LE NIGER VEUT S’ACHETER UN AVION PRESIDENTIEL AVEC L’AIDE DE AREVA…QUI DEMENT !

Le Niger veut s’acheter un avion présidentiel

avec l’aide de AREVA…qui dément !

LE NIGER VEUT S'ACHETER UN AVION PRESIDENTIEL AVEC L'AIDE DE AREVA...QUI DEMENT ! dans REFLEXIONS PERSONNELLES niger

NIAMEY – Le Niger compte s’acheter un nouvel avion présidentiel avec le concours d’AREVA, mais le groupe nucléaire français, qui exploite l’uranium dans le nord du pays, a démenti le versement d’une aide budgétaire qui suscite la polémique.

AREVA a accordé au Niger une aide budgétaire sans conditions et non ciblée de 17 milliards FCFA (environ 26 millions d’euros), a déclaré à l’AFP Zakari Oumarou, président du groupe parlementaire du Parti Nigérien Pour la Démocratie et le Socialisme (PNSD, au pouvoir).

Le gouvernement nigérien a alors décidé d’affecter 10 milliards FCFA (15 millions d’euros) pour l’achat d’un avion présidentiel, pour lequel l’Etat nigérien a déjà inscrit 4 milliards FCFA (6 millions d’euros) sur le budget 2013, a-t-il poursuivi, assurant que cet achat est une nécessité compte tenu du poids de l’âge de l’appareil actuel.

Les 7 autres milliards FCFA (près de 11 millions d’euros) d’AREVA seront affectés à l’achat d’un avion de reconnaissance militaire pour notre armée, a ajouté le député.

Tous ceux qui s’agitent autour de cette affaire font preuve de mauvaise foi, a-t-il lancé, alors qu’une polémique a éclaté sur ce dossier.

Mais AREVA a démenti avoir versé une telle aide budgétaire. Il n’y a pas eu de versement de la part du groupe, a assuré une porte-parole, contactée par l’AFP à Paris.

Des députés d’opposition dénoncent la manière dont l’aide évoquée a été inscrite au projet de budget 2013, via un simple courrier du Ministre de l’Economie à la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale.

Certains se demandent aussi s’il s’agit d’une compensation d’AREVA pour le retard pris dans le chantier de la mine d’uranium géante d’Imouraren (nord), dont l’ouverture a été reportée à fin 2014 selon le groupe, à 2016 selon une source gouvernementale nigérienne.

Dans un communiqué, l’Observatoire du Nucléaire, une ONG française, a dénoncé une manoeuvre de corruption, probablement sur le plan légal et assurément sur le plan moral, par AREVA qui entend ainsi perpétuer sa mainmise sur les réserves d’uranium du Niger.

L’ONG, dont AREVA a rejeté les allégations mensongères, a interpellé le gouvernement français sur cette affaire.

Cette polémique survient alors que le gouvernement du président Mahamadou Issoufou a mis récemment AREVA sous pression. Le Niger, qui compte parmi les grands producteurs mondiaux d’uranium mais reste l’un des pays les plus pauvres du monde, a critiqué fin octobre 2012 le partenariat historique très déséquilibré avec la compagnie, et a réclamé des retombées plus importantes.

(©AFP / 12 décembre 2012 19h37)                                                                                                

AREVA assigne une ONG qui l’avait accusé de

corruption au Niger

PARIS – Le groupe nucléaire français AREVA a assigné en justice l’association l’Observatoire du Nucléaire, qui l’a accusé de manoeuvre de corruption du gouvernement du Niger, notamment en finançant l’achat d’un nouvel avion présidentiel.

Zakari Oumarou, président du groupe parlementaire du Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNSD, au pouvoir), avait déclaré à l’AFP le 12 décembre 2012 qu’AREVA avait accordé au Niger une aide budgétaire de 26 millions d’euros dont une partie a été affectée pour l’achat d’un avion présidentiel.

AREVA a démenti avoir versé une telle aide, dans un communiqué.

Le gouvernement nigérien a précisé le 14 décembre qu’à ce jour, il n’existe pas de protocole d’accord de financement exceptionnel avec la société et que, en aucun cas, des ressources éventuelles qui résulteraient d’un accord avec AREVA n’auraient d’affectation privilégiée.

Dans un communiqué du 11 décembre 2012, l’Observatoire du Nucléaire, association fondée par le militant antinucléaire Stéphane Lhomme, avait estimé que le versement d’une aide constituait une manoeuvre de corruption, probablement sur le plan légal et assurément sur le plan moral, par AREVA qui entend ainsi perpétuer sa mainmise sur les réserves d’uranium du Niger.

Le groupe nucléaire, y voyant des propos diffamatoires, demande à la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris de condamner l’association. M. Lhomme est cité à comparaître le 1er février 2012.

Dans un communiqué, AREVA s’est dit victime d’une grave atteinte à l’image, la réputation et l’honneur, constituée sur la foi de propos calomnieux et mensongers.

L’Observatoire du Nucléaire, pour sa part, maintient ses propos et accuse AREVA de vouloir de toute évidence obtenir (sa) disparition. 

(©AFP / 20 décembre 2012 13h35)  

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 12 décembre, 2012 |Pas de commentaires »

URANIUM: UNE PREMIERE ! AREVA MET UN GENOU A TERRE ET INDEMNISE UNE VICTIME FRANCAISE DU NUCLEAIRE (Colectif Anti-Nucléaire Sud-Est / Jeuneafrique.com)

Uranium :

Une première ! AREVA met un genou à

terre et indemnise une victime française du

nucléaire.

URANIUM: UNE PREMIERE ! AREVA MET UN GENOU A TERRE ET INDEMNISE UNE VICTIME FRANCAISE DU NUCLEAIRE (Colectif Anti-Nucléaire Sud-Est / Jeuneafrique.com) dans REFLEXIONS PERSONNELLES areva

(Coordination Anti-Nucléaire Sud-Est)

Conducteur de travaux dans une mine d’uranium d’AREVA au GABON, Mr Aimé GAUDET, est décédé en l’an 2000 d’un cancer du à l’exposition à l’uranium.

Sa fille qui mène depuis un combat contre le géant français du nucléaire pour la défense des salariés et ex-salariés d’AREVA atteints de cancers (association MOUNANA) vient d’obtenir satisfaction et être indemnisée par le leader du crime sanitaire nucléaire.

C’est une première! Pour autant rien n’est encore définitivement gagné car sur les 21 dossiers médicaux d’anciens salariés atteints de cancers transmis à ce jour à AREVA, seul celui de son père a obtenu une indemnisation et un second devrait suivre. Quid des autres ?

Jacqueline GAUDET, présidente de « l’Association de Défense des Ex-Salariés d’AREVA Malades et de leurs Ayants Droit » est la fille d’un ex-salarié d’AREVA décédé d’un cancer. Elle vient d’être dédommagée par le géant français de l’uranium qui reconnait ainsi sa responsabilité dans la mort d’une victime de ses activités nucléaires. Un soulagement pour elle,  qui pourra enfin faire le deuil de son père décédé en 2000 d’un cancer, mais encore une source d’inquiétude car la quasi-totalité des autres dossiers des malades victimes a été refusée. Le sort incertain des autres anciens salariés et de leur famille demeure une tâche sombre supplémentaire sur l’image du géant de la destruction atomique civile et militaire.

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Cette indemnisation constitue toutefois une première en la matière. La société AREVA à mis un genou à terre en s’étant engagée à payer en décembre 2011 puis vouloir « proposer une compensation » pour deux dossiers. «  Les pathologies entrent bien dans le cadre de ce qui est connu comme effet à long terme des rayonnements ionisants« , précise le courrier adressé à Mme GAUDET et que l’avocat de l’association SHERPA, solidaire des victimes – Me Breham – commente : « c’est la première fois qu’AREVA reconnaît qu’il existe entre une maladie et des rayonnements un lien suffisamment fort pour indemniser la famille« .

La démonstration est faite que l’exposition à l’uranium tue.

C’est une reconnaissance de fait !

« Je suis très heureuse d’avoir pu démontrer que mon père est décédé à cause de l’exposition à l’uranium. C’est une reconnaissance de fait », soutient la présidente-fondatrice de l’association MOUNANA, pour la défense des salariés et ex-salariés d’AREVA atteints de cancers. Qui, dans son combat mené depuis 2005, a bénéficié du soutien très actif des ONG SHERPA (pour la défense des populations victimes de crimes économiques) et Médecins du Monde, ainsi que celui de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité).

Toutefois, Jacqueline GAUDET reste partagée, car pour l’heure, sur les 21 dossiers médicaux d’anciens salariés atteints de cancers transmis à AREVA, seul celui de son père a obtenu une indemnisation. Quid des autres, se demande-t-elle ?

Dès 2000, le cancer du poumon dont était atteint Aimé GOMEZ, le père de Jacqueline GAUDET, avait été diagnostiqué comme maladie due à l’uranium par le service pneumologique de l’hôpital du Moenchsberg à Mulhouse. D’où la décision de faire reconnaître les maladies radio-induites dues à l’exploitation de l’uranium à la mine de MOUNANA, au GABON, comme maladies professionnelles.

AREVA se défausse systématiquement depuis des décennies de

toute implication

AREVA avait été mis en cause à partir de 2003 par des associations qui menaçaient de porter plainte contre lui, et dénonçaient le taux élevé de cancers parmi les salariés ou ex-salariés de ses mines d’uranium au GABON et au NIGER. Mines d’où provient la quasi totalité de l’uranium nécessaire aux centrales nucléaires françaises rendant ainsi la France dépendante à 100% de l’étranger . Le groupe français avait accepté en 2007 de mettre en place des « Observatoires de la Santé » dans les régions concernées, ouvrant la voie à d’éventuelles indemnisations. Un tel observatoire vient ainsi d’être mis en place cette semaine dans la région d’Agadez, au NIGER.
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Des milliers de tonnes de déchets radioactifs et chimiques

Le combat de vérité s’est avéré un véritable parcours du combattant, AREVA se défaussant de toute implication. Il a fallu une dénonciation de la situation sanitaire au GABON par « Médecins du monde », suivie d’une conférence de presse par « SHERPA » pour dénoncer les agissements d’AREVA, et le documentaire du journaliste Dominique Hennequin, « Uranium, l’héritage empoisonné », pour que démarre « un processus de négociations ». Il en est résulté un accord en 2009 entre SHERPA, Médecins du monde et AREVA pour dédommager les éventuelles victimes ayant travaillé au GABON et au NIGER, et pour envisager la mise en place d’Observatoires de la Santé sur place.

Dans un documentaire sur ce sujet diffusé en France fin 2009, l’ingénieur en physique nucléaire, Bruno Chareyron, dénonçait une « contamination tout à fait inacceptable » du sol dans la forêt près de la mine de Mounana, en particulier en radium, torium 230 et plomb 210. Le réalisateur du documentaire, Dominique Hennequin, s’était vu admonester par le porte-parole d’AREVA Jacques-Emmanuel Saulnier (« Mes équipes ont pour instruction de ne plus donner suite à vos sollicitations ») qui n’avait pas apprécié deux propos : lorsque le réalisateur a confié au magazine Télérama  que «  l’encadrement par la com’ d’AREVA lui avait rappelé « la Corée du Nord« ; »L’entreprise a laissé derrière elle des milliers de tonnes de déchets radioactifs et chimiques. Les habitants vivent dans des maisons construites avec des stériles radioactifs, tandis que les moyens médicaux, eux, sont partis avec la COMUF, laissant les anciens mineurs mourir dans la souffrance et le silence« . 

21 types de cancers radio-induits reconnus par l’ UNSCEAR

(United National Scientific Committee of the Effects Atomic

Radiation) mais seulement 3 par la Sécurité Sociale Française!

« De 2009 à 2012, ça a été extrêmement dur », glisse Jacqueline GAUDET.

Laquelle évoque l’espoir qu’avait suscité l’accord de 2009, puis le scepticisme, puisque pour l’instant il ne concerne que les deux dossiers – celui de son père et un autre, en cours, « qui sera indemnisé », assure AREVA – dont les cancers sont reconnus au tableau n° 6 des maladies professionnelles du Code de la Sécurité Sociale Française (lequel ne reconnaît que trois types de cancers radio-induits). Les autres dossiers ont été rejetés par AREVA ; un est en cours d’examen.

« Examinés par un médecin d’AREVA et un autre désigné par SHERPA, 16 dossiers ont été identifiés sans rapport avec l’activité professionnelle. Quatre autres dossiers ont été revus par un expert auprès de la Cour d’appel : deux ont été reconnus et deux rejetés », explique le Dr Alain Acker, directeur médical d’AREVA, qui se fonde sur le tableau n° 6 de la Sécurité Sociale. « Si ce tableau n’a pas été rediscuté par le législateur depuis 1984, c’est qu’il n’avait pas à l’être. On applique strictement ce qui a été signé en 2009. »

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Néanmoins, Jacqueline GAUDET ne rend pas les armes, évoquant la liste des 21 types de cancers radio-induits retenus par UNSCEAR (United National Scientific Committee of the Effects Atomic Radiation) sur laquelle s’est basé le Sénat Français pour l’indemnisation des personnes irradiées lors des essais nucléaires. Le cancer du rein y figure, maladie dont sont atteintes les deux victimes encore vivantes ayant déposé un dossier auprès d’AREVA. L’association MOUNANA dit attendre le retour des dossiers médicaux pour comprendre sur quoi se fonde le refus de reconnaissance. Des dossiers qu’AREVA dit ne pas pouvoir posséder en vertu du secret médical, qui renvoie l’association auprès du médecin désigné par SHERPA.

« Tant qu’il y aura un doute, l’association MOUNANA voudra connaître la vérité», répète Jacqueline GAUDET, persuadée que « tout n’est peut-être pas fini » pour les autres familles touchées comme pour les anciens travailleurs d’Afrique… Sans parler, au GABON et au NIGER comme en France, des populations civiles riveraines victimes tous les jours des rejets radioactifs, dans l’air et dans l’eau, des installations nucléaires.

Coordination Anti-nucléaire Sud-Est

sources originelles : www.Alsace.fr / www.jeuneafrique.com

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 28 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

LE CÔTE OBSCUR DE FUKUSHIMA (Olivier CABANEL / agoravox.fr)

Le coté obscur de Fukushima

LE CÔTE OBSCUR DE FUKUSHIMA (Olivier CABANEL / agoravox.fr) dans REFLEXIONS PERSONNELLES fuku

(Olivier CABANEL)

agoravox.fr

Dans notre société industrielle, les conflits d’intérêts se

multiplient régulièrement et ce n’est pas une surprise de les voir

toucher aussi l’industrie en général, et le nucléaire

en particulier.

 

La corruption dans ce milieu n’est pas une nouveauté, déjà l’ancien gouverneur de la préfecture de Fukushima, Eisaku SATO, n’avait pas hésité à évoquer des « intérêts opaques » et de la « corruption  ». lien

On avait appris récemment que les fonds versés pour la reconstruction des zones touchées par le tsunami avaient été gaspillés dans des projets assez éloignés de leur destination d’origine. lien

En juillet 2012 on apprenait aussi que 32 employés de la Korea Hydro & Nuclear Power avaient été mis en examen soupçonnés d’avoir touché des pots-de-vin. lien

On se souvient aussi qu’en mars 2011, un ingénieur, Mitshhiko TANAKA, qui avait travaillé à la construction de la centrale, déclarait qu’un défaut de fabrication dans la cuve du réacteur n°4 de Fukushima avait été habilement dissimulé car il mettait en péril l’entreprise Hitachi.

Tanaka expliquait que la cuve avait été endommagée dans une fonderie, située à Kure, dans la préfecture de Fukushima.

Au vu des défauts constatés, la cuve aurait du être mise au rebut conformément à la réglementation nucléaire. lien

Il considérait que ce défaut de fabrication représentait une véritable « bombe à retardement  » et que s’il avait fallu refaire la cuve, les 250 millions de dollars qui auraient dû y être consacrés auraient menacé de faillite la compagnie Hitachi.

L’ingénieur s’en était inquiété auprès de cette compagnie, laquelle avait conclu, par la voix de son porte parole « qu’il n’y avait pas de problème de sécurité  ».

Le Ministère du Commerce et de la Sécurité Industrielle, prévenu lui aussi de ce danger, s’était à l’époque refusé à tout commentaire.

TANAKA avait reçu une prime de 3 millions de yen, accompagné d’un certificat de reconnaissance, mais ce n’est qu’après avoir participé au tournage d’un documentaire sur Tchernobyl, tournage qui provoqua la mort du réalisateur, suite aux radiations, qu’il prit réellement conscience du danger, tentant par tous les moyens d’alerter la population. lien

En vain semble-t-il. lien

Personne ne sait si les cuves des autres réacteurs présentaient les mêmes défauts…mais aujourd’hui, après la catastrophe, elles sont maintenant hors d’usage.

Plus tard, en octobre 2011, l’expert nucléaire Arnie GUNDERSEN dénonçait des pratiques contestables et l’interdépendance qu’il y avait entre l’industrie nucléaire et les autorités de surveillance évoquant une corruption hors de tout contrôle.

Il déclarait, entre autre, que la catastrophe de Fukushima était due en grande partie au fait que les autorités japonaises n’avaient pas supervisé comme il le fallait l’installation nucléaire.

Toute cette corruption, pour GUNDERSEN, s’est fait aux dépens de la sécurité nucléaire. lien

Mais aujourd’hui, un autre conflit d’intérêt pointe le bout de son nez.

C’est ce qu’on a pu découvrir récemment grâce à une information diffusée sur France Culture, dans le journal de 18h d’Antoine Marette, lors d’un reportage signé Frédéric CHARLES.

On apprenait que 4 des 6 experts chargés de fixer les nouvelles normes de sécurité concernant les réacteurs avaient reçu de l’argent provenant de l’industrie nucléaire. lien

En effet Akio YAMAMOTO, professeur de l’Université Nagoya, à reçu, d’après l’Autorité de Régulation Nucléaire Japonaise, des subventions pour ses recherches sur les réacteurs nucléaires, et une partie de ces subventions, 783 000 euros tout de même, proviennent d’une filiale de TEPCO, l’exploitant bien connu de la centrale nucléaire de Fukushima.

Or ce YAMAMOTO était membre de l’équipe chargée d’établir les critères de sécurité dans le domaine nucléaire.

Un autre, Akira YAMAGUCHI, professeur à l’Université d’Osaka, membre lui aussi de la même équipe, a reçu 374 000 euros provenant de l’entreprise Mitsubichi Heavy Industries, dont l’une des activités concerne l’énergie nucléaire.

Ajoutons à la liste Yutaka ABE, professeur à l’Université de Tsukuba, lequel a reçu 5 millions de yen provenant notamment d’un laboratoire de la compagnie gérant la centrale nucléaire de Fukushima. lien

Cerise sur le gâteau, Shunichi TANAKA, président de l’Autorité de Régulation Nucléaire, occupait auparavant l’équipe gouvernementale chargée de faire la promotion de l’énergie nucléaire. lien

De plus, l’équipe chargée d’évaluer la sécurité nucléaire, faisait partie du ministère chargé de la promotion de l’industrie du même nom. lien

Au total les 4 experts ont reçu entre 3 et 27 millions de Yen au cours des 3 ou 4 dernières années sous forme de subvention ou donation financières.

Voila qui ne va pas rassurer la population japonaise déjà durement touchée par la catastrophe, car si les normes de sécurité sont contrôlées par celui la même qui les subit, on ne peut que s’inquiéter des conséquences de ce possible conflit d’intérêt.

En France, ce n’est guère mieux puisque dans le cadre des GPI (Grands Projets Inutiles) on vient de découvrir un probable conflit d’intérêt à Notre-Dame-des Landes (lien) tout comme on l’a vu récemment pour le projet Lyon Turinlien

Dans le reste du monde, de Tihange à Doel en passant par Kori ou Wolsong, la contrefaçon et la corruption se sont invitées dans l’industrie nucléaire.

On avait appris dans le courant du mois d’aout 2012 que les cuves des réacteurs de Tihange et Doel présentaient des fissures anormales, et l’Agence Fédérale Belge de Contrôle Nucléaire a attendu en vain, semble-t-il, des explications.

Quelques temps après, 22 personnes avaient été arrêtées pour avoir, en échange de pots de vin, réalisé des copies de pièces utilisées pour l’étanchéité des conduites assurant la transmission des données entre le cœur du réacteur et la salle de commande de la centrale et destinées aux centrales de Kori et Yongwang en Corée.

Plus surprenant l’entreprise lésée, AREVA, n’a pas porté plainte, et on pourrait s’interroger sur la raison de ce silence.

Il est vrai que KHNP, l’entreprise nucléaire coréenne, est partie prenante dans le capital de la société d’enrichissement de l’uranium du Tricastin, tout comme dans les mines d’uranium du Niger exploitées par AREVA.

Plus inquiétant, un dirigeant de la centrale de Kori purge une peine de 3 ans de prison pour avoir confié des soupapes rouillées, destinées a être jetées, à un industriel local, lequel les a revendu à la centrale de Kori, après les avoir nettoyées.

Faut-il y voir un lien avec les pannes qu’ont connu en 2012 les centrales coréennes de Wolsong et Koripour des problèmes de rupture d’alimentation ? lien

Rien de bien rassurant, surtout lorsque l’on constate qu’à Fukushima, alors que la situation continue de se dégrader, les mafias japonaises gèrent discrètement l’approvisionnement des ouvriers sacrifiés, de sous-traitance en sous-traitance, lesquels disparaissent des registres, sans que l’on puisse savoir ce qu’ils sont devenus. lien

Ils seraient plusieurs centaines à avoir mystérieusement disparu. lien

En effet ce n’est un mystère pour personne : les yakuzas fournissent du personnel à l’industrie nucléaire, d’autant que les liens entre les yakuzas et le nucléaire japonais sont quasi aussi vieux que l’industrie du même nom. lien

Depuis 1966, date des premières centrales nucléaires japonaises, 500 000 travailleurs ont été employés, et ils sont seulement 20 à avoir fait une demande de reconnaissance d’accident de travail, et sur ces 20, seulement 10 ont été reconnus. lien

Les ouvriers choisis n’ont parfois pas plus de 18 ans et après une journée de « séminaire » on leur fait croire que la dose d’exposition n’est pas cumulative, même lorsqu’ils sont exposés à des doses de 1 mSv dans une journée.

Tetsuya HAYASHI est l’un d’eux, et il a l’intention de déposer plainte, conscient que les travailleurs n’ont aucune formation adéquate pour travailler sur le chantier et que leur vie est en danger.

La réalité de ce qui se passe sur place est sur ce lien.

Depuis la catastrophe de Fukushima, les affaires de la pègre japonaise sont en pleine expansion.

Tomohiko SUZUKI, journaliste japonais, s’était fait engager comme travailleur dans la centrale de Fukushima, afin de pouvoir enquêter discrètement, et il est l’auteur d’un livre très documenté sur le sujet : « yakuzas et centrales nucléaires ». (Éditions Bungeishunju).

Il a apporté à plusieurs reprises son témoignage que l’on peut découvrir dans cette vidéo.

Il raconte le système corrompu, les faux CV, et le drame que vivent les ouvriers envoyés sur le site.

Ces mêmes yakuzas contractent aussi sous des noms d’emprunt des prêts gratuits qui sont accordés normalement aux victimes des séismes, argent qui est réinvesti dans des trafics en tout genre.

Ceci dit, il ne fait pas bon s’intéresser de trop près aux activités coupables de cette mafia nipponne, et l’assassinat en 1997 de Yasuko WAYANABE, connu pour ses positions anti MOX au sein de la société nucléaire, n’est toujours pas élucidé. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « s’il y a des remèdes pour la maladie, il n’y en a pas pour la destinée  ».

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier CABANEL

agoravox.fr

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 6 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

ELECTIONS AUX ETATS-UNIS: CES GROUPES FRANCAIS QUI AIMERAIENT SE DEBARRASSER D’OBAMA ET FINANCENT L’ULTRA-DROITE AMERICAINE (Olivier PETITJEAN / bastamag.net)

ELECTIONS AUX ETATS-UNIS

Ces groupes français qui aimeraient se

débarrasser d’OBAMA

et financent l’ultra-droite américaine

ELECTIONS AUX ETATS-UNIS: CES GROUPES FRANCAIS QUI AIMERAIENT SE DEBARRASSER D'OBAMA ET FINANCENT L'ULTRA-DROITE AMERICAINE (Olivier PETITJEAN / bastamag.net)  dans REFLEXIONS PERSONNELLES obama (Olivier PETITJEAN)

 (5 NOVEMBRE 2012)

Pendant la campagne électorale états-unienne, l’argent coule à flot. Et les grandes entreprises françaises, y compris publiques, ne sont pas les dernières à distribuer des milliers de dollars aux candidats. Avec un certain penchant pour les républicains les moins fréquentables : néoconservateurs et fondamentalistes chrétiens du tea party, dénégateurs du changement climatique, fanatiques des énergies fossiles et des armes à feu, jusqu’aux xénophobes avérés. Quand les intérêts économiques français se font complices de l’obscurantisme.

arton2758-dabbd ALEC dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Aux États-Unis, le financement des campagnes électorales, que ce soit pour entrer à la Maison Blanche ou au Congrès, ne souffrent de quasiment aucune restriction, ni véritable obligation de transparence. Depuis deux ans, les dirigeants de sociétés cotées en bourse peuvent ainsi financer les campagnes, sans limites, via des comités d’action politique, appelés « Super PACS » (Lire notre article). De grandes entreprises françaises participent à cet afflux massif de dollars. Leur objectif premier : empêcher toute mesure significative de lutte contre le changement climatique, et toute régulation environnementale en général. Leurs financements favorisent également la frange des républicains la plus réactionnaire.

Avec des donations déclarées de 728 000 dollars, au 1er octobre 2012, auprès de candidats au Sénat et au Congrès, les entreprises françaises se placent au quatrième rang des firmes étrangères qui interviennent financièrement dans les élections. Elles sont certes moins généreuses que leurs homologues britanniques, suisses (respectivement 2,3 millions) et allemandes (près de 2 millions).

Mais les sommes en jeu demeurent conséquentes, selon le relevé établi par le site états-unien opensecrets.org, animé par un centre de recherche indépendant qui scrute les financements des partis politiques états-uniens. Ces versements profitent d’abord au camp républicain : le groupe pharmaceutique SANOFI, EADS (aéronautique et défense), AREVA (nucléaire), LAFARGE (BTP), GDF-SUEZ (énergie) et le groupe LOUIS-DREYFUS (négoce de matières premières) ont chacun versé entre 55 000 et 192 500 dollars à des candidats, en majorité républicains [1].

GDF-SUEZ et LAFARGE misent sur les climato-sceptiques

A regarder dans le détail, on s’aperçoit que nos champions du CAC 40 portent une attention toute particulière aux candidats climato-sceptiques, qui nient la réalité du changement climatique, et aux membres ultraconservateurs du Tea party, aussi bien hostiles à toute régulation qu’aux minorités (homosexuels, migrants, noirs…). Sur les 33 candidats que GDF-SUEZ a soutenu, le groupe français a ainsi versé des milliers de dollars à seize républicains clairement climato-sceptiques, ainsi qu’à six autres s’opposant à toute forme de régulation des gaz à effet de serre. Près des trois quarts des contributions directes de l’entreprise – environ 40 000 dollars – leur sont destinées. Le groupe de BTP LAFARGE finance de son côté douze candidats climato-sceptiques et cinq opposés à toute régulation sur le climat. Soit 17 candidats sur les 23, auprès desquels l’entreprise a distribué 48 500 dollars de subsides.

Parmi les politiciens les plus prisés des entreprises françaises, on trouve par exemple John Shimkus, membre du Congrès pour l’Illinois. Il avait défrayé la chronique en 2009 en déclarant ne pas craindre la montée du niveau des océans parce que Dieu a promis à Noé que l’humanité ne serait plus jamais menacée par un déluge, selon la Bible… Autre chouchou de cette french connection, Ed Whitfield (Kentucky) : on le retrouve derrière toute une série de tentatives d’abrogation de mesures environnementales adoptées par les démocrates, depuis la classification des gaz à effet de serre comme polluants jusqu’aux normes de pollution de l’air par les centrales électriques. Ou encore John Barrasso, sénateur du Wyoming – financé par SANOFI et GDF-SUEZ – et déterminé à empêcher l’Agence de Protection Environnementale de faire quoi que ce soit en matière de changement climatique. Cette liste est loin d’être exhaustive.

Le Tea party, prisé par VIVENDI et SANOFI

Parmi les élus républicains, figurent deux groupes de membres du Congrès spécialement mis à l’index par des associations citoyennes et écologistes à cause de leur acharnement à entraver toute forme de limitation de la pollution. Le premier est baptisé le « Five Flat Earth » (« les cinq de la Terre plate »), en référence à leur négation de toute considération scientifique environnementale. Le second est appelé le « Toxic Six » (les « six toxiques »), opposés à toute forme de lutte contre la pollution. Parmi leurs bienfaiteurs, on retrouve encore des entreprises françaises. Le républicain Dan Lungren (Californie), qui a le privilège douteux de faire partie des deux groupes, a reçu 2 000 dollars du groupe de services et restauration SODEXO.

L’assureur AXA a versé 6 000 dollars à la candidate Ann Marie Buerkle (New York), l’une des « five flat earth ». LAFARGE soutient Chris Gibson (New York) des « Toxic Six », ainsi que Dan Benishek (Michigan) pour 7 500 dollars. La plus importante contribution directe de l’entreprise, qui clame pourtant son attachement à la « protection environnementale » et au « respect des communautés locales »… Membre des « five flat earth », Dan Benishek a qualifié le changement climatique de « foutaise », de « truc scientifique non prouvé », ou encore de « pure et simple machination ».

Financer le créationnisme

Et s’il n’y avait que les climato-sceptiques. Défendre le créationnisme, s’opposer à toute restriction des armes à feu, entraver les droits des homosexuels, des immigrés ou des Noirs, ne semble pas spécialement déranger les entreprises françaises. David Vitter, sénateur de Louisiane, financé par LAFARGE et LOUIS DREYFUS, avait ainsi tenté de faire voter une subvention de 100 000 dollars à un groupe créationniste pour prêcher la « science chrétienne » dans les écoles de Louisiane. Le « Tea party », la frange la plus extrémiste des parlementaires républicains, bénéficie également de l’attention pécuniaire de VIVENDI, AREVA, SANOFI, GDF-SUEZ et du groupe LOUIS DREYFUS [2].

Des dizaines de milliers de dollars sont donc distribués ici et là, parmi les ultra-conservateurs. Et encore ne s’agit-il là que des sommes directement données à un candidat par des entreprises françaises. Si l’on considère les budgets d’ensemble des comités d’action politique (PACS), spécialement créés pour faire transiter les financements privés à but politique, les dépenses totales de ces entreprises hexagonales se portent à 700 000 dollars pour AXA, 644 000 pour SANOFI, 196 000 pour VIVENDI ou 163 000 pour AREVA.

La SOCIETE GENERALE, fan de Mitt Romney

La SOCIETE  GENERALE et BNP-PARIBAS contribuent à travers les associations professionnelles et par des donations directes. Les deux banques ont par exemple déclaré à la Commission Electorale Fédérale (FEC) avoir distribué respectivement 218 000 et 32 000 dollars à la campagne de Mitt Romney. Le candidat républicain est, cette fois, le favori des banquiers : ceux de GOLDMAN SACHS lui ont versé près d’un million de dollars, ceux du CREDIT SUISSE un demi-million…

0-04660 AREVA

Les contributions de campagne des groupes français s’ajoutent à leurs dépenses de lobbying à Washington. AIR LIQUIDE, ALSTOM, ARCELOR MITTAL, AREVA, GDF-SUEZ, LAFARGE ou MICHELIN ont chacune dépensé annuellement entre 600 000 et 1,5 million de dollars ces dernières années pour peser sur des projets de loi relatifs au secteur de l’énergie et du climat. Dans le secteur pharmaceutique, SANOFI bat tous les records hexagonaux, avec 6 à 8 millions de dollars dépensés chaque année. VIVENDI, en raison de ses intérêts dans UNIVERSAL, figure parmi les plus gros contributeurs historiques en terme de lobbying, avec pour objectif quasi exclusif la protection et le durcissement de ses droits de propriété intellectuelle. Le groupe a ainsi dépensé plusieurs millions de dollars en 2011 et 2012 à l’occasion du projet de loi avorté Stop Online Piracy Act (connu sous l’acronyme SOPA).

AREVA, le nucléaire à tout prix

Une entreprise comme AREVA illustre à merveille la continuité entre lobbying et dépenses électorales. Sans surprise, l’équipementier nucléaire concentre la majeure partie de ses dépenses de lobbying – plus d’un million de dollars déclaré par an depuis 2005 – sur les projets de loi relatifs à l’énergie et aux normes de sécurité et de pollution qui pourraient affecter la viabilité des centrales nucléaires. Les dons aux candidats effectués par AREVA dans le cadre de la campagne 2012 suivent la même logique. Ils sont versés à des politiciens influents et connus pour leur soutien au nucléaire, qu’ils soient républicains (Fred Upton et Mike Simpson) ou démocrates (Steny Hoyer et James Clyburn). L’entreprise a également organisé des séminaires dans le cadre des conventions républicaines et démocrates pour assurer la promotion du nucléaire [3]. Cette stratégie d’influence, déjà contestable en elle-même, semble désormais justifier toutes les dérives et toutes les compromissions. Comment expliquer qu’une entreprise publique française finance ainsi six congressistes républicains se réclamant du Tea party ?

Les contributions déclarées par les entreprises ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. Il existe bien des moyens de contourner les faibles règles de transparence qui régissent encore leurs dépenses politiques et électorales. C’est le cas notamment des groupes dits « c4s », acteur émergent de la campagne 2012, et dont l’immense majorité est favorable à la cause républicaine. Contrairement aux « super PACS », ils ne sont pas tenus de révéler l’identité de leurs donateurs et sponsors. C’est le cas d’un puissant réseau néoconservateur et néolibéral : l’American Legislative Exchange Council (ALEC), dans lequel SANOFI et LOUIS DREYFUS ont joué un rôle actif aux côtés de célèbres entreprises états-uniennes.

LOUIS DREYFUS et les « bienfaits du dioxyde de carbone »

L’ALEC s’implique activement dans toutes les causes chères à la droite extrême américaine, depuis la répression de l’immigration [4] jusqu’à la dénégation du changement climatique, en passant par la liberté de porter des armes à feu et d’en faire usage à titre préventif. Sur tous ces sujets, l’organisation élabore et promeut des « législations modèles ». L’ALEC a ainsi, parmi ses multiples activités, tenté de promouvoir une « législation modèle » sur les gaz de schiste, dont le but à peine caché est d’affaiblir tout moyen de protection de la qualité de l’eau et de maintenir le secret commercial sur la nature des substances chimiques utilisées pour la fracturation hydraulique. Lors de son congrès en 2011, le programme de l’ALEC proposait aussi une session sur les « bienfaits du dioxyde de carbone ».

Les grands groupes finançant l’ALEC ont été ciblés par une campagne citoyenne de grande envergure, Alec Exposed [5], après que les informations fragmentaires existant sur leurs financements aient été recoupées. Pointées du doigt, des dizaines de multinationales nord-américaines, dont COCA-COLA, PEPSICO, WAL-MART, MCDONALD’S, ou KRAFT FOODS, ont annoncé publiquement qu’elles se dissociaient de l’ALEC. Côté français, SANOFI, particulièrement actif dans l’ALEC, a fini par officialiser son retrait début octobre 2012. LOUIS DREYFUS affirme également s’être désengagé du lobby.

Tout sauf OBAMA

Les associations professionnelles permettent aussi aux entreprises de soutenir, indirectement, des candidats peu recommandables tout en préservant une apparence vertueuse de neutralité, évitant ainsi de se retrouver la cible de campagnes citoyennes. C’est ainsi que l’association PhRMA, représentant l’industrie pharmaceutique (présidée jusqu’il y a quelques mois par Chris Viehbacher, directeur général de SANOFI), a dépensé 10 millions de dollars lors de la campagne 2010 [6], contre seulement 200 000 dollars deux ans auparavant. En 2012, le secteur de l’énergie, emmené par des groupes comme l’AMERICAN PETROLEUM INSTITUTE (dont sont membres ARECOR MITTAL, TECHNIP, TOTAL, SCHLUMBERGER et SCHNEIDER ELECTRIC), montre sa détermination à faire battre OBAMA en ayant déjà dépensé plus de 150 millions de dollars début septembre, avant même que la campagne officielle ne commence [http://www.nytimes.com/2012/09/14/u…]. » href= »http://www.bastamag.net/article2758.html#nb7″ rel= »footnote »>7] !

SuperPAC1feat-thumb-400xauto-39268-8062e ELECTIONS AMERICAINES

La principale association professionnelle, l’US Chamber of Commerce, est systématiquement montée au créneau pour s’opposer à toutes les réformes de l’administration OBAMA, depuis la Loi Dodd-Frank sur la finance jusqu’à la réforme du système de santé. Elle s’affiche comme la représentante de l’ensemble des entreprises américaines, mais est surtout déterminée à imposer sa vision néolibérale du monde. En 2012, elle a annoncé qu’elle comptait dépenser au moins 100 millions de dollars, principalement en spots télévisés ciblant indirectement OBAMA et les candidats démocrates vulnérables au Congrès et au Sénat [8]. La liste des membres et des donateurs de l’US Chamber of Commerce n’est pas publique, mais, là encore, SANOFI occupe un siège dans son conseil de direction. En 2010, une enquête avait révélé que près de 900 000 dollars collectés par la Chambre provenaient d’entreprises étrangères, parmi lesquelles AXA et SANOFI.

Des intérêts économiques qui s’accommodent

du racisme et de l’homophobie

Déjà, à l’occasion des élections de mi-mandat de 2010, les financements accordés par les huit plus important émetteurs de gaz à effet de serre européens – dont ARECELOR MITTAL, LAFARGE, GDF-SUEZ et SOLVAY – s’orientaient principalement vers les candidats climato-sceptiques. 35% des contributions cumulées de ces huit entreprises étaient allées à des candidats niant purement et simplement le changement climatique, et 43% supplémentaires à des candidats opposés à toute forme de régulation des gaz à effet de serre, révélait le Réseau Action Climat Europe. L’ONG y voyait une illustration du double jeu des entreprises concernées, qui s’affichent comme écologiquement responsables, mais ne cessent de miner tout effort de législation ambitieuse sur le climat, que ce soit en Europe ou aux États-Unis.

En 2012, au-delà même du sujet central du climat et de l’énergie, l’engagement des entreprises françaises dans la vie politique américaine semble illustrer une complicité plus profonde avec la vision de la société et du monde véhiculée par la droite extrême américaine. L’opposition farouche et quasi religieuse à toute forme de régulation publique des entreprises et à toute forme de redistribution fiscale (exprimée de manière exacerbée aux États-Unis, et plus sourde en France) semble bien valoir quelques compromissions avec l’obscurantisme, le racisme et l’homophobie.

Olivier PETITJEAN

bastamag.net

Photo de une : source

Notes:

[1] Les premières entreprises françaises en terme de contributions déclarées sont SANOFI (192 500 dollars, à 57% pour des républicains), EADS (168 600 $, à 61% pour des républicains) et AXA (148 500 $, à 50,3% pour des républicains). Suivent VIVENDI (89 000 $, à 53% pour des démocrates), AREVA (82 000 $, à 67% pour des républicains), LAFARGE (65 500 $, à 68% pour des républicains), GDF-SUEZ (55 000 $, à 68% pour des républicains) et le groupe LOUIS-DREYFUS (55 000 $, à 90% pour les républicains).

[2] VIVENDI en soutient huit, AREVA six, SANOFI, GDF-SUEZ et LOUIS DREYFUS cinq, AXA trois, ARCELOR MITTAL et LAFARGE deux, ARKEMA, SODEXO, AIR LIQUIDE et MICHELIN un.

[3] Source : arevablog ici et .

[4] Lire cet article.

[5] Initiée par ColorOfChange, un groupe soutenant la participation politique des Noirs américains, la campagne regroupe aujourd’hui des organisations aussi diverses que Greenpeace, le Center for Media and Democracy (actif sur les questions de lobbying et de pouvoir des entreprises), ou encore Common Cause (dédiée à la promotion d’une véritable démocratie citoyenne, transparente et responsable).

[6Source.

[7] Voir [cet article du New York Times]->http://www.nytimes.com/2012/09/14/u…].

[8Lire ici.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 5 novembre, 2012 |Pas de commentaires »

URANIUM: LE NIGER JUGE TRES DESEQUILIBRE SON PARTENARIAT AVEC AREVA…NORMAL !…AREVA ET HOLLANDE SE CROIENT ENCORE DANS LES COLONIES ! (Thierry LAMIREAU)

Uranium:

URANIUM: LE NIGER JUGE TRES DESEQUILIBRE SON PARTENARIAT AVEC AREVA...NORMAL !...AREVA ET HOLLANDE SE CROIENT ENCORE DANS LES COLONIES ! (Thierry LAMIREAU) dans REFLEXIONS PERSONNELLES areva3Le Niger juge très déséquilibré son partenariat

avec AREVA

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NIAMEY – Le Niger a durci le ton jeudi 25 octobre 2012 envers le groupe français AREVA, jugeant très déséquilibré leur partenariat historique dans l’uranium, dont le pays est l’un des plus grands producteurs mondiaux, et a dit vouloir accroître les retombées du secteur minier pour la population.

Le partenariat dans l’exploitation de l’uranium est très déséquilibré en défaveur du Niger, et ce depuis 41 ans d’exploitation de ce minerai, indique un communiqué du Conseil des Ministres.

Ce déséquilibre est corroboré par le fait que les recettes tirées de l’uranium représentent 5% des recettes du budget national alors que le Niger devrait en tirer des ressources importantes, explique le gouvernement du président Mahamadou Issoufou, élu en mars 2011.

Le gouvernement exprime sa volonté d’accroître les retombées du secteur minier pour le peuple nigérien, à travers notamment le renforcement de sa participation à la gouvernance du secteur, sans plus de précision.

Selon les médias officiels nigériens, le président Issoufou s’est entretenu cette semaine à Niamey avec Luc Oursel, le président d’AREVA, de l’épineuse question de l’exploitation de l’uranium, dont les revenus alimentent la controverse depuis des décennies.

Interrogée par l’AFP, une porte-parole d’AREVA à Paris n’a pas fait pas de commentaires dans l’immédiat.

Présent depuis une quarantaine d’années au Niger, le groupe nucléaire français y exploite deux gisements d’uranium à Arlit et à Akokan, dans le nord désertique du pays.

Plus grand employeur privé de ce pays parmi les plus pauvres du monde, AREVA doit en outre commencer en 2013-2014 l’exploitation de la mine géante d’Imouraren (nord), présentée comme la deuxième du monde. Elle doit produire 5.000 tonnes d’uranium par an à plein régime et représente un investissement de plus de 1,2 milliard d’euros.

Le pétrole aussi

Le gouvernement a aussi déploré le retard dans le chantier d’Imouraren, imputable à AREVA et qui entraînera un manque à gagner pour l’Etat.

Depuis quelques années, deux compagnies chinoises, dont la China National Nuclear Corporation (CNNC), extraient aussi de l’uranium à Azelik, dans la même région.

En février, Niamey avait annoncé que le prix du kilogramme d’uranium nigérien avait été fixé à 73.000 FCFA (environ 111 euros), à l’issue de négociations avec AREVA, évoquant une avancée notable dans l’histoire des négociations des prix des matières premières au Niger.

Il s’agit d’un prix plancher généralement fixé lors de discussions annuelles avec AREVA et censé mettre le Niger à l’abri des fluctuations sur le marché international.

Premier produit d’exportation du pays, le minerai représente 5% de son produit intérieur brut (PIB).

Le gouvernement a indiqué, sans plus de détail, avoir la même volonté de changement dans le secteur pétrolier, où la même démarche est en cours.

Le Niger est devenu en novembre 2011 producteur de pétrole et a ouvert à Zinder (centre-est) sa première raffinerie, pour une modeste production de 20.000 barils par jour.

Les prix à la pompe de l’essence produite et raffinée sur place sont jugés trop élevés dans la population et suscitent depuis un an de vives protestations.

Le contrat de production et de raffinage attribue 40% de la production au Niger et 60% à la China National Petroleum Corp. (CNPC), une compagnie publique chinoise.

Les ONG nigériennes ont souvent dénoncé le flou autour des contrats miniers.

Nous saluons et encourageons cette décision du gouvernement, a réagi Salissou Oubandoma, ex-coordonnateur du Groupe de Réflexion sur les Industries Extractives au Niger (GREN), une ONG locale. Nous produisons d’énormes quantités de ce minerai stratégique, on ne peut comprendre que les Nigériens végètent encore dans la misère, a-t-il affirmé à l’AFP.

(©AFP / 25 octobre 2012 19h53)

NIGER : LA BATAILLE DE L’URANIUM

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Les sites d’extraction d’uranium sont situés dans les plaines désertiques du nord du Niger, en territoire touareg.
© Areva
Au nord du Niger, dans une région de plaines désertiques où est implantée AREVA, le fleuron français de l’industrie nucléaire, les Touareg ont pris les armes. Leurs revendications : un partage équitable des revenus issus de l’extraction d’uranium et des conditions d’exploitation du minerai qui respectent leur mode de vie, leur santé et leur environnement.

Enlèvements, attaques de garnisons, blocages d’axes routiers névralgiques : ce sont les seuls moyens de pression dont disposent les rebelles touareg du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) pour exiger du gouvernement de Niamey une répartition équitable des revenus uranifères. Exploitées depuis quarante ans par la firme française AREVA, numéro un mondial du nucléaire, les mines d’uranium du nord du Niger constituent une manne économique pour le sud du pays. Quant aux Touareg et aux 80 000 âmes de la ville d’Arlit, à proximité des sites d’extraction, ils ont « gagné la poussière, la radioactivité, plus de pollution et plus d’atteintes à l’environnement », selon Moussa Tchangari, un militant associatif.

Eau, air, sols : un lourd tribut

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Les combattants du MNJ revendiquent 50 % des revenus issus de l’exploitation de l’uranium.
© Galaxie Presse
De fait, l’eau des puits est polluée par l’acide sulfurique utilisé dans le traitement de la pierre. L’air est chargé de poussières de minerais hautement radiotoxiques. Enfin, des matériaux irradiés récupérés par les mineurs se retrouvent dans les charpentes des maisons, les voitures ou les ustensiles de cuisine. En dépit de preuves tangibles, l’absence de dépistage ne permet pas d’établir l’ampleur de la contamination à l’uranium de la population. Surplombant les activités minières, les vergers de la région agricole de l’Aïr, classée au patrimoine mondial de l’humanité, sont également menacés. Tandis que le gouvernement étend les zones de prospection sans consulter les Touareg qui y vivent, le président du MNJ, Aghali Alambo, appréhende la sédentarisation à laquelle est contrainte sa communauté. « Le nomadisme, c’est notre culture, explique-t-il. Ces gens n’ont pas l’habitude de payer l’eau, le bois, l’électricité. Dans les villes, tout est payant. Et s’ils n’ont pas de travail, il faut qu’ils demandent la charité devant tout le monde. Et ça touche la crédibilité de notre culture. »

Gaëlle Gonthier

DOCUMENTAIRE
DURÉE 47′
RÉALISATION NAHAN SIBY, FRÉDÉRIQUE DENIS ET STÉPHANE MANIER
PRODUCTION FRANCE 5 / GALAXIE PRESSE
ANNÉE 2008
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Mine d’uranium au Niger. 

 Mines d’uranium au Niger:

Un scandale nommé COGEMA

Le nucléaire, l’uranium

et « l’indépendance énergétique »

française

Sur le site internet de COGEMA [1] on trouve les précisions suivantes: « Le groupe COGEMA est l’un des leaders mondiaux pour la production d’uranium naturel, il en produit de l’ordre de 7 000 tonnes par an soit environ 20% de la production mondiale. (…) En France plus de 70 000 tonnes d’uranium ont été exploitées depuis 1946. Les principaux gisements se situaient dans le Limousin, le Forez, la Vendée et l’Hérault (…). Dès le début des années soixante, les équipes de prospection du groupe COGEMA ont engagé des recherches hors de France (…). Les succès les plus remarquables ont été rencontrés au Gabon (près de 27 000 tonnes d’uranium découvertes et exploitées de 1960 à 1999) et surtout au Niger (près de 80 000 tonnes d’uranium produites depuis l’origine) (…) ».

L’année 1988 correspond à la production maximale des mines d’uranium en France mais à partir de cette date les fermetures de sièges miniers vont se succéder (a). Pourtant, huit ans plus tard, dans la publication CEA « Memento sur l’énergie 1996″ il est indiqué au chapitre« Réserves énergétiques françaises » que le taux d’indépendance de la France vis-à-vis de l’uranium est de 100% alors que les mines françaises sont en fin de vie. Dans les publications ultérieures ce chapitre a disparu.

Notons que cette façon de voir l’indépendance de la France est parfaitement logique dans le système économique actuel. La production d’une entreprise n’appartient pas au pays où l’entreprise est implantée mais à son propriétaire. Si les mines d’uranium en Afrique ou ailleurs sont la propriété de COGEMA alors l’uranium produit est français. L’économie moderne nous a permis de récupérer des territoires coloniaux que nous avions perdus. Une façon moderne de gérer la colonisation ! Ainsi, notre soit disant « indépendance énergétique » qui serait due à l’uranium vient, en réalité, d’Afrique depuis bien des années déjà, mais aussi du Canada, d’Australie, et COGEMA développe désormais des activités minières en Asie centrale dans des républiques de l’ex-URSS (Kazakhstan et Mongolie).

La réalité COGEMA et ses mythes

Une plainte avec constitution de partie civile pour « pollution, mise en danger de la vie d’autrui, abandon et dépôt de déchets concernant tous les sites miniers du Limousin » a été déposée contre COGEMA en mars 1999 par l’association Sources et Rivières du Limousin, trois ans après que plusieurs associations aient dénoncé la radioactivité des eaux du Lac de St Pardoux [2]. La COGEMA, en tant que personne morale, a été effectivement mise en examen le 30 août 2002 pour « pollution, abandon et dépôt de déchets ».

Comment est-ce possible ?

Les habitants du Limousin et de tous les sites miniers ne doivent-ils pas être rassurés et heureux des activités menées par COGEMA – la prospection, l’activité minière et la réhabilitation après la fermeture des installations – si l’on en croit le panégyrique publicitaire de COGEMA qu’on peut trouver sur internet ? Citons quelques passages. Les activités minières COGEMA ce n’est pas seulement « Découvrir et produire » mais aussi: « Favoriser le développement durable (…) En fin d’exploitation, COGEMA réaménage les sites miniers pour les rendre au milieu naturel et maintient une surveillance sur les sites une fois réaménagés. Sans attendre la phase de réaménagement, COGEMA entreprend à chaque stade des opérations, des actions de précaution et de prévention, afin de minimiser les impacts et les risques environnementaux ». « La sécurité et la santé des travailleurs, COGEMA a été pionnière dans la profession pour la protection des mineurs contre les radiations ionisantes (…) ». « Les relations avec les populations locales, COGEMA est à leur écoute et contribue à la vie économique et sociale de façon adaptée à chaque situation : – Assistance médicale dans les pays ne disposant pas de système de santé publique (exemple de l’hôpital d’Arlit au Niger) (…) «  Cette auto-complaisance a de quoi faire grincer les dents. Nous allons la confronter à deux réalités, celle du Limousin et celle d’Arlit au Niger.

COGEMA et les mines d’uranium en Limousin

Ne manquez pas de voir le film de Thierry LAMIREAU « Uranium en Limousin«  en Realvideo 21Kb [3] qui raconte une autre histoire, moins triomphaliste et plus triste, de sites saccagés, d’opposants, de travailleurs malades. L’histoire racontée par un médecin, de son patient qui a ses mouchoirs toujours jaunes comme est jaune la couleur du « yellowcake » issu des traitements chimiques du minerai d’uranium (b), qui va mourir et être autopsié et dont les résultats ne seront jamais communiqués.

Les oppositions à COGEMA ont été nombreuses en Limousin comme en témoigne la dizaine d’associations [4] créées au cours des ans dans toute la région. Michèle Granier (CLADE) nous fait un bref résumé: « En Limousin, la Division Minière de la Crouzille exploite l’uranium depuis 1949. Au début des années 1970 la contestation naît dans la population et une plainte en justice est déposée lorsque les déchets et matériaux provenant du démantèlement de l’usine du Bouchet [5] en région parisienne sont déversés dans une mine à ciel ouvert, Le Brugeaud, où sont stockées les boues de concentration du minerai. (Il a été question de 40 – 50 curies de radium 226 provenant du Bouchet). Il y a eu une grande variété de luttes ponctuelles, par exemple contre les permis d’exploitation dans les secteurs miniers.

Dans les années 90 les opposants ont obtenu une pré-étude sur l’état radiologique des sites d’exploitation du Limousin, payée par les Conseils Général et Régional, effectuée par la CRIIRAD, association indépendante (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité), et la société ALGADE choisie par la COGEMA. Les deux séries de mesures ont été concordantes mais pas l’interprétation des résultats ! Les conclusions de la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement) ont été celles d’ALGADE qui dédouanent la COGEMA.

En bref:

L’exploitation minière n’a eu aucun impact sanitaire en

Limousin !

L’inertie des élus et de la population aidant, les recommandations formulées par la CRIIRAD ont été enterrées. Mais cela n’empêche pas les problèmes de refaire surface très périodiquement: réservoirs d’eau potable de la ville de Limoges contaminés par les eaux d’exhaure des anciennes mines d’uranium « abandonnées ou délaissées ». Lac touristique de Saint-Pardoux faisant de la « rétention » de radioactivité dans les sédiments ; maison à taux de radon record, vendue à des particuliers par COGEMA, que Kouchner – le ministre de la santé de l’époque – fait évacuer, le tout avec procès à la clé (annulation de la vente au motif que COGEMA étant « expert en la matière » a réalisé une vente en connaissance du vice caché) ; plainte déposée par Sources et Rivières du Limousin pour « empoisonnement des eaux du Limousin » aboutissant en 2002 à la mise en examen de COGEMA (à suivre). Plainte le 2 octobre 2002 contre l’Etat Français,  le Ministère de l’Environnement chargé des installations classées, déposée par l’ADEPAL [5] auprès de la Commission des Communautés Européennes au sujet de l’autorisation préfectorale accordée à COGEMA de stockage de 199 900 tonnes d’oxyde d’uranium appauvri à Bessines, dans des hangars de surface (c). (Avec la réponse récente de la CCE l’Etat a gagné). D’autres actions ont eu lieu au cours des ans, on ne peut les citer toutes (d).

