NELSON MANDELA…

« Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain. J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J’espère vivre assez pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».
Nelson Mandela (18 /07/ 1918- 5 /12/ 2013 ).
Nelson Mandela, photo, portrait
Les morts sont tous des braves types.
Pas les vivants !

A écouter les journaleux et politiciens qui pleurent Nelson Mandela et qui ne firent rien pour le sortir de prison (dame ! il était communiste), on hésite entre les références à « La mouche du coche » et à la chanson de Brassens fustigeant ceux qui ont mis leur « tenue la plus sombre » et leur « masque d’enterrement » pour nous chanter qu’une « fois qu´ils ont cassé leur pipe/On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés/Les morts sont tous des braves types ».

Parmi les pleureuses niagaresques, les USA, bien sûr, qui attendirent 2008 pour retirer le nom de Mandela de leur liste des terroristes et qui mettent dès aujourd’hui leurs drapeaux en berne jusqu’à lundi soir. Et Israël qui a soutenu le régime d’apartheid jusqu’au bout, et dont le chef de gouvernement prétend à présent que« Nelson Mandela était le personnage le plus honorable de notre époque… »

Benyamin Nétanyahou et Barak Obama s’agenouillent dans la chambre mortuaire en espérant que l’amnésie des peuples n’est pas une légende.

Autour de la tombe de Mandela, ce sont les noms d’Ernesto Che Guevara et de Fidel Castro qui doivent être prononcés si l’on veut honorer sa mémoire. C’est Mandela lui-même qui nous le dit (voir, ci-contre : « Discours historique de Nelson Mandela, le 26 juillet 1991 »).

Théophraste R. (« Chef de la brigade « Anti-Tartuffe et faux-jetons » au Grand Soir »).

PS. Oublions (trop, c’est trop !) l’hommage du FN à celui que Le Pen qualifia de « terroriste » en apprenant qu’il était libéré après 27 ans de prison.

Nelson Mandela : Ignoré puis célébré

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José FORT

Longtemps, Nelson Mandela est resté dans l’anonymat. Dans les années 1980, la plupart des Français et des Européens ne connaissaient pas son nom. Son combat contre l’apartheid n’intéressait pas les puissants de ce monde. La Première ministre britannique de l’époque, Mme Thatcher, celle à qui les élus de la droite parisienne voulaient attribuer récemment le nom d’une rue, qualifiait Mandela de « terroriste ». Sous la présidence de François Mitterrand, le gouvernement de Michel Rocard refusait de rompre les relations économiques de la France avec le régime raciste de Pretoria. La plupart des gouvernements européens maintenaient des relations cordiales avec le pouvoir sud-africain. Au même moment, la représentante de l’ANC à Paris, Dulcie September, était assassinée près des grands boulevards par des tueurs à la solde du pouvoir raciste.

Nelson Mandela était à l’époque un personnage peu fréquentable pour les gouvernements de droite et socialiste européens. Le Parti communiste français, seule formation politique, les jeunes communistes, « l’Humanité » menaient campagne pour la libération de Nelson Mandela et la mobilisation contre l’apartheid. Manifestations devant l’ambassade sud africaine durement réprimées, fêtes de l’Huma, affiches, tracts, numéros spéciaux de « l’Humanité » avec Mandela comme drapeau. Ceux qui n’ont rien fait pour la libération de Mandela et se complaisaient dans des relations complices avec le régime raciste sud-africain ont depuis célébré à la « people » celui qui symbolise un combat qu’ils n’ont jamais partagé. Nelson Mandela ne se faisait aucune illusion sur l’hypocrisie de beaucoup des gens célèbres qui venaient jusqu’à lui. Il acceptait ce rituel indiquant discrètement : « Il faut passer par là pour le bien de notre pays. »

José Fort

Où Mandela dit comment son destin et celui de
son peuple ont basculé

Discours historique de Nelson Mandela,

le 26 juillet 1991

-Nelson Mandela-

En 1991, Nelson Mandela, qui venait de passer 27 ans en prison au nom d’un combat pour la liberté de son peuple, a pris l’avion et a choisi d’atterrir, non pas dans la « plus grande démocratie du monde (USA), non pas dans « la patrie des Droits de l’Homme » (France), non pas dans « la seule démocratie du Moyen-orient » (Israël, complice jusqu’au bout de l’apartheid), mais à Cuba.
Et il y a prononcé, le 26 juillet 1991 le mémorable discours que voici où il explique comment et pourquoi la lutte doit se poursuivre dans son pays et ce qu’il doit au peuple cubain.

Le Grand Soir rappelle ce voyage et donne à lire ce discours de peur que les médias oublient de le faire.

Le Grand Soir

Premier secrétaire du Parti communiste, président du Conseil d’Etat et du gouvernement de Cuba, Président de la République socialiste de Cuba, commandant en chef, le camarade Fidel Castro ;

Internationalistes cubains, qui ont tant fait pour libérer notre continent ;

Peuple cubain, camarades et amis :

C’est un grand plaisir et un honneur d’être présent ici aujourd’hui, surtout pour un si grand jour dans l’histoire révolutionnaire du peuple cubain. Aujourd’hui Cuba commémore le trente-huitième anniversaire de la prise de la Moncada. Sans Moncada, l’expédition du Granma, la lutte dans la Sierra Maestra, la victoire extraordinaire du 1er Janvier 1959, n’auraient jamais eu lieu.

Aujourd’hui, voici la Cuba révolutionnaire, la Cuba internationaliste, le pays qui a tant fait pour les peuples d’Afrique.

Nous avons longtemps rêvé de visiter votre pays et d’exprimer les nombreux sentiments que nous éprouvons pour la révolution cubaine, sur le rôle de Cuba en Afrique, en Afrique australe et dans le monde.

Le peuple cubain occupent une place particulière dans le cœur des peuples d’Afrique. Les internationalistes cubains ont apporté une contribution à l’indépendance, la liberté et la justice en Afrique sans précédent de par ses principes et son caractère désintéressé.

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Dès les premiers jours la Révolution cubaine a elle-même été une source d’inspiration pour tous les peuples épris de liberté. Nous admirons les sacrifices du peuple cubain pour préserver leur indépendance et souveraineté face à une campagne impérialiste féroce orchestrée pour détruire les avancées impressionnantes réalisées par la Révolution cubaine.

