ENERGIE NUCLEAIRE. LES CENTRALES SONT DEMODEES, FERMONS-LES ! (Frankfurter Rundschau / Joachim WILLE / Jean-Baptiste BOR)

ENERGIE NUCLÉAIRE

Les centrales sont démodées, fermons-les!

ENERGIE NUCLEAIRE. LES CENTRALES SONT DEMODEES, FERMONS-LES ! (Frankfurter Rundschau / Joachim WILLE / Jean-Baptiste BOR) dans REFLEXIONS PERSONNELLES vlahovic-nuclearFRANKFURTER RUNDSCHAU (FRANCFORT)

 ALLEMAGNE dans REFLEXIONS PERSONNELLES

Vlahovic

Les « tests de résistance » effectués par l’Union Européenne fournissent plus de raisons qu’il n’en faut de fermer les vieux réacteurs. Mais la Commission n’a pas le courage de suivre l’exemple de l’Allemagne et préfère miser sur de coûteuses modernisations, déplore la Frankfurter Rundschau.

Il lui manque : les airbags, l’ABS, le pot catalytique, les phares halogènes, le système d’aide au stationnement et les vitres électriques. Personne n’aurait l’idée de relifter une vieille Coccinelle Volkswagen de 40 ans d’âge pour l’adapter à la circulation moderne, deux fois plus dense et bien plus rapide qu’à l’époque de sa sortie. Combien d’entre nous seraient prêts à se rendre tous les jours au travail dans cette vieille guimbarde ? Même pour la balade du dimanche, une vieille Coccinelle du début des années 1970 ne fait plus l’affaire – pas assez ancienne, pas assez originale pour nombre de conducteurs.

Naturellement, une centrale nucléaire n’est pas une voiture. Une centrale est autrement plus complexe, a une durée de vie de 40 ans et sera « modernisée » régulièrement, dans la mesure du possible et si son exploitant est à cheval sur la sécurité. Les centrales qui ont été mises au point dans les années 1960 et raccordées au réseau dans les années 1970 – comme c’est le cas des réacteurs de première génération en Europe – ont pourtant quelque chose de la Coccinelle. Les frais de modernisation nécessaires pour les mettre en conformité avec les normes actuelles ne se justifient pas. La Coccinelle est depuis longtemps chez le ferrailleur – il faut faire de même avec les vieilles centrales.

Conclusion surprenante 

Or, manifestement, la stratégie de la Commission Européenne ne consiste pas à les fermer les unes après les autres mais à les moderniser afin de conserver le parc nucléaire de l’Union tel qu’il est. La conclusion surprenante que tire le Commissaire Européen à l’Energie, Günther Oettinger, des tests de résistance réalisés sur les centrales au lendemain de Fukushima est la suivante : le niveau de sécurité des installations est « globalement élevé » et une enveloppe de 30 à 200 millions d’euros par réacteur devrait permettre de remédier aux déficiences constatées.

Cela correspond à la ligne bien connue de l’Union Européenne qui, depuis sa création, se pose en farouche partisane de l’atome et n’a pas fait machine arrière après les catastrophes frôlées ou advenues de Harrisburg, Tchernobyl et Fukushima.

Si cela explique la lecture que fait Günther Oettinger des tests de résistance réalisés sur 134 réacteurs par ses experts, cela ne la justifie pas. Dans la quasi-totalité des installations, des lacunes en matière de sécurité ont été constatées – alors que le risque posé par les nouvelles menaces comme les attentats ou les cyber-attaques n’a pas encore été examiné et que certains Etats membres de l’UE ont rechigné à laisser les spécialistes de Bruxelles accéder à leurs réacteurs et à leurs données. Il ne s’agissait que d’un test de résistance « light » – or, il a fait apparaître de nombreuses déficiences.

Les tests de résistance effectués montrent que la culture sécuritaire tant louée des exploitants de centrales ne vaut pas grand-chose. Les experts dénoncent d’une voix inhabituellement forte le fait que, dans certains pays, les lignes de conduite fixées après Harrisburg en 1979 et Tchernobyl en 1986 n’ont même pas été appliquées dans leur intégralité – ce qui vaut au passage également pour l’Allemagne.

Par ailleurs, il est clair que de nombreuses compagnies d’électricité retardent le plus longtemps possible des travaux de modernisation qui s’avèrent très coûteux. Pour les experts de Bruxelles, les investissements nécessaires pourraient s’élever à 25 milliards d’euros. Ce n’est pas un hasard si leur rapport souligne que 111 des 134 réacteurs sont situés dans des agglomérations où vivent plus de 100 000 personnes dans un rayon de 30 kilomètres.

Fortes résistances 

L’Allemagne a tiré les bonnes leçons de Fukushima en choisissant de ne pas moderniser les vieilles centrales. Elles ont été fermées et le restent. Concernant les installations plus récentes, un calendrier de fermeture a été arrêté. Cela n’a rien à voir avec l’angoisse des Allemands, ce n’est qu’une simple précaution.

Et ce n’est en aucun cas une exception en Europe. La Belgique et la Suisse veulent être sorties du nucléaire à l’horizon 2025, les Italiens ont dit « non » au retour à l’énergie atomique, le programme nucléaire du gouvernement polonais se heurte à de fortes résistances et même en France, le scepticisme vis-à-vis de l’atome gagne du terrain. La renaissance annoncée du nucléaire tarde à venir. En Finlande et en France, les deux nouveaux réacteurs actuellement en chantier connaissent des problèmes à répétition et coûteront deux fois plus chers que prévu.

Certes, Bruxelles n’est pas habilitée à prescrire aux pays membres un plan de sortie du nucléaire. En matière d’atome, la politique est toujours fixée à l’échelon national. Cependant, un commissaire européen allemand devrait avoir le courage de se projeter dans cette direction. Fixer enfin la responsabilité civile des compagnies d’électricité en cas d’accident nucléaire est une bonne chose. Réduire aussi rapidement que possible le risque d’accident est encore mieux.

Traduction : Jean-Baptiste BOR

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES |le 19 octobre, 2012 |Pas de Commentaires »

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