pour arrêter des crimes contre l’Humanité,

la France va commettre…

des crimes contre l’Humanité !…

en utilisant des armes

à l’URANIUM « APPAUVRI » !

Et la presse, comme toujours, respectera l’OMERTA…

et se taira !

Les forces françaises en Afrique

Centrafrique:

Pourquoi la France intervient

Des soldats français à Bangui ce jeudi.
                (Photo: Des militaires français à Bangui / 
Emmanuel BRAUN / Reuters)
DÉCRYPTAGE

Où se trouve ce pays ? Qui est l’ennemi ? Le conflit est-il religieux ? Tout comprendre de l’intervention militaire française qui vient de débuter après l’annonce du président de la République.

carte situ bangui centrafrique

L’opération «Sangaris» – du nom d’un petit papillon rouge éphémère– a commencé. Lors d’une courte intervention télévisée, le Président de la République François Hollande a annoncé, jeudi 5 décembre 2013, une action militaire «immédiate».

Ce jeudi, les tirs ont retenti et fait plusieurs dizaines de morts à Bangui, la capitale de la Centrafrique. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a donné dans l’après-midi son feu vert à l’intervention et les militaires devraient maintenant entrer en action. Sept questions pour comprendre l’intervention française sur cette ex-colonie située au centre de l’Afrique.

LA CENTRAFRIQUE, QU’EST-CE QUE C’EST ?

C’est un pays de forêts et de brousse un peu plus grand que la France, en plein milieu du continent africain (comme son nom l’indique). Ex-colonie française, le pays est indépendant depuis 1960 et en crise chronique depuis. Les deux langues officielles y sont le sango et le français. La population est de 4,5 millions d’habitants seulement, en grande majorité des chrétiens, mais aussi des musulmans, surtout au nord.

La majeure partie du pays – à l’exclusion de la capitale Bangui, située à l’extrême sud du pays, à la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC) – est abandonnée depuis des années par l’Etat et la proie de bandes armées. Pays très pauvre et corrompu, la République centrafricaine a pourtant des ressources importantes, y compris du pétrole et des diamants. Des gisements mal évalués et encore peu exploités mais qui représentent un enjeu potentiel dans le conflit en cours.

POURQUOI LA FRANCE S’ENGAGE-T-ELLE ?

Paris va tenter d’enrayer le chaos en cours. Plus d’1,5 million de Centrafricains, soit un tiers de la population, ont besoin d’aide de toute urgence. Pour échapper aux machettes et aux kalachnikovs, des dizaines de milliers de familles se cachent dans la brousse. L’actuel président, Michel Djotodia, n’a plus aucun pouvoir. L’objectif est donc humanitaire et sécuritaire. Il est aussi stratégique. Le vide sécuritaire risque de déstabiliser toute la région. L’enjeu tient à la position de la Centrafrique, enclavée entre le Cameroun, le Tchad, le Soudan et la République démocratique du Congo. La France veut éviter le scénario d’une vaste zone de non-droit ouverte à tous les trafics et base arrière potentielle de groupes islamistes.

QUI EST L’ENNEMI ?

Contrairement au Mali où la cible était claire (les jihadistes), la situation est plus complexe en Centrafrique. Dans le rôle des méchants, on trouve la Séléka («alliance», en sango), groupe armé qui a beaucoup recruté ces derniers mois. Créée en décembre au nord du pays, la Séléka a conquis la moitié de la Centrafrique en quelques semaines, semant la terreur et pillant à tout va. C’est elle qui a renversé en mars le président François Bozizé. Mais la Séléka est un groupe hétéroclite de «rebelles» locaux et de mercenaires venus des pays voisins. Sa stratégie et ses objectifs sont difficiles à cerner, et ses bandes ne semblent pas se coordonner. Face à elles, des milices «anti-balakas» («anti-machettes») se sont constituées, au départ pour s’en défendre. Mais elles s’en prennent aussi à des civils et alimentent le cycle de la violence.

Seleka fighters roll marijuana as their commander, General Yaya, meets with Multinational Force of Central Africa (FOMAC) peacekeepers at the FOMAC camp in Bossangoa, Central African Republic, November 25, 2013. With the country slipping deeper into chaos, former colonial power France plans to boost its force there to around 1,000 troops to restore law and order until a much bigger African Union force fully deploys. The land-locked country has been gripped by violence since the mainly Muslim rebels, many of

Des hommes de la Séléka le 25 novembre 2013 à Bossangoa, dans l’ouest du pays.

 (Photo: Joe Penney. Reuters)

LE CONFLIT EST-IL RELIGIEUX ?

Non, mais il le devient. Jusqu’à présent, les différentes communautés ont toujours vécu en bonne entente. Mais l’arrivée de la Séléka, dont les hommes sont en majorité musulmans (pratiquants ou non), a exacerbé le sentiment d’appartenance religieuse. Les milices d’autodéfense, à dominante chrétienne, ont commencé à s’attaquer à des musulmans civils en représailles des exactions commises par la Séléka. Ce mardi, au moins douze éleveurs peuls musulmans ont été tués à la machette près de Bangui par des milices formées essentiellement de chrétiens.

LA FRANCE ENVOIE COMBIEN D’HOMMES ?

1 200 soldats. 400 militaires français étaient déjà en place, l’armée française ayant maintenu ces dernières années une présence à Bangui. 200 autres sont arrivés ces derniers jours. Dans les jours qui viennent, une dizaine de rotations d’avions gros porteurs Antonov 124 achemineront le matériel nécessaire à l’installation du contingent français.

French soldiers stand guard during a patrol to check on the safety of French nationals in Bangui November 29, 2013. REUTERS/Joe Penney (CENTRAL AFRICAN REPUBLIC - Tags: MILITARY POLITICS) - RTX15XP9

Une patrouille française, à Bangui, le 29 novembre 2013.

(Photo Joe Penney. Reuters)

D’AUTRES PAYS VONT-ILS PARTICIPER À L’INTERVENTION ?

La France, qui en a assez de jouer les gendarmes de l’Afrique et rechigne à être seule en première ligne, intervient officiellement en appui de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca). Celle-ci compte à ce jour 2 450 hommes en Centrafrique, pour l’essentiel des soldats tchadiens, camerounais, congolais et gabonais, déployés à Bangui, mais aussi dans le nord-est du pays. L’objectif est de porter ses effectifs à 3 600 – 4 000 hommes au premier semestre 2014.

COMBIEN DE TEMPS VA-T-ELLE DURER ?

L’intervention armée devrait durer de quatre à six mois, le temps de sécuriser Bangui et les principaux axes du pays, selon le ministère de la Défense. La résolution de l’ONU donne néanmoins mandat à la Misca pour se déployer durant «une période de douze mois». Restera ensuite le plus long : pacifier durablement le pays et assurer la transition politique. Chantier dans lequel Paris se garde bien de s’engager pour le moment.

(Cordélia BONAL)

L’armée française

lance son opération « Sangaris »:

Bangui craint de nouvelles tueries

(AFP)
Patrouille de soldats français à Bangui le 29 novembre 2013.
Patrouille de soldats français à Bangui le 29 novembre 2013.
(Photo: Joe Penney. Reuters)

Les militaires se sont déployés dans la capitale centrafricaine alors que des nouveaux tirs ont été entendus dans la nuit de jeudi à vendredi.

L’armée française a lancé son opération en Centrafrique avec un renforcement dans un premier temps des patrouilles dans Bangui, qui présentait vendredi matin un visage de ville morte après les massacres de la veille. «L’opération a commencé» et les forces françaises présentes en Centrafrique «ont développé des patrouilles dans Bangui», a affirmé vendredi le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Dans les rues de Bangui, sous l’orage et la pluie, où toute circulation de véhicules civils est interrompue depuis jeudi, aucun déploiement massif des troupes françaises n’était visible en début de matinée.

Comme chaque jour, des patrouilles circulent sur les principaux boulevards de la capitale. Des détachements de la force africaine (Misca) étaient eux aussi postés à leurs emplacements habituels. En revanche, contrairement à la veille où ils avaient patrouillé la ville toute la journée, les pick-up bondés de soldats centrafricains se faisaient discrets.

Des tirs sporadiques d’armes automatiques ont été entendus dans la nuit de jeudi à vendredi dans plusieurs quartiers, selon des habitants. «On ne sait pas pourquoi ils tiraient. On n’a pas entendu parler d’incidents», a expliqué un habitant du quartier de Ben Zvi.

Aucun bilan d’éventuelles victimes de ces tirs qui, par endroits, ont cessé à l’aube, n’était disponible dans l’immédiat, après une nuit pendant laquelle la grande majorité de la population craignait qu’elle ne soit l’occasion de nouvelles tueries. Malgré la levée du couvre-feu à 6 heures, les rues étaient totalement vides en début de matinée et la quasi-totalité des commerces restaient fermés.

A LIRE AUSSI:

La Centrafrique est «au bord du génocide»

OBJECTIF:

UN «MINIMUM DE SÉCURITÉ»

Après le feu vert de l’ONU à une opération conjointe de forces africaines et françaises pour rétablir la sécurité, le président français, François Hollande, avait annoncé dès le soir une action militaire «immédiate» en Centrafrique. «Une compagnie est arrivée de Libreville hier soir, et aujourd’hui un détachement d’hélicoptères sera sur zone», a indiqué Le Drian. Une compagnie de l’armée française comprend généralement quelque 150 hommes.

La mission des militaires français, en appui de la force africaine sur place, est d’assurer «une sécurité minimum, permettant à une intervention humanitaire de se mettre en œuvre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui». Elle passe «par la sécurisation des rues, des itinéraires principaux pour permettre aux gens d’aller même à l’hôpital», a-t-il souligné.

Jeudi, avant à l’aube, de violents affrontements ont éclaté dans le nord de la capitale. «Des groupes armés ont lancé une offensive sur la ville. Les forces de l’ex-Séléka [ex-rébellion, au pouvoir, ndlr] ont rétorqué», selon Médecins sans frontières (MSF). Dans l’après-midi, au moins 54 cadavres étaient rassemblés dans une mosquée du centre-ville, et 25 cadavres gisant dans les rues voisines, abandonnés sur le bas-côté. Les corps portaient des marques de blessures à l’arme blanche et par balles. A l’hôpital communautaire de Bangui, MSF avait recensé 50 morts en fin de journée.