Nous aussi nous voulons contrôler notre propre destin. Nous sommes convaincus que le peuple d’Afrique du Sud construira son avenir et qu’il continuera d’exercer ses pleins droits démocratiques après la libération de l’apartheid. Nous ne voulons pas que la participation populaire cesse avec la disparition de l’apartheid. Nous voulons que la libération ouvre la voie à une démocratie toujours plus profonde.

Nous admirons les acquis de la révolution cubaine dans le domaine de la protection sociale. Nous apprécions la transformation d’un pays d’une arriération imposée à l’alphabétisation universelle. Nous reconnaissons vos progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la science.

Il y a beaucoup de choses que nous apprenons de votre expérience. En particulier, nous sommes émus par votre affirmation du lien historique avec le continent et les peuples de l’Afrique.

Votre engagement constant à l’éradication systématique du racisme est incomparable.

Mais la leçon la plus importante que vous avez à nous offrir, c’est que peu importe les défis, peu importe les difficultés rencontrées dans la lutte, il ne peut être question d’abandonner ! Il s’agit de choisir entre la liberté ou la mort !

Je sais que votre pays connaît de nombreuses difficultés aujourd’hui, mais nous avons confiance que le peuple résistant de Cuba les surmontera car il a aidé d’autres pays à surmonter les leurs.

Nous savons que l’esprit révolutionnaire d’aujourd’hui est né il y a bien longtemps et que cet esprit fut entretenu par de nombreux combattants de la première heure pour la liberté cubaine, et aussi pour la liberté de tous ceux qui souffrent sous la domination impérialiste.

Nous aussi, nous sommes inspirés par la vie et l’exemple de José Marti, qui est non seulement un héros cubain et latino-américain, mais qui est également honoré à juste titre par tous ceux qui luttent pour leur liberté.

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Nous honorons également le grand Che Guevara, dont les exploits révolutionnaires, y compris sur notre propre continent, étaient trop puissants pour pouvoir nous être cachés par les censeurs de la prison. La vie du Che est une inspiration pour tous les êtres humains qui chérissent la liberté. Nous allons toujours honorer sa mémoire.

Nous sommes venus ici avec beaucoup d’humilité. Nous sommes venus ici avec beaucoup d’émotion. Nous sommes venus ici avec le sentiment d’une grande dette envers le peuple cubain. Quel autre pays peut se prévaloir de plus d’altruisme que celui dont Cuba a fait preuve dans ses relations avec l’Afrique ?

Combien de pays dans le monde bénéficient des travailleurs de la santé ou des éducateurs cubains ? Combien d’entre eux se trouvent en Afrique ?

Quel est le pays qui a sollicité une aide à Cuba et se l’est vu refuser ?

Combien de pays sous la menace de l’impérialisme ou en lutte pour leur libération nationale ont pu compter sur le soutien de Cuba ?

J’étais en prison lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de l’aide massive que les forces internationalistes cubaines fournissaient à la population de l’Angola, une aide d’une telle ampleur qu’elle était difficile à croire, lorsque les Angolais ont été soumis en 1975 à une attaque coordonnée de troupes d’Afrique du Sud, du FNLA financé par la CIA, de mercenaires, de l’UNITA, et de troupes zaïroises.

En Afrique, nous sommes habitués à être victimes de pays qui veulent dépecer notre territoire ou saper notre souveraineté. Il n’y a pas de précédent dans l’histoire de l’Afrique d’un autre peuple qui se lève pour défendre l’un d’entre nous.

Nous savons également qu’il s’agissait d’une action populaire à Cuba. Nous sommes conscients que ceux qui ont combattu et qui sont morts en Angola ne constituaient qu’une faible proportion de tous ceux qui s’étaient portés volontaires. Pour le peuple cubain, l’internationalisme n’est pas un mot creux, mais quelque chose que nous avons vu mettre en pratique en faveur de larges secteurs de l’humanité.

Nous savons que les forces cubaines étaient prêtes à se retirer peu après avoir repoussé l’invasion de 1975, mais l’agression continue de Pretoria a rendue la chose impossible.

Votre présence et le renforcement de vos forces lors de la bataille de Cuito Cuanavale fut d’une importance véritablement historique.

La défaite de l’armée raciste à Cuito Cuanavale fut une victoire pour toute l’Afrique !

L’écrasante défaite de l’armée raciste à Cuito Cuanavale a offert la possibilité pour l’Angola de connaître la paix et de consolider sa souveraineté !

La défaite de l’armée raciste a permis au peuple en lutte de Namibie de finalement gagner son indépendance !

La défaite décisive des agresseurs de l’apartheid brisa le mythe de l’invincibilité des oppresseurs blancs !

La défaite de l’armée de l’apartheid fut une inspiration pour tous ceux qui luttaient à l’intérieur de l’Afrique du Sud !

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Sans la défaite de Cuito Cuanavale nos organisations n’auraient jamais été légalisées !

La défaite de l’armée raciste à Cuito Cuanavale a rendu possible ma présence ici aujourd’hui !

Cuito Cuanavale fut un jalon dans l’histoire de la lutte pour la libération de l’Afrique du Sud !

Cuito Cuanavale fut le point tournant dans la lutte pour libérer le continent et notre pays du fléau de l’apartheid !

L’Apartheid n’est pas quelque chose qui a commencé hier. Les origines de la domination raciste blanche remontent à 350 ans, au moment où les premiers colons blancs ont entamé un processus de déstabilisation et ensuite de conquête des Khoi, San, et d’autres peuples africains – les premiers habitants de notre pays.

Le processus de conquête a dès le début suscité une série de guerres de résistance, qui à leur tour ont donné lieu à notre lutte de libération nationale. Dans un rapport de forces extrêmement défavorable, les peuples africains ont essayé de s’accrocher à leurs terres. Mais les conditions matérielles et la puissance de feu conséquente des agresseurs coloniaux ont condamné les chefferies et royaumes tribaux, divisés, à la défaite.

Cette tradition de résistance vit encore et est une source d’inspiration pour notre lutte actuelle. Nous honorons toujours les noms du grand prophète et guerrier Makana, qui est mort alors qu’il tentait de s’échapper de la prison de Robben Island en 1819, Hintsa, Sekhukhune, Dingane, Moshoeshoe, Bambatha, et autres héros de la première résistance à la conquête coloniale.