Hors Limousin

Concernant la Division Minière du Forez, l’étude mandatée par le Collectif des Bois Noirs, la Mairie de Saint Priest la Prugne et les élus locaux sera rendue début 2003. (A noter que la fermeture du site date de 20 ans et que c’est l’état du site et les préoccupations de santé des populations qui obligent les élus à se pencher sur le problème (mesures de la contamination du site par la CRIIRAD et SUBATECH choisi par COGEMA).

Par ailleurs la Division Minière de Vendée a, elle aussi, demandé à la CRIIRAD de faire une étude qui a obligé l’industriel à reprendre certains sites. Quant à la Division de Lodève (Hérault) elle sert de vitrine de « réaménagement modèle » mais il faut noter que jusqu’à présent la contestation ne s’est pas fait entendre. Il se pourrait que s’engage le même processus que sur tous les sites visités par COGEMA ».

Le scandale d’Arlit

COGEMA soit-disant: « pionnière pour la protection des mineurs d’uranium » !
Pour illustrer les « bonnes oeuvres » de la COGEMA en Afrique, le site minier d’Arlit au Niger est exemplaire et nous donnons ci-après la traduction par Anne-Marie Chenet (Stop Nogent) d’un article de Roger Moody publié par Wise-Amsterdam le 22 avril 1982 [6] :

 « Scandale de l’uranium au Niger » 

« Des gamins de quinze et seize ans se font irradier dans les mines sous contrôle français au Niger. Il n’y a quasiment aucune protection contre l’inhalation de gaz radon. La main d’oeuvre, presque exclusivement des nomades Touaregs, reste totalement ignorante des effets de l’exploitation minière. La détection des radiations et les contrôles sanitaires sont inexistants. »

Ce ne sont là que quelques uns des faits rapportés par un réalisateur de télévision britannique qui, avec une équipe de caméramen de l’émission Panorama (UK) ont été les premiers étrangers à visiter Arlit dans la partie nord du Niger. [Le réalisateur] Christopher Olgiati est un jeune homme grand et mince, parlant avec aisance. Il n’exprime pas de griefs particuliers contre le gouvernement militaire du Président Kountché: de fait il le défend contre l’accusation qui s’est répandue selon laquelle le gouvernement aurait permis aux Lybiens de détourner le minerai d’uranium. (Olgiati pense que c’est peut-être une désinformation qu’a fait courir la CIA).

Pour ce que j’en sais Chris Olgiati peut très bien être un défenseur de l’énergie nucléaire. Mais ce qui l’a choqué lors de sa visite durant dix jours de cette région uranifère, une des plus importantes de la planète, ce sont les conditions de vie de la main d’oeuvre locale. Et le contraste avec celles des Français qui occupent les postes de direction.

« Arlit est absolument au milieu de nulle part » m’a-t-il dit dans une interview en exclusivité.  » C’est une oasis artificielle construite selon le modèle colonial. Elle a sa propre ville-dortoir avec supermarchés, courses de chevaux, produits de luxe importés de la métropole. Un incroyable choc culturel si l’on compare avec les travailleurs nomades ». Selon Olgiati c’est la main d’oeuvre nomade qui vient vers la compagnie plutôt que l’inverse. Souvent les nomades ne restent pas plus d’une semaine, prennent leur paie et s’en vont. Certains ne restent qu’une journée. « C’était la grande récrimination française » dit Olgiati, « les ouvriers ne font juste que passer ».

« Il va de soi que les Français n’informent pas les indigènes qu’ils travaillent dans les mines les plus dangereuses du monde, ils n’entendent jamais parler de mesures dosimétriques des rayonnements et un suivi sanitaire quel qu’il soit est impensable ».

« Un sympathique directeur d’Arlit nous a concédé que les nomades travaillaient dans l’ignorance absolue de ce qui pouvait leur arriver dans vingt ou trente ans ». Il y a de grandes mines souterraines à Arlit que l’équipe de la télévision a visitées: « une journée sous terre était plus qu’assez » a commenté Olgiati. « Le renouvellement d’air semblait correct mais le bruit du forage était insupportable. Je n’ai vu personne porter de masque. Les mineurs remontent des galeries en fin de journée recouverts de poussière radioactive de la tête aux pieds ». Arlit n’est pas la seule mine d’uranium du Niger mais elle a été la première et elle reste la deuxième en importance. La production commerciale a démarré en 1971 – la production a été de 1900 tonnes en 1980. La teneur moyenne en uranium est actuellement de 0,25% mais en 1978 elle atteignait les 3%. Si l’on se réfère au terrible taux de mortalité parmi les mineurs des mines de Kerr McGee dans les années 50-60 (et leurs conditions de travail étaient probablement meilleures qu’ici) cela signifie que les Français ont signé l’arrêt de mort de milliers de Nigériens dans les années à venir.

Seulement le tiers du consortium SOMAIR d’Arlit appartient au gouvernement nigérien. La COGEMA (filiale du CEA, Commissariat à l’Energie Atomique) en détient 27% tandis que la société IMETAL en détient aujourd’hui 19% à travers la compagnie française MOKTA. L’autre géant français de l’uranium MINATOME détient 8% des actions. Des parts moindres sont détenues par Urangesellschaft (6,5%) ouest-allemande et la société italienne AGIP (6,5%) (e). Mais la direction est solidement tenue par les Français. « J’ai eu l’impression d’être en première ligne » dit Olgiati. « Arlit est très important pour les Français. Ils ont une station émettrice très puissante qui communique directement avec la France et ils ont littéralement haï qu’il y ait une équipe de télévision ici ». L’uranium du Niger est non seulement indispensable au programme électronucléaire massif de la France mais aussi à sa production d’armement (…). L’uranium est transporté vers le monde extérieur par camions vers le Bénin et aussi vers la Libye par Agadez à 250 km au sud-est d’Arlit où l’avion prend la relève. Chaque convoi est gardé sévèrement mais des accidents et des déversements de « yellowcake » sont chose courante. « Il y a toutes sortes d’histoires qui circulent au sujet de déversements d’uranium hors des camions et qui contaminent les réserves d’eau » dit Olgiati.

Cependant, le plus grand danger est la mine elle-même. Ici, des gens parmi les plus pauvres de la planète travaillent dans un environnement parmi les plus mortels qui soient pour fournir l’énergie aux norias de trains mus à l’électricité des nations les plus riches et alimenter leurs bombes en combustible. Ils sont maintenus dans l’ignorance totale des conséquences de leur travail et lorsqu’ils mourront leur corps ne sera même pas soumis à la formalité d’un examen post-mortem [autopsie]. Il serait difficile de trouver un exemple plus frappant de néo-colonialisme rampant.

Remarque : Ce scandale des conditions de travail des mineurs d’uranium africains n’a jamais fait partie des préoccupations syndicales en France. Ni d’ailleurs des ONG comme Médecins du Monde que nous avons essayé de sensibiliser à ce problème, mais sans succès [7].

Ceci n’est pas étonnant puisque même en France les syndicats des mineurs d’uranium ne se sont guère intéressés à l’excès de mortalité par cancers chez les mineurs d’uranium en particulier par cancers du poumon. Bien plus, ils ont contribué à masquer le problème comme en témoigne le fait que la réunion sur le thème des déchets miniers et de la surmortalité par cancer chez les mineurs d’uranium [8] n’a pu se tenir à Bessines le 16 décembre 1993 que sous la protection des gendarmes pour empêcher l’intervention violente des dirigeants syndicaux (CGT) qui voulaient casser le matériel de projection de Thierry LAMIREAU.

Bella BELBEOCH,
Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°95.

Références:

[1] COGEMA: Compagnie Générale des Matières Nucléaires, dont la présidente est Anne Lauvergeon (ancienne sherpa de François Mitterrand). Dans le cadre de la réorganisation de la filière nucléaire, création le 3 septembre 2001 par CEA-Industrie, Framatome et COGEMA, du groupe AREVA dont le directoire est présidé par Anne Lauvergeon. Dans AREVA: un pôle nucléaire avec COGEMA et Framatome ANP – Framatome Advanced Nuclear Power Inc.- (66% Framatome et 34% Siemens) et un pôle « technologie de l’information et de la communication » avec FCI (Framatome connections international) et ST Microelectronics. [Framatome ANP est très présent aux USA, entre autres pour assurer la maintenance des réacteurs]

[2] La Montagne, 7 sept. 2002 « La Cogéma mise en examen »

[3] Thierry Lamireau, 6, bis route de la FULY, 74150 RUMILLY. Uranium en Limousin, film/vidéo de 36 mn, 1ère version 1993, Copyright Thierry Lamireau 1995. Plusieurs fois primé: mai 1994 2ème prix au Festival Audiovisuel des Cultures Minorisées d’Europe. Septembre 1994 « Meilleure oeuvre vidéo » 5èmes rencontres de l’Image-Nature et Environnement, Martigues. Novembre 1994 1er prix catégorie « amateur », Rencontres Documentaires Traces de Vie Vic Le Comte/Clermont-Ferrand. Mars 1995, Prix du Ministère de l’Environnement au Festival Eurorégional du Film d’Environnement de Roubaix. Projeté dans plusieurs festivals dont le Festival du Film Scientifique de Palaiseau (Novembre 1995) et le Festival « Territoires en Images » (Institut de Géographie, Paris, Mars 2002), etc.

[4] Amis de la Terre Limousin et Marche, APMA Association de la Protection des Monts d’Ambazac, ALV les Amis du Limousin Vert, APPSP Association pour la Protection du Pays de Saint-Pardoux, AICIN Association Intercommunale d’Information sur le Nucléaire, ADEMAU Association de Défense des Monts d’Auriat, CRIIRAD Marche-Limousin, CLAN Collectif Limousin pour une Alternative au Nucléaire, CLADE Coordination Limousine Anti-Déchets Radioactifs, ADEPAL Association de Défense du Pays Arédien en Limousin. Il en manque peut-être !

[5] En région parisienne, à l’usine du Bouchet (CEA) les murs de certains laboratoires étaient devenus jaunes-orangés, comme les poudres d’uranates traités… N’étant pas d’une santé florissante les travailleurs du Bouchet ont eu du mal à se recaser pour raisons médicales dans les centres CEA après la fermeture de l’usine en 1971 et certains devaient être licenciés ce qui est apparu comme le début d’une campagne plus générale de licenciements prévus par l’administration du CEA qui a entraîné une riposte du personnel (« Non à la politique du citron pressé, non aux licenciements »), les syndicats ont appelé à la grève le 5 mai 1971, largement suivie à Saclay.

Il n’y a pas eu d’étude épidémiologique sérieuse des travailleurs du Bouchet. Obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle de ceux morts par cancer est un véritable parcours du combattant. En 1990 la décontamination du site n’était toujours pas terminée et suscita de multiples protestations d’habitants du voisinage (Ballancourt, Itteville, Vert-le-Petit) en particulier des Amis de la Terre. Le Parisien des 28-29 avril 1990 titrait « Essonne : 20 000 tonnes de déchets nucléaires dorment près de Paris ».

[6] WISE-Amsterdam, Number 134.967, 22.4.82 (WISE, World Information Service on Energy). Nous remercions Wise-Amsterdam pour nous avoir retrouvé ce document de 1982. (En 1982 Roger Moody habitait Londres. Militant très actif il a, entre autres, fondé un groupe de recherche et d’action en faveur des minorités indigènes coloniales, il collaborait à Wise-Amsterdam, et devait se rendre en Australie visiter une mine appartenant à COGEMA).Wise publie désormais un bulletin Nuclear Monitor conjointement avec Nuclear Information and Resource Service (NIRS, Washington- USA). Contact: WISE Amsterdam, PO Box 59636, 1040 LC Amsterdam,http://www.antenna.nl/wise

[7] Lors de cette rencontre le 12 mai 1987 avec plusieurs membres de Médecins du Monde (le président était à l’époque Bernard Kouchner) nous avons expliqué les problèmes liés aux mines d’uranium, l’importance des mesures de radioprotection (évidemment ces mesures ont un coût qui se répercute sur le prix de l’uranium), signalé ce témoignage paru dans le bulletin de WISE sur l’emploi d’adolescents Touareg. Nous leur avons suggéré de faire une enquête sur les conditions de travail à Arlit. Cela ne devait pas poser de problèmes car des médecins de MdM sont présents en Afrique. Aucun écho, si ce n’est qu’au cours de la discussion il est apparu qu’une des femmes présentes était descendue dans une mine souterraine d’Arlit (il y a aussi à Arlit des mines à ciel ouvert). Elle ne s’était pas inquiétée des conditions de travail mais a pali quand on a expliqué l’importance du radon et des poussières d’uranium sur l’incidence des cancers du poumon.

[8] Roger Belbéoch, « Les risques de cancer chez les mineurs d’uranium français«  La Gazette Nucléaire 129/130, décembre 1993, p.10-15. Colloque Uranium et Santé, Limoges novembre 1993.

Notes:

a) Dossier:  »l’uranium », par Pierre-Christian GUIOLLARD http://www.minerapole.com/f_/fi_01_1.html. Jouac, la toute dernière mine d’uranium française non loin de Limoges, a fermé le 31 mai 2001. D’après la publication CEA Informations utiles, Edition 2001, la répartition de la production d’uranium en 1999 par les compagnies du groupe COGEMA (5528 tonnes) était la suivante: Afrique 58% ; Canada 32% ; Jouac 8% ; divers (USA) 2%.

b) Le « yellowcake » est un concentré issu du traitement chimique du minerai. C’est un diuranate de couleur jaune. A Bessines ces traitements étaient effectués à l’usine SIMO (Société Industrielle des Minerais de l’Ouest). C’est sous forme de « yellowcake » que l’uranium est ensuite envoyé aux différentes usines de conversion.

c) La présence d’un tel tonnage d’oxyde d’uranium appauvri sous forme de poudre n’a guère mobilisé les antinucléaires hors Limousin. Et pourtant si un avion s’écrasait sur les hangars ou si un incendie se déclarait (acte malveillant, amorçage de réaction chimique transformant UO2 résiduel en U3O8 etc.) ce serait pire que la dispersion des oxydes formés par l’impact des obus utilisés dans la guerre du Golfe et au Kosovo car, dans les hangars, c’est déjà de l’oxyde d’uranium sous forme de poudre qui se disperserait.

d) Action collective symbolique réussie à Auriat: deux forages destinés à l’étude de l’enfouissement en couche géologique profonde de déchets radioactifs sont définitivement bouchés. Il ne s’agissait pas de la COGEMA mais de forages de l’Institut de Protection et de la Sûreté Nucléaire (IPSN).

e) D’après Wise-Amsterdam (mise à jour 2 août 2002) deux groupes SOMAIR et COMINAK se partagent l’exploitation de l’uranium au Niger dans les sites respectifs d’Arlit et Akouta et COGEMA est majoritaire: SOMAIR: 56,86% COGEMA, 6,54% Urangeselschaft Allemagne, 36,6% ONAREM Niger. COMINAK: 34% COGEMA, 31% ONAREM Niger, 25% OURD Japon, 10% ENUSA Espagne http://www.antenna.nl/wise/uranium/uoafr.html

A lire :

- Communiqué de la CRIIRAD, 16/02/2005: Areva – Niger – Uranium

- (format word): Malgré l’opposition des filiales de la COGEMA, la CRIIRAD et SHERPA ont mis le pied au Niger et commencé les investigations autour des sites miniers (déc. 2003).

Le Limousin radioactif

Radon, un gaz mortel qui vient du sol

La mine de IMOURAREN au NIGER…

Les manœuvres qui battent leur plein à Paris pour placer des fidèles aux postes clés de la filière électrique, renvoient au rôle stratégique que représente le groupe nucléaire français AREVA. Après avoir débarqué Anne Lauvergeon en 2011, l’Elysée compte garder la main sur le groupe nucléaire qui exploite au Niger l’un des plus grands gisements d’uranium en Afrique. AREVA mène avec EDF des discussions difficiles pour des opérations de fourniture de combustible et de prise de participation dans des actifs miniers. Le groupe AREVA assure que les négociations portent essentiellement sur la future mine d’Imouraren au Niger.

Il s’agit de la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique, et la deuxième au monde. Le complexe de la future mine démarrera, vraisemblablement, en 2015 pour un investissement d’au moins 1,2 milliard d’euros. A terme, le groupe français compte sur une production annuelle de 5000 tonnes. Pourtant, l’Etat français actionnaire à plus de 80% d’AREVA, a des soucis à se faire, surtout avec l’entrée envahissante de la Chine en Afrique. Pour répondre à ses énormes besoins en énergie, Pékin a établi un ambitieux programme nucléaire qui prévoit la construction de plus d’une vingtaine de réacteurs nucléaires. Un programme qui s’étalera sur plusieurs années et qui risque de rendre la compétition plus ardue entre la France, présente de longue date en Afrique, et le nouvel arrivant. Ce qui amène les observateurs à considérer que la situation de déstabilisation qui prévaut actuellement dans le Sahel ne va pas totalement contre les intérêts français. Il est vrai que sept salariés d’AREVA travaillant sur le site d’exploitation d’Arlit, au Niger, ont été enlevés en septembre 2010 par un groupe terroriste se réclamant d’Aqmi. Trois d’entre eux ont été relâchés depuis, alors que les jihadistes exigent des dizaines de millions d’euros pour la libération des quatre autres captifs. Pour sa part, Paris assure régulièrement qu’il poursuit ses efforts pour la libération des otages. Des efforts qui n’excluent certainement pas un renforcement de la présence militaire française dans la région, avec la caution des gouvernements locaux.

- Communiqué de presse CRIIRAD et ONG

AGHIRIN’MAN du 28/08/12 (IMOURAREM)

pdf_icon LUC OURSEL Lire le communiqué en Pdf

La CRIIRAD et l’ONG AGHIR IN MAN demandent la révision de l’étude d’impact concernant le projet d’exploitation de la mine d’IMOURAREN par AREVA au Niger

La plus grande mine d’uranium d’Afrique

Le gouvernement du Niger et AREVA ont signé le 5 janvier 2009 à Niamey la convention minière attribuant à AREVA le permis d’exploitation du gisement d’uranium d’Imouraren, situé au nord d’Agadez .
Selon AREVA, il s’agit du « plus grand projet industriel jamais envisagé au Niger. Imouraren est la mine d’uranium la plus importante de toute l’Afrique et la deuxième du monde » « Le démarrage de sa production …/… permettra au Niger de doubler sa production actuelle et de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium ».
Selon l’étude d’impact initiale, le gisement s’étend sur 8 km de long et 2,5 km de large et le site industriel couvrira une surface de 200 km2.
Compte tenu des réserves estimées à 179 000 tonnes d’uranium, la production à terme est estimée à 5 000 tonnes d’uranium par an pendant plus de 35 ans. Le gisement principal étant situé à une profondeur moyenne de 130 mètres, son exploitation par mine à ciel ouvert nécessitera la manipulation de près de 3,8 milliards de tonnes de roches dont 85 millions de tonnes de stériles radioactifs et 245 millions de tonnes de minerai exploitable.

Les conditions d’extraction de l’uranium qui seront mises en place ne sont pas celles décrites dans l’étude d’impact initiale

Dans son étude d’impact sur l’environnement, AREVA avait indiqué que l’uranium serait extrait des minerais selon deux techniques : 58 % par lixiviation dynamique et 42 % par lixiviation en tas produisant ainsi au total 245 millions de tonnes de résidus radioactifs.
Lors de la réunion du Comité Local d’Information qui s’est tenue à Arlit en décembre 2011, AREVA a annoncé que finalement l’ensemble des minerais seraient traités par lixiviation en tas. Ceci constitue une modification fondamentale du projet qui nécessite une révision de l’étude d’impact.
Quel que soit le procédé utilisé, l’extraction de l’uranium conduira à la production de centaines de millions de tonnes de résidus radioactifs dont AREVA n’est pas actuellement en mesure de définir comment en sera garanti le confinement pendant des centaines de milliers d’années.
Dans le cas des mines exploitées par les filiales d’AREVA depuis plus de 40 ans dans la région d’ARLIT, environ 45 millions de tonnes de ces résidus sont toujours actuellement à l’air libre. Les poussières radioactives et le radon peuvent se disperser au gré des vents.

Des puits sont asséchés dans l’environnement du site

d’Imouraren

Selon l’étude d’impact initiale d’AREVA, l’extraction de l’uranium à Imouraren entraînera une forte consommation d’eau de la nappe fossile (12 à 13 millions de mètres cubes par an) et conduira à « un assèchement local des nappes du Tchirezine 2 et du Teloua dans l’environnement proche en fin d’exploitation ». Pour « atténuer et compenser » cet impact, AREVA indiquait dans l’étude d’impact que de nouvelles études hydrogéologiques allaient être réalisées. Cela signifie que le projet a été lancé sans qu’AREVA ait une connaissance satisfaisante des réserves en eau et de l’impact effectif de ses activités au plan hydrogéologique.
Fin 2011, AREVA a annoncé le lancement prochain des opérations de « dénoyage » du site. C’est-à-dire que les eaux souterraines sont pompées et déversées dans un gigantesque bassin à ciel ouvert. La mise en place de la mine ne peut en effet se faire que si le gisement est à sec.
Dans le cadre d’une visite de terrain réalisée il y a quelques mois, l’ONG AGHIRIN’ MAN a constaté que de nombreux puits traditionnels utilisés par la population locale de la région étaient asséchés. C’est en particulier le cas du puits de Tizirfitik situé à une trentaine de kilomètres au sud du gisement et utilisé par les populations des villages de Fichet et Tizirfitik. L’usage de ce puits est vital car il est habituellement utilisé durant la saison sèche lorsque les autres captages sont asséchés. L’existence de ce puits est mentionnée dans l’étude d’impact d’AREVA mais aucun résultat de suivi de la qualité des eaux de ce puits et du niveau d’eau n’est indiqué dans le dossier.
Selon les témoignages recueillis sur place par l’ONG AGHIRIN’ MAN auprès des populations concernées, l’assèchement de ce puits est un phénomène nouveau. Interpellé il y a quelques semaines par AGHIRIN’ MAN dans le cadre d’une réunion présidée par le préfet à Arlit, le directeur général d’AREVA uranium Niger a indiqué qu’il n’était pas au courant. En attendant, la population est contrainte d’utiliser les eaux de surface déposées par les pluies mais dès la saison sèche, à partir du mois d’octobre, la situation sera réellement critique pour ces populations qui vivent en zone désertique.

La création d’une zone d’exclusion de 450 km2 n’était pas indiquée dans l’étude d’impact.

AREVA a annoncé son intention de créer un périmètre « sanitaire » de 450 km2 autour du complexe industriel d’Imouraren. Cette zone sera interdite d’accès tant aux populations qu’aux animaux. Les populations seront ainsi privées de 450 km2 d’espaces pastoraux. Cette contrainte n’était pas explicitée dans l’étude d’impact initiale.

Les demandes de la CRIIRAD et de l’ONG AGHIRIN’MAN

Pour toutes ces raisons, et à l’issue de réunions de travail à Valence (France) du 21 au 28 août 2012, la CRIIRAD et l’ONG AGHIRIN’MAN demandent qu’AREVA réalise une nouvelle étude d’impact environnemental et apporte des réponses précises aux questions concernant l’impact hydrogéologique et l’entreposage à long terme des déchets radioactifs, ainsi que les moyens de compensation pour les populations touchées. Cette nouvelle étude d’impact devrait pouvoir être expertisée par des scientifiques indépendants et être discutée lors de nouvelles audiences publiques à réaliser avant la mise en production de la mine d’IMOURAREN.

Rédacteurs : Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la CRIIRAD et Ghamar Illatoufegh, secrétaire général d’AGHIRIN’ MAN

Pour plus de renseignements :

CRIIRAD : par mail : bruno.chareyron@criirad.org ou par téléphone : 04 75 41.82.50
AGHIRIN’MAN : par mail aghirin_man@yahoo.fr ou par téléphone 00 227 96 87 24 98
Site CRIIRAD : www.criirad.org
Site AGHIRIN’MAN : http://aghirinman.blogspot.fr

CRIIRAD Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité 

Copyright © 2012

Areva assure qu'aucun salarié au Niger n'est exposé à un niveau dangereux de radiations.
AREVA assure qu’aucun salarié au Niger n’est exposé à aucun niveau dangereux de radiations. – © ALBERTO OG via FlickR / Licence Creative Commons

Nouveau terrain miné !

AREVA, leader mondial de l’énergie nucléaire, va exploiter à partir de 2014 une troisième mine d’uranium au Niger, sur le site d’Imouraren. Un gisement géant dont seront extraites chaque année 5000 tonnes de cet élément radioactif naturel.

Le gisement d’Imouraren est stratégique. D’abord pour AREVA, présent depuis 40 ans au Niger. Le groupe exploite déjà deux sites dans ce pays, qui lui assurent 3000 tonnes d’uranium par an. De quoi alimenter un tiers des centrales hexagonales. Mais aussi pour le Niger, puisque la nouvelle mine placerait le pays au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium.

Mais les ONG craignent des conséquences néfastes pour les populations locales et l’environnement. La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) et l’Association Nigérienne Aghir In Man redoutent « l’assèchement et la contamination des ressources en eau et la disparition des espaces pastoraux sur des centaines de kilomètres carrés ». L’agropastoralisme représente 10% du PIB, contre la moitié pour l’exploitation de l’uranium.

Des résidus radioactifs à l’air libre

AREVA, contactée par BazikPress, réfute ces allégations et vante plutôt les bénéfices pour la population: construction de puits et investissements en faveur de l’éducation.

L’entreprise certifie également que ses activités respectent les normes internationales et que ses salariés sont soumis à de faibles niveaux d’exposition à la radioactivité. Depuis décembre 2011, des observatoires de santé ont été mis en place pour assurer le suivi sanitaire des employés et des riverains. Sur les 135 personnes examinées, « aucune maladie professionnelle due aux rayonnements ionisants n’a été détectée ».

Pour autant, la justice française a condamné AREVA en mai 2012 à la suite du décès d’un ancien employé de la mine d’Akokan au Niger, mort en 2009 d’un cancer du poumon lié aux poussières d’uranium. L’entreprise a fait appel.

Depuis des années, des associations comme Sherpa, Greenpeace et Médecins du monde pointent également les risques liés au stockage à l’air libre des résidus extraits des mines. La dispersion par le vent de poussières radioactives serait à l’origine d’une contamination des sols et eaux.

« Le niveau de radiation devant l’hôpital de la Cominak atteignait des valeurs jusqu’à 100 fois supérieures à la normale [en 2007]« , mentionne un rapport de la CRIIRAD. Et selon Raphaël Granvaud, de l’association Survie, interviewé par Terra Eco, le nombre de personnes atteintes d’affections pulmonaires dans la zone des mines est « deux fois supérieur au reste du pays ».

Damien DUBUC (Bazikpress)

Niger :

AREVA exploitera une nouvelle mine

d’uranium en 2014

AREVA va bientôt débuter l’exploitation d’une nouvelle mine d’uranium au Niger. Une activité sans risque pour les hommes ni pour l’environnement, assure l’entreprise. Ce que contestent vivement les ONG, qui s’inquiètent.

Niger : Areva exploitera une nouvelle mine d'uranium en 2014

®Novethic

Le nucléaire français a encore de l’avenir. AREVA, leader mondial de l’énergie nucléaire, doit en effet débuter fin 2014 l’exploitation d’une troisième mine d’uranium au Niger, sur le site d’Imouraren, dans le nord du pays.
Le gisement, de 8 km de long sur 2,5 km de large, contient une grande quantité de cet élément radioactif naturel. AREVA va en extraire 5 000 tonnes par an sur au moins 35 ans, pour alimenter les centrales françaises notamment. Mais le gisement étant situé entre 110 et 170 mètres de profondeur, il va falloir extraire 3,8 milliards de tonnes de roches (!) pour atteindre le précieux élément. Le paysage désertique va vite voir pousser sur 200 km 2 – l’étendue du site industriel – des collines de roches…

Une mine qui donne soif aux bêtes

Une fois le précieux élément extrait, il va encore falloir utiliser beaucoup d’eau et de produits chimiques afin de le séparer de la roche. On ne devrait en effet trouver en moyenne que 800 grammes d’uranium par tonne de roche extraite.
Dans ces conditions, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD), et l’Association Nigérienne, Aghir In Man, s’inquiètent. Lors d’un point presse tenu à Valence mercredi, elles ont dénoncé « l’assèchement et la contamination des ressources en eau » et « la disparition des espaces pastoraux sur des centaines de kilomètres carrés » qui vont découler de l’exploitation de la mine.
Le secrétaire général de l’ONG nigérienne, Ghamar Ilatoufegh, s’est rendu il y a deux mois sur le site de la mine, où les travaux ont commencé depuis 2009. « La mine a commencé à être creusée », a-t-il expliqué lors du point presse, repris par l’AFP. Il craint une disparition des espaces pastoraux « sur des centaines de kilomètres carrés ». Et ce d’autant plus qu’un « périmètre sanitaire couvrira quelque 450 km », inaccessible aux populations nomades et leurs animaux, et « sans compensation ». « Ces populations sont en train d’être expropriées de leur surface de vie par AREVA », s’est-il plaint.
« La surface de la mine occupe moins de 0,03% de la surface de la région du Nord du Niger. Les nomades ne sont pas privés de leurs lieux de passage », réplique Marie-Laure Lefébure, directrice adjointe de la communication d’AREVA Mines. Elle ajoute que l’entreprise va construire des puits à pompe solaire pour permettre de poursuivre les activités agropastorales.
Mais l’eau, dans la région, est une ressource rare. Le fait qu’AREVA pompe le liquide « dans une nappe fossile, qui se renouvelle à un rythme millénaire, va provoquer son assèchement rapide et être catastrophique pour l’agropastoralisme, qui pèse dans le PIB nigérien deux fois plus que l’exploitation de l’uranium », avance de son côté Raphaël Granvaud, membre de l’ONG Survie qui a publié en février 2012 « AREVA en Afrique. Une face cachée du nucléaire français » (éditions Agone).

Des collines de résidus radioactifs à l’air libre…

Autre inquiétude : les collines de roches qui vont progressivement s’élever en raison de l’extraction des milliards de tonnes de roches, qu’elles soient dites « stériles », car de faible teneur en uranium, ou traitées pour en extraire l’élément radioactif, vont être source de pollution de l’air et des sols. C’est du moins ce qu’estime la CRIIRAD, en se basant sur des études réalisées en 2010 avec Greenpeace International sur les sites des mines de Somaïr et Cominak, également exploitées par AREVA dans la région d’Arlit, à 80 km d’Imouraren.
En réponse à ce rapport jugé « à charge et caricatural sur les activités d’AREVA au Niger », l’entreprise a publié en février 2011 le document « AREVA et le Niger, un partenariat durable » « réfutant point par point les accusations », explique Marie-Laure Lefébure.
Elle nous confirme par ailleurs que, comme pour ces deux autres sites, les roches stériles d’Imouraren seront stockées à l’air libre. Idem pour les millions de tonnes de « résidus issus du traitement du minerai ». Encore radioactifs, ils seront entassés de manière compacte sous forme de verses (sortes de petites montagnes étendues, ndlr), comme c’est le cas à Cominak et Somaïr.

… mais 100% sûrs, selon l’entreprise

Mais la responsable d’AREVA se veut rassurante : « La verse de Cominak repose sur des argiles et celle de Somair sur un revêtement étanche. Elles sont ceinturées de digues. Une couche épaisse et très indurée se forme en surface de ces résidus lors de leur séchage, évitant l’envol de poussières. »

Donc circulez, il n’y a rien à voir!

Les alertes à la pollution des sols et de l’eau et à la contamination des travailleurs des mines comme de la population lancées depuis des années par différentes ONG (Sherpa, Médecins du Monde et bien sûr la CRIIRAD) ne seraient donc, d’après AREVA, pas justifiées. « AREVA est une entreprise responsable, dont les sites d’extraction d’uranium répondent à la norme ISO 14001 et sont soumis à de fréquents contrôles. Nous avons mis en place en 2000 un réseau de surveillance de l’air, de l’eau, des sols et de la chaîne alimentaire. Tous nos résultats montrent que notre politique environnementale est conforme aux normes internationales. » Et Marie-Laure Lefébure de préciser, encore, que l’Observatoire de la Santé mis en place au premier semestre 2012, en partenariat avec l’association Sherpa, a procédé à l’examen médical de 710 anciens travailleurs miniers.
« Aucune maladie professionnelle due aux rayonnements ionisants n’a été détectée. »

Des roches dites « stériles » qui polluent quand même les

villes

Pourtant, la CRIIRAD a relevé la présence de matériaux radioactifs dans les rues et certains lieux publics, jusque devant un hôpital. En 2007, elle a informé le Centre National de Radioprotection de Niamey ainsi qu’Anne Lauvergeon, alors présidente d’AREVA, de la découverte de niveaux de radiation anormalement élevés dans les rues d’Akokan, à quelques kilomètres de la mine d’uranium Cominak. « Le niveau de radiation au contact du sol devant l’hôpital de la Cominak atteignait des valeurs jusqu’à 100 fois supérieures à la normale. Il s’agissait probablement de stériles miniers issus de la mine Cominak et réutilisés pour la constitution de la piste. Compte tenu du niveau de radiation mesuré ces matériaux devraient être qualifiés de « déchets radioactifs ». Ils engendrent un niveau de risque cancérigène par exposition externe », peut-on lire dans un rapport. Et Raphaël Granvaud, de Survie, d’ajouter que le nombre de personnes atteintes d’affections pulmonaires est, dans la zone des mines d’uranium,   »deux fois supérieur au reste du pays ».

Face à cette guerre des chiffres et des arguments, l’Etat nigérien, lui, se range du côté d’AREVA. L’entreprise française est en effet le premier employeur privé du pays, et son principal partenaire industriel depuis 40 ans. De plus, grâce à Imouraren, qui sera la plus importante mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest et la deuxième au monde, le Niger se placera au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium, en doublant sa production actuelle.

De quoi fermer les yeux…

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L’héritage radioactif des mines d’uranium

COMMUNIQUÉ CRIIRAD
15 octobre 2012
Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité
471 av. V. Hugo – 26000 Valence
L’HERITAGE RADIOACTIF DES MINES
D’URANIUM
CREATION DU COLLECTIF « MINES
D’URANIUM »
Venant de différentes régions de France et du Niger, des associations ont décidé d’unir leur force pour combattre les conséquences sanitaires et environnementales de l’exploitation de l’uranium.
Lire la déclaration commune avec la liste des signataires Les 23 et 24 août 2012, les représentants de 12 associations se sont réunis à Lavoine près de Saint-Priest-La-Prugne (Loire), à proximité du site des Bois Noirs Limouzat où le CEA, puis la COGEMA, ont extrait et traité du minerai d’uranium. Ce travail a abouti à la rédaction d’une déclaration commune qui a été examinée courant septembre par chaque association et que toutes ont décidé de signer. A ce jour, 13 départements français sont concernés (Allier, Cantal, Corrèze, Creuse, Deux-Sèvres, Finistère, Haute-Vienne, Loire, Loire Atlantique, Maine et Loire, Morbihan, Puy-de-Dôme, et Vendée) mais ce premier réseau est appelé à s’étendre.
L’objectif du COLLECTIF MINES D’URANIUM est de travailler en synergie sur les problèmes qui sont communs à l’ensemble des sites miniers, réutilisation de stériles uranifères comme remblais, pollution du milieu aquatique, contrôles inadaptés et bilans environnementaux biaisés, défaut de réglementation et de sanction des dysfonctionnements, décisions basées sur les rapports de force, etc. Il s’agit de faire front face aux moyens puissants dont dispose AREVA.
Cette action est urgente car ce qui s’organise dans l’ombre, c’est l’abandon des sites par l’exploitant et le transfert des responsabilités et des problèmes à la collectivité. Afin que les habitants n’aient pas à payer l’addition ou à subir la contamination, il est essentiel de faire appliquer le principe du « pollueur payeur », d’obtenir la décontamination des zones et habitations affectées et le maintien de la responsabilité des producteurs de déchets aussi longtemps qu’aucune solution de confinement pérenne n’a été apportée.
Tirer les leçons des erreurs commises en France pour en faire profiter les populations confrontées au développement des mines d’uranium. En France, les mines d’uranium constituent un héritage radioactif mais, dans un certain nombre de pays, l’exploitation est en cours, voire en plein développement.
C’est en particulier le cas au NIGER d’où vient une part importante de l’uranium qui alimente les centrales nucléaires françaises.
Les journées d’action et de formation d’août dernier ont accueilli des représentants de l’ONG AGHIR IN MAN, et notamment son président, monsieur Almoustapha ALHACEN. Cette ONG œuvre dans ce pays pour la protection de l’environnement et de la santé de la population. Elle travaille en particulier sur l’impact des mines d’uranium exploitées par les filiales d’AREVA dans la région d’Arlit, à 250 km au nord-ouest d’Agadez, et se trouve désormais confrontée au colossal projet d’Imouraren.
Depuis le lancement, en 2002, de son partenariat avec AGHIR IN MAN, la CRIIRAD a engagé des actions de formation et de contrôles environnementaux dans un certain nombre d’autres pays, notamment en Namibie, au Mali, au Malawi, au Brésil, en Finlande et en Bulgarie. On peut espérer qu’à terme, le réseau de solidarité s’étende et gagne en efficacité.
L’objectif est de transmettre aux citoyens et associations de ces pays, les enseignements tirés de ce qui s’est passé en France afin d’éviter les mêmes erreurs, voire des opérations encore pires, si l’on se base sur ce qui se passe au Niger.
Il s’agit également de les aider à décrypter, preuves à l’appui, les discours mensongers sur l’innocuité de l’uranium et la propreté de l’exploitation.
Premières actions communes
Au vu des différents agendas, deux actions ont été jugées prioritaires par les membres du collectif mines d’uranium :
1/ obtenir la publication des résultats des campagnes de mesures héliportées destinées à repérer les zones de réutilisation des stériles miniers radioactifs (des zones qui sont anormalement irradiantes) ;
2/ obtenir la définition de critères de décontamination suffisamment protecteurs et applicables partout car ce qui prévaut aujourd’hui, c’est le rapport de force et il est rarement favorable aux habitants.
QUELQUES RAPPELS
Entre 1948 et 2001, près de 200 mines d’uranium ont été exploitées sur le territoire français, générant de l’ordre de 200 millions de tonnes de déchets appelés « stériles », un terme trompeur car ces roches présentent des niveaux de radioactivité qui n’ont rien de négligeable (composées de roches excavées pour accéder au minerai et de minerais dont le teneur en uranium est inférieure aux teneurs exploitables).
Aux installations d’extraction du minerai, se sont ajoutées les installations de traitement mécanique et chimique pour extraction de l’élément uranium qui ont produit plus de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs.
Les stériles sont des déchets radioactifs dont l’activité massique est typiquement de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de Bq/kg ; les résidus issus du traitement mécanique et chimique des minerais ont des activités de plusieurs centaines de milliers de Bq/kg. Dans les deux cas, il s’agit de déchets radioactifs de très longues durées de vie : périodes radioactives de 75 000 ans pour le thorium 230, de plusieurs milliards d’années pour l’uranium 238.
Du fait de leur radiotoxicité, de leur activité et de leur durée de vie, ces déchets relèvent des catégories TFA-VL et FA-VL qui imposent toute une série de prescriptions pour prévenir les transferts vers la biosphère et les populations.
Or, aucune des règles applicables n’est respectée.
Les actions conduites au niveau local se heurtent à la puissance d’AREVA et à ses relations privilégiées avec l’État.
De plus, les actions en justice sont d’autant plus difficiles que la réglementation a été mise en place afin de favoriser l’exploitation à moindre coût des gisements uranifères. C’est une chose de constater des pollutions et des opérations inacceptables, s’en est une autre de pouvoir saisir la justice. Ce qui est illégitime et choquant n’est pas forcément illégal.
Pour plus de renseignements :
CRIIRAD / par mail : bruno.chareyron@criirad.org ou par téléphone : 04 75 41 82 50
Impact des mines d’uranium sur le territoire français
http://www.criirad.org/actualites/uraniumfrance/somuraniumfrance1.html
Impact des mines d’uranium au Niger
http://www.criirad.org/actualites/dossiers2005/niger/somniger.html
Participants et intervenants au stage « Mines d’Uranium » du 23-24 août 2012
 Niger : L’uranium du Niger, ou est le problème ?

Le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium (8 % loin derrière le Canada et l’Australie) et pourtant c’est un des pays les plus pauvres du monde ou 70 % de la population a moins de 20 ans. L’uranium représente aujourd’hui environ 35 % des exportations du Niger(80 % en 1970). 5% du PNB sans compter toutes les activités induites : sous traitants, commerce, artisanat, tacherons… C’est à la fin des années soixante que la Somaïr (Société des Mines de l’Aïr) commence l’exploitation d’un gisement de minerai d’uranium, puis la Cominak en 1974 à Akokan. Les cours de l’uranium sont au plus haut (60 000 F/CFA le kg en 84/85) pour une production d’environs 2000t. 250 expatriés vivaient dans la cité construite par la société, on l’appelait, le « petit Paris » magasins directement approvisionnés de France, hôpital le plus perfectionné du pays, restaurants piscine, Arlit a des allures de ville de western. Une ville « induite » se crée en marge de la cité : les bâtiments administratifs, la poste, des banques, station service, gare routière, un marché puis à la périphérie, le village carton celui des tâcherons, des parents d’ouvriers qui espèrent gagner quelques sous. En quelques années là où il n’y avait qu’un désert habité par des chameaux transhumants se constitue une agglomération de 60 000 habitants venant de tous le pays chercher fortune. À L’euphorie des années 70 a succédé un ralentissement de moitié de la production (1000 t) correspondant à un effondrement des cours (20 000 FCFA le kg) et a de sérieuses compressions de personnel (de 2000 à 600 employés) Aujourd’hui, la situation est stabilisée il n’y a plus que quelques expatriés, les cadres étant Nigérien et les cours de l’uranium remontent légèrement. L’exploitation par la Somaïr se fait à ciel ouvert tandis que la Cominak exploite la plus grande mine souterraine au monde de ce type à 250 mètres de profondeur. Les risques de contamination sont : les rayons Gamma, le gaz Radon, les poussières. La radioprotection et les contrôles sont effectués par la même société ALGADE.

Les problèmes liés à l’exploitation des mines d’uranium sont de trois ordres :

1) Sur le site même au nord de la ville

Pendant longtemps la radioprotection était sommaire et les soucis d’environnement liés aux résidus stériles d’exploitation marginaux. La teneur en minerai est de 3/1000. Au début les mesures de protection et les instruments de mesure rares. Ce sont les postes les plus exposés qui posent le plus de problèmes : concassage, usine. Les travailleurs ne doivent pas être exposés à plus de 20msv.(millisivert) en moyenne ce qui semble être le cas aujourd’hui  d’importants résidus d’exploitation radioactifs à l’air libre et de bassins de décantation de boues à l’acide sulfurique. Aujourd’hui après trente ans il n’existe pas vraiment d’état de santé des travailleurs. Qu’en est-il de ceux exposés depuis vingt ou trente ans ? Difficile à dire car beaucoup sont rentrés chez eux très loin d’Arlit, beaucoup sont morts dans l’anonymat. On remarque cependant un fort taux de mortalité après la retraite et de nombreux cas d’hypertension mais il est difficile d’attribuer de façon formel ces pathologies à une contamination.

2) En ville

 Nous sommes en plein désert, les vents dominants vont d’est en Ouest, la ville est au sud, si le vent tourne… Un trafic de métaux ayant servi à la mine porteur de radioactivité sert à la construction des maisons et à différentes utilisations. Il semble que beaucoup de ces métaux récupérés sur des engins soient recyclés par la douane jusqu’au Nigéria. Aujourd’hui les mesures en ville doivent être inférieur à 1 MSV ce qui semble être le cas d’après nos mesures certains métaux ont cependant été mesurés à 40 msv.(millisivert)

3) La principale pollution à notre avis vient de l’existence même de cette ville avec une consommation excessive de fourrage (afaso), de bois entraînant la désertification, de l’eau avec une diminution notoire de la nappe phréatique, pollution des jardins construits artificiellement sur un plateau argileux (banco) et arrosés avec de l’eau de récupération. Risques de Typhoïde. Même l’imam de la grande mosquée achète l’eau à Agadez. Bassin de rétention véritable nid à moustiques vecteurs du paludisme inconnu dans cette région jusqu’alors. Cette maladie transmise par les anophèles a été importée du sud et l’on note une recrudescence au moment des retours de congé, nombreux cas de tuberculose.

Accidents de la route.

Prostitution, trafic de marchandises importants avec l’Algérie, passeurs clandestins de voyageurs en provenance d’Afrique noire à destination de l’Europe. Corruption des douaniers. (Pour un transport de trente passagers, il faut l’équivalent du prix de 7 passagers pour payer les autorisations et la corruption).

Problèmes sociaux et culturels

Les touaregs premiers occupants de ces territoires arides (200 mm de pluie /an) ont été déstabilisés dans leur mode de vie : transhumance, pression démographique… sans avoir de contreparties. Ce fut une des causes de la rébellion des années 90. Les accords de paix prévoyaient l’embauche de 350 touaregs chiffre impossible à réaliser en pleine récession. Profitant du flux de camions approvisionnant la mine, la mine importe 40 000 t (matériel, intrans, souffre) et exporte 2 000 t (uranate de soude). Les jardins de l’Aïr se sont particulièrement développés et exportent vers le sud : oignons, pommes de terre, tomates… également exportation de bétails (viande et peaux). Aujourd’hui le village carton s’est transformé en plusieurs « boukoki » dont beaucoup de maisons sont en dur (banco).

Demande d’information

L’ONG Agherin’man (bouclier de l’âme) demande une enquête indépendante des risques encourus par les travailleurs et les populations. Sollicitée, la CRIRAD s’est vue confisquer ses appareils de mesure à l’entrée du territoire du Niger. L’association Sherpa est également venu enquêter. Il est clair que le manque d’informations indépendantes de la part des sociétés laisse la place à toutes les suppositions. Si l’on cache quelque chose, c’est qu’il y a un problème. Ce qui est clair c’est que le mot uranium déclenche des passions dans tous les sens et qu’il fait très peur.. Les réserves de la mine actuelle sont de l’ordre de 10 à 13 ans. Le petit lapin est sorti… qui le rattrapera… à suivre…

3 Août 2007: AREVA a annoncé jeudi avoir renouvelé ses contrats avec le gouvernement du président Tandja. « L’accord prévoit un relèvement immédiat du prix de l’uranium » (61 euros par kilo contre 41,6 auparavant, accord rétrocatif au 1er janvier2007), précise la direction du groupe

Bernard DESJEUX 

PS: voir :http://www.criirad.com/criirad/actualites/Communiques/NIGER/NoteCRIIRADfinal.pdf

 16 août 2007


Redistribution des cartes de l’uranium au Niger

La crise qui couvait depuis quelques mois entre l’Etat du Niger (quatrième producteur mondial d’uranium) et la multinationale française AREVA (troisième société productrice d’uranium) a conduit à la fin – amiable – du monopole d’AREVA sur l’uranium nigérien.

En effet, selon la ministre nigérienne des Affaires Etrangères et de la Coopération, l’Etat du Niger, au vu de la hausse des prix des cours de l’uranium, veut désormais élaborer une politique de diversification de ses partenaires industriels et commerciaux, ce qui mécaniquement devait passer par la fin du monopole d’AREVA sur l’uranium nigérien

(cf.article du Républicain Niger Républicain_Niger_article_2.pdf).

Ce monopole prenait racine dans les accords de défense entre le Niger et la France qui stipulaient – entre autres – la livraison d’uranium à des prix défiant toute concurrence.

Si certains voient dans la fin de ce monopole la fin d’un « pacte colonial », il semble nécessaire de remettre en perspective les accords AREVA – Niger dans le cadre plus global des tendances du marché mondial de l’uranium.

Mais d’abord passons rapidement en revue les termes de l’accord conclu :

-  AREVA s’engage à payer le kilo d’uranium (minerai brut ou yellow cake ? pas de précisions pour l’instant) au prix de 40 000 francs CFA (soit 60.98 euros), l’ancien prix étant de 27 300 francs CFA. Remarquons que cette hausse de prix sensible est encore en-dessous des prix internationaux couramment pratiqués (de l’ordre de 122 000 francs CFA) ;

-  ce prix de 40 000 francs CFA sera renégocié à compter du 1er janvier 2008 ;

-  l’Etat du Niger pourra vendre directement sur le marché international 300 tonnes de yellow cake pour son propre compte : 100 tonnes en 2007 et 200 tonnes en 2008 ;

-  enfin, la société AREVA sera désormais traitée comme les autres sociétés minières qui opèrent ou vont prochainement opérer sur le sol nigérien. 

Aïr Info N°104 (15 oct-15 nov 2009)

Le mea culpa d’AREVA Sanction de

Almoustapha

Alhacen, Président de Aghirman et de la

coordination civile d’Arlit

dimanche 29 novembre 2009

Le 9 octobre 2009, le Président de la Coordination de la Société Civile d’Arlit a écopé d’une sanction de mise à pied par les représentants de Anne Lauvergeon au Niger.

Motif ? Un extrait de la lettre de mise à pieds justifiait : « Dans la période du 15 au 16 juin 2009, vous (Ndlr Almoustapha) avez eu connaissance qu’une équipe de votre service accompagnant le service des mines du Niger avait mené une mission de contrôle dans le ville d’Arlit. Cette mission avait pris les dispositions pour que les objets contaminés (radioactifs), identifiés soient rapidement récupérés en accord avec les dispositions réglementaires. La radio et télévision (Dounia-Niamey) venue à Arlit du 18 au 25 juin 2009 dans le cadre de la couverture d’un match de football a été conduite par vous même (Almoustapha) sur les lieux en question alors que vous aviez eu connaissance du marquage des objets radioactifs dans le cadre de votre activité professionnelle. Ce comportement viole votre devoir de réserve et l’exigence de loyauté qu’exige votre contrat de travail envers votre employeur (AREVA). Au vu de ces manquements, je vous inflige une mise à pied de 3 jours » (signé le représentant à Arlit de Anne Lauvergeon, Présidente d’AREVA)“.

Outre cette sanction, le Président de la Coordination a été muté dans un autre service manu militari.

Cette sanction n’est ni plus ni moins qu’un mea-culpa de cette société qui jure sur tous les toits que son activité au Niger est exempte de tout reproche. Comme l’a écrit et crié Almoustapha Alhacen : “Nous prenons l’opinion nationale et internationale à témoin sur cet aveu d’AREVA qui disperse des ferrailles et objets radioactifs sur le marché public d’Arlit et refuse que quiconque en parle. La ville d’Arlit, le service des mines du Niger d’Arlit, domaines publics sont devenus par la volonté de la puissance d’AREVA et ses valets locaux, un domaine privé.”

Et de poursuivre :” qu’à travers cette sanction, Anne Lauvergeon, Présidente d’AREVA a démontré qu’elle a des choses à cacher dans le cadre de l’exploitation de l’uranium au Niger, notamment dans le domaine de la protection de l’environnement.”

Ce mea-culpa doit interpeller nos décideurs politiques, nos défenseurs des droits de l’homme sur la présence des ces sociétés d’exploitation des matières premières au Niger. A l’instar de la coordination de la Société Civile d’Arlit, il nous faut condamner et rejeter cette lâche sanction prise cinq mois après les faits. “AREVA ne fera pas sa loi au Niger”, plus qu’un slogan c’est une question de survie.

Dogo MAYAKI

Jean-Michel Bezat Le Monde 03-01-2008

Uranium appauvri

dimanche 4 janvier 2009

Il y a un an et demi, quand 1 livre d’uranium s’échangeait 130 dollars sur le marché spot (10 % de la consommation mondiale, le reste étant fixé par contrats), qui aurait cru à une telle baisse ? La livre d’uranium est tombée à 53 dollars (37 euros), selon l’indicateur Ux U3O8 Price. La chute a été suffisamment forte pour décider le groupe nucléaire français AREVA à reporter l’ouverture d’une mine (Midwest) prévue en 2010 au Canada, le prix (extraction, vente) étant un des facteurs rendant la rentabilité du projet « incertaine ».

S’il n’y a pas de cotation officielle, comme pour l’or ou le pétrole, l’uranium connaît d’importantes variations de prix. Il n’a cessé de grimper depuis le début de la décennie, passant de moins de 10 dollars en 2000 à 130 dollars la livre courant 2007. Depuis un an, le marché n’a pratiquement pas cessé de refluer comme ceux de toutes les matières premières.

Sans doute y a-t-il eu un excès de spéculation sur l’uranium. Notamment entre 2005 et 2007, où le prix a été multiplié par trois, emporté par l’euphorie d’une renaissance annoncée du nucléaire dans le monde et les craintes sur un tarissement de l’offre dans les prochaines décennies. La crise économique a assombri les perspectives à court terme, sans compromettre le développement à long terme de l’énergie atomique.

« Les problèmes du côté de l’offre resteront sans doute un facteur important tirant les prix » vers le haut, estimaient les spécialistes de Lehman Brothers trois mois avant la faillite de leur banque.

Jusqu’à présent, le désarmement nucléaire aux Etats-Unis et en Russie a permis de convertir d’importants stocks militaires et de fournir les groupes d’électricité : une partie des centrales américaines fonctionne grâce aux fournitures russes ! Or ces stocks s’épuisent. Et la production des mines ne couvre que 55 % des besoins, qui pourraient augmenter de 18 % d’ici à 2013 et de bien davantage à l’horizon 2030.

Après vingt ans de sous-investissements, la prospection et l’exploitation minières ont repris. La lutte s’annonce sans merci entre les grands groupes de l’industrie nucléaire pour ce minerai relativement abondant qui doit être enrichi en isotope U 235 pour donner le combustible des centrales. Avec de puissants concurrents chinois ou indiens pour les groupes occidentaux, comme l’illustrent les difficiles tractations menées par AREVA avec le Niger.