La Centrafrique est plongée dans le chaos et un engrenage de violences communautaires et interreligieuses entre chrétiens et musulmans depuis le renversement en mars du président François Bozizé par une coalition hétéroclite à dominante musulmane, la Séléka, dirigée par Michel Djotodia, qui l’a ensuite dissoute, tout en intégrant une partie de ses combattants dans les nouvelles forces de sécurité.

AFP

Jeux d’ombre en Centrafrique

Des soldats congolais de la Force multinationale en Centrafrique, à Bossangoa, mardi.
Des soldats congolais de la Force multinationale en Centrafrique, à Bossangoa.
(Photo: Joe Penney / Reuters)
ANALYSE

Dans un pays dont une large partie du territoire échappe au contrôle de Bangui, certains cherchent à sauver leur mise tant qu’il en est encore temps.

Qui parle avec Michel Djotodia ? Alors qu’une intervention africaine et française se prépare en Centrafrique avec la bénédiction de l’ONU, le Président de transition apparaît de plus en plus isolé. Certains de ses proches de passage à Paris ne savent même pas à qui il faut s’adresser à l’Elysée ou au Quai d’Orsay pour évoquer la situation en Centrafrique. Les autorités françaises, visiblement, préférent dialoguer directement avec le Premier Ministre, Nicolas Tiangaye, reçu lundi par Laurent Fabius et seul représentant du nouveau pouvoir centrafricain invité au sommet du 6-7 décembre consacré à la sécurité en Afrique.

Avocat et opposant politique, ex-président de la Ligue centrafricaine des droits de l’Homme, Nicolas Tiangaye était déjà Premier ministre dans le dernier gouvernement d’union nationale mis en place en janvier par François Bozizé, juste avant que ce dernier ne soitrenversé en mars par une coalition hétéroclite de groupes rebelles, la Séléka («l’Alliance»), laquelle offrira à Michel Djotodia d’accéder au pouvoir.

Aujourd’hui ce dernier est donc plus que fragilisé, réellement ostracisé par la communauté internationale. Il n’a jamais été reconnu par l’Union africaine, ni par la France qui se prépare à intervenir en Centrafrique. Certes, Michel Djotodia, un temps diplomate au Soudan, n’a pas réussi à ramener la sécurité dans son pays neuf mois après son arrivée. Un échec réel mais qui ne doit pas faire oublier que dans ce pays qui connaît aujourd’hui des affrontements intercommunautaires d’une ampleur inédite, la dérive est ancienne : dans de larges parties du territoire national, grand comme deux fois la France, l’ordre et la sécurité sont depuis de nombreuses années des notions théoriques.

FORCES AMÉRICAINES

L’extrême nord du pays qui jouxte le Soudan et le Tchad a ainsi été baptisé «le triangle des Bermudes» par les humanitaires présents en Centrafrique : «une zone sans routes, sans sécurité, où personne ne sait ce qu’il se passe», confiait ainsi le responsable d’une ONG à Bangui en septembre.

A l’Est, une autre vaste zone échappe également à tout contrôle. C’est là qu’aurait trouvé refuge Joseph Kony, le sinistre leader de l’Armée de résistance du Seigneur, un mouvement mystique et sanguinaire né en Ouganda à la fin des années 80. Le Président Djotodia a affirmé la semaine dernière être en négociation avec le vieux leader supposé malade de cette rébellion. Sans convaincre l’ONU et surtout Washington qui depuis 2008 offre cinq millions de dollars de récompense pour sa capture.

Or à Bangui, nombreux sont les observateurs persuadés que des forces américaines et ougandaises sont à pied d’œuvre depuis lontemps dans l’Est de la Centrafrique. Avec réticence, certains proches du pouvoir actuel centrafricain reconnaissent également que la nouvelle rébellion qui a renversé Bozizé n’a jamais pu avoir accès à toute la zone. Ces informations, qui ne sont pas vérifiées, soulignent cependant la complexité d’un pays qui reste un vaste no man’s land où personne ne sait réellement ce qui se passe en dehors de la capitale.

PÉTROLE

Une réalité d’autant plus inquiétante que la Centrafrique, pays gigantesque et sous-peuplé (4,5 millions d’habitants) est aussi misérable que potentiellement très riche : or, diamants, mais aussi pétrole aiguisent les appétits. La fragilité du pouvoir actuel renforce ainsi une tendance «chez certains à prendre leur part du gâteau tant qu’il est encore temps» affirme un bon connaisseur du pays. Rien de nouveau sous le soleil centrafricain : depuis son indépendance en 1960, ce pays a connu un record de coups d’Etat et de rébellions armées qui ont toujours fait prospérer les trafics au bénéfice d’une minorité.

Aujourd’hui, dans l’entourage de l’actuel Président, qui affirme toujours vouloir se retirer en 2015, on redoute que l’intervention onusienne en préparation ne provoque en réalité un nouveau changement de régime. Mais le véritable homme fort du pays ne se trouve peut-être pas au Palais présidentiel : Nourredine Adam, un officier qui a fait ses classes en Israël et a servi à Abou Dhabi, semble être le seul à avoir encore quelque autorité sur les seigneurs de guerre qui ont pris le pouvoir en mars. Or, après avoir été ministre de la Sécurité, il a cédé sa place pour un poste plus discret : la direction des renseignements intérieurs. Une carte essentielle dans un pays qui semble parfois aussi impénétrable que la forêt qui entoure une capitale aux allures de ville du Far West.

Maria MALAGARDIS

Sangaris: 

Prise à partie sur l’aéroport de Bangui

Dans la journée du 5 décembre 2013, alors qu’elles sécurisaient l’accès à l’aéroport de M’Poko sur lequel se sont réfugiés près de 2000 centrafricains pour fuir les combats, les forces françaises ont été prises à partie à trois reprises par un pick-up armé. Au troisième tir, les militaires français ont riposté détruisant le véhicule. Cette prise à partie n’a fait aucun blessé du côté des militaires français, ni des civils venus chercher leur protection.

Centrafrique:

Les violences ont fait au moins 300 morts

 (LIBERATION)  

23 heures. Washington a salué le «leadership» de l’armée française en Centrafrique, où elle vient de renforcer la force panafricaine pour tenter de rétablir la sécurité dans le pays, en proie à l’anarchie et aux violences inter-religieuses. «Nous sommes certains que le puissant leadership de la France qui a envoyé 800 soldats supplémentaires sur le terrain et son soutien à la force panafricaine présente en Centrafrique (Misca) envoient à toutes les parties le message clair que la violence doit cesser», a déclaré la porte-parole adjointe du département d’Etat Marie Harf. 

«Nous sommes profondément inquiets par la montée en puissance des violences en Centrafrique, qui entraîne une crise humanitaire de plus en plus grave et augmente le risque de massacres de masse», a prévenu Marie Harf dans un communiqué. Les Etats-Unis ont promis de fournir près de 40 millions de dollars d’aide en équipements, entraînements et soutien logistique à la Misca.

22h20. Les violences qui ont éclaté jeudi matin à Bangui, dégénérant en tueries, ont fait au moins 300 morts, a indiqué un responsable de la Croix-Rouge centrafricaine, sous couvert d’anonymat. En comptabilisant les corps déposés dans les morgues des hôpitaux, dans des lieux de culte et ceux ramassés dans les rues de la ville par les équipes de la Croix-Rouge, le bilan provisoire s’élève à 281 tués, a ajouté ce responsable, en soulignant que les secouristes n’avaient pu accéder vendredi avant le couvre-feu à tous les quartiers touchés par les violences où de nombreux corps restent à ramasser selon les témoignages d’habitants.

19h30. Le secrétaire général de l’ONU Ban ki-moon lance un «appel urgent» à protéger les civils. Le Bureau intégré des Nations unies pour la consolidation de la paix en RCA (Binuca) «a signalé que les tueries avaient continué pendant la nuit (de jeudi à vendredi) faisant augmenter le bilan» des victimes.

18h45. Selon l’état-major des armées à Paris,deux Rafale français décollant de N’Djamena, au Tchad, ont effectué deux «passages de dissuasion» au-dessus de Bangui, vers 10 heures et 18 heures, où la situation demeure «tendue». Trois hélicoptères Puma en provenance du Cameroun ont rallié Bangui après plusieurs heures de vol. Paris est en train de mettre en place un groupement aéroterrestre à Bangui. D’autres hélicoptères pourraient venir renforcer ce dispositif dans les prochaines heures.

18 heures. Joanna Mariner, membre de l’équipe d’Amnesty international à Bangui, interrogée par l’agence Reuters, cite des témoignages qui semblent attester d’exactions en cours à Bangui. Dans le quartier PK12, des hommes de la Séléka ont tué plusieurs personnes lors de raids dans des maisons, dit-elle. Un témoin raconte également que la Séléka fait des raids «maison par maison». «Ils tuent les gens. Ils traitent tout le monde d’anti-balaka [les milices de défense].»

17h30. L’Etat-major des armées relate dans un communiqué publié sur Internet un accrochage survenu jeudi entre les soldats français et des hommes armés : «Dans la journée du 5 décembre, alors qu’elles sécurisaient l’accès à l’aéroport de M’Poko sur lequel se sont réfugiés près de 2000 Centrafricains pour fuir les combats, les forces françaises ont été prises à partie à trois reprises par un pick-up armé. Au troisième tir, les militaires français ont riposté détruisant le véhicule. Cette prise à partie n’a fait aucun blessé du côté des militaires français, ni des civils venus chercher leur protection.»