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Ce fut dans le contexte de cette saisie de terres et de conquête que l’Union de l’Afrique du Sud fut créée en 1910. A l’extérieur, l’Afrique du Sud est devenue un état indépendant, mais en réalité le pouvoir avait été remis entre les mains des conquérants britanniques blancs qui s’étaient installés dans le pays. Dans la nouvelle Union d’Afrique du Sud, ils ont pu officialiser l’oppression raciale et l’exploitation économique des Noirs.

Suite à la création de l’Union, l’adoption de la Loi sur les terres, qui prétendait légaliser les saisies de terres du XIXe siècle, a donné une impulsion au processus menant à la formation du Congrès National Africain (African National Congress – ANC, NdT), le 8 Janvier 1912.

Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire de l’ANC. Qu’il suffise de dire que les quatre-vingts dernières années de notre existence a vu l’évolution de l’ANC depuis ses débuts visant à unir les peuples africains, pour devenir une force de premier plan dans la lutte des masses opprimées pour mettre fin au racisme et à la création d’un état non-sexiste, non-racial et démocratique.

Sa composition s’est transformée depuis ses débuts lorsqu’il était un petit groupe de professionnels et de chefs, etc, en une véritable organisation de masse.

Ses objectifs ont changé, de la recherche de l’amélioration du sort des Africains à la recherche d’une transformation fondamentale de toute l’Afrique du Sud en un état démocratique pour tous.

Ses méthodes employées pour réaliser ces objectifs de plus grande envergure ont au fil des décennies pris de plus en plus un caractère de masse, ce qui reflète l’engagement croissant des masses au sein de l’ANC et dans les campagnes menées par l’ANC.

Parfois, les gens se réfèrent aux objectifs initiaux de l’ANC et de sa composition initiale pour laisser entendre qu’il s’agissait d’une organisation réformiste. La vérité est que la naissance de l’ANC a dés le début eu des implications profondément révolutionnaires.

La formation de l’ANC a été la première étape vers la création d’une nouvelle nation sud-africaine. Cette conception a été développée au fil du temps, trouvant son expression claire il y a trente-six ans dans la déclaration de la Charte de la Liberté (Freedom Charter) selon laquelle « l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, noir et blanc. » Il s’agissait d’un rejet sans équivoque de l’état raciste qui avait existé et une affirmation de la seule alternative que nous trouvions acceptable, celle où le racisme et ses structures seraient définitivement éradiqués.

Il est bien connu que la réponse de l’État à nos exigences démocratiques légitimes était, entre autres, d’accuser nos dirigeants de trahison et, au début des années 1960, de recourir à des massacres aveugles. C’est ainsi que l’interdiction de nos organisations ne nous a pas laissé d’autre choix que de faire ce que toutes les personnes qui se respectent, y compris les Cubains, ont fait, c’est-à-dire prendre les armes pour arracher notre pays des mains des racistes.

Je dois dire que lorsque nous avons voulu prendre les armes nous avons contacté de nombreux gouvernements occidentaux pour demander de l’aide et que nous n’avons jamais été en mesure de rencontrer plus que des subalternes. Lorsque nous avons visité Cuba, nous avons été reçus par les plus hauts responsables qui nous ont immédiatement proposé tout ce que nous voulions et avions besoin. Ce fut notre première expérience avec l’internationalisme cubain.

Même si nous avons pris les armes, ce n’était pas notre préférence. C’est le régime de l’apartheid qui nous a forcés à prendre les armes. Notre préférence a toujours été pour une résolution pacifique du conflit de l’apartheid.

La combinaison de la lutte de notre peuple à l’intérieur du pays avec la lutte croissante au niveau international contre l’apartheid dans les années 1980, ont crée les conditions d’un règlement négocié du conflit de l’apartheid. La défaite décisive de Cuito Cuanavale a modifié l’équilibre des forces dans la région et sensiblement réduit la capacité du régime de Pretoria à déstabiliser ses voisins. Ceci, en combinaison avec les luttes de notre peuple à l’intérieur du pays, a été crucial pour que Pretoria réalise qu’il devait engager la discussion.

C’est l’ANC qui a initié le processus de paix actuel qui nous espérons aboutira à un transfert négocié de pouvoir au peuple. Nous n’avons pas entamé ce processus pour d’autres objectifs que ceux que nous avions pendant la lutte armée. Nos objectifs sont toujours d’aboutir aux exigences énoncées dans la Charte de la liberté, et nous n’accepterons rien de moins.

Aucun processus de négociation ne pourra aboutir tant que le régime de l’apartheid ne comprendra pas qu’il n’y aura pas de paix s’il n’y a pas de liberté et que nous n’allons pas négocier l’abandon de nos justes revendications. Ils doivent comprendre que nous allons rejeter tout régime constitutionnel qui vise à préserver les privilèges des blancs.

Il y a des raisons de croire que nous n’avons pas encore réussi à le faire comprendre au gouvernement, et nous les avertissons que s’ils n’écoutent pas, nous devrons utiliser notre pouvoir pour les convaincre.

Ce pouvoir, c’est le pouvoir du peuple, et, au final, nous savons que les masses non seulement exigeront, mais obtiendront leurs pleins droits dans une Afrique du Sud non raciale, non sexiste et démocratique.

Mais nous ne sommes pas simplement à la recherche d’un objectif précis. Nous proposons également un chemin précis pour l’atteindre, et c’est un chemin qui tout au long implique le peuple. Nous ne voulons pas d’un processus où un accord serait conclu par-dessus la tête des gens dont le rôle se résumerait à applaudir. Le gouvernement résiste à tout prix parce que la question de comment une constitution est bâtie, comment des négociations se déroulent, est indissociable à une issue démocratique ou pas.

Le gouvernement actuel veut rester au pouvoir pendant tout le processus de transition. Notre point de vue est qu’une telle situation est inacceptable. Ce gouvernement a des objectifs de négociation précis. Il ne peut être autorisé à utiliser ses pouvoirs en tant que gouvernement pour servir sa propre cause et celle de ses alliés et d’utiliser ces mêmes pouvoirs pour affaiblir l’ANC.

Et c’est exactement ce qu’ils font. Ils ont levé l’interdiction de l’ANC, mais nous fonctionnions dans des conditions sensiblement différentes de celles d’autres organisations. Nous n’avons pas la même liberté de nous organiser comme le fait l’Inkatha et d’autres organisations alliées au régime de l’apartheid. Nos membres sont harcelés et même tués. Nous sommes souvent interdits de tenir des réunions et des manifestations.

