ROCKEFELLER: UN SYMBOLE DE L’EMPRISE DES LOBBIES SUR LES POLITIQUES DE SANTE PUBLIQUE

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Thierry BRUGVIN

L’histoire de ce que l’on peut nommer le cartel pharmaceutique est fort instructive pour comprendre comment se décident certaines des politiques publiques des gouvernements. Nous suivrons pour illustrer cela, la famille Rockefeller en particulier, la plus emblématique des représentantes du capitalisme pétrochimique et pharmaceutique,

Les élites économiques sont souvent au-dessus des lois. Le 15 mai 1911, la Cour suprême des Etats-Unis déclare John Rockefeller et son trust coupables de corruption, de pratiques illégales et de racket et condamne donc cette entreprise à disparaître [1]. Mais Rockefeller, confiant dans ses appuis politiques, n’en tient pas compte, ne dissout pas son entreprise et n’est jamais inquiété. Nous pouvons voir à travers cet exemple que les élites politiques sont souvent au-dessus des lois que le peuple doit, lui, appliquer à la lettre.

Créer une fondation philanthropique permet d’influencer indirectement les politiques de santé. Afin de restaurer son crédit auprès de l’opinion publique, Rockefeller créé alors une fondation à son nom en 1913. Grâce aux fondations, sous couvert d’un généreux mécénat et de politique altruiste, les entreprises peuvent financer des recherches privées et publiques, ainsi que des programmes nouveaux, en matière de santé notamment. Ceci contribue à orienter les développements de la médecine, dans la direction qui est bénéfique à leurs propres productions de médicaments et au développement de leur propre technologie médicale. La fondation Rockefeller subventionne des écoles médicales et des hôpitaux et parvient ainsi à développer et à écouler ses médicaments issus de l’industrie pétrochimique et qu’elle a brevetés. Quelques exemples parmi d’autres illustrent ces stratégies. La Fondation Rockefeller a contribué au financement de l’Initiative Internationale pour le Vaccin contre le SIDA (IAVI en1996) [2], de la Force d’Intervention pour la Survie de l’Enfant [3], du Population Council en 1952 [4]. Ce dernier programme influencera jusqu’à aujourd’hui les programmes démographiques de l’ONU. « L’université de Harvard, avec sa toile de fond aristocratique et son école de médecine tant vantée, a reçu plus de 8 millions de USD des fonds du trust de la pharmacie. Il en va de même pour les universités de Yale, de Jones Hopkins, pour l’université de Stanford, celle de Washington de Saint Louis,celle de Columbia de New-York…. » [5].

À travers le financement de lobbyistes et leur fondation Carnegie, les Rockefeller vont aussi réussir à influer sur diverses instances de normalisation de la santé, telle que l’AMA (Association Médicale Américaine), le codex alimentarius, afin de créer des règlements visant à limiter le développement de la médecine alternative comme l’homéopathie, la phytothérapie, l’acupuncture qui sont susceptibles de limiter les profits de l’industrie chimico-pharmaceutique…. De plus, à travers ces réglementations sanitaires tel celui du Codex alimentarius, ils sont en mesure d’abaisser les maximums autorisés, concernant par exemple les agents cancérigènes, tel l’aflatoxine dans les aliments ou dans les médicaments. Ainsi, un règlement sanitaire, tel le Codex, permet de renforcer le commerce au détriment de la santé des consommateurs, comme on a pu le voir dans les différents commerciaux, à l’OMC, autour du bœuf aux hormones.

S’organiser en cartel permet de limiter la concurrence, or c’est souvent illégal. Au sein du complexe pétrochimique, la lutte entre les industriels est forte, même s’ils s’allient lorsque leurs intérêts de classe sont en jeu. Ainsi, en 1925, les transnationales allemandes Bayer, Basf, Hoechst et IG Farben créent un cartel pour limiter la croissance du trust Rockefeller. Mais plutôt que de se concurrencer, ils décident finalement de créer un cartel entre eux, en 1929. L’organisation en cartel permet aux industriels de limiter la concurrence entre eux, d’accroître leur position de monopole et donc d’améliorer leurs profits. Certains pouvoirs publics, telle l’Union Européenne, pénalisent les cartels en leur infligeant de lourdes amendes, afin de préserver une concurrence utile pour faire baisser les prix pour les consommateurs.

Maurice Bealle explique que : « Le grand trust allemand, l’IG Farbenindustrie, bénéficiait d’un monopole absolu sur tous les produits chimiques fabriqués en Allemagne. L’I.G allemande fit alliance avec la Standard Oil américaine (dont Rockefeller avait des actions) pour contrôler les brevets importants (…). L’I.G américaine était née. La Standard Oil prit une participation de 15% dans le nouveau Trust germano-américain d’IG Farben. Parmi les directeurs de cette compagnie servant de couverture figuraient Walter Teagle (Président de la Standard Oil), Paul Warburg (homme de paille de Roosevelt et Rockefeller) et Edsel Ford … ». Après Pearl Harbor et le début de l’entrée en guerre des Etats-Unis, « l’I.G Farben américaine décida de camoufler, avec l’aide de la Standard Oil, son origine allemande et ses sympathies pour ce pays. Elle changea sa raison sociale pour devenir la General Aniline and Film Corporation » [6].

Les transnationales rechignent rarement à s’allier aux régimes fascistes. Le Zyklon B, est un gaz mortel crée par la société Degesch, une filiale à 42,5% de IG Farben. IG Farben naquit en 1925, et restera le numéro un mondial de la chimie, jusqu’en 1945. Cette transnationale a  soutenu le régime nazi dans sa politique d’extermination des juifs, en gérant directement le camp d’Auschwitz. Après la guerre, les Alliés décidèrent de démembrer le groupe ». « Auschwitz III, ouvert en 1942, était constitué des usines IG-Farben de caoutchouc synthétique (usines Buna) (…). La collaboration entre les SS et IG-Farben fut totale. Les détenus travaillaient sous l’autorité de contremaîtres civils, appelés Meister. 10 000 détenus vivaient et travaillaient à la Buna. 25 000 au moins des 35 000 détenus qui passèrent par Buna moururent. L’espérance de vie d’un détenu y était de trois à quatre mois » [7].

Les élites économiques appuient les élites politiques dans le cadre d’alliance de classe. Dès 1932, IG Farben va rapidement s’associer à la politique fasciste d’Hitler. Lorsque ce dernier partira en guerre en 1939, il pillera les ressources et les recherches des industriels des pays nouvellement conquis, au profit d’IG Farben. « En 1999, les Laboratoires Roche (Hoffman-LaRoche) ont été reconnus coupables de malversations en ce qui concerne la fourniture de vitamines sur le marché mondial. Roche appartient à un cartel pétrochimique et pharmaceutique issu de l’I.G. Farben, l’un des piliers industriels de l’Allemagne Nazie. L’un des partenaires industriels de Sanofi-Aventis est la Société Merck. Cette entreprise avait reçu la part du lion, lors de la distribution des dépouilles de l’économie nazie, à la fin de la deuxième guerre mondiale » [8]. Par ailleurs BASF, ainsi que Bayer et Hoesch, sont-elles aussi des anciennes “filiales” d’IG Farben et figurent toujours parmi les géants de l’industrie chimique. Comme le disait Homer T. Bone, le sénateur US au cours d’une rencontre de la commission sénatoriale chargée des affaires militaires le 4 juin 1943. : « IG Farben était Hitler et Hitler était IG Farben ». En effet, l’appui d’Hitler par l’IG Farben lui a assuré un appui financier considérable. Comme l’a analysé Marx, on observe donc que cette alliance entre les entreprises capitalistes et les dirigeants politiques est une des constantes du capitalisme. Ceci a atteint un point culminant, dans ce régime fasciste, en portant au pouvoir des capitalistes au sein de l’Etat (national socialiste). En soutenant le nazisme, Rockefeller espérait aussi participer à la conquête de l’URSS, récupérer une partie de ses ressources minérales et énergétiques et lutter contre le communisme.

David Rockefeller (un des descendants de John Rockefeller) et le prince Bernard des Pays Bas ont créé le groupe Bilderberg, en 1954. Ce dernier est un ancien officier SS et un espion allemand pour le compte du département d’espionnage NW7 opérant au sein de l’entreprise IG Farben qui participait au fonctionnement d’Auschwitz (Sutton, 1980 : 182) [9]. Le prince Bernard créera ensuite le WWF en 1961 [10]. « John D. Rockefeller avait créé, en 1882, la Standard Oil Company, le prédécesseur juridique de l’actuel Exxon Mobil » [11]. Elle se nomme, en France, Esso et figure parmi les plus puissantes entreprises mondiales et elle est, avec leurs banques, un des pivots de l’empire industriel des Rockefeller, qui couvre bien d’autres secteurs que le pétrole. On voit, à travers cet exemple, ce que signifie le terme de capitalisme pétrochimique et pharmaceutique. Un producteur de pétrole va utiliser une grande partie cette matière première, pour réaliser les produits issus de l’industrie chimique, tels que les produits pharmaceutiques, mais aussi les engrais, les pesticides…

Les élites qui cumulent le pouvoir économique et politique mettent en péril la démocratie. Pour obtenir le pouvoir politique, en plus du pouvoir financier, Nelson Rockefeller va s’introduire au sein du gouvernement des Etats Unis à partir de 1940. La loi ne l’interdit pas, mais cette accumulation des pouvoirs nuit à la démocratie. Il existe des lois contre les cartels qui nuisent à la concurrence. Il en est de même du va et vient entre le secteur économique et les pouvoirs publics qui pose des conflits d’intérêts. Ainsi, Nelson Rockefeller (1908-1979) qui « prit diverses responsabilités sous les présidences de Franklin D. Roosevelt, Harry Truman et Dwight D. Eisenhower. De 1940 à 1977, Nelson Rockefeller prit diverses responsabilités au sein des pouvoirs publics des Etats-Unis. En 1954, il se retrouvera notamment à la tête de l’Operation Coordinating Board (OCB), comité du National Security Council (NSC chargé, entre autres, de superviser les opérations secrètes de la CIA). En 1959, il est élu gouverneur républicain de New York et sera réélu constamment à ce poste jusqu’en 1974, puis il deviendra le 41e Vice-Président des États-Unis de 1974 à 1977. Mais le pouvoir politique de la dynastie Rockefeller ne s’arrête pas. Son grand-père maternel Nelson W. Aldrich a été sénateur, son frère Winthrop Rockefeller fut gouverneur républicain de l’Arkansas et son neveu John Davison Rockefeller IV devint gouverneur et sénateur démocrate de Virginie-Occidentale.