16h30. Marie-Elisabeth Ingres, chef de mission adjointe de Médecins sans frontières (MSF) à Bangui, travaille à l’hôpital communautaire de la capitale centrafricaine. Elle raconte la tension des deux derniers jours : «Depuis jeudi matin, on a soigné plus de 170 blessés. Une bonne soixantaine de cas graves demandaient une intervention chirurgicale. Souvent, il s’agit de plaies aux bras et aux jambes, causées par des armes à feu ou des armes blanches. Quand on est venu à l’hôpital ce matin, les rues de la ville étaient complètement vides, et des soldats français étaient postés devant le bâtiment. J’ai aussi cru comprendre que plusieurs milliers de personnes se sont regroupées à l’aéroport [occupé par des soldats français, ndlr], surtout des femmes et des enfants. Cela demande une confirmation plus précise, mais nos collègues de MSF sont là-bas pour apporter leur aide.»

16 heures. La présidence centrafricaine a demandé vendredi à toutes les forces de défense et de sécurité de regagner leurs casernes, autorisant seules les forces panafricaine, française et la sécurité présidentielle à patrouiller dans Bangui. Les 1 200 soldats français présents à terme auront à leur côté les hommes de la Misca (Cameroun, Congo, Gabon, Tchad). Cette force, qui doit compter jusqu’à 3 600 hommes, n’en rassemble pour l’instant qu’environ 3 000, mal équipés et mal entraînés.

14h30. Dans une interview au site Internet du Monde, Nicolas Tiangaye, Premier ministre de la République centrafricaine, estime que la priorité de l’opération menée par la France est de «sécuriser Bangui, les grands axes économiques que sont le corridor Bangui-Douala et Beloko-Bangui et d’autres corridors secondaires».

14h15. Ce reportage d’Al-Jezira montre les rues de Bangui jeudi, alors que la capitale centrafricaine était agitée par de violents affrontements. Attention, certaines de ces images peuvent choquer.

14 heures. Médecins sans frontières (MSF) recense 92 morts et 155 blessés en deux jours dans un hôpital de Bangui. «Hôpital communautaire : 155 blessés en deux jours, 92 morts à la morgue», indique un bref message de MSF transmis à l’AFP. L’ONG, qui a une antenne médicale et chirurgicale dans cet établissement, ne peut préciser si les corps déposés vendredi matin à la morgue étaient des victimes tuées dans la nuit, ou ceux de cadavres abandonnés dans les rues jeudi après les massacres.

12h30. Selon notre journaliste Thomas Hofnung, citant une source bien informée, des exactions se sont poursuivies la nuit dernière dans plusieurs quartiers de Bangui, où des tirs ont été entendus. Ces violences auraient été commises par des hommes de la Séléka, le mouvement qui a pris le pouvoir en mars, en représailles aux attaques de jeudi. Ce matin sur RFI, le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian avait assuré que les soldats français patrouillent dans Bangui et que la nuit avait été calme.

12 heures. D’après France 2«des ex-rebelles de la Séléka ont tenté, jeudi, de pénétrer sur l’aéroport défendu par les soldats français» à Bangui. Les militaires ont détruit le pick-up et tué ses occupants. L’information a été confirmée officiellement par l’état-major. Jeudi, «à l’aube, un pick-up armé a ouvert le feu à trois reprises en direction de ces civils et des troupes françaises. A la troisième ouverture du feu, on a riposté et on a détruit le véhicule». Par ailleurs, RFI relate qu’une colonne de 350 soldats français stationnés au Cameroun est sur le point de passer la frontière de la république centrafricaine.

11h45. L’Union européenne a décidé de débloquer 50 millions d’euros supplémentaires pour la Centrafrique, après le lancement de l’opération française dans ce pays, a annoncé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Il a précisé que cette contribution s’ajoutait aux 225 millions d’euros versés au titre de l’aide au développement et à 20 millions d’euros d’aide humanitaire.

11 heures. Europe Ecologie-les Verts demande un vote au parlement sur l’action militaire française en Centrafrique, soulignant que l’intervention doit être «européenne et non uniquement française». Un débat sur l’intervention en Centrafrique aura lieu mardi après-midi, simultanément à l’Assemblée nationale et au Sénat, après une réunion entre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et les principaux responsables du Parlement.

10h30. Différents témoins font état d’un survol de Bangui par des avions de chasse français. La situation reste néanmoins très tendue dans les rues de la capitale.

Ce matin. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian assure sur RFI que la France sera en Centrafrique «pour un moment court», possiblement six mois. Les objectifs français – sécurisation du pays, aide au déploiement de la force multinationale africaine – sont-ils atteignables dans ce laps de temps ? «Ce n’est pas exclu», selon Le Drian. Un prolongement est-il envisageable ? «Ce n’est pas dans la logique de ce que nous avons décidé, (de ce) qu’a décidé le président de la République, c’est une phase transitoire», a répondu le ministre.

En Centrafrique, les soldats français agiront en soutien d’une force panafricaine, sous-équipée et mal formée, qui s’est avérée incapable de rétablir l’ordre dans un pays plongé dans le chaos depuis le renversement en mars du président François Bozizé.

LIBERATION

Le Ministre de la Défense Le Drian:

«L’intervention française en Centrafrique

a commencé»

(Alain Barluet)

Un homme porte une hache dans les rues de Bangui.
 
Le Ministre de la Défense Le Drian a mis en garde contre les «violences confessionnelles» dans le pays.
«Les forces françaises ont développé des patrouilles dans Bangui et la nuit a été calme», selon Jean-Yves Le Drian. Au lendemain du coup d’envoi donné jeudi soir par François Hollande, peu après le vote d’une résolution Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre français de la Défense a annoncé vendredi matin sur RFI que «l’intervention française a commencé».

Le ministre a confirmé l’arrivée, jeudi soir, de renforts français en provenance de Libreville, au Gabon, ainsi que d’un détachement d’hélicoptères, durant la journée de vendredi. Ils renforceront les quelque 600 militaires français présents à Bangui ces derniers jours. François Hollande a évoqué jeudi soir le doublement de ces effectifs «dans les prochains jours, sinon dans les prochaines heures». «Des exactions horribles ont entraîné une réaction très forte de la communauté internationale», a t-il relevé.

«Pour sécuriser, il faut désarmer et cantonner», a expliqué Jean-Yves Le Drian, en indiquant que la mission «limitée dans le temps» des militaires de l’opération française «Sangaris» visait d’abord à faire comprendre aux «vandales, aux brigands et aux milices que les rues de Bangui ne peuvent pas être utilisées comme des champs de bataille». Parallèlement, a rappelé le ministre, l’autre objectif consiste à accompagner la montée en puissance de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), afin que celle-ci puisse «assurer la sécurité du pays et préparer la transition politique».

Pour le ministre français, le nombre des groupes armés est «variable selon les moments et peu identifiable». «Les gens sont mêlés à tel ou tel groupe sans que l’on en sache bien l’origine». Leurs motivations, «peut-être parfois politiques» tiennent pour beaucoup aux «rapines et aux violences gratuites». «Il faut maîtriser les violences confessionnelles» très préoccupantes qui sont apparues ces derniers jours, a toutefois insisté Jean-Yves Le Drian, qui n’a pas exclu des résistances.

 Les militaires français de «Sangaris»

à pied d’œuvre

(Alain Barluet)

Des soldats français, mardi à Douala, au Cameroun, où un navire militaire a transporté 350 hommes et des véhicules de combat dans le cadre de l'opération prévue en Centrafrique.
«Sangaris», ce papillon exotique qui prête son nom à l’intervention militaire française en Centrafrique, est sur le point de prendre son envol. «Tout est fin prêt, à Paris et à Bangui. On n’a plus qu’à appuyer sur le bouton», résume un haut chef militaire en expliquant que le millier d’hommes engagés dans l’opération n’attendent plus que le feu vert, jeudi, du Conseil de sécurité de l’ONU. Ou plus exactement celui de François Hollande, qui, en tant que chef des armées, donnera le top départ.

Car les Français, qui soutiendront la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) - laquelle reprendra le flambeau de troupes africaines, le 19 décembre -, resteront sous commandement national. Dans l’entourage de Jean-Yves Le Drian, on indiquait, mercredi, que la dernière phase de la planification était en cours. L’accent est mis sur la collecte du renseignement. La phase active de l’intervention ne débutera vraisemblablement pas avant la fin du sommet sur la paix et la sécurité en Afrique, qui se tiendra vendredi et samedi à Paris. L’opération «Sangaris» pourrait durer de quatre à six mois.

Mission d’ordre sécuritaire et non de guerre !

À Bangui, les ultimes préparatifs se déroulaient aussi, notamment autour des pistes de l’aéroport international de M’Poko, «préparées» par les spécialistes du génie de l’air pour les rotations de gros-porteur Antonov. La logistique et les transmissions ont été «calées». Des éléments du 2e régiment d’infanterie de marine (Rima), débarqués à Douala du bâtiment Dixmude, ont été acheminés par train du Cameroun. Deux compagnies du 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (Rpima), appartenant au détachement Boali présent en Centrafrique depuis 2003, constituent le socle des effectifs. Les 400 soldats stationnés à M’Poko avaient été rejoints, le week-end dernier à Bangui, par un peu plus de 200 militaires français supplémentaires.

Mission d’ordre sécuritaire et non de guerre à proprement parler, «Sangaris» devrait «faire l’effet d’un électrochoc et avoir des conséquences dissuasives», commente un officier général qui connaît bien la Centrafrique. La priorité demeure la sécurisation de Bangui, de ses alentours ainsi que des deux axes essentiels, vers la Cameroun et vers le Tchad. Au-delà du pays «utile», une large partie du territoire centrafricain restera hors du champ d’intervention des militaires français. Les ex-rebelles de la Séléka se sont peu aventurés au sud d’une ligne joignant les villes de Bossangoa, Bambari et Bria. À l’extrême est, aux confins du Soudan, entre Birao, au nord, et Obo, en pays pygmée, au sud, un vaste territoire a toujours été une zone de non-droit. Au sud du pays, autour de Bangassou, un contingent tchadien et un camerounais sont déjà présents. Les militaires français de «Sangaris» vont s’efforcer d’accompagner le déploiement de la Misca, à laquelle reviendra la tâche de contrôler une assez large partie du pays. Une forme de pari? «Tout dépendra de la façon dont les forces africaines vont pouvoir prendre en compte leur mission de sécurisation», commente une source militaire proche du terrain.

