Archive pour octobre, 2012

DE NOUVELLES COUPES SOCIALES ENTRAINENT L’EFFONDREMENT DU SYSTEME DE SANTE EN GRECE (World Socialist Web Site)

De nouvelles coupes sociales entrainent

l’effondrement du système de santé en Grèce

DE NOUVELLES COUPES SOCIALES ENTRAINENT L'EFFONDREMENT DU SYSTEME DE SANTE EN GRECE (World Socialist Web Site) dans ENVIRONNEMENT europe

Tous des criminels!

Cette union européenne, ces financiers, cette troïka, après la mise à mort économique de la Grèce, la mise à mort de la population se confirme, doucement mais surement!

Quelle tristesse de voir l’évolution au fil des mois, le pays trahi par la plus grande banque américaine qu’est la Goldman Sachs infiltrée jusque dans le gouvernement, la démocratie, symbole grec par excellence, piétinée et méprisée, la population abandonnée, affamée et maintenant pratiquement sans aucun soins… Le pire, c’est que le même scénario est actuellement reproduit dans d’autres pays dans l’indifférence générale…

euro_ellada15 FMI dans POLITIQUE

Chaque détail nouvellement rendu public du cinquième plan d’austérité pour la Grèce montre que l’Union Européenne est disposée à recourir aux plus brutales mesures pour garantir les profits des spéculateurs. L’une des victimes les plus durement touchées par le plan d’austérité dicté par l’UE et le FMI est le secteur grec de la santé. Au cœur de l’Europe, une grande partie de la population est privée de toute forme de soins de santé.

Mercredi, 24 octobre 2012, un certain nombre d’articles de presse ont rapporté que le gouvernement grec s’était mis d’accord avec des représentants du FMI et de l’UE sur un nouveau plan d’austérité. La décision finale sera prise dimanche. Selon ces rapports, le plan prévoit des réductions supplémentaires des salaires et des retraites ainsi que des licenciements de masse mais aussi davantage de coupes dans le système de santé. Des économies de l’ordre de 2 milliards d’euros sur le système de santé sont d’ores et déjà décidées. Une partie de cette somme doit être réalisée par le licenciement de 10 pour cent des médecins et autre personnel dans les hôpitaux publics.

Cette décision pourrait entraîner l’effondrement final des hôpitaux du pays. Il existe déjà des manifestations quotidiennes des médecins, des infirmières et des patients partout dans le pays contre les conditions catastrophiques existant dans le secteur de la santé. En juin, le Conseil de l’Ordre des médecins grec avait attiré l’attention des Nations Unies sur la gravité de la situation.

Selon l’organisation Médecins sans Frontières, le financement des hôpitaux publics a chuté de 40 pour cent depuis 2008 alors que les demandes de traitement ont sensiblement augmenté. De graves pénuries sont survenues parce que les fournisseurs du service de santé ne peuvent pas être payés à temps dans de telles circonstances.

Dans certains cas, des opérations vitales ne peuvent être pratiquées parce que les fournisseurs refusent de livrer les médicaments et/ou le matériel nécessaire. Le quotidien grec Ta Nea a rapporté le cas d’une clinique à Thessalonique qui n’est plus en mesure de pratiquer la chirurgie cardiaque par manque d’implants endovasculaires (« stents »). A l’hôpital central de la ville grecque de Larisa, le papier hygiénique a manqué pendant un certain temps. D’autres cabinets médicaux et des hôpitaux ont signalé une pénurie d’alcool pharmaceutique pour nettoyer les plaies.

Les médecins et les pharmaciens sont aussi gravement affectés. L’assurance-maladie Eopyy, la plus grande société d’assurance, leur doit 230 millions d’euros. En conséquence, les patients doivent payer par avance à la pharmacie et aussi chez certains médecins en soumettant plus tard la facture à la caisse d’assurance. De tels paiements d’avance s’avèrent souvent impossibles à effectuer pour les personnes âgées, les pauvres et les malades chroniques, ce qui signifie qu’ils se passent de médicaments vitaux et de traitement.

L’association des médecins conventionnés a publié des chiffres montrant que l’actuel budget de l’Eopyy présente un découvert de 1,5 milliards d’euros. Ceci est dû à la baisse des contributions faites à l’organisation en raison de la récession et de l’augmentation rapide du chômage ainsi que de l’insolvabilité partielle du gouvernement grec qui s’est vu refuser un crédit de 31,5 milliards d’euros que l’Union Européenne lui avait initialement promis pour juin. Une récente étude réalisée dans la région de Patras a montré qu’environ 70 pour cent des Grecs n’avaient pas les moyens de se payer les médicaments prescrits par leurs docteurs.

Un nombre croissant d’enfants contractent des maladies infectieuses telles la diphtérie et la méningite parce que les parents ne peuvent pas payer les vaccins nécessaires. Le nombre de nouveaux cas d’infection par le VIH a augmenté de 50 pour cent rien qu’en 2011.

Selon une récente étude du Centre National de Recherche Sociale Grec (EKKE), la pauvreté croissante qui touche actuellement plus d’un quart de ceux qui ont encore du travail, va entraîner des maladies encore plus graves cet hiver. De nombreux ménages sont déjà privés d’électricité et devront passer les mois d’hiver sans chauffage parce qu’ils sont dans l’incapacité de payer leurs factures. C’est dans ce contexte que le taux de suicide a grimpé de 40 pour cent ces trois dernières années.

Ceux qui ont été licenciés en raison des attaques sociales sont tout particulièrement durement touchés. Leur droit aux prestations sociales et à l’assurance maladie ne dure au maximum qu’un an, après quoi ils sont laissés sans ressources. L’on estime qu’entre 25 à 30 pour cent de la population n’a pas un accès adéquat aux soins de santé. La moitié des 1,2 millions de chômeurs du pays ne dispose pas d’une assurance maladie.

Le New York Times a fait état le 24 octobre 2012 d’un groupe de médecins qui tentent d’offrir des soins médicaux en dehors des circuits officiels. Ils ont tout spécialement aidé les patients malades du cancer qui ne peuvent se payer des traitements onéreux. Le Times a cité le Dr Kostas Syrigos qui a déclaré que si un cas de cancer était diagnostiqué parmi les personnes non assurées, « le système les ignore tout simplement. Ils ne peuvent ni accéder à la chimiothérapie, ni à la chirurgie ni même à de simples médicaments.

Les médecins soignent les chômeurs pendant leur temps libre et dépendent de dons de médicaments prodigués par des sociétés et des individus. Eu égard à la situation économique catastrophique, toutefois, de tels dons sont en train de diminuer alors que le nombre de ceux qui cherchent de l’aide augmente. « En ce moment, être chômeur en Grèce équivaut à un être mort, » a dit le Dr Syrigos.

Le journal a aussi relaté le cas d’Elena qui n’a pas d’assurance maladie et qui n’a donc pas pu obtenir un traitement pour un cancer du sein diagnostiqué il y a un an. Lorsqu’elle est arrivée chez le Dr Syrigos, son cancer avait atteint la taille d’une orange et avait percé la peau. Elena avait drainé la plaie avec des serviettes en papier.

« Lorsque nous l’avons vue nous sommes tous restés muets, » a dit le Dr Syrigos, « tout le monde a pleuré. De telles choses sont décrites dans les manuels médicaux, mais vous ne les voyez jamais parce que jusque-là, quelqu’un qui devenait malade dans ce pays pouvait toujours obtenir de l’aide. »

Dans un pays développé, des millions de personnes sont maintenant laissées sans soins à mourir sur le trottoir. Rien ne pourrait illustrer plus clairement le caractère brutal de l’UE en tant qu’instrument de l’élite financière européenne. Elle confirme que les relations de propriété capitalistes sont incompatibles avec une organisation équitable et humaine de la société.