Dans les autres pays du monde fondé sur un système capitaliste, il est inévitable qu’il en soit autrement, puisque cela fait partie des principes même du capitalisme. C’est-à-dire qu’on accepte que le pouvoir issu de la propriété privée ne soit que très partiellement limité par quelques taxes, ce qui permet aux plus riches d’acquérir une situation de pouvoir économique et ensuite leur donne des facilités pour obtenir aussi le pouvoir politique. Par exemple, en Italie, Silvio Berlusconi dirige le pays en tant qu’élu et possède plusieurs entreprises privées, il y a donc aussi un conflit d’intérêt. C’est la même situation, lorsque des PDG, tel Nelson Rockefeller, deviennent ministre, qu’ils ont pour mandat de défendre l’intérêt général, puis retrouvent leur poste de dirigeant d’entreprises privées, où leurs actionnaires exigent qu’ils défendent cette fois leurs intérêts et donc ceux du capitalisme. « Thierry Breton a été ministre de l’économie entre 2005 et 2007, mais auparavant, il était « PDG de France Télécom et était en même temps administrateur de trois autres grandes sociétés : la banque franco-belge Dexia, de Thomson ainsi que de Schneider Electric. Il était, de plus, membre du conseil de surveillance d’Axa ». Depuis le 17 nov. 2008, il est retourné défendre les intérêts d’un groupe privé Atos Origin, comme PDG.

Le 2 juin 2005, Christine Lagarde qui l’a remplacé est nommée ministre délégué au commerce extérieur, puis devient ministre de l’économie de la France en 2007. « Au début des années 1980 elle rejoint le cabinet d’affaires américain Baker et Mackenzie. En 1999, elle est devenue la présidente du comité de direction de ce cabinet américain – le second cabinet d’affaires mondial (…) présent dans 66 pays. Elle est également, depuis avril 2005, présidente du comité stratégique mondial de ce cabinet jusqu’à 2009 (…). Christine Lagarde a été désignée en 2004 par le magazine Forbes comme l’une des femmes les plus influentes du monde (…). En avril 2005, Madame Lagarde est également entrée au conseil de surveillance de la banque néerlandaise ING group (…). Elle est aussi membre active du Center for Startegic & International Studies (CSIS) (…) en tant que vice-présidente de US-UE-Poland Action Commission (président Zbigniew Brzezinski) où elle représentait les intérêts américains (…) . Elle a prêté également assistance à des programmes d’entraînement, en coopération avec Lockeed Martin (un des premiers industriels de l’armement des USA). Elle a « défendu les intérêts de la firme Boeing ». Les intérêts français et européens peuvent donc être mis en péril par sa nomination comme ministre du commerce puis de l’économie. Pour l’OCDE, « la description générale des situations de conflits d’intérêts doit s’appuyer, sur l’idée fondamentale, qu’il existe des situations où les intérêts et liens privés d’un agent public créent ou peuvent créer un conflit, avec la bonne exécution de tâches officielles ». L’article 23 de la Constitution française pose des incompatibilités claires. Il stipule que « les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et de tout emploi public ou de toute activité professionnelle ». Le 11 juillet 2005, le député JC Lefort a donc proposé une loi organique « visant à rendre incompatible la nomination au poste de ministre de tout citoyen, n’ayant pas cessé depuis trois ans auparavant, une activité professionnelle, marquée par des objectifs et des missions portant atteinte aux intérêts fondamentaux du pays ». En effet, l’article L. 231 du code électoral stipule que les préfets ne peuvent pas obtenir de mandat électif pendant une période de trois ans, afin de préserver l’indépendance du législatif, vis-à-vis de l’exécutif [12].

Le financement et l’aide en nature des futurs élus permettent de servir les intérêts des transnationales. Aux Etats-Unis, les industriels financent légalement, depuis des années, les campagnes des hommes politiques. Pour arriver au pouvoir, la famille Rockefeller finança les campagnes présidentielles de Théodore Roosevelt, puis de Franklin Roosevelt. Le premier fit 3 mandats présidentiels, entre septembre 1901 et mars 1909, et le second a obtenu 4 mandats présidentiels, de 1933 à 1945. En retour, ceux-ci furent sans doute plus conciliants avec les demandes des Rockefeller et de l’industrie pharmaceutique.

Les partis majoritaires (RPR, PS), qui ont obtenu le pouvoir, ont été eux aussi financés par les élites économiques, mais souvent de manière illégale ou à la limite de la légalité. Ce fut par exemple le cas de l’affaire des marchés publics d’Île-de-France où Michel Roussin était au centre du dispositif de financement du RPR.

Pour obtenir l’écoute bienveillante des dirigeants politiques, les dons en nature sont aussi bien utiles. « Le yacht Nourmahl, appartenant à Vincent Astor de la Chase Manhattan Bank et associé de Rockefeller, se trouva immédiatement mis à la disposition de Roosevelt, pour des petites fêtes de week-end. Alors que les invités se divertissaient, les chefs discutaient en privé de la politique commerciale. Il n’est donc pas surprenant que la protection à grande échelle, accordée par l’Administration Roosevelt fut pour les trusts germano-américain (I.G Farben – Rockefeller) » [13]. Cette forme de lobbying n’est pas sans rappeler le prêt du Yacht de l’industriel Bolloré à Nicolas Sarkosy, juste après son élection comme président de la république, en mai 2007.

Les élites économiques se considèrent souvent comme les dirigeants les plus légitimes du monde et des médias. La clef de voûte du gigantesque empire industriel des Rockefeller « est la Chase National Bank, avec ses 27 filiales de New-York City et ses 21 autres installées à l’étranger » [14]. A présent, elle a changé de dénomination et s’appelle la Chase Manhattan Bank. La part principale de la Chase Manhattan Bank appartenant aux Rockefeller avec 32,35% des actions. Ces deux banques privées contrôlent donc à elles seules la FED qui est aux Etats-Unis, l’équivalent de notre banque centrale et qui est censée être un bien public [15]. Les Rockefeller sont aussi propriétaires de certains médias, tel CNN, la Warner et financent les médias via la publicité, comme de nombreux autres puissants industriels. Aussi est-il assez difficile de critiquer leur main mise sur la société, l’économie et la politique et sur l’appareil d’Etat qui s’avère finalement anti-démocratique. le groupe Bilderberg fut créé en 1954, grâce à un cofinancement de Unilever et de la CIA. Selon un ancien délégué du groupe, le consensus, élaboré au sein de ce forum, sert de base à l’évolution des politiques internationales. Le banquier David Rockefeller fut le fondateur du groupe de Bilderberg, puis de la Commission Trilatérale. ’Ces deux lobbies sont les véritables architectes de la mondialisation néo-libérale” selon M. R. Jennar (2005) [16]. Lowry Mark, de l’American Chronicle, Gordon Laxer, le Directeur de l’institut Parkland de l’université d’Alberta et Marc Jennar [17], rapportent qu’en 1991, devant la Trilatérale, David Rockefeller a déclaré : « Nous sommes reconnaissants envers le Washington Post, le New York Times, Time Magazine et d’autres grands journaux, leurs directeurs ayant participé à nos rencontres et ayant respecté la promesse de discrétion pendant près de 40 ans. Il nous aurait été impossible de développer notre plan pour le monde, toutes ces années durant, si les projecteurs avaient été braqués sur nos activités. Le monde est maintenant plus sophistiqué et plus préparé à accepter un gouvernement mondial. La souveraineté supra-nationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est sûrement préférable au principe d’autodétermination nationale des peuples, pratiquée tout au long de ces derniers siècles » [18].

L’histoire du capitalisme et des Rockefeller, sous l’angle du secteur pétrochimique et pharmaceutique, nous révèle certains des mécanismes majeurs qui leur permettent d’asseoir leur pouvoir. La propriété privée des moyens de productions, qui est un des principes fondateurs du capitalisme, nous montre que cela confère le pouvoir économique. Le capitalisme libéral, qui contribue à privatiser les services publics, renforce encore leur pouvoir, en permettant d’introduire les intérêts privés notamment au sein des politiques de santé publique. Le lobbying et les actions illégales sont une des conséquences logiques de ce système qui met la priorité sur le pouvoir individuel et qui se développe souvent au détriment de l’intérêt général et de la population. Mais cette histoire du capitalisme des Rockefeller n’est pas finie, puisque ceux-ci continuent de régner sur les Etats-Unis et sur le monde, notamment avec leurs banques (Chase Manhattan Bank) et leur pétrole (Exxon), comme le font les autres grandes transnationales.

Thierry Brugvin

Sociologue

[1] PICARD Jean-François, La fondation Rockefeller et la recherche médicale, Presses universitaires de France, Paris, 1999.