CENTRAFRIQUE: L'OPERATION FRANCAISE

Centrafrique:

Pourquoi l’appellation « Sangaris » ?

Attribuer un nom à une intervention militaire remonte à la Première guerre mondiale. Un nom autrefois donné par hasard qui, aujourd’hui, est davantage une « affaire de communication.
AFP

(Photo: AFP)

« Sangaris », l’intervention des forces françaises en Centrafrique, enrichit le lexique militaire d’un nom de papillon africain, une singularité qui a souvent moins à voir avec les préceptes d’un Clausewitz qu’avec les hasards du vocabulaire.

Des militaires français s’amusent de l’intérêt des médias, « depuis deux ou trois ans »,pour les appellations des opérations extérieures et leur genèse, de « Licorne » à « Serval » en passant par « Manta », « Daguet », « Harmattan » ou « Corymbe ». « J’en ai vu défiler des centaines de noms! », se souvient l’ex-général de brigade aérivenne Jean-Vincent Brisset, aujourd’hui directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). « Je me souviens qu’un jour, moi l’aviateur, j’ai dû choisir un nom pour une petite opération navale : j’ai mis sur l’en-tête du document officiel un nom de poisson, et c’est parti comme ça! », raconte-t-il.

« Avant, le choix d’un nom était très largement le fait du hasard – on tirait au sort un nom dans le dictionnaire – ou de la culture personnelle du décideur. Maintenant, c’est beaucoup plus une affaire de communication, dans laquelle les politiques ont le dernier mot », relève l’ex-officier.

C’est le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) de l’armée française, dévolu à la préparation des interventions extérieures, qui est chargé de choisir un ou des noms, les conseillers du président tranchant in fine.

Les Français optent pour la neutralité

En France, comme en Grande-Bretagne – où le tirage au sort est monnaie courante voire la création de néologismes à partir de syllabes -, le choix du nom obéit à plusieurs principes de base : « Il doit être neutre, pratique, mémorisable et facile à prononcer »,explique Jean-Vincent Brisset.Les Français ont coutume de recourir à des termes en rapport avec le monde animalier, la flore ou les caractéristiques géographiques de la zone d’intervention, qui ne heurtent pas les populations concernées. La mythologie – Artémis, Héraclès, Arès – est aussi prisée.

L’intervention en Libye, en mars 2011, fut baptisée « Harmattan », un vent chaud et poussiéreux d’Afrique de l’Ouest; le nom de poisson « Baliste » fut donné à une opération d’évacuation de ressortissants au Liban en 2006; le terme botanique « Corymbe » associé à une mission de la marine française aux large des côtes d’Afrique de l’Ouest.

Le papillon Sangaris

« Sangaris », un papillon rouge prisé des collectionneurs, s’est imposé pour l’intervention en Centrafrique, annoncée comme « courte »: « Un papillon, ce n’est pas méchant, ça ne dure pas très longtemps, c’est considéré comme joli et politiquement correct », souligne le directeur de recherches de l’Iris.

Le substantif doit être dénué de toute connotation négative. Ainsi les militaires se sont-ils gardés de choisir un papillon vert ou violet pour l’opération en Centrafrique, pays en proie à des heurts confessionnels entre chrétiens et musulmans. « La guerre ne va plus de soi en Occident, tuer représente un sujet tabou même chez les militaires, donc on recherche des euphémismes stylistiques », observe Eric Letonturier, chercheur à l’Institut des sciences de la communication du CNRS, spécialisé en sociologie militaire.

Pour autant, un mot inoffensif de prime abord peut receler des imprévus. L’opération « Serval » au Mali avait donné lieu à des commentaires acerbes, ce petit félin africain pouvant uriner 30 fois par heure pour marquer son territoire. « Pour les grosses opérations, les conseillers du président vont vérifier qu’il n’y ait pas de couac. Mais regardez ce qui s’est passé avec ‘Serval’… », note Jean-Vincent Brisset.

« Il se dit aussi que le Sangaris a une couleur fâcheusement rouge ‘sang’. Quel que soit le nom qu’on choisisse, si c’est le nom de quelque chose qui existe, on trouvera une connotation négative », poursuit-il.

« Beaucoup de gens ont glosé sur le fait que Licorne (nom de l’opération lancée en Côte d’Ivoire en 2002, NDLR) est le seul animal fabuleux qui ose s’attaquer à l’éléphant, mais c’était en fait le nom de la caserne d’où est partie la première opération! ».

La com des Américains

A l’inverse des Français ou des Britanniques, les Américains, qui ont introduit des noms de code durant la Seconde Guerre mondiale pour des raisons de sécurité (souvent des couleurs), obéissent désormais à des impératifs de communication, même s’ils utilisent depuis 1975 un système informatique (NICKA) générant annuellement des séquences aléatoires de deux lettres qui doivent constituer l’amorce des noms. (« UR » donna « Urgent Fury » pour l’invasion de la Grenade en 1983). « Il y a toujours une volonté de message chez les Américains, alors qu’il n’y en avait pas avant la guerre du Viêtnam »,note Jean-Vincent Brisset.

L’intervention américaine au Panama, en 1989, a manqué de s’appeler « Cuillère bleue » (« Blue spoon »). Le commandant des opérations, le général James Lindsay, s’insurgea alors : « Voulez-vous que vos petits-enfants racontent que vous étiez dans ‘la cuillère bleue’? », avait-il dit à l’état-major. L’opération fut finalement baptisée « Juste Cause », une connotation morale voulue par la Maison Blanche.

De fait, à partir des années 90, les militaires américains ont découvert le pouvoir symbolique des mots afin de l’emporter autant dans les esprits que sur le terrain : « Provide comfort » (littéralement « apporter du réconfort ») au secours des réfugiés kurdes au lendemain de la guerre du Golfe, « Uphold Democracy » en Haïti (« Faire respecter la démocratie ») de 1994 à 1995 après le renversement du président Aristide.

Parfois jusqu’à l’excès. L’opération « Liberté immuable » (« Enduring Freedom ») lancée contre Al Qaïda après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis devait initialement s’appeler « Infinite justice » (« Justice sans limite »), un mot d’ordre par trop vengeur rapidement écarté.

Une pratique née durant la Première guerre mondiale

L’influence politique n’est pas nouvelle. Le débarquement allié d’août 1944 en Provence devait avoir pour nom de code « Anvil » (« enclume », en anglais), mais Winston Churchill, qui était contre cette opération, lui préféra « Dragoon », qui veut dire « dragon » mais aussi « contraindre » (« I was dragooned » dira-t-il, « j’y fus contraint »).

Selon les historiens, ce sont les Allemands qui ont introduit la pratique des noms de code lors des deux dernières années de la Première Guerre mondiale, avec une prédilection pour les références mythologiques et religieuses (Archange, Mars, Castor,Pollux, Walkyrie…).

Les Israéliens et la Bible

Les Israéliens,  »une armée très religieuse » selon l’expert de l’Iris, puisent eux leur inspiration dans les épisodes sombres de la Bible (« Raisins de la colère », « Plomb durci », « Pluie d’été », etc.). « Comme on fait de plus en plus pour la communication, on espère qu’on tombera bien », ironise Jean-Vincent Brisset. « Les politiques, qui redoutent les dérapages, cherchant toujours un bouc émissaire, on se débrouille pour que ça soit quelqu’un d’autre qui choisisse ! »

Source AFP

Centrafrique:

La France déclenche l’opération Sangaris

(T.d.L. , D.LC et M.-L.W.)

Du Cameroun, un capitaine de l’armée française expose le plan d’action de la journée à son escadron de combat. Ils font route vers la frontière avec la Centrafrique (RCA).  | LP/Philippe de Poulpiquet.

Bangui, la capitale de la Centrafrique, vit dans la psychose de nouvelles tueries, après les massacres et les violences qui ont fait au moins 300 morts depuis jeudi. L’armée française a déclenché l’opération Sangaris (du nom d’un papillon rouge) avec un renforcement dans un premier temps vendredi des patrouilles à Bangui. Ce déploiement militaire fait suite à l’adoption, la veille, par le Conseil de sécurité des Nations Unies, de la résolution 2127 autorisant les forces françaises à intervenir, en soutien à la force panafricaine (Misca), pour rétablir l’ordre et la sécurité en République centrafricaine. 

«L’Afrique doit maîtriser pleinement son destin et, pour y parvenir, assurer pleinement par elle-même sa sécurité», a insisté François Hollandelors du sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique, convoqué de longue date par le chef de l’Etat, alors que 1 200 soldats français seront déployés dans les tout prochains jours en Centrafrique. Comme plusieurs de ses homologues présents à Paris, le présidentmalien Ibrahim Boubacar Keïta a salué l’engagement français à Bangui, un «devoir historique» selon lui de l’ancienne puissance coloniale.

A l’aéroport, d’où les patrouilles de blindés sortent dans Bangui, l’armée française continuait de renforcer son dispositif. Venu de la ville portuaire de Douala au Cameroun, un convoi terrestre s’apprêtait également à entrer en Centrafrique. De son côté, Londres a mis à la disposition de l’opération un avion militaire gros porteur C17.

Revivez les événements de vendredi :

22h48. Washington salue le «leadership» de la France. «Nous sommes certains que le puissant leadership de la France qui a envoyé 800 soldats supplémentaires sur le terrain et son soutien à la force panafricaine présente en Centrafrique (Misca) envoient à toutes les parties le message clair que la violence doit cesser», déclare la porte-parole adjointe du département d’Etat Marie Harf. Les Etats-Unis ont promis de fournir près de 40 millions de dollars d’aide en équipements, entraînements et soutien logistique à la Misca.