World Socialist Web Site

Source: wsws.org

Publié dans:ENVIRONNEMENT, POLITIQUE, SANTE PUBLIQUE |on 31 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

GEOPIRATERIE: QUAND UN RICHE « VOYOU DU CLIMAT » VEUT MANIPULER LES OCEANS (Sophie CHAPELLE / bastamag.net)

GÉOPIRATERIE

Quand un riche « voyou du climat » veut

manipuler les océans

GEOPIRATERIE: QUAND UN RICHE

 Sophie CHAPELLE (23 OCTOBRE 2012)

Un businessman californien a joué les apprentis sorciers cet été, au large du Canada. Il a mené en toute illégalité une expérience visant à faire croître le plancton, qui se nourrit de CO2, sur une zone de 10 000 km2. Le but : monnayer ensuite des « droits à polluer » en échange du carbone ainsi séquestré. Qui arrêtera ces « géo-pirates » ?

arton2719-f7e26 CARBONE dans LA MER

100 tonnes de sulfate de fer ont été déversées dans l’océan Pacifique, au large des côtes orientales du Canada, en Colombie-Britannique.

Objectif : provoquer une prolifération rapide de plancton sur une zone un peu plus grande que la Corse (10 000 km2). Et par conséquent lutter contre le réchauffement climatique.

Le plancton se nourrit de gaz carbonique (CO2) et le séquestre au fond des océans. Le faire croître artificiellement pour augmenter sa capacité d’absorption de CO2 est l’une des techniques envisagées à grande échelle pour manipuler le climat. Ces techniques, appelées géo-ingéniérie, consistent par exemple à envoyer des nanoparticules dans l’atmosphère ou à recouvrir les déserts de plastique blanc pour réfléchir les rayons du soleil (lire notre précédent article). Mener des expériences de géo-ingéniérie à grande échelle est interdit depuis octobre 2011.

Problème : l’expérimentation qui a eu lieu au large du Canada en juillet relève d’une initiative totalement privée. Sans aucun contrôle, réalisée en toute illégalité, elle ne s’appuie que sur la recherche de profits. Le projet a été mené par Russ Georges, un homme d’affaires californien, qui espère qu’en retirant du CO2 de l’atmosphère, il pourrait vendre des « droits à polluer » sur le marché du carbone. C’est l’organisation canadienne ETC Group qui a découvert le pot-aux-roses et averti le journal britannique The Guardian, qui a mené l’enquête.

Des communautés autochtones dupées

Pour trouver les 2,5 millions de dollars nécessaires à la réalisation de son expérience, l’entrepreneur s’est adressé à une communauté amérindienne vivant sur l’archipel Haida Gwaii, au large de la Colombie-Britannique. Il leur a vendu un« projet de restauration des populations de saumons », lesquelles déclinent dans cette région du Pacifique.

Pour leur vendre son idée, Russ George s’est servi d’une étude parue dans la revue Fisheries Oceanograph. Cette étude montre que des cendres volcaniques provenant d’Alaska, et très riches en fer, auraient favorisé l’éclosion de phytoplancton dans le fleuve Fraser, qui se jette à Vancouver. Et contribué à la multiplication des saumons. Le Conseil de la Communauté a donc accepté d’emprunter deux millions et demi de dollars sur son fonds de réserve pour mettre sur pied la société Haida Salmon Restoration Corp. (HSRC) afin de financer le projet.

Aucune autorisation ni étude d’impact préalable

En dépit d’un moratoire international sur les expériences de géo-ingénierie [1], Russ Georges a mené son expérience sans aucune autorisation, ni aucune étude d’impact préalable. Car l’expérience contrevient à la Convention de l’ONU sur la diversité biologique et à la Convention de Londres qui interdisent la fertilisation des océans dans un but lucratif.

Après la révélation de l’affaire, le directeur général de la société HSRC, John Disney, a affirmé que plusieurs organismes gouvernementaux canadiens étaient au courant du projet. Le ministre de l’Environnement canadien a répondu qu’une enquête a été lancée dès le 30 août et que le déversement de sulfates de fer serait déclaré illégal s’il avait effectivement eu lieu.

Le président de la communauté qui a financé l’expérimentation a défendu ses habitants, arguant que la communauté autochtone n’avait pas été prévenue que le projet comportait des risques et qu’il violait des traités internationaux. « Notre peuple et l’humanité toute entière dépendent des océans et ne peuvent laisser leur sort aux caprices de quelques-uns », ont déclaré dans un communiqué paru le 18 octobre [2], le président et les chefs du conseil de la communauté.

Quelles conséquences pour l’écosystème ?

Cette « fécondation » artificielle des océans affectera-t-elle l’écosystème local ?« Il est difficile, sinon impossible, de prévoir ou détecter les effets qui se manifesteront dans les mois ou les années qui viennent », répond l’océanographe John Cullen dans le GuardianCertains effets possibles, comme la raréfaction de l’oxygène ou l’altération des chaines alimentaires, devraient nous dissuader de manipuler l’océan de cette façon. L’histoire est riche d’exemples de manipulations écologiques qui se sont retournées contre nous ».

Des images de la NASA ont confirmé une croissance du plancton sur la zone de 10 000 km2. «  C’est normal d’en voir en cette période de l’année », temporise ETC Group. L’Administration Américaine des Océans et de l’Atmosphère (NOAA), qui avait accepté de prêter vingt balises flottantes pour traquer l’évolution du plancton, assure de son côté avoir été « dupée », ne sachant pas que des dizaines de tonnes de sulfates de fer seraient déversées.

Les recherches menées en 2005 par une mission océanographique internationale (KEOPS) avaient déjà émis de sérieux doutes « sur les propositions de certaines sociétés de géo-ingénierie climatique qui prétendent pouvoir remédier à l’augmentation du CO2 atmosphérique par une manipulation délibérée de la pompe biologique, via un ajout artificiel en fer ». L’ajour artificiel de fer n’a pas les mêmes conséquences qu’un « apport continu et naturel de fer aux eaux de surface » [3].

« Ingénieur voyou »

« Ce n’est pas la première fois qu’un géo-ingénieur voyou tente de tirer profit de la pollution des communs, dénonce Neth Daño d’ETC Group. Et ce ne sera pas la dernière tant que les gouvernements n’interdiront pas toutes les activités de géo-ingénierie et ne tiendront pas leurs contrevenants responsables ». La géo-ingénierie n’est pas seulement une distraction dangereuse de quelques riches illuminés. Elle constitue aussi une excuse pour éviter de réduire sérieusement les émissions de combustibles fossiles.

Et qu’en est-il des millions de dollars escomptés par la vente de crédits carbone soi-disant produits par l’expérience ? « Il ne va pas obtenir un sou de crédits carbone, car il n’y a aucune preuve que le carbone va rester là où il est », estime le climatologue Andrew Weaver de l’Université Canadienne de Victoria. Aucun dispositif n’existe à ce jour pour évaluer le nombre de crédits carbone correspondant à ce type de manipulation.

Sophie CHAPELLE

bastamag.net

Crédit photo : KEOPS / CNRS 2007

Notes:

[1] Avec une exception pour les expérimentations scientifiques à petite échelle, menées dans un environnement contrôlé et sous juridiction nationale.

[2Télécharger le communiqué rédigé par les chefs de la communauté après la révélation de l’affaire

[3] Voir cet article du CNRS.

Fertiliser les océans :

La fin d’une utopie ? (KEOPS)

Mercredi, 25 Avril 2007

La campagne océanographique internationale KEOPS(1) soutenue par l’Institut national des Sciences de l’Univers (INSU/CNRS) avec le soutien logistique de l’Institut Polaire Francais Paul Émile Victor (IPEV) s’est déroulée début 2005, à bord du Marion Dufresne au voisinage des Îles Kerguelen dans l’océan Austral. Grâce à une approche originale, l’équipe de scientifiques dirigée par Stéphane Blain, chercheur au Laboratoire d’océanographie et de biogéochimie de Marseille (LOB/COM, CNRS / Université Aix-Marseille 2), a révélé que la voie biologique de capture du carbone atmosphérique par l’océan est beaucoup plus sensible à l’apport naturel de fer dans l’eau, qu’à une addition artificielle.