[2] K. BUSER ET G. WALTZ, « Partenariats mondiaux public-prive´ : partie II –Enjeux d’une gestion mondiale » ; Bulletin of the World Health Organization, 2000, 78 (5) : 699-709.

[3] LANCTOT Guylaine, 2002, La Mafia Médicale, Editions Voici la clef, Coaticook Québec.

[4] POPULATION CONCIL, La mission du Population Council, http://www.popcouncil.org/francais/apropos.html, 2008.

[5] BEALLE Morris A, The Drug Story, Columbia Pub. Co ; 1949.

[6] BEALLE Morris A, The Drug Story, Columbia Pub. Co ; 1949.

[7] SCEREN CNDP, Document 3A : l’usine IG-Farben, Collection pour mémoire, SCEREN CNDP.

[8] HOROWITZ LG. Death in the Air : Globalism, Terrorism and Toxic Warfare.Sandpoint, ID : Tetrahedron Publishing Group, printemps 2001.

[9] SUTTON Antony C. 1980, Trilateralism, the Trilateral Commission and the Elite Planning for World Management, sous la dir. Holly Skar, South End Press, Boston, 1982.

[10] LA GAZETTE DU SNCC n°21, 2ème trimestre 2006.

[11] EXXON MOBIL, Histoire, http://www.exxonmobil.com/Benelux-French/About/Bnl_History.asp.

[12] LEFORT Jean-Claude (Député), Proposition de loi organique N° 2463, Assemblée nationale, 11 juillet 2005.

[13] BEALLE Morris A, The Drug Story, Columbia Pub. Co ; 1949.

[14] BEALLE Morris A, The Drug Story, Columbia Pub. Co ; 1949.

[15] CARMACK Patrick S. J. , The Money Masters : How International Bankers Gained Control of America, 2007.

[16] JENNAR Marc Raoul, ’Le gouvernement des lobbies : la gouvernance contre la démocratie’, in BALANYA Belen, DOHERTY Ann, HOEDEMAN Olivier, MA’ANIT Adam, WESSELIUS Erik, Europe Inc., Comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale, Agone, Elements, Marseille, 2003, p. 17.

[17] JENNAR (2003 : 17).

[18] LAXER Gordon (Directeur de the University of Alberta Parkland Institute), In praise of FTAA-Quebec City protestors, ExpressNews, 2002. LOWRY Mark, American Sovereignty can only be preserved if illegal aliens are removed, American Chronicle, January 29, 2007.

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 23 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

LE QUOTIDIEN DE 8 MILLIONS DE SALARIES: SURMENES, SURVEILLES, SURCHARGES

Surmenés, surveillés, surchargés :

le quotidien de 8 millions de salariés

LE QUOTIDIEN DE 8 MILLIONS DE SALARIES: SURMENES, SURVEILLES, SURCHARGES dans REFLEXIONS PERSONNELLES modeles-de-materiel-caracteres-vecteur-etrangere-illustrateur_34-10289

Par Ivan du Roy (26 mars 2012)

Intensification du travail, surveillance accrue des salariés par leur hiérarchie, pénibilités physiques toujours très présentes… Tels sont les enseignements de la nouvelle étude sur l’exposition aux risques professionnels que vient de publier le ministère du Travail. Elle révèle un accroissement des situations de « tension au travail » dans un contexte où le Medef, au nom de la compétitivité, cherche à remettre en cause nombre de dispositions du droit du travail.

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Les conditions de travail se dégradent-elles ? Quelles sont les contraintes et pénibilités qui pèsent sur les salariés ? Et les risques encourus ? L’enquête « Sumer » (Surveillance Médicale des Expositions aux Risques Professionnels) nous livre une photographie, bien plus étayée qu’un vulgaire sondage, de la situation des 22 millions de salariés français. Cette étude lancée par la Direction Générale du Travail (DGT) et la Dares [1] est réalisée tous les 9 ans par 2 400 médecins du travail auprès de 48 000 salariés du privé et du public.

Une fois n’est pas coutume, commençons par quelques aspects positifs. Il y a vingt ans, près d’un salarié sur trois travaillait plus de 40 heures par semaine. Ils ne sont plus que 18 % aujourd’hui, grâce notamment aux 35 heures. Cette diminution du temps de travail demeure cependant virtuelle pour un cadre sur deux, au bureau plus de 40 heures par semaine (48 % aujourd’hui contre 63 % il y a vingt ans). Dans les ateliers ou sur les chantiers, les contraintes physiques intenses baissent légèrement. Elles concernent les personnes obligées de travailler debout, de porter des charges lourdes, d’effectuer des gestes répétitifs (le travail à la chaîne, par exemple) ou soumis à des vibrations. En 1994, près de 46 % des salariés étaient ainsi régulièrement confrontés à au moins une de ces contraintes [2]. Cette proportion descend en dessous de 40 % en 2010. Soit près de 9 millions de personnes. Sans surprise, ce sont principalement les ouvriers, les employés de commerce et de service, le secteur de la construction et le monde agricole qui sont les plus exposés, avec comme possible conséquence des problèmes de dos, des douleurs aux articulations et des troubles musculaires. Seule l’exposition au bruit progresse : un salarié sur cinq travail dans un environnement sonore supérieur à 85 décibels, soit le bruit d’un camion roulant à 50 km/h.

Intensification du travail

Malgré un recours de plus en plus grand aux molécules chimiques dans l’industrie, l’exposition globale aux produits chimiques diminue depuis 2003. Un salarié sur trois est exposé à au moins un produit dangereux dans le cadre de son travail avec, en cas de contact, des risques immédiats – brûlure irritation, réactions allergiques – ou différés dans le cas des cancérogènes. Ce qui concerne quand même plus de 7 millions de salariés, là encore principalement des ouvriers qualifiés et non qualifiés. Une « décrue » liée au « renforcement de la réglementation » depuis 2001, conséquence, entre autres, des grandes mobilisations sur l’amiante.

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Ces légères améliorations se font cependant dans un contexte d’intensification du travail. Contraintes de rythme, quantité de travail excessive, polyvalence, objectifs irréalistes ou flous, ou instructions contradictoires se multiplient au sein des entreprises. Le nombre de salariés soumis à au moins trois contraintes de rythme – lié à la cadence automatique d’une machine, à la dépendance immédiate vis-à-vis du travail de ses collègues, aux normes et délais de production à respecter en moins d’une journée, ou au contrôle permanent de la hiérarchie… – passe de 28 % à 35,5 %. « L’intensité du travail est l’une des principales dimensions des facteurs psychosociaux de risque au travail », rappelle l’étude. Et ce risque concerne 7,7 millions de personnes, aussi bien les ouvriers, les employés et les cadres. Travailler plus en moins de temps, voilà un nouveau slogan…

Des salariés davantage surveillés

« La proportion de salariés contrôlés en permanence par leur hiérarchie s’est accrue entre 2003 et 2010, notamment pour les employés de commerce et de service », souligne encore l’étude. Cette surveillance permanente concerne plus d’un salarié sur quatre. Le contrôle informatisé, lui, continue de s’étendre partout, aussi bien dans l’industrie que dans les services, et touche autant les cadres que les ouvriers qualifiés. Si, globalement, le temps de travail hebdomadaire diminue, la flexibilité du temps de travail s’accroît. Le travail le dimanche et les jours fériés augmente, concernant 31 % des salariés, principalement dans le commerce. Ceux-ci sont également confrontés à la multiplication des horaires variables. Un salarié sur dix demeure soumis à des horaires imprévisibles d’une semaine à l’autre !

L’intensification du travail – davantage de sollicitations en moins de temps – s’accompagne d’un « net accroissement » des situations de « tension au travail » : lorsqu’un salarié est confronté à une forte demande (rythme, objectifs, diversité des tâches à accomplir…) sans disposer de la marge de manœuvre nécessaire pour y répondre. De plus, la part de salariés estimant rencontrer un comportement hostile (22 % des salariés) ou méprisant (15 %) au travail augmente de manière notable. Cette charge psychologique vient ainsi s’ajouter à des pénibilités physiques qui diminuent très lentement. À l’heure où l’on ne parle que de compétitivité ou de réduction des coûts, il serait peut-être temps que ces questions liées aux conditions de travail et aux conséquences qu’elles font peser sur la vie quotidienne des salariés émergent dans le débat politique.

Ivan du Roy

Notes:

[1] Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques.

[2] Au moins 20 heures par semaine pour la manutention manuelle de charges, pour le travail debout, au moins 2 heures par semaine pour les autres contraintes posturales (position à genoux, maintien de bras en l’air, posture accroupie, en torsion, etc.).

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 23 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

SAUVETAGES ?…MARCHES FINANCIERS, CITOYENS, ECONOMIE

SAUVETAGES…OU SAUVETAGES ?

SAUVETAGES ?...MARCHES FINANCIERS, CITOYENS, ECONOMIE dans REFLEXIONS PERSONNELLES SAUVETAGES

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 23 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

L’ECHEC SOCIAL EN PLEINE FACE !

L’échec social est bien là !

L'ECHEC SOCIAL EN PLEINE FACE ! dans REFLEXIONS PERSONNELLES LECHEC-SOCIAL

 

 

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 23 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

LES MALADIES DU CERVEAU EXPLOSENT, LES LABORATOIRES DISPOSENT…

Les maladies du cerveau explosent,

 les laboratoires disposent…

LES MALADIES DU CERVEAU EXPLOSENT, LES LABORATOIRES DISPOSENT... dans REFLEXIONS PERSONNELLES cerveau_intro

(Albert Swoni)

« Un Européen sur trois souffrirait de troubles neurologiques » indiquait en septembre 2011 Le Monde. Lorsqu’on sait que l’Europe compte quelques 800 millions d’habitants, cela donne une idée exacte de l’ampleur du défi face auquel les laboratoires pharmaceutiques se trouvent confrontés pour tenter de trouver des traitements efficaces. Même si certains d’entre eux se désengagent de leur activité de recherche et développement, faute d’un retour sur investissement suffisamment rapide comme en témoigne le récent exemple d’AstraZeneca.