Nous croyons que le processus de transition doit être contrôlé par un gouvernement qui est non seulement capable et désireux de créer et maintenir les conditions de la liberté politique, mais qui doit aussi agir en vue de s’assurer que la transition s’effectue vers la création d’une véritable démocratie et rien d’autre.

banc-6dee8 ENVIRONNEMENT

Le gouvernement actuel s’est montré tout à fait réticent ou incapable de créer un climat propice à des négociations. Il renie des accords pour libérer les prisonniers politiques et permettre le retour des exilés. Ces derniers temps, il a permis la création d’une situation où règnent la terreur et le déchaînement de violence contre les communautés africaines et l’ANC en tant qu’organisation.

Nous avons eu dix mille personnes assassinées dans cette violence depuis 1984 et deux mille rien que cette année. Nous avons toujours dit que ce gouvernement qui se vante de sa force de police professionnelle est parfaitement capable de mettre fin à cette violence et de poursuivre les auteurs. Non seulement ils sont réticents, mais nous avons désormais des preuves concluantes, publiées dans des journaux indépendants, de leur complicité dans cette violence.

La violence a été utilisée dans une tentative systématique pour favoriser l’Inkatha en tant qu’allié potentiel du Parti national. Il y a maintenant des preuves concluantes de fonds fournis par le gouvernement – c’est-à-dire l’argent des contribuables – à l’Inkatha.

Tout cela indique la nécessité de créer un gouvernement intérimaire d’unité nationale pour superviser la transition. Il nous faut un gouvernement jouissant de la confiance de larges couches de la population pour diriger cette période délicate, et veiller à ce que les contre-révolutionnaires ne soient pas autorisés à perturber le processus et veiller à ce que la refonte de la Constitution se déroule dans un climat exempt de répression, d’intimidation ou de peur.

Nous croyons que la Constitution elle-même doit être rédigée de la manière la plus démocratique possible. Pour nous, ceci ne peut être réalisée que par l’élection de représentants à une Assemblée constituante ayant pour mandat la rédaction de la constitution. Il y a des organisations qui remettent en question l’affirmation de l’ANC d’être l’organisation la plus représentative du pays. Si c’est vrai, qu’ils le démontrent par les urnes.

Afin de s’assurer que les gens ordinaires soient inclus dans ce processus, nous faisons circuler et discuter nos propres propositions constitutionnelles et le projet de Déclaration des droits (Bill of Rights). Nous voulons que ceux-ci soient discutés dans toutes les structures de notre alliance, à savoir l’ANC, le Parti communiste sud-africain, et le Congrès des syndicats sud-africains, et parmi le peuple en général. De cette façon, lorsque les gens voteront pour l’ANC pour les représenter à une assemblée constituante, ils sauront non seulement ce que représente l’ANC en général, mais aussi quelle constitution nous voulons.

Naturellement, ces propositions constitutionnelles sont soumises à révision sur la base de nos consultations auprès de nos membres, de nos alliés, et le public en général. Nous voulons créer une constitution qui bénéficie d’un large soutien, de loyauté et de respect. Cela ne peut être réalisé que si nous allons vraiment vers les gens.

Afin d’éviter ces justes revendications, diverses tentatives ont été faites pour affaiblir et déstabiliser l’ANC. La violence est le plus grave, mais il existe d’autres méthodes plus insidieuses. À l’heure actuelle, il y a une obsession dans la presse, parmi nos adversaires politiques, et de nombreux gouvernements occidentaux sur notre alliance avec le Parti communiste sud-africain (SACP). Les journaux ne cessent de spéculer sur le nombre de communistes au sein de notre exécutif national et prétendent que nous sommes dirigés par le Parti communiste.

L’ANC n’est pas un parti communiste mais un large mouvement de libération, qui comprend aussi bien des communistes que des non-communistes. Toute personne qui est un membre loyal de l’ANC, toute personne qui respecte la discipline et les principes de l’organisation, a le droit d’appartenir à l’organisation.

Notre relation avec le SACP en tant qu’organisation est fondée sur le respect mutuel. Nous sommes unis avec le SACP sur des objectifs communs, mais nous respectons l’indépendance de l’autre et nos identités distinctes. Il n’y a eu aucune tentative de la part du Parti Communiste sud-africain de subvertir l’ANC. Au contraire, nous tirons une force de cette alliance.

Nous n’avons aucunement l’intention de suivre les conseils de ceux qui suggèrent que nous devrions rompre cette alliance. Qui offre ces conseils que nous n’avons pas demandés ? Pour l’essentiel, ce sont ceux qui ne nous ont jamais fourni la moindre aide. Aucun de ces donneurs de conseils n’a fait les sacrifices pour notre lutte que celles faites par les communistes. Nous sommes fortifiés par cette alliance. Nous allons la rendre encore plus forte.

Nous sommes dans une étape de notre lutte où la victoire est à portée de main. Mais nous devons nous assurer que cette victoire ne nous soit pas arrachée des mains. Nous devons nous assurer que le régime raciste sente un maximum de pression jusqu’à la fin et qu’il comprenne qu’il doit céder la place, que la marche vers la paix, la liberté et la démocratie est irrésistible.

C’est pourquoi les sanctions doivent être maintenues. Ce n’est pas le moment de récompenser le régime d’apartheid. Pourquoi devraient-ils être récompensés pour l’abrogation de lois qui constituent ce qui est reconnu comme un crime international ? L’apartheid est toujours en place. Il faut obliger le régime à le démanteler, et ce n’est que lorsque ce processus deviendra irréversible que nous pourrons envisager la levée de la pression,

Nous sommes très préoccupés par l’attitude adoptée par l’administration Bush à ce sujet. Il était l’un des rares gouvernements à être en contact régulier avec nous sur la question de sanctions, et nous a clairement indiqué que la levée des sanctions était prématurée. Cependant, sans nous consulter, l’administration nous a simplement annoncé que les sanctions américaines allaient être levées. Pour nous, c’est totalement inacceptable.

mandela_castro_encore-f010a NELSON MANDELA

C’est dans ce contexte que nous apprécions tout particulièrement notre amitié avec Cuba. Lorsque vous, camarade Fidel, avez déclaré hier que notre cause est la vôtre, je sais que cela venait du fond de votre cœur et que c’est le sentiment de tout le peuple de Cuba révolutionnaire.

Vous êtes à nos côtés car nos deux organisations, le Parti communiste de Cuba et l’ANC, se battent pour les masses opprimées, pour veiller à ce que les richesses profitent à ceux qui les produisent. Votre grand apôtre José Marti a déclaré : « Je veux unir mon destin aux pauvres de la terre ».