Publié dans la revue Nature le 26 avril 2007, ce résultat met clairement en doute l’efficacité annoncée des manipulations de géo-ingénierie visant à réduire la concentration en gaz carbonique atmosphérique par fertilisation des océans via un ajout de fer.

L’océan est le principal puits de carbone planétaire. Deux mécanismes majeurs permettent à ce réservoir de soutirer le carbone de l’atmosphère : la pompe physique(2) et la pompe biologique(3).Depuis plus d’un siècle, un tiers du carbone anthropique(4) rejeté dans l’atmosphère est prélevé par l’océan. Rien d’étonnant à cela, si ce n’est que seule la pompe physique participe à cette capture. La pompe biologique continue en effet à fonctionner comme avant le début de l’ère industrielle, sans pour autant opérer à son maximum. Dans de vastes régions de l’océan global, elle tourne même au ralenti du fait d’une pénurie en micro-organismes. L’océan Austral notamment est globalement très pauvre en phytoplancton, premier maillon de la chaîne trophique, et ce malgré des eaux extrêmement riches en sels nutritifs.

Mais, que manque-t-il donc à ces micro-organismes pour proliférer ? Répondre à cette question revêt une importance primordiale car une augmentation du pompage biologique dans ces régions pourrait modifier le rôle de l’océan dans l’assimilation du carbone anthropique.

Entre 1993 et 2005, une douzaine d’expéditions océanographiques a permis de mettre en évidence que, dans diverses régions océaniques dont l’océan Austral, les algues sont carencées en fer mais se multiplient si de petites quantités de fer sont ajoutées. Toutefois, l’existence d’un transfert de carbone vers les profondeurs, signe de la mise en marche de la pompe biologique, n’a pas été clairement établie.

C’est dans ce contexte que la campagne KEOPS a été lancée dans les eaux du plateau entourant les îles Kerguelen, son but étant d’étudier une poussée phytoplanctonique naturelle, une stratégie radicalement différente des campagnes précédentes. Le choix du terrain d’études n’a pas été anodin : au vu des observations satellites, ces eaux connaissent chaque année une floraison estivale très localisée du phytoplancton, phénomène qui peut s’expliquer par la présence de fer. Ces eaux seraient-elles un lieu privilégié de l’océan Austral où la pompe biologique est fortement activée ?

b1998 CO2 dans POLITIQUEInstallation d’une pompe immergeable sur le câble du Marion Dufresne. Cette pompe permet de collecter les particules à plusieurs centaines de mètres de profondeur et de calculer la quantité de carbone qui est exportée sous la couche de surface. © KEOPS / CNRS 2007.

Grâce à l’expédition KEOPS, preuve est faite aujourd’hui que cette floraison est bien alimentée par un apport continu et naturel de fer aux eaux de surface : ce fer provient des eaux profondes, différents mécanismes de transport participant à le rendre disponible pour le phytoplancton vivant en surface. Cette fertilisation naturelle a directement été comparée aux fertilisations artificielles.

Résultat : l’exportation de carbone vers les profondeurs est au moins deux fois plus importante que celle observée dans le cas d’une fertilisation artificielle. Surtout, elle est obtenue avec des quantités de fer beaucoup moins importantes : l’efficacité de la fertilisation, définie comme le rapport entre la quantité de carbone exportée et la quantité de fer ajoutée, est ainsi au moins dix fois plus élevée lorsque la fertilisation est naturelle. Ce résultat montre que le système est beaucoup plus sensible à des ajouts naturels de fer qu’il n’était possible de le prévoir à partir des expériences artificielles.

Ces découvertes ont des répercussions capitales sur la validation du scénario paléoclimatique, qui suppose qu’une partie des variations de concentration en dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère entre les périodes glaciaires et interglaciaires est causée par des modifications d’apports en fer à l’océan.

Elles jouent également un rôle dans l’étude de l’impact du changement climatique sur la pompe biologique. Dernier point marquant, ces résultats sèment le doute sur les propositions de certaines sociétés de géo-ingénierie climatique qui prétendent pouvoir remédier à l’augmentation du CO2 atmosphérique par une manipulation délibérée de la pompe biologique, via un ajout artificiel en fer.

En effet, le mode d’addition (continue et lente) et la forme chimique du fer ajouté au cours du processus naturel le rendent inimitable. Enfin, l’efficacité de telles manipulations reste impossible à quantifier et leurs effets secondaires sur les ressources marines demeurent largement inconnus.

Note(s): 
  1. Le programme KEOPS (KErguelen Ocean and Plateau compared Study) bénéficie de la participation de seize laboratoires de recherche de par le monde : français, australien, belge et néerlandais.
  2. La pompe physique, par le biais de la circulation océanique, entraîne les eaux de surface chargées en gaz carbonique dissous vers des couches plus profondes où il se trouve isolé de l’atmosphère.
  3. La pompe biologique fixe du carbone, soit dans les tissus des organismes via la photosynthèse, soit dans les coquilles calcaires de certains micro-organismes. Une partie du carbone ainsi fixé est par la suite entraînée en profondeur sous forme de déchets ou de cadavres.
  4. Il s’agit du carbone issu de l’activité humaine.
Source(s): 

Effect of natural iron fertilisation on carbon sequestration in the southern ocean, Nature, 26 avril 2007.

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URANIUM: LE NIGER JUGE TRES DESEQUILIBRE SON PARTENARIAT AVEC AREVA…NORMAL !…AREVA ET HOLLANDE SE CROIENT ENCORE DANS LES COLONIES ! (Thierry LAMIREAU)

Uranium:

URANIUM: LE NIGER JUGE TRES DESEQUILIBRE SON PARTENARIAT AVEC AREVA...NORMAL !...AREVA ET HOLLANDE SE CROIENT ENCORE DANS LES COLONIES ! (Thierry LAMIREAU) dans ENVIRONNEMENT areva3Le Niger juge très déséquilibré son partenariat

avec AREVA

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NIAMEY – Le Niger a durci le ton jeudi 25 octobre 2012 envers le groupe français AREVA, jugeant très déséquilibré leur partenariat historique dans l’uranium, dont le pays est l’un des plus grands producteurs mondiaux, et a dit vouloir accroître les retombées du secteur minier pour la population.

Le partenariat dans l’exploitation de l’uranium est très déséquilibré en défaveur du Niger, et ce depuis 41 ans d’exploitation de ce minerai, indique un communiqué du Conseil des Ministres.

Ce déséquilibre est corroboré par le fait que les recettes tirées de l’uranium représentent 5% des recettes du budget national alors que le Niger devrait en tirer des ressources importantes, explique le gouvernement du président Mahamadou Issoufou, élu en mars 2011.

Le gouvernement exprime sa volonté d’accroître les retombées du secteur minier pour le peuple nigérien, à travers notamment le renforcement de sa participation à la gouvernance du secteur, sans plus de précision.

Selon les médias officiels nigériens, le président Issoufou s’est entretenu cette semaine à Niamey avec Luc Oursel, le président d’AREVA, de l’épineuse question de l’exploitation de l’uranium, dont les revenus alimentent la controverse depuis des décennies.

Interrogée par l’AFP, une porte-parole d’AREVA à Paris n’a pas fait pas de commentaires dans l’immédiat.

Présent depuis une quarantaine d’années au Niger, le groupe nucléaire français y exploite deux gisements d’uranium à Arlit et à Akokan, dans le nord désertique du pays.