Anxiété, insomnie, dépression, dépendance à l’alcool et aux drogues, démence sénile, toutes ces maladies touchent directement le cerveau de toutes les tranches d’âge et de toutes les catégories sociales. Dans ces conditions, il est particulièrement déconcertant de voir de grands laboratoires se désengager de la recherche dans ce domaine. C’est pourtant le cas de GlaxoSmithKline, de Pfizer, et du laboratoire anglo-suédois AstraZeneca qui pour sa part, bien qu’ayant réalisé en 2011 plus de 10 milliards de dollars de profit et 33,6 milliards de chiffre d’affaire (soit +3%…), annonce la suppression de 7300 emplois ; mais surtout, la « réorganisation » de son service de R&D qui devient, selon le quotidien Les Echos, « virtuel ». Un désengagement que le journal explicite ainsi : « le laboratoire a créé une unité virtuelle dans les neurosciences, constituée d’une équipe réduite de 40 à 50 chercheurs d’AstraZeneca, qui mèneront leurs travaux en externe, via un réseau de partenaires industriels et académiques. » L’explication avancée par AstraZeneca semble, pour sa part, très discutable, sinon aberrante : « Nous avons choisi de rester dans les neurosciences, mais nous travaillerons de manière très différente pour partager les coûts, les risques et les rétributions avec des partenaires. » Autrement dit, AstraZeneca indique ici renoncer à l’ effort de recherche ; pas à ses parts de marché.

Profits en hausse, effectifs et recherche en baisse

Ainsi, ces laboratoires préfèrent désormais s’appuyer sur le secteur public et le monde associatif pour bénéficier des avancées de la recherche, sans pour autant s’engager financièrement dans des programmes longs, coûteux, et peu rentables à court terme. Cette politique de réduction des coûts accompagne désormais systématiquement les fusions entre groupes pharmaceutiques, pour la plupart pris en étau entre de multiples intérêts financiers. Sur le site Viv(r)e la recherche, Eric Sartori s’interroge lui aussi quant aux conséquences de ces stratégies industrielles sur l’innovation et la recherche. Il en ressort un bilan assez pessimiste qui nous démontre bien que les profits passent ici avant les malades. Le récent « Rapport de la mission sur la refonte du système français de contrôle des médicaments » pointe comme « sujet d’inquiétude », le « désengagement de l’industrie pharmaceutique de la recherche qui s’accélère » ainsi qu’une tendance de plus en plus marquée à l’externalisation de la recherche. On est encore ici bien loin de l’intérêt des malades et de l’accompagnement des politiques de santé destinées à combattre les maladies dégénératives ou psychiatriques.

Le coût des maladies

En 2010 déjà, des spécialistes du cerveau alertaient sur l’urgence de relancer la recherche avec un « plan cerveau » pour la prise en charge de l’ensemble des maladies neurologiques et psychiatriques. Le coût de ces maladies pour la collectivité était déjà évalué, en Europe à 35 % du total des dépenses de santé et, rien qu’en France, les coûts induits par les maladies mentales et neurologiques atteignaient 40 milliards d’euros par an. Par ailleurs, une étude publiée par l’European Brain Council (EBC) montre qu’en Europe, le coût des maladies neurologiques « a augmenté très rapidement pour atteindre 798 milliards d’euros par an ». De plus, l’allongement de l’espérance de vie vient encore renforcer ce phénomène qualifié de « défi économique numéro un pour le système de santé européen ». Au total, le coût de la prise en charge de ces troubles neurologiques est de 1.550 euros par personne et par an, soit le double de l’estimation faite par l’EBC lors d’une précédente étude en 2005.

La santé a un coût et le poids économique des maladies neurologiques sur la société est extrêmement lourd. En France, on estime à 15 millions le nombre de personnes touchées par une maladie du cerveau. Ne pas trouver de remèdes aux maladies neuropsychiatriques, ne pas trouver les moyens de prendre en charge la santé mentale d’une population vieillissante peut avoir des conséquences graves sur l’économie  d’un pays. Cette situation à risque nécessite une mobilisation générale qui doit accompagner le développement des neurosciences. Chacun doit y prendre sa part, depuis les pouvoirs publics, jusqu’à la recherche fondamentale, en passant par les laboratoires pharmaceutiques.

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 23 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

INEGALITES SOCIALES: TOUTES LES 3 MINUTES, UN SALARIE EUROPEEN MEURT A CAUSE DE SON TRAVAIL

Inégalités sociales

Toutes les 3 minutes, un salarié européen meurt

 à cause de son travail

Par Ivan du Roy

INEGALITES SOCIALES: TOUTES LES 3 MINUTES, UN SALARIE EUROPEEN MEURT A CAUSE DE SON TRAVAIL dans REFLEXIONS PERSONNELLES OUVRIERS1

À l’heure où les plans d’austérité se multiplient, où le chômage partiel se banalise, où la durée de vie au travail s’allonge un peu partout, quel est l’état de santé des salariés européens ? Les inégalités sociales face à l’enjeu de la santé au travail demeurent très fortes. Pour espérer vivre vieux, mieux vaut être cadre qu’ouvrier, et ouvrier que jeune précaire. Entretien avec Laurent Vogel, de l’Institut Syndical Européen.

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 Comment se portent les salariés européens ?

Laurent Vogel [1] : Nous assistons à une détérioration de la santé au travail sur le long terme. Le problème est moins l’impact immédiat des conditions de travail sur la santé que le cumul des atteintes à la santé dans la durée. Dans le cadre de l’enquête européenne sur les conditions de travail [2], lorsque l’on demande aux salariés s’ils se sentent capables de travailler jusqu’à l’âge de 60 ans, les réponses négatives sont importantes. Un effet d’usure se manifeste : seulement 44 % des ouvriers non qualifiés pensent ainsi pouvoir tenir le coup jusqu’à 60 ans, et à peine la moitié des ouvriers qualifiés. Les différences sont fortes selon la place dans la hiérarchie sociale, car la proportion de ceux qui pensent pouvoir tenir le coup monte à 71 % pour les employés les plus qualifiés. Il existe ainsi un fossé entre les ouvriers les moins qualifiés et les personnes qui ont des qualifications élevées. En France, les ouvriers décèdent six ans et demi avant les cadres supérieurs. En Estonie, la différence d’espérance de vie entre un homme âgé de 25 ans possédant un diplôme universitaire et un homme du même âge possédant le niveau d’éducation le plus bas s’est accrue de 13 ans. La situation des femmes est plus favorable que celle des hommes dans des secteurs où les conséquences immédiates du travail sont moins perceptibles. Mais sur le long terme, les femmes perdent tout avantage. Elles sont notamment confrontées tout au long de leur vie à une organisation plus disciplinaire du travail.

Dans un contexte où la durée de vie au travail s’allonge…

Tout cela est effectivement inquiétant alors que dans beaucoup de pays européens l’âge de départ à la retraite et la durée du temps travaillé s’allongent. Cette logique simpliste qui vise à affirmer que l’espérance de vie augmentant, la durée du travail doit suivre, risque d’avoir des effets délétères. Les conditions de travail actuelles rendent cet objectif impossible pour une grande partie de la population.

460 personnes meurent chaque jour en Europe à la suite d’accidents et de maladies liés au travail (168 000 par an selon la Commission des Affaires Sociales du Parlement Européen).

Les décès liés au travail ont-ils tendance à se réduire ?

C’est, à mon avis, une estimation plutôt basse. Elle prend en compte les accidents du travail mais aussi les pathologies mortelles provoquées par le travail, principalement le cancer. Les accidents du travail mortels constituent une petite partie de ces décès : environ 6 000 par an. Ils ont tendance à diminuer. D’abord parce que les secteurs économiques changent : il y a moins d’emplois dans la sidérurgie ou les mines, des secteurs davantage exposés aux accidents. Ensuite, grâce à une amélioration des conditions de travail et de la prévention de la sécurité. Nous observons cependant une augmentation claire des cancers d’origine professionnelle. Cela s’explique vraisemblablement par une meilleure connaissance des différents types de cancers – nous sommes mieux en mesure de dire que tel cancer est causé par telle activité. Mais nous vivons aussi dans un modèle économique très dépendant des substances chimiques. Un point de PIB supplémentaire équivaut à une augmentation d’1 % des substances chimiques dangereuses produites par l’industrie. Selon certaines estimations, environ 28 % des travailleurs sont exposés à des substances cancérogènes [3] Les ouvriers sont beaucoup plus exposés que les employés, et les cadres supérieurs sont ceux qui s’en tirent le mieux. Dans le cas de la souffrance mentale et des suicides pouvant être liés au travail, nous ne disposons pas de données d’ensemble crédibles. Mais le phénomène existe partout en Europe, pas seulement en France comme l’a montré le drame des suicides à France Télécom.

En matière de prévention des risques au travail, quelle est l’ampleur des inégalités en Europe ?