Nous, à l’ANC, serons toujours aux côtés des pauvres et des sans-droits. Non seulement nous sommes à leurs côté, mais nous ferons en sorte que tôt ou tard ils gouvernent le pays où ils sont nés, et que selon les termes de la Charte de la Liberté : « C’est le peuple qui gouverne ». Et lorsque ce moment arrivera, il aura été rendu possible non seulement grâce à nos efforts, mais aussi grâce à la solidarité, le soutien et l’encouragement du grand peuple cubain.

Je dois conclure mon intervention sur un événement dont vous avez tous été témoins. Le camarade Fidel Castro m’a honoré de la plus haute distinction que ce pays peut accorder. C’est avec beaucoup d’humilité que je la reçois car je ne pense pas la mériter. C’est une récompense qui devrait être accordée à tous ceux qui ont déjà conquis l’indépendance de leurs peuples. Mais cette reconnaissance que le peuple d’Afrique du Sud est debout et lutte pour sa liberté constitue une source de force et d’espoir. Nous espérons sincèrement que dans les temps à venir nous nous montrerons dignes de la confiance que cette récompense exprime.

Vive la révolution cubaine !

Vive le camarade Fidel Castro !

Nelson Mandela

à Cuba, le 26 Juillet 1991

(traduction « souvenirs, souvenirs » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles)

URL de cet article 21227
http://www.legrandsoir.info/discours-historique-de-nelson-mandela-le-26-juillet-1991.html

Mandela la légende:

Du matricule 46664 au prix Nobel

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Chems Eddine CHITOUR
« Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales (…) C’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »
Nelson Mandela

Ce 11 février 2010, l’Afrique du Sud, le monde occidental, fêtent les vingt ans de la libération de Nelson Mandela. Quel bilan pouvons-nous faire de l’Afrique du Sud et de l’action de Nelson Mandela ? Avant toute chose, l’information qui nous est distillée par les médias occidentaux parle d’une réussite exemplaire de l’Afrique du Sud qui a réussi l’intégration et à créer, selon le bon mot de Mandela, une « nation arc-en-ciel » Nous allons d’abord montrer que la libération de Mandela, le 11 février 1990, ne fut pas un cadeau et qu’elle a été, par la force des choses, imposée au pouvoir raciste d’Afrique du Sud par cet Occident qui avait soutenu pendant des décennies le pouvoir. Cet Occident qui a compris que le vent de l’histoire avait tourné et qu’il valait mieux composer avec l’ANC plutôt que de tout perdre. Souvenons-nous « l’ex-président sud-africain Nelson Mandela et son parti politique, le Congrès national africain, étaient sur la liste noire des organisations que les Etats-Unis considèrent comme terroristes ». Durant tout son mandat en tant que Président élu de l’Afrique du Sud, il ne fut pas reconnu et jusqu’en 2008, il était toujours sur la liste des terroristes ainsi que tous les dirigeants de l’ANC. Il a fallu attendre le 1er juillet 2008 pour que le président américain George W. Bush signe une loi en vue de retirer l’ancien président sud-africain Nelson Mandela ainsi que son parti d’une liste américaine répertoriant des terroristes.

10.000 jours de prison

La détention de Mandela pendant 10.000 jours fut l’objet d’un processus qui s’est accéléré en 1989. Le régime de l’apartheid a offert à six reprises de libérer Mandela. Ce dernier a d’abord refusé, jugeant les conditions du gouvernement inacceptables. Mais, vers le milieu des années 1980, le gouvernement de l’apartheid est aux abois. Isolé sur la scène internationale, il peine à réprimer les rassemblements anti-régime dans les townships. Le président P.W.Botha consent enfin à proposer à Mandela une solution politique négociée que l’ANC réclamait depuis toujours. Mandela rencontre en secret le président Pieter Willem Botha en juillet 1989. Le chef de l’ANC parle des Afrikaaners et de la guerre anglo-Boer, ce qui séduit le président. En détention à Robben Island, Mandela a appris la langue des Afrikaaners, il s’est penché sur leur histoire, et a lu leurs poètes. (…) Frederik de Klerk succède à Botha en août 1989. Mandela le rencontre en décembre. On le fait entrer en cachette, par le garage. Le détenu est accompagné, mains libres, dans le bureau de Frederick de Klerk. Le président sud-africain le reçoit en compagnie du chef des services secrets. C’est la première fois que De Klerk voit Mandela. « C’est donc lui, l’icône mondiale de la lutte contre l’apartheid ! », se dit de Klerk. Il avoue dans ses mémoires avoir été impressionné par le calme, la courtoisie, et la confiance en lui de Mandela. De Klerk souhaite aller vite. Il sait que son parti politique est du mauvais côté de l’Histoire. Le mur de Berlin est tombé. Le gouvernement de l’apartheid ne peut plus prétendre s’opposer à l’ANC pour enrayer l’expansion communiste. Le 2 février 1990, De Klerk annonce la libération de Mandela. Le 11 février, ce dernier franchit à pied les derniers mètres de sa « longue marche vers la liberté ». (1)

L’impérialisme colonial est toujours présent malgré les décolonisations. La seule décolonisation dit-on réussie est celle de l’Afrique du Sud avec un pouvoir blanc toujours présent et avec lequel Mandela a composé. Cette Afrique n’a d’Afrique que la couleur. La mentalité est encore occidentale. Ce pays est, dit-on, développé et dispose de l’énergie nucléaire. Peut-être parce qu’il n’est pas musulman.