Plus grand employeur privé de ce pays parmi les plus pauvres du monde, AREVA doit en outre commencer en 2013-2014 l’exploitation de la mine géante d’Imouraren (nord), présentée comme la deuxième du monde. Elle doit produire 5.000 tonnes d’uranium par an à plein régime et représente un investissement de plus de 1,2 milliard d’euros.

Le pétrole aussi

Le gouvernement a aussi déploré le retard dans le chantier d’Imouraren, imputable à AREVA et qui entraînera un manque à gagner pour l’Etat.

Depuis quelques années, deux compagnies chinoises, dont la China National Nuclear Corporation (CNNC), extraient aussi de l’uranium à Azelik, dans la même région.

En février, Niamey avait annoncé que le prix du kilogramme d’uranium nigérien avait été fixé à 73.000 FCFA (environ 111 euros), à l’issue de négociations avec AREVA, évoquant une avancée notable dans l’histoire des négociations des prix des matières premières au Niger.

Il s’agit d’un prix plancher généralement fixé lors de discussions annuelles avec AREVA et censé mettre le Niger à l’abri des fluctuations sur le marché international.

Premier produit d’exportation du pays, le minerai représente 5% de son produit intérieur brut (PIB).

Le gouvernement a indiqué, sans plus de détail, avoir la même volonté de changement dans le secteur pétrolier, où la même démarche est en cours.

Le Niger est devenu en novembre 2011 producteur de pétrole et a ouvert à Zinder (centre-est) sa première raffinerie, pour une modeste production de 20.000 barils par jour.

Les prix à la pompe de l’essence produite et raffinée sur place sont jugés trop élevés dans la population et suscitent depuis un an de vives protestations.

Le contrat de production et de raffinage attribue 40% de la production au Niger et 60% à la China National Petroleum Corp. (CNPC), une compagnie publique chinoise.

Les ONG nigériennes ont souvent dénoncé le flou autour des contrats miniers.

Nous saluons et encourageons cette décision du gouvernement, a réagi Salissou Oubandoma, ex-coordonnateur du Groupe de Réflexion sur les Industries Extractives au Niger (GREN), une ONG locale. Nous produisons d’énormes quantités de ce minerai stratégique, on ne peut comprendre que les Nigériens végètent encore dans la misère, a-t-il affirmé à l’AFP.

(©AFP / 25 octobre 2012 19h53)

NIGER : LA BATAILLE DE L’URANIUM

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Les sites d’extraction d’uranium sont situés dans les plaines désertiques du nord du Niger, en territoire touareg.
© Areva
Au nord du Niger, dans une région de plaines désertiques où est implantée AREVA, le fleuron français de l’industrie nucléaire, les Touareg ont pris les armes. Leurs revendications : un partage équitable des revenus issus de l’extraction d’uranium et des conditions d’exploitation du minerai qui respectent leur mode de vie, leur santé et leur environnement.

Enlèvements, attaques de garnisons, blocages d’axes routiers névralgiques : ce sont les seuls moyens de pression dont disposent les rebelles touareg du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) pour exiger du gouvernement de Niamey une répartition équitable des revenus uranifères. Exploitées depuis quarante ans par la firme française AREVA, numéro un mondial du nucléaire, les mines d’uranium du nord du Niger constituent une manne économique pour le sud du pays. Quant aux Touareg et aux 80 000 âmes de la ville d’Arlit, à proximité des sites d’extraction, ils ont « gagné la poussière, la radioactivité, plus de pollution et plus d’atteintes à l’environnement », selon Moussa Tchangari, un militant associatif.

Eau, air, sols : un lourd tribut

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Les combattants du MNJ revendiquent 50 % des revenus issus de l’exploitation de l’uranium.
© Galaxie Presse
De fait, l’eau des puits est polluée par l’acide sulfurique utilisé dans le traitement de la pierre. L’air est chargé de poussières de minerais hautement radiotoxiques. Enfin, des matériaux irradiés récupérés par les mineurs se retrouvent dans les charpentes des maisons, les voitures ou les ustensiles de cuisine. En dépit de preuves tangibles, l’absence de dépistage ne permet pas d’établir l’ampleur de la contamination à l’uranium de la population. Surplombant les activités minières, les vergers de la région agricole de l’Aïr, classée au patrimoine mondial de l’humanité, sont également menacés. Tandis que le gouvernement étend les zones de prospection sans consulter les Touareg qui y vivent, le président du MNJ, Aghali Alambo, appréhende la sédentarisation à laquelle est contrainte sa communauté. « Le nomadisme, c’est notre culture, explique-t-il. Ces gens n’ont pas l’habitude de payer l’eau, le bois, l’électricité. Dans les villes, tout est payant. Et s’ils n’ont pas de travail, il faut qu’ils demandent la charité devant tout le monde. Et ça touche la crédibilité de notre culture. »

Gaëlle Gonthier

DOCUMENTAIRE
DURÉE 47′
RÉALISATION NAHAN SIBY, FRÉDÉRIQUE DENIS ET STÉPHANE MANIER
PRODUCTION FRANCE 5 / GALAXIE PRESSE
ANNÉE 2008
carriere_uranium_niger HOLLANDE dans REFLEXIONS PERSONNELLES
Mine d’uranium au Niger. 

 Mines d’uranium au Niger:

Un scandale nommé COGEMA

Le nucléaire, l’uranium

et « l’indépendance énergétique »

française

Sur le site internet de COGEMA [1] on trouve les précisions suivantes: « Le groupe COGEMA est l’un des leaders mondiaux pour la production d’uranium naturel, il en produit de l’ordre de 7 000 tonnes par an soit environ 20% de la production mondiale. (…) En France plus de 70 000 tonnes d’uranium ont été exploitées depuis 1946. Les principaux gisements se situaient dans le Limousin, le Forez, la Vendée et l’Hérault (…). Dès le début des années soixante, les équipes de prospection du groupe COGEMA ont engagé des recherches hors de France (…). Les succès les plus remarquables ont été rencontrés au Gabon (près de 27 000 tonnes d’uranium découvertes et exploitées de 1960 à 1999) et surtout au Niger (près de 80 000 tonnes d’uranium produites depuis l’origine) (…) ».

L’année 1988 correspond à la production maximale des mines d’uranium en France mais à partir de cette date les fermetures de sièges miniers vont se succéder (a). Pourtant, huit ans plus tard, dans la publication CEA « Memento sur l’énergie 1996″ il est indiqué au chapitre« Réserves énergétiques françaises » que le taux d’indépendance de la France vis-à-vis de l’uranium est de 100% alors que les mines françaises sont en fin de vie. Dans les publications ultérieures ce chapitre a disparu.

Notons que cette façon de voir l’indépendance de la France est parfaitement logique dans le système économique actuel. La production d’une entreprise n’appartient pas au pays où l’entreprise est implantée mais à son propriétaire. Si les mines d’uranium en Afrique ou ailleurs sont la propriété de COGEMA alors l’uranium produit est français. L’économie moderne nous a permis de récupérer des territoires coloniaux que nous avions perdus. Une façon moderne de gérer la colonisation ! Ainsi, notre soit disant « indépendance énergétique » qui serait due à l’uranium vient, en réalité, d’Afrique depuis bien des années déjà, mais aussi du Canada, d’Australie, et COGEMA développe désormais des activités minières en Asie centrale dans des républiques de l’ex-URSS (Kazakhstan et Mongolie).

La réalité COGEMA et ses mythes

Une plainte avec constitution de partie civile pour « pollution, mise en danger de la vie d’autrui, abandon et dépôt de déchets concernant tous les sites miniers du Limousin » a été déposée contre COGEMA en mars 1999 par l’association Sources et Rivières du Limousin, trois ans après que plusieurs associations aient dénoncé la radioactivité des eaux du Lac de St Pardoux [2]. La COGEMA, en tant que personne morale, a été effectivement mise en examen le 30 août 2002 pour « pollution, abandon et dépôt de déchets ».