Cela dépend des secteurs et des types de prévention. En Allemagne, par exemple, si les pratiques de prévention sont plutôt avancées en matière d’accidents du travail, elles ne le sont pas du tout concernant les cancers professionnels. Cela s’explique par le poids de l’industrie chimique. Globalement, plus les inégalités sont fortes dans la société, plus les inégalités découlant du travail sont importantes. Le niveau de prévention dépend aussi des capacités de mobilisation collective dans tel ou tel secteur. En France, le point positif, comparé à d’autres pays européens, est la relative visibilité de cette question depuis la révélation du scandale de l’amiante. Les conditions de travail sont présentes dans le débat public. C’est un préalable pour trouver des réponses efficaces. Autre question : la place du travail et des conditions de travail dans la stratégie globale des syndicats. En Espagne, par exemple, dans le secteur de la construction, la santé au travail a été mise au centre des revendications syndicales. Et les choses bougent. En France, les syndicats sont moins forts qu’ailleurs en Europe, mais la place qu’ils accordent aux conditions de travail se situe plutôt dans une moyenne haute. Avec un obstacle : plus l’emploi est précaire, moins les mobilisations sont possibles.

À ce propos, la Commission des Affaires Sociales du Parlement Européen note « la prolifération de formes d’emploi atypiques (travail temporaire, saisonnier, dominical, à mi-temps, télétravail) ».

Ces emplois précaires ont-ils un impact sur la santé des salariés ?

Les jeunes générations sont principalement concernées par la multiplication de ces formes d’emploi. Chez les jeunes qui ont entre 20 et 30 ans, les facteurs de précarité juridiques sont deux, voire trois fois plus importants que chez leurs aînés. Et ce, partout en Europe. Quel sera leur état de santé dans deux ou trois décennies ? Si chacun subit cinq ans de précarité avant de trouver une forme d’emploi stable, ce n’est pas trop lourd. Le problème est que la durée de ces emplois précaires s’allonge. Pour certaines catégories, ces emplois atypiques tendent à devenir la règle ! Aux Pays-Bas, les trois quarts des femmes travaillent à temps partiel. Cette proportion est de l’ordre d’un tiers pour l’ensemble de l’Union Européenne. Les données fournies par le Secours Catholique, et qui sont disponibles aussi ailleurs en Europe, montrent la corrélation entre la précarité en termes d’emploi et l’augmentation des tentatives de suicide. Il existe aussi une précarité que l’on peut décrire et quantifier – le nombre de CDD, d’intérimaires, de saisonniers… – et une précarité de fait, plus difficile à mesurer statistiquement. Elle est liée aux situations de sous-traitance : des personnes en CDI sont cependant précaires car leur emploi peut être remis en cause à tout moment, du fait, par exemple, d’un donneur d’ordre qui va changer de sous-traitant pour des raisons de coûts plus faibles. Ce sont des situations courantes dans le secteur du nettoyage, où la forme du contrat n’a finalement aucune incidence sur le niveau de précarité.

François Hollande propose de mettre en place « un dispositif de notation sociale obligeant les entreprises de plus de 500 salariés à faire certifier annuellement la gestion de leurs ressources humaines au regard de critères de qualité de l’emploi et de conditions de travail ». Pensez-vous que cela peut être utile ?

Déléguer à des experts extérieurs à l’entreprise le soin d’élaborer des critères n’est pas, selon moi, une priorité. Toutes sortes de cabinets d’experts sont prêts à délivrer toutes sortes de certifications, avec tel ou tel « label social ». Mais bien des aspects des conditions de travail ne pourront jamais entrer dans leurs grilles d’évaluation. Saint-Gobain au Brésil, par exemple, avait obtenu toutes les certifications possibles et inimaginables… alors que l’entreprise utilisait de l’amiante. Les évaluations externes étudient les procédures : existe-t-il un comité pour l’égalité salariale ? Y a-t-il un médecin du travail en interne ? Des formations sont-elles mises en place ? Le problème, c’est que les procédures, en elles-mêmes, ne donnent pas forcément de résultats efficaces. Le respect de telle ou telle procédure ne fournit aucune garantie sur les conditions de travail.

Quelle serait alors la priorité ?

Le point important serait de renforcer le contrôle collectif : la possibilité pour les travailleurs d’être représentés, avec des droits associés à cette représentation. C’est tout l’enjeu de la démocratisation du travail : mettre en débat, avec les travailleurs de l’entreprise, ce qui se passe. Ensuite, ce débat ne doit pas se limiter aux seuls salariés de l’entreprise. Des acteurs, en dehors, doivent pouvoir intervenir. La population concernée par une activité – consommateurs, riverains… – doit également avoir son mot à dire.

Pensez-vous que la santé des travailleurs passe après celle des consommateurs [4] ?

Il existe effectivement un décalage. Il est plus facile de mobiliser sur la protection de l’environnement que sur les inégalités sociales, qui passent souvent au second plan. Les règles et législations concernant la protection de la population, des riverains, des consommateurs vont souvent être plus efficaces que celles concernant la prévention de la santé des travailleurs. Le bisphénol A est un épisode révélateur. Tant mieux si cette molécule dangereuse est interdite dans les biberons. Le problème est que l’on oublie de s’interroger sur les travailleurs qui manipulent des produits contenant du bisphénol. C’est logique : parler de la santé des enfants provoque une réaction plus rapide que si l’on évoque le sort des travailleuses des entreprises de nettoyage. Cela alimente le débat sur ce que doit être une écologie politique qui intègre l’enjeu des inégalités sociales.

En France, dans le cas de scandale comme les prothèses PIP, ou certains accidents industriels, on n’entend quasiment pas le point de vue des salariés qui travaillent pourtant au sein de ces entreprises. Comment expliquez-vous cette « omerta » ?

Quand les travailleurs fabriquent des produits contenant des substances dangereuses, eux-mêmes ne le savent pas forcément. En France, l’affaire Adisseo, une entreprise qui a connu un grand nombre de cas de cancer parmi ses employés [5], est emblématique de ces situations. Dans l’affaire des prothèses PIP, il semble que ce soit aussi le cas. C’est d’abord de la responsabilité des industriels. Il faut leur imposer une évaluation préalable des risques, avant qu’un produit soit lancé et que l’on soit obligé de rectifier le tir dix ans plus tard à cause de sa dangerosité. Autre élément : le chantage à l’emploi. Ce ne sont pas les travailleurs qui décident des composants d’un produit ! D’autre part, ce n’est pas nécessairement dans la production initiale que le risque est le plus dangereux, mais dans sa dispersion. Fabriquer un produit nettoyant, par exemple, peut ne pas être trop dangereux, mais l’utiliser entraînera de graves dégâts sur la santé. Sans oublier ce qui se passe lors de son recyclage… Cela pose la question de la solidarité interprofessionnelle.

Recueilli par Ivan du Roy

Notes:

[1] Directeur du département Conditions de Travail, Santé et Sécurité de l’Institut Syndical Européen (Etui, European Trade Union Institute), le Centre Indépendant de Recherche et de Formation de la Confédération Européenne des Syndicats (CES).

[2] Réalisée auprès de 44 000 travailleurs, à consulter ici.

[3] Selon les estimations du projet Carex, Carcinogen Exposure Database, concernant les 15 États membres en 1995, plus la République Tchèque et les pays baltes. Ce projet n’a pas été étendu aux autres pays membres.

[4] Lire à ce sujet la tribune de Dominique Huez, médecin du travail.

[5] En 2007, on y dénombrait 25 cas de cancers du rein, dont 9 décès, dans un atelier qui a vu passer quelque 82 personnes. Lire ici.

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 22 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

COMBIEN NOUS COUTE L’OTAN DE LA « DEFENSE INTELLIGENTE ?  » (IL MANIFESTO)

Combien nous coûte l’OTAN

de la

« défense intelligente ? »

 (Il Manifesto)

COMBIEN NOUS COUTE L'OTAN DE LA

Tommaso DI FRANCESCO, Manlio DINUCCI
Les 21-22 mai se tient à Chicago le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Otan. Parmi les diverses questions à l’ordre du jour, de l’Afghanistan au « bouclier anti-missiles », il y en a une centrale : la capacité de l’Alliance à maintenir, dans une phase de crise économique profonde, une « dépense pour la défense » qui continue à lui assurer une nette supériorité militaire.

Avec un optimisme inconscient, le socialiste du Pasok Yannis Ragoussis, qui fait fonction de ministre grec de la défense, a écrit sur la Nato Review, à la veille du Sommet, que la participation à l’Alliance a donné à la Grèce « la nécessaire stabilité et sécurité pour le développement dans le secteur politique, financier et civil ». On en voit les résultats. Le secrétaire général de l’Alliance, Anders Rasmussen, par contre, ne cache pas sa préoccupation quant à l’impact de la crise. En préparation du Sommet, il a prévenu que si les membres européens de l’Otan font trop de coupes dans les dépenses militaires, « nous ne serons pas en mesure de défendre la sécurité dont dépendent nos sociétés démocratiques et nos économies prospères ».

Combien dépense l’Otan ? Selon les données officielles mises à jour pour 2011, les « dépenses pour la défense » des 28 états membres se montent à 1.038 milliards de dollars annuels. Un chiffre équivalant à environ 60% de la dépense militaire mondiale. En ajoutant d’autres postes de caractère militaire, il grimpe à environ deux tiers de la dépense militaire mondiale. Le tout payé en deniers publics, soustraits aux dépenses sociales.

Il y a cependant un déséquilibre croissant à l’intérieur de l’Otan, entre la dépense étasunienne, qui a augmenté en dix ans de 50 à plus de 70% de la dépense totale, et celle de l’Europe qui a proportionnellement chuté. Rasmussen fait donc pression pour que les alliés européens s’engagent davantage : si l’écart de capacités militaires entre les deux rives de l’Atlantique continue à se creuser, « nous risquons d’avoir, à plus de vingt ans de la chute du Mur de Berlin, une Europe faible et divisée.