21h50. Au moins 300 personnes ont trouvé la mort depuis jeudi à Bangui. En comptabilisant les corps déposés dans les morgues des hôpitaux, dans des lieux de culte et ceux ramassés dans les rues de la ville par les équipes de la Croix-Rouge, le bilan provisoire s’élève à 281 tués, selon un responsable de cette ONG. Il souligne que les secouristes n’avaient pu accéder vendredi avant le couvre-feu de 18 heures à tous les quartiers touchés par les violences où de nombreux corps restent à ramasser selon les témoignages d’habitants.

19h50.  Le général Francisco Soriano est arrivé en Centrafrique, selon nos informations. C’est lui qui est à la tête de l’opération Sangaris. 

19h40. Près d’un millier de soldats français déployés. C’est ce qu’indique l’état-major des armées. Une compagnie parachutiste de 150 hommes a été acheminée de Libreville et environ 200 hommes équipés de blindés légers, arrivés au Cameroun à bord d’un bâtiment de la marine nationale, devaient rejoindre rapidement la RCA. Trois hélicoptères de manœuvre Puma venant du Gabon se sont également posés à Bangui, avec une centaine de personnes. Au total les effectifs français en Centrafrique doivent atteindre rapidement 1200 hommes.

VIDEO. Les renforts de l’armée française en approche

19h20. L’ONU lance un appel urgent à protéger les civils. «Très inquiet de l’escalade des violences entre communautés» le secrétaire général des Nations unies, Ban ki-moon lance «un appel urgent à toutes les parties à faire preuve de retenue». «Ce cycle terrifiant de violences et de représailles doit cesser immédiatement, les civils doivent être protégés», poursuit-il dans un communiqué. De son côté, la patronne des opérations humanitaires de l’ONU Valerie Amos se déclare «extrêmement préoccupée par la détérioration de la situation humanitaire» en RCA. «Durant les dernières 24 heures nous avons reçu des rapports faisant référence à environ 100 personnes tuées et des centaines d’autres blessées dans les combats et attaques à Bangui et Bossangoa», indique-t-elle. 

 –

19 heures. Des picks-up bondés de soldats circulent malgré l’interdiction. La présidence centrafricaine a demandé vendredi à toutes les forces de défense et de sécurité de regagner leurs casernes, autorisant seules les forces panafricaine, française et la sécurité présidentielle à patrouiller dans Bangui. En fin de journée, cette demande est restée lettre morte : des picks-up remplis de soldats sont visibles dans tout Bangui.

18 heures. Des Rafales survolent Bangui.  Quelques minutes avant le couvre-feu, deux avions de combat français Rafale survolent la ville pour impressionner les belligérants.

17h45. La Croix-Rouge centrafricaine continue de ramasser des dizaines de cadavres abandonnés dans la ville de Bangui ce vendredi, après les violents affrontements de la veille, suivis de tueries, par armes à feu ou machette. Dans une odeur pestilentielle, les agents de la Croix-rouge emballent les corps dans des sacs blancs puis les placent dans des véhicules, sous le regard de combattants de l’ex-Séléka, intégrés par le président Michel Djotodia dans les nouvelles forces de sécurité.

17h30. Mélenchon demande la «vigilance», la CGT dénonce une «impasse».  «Je dis: attention, la France n’a pas vocation à être la gendarmerie internationale de l’Afrique. (…) Cependant je ne voudrais pas non plus donner l’impression que nous sommes indifférents aux souffrances qu’endure la population» explique le coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui appelle à la «vigilance». Le syndicat CGT est de son côté bien plus virulent et dénonce une «impasse», tout en rejetant «l’argument» de Laurent Fabius «sur un risque génocidaire en RCA» qui ne vise qu’«à marquer les esprits du peuple français et à justifier ainsi une intervention militaire».

16h10. Les troupes françaises acclamées sur la route de Bangui. Selon notre reporter sur place, Ava Djamshidi, la colonne de blindés français, déployée sur une route camerounaise menant à la Centrafrique, est vivement saluée par les réfugiés centrafricains qui fuient les combats.

15h55. La présidence ordonne le casernement des forces de défense et de sécurité.«Il est formellement demandé à tous les éléments des forces de défense et de sécurité de regagner les casernes ce jour (…) avant 15 heures» déclare la présidence centrafricaine dans un communiqué. Seules les forces panafricaine, française et la sécurité présidentielle sont autorisées à patrouiller dans Bangui. Au lendemain du feu vert de l’ONU pour une intervention militaire française de sécurisation du pays, l’ambiance demeure extrêmement tendue à Bangui, où la population vit dans la peur.

15h30. Des milliers de Centrafricains affluent vers l’aéroport de Bangui depuis plus de 24 heures, pour se mettre sous protection de l’armée française. L’Etat-major de l’armée française en comptabilisait 2000 jeudi. Un exode qui continue ce vendredi, selon cette envoyée spéciale d’Al-Jazeera.

15 heures. La France est prête à entraîner 20 000 soldats africains par an. C’est ce que vient d’annoncer François Hollande au sommet pour la paix en Afrique. Pour «maîtriser son destin», l’Afrique doit «assurer par elle-même sa sécurité», a insisté le chef de l’Etat.

14h30. L’Allemagne propose son aide logistique à la France. Berlin dispose de cinq Airbus A310, capables d’effectuer du transport de troupes, et pour certains d’entre eux du ravitaillement aérien ou du transport de matériels, qui peuvent être mis à la disposition de la France, a déclaré un porte-parole du ministère allemand de la Défense. Il ne pourra s’agir que de transports «vers un pays voisin de la République centrafricaine», a expliqué ce porte-parole, en soulignant qu’une telle aide n’entraînant pas directement une implication dans un pays en guerre pouvait être rapidement décidée par le gouvernement.

14h20. Un avion militaire britannique en appui. Un gros porteur C-17 a quitté vendredi le Royaume-Uni pour la Centrafrique où il est attendu «sous peu», en appui de l’opération de la France dans ce pays, a annoncé le ministère des Affaires étrangères à Londres. Un porte-parole du Foreign office a précisé que l’avion avait quitté le Royaume-Uni à la mi-journée et qu’il était «en chemin». «Nous avons décidé avec le gouvernement français que nous aiderions à transporter les équipements français vers la Centrafrique au moyen d’un avion de transport C17», a indiqué le ministre des Affaires étrangères William Hague dans un communiqué. «Trois vols séparés auront lieu ce mois-ci, le premier devant atterrir en Centrafrique sous peu», a-t-il ajouté.

14h10. L’armée française tire à Bangui. On apprend que l’armée française a fait feu jeudi, près de l’aéroport de Bangui, sur un pick-up armé, tuant plusieurs personnes à bord, selon l’Etat-major des forces françaises. Jeudi «à l’aube, un pick-up armé a ouvert le feu à trois reprises en direction des civils et des troupes françaises. A la troisième ouverture du feu, on a riposté et on a détruit le véhicule», a indiqué le porte-parole de l’état-major.

14 heures. Début du sommet pour la paix et la sécurité en Afrique. Le Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique s’ouvre à Paris avec l’arrivée des premiers dirigeants africains au palais présidentiel, reçus par François Hollande qui doit prendre la parole dès pour un hommage à Nelson Mandela. Une quarantaine de dirigeants africains, sous le choc de la disparition du héros de la lutte anti-apartheid, étaient attendus à l’Elysée pour ce sommet de deux jours qui vise à encourager l’Afrique à assurer sa sécurité au moment où la France intervient militairement en Centrafrique.

13h43. Selon nos informations, deux Rafale ont effectivement été déployés ce vendredi en Centrafrique. Une information qui donne du crédit aux divers témoignages – notamment de journalistes – faisant état du survol de Bangui par des chasseurs français en milieu de matinée.

13h15. Le Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique vient de s’ouvrir.Une quarantaine de dirigeants africains, sous le choc de la disparition du héros de Nelson Mandela, sont attendus à l’Elysée pour ce sommet de deux jours qui vise à pousser l’Afrique à assurer sa sécurité au moment où la France intervient militairement en Centrafrique.

12h48. Une colonne française est sur le point de passer la frontière entre le Cameroun et la Centrafrique, selon RFI. 350 soldats composeraient cette colonne.

12h15. Des ex-rebelles de la Séléka ont été tués par l’armée française jeudi soir,selon France 2. Les soldats français ont détruit leur pick-up alors qu’ils tentaient de pénétrer sur l’aéroport. Aucune précision n’a été apportée sur le nombre exact d’ex-rebelles tués, ni sur l’heure à laquelle a eu lieu cette première utilisation de la force par des militaires français en Centrafrique.

11h50. L’Union européenne a décidé de débloquer 50 millions d’euros supplémentaires pour la Centrafrique, annonce  le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. «Je salue la France pour son initiative et son courage», déclare-t-il avant l’ouverture du sommet France-Afrique à Paris. «La France prend une grande responsabilité que nous devons tous, en tant qu’Européens soutenir», ajoute-t-il.

VIDEO. Bruxelles débloque 50 millions d’euros 


11h15. Deux rafales survolent Bangui, témoigne l’envoyé spécial de France 2.

VIDEO. Combien va coûter «Sangaris»?

11h05. EELV demande un vote du Parlement sur l’intervention en Centrafrique. «EELV se félicite de l’annonce par le Président de la République s’engageant à fournir au Parlement dès la semaine prochaine toutes les informations nécessaires et demande un vote de nos deux assemblées à ce sujet», écrivent les deux porte-parole Sandrine Rousseau et Eric Loiselet dans un communiqué.Un débat sur l’intervention française en Centrafrique aura lieu mardi après-midi, simultanément à l’Assemblée nationale et au Sénat, après une réunion entre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et les principaux responsables du Parlement.

10h45. Une intervention «salutaire» selon le chef de l’Etat ivoirien. Alassane Ouattara juge que l’intervention militaire française en Centrafrique est «salutaire» même si «on a perdu trois mois», dans une interview ce vendredi au quotidien français Le Figaro. En Centrafrique, «un peuple est en danger. Je trouve même que ça a trop tardé. On a perdu trois mois. Quand il y a une situation d’urgence, c’est bien que la France intervienne. Mais après, ce sont aux pays africains de prendre leur sécurité en charge, avec l’aide de l’ONU», a-t-il déclaré. Elu président en novembre 2010, M. Ouattara est arrivé au pouvoir – que refusait de lui céder l’ex-président Laurent Gbagbo – grâce à une intervention décisive de l’armée française en avril 2011.