Jean-Michel BEZAT

Le Sahel-06-01-09 Imouraren : extrait du

conseil des ministres du 5 janvier 2009

mardi 6 janvier 2009

Le Conseil des Ministres s’est réuni, hier, lundi 05 janvier 2009, dans la salle habituelle de délibérations, sous la présidence de Son Excellence Monsieur Mamadou Tandja, Président de la République, Chef de l’Etat, Président du Conseil des Ministres. Après examen des points inscrits à l’ordre du jour, le Conseil a pris les décisions suivantes :

I. AU TITRE DU MINISTERE DES MINES ET DE L’ENERGIE.

Le conseil des ministres a examiné et adopté les projets de textes suivants :
-  Projet de décret fixant les modalités d’application de la loi n°2008-30 du 03 juillet 2008 accordant des avantages dérogatoires pour les investissements des grands projets miniers. Des avantages dérogatoires au Code minier en vigueur ont été accordés par la loi n° 2008-30 du 03 juillet 2008 aux grands projets miniers afin de créer les conditions incitatives concourant à la faisabilité de l’exploitation des gisements concernés. Il s’agit des projets miniers nouveaux et des exploitations minières existantes objet d’extension, de diversification ou de modernisation ayant un impact économique et social positif pour le pays et prévoyant des investissements d’au moins trois cent milliards (300.000.000.000) de francs CFA hors taxe et la création d’au moins huit cents (800) emplois permanents nouveaux pour des nigériens.

Le présent projet de décret vise à fixer les modalités d’application de la loi précitée ; il s’articule autour des points suivants : la procédure de demande d’agrément ; les conditions de l’octroi de l’agrément ; les dispositions fiscales et douanières régissant les bénéficiaires ; les sanctions applicables en cas du non respect des obligations édictées.

-  Projet de décret portant approbation et publication au Journal Officiel de la Convention Minière entre la République du Niger et AREVA NC pour le permis pour Grande Exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren, situé dans le département d’Arlit, Région d’Agadez.

AREVA NC NIGER est une filiale d’AREVA NC, leader mondial du cycle du combustible nucléaire et société de droit français au capital de 100.259.000 Euros, dont le siège est situé à rue de La Fayette, 75009- Paris.

Après deux ans de travaux intenses de recherche, les réserves d’uranium antérieurement connues sur le site d’Imouraren ont été confirmées ; mieux, elles ont été augmentées de 30 %. C’est fort de ces résultats que AREVA NC a déposé le 14 mai 2008 une demande de permis pour Grande Exploitation minière.

Le présent projet de Convention a pour objectifs de définir les conditions générales, juridiques, financières, fiscales, économiques, administratives, douanières, sociales et environnementales dans lesquelles la Société d’Exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren, actuellement en phase de création, mènera ses activités d’exploitation minière.

En vertu de l’article 3 de la présente Convention, l’Etat s’engage à octroyer le permis d’exploitation à la Société d’Exploitation. Préalablement à cette demande, AREVA NC a réalisé une étude de faisabilité technico-économique sur la rentabilité de l’exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren et une Etude d’Impact sur l’Environnement (EIE) de cette exploitation.

La validation de l’EIE, précédée d’une audience publique, a eu lieu à Agadez sous la conduite d’un comité créé à cet effet par le Ministre chargé de l’Environnement. A l’issue du processus, le Certificat n° 3/ME/LCD/BEEEI/08 du 29 juillet 2008 a été délivré à AREVA NC Niger pour la mise en oeuvre du projet d’exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren.

Les négociations menées par l’Etat du Niger avec AREVA NC sur la Convention minière ont abouti aux conclusions suivantes :
-  a) AREVA NC apportera ou donnera accès à la totalité du financement nécessaire aux investissements ;
-  b) l’Etat du Niger détiendra dans le capital social de la Société d’Exploitation une participation de 33,35 % dont 10 % de participation gratuite et 23,35 % à souscrire en numéraire ou en nature à travers la Société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN) ;
-  c) la SOPAMIN enlèvera et commercialisera 33,35 % de la production d’uranium issue de l’exploitation des gisements d’Imouraren ;
-  d) une répartition équilibrée des postes de responsabilité dans la gouvernance de la future Société d’Exploitation entre le Niger et AREVA NC conformément au Pacte d’Actionnaire signé par les deux parties (Etat du Niger et AREVA NC) ;
-  e) un engagement de AREVA NC, à travers ses filiales minières nigériennes à participer avec les autres acteurs industriels du Niger au financement des études des grands projets stratégiques que le Niger entend entreprendre pour son développement économique. Il s’agit de la mise à niveau de SONICHAR, de la remise en état de la RTA et la connexion de la Transsaharienne, du projet Africarail, de la formation professionnelle des nigériens et du développement d’une filière électronucléaire au Niger.

Cet engagement est consigné dans la Lettre d’Intention signée par AREVA NC. L’approbation de la présente Convention permettra aux deux parties d’avancer dans le processus de mise en place des organes et des outils permettant de démarrer les travaux de mise en exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren dont les avantages pour le Niger sont :
-  a) les recettes financières issues de la fiscalité applicable pour un montant de 641 milliards de Francs CFA en Valeur Actualisée Nette à 12 % à travers notamment : la redevance superficiaire annuelle, la redevance minière, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les prestations de service liées au fonctionnement administratif, l’impôt sur les bénéficies, l’impôt sur les revenus dû par les employés nationaux, les impôts et droit de douane sur les importations après les rabattements autorisés par la réglementation, la redevance statistique, la taxe d’apprentissage.
-  b) 33,35 % des dividendes distribués à titre d’actionnaire ;
-  c) la création de 1350 postes d’emplois directs et 3375 postes d’emplois induits pour une masse salariale d’environ 20 milliards de francs CFA ;
-  d) la marge de commercialisation par SOPAMIN des 33,35 % de la production d’uranium ;
-  e) la contribution au développement local des communes dans lesquelles elle conduira ses activités, en participant au financement des infrastructures collectives.

26 septembre 2010
Niger : à Arlit, l’insécurité grandissait depuis plusieurs mois http://www.reporterre.net/spip.php ?article1303 EXCLUSIF : Une lettre d’Almoustapha Alhacen, président d’Aghir In Man, décrit l’atmosphère tendue qui régnait à Arlit depuis quelques temps. En mai, un agent d’AREVA avait été tué par balles.

Le Point.fr – Publié le 11/05/2012 à 11:10 - Modifié le 11/05/2012 à 16:01

L’entreprise devra verser 200 000 euros de dommages et intérêts et une double rente à la veuve d’un homme décédé d’un cancer du poumon.

Une mine d'uranium au Niger (photo d'illustration).
Une mine d’uranium au Niger (photo d’illustration). © Patrick Guyot / Maxppp

Le groupe AREVA a été condamné vendredi après la mort d’un ex-salarié d’une mine d’uranium du groupe français du nucléaire au Niger, décédé en 2009 d’un cancer du poumon, un jugement qui pourrait ouvrir la voie à d’autres poursuites et condamnations.

Serge Venel est mort en juillet 2009 à l’âge de 59 ans. Il avait travaillé de 1978 à 1985 pour une filiale d’AREVA, la Cominak, société de droit nigérien qui exploite des mines d’uranium du groupe à Akokan, au nord-ouest du Niger. Quelques mois avant le décès, en mars, le pneumologue avait dit que la cause du cancer était « l’inhalation de poussières d’uranium », a expliqué sa fille, Peggy Venel, à l’audience en février.

À la barre, l’avocat de la famille Jean-Paul Teissonnière a souligné que la Sécurité Sociale avait « reconnu la maladie professionnelle durant la période de travail au Niger et la Caisse Primaire d’Assurance Maladie a adressé ses conclusions à AREVA, considérant donc qu’AREVA est l’employeur ». Le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale (TASS) de Melun a jugé vendredi qu’AREVA avait commis « une faute inexcusable », en tant que « co-employeur ». La veuve de Serge Venel voit sa rente doubler et touchera la totalité du salaire de la victime, a indiqué Me Teisonnière. L’entreprise de nucléaire a également été condamnée à verser des dommages et intérêts d’un montant dépassant les 200 000 euros.

Contacté, AREVA n’a pas souhaité faire de commentaire. Tout en estimant que « ce n’est pas fini, car AREVA va certainement faire appel, « la fille de la victime a fait part vendredi de son « immense joie ». « On ne s’est pas battus pour rien », s’est-elle félicitée.

« Comme les procès de l’amiante »

« Chez les Nigériens, il y a eu de très nombreuses victimes ; au niveau des expatriés, il y a eu beaucoup de décès », a-t-elle affirmé. « Beaucoup avaient peur d’attaquer AREVA, mais j’espère que les mentalités vont changer. » « Une brèche s’ouvre pour les autres, qui étaient en attente (de ce jugement, ndlr) », a-t-elle dit. Peggy Venel a cité « au moins deux » cas de personnes qui allaient attaquer. « Ca va faire comme les procès de l’amiante », a-t-elle estimé.

« C’était un dossier difficile », a dit Me Teissonnière, avocat qui a déjà mené un long combat aux côtés des victimes de l’amiante. « Juridiquement, AREVA n’était pas l’employeur direct, (…) mais les questions de sécurité et les conditions d’exploitation de la mine sont définies par AREVA », a mis en avant l’avocat. « Le tribunal a dépassé l’apparence pour reconnaître la réalité des relations sociales de l’entreprise », a-t-il estimé. Son client avait un contrat de travail de droit nigérien et ne dépendait pas de la Sécurité Sociale française, a détaillé l’avocat. « Toute la question est la responsabilité de la société mère par rapport à la filiale, et cette question est au coeur de l’actualité avec toutes les délocalisations », a-t-il souligné.

Lors de l’audience, l’avocat d’AREVA, Me Philippe Plichon, avait plaidé « l’irrecevablilité » du dossier. « La faute inexcusable s’exerce contre l’employeur, qui est Cominak« , avait-il affirmé. Les condamnations d’entreprises pour « faute inexcusable » sont fréquentes, notamment dans des affaires liées à l’amiante. Le 3 mai, le TASS de Créteil a par exemple reconnu la « faute inexcusable » commise par Sanofi-Chimie en exposant à l’amiante un ex-salarié de son site de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne.

Le retour de l’extraction d’uranium en Bretagne:

Si le Niger devenait trop dangereux ?

Interview du 20/09/10 21:27 de notre correspondant F. Chauffin QUIMPER/KEMPER

—On connaît Chantal Cuisnier pour son investissement dans les dossiers concernant le démantèlement de la centrale de Brennilis et les anciens sites miniers d’uranium en Bretagne. Elle a récemment, en Autriche, accompagné un Nigérien qui expliquait la situation dramatique que vivent les voisins des mines d’uranium. L’ABP a rencontré cette militante qui va bientôt aller au Ministère à Paris pour parler de la sécurité autour des mines bretonnes.

 Que pensez-vous ce ce qui se passe actuellement au Niger, la prise des otages et l’extraction d’uranium ont-ils un lien ?

- La prise d’otages est en lien avec l’extraction d’uranium car ce sont des salariés d’AREVA et de Vinci travaillant pour la mine d’uranium d’Arlit qui ont été enlevés. C’est ce qu’explique clairement le communiqué de l’Observatoire du Nucléaire du 16 septembre 2010 – Le conflit n’est pas nouveau et dure depuis plusieurs années dans cette zone. Les conflits, attentats liés au nucléaire sont nombreux. Rappelons nous la prise des otages au Liban en lien avec l’usine d’enrichissement Eurodif  de Pierrelatte financée par le Shah d’Iran, les infirmières bulgares libérées grâce à un «troc nucléaire» avec le colonel lybien Khadhafi.  

 Le risque n’est-il pas que l’on rouvre les mines d’uranium bretonnes ?

- Pas dans l’immédiat mais ce n’est pas à exclure car les filons ne sont pas épuisés. Et les zones d’extraction à l’étranger risquent de devenir des zones de conflit surtout dans un contexte où le lobby nucléaire fait le forcing pour le renouvellement du parc nucléaire. De plus, les peuples autochtones (Australie, Canada, Afrique) prennent conscience de l’héritage empoisonné laissé par l’extraction de l’uranium. Le 30 août 2010 à Bâle, lors de la conférence intitulée «Territoires sacrés, peuples empoisonnés», ils ont dit «Stop, laissez l’uranium dans le sol !».  40 ans d’extraction de l’uranium n’ont pas enrichi le Niger qui reste le pays le plus pauvre de la planète, mais a pollué la richesse la plus précieuse pour la population pastorale : les nappes phréatiques et fossiles.  De plus les milliers de tonnes de déchets radioactifs laissés par l’extraction sont balayés par des vents puissants et les particules radioactives respirées par la population.  

Vous avez mené avec la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) et l’association Roz Glas une enquête sur d’anciens sites miniers entre Guilligomarc’h et Pontivy. Quelles sont actuellement les conclusions scientifiques de vos investigations ?

- Dans tous les sites miniers explorés de Bretagne, de grandes anomalies radiamétriques (10 à même 100 fois le niveau naturel) ont été trouvées  notamment sur des sentiers de randonnée, des prés, terrains, parking, etc… contrairement aux discours rassurants  tenus en 2005 par la Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) ou AREVA qui parlait d’ «opération exemplaire» et «de radioactivité comparable à celle que l’on mesure dans la région». Les analyses des prélèvement au laboratoire de la CRIIRAD ont confirmé les mesures et le classement en déchets radioactifs.  Les associations Roz Glas et CRIIRAD ont envoyé une lettre en juin dernier au ministre de l’écologie dénonçant la situation . Depuis, le préfet a pris un arrêté obligeant AREVA à revoir sa copie. Les associations seront reçues au ministère le 6 octobre, et insisteront notamment pour obtenir des garanties en matière de mise en sécurité et décontamination exemplaire de ces anciens sites miniers ainsi qu’un bilan complet de la situation radiologique des cours d’eau qui  les traversent et alimentent les captages notamment de la ville de Lorient.  Pour ceux qui voudraient en savoir plus, contacter l’association Roz Glas au 02 98 53 81 79 ■

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L’industrie nucléaire française procède à un

véritable pillage au Niger

Sophie CHAPELLE

10 / 2009

Depuis 40 ans, la multinationale AREVA puise abondamment dans les ressources d’un des pays les plus pauvres de la planète. Le Niger pourrait demain devenir le deuxième producteur mondial d’uranium. Pourtant, le pays figure à la dernière place de l’indicateur de développement humain. C’est dans cette absence de partage des richesses et sur fond de crise institutionnelle, que se profile une catastrophe sociale, environnementale et économique. Produire ici de l’électricité d’origine nucléaire a pour corollaire, là-bas, contaminations radioactives et désertification.

AREVA, champion français de l’industrie nucléaire, le clame fièrement : sa nouvelle mine d’uranium d’Imouraren, au Niger, sera la plus importante d’Afrique et la deuxième au monde. AREVA répète avoir « fait du développement durable la clé de voûte de sa stratégie industrielle avec la triple ambition d’une croissance rentable, socialement responsable et respectueuse de l’environnement ».

Dans le cadre de cette stratégie, AREVA a organisé le 16 mai dernier à Agadez, dans le nord du Niger, « une audience publique et un atelier de validation de l’étude d’impact environnemental d’Imouraren ».

La multinationale de l’atome se serait-elle reconvertie à un soudain souci de transparence ?

« Un écran de fumée », selon le collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger, au moment où – coïncidence ? – l’état d’exception est décrété sur la région d’Agadez. Dénonçant l’impossibilité de consulter le rapport provisoire, la mise à l’écart du comité Ad-hoc, la réduction du temps imparti à la consultation, le collectif associatif demande de disposer de cette étude d’impact et d’une contre-expertise scientifique indépendante. Il attend toujours.

AREVA, éco-responsable ?

Derrière les grands discours socialement responsables et respectueux de l’environnement se cache une toute autre réalité. Des études indépendantes ont d’ores et déjà été menées. La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) révèle que les eaux distribuées dans la ville minière d’Arlit, où opère AREVA, ne sont pas aux normes de potabilité : d’après les prélèvements de 2004 et 2005, le taux de contamination de ces eaux dépasse de 7 à 110 fois les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé ! Toujours selon la CRIIRAD, des boues radioactives et d’énormes masses de déchets radioactifs, les « stériles », sont stockées à l’air libre. La Société Civile Nigérienne, via l’association Aghir In Man ou le réseau Rotab, ont tenté d’alarmer AREVA et les responsables politiques nigériens sur la question. En vain. A ce jour, rien n’a été fait pour revoir la gestion de ces sites uranifères. Selon le collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger.

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Il n’y a pas que la contamination radioactive qui pose problème. AREVA, et d’autres industries minières, contribuent à la désertification du pays.« L’économie pastorale est en train de disparaître dans le Nord du Niger, région où s’installent les miniers du monde entier. On va vers une catastrophe environnementale et économique », prévient l’hydrogéologue Alain Joseph. L’élevage extensif – principale source de revenus d’un des Etats les plus pauvres de la planète – mené par les Touaregs, les Peulhs et les tribus arabes Kounta dans l’immense plaine de l’Irhazer est fortement remis en cause par l’assèchement des nappes phréatiques d’Agadez (nord du Niger), seule ressource en eau de la région. La cause de leur épuisement ? L’octroi de concessions minières : 139 permis de recherche et d’exploitation ont été vendus en moins d’un an. L’eau des nappes est acheminée vers des mines de charbon qui alimente en électricité les installations d’AREVA à Arlit.

Un comportement prédateur

A Akokan et Arlit, les sociétés Cominak et Somaïr, dont AREVA est l’opérateur, ont déjà épuisé à 70% l’aquifère carbonifère au nord du Tarat, à raison de 22 000 m3/j depuis 38 ans. Ces deux sociétés envisagent d’utiliser un pipeline de 30 km et de déplacer leurs pompages vers l’ouest, dans la nappe des grès d’Agadez. « C’est significatif du comportement prédateur minier : on s’installe, on prend le maximum et après moi, le désert, s’insurge Alain Joseph. Non content d’avoir vidé l’aquifère du Tarat, AREVA s’installe maintenant à Imouraren. Bien d’autres pays, la Chine, le Canada, l’Inde, l’Australie, se ruent sur les ressources du sous-sol nigérien. Nous allons assister à un assèchement rapide de cette nappe. Comment vont vivre les pasteurs si les sources sont épuisées ? Comment vont-ils se déplacer dans un univers qui va être maintenant essentiellement minier ? »

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Côté face : L’uranium nigérien sert à alimenter les centrales nucléaires françaises

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Côté pile : Désertification et absence de partage des richesses au Niger

(Crédit photos : AREVA ne fera pas la loi au Niger)

« Ce que nous voulons c’est l’arrêt de l’exploitation des mines d’uranium. Seul le régime en profite, le peuple nigérien lui ne profite que de la misère et des radiations ». Pour Aghali Mahiya, Touareg du Niger et ancien salarié de la Somaïr, filiale nigérienne d’AREVA, la population ne bénéficie d’aucune retombée économique. Bien que l’exploitation d’Imouraren fasse du Niger le deuxième producteur mondial d’uranium, le pays est encore classé parmi les trois plus pauvres de la planète et figure à la dernière place de l’Indicateur de Développement Humain. De son côté, AREVA a tiré du Niger près de 40 % de sa production d’uranium depuis 40 ans. Sans ce précieux combustible, jamais la multinationale n’aurait pu se développer ni le nucléaire français fonctionner. Pas question, pour autant, de favoriser le développement du pays.

« Le peuple nigérien ne profite que

de la misère et des radiations »

Pour Myrtho, président d’une association au Nord-Niger, le partage des richesses n’existe pas. « J’ai rencontré Issouf ag Maha, le maire de Tchirozerine au Niger. Areva lui a demandé une liste de gens intéressés pour travailler pour AREVA. M. le Maire a fait une liste de 800 personnes avec leur nom, leur adresse… mais à ce jour aucune de ces personnes n’a été embauchée par AREVA. » La multinationale pèse plus de 13 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2008. L’Etat nigérien, lui, voit son produit intérieur brut plafonner à 2,7 milliards d’euros en 2007. Soit cinq fois moins que le groupe dirigé par Anne Lauvergeon (en photo). Comment rivaliser ? Surtout quand, derrière AREVA, on trouve l’Etat français.

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La poursuite de l’exploitation d’uranium au Niger s’établit sur le fond d’« une très grave crise institutionnelle », rappelle Olivier Thimonnier de l’association Survie. En mai dernier, le président Tandja annonce l’organisation d’un référendum en vue d’un changement constitutionnel afin de prolonger son mandat. S’ensuit la dissolution de la Cour Constitutionnelle et de l’Assemblée Nationale qui jugent le projet de référendum inconstitutionnel. En juin, alors que Tandja s’arroge les pleins pouvoirs, le Quai d’Orsay se contente de rappeler « l’importance que la France attache au cadre constitutionnel du Niger, à la préservation de l’acquis démocratique de ce pays et à sa stabilité. » Le référendum est organisé le 4 août, et malgré la forte opposition des syndicats, des partis et d’une partie de la société civile, le Niger finit par adopter une 6e Constitution. Dans l’indifférence presque totale des médias français (1).

AREVA, outil de la Françafrique ?

Le 20 octobre, Tandja organise des élections législatives. Il est isolé sur la scène politique intérieure : l’ensemble de la société civile, des centrales syndicales et son propre parti, divisé, s’y sont opposés. Il est la cible de critiques internationales : gel partiel de la coopération de l’UE avec le Niger, suspension du Niger par la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest, mesures à venir de l’Union Africaine. Seule la France reste silencieuse. « Le 10 août, le Ministère des Affaires Etrangères déclare que la France est attentive à l’élection, qu’elle doit être transparente et démocratique. Ceci valide la réforme de la Constitution par le président Tandja, analyse Olivier Thimonnier. Cette position française est le résultat de la défense d’intérêts économiques clairement liés aux intérêts d’Areva au Niger. Elle s’inscrit dans le prolongement de la politique d’indépendance énergétique de la France lancée par le Général de Gaulle dans les années 60. »

Une indépendance énergétique qualifiée de « parfaitement virtuelle » par Johnny Da Silva du Réseau Sortir du Nucléaire« La France importe 100 % de son uranium pour 80 % de son électricité. C’est sans compter les transports de matières radioactives sur des milliers de kilomètres. » « Quand on nous explique que le nucléaire est une énergie propre, c’est un mensonge à plusieurs niveaux, poursuit le Député Vert Noël Mamère. Ce n’est ni une énergie renouvelable, ni une énergie propre mais bien une énergie sale dans sa contribution à soutenir les réseaux de la Françafrique et les régimes dictatoriaux. » Le Collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger mais demande à toutes les parties impliquées un moratoire sur l’extraction minière. En attendant l’hypothétique appui de ce moratoire par le gouvernement français, les choix énergétiques de ce dernier continuent d’avoir de désastreuses conséquences… loin de nos vertes campagnes.

URANIUM DU NIGER : HOLLANDE SOUTIENT

LA FRANÇAFRIQUE ET LE LOBBY NUCLÉAIRE

Observatoire du nucléaire – Communiqué du 12 juin 2012

 Les ministres écologistes vont-ils

quitter le gouvernement ?

L’Etat de grâce n’aura pas duré longtemps : lundi 11 juin 2012, moins d’un mois après son investiture, François Hollande a bafoué toutes les valeurs de la gauche et de l’écologie.

En effet, recevant le Président du Niger M. Issoufou, le nouveau Président de la République s’est prononcé pour l’exploitation par AREVA, qui plus est avant même la date prévue de 2014, de la mine géante d’uranium Imouraren au Niger (*)

Il s’agit là d’une claire perpétuation des mécanismes de la Françafrique, pour le plus grand profit du lobby nucléaire (AREVA) et au détriment de la démocratie en Afrique. Il est d’ailleurs édifiant de rappeler que le Président Issoufou est un ancien directeur d’une société d’exploitation de l’uranium, la Somaïr, filiale d’AREVA !

Il est nécessaire de rappeler que :

- l’exploitation des mines d’uranium contamine l’environnement et assèche les nappes phréatiques.

- AREVA exploite les travailleurs du Niger et bafoue leurs droits et leur santé.

- la mise en exploitation du gisement d’Imouraren va entraîner le déplacement de populations nomades (Touaregs).

- l’exploitation de l’uranium du Niger depuis 40 ans par la France n’a rien apporté à la population locale qui reste une des plus pauvres du monde.

Le positionnement clair de François Hollande en faveur de la Françafrique et du lobby nucléaire annonce aussi le maintien des forces armées françaises en Afrique, présence néocoloniale dont le but est de « sécuriser » l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium.

Que va faire l’écologiste Pascal Canfin, directement concerné en tant que Ministre Délégué au Développement ?Que va faire la ministre Cécile Duflot, dirigeante d’EELV et donc théoriquement opposée au lobby nucléaire et au néocolonialisme ?

En restant au gouvernement après ce triste 11 juin, les ministres d’EELV cautionneraient la liquidation par M. Hollande des valeurs de la gauche et de l’écologie.

La France envoie des troupes secrètement au

Sahel

Malgré les mises en garde des experts, les militaires français interviennent au Sahel sous le couvert d’une mission de spécialistes de l’Union européenne.

Saisissant l’incapacité de Bamako à contrôler le nord du Mali, devenu une plaque tournante de tous les trafics, la France a envoyé des groupes de militaires d’«élite» dont la mission officielle est d’assister en premier les pays de la région (Niger, Mali et Mauritanie) dans leur lutte contre les groupes terroristes qui infestent la bande sahélo-sahélienne. Ces «experts» ont commencé discrètement à se déployer au Niger début août.

Au total, la mission baptisée Eucap Sahel comptera une cinquantaine d’experts. Sa mission officielle est de former les forces de sécurité locales. Basée à Niamey, la mission aura des officiers de liaison à Bamako et Nouakchott. Ancienne puissance coloniale dans la région, la France semble sous-estimer les dangers encourus dans cette partie de l’Afrique sub-saharienne totalement désertique et aux reliefs très dangereux et accidentés. Mais la France est prête à courir ces risques pour garantir la sécurité de ses mines d’uranium au Niger, lesquelles alimentent ses nombreuses centrales nucléaires, une cinquantaine. Ni l’Union Européenne qui a donné son feu vert pour cette mission ni la France ne parlent de sécurité énergétique. Mais tout le monde l’aura compris.

Actuellement, la société française AREVA exploite deux gisements d’uranium à Arlit et Akokan au Niger et entamera en 2013-20147 – si la situation sécuritaire le permet – l’exploitation de la mine géante d’Imouraren, toujours dans le Grand Nord, qui sera alors la deuxième mine du monde. L’enjeu énergétique est tel que la France n’a pas peur de s’embourber dans les sables mouvants du Sahel. Cette offensive déguisée des Français dans la région, après avoir échoué à faire intervenir l’armée algérienne qui connaît bien ce territoire à haut risque, en dit long sur les visées de cette ancienne puissance coloniale.

Source: Irib et Algériepatriotique

 

transparentlogo MINES D'URANIUM

humanitarian news and analysis

a service of the UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs

NIGER:

Les habitants du désert payent au prix fort

l’exploitation des mines d’uranium

200903307 NIGER
Prospection des mines d’uranium par AREVA, au Canada : même
minéral, autre
contexte

DAKAR, 1 Avril 2009 (IRIN) – Après la visite du président français Nicolas Sarkozy au Niger, à la fin du mois de mars, les habitants de ce pays désertique, exportateur d’uranium, continuent de se demander si AREVA, une société principalement détenue par le gouvernement français, honorera son engagement de protéger les communautés des risques de l’exploitation minière.

Selon plusieurs études, ainsi que les témoignages des habitants, les opérations minières menées et gérées à la fois par les filiales d’AREVA et le gouvernement nigérien comportent des risques sanitaires et environnementaux.

Salifou Adifou, 67 ans, a travaillé pendant 40 ans comme foreur à la SOMAÏR (Société des Mines de l’Aïr), une entreprise publique/privée nigérienne, détenue à 63 pour cent par AREVA.

Aujourd’hui à la retraite, il a expliqué à IRIN qu’il souffrait de problèmes de santé non-diagnostiqués. « J’ai des maux de ventre et des douleurs à la poitrine, mais depuis que j’ai pris ma retraite [en 1999], je n’ai plus les moyens de me soigner ».

Salifou Adifou a également rapporté qu’un de ses amis, qui travaillait comme mineur, était désormais alité. Aucun des deux hommes ne connaît la cause de ses problèmes de santé, a-t-il ajouté M. Adifou.

L’air

La COMINAK (Compagnie Minière d’Akouta), majoritairement détenue par AREVA, a commandé en 2006 une étude environnementale sur les opérations qu’elle mène à Arlit, qui compte 110 000 habitants ; l’étude a révélé que le nombre de décès causés par des infections respiratoires était deux fois plus élevé dans cette ville minière (16 pour cent) que dans le reste du pays.

« Le vent transporte la poussière contaminée au radium, un minéral durable [il lui faut plus de 1 600 ans pour perdre sa toxicité], et au plomb … Les échantillons [ont été] prélevés dans un rayon de cinq kilomètres du site … Les tempêtes de sable [et] les rejets atmosphériques des mines peuvent aggraver les [maladies] pulmonaires dans la région », ont écrit les chercheurs, auteurs de l’Etude Environnementale de la COMINAK.

200808298 NUCLEAIRE
Photo: Phuong Tran/IRIN magnify POLITIQUE
Comment des tempêtes de poussière peuvent être mortelles (photo d’archives)

Dans le rapport publié en janvier 2009 par AREVA sur les activités minières menées au Niger, la société rejette toutefois l’existence d’un lien entre l’exploitation minière et l’augmentation des problèmes de santé. « Ces problèmes sont habituels dans les régions désertiques… ils ne sont pas liés aux activités minières ».

Les dirigeants d’AREVA ont néanmoins consenti à ouvrir des centres de diagnostic médical dans tous les pays où l’entreprise extrait de l’uranium, en commençant par le Gabon, selon l’association SHERPA, un organisme juridique parisien de défense des droits humains. « Il aura fallu deux longues et dures années pour que cette société donne enfin la possibilité à ses travailleurs de se faire entendre », a déclaré à IRIN Yann Queinnec, directeur de l’association.

Les projets sont encore en cours de finalisation, selon M. Queinnec, mais la société s’est mise d’accord sur la formation, dans chaque centre, d’un comité consultatif, au sein duquel seront représentés les travailleurs, les autorités locales, les organismes à but non-lucratif, et AREVA.

M. Queinnec a expliqué qu’il avait fallu plusieurs années « pour élaborer un accord différent des autres accords signés pour la protection des travailleurs », dont les principales clauses n’ont pas été respectées, selon l’avocat.

Le sol 

La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD), sise à Paris, a fait état de « graves défaillances de sécurité », au Niger, dans les sites d’exploitation minière d’AREVA et aux alentours.

En 2007, les chercheurs de la CRIIRAD ont déclaré avoir découvert que les populations locales vendaient de la ferraille contaminée, trouvée sur les sites d’exploitation minière ; ces matériaux servaient ensuite à la construction de logements, ou à la fabrication d’ustensiles de cuisine et d’outils. En 2003, la CRIIRAD a recommandé à AREVA d’identifier les métaux contaminés et de les détruire.

Des déchets radioactifs, qui servent peut-être à la construction de routes, pourraient également être responsables du niveau anormalement élevé de radiation, selon la CRIIRAD. En 2007, les chercheurs de la CRIIRAD ont en effet écrit que le niveau de radiation était pas moins de 100 fois supérieur à la moyenne devant l’hôpital financé par AREVA, et situé à proximité de la mine de la COMINAK.

L’eau 

Les codes d’exploitation minière au Niger
Initiative pour la transparence dans les industries extractives

International Commission on Radiological Protection (en anglais)

Association française pour l’assurance de la qualité

International Atomic Energy Agency (en anglais)

Pour plus d’informations

Aghir In’Man

AREVA au Niger

CRIIRAD

SHERPA

Organisation Mondiale de la Santé (en anglais)

Pour répondre aux critiques selon lesquelles l’exploitation minière contamine les réserves d’eau potable de plus en plus maigres du nord du Niger, AREVA a publié un communiqué, en janvier 2009, affirmant que « les analyses bactériologiques mensuelles, les analyses radiologiques semestrielles, et les analyses chimiques annuelles montrent l’absence de contamination [de l’eau] ».

Mais les études environnementales menées par la CRIIRAD et l’association SHERPA en 2005 dans les communautés minières ont révélé un niveau de radiation de l’eau jusque 110 fois supérieur aux normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur la potabilité de l’eau, dans les zones industrielles, et 10 fois plus élevé dans les zones urbaines.

L’extraction de l’uranium nécessite de l’eau pour nettoyer le site d’exploitation minière, pour traiter le minéral et subvenir aux besoins hydriques des travailleurs et de leurs familles, d’après AREVA.

Les éleveurs ont également accusé AREVA d’épuiser les réserves d’eau de la région.

Selon les calculs d’AREVA, la société a pompé 270 millions de mètres cubes d’eau souterraine au cours des 40 dernières années dans ses deux mines, à Arlit ; sur ce volume, 35 pour cent ont été utilisés dans le cadre des activités minières, et le reste a permis de subvenir aux besoins de la ville.

Yves Dufour, porte-parole d’AREVA, a déclaré récemment aux médias français que les besoins hydriques futurs d’AREVA à Imouraren, à 80 kilomètres au sud d’Arlit, ne représenteraient qu’une petite partie des huit milliards de mètres cubes d’eau souterraine que renferme cette région désertique. AREVA investit à l’heure actuelle 1,5 milliard de dollars à Imouraren, dans ce qui devrait être la plus grande mine d’uranium du pays.

Selon les estimations des hydrologues, il faudra peut-être compter environ 200 ans pour que les sources d’eaux souterraines pluviales (comme l’aquifère exploité par AREVA à 150 mètres de profondeur dans le désert) se reconstituent.

La responsabilité de l’entreprise 

Bien que le gouvernement nigérien détienne un tiers des mines d’uranium, Almoustapha Alhacen, directeur d’Aghir In’Man, une organisation non-gouvernementale (ONG) sise à Arlit, a déclaré à IRIN qu’il jugeait AREVA entièrement responsable des problèmes sanitaires et environnementaux observés dans le nord. « AREVA est [aussi] implantée au Canada, mais est-ce qu’elle y exploite l’uranium aussi sauvagement qu’elle le fait ici ? Est-ce que le bétail canadien a été décimé, lui aussi ? »

Les éleveurs imputent la mort d’un certain nombre de bêtes à la contamination des puits où s’abreuve le bétail.

AREVA a extrait environ 3 200 tonnes d’uranium dans le nord du Canada en 2007, soit un peu plus qu’au Niger pendant la même période. Au cours d’une enquête publiée en mai 2007 et menée auprès de 1 000 personnes habitant à proximité des sites où AREVA mène ses opérations d’exploitation de l’uranium, au Canada, 80 pour cent des sondés avaient pourtant déclaré soutenir la prospection des mines d’uranium.

Alun Richards, porte-parole d’AREVA Resources Canada, a déclaré à IRIN que sa société louait chaque jour des charters pour transporter 350 employés de leur domicile dans la région nord, reculée, du pays, au site d’exploitation minière, situé dans la province de Saskatchewan, expliquant que ces travailleurs, des nomades pour la plupart, avaient « besoin d’être près de leurs réseaux familiaux élargis ».

La mine canadienne verse également 80 000 dollars par an aux communautés locales pour leur permettre de mener leurs propres études d’impact environnemental. « Les gens ne lisent pas les études. Ils font plus confiance aux résultats si ce sont eux qui analysent leur propre nourriture et l’eau des rivières où ils vont pêcher », a indiqué M. Richards.

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Photo: Phuong Tran/IRIN magnify uranium
Les rebelles du désert exigent davantage de royalties sur l’exploitation de l’uranium (photo d’archives)
En outre, les mines canadiennes sont « strictement réglementées » par une trentaine d’organismes publics, des pêcheries à la sécurité nucléaire, a-t-il ajouté.

La moitié des employés sont issus de la communauté locale, selon M. Richards. « Il est tout aussi important pour nous d’honorer nos obligations sociales et de préserver notre réputation au sein de la communauté que de nous conformer à la réglementation environnementale et sanitaire », a-t-il indiqué.

Bien qu’AREVA France investisse un million de dollars par an dans le développement communautaire dans le nord du Niger, selon les registres de la société, M. Alhacen, directeur d’ONG, a expliqué que la plupart des membres des communautés minières avaient une opinion « généralement négative » sur l’industrie.

A la question « pourquoi une entreprise privée associée au gouvernement nigérien devrait être la principale responsable du développement des communautés ? », M. Alhacen a répondu que les multinationales qui opèrent en Afrique devaient reconnaître leur part de responsabilité.

Les conditions de vie des populations du Niger, mesurées selon des critères de santé, d’éducation et de revenus, comptent parmi les plus difficiles du monde, d’après les Nations Unies.

AREVA France a indiqué que son approche ne consistait pas à faire « œuvre de charité », mais à faire participer les populations locales à la gestion des projets et à collaborer davantage avec les bailleurs.

D’après M. Alhacen, les dommages causés par l’exploitation minière sont bien plus importants que les avantages qu’en tire le Niger. « AREVA [France] fait savoir qu’elle prend en charge financièrement, chaque année, 200 000 visites médicales. Nous ne voyons pas cela ici. Et quand bien même, cela revient à admettre que des dizaines de milliers de personnes tombent malades chaque année », a fait remarquer M. Alhacen.

La responsabilité de l’Etat 

Depuis juin 2007, le gouvernement nigérien a déclaré l’état d’alerte dans plus de la moitié du pays, après la reprise, en février 2007, d’une rébellion qui dure depuis plusieurs décennies. Des centaines de personnes ont trouvé la mort et plusieurs milliers d’habitants ont été déplacés par les affrontements, ces deux dernières années.

Les rebelles qui ont pris d’assaut les postes militaires et les usines d’eau et d’électricité qui permettent à AREVA de mener ses opérations exigent qu’une plus grande partie des profits tirés de l’exploitation minière soit réinvestie dans le développement des communautés ; ils réclament également une meilleure protection contre les dangers de l’exploitation minière. Ils ont en outre accusé le gouvernement de fermer les yeux, en échange de redevances minières, sur le non-respect de la réglementation environnementale dont se rendrait coupable AREVA, disent-ils.

Pour sa part, le gouvernement n’accorde aucun crédit à la rébellion, qui sert de couverture, estime-t-il, à la contrebande.

« Le gouvernement a fait tout ce qu’il pouvait pour protéger les populations locales des pratiques minières préjudiciables. Nous ne fermons pas les yeux juste pour le profit », a déclaré à IRIN Mohamed Ben Omar, ministre de l’Information. « Nous avons ratifié toutes les conventions internationales pertinentes [dans le domaine de l’exploitation minière] et pris toutes les mesures de contrôle nécessaires ».

Aghaly Ag Alambo, le chef du front rebelle qui a lancé l’attaque de février 2007, a toutefois déclaré à IRIN que les communautés minières n’étaient toujours pas en sécurité. « AREVA n’est pas le principal problème. Ce n’est pas à AREVA de subvenir aux besoins des Nigériens. C’est le gouvernement qui a failli à son devoir envers son peuple ».

Une tribune à l’Assemblée pour AREVA

Mediapart du 26 mars 2008, par Mathilde MATHIEU

A l’Assemblée Nationale, alors que les Verts organisaient mardi 25 mars une conférence de presse pour dénoncer les conditions d’exploitation des mines d’uranium au Niger par l’entreprise AREVA ( « spoliation des terres », « contamination de l’air et des ressources en eau », etc.), le président du groupe d‘Amitié Parlementaire France-Niger, le député centriste Marc Vampa, a offert une tribune au spécialiste hexagonal du nucléaire. Pour contrer l’opération concoctée par l’écologiste Noël Mamère, Marc Vampa avait réservé un bureau mitoyen. Ordre du jour, d’après l’agenda officiel: « l’audition des dirigeants du groupe AREVA ». En fait, il a d’emblée offert la parole au porte-parole de la société, qualifiée de « partenaire durable du Niger ». A ses côtés, deux députés seulement, sur une trentaine de membres inscrits au groupe : Michel Terrot (UMP), « avocat soucieux du principe du contradictoire », ayant toujours « préféré qu’AREVA fasse des affaires là-bas plutôt que ses concurrents indiens ou chinois » ; et Françoise Banget (UMP), attrapée quelques secondes plus tôt dans les couloirs, muette…
« L’audition » a duré une heure, sans une question de la part des élus. L’entreprise a pu dérouler son argumentaire, déployer les chiffres de ses investissements humanitaires (écoles pour enfants nomades, hôpitaux, etc.). De l’autre côté du mur, des représentants d’ONG internationales et des rebelles touaregs (le Mouvement des Nigériens pour la Justice) demandaient un moratoire et lançaient une pétition intitulée: « AREVA ne fera pas la loi au Niger »…
Quelques minutes avant la fin, Noël Mamère a fait irruption, côté parlementaires: « AREVA se comporte en vautour; le nouveau contrat d’exploitation, tout juste signé avec le gouvernement nigérien, ne prévoit pas de véritables contreparties sociales ni garanties environnementales. Je m’étonne par ailleurs de n’avoir pas reçu d’invitation à cette audition, alors que je suis membre du groupe! ».
A la sortie, Michel Terrot s’indignait: « Ce qui est choquant, c’est qu’un député puisse inviter, dans l’enceinte même de la représentation nationale, des porte-voix d’un groupe rebelle armé ». Et d’accuser son collègue Mamère de « complicité »…

Des élus Touaregs interpellent AREVA

27 mar 2008 :: Revue de presse

Extrait de l’Humanité, édition du 26 mars 2008

Niger :

Des organisations ont dénoncé hier les conditions dans lesquelles la compagnie française exploite plusieurs mines d’uranium.

« Nous sommes venus porter le message d’une population en détresse », a résumé Issouf Ag Maha, maire de Tchirozérine, dans le nord du Niger. À l’occasion d’une conférence de presse organisée hier à l’Assemblée Nationale par un collectif d’associations, plusieurs intervenants ont rappelé les difficultés causées dans cette région par quarante ans d’expoitation de l’uranium par la compagnie AREVA.

Selon l’hydrogéologue Alain Joseph, qui évoque, « une très grande négligence dans le traitement des eaux usées », les ressources en eau ont été affectées par la présence de nitrates et de phosphates. Au niveau quantitatif, les deux tiers d’une des deux réserves d’eau ont déjà été vidés et l’autre est menacé d’être utilisé par les industriels. « Dans cette zone, les populations ne sont que des victimes, exclues des bénéfices des richesses exploitées », a estimé Rhissa Feltou, conseiller municipal d’Agadez.

Le contexte international, marqué par le recherche d’énergies alternatives au pétrole, risque d’agraver cette situation. Désormais, AREVA n’est plus seul. Indiens, Sud-Africains, Canadiens et surtout Chinois sont entrés dans la compétition pour le précieux minerai. Cette perte de monopole, dans un contexte de hausse mondiale des cours de l’uranium, est une des raisons qui a contraint la compagnie française, après des mois de tensions, à augmenter en janvier ses tarifs de 50 %.

En échange, AREVA avait gagné le droit d’exploiter le site prometteur d’Imouraren. Elle ajoutait ainsi son nom à une liste de plus de 130 permis de recherche et d’exploitation vendus depuis un an par le gouvernement nigérien, selon le chiffre d’Issouf Ag Maha , qui constate qu’en superposant leur superficie « il n’y a plus de place pour les populations ».

Ce contexte est encore aggravé par la guerre que mène le gouvernement nigérien contre le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), rébellion qui revendique notamment pour le nord du Niger une part plus importante des revenus tirés de l’uranium. Depuis l’apparition, début 2007, de ce mouvement, le pouvoir a refusé de négocier, optant pour un conflit dont les civils sont les principales victimes. Un choix stratégique dont certains pensent qu’il n’est pas sans liens avec la volonté de garder le contrôle des concessions d’uranium à distribuer.

Le Niger en terrain miné :

Paris, le 11 mars 2008 

Une véritable catastrophe sociale et environnementale s’annonce pour les autochtones de la région d’Agadez, où les territoires sont sacrifiés sur l’autel du profit et au mépris des droits humains les plus fondamentaux.

L’exploitation de l’uranium au Niger est synonyme de pollutions multiples, d’expulsion des populations de leurs territoires ancestraux, d’épuisement extraordinairement rapide et irréversible des nappes d’eau…

Mi-janvier, Anne Lauvergeon est rentrée du Niger se targuant de la « signature d’un accord de partenariat gagnant-gagnant et solidaire » : mais qu’en sera-t-il réellement alors qu’aucune étude d’impact sérieuse n’a été réalisée, ni même envisagée ? Alors que les permis de recherches et d’exploitations minières ont été octroyés dans l’opacité et sans concertation avec les populations locales ?

A l’heure où la voie du dialogue semble s’ouvrir aux rebelles du MNJ, où une journée de soutien au journaliste Moussa Kaka est organisée et largement médiatisée en France, les problèmes de fond qui sous-tendent les fortes tensions que subit le Nord Niger doivent être mis en lumière et dénoncés, en France notamment, car la France est non seulement responsable mais aussi coupable au travers de sa multinationale AREVA.

Un peuple pillé, une région menacée

Depuis plusieurs mois, une rébellion, composée essentiellement de Touaregs du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), a démarré dans le nord du Niger, en réaction à un gigantesque projet minier conduit, notamment, par le groupe français AREVA.

La vaste région du nord du Niger détient d’importantes mines d’uranium, dont deux sont exploitées, depuis 40 ans, par AREVA. 
La rébellion d’aujourd’hui a démarré suite à l’octroi de 122 permis de recherche et d’exploitation de l’uranium dans une zone de transit crucial pour les Touaregs (voir la carte ci-jointe). Cette zone, immense comme deux fois l’Auvergne, est maintenant défendue par l’armée nigérienne qui protège les intérêts d’AREVA, principal bénéficiaire des permis d’exploitation. Elle recouvre une immense nappe aquifère souterraine fossile, donc non renouvelable, et des zones humides écologiquement très fragiles, indispensables à la survie des populations agro-pastorales autochtones.

État d’exception

Avec l’assentiment tacite de la France, le président du Niger, Mamadou Tandja, refuse de négocier avec le MJN et a donné les pleins pouvoirs à l’armée nigérienne sur la région d’Agadez. L’état d’exception y a été décrété, avec son cortège d’exécutions sommaires ciblées, d’arrestations arbitraires, de destruction des moyens de subsistance des nomades (cheptel abattu, activités agricoles rendues impossibles, approvisionnements restreints…), de déplacements de populations, d’interdiction d’ONG, de contrôle des radios et de la presse.

L’ampleur de la répression laisse, en réalité, peu de choix aux populations, essentiellement touaregs dans cette partie du Niger. Même les plus modérés sont amenés à prendre les armes pour assurer la survie de leur communauté de plus de 400 000 membres. Ainsi, le ralliement d’Issouf Ag Maha, maire d’une commune dans laquelle il a initié des projets d’agriculture biologique, intellectuel reconnu et réputé jusqu’ici comme pacifiste, est un coup dur pour le pouvoir, car il montre que les rebelles sont bien autre chose que des « bandits armés » ou une « bande de trafiquants » comme le prétend le pouvoir.

La situation des droits humains est extrêmement préoccupante au nord du Niger, et il faut qu’une mobilisation la plus large possible se mette en place pour faire cesser la répression féroce, en particulier les exécutions sommaires et les nombreuses arrestations arbitraires attestées par Amnesty International et Human Rights Watch. L’épisode de l’arrestation de deux journalistes français, qui ont cherché à entrer en contact avec le MNJ, en dit long sur la volonté d’opacité du gouvernement qui cherche à camoufler ses exactions. Moins médiatisé, l’emprisonnement du journaliste correspondant de Radio France internationale, Moussa Kaka, en prison au Niger depuis six mois pour avoir eu, dans le cadre de son travail, des contacts avec la rébellion touareg, a fait l’objet d’un nouvel appel de Reporters sans frontières.

Le gouvernement français, s’il souhaitait réellement rompre avec le système de la « Françafrique », aurait  déjà dû interrompre son aide logistique au gouvernement nigérien. Une convention avec le Niger lui permet, en effet, l’envoi de matériel et de « conseillers ».

Force est de constater, une nouvelle fois, que le lobby international du nucléaire s’accommode mal de la démocratie. Tous les projets nucléaires récents se développent dans des pays qui bafouent autant les droits de l’homme que l’environnement : la Chine, la Libye (avec les ventes d’EPR), et maintenant ce projet minier pharaonique au nord du Niger qui risque de transformer une fragile et précieuse région en une vaste poubelle nucléaire.

Naissance d’un collectif

Un collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » a été créé.

Il est déjà soutenu par Attac, le Cedetim, le Collectif Tchinaghen1, la LCR, les Verts, le réseau Sortir du nucléaire, Sud-énergie, Survie, Via campesina. Ses revendications s’articulent autour de deux axes. D’abord, l’arrêt de la répression, le respect des droits humains et une action en faveur d’un retour rapide à la paix. Ensuite, un moratoire sur tous les nouveaux projets miniers, tant que tous les problèmes liés à ce type d’exploitation n’auront pas été résolus (expertises et contrôles sanitaires, études d’impact sur l’eau, dépollution  des  sites  déjà  ex­ploités, gestion de l’après-mine, etc.).

Dette financière et écologique

Ce collectif espère s’élargir à de nombreux autres soutiens, dans une perspective de solidarité internationale pour le respect des droits des peuples autochtones et des travailleurs. Un appel spécifique en direction des confédérations syndicales est prévu, à l’initiative des militants du syndicat Sud-énergie. Les différentes actions prévues (expositions photo, tournées dans les sites français d’extraction, brochures et affiches, projections…) s’inscrivent dans une logique de mise en cause d’AREVA par un procès citoyen.

La question de l’extraction de l’uranium est une épine dans le pied du lobby nucléaire, épine que nous comptons bien enfoncer le plus profondément possible. La question du partage des richesses se pose de façon criante au Niger : « Dans cette zone, les populations ne sont que des victimes, exclues des bénéfices des richesses exploitées », a estimé Rhissa Feltou, conseiller municipal d’Agadez, lors de la conférence du 25 mars à l’Assemblée Nationale française (lire encadré). Après quarante ans d’exploitation de l’uranium par AREVA, payé à un prix très inférieur à celui du cours mondial, les Nigériens sont toujours aussi pauvres. Le pays est parmi les plus pauvres du monde, alors qu’Areva distribue ses milliards d’euros de profit à ses actionnaires. Payer quarante ans l’uranium à un prix nettement inférieur au prix du marché est un vol manifeste, même selon les critères capitalistes. AREVA – et donc l’État français qui en est l’actionnaire majoritaire – a véritablement spolié le peuple nigérien. Et ce n’est pas la légère revalorisation, intervenue en 2007, qui améliorera les choses, car un véritable système de récupération de la manne de l’uranium semble s’être mis en place, dans l’entourage du président nigérien. À la dette écologique, liée aux dégâts de l’extraction, s’ajoute donc une dette financière d’AREVA envers le peuple nigérien. Au-delà du nécessaire partage immédiat des richesses, il est aussi important de souligner, pour répondre à Areva qui prétend apporter le « progrès » au Niger, qu’un autre développement serait possible. Les trois milliards d’euros qu’AREVA compte investir pour éventrer le Niger et souiller ses nappes phréatiques pourraient, par exemple, servir à lancer une véritable industrie de production de panneaux solaires, laquelle permettrait de concilier développement économique, environnement et accès à l’énergie. À titre d’exemple, le projet alternatif à l’EPR en France, présenté par le réseau Sortir du nucléaire, montrait qu’avec un somme à peu près équivalente (un peu plus de trois milliards d’euros), il était possible de créer plus de dix mille emplois pérennes, soit six fois plus que ce qui est prévu par AREVA.

Il s’agit donc de la sauvegarde d’un peuple dont les fragiles conditions de survie sont mises en péril par AREVA, symbole du pillage impérialiste à la française. Imposons l’arrêt de ce pillage, en commençant par exiger le paiement de l’uranium à un prix correspondant au prix du cours mondial et en demandant la création d’un fonds de dédommagement des préjudices causés. Il faut, de plus et surtout, s’opposer à ce qu’AREVA commence un nouveau projet avant d’avoir réparé les immenses dégâts qu’elle a créés, notamment dans la région d’Arlit (lire encadré). La LCR engage toute son énergie, dans le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger », pour que le peuple nigérien, en particulier les Touaregs du nord du Niger, ait un autre avenir que l’horizon radioactif qu’Areva lui prépare.

La région d’Arlit

Depuis près de quarante ans, AREVA, via deux filiales, exploite, près d’Arlit, à 150 kilomètres d’Agadez, une gigantesque mine à ciel ouvert. Au fur et à mesure que les mines d’uranium en France ont été fermées, le chantier d’Arlit a grossi. Les poussières radioactives, issues des montagnes de résidus, plongent la ville dans une atmosphère suffocante, provoquant la contamination des eaux et la destruction de la faune et de la flore à des dizaines de kilomètres autour des mines. Des ferrailles contaminées sont abandonnées. En 2003, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD), lors d’une mission au Niger, et malgré la confiscation de son matériel, a pu observer une contamination radioactive généralisée dans l’air et l’eau, ainsi que sur les ferrailles récupérées par les habitants1. L’épuisement d’une des deux grandes nappes phréatique de la région, à hauteur de 70 %, est également préoccupant. À moyen terme, son irréversibilité est prévisible, ce qui rendra la vie purement et simplement impossible dans cette région. Il y a, de plus, de nombreuses pollutions annexes, essentiellement dues aux activités périphériques comme celles des carrières de charbon et des centrales thermiques. L’hôpital qui effectue les diagnostics étant géré par AREVA, il n’y a aucun moyen de connaître réellement l’impact sur la santé des populations et des travailleurs. Mais le pire est à craindre.