Comment est-ce possible ?

Les habitants du Limousin et de tous les sites miniers ne doivent-ils pas être rassurés et heureux des activités menées par COGEMA – la prospection, l’activité minière et la réhabilitation après la fermeture des installations – si l’on en croit le panégyrique publicitaire de COGEMA qu’on peut trouver sur internet ? Citons quelques passages. Les activités minières COGEMA ce n’est pas seulement « Découvrir et produire » mais aussi: « Favoriser le développement durable (…) En fin d’exploitation, COGEMA réaménage les sites miniers pour les rendre au milieu naturel et maintient une surveillance sur les sites une fois réaménagés. Sans attendre la phase de réaménagement, COGEMA entreprend à chaque stade des opérations, des actions de précaution et de prévention, afin de minimiser les impacts et les risques environnementaux ». « La sécurité et la santé des travailleurs, COGEMA a été pionnière dans la profession pour la protection des mineurs contre les radiations ionisantes (…) ». « Les relations avec les populations locales, COGEMA est à leur écoute et contribue à la vie économique et sociale de façon adaptée à chaque situation : – Assistance médicale dans les pays ne disposant pas de système de santé publique (exemple de l’hôpital d’Arlit au Niger) (…) «  Cette auto-complaisance a de quoi faire grincer les dents. Nous allons la confronter à deux réalités, celle du Limousin et celle d’Arlit au Niger.

COGEMA et les mines d’uranium en Limousin

Ne manquez pas de voir le film de Thierry LAMIREAU « Uranium en Limousin«  en Realvideo 21Kb [3] qui raconte une autre histoire, moins triomphaliste et plus triste, de sites saccagés, d’opposants, de travailleurs malades. L’histoire racontée par un médecin, de son patient qui a ses mouchoirs toujours jaunes comme est jaune la couleur du « yellowcake » issu des traitements chimiques du minerai d’uranium (b), qui va mourir et être autopsié et dont les résultats ne seront jamais communiqués.

Les oppositions à COGEMA ont été nombreuses en Limousin comme en témoigne la dizaine d’associations [4] créées au cours des ans dans toute la région. Michèle Granier (CLADE) nous fait un bref résumé: « En Limousin, la Division Minière de la Crouzille exploite l’uranium depuis 1949. Au début des années 1970 la contestation naît dans la population et une plainte en justice est déposée lorsque les déchets et matériaux provenant du démantèlement de l’usine du Bouchet [5] en région parisienne sont déversés dans une mine à ciel ouvert, Le Brugeaud, où sont stockées les boues de concentration du minerai. (Il a été question de 40 – 50 curies de radium 226 provenant du Bouchet). Il y a eu une grande variété de luttes ponctuelles, par exemple contre les permis d’exploitation dans les secteurs miniers.

Dans les années 90 les opposants ont obtenu une pré-étude sur l’état radiologique des sites d’exploitation du Limousin, payée par les Conseils Général et Régional, effectuée par la CRIIRAD, association indépendante (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité), et la société ALGADE choisie par la COGEMA. Les deux séries de mesures ont été concordantes mais pas l’interprétation des résultats ! Les conclusions de la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement) ont été celles d’ALGADE qui dédouanent la COGEMA.

En bref:

L’exploitation minière n’a eu aucun impact sanitaire en

Limousin !

L’inertie des élus et de la population aidant, les recommandations formulées par la CRIIRAD ont été enterrées. Mais cela n’empêche pas les problèmes de refaire surface très périodiquement: réservoirs d’eau potable de la ville de Limoges contaminés par les eaux d’exhaure des anciennes mines d’uranium « abandonnées ou délaissées ». Lac touristique de Saint-Pardoux faisant de la « rétention » de radioactivité dans les sédiments ; maison à taux de radon record, vendue à des particuliers par COGEMA, que Kouchner – le ministre de la santé de l’époque – fait évacuer, le tout avec procès à la clé (annulation de la vente au motif que COGEMA étant « expert en la matière » a réalisé une vente en connaissance du vice caché) ; plainte déposée par Sources et Rivières du Limousin pour « empoisonnement des eaux du Limousin » aboutissant en 2002 à la mise en examen de COGEMA (à suivre). Plainte le 2 octobre 2002 contre l’Etat Français,  le Ministère de l’Environnement chargé des installations classées, déposée par l’ADEPAL [5] auprès de la Commission des Communautés Européennes au sujet de l’autorisation préfectorale accordée à COGEMA de stockage de 199 900 tonnes d’oxyde d’uranium appauvri à Bessines, dans des hangars de surface (c). (Avec la réponse récente de la CCE l’Etat a gagné). D’autres actions ont eu lieu au cours des ans, on ne peut les citer toutes (d).

Hors Limousin

Concernant la Division Minière du Forez, l’étude mandatée par le Collectif des Bois Noirs, la Mairie de Saint Priest la Prugne et les élus locaux sera rendue début 2003. (A noter que la fermeture du site date de 20 ans et que c’est l’état du site et les préoccupations de santé des populations qui obligent les élus à se pencher sur le problème (mesures de la contamination du site par la CRIIRAD et SUBATECH choisi par COGEMA).

Par ailleurs la Division Minière de Vendée a, elle aussi, demandé à la CRIIRAD de faire une étude qui a obligé l’industriel à reprendre certains sites. Quant à la Division de Lodève (Hérault) elle sert de vitrine de « réaménagement modèle » mais il faut noter que jusqu’à présent la contestation ne s’est pas fait entendre. Il se pourrait que s’engage le même processus que sur tous les sites visités par COGEMA ».

Le scandale d’Arlit

COGEMA soit-disant: « pionnière pour la protection des mineurs d’uranium » !
Pour illustrer les « bonnes oeuvres » de la COGEMA en Afrique, le site minier d’Arlit au Niger est exemplaire et nous donnons ci-après la traduction par Anne-Marie Chenet (Stop Nogent) d’un article de Roger Moody publié par Wise-Amsterdam le 22 avril 1982 [6] :

 « Scandale de l’uranium au Niger » 

« Des gamins de quinze et seize ans se font irradier dans les mines sous contrôle français au Niger. Il n’y a quasiment aucune protection contre l’inhalation de gaz radon. La main d’oeuvre, presque exclusivement des nomades Touaregs, reste totalement ignorante des effets de l’exploitation minière. La détection des radiations et les contrôles sanitaires sont inexistants. »

Ce ne sont là que quelques uns des faits rapportés par un réalisateur de télévision britannique qui, avec une équipe de caméramen de l’émission Panorama (UK) ont été les premiers étrangers à visiter Arlit dans la partie nord du Niger. [Le réalisateur] Christopher Olgiati est un jeune homme grand et mince, parlant avec aisance. Il n’exprime pas de griefs particuliers contre le gouvernement militaire du Président Kountché: de fait il le défend contre l’accusation qui s’est répandue selon laquelle le gouvernement aurait permis aux Lybiens de détourner le minerai d’uranium. (Olgiati pense que c’est peut-être une désinformation qu’a fait courir la CIA).

Pour ce que j’en sais Chris Olgiati peut très bien être un défenseur de l’énergie nucléaire. Mais ce qui l’a choqué lors de sa visite durant dix jours de cette région uranifère, une des plus importantes de la planète, ce sont les conditions de vie de la main d’oeuvre locale. Et le contraste avec celles des Français qui occupent les postes de direction.