Pourtant la situation n’est pas aussi rose que l’on veut bien nous le faire croire. Les plaies sont encore béantes. Ecoutons ce qu’écrit Kholofelo Mashabela du journal The Sunday Independent : « Nelson Mandela a été libéré le 11 février 1990. Malgré les bouleversements survenus dans la société, les blessures infligées par le régime raciste restent vives et difficiles à résorber. C’est comme si c’était hier. Le 11 février 1990, des milliers de personnes avaient envahi les rues du Cap pour apercevoir la personnalité qui s’était battue si longtemps pour la liberté. (…) On ne sait pas très bien qui a écrit le scénario, mais cela a marqué le début d’une tendance à gérer le processus politique par l’hystérie. La dernière manifestation en est la fièvre qui entoure l’organisation de la Coupe du monde de football, qui aura lieu du 11 juin au 11 juillet 2010. Avant, il y a eu la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codessa) et ce qu’elle a apporté. Il y a eu la violence dont ont été victimes les communautés noires. Il y a eu les révélations sur les activités du Bureau pour la coopération civile (CCB). Bien sûr, il y a eu la Vlakplaas [unité secrète antiterroriste pendant l’apartheid]. Il y a eu aussi l’établissement de la Commission électorale indépendante, qui a ouvert la voie aux premières élections démocratiques, peut-être le résultat le plus significatif de février 1990. Puis sont arrivées la reconnaissance internationale et l’acceptation de l’Afrique du Sud en tant que pays dirigé par des Noirs. Il y a eu aussi la Coupe du monde de rugby, en 1995… En somme, un mélange de bon et de mauvais. Tous ces événements ont, chaque fois, produit le même effet sur notre peuple : celui de réveiller l’hystérie collective. A ce moment de notre histoire, la communauté internationale s’est bousculée pour faire de Nelson Mandela un citoyen du monde. Le régime de l’apartheid et le Congrès national africain (ANC) s’étaient autoproclamés les acteurs les plus importants de l’accord négocié qui devait suivre ».

« Dans l’accord négocié qui a suivi, la question de la terre fut éludée. Il fut décidé que les terres dont les Noirs avaient été dépossédés avant 1912 ne leur seraient pas rendues et que celles qui leur avaient été prises après 1912 ne seraient restituées que sur la base d’un contrat de vente volontaire. C’est probablement en partie pour cela que la société sud-africaine est aujourd’hui l’une des plus inégalitaires au monde en termes socioéconomiques. Car, après février 1990, la réconciliation est devenue une priorité. Si le concept était noble en soi, cela signifiait cependant que la justice ne serait pas rendue. Les personnes coupables de violences institutionnelles envers les Noirs ne seraient pas traduites en justice. Toujours dans ce désir de réconciliation, Nkosi Sikelele Afrika, l’hymne africain de l’espoir, a été mis sur le même niveau que Die Stem, un chant qui célèbre les objectifs de la rébellion [boer] de Slagtersnek [1816]. On a fusionné les deux chants pour créer l’hymne national sud-africain, que la plupart des gens semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir chanter dans son intégralité. (…) Au moment où les élus prenaient leurs fonctions et où nous apprenions combien ils gagnaient, nous avons vu que l’éthique était jetée aux orties et que les graines de la corruption avaient été semées. Si le contenu de cet article met le lecteur mal à l’aise, c’est peut-être parce qu’il est temps que quelqu’un fasse remarquer que le roi est nu. Mais ces propos auront-ils le moindre effet, compte tenu de l’hystérie qui entoure le vingtième anniversaire de ce fameux mois de février 1990 ? » (2)

Dans le même ordre visant à montrer que tout n’est pas rose et net, on apprend que la mentalité d’apartheid est « exportée » vers les voisins avec justement l’assentiment, à l’époque, du gouvernement…Mandela et on l’aura compris avec cet Occident qui continue à perpétuer sa tyrannie. Ecoutons Michel Chossudovsky, professeur d’économie à Montréal : « (…) Forcés de renoncer à l’odieux régime qui les avait mis au banc des nations, les fermiers blancs sud-africains se redéploient en direction du Mozambique et de l’Angola. Fer de lance de la nouvelle puissance régionale, ils prétendent s’emparer des meilleures terres agricoles et mettent en danger, avec l’aide de la communauté internationale, la survie des communautés locales. Créer un « couloir agroalimentaire » de l’Angola au Mozambique, tel est le projet d’une organisation de la droite sud-africaine blanche, le Front de la liberté. Avec le soutien de la Chambre sud-africaine pour le développement de l’agriculture, la Sacada, l’agrobusiness afrikaner voudrait ainsi étendre sa mainmise sur les pays voisins en investissant massivement dans l’agriculture commerciale, l’industrie alimentaire et l’écotourisme. (…) Le Front de la liberté est dirigé par le général Constand Viljoen : cet ancien commandant en chef de l’armée au temps de l’apartheid fut jadis impliqué dans l’assassinat de militants anti-apartheid. Si son parti semble modéré, comparé au groupe d’extrême droite de Eugène Terreblanche, l’Afrikaner Weerstandebeweging (AWB), il n’en est pas moins un mouvement politique raciste fidèle à l’idée d’un Etat afrikaner. Paradoxalement, l’initiative commune de la Sacada et du Front de la liberté bénéficie du soutien politique de l’ANC, notamment de la bénédiction du président Nelson Mandela ». (3)

« (..) Pour 0,15 dollar l’hectare, les fermiers afrikaners se verront en particulier concéder les meilleures terres agricoles de la province mozambicaine de Niassa : un véritable cadeau. (..) Les grandes banques sud-africaines, la Banque mondiale et l’Union européenne soutiennent cette entreprise. (…) Si la communauté internationale a soutenu (tardivement) le combat de l’ANC contre l’apartheid, elle aide maintenant financièrement les organisations racistes afrikaners de développement. Autrement dit, les pays occidentaux donateurs contribuent à l’extension de l’apartheid aux pays voisins de l’Afrique du Sud. L’Union européenne a ainsi financé la Sacada dans le cadre d’aides octroyées à Pretoria au titre du programme de reconstruction et de développement. Un responsable de Bruxelles considère l’initiative de la Sacada comme la meilleure nouvelle pour ce continent depuis trente ans ». (3)

Soutien à la Palestine

Ce que nous retenons de Mandela, c’est aussi ses prises de postion courageuses contre l’ordre occidental, contre la guerre en Irak et son soutien sans faille à la cause palestinienne. Dans une lettre adressée à Thomas Friedmann il écrit : « Aujourd’hui, dans le monde, noir et blanc, reconnaît que l’Apartheid n’a pas d’avenir. En Afrique du Sud, il s’est terminé grâce à notre propre action de masse décisive, pour bâtir la paix et la sécurité. Cette campagne massive de défi et autres actions ne pouvait qu’aboutir à l’établissement de la Démocratie. Il est peut-être étrange pour vous d’observer la situation en Palestine ou, plus spécifiquement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’apartheid. (…) Le conflit palestino-israélien n’est pas qu’un problème d’occupation militaire et Israël n’est pas un pays qui a été créé « normalement » et qui s’est mis à occuper un autre pays en 1967. Les Palestiniens ne luttent pas pour un « Etat » mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud.(…) Israël ne pensait pas à un « Etat » mais à une « séparation ». La valeur de la séparation se mesure en termes de la capacité d’Israël à garder juif l’Etat juif, et pas d’avoir une minorité palestinienne qui pourrait devenir une majorité, dans l’avenir. Si cela arrivait, cela forcerait Israël à devenir soit un Etat laïque ou binational, soit à devenir un Etat d’apartheid, non seulement de fait, mais aussi de droit. »