10 heures. Rues désertes. Malgré la levée du couvre-feu à 6 heures, les rues sont totalement vides en début de matinée et la quasi totalité des commerces restent fermés.

9h45. Pas de déploiement massif à Bangui. Dans les rues de Bangui, sous l’orage et la pluie, où toute circulation de véhicules civils est interrompue depuis jeudi, aucun déploiement massif des troupes françaises n’était visible en début de matinée. Comme chaque jour, des patrouilles – véhicules légers et blindés – circulent sur les principaux boulevards de la capitale. En revanche, contrairement à la veille où ils avaient patrouillé la ville toute la journée, les pick-ups bondés de soldats centrafricains se faisaient discrets.

VIDEO. Centrafrique : Juppé et Fillon soutiennent l’intervention française

8h12. La France est là  «pour un moment court» Toujours sur RFI, Jean-Yves Le Drian certifie que «cette intervention sera rapide, elle n’a pas vocation à durer, et je suis sûr de son succès.» Un prolongement est-il envisageable ? «Ce n’est pas dans la logique de ce que nous avons décidé, (de ce) qu’a décidé le président de la République, c’est une phase transitoire», répond le ministre.

Les forces françaises en Afrique

8h09. Un sommet de l’Elysée très attendu. Le ministre de la Défense espère qu’il permettra «une prise de conscience des pays africains sur la nécessité de s’organiser ensemble pour assurer la sécurité de l’Afrique.» Une quarantaine de dirigeants africains sont attendus dans l’après-midi.

8h07. Les motivations des milices ne sont pas politiques. Bien qu’il ne faille «pas négliger une dérive confessionnelle», «les motivations de bases ne sont pas politiques», assure le ministre de la Défense. «Peut-être que pour certains il y en a», mais «il s’agit beaucoup de rapines, de violences parfois gratuites».

VIDEO. Le Drian anonce le début de l’opération 


8h05. «Pour sécuriser, il faut désarmer et cantonner», confie le ministre de la Défense. «Les vandales, les brigands, les milices s’aperçoivent qu’ils ne peuvent pas utiliser les rues de Bangui comme un champ de Bataille. »

8h02. Objectif : sécuriser «l’intervention humanitaire.» Selon Jean-Yves Le Drian, le rôle des forces françaises est «d’abord de faire en sorte qu’une sécurité minimum permette à l’intervention humanitaire de se mettre en oeuvre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Ce pays vit dans un chaos humanitaire et un effondrement sécuritaire. Il n’y a plus d’Etat.» 

7h57. Premières patrouilles françaises à Bangui. Invité sur RFI, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian annonce le début de l’opération française. «L’opération a commencé, dans la mesure où les forces françaises qui étaient déjà présentes à l’aéroport de Bangui, avec une mission limitée à la protection de cet aéroport et de nos ressortissants, dès cette nuit, ont développé des patrouilles dans Bangui. La nuit a été calme».

VIDEO. Centrafrique: les habitants apeurés 

6 heures. Tirs nocturnes à Bangui. Malgré la levée du couvre-feu, les rues de Bangui sont désertes. Contrairement à la veille où ils patrouillé la ville toute la journée, les pick-ups bondés de soldats se font discrets. Des tirs sporadiques d’armes automatiques ont été entendus dans la nuit. Ils ont cessé à l’aube dans certains quartiers. On ignore encore s’ils ont fait des victimes

Jeudi. 19h19. François Hollande annonce une action militaire « immédiate » de la France en Centrafrique.

VIDEO. Centrafrique: des soldats français arrivent au Cameroun

Jeudi, 18 heures. Terreur au couvre-feu. La nuit tombe à Bangui. Pour les habitants de la capitale, c’est une longue nuit de terreur qui commence. Tous redoutent une chose, que ce soit pire encore que la veille.

VIDEO. Centrafrique : 14 enfants blessés jeudi dans des violences

VIDEO. Centrafrique : à Bangui, les blessés affluent dans les hôpitaux

(LeParisien.fr)

Centrafrique:

Paris porte à 1.600 soldats son contingent

et étend leur mission

au désarmement des milices !

PARIS – Le contingent français en Centrafrique atteindra 1.600 hommes samedi 7 décembre 2013 au soir, soit 400 de plus qu’annoncé jusqu’à présent, avec pour mission prioritaire de mettre fin aux massacres et de désarmer toutes les milices et groupes armés, a annoncé le président François Hollande.

L’intervention française sera rapide, efficace et devra désarmer toutes les milices et groupes armés qui terrorisent les populations, a affirmé M. Hollande, lors d’une conférence de presse de clôture du sommet sur la paix et la sécurité en Afrique à Paris.

Elle devra permettre à la Centrafrique de retrouver la stabilité, et permettre le moment venu des élections libres et pluralistes, a ajouté M. Hollande.

Jeudi soir, il y avait 600 militaires français; hier (vendredi) soir, il y en avait 1.000; et ce soir, il y en aura 1.600 et ce sera l’effectif qui demeurera autant que nécessaire pour cette mission, a déclaré le chef de l’Etat.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait précédemment évoqué une mission pour une période brève, de l’ordre de six mois, une échéance non utilisée samedi par le chef de l’Etat.

En Centrafrique, il faut frapper fort, tout de suite, a insisté le président français, semblant ainsi expliquer pourquoi les troupes françaises avaient été portées à 1.600 hommes.

Jusqu’à présent, les autorités françaises n’avaient parlé que de 1.200 militaires mobilisés dans le pays pour une opération de soutien à la force africaine (Misca) déployée en Centrafrique. Elles n’avaient pas non plus indiqué que la mission des Français comprendrait un désarmement des milices.

Les forces françaises vont se déployer le plus rapidement possible et partout où il y a des risques pour la population, avec les forces africaines présentes qui sont au nombre de 2.500 soldats, a ajouté François Hollande.

Dans un délai, je crois court, nous pourrons faire cesser toutes les exactions et les massacres, a-t-il enchaîné, précisant que, selon les informations en sa possession, il y en a peu aujourd’hui alors que sur la seule journée de jeudi, les chiffres étaient effrayants, il y aurait eu 300 morts.

Selon le président français, le troisième temps de l’opération sera de permettre aux autorités centraficaines de pouvoir reprendre le contrôle du territoire et d’assurer la défense de la population.

Pour autant, nous ne nous arrêterons pas là, a-t-il prévenu, expliquant qu’il s’agira, comme au Mali, de conclure l’opération par la tenue d’élections.

François Hollande a estimé cependant que l’intervention des troupes françaises avait permis une respiration pour la population centrafricaine qui les a accueillies dans la liesse. 

Annonçant solennellement jeudi soir le déclenchement de l’opération française après le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU, Francçois Hollande avait laissé entendre que les effectifs des forces françaises seraient limités à 1.200 hommes. Déjà 600 militaires français sont sur place. Cet effectif sera doublé d’ici quelques jours, pour ne pas dire quelques heures, avait-il dit.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, avait indiqué pour sa part vendredi sur RFI que les deux objectifs des opérations militaires françaises étaient d’assurer une sécurité minimum, permettant à une intervention humanitaire de se mettre en oeuvre et que les forces africaines soient en situation d’assurer la sécurité du territoire en attendant la transition politique.

(©AFP / 07 décembre 2013 17h47)

NOTA: 

« Frapper fort tout de suite »

signifie donc que les aéronefs

vont utiliser

des armes à l’URANIUM « APPAUVRI » !

Hollande à Bangui:

La France en Centrafrique,

ou le centre en françafrique ?

(Chien Guevara)

 1. Actualité

L’intervention de la France en République centrafricaine est imminente. Le pays, « au bord du génocide » selon le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a sombré dans le chaos depuis le renversement, le 24 mars dernier, du régime de François Bozizé par Michel Djotodia, le chef de la coalition rebelle Séléka, accusée de perpétrer des violences à caractère confessionnel. Actuellement, environ 410 soldats français – dont 180 parachutistes du 8e RPIMa de Castres (Tarn) qui ont pris leurs quartiers dans la ville de Boali – sont basés du côté de l’aéroport de Bangui, notamment pour assurer la protection du millier de ressortissants français en Centrafrique.

Ce contingent sera donc porté à un millier très prochainement, a annoncé hier le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Ce sera, a priori selon le ministre, « pour une période brève, de l’ordre de six mois à peu près », afin de rétablir l’ordre en appui d’une force panafricaine qui compte actuellement 2 500 hommes, sur un total prévu de 3 600.Mais elle peine à atteindre son effectif plein et manque cruellement de moyens.
Pour autant, la France prend soin de souligner qu’elle est « en appui » et qu’elle ne réédite pas en Centrafrique, ex-colonie, son intervention armée du début de l’année au Mali, qui visait à neutraliser des groupes islamistes armés.
Paris apparaît cependant, comme au Mali, à la manœuvre et sur tous les fronts, diplomatique comme militaire. Du coup, la réponse à la résolution déposée, lundi, par Paris au Conseil de sécurité de l’ONU ne saurait tarder. Pour rappel, cette résolution vise à renforcer la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) déjà présente, avec la perspective de la transformer en force de l’ONU de maintien de la paix. Elle est de fait placée sous le chapitre VII de la Charte de l’ONU, qui prévoit le recours à la force dans un pays où les violences oscillent entre « conflit religieux et ethnique », entre chrétiens et musulmans. Jusqu’à présent plusieurs pays, notamment les États-Unis ou la Grande-Bretagne, sont réticents à financer une nouvelle opération en Afrique.

2. Etat des lieux

La République centrafricaine est un de ces pays où le temps s’est arrêté. On dit même, ici à Bangui, la capitale, que l’horloge a reculé de 40 ans. Selon la Fondation Mo Ibrahim sur la bonne gouvernance, la Centrafrique est, avec le Tchad, le Congo démocratique, l’Érythrée et la Somalie, en tête de liste des États en déliquescence du continent et de la planète.