Il passe sous silence par contre le fait que sur les pays européens pèsent d’autres dépenses, dérivant de leur participation à l’Otan. Comme le « Budget civil de l’Otan » pour l’entretien du quartier général à Bruxelles et du staff civil : environ un demi milliard de dollars annuels, dont 80% sont payés par les alliés européens. Comme le « Budget militaire de l’Otan » pour l’entretien des quartiers généraux subordonnés et du personnel militaire international : presque 2 milliards annuels, payés à 75% par les Européens. Comme le « Programme d’investissement pour la sécurité de l’Otan », destiné à l’entretien de bases militaires et autres infrastructures pour la « mobilité et flexibilité des forces de déploiement rapide de l’Otan » : environ un milliard et demi de dollars annuels, dont 78% payés par les Européens. Ainsi que le spécifie un rapport sur les fonds communs de l’Otan, présenté au Congrès étasunien en février dernier, depuis 1993 ont été éliminées les contributions pour les bases militaires des alliés européens, tandis qu’ont été gardées celles pour les bases militaires étasuniennes en Europe. Ceci signifie, par exemple, que l’Otan n’a pas déboursé un centime pour l’utilisation des sept bases italiennes mises à sa disposition pour la guerre contre la Libye, tandis que l’Italie contribue aux dépenses pour le maintien des bases Usa en Italie.

Des dépenses ultérieures, qui s’ajoutent aux budgets de la défense des alliés européens, sont celles relatives à l’élargissement de l’Otan à l’est, estimées entre 10 et plus de 100 milliards de dollars. On y trouve celles pour l’extension à l’Europe du « bouclier anti-missiles » étasunien, que Rasmussen quantifie à 260 millions de dollars, sachant bien que la dépense réelle sera beaucoup plus élevée, et qu’il faut y ajouter celle de la potentialisation du système Altbmd, dont le coût est prévu à environ un milliard de dollars. On y trouve les dépenses pour le système Ags qui, intégré par les drones Global Hawk made in Usa, permettra à l’Otan de « surveiller » depuis Sigonella (Sicile) les territoires à attaquer : l’Italie a endossé 12% du coût du programme, estimé à au moins 3,5 milliards de dollars, en payant en outre 300 millions pour les infrastructures. On y trouve les dépenses pour les « missions internationales », parmi lesquelles au moins 4 milliards de dollars annuels pour entraîner et armer les « forces de sécurité » afghanes.

Comment les gouvernements européens, sous pression de la crise, peuvent-ils faire face à ces dépenses et à d’autres ? Le secrétaire général de l’Otan a la formule magique : comme les alliés européens « ne peuvent pas se permettre de sortir du business de la sécurité », ils doivent « revitaliser leur rôle » en adoptant, suivant l’exemple des Etats-Unis, la « défense intelligente ». Celle-ci « fournira plus de sécurité, pour moins d’argent, en travaillant ensemble ». La formule, inventée à Washington, prévoit une série de programmes communs pour les manœuvres, la logistique, l’achat d’armements (en commençant par le chasseur étasunien F-35). Programmes structurés de façon à renforcer le leadership étasunien sur les alliés européens. Une sorte de « groupements d’achat solidaire » pour faire semblant d’épargner sur la dépense de guerre.

Manlio Dinucci, Tommaso Di Francesco

Edition de dimanche 20 mai 2012 de il manifesto

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 22 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

LA PLANETE PRISON EST EN PREPARATION !

BIENTÔT LA PLANETE PRISON…

LA PLANETE PRISON EST EN PREPARATION ! dans REFLEXIONS PERSONNELLES PLANETE-PRISON

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 21 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

AGENT ORANGE VIET-NAM: OKINAWA, LES PREUVES S’ACCUMULENT (André BOUNY)

Agent Orange Viêt-Nam :

Okinawa,*

les preuves s’accumulent

AGENT ORANGE VIET-NAM: OKINAWA, LES PREUVES S'ACCUMULENT (André BOUNY) dans REFLEXIONS PERSONNELLES ORANGE

André BOUNY
De la vérité engloutie, des pièces manquantes au puzzle remontent en surface. Désormais, les volumes communément acceptés d’Agent Orange déversés sur le Viêt-Nam semblent réellement obsolètes.
Depuis la fin de la Guerre américaine au Viêt-Nam (Laos et Cambodge), selon différentes recherches scientifiques au fil du temps, les estimations portant sur le volume d’ « Agent Orange » utilisé lors de cette guerre chimique ne cessèrent d’aller crescendo. Ces études avancèrent 42 millions de litres, ensuite 54, ultérieurement 72, puis 84, avant d’évoquer plus ou moins 100…**

En mai 1990, le rapport déposé par l’amiral Zumwalt confirme que de nombreuses utilisations d’herbicides n’étaient pas enregistrées dans l’opération Ranch Hand. L’amiral Zumwalt écrit que des unités combattantes, telle Brown Water Navy, ont souvent procédé à des épandages de façon officieuse : « En tant que commandant des forces navales US au Vietnam, j’étais au courant que l’Agent Orange délivré aux forces alliées était fréquemment utilisé dans des missions non enregistrées ».

En 2003, à partir d’archives de l’armée étasunienne, le rapport Stellman situe le pic d’utilisation d’Agent Orange durant l’année 1967, tandis que le rapport Zumwalt (rédigé d’après la situation réelle par ce haut responsable intègre) l’établit en 1969.

Entre ces deux rapports, aux Philippines, la fermeture des bases militaires américaines ne releva pas de la volonté des États-Unis, mais d’un refus du Sénat philippin de reconduire le bail en 1992. La décision fut facilitée par l’éruption du Pinatubo qui, un an plus tôt, avait détruit à moitié la base aérienne de Clark et celle de la marine à Subic Bay situées de part et d’autre du volcan. De fait, sans être abandonnées, elles restèrent en l’état, contaminées. La base de Subic Bay comptait 6 000 marins et employait 27 000 Philippins. Les autorités philippines exigèrent des anciens occupants une enquête de qualité environnementale (EQE), pour ce qui allait devenir la zone franche du port de Subic Bay : un vaste projet à destination industrielle et commerciale, financière et touristique comprenant un parc à thèmes pour enfants et générant plus du double d’emplois que la base de l’US Navy. Les résultats de cette étude menée par Clearwater Revival Company furent complètement remis en cause par Subic Bay Metropolitan Authority, et Environment Baseline Study qui démontrèrent qu’elle n’avait pas été réalisée dans les normes. Elle n’avait pas respecté le quadrillage des aires ni même les profondeurs de prélèvements et les échantillons ne provenaient pas des endroits les plus susceptibles d’être pollués. Elle fournissait des déclarations inexactes et des omissions nuisibles à la crédibilité des résultats. Aucune information sur l’historique des activités menées sur les sites sensibles ne fut livrée. Malgré cela, dans les 47 sites examinés, on retrouva de nombreux poisons se distillant dans les sols, la rivière, le port, la nappe phréatique, et donc dans la chaîne alimentaire. Le site N°24 révélait, entre autres, des composés chimiques accompagnant habituellement les dioxines, ce fantôme de l’Agent Orange. L’Agent Orange était aussi là, nous allons le voir plus loin.

ORANGE-2 DIOXINE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

L’année suivante, en 2004, éclatait un scandale en Nouvelle Zélande. Dans la ville de New Plymouth, et son quartier de Paritutu très précisément. Le gouvernement états-unien fit pression sur l’usine Ivon Watkins Dow (IWD) pour obtenir rapidement de grandes quantités de 2,4-D et de 2,4,5-T afin de pourvoir aux gigantesques besoins d’Agent Orange que les grandes compagnies chimiques US ne parvenaient plus à satisfaire. Car à la guerre s’ajoutait la forte demande intérieure de l’agriculture industrielle qui, si elle n’était pas satisfaite, risquait de remettre en cause la production de denrées alimentaires, menaçant du même coup de stimuler l’inflation, donc d’augmenter le mécontentement et la contestation du peuple américain. Mue par la même avidité que ses consœurs états-uniennes, IWD obtint l’exclusivité de la licence en Nouvelle-Zélande et demanda à ses responsables d’observer un mutisme absolu sur cette fabrication aussi soudaine qu’effrénée. Par souci de discrétion, IWD expédiait sa production au Mexique. De là, elle était acheminée vers les Philippines et livrée à la base navale de Subic Bay, pour ensuite rejoindre le Viêt-Nam. Quand la pression des scientifiques et de l’opinion publique internationale obligea les USA à stopper l’utilisation de l’Agent Orange au Viêt Nam, IWD se retrouva avec un stock considérable sur les bras : des dizaines de milliers de gallons. L’entreprise acheta alors une ferme de 100 ha jouxtant son usine (qui en faisait 29), et y enfouit clandestinement ces surplus, son personnel étant plus que jamais tenu au secret. Plus tard, les habitants trouvèrent régulièrement des poissons morts, (surtout l’anguille qui vit sur les fonds), jusqu’à ce qu’il soit nécessaire d’organiser leur ramassage en grande quantité. En septembre 2004, le ministère de la Santé révéla des taux élevés de dioxine dans le sang des habitants de Paritutu. Le 11 janvier 2005, le New Zealand Herald publia un communiqué du ministère de la Défense confirmant les craintes de la population, avant qu’un ancien haut responsable d’IWD ne confesse ces enfouissements massifs d’Agent Orange. L’étendue de la contamination souterraine de la ville par la dioxine s’avéra considérable. Ainsi, les vétérans néo-zélandais du Viêt Nam, eux aussi victimes, subiront une mystification supplémentaire de la part de leur gouvernement.