« Arlit est absolument au milieu de nulle part » m’a-t-il dit dans une interview en exclusivité.  » C’est une oasis artificielle construite selon le modèle colonial. Elle a sa propre ville-dortoir avec supermarchés, courses de chevaux, produits de luxe importés de la métropole. Un incroyable choc culturel si l’on compare avec les travailleurs nomades ». Selon Olgiati c’est la main d’oeuvre nomade qui vient vers la compagnie plutôt que l’inverse. Souvent les nomades ne restent pas plus d’une semaine, prennent leur paie et s’en vont. Certains ne restent qu’une journée. « C’était la grande récrimination française » dit Olgiati, « les ouvriers ne font juste que passer ».

« Il va de soi que les Français n’informent pas les indigènes qu’ils travaillent dans les mines les plus dangereuses du monde, ils n’entendent jamais parler de mesures dosimétriques des rayonnements et un suivi sanitaire quel qu’il soit est impensable ».

« Un sympathique directeur d’Arlit nous a concédé que les nomades travaillaient dans l’ignorance absolue de ce qui pouvait leur arriver dans vingt ou trente ans ». Il y a de grandes mines souterraines à Arlit que l’équipe de la télévision a visitées: « une journée sous terre était plus qu’assez » a commenté Olgiati. « Le renouvellement d’air semblait correct mais le bruit du forage était insupportable. Je n’ai vu personne porter de masque. Les mineurs remontent des galeries en fin de journée recouverts de poussière radioactive de la tête aux pieds ». Arlit n’est pas la seule mine d’uranium du Niger mais elle a été la première et elle reste la deuxième en importance. La production commerciale a démarré en 1971 – la production a été de 1900 tonnes en 1980. La teneur moyenne en uranium est actuellement de 0,25% mais en 1978 elle atteignait les 3%. Si l’on se réfère au terrible taux de mortalité parmi les mineurs des mines de Kerr McGee dans les années 50-60 (et leurs conditions de travail étaient probablement meilleures qu’ici) cela signifie que les Français ont signé l’arrêt de mort de milliers de Nigériens dans les années à venir.

Seulement le tiers du consortium SOMAIR d’Arlit appartient au gouvernement nigérien. La COGEMA (filiale du CEA, Commissariat à l’Energie Atomique) en détient 27% tandis que la société IMETAL en détient aujourd’hui 19% à travers la compagnie française MOKTA. L’autre géant français de l’uranium MINATOME détient 8% des actions. Des parts moindres sont détenues par Urangesellschaft (6,5%) ouest-allemande et la société italienne AGIP (6,5%) (e). Mais la direction est solidement tenue par les Français. « J’ai eu l’impression d’être en première ligne » dit Olgiati. « Arlit est très important pour les Français. Ils ont une station émettrice très puissante qui communique directement avec la France et ils ont littéralement haï qu’il y ait une équipe de télévision ici ». L’uranium du Niger est non seulement indispensable au programme électronucléaire massif de la France mais aussi à sa production d’armement (…). L’uranium est transporté vers le monde extérieur par camions vers le Bénin et aussi vers la Libye par Agadez à 250 km au sud-est d’Arlit où l’avion prend la relève. Chaque convoi est gardé sévèrement mais des accidents et des déversements de « yellowcake » sont chose courante. « Il y a toutes sortes d’histoires qui circulent au sujet de déversements d’uranium hors des camions et qui contaminent les réserves d’eau » dit Olgiati.

Cependant, le plus grand danger est la mine elle-même. Ici, des gens parmi les plus pauvres de la planète travaillent dans un environnement parmi les plus mortels qui soient pour fournir l’énergie aux norias de trains mus à l’électricité des nations les plus riches et alimenter leurs bombes en combustible. Ils sont maintenus dans l’ignorance totale des conséquences de leur travail et lorsqu’ils mourront leur corps ne sera même pas soumis à la formalité d’un examen post-mortem [autopsie]. Il serait difficile de trouver un exemple plus frappant de néo-colonialisme rampant.

Remarque : Ce scandale des conditions de travail des mineurs d’uranium africains n’a jamais fait partie des préoccupations syndicales en France. Ni d’ailleurs des ONG comme Médecins du Monde que nous avons essayé de sensibiliser à ce problème, mais sans succès [7].

Ceci n’est pas étonnant puisque même en France les syndicats des mineurs d’uranium ne se sont guère intéressés à l’excès de mortalité par cancers chez les mineurs d’uranium en particulier par cancers du poumon. Bien plus, ils ont contribué à masquer le problème comme en témoigne le fait que la réunion sur le thème des déchets miniers et de la surmortalité par cancer chez les mineurs d’uranium [8] n’a pu se tenir à Bessines le 16 décembre 1993 que sous la protection des gendarmes pour empêcher l’intervention violente des dirigeants syndicaux (CGT) qui voulaient casser le matériel de projection de Thierry LAMIREAU.

Bella BELBEOCH,
Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°95.

Références:

[1] COGEMA: Compagnie Générale des Matières Nucléaires, dont la présidente est Anne Lauvergeon (ancienne sherpa de François Mitterrand). Dans le cadre de la réorganisation de la filière nucléaire, création le 3 septembre 2001 par CEA-Industrie, Framatome et COGEMA, du groupe AREVA dont le directoire est présidé par Anne Lauvergeon. Dans AREVA: un pôle nucléaire avec COGEMA et Framatome ANP – Framatome Advanced Nuclear Power Inc.- (66% Framatome et 34% Siemens) et un pôle « technologie de l’information et de la communication » avec FCI (Framatome connections international) et ST Microelectronics. [Framatome ANP est très présent aux USA, entre autres pour assurer la maintenance des réacteurs]

[2] La Montagne, 7 sept. 2002 « La Cogéma mise en examen »

[3] Thierry Lamireau, 6, bis route de la FULY, 74150 RUMILLY. Uranium en Limousin, film/vidéo de 36 mn, 1ère version 1993, Copyright Thierry Lamireau 1995. Plusieurs fois primé: mai 1994 2ème prix au Festival Audiovisuel des Cultures Minorisées d’Europe. Septembre 1994 « Meilleure oeuvre vidéo » 5èmes rencontres de l’Image-Nature et Environnement, Martigues. Novembre 1994 1er prix catégorie « amateur », Rencontres Documentaires Traces de Vie Vic Le Comte/Clermont-Ferrand. Mars 1995, Prix du Ministère de l’Environnement au Festival Eurorégional du Film d’Environnement de Roubaix. Projeté dans plusieurs festivals dont le Festival du Film Scientifique de Palaiseau (Novembre 1995) et le Festival « Territoires en Images » (Institut de Géographie, Paris, Mars 2002), etc.

[4] Amis de la Terre Limousin et Marche, APMA Association de la Protection des Monts d’Ambazac, ALV les Amis du Limousin Vert, APPSP Association pour la Protection du Pays de Saint-Pardoux, AICIN Association Intercommunale d’Information sur le Nucléaire, ADEMAU Association de Défense des Monts d’Auriat, CRIIRAD Marche-Limousin, CLAN Collectif Limousin pour une Alternative au Nucléaire, CLADE Coordination Limousine Anti-Déchets Radioactifs, ADEPAL Association de Défense du Pays Arédien en Limousin. Il en manque peut-être !

[5] En région parisienne, à l’usine du Bouchet (CEA) les murs de certains laboratoires étaient devenus jaunes-orangés, comme les poudres d’uranates traités… N’étant pas d’une santé florissante les travailleurs du Bouchet ont eu du mal à se recaser pour raisons médicales dans les centres CEA après la fermeture de l’usine en 1971 et certains devaient être licenciés ce qui est apparu comme le début d’une campagne plus générale de licenciements prévus par l’administration du CEA qui a entraîné une riposte du personnel (« Non à la politique du citron pressé, non aux licenciements »), les syndicats ont appelé à la grève le 5 mai 1971, largement suivie à Saclay.