1. Voir www.criirad.org/actualites/dossiers2005/niger/somniger.html

Une conférence qui dérange

Le 25 mars, s’est tenue une conférence de presse à l’Assemblée Nationale française, afin d’attirer l’attention de l’opinion sur la dramatique situation humanitaire du Niger et pour marquer le lancement de la campagne du Collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger ». Deux élus touaregs de la région d’Agadez, Issouf Maha et Rhissa Feltou, ont témoigné de la gravité de la situation. Les populations civiles du nord du Niger subissent les affres d’une guerre menée par le gouvernement et destinée à protéger les intérêts des entreprises minières. L’objectif de la conférence était de porter la situation au nord du Niger au cœur du débat sur les exploitations minières des grandes puissances dans les pays du Sud, et d’interpeller la France qui, à travers AREVA, exploite l’uranium nigérien depuis 40 ans, fermant les yeux sur les conséquences désastreuses de cette industrie. Pour faire diversion, une réunion ouverte à la presse était organisée, au même moment, dans un bureau voisin, par le groupe parlementaire d’« Amitié France-Niger ». Au moins une journaliste, pensant venir à notre initiative, s’est retrouvée face à la propagande d’AREVA qui avait posté un de ses cerbères à l’entrée pour contrôler l’accès de la salle. Autre « coïncidence », le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, Stéphane Lhomme, était convoqué, le même jour, dans les locaux de la DST concernant l’affaire, qu’on croyait oubliée, de la vulnérabilité de l’EPR.

Laurent GROUET

Notes:

1. www.tchinaghen.org

2. Voir la brochure (PDF) « Un courant alternatif pour le Grand Ouest »

2247-niger

Colonialisme nucléaire et spoliation des terres

agropastorales touarègues au Niger (d’après

DAO collectif de Tchinaghen)

Bakchich Info publie des documents

compromettants…

7 mai 2007 : Documents

Voir cet article d’Ignacio Manga : AREVA fait rêver le Niger, accompagné de documents compromettants pour le géant du nucléaire :

Courriers Officiels : Où l’on découvre qu’AREVA et ses filiales ne respectent pas toujours les délais pour dépolluer une route pleine de ses petits déchets radioactifs.

Courriers internes : À neuf mois d’écart, le laboratoire d’analyse missionné par la COGEMA alerte son client du non-respect des critères de potabilité de l’eau qu’elle distribue à Arlit.

Résultats d’analyses : Où l’on découvre que les limites admissibles de l’Organisation Mondiale de la Santé quant à l’eau sont tout bonnement explosées à Arlit. Et les seuils d’arrêt de la distribution d’eau, soit 0,1Bq/l en indice alpha total, près de quarante fois dépassés. La station de surpression ZI affiche même un indice de 4,25…

La Télé Libre : LE CONFLIT DU NIGER S’INVITE

A L’ASSEMBLÉE

5 avr 2008 : Video – Audio

Le 25 mars 2008, Noël Mamère invitait des représentants Touaregs du Niger à l’Assemblée Nationale, pour dénoncer les conditions d’exploitation de l’uranium par AREVA dans leur région. Dans le bureau d’à côté, un député UMP tenait une autre conférence de presse, cette fois avec des responsables d’AREVA, dont le propos était sensiblement différent…

Mardi 25 mars, jour de rentrée parlementaire, des hommes du désert traversent les couloirs de l’Assemblée. Ils se rendent au bureau numéro 5, où se tient une conférence de presse intitulée « AREVA ne fera pas la loi au Niger ! ».

A l’initiative de la rencontre, le député Vert Noël Mamère, solidaire du combat de la rébellion Touareg contre le pouvoir nigérien, qui sous prétexte de sécurité a interdit l’accès de la région à la presse et aux observateurs étrangers, mais pas aux compagnies minières.

Au micro, élus Touaregs, chercheurs et militants associatifs se succèdent pour dénoncer le scandale de l’extraction de l’uranium dans la région, qui menace l’environnement, épuise les réserves en eau, et soutient le pouvoir en place, au détriment des populations locales.

Une porte plus loin, des représentants d’AREVA et des parlementaires UMP vantent les mérites de ce « fleuron de l’industrie française », et affirment leur soutien au régime nigérien. Michel Terrot, l’organisateur de cette contre-conférence de presse, est député UMP du Rhône, et membre du groupe d’Amitié France Niger.

Françafrique disiez vous ?

Joseph Hirsch
Caméraman : Yann Kaim
Montage : Sylvain Huillier

Impact de l’exploitation de l’uranium par les filiales de COGEMA-AREVA au NIGER - Note CRIIRAD (pdf, avril 2005)

Rapport d’enquête SHERPA (pdf)

Mission préliminaire CRIIRAD / SHERPA au Niger - décembre 2003 :

Compte rendu de mission CRIIRAD (pdf avec photos)

Complément photographique de la mission CRIIRAD (html)

Compte rendu de mission SHERPA (word, décembre 2003)

Une région pillée, un peuple sacrifié !

16 mai 2008 : Communiqués du Collectif

Communiqué unitaire du 23 mars 2008

Depuis 40 ans, la Société Française AREVA, leader mondial du nucléaire civil, tire près de 40% de sa production d’uranium du Nord Niger, pays encore classé à ce jour parmi les 3 plus pauvres de la planète. En 2007, AREVA perd son monopole et l’Etat nigérien reçoit des demandes de permis de sociétés nord-américaines, australiennes, asiatiques et sud-africaines. Bien qu’Azelik, future grande exploitation, ait été accordé aux Chinois via la société Sino-U (CNUC), AREVA a tout de même récemment obtenu l’autorisation d’exploiter l’énorme site d’Imouraren avec lequel le Niger devrait devenir le 2ème producteur mondial.

Les 40 années d’exploitation minière de COGEMA/AREVA, à Arlit et Akokan, ont eu pour premières conséquences :

  • La spoliation des terres agro-pastorales autour des deux sites, situés dans la région d’Agadez.
  • Des bénéfices énormes réalisés par AREVA sans retombées pour les populations : un véritable partenariat « gagnant-perdant » !
  • La destruction de la faune et de la flore aux alentours des mines.
  • La contamination de l’air par des poussières et des gaz radioactifs.
  • La contamination radiologique des ressources en eau.
  • L’épuisement d’une des deux grandes nappes fossiles (Tarat), à hauteur de 2/3 de ses réserves et, à moyen terme, le tarissement irréversible de la seconde nappe, avec le dénoyage de la partie ouest de l’aquifère (grès d’Agadez) en 40 ans.
  • Des pollutions annexes innombrables, essentiellement dues aux activités périphériques.

La très forte demande en énergie des pays émergents a considérablement favorisé l’intérêt nouveau pour le nucléaire, énergie dite « propre », ce qui a eu pour conséquence une fulgurante ascension du prix de ce minerai. Une manne inespérée… les autorités nigériennes annoncent dès 2007 le triplement de la production pour les années à venir.

niger-irrad.gif139 permis de recherche et d’exploitation ont été vendus en moins d’un an et de nombreux permis en demande seront bientôt accordés. Ces permis, qui englobent la majeure partie des territoires des populations de la région d’Agadez (plus de 85.000 km²) sont octroyés dans l’opacité et sans aucune concertation préalable.%%

A ce jour, les autorités nigériennes se refusent toujours à tout dialogue avec les populations autochtones, et ce malgré l’émergence récente d’un nouveau mouvement de rébellion condamnant sans détours cet état de fait.

Interdisant tout acte de résistance, le Niger – tacitement soutenu par l’Etat français, au travers de sa « filiale » AREVA organise, une vaste campagne de discrimination avec l’objectif à peine voilé de vider la région de ses habitants, facilitant ainsi l’aboutissement de ses relations commerciales.

Les pleins pouvoirs sont ainsi donnés à l’armée nigérienne, l’état d’exception est décrété pour la région d’Agadez :

  • Exécutions sommaires ciblées et arrestations arbitraires.
  • Destruction des moyens de subsistance des nomades (cheptel abattu, activités agricoles rendues impossibles, approvisionnements restreints, etc.).
  • Populations déplacées.
  • ONG interdites, radios et presse muselés.

areva.jpgÀ l’heure même où la notion de développement durable, admise par tant d’Occidentaux, est plus que jamais d’actualité, il serait souhaitable que les grands groupes industriels du Nord qui sans cesse communiquent sur le bien-fondé des énergies « propres » aient la décence de reconnaître que l’énergie nucléaire n’est pas si propre que cela.

Que le développement durable est à considérer dans sa globalité et non dans sa finalité.
Qu’il est absolument hypocrite de nous vendre, à nous Occidentaux, une énergie prétendue sans taches, sans effets, sans conséquences, alors que loin de nous des populations, aux conditions de vie déjà très précaires, souffrent et meurent d’un environnement vicié, d’une spoliation de leurs territoires d’attache ?

Le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger »

Conscient de la catastrophe annoncée, le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » mène une campagne visant à mettre la société AREVA, la France, l’Union Européenne et la Communauté Internationale face à leurs responsabilités.

Il s’agit de dénoncer les conséquences désastreuses de nos choix énergétiques ici et de soutenir ceux qui en paient le prix là-bas.

Réseau de solidarité et d’action, le collectif soutient, au travers de leurs représentants réfugiés en France, les populations concernées dans leur lutte pour la reconnaissance de leurs droits, de leur dignité et de leurs libertés fondamentales.

Le collectif dénonce la complicité de la communauté internationale et particulièrement de la France qui, de connivence avec le Président Tandja :

  • Passent sous silence la réalité et la gravité du conflit.
  • Cautionnent le comportement irresponsable et irrespectueux des sociétés minières.
  • Affament et tuent en vertu de la concurrence et du profit.

C’est tout un peuple, chassé de ses terres, privé de ses activités traditionnelles, de ses ressources en eau, qui est menacé de disparaître face aux enjeux géostratégiques et politiques mondiaux.

=> Revendications du collectif

AREVA profite de l’état d’urgence au Nord du

Niger pour valider son énorme projet minier

d’Imouraren

27 mai 2008 : Communiqués du Collectif

Le vendredi 16 mai, AREVA a organisé à Agadez, au Nord du Niger une « audience publique et un atelier de validation de l’étude d’impact environnemental » de son nouveau projet minier : Imouraren (4 000 tonnes par an en 2012).

Suite au déclenchement d’une rébellion armée en 2007, l’état d’exception est décrété sur la région d’Agadez. Tous les pouvoirs sont donnés à l’armée : exécutions sommaires ciblées, arrestations arbitraires, destruction des moyens de subsistance des nomades, populations déplacées, ONG interdites, radios et presse muselées, sont le lot quotidien des habitants de la région… Cette « audience » est un écran de fumée. AREVA profite de cette situation : qui osera, dans un tel contexte, venir exprimer son désaccord avec le projet du géant nucléaire qui agit en toute impunité avec la bénédiction du pouvoir central nigérien !?

Des manœuvres sournoises ont été opérées pour limiter la participation de certaines structures dans la tenue et la conduite des audiences. En effet, le Comité Ad-hoc, pourtant missionné en 2006 par le ministère de l’Hydraulique, de l’Environnement, a été mis à l’écart par un arrêté du ministère des Mines et de l’Energie du Niger pris en avril 2008, ce qui est certainement le résultat d’arrangements avec le géant nucléaire français. De plus, le volumineux rapport provisoire de l’étude d’impact environnemental du projet d’Areva est volontairement rendu inaccessible. La majorité des participants à cet atelier n’ont pas eu accès à ce dernier, puis le temps imparti pour sa consultation a été sciemment réduit. Enfin, il n’y a eu aucune contre-expertise scientifique indépendante permettant aux participants d’opérer un choix ou d’émettre des avis conséquents sur un projet aussi énorme.

Des milliers d’éleveurs, maraichers, artisans, acteurs économiques sont directement menacés par la future mine d’AREVA : spoliation des terres agro-pastorales, destruction de la faune et de la flore, contamination de l’air, contamination radiologique, épuisement et pollution de la nappe phréatique, pollutions annexes innombrables et destruction irrémédiable du tissu socio économique… Les populations autochtones et les ouvriers subissent déjà depuis 40 ans les conséquences désastreuses des activités minières de la société à Arlit et Akokan.

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Action menée devant le siège d’Areva à Paris le 27 mai 2008

« Pour un monde sans nucléaire » : grand

rassemblement le 12 juillet à Paris

7 juil 2008 : Agenda

Au programme de la soirée projection, musique, conférence (20h) :

  • la question de l’uranium avec un Touareg du Niger, Marcus Atkinson de Footprints for Peace (Australie), Laurent Grouet et le Collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » (France), Mika Flojt (Finlande – Laponie)

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Communiqué :

Le 1er juillet 2008, le gouvernement français présidera pour 6 mois l’Union Européenne. L’énergie et le nucléaire sont deux enjeux majeurs de cette présidence.

Le lendemain du rassemblement, soit les 13 et 14 juillet, N. Sarkozy recevra à Paris des dizaines de chefs d’Etat de l’Union Européenne et du pourtour méditerranéen (dont le dictateur libyen M. Kadhafi).

Le président français entend continuer à promouvoir le nucléaire, en le présentant comme une solution au changement climatique, ce qui est un mensonge pur et simple.

Le nucléaire n’est ni propre, ni renouvelable !

Le nucléaire constitue un risque grave et avéré pour les générations présentes et futures. Ne laissons pas construire de nouveaux réacteurs ou sites nucléaires en France ou ailleurs dans le monde (EPR, Bure, ITER…). Comme 90% des Européens, exigeons des investissements massifs dans les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables, seules solutions pour préserver efficacement le climat.

Face au changement climatique, le nucléaire n’est qu’une dangereuse illusion.

Plus d’informations ICI

 

Photos de la manifestation :

manif12jullet

manif12juillet

Rassemblement devant le siège d’AREVA : la

vidéo

et la dépêche AFP

2 juin 2008 : Video – Audio

26097712_p.gifAFP : Rassemblement devant le siège

d’AREVA sur l’exploitation au Niger

PARIS – Une vingtaine de membres du collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » se sont rassemblés mardi devant le siège du groupe français pour protester contre les conditions d’exploitation de l’uranium nigérien, a constaté l’AFP.

Certains manifestants étaient vêtus de combinaisons anti-irradiation, d’autres figuraient des journalistes baillonnés. Un touareg représentait les populations du nord du Niger, victimes des violences entre l’armée et la rébellion et de l’exploitation minière, selon les manifestants.

Le collectif dénonçait notamment la tenue vendredi à Agadez, au nord du Niger, d’une « audience publique » d’AREVA sur l’étude d’impact concernant son nouveau projet minier à Imouraren. Or, suite au déclenchement d’une rébellion armée en 2007, l’état d’exception est décrété sur la région, les ONG sont interdites et la presse muselée, fait valoir le collectif, qui n’a pu accéder ni à la réunion, ni à l’étude d’impact.

« AREVA profite de cette situation: qui osera dans un tel contexte venir exprimer son désaccord avec le projet du géant nucléaire qui agit en toute impunité avec la bénédiction du pouvoir central nigérien? », relève le communiqué du collectif (Attac, LCR, les Verts, Sortir du nucléaire, etc).

Les associations réclament notamment la dépollution des sites déjà exploités et une expertise indépendante.

Le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium mais aussi l’un des pays les plus pauvres du monde.

©AFP / 27 mai 2008 14h26

AFP : Plusieurs milliers de manifestants

antinucléaires à Paris

13 juil 2008 : Revue de presse

Plusieurs milliers de manifestants antinucléaires se sont rassemblés samedi après-midi place de la République à Paris pour protester contre les projets nucléaires du gouvernement à la veille du sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée. Les manifestants étaient au nombre de 7.000, selon le réseau Sortir du Nucléaire. La préfecture n’avait pas encore rendu public son estimation en milieu d’après-midi.

12juillet.jpg

« Sarkozy a invité les chef d’Etat européens et méditerranéens avec l’objectif de vendre du nucléaire à toute la planète », a estimé Alain Rivat, porte-parole de Sortir du Nucléaire, dans une allocution au début de la manifestation. Une délégation européenne d’opposants à l’énergie nucléaire était présente, venus de Finlande, d’Autriche, d’Allemagne, d’Irlande, des Etats-Unis et du Niger. « Nous contestons formellement les allégations de M. Sarkozy et ses dirigeants du nucléaire en général qui prétendent que le nucléaire permettrait de lutter contre le réchauffement climatique », avait déclaré peu avant déclaré Stéphane Lhomme, autre porte-parole de Sortir du Nucléaire, lors d’une conférence de presse avant la manifestation. « Nous contestons aussi que cela permette de protéger la France de la montée du prix de l’énergie. Il suffit de voir les pêcheurs, les routiers, les automobilistes: tout le monde est finalement frappé de plein fouet par la montée du prix de l’énergie », a-t-il ajouté.

Dans le nord du Niger, l’extraction de l’uranium aura pour conséquence « la destruction totale du cadre de vie des populations », a déclaré pour sa part Issouf Maha, maire de Tchirozérine, située en territoire touareg dans le nord du pays. Selon l’édile nigérien, 60% des 40.000 km2 que couvre sa commune ont été vendus à des compagnies d’extraction de minerai. Avec l’EPR, « les Finlandais servent de cobayes pour une technologie radicalement nouvelle », s’est inquiétée de son côté la Finlandaise Angela Oker-Blom, du Réseau International des Artistes pour un Avenir Propre, qui a aussi dénoncé les effets sur l’environnement de la recherche d’uranium dans son pays par AREVA.

AFP 12 juillet 2008

Les ONG nigériennes du Réseau ROTAB

réclament l’application de l’Initiative sur la

Transparence dans les Industries Extractives

2 aoû 2008 : Documents

Déclaration de Presse 

Réunies le samedi 26 juillet 2008, en Assemblée Ordinaire, à l’effet d’examiner plusieurs points inscrits à son ordre du jour, les Organisations Membres du Réseau des Organisations pour la Transparence et l’Analyse Budgétaire font la déclaration suivante :

Vu la Constitution du Niger du 09 août 1999, notamment en son article 31 qui dispose que les biens publics sont sacrés et inviolables, Considérant l’adhésion du Niger à l’Initiative sur la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE),
Considérant que la transparence dans les industries extractives doit être effective sur toute la chaîne (de la signature à la répartition des revenus générés par les ressources naturelles non renouvelables et les impactes environnementaux),
Considérant la signature du contrat d’exploitation pétrolière du bloc d’Agadem, entre le gouvernement du Niger et la « China National Oil and Gaz Development and Exploration Corporation »,

Le ROTAB dénonce et condamne :

1. L’opacité qui a entouré la signature du contrat entre le gouvernement du Niger et la filiale de CNCP.

2. La mise à l’écart des techniciens nationaux compétents dans le domaine des industries pétrolières.

3. L’utilisation exclusive des personnes ressources extérieures et de qualité douteuse.

4. Le manque d’information sur l’utilisation faite du bonus des 127 milliards accordé par les chinois à la suite de la signature du contrat du bloc d’Agadem.

5. Le refus du gouvernement de mettre à la disposition de la société civile le contrat avec les chinois sur l’exploitation pétrolière ainsi que celui signé avec AREVA.

6. Le retard manifeste dans la mise en œuvre de l’ ITIE au Niger,

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Obtention du Certificat de Conformité

Environnementale pour le Projet Imouraren

2 aoû 2008 : Documents

Communiqué d’AREVA – 31 juillet 2008

Confirmant les conclusions de l’atelier de validation qui s’était tenu du 19 au 21 mai derniers à Agadez, dans le nord du Niger, les autorités nigériennes, en la personne du directeur du Bureau d’Evaluation Environnementale et des Etudes d’Impact (BEEEI), ont officiellement remis à AREVA, mardi 29 juillet, un Certificat de Conformité Environnementale pour le Projet Imouraren. Signé par le Ministre de l’Environnement et de la Lutte Contre la Désertification, ce document fait partie intégrante du dossier pour le permis d’exploiter (PEX) dont la demande a officiellement été déposée le 15 mai dernier. Une décision des autorités en faveur de l’attribution du PEX ouvrirait la voie aux investissements massifs prévus pour le site (près de 1,2 milliards d’euros sur les trois premières années) et au lancement des premiers travaux d’envergure. Prévu pour débuter à partir de 2012, l’exploitation du gisement d’Imouraren devrait produire à terme près de 5000 tonnes d’uranium par an et devenir la deuxième plus grande mine d’uranium à ciel ouvert au monde.

Au sujet du projet Imouraren, lisez notre communiqué du 27 mai 2008 : AREVA profite de l’état d’urgence au Nord du Niger pour valider son énorme projet minier d’Imouraren

7 oct 2008 : Documents

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Des gisements d’uranium sont exploités à moins d’une centaine de kilomètres de la frontière algéro-nigérienne par deux compagnies françaises dans la région d’Arlit au Niger. L’émanation des poussières radioactives et du gaz radon-222, poussés par les vents du Sud, traversent les frontières et se dispersent plus particulièrement sur une grande superficie du Sud algérien, détruisant pour toujours le système écologique.

Cette émanation toxique tue les hommes, la flore et la faune, sur une échelle plus grande que les restes des essais nucléaires français au Sahara.

L’uranium du Niger est seulement indispensable au programme électronucléaire massif de la France, mais surtout pour la fabrication d’armes nucléaires, qui sont prohibées pour certains et permises pour d’autres. L’uranium du Niger, une fois traité sur site et délesté de ses déchets radioactifs, représente 96,5% du volume de minerai extrait, le « yellowcake » (concentré de minerai jaunâtre), une part est transportée vers le Libye par Agadez, le reste est acheminé au Bénin jusqu’au port de Cotonou.

Ce qui est inquiétant, c’est l’existence de la mine elle-même, car elle restera pour l’éternité une grande source d’émanation de la radioactivité, tuant à petit feu les populations d’Afrique (voir tableau 1). Libéré en grande quantité par l’activité minière et les déchets radioactifs, le gaz radon-222, élément radioactif, qui peut parcourir des milliers de kilomètres en quelques jours sans jamais s’éloigner de la surface du sol, à cause de sa densité et la pesanteur. Le radon s’émane aussi en grande quantité des montagnes de résidus radioactifs, qui jonchent auprès des mines et aussi par les cheminées d’aération de la mine. A Arlit, une montagne de 15 m de haut sur une superficie de 85 hectares de surface et d’un volume de 12,5 millions de tonnes de résidus radioactifs est soumise au gré des vents qui transportent ses poussières sur des milliers de kilomètres.

Sur le site de la mine d’Arlit, des mesures faites clandestinement par des ONG européennes donnent une teneur moyenne de 49 000 Bg/kg pour le thorium 230, 57 000 Bg/kg pour le radium 226 et 54 000 Bg/kg pour le plomb 210, soit une radioactivité totale supérieure à 500 000 Bg/kg, si l’on ajoute la contribution des 14 descendants de l’uranium (voir tableau 1). Laissés à l’air libre, la poussière de résidus radioactifs et le gaz radon-222 sont emportés par les vents dominants, soufflant du sud vers le nord, jusqu’en profondeur du territoire algérien.

A Tamanrasset comme à Adrar des morts suspectes dues à l’irradiation radioactive ont été enregistrées, la plupart des habitants du Sud algérien portent un cancer des poumons, les enfants dès leur jeune âge souffrent des difficultés respiratoires, les services sanitaires ont relevé sur la population des signes de stress et de perte de mémoire, d’autres sont apparues : les cancers de la peau, les cancers de gorge, les déformations physiques, la chute de cheveux à un âge prématuré, etc. Des mesures hasardeuses qui ont été faites dans différents sites du sud du pays se sont avérées alarmantes et quelques fois elles dépassent largement le seuil de radioactivité admis pour l’homme et la nature.

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Invitation réunion conjointe : collectifs « Malgré

tout » et « Areva ne fera pas la loi au Niger »

10 sep 2008 : Agenda

A l’occasion de la naissance du Collectif « D’un plateau à l’autre, du Larzac à la Quebrada (Argentine) l’uranium contre la vie« , initié par M. Miguel Benasayag, les deux collectifs vous convient à une réunion, le 22 Septembre 2008, sur le thème :

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Le sort des populations autochtones du Nord

Ouest Argentine et du Nord Niger face à l’essor

fulgurant de l’uranium

De véritables catastrophes humaines, sociales et environnementales perdurent ou s’annoncent pour les populations autochtones

Ces deux derniers mois, au moins deux demandes d’exploration d’uranium ont été déposées pour les sites de Juella et de Yacoraite, deux vallées affluentes de la vallée principale parcourue par le Río Grande qui traverse Tilcara, village situé dans la célèbre « Quebrada » de Humahuaca (Province de Jujuy, terre de l’Inca). A l’instar du drame que connaissent depuis 40 ans les populations du Nord Niger où les territoires sont sacrifiés sur l’autel du profit et au mépris des droits humains les plus fondamentaux, les indiens Quechuas et Aimaras de la province de Jujuy se voient menacés dans leur existence par de nouveaux projets de mine d’uranium à ciel ouvert, dont les désastres écologiques, sociaux et culturels irréversibles ne sont plus à démontrer mais reste à dénoncer.

L’exploitation de l’uranium au Niger est synonyme de pollutions multiples, d’expulsions des populations de leurs territoires ancestraux, de désarticulation de leur mode de vie (autosuffisance historique), d’épuisement irréversible des nappes d’eau… Les indiens Quechuas et Aimaras de Juyuy risquent de connaître le même sort.

Des territoires spoliés, pollués et pillés de leurs ressources en eau

La Cordillère des Andes subit une véritable invasion des industries extractives, notamment celle de l’uranium qui connaît une ascension mondiale fulgurante. Ainsi, en Argentine, après les ravages des lobbies du soja OGM qui ont déboisé des centaines de milliers d’hectares de terre, expulsé des dizaines de milliers paysans, les populations autochtones assistent au retour dévastateur des mines d’uranium à ciel ouvert. Ces populations se voient menacées par les incidences directes et immédiates sur les équilibres écologiques et culturels fragiles, tant sur le haut plateau de la Puna, que dans les vallées.

Dans la province de Jujuy (plateau de la Puna) de nombreux projets d’exploration et d’exploitation de mines d’uranium à ciel ouvert resurgissent, notamment ceux des deux exploitants Aguilar et Pirquita. Si les populations du Nord Niger sont asphyxiées tant par un conflit armé que par les effets pervers de l’exploitation uranifère, les communautés paysannes et indigènes de la province Jujuy subissent le même sort et trouvent pour seul refuge les bidonvilles et les quartiers suburbains où elles mènent une existence des plus indécentes.

Cette reprise d’activité accélérée au Nord Ouest d’Argentine et la concentration des projets miniers auront des conséquences à moyen et long terme sur les ressources en eau de la région de Quebrada et Puna, avec les risques de contamination chimique de l’eau et son épuisement irréversible (la seule mine de Pirquita consomme 70 000 m3 par jour). D’ores et déjà l’‘ex’- lagune de Guayatayoc, sur la Puna Argentine est totalement asséchée et de nombreux villages sont privés d’eau faisant les frais du pillage par les sociétés extractives. Il en va de même pour la célèbre vallée “Quebrada” de Humahuaca, un site pourtant déclaré en 2002 Patrimoine Naturel et Culturel de l’UNESCO.

Quel sort pour les populations autochtones ?

Qu’elles soient dans l’Aïr (Nord Niger) ou sur les plateaux de la cordillère des Andes, les populations autochtones payent l’uranium au prix fort, celui de leur devenir, du devenir de leurs enfants et de leur mode de vie. Dans ces deux cas, l’épuisement des ressources uranifères très attractives pour les multinationales, s’accompagnant inéluctablement de l’épuisement des ressources en eau et d’une destruction de l’écosystème, signeront l’arrêt de mort de toute activité agropastorale et par la même de toute vie humaine.

La manne financière de l’industrie uranifère est à ce jour un indicateur de fausse croissance et de destruction de modes de vie ancestraux.

Des actions locales à soutenir

Face à ces menaces, un groupe informel d’habitants dits « autoconvoqués », tentent de se mobiliser sur place. Ce groupe a été initié par M. Roger Moreau, un français établi à Tilcara et adopté par les indiens Quechuas de la région depuis 1985. Après avoir mené pendant dix ans (1971 et 1982) le combat sur le Larzac pour repousser le projet de camp militaire, Roger Moreau mobilise les paysans locaux pour un nouveau combat contre le projet de mine d’uranium à ciel ouvert à trente kilomètres en amont de Tilcara.

A l’heure où le nucléaire est largement présenté et médiatisé comme ressource énergétique alternative et propre, les problèmes de fond qui remettent en cause l’existence même des populations autochtones tant en Argentine qu’au Niger, doivent être sans cesse mis en lumière et dénoncés, en France et partout ailleurs.

Les collectifs « AREVA ne fera pas la loi au Niger » et « Malgré tout« , souhaitent mobiliser toutes les énergies afin de dénoncer ces faits, soutenir ces populations menacées et favoriser la solidarité Sud/Sud

Le Collectif d’un plateau à l’autre, du Larzac à la Quebrada (Argentine) « l’uranium contre la vie », tend à ériger un pont entre les deux continents (Afrique/ Amérique Latine) afin de permettre à ces populations vulnérables de conjurer leurs souffrances et de pallier à leur isolement face aux multinationales.

A tous ceux qui veulent s’informer, soutenir ou participer à ce combat contre la fatalité, rendez-vous :

Lundi 22 septembre 2008, à 20h00,
au Siège d’ %Attac France
66-72 rue Marceau – 93100 Montreuil
www.malgretout.org
Contact : arevaneferapaslaloi@gmail.com

Lettre à la Banque Européenne d’Investissement

11 sep 2008 : General

Le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » est co-signataire du courrier envoyé par Les Amis de la Terre au Président de la Banque Européenne d’Investissement et aux Vice-Présidents concernés sur un éventuel soutien de la banque aux mines d’uranium d’AREVA au Niger.


logo.gifA : Philippe Maystadt, Président

Copies à : Philippe de FONTAINE VIVE CURTAZ, Vice Président
Plutarchos SAKELLARIS, Vice Président
Montreuil, le 8 septembre 2008

Objet : éventuel financement de projets miniers d’AREVA

Monsieur le Président,

Nous vous écrivons suite à la publication de plusieurs articles faisant état de l’intensification des activités minières d’AREVA en Afrique (1). Nous supposons qu’AREVA aura besoin de financements pour mettre en oeuvre ces projets. Notant que la BEI a récemment approuvé un prêt de 400 millions d’euros en faveur pour l’usine d’enrichissement d’uranium du Tricastin, nous souhaiterions :

  • savoir si AREVA vous a déjà contacté pour des projets de mine d’uranium en Afrique,
  • vous apporter quelques informations sur le passif de l’entreprise dans ce domaine.

Comportement irresponsable d’AREVA au Niger

En effet, AREVA est réputée pour sa gestion déplorable des mines d’uranium en Afrique, en particulier au Niger, où ses filiales, la Cominak et la Somair, exploitent l’uranium depuis les années 70. Nous nous appuyons ici sur ces deux exemples et sur les études de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) et de l’association Sherpa sur le terrain pour illustrer les très sérieux problèmes entourant l’exploitation des mines d’uranium par les filiales d’AREVA (voir rapports ci-joint).

Des études et mesures effectuées par la CRIIRAD entre 2004 et 2005 démontrent que les activités d’exploitation de l’uranium ont provoqué de graves contaminations des eaux distribuées aux travailleurs et à la population, avec des taux de contamination aux particules alpha (parmi les plus dangereuses pour la santé humaine) 7 à 110 fois supérieures aux seuils recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le dépassement des normes de potabilité internationales. Informée par son laboratoire d’analyse, l’entreprise se contente d’ignorer le problème.

L’enquête de la CRIIRAD observe également la dissémination de ferrailles contaminées dans la population, ainsi que le stockage de montagnes de déchets hautement radioactifs non recouverts et dispersables par les vents. Des gaz radioactifs sont également rejetés à l’air libre, exposant toutes les communautés alentour. Ces contaminations de l’air, des sols et de l’eau se poursuivront sur plusieurs générations.

L’association Sherpa, qui a conduit plusieurs visites sur le terrain dénonce l’absence de protection et d’information des ouvriers. Pendant plus de quinze ans, ceux-ci ne portaient aucun masque de protection et n’avaient reçu aucune formation sur les risques de la radioactivité. Si la santé des mineurs et de leur famille est, dans ces conditions, déplorable (maladies pulmonaires multiples), ils sont totalement désinformés : des médecins avouent ainsi faire sciemment de faux diagnostics en cas de cancer, quand le patient n’a pas les moyens de payer les traitements appropriés.

A la suite de ces études, AREVA s’est vu attribuer en 2008 le Public Global Eye Award, qui «récompense » les entreprises s’étant distinguées par leur mépris des droits environnementaux et sociaux au niveau international.
Malheureusement, le comportement scandaleux d’AREVA dans le cadre de ses mines d’uranium ne se limite pas aux opérations au Niger. Vous trouverez ci-joint un point de presse soulevant les problèmes liés aux anciennes mines de l’entreprise au Gabon.

Nos questions à la BEI

Au regard des impacts sociaux et environnementaux très lourds des projets miniers, des dangers particuliers induits par l’exploitation de l’uranium, et du comportement désastreux d’AREVA, nous souhaiterions vivement :

  • Etre informés de toute collaboration entre AREVA et la BEI avant qu’une demande formelle de prêt ne soit formulée.
  • Etre informés de toute demande de soutien d’AREVA à la BEI, dès le premier stade d’évaluation préliminaire du ou des projets.
  • Rester en contact avec vous sur le sujet, afin de pouvoir vous faire parvenir toutes les informations utiles à votre évaluation des projets dont nous disposons, et ce dès les tout premiers stades de cette évaluation.

En vous remerciant d’avance de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre haute considération.

Anne-Sophie Simpere Chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers Les Amis de la Terre

Signataires :

AITEC (Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs), ATTAC France, Collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger », IPAM (Initiatives Pour un Autre Monde), ISF (Ingénieurs sans frontières), MIR France (Mouvement international de la Réconciliation), Réseau « Sortir du nucléaire » (Fédération de 830 associations), Association Survie.

(1) “AREVA, Technip team up in Africa-focused uranium venture“ Mining weekly, 20.3.2008, ou : “Areva Lands Uranium Miner” Forbes, 15.6.2008, ou encore: “Areva signs uranium mining deal in Africa“, International Herald Tribune, 2.8.2008

NIGER : L’uranium – bénédiction ou

malédiction ?

19 nov 2008 : Documents

transparentlogo.gifArticle publié par IRIN le 16 octobre 2007

DAKAR, 16 octobre 2007 (IRIN)

Tandis que la demande mondiale en énergie nucléaire grimpe, les vastes réserves d’uranium du Niger ne sont pas un atout pour la population du pays, à en croire les analystes ; au contraire, elles ne font qu’ajouter aux graves problèmes qui pèsent sur la région.

Pays pauvre situé à la lisière sud du désert du Sahara, le Niger dispose de réserves d’uranium – source principale de combustible nucléaire – parmi les plus importantes du monde, mais n’en tire presque aucun avantage.

Au contraire, selon les organisations locales et internationales, l’exploitation de l’uranium par des sociétés principalement étrangères a des conséquences néfastes sur l’environnement et la santé des populations dans l’extrême nord du pays.

Les opérations minières sont aussi à l’origine de tensions politiques nationales : notamment, une des exigences principales du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), une milice armée aux prises avec l’armée nigérienne depuis février, repose sur une répartition plus équitable des revenus générés par l’exploitation de l’uranium.

« Le fait qu’il y ait de (l’uranium au Niger) est plus un mal qu’un bien, pour l’instant » selon Jeremy Keenan, professeur à l’université de Bristol au Royaume-Uni, et autorité reconnue sur le Sahara. « C’est une malédiction pour la région et les populations qui y vivent  Cela a tout le potentiel d’une situation tout à fait explosive. »

Peu d’avantages

Les associations de la société civile au Niger, ainsi que plusieurs universitaires aux Etats-Unis et au Royaume-Uni s’accordent sur le fait que les populations du Niger n’ont pas profité des 100 000 tonnes d’uranium extraites ces 36 dernières années. Le Niger, qui produit plus de 3 000 tonnes d’uranium par an, se situe entre la troisième et la cinquième places mondiales en matière de production d’uranium.

Néanmoins, selon l’Indice de développement humain 2006 du Programme des Nations Unies pour le Développement, le Niger est le pays le plus pauvre du monde : l’espérance de vie est de 45 ans, 71 pour cent des adultes ne savent pas lire, et 60 pour cent de la population survit avec moins d’un dollar par jour.

« Le peuple nigérien ne profite pas de ces revenus », selon Ali Idrissa, coordinateur de la branche nigérienne de Publish What You Pay, une coalition internationale d’organisations non-gouvernementales (ONG) qui appellent les compagnies extractives (pétrole, gaz, mines) à communiquer les montants qu’elles versent aux gouvernements pour l’extraction des ressources naturelles.

Le gouvernement nigérien, notamment, ne perçoit qu’une faible part des revenus de l’uranium : ce sont des sociétés étrangères qui détiennent une participation majoritaire dans SOMAÏR et COMINAK, les deux entreprises productrices d’uranium, gérées et principalement détenues par AREVA, multinationale française et géant mondial de l’exploitation minière.

En juillet, les autorités ont renégocié le prix de l’uranium, augmentant ainsi le taux de redevance au kilo, pour le porter à 40 000 francs CFA (soit 86 dollars) pour l’année 2007. Malgré tout, aux termes d’un accord vieux de plusieurs décennies, les deux sociétés de production ne sont pas tenues de verser plus de 5,5 pour cent de leurs revenus à l’Etat. En 2006, cela équivalait seulement à 10 milliards de francs CFA (22 millions de dollars), selon le ministère de l’Exploitation minière et de l’Energie.

D’après Robert Charlick, professeur à l’université publique de Cleveland et auteur d’ouvrages sur le Niger, les revenus de l’uranium permettent néanmoins au gouvernement de moins dépendre des impôts, et donc d’avoir moins besoin du soutien de la population, et particulièrement de la grande majorité de la population rurale isolée du pays.

« Cela a détruit la perspective de voir apparaître un système politique plus attentif aux intérêts des populations rurales », a expliqué M. Charlick à IRIN. Si l’industrie minière a permis un certain développement, a-t-il poursuivi, ce développement s’est opéré de façon à servir la production de l’uranium, et non à profiter au Nigérien moyen. Une route vers Arlit a été construite à travers la ville minière de Tahoua pour permettre le transport de l’uranium, et l’exploitation du charbon a été développée pour permettre le fonctionnement des centres de production d’uranium. « Ces régions ont l’électricité, mais rares sont les autres zones rurales du pays qui l’ont », a-t-il ajouté.

Préoccupations sanitaires et environnementales Le mécontentement est également de plus en plus vif chez les milliers de mineurs et les populations qui vivent près des sites miniers de la région d’Agadez, dans le nord ; ceux-ci se plaignent de conditions de travail dangereuses et de l’exposition de la communauté aux substances radioactives.

En août, un mouvement d’associations de la société civile aurait exigé qu’AREVA verse 300 milliards de francs CFA (647 millions) de dommages et intérêts pour ses années d’exploration dans des « conditions injustes et iniques ».

Selon une enquête réalisée en 2005 par Sherpa, un réseau international d’avocats qui plaident pour la responsabilité sociale des entreprises, les personnes qui travaillent dans les mines d’uranium nigériennes ne sont pas informées des risques sanitaires auxquels elles sont exposées ; ne bénéficient pas des mesures de sécurité les plus essentielles ; et ne sont pas toujours soignées en cas de cancer du poumon. Il a été démontré qu’à long terme, l’exposition au radon – un gaz obtenu par transformation de l’uranium – par inhalation avait un lien avec l’apparition du cancer du poumon. 200411922.JPGSelon CRIIRAD, une autre ONG française, l’eau, la terre et les morceaux de ferraille qui se trouvent dans la zone d’exploitation des deux mines du Niger présentent des taux de radioactivité dangereusement élevés.

Pour Mamane Sani Adamou, d’Alternative Espaces Citoyens, une organisation de la société civile, l’extraction de l’uranium a gravement porté atteinte à l’environnement, réduisant notamment les forêts et les pâturages.

La multinationale a fait obstacle à la poursuite des recherches visant à démontrer scientifiquement la véracité des allégations de pollution et de préjudice sanitaire, selon M. Keenan, de l’université de Bristol.

Areva a systématiquement nié ces allégations, et attribué le nombre élevé de maladies à la rudesse du climat désertique. Dans une déclaration écrite, envoyée en réponse aux questions d’IRIN, Areva a dit faire l’objet d’audits externes réguliers ayant trait à la santé, à l’environnement et à la sécurité ; selon les conclusions d’un de ces audits, réalisé par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), un organisme français, la société opère conformément aux normes internationales. La société AREVA également indiqué qu’elle ouvrirait un centre de santé près de ses sites d’exploitation.

« Les accusations de négligence et de manque de transparence portées à l’encontre d’AREVA sont en contradiction totale avec les faits réels », selon le document. Une source de conflit potentiel

Tandis que la concurrence générale pour l’obtention des ressources africaines se fait de plus en plus vive – Daniel Volman, chercheur indépendant exerçant à Washington, parle d’une « concurrence mondiale entre les Etats-Unis et la Chine pour l’accès aux réserves énergétiques » – certains analystes craignent que l’uranium nigérien ne devienne également une source de tensions.

Selon l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, la demande mondiale globale en énergie augmentera d’au moins 50 pour cent au cours des 25 prochaines années et devra être satisfaite principalement par des combustibles non-fossiles, et particulièrement par l’énergie nucléaire.

« Les Etats-Unis et tous les autres pays industrialisés ou en voie de développement se tourneront vers l’Afrique comme source d’uranium », a expliqué M. Volman, qui étudie la politique américaine en Afrique, en matière de réserves d’énergie. « Le processus a déjà commencé et va prendre de l’ampleur ».

Le Niger abrite les plus grandes réserves d’uranium d’Afrique, principalement accaparées par AREVA depuis plusieurs années. Le gouvernement tente à présent de trouver d’autres partenaires et a délivré plus de 100 permis d’exploration à des sociétés canadiennes, américaines, chinoises, indiennes et autres, au cours de cette dernière année, seulement.

« De nombreux pays du monde sont en quelque sorte prêts à tout pour mettre la main sur de l’uranium », a résumé M. Keenan de l’université de Bristol, ajoutant : « Il risque d’y avoir progressivement de plus en plus de conflits de ressources dans le monde ». La guerre de l’uranium ?

Jusqu’ici, l’instabilité de la région sahélienne était due à des facteurs autres que l’exploitation des ressources. Mais au Niger, l’uranium participe d’un mélange de facteurs potentiellement explosifs, notamment la guerre menée par les Etats-Unis contre le terrorisme, la rébellion dans le nord et la politique du gouvernement, qui interdit toute négociation avec les rebelles.

D’après M. Volman, chercheur indépendant, la présence de ressources naturelles amène les gouvernements étrangers à apporter un soutien militaire et financier aux pays riches en ressources de façon à s’assurer un accès continu à ces ressources. Les Etats-Unis assurent déjà l’entraînement militaire des officiers nigériens, a-t-il expliqué, et le Niger a participé à d’autres programmes d’équipement offerts par les Etats-Unis par le passé.

Or, pour M. Volman, une militarisation accrue mène à une agressivité accrue des gouvernements envers leurs propres administrés et les pays voisins. « Cela favorise la répression interne. Et cela encourage aussi les pays à envahir leurs voisins », a-t-il affirmé. « Cela les incite à se résoudre à la force, à la fois pour solutionner leurs problèmes et pour saisir les occasions qui se présentent à eux – et notamment l’occasion d’envahir les pays voisins et de les piller ».

« On peut difficilement citer un exemple où la présence de ressources en Afrique n’a pas été une malédiction totale », a poursuivi M. Volman. « Je m’attends à ce que le Niger reproduise le même type de cycle constaté dans d’autres pays, car il est déjà en train de suivre la même trajectoire ».

Depuis le mois de février, les rebelles du MNJ ont pris d’assaut plusieurs avant-postes de l’armée nigérienne et mené des attaques contre certaines sociétés minières étrangères ; ils ont notamment tué au moins 45 soldats et enlevé un ressortissant chinois qui travaillait à l’exploitation de l’uranium, avant de le libérer, sain et sauf. En juillet, le MNJ a conseillé à tous les ressortissants étrangers travaillant dans le secteur de l’exploitation minière des ressources naturelles de quitter les zones de conflit « pour leur sécurité ».

Malgré tout, pour certains, les prévisions d’un violent conflit au sujet de l’uranium sont exagérées. « Je ne pense vraiment pas qu’il faille s’attendre à une guerre de l’uranium », a assuré M. Charlick de l’université publique de Cleveland. « Ce sera un problème économique de plus en plus pesant, mais je ne m’attends pas à ce qu’il débouche sur une bataille ».

M. Idrissa de Publish What You Pay n’est pas du même avis ; à la question « la présence d’uranium pourrait-elle aboutir à une guerre régionale ? », il répond quant à lui :

« Vu les intérêts de certaines puissances en matière d’uranium, il faut s’attendre à tout ».

« On peut difficilement citer un exemple où la

présence de ressources en Afrique n’a pas été

une malédiction totale »

19 nov 2008 : Documents

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Uranium, vers une nouvelle malédiction ?

La récente ruée sur l’uranium subsaharien bouleverse les monopoles de jadis. Des sociétés canadiennes, américaines, chinoises, sud africaines, indiennes remettent en cause la répartition des gisements nigériens. Majoritairement concentrées au Niger (lire Bataille pour l’uranium au Niger, d’Anna Bednik, Le Monde Diplomatique, juin 2008) et en Namibie, respectivement troisième et sixième producteurs mondiaux, les réserves d’uranium d’Afrique subsaharienne se retrouvent aujourd’hui au centre du phénomène de renaissance nucléaire et d’une spirale des prix qui a vu croître le coût de la livre d’oxyde d’uranium de près de 1000% durant ces sept dernières années (elle s’achète actuellement autour de 82 dollars la tonne contre un pic de 136 dollars l’année dernière).

Cette ruée sur l’uranium subsaharien (New Uranium Mining Projects) bouleverse les monopoles de jadis. La française AREVA, dont les filiales Cominak et Somaïr gardaient depuis les années 1970 la mainmise sur les gisements nigériens, a vu débouler depuis 2007 sur ses plate-bande sahéliennes des sociétés canadiennes, américaines, chinoises, sud africaines, indiennes, auxquelles Niamey a octroyé plus de cent permis d’exploration.

Si l’on est encore loin d’une guerre de l’uranium, la demande croissante en combustible non fossile pour les 25 prochaines années pourrait bien voir s’intensifier les tensions entre l’Etat central et les populations autochtones, voire entre entreprises transnationales, autour de ces ressources. En somme, déboucher, à l’instar de la guerre de basse intensité livrée autour du brut du Delta du Niger, sur une potentielle nigérianisation des zones uranifères. On peut difficilement citer un exemple ou la présence de ressources en Afrique n’a pas été une malédiction totale, note Daniel Volman, directeur de l’African Security Research Project à Washington, dans l’article, remarquablement équilibré, publié en 2007 par le bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l’Onu (Niger : l’uranium – bénédiction ou malédiction ?). Je m’attends à ce que le Niger reproduise le même type de cycle constaté dans d’autres pays, car il est déjà en train de suivre la même trajectoire, précise ce chercheur américain.

Une première étape a déjà été franchie : en renégociant l’année dernière le prix de l’uranium et en augmentant son taux de redevance au kilo, l’Etat nigérien est devenu moins dépendant des impôts. Il a donc moins besoin du soutien des populations rurales. Et moins besoin d’être attentif aux demandes des populations du Nord Niger. Ce qui n’a fait que gonfler les rangs des sympathisants du Mouvement Nigérien pour la Justice (MNJ) — aux prises avec l’armée sur fond de répartition plus équitable des revenus générés par l’exploitation de l’uranium — et durcir la répression contre tous ceux, journalistes et militants des droits humains en premier lieu, suspectés de sympathies avec le MNJ. Le journaliste Moussa Kaka, correspondant de Radio France Internationale, en paie le prix en prison depuis un an ce vendredi 19 septembre.

Une seconde étape est en train d’être franchie : la militarisation accrue d’un pays parmi les plus pauvres du monde, et la sanctuarisation de ses coffre-forts minéraux, avec le risque que ses problèmes ne soient uniquement résolus par la manière forte. Dotées d’un nouvel armement chinois, les forces militaires de Niamey sont par ailleurs couvées par les Etats-Unis qui assurent l’entrainement militaire de leurs officiers.

Face à cette vision pessimiste, certains pourront rétorquer que la nouvelle course vers l’uranium nigérien a réveillé le ressentiment de la population touarègue à l’égard du pouvoir central et, plus globalement, des opérateurs étrangers impliqués dans la zone de conflit. En somme, que la crise vécue par Niamey dans son pourtour saharien est bien spécifique. A entendre le mécontentement grandissant des ONG namibiennes impliquées dans la protection de l’environnement, face au grand jeu international auxquelles se livrent actuellement une quarantaine d’entreprises extractives (dont Areva) dans le désert de Namibie, on peut commencer à en douter (Lire Increased Nuclear Energy Demand Boosts Namibia).

Lorsque le défunt militant nigérian Ken Saro Wiwa s’attaqua au début des années 1990 à Shell, qui exploitait le territoire ogoni au cœur du Delta du Niger, sa lutte était pacifique. Et pour des raisons majoritairement liées à la détérioration de l’environnement. On connaît la suite…

Jean-Christophe Servant pour CETRI - Centre Tricontinental (Belgique)
Le 03-10-2008

« La Françafrique au secours de l’uranium »

d’Imouraren : AREVA propose d’aider Tandja à

« mater la rébellion touarègue »

3 dec 2008 : Revue de presse

Dans ses communiqués officiels, le groupe AREVA a souvent tendance à mettre la charrue avant les boeufs. Aussi, la mise en place du projet d’uranium géant d’Imouraren est loin d’être acquise pour AREVA. Les négociations toujours en cours, via Thierry d’Arbonneau, sont âpres et compliquées entre le « fleuron français » et le président nigérien. A ce sujet, lisez la Lettre du Continent du 2 octobre 2008.

Le 5 novembre 2008, le Canard Enchaîné publiait un article des plus instructifs, intitulé « La Françafrique au secours de l’uranium » rapportant les propos du super-négociateur d’AREVA au Niger au cours du colloque « Sécurité économique », organisé par le MEDEF (en présence notamment de Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’Intérieur français) :

« L’amiral (à la retraite) Thierry d’Arbonneau, délégué par son groupe au Niger (qui regorge d’uranium), s’est catégoriquement élevé contre toute réglementation des sociétés privées de renseignement et de sécurité. Ce qui compliquerait, à l’en croire, la tâche d’entreprises comme la sienne.
L’Etat français ferait mieux, a-t-il ajouté, de donner aux autorités nigériennes les moyens de mater la rébellion des Touareg, « ces hommes en bleu qui font rêver les hommes et chavirer le cœur des femmes mais ne sont qu’une illusion ». Explication de cette sortie : AREVA négocie actuellement le droit d’exploiter le gisement géant d’Imouraren. Les prix du marché et la concurrence chinoise aidant, le président nigérien, Mamadou Tandja, a déjà obtenu qu’AREVA triple son prix d’achat du minerai. Mais il souhaiterait aussi un coup de main français pour combattre les Touareg, qui, dans le nord du pays, réclament un territoire et une part du gâteau minier. Le site est donc peu tranquille, et AREVA a besoin de sécurité (publique ou privée) afin de repousser ces arrogants «hommes bleus» qui voudraient nous empêcher de creuser leur terre… J.-F. J. »

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Suite à cet article, aucune réaction publique de la part du directoire d’AREVA. Pourtant, les propos de son Directeur de la protection du patrimoine et des personnes constituent une provocation publique à la violence et une injure, à raison de l’appartenance raciale ou ethnique ; ils portent indéniablement atteinte à l’honneur et à la dignité des populations touarègues et du Niger en général et attentent à leurs aspirations à la paix et à l’unité nationale. De tels propos sont interdits et incriminés par les lois françaises. Ils contreviennent également à la « Charte des valeurs du groupe AREVA » en vertu de laquelle, tant le groupe que l’ensemble de ses salariés s’engagent à respecter le droit international des droits de l’homme en général, et la dignité humaine en particulier.

A défaut de démenti ou d’excuses, nous avons tout juste pu constater que, dans la semaine qui a suivi la publication de l’article du « Canard Enchaîné », l’identité de M. d’Arbonneau avait disparu du programme du colloque du MEDEF pour être insidieusement remplacée par un certain « Zéphirin Diabré, Directeur Afrique et Moyen-Orient du Groupe AREVA » ; ce changement de programme mesquin et ridiculement tardif vaut un aveu masqué de culpabilité.

Afrik.com : « AREVA, maître de la plus grande

mine d’uranium d’Afrique »

9 jan 2009 : Revue de presse

La société civile nigérienne parle d’une convention d’exploitation désavantageuse pour le paysarton16046.jpg

Le groupe nucléaire français et le gouvernement nigérien ont signé, lundi, une convention octroyant à AREVA le droit d’exploiter le gisement d’uranium d’Imouraren, le plus grand, de toute l’Afrique. Un projet qui devrait démarrer en 2012 et permettre au Niger de se placer au deuxième rang mondial des producteurs. Toutes ces bonnes perspectives laissent, tout de même, certains Nigériens sceptiques.


jeudi 8 janvier 2009, par Stéphane Ballong © afrik.com


Il s’agirait du plus grand projet industriel minier jamais envisagé au Niger, selon AREVA. Le groupe nucléaire français vient de se voir attribuer un permis d’exploitation de la mine d’Imouraren, le plus grand gisement d’uranium de toute l’Afrique. Anne Lauvergeon, la présidente du directoire du groupe nucléaire français a conclu, lundi, avec le gouvernement nigérien une convention dans ce sens.

Selon les termes de cet accord, une société d’exploitation va être créée et sera détenue à 66,65 % par le groupe français et à 33,35% par le Niger. Un peu plus de 1,2 milliard d’euros (800 milliards de francs CFA) seront débloqués pour le lancement de ce projet d’Imouraren. La nouvelle compagnie devrait démarrer ses activités en 2012, avec une production annuelle estimée, à terme, à 5 000 tonnes pendant plus de 35 ans. Et l’Etat nigérien pourra extraire et commercialiser 33,35% de cette production par le biais de la société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN).

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NIGER • AREVA accusé de toutes parts

12 mar 2009 : Revue de presse

Courrier international. hebdo n° 958 – 12 mars 200910.png

Le groupe français exploite depuis quarante ans des mines d’uranium à Arlit. Si sa présence est un atout pour l’économie locale, elle laisse cependant à désirer sur le plan de l’environnement.

AREVA est le groupe nucléaire français qui construit en ce moment des centrales dans toute l’Europe et doit piloter le développement du nucléaire britannique. Depuis quarante ans, il exploite les mines d’uranium du nord du Niger à partir de sa base d’Arlit. Quand on entre dans la ville, on a un peu l’impression d’être dans un film de série B des années 1950 sur la fin du monde. Arlit est entourée d’un désert formé non pas des belles dunes ondoyantes des magazines de voyage, mais d’une vaste plaine aride balayée par les tempêtes de poussière orange venues du Sahara.