ORANGE-3 MILITAIRE

Puis, en 2011, c’est au tour de la Corée du Sud. Un ancien combattant US a déclaré avoir participé en 1963-64 à l’enfouissement de « produits chimiques » à Camp Mercer, situé à Bucheron, près de la capitale sud-coréenne. Au mois de mai, deux vétérans états-uniens révélèrent que l’US Army avait enterré, en 1978, un reliquat d’Agent Orange (environ 50 000 litres) dans la base militaire US de Camp Carroll, à Chilgok, situé à 300 km au sud-est de Séoul. Malade, le vétéran Phil Steward fait une demande auprès du département des Anciens Combattants (VA) en 2005. Puis il entre en contact avec d’autres soldats américains ayant servi en Corée au cours des années 1960 et 70, tous ayant une expérience de l’utilisation de l’Agent Orange. ’L’Agent Orange n’a pas seulement été utilisé sur la DMZ, il a été pulvérisé à travers un large éventail de zones de Corée du Sud. On nous a dit que c’était tout à fait sécuritaire et que cela était nullement nocif. Vous pouvez le boire, vous pouvez vous brosser les dents avec, vous pouvez vous baigner dedans qu’il ne se passera rien. C’étaient des mensonges’, dit Steward. Il était en Corée avec Steve House, un autre vétéran américain qui a été le premier à révéler que l’Agent Orange avait fait l’objet de stockage à Camp Carroll, puis d’enfouissement : « À compter de Février 1978, nous avons reçu l’ordre de creuser des tranchées dans la zone D du camp Carroll et d’enterrer des centaines de barils d’Agent Orange. Plus tard, tous les légumes cultivés le long des crêtes avoisinantes se consumaient, il y avait des dizaines de lapins et d’oiseaux morts… » House indique : « les barils portaient l’étiquette « composé Orange, Vietnam ». Rouillés, les barils fuyaient et me provoquèrent, comme à mes compagnons, des éruptions cutanées douloureuses et une grosse toux. » House, qui a servi comme opérateur d’engins de travaux à Camp Carroll pendant un an, a ajouté que s’il pouvait se rendre sur place :  »probablement je localiserais les lieux exacts… » Comme preuve, il a présenté une photo d’une des tranchées creusée à l’arrière de la base militaire américaine en 1978. House et Steward souffrent de diabète, de neuropathie périphérique, de glaucome, de chloracné et autres maladies connues pour être causées par l’Agent Orange :  »Je n’ai plus beaucoup de temps… C’est à vous de prendre la relève, afin que nous puissions obtenir des réponses pour les peuples coréen et américain qui ont été exposés à ce genre de chose   », dit House devant la Chambre en essuyant ses larmes. « Déni, déni… jusqu’à ce qu’on soit tous morts » est un slogan des vétérans. Au printemps 2011, une enquête épidémiologique menée auprès des habitants de Chilgok montre une mortalité due aux cancers et maladies neurologiques élevée.

ORANGE-4 OKINAWA

Aujourd’hui, c’est l’île d’Okinawa, située au sud du Japon, qui est visée. En réalité, cette île sous contrôle US depuis le traité de San Francisco, en 1952, fut le refuge de bases militaires étasuniennes ayant servi au stockage d’armes non conventionnelles, avant que son contrôle revienne au japonais en 1972. Dix ans plus tôt, l’US Air Force y effectua des essais d’armes biologiques sur des cultures de riz. En 1963, les navires étasuniens livrèrent 12 000 tonnes d’armes biochimiques. Mais, 6 ans plus tard, sur la base de Kadena Air Force, une fuite de gaz neurotoxique oblige l’hospitalisation de 23 membres des forces armées étasuniennes. En 1971, l’opération Red Hat transfère ces stocks sur l’île Johnston, perdue au beau milieu de l’océan Pacifique. 1998, des vétérans étasuniens d’Okinawa souffrant de pathologies liées à l’exposition de l’Agent Orange demanderont la prise en charge de leurs soins et des compensations au département des Anciens combattants (VA). Demandes rejetées : le gouvernement des États-Unis disant qu’il n’y a jamais eu d’Agent Orange à Okinawa. En juillet 2004, le général Richard Myers, chef d’état-major, déclare qu’ « aucun dossier contient la moindre information reliant l’utilisation ou le stockage de l’Agent Orange ou autre herbicide à Okinawa  ». Cependant, en 2009, preuve est apportée à VA que l’opération Red Hat a bien transféré depuis Okinawa de l’Agent Orange vers l’île Johnston. The Japan Times révèlera les témoignages précis d’une trentaine de vétérans étasuniens ayant déchargé des containers cerclés d’une bande orange dans les années 60 jusqu’au début des années 70, comme  ceux qui ont assisté aux pulvérisations sur les côtes et le long des routes d’Okinawa. Récemment, un employé des services VA montre des documents prouvant que les États-Unis ont mené des tests ultrasecrets d’Agent Orange sur cette île en 1962, ceci dans le cadre du programme « Agile » développant des techniques de guerre non conventionnelles, faits confirmés plus tard par un ancien haut fonctionnaire étasunien. Une employée de VA, Michelle Gatz, est parvenue (dans le cadre du Freedom of Information Act, FOIA) à mettre la main sur des documents (comprenant entre autre le journal de bord d’un navire), ordres de déploiement de l’armée et dossiers gouvernementaux. Le journal de bord du navire révèle des bons de transports « classifiés ». Ce navire de la marine marchande est le « SS Schuyler Bland Otis ».

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Navire marchand SS Schuyler Bland Otis

Le journal de bord stipule qu’il effectuait le transport de marchandises classifiées entre les USA et Okinawa, et qu’il y était déchargé sous le contrôle de gardes armés à White Beach (port de l’US Navy sur la côte Est de l’île), notamment le 25 avril 1962. Ce navire de propriété civile, régulièrement employé par l’US Navy pour le transport de défoliants incognito, était en mesure de contourner les contrôles douaniers des navires militaires dans les ports étrangers. Avant d’arriver à Okinawa, le cargo avait navigué au Viêt -Nam du Sud pour une des premières livraisons de défoliants par le Pentagone. Gatz découvrira que le 267ème peloton de service chimique, jusque-là stationné en Alaska, à été réactivé en 1962 et transféré à Okinawa de façon inexpliquée. En septembre 2011, un haut responsable américain en retraite (souhaitant garder l’anonymat) brise l’omerta et affirme à The Times que le Pentagone avait testé des défoliants dans les jungles du Nord de l’île d’Okinawa, à proximité des villages de Kunigami et Higashi. Ce fonctionnaire déclare qu’Okinawa avait été choisi pour ces expériences en raison des similitudes de sa végétation avec celle du Viêt-Nam et l’absence de règles de sécurité strictes qui avaient entravé ces essais potentiellement dangereux ailleurs. Maintenant il semble difficile à VA de repousser les 132 demandes récentes (qui ne sont que la pointe de l’iceberg) de vétérans d’Okinawa atteints de pathologies gravissimes, tout comme leur progéniture, en lien avec l’Agent Orange. L’utilisation expérimentale de l’Agent Orange à Okinawa et son stockage clandestin pour la guerre du Viêt Nam ne fait plus guère de doute. Okinawa viendra s’ajouter à la centaine de lieux répertoriés dans le monde où furent fabriqués, expérimentés, stockés, et utilisés les défoliants de la guerre du Viêt -Nam.

Pour approvisionner la guerre chimique au Viêt-Nam, une véritable ceinture d’entrepôts clandestins d’Agent Orange se dessine sur le Pacifique, du sud au nord, sites de production et de stockages n’apparaissant nulle part dans les archives.

André Bouny

*Livre : « The U.S. Forces in Okinawa as Grasped by FOIA » de Hiromichi UMEBAYASHI (membre japonais du CIS), février 1994.

**Dans mon ouvrage « Agent Orange – Apocalypse Viêt-Nam », je l’estime à 350 millions de litres.

André Bouny, constitue et conduit le Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange (CIS) ; fondateur de D.E.F.I. Viêt-Nam  ; auteur de Agent Orange – Apocalypse Viêt-Nam, Éditions Demi-Lune, Paris 2010.

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 21 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

FORUM SUR LA RADIOPROTECTION (GENEVE): DE TCHERNOBYL A FUKUSHIMA (12 et 13 MAI 2012)

Forum sur la Radioprotection

(GENEVE) :

 de Tchernobyl à Fukushima

(INFONUCLEAIRE)

FORUM SUR LA RADIOPROTECTION (GENEVE): DE TCHERNOBYL A FUKUSHIMA (12 et 13 MAI 2012) dans REFLEXIONS PERSONNELLES FUKUSHIMA

Tchernobyl FUKUSHIMA dans REFLEXIONS PERSONNELLES

 « Le Forum Scientifique et Citoyen sur la Radioprotection : de Tchernobyl à Fukushima » organisé par le Collectif « IndependentWHO – pour l’indépendance de l’Organisation Mondiale de la Santé » (OMS), s’est tenu à Genève les samedi 12 et dimanche 13 mai.

Les Vigies d’Hippocrate de ce collectif manifestent chaque jour ouvrable depuis plus de cinq ans devant le siège de l’OMS pour dénoncer le fait que l’organisation ne remplit pas sa mission de protection des populations victimes des irradiations et des contaminations engendrées, plus particulièrement, par les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima.

La journée du samedi 12 mai a été consacrée aux exposés :

Introduction du Forum : Paul Roullaud (France) co-fondateur et représentant du collectif IndependentWHO.
Résumé : Pourquoi ce forum scientifique et citoyen.