En fait, entre ces cinq pays, il faut même faire une distinction : d’un côté la Somalie, toujours en proie à l’anarchie et au terrorisme, et la Centrafrique sur le point d’y ressembler, et de l’autre côté, les trois autres qui tentent avec des fortunes diverses de se reconstruire.
La Centrafrique est aux prises depuis vingt ans avec une instabilité politique et militaire chronique. De rébellions militaires en coups d’État, d’insurrections rebelles en interventions étrangères, le pays ne fait que s’enfoncer, malgré une présence internationale permanente. La Centrafrique détient le record du monde pour le déploiement de forces de maintien de la paix : onze missions depuis 1998, et l’ONU en prépare une douzième.
Malgré cela, rien n’y fait. Les élites se disputent le pouvoir et les quelques richesses sans aucune considération pour les quatre millions de Centrafricains. Dès qu’un groupe prend le pouvoir, il donne naissance à une rébellion qui le déloge, et ce groupe est à son tour délogé quelques années plus tard.
Ce cycle infernal a conduit la Centrafrique là où elle est présentement. En août dernier, de passage à Bangui, un représentant de l’ONU a résumé en quelques mots l’ampleur du désastre : « L’État n’existe tout simplement pas en dehors de la capitale. Au-delà de Bangui, il n’y a ni police, ni système judiciaire, ni services sociaux. La sécurité est pratiquement inexistante et la population vit dans un état de peur permanent », déclarait-il.
Le dernier groupe rebelle à avoir pris le pouvoir, la coalition Séléka, a tout dévasté sur son passage lors de sa marche sur la capitale en mars dernier. Les préfectures, les écoles, les églises, ont été pillées et brûlées, tout comme les archives. L’ONU, présente au pays depuis treize ans, n’a pas été en mesure de stopper la descente aux enfers.

En fait, la République centrafricaine, un non-Etat au cœur du continent, est en train de sombrer dans le chaos, entre rebelles et milices hors de contrôle et des dizaines de milliers d’habitants réfugiés dans les forêts, fuyant les massacres pour tomber dans la faim et la maladie. Les organisations humanitaires présentes, comme Médecins sans frontières ce mardi, appellent à l’aide.
Un « porte avions » au cœur de l’Afrique
La RCA n’a jamais réellement eu d’Etat depuis son accession à l’indépendance il y a un demi-siècle. La France n’a pas aidé, orchestrant les coups d’Etat comme les couronnements d’empereurs, pour protéger des bases militaires dans un pays considéré comme un « porte avions » au centre de l’Afrique.

Livrée à elle-même, la population a répondu du mieux qu’elle pouvait en organisant les milices paysannes, les fameux anti-balaka (anti-machettes). Il y a déjà eu des affrontements violents et des centaines de morts. Aujourd’hui, on parle d’un conflit interethnique entre chrétiens et musulmans. Rien n’est plus faux. Les deux groupes ethniques sont victimes d’un même ennemi : la coalition Seleka, qui a pris le pouvoir dans l’indifférence de la communauté internationale.
Lundi dernier (25 novembre, NDLR), le vice-secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson a agité à son tour le spectre d’un « conflit ethnique et religieux » et a appelé à une réaction rapide et décisive pour éviter que la situation n’échappe à tout contrôle, ce qui représenterait un terreau fertile aux extrémistes et aux groupes armés.

3. Historique de la colonisation

Quant à la durée de l’opération, il faudrait un miracle pour que dans les six mois, les forces africaines soient prêts à prendre le relais et assurer à la Centrafrique la stabilité qui lui manque pour tenter de bâtir -enfin- un Etat digne de ce nom.

La France, un vague souvenir…

Pour l’heure, il y a urgence, même si l’emploi du mot « génocide » à Paris comme à New York crée un malaise : rien ne prouve, jusqu’ici, la volonté d’extermination d’un camp sur l’autre, qu’il soit ethnique ou religieux, comme ce fut le cas au Rwanda par exemple.
Pour le meilleur comme pour le pire, c’est un pays que Paris connaît bien. Ce fut même une caricature de ce que l’on appelait jadis la « Françafrique ». Un Etat où la France faisait et défaisait les régimes. Remplaçant des dictateurs en cours d’émancipation par d’autres hommes qui lui étaient redevables. On a bien noté les visites mystérieuses ces derniers mois à Bangui de Claude Guéant et de Jean-Christophe Mitterrand, deux figures d’une « Françafrique » moribonde. Mais nous n’en sommes plus là.

De l’ère coloniale à l’ère néocoloniale

Le colonialisme français, qui s’est partagé le pays avec le colonialisme belge dès 1885 avant de s’en emparer totalement en 1905 et dont il ne faut jamais oublier qu’il avait conquis le pays « pour y apporter la civilisation », y amena la guerre, les populations refusant, en particulier de 1928 à 1931, le travail forcé imposé par les colons. Le travail et sa valeur ne constituent-ils pas pourtant les éléments fondamentaux de la civilisation moderne ? Mais allez faire comprendre cela à l’« homme africain qui n’est pas assez entré dans l’histoire »…
Pillant allègrement les richesses agricoles, minières, forestières et animales ainsi que la force de travail gratuite des populations locales, le colonialisme français ne construisit aucune base industrielle.
L’indépendance toute formelle proclamée en 1960 marqua le passage de l’ère du colonialisme à celle du néocolonialisme avec l’insertion du pays dans la Francafrique. Outre ses richesses exploitées et potentielles, la RCA avait le malheur d’occuper une position géostratégique peu commune en Afrique. Située au cœur du continent, elle allait abriter d’importantes bases militaires françaises et jouer le rôle de porte-avions lors des nombreuses interventions militaires françaises dans la région (Tchad, Congo…).
En dépit de la proclamation de l’indépendance, le colonialisme français n’a jamais quitté le pays. Avant même l’indépendance, Barthélémy Boganda, « père de l’indépendance » proclamée dès 1958, fut opportunément assassiné. Le candidat soutenu par Paris, David Dacko, brûlera la politesse au successeur attendu de Boganda et deviendra le premier président de la République. Wikipédia nous apprend que ce président « instaure très vite un régime dictatorial et commet l’erreur de se rapprocher de la Chine. Cela déplaît à la France qui veut garder son influence sur ce pays riche en uranium et à l’importance stratégique primordiale du fait de sa position centrale sur le continent africain. La France se décide alors à soutenir le chef d’état-major de l’armée centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa. » Paris continuera, jusqu’à ce jour, à jouer un rôle politique de tout premier plan, faisant et défaisant allègrement tous les présidents. Quant à la Chine, il semble, comme nous le verrons plus loin, qu’elle persiste à constituer un facteur de déplaisir pour la France en RCA.

4. Ressources naturelles locales

A l’image de nombreux autres pays du continent, la république Centrafricaine (RCA) n’est pas dénuée de ressources naturelles. Cela n’empêche pas le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) de la classer en 2005 parmi les États les plus pauvres de la planète puisqu’elle occupe la 171e place sur 177 selon le classement de l’Indicateur de développement humain (IDH)… Des mines d’or et de diamants au potentiel énorme, mais aussi de mercure, d’uranium et de fer sont pourtant exploitées alors que les recherches de pétrole semblent prometteuses.

Sur le plan agricole qui contribue à hauteur de plus de 65% au PIB du pays, on cultive du manioc, des bananes, du maïs, du café, du tabac, du coton, de la canne à sucre… L’absence de réelle politique d’investissement dans le secteur agricole empêche toutefois la RCA d’exploiter au mieux ces cultures alors même qu’elle pourrait, en particulier, développer les rendements en matière d’exploitation du coton et de la canne à sucre.
Une autre ressource majeure de la RCA est constituée par la forêt qui couvre 3,8 millions d’hectares dont 3 millions sont exploitables. Disposant d’essences précieuses telles que les arbres Sapelli, Sipo et Kosipo… particulièrement recherchés pour la menuiserie (contreplaqué, fabrication de meubles…) et qui s’ajoutent à l’exploitation traditionnelle de l’hévéa depuis la colonisation, l’exploitation forestière contribue à hauteur de 10% au PIB du pays.

5. Implantation française en Centrafrique

Les échanges commerciaux (52 M€) sont peu importants et les entreprises françaises peu nombreuses, mais la France reste le premier investisseur en RCA et a su, dans un contexte difficile, nouer des partenariats notamment dans les secteurs des services aux entreprises, des industries manufacturières, du commerce et des services bancaires.

En dépit de l’instabilité politique et des risques sécuritaires, Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers), CFAO (distribution automobile) ont maintenu leurs implantations en RCA. L’arrivée en 2007 de France Télécom dans la téléphonie mobile marque un certain intérêt des investisseurs français. Les pillages consécutifs à la prise de Bangui par les rebelles le 24 mars ont fortement perturbé l’activité des entreprises françaises.
Alors qu’Areva avait signé un accord avec le gouvernement centrafricain le 1er août 2008 pour l’exploitation du gisement d’uranium de Bakouma (Est), les nombreuses difficultés (éloignement du gisement, mise au point du procédé de traitement du minerai, fourniture d’énergie, insécurité) et la baisse des cours mondiaux d’uranium à la suite de la catastrophe de Fukushima ont conduit Areva à suspendre ce projet.