Les 2 000 employés de la mine vivent dans des pavillons entretenus par l’entreprise, dans des rues bien ordonnées, et disposent d’eau courante propre et d’électricité. Au menu du club-house figurent des plats français tels que le magret de canard. Il y a des écoles, un hôpital et des terrains de sport où tout le monde est censé pouvoir jouer au football, une installation invraisemblable au milieu du désert. Mais ces équipements ne sont ouverts qu’aux familles des mineurs et aux fonctionnaires en poste dans la ville.

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Charlie Hebdo – Le lobbying d’AREVA pour

l’uranium du Niger

29 avr 2009 :Revue de presse

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L’indépendance énergétique française repose sur le nucléaire, mais aussi sur des amitiés avec des pays pas toujours fréquentables. Par exemple, le Niger, principal fournisseur de l’uranium utilisé dans les centrales françaises. Charlie a obtenu des preuves sur les tueries commises par les autorités de ce pays.

Notre enquête révèle les détails des prochaines actions de lobbying que compte entreprendre l’industriel français du nucléaire, AREVA, pour faire oublier les origines politiques de cet uranium.

Au cours de notre enquête. Nous avons appris que le groupe AREVA prépare pour le 25 mai une conférence de presse commune avec l’ONG Sherpa, une organisation spécialisée dans la défense des droits de l’Homme, fondée par l’avocat William Bourdon. A cette occasion, les dirigeants de Sherpa et d’AREVA rendront publique la signature d’une convention pour la mise en place d’observatoires sanitaires et sociaux, d’abord au Gabon, puis éventuellement au Niger. Une manière pour l’industriel de donner des gages de sa bonne volonté. L’ONG garantira l’indépendance du dispositif.

Selon nos informations, le 4 avril dernier, Sherpa et AREVA sont parvenus à un texte qui les a satisfaits. Interrogé sur ce partenariat, Yann Queinnec, le directeur de Sherpa, a refusé de commenter cette information, tout en confirmant l’existence de ces discussions.

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Imouraren, un désastre annoncé ! Communiqué

du 4 mai 2009

4 mai 2009 : Communiqués du Collectif

Communiqué en PDF pdf-icon

Ce 4 mai 2009, AREVA et les autorités nigériennes inaugurent l’exploitation uranifère d’Imouraren, le plus grand projet industriel jamais envisagé au Niger. Plus importante mine d’uranium d’Afrique et deuxième au monde, Imouraren devrait voir se prolonger le scandale de l’exploitation de l’uranium nigérien.

Anne Lauvergeon, présidente du groupe français, Mamadou Tandja, président nigérien et l’ambassadeur de France au Niger, font le déplacement.

Cette inauguration a lieu un mois après la venue du président Nicolas Sarkozy à Niamey, le 27 mars, pour consacrer l’accord entre le gouvernement nigérien et AREVA signé en janvier 2009 et quelques semaine après l’acceptation de pourparlers par le gouvernement nigérien avec la rébellion sévissant au Nord Niger depuis février 2007. En somme, tous les acteurs politiques semblent avoir œuvré pour démarrer rapidement l’activité de la mine.

Le Collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger s’inquiète quant aux conditions de mise en œuvre de ce projet, au niveau écologique, économique et social. En effet, AREVA (ex-COGEMA) exploite l’uranium au Niger depuis 1968, exploitation qui ne contribue ni au développement du pays ni à l’amélioration du niveau de vie des Nigériens et qui a des conséquences sanitaires et sociales désastreuses pour la population locale (à majorité touareg) et pour l’environnement.

La relation bien particulière de la France avec le Niger avait permis par le passé un accès exclusif à l’uranium à un prix ridicule, grâce à un accord signé en 1961. Le contrat d’Imouraren reste dans la même lignée : le gouvernement nigérien n’a que 33% des parts de la société d’exploitation tandis que le prix d’achat de l’uranium reste bien en deçà des cours du marché international.

Quant aux conséquences au niveau local, les mesures de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) de 2004 et 2005 montrent que les eaux distribuées dans la ville minière d’Arlit où opère AREVA ne sont pas aux normes de potabilité, avec un taux de contamination dépassant de 7 à 110 fois les recommandations de l’OMS. La surconsommation d’eau nécessaire aux mines contribue à l’épuisement accéléré des ressources fossiles dans une région qui en manque cruellement.

Selon la CRIIRAD encore, d’énormes masses de déchets radioactifs, dits improprement « stériles », et des boues radioactives générant des poussières et des gaz comme le radon sont laissées à l’air libre. Un « stérile » a même été identifié à l’entrée de l’hôpital d’Arlit ! Pire, des ferrailles contaminées sont utilisées par la population, l’exposant ainsi directement à la radioactivité.

Alors que la société civile nigérienne (notamment l’association Aghir In Man, le réseau ROTAB, …) a alerté AREVA et les responsables politiques nigériens sur la question, rien n’a été fait pour revoir la gestion de ces sites uranifères faite au mépris des populations. Il y a fort à craindre qu’AREVA s’apprête à reproduire les mêmes conditions d’exploitation à Imouraren, une mine à ciel ouvert beaucoup plus étendue, située à proximité de zones habités et de zones de pâturages primordiales pour les populations locales. Rien que du fait des simples explorations précédant la future extraction, le site de la mine a d’ores et déjà un taux de radioactivité particulièrement élevé. Les résultats de l’étude d’impact réalisée par AREVA sont quasi confidentiels et aucune contre-expertise scientifique indépendante garantissant la fiabilité des données n’existe, ce qu’ont pourtant exigé la société civile et des responsables locaux.

Les enjeux liés à l’eau, à l’accès à la terre et aux conséquences sociales ne semblent pas non plus faire partie des préoccupations du gouvernement français. De même, les décisions liées au nucléaire sont discrétionnaires et émanent directement de l’Élysée. Ainsi, l’exploitation de l’uranium au Niger se trouve dans une double opacité.

Pour obtenir le contrat d’Imouraren au Niger, Paris a évité d’évoquer les questions qui fâchent relatives aux exactions de l’armée nigérienne au Nord Niger constatées par l’ONU ou de revenir sur l’éventuelle prolongation du mandat du président nigérien, qui serait anticonstitutionnelle, alors que les élections présidentielles sont prévues en décembre 2009.

Le Collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger demande, pour le site d’Imouraren, qu’AREVA et le gouvernement nigérien assurent
– un moratoire sur la mise en exploitation de la mine tant qu’une étude d’impact indépendante n’aura pas été faite et n’aura pas rendu ses conclusions.
– la reconnaissance et la réparation par AREVA des dommages sociaux et environnementaux que ses exploitations ont commis au Niger.
– la mise en oeuvre de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) dès mars 2010 comme annoncé par le gouvernement nigérien pour que la population bénéficie effectivement de l’exploitation des ressources naturelles – que tous les travailleurs de la mine ET les populations vivant à proximité de l’exploitation bénéficient d’un examen médical complet, d’une évaluation rétrospective des doses subies et de l’inscription dans un programme de suivi sanitaire à long terme réalisé par des organismes médicaux compétents et indépendants.
– que des taxes parafiscales, comme il en existe en France, soient prélevées et confiées à un organisme de gestion spécialisé et indépendant pour la remise en état des sites après extraction et pour une gestion saine, équitable et concertée des ressources en eau.

Le Collectif : %Attac – Cedetim – CNT – Collectif Tchinaghen – Les Verts – NPA – Réseau Sortir du Nucléaire – Sud Energie/Solidaires – Survie – Via Campesina

Contacts presse : Anne Roussel – roussel_annesimone@yahoo.fr – 06 62 56 96 13 (Collectif Tchinaghen) Samira Clady – clady.samira@neuf.fr – 06 85 05 07 74 (Collectif Tchinaghen) Stéphanie Dubois de Prisque - stephanie.duboisdeprisque@survie.org – 01 44 61 03 25 (Survie)

Les observatoires de santé d’AREVA au Niger et

au Gabon : Payer (un peu) pour polluer

librement

24 juin 2009 : Communiqués du Collectif

Communiqué du 29 juin 2009

Communiqué en PDF pdf-icon

090514_areva.jpgLe 19 juin dernier, AREVA a annoncé la mise en œuvre d’Observatoires de la Santé sur ses différents sites miniers, en particulier au Gabon puis au Niger, en accord avec des associations (Médecins Du Monde, Sherpa).

Cet accord intervient peu après l’inauguration de la gigantesque mine d’Imouraren au Niger, dont l’exploitation fait craindre desconséquences désastreuses. Conséquences déjà bien visibles autour d’autres mines que la COGEMA, devenue AREVA, exploitent depuis 40 ans à Arlit.

Des organisations et des autorités locales y dénoncent depuis des années lesravages sanitaires, sociaux et environnementaux causés par AREVA. Car ce sont non seulement les travailleurs des mines, mais aussi les quelque 60.000 habitants de la ville d’Arlit qui sont potentiellement touchés par la pollution de l’eau et vivent au contact de matériaux et résidus miniers radioactifs ou pollués par la radioactivité – ainsi, des stériles sont laissés à l’air libre, même à proximité de l’hôpital.

AREVA a toujours ignoré les revendications des populations réclamant des mesures pour réduire les dégâts causés par l’exploitation uranifère, à l’exception d’actions mineures (normes de sécurité pour les travailleurs des mines, récupération de matériaux contaminés utilisés par les habitants d’Arlit).

L’accord signé le 19 juin viserait à indemniser les seuls travailleurs des mines qui en font la demande et pouvant prouver les liens entre leur maladie et leur activité ; à faire apparaître les évolutions de l’état de santé des populations locales ; à « faire des propositions pour l’amélioration de l’hygiène et de la sécurité sanitaire des sites miniers ». Mais cet accord soulève de nombreuses questions sur sa mise en œuvre :

  • Areva est omniprésente dans ces observatoires. Elle est aussi l’unique pourvoyeur de fonds de ce projet. N’est-elle donc pas juge et partie ? Ces observatoires de la santé peuvent-ils alors travailler en toute indépendance ?
  • Comment ces observatoires peuvent-ils afficher un objectif d’indemnisation et passer outre tout engagement relatif à l’information sur la possibilité d’être indemnisé, à la prévention, ou à la sensibilisation des populations sur les risques sanitaires ?
  • AREVA peut-elle donc décider elle-même de l’indemnisation des dégâts dont elle est responsable ? N’est-ce pas le rôle d’une autorité judiciaire indépendante ?
  • L’accord parle d’ « impact éventuel » des activités minières alors que l’impact sanitaire et environnemental (traitement des déchets, l’emprise sur les ressources en eau …) a déjà été documenté. Faut-il attendre que des personnes soient déclarées malades pour s’en alarmer ? Pourquoi cet accord ne part-il pas du principe de précaution ?

Il apparaît donc que la mise en place de ces observatoires de la santé s’inscrit davantage dans une opération de communication destinée à redorer l’image désastreuse d’AREVA qui communique massivement sur le « développement durable » et l’« énergie propre ».

Areva trompe aussi l’opinion publique en séparant la question sanitaire de la question environnementale, comme si l’une et l’autre n’étaient pas inextricablement liées. Au Niger, AREVA continue donc à exploiter l’uranium sans se soucier de la pollution qu’elle engendre. Elle continue à épuiser les ressources hydriques dans une région qui en manque cruellement.

Cet accord apporte également une caution sociale à AREVA, ce qui devraitfaciliter l’obtention d’un financement du projet d’Imouraren par la Banque Européenne d’Investissement (BEI) à hauteur de 1,2 milliards d’euros. Une décision qui devrait tomber dans les prochaines semaines !

Par cet accord, AREVA tente également de se dégager de sa responsabilité pénale et civile à moindre coût. Cet accord limité à la santé des seuls travailleurs des mines (et non des populations) devrait concerner, annuellement pour le Niger, entre 15 et 30 personnes.

Contacts presse :

Tchinaghen : Samira Clady – clady.samira@neuf.fr – 06 85 05 07 74

Survie : Olivier Thimonier – olivier.thimonier@survie.org – 01 44 61 03 25

Malgré la crise politique, le business continue -

Pollution et pillage de la ressource en eau au

nord du pays

Le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » organise, avec le soutien de Mr Noël Mamère une Conférence de Presse le 21 octobre 2009 à l’Assemblée Nationale.

Le Niger vit actuellement une très grave crise institutionnelle : coup d’Etat constitutionnel du président Mamadou Tandja ayant organisé un référendum pour se maintenir au pouvoir. Des élections législatives auront lieu le 20 octobre 2009 avec le but d’asseoir le nouveau régime ; scrutin majoritairement boycotté par les partis d’opposition.
La communauté internationale s’est trop faiblement émue de la situation. La France, quant à elle, a une position particulièrement ambiguë qui s’explique par ses énormes enjeux sur place : l’exploitation de l’uranium par AREVA.

logo.gifAvec ce durcissement du régime, la lutte de la société civile pour une amélioration des conditions d’exploitation de l’uranium risque d’être de plus en plus difficile. Dans ce contexte, notre Collectif AREVA souhaite porter l’attention sur la question sensible des conséquences de cette industrie sur les ressources en eau au Nord Niger.

Parmi les multiples conséquences (spoliation des terres agro-pastorales exploitées par les populations locales, la destruction de la faune et de la flore, la contamination radioactive de l’air), l’exploitation de l’uranium provoque unecontamination radioactive des ressources en eau ainsi que l’épuisement et la pollution des deux nappes phréatiques fossiles de la région d’Agadez. Cette eau assurait jusqu’ici la survie des populations locales. En effet, depuis des millénaires les populations nomades fréquentent l’immense plaine de l’Irhazer où elles trouvent et gèrent traditionnellement les ressources nécessaires à l’économie pastorale.

Loin d’avoir amélioré le niveau de vie des populations – le Niger deuxième producteur mondial d’uranium figure à la dernière place de l’IDH – les sociétés minières, avides d’eau, pillent inconsidérément les nappes phréatiques non renouvelables de la région. Les compagnies uranifères ne s’inquiètent guère de cette catastrophe annoncée : une fois les gisements d’uranium épuisés et l’eau tarie, elles quitteront cette région dévastée pour piller ailleurs. L’avenir de toute une population, les impératifs de protection de l’environnement et de la santé sont donc sacrifiés au profit de la seule logique des profits à court terme par AREVA en particulier, avec l’aval du président nigérien, qui distribue à tout va les concessions minières.

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AREVA ne fera pas la loi au Niger –

Communiqué

de Presse du 21 octobre 2009

A l’occasion des élections législatives nigériennes du 20 octobre 2009, le Collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger a tenu une conférence de presse hier, mercredi 21 octobre 2009 à l’Assemblée Nationale.

Dans le contexte actuel de durcissement du pouvoir, l’émergence d’un débat démocratique autour des questions minières et la lutte de la société civile sur les conditions d’exploitation de l’uranium étant de plus en plus difficile, notre Collectif a porté l’attention sur la question sensible des conséquences de cette industrie sur les ressources en eau. 

Le Niger vit une très grave crise : un coup d’Etat constitutionnel du président Mamadou Tandja qui, passant outre les règles de la démocratie parlementaire, a organisé le 4 août dernier, un référendum pour se maintenir au pouvoir. Les élections législatives du 20 octobre 2009 avaient pour seul but d’asseoir le nouveau régime et de parachever son coup d’Etat. Le scrutin a été majoritairement boycotté par les partis d’opposition et la population. En effet, en tenant ces législatives le chef de l’Etat a finalisé son plan de confiscation du pouvoir passant outre l’élection présidentielle prévue fin 2009 et usant de moyens disproportionnés et insidieux lui permettant de réduire à néant toute opposition.

Après s’être trop faiblement émue de cette situation, la communauté internationale a réagi fermement : La Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a « suspendu » le Niger « jusqu’à ce que la légalité constitutionnelle soit rétablie », et a alerté l’Union Africaine ; l’Union Européenne menace de suspendre son aide au développement conformément aux prescriptions de l’article 96 des accords de Cotonou, en laissant toutefois place aux négociations. Quant à la France, elle a maintenu une position particulièrement ambiguë jusqu’à la veille des élections législatives, contribuant à l’attentisme général. Cette attitude revient à cautionner le coup d’Etat constitutionnel et à contribuer à la normalisation d’une situation illégale. A nouveau, la France privilégie ses intérêts économiques sur la promotion de la démocratie et le respect de l’Etat de droit. En effet l’exploitation de l’uranium par AREVA se poursuit et la mise en exploitation de la mine d’Imouraren lui offre d’énormes perspectives.

Cette exploitation uranifère au nord du pays conduit à la contamination des ressources en eau et à l’épuisement et la pollution des deux grandes nappes phréatiques fossiles de la région d’Agadez, qui assuraient jusqu’ici la survie des populations locales. Cela est tout aussi dramatique que la spoliation des terres agro-pastorales exploitées par les populations locales, la destruction de la faune et de la flore ou la contamination radioactive de l’air dues à cette même industrie.

Depuis des millénaires les populations nomades fréquentent l’immense plaine de l’Irhazer et gèrent de façon traditionnelle les ressources nécessaires à l’économie pastorale. L’aquifère des grès d’Agadez, seule ressource en eau de cette plaine, est fossile. Or la région regorge d’uranium, qui est en partie déjà exploité par l’industrie uranifère avide d’eau : ce réservoir est fortement menacé par l’octroi anomique de concessions minières et par l’exploitation en cours et se vide inexorablement. Cela ne perturbe aucunement les sociétés minières dont le comportement se résume à « prendre, polluer et partir ».

Les quantités quotidiennes d’eau consommée par les miniers sont effarantes :

  • 10.000 m3/j sont prélevés à Rharous depuis 1980, pour les mines de charbon (qui alimente en électricité les installations d’Areva à Arlit).
  • 20.000 m3/j sont prévus par AREVA, pour sa nouvelle exploitation uranifère d’Imouraren,
  • 4000 m3/j sont prélevés pour la mine d’uranium d’Azelik, exploitée par une compagnie chinoise.
En comparaison : moins de 2 000 m3 par an et par habitant sont consommés dans les pays où les ressources en eau sont faibles.

Et ce n’est pas tout : les sociétés COMINAK et SOMAÏR (filiales d’AREVA) qui exploitent les mines d’Arlit envisagent d’utiliser un pipe line de 30 km et de déplacer leurs pompages vers l’ouest c’est-à-dire dans la nappe des grès d’Agadez ! En effet, ils ont déjà épuisé à 70% la nappe phréatique carbonifère qui se trouve plus au nord, à raison de 22 000 m3/j depuis 38 ans.

Le prélèvement actuel est de 25 millions de m3 d’eau par an. Ce calcul est non exhaustif car il ne tient pas compte de l’accroissement exponentiel de la délivrance des permis d’exploitation de l’uranium, du futur projet des salines de Tédikelt et de projets pharaoniques d’irrigation. A ce rythme là, on peut s’attendre au dénoyage, c’est à dire à l’épuisement complet de toute la partie ouest de l’aquifère d’ici 40 ans.

Les effets pervers de l’exploitation uranifère : loin d’avoir amélioré le niveau de vie des populations, elle condamne leur avenir à moyen terme

Le Niger deuxième producteur mondial d’uranium figure paradoxalement à la dernière place de l’IDH. Les populations nigériennes victimes d’un pillage organisé des ressources naturelles, y compris de l’eau ressource vitale, récoltent désordres et désolation et non pas les richesses émanant de cette industrie stratégique et très lucrative. Les compagnies minières ne s’inquiètent guère de cette catastrophe annoncée : une fois les gisements d’uranium épuisés, une fois l’eau épuisée, la région ne présentera plus d’intérêt pour elles et leurs actionnaires. Ils quitteront cette région dévastée, désormais impropre au tourisme et à l’économie pastorale et sans développement pour aller piller ailleurs. L’avenir de toute une population, les impératifs de protection de l’environnement et de la santé, sont sacrifiés sur l’autel des profits à court et moyen terme.

À l’heure où la notion de « développement durable », admise par tant d’occidentaux, est mise en avant, le nucléaire, est présenté par les industriels, dont AREVA, comme une énergie « propre ». Or l’extraction de l’uranium est terriblement polluante et dangereuse puisqu’elle s’attaque à l’homme et ses ressources hydriques vitales et épuisables. Il est hypocrite de nous vendre une énergie prétendue sans effets négatifs et sans conséquences, alors que loin de nous des populations, aux conditions de vie déjà très précaires, en souffrent et en meurent.

Nos revendications :

Nous demandons instamment, pour l’exploitation de l’uranium au Niger, le respect des droits de l’homme et des règles de transparence fixées dans le cadre de l’initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE) à laquelle le Niger a adhéré en mars 2005 ainsi que la fixation de normes sociales et environnementales, notamment sur l’eau et la mise en œuvre d’organismes indépendants de contrôle qui sanctionnent leurs manquements.

Le détail de nos revendications ICI.

Contacts presse : arevaneferapaslaloi@gmail.com

L’épopée d’AREVA en Afrique – Une face cachée

du nucléaire français

22 fév 2012 : General

Sortie du Dossier Noir n°24

Areva

Communiqué, le 15 février 2012

L’Association Survie et les Editions Agone publient « AREVA en Afrique – une face cachée du nucléaire français », un Dossier Noir écrit par Raphaël Granvaud. Sa sortie, pour demain en librairie, s’accompagnera de mobilisations organisées en partenariat avec le Réseau Sortir du nucléaire. Les enjeux majeurs abordés dans l’ouvrage ont été présentés à la presse le 9 février par l’auteur et des représentants de Survie, de Sortir du nucléaire et de la société civile gabonaise.

« AREVA a pris une part très importante dans la politique du président Sarkozy de promotion des intérêts français en Afrique. Nous avons souhaité nous concentrer sur cette entreprise, qui est au cœur du système de la Françafrique et sur ses imbrications diplomatiques, politiques, militaires, et qui appartient pour l’essentiel à l’État français et donc aux contribuables » introduit Fabrice Tarrit, le président de Survie.

« Le but de ce Dossier Noir, explique Raphaël Granvaud, c’est d’en finir avec le mythe de « l’indépendance énergétique », leitmotiv que l’on retrouve dans 40 ans de discours des autorités politiques françaises. » Ce mythe repose sur diverses manipulations statistiques, dont la principale est « la question des importations d’uranium qui ne sont pas considérées comme importation énergétique dans les statistiques officielles. (…) Cela va de pair avec une occultation de la part de l’Afrique dans toute l’histoire du développement du nucléaire français, depuis les origines », comme si la France se considérait toujours propriétaire du sous-sol de ses anciennes colonies. Pourtant, depuis 2001, elle importe la totalité de son uranium et environ 30% provient du sous-sol nigérien, exploité par les filiales d’AREVA.

Si la France a très largement profité de l’uranium, en cooptant des régimes autoritaires qui le lui fournissaient au meilleur prix, pour l’auteur « le Niger n’a hérité que d’une triple catastrophe : une catastrophe environnementale, une catastrophe sanitaire et une catastrophe sociale. » Selon diverses ONG, seulement 12 % de la valeur de l’uranium produit sur son sol est revenu au Niger. Alors que le Niger éclaire une ampoule française sur trois, il importe son électricité du Nigeria, et la majorité des Nigériens n’y ont même pas accès.

Pour la porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », Opale Crivello, « AREVA refuse d’assumer ses responsabilités. » Suite à l’exploitation de 210 mines entre 1946 et 2001 dans plus de 25 départements français par la COGEMA (AREVA), il reste 300 millions de tonnes de déchets d’uranium abandonnés. En outre l’IRSN1 est formel : les travailleurs de l’uranium meurent plus tôt et développent des cancers des poumons et des reins. Et ce sort n’est pas réservé aux seuls mineurs. « AREVA rétorque que pour le moment, il n’y a pas encore eu de pathologies en lien avec la radioactivité. C’est faux ! AREVA sait très bien ce qu’endurent et ce qu’encourent les populations au Niger. Face à ce scandale et vu du retour d’expérience français, nous avons le devoir d’agir pour dénoncer ces pratiques au Niger », conclut Opale Crivello.

Ancien directeur diocésain de Caritas Gabon, Bruno Ondo apporte un témoignage éclairant : « pendant 40 ans, 2 millions de tonnes de déchets radioactifs ont été déversées dans les cours d’eau et 4 millions de tonnes dans les carrières abandonnés » aux alentours des mines uranifères exploitées par la filiale gabonaise de la COGEMA. Treize ans après la fermeture du site de Mounana, les riverains et les anciens mineurs subissent toujours les conséquences. « Les zones interdites2 à cause du taux de radioactivité se trouvent à l’intérieur du champ d’activité des populations : là où les gens viennent tremper le manioc, où elles vont faire de la pêche, à proximité des habitations. (…) Le prix véritable de l’uranium, c’est celui payé par les populations ! ». Suite aux pressions de la société civile, des observatoires de la santé ont été lancés par le gouvernement gabonais et par AREVA mais jusqu’à aujourd’hui « cet observatoire n’existe que de nom (…)».

Alors qu’AREVA pourrait bien ouvrir de nouvelles exploitations uranifères au Gabon, Bruno Ondo conclut avec colère : « A-t-on le droit de laisser revenir Areva au Gabon ? ». Cette question fera partie intégrante des nombreuses conférences, interpellations de décideurs qui, partout en France, accompagneront la sortie de l’ouvrage à partir du 16 février, dans un contexte de fort débat politique sur la place et le coût du nucléaire, et sur les agissements de l’entreprise AREVA elle-même.

icone-videoVoir les 4 vidéos de la conférence de presse sur ICI

Contact presse :

Stéphanie Dubois de Prisque
Chargée de communication
stephanie.duboisdeprisque@survie.org
01 44 61 03 25

Opale Crivello
Chargée de communication et des relations presse
opale.crivello@sortirdunucleaire.fr
06 64 66 01 23

1 IRSN = Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire
2 Du fait de la radioactivité

Carte Interactive sur le site de Survie – Cliquez sur la carte :
carteareva-ffb52

UNE RÉGION PILLÉE, UN PEUPLE SACRIFIÉ

Téléchargez le communiqué unitaire du collectif au format PDF : Une région pillée, un peuple sacrifié

Climat explosif à prévoir dans la campagne électorale.
Un militant alter-mondialiste originaire du Niger, Mamane Sani Adamou, a accusé jeudi à Nairobi, au Kenya, le groupe français AREVA de piller les ressources minières de son pays.

Selon lui, le groupe nucléaire français, leader dans son domaine, serait le principal bénéficiaire de la vente de plus de 100000 tonnes d’uranium extraites dans le nord du Niger.

Mais l’affaire va plus loin désormais puisque les ONG nigériennes se sont unies à des organisations françaises en vue de mettre leurs efforts en commun pour obtenir que le dossier de l’uranium nigérien exploité par AREVA soit débattu durant la campagne pour l’élection présidentielle.

Au delà de l’aspect financier, c’est également les conséquences de l’exploitation des mines sur la santé des employés locaux qui sont également pointées du doigt. Ne pas oublier toutefois qu’une telle kabbale pourrait servir les intérêts des concurrents de AREVA qui ne verraient pas d’un très bon oeil d’éventuelles négociations avec l’Iran.

I – Une ONG du Niger attaque AREVA

Selon Mamane Sani Adamou, quelque 2.500 milliards de FCFA auraient été encaissés par AREVA au titre de la vente d’uranium produit par les mines nigériennes, mais sur ce montant, le Niger n’aurait eu “que des miettes”. « Pour un kilogramme d’uranium vendu à 100 euros, mon pays n’a droit qu’à 30 euros », a affirmé M. Adamou, participant à Nairobi au septième Forum Social Mondial consacré « au pillage des ressources minières en Afrique ». Représentant l’ONG nigérienne Alternatives Espaces Citoyens, il a regretté la perte de la souveraineté de son pays sur son uranium.

« L’uranium est produit dans les mines du Niger, mais c’est AREVA qui choisit exclusivement les acheteurs. Le groupe français, qui achète au Niger l’uranium à un prix fixe, peut le revendre au cours du marché mondial sans ajuster la part qui revient à la partie nigérienne », a-t-il déploré. « Nous sommes à l’évidence dans un type de rapport néo-coloniale », a ajouté M. Adamou, dénonçant la « connivence » des dirigeants politiques nigériens avec les intérêts français. « Tous savent que le Niger est lésé dans la répartition des revenus de l’uranium, mais personne ne peut lever petit doigt pour interpeller AREVA », a- t-il affirmé.

« La classe politique nigérienne n’a pas oublié que Diori Hamani (le premier président du pays) a été renversé par un coup d’Etat, en 1975, pour avoir voulu remettre en cause la main mise de la France sur l’uranium nigérien », a poursuivi le militant alter-mondialiste.

Soulignant les dangers environnementaux que représentent les conditions actuelles d’exploitation de l’uranium au Niger, il a assuré que la société civile de son pays « fera tout pour que l’uranium profite d’abord aux Nigériens ». Deux ONG français ont récemment publié des études montrant que l’exploitation des mines d’uranium nigériennes présente des dangers pour la santé des populations et pour l’environnement.

« Nous, organisations de la société civile nigérienne, n’avons aucune intention de laisser les choses se perpétuer. Notre pays a été délesté depuis des années de plusieurs milliards de FCFA des recettes alors qu’il est l’un des plus pauvres au monde. Nous allons développer une résistance citoyenne », a déclaré M. Adamou.

II – Le problème pourrait faire irruption dans la campagne

« Nous allons construire un agenda commun avec nos partenaires français pour obtenir que le problème de l’uranium nigérien soit débattu pendant la présidentielle française. Les citoyens français doivent être informés sur ce dossier », a déclaré Abdourhamane Ousmane de l’ONG nigérienne « Alternatives Espaces citoyens ».

Il a rappelé les relations de travail sur le dossier de l’uranium entre, d’une part, la Société civile nigérienne et, d’autre part, Sherpa et la CRIIRAD, deux ONG françaises qui étaient venues en 2004 procéder à des enquêtes de radioactivité dans le nord du Niger.

« Les militants de la société civile française que nous avons rencontrés au dernier Forum Social Mondial de Nairobi ont été très sensibles à nos arguments. Ils sont d’accord pour que nous saisissions ensemble l’opportunité de la présidentielle en France », a affirmé M. Ousmane.

Présentant l’exploitation de l’uranium nigérien comme « un véritable drame » économique, social et politique, le responsable de « Alternatives Espaces citoyens » a assuré que la société civile nigérienne entend se battre « pour rétablir la souveraineté du pays sur ses ressources minières ».

« En 36 ans d’exploitation de notre uranium, AREVA a réalisé un bénéfice de près de 2.500 milliards de FCFA. Dans le même temps, le Niger est le dernier pays du monde en terme d’Indice du développement humain (IDH) depuis 4 années consécutives. Il y a donc des choses qui ne vont pas dans les relations entre AREVA et le Niger. Le peuple français doit le savoir afin de d’exercer des pressions pour un autre type de relations entre la France et ses anciennes colonies », a-t-il insisté.

III – AREVA veut doubler la production d’uranium du Niger

Anne Lauvergeon, la présidente du directoire du groupe AREVA a déclaré début décembre que le groupe qu’elle dirige espérait, à l’avenir, »doubler la production minière du Niger et faire de lui, l’un des premiers pays exportateurs d’uranium.

Déjà à l’époque, je supputai que la nouvelle risquait de faire réagir maintes ONG, compte-tenu des dégats constatés sur la santé de la population locale du fait de l’exploitation minière.

Lors d’un point de presse à Niamey sur les activités de AREVA dans le secteur minier au Niger depuis 35 ans, Mme Lauvergeon avait affirmé que le groupe Areva a extrait au Niger la 100.000ème tonne. Le groupe compte continuer l’exploration et l’exploitation de nouvelles possibilités d’extraction de l’uranium.

Avec 5 milliards de francs par an, AREVA, avec ses trois licences sur les sites de la Cominak, la Somair et Anou Araren, s’est engagé à accroître ses investissements en vue d’augmenter les volumes extraits.

Le groupe industriel AREVA est présent au Niger depuis près de 50 ans où, en partenariat avec le Niger, il crée les sociétés minières Somair et Cominak. AREVA a depuis octobre 2004 réactivé l’établissement « AREVA NC Niger » pour la recherche minière dans le domaine de l’uranium.

Pour rappel, le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium (8 % loin derrière le Canada et l’Australie) et pourtant c’est un des pays les plus pauvres du monde où 70 % de la population avait moins de 20 ans en 2005. L’uranium représente aujourd’hui environs 35 % des exportations du Niger(80 % en 1970), 5% du PNB sans compter toutes les activités induites : sous-traitants, commerce, artisanat, tacherons… C’est à la fin des années soixante que la Somaïr (société des mines de l’Aïr) commence l’exploitation d’un gisement de minerai d’uranium, puis la Cominak en 1974 à Akokan.

A travers sa filiale, la COGEMA, le groupe français AREVA contrôle 65% de la Société Minière de l’Aïr (Somaïr) et 34% de la Compagnie Minière d’Akouta. L’uranium produit dans ces deux mines est transporté sous sa forme brute par camions vers le port de Cotonou (Bénin) puis embarqué par la voie maritime vers les usines de Narbonne, dans le Sud-Ouest de la France. Le choix des acheteurs de l’uranium nigérien et la fixation de son prix sur le marché international sont du ressort exclusif du groupe français, en vertu d’une convention signée en 1967 entre le Niger et la France.

Niger : pourquoi les rebelles touareg se battent

  • Par Jean-Luc Manaud

    1
    Dans le nord du pays, où sont concentrées les mines d’uranium et où le groupe français AREVA est solidement implanté, les hommes bleus affrontent l’armée régulière. Nos reporters ont passé plusieurs jours à leurs côtés, dans le désert. Reportage publié dans VSD n°1594 (du 12 au 19 mars 2008). Une guérilla réactivée. Un combattant touareg du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) exhibe son armement. Sur la bordure est du massif de l’Aïr, au nord du Niger, les Touareg sont environ 800 000. À l’ouest, leur territoire recèle l’une des provinces uranifères les plus riches du monde.

    Dans le nord du pays, où sont concentrées les mines et où le groupe français AREVA est solidement implanté, les hommes bleus affrontent l’armée régulière. Nos reporters ont passé plusieurs jours à leurs côtés, dans le désert.

    Camions carbonisés, murs criblés de balles, obus éparpillés : l’oasis de Tazerzait a conservé le décor apocalyptique de la bataille la plus emblématique de la guérilla du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) face à l’armée nigérienne. C’est en haut de ces dunes que, en juin dernier, les MNJ ont attaqué quatre-vingts militaires postés dans une petite école de brousse. Bilan : quatorze tués, trente blessés et une trentaine de prisonniers. Le MNJ ne déplore qu’un mort dans ses rangs. L’escarmouche a non seulement permis à la guérilla de se fournir en armes lourdes, de faire parler d’elle au niveau international, mais aussi de se venger : quelques jours avant la bataille de Tazerzait, trois vieillards avaient été massacrés par l’armée régulière, leurs cadavres découpés en morceaux et plusieurs dromadaires avaient été abattus.

    Des frontières tracées au mépris des ethnies

    Depuis un an, la guérilla harcèle les soldats nigériens car les Touareg voudraient toucher leur part des millions d’euros provenant de l’exploitation des mines d’uranium situées dans le Nord, où ils vivent. Ce conflit fait resurgir l’éternelle opposition entre les éleveurs nomades berbères touareg du Nord, anciens trafiquants d’esclaves, et les ethnies noires et sédentaires du Sud, détentrices du pouvoir économique et politique de Niamey, dans un Niger aux frontières tracées au mépris des ethnies par les colonisateurs français.

    Le MNJ a ­attaqué une caserne à Iferouane, dans l’extrême nord du pays, faisant quarante-cinq morts et de nombreux blessés. Il s’en est ensuite pris à l’aéroport d’Agadez, ainsi qu’à un escadron de l’armée, tuant treize soldats et faisant quarante et un prisonniers. En avril, il lançait une offensive sur le site de recherches d’uranium d’AREVA, à Imouraren, à 80 kilomètres ­d’Arlit. Autant d’opérations destinées à voler des armes et les indispensables pick-up Toyota.

    Près du puits de Tazerzait financé par feu Mano Dayak, leader de la première guérilla dans les années quatre-vingt-dix, ne vit plus qu’une famille. Les autres ont fui les exactions des militaires. Tout comme les touristes, qui offraient aux Touareg d’importantes sources de revenus. « Sur ces dunes, à Noël, tu pouvais voir une centaine de tentes de voyageurs », déplore un guérillero. Au milieu d’une trentaine de chèvres qui broutent dans le sable et une ­dizaine d’enfants, une femme pile le mil. Son mari, Illa Hamid, 55 ans et bouc blanc, a repris la kalachnikov : « Sous ma tente, je n’ai que de la poussière. Alors que je sais qu’il y a de l’eau, du pétrole, de l’uranium. Mais l’état ne fait rien pour la population », déplore-t-il. Son constat est d’autant plus amer qu’il sait que les cours de l’uranium n’ont jamais été aussi hauts et que les mines de la Somaïr et de la Cominak – des filiales d’AREVA – ont produit depuis 1970 plus de 100 000 tonnes d’uranium. Malgré cela, le Niger, quatrième producteur mondial, demeure l’un des pays les plus pauvres de la planète.

    « Les Français donnent des milliards à des incapables ! » s’enflam-me Mohammed Autchiki, sexa-génaire, ancien étudiant à Montpellier et spécialiste des criquets. Il a laissé sa femme et ses quatre filles pour le maquis. « C’est avec nous qu’il faut traiter, car l’état ne peut pas protéger AREVA. Pour nous défendre, nous nous allierons avec le diable, à al-Qaida, s’il le faut ! » menace-t-il. Aghali Alambo, le chef du MNJ, précise : « On connaît les jours de passage des convois d’uranium de la mine d’Arlit à Agadez. »

    Enturbanné de bleu, l’homme ne dort jamais au même endroit et a fait de son Land Cruiser Toyota son quartier général. « On a des unités mobiles à 40 kilomètres de là. On contrôle tout l’Aïr, d’Agadez au massif du Tanga, soit presque 320 kilomètres. à partir de Tazerzait l’armée n’entre plus. » Tout le campement bruisse d’une prochaine embuscade. « Chaque trimestre, nous attaquons au moment de la relève de l’armée, entre Arlit et ­Iferouane. Ils ont besoin de cent cinquante véhicules et d’avions de reconnaissance pour passer. Mais, c’est notre territoire. Nous savons où et combien ils sont. Et même où est le responsable que l’on tue en premier. Ici, les montagnes ont des yeux et des oreilles. »

    “J’ai repris les armes parce que rien n’a changé”

    Devant le feu, Ahmed confie : « J’ai fait partie de la première rébellion [en 1991, NDLR]. J’ai repris les armes car rien n’a changé. » Et ce, malgré l’accord de paix de Ouagadougou signé en 1995 qui promettait « une large autonomie » de gestion des zones touareg et la reconversion socio-économique des rebelles. « à part une vingtaine de cadres de la guérilla recasés, les autres n’ont rien obtenu », explique Aghali Alambo. « On a des capitaines et des sous-­officiers de très grande valeur qui n’ont jamais pu devenir mieux que guides de l’armée. Trois mille combattants attendaient la réinsertion. Le gouvernement a offert de l’argent. Mais tous espéraient des emplois qui ne sont pas venus. Même les préfets d’Agadez ou d’Arlit ne sont pas touareg alors que c’est notre territoire ! AREVA exige des brevets pour ses chauffeurs, mais les Touareg, même sans diplôme, conduisent mieux que n’importe qui dans le désert », ­sourit-il, assis dans son 4 x 4 qu’il conduit lui-même dans les dunes, un lance-roquettes calé sous la banquette arrière.

    Plus tard, autour d’un plat de riz, Mohammed mâche moins ses mots : « Ces gens-là (à Niamey) ne comprennent que les armes. Ils disent que nous sommes des bandits : avant, oui. Mais tout le monde l’était ! Ils nous traitent de terroristes ? Mais ce sont eux qui tirent sur les civils. Ils nous traitent de lâches, alors que vivre dans le désert tient de l’héroïsme. »

    Aujourd’hui, le MNJ revendique « dix compagnies, soit deux mille quatre cents hommes », selon son chef. Mais les trois ou quatre cents guérilleros croisés dans le désert sont sous-équipés. Chaque pick-up, regroupant douze soldats et un chauffeur n’a souvent pas plus de deux fusils d’assaut. « Rappelez-vous que nous avons déjà cinquante véhicules [dotés de mitrailleuses lourdes]. Il n’en a fallu que trente pour menacer le Tchad », corrige Alambo. Assez, selon lui, pour exiger que 90 % des emplois des sociétés minières soient attribués aux Touareg et que ces sociétés injectent 50 % de leurs revenus dans des programmes de développement de la région d’Agadez, une des plus déshéritées du Niger.

    « Si on menace nos intérêts, les Français savent de quoi les Touareg sont capables, poursuit le chef du MNJ. La France doit faire pression sur le gouvernement pour trouver une solution. Car même si Tandja [le président nigérien, NDLR] envoie des chars et des hélicos, ça ne se réglera pas. On en aura aussi. Et le sang coulera… »

    Antoine DE TOURNEMIRE 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 31 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

DEMANTELEMENT DE LA CENTRALE DE BRENNILIS: LA QUESTION DES DECHETS RADIOACTIFS TOURNE AU CASSE-TÊTE (Philippe COLLET / Actu-environnement) + BONUS INFONUCLEAIRE

Démantèlement de la centrale de Brennilis :

la question des déchets radioactifs

tourne au casse-tête

DEMANTELEMENT DE LA CENTRALE DE BRENNILIS: LA QUESTION DES DECHETS RADIOACTIFS TOURNE AU CASSE-TÊTE (Philippe COLLET / Actu-environnement) + BONUS INFONUCLEAIRE dans REFLEXIONS PERSONNELLES brennilisL’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) a rejeté le dossier de démantèlement complet déposé par EDF. En cause, l’absence de solution de stockage pour les déchets, suite à l’arrêt de la construction de l’ICEDA sur la centrale du Bugey. Une situation qui pourrait s’éterniser.

Démantèlement de la centrale de Brennilis : la question des déchets radioactifs tourne au casse-tête
© EDF
Lundi 22 octobre 2012, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) est revenue sur le motif justifiant son rejet du dossier de demande d’autorisation présenté par EDF pour le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère). Le stockage des déchets radioactifs de la centrale mise en service en 1965 et arrêtée en 1985 constitue le point noir du dossier. Actuellement, EDF dispose d’une autorisation de démantellement partielle concernant notamment les échangeurs de chaleur et les structures de la station de traitement des effluents.

Dossier incomplet

L’ASN, sollicitée par le Gouvernement pour se prononcer sur la recevabilité du dossier avant qu’il ne soit soumis à enquête publique, juge que « ce nouveau dossier ne permet pas d’appréhender tous les enjeux liés au projet de démantèlement : la construction de l’Installation de Conditionnement et d’Entreposage des Déchets Activés (ICEDA), bien que largement engagée à Bugey dans l’Ain, est en effet désormais à l’arrêt ».

Certes, « EDF a justifié la stratégie de démantèlement retenue », considère l’ASN, néanmoins elle« recommande au Gouvernement que ce dossier soit complété avant d’être à nouveau soumis à une enquête publique, afin qu’il prenne pleinement en compte l’avis de la commission d’enquête publique du 15 mars 2010″.

Au chapitre déchets radioactifs, l’avis de la commission d’enquête pointe tout particulièrement que « la quasi-totalité des opposants au projet de démantèlement ont souligné l’absence de lieu d’entreposage et de stockage pour les déchets de faible et moyenne activité (FMA) à vie longue ». Or, « la Commission Locale d’Information (CLI) exclut l’entreposage sur le site », indique l’avis, ajoutant que la CLI « sollicite des précisions sur la solution qui serait envisagée si « l’installation ICEDA n’était pas opérationnelle à la date indiquée » ». Sans grande surprise, « ceux qui souhaitent la reprise des opérations de démantèlement ne font pas état des problèmes de stockage, ni d’entreposage des déchets radioactifs », rapporte la commission d’enquête.

Pour sa part, la commission tranche et formule un avis particulièrement critique sur ce point. Rappelant que « démanteler consiste à déplacer la radioactivité sans la réduire », elle juge que « sans la certitude de mise en service opérationnelle de l’ICEDA pour l’entreposage, il n’est pas envisageable d’entreprendre les opérations de démantèlement du bloc réacteur ». Et de conclure : « Par conséquent, la commission d’enquête émet un avis défavorable à la production de déchets radioactifs classés FMA à vie longue et à vie courte à envoi différé et à leur entreposage sur le site ».

L’entreposage des déchets au point mort

Le démantèlement du réacteur de Brennilis devrait générer quelque 40 tonnes de déchets de moyenne activité à vie longue, issus du bloc réacteur, et environ 35 tonnes de déchet de faible et moyenne activité à vie courte à envoi différé. Autant de déchets qu’EDF escompte entreposer au Bugey en attendant que l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) trouve un site en vue du stockage définitif…

Or, comme le rappelle l’ASN, le projet ICEDA est arrêté depuis « l’annulation de son permis de construire, confirmée par la Cour Administrative de Lyon le 19 juin 2012« . Un horticulteur riverain de la centrale avait attaqué le permis de construire soutenant que le site du Bugey n’avait pas vocation à recevoir les déchets du démantèlement en cours de différents réacteurs français. Il s’agit là d’un changement total du projet initial, a plaidé l’avocat du plaignant qui a trouvé une faille dans le plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Vulbas (où est implanté le site) pour obtenir l’annulation du permis de construire. Le Tribunal Administratif de Lyon l’a suivi et a jugé le permis de construire non conforme au PLU qui interdit les occupations du sol « non liées » et  »nécessaires » au fonctionnement de la centrale.

Un simple contretemps ?

Contacté par Actu-environnement, EDF indique que la demande de complément d’information de l’ASN procède des discussions habituelles entre l’entreprise et l’autorité de régulation lors de l’instruction de tels dossiers. Un porte-parole indique qu’EDF attend de recevoir la demande d’information complémentaire, précisant qu’« EDF ne sait pas quelles pièces complémentaires devront être produites ».

Quant au retard pris dans la construction de l’ICEDA, ce même porte-parole explique que la commune a entrepris une modification du PLU afin de le rendre compatible avec la présence du site d’entreposage. Une fois le PLU modifié, l’entreprise entend déposer une nouvelle demande de permis de construire pour l’ICEDA. Le PLU devrait être modifié d’ici la fin de l’année, espère EDF qui compte obtenir le nouveau permis courant 2013 pour que l’ICEDA soit opérationnelle en 2015. Il ne s’agirait donc que d’un contretemps qui ferait perdre environ un an à l’entreprise.

Pour l’instant, tout au moins, car, comme le rappelle le porte-parole d’EDF ce calendrier tient « sans compter d’éventuels recours ». Là est le problème, puisqu’en juillet, l’exécutif du canton de Genève a déposé un recours auprès du Conseil d’Etat français contre l’ICEDA situé à 70 km de Genève. Si peu de détails sur les motifs du recours ont filtré, la Tribune de Genève révélait néanmoins que l’argument principal fait état d’un danger potentiel pour Genève et que le canton a particulièrement ciblé des failles administratives dans le dossier.

Philippe COLLET « Actu-environnement »            

A propos de Démantèlement…

brennilis AREVA dans REFLEXIONS PERSONNELLES
A propos de Brennilis: Contaminations, mensonges, opacité, illégalités… le dossier « exemplaire » de la centrale nucléaire des Monts d’Arrée, dans le Finistère. Trait d’Union n°37-38, novembre 2007, en PDF.
Impact radiologique de la centrale de Brennilis (CRIIRAD, 22 sept 2007, B. Chareyron)

En octobre 1996, un décret autorisait l’exploitant à procéder à la mise en confinement du bâtiment réacteur. Le démantèlement complet (dit de niveau 3) de l’installation ne devait intervenir qu’après un délai de 40 à 50 ans permettant de bénéficier de la réduction de l’activité des radionucléides à vie courte.

En 1999, les autorités recevaient la synthèse d’une étude EDF-CEA sur le démantèlement de niveau 3. L’étude mettait en évidence les avantages du démantèlement différé (délai de 40 ans à compter de la fin du démantèlement de niveau 2) que ce soit en termes de réduction de dose de rayonnement pour les intervenants, de gestion des déchets radioactifs et de coûts des travaux.

Début 2006, un décret opérait un changement complet de stratégie et autorisait EDF à procéder sans délai aux opérations de démantèlement complet du bâtiment réacteur. La décision était prise sans publication préalable de l’étude d’impact, sans passage par l’enquête publique et sans qu’aucune étude scientifique n’ait invalidé les conclusions de l’étude de 1999 et démontré l’avantage du démantèlement immédiat.

[...] Il faut porter à la décharge de la CLI que sa décision s’est très largement appuyée sur l’étude qu’elle a confiée à l’ACRO. Le cahier des charges établi par la CLI précisait qu’il s’agissait d’une mission d’expertise du dossier EDF mais le travail effectué a largement débordé de ce cadre. Confrontée au défaut de justification du démantèlement immédiat, l’ACRO s’est substituée à l’exploitant pour pallier les lacunes de son dossier et développer un argumentaire à charge contre le démantèlement différé. Le problème, c’est que l’association ne dispose pas des arguments scientifiques nécessaires à sa démonstration : piégée par sa tentative, elle doit admettre que ses arguments ne sont que des « PRESUPPOSES » ­ c’est-à-dire des HYPOTHESES NON VERIFIEES ­ qui devront faire l’objet d’études permettant de « STATUER » sur leur éventuelle validité.

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Centrale de Brennilis:

le démantèlement partiel

se poursuit

RENNES (7/2/2012) - Les travaux de démantèlement partiel se poursuivent sur le site de la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère) et la demande d’autorisation pour le démantèlement total du réacteur, de son enceinte et de sa cuve a été déposée fin décembre, a-t-on appris mardi auprès de la direction du site.

Le dossier a été déposé comme prévu le 29 décembre 2011 auprès des autorités, on est dans la première étape de l’instruction du dossier, a indiqué le directeur du site des Monts d’Arrée, Jean-Christophe Couty.

Le chantier de démantèlement partiel qui concerne la station des effluents et les échangeurs thermiques a été relancé fin juillet par décret après une suspension de quatre ans obtenue sur recours par les militants antinucléaires.

Actuellement, les équipes sont à pied d’oeuvre et se concentrent sur le chenal d’évacuation des effluents qui devrait être assaini avant la fin de l’année 2012, a indiqué M. Couty. Puis commencera la démolition de la station de traitement des effluents.

Parallèlement, deux ateliers de démontage des échangeurs de chaleurs doivent être installés au cours du premier semestre 2012 et la première découpe sera réalisée au premier trimestre 2013, selon le directeur du site.

Le devis pour le démantèlement partiel de ce prototype à eau lourde stoppée en 1985 a été évalué à 373 millions d’euros en 2008, en augmentation de 26% comparé au devis établi en 2001 à périmètre égal, selon le récent rapport de la Cour des Comptes sur les coûts de la filière électronucléaire.

L’annulation par le Conseil d’Etat pour vice de forme du décret de 2006 autorisant le démantèlement a entraîné des hausses liées au report du chantier et des coûts d’études supplémentaires en vue de l’obtention d’un nouveau décret, selon le chapitre du rapport consacré à Brennilis.

D’autres raisons des hausses constatées sont d’ordre industriel et sont liées notamment à l’identification de surcoûts significatifs dans les travaux à mener, selon le texte.

Interrogé à ce sujet, le directeur de la centrale s’est refusé à tout détail sur ces surcoûts.

La Cour des Comptes pointe le coût du nucléaire

Dans son rapport qui est sorti, la Cour des Comptes dénonce le coût exorbitant du nucléaire français et, particulièrement, celui du démantèlement. Celui-ci est estimé à 22,2 milliards d’euros. Un chiffre sous-estimé selon la Cour des Comptes qui s’appuie sur le coût de démantèlement de onze centrales britanniques. La Cour a demandé à EDF de revoir son mode de calcul.

Le Parisien, 22/12/2011:

Démantèlement des centrales: le chantier sans fin de Brennilis

Le site de Brennilis, chantier pilote de

démantèlement

RENNES 22/10/2011 - La centrale nucléaire de Brennilis, dans le Finistère, où des opérations de démantèlement vont reprendre après quatre ans d’interruption, abrite un réacteur à eau lourde (EL4), le seul modèle du genre en France, le plus ancien du parc d’EDF et le premier voué à la destruction.

Prototype industriel couplé au réseau EDF en 1967, la petite unité des Monts d’Arrée (70 MW contre 900 à 1.450 MW pour les réacteurs suivants) a définitivement arrêté de produire le 31 juillet 1985, après avoir fourni 6,2 milliards de KWH – soit l’équivalent de la consommation annuelle de la ville de Paris.

La déconstruction de la centrale a été entamée en 1997, devant à l’origine servir de chantier pilote pour le démantèlement de 8 autres centrales de première génération – Bugey 1, Chinon A (1, 2 et 3), Chooz A, Creys-Malleville, Saint-Laurent A (1 et 2).

Depuis, trois bâtiments nucléaires ont été assainis et démolis, avec un total de 100.000 tonnes de déchets, dont 20% radioactifs, déjà évacués du site.

Autorisés par un décret du premier ministre en février 2006, les travaux de démantèlement du réacteur proprement dit ont été bloqués en 2007 par un recours déposé par les anti-nucléaires pour défaut d’enquête publique.

A la même époque, le chantier avait été épinglé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) pour un défaut de conditionnement et d’évacuation de 32 fûts de déchets nucléaires.

En 2010, un nouveau projet de démantèlement total s’est heurté à un avis défavorable de la Commission d’Enquête Publique, selon laquelle EDF ne démontrait pas l’urgence et l’intérêt du démantèlement immédiat, d’autant que la filière pour gérer les déchets les plus radioactifs n’existait pas encore.

Le démantèlement partiel de la station de traitement des effluents et des échangeurs de chaleur, ainsi que l’assainissement du chenal de rejet des effluents et des zones de pollutions diffuses ont en revanche reçu un avis favorable, entériné par un décret du Premier Ministre, le 27 juillet dernier.

Sortir du Nucléaire Cornouaille a déposé fin septembre une requête préliminaire contre ce décret en dénonçant notamment l’autorisation de démantèlement des échangeurs thermiques, situés dans l’enceinte réacteur.