Il n’y a pas eu d’étude épidémiologique sérieuse des travailleurs du Bouchet. Obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle de ceux morts par cancer est un véritable parcours du combattant. En 1990 la décontamination du site n’était toujours pas terminée et suscita de multiples protestations d’habitants du voisinage (Ballancourt, Itteville, Vert-le-Petit) en particulier des Amis de la Terre. Le Parisien des 28-29 avril 1990 titrait « Essonne : 20 000 tonnes de déchets nucléaires dorment près de Paris ».

[6] WISE-Amsterdam, Number 134.967, 22.4.82 (WISE, World Information Service on Energy). Nous remercions Wise-Amsterdam pour nous avoir retrouvé ce document de 1982. (En 1982 Roger Moody habitait Londres. Militant très actif il a, entre autres, fondé un groupe de recherche et d’action en faveur des minorités indigènes coloniales, il collaborait à Wise-Amsterdam, et devait se rendre en Australie visiter une mine appartenant à COGEMA).Wise publie désormais un bulletin Nuclear Monitor conjointement avec Nuclear Information and Resource Service (NIRS, Washington- USA). Contact: WISE Amsterdam, PO Box 59636, 1040 LC Amsterdam,http://www.antenna.nl/wise

[7] Lors de cette rencontre le 12 mai 1987 avec plusieurs membres de Médecins du Monde (le président était à l’époque Bernard Kouchner) nous avons expliqué les problèmes liés aux mines d’uranium, l’importance des mesures de radioprotection (évidemment ces mesures ont un coût qui se répercute sur le prix de l’uranium), signalé ce témoignage paru dans le bulletin de WISE sur l’emploi d’adolescents Touareg. Nous leur avons suggéré de faire une enquête sur les conditions de travail à Arlit. Cela ne devait pas poser de problèmes car des médecins de MdM sont présents en Afrique. Aucun écho, si ce n’est qu’au cours de la discussion il est apparu qu’une des femmes présentes était descendue dans une mine souterraine d’Arlit (il y a aussi à Arlit des mines à ciel ouvert). Elle ne s’était pas inquiétée des conditions de travail mais a pali quand on a expliqué l’importance du radon et des poussières d’uranium sur l’incidence des cancers du poumon.

[8] Roger Belbéoch, « Les risques de cancer chez les mineurs d’uranium français«  La Gazette Nucléaire 129/130, décembre 1993, p.10-15. Colloque Uranium et Santé, Limoges novembre 1993.

Notes:

a) Dossier:  »l’uranium », par Pierre-Christian GUIOLLARD http://www.minerapole.com/f_/fi_01_1.html. Jouac, la toute dernière mine d’uranium française non loin de Limoges, a fermé le 31 mai 2001. D’après la publication CEA Informations utiles, Edition 2001, la répartition de la production d’uranium en 1999 par les compagnies du groupe COGEMA (5528 tonnes) était la suivante: Afrique 58% ; Canada 32% ; Jouac 8% ; divers (USA) 2%.

b) Le « yellowcake » est un concentré issu du traitement chimique du minerai. C’est un diuranate de couleur jaune. A Bessines ces traitements étaient effectués à l’usine SIMO (Société Industrielle des Minerais de l’Ouest). C’est sous forme de « yellowcake » que l’uranium est ensuite envoyé aux différentes usines de conversion.

c) La présence d’un tel tonnage d’oxyde d’uranium appauvri sous forme de poudre n’a guère mobilisé les antinucléaires hors Limousin. Et pourtant si un avion s’écrasait sur les hangars ou si un incendie se déclarait (acte malveillant, amorçage de réaction chimique transformant UO2 résiduel en U3O8 etc.) ce serait pire que la dispersion des oxydes formés par l’impact des obus utilisés dans la guerre du Golfe et au Kosovo car, dans les hangars, c’est déjà de l’oxyde d’uranium sous forme de poudre qui se disperserait.

d) Action collective symbolique réussie à Auriat: deux forages destinés à l’étude de l’enfouissement en couche géologique profonde de déchets radioactifs sont définitivement bouchés. Il ne s’agissait pas de la COGEMA mais de forages de l’Institut de Protection et de la Sûreté Nucléaire (IPSN).

e) D’après Wise-Amsterdam (mise à jour 2 août 2002) deux groupes SOMAIR et COMINAK se partagent l’exploitation de l’uranium au Niger dans les sites respectifs d’Arlit et Akouta et COGEMA est majoritaire: SOMAIR: 56,86% COGEMA, 6,54% Urangeselschaft Allemagne, 36,6% ONAREM Niger. COMINAK: 34% COGEMA, 31% ONAREM Niger, 25% OURD Japon, 10% ENUSA Espagne http://www.antenna.nl/wise/uranium/uoafr.html

A lire :

- Communiqué de la CRIIRAD, 16/02/2005: Areva – Niger – Uranium

- (format word): Malgré l’opposition des filiales de la COGEMA, la CRIIRAD et SHERPA ont mis le pied au Niger et commencé les investigations autour des sites miniers (déc. 2003).

Le Limousin radioactif

Radon, un gaz mortel qui vient du sol

La mine de IMOURAREN au NIGER…

Les manœuvres qui battent leur plein à Paris pour placer des fidèles aux postes clés de la filière électrique, renvoient au rôle stratégique que représente le groupe nucléaire français AREVA. Après avoir débarqué Anne Lauvergeon en 2011, l’Elysée compte garder la main sur le groupe nucléaire qui exploite au Niger l’un des plus grands gisements d’uranium en Afrique. AREVA mène avec EDF des discussions difficiles pour des opérations de fourniture de combustible et de prise de participation dans des actifs miniers. Le groupe AREVA assure que les négociations portent essentiellement sur la future mine d’Imouraren au Niger.

Il s’agit de la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique, et la deuxième au monde. Le complexe de la future mine démarrera, vraisemblablement, en 2015 pour un investissement d’au moins 1,2 milliard d’euros. A terme, le groupe français compte sur une production annuelle de 5000 tonnes. Pourtant, l’Etat français actionnaire à plus de 80% d’AREVA, a des soucis à se faire, surtout avec l’entrée envahissante de la Chine en Afrique. Pour répondre à ses énormes besoins en énergie, Pékin a établi un ambitieux programme nucléaire qui prévoit la construction de plus d’une vingtaine de réacteurs nucléaires. Un programme qui s’étalera sur plusieurs années et qui risque de rendre la compétition plus ardue entre la France, présente de longue date en Afrique, et le nouvel arrivant. Ce qui amène les observateurs à considérer que la situation de déstabilisation qui prévaut actuellement dans le Sahel ne va pas totalement contre les intérêts français. Il est vrai que sept salariés d’AREVA travaillant sur le site d’exploitation d’Arlit, au Niger, ont été enlevés en septembre 2010 par un groupe terroriste se réclamant d’Aqmi. Trois d’entre eux ont été relâchés depuis, alors que les jihadistes exigent des dizaines de millions d’euros pour la libération des quatre autres captifs. Pour sa part, Paris assure régulièrement qu’il poursuit ses efforts pour la libération des otages. Des efforts qui n’excluent certainement pas un renforcement de la présence militaire française dans la région, avec la caution des gouvernements locaux.