Un demi-siècle après la soi-disant indépendance, les « peuples entreprenants » – incarnés par une poignée de firmes occidentales soutenues par la Banque mondiale – ne se privent guère, en effet, d’exploiter l’or africain et de bouleverser le mode de vie des populations locales : cadences infernales, normes de sécurité inexistantes, mouvements syndicaux réprimés, pollution catastrophique, etc.
Ces firmes privées, tentaculaires, exploitent aujourd’hui 80 % des gigantesques gisements africains. Liées à des trafiquants d’armes, à la famille Bush, à la CIA ou au lobby nucléaire, on les retrouve au Mali, au Ghana, en Tanzanie, en Afrique du Sud et jusque dans les régions en conflit – comme en République démocratique du Congo –, où elles soutiennent parfois des mouvements armés. Elles sont si puissantes que l’ONU renonce à les sanctionner. Leurs bénéfices sont rapatriés dans des paradis fiscaux, tandis que les pays africains riches en or ne cessent de s’appauvrir… »
Le secteur privé étranger domine donc toute l’économie du pays, y compris dans les transports. Le transport fluvial (fleuves Oubangui, Sangha, Mpoko, Bamingui, Ouaka, Kotto…) constitue le mode principal de transport dans le pays. Dans ce domaine, « l’Agence française de développement » se vante d’octroyer une subvention au gouvernement centrafricain en vue de réhabiliter le parc de pousseurs et de barges. Elle se targue également de financer « un dispositif d’assistance technique auprès du service commun d’entretien des voies navigables » ainsi que « la construction dans la zone forestière du Sud-Ouest de deux ponts sur les fleuves Lobaye et M’Baéré [… et] la reconstruction ou la réhabilitation de 4 ouvrages de franchissement… ». Mais cette aide, que d’aucuns pourraient naïvement considérer comme désintéressée, n’a été possible que par « la privatisation de la Société centrafricaine de transport fluvial (Socatraf), qui assure le transport sur l’Oubangui entre Kinshasa, Brazzaville et Bangui, et la signature d’un contrat d’affermage entre le Groupe Bolloré et l’Etat ». Le Groupe Bolloré appartient à l’ami de l’ancien président Nicolas Sarkozy : Vincent Bolloré. Ce groupe contrôle une bonne partie des chemins de fer et des ports d’Afrique de l’ouest qui servent entre autre à l’évacuation du produit de l’exploitation forestière du Cameroun, du Gabon, de Centrafrique et d’ailleurs. Cela n’a bien évidemment aucun rapport avec la Francafrique.
Ainsi, la Banque mondiale et le FMI, par le biais de plans d’ajustement structurels (PAS), obligent les gouvernements africains (souvent complices) à privatiser-brader leurs entreprises publiques que des groupes rapaces rachètent à vil prix pour mieux s’assurer une position monopolistique sur les chaînes de transport et quelques activités hautement rentables en amont (tabac, forêts…).
Rivé, comme nombre de pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale au Franc CFA, le pays supporte le poids important de la dette sur le budget national. Cela a favorisé la venue des bailleurs de fonds internationaux (UE, Banque mondiale, FMI…).

Les nouveaux habits roses du néocolonialisme français

Le quotidien parisien Le Monde rapportait dans son édition du 28 décembre 2012 que le président François Hollande, réagissant à l’avancée des rebelles centrafricains qui menaçaient de renverser le président François Bozizé à Bangui, avait déclaré : « Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique ». « Ce temps-là est terminé », a ajouté le président français.
Qui peut accorder un quelconque crédit à ces déclarations ? Il est de notoriété publique que le président Hollande et son gouvernement ne remettent nullement en cause les fondamentaux du néocolonialisme en RCA comme dans l’ensemble des pays de la Francafrique.

6. Les mensonges et la conclusion

Pour la troisième fois cette année, François Hollande s’apprête à ordonner une intervention militaire à l’étranger. Après le Mali en janvier, la Syrie en septembre qui n’a finalement pas eu lieu pour les raisons que l’on connait, un millier de soldats français sont sur le point d’être envoyés en République centrafricaine.

François Hollande est donc solidement installé dans son rôle de Commandant en chef où on l’attendait le moins, faisant preuve de la détermination et de l’autorité dont l’opinion juge qu’elles lui font défaut dans les affaires nationales.
Au plus bas dans les sondages, le président ne peut attendre aucun « bénéfice » politique immédiat d’une telle opération militaire. Celle du Mali, globalement réussie même si les forces françaises sont contraintes de se maintenir plus longtemps que prévu, ne lui a apporté qu’une petite éclaircie d’image, mais n’a rien changé dans l’opinion.
L’enjeu de cette intervention au cœur de l’Afrique est ailleurs : il est dans le « retour » de la France sur le continent noir, après des décennies d’ingérence (« Françafrique ») suivies d’une période de relative indifférence ou de profondes maladresses (« l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire » – Sarkozy à Dakar en 2008).

La France interviendra donc militairement. Mais en faveur de qui ? D’un gouvernement lui-même issu d’un putsch. La France n’est pas à une contradiction près. En revanche, lorsque des intérêts économiques majeurs sont en jeu, la logique est remisée au placard. Comme on peut le lire sur le site officiel du ministère des affaires étrangères, l’Élysée a directement en ligne de mire les ressources naturelles de son ancienne colonie : « En dépit de l’instabilité politique et des risques sécuritaires, Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers), CFAO (distribution automobile) ont maintenu leurs implantations en RCA. L’arrivée en 2007 de France Télécom dans la téléphonie mobile marque un certain intérêt des investisseurs français. Les pillages consécutifs à la prise de Bangui par les rebelles le 24 mars ont fortement perturbé l’activité des entreprises françaises ».
Grâce à l’intervention militaire, la France peut maintenant achever le sien.

Derrière les grands et nobles mots de démocratie, de développement et de liberté, les grandes puissances impérialistes continuent de piller l’Afrique et d’ensanglanter ses peuples. Il est temps que ces derniers se lèvent, prennent leurs affaires en main et entament en comptant sur leurs propres forces un nouveau cycle de libération des liens d’allégeance néocoloniaux.

Sources :

 http://www.rue89.com/2013/11/26/pourquoi-francois-hollande-envoie-trou…
 http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-13106.html
 http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/27/centrafrique-questions-…
 http://www.ladepeche.fr/article/2013/11/27/1762023-centrafrique-la-fra…
 http://www.lanation.info/Centrafrique-de-l-ere-coloniale-a-l-ere-neoco…
 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/republique-centrafrica…
 http://www.resistance-politique.fr/article-republique-centrafricaine-l…

L’article dans sa niche: Hollande à Bangui : la France en Centrafrique, ou le centre en françafrique ?

République centrafricaine.

La France peut achever les travaux de pillage.

(Capitaine Martin)

On risque un « génocide » en République centrafricaine. L’alarme a été donnée par la France qui, après des mois de silence, a demandé en toute hâte à l’ONU d’agir rapidement. La situation dans ce pays est dramatique. Les rebelles de la Seleka, responsables du coup d’état du 24 mars, ont saccagé le pays, commettant les pires atrocités : pillages, exécutions sommaires, viols et tortures sur les populations civiles.

Livrée à elle-même, la population a répondu du mieux qu’elle pouvait en organisant les milices paysannes, les fameux anti-balaka (anti-machettes). Il y a déjà eu des affrontements violents et des centaines de morts. Aujourd’hui, on parle d’un conflit interethnique entre chrétiens et musulmans. Rien n’est plus faux. Les deux groupes ethniques sont victimes d’un même ennemi : la coalition Seleka, qui a pris le pouvoir dans l’indifférence de la communauté internationale.

En décembre 2012, l’ancien-président déchu, François Bozizé, avait demandé l’aide des États-Unis et de la France en vue de stopper les rebelles, mais François Hollande avait refusé d’intervenir dans l’ancienne colonie, arguant que la France ne pouvait agir que sous mandat de l’ONU. Le locataire de la Maison blanche avait avancé à l’époque le même argument.

Aujourd’hui, la France fait valoir que la Centrafrique est catastrophique. Selon les États-Unis, la situation y est « pré-génocidaire ». Pourquoi me direz-vous ne pas avoir entamé quoi que ce soit plus tôt ? Tout simplement parce que la situation n’était pas mure. La France prétend aujourd’hui jouer le rôle de bon samaritain vis-à-vis de la République centrafricaine dont on sait qu’elle est riche en uranium, en pétrole, en or, en diamants et en bois. Et elle peut aujourd’hui le faire avec le feu vert de l’ONU.

Lundi dernier (25 novembre, NDLR), le vice-secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson a agité à son tour le spectre d’un « conflit ethnique et religieux » et a appelé à une réaction rapide et décisive pour éviter que la situation n’échappe à tout contrôle, ce qui représenterait un terreau fertile aux extrémistes et aux groupes armés.

Durant la réunion dédiée à l’ancienne colonie française, les quinze pays membres du conseil de sécurité se sont mis d’accord pour autoriser la force panafricaine présente en Centrafrique(Misca) à se déployer pour une période initiale de six mois. L’objectif officiel est d’essayer de renforcer la sécurité et de protéger les civils. Il n’est pas exclu que la Misca se transforme à terme en opération de maintien de la paix avec à la clé le déploiement de Casques bleus.

Les Nations Unis ont autorisé les forces françaises déjà présentes en République centrafricaine à prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca. Invité sur Europe 1 le 26 novembre, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, a officiellement annoncé l’envoi d’un millier d’hommes sur le terrain. « La France appuiera cette mission africaine, de l’ordre d’un millier de soldats », a-t-il déclaré. « Nous le ferons en appui et non pas en entrée en premier, comme nous avons pu le faire pour le Mali, et pour une période brève, de l’ordre de six mois à peu près », a ajouté le ministre.

La France interviendra donc militairement. Mais en faveur de qui ? D’un gouvernement lui-même issu d’un putsch. La France n’est pas à une contradiction près. En revanche, lorsque des intérêts économiques majeurs sont en jeu, la logique est remisée au placard. Comme on peut le lire sur le site officiel du ministère des affaires étrangères, l’Élysée a directement en ligne de mire les ressources naturelles de son ancienne colonie : « En dépit de l’instabilité politique et des risques sécuritaires, Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers), CFAO (distribution automobile) ont maintenu leurs implantations en RCA. L’arrivée en 2007 de France Télécom dans la téléphonie mobile marque un certain intérêt des investisseurs français. Les pillages consécutifs à la prise de Bangui par les rebelles le 24 mars ont fortement perturbé l’activité des entreprises françaises ».

Grâce à l’intervention militaire, la France peut maintenant achever le sien.

Capitaine Martin

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 7 décembre, 2013 |Pas de commentaires »
1...56789...17