En 2007, le coût prévisionnel de la déconstruction de la centrale de Brennilis était évalué à 460 millions d’euros. Depuis, EDF n’a pas communiqué le montant des dépenses réelles, indiquant seulement que l’enveloppe prévisionnelle de 2 milliards d’euros pour le démantèlement des 9 centrales de première génération était respectée.

 19/9/2011: 

Ouest-France, 25 mai 2011: 


À Brennilis, des fuites dans la vie de la centrale

Il existe des poches de pollution sur le site que nous devons suivre de près. Il faut aussi qu’EDF nous explique le pourquoi de ces fuites, comme en 1984.

[...] Alain François Calderon, d’Eaux et rivières, précise que lors de l’enquête publique, les associations avaient demandé une caractérisation du site. « Or, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a répondu : « Nous allons faire un décret ». C’est-à-dire que nous n’aurons pas une caractérisation du site avant démantèlement. C’est regrettable. »
Le militant poursuit l’argumentaire : « La centrale a émis beaucoup de tritium (isotope de l’hydrogène), un élément radioactif qui se fixe dans l’herbe, passe dans le lait, les aliments. Dans les mesures données par l’ACRO, on trouve des quantités radioactives supérieures à la normale dans l’eau du site. »

[Le tritium a été balancé dans la nature juste avant la fermeture de Brennilis, car cette centrale prototype de ce qui aurait du être les réacteurs de production en France (le model choisi sera finalement le PWR de licence Westinghouse) est entrée en service avant qu'il y ait une loi sur les autorisations de rejet, donc en fonctionnement Brennilis pouvait balancer n'importe quelle quantité de merde radioactive dans la nature, mais lors de sa fermeture elle tombait dans les lois qui ont été votées plus tard, d'où les rejet de Tritium juste avant la fermeture !]

 Ouest-France, 29/12/2009: 

 Le démantèlement du réacteur de Brennilis inquiète

La centrale nucléaire finistérienne est la première qu’EDF démolit. Depuis trois ans, le chantier est stoppé, à la suite du recours en justice d’associations de protection de l’environnement. Le démantèlement du réacteur pourrait intervenir en 2010, après une nouvelle enquête publique. La centrale nucléaire finistérienne, à l’arrêt depuis 1985, est la première qu’EDF démolit. Stoppé par la justice en 2006, pour manque de transparence, le chantier attend de redémarrer.

Un chantier expérimental. C’est une première nationale. Dans la campagne du centre-Bretagne, à Brennilis, EDF va déconstruire le réacteur de sa centrale nucléaire expérimentale, à l’arrêt depuis 1985. Il y a trois ans, avant qu’il ne s’attaque au bâtiment du réacteur, le chantier de démolition a été stoppé par un recours d’associations antinucléaires et de protection de l’environnement.

Le Conseil d’État a imposé à EDF d’être plus transparent sur son projet. Du 27 octobre au 11 décembre, EDF a soumis un nouveau dossier à enquête publique. La commissaire enquêteur doit rendre ses conclusions courant janvier. Les ministres de l’Écologie et de l’Économie se prononceront ensuite sur l’autorisation à reprendre la démolition. Auparavant, la Commission Locale d’Information, composée d’élus, d’associations et d’experts, et les associations ayant refusé d’y siéger, espèrent obtenir des éclaircissements.

Pourquoi démanteler maintenant ? Élus et associations estiment qu’EDF n’a pas suffisamment justifié son choix. Sur 1 900 pages de dossier, une seule répond à cette interrogation. Selon la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad), « la seule étude réalisée par EDF, en 1999, conclut que la meilleure solution est d’attendre quarante ans et non pas de procéder sans délai au démantèlement comme le prévoit le projet ». Avec le temps, assurent les opposants, la radioactivité diminuerait dans l’enceinte du réacteur ; les risques seraient donc moindres.

Le sol est-t-il pollué ?

L’expert mandaté par la Commission Locale d’Information pour étudier le dossier, a relevé d’autres faiblesses. « EDF ne caractérise pas le niveau de pollution des sols et des eaux souterraines », explique Gilbert Pigrée. Ce à quoi Xavier Petitjean, directeur du site de Brennilis, réplique : « Bien entendu, on va communiquer sur l’état du sol ; mais pour disposer d’éléments, on doit démanteler au préalable. »

Michel Marzin, un ancien délégué du personnel de la centrale, en doute : « En 1997, EDF a réalisé des prélèvements. J’ai eu ces données en main. Et aujourd’hui, EDF assure ne pas les avoir ! » Xavier Petitjean maintient ne pas connaître ces analyses qui n’ont pas été faites, précise-t-il, par EDF.

Que faire des déchets ?

Le démantèlement va produire 375 tonnes de déchets de faible et moyenne activité, qui concentreront 99 % de la radioactivité du site. Or, EDF n’a pas encore de solution de stockage. « Un site intermédiaire est prévu dans l’Ain », expliquent les cadres d’EDF. Sauf que des oppositions locales en empêchent la construction. En attendant, les déchets radioactifs seront entreposés dans les sous-sols de l’enceinte du réacteur. Une solution qui effraie les élus locaux. Comme Gérard Gwel, conseiller municipal du Botmeur, qui fait remarquer : « Au cas où le site de l’Ain ne se ferait pas, le dossier d’EDF ne présente pas de plan B. »

 CRIIRAD, 16 décembre 2009:

 Démantèlement de la centrale nucléaire des Monts d’Arrée

[BRENNILIS, FINISTERE]

LES DROITS DU PUBLIC EN MATIERE D’INFORMATION ET DE PARTICIPATION
AUX DECISIONS SONT A NOUVEAU BAFOUES
Bien que sanctionnés en 2006 par le Conseil d’Etat, l’exploitant et les autorités de sûreté nucléaire récidivent.

 Pour mémoire

Démarrée en 1966, la centrale nucléaire des Monts d’Arrée a été mise à l’arrêt en 1985.

En octobre 1996, un décret [1] autorisait l’exploitant à procéder à la mise en confinement du bâtiment réacteur. Le démantèlement complet (dit de niveau 3) de l’installation ne devait intervenir qu’après un délai de 40 à 50 ans permettant de bénéficier de la réduction de l’activité des radionucléides à vie courte.

En 1999, les autorités recevaient la synthèse d’une étude EDF-CEA [2] sur le démantèlement de niveau 3. L’étude mettait en évidence les avantages du démantèlement différé (délai de 40 ans à compter de la fin du démantèlement de niveau 2) que ce soit en termes de réduction de dose de rayonnement pour les intervenants, de gestion des déchets radioactifs et de coûts des travaux.

Début 2006, un décret [3] opérait un changement complet de stratégie et autorisait EDF à procéder sans délai aux opérations de démantèlement complet du bâtiment réacteur. La décision était prise sans publication préalable de l’étude d’impact, sans passage par l’enquête publique et sans qu’aucune étude scientifique n’ait invalidé les conclusions de l’étude de 1999 et démontré l’avantage du démantèlement immédiat.

Début 2007, dans le cadre d’un recours introduit par le Réseau Sortir du Nucléaire, le Conseil d’Etat annulait le décret de 2006 pour non respect de l’obligation de publication de l’étude d’impact [4] . Les associations demandaient aux autorités un certain nombre de garanties, en particulier sur la réalisation et la publication d’une étude comparative des différentes stratégies de démantèlement, immédiat ou différé [5] .

L’élément clef est absent du dossier !

Suite à la décision du Conseil d’Etat, une nouvelle procédure d’autorisation était engagée par les autorités. Organisée du 27 octobre au 11 décembre 2009, l’enquête publique sur la nouvelle demande d’autorisation d’EDF devait permettre de juger des progrès réalisés.

Le bilan est accablant :

L’étude de JUSTIFICATION du projet n’est pas dans le dossier.

Sa présence est pourtant requise par le CODE DE L’ENVIRONNEMENT. Le dossier doit exposer les raisons pour lesquelles, parmi les solutions envisagées, le projet a été retenu. Elément important de n’importe quel projet, l’étude de justification est dans le cas présent indispensable. Tout d’abord, parce que la seule étude réalisée conclut que la meilleure solution est d’attendre 40 ans et non pas de procéder sans délai au démantèlement comme le prévoit le projet ; ensuite, parce que le dossier des Monts d’Arrée est un dossier pilote qui va servir de modèle à des dizaines de chantiers de démantèlement. Dans un tel contexte, ni l’exploitant, ni les autorités n’ont le droit de faire l’impasse sur l’analyse détaillée des avantages et inconvénients des différentes options et de leurs implications, que ce soit en termes de risques sanitaires, d’impact environnemental, de transports de déchets ou de capacités d’entreposage et de stockage.

Les contradictions de la CLI et les présupposés de l’ACRO

Consultée sur le dossier, la Commission Locale d’Information des Monts d’Arrée a indiqué que «le dossier présenté par l’industriel justifie mal la solution retenue » [6] et « qu’un complément doit IMPERATIVEMENT être fourni par l’industriel sur cette question importante. ». Le problème est que ce complément indispensable, qui doit impérativement être fourni, ne le sera ­ si tant est qu’il le soit que POSTERIEUREMENT à l’enquête publique et la consultation des organismes représentatifs. Et ceci d’autant plus que la CLI a émis un avis FAVORABLE au projet de démantèlement immédiat sans le subordonner à aucune condition [7] .

Il faut porter à la décharge de la CLI que sa décision s’est très largement appuyée sur l’étude qu’elle a confiée à l’ACRO [8]. Le cahier des charges établi par la CLI précisait qu’il s’agissait d’une mission d’expertise du dossier EDF mais le travail effectué a largement débordé de ce cadre. Confrontée au défaut de justification du démantèlement immédiat, l’ACRO s’est substituée à l’exploitant pour pallier les lacunes de son dossier et développer un argumentaire à charge contre le démantèlement différé. Le problème, c’est que l’association ne dispose pas des arguments scientifiques nécessaires à sa démonstration : piégée par sa tentative, elle doit admettre que ses arguments ne sont que des « PRESUPPOSES » ­ c’est-à-dire des HYPOTHESES NON VERIFIEES ­ qui devront faire l’objet d’études permettant de « STATUER » sur leur éventuelle validité.

A aucun moment, la réalisation de ces études n’est posée comme un PREALABLE à l’acceptation du projet de démantèlement immédiat. Il est, certes, impératif d’effectuer des études qui permettront de vérifier s’il faut démanteler immédiatement ou s’il vaut mieux attendremais d’ici là EDF peut être autorisée à procéder immédiatement au démantèlement.

Par ailleurs, que les études manquantes soient réalisées, ou qu’elles ne le soient pas, et qu’elles concluent en faveur du démantèlement immédiat ou qu’elles l’invalident, de toute façon, elles n’interviendraient qu’APRES la consultation du public et des organismes représentatifs. On peut, dans ces conditions, s’interroger sur la validité de l’enquête publique et sa conformité aux prescriptions réglementaires. Au lieu de favoriser la présentation au public d’un dossier correct, l’expertise de l’ACRO vient cautionner une procédure vide, pour ne pas dire ILLEGALE.

En effet, le droit du public à l’information et à la participation au processus de décision en matière d’environnement est inscrit dans les textes. Rappelons que le principe de participation, énoncé par la loi du 27 février 2002 et intégré au code de l’environnement (art. L.110-1) dispose que « chacun a accès aux infor-mations relatives à l’environnement, y compris celles relatives aux substances et activités dangereuses, et le public est associé au processus d’élaboration des projets ayant une incidence importante sur l’environnement ou l’aménagement du territoire ». Rappelons également que la convention Aarhus, signée par la France et intégrée dans son droit nationa [9] dispose que les autorités prennent « des dispositions pour que la participation du public commence au début de la procédure, c’est-à-dire lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence ».

Dans ce dossier, en guise de droit à l’information, le public doit se contenter de l’étude réalisée en 1999 par l’exploitant, une étude censée démontrer l’intérêt du démantèlement différé à 40 ans mais dont la communication a été refusée aux associations (seule une synthèse, impossible à évaluer, est disponible). Et à l’appui du démantèlement immédiat, option pourtant retenue par les autorités et l’exploitant, il n’y a rien : ni étude, ni synthèse, ni même les références d’une étude ! Le tout pour un dossier « exemplaire » qui servira de modèle aux nombreux chantiers de démantèlement à venir ! Le comble est que les citoyens sont privés de leurs droits avec le soutien d’instances censées garantir le respect des procédures démocratiques.
La CRIIRAD demande, en préalable à toute décision, des études approfondies et un débat national

Afin de ne pas apporter sa caution à un dossier fondamentalement incorrect, la CRIIRAD avait décidé dès août 2009 de ne pas participer à l’enquête publique [10] et de ne pas répondre à l’appel d’offre lancé par la CLI pour l’expertise du dossier EDF. Elle ne souhaitait pas se trouver en situation d’analyser les modalités de mise en oeuvre d’un projet dont il n’a pas été démontré au préalable que c’est le bon. Elle considère en outre que le choix de la stratégie de démantèlement doit être effectué au niveau NATIONAL. Il concerne en effet de nombreuses installations, implantées dans différents départements, et il a des incidences sur les sites de stockage de déchets radioactifs existants ainsi que sur l’opportunité de créer, ou pas, de nouvelles installations d’entreposage (cf. projet ICEDA à Bugey dans l’Ain [11]).

En conséquence, la CRIIRAD demande un MORATOIRE sur le démantèlement complet de la centrale nucléaire des Monts d’Arrée, un moratoire permettant :

1/ la réalisation d’études comparatives approfondies et contradictoires sur les différentes stratégies de démantèlement, sur leurs avantages et leurs inconvénients et sur leurs implications en termes de transport, d’entreposage et de stockage des déchets radioactifs ;

2/ l’organisation d’un débat national. Rappelons que ce débat est demandé par de nombreux citoyens et associations de protection de l’environnement ainsi que par le président du Conseil Général du Finistère qui souligne, dans un courrier adressé le 28 novembre 2009 au ministère de l’Ecologie « l’intérêt d’un débat national sur les options du démantèlement des installations nucléaires en fin de vie ». Pour avoir un sens ­ pour ne pas être un alibi démocratique de plus ­ ce débat doit évidemment intervenir avant les prises de décision au niveau local et être assorti de garanties sur la qualité des informations mises à disposition du public et sur la prise en compte du résultat de la consultation.

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité

[1] – Décret n°96-978 du 31 octobre 1996 autorisant le CEA à créer une INB destinée à conserver sous surveillance, dans un état intermédiaire de démantèlement, l’ancienne installation nucléaire de base n° 28, dénommée centrale nucléaire des monts d’Arrée-EL 4 (réacteur arrêté définitivement), sur le site des monts d’Arrée. (INB n°162 dénommée EL4-D)
[2] – Note de présentation de synthèse de l’étude de faisabilité et d’optimisation du démantèlement de niveau 3 de la centrale nucléaire des Monts d’Arrée. Document adressé le 5 novembre 1999 aux ministres en charge de la sûreté nucléaire.
[3] – Décret n°2006-147 du 9 février 2006 autorisant Electricité de France à procéder aux opérations de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement complet de l’installation nucléaire de base n° 162 dénommée EL 4-D.
[4] – Décision du Conseil d’Etat (section du contentieux) du 6 février 2007 annulant le décret 2006-147 ­ Dossier n° 292386.
[5] – Courrier du 13 novembre 2007 adressé au premier ministre et aux ministres en charge de la sûreté nucléaire par les associations CRIIRAD, Vivre dans les Monts d’Arrée, AE2D, Réseau Sortir Du Nucléaire et SDN Cornouaille.
[6] – C’est un euphémisme. Ce que l’on ne saurait appeler une « étude de justification » tient sur une seule page (sur les milliers qui composent le dossier EDF) et n’est constitué que de généralités dépourvues de références scientifiques, complétées par du texte « emprunté » à une note d’information de l’ASN et recopié sans guillemets !
[7] – Ainsi que l’indique son président, l’avis de la CLI est « assorti d’un certain nombre d’observations et de recom-mandations que la Commission souhaiterait voir prises en compte » mais rien qui puisse être assimilé à une réserve, encore moins à une condition (à noter que l’avis favorable n’a été voté par aucune des associations membres de la CLI).
[8] – Examen du dossier d’enquête publique relatif à la demande d’autorisation de démantèlement de la centrale de Brennilis, INB n°162, appelée également Site des Monts d’Arrée (SMA). Travail engagé à l’initiative et pour le compte de la CLI dans le cadre de sa saisine par les instances préfectorales. ACRO, 2009.
[9] – Convention du 25 juin 1998 sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement, convention dite Aarhus, publiée par le décret n° 2002-1187 du 12 septembre 2002, entrée en vigueur le 6 octobre 2002.
[10] – La CRIIRAD a toutefois adressé le 11 décembre dernier un courrier à la présidente de la commission d’enquête afin de l’alerter sur les dysfonctionnements constatés et lui rappeler la finalité de l’enquête publique.
[11] – Projet ICEDA pour Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés.

Télécharger ce communiqué en pdf

Lire la lettre envoyée à la Présidente de la Commission d’enquête publique

Le Télégramme, 11/12/2009: 

Démantèlement:

Pierre Maille souhaite un débat

national

Sollicité par le préfet, le Conseil Général a donné, hier, un avis favorable sur la procédure de démantèlement de l’installation nucléaire de Brennilis, premier chantier du genre en France pour EDF.

Comme toutes les collectivités concernées, le Département avait à se prononcer sur l’enquête publique actuellement en cours (elle est close ce soir), mais cet avis favorable est assorti de plusieurs réserves.

Le conseil regrette notamment que le dossier n’étaye pas plus précisément les raisons du démantèlement et les scénarios alternatifs qui auraient pu être analysés. De même, il considère que les éléments relatifs aux coûts de l’opération ne sont pas apportés de manière assez détaillée par l’opérateur.

«Un chantier exemplaire»

Le Conseil Général souhaite également que ce chantier «soit exemplaire» en termes environnemental et sanitaire, mais aussi sur les plans économiques et sociaux, avec les créations d’activité qu’il peut générer. Pierre Maille, président du conseil général, mais également de la commission locale d’information(CLI), demande qu’un débat national soit organisé sur le démantèlement des installations nucléaires.

Brennilis n’est que le premier et modeste chantier mené par EDF qui aura, dans quelques années, à entreprendre des travaux de démantèlement d’une tout autre envergure. Autant dire que Brennilis est une sorte de prototype qui sera suivi avec attention.

Enjeu national

Hier à Loqueffret, Guy Hascoët, tête de la liste autonome Europe Écologie aux élections régionales en Bretagne, a également exigé la tenue d’un débat public national comme préalable au démantèlement de la centrale de Brennilis.

«On aurait tort de cantonner le chantier de Brennilis à des considérations locales. Il marque le début d’un demi-siècle de démantèlement en France, où 58 réacteurs attendent leur tour».

 Le Télégramme, 28/11/2009: 

 Brennilis:

Les antinucléaires persistent et signent

À la pauvre dizaine d’observations seulement enregistrées jusqu’alors se sont subitement ajoutées plus d’un millier de signatures à l’enquête publique sur le démantèlement de la centrale de Brennilis, hier après-midi, à Loqueffret (29). Et encore l’addition aurait-elle pu se révéler plus lourde si le règlement comptabilisait les manifestations électroniques (1), au nombre de 5.900.

Nouvelle demande de débat national. À qui doit-on ces milliers de paraphes ? À une pétition organisée par plusieurs associations antinucléaires (2) : «Nous demandons à la commission d’enquête de ne pas autoriser le redémarrage du chantier de Brennilis tant qu’un débat national sur la question plus générale du démantèlement des centrales nucléaires n’aura été organisé», explique Chantal Cuisnier, de Sortir du nucléaire.

Un souhait exprimé à de multiples reprises depuis juin 2007, au lendemain de l’arrêt du dernier chantier de démantèlement. Mais à quoi bon solliciter la Nation quand une enquête publique attise déjà peu de passion localement ? «Dans une enquête publique, les gens peuvent avoir le sentiment que le scénario est déjà ficelé. Cela ne sert à rien de se déplacer. En revanche, une réunion publique offre des moyens d’accès au débat. Et celui-ci doit concerner beaucoup de monde, ne serait-ce qu’à travers la problématique du transport des déchets».

Quinze jours de rab

Selon les antinucléaires, le débat public aurait également l’avantage de mieux cerner la question du calendrier de démantèlement. «Sachant que dans 50 ans, la radioactivité du site aura été divisée par 1.000». Du temps, Danielle Faysse, directrice de la commission de l’enquête publique, consent à en accorder. 15 jours de rab de procédure en espérant enrichir le registre de remarques supplémentaires. S’articulant justement autour du thème «Démanteler tout de suite ou après», la réunion publique de jeudi soir, à Loqueffret, servira-t-elle de catalyseur ?

1. Contrairement à ce que nous indiquions dans une précédente édition, les dépositions par courriel n’ont pas de valeur juridique.
2. Bretagne vivante, AE2D, Eau et Rivières, Sortir du nucléaire Cornouaille, Groupement mammologique breton, Vivre dans les monts d’Arrée et CLCV.

 Criirad, 16/12/2009:

Démantèlement de la centrale nucléaire des

Monts d’Arrée - Brennilis: Les droits des

citoyens à nouveau bafoués

Le Télégramme, 16/10/2009: 

Centrale nucléaire de Brennilis:

Tensions autour de l’enquête

Le démantèlement de la centrale de Brennilis s’était arrêté pour défaut d’information, en 2007. Pour obtenir sa reprise, EDF a mis le paquet : un dossier de 1.900 pages à l’enquête publique. Ses opposants estiment pourtant que tout n’est pas rapporté.

Quand se déroulera l’enquête publique et quelle est la population concernée ?

Du 27 octobre au 27 novembre. EDF a demandé l’élargissement du périmètre minimum légal. Les habitants de quinze communes pourront s’exprimer. La commission d’enquête organisera des permanences dans les mairies de Brennilis, de Loqueffret et en sous-préfecture de Châteaulin. Le dossier peut également être consulté sur le site internet de la préfecture. Au final, il appartiendra au Premier ministre de signer, ou pas, le décret de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement de la centrale. Peut-être début 2010.

Faut-il la reporter ?

C’est le souhait exprimé par plusieurs associations environnementales (AE2D, Sortir du nucléaire…). Elles estiment que les enjeux (financiers, environnementaux…) dépassent le seul cadre d’une consultation locale et doivent engager une réflexion au niveau national. D’autant plus qu’il s’agit d’une opération inédite. D’où leur demande d’intervention de la commission nationale du débat public.

Combien de temps durera le chantier ?

«C’est un projet sur 15-20 ans avant restitution d’un site sans danger à la population», a précisé le directeur du site, Xavier Petitjean, hier soir, en réunion de présentation publique à Loqueffret. Trois grandes phases se chevaucheront dont la plus longue (douze ans) concerne le démantèlement et l’assainissement de l’échangeur de chaleur (16 pièces de 27 tonnes) et du bloc réacteur. Coût de l’opération ? «Nous avons une réserve de 2 milliards d’euros pour le démantèlement de neufs réacteurs à l’arrêt en France».

Quels sont les risques encourus par les intervenants ?

«Personne ne rentrera dans le bloc réacteur». Des robots télécommandés oeuvreront au contact de ses 50 tonnes de déchets radioactifs. Par ailleurs, l’exploitant assure que les 100 intervenants du chantier feront l’objet de contrôles de santé quotidiens. Sous contrôle de l’autorité de sûreté nucléaire. «La moitié des personnes qui ont travaillé sur le circuit eau lourde (durant la première phase de démantèlement du site, NDLR) sont décédées avant 65 ans», s’est emporté un ancien de la centrale. «Cela n’apparaît pas dans le dossier !».

Et pour la population ?

Le dossier d’EDF évoque un risque pour la faune et la flore environnantes de l’ordre du millième de la norme maximale autorisée. Les 50 tonnes de déchets les plus dangereux seront transférées (probablement par la route) dans des emballages conditionnés vers un centre que l’électricien doit encore construire dans l’Ain. Il s’agit de déchets classés «faiblement et moyennement actifs».

Leur durée de vie ? Trois cents ans !

Que se passerait-il si l’on ne démantelait pas ? 

Question posée par une antinucléaire qui a inspiré cette curieuse révélation d’un responsable du centre d’ingénierie de la déconstruction d’EDF:«Je ne le sais pas et c’est justement pour cela qu’il faut déconstruire».

Brennilis, Loqueffret, Botmeur, LaFeuillée, Lannédern, Saint-Rivoal, Brasparts, Le Cloître-Pleyben, Commana, Plounéour-Ménez, Collorec, Plouyé, Berrien, Locmaria-Berrien, Huelgoat.

Ouest-France, 8/10/2008: 

 Brennilis s’engage à la transparence nucléaire

La création de la CLI, Commission Locale d’Information, pourrait permettre le financement de nouvelles expertises radiologiques.

« Le démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis va désormais s’effectuer sous le contrôle des élus et des associations. Chargée de suivre ce chantier d’exception, la CLI aura des règles de fonctionnement qui lui assureront une transparence exemplaire. » C’est ainsi que, hier à Quimper, Pierre Maille, président du Conseil Général, a présenté aux associations de protection de l’environnement (1), cette « essentielle et très attendue CLI », ou « Commission Locale d’Information ». Début 2009, elle sera obligatoirement consultée dès qu’il s’agira de reprendre le démantèlement de Brennilis.

Informer le public

Son contexte : le décret du 12 mars 2008, en application de la loi 2006 relative à la sécurité et la transparence en matière nucléaire. Sa mission : l’information du public concernant l’impact des activités de l’ancienne centrale nucléaire sur les personnes et l’environnement. « Tant de questions restent encore en suspens, remarque Marie Nicolas, de Sortir du nucléaire Cornouaille. L’opacité persistante sur l’état, notamment radiologique, du site et de son environnement, est la première barrière à lever. »

Pour les associations, la CLI va se « démarquer fondamentalement » de l’ancien Observatoire du Démantèlement : « Auparavant, on ne disposait que de la seule version officielle. Ce n’était ni sain, ni objectif, ni démocratique, constate Xavier Grémillet, président du Groupe mammalogique breton. Brennilis est un cas de figure unique, son démantèlement, premier du genre, préfigure les suivants. EDF veut démontrer que c’est un savoir-faire parfaitement maîtrisé. Ça reste à vérifier. »

Expertises indépendantes et débat

Dotée d’un statut d’association et d’un budget d’environ 20 000 ¤, la CLI peut recevoir des subventions de l’État ou des collectivités : « On va demander, en priorité, que le travail initié par la CRIIRAD, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité, soit poursuivi, explique Roger Abiven, président d’AE2D, Agir pour l’Environnement et le Développement Durable. Éventuelle contamination du lac Saint-Michel, conséquences des rejets dans l’Elez, de nouvelles expertises s’imposent. »

À Brennilis, EDF était déjà arrivé à la phase 3, l’ultime, le démantèlement du réacteur nucléaire. Avant que les travaux puissent reprendre, un débat public s’impose pour les associations : « C’est un enjeu national. En matière de nucléaire, et de ses déchets, il faut arrêter de privilégier la fuite en avant. Avec cette CLI, on pourra juger du poids que peut avoir le Finistère face au lobby nucléaire. »

(1) En majorité déjà présentes au sein de l’Observatoire du Démantèlement, 7 associations ont répondu à l’invitation de Pierre Maille : Bretagne vivante, Eaux et rivières, Sortir du nucléaire Cornouaille, Agir pour l’environnement et le développement durable, le Groupe mammologique breton, Vivre dans les Monts d’Arrée, L’Eau et la Terre.

 Le Télégramme, 8/10/2008: 

 Centrale de Brennilis.

Vers plus d’informations

Une première rencontre avec les associations intéressées par la future commission Locale d’Information (CLI) chargée de suivre le démantèlement de la centrale de Brennilis a eu lieu, hier, au conseil général à Quimper.

Prévue par la loi, la CLI doit logiquement prendre le relais de l’observatoire, une structure critiquée par nombre d’associations pour son « manque de transparence ». Hier, la réunion pilotée par Pierre Maille, président du Conseil Général du Finistère, avait pour but de fixer le calendrier d’installation de la future commission qui réunira une quarantaine de membres. Elle se composera pour moitié d’élus, puis de représentants des associations de protection de l’environnement, d’organisations syndicales et de représentants du monde économique.

Les associations invitées à faire acte de candidature. Pierre Maille a proposé de porter le nombre de représentants des associations à sept au lieu des quatre que prévoit la loi. Toutes les associations souhaitant y participer peuvent encore faire acte de candidature jusqu’à la fin du mois. Le président du Conseil Général imagine « un panel représentatif des divers centres d’intérêt » pour que les membres « diffusent l’information auprès du public selon leur sphère d’influence ».

Création de la CLI en décembre. Il se propose de réunir début novembre toutes les associations intéressées pour qu’elles désignent leurs représentants. « Je prendrai ensuite l’arrêté de composition de la CLI vers la mi-décembre. La première réunion de travail pourrait avoir lieu en janvier ». La commission aura à définir ses méthodes de travail, son mode d’information de la population, avant qu’une nouvelle enquête publique sur le démantèlement ne soit lancée. Peut-être courant 2009. Contrairement à l’observatoire, instance dont la composition était fixée par le préfet, la commission disposera d’un budget.

Le chiffre de 10.000 ¤ à 20.000 ¤ a été avancé. Un premier motif de satisfaction pour les associations. « On en attend aussi plus de transparence et que les élus nous rendent compte des travaux engagés sur le dossier du démantèlement. Car, reproche cette militante de l’association L’eau et la terre, l’exploitant, EDF, n’a jamais répondu à nos questions sur l’état de contamination. Il y avait un black-out total ».

Le Monde, 2/10/2008:

 1 000 milliards de dollars

pour traiter l’héritage nucléaire

Mille milliards de dollars

Telle est la somme faramineuse nécessaire pour démanteler les centaines d’installations radioactives en fin de vie que soixante ans d’activité nucléaire ont disséminée sur la planète. « En 2004, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) a estimé qu’il faudrait mille milliards de dollars pour décontaminer tous ces sites, dit Michele Laraia, chargé du dossier à l’Agence. Depuis, le chiffre a augmenté, avec l’inflation. »

Ce montant concerne pour moitié les installations liées au nucléaire militaire. Reste environ 500 milliards qu’il faudra trouver pour nettoyer les laboratoires de recherche et les quelque 440 réacteurs producteurs d’électricité qui fermeront d’ici à environ trente ans. « Si le problème est envisagé dès le démarrage de l’installation, et que de l’argent est régulièrement mis de côté, ce n’est pas une grosse difficulté, poursuit M. Laraia. Mais si rien n’est prêt au moment de l’arrêt, le coût sera très élevé. »

Cet impératif est intégré par la communauté nucléaire, réunie jusqu’au 2 octobre à Avignon, pour un colloque consacré au démantèlement qui a lieu, tous les cinq ans, sous les auspices de la Société Française d’Energie Nucléaire (SFEN). « Pour maintenir l’option nucléaire ouverte, il faut montrer qu’on sait démanteler », résume Serge Klaeyle, d’EDF.

A Avignon, les spécialistes ont constaté la normalisation de leur activité. « On est sorti de la phase d’apprentissage, observe Catherine Lecomte, Directrice de l’Assainissement au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Les premières installations qu’on a démantelées ont été les plus délicates, mais nous sommes maintenant parvenus à une phase industrielle. » Claudio Pescatore, de l’Agence de l’Energie Nucléaire de l’OCDE confirme : « Le démantèlement est devenu une activité industrielle, représentant un chiffre d’affaires, en augmentation régulière, de 5 à 6 milliards de dollars par an. »

Mais si les techniques commencent à être bien maîtrisées, que les procédures et les méthodes sont bien établies, l’expérience est encore limitée, notamment sur les réacteurs de production d’électricité. Seuls une dizaine dans le monde [que des petits réacteurs...] ont été totalement démantelés – c’est-à-dire que les sites ont été rendus à un autre usage sans la moindre trace de radioactivité artificielle [faux, archi faux !]. Si bien que le coût réel de cette déconstruction n’est pas établi avec certitude. Les estimations varient de 500 à 800 millions de dollars par réacteur. « On n’est jamais assez prudents, remarque Georges Leka, de AREVA TA. Les estimations initiales sont toujours revues à la hausse, jamais à la baisse. Car les exigences sont constamment renforcées. »

Les évaluations sont difficiles parce que les règles comptables ne sont pas harmonisées, que les situations varient beaucoup d’un site à l’autre, que les stratégies sont différentes : certains choisissent d’engager le démantèlement dès l’arrêt de l’installation, comme en France ou aux Etats-Unis, d’autres de repousser le problème à vingt-cinq ans, comme l’Espagne ou le Royaume-Uni avec ses réacteurs Magnox.

La question du système de financement est dès lors cruciale. « Il faut s’assurer qu’il y aura des fonds quand le moment sera venu », résume Claudio Pescatore. Plusieurs formules sont possibles : en France, les opérateurs doivent constituer des fonds pour les opérations prévisibles (le CEA a provisionné 7 milliards d’euros, EDF 7,8 milliards, AREVA 10 milliards). La Suisse et la Suède privilégient un fonds géré par une autorité indépendante. Au Royaume-Uni, c’est de facto le gouvernement qui abonde une grande partie des dépenses annuelles.

Mais ces réserves constitueront toujours une tentation, et d’autant plus que la situation économique se tendra : « Aux Etats-Unis, raconte le consultant Tom La Guardia, les compagnies ont versé 22 milliards de dollars dans le fonds de gestion des déchets géré par le gouvernement. Mais le fonds ne contient plus que 6 milliards, le reste a disparu ! »

Parallèlement au problème économique, le démantèlement est aussi gêné par le fait que très rares sont les pays où existent des sites prêts à accueillir les rebuts radioactifs issus de la déconstruction. En France, faute de site existant pour les déchets à vie longue ou moyenne, EDF et le CEA en sont réduits à créer des sites temporaires (ICEDA et CEDRA).

Une solution consiste à allonger la durée de vie des réacteurs, jusqu’à soixante ans, comme aux Etats-Unis. Le problème ne sera plus à la charge de nos enfants, mais de nos petits-enfants…

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A Brennilis, un chantier en souffrance ouvert en 1985EL4_Brennilis CEA

Brennilis, dans le Finistère, a vu fonctionner de 1967 à 1985 un réacteur à eau lourde de 70 mégawatts. Le démantèlement a commencé en 1985. Malgré quelques incidents, comme une remontée de nappe phréatique en 2000 et un incendie en 2001, et une opposition locale, le travail a bien avancé. Mais le Conseil d’Etat a annulé en juin 2007 le décret d’autorisation du démantèlement final. Le chantier est donc à l’arrêt. « Peut-être n’a-t-on pas fait assez de communication il y a trois ou quatre ans », dit EDF.


Le Télégramme, 4/9/2008:
[Blabla de nucléocrate...]

Centrale de Brennilis. Un directeur prêt à

démanteler

À seulement 36 ans, Xavier Petitjean en connaît un rayon sur les centrales nucléaires. EDF le propulse à la direction du site de Brennilis, avec mission principale de reprendre le démantèlement.

Quel est votre parcours ? 

Ingénieur diplômé de l’ENSTA, à Paris, je travaille depuis 1996 pour EDF : six ans à la maintenance de la centrale de Chooz (Ardennes), cinq autres à celle de Montrouge consacrées à la conception de l’EPR, deux ans en Chine en assistance de fabrication de quatre centrales et, depuis le 1 e r septembre, directeur du site de Brennilis.

Cela ne provoque-t-il pas de sentiment étrange de prendre la direction d’un équipement appelé à disparaître ? 

Je ne le considère pas comme tel. Si la centrale ne produit plus d’électricité, nous devons observer les contraintes d’exploitation liées à la sécurité. Il y a toujours quarante personnes, dont dix d’EDF à travailler sur le site. Et bientôt davantage si le chantier de démantèlement redémarre.

Où en est ce dossier ? 

EDF a envoyé sa nouvelle demande fin juillet. Actuellement, le dossier se trouve à l’instruction dans un service de l’État, lequel doit se prononcer avant la fin de l’année. S’il approuve, les travaux reprennent début 2009 sur la partie restante (bâtiment du réacteur) pour un démantèlement total en 2018.

Quels changements ont été opérés par rapport à la précédente mouture, annulée par le Conseil d’État (juin 2007), sous la pression de l’association Sortir du nucléaire ? 

L’essentiel a été repris et ajusté aux obligations législatives (le Conseil d’État avait motivé sa décision par l’absence de publication de l’étude d’impact, NDLR).

Ce projet représente également une vitrine du savoir-faire d’EDF

sur ce marché du démantèlement.

Ressentez-vous de la pression ? 

Hormis celle de fournir des éléments d’information, non. Mais je n’ignore pas que le chantier de Brennilis est pilote d’un processus de démantèlement concernant une dizaine de centrales en France (sur 58 actuellement en production).

Avec des ambitions à l’étranger ? 

(Charles Plourdeau, responsable de communication EDF, intervient) La procédure sera effectivement exportable.

Les associations opposées au nucléaire réclament un débat public sur ce dossier, êtes-vous favorable ? 

L’enquête publique permettra à chacun de s’exprimer et la Commission Locale d’Information, censée prendre le relais de l’Observatoire de Démantèlement en janvier 2009 (lire ci-dessous), diffusera l’information en toute transparence. Si débat il doit y avoir, il appartient à l’État de le mener car il s’agit d’un problème national.

Propos recueillis par Yann LE GALL

Commission Locale d’Information : création début décembre
Imposée par décret, une commission locale d’information doit supplanter l’Observatoire du démantèlement de la centrale de Brennilis en janvier 2009. Nouveau pilote, le conseil général la portera sur ses fonts baptismaux le 4 décembre. Comme sa devancière, la Cli réunira des représentants d’EDF, de l’État, des associations et des élus. Pour l’heure, on ignore l’identité du conseiller général qui la présidera, le montant du budget consacré, la périodicité des réunions… Et, donc, ce qu’elle changera fondamentalement.

Le Monde, 11 janvier 2008:

 Le démantèlement des futurs réacteurs fait l’objet d’intenses négociations

Il ne s’agit nullement de « corruption », tient à préciser Bill Hamilton; le porte-parole de l’Autorité de Démantèlement Nucléaire (NDA) britannique préfère parler de « gain planifié ».

La NDA vient en effet, au nom du gouvernement, de trouver un accord financier avec la circonscription de Copeland, près du centre nucléaire de Sellafield (ouest), afin que le petit village de Drigg accueille une extension de son centre d’entreposage de déchets faiblement radioactifs. En échange, cet arrondissement va recevoir 13,3 millions d’euros, qui alimenteront un fonds auquel s’ajouteront 2millions d’euros par année d’exploitation de cette installation. Une aubaine pour Drigg et ses 300 habitants, qui ne seront probablement pas les seuls à bénéficier d’une telle manne.

Le Times, qui a révélé l’affaire, estime en effet que la Grande-Bretagne pourrait distribuer dans les prochaines années plus de 1 milliard d’euros aux collectivités qui accepteront d’accueillir l’héritage encombrant du nucléaire britannique.

Sa gestion a été confiée à la NDA, responsable de 20 sites comprenant 39 réacteurs et diverses installations de traitement des combustibles nucléaires. Créée en 2005, elle s’est substituée à l’agence UK Nirex Ltd, au statut semi-public. Londres répondait ainsi à l’échec cuisant rencontré par Nirex en 1997 dans son projet de créer sur le site de Sellafield un centre de stockage pour les déchets les plus nocifs, à la durée de vie la plus longue.

En octobre 2006, la Grande-Bretagne a officiellement opté pour le stockage en profondeur de ces déchets, qui à ce jour représentent un volume d’environ 1400 m3. Pour trouver le site susceptible de les accueillir, le maître mot est désormais « consultation ». Et celle-ci s’annonce onéreuse.

MOYENS « CONSIDÉRABLES »

« Ces projets britanniques de stockage sont nettement moins avancés qu’en France« , constate Gérald Ouzounian, responsable international de l’Agence de Gestion des Déchets Radioactifs Française (ANDRA). Mais, note-t-il aussi, la NDA dispose de moyens financiers « considérables ». Son budget sera de 11,3 milliards d’euros sur la période 2008-2011, alimenté à parts égales par des fonds publics et privés. Ces dépenses ne sont qu’un début.

C’est pourquoi la relance du nucléaire en Grande-Bretagne s’accompagne d’intenses tractations de la part des opérateurs pressentis. Ils souhaitent que le prix du démantèlement des futurs réacteurs et de la gestion des déchets soit pris en compte dans la facture présentée aux consommateurs. Le coût du wattheure nucléaire doit en effet intégrer, outre des investissements initiaux très lourds, la charge ultérieure de la gestion d’installations en fin de vie et des rebuts ultimes.

En France, le niveau des provisions constituées par les opérateurs à cette fin (répercutées sur la facture) a fait l’objet d’intenses débats, avant qu’une loi n’institue en 2006 un système d’évaluation de ces montants, sécurisés par les opérateurs eux-mêmes.

Hervé MORIN

Rappel d’Infonucléaire: 

Matériel contaminés à vendre

Le passage sous le seuil de criticité de la centrale permet d’arrêter certains matériels de surveillance du coeur et de cesser leur maintenance. L’intérieur de la centrale ressemble maintenant, dans certains endroits, à un immense hangar abritant des machines d’occasion. De multiples pompes, moteurs et autres armoires électriques sont en cours « de mise hors service définitive », c’est à dire vidangés et nettoyés, avant d’être vendus ou mis à disposition d’autres centrales EDF. « Nos diesels sont à vendre. On a trouvé preneur pour trois chaudières électriques. Les deux alternateurs de 600 MW pourraient aller l’un à la centrale du Havre (Seine-Maritime), l’autre à celle de Cordemais (Loire Atlantique). Pour EDF, ça permet d’éviter d’acheter du neuf », explique M Coraça. Pour lui, ce travail de démontage a aussi sa noblesse, car « EDF doit savoir non seulement construire et exploiter, mais aussi déconstruire une centrale ». EDF se donne un délai de 25 ans avant « le retour de la pelouse », c’est à dire la deconstruction totale d’une centrale nucléaire, quel que soit son type. Concernant Superphénix, dont Lionel Jospin avait annoncé en juin 1997 la fermeture « à cause de son coût excessif » et « la réussite très aléatoire » de la technologie des surgénérateurs, le retour à la pelouse pourrait prendre d’autres formes. Malgré la demande d’une commune pour du terrain, EDF cherche à garder son emprise foncière. « Ce site, au bord du Rhône, prés des réseaux haute tension et d’un poste d’interconnexion, est stratégique. Si on veut implanter un centre de production d’électricité, pas forcement nucléaire, prés de la grande zone de consommation de Lyon, ici ça sera trés facile », explique M. Coraça.

Des montres radioactives: recyclage de cobalt 60 produit par les réacteurs nucléaires

Les déchets de faible activité

Le Télégramme, 29/11/2007: 

 Brennilis: EDF reconnaît la pollution

Le plutonium détecté dans le chenal de rejet des eaux du site de Brennilis provient de l’activité passée de la centrale nucléaire. EDF l’a avoué hier pour la première fois en public. En revanche, l’actinium 227, élément radioactif découvert dans la région, serait d’origine naturelle. Deux laboratoires indépendants l’affirment. Ce qui n’exclut pas certains dangers.

Maison du lac, sur le site de Brennilis

Une quarantaine d’élus locaux, de représentants de l’État et d’associations antinucléaires sont réunis pour la deuxième session annuelle de l’Observatoire du Démantèlement de la centrale nucléaire. « Il n’y a jamais eu autant de participants », souligne Charles Plourdeau, responsable communication d’EDF. C’est vrai que l’ordre du jour est alléchant. EDF doit s’expliquer sur la présence de plutonium dans le chenal de rejet des eaux de la centrale et deux laboratoires indépendants rendent leur conclusion sur l’actinium 227 retrouvé en forte concentration dans la région.

Du plutonium dans le chenal 

Pour le premier élément radioactif, le plutonium, Bertrand Dubuis, responsable du site, joue carte sur table. Oui, cette pollution provient de l’activité passée de la centrale. Les antinucléaires apprécient l’aveu mais restent sur leur faim. « Il n’a dit que deux phrases à ce sujet, comme si c’était un détail », commente Alain-François Calderon d’Eau et Rivières de Bretagne.

Naturellement dangereux 

Quid de l’actinium 227 ? Ce « petit-fils de l’uranium 235 » prolifère dans la région de Brennilis. Un rapport avec la centrale ? « J’en étais convaincu. Mais nous avons découvert que l’actinium 227 provenait des sources granitiques. Le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) est arrivé aux mêmes conclusions », explique le biologiste Pierre Barbey, consultant scientifique de l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO). Naturel ne veut pas dire inoffensif. « L’actinium 227 est un élément fortement radiotoxique. L’eau devra être surveillée de près dans les monts d’Arrée ».

Plus proche des gens 

Cette réunion de l’Observatoire a également permis d’évoquer la création d’une Commission Locale d’Information (CLI). « Cette structure devrait remplacer l’Observatoire d’ici un an », annonce Bertrand Dubuis. Les associations se réjouissent. « Cela nous permettra d’obtenir des moyens. Pour financer des expertises par exemple. Cette commission sera plus proche des attentes de la population, car dirigée par le président du conseil général et non plus par le sous-préfet », explique Chantal Cuisnier, de Sortir du nucléaire Cornouaille.

Pas d’expert, pas de visite 

Seul incident de la journée : les associations ont refusé, hier, de participer à la visite du réacteur organisée par EDF. « Nous avions demandé à être accompagnés d’un expert indépendant. Cela nous a été refusé », s’indigne Chantal Cuisnier. Réponse de la sous-préfète de Morlaix : « La requête de l’association était dénuée de tout fondement ». Et la transparence dans tout ça ? « Les rapports des deux laboratoires sur l’actinium 227 et sur le plutonium sont publics. Les associations pourront commander une contre-expertise après avoir pris connaissance des études réalisées ».

Le 28 juin 2006, le législateur a prévu la création d’un site d’enfouissement profond. Celui-ci ne sera réalisé qu’en 2025. La fin du démantèlement de la centrale de Brennilis étant programmée en 2020, EDF a décidé d’ouvrir un site de gestion provisoire. Il se situera à Bugey, dans l’Ain, et devrait être achevé en 2012.

Le Soir, 29/11/2007: 

 Bientôt la fin de « Chooz A »

Le coeur de la vieille centrale va être déconstruit

Le démantèlement de Chooz A va entrer dans sa dernière phase. L’opération est suivie de près en Belgique.

Exploitée jusqu’en 1991, la centrale de Chooz A est toujours en cours de déconstruction. La dernière phase, qui vise le démantèlement complet de l’installation et son déclassement, a été autorisée par un décret publié le 29 septembre dernier, à la suite d’une enquête publique réalisée en 2006. Récemment, à la Chambre, le député Georges Gilkinet (Ecolo) interrogeait Patrick Dewael (VLD), Ministre de l’Intérieur, sur la concertation avec la population et les autorités belges. Pour le député namurois, il faut prendre le temps nécessaire pour permettre une baisse graduelle et progressive de la radioactivité, en évitant la dispersion d’ondes radioactives. « Les autorités de sûreté belges, dont l’Agence nucléaire, sont informées de manière systématique », a répondu M. Dewael, précisant que l’autorisation délivrée par le décret du 29 septembre se rapporte au démantèlement du circuit du réacteur déjà vide de combustible depuis 1995. Le ministre a encore ajouté que le fait que ce démantèlement s’opère dans des cavernes réduit considérablement les risques potentiels. Dans les communes belges voisines de la pointe de Givet, la sérénité prévaut. « Nous sommes informés régulièrement via un flash », explique Jean-Claude Maene (PS), le bourgmestre de Beauraing. « D’un point de vue technique, ce n’est pas le rôle des communes de s’inquiéter du suivi du démantèlement, argumente Jean-Marc Delizée (PS), bourgmestre de Viroinval, un plan de sécurité existe tant pour le fonctionnement que pour le démantèlement. » « L’année dernière, le manque de communication déploré dans le cadre d’un événement bénin a permis de remettre les choses au point », commente Guy Lapaille, secrétaire communal de Viroinval. Une convention d’échange. « Nous ne plaisantons pas, réagit Jean-Pol Bair, commissaire d’arrondissement. Avec le gouverneur Denis Mathen, une convention d’échange poussée jusqu’au plus petit détail a été renouvelée en octobre dernier ; croyez-moi, la moindre intervention d’un service de secours à Chooz ne manque pas de nous être communiquée ! » Si maintes opérations ont déjà été déjà réalisées, tout n’est pas pour autant terminé. Actuellement, on installe une nouvelle ventilation des cavernes, on relie les galeries et on met en place une installation de découplage et de transit des déchets faiblement et moyennement actifs. À partir de mi-2008, l’ensemble des équipements de la caverne des auxiliaires nucléaires seront démantelés, à l’exception de ceux nécessaires au contrôle de l’activité des eaux d’infiltration récoltées par les drains. Ensuite, l’ensemble des équipements de la caverne du réacteur sera démantelé puis évacué. Ces opérations s’étaleront entre 2008 et 2016. Mais l’installation restera sous surveillance. Enfin, les bâtiments de la plate-forme extérieure seront assainis puis démolis, avant la réhabilitation complète du site. Ces opérations dureront encore trois ans.

Le CEA veut vendre 30% de ses actions dans

AREVA pour financer le démantèlement

22/11/2007 - Le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) s’est prononcé mercredi en faveur de la vente de 30% de ses actions dans AREVA pour financer le démantèlement de ses anciennes installations nucléaires civiles et militaires, a-t-on appris jeudi de source syndicale. L’administrateur général du CEA, Alain Bugat, a rapporté devant le Comité National (équivalent d’un Comité Central d’Entreprise) de l’organisme public qu’il était « prêt à vendre 30% de ses actions dans AREVA, pour descendre à 49% », a rapporté à l’AFP Jocelyne Chenet, secrétaire générale CFDT de l’Union Fédération des Syndicats du Nucléaire (UFSN). Le capital du groupe nucléaire AREVA est actuellement public à près de 85%, dont 79% appartenant au CEA, et à 5,2% à l’Etat. Il est déjà ouvert à 4%, avec des actions sans droit de vote cotées à la Bourse de Paris. L’Elysée étudie plusieurs schémas de refonte d’AREVA, dont un rapprochement avec le groupe industriel privé Alstom, qui impliquerait d’ouvrir davantage son capital. M. Bugat souhaiterait cependant garder la majorité du capital dans les activités d’AREVA NC (ex-COGEMA), qui traite l’uranium des mines jusqu’à son recyclage, et d’AREVA TA, qui fabrique les réacteurs des sous-marins nucléaires, selon la responsable syndicale. De même source, on indique que le patron du CEA a refusé de s’exprimer sur les différents schémas de refonte du capital d’AREVA, affirmant n’avoir « aucune information » à ce sujet. Le démantèlement des anciennes installations nucléaires du CEA est financé par deux fonds, l’un civil et l’autre de défense. Un fonds civil a été créé en 2001, doté d’actifs financiers liquides et de 15% du capital d’Areva sur les 79% détenus par le CEA, qui devaient être monétisés en 2005 dans le cadre d’une ouverture du capital du groupe. Un fonds défense a été créé fin 2004, financé par des soultes (sommes d’argent) de l’électricien EDF et d’AREVA NP et par une contribution que l’Etat s’était engagé à verser. « Nicolas Sarkozy, alors ministre (de l’Economie), s’était engagé à verser 1,5 milliard d’euros (…). Cette promesse n’étant pas honorée, la seule solution, pour Alain Bugat, passe par la vente d’une partie des actions du CEA », explique l’UFSN dans un communiqué publié jeudi. Le coût de ces démantèlements, pour le CEA, représenterait 8 milliards d’euros, affirmait fin 2006 le directeur du site de Marcoule Loïck Martin-Deidier. Dans son communiqué, l’UFSN précise avoir mandaté le cabinet d’experts comptable Syndex pour « étudier les conséquences », pour le CEA, d’une ouverture du capital d’Areva.

www.brest-ouvert.net, mardi 30 octobre 2007:

Démantèlement de Brennilis :

EDF tente de « rattraper » ses fautes
AE2D renouvelle sa demande de création d’une

CLI (Commission Locale d’Information)

Ouest-France, 10/10/2007: 

 Le réacteur de Brennilis sera stocké dans l’Ain

Interview. Charles Plourdeau, porte-parole d’EDF et Bertrand Dubuis, directeur de la centrale nucléaire depuis trois ans, font le point sur le démantèlement. 

La centrale nucléaire finistérienne de Brennilis a fonctionné pendant 18 ans. Son réacteur a été arrêté en 1985. Engagé en 1997, le démantèlement est aujourd’hui suspendu par le Conseil d’État pour insuffisance d’information du public.

Quelles suites au démantèlement ?

Sortir du Nucléaire dénonce un « budget pharaonique » et un « manque de transparence »…

Au début, on s’est conformé à la législation française de l’époque. Depuis, la réglementation a énormément évolué. La loi Transparence et Sûreté en matière nucléaire n’existe que depuis 2006. Nous attendons le nouveau décret signé par le gouvernement. On a quand même montré que l’on savait complètement démanteler un bâtiment nucléaire. Un savoir-faire que EDF espère exporter. Question budget, on est dans les clous. Idem pour le planning, à mi-parcours. Nous ne divulguerons pas le coût total, pour des raisons de concurrence. EDF a provisionné 29,2 milliards d’euros au titre de la déconstruction globale.

D’où viennent le plutonium et l’américium 124, éléments radioactifs dangereux détectés autour du site, par la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) ?

C’est inexpliqué. La déconstruction ne génère pas de radioactivité [Faux].

Alors, radioactivité naturelle ou conséquences de l’activité ancienne de la centrale ?

Les études du Commissariat à l’Energie Atomique sur cette « atypie » seront soumis, en novembre, à l’Observatoire du Démantèlement. Rappelons que le laboratoire du site de Brennilis a quand même effectué 850 prélèvements par an, sur l’herbe, la pluie, le lait… En mai, une inspection, effectuée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, pointait certains dysfonctionnements, comme une sous-évaluation de l’activité radiologique de certains déchets et la corrosion des fûts où ils sont entreposés. Depuis, nous avons démontré que cette corrosion n’impliquait pas de fuites.

