AREVA AU COEUR D’UNE ENQUÊTE DE JUSTICE SUR LE RACHAT DE LA SOCIETE MINIERE CANADIENNE URAMIN (AFP)

AREVA au coeur

d’une enquête de justice

sur le rachat

de la société minière canadienne

URAMIN

URAMIN au CANADA

(AFP)

PARIS – L’affaire de la société minière canadienne URAMIN a rebondi, jeudi 10 avril 2014, avec l’annonce de l’ouverture d’une enquête judiciaire préliminaire sur les conditions du rachat en 2007 de cette société par le géant français du nucléaire AREVA, dirigé alors par Anne LAUVERGEON.

URAMIN, qui ambitionnait d’exploiter des gisements dans plusieurs pays africains (Namibie, Afrique du Sud et Centrafrique), avait été achetée à prix d’or –2,5 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) et la transaction avait viré au désastre financier pour le groupe français.

L’enquête, confiée à la brigade financière de la police judiciaire parisienne, fait suite à un signalement auprès du Parquet National Financier par la Cour des Comptes, qui mène sa propre enquête, a indiqué à l’AFP une source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde.

Circonscrite à la seule période 2007-2011, elle vise des faits de présentation ou publication de comptes inexacts ou infidèles, diffusion d’informations fausses ou trompeuses, faux et usage de faux, selon le quotidien.

Le Monde précise aussi que la Cour des Comptes devrait rendre en mai un rapport définitif sur le groupe nucléaire français durant la période 2006-2012.

Un pré-rapport a déjà été rédigé, auquel Anne LAUVERGEON a répondu point par point la semaine dernière, avant son audition par les magistrats de la rue Cambon, selon un communiqué de l’ex-dirigeante.

Ma cliente est tout à fait sereine et je ne vois absolument pas quelle infraction pénale pourrait lui être reprochée, a indiqué à l’AFP son avocat, Me Jean-Pierre VERSINI-CAMPINCHI.

AREVA n’a de son côté pas souhaité faire de commentaire, tandis que la Cour des Comptes n’avait pas donné suite aux sollicitations de l’AFP.

Affaire d’espionnage 

Après le départ de Mme LAUVERGEON, évincée avec l’aval de l’Elysée, sous la présidence de Nicolas SARKOZY, à la mi-2011 et remplacée par son adjoint Luc OURSEL, AREVA avait divisé par cinq la valeur comptable d’URAMIN.

La société avait dû inscrire dans ses comptes de 2010 et 2011 des provisions d’un montant total de près de 1,9 milliard d’euros.

L’ex-dirigeante était toutefois sortie blanchie d’une enquête menée par AREVA sur ce rachat.

Puis, en mars 2012, un rapport parlementaire avait largement repris les conclusions du comité d’enquête interne d’AREVA sur cette acquisition, qui avait estimé qu’elle n’avait pas donné lieu à des manoeuvres frauduleuses, mais avait été entachée par des dysfonctionnements en matière de gouvernance.

Ce rapport soulignait des carences tant du côté d’AREVA que de l’Agence des Participations de l’Etat (APE), l’organisme qui défend les intérêts de l’Etat au sein de ce groupe public à 87%, dans leurs échanges lors de l’acquisition d’URAMIN par le groupe nucléaire public.

Il estimait aussi que l’acquisition s’était révélée être un pari industriel, non illégitime pour AREVA, mais trop coûteux.

Mme LAUVERGEON a fait valoir que l’acquisition d’URAMIN était considérée comme stratégique à l’époque, soulignant qu’elle a été soumise et validée par toutes les instances de décision du groupe, et les règles de gouvernance ont été respectées.

La direction d’AREVA ainsi que les autorités de tutelle – l’Agence des Participations de l’Etat et le ministère de l’Industrie – se sont ainsi vus communiquer tous les éléments d’informations sur cette opération. En outre des analyses et des études avaient été menées, dans le cadre de cette acquisition, par des tiers indépendants, a-t-elle ajouté.

Pour Mme LAUVERGEON, les dépréciations des actifs miniers d’AREVA découlent pour l’essentiel de l’effondrement des cours de l’uranium consécutif à la catastrophe de Fukushima au Japon.

Cette affaire se double d’un autre volet, qui sera examiné le 16 mai 2014 par le Tribunal Correctionnel de Paris.

Anne LAUVERGEON s’est engagée depuis la fin 2011 dans un bras de fer judiciaire avec son ex-employeur après avoir découvert qu’elle et son mari avaient été espionnés par une officine suisse à laquelle AREVA avait commandité une enquête sur le rachat d’URAMIN.