« Thomas, si vous suivez les sondages israéliens au cours des 30-40 dernières années, vous verrez clairement un racisme grossier, avec un tiers de la population qui se déclare ouvertement raciste. Ce racisme est de la nature de « Je hais les Arabes », et « Je souhaite que les Arabes meurent ». Si vous suivez également le système judiciaire en Israël, vous verrez qu’il y a discrimination contre les Palestiniens, et si vous considérez plus particulièrement les territoires occupés en 1967, vous verrez qu’il y a déjà deux systèmes judiciaires à l’oeuvre, qui représentent deux approches différentes de la vie humaine : une pour la vie palestinienne et l’autre pour la vie juive. De plus, il y a deux approches différentes pour la propriété et pour la terre. La propriété palestinienne n’est pas reconnue comme propriété privée puisqu’elle peut être confisquée (…) Les soi-disant « Zones autonomes palestiniennes » sont des Bantoustans. Ce sont des entités restreintes au sein de la structure de pouvoir du système israélien d’apartheid. L’Etat palestinien ne peut pas être un sous-produit de l’Etat juif, juste pour garder la pureté juive d’Israël. La discrimination raciale d’Israël est la vie quotidienne de la plupart des Palestiniens. Parce qu’Israël est un Etat juif, les Juifs israéliens ont des droits particuliers dont les non-juifs ne bénéficient pas. Les Arabes palestiniens n’ont aucune place dans un Etat « juif ». L’apartheid est un crime contre l’humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il perpétue un système de discrimination raciale et d’inégalité. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international. Il a déclenché une guerre contre une population civile et en particulier contre des enfants. Les réponses de l’Afrique du Sud en matière de violation des droits humains provenant des politiques de déportation et des politiques d’apartheid ont mis en lumière ce que la société israélienne doit nécessairement accomplir avant que l’on puisse parler d’une paix juste et durable au Moyen-Orient et de la fin de la politique d’apartheid. » (4)

Pour Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture au Mali, « Mandela est un grand homme. Un homme de conviction et de courage qui a su libérer son pays. Nelson Mandela est aussi un grand homme qui a su quitter le pouvoir au moment opportun. Cela est important, parce que les héros des luttes de libération nationale qui s’accrochent à leur projet finissent comme Mugabe (…) Aujourd’hui, on cherche à faire la comparaison entre Mandela et les dirigeants africains actuels. Je ne poserai pas le débat dans ces termes. Parce que l’histoire de l’apartheid et la nature du combat ont changé. Aujourd’hui, nous avons affaire à un ennemi invisible. Avec l’apartheid, vous êtes en face de l’oppresseur. Vous êtes maltraité du fait, tout simplement, de la couleur de votre peau ». « L’apartheid est maintenant mondial ». (5)

Que peut-on retenir en définitive de la légende Mandela ? Il a fait honneur à l’Afrique et à l’humanité. Il n’existe pas de personnages qui ait marqué son époque au XXe siècle comme le Mahatma Gandhi ou son héritier spirituel, Nelson Mandela. Au XIXe siècle il y eut un grand consensus pour désigner l’Emir Abdelkader comme l’une des personnes ressources de l’humanité. Curieusement, l’Occident si prompt à donner des leçons de droits de l’homme, n’a pas vu émerger en son sein des hommes de la trempe de ces géants qui nous font espérer en la condition humaine.

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Nicolas Champeaux – Les coulisses de la libération de Nelson Mandela – 10 février 20102. Kholofelo Mashabela – The Sunday Independent ; 11.02.20103. Michel Chossudovsky – Quand l’apartheid s’exporte Le Monde Diplomatique – Avril 19974. Lettre de Nelson Mandela à Thomas L.Friedman, March 28, 20015. Aminata Traoré : Et si Mandela… http://www.alterinter.org/article2324.html 22 juillet 2008

EN COMPLEMENT:

Selon les Etats-Unis, Nelson Mandela est toujours sur la liste noire des « terroristes »

Bush signe une loi en vue de retirer Mandela d’une liste terroriste américaine (juillet 2008)

La visite d’Obama en Afrique du Sud

suscite les protestations de la gauche à Pretoria

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Frédéric DELORCA

Pour Loyd Shivambu, ancien membre de l’ANC, « l’administration américaine sous Obama a poursuivi la domination néo-coloniale en Irak et en Afghanistan, non pas à cause de la guerre contre le terrorisme, mais pour des intérêts économiques étroits, notamment le pétrole. L’administration américaine sous Obama est également coupable de continuer de soutenir l’expansion israélienne illégale et la violation du droit des Palestiniens à l’autodétermination, de sa dignité et de ses libertés fondamentales… »

L’Afrique du Sud est la deuxième étape d’une tournée africaine d’une semaine du président américain Barack Obama qui, après le Sénégal, doit le mener en Tanzanie. Il a été accueilli samedi (après la dispersion par la police de quelques centaines de manifestants hostiles) par des chants chaleureux, des applaudissements et des rires de jeunes Sud-Africains dans une université à Soweto. Apparemment la promesse d’un partenariat économique entre les USA et l’Afrique est un slogan qui a séduit certains jeunes dans ce pays, autant que l’hommage que le président américain a rendu à l’ancien leader de l’ANC aujourd’hui dans un état de santé critique : Nelson Mandela.

En réponse à cet accueil Obama a tenu un discours adapté à son public : « J’ai été élu pour mettre fin aux guerres », a-t-il dit, ajoutant qu’il visite régulièrement les jeunes soldats américains qui ont été gravement blessés en Irak et en Afghanistan. « Cette idée que nous cherchons à nous impliquer davantage militairement partout dans le monde n’est pas vraie », a-t-il ajouté.

