METTEZ-MOI UNE TONNE DE CO2 ! (Jean-Luc PORQUET / Le Canard Enchaîné / Mercredi 24 avril 2013)

Mettez-moi une tonne de CO2 !

METTEZ-MOI UNE TONNE DE CO2 ! (Jean-Luc PORQUET / Le Canard Enchaîné / Mercredi 24 avril 2013) dans REFLEXIONS PERSONNELLES schemapuitsdecarbonearntzenfr

(Jean-Luc PORQUET / Le Canard Enchaîné)

Comme le notent, pour une fois désopilants, « Les Echos » (17/6), « au train où vont les choses, il sera bientôt plus coûteux de se payer un petit noir dans le café au coin de la rue qu’une tonne de CO2. »

La veille, en effet, la tonne de CO2 avait dégringolé jusqu’à 2,60 euros: c’est l’aboutissement d’une des farces les plus grotesques de l’époque.

En 2005, vu le réchauffement climatique qui s’accélère, l’Europe a une idée de génie: c’est la Bourse qui va rendre l’économie vertueuse, durable et verte. Puisque le le CO2 est un des principaux gaz à l’effet de serre et qu’il faut en réduire les émissions, il suffit de fixer chaque année, aux 12000 industriels européens qui émettent beaucoup, des plafonds à ne pas dépasser.

Dans le cas contraire, ils devront acheter des permis d’émettre cotés en Bourse et, à force, plutôt que de se ruiner en achats de tonnes de CO2 sur ce marché carbone, les industriels les plus pollueurs préfèreront investir dans les technologies vertes.

Très joli sur le papier, ce beau raisonnement marchand et financier n’a pas tenu une seconde.

On n’en détaillera pas ici les raisons-plus de 110 ONG, dont les Amis de la Terre, viennent de le faire dans une forte déclaration intitulée:

« Il est temps de mettre fin au marché du carbone européen ! »

Mais on admirera le résultat: les émissions n’ont guère baissé; de gros pollueurs comme LAFARGE et ARCELORMittal s’en sont mis plein les poches; ce nouveau marché a permis à des escrocs à la TVA de s’en donner à coeur joie et à grande échelle, plus de 10 milliard d’euros détournés.

Et la crise a achevé de mettre le système à terre: moins d’activités industrielles, donc moins d’émissions, du coup le prix de la tonne de CO2 (30 euros à l’origine) s’est effondré…Et l’on se retrouve avec des industriels qui, n’ayant plus aucun intérêt financier à faire baisser leurs émissions, se remettent dare-dare à réchauffer joyeusement la planète.

Pour essayer de sauver l’affaire et faire remonter le prix du CO2, Bruxelles a tenté une manoeuvre de la dernière chance: geler provisoirement 900 millions de quotas d’émissions.

Mais, mardi 16 avril 2013, le Parlement européen, sous la pression du lobby industriel, a voté non.

On ne va quand même pas pénaliser la compétitivité de nos entreprises polluantes sous prétexte qu’elles renforcent un réchauffement qui nous prépare de sales quarts d’heure pour la fin du siècle !

La preuve est ainsi faîte que ce marché du CO2 est aussi stupide qu’inefficace: il a donc l’avenir devant lui, l’entêtement dans l’erreur étant, on le sait, un vrai plaisir de technocrate.

Voyez d’ailleurs l’autre idée européenne pour lutter contre le réchauffement, qui consiste à enfouir sous terre des montagnes de CO2.

C’est hors de prix: entre 30 et 100 euros la tonne. C’est dangereux: pollution, risque de remontée brutale, etc.

Ce sera tellement difficile à faire avaler aux riverains qu’il faut s’attendre à de belles jacqueries.

Pas grave: Bruxelles invite les Vingt-Sept à déployer rapidement cette technologie.

Comme dit l’autre, perseverare diabolicum…

Jean-Luc PORQUET

« Le Canard Enchaîné » / Mercredi 24 avril 2013

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES |le 10 mai, 2013 |Pas de Commentaires »

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