(©AFP / 10 avril 2014 17h49) AREVA AU COEUR D'UNE ENQUÊTE DE JUSTICE SUR LE RACHAT DE LA SOCIETE MINIERE CANADIENNE URAMIN (AFP) dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Comment URAMIN

est devenu

le cauchemar de AREVA

AREVA photo de jean-Christophe MARMARA LE FIGARO

(Photo: Jean-Christophe MARMARA 

LE FIGARO)

(Vincent LAMIGEON / challenges.fr)

En 2007, le groupe français s’offrait à prix d’or ce producteur

d’uranium apparemment prometteur.

L’exploitation est aujourd’hui au point mort.

Ce devait être une belle histoire. Une de ces OPA fondatrices qui transforment un groupe et couronnent un bilan. 15 juin 2007: AREVA lance une offre publique de 2,5 milliards de dollars sur le producteur canadien d’uranium URAMIN, propriétaire de trois gisements en Namibie (Trekkopje), en Centrafrique (Bakouma) et en Afrique du Sud (Ryst Kuil).

L’objectif est ambitieux: rattraper les deux leaders mondiaux de l’extraction d’uranium, CAMECO et RIO TINTO, et assurer l’approvisionnement du groupe à long terme. « AREVA possède les capacités techniques et commerciales pour mettre ces gisements en exploitation rapidement », assure alors Olivier Mallet, directeur du secteur mines, chimie et enrichissement de AREVA. La mise en exploitation du gisement namibien, le plus prometteur, est même prévue dès 2008-2009.

Illusions perdues

Quatre ans plus tard, la belle histoire a viré au cauchemar. Aucun des trois gisements n’est entré en production: pour Trekkopje, gisement à faible teneur qui nécessite une technologie d’exploitation très complexe, cela a été reporté à fin 2013 au mieux ; Bakouma et Ryst Kuil, eux, sont renvoyés aux calendes grecques.

AREVA a également reconnu fin juillet un « risque de baisse du niveau des ressources » en Namibie, le principal actif d’URAMIN.

Quant aux cours de l’uranium, ils sont passés de 120 dollars la livre en 2007 à 50 dollars aujourd’hui, sous le double effet de la crise et de Fukushima.

Résultat: après avoir passé 426 millions d’euros de dépréciations sur l’exercice 2010 sous l’influence du commissaire général à l’investissement René Ricol, appelé en catastrophe au comité d’audit du groupe, AREVA va devoir encore supporter des pertes.

« Il faudra passer de nouvelles provisions fin 2011, probablement plusieurs centaines de millions d’euros, pour tenir compte de l’effondrement des cours de l’uranium », pointe un proche du conseil de surveillance. L’affaire a-t-elle participé au non-renouvellement du mandat d’Anne Lauvergeon, remplacée par Luc Oursel en juin dernier? Ses adversaires y ont en tout cas vu l’occasion idéale de sortir la Grosse Bertha. Début 2011, une note non signée, transmise à l’Elysée et que Challenges a pu consulter, dénonçait pêle-mêle une « transaction financièrement inexplicable et commercialement contestable », « un rachat au prix le plus élevé », à savoir 2,5 milliards de dollars, quand « tous les experts évaluaient URAMIN au maximum entre 600 et 800 millions d’euros », et des gisements centrafricain et sud-africain « en dehors du champ des possibles ». Le document évoque même ouvertement « des intermédiaires en Belgique, au Luxembourg ou au Canada », qui auraient « exploité cet acharnement impérieux [à acquérir URAMIN. NDLR] pour se servir au passage ».

« Accusations fantaisistes du clan Proglio-Djouhri, rétorque un proche d’Anne Lauvergeon. Lors de son passage au comité d’audit, René Ricol n’a rien trouvé de condamnable. » Mais l’histoire a fait suffisamment de bruit pour que la commission des Finances de l’Assemblée nationale demande, fin juin, aux députés Marc Goua et Camille de Rocca Serra de tirer l’histoire au clair dans le cadre d’un audit sur les comptes d’AREVA et d’EDF, dont la publication est prévue fin octobre. « La grande question est celle du prix consenti, souligne Marc Goua 2,5 milliards de dollars pour des gisements qui n’ont rien produit depuis quatre ans, on est en droit de s’interroger. »

Diversification voulue

Comment AREVA a-t-il pu s’embarquer dans une telle galère?