Existe-t-il une solution pour les déchets les plus radioactifs ? Une fois déconstruit, où partira le bâtiment réacteur, forcément irradié ?

Enlevé en 1985, le combustible est entreposé à Cadarache (Bouches-du-Rhône) dans une installation provisoire. Il faut lui trouver une destinée « ultime ». Nous avons aussi prévu de construire une installation intermédiaire à Bugey (Ain), pour stocker Brennilis, qui nous servira ensuite pour les quatre autres réacteurs dont on a aujourd’hui entamé le démantèlement. Ce site d’entreposage est annoncé pour 2015.

Le Monde, 14/7/2007: 

 Le démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis manque de rigueur

[c’est le moins que le journal 

Le Monde puisse dire…]

 La déconstruction en cours de la centrale nucléaire des monts d’Arrée, à Brennilis (Finistère), ne semble pas avoir toujours été conduite avec la rigueur nécessaire. En témoigne une « lettre de suite » adressée à EDF, le 20 juin, par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), après une inspection du réacteur à eau lourde, qui a cessé de produire de l’électricité en 1985.

« L’organisation définie et mise en oeuvre sur le site pour la gestion des déchets est perfectible », note l’ASN. Au cours de leur « quadrillage » du site, ses inspecteurs ont ainsi « mis en évidence une incohérence complète (en termes de nombre de colis, de tonnage et d’activité des déchets nucléaires, des données de production, d’évacuation et des bilans d’entreposage) en début et fin d’année 2006. » Ils ont aussi constaté « la forte sous-évaluation, d’un facteur 30 à 200, de l’activité radiologique de certains déchets triés ». Ils ont déploré que ces « non-conformités » identifiées par les éliminateurs de déchets – l’ANDRA et CENTRACO – n’aient pas fait l’objet de déclarations auprès de l’ASN.

La visite a aussi révélé des signes de corrosion externes sur 20 % des fûts de déchets radioactifs – pour certains liquides – entreposés dans un des locaux du réacteur. Elle a montré que certains entreposages de déchets chimiques étaient trop proches des fûts radioactifs. Par ailleurs, un brumisateur était défaillant et l’autre trop éloigné de la zone où « le risque d’ignition spontanée ne peut pas être écarté ». Un local contenant des déchets radioactifs amiantés n’était pas suffisamment sécurisé.

Cette accumulation pourrait faire frémir. « La situation mérite d’être corrigée, mais elle ne remet pas en cause la sûreté et la radioprotection de l’installation, ni ne traduit une démotivation des équipes en place », tempère Jean-Luc Lachaume, directeur général adjoint de l’ASN. EDF indique, de son côté, que « les points mentionnés dans la lettre de l’ASN font actuellement l’objet d’un examen attentif ; certains ont été corrigés immédiatement. »

« GRAVES DÉCONVENUES ». Pour le Réseau Sortir du nucléaire, qui a exhumé le courrier du site Internet de l’ASN, cela « confirme que ce chantier se déroulait de façon tout à fait anormale ». Cette affaire « n’est de toute évidence que le prélude à de très graves déconvenues lors du démantèlement du parc nucléaire d’EDF », redoute l’association. Elle vient en outre d’obtenir du Conseil d’Etat l’annulation d’un décret de février 2006 qui autorisait le démantèlement complet de l’installation, pour « défaut d’information du public ». Les opérations ont donc été stoppées sine die.

Sur place, les équipes de démantèlement, qui comptaient une centaine de personnes, dont une vingtaine de salariés d’EDF, ont été réduites, indique l’électricien. Après dix ans de travaux, ne subsistent dans le bâtiment réacteur que le réacteur lui-même et les échangeurs. EDF a évacué à ce jour 7 500 tonnes de déchets radioactifs, 80 % des rebuts étant [considérés selon les normes comme] non radioactifs. Le chantier, qui devrait s’achever à l’horizon 2025-2030, selon l’ASN, sera retardé de deux ans environ. Le temps qu’un nouveau dossier de démantèlement soit instruit.

Le Télégramme de Brest, 12/7/2007: 

 Démantèlement de Brennilis:

Un rapport pointe des erreurs

Une inspection de la centrale nucléaire de Brennilis en cours de démantèlement a révélé fin mai plusieurs dysfonctionnements qui ont suscité un rappel à l’ordre de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Le compte rendu d’inspection, révélé par l’association Sortir du Nucléaire, est accessible sur le site internet de l’autorité de sûreté (www.asn.fr). Il fait notamment état de fûts de déchets radioactifs (environ 20 %) présentant « des signes de corrosion », ainsi que d’erreurs de décomptage et d’une « forte sous-évaluation » de l’activité radiologique de certains déchets. « Le bilan annuel déchets 2006 est donc erroné et un bilan révisé doit être établi », soulignent les inspecteurs, qui mettent également en cause le dispositif anti-incendie. De son côté, EDF indique dans un communiqué que la recommandation de l’ASN « ne concerne pas des écarts méritant une correction immédiate. Des actions de progrès vont, bien sûr, être rapidement mises en oeuvre, sous le contrôle vigilant de l’ASN ». Le démantèlement de la centrale des monts d’Arrée, qui a fonctionné jusqu’en 1985, a été suspendu début juin après l’annulation du décret par le Conseil d’État, faute d’une procédure d’information du public en bonne et due forme. Le Réseau Sortir du nucléaire estime que EDF « tente d’abuser l’opinion en lui laissant croire que le démantèlement d’un réacteur nucléaire ne pose pas de problèmes ».

Ouest-France, 12/7/2007 : 

 Brennilis: EDF se fait taper sur les doigts

Fûts de déchets radioactifs corrodés, radioactivité fortement sous-évaluée, erreurs de comptage, accuse un rapport du « gendarme » du nucléaire.

BREST. - Début juin, les militants du « Réseau sortir du nucléaire » ont obtenu de la justice l’arrêt du démantèlement de la centrale de Brennilis (Finistère). Voilà qu’ils viennent de dénicher un document plutôt embarrassant pour EDF. Il s’agit de la synthèse des constatations effectuées par des inspecteurs de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), à Brennilis, le 31 mai dernier. Rapport daté du 20 juin et mis en ligne, mardi, sur le site de l’ASN (www.asn.fr)

Qu’ont vu les inspecteurs ?

Des fûts, contenant des déchets radioactifs produits en 2004 et 2005, « présentent des signes de corrosion externe assez prononcée ». La comptabilité du nombre de colis, des tonnages de déchets entreposés ou évacués, semblait très approximative. L’ASN est même très sévère sur ce point. Elle note une « incohérence totale » des données chiffrées.
Plus inquiétant encore. Concernant l’activité radiologique de certains déchets tritiés (qui contiennent du tritium, considéré comme hautement toxique), l’ASN constate « une forte sous-évaluation, d’un facteur de 30 à 200 ».

Des documents accompagnant une expédition de déchets nucléaires « ne correspondaient pas au colis envoyé ». Cette « non-conformité » et cet « écart » – « deux fautes », dénoncent les antinucléaires – n’ont pas été déclarés à l’ASN… EDF, de son côté, estime que la recommandation de l’Autorité « ne concerne pas des écarts méritant une correction immédiate ».

« Barré par du ruban adhésif ».

Pourtant, l’ASN a aussi noté que des déchets nucléaires présentant des risques chimiques et d’incendie ont été mis dans une zone « trop proche » de déchets tritiés. Cette zone ne pouvait, en cas d’incendie, être arrosée par un brumisateur automatique. Et un autre brumisateur était hors service. Un local destiné à l’entreposage des déchets radioactifs amiantés était bien fermé à clé. Mais il est « directement accessible par le local adjacent dont les parois ont été déposées et dont seule l’issue externe est barrée par trois bandes de ruban adhésif ».

EDF a deux mois pour répondre à l’ASN, en prenant des engagements et en fixant un calendrier. « Sortir du nucléaire » estime que l’entreprise « tente d’abuser l’opinion en lui laissant croire que le démantèlement d’un réacteur nucléaire ne pose pas de problèmes ». EDF assure que « des actions de progrès vont bien sûr être rapidement mises en oeuvre, sous le contrôle vigilant de l’ASN ». Nous voilà rassurés…

Le Télégramme, 16/6/2007: 

 Brennilis.

Les antinucléaires veulent des garanties

Le 6 juin dernier, saisi par le réseau Sortir du nucléaire, le Conseil d’État a annulé le décret du 9 février 2006 autorisant le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Brennilis. Hier, Sortir du nucléaire, représenté par son administratrice Chantal Cuisnier, s’est présenté devant la centrale avec un huissier afin de signifier à EDF l’obligation d’arrêter les travaux. 

Les dirigeants de la centrale, par la voix de Bertrand Dubuis, responsable du site, lui ont indiqué qu’ils avaient accepté de se conformer à la décision du Conseil d’État ; que quelques travaux de sécurisation sont en cours et devraient être achevés avant fin juin. Les opérations de démantèlement sont donc bel et bien stoppées. EDF a également proposé à Sortir du nucléaire et à son huissier une visite de la centrale, mardi prochain, pour s’assurer de la mise en ouuvre de la décision de justice.

 Le Figaro, 7/6/2007:

Nucléaire: Le casse-tête du démantèlement

Neuf centrales françaises sont arrêtées mais pas déconstruites. Le Conseil d’État a stoppé hier le démantèlement de Brennilis.

IL est plus rapide de s’engager dans la troisième génération du nucléaire (l’EPR à Flamanville) que de démanteler une vieille centrale nucléaire arrêtée depuis plus de vingt ans. C’est ce qui arrive au site de Brennilis, dans le Finistère : hier, le Conseil d’État a annulé le décret gouvernemental du 9 février 2006 autorisant la déconstruction complète de la seule centrale nucléaire implantée en Bretagne.

demantelement_el4 CENTRALE DE BRENNILISMis en service en 1967, Brennilis, unique représentant en France de la filière à eau lourde, a alimenté la région en électricité jusqu’en 1985. Les opérations doivent en théorie durer jusqu’en 2018. Toutefois, après la décision du Conseil d’État, ce calendrier pourrait prendre du retard. Même si, depuis qu’un commissaire du gouvernement avait réclamé l’annulation de ce décret, une telle décision était attendue.

En l’occurrence, le Conseil d’État, saisi par l’association Sortir du nucléaire s’est appuyée sur « l’absence de mise à disposition d’une étude d’impact » des opérations de démantèlement. Autrement dit, une faille dans les procédures d’information qu’EDF va devoir combler. Quand ? L’opérateur historique le dira bientôt. Pour le moment, il se contente d’indiquer qu’il respectera scrupuleusement la décision du Conseil d’État.

Si le dossier est aussi sensible, c’est tout simplement parce que pas moins de neuf centrales nucléaires en France sont en déconstruction. Sur ces neuf sites, un seul, Chinon A1 (qui a fonctionné jusqu’en 1973) a aujourd’hui totalement bouclé le processus : la centrale abrite aujourd’hui un musée.

27 milliards d’euros provisionnés

Quant à Brennilis, il s’agit, parmi les huit centrales restantes, du seul site arrivé en phase de niveau 3. Celle-ci recouvre les différentes opérations de démantèlement total: à la fois le démontage, le conditionnement et l’évacuation du bâtiment réacteur et des matériaux et équipement encore radioactifs. Au terme de cette phase, le site peut être réutilisé.

Pour sa part, le niveau 2 (démantèlement partiel) sert en particulier à isoler et à mettre sous surveillance le réacteur. Quant au niveau 1, il s’agit d’une phase de mise à l’arrêt définitif : via notamment le déchargement du combustible.

Toutes ces opérations ont un prix : au 31 décembre 2006, EDF avait estimé à 2,1 milliards d’euros le coût total de la déconstruction de ces neuf centrales, hors opérations de retraitement du combustible. Une enveloppe destinée à croître puisque la fin de la prochaine décennie correspondra au début de la vague de remplacement des centrales actuelles, 19 en tout, soit 58 réacteurs. Celle de Fessenheim, en Alsace, aura précisément 40 ans en 2017.

combinaison_brennilis CENTRALES NUCLEAIRES Réacteur EL4 à Brennilis, découpe d’une chaudière auxiliaire en combinaison ventilée ignifugée.

Même si la durée de vie des réacteurs peut être prolongée au-delà [lire: prolongation à 40 ans de la durée de vie des centrales: Quand EDF prend ses désirs pour des réalités], EDF a provisionné 27 milliards d’euros pour le démantèlement et le retraitement des déchets.

ENVELOPPE

Au 31 décembre 2006, EDF avait estimé à 2,1 milliards d’euros le coût total de la déconstruction de ces neuf centrales, hors opérations de retraitement du combustible.

Voir: le dossier Brennilis de Sortir du nucléaire Cornouaille

La Tribune, 7/6/2007: 

 Saisi par le réseau Sortir du nucléaire, le Conseil d’État sanctionne EDF

[...] UNE FACTURE LOURDE. Si cette action ne fait que retarder d’un an le démantèlement de Brennilis, elle doit faire date, estime l’association qui veut  » empêcher EDF de bafouer la loi « . Cette centrale de 70 MW fait partie des réacteurs français de la première génération. Les prochains démantèlements seront d’une autre ampleur, portant sur des réacteurs de 900 MW et plus. 


Cette affaire risque de relancer aussi le débat sur les coûts du démantèlement.  » La facture se compte en centaines de milliards d’euros et non en dizaines de milliards comme l’annonce EDF « , affirme Sortir du nucléaire. À titre de comparaison, précise-t-elle,  » la Grande-Bretagne a évalué à 103 milliards d’euros le démantèlement de ses installations qui sont bien moins nombreuses qu’en France 
« .

 Ouest-France, 7/6/2007: 

 Le démantèlement de Brennilis jugé illégal

Les représentants de Sortir du Nucléaire, l’association qui a saisi le Conseil d’État, avec Agir pour l’Environnement et le Développement Durable, et Vivre dans les Monts d’Arrée, réclament l’arrêt immédiat du chantier. 

Le Conseil d’État a annulé l’autorisation de terminer la démolition de la centrale nucléaire finistérienne. Le public n’a pas été assez informé.

La plus haute juridiction administrative a, hier, donné raison aux militants du « Réseau sortir du nucléaire ». Les magistrats du Conseil d’État ont annulé le décret pris par le gouvernement, le 9 février 2006, autorisant le démantèlement complet de la centrale électrique des Monts d’Arrée. Ce décret devait permettre de s’attaquer au bâtiment du réacteur, partie la plus radioactive de la centrale arrêtée en 1985, et seul bâtiment encore debout. Le décret précédent, datant de 1996, autorisant un démantèlement partiel, avait permis la démolition d’autres bâtiments. Lancé en 1999, le chantier est prévu pour durer jusqu’en 2018.

« Un décalage dans le planning ». Les juges ont suivi les recommandations de Yann Aguila, le Commissaire du Gouvernement, qui est le magistrat chargé d’éclairer le Conseil d’État sur la solution de droit. Lors de l’audience, en mai, il avait rappelé que le ministre de l’Économie aurait dû, avant de prendre ce décret, « soumettre l’étude d’impact à la consultation du public ». Pour Yann Aguila, il appartenait au gouvernement « de tout mettre en oeuvre » pour que les 700 000 habitants des 50 km alentours puissent consulter l’étude d’impact. Ce qui n’a pas été le cas. Pourtant, en 1999, un rapport faisait état « d’un fort risque d’exposition des intervenants aux radiations ». Et posait le problème du stockage des déchets.

Contrairement aux allégations du ministre, la consultation de « l’observatoire » du démantèlement, rassemblant élus, syndicats, associations et État, « ne répond pas aux objectifs de la directive européenne » qui impose de consulter le public. D’autant moins que l’objet de cet « observatoire » était « d’informer ses membres sur l’avancement des travaux » et pas le public.

« Une grande victoire pour la démocratie », se réjouit Chantal Cuisnier, de Sortir du Nucléaire, qui exige « l’arrêt immédiat » du chantier. « Un état des lieux approfondi s’impose : évaluer les risques pour la santé du personnel, préciser l’impact sur l’environnement et avancer sur la gestion des déchets. » Une centaine de personnes travaillent sur ce chantier pilote. Son coût est désormais évalué à 482 millions d’euros, soit cinq fois plus que ce que prévoyait EDF initialement.

« EDF prend acte et s’y conformera strictement, commente Bertrand Dubuis, chef du site de Brennilis. L’annulation entraînera un décalage dans le planning, mais ne remet pas en cause le démantèlement. Nous allons représenter un dossier complet, dans la plus grande transparence, selon nos objectifs fondamentaux : préservation de l’emploi, sécurité, radioprotection et sauvegarde de l’environnement. »

Le directeur de Brennilis:

Les travaux liés à la

sécurité vont continuer

7/6/2007  - EDF entend se conformer à la décision du Conseil d’Etat sur l’arrêt de la déconstruction de la centrale nucléaire de Brennilis, mais les questions de sécurité rendent nécessaire la poursuite d’un certain nombre de travaux, explique Bertrand Dubuis, directeur de la centrale.

Q – Quelles conséquences tirez-vous de la décision du Conseil d’Etat

R – EDF se conformera strictement à la décision du Conseil d’Etat. Nous analysons actuellement les conséquences de ces décisions du Conseil d’Etat sur l’organisation du site et les travaux en cours. Cette analyse devrait prendre plusieurs semaines. Nous déposerons dès que possible une demande pour obtenir des pouvoirs publics un nouveau décret de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement complet de la centrale de Brennilis, car notre objectif principal, qui est de démanteler totalement ce site, reste entier et nous irons jusqu’au bout.

Q – Quel sera l’impact concret de la décision du Conseil d’Etat ? 

R – Un chantier nucléaire ne peut s’arrêter du jour au lendemain, car il y a des opérations de démantèlement en cours. Si nous devons arrêter ces travaux, nous prendrons toute une série de dispositions indispensables à la sûreté, notre priorité, et à la protection des travailleurs et de l’environnement.

Q – Les travaux se poursuivent donc ? 

R – Actuellement, une centaine de personnes travaillent à la déconstruction de Brennilis: des agents EDF et des salariés d’entreprises locales et nationales. Pour l’instant, nous continuons les travaux nécessaires à la mise en sécurité des chantiers. Aujourd’hui, il y a toujours de l’activité sur le site parce que nous avons des opérations d’entretien et de maintenance nécessaires pour respecter notre référentiel de sûreté, surveillé de près par l’autorité de sûreté nucléaire. Nous effectuons également régulièrement des analyses, et des essais périodiques sur les installations.

Annulation du démantèlement de la centrale de

Brennilis recommandée en Conseil d’Etat

14/5/2007 - L’annulation du décret gouvernemental du 9 février 2006 autorisant le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère), l’une des plus anciennes du parc nucléaire français, a été recommandée lundi devant le Conseil d’Etat.

Le Commissaire du Gouvernement, magistrat indépendant chargé de dire le droit, a demandé l’annulation du décret en raison de « l’absence de mise à disposition du public d’une étude d’impact » des travaux de démantèlement de la centrale située dans les Monts d’Arrée, qui a fonctionné de 1967 à 1985. Le Conseil d’Etat doit rendre sa décision dans quelques semaines.

Le décret de 2006, permettant un « démantèlement complet » de la centrale, faisait suite à celui de 1996, qui autorisait un démantèlement partiel. Le texte du 9 février 2006, signé par le Premier Ministre Dominique de Villepin et les ministres de l’Economie, de l’Industrie et de l’Ecologie, a été attaqué par le réseau Sortir du nucléaire.

Le commissaire du gouvernement Yann Aguila a estimé recevable l’un des motifs d’annulation soulevés par l’association écologiste, mettant en évidence « l’absence de mise à disposition du public d’une étude d’impact » des travaux. « Les centrales nucléaires, y compris leur démantèlement, sont soumises » à cette obligation prévue par une directive européenne de 1985, a rappelé le magistrat.

Réalisée par le maître d’ouvrage, en l’occurence EDF, l’étude d’impact doit contenir un descriptif du projet et de ses conséquences sur l’environnement. Il s’agit « d’offrir au public concerné la possibilité de donner son avis avant que l’autorisation ne soit donnée », a insisté le commissaire du gouvernement.

Or, dans le cas de la centrale de Brennilis, « le démantèlement a bien fait l’objet d’une étude d’impact mais celle-ci n’a pas été mise à la disposition du public avant que l’autorisation de démantèlement ne soit donnée », a fait valoir Yann Aguila, qui a rappelé que 700.000 habitants vivaient dans un rayon de 50 km autour de la centrale.

En conséquence, le décret attaqué doit être jugé « contraire au droit communautaire » et annulé par le Conseil d’Etat. Le magistrat a en outre recommandé à la plus haute juridiction administrative de condamner l’Etat à verser 2.200 euros à Sortir du nucléaire au titre des frais de procédure.

La centrale nucléaire des Monts d’Arrée, à Brennilis, fait partie des réacteurs français de la première génération. Unique exemplaire industriel français de la filière nucléaire à eau lourde, elle a alimenté la Bretagne en électricité de 1967 à 1985. Les opérations de démantèlement doivent durer jusqu’en 2018.

Le Monde, 27/10/06:

 Le CEA, laboratoire du démantèlement de

l’héritage nucléaire

 MARCOULE (GARD) ENVOYÉ SPÉCIAL

Le nucléaire engendre des chiffres vertigineux. Il en va ainsi du démantèlement partiel des installations du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), évalué à 8 milliards d’euros. Pour le seul site de Marcoule (Gard), berceau de la production de plutonium militaire et du retraitement des combustibles usés, le devis est de 6 milliards d’euros. Ce chantier représente 140 000 m3 de zones contaminées et irradiantes. Il produira 27 000 tonnes de déchets de faible et très faible activité, dont le conditionnement nécessitera 4,3 millions d’heures d’interventions et 1 million d’heures d’études. Les opérations, entamées en 1997, prendront fin vers… 2035.

« C’est une première mondiale ! », insiste Philippe Pradel, directeur de l’énergie nucléaire du CEA. Selon cet ancien de la COGEMA, « le plus difficile est fait », en termes de manipulation des produits les plus irradiés. Le chantier, qu’il faisait visiter, jeudi 26 octobre, « n’est pas seulement un mal nécessaire : il nous permet de faire la preuve que nous pouvons mettre correctement un terme à la première génération des centrales nucléaires ». Démonstration d’autant plus attendue que la filière nucléaire française entend profiter de la conjoncture, favorable à l’étranger à la relance de ce type d’énergie.
Avec les sites plus modestes de Grenoble et Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), Marcoule est donc un laboratoire du démantèlement d’installations nucléaires et de la gestion des déchets engendrés par des décennies d’activité. Le « gros morceau » est l’usine de plutonium n°1 (UP1), où fut séparé l’ingrédient essentiel de la force de frappe française, issu des réacteurs plutonigènes de la filière graphite-gaz.
La radioactivité omniprésente impose des précautions de tous les instants. Dans un atelier où l’on produisait des lingots de plutonium, deux ouvriers aux allures de Bibendum scient un tube d’acier. Couverts d’une combinaison rose étanche, gonflée pour que la surpression interdise tout contact avec des particules radioactives, ils ne peuvent travailler que deux heures par jour.

60 000 FÛTS À « EMBALLER »

Parfois, des robots prennent le relais. Pour assainir une salle de filtration des gaz de ventilation, deux chenillettes dotées d’un bras articulé, commandées à distance, se partagent le travail : l’une tient une tôle, que l’autre découpe, sous l’oeil de la caméra d’un petit robot explorateur. Les machines sont lentes : il faudra cinq ans pour ce seul local. Afin d’accélérer les opérations, des caméras gamma ont été mises au point. Elles sont capables de détecter à distance les « points chauds », à travers l’acier des canalisations et des fûts.
Dès l’origine, UP1 a produit des déchets radioactifs, coulés alors dans de simples fûts pétroliers. La pratique était de les immerger en mer. Quand des traités internationaux ont mis fin à ce mode de « gestion », les fûts ont été empilés dans des casemates. Il en reste 60 000 à emballer dans de nouvelles coques d’inox. Soit trente ans d’activité.

Comment assurer le financement sur une si longue période ?

Le CEA a constitué deux fonds consacrés, l’un civil (3,96 milliards d’euros), l’autre militaire (4,18 milliards d’euros), hors coûts de stockage des déchets. Le fonds civil, créé en 2001, outre des actifs financiers liquides, a reçu 15 % du capital d’AREVA, sur les 79 % détenus par le CEA. Il est alimenté chaque année par le versement de dividendes. Le fonds militaire reçoit des contributions d’EDF et d’AREVA en contrepartie de leur désengagement des opérations de démantèlement, tandis que les modalités de la contribution de l’Etat « restent à définir », indique le CEA.
Sur un panneau syndical, une note de 2005 de la CFE-CGC rappelle que « vu la complexité et la durée du projet, nul ne peut être certain de l’exactitude des devis ». Philippe Pradel rétorque qu’après dix ans d’opérations, les coûts sont tenus, que le niveau de radioactivité rencontrée est moindre qu’escompté et qu’une marge de 10 % a été prévue pour anticiper les aléas du chantier.
En 2005, la Cour des Comptes estimait que les charges de l’ensemble de l’« aval du cycle nucléaire » - retraitement et stockage des déchets – représentaient 10 % du coût de production du kilowattheure nucléaire. La loi sur les matières et déchets radioactifs du 28 juin a institué une Commission Nationale d’Evaluation du Financement du Démantèlement et de Gestion des Déchets, chargée de vérifier que les provisions constituées seront suffisantes. Le décret d’application n’est pas encore paru.

Chronologie:
1945 : création du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). [Lire: Le CEA, sa raison d’être, la bombe son alibi, la recherche]
1956 : construction à Marcoule (Gard) du premier réacteur nucléaire graphite-gaz français, G1, assurant la production de plutonium militaire.
1958 : création de l’usine plutonium n°1 (UP1) destinée à extraire ce plutonium et à retraiter les combustibles irradiés de la filière graphite-gaz.
1976 : le site passe sous la responsabilité de la COGEMA, filiale du CEA.
1997 : arrêt définitif de production d’UP1. Début du démantèlement.
2006 : la responsabilité du site est transférée au CEA.
2035 environ : fin du démantèlement des installations et du conditionnement des déchets de la filière graphite-gaz.

Hervé MORIN

dem1_g2 COGEMA

 France 3, 21/4/06:

« Sortir du nucléaire«  dépose plainte contre un décret autorisant le démantèlement du coeur du réacteur de la Centrale.

18 avril 2006:

Note CRIIRAD - Résultats et interprétation des analyses radiologiques d’eau et de plantes en aval de la centrale de Brennilis

 Le Télégramme Brest, 7/4/2006:

 Centrale de Brennilis: Un feu vert qui inquiète

(Voir la CRIIRAD)

Par décret du 9 février dernier, l’Etat vient d’autoriser EDF « à procéder aux opérations de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement complet de l’installation nucléaire » de Brennilis. Inquiète de la tournure des événements, jugée précipitée, l’association Agir pour l’Environnement et le Développement Durable reste, par la voix de son président, Roger Abiven, plus que jamais vigilante.

Ce décret va permettre au chantier d’entrer dans sa troisième et dernière phase : la déconstruction du réacteur et de son enceinte. Sa préparation débutera, cette année, alors que son exécution interviendra entre 2008 et 2012.

Manque de transparence

D’emblée, Roger Abiven prévient : « Il y a aujourd’hui un déficit de prise de conscience. Pour beaucoup, ces travaux signifient surtout la fin de la centrale. Mais, le démantèlement représente beaucoup plus de risques que l’exploitation et notamment pour les travailleurs. Il y aura manipulation de matière radioactive. On est d’autant plus inquiets que le rayonnement n’aura pas beaucoup diminué ». A un démantèlement immédiat, l’association aurait, en effet, préféré une période d’attente de 40 à 50 ans pour que la radioactivité diminue. Bien qu’elle ait intégré l’observatoire de démantèlement lors de sa dernière réunion en octobre, l’association dénonce le manque de transparence. « Les autorités d’EDF s’expriment unilatéralement. La lumière est faite sur beaucoup d’aspects, mais il y a des choses qui ne sont pas dévoilées », estime ainsi Roger Abiven avant de poursuivre : « Ce qui est nouveau, c’est qu’EDF et le gouvernement ont décidé d’accélérer le processus et de passer au démantèlement du réacteur au plus vite ».

Destination des déchets ?

Par ailleurs, selon les autorités, la déconstruction de Brennilis doit servir de modèle à reproduire plus tard sur d’autres chantiers comparables. Mais, pour Roger Abiven, « vu les incidents qui s’y sont produits, ça va être difficile. La phase 2 n’a pas été si exemplaire que cela ». Et l’associatif de rappeler alors la poussée d’une nappe phréatique qui a fragilisé un bâtiment ou encore les accidents du travail (quatre cas en 2005). Autre sujet d’inquiétude, la destination des déchets. « D’habitude, on prend un décret lorsque tout est prêt. Mais, pour l’instant, on ne sait pas quel site va recevoir les déchets moyennement radioactifs et à longue durée de vie de Brennilis. Trois destinations sont envisagées, aucune n’a pour l’instant été retenue. Dans ce cadre, le décret semble prématuré », affirme Roger Abiven.

Expertises indépendantes

L’association réclame donc que des études épidémiologiques réalisées par des indépendants établissent l’impact des travaux sur les ouvriers, les civils, la faune et la flore. Elle souhaite aussi être associée à l’appel d’offres qui déterminera les entreprises retenues, et que des expertises et contre-expertises établissent leur niveau de compétence. « Puisque l’on est engagé dans le démantèlement immédiat, soyons d’autant plus vigilants. Il reste des moyens à mettre en oeuvre pour que la santé publique soit garantie », conclut Roger Abiven.

Hervé CORRE

Le Monde.fr, 22 février 2006:

 Les principaux points du rapport de la

Cour des comptes.

Absence de stratégie nucléaire

clairepour l’avenir

Les Français savent-ils que la stratégie sur le nucléaire est engagée à l’horizon 2040? C’est avec un art consommé de la litote que la Cour des Comptes pose la question dans son chapitre consacré au démantèlement des intallations nucléaires et aux déchets nucléaires. Car si ceux-ci pèseront sur les générations futures, les choix qui déterminent leur gestion, et donc leur coût, se font aujourd’hui. 

Or, indique la Cour, « la production électronucléaire française repose sur l’hypothèse d’un retraitement de tout le combustible usé », y compris le Mox (mélange de plutonium et d’uranium). « Cette hypothèse suppose la continuation du programme électronucléaire et son prolongement ultérieur à des réacteurs dits de quatrième génération, eux-mêmes consommateurs de plutonium, à l’horizon des années 2040. »

Mais l’incertitude sur le coût futur de la gestion des déchets nucléaires est déjà très grande, indique la Cour. Il s’agit de savoir si seront retraités les combustibles Mox ­ qui ne le sont pas pour l’instant à La Hague ­, ainsi que la part des combustibles usés standard qui n’est pas retraitée actuellement, soit environ un quart du total. Ces combustibles non retraités, s’ils devaient le rester, nécessiteraient des installations supplémentaires de stockage durable, et donc un coût important, qui n’est pas encore pas chiffré.

En l’état actuel, souligne les magistrats, « on suppose que les déchets les plus radioactifs [n'intégreront] pas de plutonium dans l’optique d’une mise en service de réacteurs de génération IV à l’horizon 2040″. Rien n’indique que ces réacteurs seront prêts à cette échéance, et l’on voit mal si leur mise en oeuvre ne seront pas contradictoires avec les réacteurs EPR que le gouvernement s’apprête à lancer dans les années 2010 et qui doivent avoir une durée de fonctionnement de soixante ans.

Une incertitude majeure pèse donc sur la gestion française des déchets nucléaires. La Cour confirme son jugement de début 2005 quand, dans son rapport particulier consacré au même sujet, elle avait déploré le « défaut d’une vue d’ensemble sur la politique nucléaire future ». Elle recommande « d’énoncer plus clairement les conditions nécessaires à une réalisation effective de la stratégie annoncée, puisqu’elles justifient le mode de calcul des provisions pour fin de cycle des combustibles nucléaires. »

Sur les autres aspects du démantèlement, la Cour est moins sévère. Les provisions brutes de démantèlement des installations nucléaires ­ les sommes mises de côté pour démonter les usines arrivées en fin de fonctionnement ­ et de gestion de leurs déchets représentent 69 milliards d’euros. Sur 125 installations nucléaires en France, 22 sont déjà à l’arrêt. Si AREVA présente de ce point de vue « une situation satisfaisante », la Cour est inquiète pour le Commissariat à l’Energie Atomique, dont le système est « à la fois complexe et peu transparent ».

La Cour s’inquiète aussi du fait que les provisions d’EDF et d’AREVA pourraient être mal protégées en cas de privatisation et invite « à réfléchir sur la question de la sécurisation des actifs ». Il s’agit de s’assurer que les sommes mises de côté restent bien destinées au démantèlement des centrales, et non affectés à d’autres dépenses. Dans sa réponse, le ministre de l’économie écrit que cette réflexion pourrait « prendre la forme d’un cantonnement juridique des actifs concernés pour garantir qu’ils restent effectivement dédiés à la couverture des engagements nucléaires ».

Hervé KEMPF

 Ouest-France du jeudi 27 janvier 200

 Les inquiétudes de la Cour des comptes

 Le coût « explosif » des déchets nucléaires

dem2_g2 COUR DES COMPTESLe démantèlement d’un réacteur nucléaire coûte beaucoup plus cher que prévu, a révélé hier la Cour des comptes. À Brennilis, en Bretagne, la facture est multipliée par cinq. L’industrie nucléaire pourra-t-elle toujours assumer ces coûts ?

Le prix réel du kilowattheure nucléaire est-il sous-évalué ? Sous la houlette impérieuse de Philippe Séguin, son nouveau premier président, la Cour des comptes vient de mettre les pieds dans un plat qui a trop longtemps relevé du secret d’État : celui du financement du démantèlement des vieilles installations nucléaires et de la gestion des déchets radioactifs. Elle y consacre un rapport entier

Actuellement, EDF facture au consommateur le futur démantèlement de ses réacteurs. AREVA, le ministère de la Défense, la COGEMA, ont également fait des provisions. Mais l’exemple de Brennilis est quelque peu inquiétant. Le coût de cette « déconstruction », qui va générer 110 000 tonnes de déchets à été très sous-estimé. La facture finale serait de 482 millions d’euros. Au moins cinq fois plus que prévu.

À Marcoule, dans le Gard, autre très mauvaise surprise. On y démantèle une vieille usine de production de plutonium. Le coût final serait de 6 milliards d’euros. Quant au futur centre de stockage profond des déchets ultimes, à Bure dans la Meuse, il a pris du retard et a doublé son prix initial de 60 millions d’euros.

La France compte actuellement 122 installations nucléaires. Vingt-deux sont à l’arrêt, dont le célèbre « Superphénix ». Toutes devront être démantelées. La loi le prévoit. Mais les financements seront-ils au rendez-vous ? Didier Gasse, l’un des auteurs du rapport, s’inquiète :« La stratégie financière d’EDF n’est pas très claire ». Le premier producteur mondial d’électricité nucléaire a pourtant déjà accumulé 24 milliards d’euros de provisions. Mais ces fonds ne sont pas spécifiquement dédiés au démantèlement. Ce que lui reproche vertement la Cour des ComptesLe comble serait qu’en effet, les Français payent plusieurs fois le démantèlement : en tant que consommateurs d’hier et de demain, et puis en tant que contribuables, si l’entreprise était un jour incapable de tenir ses engagements.

Seule la société AREVA serait « dans les clous », selon Didier Gasse. La Défense, le CEA, doivent encore créer un fonds spécifique. La Cour donne en exemple la Grande-Bretagne et les États-Unis où ce sont les pouvoirs publics qui gèrent ces fonds et non pas les entreprises. Mais cette question est « taboue » à EDF. L’électricien ne veut pas se priver de cette manne au moment où il projette d’ouvrir son capital.

Ce sera au Parlement de trancher la controverse. Un débat est prévu en 2006, un an avant la présidentielle. « Cette échéance doit être respectée, dit Philippe Séguin, car c’est la crédibilité de l’ensemble de notre politique nucléaire qui est en jeu ». Beaucoup de Français pensent, en effet, qu’en matière de déchets radioactifs, on leur cache des choses.

Bernard LE SOLLEU

Libération, 27 janvier 2005: 

 Le coût des déchets du nucléaire inquiète la Cour des comptes

 Elle craint que deux opérateurs (CEA et EDF) n’aient pas économisé suffisamment.

Comment appliquer le sain principe «pollueur-payeur» à l’échelle de décennies ? C’est la question posée par «le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs», titre du dernier rapport de la Cour des comptes présidée par Philippe Séguin.

Vérifier

 Les magistrats de la dite cour, malgré leur dextérité juridique – et un document précieux pour un débat public «éléments sur la table», insiste Seguin -, montrent un réel embarras devant le sujet. Compatissons. Ils sont en effet pronucléaires, comme l’essentiel des couches dirigeantes. Mais, fonction oblige, ils doivent vérifier que les chiffres correspondent aux promesses : que les provisions mises au passif des grands opérateurs de l’électronucléaire – AREVA, CEA et EDF – pour financer démantèlement et gestion des déchets ne se révéleront pas monnaie de singe lorsqu’il faudra les «décaisser». Outre cette vertu financière, ils voudraient même que la «transparence»produise la «confiance du citoyen» qu’ils trouvent «morose».

Sous la conduite de Bertrand Fragonard, ils ont donc peint un tableau curieux. D’abord en effaçant une vieille toile : le démantèlement en cours des premières installations (Marcoule, Brennilis…). Certes, admettent-ils, il a coûté «beaucoup plus cher que prévu». Ces installations ont essuyé les plâtres d’activités nouvelles. Et le mode de calcul utilisé n’était valable que pour les centrales du parc actuel d’EDF. Du coup, ils avalisent les provisions actuelles, estimant que les trois opérateurs «calculent scrupuleusement le coût du démantèlement des centrales aux environs de 15 % de celui de leur construction».

Ce satisfecit ne s’étend pas à celui du stockage des déchets les plus radioactifs en couches géologiques dont le laboratoire souterrain de Bures (Meuse) est censé démontrer la faisabilité (1). Entre l’estimation d’EDF et celle de l’Andra, le coût final variant de «5 à 18 milliards d’euros», une commission de conciliation doit y mettre un peu d’ordre.

Menace

Mais si provisions il y a dans les comptes – 12 milliards pour AREVA, 11 pour le CEA et 48 pour EDF -, l’argent sera-t-il disponible dans «quarante ou quatre-vingts ans», s’interroge la cour, qui traite différemment les trois opérateurs. Areva semble n’avoir aucun souci, assis sur un tas d’or, sans dettes, et doté d’un portefeuille d’actifs dédiés pour le démantèlement de ses installations déjà supérieur à 2 milliards. Le CEA, lui, doit encore constituer un fonds suffisant, surtout que le ministère de la Défense ne s’acquitte pas de ses devoirs pour les installations militaires à démanteler. Mais c’est surtout EDF qui suscite l’«inquiétude» des magistrats. Du fait de son endettement, elle ne dispose que d’«un embryon d’actifs dédiés par rapport à la masse à financer». Aussi, alertent-ils : «Sans mécanisme de sécurisation, le risque existe, dans le cadre d’une ouverture du capital d’AREVA et d’EDF dans des marchés devenus fortement concurrentiels, que les conséquences financières de leurs obligations de démantèlement et de gestion de leurs déchets soient mal assurées et que la charge en rejaillisse in fine sur l’Etat.» Ils réclament des garanties – par des «règles dures» - qu’EDF ne gaspille pas ces provisions où qu’elle ne les mise pas sur des opérations douteuses.

Ils en arrivent même à agiter la menace de la «création de fonds externalisés». Par exemple en les confiant à la Caisse des Dépôts. Bien sûr, cette menace vise juste à faire peur. Mais elle pourrait être prise au mot par des associations, des partis ou des députés courageux. Afin d’éviter que les consommateurs paient deux fois – aujourd’hui et dans un demi-siècle – le vrai prix de l’électricité nucléaire.

(1) Libération du 15 janvier.

Sylvestre HUET

Le Figaro, 27/01/2005 : 

 Comment EDF a joué sur le nucléaire pour

sauver son bilan

La Cour des Comptes juge insuffisant lefinancement du démantèlement

Comment EDF a joué sur le nucléaire pour sauver son bilan

Chez EDF, le dossier sensible de la facture, et surtout du financement du démantèlement du parc nucléaire, a toujours été entouré d’une véritable opacité. A l’occasion de l’un de ses précédents rapports, la Cour des Comptes avait d’ailleurs souligné que dans le domaine du nucléaire, «les dotations aux provisions apparaissent plus comme une technique destinée à peser sur le résultat que comme un moyen d’étaler les charges afférentes sur les différents exercices».

Les décaissements liés au démantèlement s’inscrivent dans un avenir lointain ­ pas avant 2015 ­ et EDF a déjà utilisé cette arme du temps pour améliorer sensiblement ses comptes. Lors de la présentation de ses premiers comptes semestriels à l’automne 2003, le premier électricien avait réussi à annoncer un résultat net positif en procédant à une reprise d’une partie de ses dotations aux provisions justifiée à ses yeux par l’allongement de la durée de vie de ses centrales nucléaires.

Cet allongement de 30 à 40 ans s’était traduit, dans le compte de résultat, par une augmentation de 1,8 milliard d’euros du bénéfice net semestriel 2003.

Au bilan, les effets de cette prolongation s’avéraient encore plus marquants puisque le changement du mode d’amortissement des installations nucléaires décidé conjointement (passage d’un système dégressif à un système linaire) se traduisait par une augmentation des fonds propres de l’ordre de 5,4 milliards d’euros. Une opération d’autant moins anodine que depuis plusieurs années EDF se plaint de son manque cruel de capitaux propres.

A l’époque, un certain nombre d’observateurs s’étaient émus de ce jeu d’écritures, arguant que si aucun texte en France ne limite la durée de vie des centrales, la prudence aurait dû conduire à neutraliser l’impact de cette reprise de provisions sur le résultat. Il est vrai que cette astuce comptable ne faisait rentrer aucun euro supplémentaire dans les caisses d’EDF.

Depuis, aussi bien pour les provisions pour le démantèlement que pour la gestion des déchets, la création de fonds dédiés ­ comme cela se pratique dans d’autres pays ­ est régulièrement réclamée, mais sans succès particulier. Car même si EDF a bien créé un fonds spécifique pour les opérations de démantèlement, cette structure est bien loin, de l’avis général, de contenir les sommes évoquées.

Un autre épisode directement lié au nucléaire avait également permis à EDF de sauver ses comptes en 2001. Il s’agissait alors de la renégociation du contrat passé avec COGEMA pour la gestion des combustibles usés issus des centrales nucléaires.

Cette reprise de provisions, qui s’élevait à 1,1 milliard d’euros, avait été passée en totalité dans les comptes de l’exercice 2001, alors que le contrat avec COGEMA courait déjà à cette époque jusqu’en 2007.

Frédéric DE MONICAULT

Le Monde, 18/1/05:

 Les comptes incertains de la fin de vie du nucléaire

Une analyse des coûts de gestion des déchets et de démantèlement des centrales.

L‘industrie nucléaire ne risque-t-elle pas de faire peser sur les générations futures le coût de son démantèlement et de la gestion des déchets qu’elle produit ? La Cour des Comptes, a rendu public, mercredi 26 janvier, un rapport sur le sujet.

Au 31 décembre 2003, la France comptait 125 installations nucléaires de base (INB) civiles. Parmi les 22 INB déjà à l’arrêt, plusieurs permettent de mesurer la charge financière du démantèlement. L’opération en cours à la centrale de Brennilis révèle un coût effectif« très supérieur à celui attendu pour le démantèlement des centrales actuelles », souligne la Cour. Les installations anciennes seront les plus délicates à « déconstruire ». « Il faut en assumer les conséquences en procédant, à des prix élevés, à l’assainissement d’installations où les exploitants ont laissé s’accumuler des déchets sans aucune vue prospective« , constate la Cour, qui se veut néanmoins rassurante en soulignant l’ »effet de série » dont bénéficieront les centrales actuellement en service.

Concernant la gestion des déchets radioactifs, il importe, selon les conseillers, de « sortir de l’ambiguïté » sur le statut des combustibles usés, qui ne sont pas considérés par les industriels comme des déchets, mais qui pourraient le devenir si la doctrine française évoluait sur ce sujet.

Ils invitent donc l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) et les producteurs de déchets à « résoudre -leurs- divergences » sur le coût du stockage en profondeur. Les estimations des coûts supplémentaires varient en effet de 5 à 18 milliards d’euros…

Les provisions pour le démantelement et déchets s’établissaient, fin 2003, à 71,4 milliards d’euros, répartis entre AREVA (12,3 milliards), le CEA (11,1) et EDF (48). Au total, la fin de vie du cycle nucléaire représenterait, rapportée au kWh, 10 % du coût de production. Ces financements seront-ils sécurisés à long terme ?  »Le risque existe, dans le cadre d’une ouverture de capital d’AREVA et d’EDF dans des marchés devenus fortement concurrentiels, que les conséquences financières de leurs obligations (…) soient mal assurées et que la charge en rejaillisse in fine sur l’Etat », avertit la Cour, qui prône plus de transparence.

Hervé MORIN

Les Echos, 26/11/2004 :

 Démantèlement du site de Marcoule : 

AREVA et EDF paient une soulte de 1,5 milliardau CEA.

Où trouver de l’argent quand on s’appelle l’Etat, il suffit souvent de « demander » aux entreprises publiques. C’est ce qui vient de se passer, en toute discrétion, pour le démantèlement des sites nucléaires de Marcoule (Gard) surtout, et de Pierrelatte (drôme) dans une moindre mesure. Selon la terminologie officielle, il s’agit d’ »installations nucléaires de bases secrètes ». Après des mois de cafouillages, en grand en partie liés au fait que trois ministères sont parties prenantes (la Défense, l’Economie et la Recherche), l’Etat et les entreprises concernées (AREVA, EDF et CEA) sont parvenus à un accord. Selon nos informations, Cogema versera 427 millions d’euros d’ici à la fin de l’année au CEA. Quand à EDF, la facture s’élève à 1,125 milliard d’euros à payer également avant la fin de l’année. 

Ces deux versements considérables apparaîtront dans les comptes 2004 des deux entreprises. Un proche du dossier estime qu’ils enrichiront également le budget de l’Etat d’environ 0,1 point de PIB. Cette manne inespérée, qui permettra à l’Etat de ne rien verser avant 2008 et de préserver le budget de la défense au moins jusqu’à cette date, passe par la création d’un fonds dédié pour assurer le financement du démantèlement des installations nucléaires de défense de Marcoule et de Pierrelatte. Alimenter par les deux soultes, le fonds entraîne le transfert de la maîtrise d’ouvrage de COGEMA au CEA. Le fonds doit couvrir l’intégralité des dépenses relatives aux opérations d’assainissement et de démantèlement restant à réaliser, en dehors du transport et du stockage des déchets.
Jusqu’à présent, COGEMA, à hauteur de 10%, EDF (45%) et le CEA (45%) étaient parties prenantes dans un GIE appelé Codem, fondé en 1996 et chargé des opérations de démantèlement du site de Marcoule. Le GIE sera dissous dans les jours à venir, lorsque le fonds sera mis en place. Parallèlement à cette opération, le CEA va également verser une soulte à Cogema correspondant à ses engagements sur le site de La Hague.

Attrait boursier

« Tout le monde est content : EDF et la COGEMA ne paient pas cher et l’Etat ne paie rien, résume un expert du dossier. Mais qui peut savoir aujourd’hui quel sera le coût du démantèlement de telles installations dans vingt, trente ou quarante ans ? Les soultes libératoires sans clauses de revoyures entraînent le désengagement total des entreprises concernées et un report sur le CEA, autrement dit l’Etat, donc le contribuable, des charges qui n’auront pas été prévues et sous estimées« .

Du côté des syndicats, on estime que le transfert de responsabilité vers le CEA est essentiellement motivé par la perspective d’ouverture du capital d’AREVA et d’EDF. « L’attrait boursier de ces entreprises serait fortement réduit si devaient se présenter aux futurs actionnaires des comptes où seraient provisionnées des charges pour assainissement et démantèlement sur une période de trente ans », estime la CFDT. Un artisan du montage estime, à l’inverse, que « l’on a une bonne visibilité du coût jusqu’en 2012 et que, pour tenir compte des aspects moins prévisibles, le devis a été majoré de 20%, correspondant à une marge d’incertitude et à une prime de risque ».

Par ailleurs, les syndicats expriment de nombreuses craintes quant à la reconversion de ces sites dont les opérations de démantèlement ont été estimées, en 1996, par le GIE Codem à 6 milliards d’euros pour la totalité, y compris le transport et le stockage des déchets.
A Pierrelatte, la mise à l’arrêt de l’usine d’enrichissement d’uranium a été achevée fin 2000. Les grands travaux devraient être terminés en 2007, pour un coût total évalué à 500 millions d’euros. A Marcoule, l’enjeu est beaucoup plus lourd : 5,6 milliards d’euros pour démanteler l’usine UP1, qui assurait la production de plutonium militaire, mais aussi le retraitement des combustibles de réacteurs civils. Mise en service en 1958, elle a été arrêtée en 1997.

Renaud CZARNES 

Les deux chantiers en cours :

- Pierrelatte : démantèlement des usines de diffusion gazeuses produisant de l’uranium très enrichi arrêtées en 1996. Les travaux industriels ont commencé en juillet 2002 et devraient s’achever en 2007. Coût estimé : 500 millions d’euros.
- Marcoule : démantèlement de l’usine UP1 dédiée à l’extraction de plutonium par séparation chimique. Mise en service en 1958, l’unité a été arrêtée en 1997. Les travaux devraient durer environ quarante ans. Coût estimé : 5,6 milliards d’euros.

EDF et AREVA : fonds propres et prélèvements
En milliards d’euros
——-
EDF:
Total des fonds propres : 20,3
Retraites : – 15
Assurance-Maladie : – 4,5
Soulte du démantèlement : – 1,1
——-
AREVA:
Total des fonds propres : 4,1
Soulte du démantèlement : – 0,427

—-> Le recyclage, mythes et réalités, PDF

—-> Manifestation contre le retraitement de ferrailles radioactives (voir: Magouilles radioactives à Feurs ! et le site: A.D.S.E.)

 L’abandon du nucléaire se concrétise avec l’arrêt de la 1ère centrale

14/11/03 - La première des 19 centrales nucléaires allemandes a été débranchée vendredi, deux ans après le vote en 2001 de la loi sur l’abandon de l’atome civil, mais le mouvement antinucléaire sait que le nucléaire civil a encore de belles années devant lui en Allemagne.

En service depuis 1972, Stade, près de Hambourg (nord), est la deuxième plus vieille centrale nucléaire allemande. La plus ancienne, celle d’Obrigheim (sud-ouest), devrait cesser son activité d’ici 2005, en vertu de l’accord négocié à l’arraché en 2000-2001 entre le ministre de l’Environnement, l’écologiste Juergen Trittin, et les industriels du secteur, sous les auspices du chancelier social-démocrate Gerhard Schroeder.
« A Stade, l’abandon du nucléaire est pris au sérieux », s’est félicité M. Trittin, qui célébrait vendredi l’événement dans un restaurant à la mode de Berlin. L’ambiance est moins à la fête dans cette ville de 45.000 habitants qui vit depuis 30 ans de sa centrale nucléaire. Elle ne fournit pas uniquement une taxe professionnelle conséquente, mais aussi des emplois pour de nombreux sous-traitants de la région. Aucun des 300 employés de la centrale ne perdra toutefois son travail, assure l’exploitant, le numéro un mondial de l’énergie E.ON: 150 d’entre eux seront appelés à participer au démantèlement des installations, le reste étant redéployé en interne.
A Stade commence à présent un chantier titanesque, évalué à quelque 500 millions d’euros –alors que la construction n’avait coûté que 153 millions d’euros–. Dans un premier temps, d’ici 2005, les combustibles usés doivent être envoyés pour retraitement à l’usine de La Hague (nord-ouest de la France).
Commencera ensuite le démantèlement effectif, qui ne devrait pas s’achever avant 2015. Ne restera alors de la centrale qu’une halle de stockage provisoire de déchets faiblement ou moyennement radioactifs, qui ne disparaîtra que lorsque l’Allemagne aura décidé de créer un centre de stockage définitif pour ses déchets nucléaires. Ce qui pourrait encore durer des années…
C’est, aux yeux des antinucléaires allemands, le fruit le plus amer du compromis sur l’abandon de l’atome: le nucléaire civil a encore de belles années devant lui en Allemagne.
Les convois de déchets radioactifs rapatriés des usines françaises et britannique de La Hague et Sellafield vers le centre de stockage de Gorleben, qui suscitent des manifestations d’antinucléaires, continueront encore pendant au moins dix ans, en dépit de l’arrêt des livraisons à destination des usines de retraitement à partir de 2005.
En outre, l’accord conclu avec les industriels impose certes pour chaque centrale des quotas de production à ne pas dépasser qui équivalent à une durée de vie de 32 ans, ce qui reviendrait à fermer la dernière centrale allemande d’ici à 2021. Mais il donne aussi la possibilité aux industriels de reporter les quotas d’une centrale à l’autre, prolongeant ainsi la durée de vie des centrales les plus rentables.
Un procédé qu’EON met d’ores et déjà en application en fermant Stade un an avant sa date de fermeture théorique (2004). La raison avancée est d’ailleurs économique : la vieille centrale n’était plus très rentable.
« La vraie fête, nous la célébrerons lorsque la dernière centrale allemande sera fermée », souligne Suzanne Ochse, de l’organisation écologiste Greenpeace. « D’ici là, nous aurons deux fois plus de déchets nucléaires qu’aujourd’hui. Et personne ne sait qu’en faire ».
Pour déconnecter du réseau la centrale de Stade, aucun câble spécifique n’a dû être coupé, aucun bouton rouge spécial enclenché, précise une porte-parole de E.ON. « Comme pour un contrôle de routine », le réacteur a été éteint.

Démantèlement des installations nucléaires:

des procédures plus rapides

15/5/03 - Le démantèlement des installations nucléaires, un problème qui deviendra crucial lorsque les centrales EDF arriveront en fin de vie, devra se faire dans des délais beaucoup plus courts que ce qui était prévu jusqu’à présent, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire, le « gendarme du nucléaire ».