Roland Desbordes (France) président de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la radioactivité).
Résumé : Prise en charge citoyenne de l’information.

puce-8130d NUCLEAIRE Enregistrement de l’exposé.

Paul Lannoye (Belgique) député européen honoraire (1989-2004), membre de la Commission Santé, Environnement et Protection des Consommateurs.
Résumé : Pourquoi les risques de l’exposition à la radioactivité ont-ils toujours été sous-estimés ?

puce-8130d RADIOPROTECTION Enregistrement de l’exposé.

[Remarque : Le rôle de Chris Busby dans la mise en évidence des dangers des faibles doses est très exagéré par Paul Lannoye, l’impact des faibles doses était largement prouvé par certains chercheurs « dissidents » bien avant la fondation du CERI.
Le nombre de mort dont le nucléaire est responsable n’est pas de plusieurs centaines de millions (probablement une erreur à l’oral lors de l’exposé), il y a eu d’après le CERI 61,6 millions de morts par cancers depuis 1945, contre 1,1 million selon les sources officielles, et le nombre de cancers est pour sa part évalué à 123,2 millions contre 2,3 officiellement, le CERI estime en outre que les radiations ont induit une importante mortalité infantile et foetale (3,4 millions).]

Alexei Yablokov (Russie) Docteur ès Sciences biologiques, conseiller de l’Académie des Sciences de Russie, co-auteur de Chernobyl – Consequences of the Catastrophe for People and the Environment éd. New York Academy of Sciences.
Résumé : Diversité des conséquences biomédicales de la catastrophe deTchernobyl.

puce-8130d SANTE Enregistrement de l’exposé.

Eisuke Matsui (Japon) spécialiste en pathologie respiratoire faibles doses, Directeur Institut médical de l’environnement Gifu.
Résumé : Actions de citoyens et de scientifiques japonais concernés par l’exposition aux faibles doses de rayonnement ionisant interne au Japon

puce-8130d SCIENCE Enregistrement de l’exposé.

Galina Bandajevskaia (Belarus) pédiatre, cardiologue.
Résumé : État de santé des enfants du Bélarus après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

puce-8130d TCHERNOBYL Enregistrement de l’exposé.

Alexei Nesterenko (Belarus) Directeur de l’Institut Belrad – soins des enfants contaminés par les rayonnements ionisants, co-auteur de Chernobyl – Consequences of the Catastrophe for People and the Environment éd. New York Academy of Sciences.
Résumé : Le concept de la radioprotection des habitants au niveau local. Atlas radio-écologique. L’homme et la radioactivité.

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

Vladimir Babenko (Belarus) Directeur adjoint de l’Institut Belrad.
Résumé : De Tchernobyl à Fukushima… Guide pratique de radioprotection.

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

Sophie Fauconnier (France) médecin auteure d’études sur l’impact sanitaire de l’accident de Tchernobyl en Corse.
Résumé : Impact sanitaire de l’accident de Tchernobyl en Corse : une étude épidémiologique indépendante enfin mise en place. Et texte complet.

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

[A lire : « Après Tchernobyl : Observations médicales en Haute-Corse » de Denis Fauconnier, « Tchernobyl : les doses en France étaient corsées !« , « L’inquiétude grandit en Corse« , « Mensonges d’Etat sur le nuage de Tchernobyl en France« ]

Paul Jobin (France) Directeur du CEFC Taipei (Centre de recherche sur la Chine contemporaine, Antenne de Taipei), Maître de conférences à l’Université Paris Diderot.
Résumé : Fukushima : « radio-gestion » et dissidence épidémiologique dans l’establishment nucléaire

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

Kolin Kobayashi (Japon) journaliste, correspondant à Paris ‘Days Japan’.
Résumé : Le nucléaire au Japon, de Hiroshima à Fukushima, et le mouvement antinucléaire

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

[Remarque : Il y a quelques oublis dans l’exposé de Kolin Kobayashi. Si la contamination par les retombées du bateau Fukuryu Maru marque le début du mouvement antinucléaire au Japon, il ne faut pas oublier que les Ibakusha furent ostracisés, traités comme des pestiférés pendant presque 9 ans et que le démarrage de ce mouvement anti-bombe américaine est aussi marqué par la volonté de ne plus être occupé par l’armée américaine sur le sol japonais. Un autre oubli, les personnalités qui ont eu un rôle de première importance dans le développement du nucléaire au Japon ne sont pas que des conservateurs à la solde de la CIA, ils sont surtout des anciens criminels de guerre qui feront de très belles carrières et qui finiront leurs vie, honorés et tranquilles, dans un pays qui, victime des deux bombes A, demeure légèrement amnésique sur les crimes de l’impérialisme japonais en Chine et pendant la 2ème guerre mondiale.

Youri Bandazhevsky (Belarus) Anatomopathologiste, Président du Centre d’Analyse et de Coordination « Ecologie et Santé ».
Résumé : Du syndrome d’incorporation chronique des radionucléides à période longue (SLIR) à la construction de programmes et politiques de radioprotection des populations : un exemple de modèle intégré.

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

Aya Marumori et Wataru Iwata (Japon) du laboratoire indépendant japonais CRMS.
Résumé : Initiatives et actions indépendantes après Fukushima.

puce-8130d Aya Marumori – Enregistrement de l’exposé.

puce-8130d Wataru Iwata – Enregistrement de l’exposé.

Michèle Rivasi (France) députée européenne Europe Ecologie-Les Verts, fondatrice de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD).
Résumé : Que fait l’Europe en matière de radioprotection ?

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

Miwa Chiwaki (Japon) association des mères de Fukushima.
Résumé : Notre lutte pour la survie continue

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

Chris Busby (Royaume-Unie) chimiste et physicien spécialisé dans les très faibles doses de rayonnements ionisants.
Résumé : Epidémiologie citoyenne du cancer dans les petites localités

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

Michel Fernex (Suisse) professeur émérite de la Faculté de Médecine de Bâle, ancien consultant de l’OMS.
Résumé : Le temps perdu à Fukushima.

puce-8130d Enregistrement de l’exposé.

[A lire : « Tchernobyl 20 ans plus tard : Les problèmes de santé s’aggravent« , « Les mutations dans la région de Tchernobyl » de Solange Fernex]

Conclusion de la journée

puce-8130d Enregistrement de la conclusion.

C’est un programme très dense d’exposés qu’ont entendu les plus de 200 personnes présentes à ce Forum. Ils ont surtout porté sur les conséquences sanitaires des irradiations externes et des contaminations radioactives internes, engendrées par l’explosion des réacteurs japonais et ukrainien mais aussi par les bombardements aux armes à uranium appauvri effectués au Kosovo et en Irak et par la campagne d’essais nucléaires (plus de 500 bombes atomiques tirées en atmosphères). Il a été souligné, par tous les intervenants, que les normes de radioprotection actuelles, établies à partir des conséquences d’Hiroshima et de Nagasaki, n’étaient pas adaptées aux conséquences sanitaires des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Ces normes, manipulées par les gouvernants en cas d’accident radiologique et toujours au détriment de la santé des populations, sont à réviser.

Les intervenants japonais, aux prises avec la désinformation de leur gouvernement et à son inaction pour protéger les populations – plus particulièrement les enfants – sont venus chercher des réponses à leurs questions angoissées auprès de leurs homologues de Tchernobyl. Ces derniers, malheureusement, depuis 26 ans, doivent faire face à une situation sanitaire qui continue de s’aggraver, dans les zones contaminées, chez les moins de 18 ans.

Face à l’abandon des autorités – exploitants de centrales nucléaires, États, institutions internationales (dont l’OMS) - les populations touchées par Tchernobyl et Fukushima doivent se prendre en charge et s’organiser pour mettre en place des pratiques de radioprotection adaptées à la situation. V. Babenko a fait une présentation de son manuel de radioprotection « Après l’Accident Atomique » édité en russe, en japonais et aussi tout récemment en français.

Le dimanche 13 mai, les intervenants du samedi se sont retrouvés avec des élus, des représentants d’associations, des citoyens et des membres du Collectif IndependentWHO pour réfléchir à partir de la question « Que pouvons-nous faire ensemble pour que la vérité sur les conséquences sanitaires des irradiations externes et des contaminations radioactives internes, engendrées par l’industrie nucléaire civile et militaire, soit établie et reconnue ?

Autour de deux objectifs principaux – que l’OMS remplisse son mandat constitutionnel en matière de rayonnement et santé et que la science indépendante soit la référence en matière de radioprotection des populations – les participants ont proposé les actions suivantes :
-Réviser l’Accord OMS-AIEA
-Dénoncer le modèle actuel de normes de radioprotection de la CIPR et son application par les Etats. Proposer une autre approche prenant en compte la réalité.
-Recourir à la voie juridique pour obliger les responsables à dédommager les victimes.
-Poser le problème en termes de Droits humains.
-Mettre en place un réseau international pour diffuser des connaissances fiables.
-Reconduire un cycle de Forum scientifique et citoyen sur les conséquences sanitaires de l’activité de l’industrie nucléaire civile et militaire.

En clôture du Forum, le professeur Matsui a appelé la communauté internationale à faire pression sur les autorités japonaises pour qu’elles assurent la protection des enfants de Fukushima et procèdent à leur évacuation hors des zones contaminées.

Les responsables du Collectif IndependentWHO remercient tout particulièrement la Ville de Genève et les nombreux autres donateurs qui par leurs soutiens financiers, logistiques et politiques ont permis la réalisation de ce forum.

IndependentWHO

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES | le 20 mai, 2012 |Pas de Commentaires »
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