Sans nier le prix très élevé de l’opération, le groupe défend aujourd’hui encore son intérêt stratégique.

« Cette acquisition répondait à la nécessité de diversifier nos sources d’approvisionnement et de réduire la dépendance d’AREVA au Niger et au Kazakhstan, deux pays aux risques politiques significatifs, explique Sébastien de Montessus, directeur général adjoint en charge du Business Group Mines et membre du directoire d’AREVA.

URAMIN était la seule « junior » à avoir un portefeuille de projets sur trois pays.

« De fait, le contexte géopolitique de la mi-2007 était loin d’être idéal pour les sites miniers de AREVA: au Niger, le directeur général du groupe était expulsé en juillet pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », dans un contexte de rumeurs de nationalisation des gisements.

Au Canada, la mine géante de Cigar Lake, codétenue par AREVA et son concurrent CAMECO et dont l’entrée en production était prévue en 2007, avait été noyée fin 2006 par des infiltrations d’eau, qui repoussaient la mise en service de sept ans…

« Nous étions fragilisés sur nos bases, il fallait réagir », assure un cadre dirigeant. Le choix de URAMIN pose pourtant question.

La société, créée en 2005 par un ancien du groupe aurifère Barrick Gold, n’avait pas extrait la moindre tonne d’uranium, les gisements ayant seulement fait l’objet d’explorations. L’entreprise, cotée à Londres et Toronto mais immatriculée aux îles Vierges venait de connaître un incroyable envol boursier, avec un quadruplement de sa capitalisation en six mois portée par l’intérêt de China National Nuclear Corp.

« Tout le monde savait que cette spéculation sentait le soufre » assure un spécialiste des matières premières. « Le prix était justifié par les perspectives de relance du nucléaire à l’époque ; et on savait que les Chinois, les Russes et les grands miniers étaient aussi sur le coup », répond AREVA. D’aucuns avancent une autre explication.

« Notre vraie cible c’était la mine australienne de OLYMPIC DAM, la plus grande du monde assure un ancien dirigeant.

L’APE [Agence des Participations de l'Etat. NDLR] et Thierry Breton, alors à Bercy ont mis leur veto à deux reprises en 2005 et c’est BHP Billiton qui a raflé la mise.

URAMIN était la meilleure cible qui restait sur le marché.

«  Pas forcément la plus fiable malheureusement: « On s’est fait enfler sur les estimations de réserves reconnaît un cadre. Cela fait partie des risques des acquisitions dans les mines, surtout à cette époque, où les carottages étaient moins fiables qu’aujourd’hui. » Fin 2008, AREVA croit pourtant voir débarquer un sauveur: l’électricien chinois CGNPC qui veut prendre 49% du capital d’URAMIN.

Le deal échouera sans raison apparente. « Les conditions qu’ils demandaient étaient inacceptables: ils voulaient les deux tiers de la production pour la moitié du prix », assure une source interne.

La responsabilité partagée

Qui porte la responsabilité du cas URAMIN ?

Celle-ci semble aller bien au-delà de la seule Anne Lauvergeon.

« Pour une acquisition à partir de 80 millions d’euros il faut l’aval de l’APE au conseil de surveillance d’AREVA pointe un familier de l’entreprise. Cette OPA a été validée par Bercy et tous les niveaux de l’Etat il est ridicule qu’ils se réveillent aujourd’hui en criant au loup. » Marc Goua chargé d’élucider l’affaire pour la commission des Finances de l’Assemblée nationale, a pu se rendre compte du caractère sensible de la question: « J’ai le plus grand mal à avoir accès aux documents en possession de l’APE. Ils ne veulent pas me les transmettre, je vais devoir aller les consulter chez eux… » 

En attendant, AREVA continue de travailler à la mise en exploitation de Trekkopje. « L’usine pilote a sorti les premières tonnes d’uranium, assure une source interne.

La vraie question est celle des conditions de marché pour voir quand ce projet pourra être lancé. » Le cas sud-africain est plus complexe, AREVA ayant le plus grand mal à obtenir les permis d’exploration. La seule satisfaction réside dans le gisement centrafricain qui totaliserait 50.000 tonnes de réserves contre 18.000 escomptées. Même à URAMIN on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Vincent LAMIGEON

http://www.challenges.fr/entreprise/20111006.CHA5035/comment-uramin-est-devenu-le-cauchemar-d-areva.html

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES |le 10 avril, 2014 |Pas de Commentaires »

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