Un nouveau cadre réglementaire vient d’être mis en place pour le démantèlement de ces installations, obligeant les exploitants à engager immédiatement les opérations sans attendre des décennies, a annoncé jeudi l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).

« Cette nouvelle réglementation ne constitue pas une rupture, mais prend en compte les expériences passées », a précisé devant la presse Jérémie Averous, responsable de ce dossier à l’ASN.

Les installations nucléaires en cours de démantèlement sont diverses; réacteurs EDF de centrales de première génération arrêtées définitivement, centres du Commissariat à l’Energie Atomique en voie de dénucléarisation, ateliers de fabrication de combustible…

Dans les années 90, les exploitants du nucléaire, encadrés par des procédures administratives complexes, privilégiaient une stratégie d’attente: on met l’installation en sommeil pendant une cinquantaine d’années, en attendant que la radioactivité décroisse, avant d’entamer la démolition. C’est aussi la stratégie adoptée en Grande-Bretagne, où les installations arrêtées sont mises sous cocon pendant une centaine d’années.

« Aujourd’hui, les exploitants sont à même d’avoir une vision industrielle du démantèlement », a estimé M. Averous. « Le démantèlement immédiat est préférable », a-t-il ajouté. Selon le « gendarme du nucléaire », les inconvénients de la « solution attentiste » sont nombreux: risques de pertes de compétences des personnels, dangers liés au vieillissement des installations, difficultés pour garantir le financement des opérations.

Délicat et couteux

La nouvelle réglementation, qui fait l’objet d’une note du 17 février (www.asn.gouv.fr), permet de déclencher sans attendre les opérations de démantèlement, avec un démontage qui s’étale sur une période de 15 à 25 ans, selon l’ASN.

Quels que soient les choix énérgétiques qui seront faits par la France (maintien du nucléaire, réduction ou abandon), le démantèlement des installations reste un processus délicat et couteux. A partir de 2020, les premiers des 58 réacteurs en service dans le parc EDF, prévus pour un fonctionnement d’une quarantaine d’années, arriveront en fin de vie et devront être démantelés.

« Les démantèlements d’installations nucléaires effectués dans le passé ont montré que l’opération ne présentait pas de difficultés techniques insurmontables », a estimé l’expert de l’ASN. A condition toutefois que le démantèlement soit prévu dès la conception et que les filières d’élimination des déchets -radioactifs et conventionnels- soient mises en place.

Selon le « gendarme du nucléaire », le coût du démantèlement d’un réacteur est de l’ordre de 15% du coût de construction, soit environ 15 milliards d’euros pour l’ensemble du parc EDF.

Les experts de l’ASN estiment qu’un démantèlement immédiat permet notamment de vérifier si ces sommes ont été correctement provisionnées par l’exploitant. Un problème qui peut s’avérer crucial si tout ou partie de la production d’électricité est un jour privatisée en France.

Greenpeace: baisse alarmante des réserves

d’EDF pour démanteler les centrales

Centrale de Brennilis:

Le bâtiment du réacteur

démantelé à partir de 2005

BRENNILIS (Finistère), 27 mars 03 - La déconstruction du bâtiment abritant le réacteur de la centrale nucléaire de Brennilis débutera en 2005 pour une libération totale du site en 2018, a annoncé jeudi Alain Ensuque, chef du site EDF des Monts d’Arrée.

Il s’exprimait lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion de l’Observatoire du Démantèlement de la centrale.

Le démantèlement de cette centrale de 70 mégawatts qui doit servir de modèle aux futures déconstructions des centrales nucléaires françaises coûtera 480 millions d’euros au total.

Brennilis_SA_n215_janvier1965 DECHETS NUCLEAIRES Extrait de Science et Avenir n°215, janvier 1965.

Prototype industriel conçu en 1962 et destiné à prouver la fiabilité de la filière à « eau lourde », Brennilis a alimenté la Bretagne en électricité de 1967 à 1985.

D’ici 2004, quatre bâtiments auront été démolis notamment celui ayant abrité les déchets solides, un autre réservé au combustible irradié ainsi que la station de traitement des effluents liquides.

150 personnes appartenant pour la plupart à des entreprises sous-traitantes spécialisées travaillent actuellement sur le site.

Une étude menée par un laboratoire privé montre un « très léger marquage sur l’environnement » du fait de la centrale, un marquage qualifié de « très léger, bien inférieur aux seuils réglementaires », a-t-on précisé de même source.

Déconstruction de 48 cheminées de

Superphénix

GRENOBLE, 6 sept 02 - La déconstruction de 48 cheminées, situées sur les générateurs de vapeur du surgénérateur nucléaire Superphénix de Creys-Malville (Isère), a commencé et devrait s’achever dans trois mois, a annoncé vendredi la direction de la centrale.

Ces cheminées représentent un total de 950 tonnes d’acier. Certaines avaient une hauteur de 75 et 80 m et leur démontage va changer la physionomie de la centrale.

Le démontage du surgénérateur se poursuit et, à ce jour, 500 assemblages de combustible situés dans le coeur du réacteur, sur un total de 650, ont été évacués. Le réacteur devrait être vidé de l’ensemble de son combustible à la fin 2002 ou en janvier 2003, a indiqué le chef de cabinet de la centrale, Jean-Louis Regairaz.

Le gouvernement avait décidé en juin 1997 de fermer la centrale nucléaire Superphénix « à cause de son coût excessif ».

EDF s’est donné un délai de 25 ans avant « le retour à la pelouse », c’est-à-dire la déconstruction totale de n’importe quelle centrale nucléaire de son parc.

Le démontage du surgénérateur Superphénix

avance

CREYS-MALVILLE (Isère), 18 mai - Le démontage du surgénérateur Superphénix de Creys-Malville (Isère) vient de franchir une étape importante, avec le déchargement d’un tiers du combustible situé dans le coeur du réacteur, ce qui rend impossible dorénavant « la réaction en chaîne propre à un réacteur nucléaire », a annoncé la direction de la centrale.

203 assemblages fissiles, sur un total de 640, ont été retirés du coeur, et entreposés dans une piscine remplie d’eau prévue à cet effet, a précisé le directeur de la centrale, Bruno Coraça, avant l’ouverture au public vendredi et samedi, pour la première fois de son histoire, de cette usine.

Ces assemblages se présentent sous la forme de barres longues de 5,40 m et d’un poids de 580 ou 740 kilos. Ils contiennent de la matière fissible et une quinzaine de kilos de plutonium et sont immergés au sein du coeur du réacteur dans un bain de sodium. Ce métal liquide a la particularité de s’enflammer au contact de l’air ou de l’eau. Il faut donc « laver » ces éléments et enlever toute particule de sodium avant de les entreposer dans la piscine remplie d’eau.

L’opération est délicate, et on retire en moyenne 4 assemblages par jour ouvrable du coeur du réacteur à neutrons rapide d’une puissance de 1200 MW.

« Ces assemblages dégagent 700 watts, c’est à dire la moitié de la chaleur dégagée par un fer à repasser. Comme la centrale est à l’arrêt depuis 1996, ils ont le temps de refroidir » explique M. Coraça.

Le déchargement du coeur sera achevé mi 2002.

350 agents EDF et 200 salariés de prestataires de service (gardiennage, nettoyage …) travaillent actuellement sur le site.

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 29 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

CLINATEC: CETTE DISCRETE CLINIQUE OÙ L’ON IMPLANTE DES NANOS DANS LE CERVEAU (Agnès ROUSSEAUX / bastamag.net)

SCIENCE-FICTION ?

CLINATEC: CETTE DISCRETE CLINIQUE OÙ L'ON IMPLANTE DES NANOS DANS LE CERVEAU (Agnès ROUSSEAUX / bastamag.net) dans REFLEXIONS PERSONNELLES cerveauClinatec :

Cette discrète clinique où l’on implante des

nanos dans le cerveau

(Agnès ROUSSEAUX

Un centre de recherche d’un nouveau genre s’apprête à mener ses premières expériences. Implants de nanotechnologies dans le cerveau, neurostimulation, « médecine régénérative », jusqu’à des technologies pouvant changer le comportement : tels seront les recherches menées à Clinatec, à Grenoble, sur des patients volontaires. Problème : une certaine opacité entoure ce projet, résultat d’une alliance entre industrie nucléaire, « start-up » de nanotechnologies et neurochirurgiens. Comment seront encadrées ces recherches ? Quel contrôle sera exercé sur leurs applications commerciales et industrielles ? Basta ! a mené l’enquête.

arton2681-76ea8 AREVA dans REFLEXIONS PERSONNELLES

C’est une « clinique expérimentale » où l’on teste des dispositifs électroniques implantés dans le cerveau. Baptisée Clinatec, cette neuro-clinique, pilotée par le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de Grenoble, travaille sur les applications des nanotechnologies dans le champ des neurosciences, en particulier sur les maladies neurodégénératives, comme Parkinson. Mais difficile de savoir ce qui s’y passe vraiment : une certaine opacité entoure ses activités. Cas unique en France, l’établissement est situé en dehors du milieu hospitalier, sur un terrain du CEA dont certains bâtiments sont soumis au secret défense.

Au sein de Clinatec, on parle interface cerveau-machine, neuro-stimulation profonde, nano-implants dans le crâne. Ces dispositifs médicaux inédits seront testées d’ici quelques mois sur des patients. Cette alliance entre l’industrie nucléaire, celle des nanotechnologies et des chercheurs en neurosciences augure mal du nécessaire contrôle démocratique qui devrait encadrer le périlleux usage de ces sciences pour le moins futuristes. Car les nanotechnologies ne sont pas sans poser de nombreux problèmes (lire nos articles à ce sujet). A Clinatec, serait-on en train d’inventer en toute discrétion l’homme bionique de demain, bardé d’électrodes et surveillé par des capteurs ?

Des implants cérébraux contre la dépression ou l’obésité

Point commun de ces recherches : le développement de dispositifs médicaux implantés dans le corps humain. Tel ce kit de stimulation électrique du cerveau qui permet d’atténuer les effets de la maladie de Parkinson. Une sorte de pace-maker cérébral. Plus de 40 000 malades dans le monde ont déjà été « implantés », selon une technique développée par le professeur Alim-Louis Benabid, l’un des concepteurs du projet Clinatec. L’objectif est aujourd’hui de développer des techniques moins invasives, de taille réduite, grâce aux micro et nanotechnologies. Autre exemple : des neuroprothèses, pour permettre à des patients tétraplégiques de contrôler un bras robotisé, via des électrodes implantées dans le crâne. Ou de se mouvoir grâce à un exosquelette motorisé.

Clinatec est le résultat d’un partenariat entre le CEA, le CHU de Grenoble et l’INSERM. Le projet est porté par Jean Therme, directeur du CEA de Grenoble [1] et par le neurochirurgien Alim-Louis Benabid [2], actuellement conseiller scientifique au CEA. Clinatec s’inscrit dans le prolongement des travaux du neurochirurgien sur la stimulation cérébrale profonde et la maladie de Parkinson. Mais le champ de recherche s’élargit : épilepsie, troubles mentaux, troubles obsessionnels compulsifs (Toc)… Le directeur de Clinatec, François Berger, professeur de médecine [3], évoque la possibilité de traiter l’obésité ou l’anorexie par la neuro-stimulation [4]. Et peut-être, demain, la dépression.

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Ces champs de recherche inédits, avec des technologies dont on ne maîtrise pas les conséquences, ne semble pas émouvoir outre mesure les pouvoirs publics. L’Agence Régionale de Santé (ARS) a délivré une autorisation en 2010 pour l’ouverture de Clinatec. Après une visite de contrôle, le 16 avril 2012, un arrêté autorise l’activité du centre en tant que « lieu de recherches biomédicales dédiées aux applications des micro-nanotechnologies à la médecine ». Une définition bien vague. Qu’importe, les recherches peuvent commencer. Se feront-elles de la même opacité que celle qui entoure l’élaboration du projet dès son origine ?

Geneviève Fioraso, ministre de Clinatec

La construction de Clinatec est lancée en 2008 avec une « procédure restreinte » : le CEA en tant qu’organisme de droit public classé défense n’est pas soumis au Code des marchés publics. Le culte du secret est fortement critiqué par ses détracteurs. Pourquoi faire de la recherche clinique en dehors d’un hôpital ? Quel est le statut de Clinatec ? A-t-il un comité d’éthique ? Qui compose son « directoire », dont font partie François Berger et Alim-Louis Benabid ?

« Nous n’avons pas voulu parler du projet tant que nous n’avions pas l’autorisation (de l’ARS, ndlr), répond aujourd’hui François Berger, interrogé par « Basta ! »Nous commençons tout juste à communiquer. Nous avons aussi décidé de ne pas faire une communication de science-fiction, mais d’être plus humbles sur ce qu’on fait à Clinatec. » 

Après l’opacité, le temps de la transparence ?

Le projet Clinatec est ardemment soutenu par la ville de Grenoble. Son maire, Michel Destot (PS), en est un fervent partisan. Rien d’étonnant : ancien ingénieur du CEA, il a aussi dirigé une start-up née dans le giron de celui-ci. En tant que maire, il préside depuis 1995 le CHU de Grenoble, autre acteur clé de Clinatec. Lors des dernières élections municipales, le Professeur Alim-Louis Benabid figure sur sa liste. Le chercheur a également présidé le comité de soutien de Geneviève Fioraso, alors adjointe à la Ville de Grenoble, lors des dernières législatives.

Clinatec, rêve des ingénieurs du nucléaire

Geneviève Fioraso : l’actuelle ministre de l’Enseignement Supérieur la Recherche, chargée de l’« innovation » dans l’équipe de campagne de François Hollande, est une autre actrice clé de Clinatec. La société d’économie mixte qu’elle préside, la SEM Minatec entreprises, accueille Clinatec sur son pôle d’activité. Son concubin, Stéphane Siebert, est directeur adjoint du CEA Grenoble. « Destot, Fioraso, Siebert, c’est le CEA dans la mairie, Fioraso à l’enseignement supérieur, c’est le CEA au ministère »analyse l’écologiste grenoblois Raymond Avrillier.

« Le directeur du CEA nous fait courir, mais nous suivons », confie Geneviève Fioraso [5], à propos de Jean Therme. Directeur du CEA Grenoble, il est le concepteur de Clinatec. Un « rêve » débuté le 2 juin 2006 dans son bureau, en présence d’Alain Bugat, ingénieur général de l’Armement [6], alors administrateur général du CEA, et de Bernard Bigot alors Haut-Commissaire à l’Energie Atomique (et aujourd’hui vice-président du Conseil de Surveillance d’AREVA et Administrateur Général du CEA) [7]. Ce rêve caressé par les hommes du nucléaire, civil et militaire, se muera-t-il en cauchemar pour la démocratie ?

Secret industriel ou secret défense ?

Des élus locaux de poids, le CEA, l’argument de l’innovation : c’est donc sans surprise que le projet est financé par un contrat de plan entre État et région. Plus de 20 millions d’euros sont abondés par l’État et les collectivités [8]. La municipalité de Grenoble participe à hauteur de 2,2 millions d’euros. Sans information ni approbation du Conseil municipal, tempêtaient en 2009 les élus écologistes, qui ont publié un dossier complet sur Clinatec. Malgré leurs demandes répétées et un avis favorable de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs, ces élus affirment n’avoir obtenu en deux ans d’enquête qu’un seul document de la part des services de l’État. Motif : secret industriel ou secret défense.

Clinatec-83259 CEA

Trois ans plus tard, les chercheurs peuvent désormais officier. Mais avant le lancement des essais cliniques, un autre feu vert doit être donné par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM), ainsi qu’un Comité de Protection des Personnes (CPP), comme le veut la loi sur la recherche biomédicale. Problème : du côté de l’ANSM et des CPP de la région Rhône Alpes, personne n’a vu passer de demande d’autorisation. « Normal », répond la responsable du pôle recherche du CHU de Grenoble : « Il n’y a pas de projets de recherche clinique en cours. »

Premiers patients en février 2013

Les recherches en seraient au stade de « projets de projets », pas encore aux « protocoles de recherche » ou aux essais cliniques. Une date est-elle prévue pour l’accueil de patients ? « Aucun calendrier n’est fixé », répond la responsable du CHU. Visiblement les questions ne sont pas les bienvenues. « La date d’inauguration de Clinatec est le secret le mieux gardé de Grenoble », ironise de son côté le collectif grenoblois Pièces et Main d’œuvre (PMO), très opposé au projet (lire notre entretien).

Selon l’arrêté de l’Agence Régionale de Santé d’avril 2012, les recherches biomédicales doivent cependant être entreprises dans l’année, sinon l’autorisation devient caduque. Le lieu est opérationnel, confirme-t-on au CHU, et« des projets de l’hôpital pourraient basculer sur ce site ». Par exemple ? Un« réglage de machines sur volontaires sains »… Le premier protocole de recherche – non-thérapeutique – est prévu pour mi-novembre, confirme François Berger, à « Basta ! ».

Une cinquantaine de personnes travaillent déjà à Clinatec, précise son directeur. Les premiers protocoles chirurgicaux sur des patients sont prévus pour février-mars 2013. Reste à obtenir les autorisations.

Bloc opératoire du futur

Ingénieurs et médecins seront donc réunis dans un même bâtiment sécurisé de 6 000 m2 [9], qui n’est pas un établissement hospitalier. Avec une mission commune : placer des nanos dans la tête de patients-cobayes. Ils bénéficieront de moyens conséquents : labos de recherche, zones expérimentales pré-cliniques, blocs opératoires et même une animalerie pour fournir des cobayes – rats, mini porcs et primates – avant les tests sur les humains.

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Ceux-ci séjourneront dans une « salle d’opération du futur où médecins et technologues uniront leurs compétences », et six chambres d’hospitalisation. Pour que médecins et ingénieurs puissent se comprendre, « il faut que les ingénieurs soient présents dans le bloc opératoire jusqu’à la fin », plaide François Berger. Les innovations « seront testées sur des patients volontaires qui auront donné leur consentement éclairé », décrit Clinatec, précisant que les« activités médicales et chirurgicales de CLINATEC® relèvent des chercheurs et des chirurgiens d’organismes de recherche (Inserm) ou de CHU ». Et non du Commissariat à l’Energie Atomique. Les patients apprécieront.

« Transfert de connaissances à l’industrie »

Mener des recherches, y compris sur des êtres humains avec des technologies à risques, est une chose. En commercialiser les applications pour l’industrie en est une autre. Cette frontière entre essais cliniques et applications industrielles existe-t-elle à Clinatec ? Le centre est un « hôtel à projets, ouvert aux collaborations académiques et industrielles ». L’infrastructure peut être louée pour des recherches publiques comme privées. Clinatec est décrit comme permettant le « transfert de connaissances et de savoir-faire à l’industrie » [10] et présenté comme un partenariat public-privé exemplaire. En intégrant en un même lieu toutes les compétences nécessaires, les promoteurs du projet espèrent « accélérer le processus de transfert des technologies vers le patient ». Via l’industrie pharmaceutique ou médicale.

Avant même que les travaux ne commencent, les possibilités de débouchés économiques semblent assurés. Le Laboratoire d’Electronique et de Technologies de l’Information (Leti) du CEA Grenoble, dont dépend Clinatec, est particulièrement attaché aux collaborations étroites avec le secteur privé. Son slogan ? « L’innovation au service de l’industrie ». Son objectif ? Contribuer à« renforcer la compétitivité de ses [365] partenaires industriels ». Le LETI se targue d’être l’un des instituts de recherche les plus prolifiques au monde en matière de start-up technologiques. La proximité géographique de Clinatec avec les entreprises du site – Siemens, Philips, Thales, Bio-Mérieux, Becton Dickinson ou Sanofi Aventis – semble assurément un atout pour accélérer le transfert de ces innovations nano-médicales !

Quels débouchés commerciaux ?

Une société états-unienne, Medtronic, commercialise déjà les « kits de stimulation cérébrale neurologique profonde » à destination des personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Un système qui est l’aboutissement travaux du professeur Alim-Louis Benabid. La firme, surnommée « le Microsoft des implants médicaux » selon PMO, a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires de 16,2 milliards de dollars, sans doute grâce à la nouvelle version de son stimulateur neurologique [11].

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© Medtronic / Dossier de presse Clinatec

Grâce à cet implant, les patients peuvent améliorer leurs facultés de parole ou de mobilité. Mais il ne faut pas se tromper de programme, la stimulation de la fonction « parole » pouvant entraver la mobilité et réciproquement [12] ! Cette technologie reste à risque : mal implantée, elle peut provoquer le coma, voire le décès du patient.

Du traitement de Parkinson à la « médecine régénérative »

« La définition de nouvelles voies pour la médecine de demain implique une nouvelle culture de la recherche », précise le dossier de présentation de Clinatec. On espère aller bien au-delà de ces premières utilisations. Les chercheurs travailleront principalement sur la neurostimulation, l’administration localisée de médicaments (grâce à des pompes situées dans le corps par exemple) ou la suppléance fonctionnelle (des machines qui prennent le relais de fonctions défaillantes). Ils pourraient se pencher également sur la stimulation magnétique pour lutter contre la dépression.

On s’aventure ici beaucoup plus loin que le traitement des mouvements incontrôlés de la maladie de Parkinson. Il s’agit de stimuler par des électrodes le circuit cérébral de la récompense, comme le montrent des expériences menées en Allemagne sur le traitement de la dépression sévère. A Grenoble, on n’en est qu’à la recherche théorique, pas encore aux essais cliniques sur ce sujet, précise François Berger. Aurons-nous bientôt des implants cérébraux pour effacer nos mauvais souvenirs, stimuler notre jovialité, ou changer notre perception du monde ?

En 2008, le directeur du centre pointait une autre application possible : l’utilisation d’implants pour une « médecine régénérative ». La neurostimulation débuterait avant l’apparition des symptômes, pour ralentir le processus dégénératif. Elle « devrait alors être beaucoup plus précoce, peut-être pré-clinique, dans l’hypothèse où l’on disposerait de bio marqueurs, ce qui ne manquerait pas de poser des problèmes éthiques [13]  », admet François Berger… Imaginez des électrodes implantés dans le cerveau à la naissance, qui s’activeront pour prévenir le vieillissement.

« On peut changer la personnalité de quelqu’un »

« Avoir des outils implantés qui traiteront la maladie avant qu’elle n’apparaisse peut aussi être un avantage, même si cela a un côté impressionnant », argumentait François Berger devant les parlementaires. « C’est vrai qu’un des buts de la nanomédecine est de ne pas avoir à réparer. (…) À travers la nanomédecine, on dressera une nouvelle frontière entre le normal et le pathologique. Il faudra être extrêmement prudents. Il s’agit de décisions de société », prévient le directeur de Clinatec [14].

Qu’en pense son collègue Alim-Louis Benabid ? « Avec les électrodes et les implants cérébraux, on peut changer la personnalité de quelqu’un qui était anormal, pour le remettre dans la normalité. On peut faire passer les gens d’un état suicidaire à un état jovial. Faut-il en conclure qu’on peut manipuler les gens et les faire marcher au pas cadencé ? Certes, mais on les fait tellement marcher au pas cadencé par d’autres moyens », aurait-il déclaré en janvier [15]. Pour l’Union Syndicale de la Psychiatrie, pas de doute : « La création de Clinatec constitue manifestement un pas de plus dans une fuite en avant techno-scientiste qui n’a d’autre finalité que de contrôler les populations, en réduisant l’homme à son cerveau, à son comportement, à son utilité, à sa docilité. »

Quid du principe de précaution ?

Clinatec incarne donc une « nouvelle culture de la recherche » aux implications sans précédents pour l’être humain, qui vise de surcroît à « accélérer » le transfert de ces technologies à l’industrie. Un double objectif loin d’être compatible avec le principe de précaution. « Le clinicien que je suis ne peut cependant que lancer un cri d’alarme : attention au principe de précaution. Trop de régulation tue l’innovation thérapeutique », déclarait ainsi François Berger lors d’une audition par l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques« A l’évidence, les citoyens ont peur », constatait le chercheur, qui salue l’organisation de conférences pour donner aux chercheurs« la possibilité d’éduquer des citoyens » sur le sujet.

« Faire croire que l’on imposerait un « nanomonde » totalitaire à la population sans débat préalable relève non seulement de la manipulation mensongère mais aussi d’une forme de paranoïa politique bien connue, qui s’appuie sur la théorie du complot, la haine des élites (sic), des élus, des responsables »lançait le maire de Grenoble Michel Destot, lors de l’inauguration du pôle Minatec en 2006. « On parle beaucoup de principe de précaution pour les domaines où l’on ne voit pas très clair, où les scientifiques ne peuvent prendre position. L’application de ce principe conduit à mon sens à l’inaction et à l’immobilisme, ce qui ne me semble pas le meilleur choix »estime l’élu, qui semble préférer l’action et le volontarisme – indéniable en matière nucléaire… – du CEA en la matière. Tout questionnement philosophique et éthique serait-il assimilé à de la craintive inertie ?

Des bugs dans le cerveau

Implanter des électrodes dans le cerveau n’est cependant pas sans danger :« Une mauvaise localisation de l’électrode risque aussi de provoquer des rires ou, au contraire, des états de tristesse », pointe François Berger [16]. Et la technique pas tout à fait sûre : des chercheurs de l’entreprise d’informatique McAfee ont découvert le moyen de détourner une pompe à insuline installée dans le corps d’un patient. Ils pouvaient injecter d’un coup l’équivalent de 45 jours de traitement… D’autres ont montré la possibilité de reprogrammer à distance un défibrillateur implanté. Et les bugs informatiques de ces dispositifs médicaux ne sont pas rares [17].

Un hacker aurait même trouvé le moyen de pirater à distance les pacemakers, et de provoquer des chocs électriques mortels en réécrivant le code informatique… Imaginez les conséquences sur le cerveau ! Medtronic, principal fabricant de stimulateurs neurologiques, conseille d’éviter les portiques de sécurité des aéroports, et prévient que le neurostimulateur peut s’allumer ou s’éteindre lorsqu’il se trouve à proximité de petits aimants permanents, comme ceux des haut-parleurs ou des portes de réfrigérateur.

Une version high tech de l’électrochoc ?

La nano-miniaturisation de ces dispositifs les rendra-t-il plus sûrs ? Ou au contraire plus incontrôlables ? Dans la course aux nanotechnologies [18], des projets comme Clinatec sont présentés comme des symboles de l’excellence française. Que nous réserve le passage de la médecine actuelle, basée sur l’anatomie et les symptômes, à la nano-médecine « régénérative » ? Où se situe la limites entre médecine et « augmentation » humaine, chère aux transhumanistes ? Jusqu’où peut-on plonger dans le cerveau ?

Et est-il souhaitable de traiter les symptômes plutôt que les facteurs environnementaux des maladies neurodégénératives ? La neurostimulation,« corrige les symptômes, et non la pathologie. Autrement dit, comme le reconnaît Benabid lui-même, les électrodes ne soignent pas. Appliquées aux souffrances psychiques, elles ne sont que la version high tech de l’électrochoc, analyse le collectif Pièces et Main d’œuvre. Peu importe la cause de la dépression, de l’addiction, du désordre alimentaire, des TOC : envoyez la bonne fréquence et n’en parlons plus. »

Choix de société

Si ces techniques ont permis de rendre la vie de malades de Parkinson plus facile, les risques de dérive n’en sont pas moins immenses. Les neuroprothèses liant homme et machine existe depuis quelques décennies. Mais « la miniaturisation due aux nanotechnologies promet un saut qualitatif inédit », résume PMO. L’utilisation des nanotechnologies est d’ores et déjà envisagé « à des fins agressives, qu’elles soient militaires, ou consuméristes », pointait en 2007 le Comité Consultatif National d’Ethique« Investir sans réflexion sociétale, sans conscience de la dignité humaine, avec une sorte de naïveté, dans un environnement et une médecine qui produiraient a priori le bien être et la santé par les nanotechnologies aboutirait de façon paradoxale à « exiler l’homme de lui-même ». »

Des inquiétudes que ne semblent pas partager les promoteurs de Clinatec. 60 000 personnes reçoivent chaque année en France un pacemaker pour leurs insuffisances cardiaques, explique le dossier de présentation de Clinatec, et« un nombre encore plus conséquent de personnes disposent de prothèses auditives et le port de lunettes est très largement répandu dans nos sociétés ». Pourquoi donc s’inquiéter d’un « dispositif médical » de plus ? Des lunettes aux nanoélectrodes dans le cerveau, il n’y aurait qu’un pas, suggèrent les promoteurs de Clinatec. Un pas que nous sommes en train de franchir, sans aucun débat.

Agnès ROUSSEAUX

bastamag.net

@AgnesRousseaux sur twitter

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Résumé du fonctionnement de Clinatec (dossier de présentation du CEA) :clinatec_schema_CEA-2deba GRENOBLE

Notes:

[1] Les deux objectifs majeurs du CEA sont : « devenir le premier organisme européen de recherche technologique et garantir la pérennité de la dissuasion nucléaire », rappelle le dossier de présentation de Clinatec

[2] Alim Benabid est professeur émérite de l’Université Joseph Fourier, il a été Chef du service de neurochirurgie au CHU Grenoble de 1989 à 2004 et Directeur de l’Unité INSERM U318 de 1988 à 2007, membre de l’Académie des Sciences et de l’Académie de Médecine.

[3] François Berger, Institut des neurosciences de Grenoble, équipe nano médecine et cerveau (INSERM- CEA)

[4] Audition devant l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques du 7/11/06

[5] Source : Les Échos, 21/10/2008.

[6] Membre du conseil d’administration de DCNS, EDF et COGEMA.

[7] Source : Le mensuel, journal interne du CEA, n°150, mai 2011, cité par PMO

[8] Une partie du financement est également apporté par la Fondation philanthropique Edmond J. Safra.

[9] Voir les détails donnés par l’architecte

[10] Notamment lors de colloques organisés sous égide de Nicolas Sarkozy et de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, en 2009 et 2010

[11] « Avec batteries sans fil rechargeables à travers la peau par induction (comme les brosses à dents électriques) », explique un site suisse sur la maladie de Parkinson. Ce dispositif est remboursé par la Sécurité sociale.

[12« Les patients chez lesquels la stimulation permet une amélioration de la mobilité mais limite également la faculté de la parole peuvent passer, selon la situation, d’un programme « mettant l’accent sur le langage » (par exemple téléphoner, discuter) à un programme « mettant l’accent sur le mouvement » (par exemple marcher, écrire) »Source : Parkinson.ch.

[13] Source : Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, Exploration du cerveau, Neurosciences : Avancées scientifiques, enjeux éthiques, Compte-rendu de l’audition publique du 26 mars 2008

[14] Audition devant l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, 7/11/06.

[15] Lors d’une présentation publique à Saint-Ismier, le 17 janvier 2012, propos rapportés par PMO

[16] Pour Luc Mallet, Psychiatre, chercheur au Centre de Recherche de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM), les observations sur les erreurs d’implantation ont montré, de façon décisive, la possibilité d’agir sur des comportements, des affects, des cognitions, en modulant de façon très précise de toutes petites zones au coeur du cerveau, les « ganglions de la base », alors que jusqu’à présent, on mettait en avant le rôle de ces petites structures dans la motricité. « La stimulation de zones très précises, par exemple, dans une petite zone qui s’appelle « noyau sous-thalamique », qui est toute petite (à l’échelle des millimètres), peut induire un état d’excitation et d’euphorie. »Source : Audition par le Sénat, le 29 juin 2011

[17] L’Organisation américaine de l’alimentation et des médicaments (FDA) s’est penchée sur le cas des pompes à perfusion qui auraient causé près de 20 000 blessures graves et plus de 700 morts entre 2005 et 2009, à cause d’erreurs de logiciels. Source

[18] Dans le cadre du Grand Emprunt, l’État a investi un à deux milliards dans la micro-nanoélectronique

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 24 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

TRANSPORT DE MATIERES RADIOACTIVES: LES CHEMINOTS DU NUCLEAIRE S’INQUIETENT (Nolwen WEILER)

Transport de matières radioactives :

les cheminots du nucléaire s’inquiètent

TRANSPORT DE MATIERES RADIOACTIVES: LES CHEMINOTS DU NUCLEAIRE S'INQUIETENT (Nolwen WEILER) dans REFLEXIONS PERSONNELLES areva

Nolwenn WEILER 

Deux à trois trains chargés de déchets radioactifs ou de combustibles nucléaires parcourent la France chaque jour. Ces transports sont considérés comme « sans danger » pour les cheminots qui les convoient, promettent la SNCF et AREVA. Mais, en absence de mesures de prévention spécifiques, certains cheminots s’inquiètent. Et rien ne garantit qu’à l’avenir, sur fond de privatisation du rail, ces transports à hauts risques ne soient pas acheminés par des sociétés privées moins regardantes sur la sécurité.

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138 000 kilomètres : c’est la distance parcourue chaque année, en France, par des convois nucléaires ferroviaires. « On parle beaucoup des trains chargés de déchets qui arrivent des pays étrangers, puis y retournent ensuite, une fois retraités à l’usine de La Hague, en Normandie. Mais ce ne sont pas les plus nombreux », détaille Michel  [1], entré à la SNCF dans les années 1980. « La majorité des déchets qui voyagent sont français. »

2 à 3 trains nucléaires par jour

Ils partent des 58 centrales nucléaires vers l’usine de retraitement de La Hague, dans la presqu’île du Cotentin. Certains y restent, stockés en surface. D’autres repartent. L’uranium issu du retraitement s’en va vers Pierrelatte, où il sera à nouveau transformé pour être stockable. Et les déchets de faible et moyenne activités sont expédiés vers le site de stockage de Soulaine, dans l’Aube. « Au total, 500 trains nucléaires, dont seulement 1 sur 10 est étranger, circulent en France chaque année. Soit 2 ou 3 par jour ! »

Chargés par le personnel d’EDF ou d’AREVA, les trains sont ensuite préparés par des agents SNCF. Les cheminots doivent accrocher les wagons entre eux, vérifier l’état des freins, s’assurer que tout (bâche, porte, trappe…) est bien en place et inspecter les attelages. « Pour un agent qui bosse vite et bien, cela prend trente minutes, dont la moitié tout près du train », résume un habitué. S’il y a un souci au niveau des freins, il peut y passer beaucoup plus de temps.« Parfois, il doit se mettre sous le wagon », raconte Philippe Guiter, agent de conduite et secrétaire fédéral du syndicat SUD-RAIL. « S’il ne peut pas trouver la solution tout seul, il est secondé par un agent du matériel. » Et si le wagon n’est pas réparable rapidement, il faut le décrocher et l’isoler. Il part ensuite à la réparation, avec son stock de radioactivité.

Aucun suivi médical particulier pour les cheminots du nucléaire

Les wagons déclarés aptes à circuler sont tractés jusqu’à bon port, pendant plusieurs heures, par un agent de conduite. En cas d’incident, le cheminot doit descendre de sa cabine et longer le train, pour localiser le souci technique. « Il arrive alors qu’il soit au contact des wagons pendant un quart d’heure, une demi-heure, voire plus », dit Michel. Ces cheminots ne sont pas considérés comme travailleurs du nucléaire. La dose maximale de radiations qu’ils ne doivent pas dépasser est la même que pour le grand public : 1 millisievert (mSv) par an, hors rayonnements naturels et médicaux. Ils ne sont pas astreints à un suivi médical particulier.

Ils sont pourtant soumis, dans le cadre de leur travail, à des risques d’irradiation et de contamination. « En cas d’irradiation, décrit Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et responsable du laboratoire de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD), certaines radiations traversent la paroi de l’emballage à l’intérieur duquel se trouve la matière radioactive. » La contamination, c’est le dépôt de matières radioactives hors de l’emballage : « On amène des becquerels sur des terrains où il n’y en a normalement pas, sur les rails par lesquelles passent les convois les jours de pluie, par exemple. »

« Parfois, les gars d’AREVA nous disent : ce wagon-là, ne t’en approche pas trop »

En 1998, après la révélation d’une importante contamination de wagons castors (nom des conteneurs utilisés pour transporter des déchets radioactifs) assurant le trajet entre la France et l’Allemagne, la CRIIRAD finit par obtenir l’autorisation de réaliser ses propres mesures indépendantes.

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Selon les rayonnements gamma et neutroniques enregistrés, un agent SNCF qui prépare six convois par an, en demeurant un quart d’heure à chaque fois à moins d’un mètre des wagons, peut recevoir plus de la moitié de la dose minimale annuelle autorisée, soit 675 microsieverts (μSv) [2]. « Nous sommes très au-dessus des niveaux de dose qualifiés de négligeables par la réglementation européenne, soit 10 μSv par an », note alors la CRIIRAD. Les valeurs mesurées montrent surtout que « les doses reçues annuellement par certains employés de la SNCF peuvent dépasser la limite du risque maximum tolérable de 1 000 μSv par an ». Car, en même temps que ces niveaux de radioactivité jusqu’alors méconnus, la CRIIRAD découvre l’ampleur de l’ignorance des cheminots en matière de radioprotection. Dans la gare normande de Valognes, l’hiver, certains d’entre eux se serrent près des wagons pendant la pause casse-croûte pour profiter de la chaleur qui en émane !

Ceux-là ont sans doute dépassé les quinze minutes avec lesquelles on arrive aux 675 μSv par an. « C’est clair qu’on ne faisait pas du tout attention, commente un agent de manœuvre. Je me souviens que dans certains triages on se prenait en photos près des wagons. Parfois, les gars d’AREVA nous disaient :  »Ce wagon-là, ne t’en approche pas trop, ou alors vite fait. » On essayait alors de faire un peu plus gaffe. Mais, en même temps, la direction nous a toujours dit qu’il n’y avait pas de problème, que c’était fait pour… »

Polémique autour des risques d’irradiation

À la SNCF, c’est le document RH0838 qui régit le « risque de rayonnement ionisant ». Les plans de prévention des risques qu’il définit s’appliquent sur « les sites ferroviaires concernés par le transport des matières radioactives » : ceux qui se trouvent à proximité du Tricastin ou de La Hague. Pour identifier les risques auxquels les agents sont exposés, la SNCF a demandé à l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) de réaliser des mesures, en fonction des types de convois et des postes de travail. Ces mesures effectuées entre 1998 et 2004 attestent d’un respect des limites réglementaires : « On vérifie que la dose maximale reçue sur 12 mois ne dépasse pas le seuil de 1 mSv par an, ce qui a toujours été le cas jusqu’à présent », détaille un document de la direction communication Fret.

Les mesures réalisées le 18 novembre 2011 par un laboratoire indépendant et agréé –l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO) – sur un convoi en partance pour l’Allemagne confirment des débits de doses en deçà du seuil de 1 mSv par an. Mais alors que l’IRSN conclut qu’il n’y a pas de problème, l’ACRO estime que si. « Cette limite de 1 mSv, c’est une limite censée couvrir toutes les sources d’exposition auxquelles une personne est soumise, précise Pierre Barbey, vice-président du laboratoire. Lorsqu’il s’agit d’une exposition à une seule source, comme c’est le cas avec un convoi nucléaire, la Commission Internationale de Protection Radiologique (ICPR) recommande de retenir la valeur de 0,3 mSv/an comme valeur de référence. Un cheminot qui passe une dizaine d’heures par an à deux mètres de tels wagons dépasse cette valeur. »

Interrogée sur le sujet, l’IRSN répond qu’« en dehors de ces convois les cheminots n’ont que très peu de risques d’exposition à des rayons ionisants ». Mais « la radioprotection, ce n’est pas seulement la valeur limite réglementaire, commente Pierre Barbey. C’est aussi, voire surtout, le principe d’optimisation, qui commande de se situer le plus loin possible de la valeur limite. La Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) est très claire sur ce point ».

Port intermittent de dosimètres

Dans le cadre des plans de prévention de la SNCF, certains membres ont été dotés de dosimètres. Combien sont-ils ? Nul ne semble le savoir. Ni à la SNCF (injoignable sur le sujet), ni au sein des Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), censés vérifier que les dispositions qui protègent la santé des travailleurs sont bien appliquées. Les suivis dosimétriques individuels « sont transmis trimestriellement aux médecins chargés de leur suivi médical » assure la direction communication Fret. Mais, selon Philippe Guiter, la réalité est un peu différente : « Il n’y a pas assez de médecins du travail pour examiner les dosimètres. Et comme ils sont à lecture différée, les gars ne peuvent pas le lire eux-mêmes. Il faut être formé pour ça. Résultat ? Certains ne le mettent même pas. Ils n’en voient pas l’utilité. »

Les quelques cheminots tracassés par cette proximité répétée avec la radioactivité préfèreraient porter des dosimètres opérationnels, qui informent en temps réel de l’exposition à laquelle ils sont soumis, et alertent en cas de dépassements de dose. « Nous réclamons que tous les agents en portent, y compris les conducteurs », renchérit Philippe Guiter. Selon la SNCF, ces derniers ne sont pas exposés, « du fait de leur éloignement de la source des matières dangereuses et de leur positionnement dans la cabine de conduite ». Mais « la cabine n’est pas un espace de confinement, s’inquiètent certains barons du rail. Et, surtout, l’agent de conduite peut être appelé à descendre du train. À l’automne 2010, celui qui emmenait en Allemagne un train de déchets recyclés à La Hague avait dû longer le train, à plusieurs reprises. Il a vu que les policiers qui accompagnaient le wagon avaient tous des dosimètres. » Le temps d’exposition des cheminots peut en plus grimper en flèche en cas de problème. En février 1997, quand un train de combustibles irradiés a déraillé en gare d’Apach, à la frontière franco-allemande, il a fallu plusieurs heures pour relever les colis renversés.

AREVA promet qu’il n’y a pas de danger

À la CFDT et à la CGT, on fait plutôt confiance aux mesures et aux discours de la SNCF. « On aimerait que la direction soit aussi pointilleuse sur les autres dossiers de santé au travail que sur le nucléaire », souligne même Éric Chollet, secrétaire national de la CFDT cheminots. Sur le terrain, les avis sont partagés.« La direction assure qu’il n’y a aucun souci. J’aimerais les croire, vraiment », dit Laurent, conducteur. « Mais, avec le nucléaire, c’est compliqué. On nous dit toujours qu’il n’y a aucun problème jusqu’à ce qu’il y en ait un », poursuit un collègue. Et dans les gares où l’on ne fait que des trains nucléaires, on craint de voir le boulot filer ailleurs, si la contestation se fait trop vive.

Chacun se dit « très attentif », et personne ne serait opposé à ce que des mesures complémentaires soient réalisées. « Si les tests de la SNCF pouvaient être confirmés par des résultats extérieurs, ce serait un plus », concède Grégory Laloyer, de la section CGT cheminots de Rouen. SUD-RAIL, très mobilisé autour de la question, a réclamé ces tests additionnels à plusieurs reprises. « On nous les refuse systématiquement », regrette un syndicaliste. « L’évaluation du risque de contamination est du ressort de l’expéditeur », argumente la SNCF dans un courrier justifiant ces refus. « C’est AREVA ou EDF qui assurent qu’il n’y a pas de problème au départ et à l’arrivée : c’est pas magnifique ? », ironise Philippe Guiter.

Le certificat attestant de l’absence de contamination des wagons, délivré par AREVA, se base sur des mesures de l’IRSN, qui utilisent comme référence les 1 mSv/an. Mais, sur le site d’AREVA, il est précisé que les emballages« respectent les seuils de radioprotection définis dans la réglementation internationale : 2 milliSievert par heure (mSv/h) au contact de l’emballage et du véhicule, 0,1 mSv/h à deux mètres du véhicule ». Ni l’ACRO ni la CRIIRAD n’ont jamais enregistré de tels niveaux de radiations, avec lesquels on atteindrait la dose maximale acceptable annuellement au bout d’une demi-heure seulement, à proximité immédiate des wagons. « Mais cette réglementation internationale sur les transports est en incohérence avec le code de santé publique français », proteste Bruno Chareyron, de la CRIIRAD. « Nous avons demandé en 1998 que cela soit revu. Nous n’avons jamais obtenu satisfaction. » (Contactées à plusieurs reprises , AREVA et la SNCF ne nous ont jamais répondu.)

Questions autour de la résistance des wagons

La SNCF a été sommée à plusieurs reprises par divers inspecteurs du travail de revoir son système d’évaluation des risques pour les cheminots côtoyant les convois nucléaires. En mars 2011, une inspectrice du travail de la Région Île-de-France a ainsi demandé à la société de « procéder à une nouvelle évaluation du risque et d’anticiper les modes opératoires dans le cadre d’intervention en urgence sur ce type de chargement ». Formulées en mars 2011, ces demandes n’ont, pour le moment, pas été suivies d’effets.

SUD-RAIL réclame enfin que les tests de résistance des castors en cas d’accident soient revus. « On nous dit qu’ils peuvent résister à un incendie de 800 °C pendant une demi-heure. Mais, lors de l’accident du tunnel du Mont-Blanc en 1999, la chaleur a atteint 1 000 °C, pendant plusieurs heures. Et un convoi nucléaire traverse en moyenne une dizaine de tunnels !, rappelle Philippe Guiter. Quant au crash test, qui prétend que les castors résistent à une chute de neuf mètres, je demande à voir. »

Une étude de Wise, cabinet d’étude et de conseil sur le nucléaire et les politiques énergétiques, publiée en 2003 met en doute la capacité de résistance aux chocs des castors : « Dans le cas d’un accident mettant en jeu un transport de matières nucléaires et un transport de matières dangereuses, les vitesses moyennes empruntées par les transports de matières dangereuses montrent que, statistiquement, un choc entre les deux transports, y compris si le transport de matières nucléaires se trouvait momentanément immobilisé, dépasserait en intensité le test de chute de neuf mètres opéré sur les conteneurs de matières nucléaires. »

Vers une privatisation des transports nucléaires ?

« Nous ne souhaitons pas être débarrassés de ces convois, précise un agent de conduite SNCF. Mais nous voulons le faire dans de bonnes conditions de travail. Et sans mettre notre santé en danger. » Tous les syndicats de cheminots tiennent à ce que les matières dangereuses, dont les déchets nucléaires font partie, continuent d’être transportées par rail, « qui reste la voie la moins risquée ». Ils soulignent aussi que cette mission doit être remplie par une entreprise de service public, où l’on peut se permettre de prendre le temps de vérifier que la sécurité est assurée. « Et où on a une capacité à agir pour que les salariés soient protégés », ajoute Grégory Laloyer, de la CGT.

La présence de compagnies privées sur les rails français les inquiètent beaucoup. « L’autre jour, témoigne un cheminot, un gars employé par une boîte privée est arrivé en gare de triage. Il n’avait pas pu prendre le temps de vérifier ses freins, et il ne savait même pas ce qu’il transportait. Que se passerait-il, demain, si ces gars-là conduisaient des convois nucléaires, pour le moment transportés exclusivement par la SNCF ? »

« La transparence que nous demandons, pour nous et nos collègues, vaut aussi pour les voyageurs », reprend Laurent, agent de conduite. « Nous estimons qu’il n’est pas normal que des convois chargés de déchets nucléaires transitent par des voies empruntées par le public à des heures de pointe, notamment en région parisienne », ajoute Philippe Guiter. « Nous tenons à ce que la SNCF reste une entreprise de transport de qualité », terminent-ils. Où ni les salariés ni les voyageurs ne risquent d’être irradiés à leur insu.

Nolwenn WEILER

En photos:

- source

-  Images thermographiques réalisées par Greenpeace sur un convoi transportant des déchets radioactifs vitrifiés de La Hague vers l’Allemagne.

Notes:

[1] Certains prénoms ont été modifiés à la demande de nos interlocuteurs.

[2] À un mètre des wagons testés, le flux de rayonnement gamma est de 31 μSv/heure. Le rayonnement neutronique est de 14 μSv/heure. Un cheminot préparant 6 convois en dix mois, avec un quart d’heure par convoi à moins d’un mètre des wagons, reçoit une dose de radioactivité de 675 μSv, soit 0,675 mSv. 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 9 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

GRANDE BRETAGNE: LE PROGRAMME NUCLEAIRE FACE AUX DOUTES SUR SON FINANCEMENT

Grande Bretagne:

le programme nucléaire face aux doutes sur son financement

GRANDE BRETAGNE: LE PROGRAMME NUCLEAIRE FACE AUX DOUTES SUR SON FINANCEMENT  dans REFLEXIONS PERSONNELLES AREVA

LONDRES – Principal marché pour le nucléaire en Europe depuis la catastrophe de Fukushima, le programme de construction de nouvelles centrales en Grande-Bretagne, axe phare de la politique énergétique du gouvernement, fait face à de multiples interrogations sur son financement.
Ces interrogations ont été relancées, mercredi 3 octobre 2012, par des informations du Financial Times indiquant que le consortium formé par le français AREVA et son allié chinois, China Guangdong Nuclear Power (CGNPC) avait laissé passer la date limite de vendredi dernier, sans déposer de dossier de reprise du projet Horizon de construction de deux nouvelles centrales nucléaires.

AREVA et Horizon Nuclear Power se sont refusés à tout commentaire tandis qu’un porte-parole du ministère de l’Energie britannique a jugé inapproprié de répondre aux spéculations.

Hitachi et Westinghouse/Toshiba ont soumis une offre pour ce projet, selon le FT. Le retrait d’AREVA n’en est pas moins un coup pour la renaissance du nucléaire britannique car il limite le nombre d’investisseurs pour un programme amené à coûter des dizaines de milliards de livres, a commenté le quotidien des milieux d’affaires.

Le journal, qui cite des personnes proches du dossier, relève en outre qu’aucun des candidats encore en lice n’a le soutien d’un groupe chinois, ce qui met en doute leur capacité financière à mener à bien un programme aussi coûteux.

Le financement est un gros morceau et est difficile à obtenir en ce moment alors que nous sommes en crise et que la demande d’électricité des industriels et des particuliers stagne, analyse Colette Lewiner, conseillère énergie du président du groupe français de conseil Capgemini.

Confronté également au problème du financement, EDF, qui projette de construire en tout quatre réacteurs de type EPR outre-Manche et qui est déjà allié à l’énergéticien britannique Centrica, est en discussions avec plusieurs autres partenaires potentiels, dont des chinois, avait indiqué début septembre son PDG Henri Proglio.

La Grande-Bretagne dispose aujourd’hui de 9 centrales équipées de 16 réacteurs et toutes, sauf une, arrivent en fin de vie en 2023. Le programme de remplacement porte sur la construction d’au moins dix réacteurs, de sorte que le pays fait figure de principal marché en Europe pour l’industrie du secteur depuis Fukushima, pire accident nucléaire depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986.

Le gouvernement du conservateur David Cameron a confirmé sa confiance dans l’atome et désigné huit sites pour accueillir de nouvelles centrales malgré la catastrophe japonaise de mars 2011, à l’inverse de l’Allemagne et de l’Italie, qui ont décidé de rompre avec le nucléaire.

Hormis EDF, GDF-Suez et son partenaire, l’espagnol Iberdrola, sont également sur les rangs.

Horizon –qui possède les terrains pour construire deux nouvelles centrales nucléaires au Pays de Galles et près de Bristol (sud-ouest de l’Angleterre) représentant un investissement global estimé à 15 milliards de livres (près de 18 milliards d’euros)– était à l’origine un projet d’EON et RWE.

Mais les géants allemands, très affectés par la décision de l’Allemagne de sortir progressivement du nucléaire d’ici 2022, ont décidé fin mars de le céder pour se concentrer sur des activités rentables plus rapidement et s’épargner de coûteux investissements, ce qui avait été perçu comme un revers pour le programme du gouvernement britannique.

(©AFP / 03 octobre 2012 14h34) 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 3 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

SOUFFRANCE CROISSANTE AU TRAVAIL A L’USINE AREVA DE LA HAGUE SELON LA CFDT

Souffrance croissante au travail à l’usine AREVA de la Hague selon la CFDT

SOUFFRANCE CROISSANTE AU TRAVAIL A L'USINE AREVA DE LA HAGUE SELON LA CFDT dans REFLEXIONS PERSONNELLES AREVA1BEAUMONT-HAGUE – Les salariés de l’usine AREVA de Beaumont-Hague (Manche) connaissent une souffrance au travail croissante et une dégradation de leur santé mentale, a affirmé mercredi à l’AFP Thierry Mouchel, secrétaire CFDT du CHSCT (comité hygiène et sécurité) du site.

L’usine, où travaillent 5.000 personnes dont 3.000 sont employées directement par AREVA, et qui concentre la plus grande quantité de matière radioactive en Europe, continue à connaître un nombre de suicides de salariés, chez eux, supérieurs à la moyenne, a-t-il affirmé.

Selon lui, deux salariés d’AREVA se sont suicidés en 2012 et deux autres ont tenté de le faire; un salarié d’un sous-traitant a mis fin à ses jours, tous à leur domicile. En 2011, il y a eu a priori sept suicides, en 2010 quatre, et en 2009 trois, selon la CFDT.

Les syndicats avaient tiré la sonnette d’alarme début 2011 sur la question de ces suicides dont les raisons – personnelles ou professionnelles -, restent floues. La question avait été évoquée en juin 2011 devant la Cour d’Appel de Caen qui avait partiellement validé une demande d’expertise du CHSCT.

M. Mouchel était interrogé en marge d’une réunion de commission locale d’information du site (qui regroupe direction, syndicats, associations et élus locaux). 

Au cours de cette réunion, le CHSCT a souligné que le rapport du secteur santé au travail 2011 et les différents rapports d’expertise réalisés montrent une dégradation de la santé mentale des salariés et une souffrance au travail croissante.

Interrogée par l’AFP, M. Mouchel a estimé que 2012 allait être un copié-collé de 2011. 

Cette dégradation est attribuée par les syndicats à de fréquentes restructurations opérées dans les services.

Elle n’a pas d’impact direct sur la sûreté du site. Mais il est évident que quelqu’un qui est mal dans sa tête ne peut pas avoir la même vigilance que les autres, selon la CFDT.

Interrogée par l’AFP, la direction de l’usine a affirmé que les salariés étaient au coeur de (ses) priorités et que des structures et équipes médicales étaient prévues pour prendre soin de ceux qui ont des difficultés. 

En cas de drame, on ne fait aucun commentaires sur la vie privée, a déclaré Catherine Argant, directrice de la communication du site, refusant de commenter les chiffres de la CFDT.

Selon l’INSEE, la Manche est le troisième département le plus touché par les suicides avec 29,1 pour 100.000 habitants contre 16,3 en France en 2009. 

(©AFP / 26 septembre 2012 18h53) 

Publié dans:REFLEXIONS PERSONNELLES |on 26 septembre, 2012 |Pas de commentaires »
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