Pour autant cette visite ne fait pas l’unanimité en Afrique du Sud. Buti Manamela, secrétaire national de la Ligue des jeunes communistes (YCL) après avoir mobilisé un millier de manifestants à Pretoria devant l’ambassade des États-Unis vendredi a rappelé qu’« en réalité, Obama est ici pour les relations commerciales, et non pour le bénéfice du continent, mais le profit de l’impérialisme américain. L’avantage des entreprises américaines à continuer de violer nos ressources en minerais ». Selon lui les Américains « voient que la Chine est déjà là. C’est à cause de cette menace posée par la Chine que l’Amérique est ici. Toute cette histoire (le voyage en Afrique) est influencée par le fait que l’économie de l’Afrique est en croissance ».

Lorsque les manifestants ont atteint l’ambassade, un groupe d’activistes musulmans a tenu une séance de prière.
Les autres, portant principalement des insignes de l’YCL, les ont regardés prier. De nombreux policiers se tenaient à l’entrée fermée de l’ambassade. Les manifestants ont brûlé un drapeau étasunien. Sur certaines pancartes des manifestants on pouvait lire : « Obama, arrête de soutenir des dictateurs en Afrique. Pas de pétrole ici, passe ton chemin », « 100 ans de génocide en Irak. Guerre dans 100 pays. État voyou ». L’affiche d’un jeune garçon disait : « Non, vous ne pouvez pas m’espionner ». Une autre pancarte disait : « Etats-Unis sous administration satanique ». De nombreux manifestants portaient des blouses orange et des cagoules noires. Certains portaient des tenues de camouflage et des bérets rouges. Une grande banderole portait une photo du visage d’Obama et les mots : « Rencontrez le plus grand assassin du monde ». « Libérez la Palestine. Libérez le Swaziland. Libérez le Zimbabwe » faisaient aussi partie des slogans.

Plus tôt dans la semaine, deux groupes sud-africains avaient tenté d’obtenir des mandats d’arrêt contre le président américain Barack Obama. Mohamed Hussain Vawda, de la Société pour la protection de notre Constitution, qui a porté plainte contre Obama pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité » et l’Association des juristes musulmans (MLA) qui a fait une demande d’arrestation d’Obama en référé auprès de la Haute Cour de Pretoria mercredi mais cette demande a été rejetée.

Vendredi, à la suite de la manifestation devant l’ambassade, Loyd Shivambu, ancien membre de l’ANC qui critique aujourd’hui le ralliement de ce parti au néo-libéralisme, dans le Pretoria News, approuve les manifestants. « L’administration américaine sous Obama a poursuivi la domination néo-coloniale en Irak et en Afghanistan, écrit-il, non pas à cause de la guerre contre le terrorisme, mais pour des intérêts économiques étroits, notamment le pétrole.

L’administration américaine sous Obama est également coupable de continuer de soutenir l’expansion israélienne illégale et la violation du droit des Palestiniens à l’autodétermination, de sa dignité et de ses libertés fondamentales…

Le Zimbabwe est sous sanctions en raison d’un plan de déstabilisation concocté par l’administration américaine et la Grande-Bretagne comme un moyen d’intimider tous les États africains et les forcer à négliger la décolonisation économique. » Mais il ajoute que l’Afrique du Sud joue un rôle ouvertement sous-impérialiste.

Il accuse son pays d’avoir imposé la victoire de Joseph Kabila au Congo en 2011, d’avoir tenté de défendre Bozizé en Centrafrique, et de n’avoir pas empêché « le viol impitoyable de la Libye par les forces impérialistes » en votant la résolution 1973 sur la zone d’exclusion aérienne à l’Onu, d’avoir été parmi les premiers à reconnaître le « gouvernement marionnette des Français » de Ouattara en Côte d’Ivoire et de favoriser l’arrogance du roi Mswati au Swaziland. Il accuse enfin Jacob Zuma d’avoir adopté une politique « sécurocratique » en Afrique du Sud depuis 2009, illustrée notamment par sa proposition de force d’intervention rapide pour l’Union africaine.

F. Delorca

« En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant. »
Nelson Mandela
« Aucun de nous ,
en agissant seul,
ne peut atteindre le succès. »
Nelson Mandela
« Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de la haine, des préjugés et de l’étroitesse d’esprit. »
Nelson Mandela
Jennifer vient d’avoir huit ans
Elle ne connaît son père
Que par les récits de guerre
Que lui raconte sa mère.
Jennifer aime rire et courir
Comme les autres enfants.
La détresse de son sourire
Obstine la lutte des grands Jennifer… a dans ses yeux
L’aube… d’un matin bleu
Jennifer a dans ses yeux
L’aube d’un matin bleu.
Qui verra défiler le front haut
Les populations de son ghetto.
Elle sait déjà que rien n’est pareil
Que sa peau ne craint pas le soleil.
Pouvoir marcher, savoir attendre
Être respecté, savoir se défendre.
Son univers est limité
Pas par souci mais égalité
Être le négatif.
Des escadrons répressifs Jennifer…a dans ses yeux.
L’aube… d’un matin bleu
Jennifer a dans ses yeux
L’aube d’un matin bleu
Qui verra défiler le front haut
Les populations de son ghetto.De l’autre côté de la ligne
La ligne blanche du ghetto.
La peur vient flirter sur la peau
Blanche des « surhommes ».
Ce réseau vient grouper
Voix de fer, poigne d’acier
Pour étrangler les cris d’espoir
Enchaîne le temps et broie du noir.Jennifer… a dans ses yeux
L’aube… d’un matin bleu.
Jennifer a dans ses yeux
L’espoir de ses frères heureux
défilant le front haut
Dans les rues de SowetoL’espoir de ses frères heureux
Défilant dans les rues de Soweto

oh oh
de Soweto

« INVICTUS »

Il s’agit d’un poème que William Ernest Henley (1849-1903), poète/écrivain britannique, écrivit sur son lit d’hôpital suite à une amputation du pied en 1875.
Poème favori de Nelson Mandela qui l’avait écrit sur les murs de sa prison. Il le lisait et relisait chaque jour, et il explique lui même que c’est probablement ce qui l’a fait tenir dans les moments les plus sombres, durant ses 27 années de captivité (dont 18 au bagne de « Robben Island » à casser des cailloux!).
Sans titre initialement, ce poème fut intitulé « Invictus » (Invincible, dont on ne triomphe pas, invaincu en latin) par Arthur Quiller-Couch en 1900.
« Dans la nuit qui m’environne,
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.En ce lieu d’opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu’horreur et ombres
Les années s’annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme. »

« Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »
Nelson Mandela

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES |le 7 décembre, 2013 |Pas de Commentaires »

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