- Communiqué de presse CRIIRAD et ONG

AGHIRIN’MAN du 28/08/12 (IMOURAREM)

pdf_icon LUC OURSEL dans SANTE PUBLIQUE Lire le communiqué en Pdf

La CRIIRAD et l’ONG AGHIR IN MAN demandent la révision de l’étude d’impact concernant le projet d’exploitation de la mine d’IMOURAREN par AREVA au Niger

La plus grande mine d’uranium d’Afrique

Le gouvernement du Niger et AREVA ont signé le 5 janvier 2009 à Niamey la convention minière attribuant à AREVA le permis d’exploitation du gisement d’uranium d’Imouraren, situé au nord d’Agadez .
Selon AREVA, il s’agit du « plus grand projet industriel jamais envisagé au Niger. Imouraren est la mine d’uranium la plus importante de toute l’Afrique et la deuxième du monde » « Le démarrage de sa production …/… permettra au Niger de doubler sa production actuelle et de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium ».
Selon l’étude d’impact initiale, le gisement s’étend sur 8 km de long et 2,5 km de large et le site industriel couvrira une surface de 200 km2.
Compte tenu des réserves estimées à 179 000 tonnes d’uranium, la production à terme est estimée à 5 000 tonnes d’uranium par an pendant plus de 35 ans. Le gisement principal étant situé à une profondeur moyenne de 130 mètres, son exploitation par mine à ciel ouvert nécessitera la manipulation de près de 3,8 milliards de tonnes de roches dont 85 millions de tonnes de stériles radioactifs et 245 millions de tonnes de minerai exploitable.

Les conditions d’extraction de l’uranium qui seront mises en place ne sont pas celles décrites dans l’étude d’impact initiale

Dans son étude d’impact sur l’environnement, AREVA avait indiqué que l’uranium serait extrait des minerais selon deux techniques : 58 % par lixiviation dynamique et 42 % par lixiviation en tas produisant ainsi au total 245 millions de tonnes de résidus radioactifs.
Lors de la réunion du Comité Local d’Information qui s’est tenue à Arlit en décembre 2011, AREVA a annoncé que finalement l’ensemble des minerais seraient traités par lixiviation en tas. Ceci constitue une modification fondamentale du projet qui nécessite une révision de l’étude d’impact.
Quel que soit le procédé utilisé, l’extraction de l’uranium conduira à la production de centaines de millions de tonnes de résidus radioactifs dont AREVA n’est pas actuellement en mesure de définir comment en sera garanti le confinement pendant des centaines de milliers d’années.
Dans le cas des mines exploitées par les filiales d’AREVA depuis plus de 40 ans dans la région d’ARLIT, environ 45 millions de tonnes de ces résidus sont toujours actuellement à l’air libre. Les poussières radioactives et le radon peuvent se disperser au gré des vents.

Des puits sont asséchés dans l’environnement du site

d’Imouraren

Selon l’étude d’impact initiale d’AREVA, l’extraction de l’uranium à Imouraren entraînera une forte consommation d’eau de la nappe fossile (12 à 13 millions de mètres cubes par an) et conduira à « un assèchement local des nappes du Tchirezine 2 et du Teloua dans l’environnement proche en fin d’exploitation ». Pour « atténuer et compenser » cet impact, AREVA indiquait dans l’étude d’impact que de nouvelles études hydrogéologiques allaient être réalisées. Cela signifie que le projet a été lancé sans qu’AREVA ait une connaissance satisfaisante des réserves en eau et de l’impact effectif de ses activités au plan hydrogéologique.
Fin 2011, AREVA a annoncé le lancement prochain des opérations de « dénoyage » du site. C’est-à-dire que les eaux souterraines sont pompées et déversées dans un gigantesque bassin à ciel ouvert. La mise en place de la mine ne peut en effet se faire que si le gisement est à sec.
Dans le cadre d’une visite de terrain réalisée il y a quelques mois, l’ONG AGHIRIN’ MAN a constaté que de nombreux puits traditionnels utilisés par la population locale de la région étaient asséchés. C’est en particulier le cas du puits de Tizirfitik situé à une trentaine de kilomètres au sud du gisement et utilisé par les populations des villages de Fichet et Tizirfitik. L’usage de ce puits est vital car il est habituellement utilisé durant la saison sèche lorsque les autres captages sont asséchés. L’existence de ce puits est mentionnée dans l’étude d’impact d’AREVA mais aucun résultat de suivi de la qualité des eaux de ce puits et du niveau d’eau n’est indiqué dans le dossier.
Selon les témoignages recueillis sur place par l’ONG AGHIRIN’ MAN auprès des populations concernées, l’assèchement de ce puits est un phénomène nouveau. Interpellé il y a quelques semaines par AGHIRIN’ MAN dans le cadre d’une réunion présidée par le préfet à Arlit, le directeur général d’AREVA uranium Niger a indiqué qu’il n’était pas au courant. En attendant, la population est contrainte d’utiliser les eaux de surface déposées par les pluies mais dès la saison sèche, à partir du mois d’octobre, la situation sera réellement critique pour ces populations qui vivent en zone désertique.

La création d’une zone d’exclusion de 450 km2 n’était pas indiquée dans l’étude d’impact.

AREVA a annoncé son intention de créer un périmètre « sanitaire » de 450 km2 autour du complexe industriel d’Imouraren. Cette zone sera interdite d’accès tant aux populations qu’aux animaux. Les populations seront ainsi privées de 450 km2 d’espaces pastoraux. Cette contrainte n’était pas explicitée dans l’étude d’impact initiale.

Les demandes de la CRIIRAD et de l’ONG AGHIRIN’MAN

Pour toutes ces raisons, et à l’issue de réunions de travail à Valence (France) du 21 au 28 août 2012, la CRIIRAD et l’ONG AGHIRIN’MAN demandent qu’AREVA réalise une nouvelle étude d’impact environnemental et apporte des réponses précises aux questions concernant l’impact hydrogéologique et l’entreposage à long terme des déchets radioactifs, ainsi que les moyens de compensation pour les populations touchées. Cette nouvelle étude d’impact devrait pouvoir être expertisée par des scientifiques indépendants et être discutée lors de nouvelles audiences publiques à réaliser avant la mise en production de la mine d’IMOURAREN.

Rédacteurs : Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la CRIIRAD et Ghamar Illatoufegh, secrétaire général d’AGHIRIN’ MAN

Pour plus de renseignements :

CRIIRAD : par mail : bruno.chareyron@criirad.org ou par téléphone : 04 75 41.82.50
AGHIRIN’MAN : par mail aghirin_man@yahoo.fr ou par téléphone 00 227 96 87 24 98
Site CRIIRAD : www.criirad.org
Site AGHIRIN’MAN : http://aghirinman.blogspot.fr

CRIIRAD Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité 

Copyright © 2012

Areva assure qu'aucun salarié au Niger n'est exposé à un niveau dangereux de radiations.
AREVA assure qu’aucun salarié au Niger n’est exposé à aucun niveau dangereux de radiations. – © ALBERTO OG via FlickR / Licence Creative Commons

Nouveau terrain miné !

AREVA, leader mondial de l’énergie nucléaire, va exploiter à partir de 2014 une troisième mine d’uranium au Niger, sur le site d’Imouraren. Un gisement géant dont seront extraites chaque année 5000 tonnes de cet élément radioactif naturel.

Le gisement d’Imouraren est stratégique. D’abord pour AREVA, présent depuis 40 ans au Niger. Le groupe exploite déjà deux sites dans ce pays, qui lui assurent 3000 tonnes d’uranium par an. De quoi alimenter un tiers des centrales hexagonales. Mais aussi pour le Niger, puisque la nouvelle mine placerait le pays au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium.

Mais les ONG craignent des conséquences néfastes pour les populations locales et l’environnement. La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) et l’Association Nigérienne Aghir In Man redoutent « l’assèchement et la contamination des ressources en eau et la disparition des espaces pastoraux sur des centaines de kilomètres carrés ». L’agropastoralisme représente 10% du PIB, contre la moitié pour l’exploitation de l’uranium.

Des résidus radioactifs à l’air libre

AREVA, contactée par BazikPress, réfute ces allégations et vante plutôt les bénéfices pour la population: construction de puits et investissements en faveur de l’éducation.

L’entreprise certifie également que ses activités respectent les normes internationales et que ses salariés sont soumis à de faibles niveaux d’exposition à la radioactivité. Depuis décembre 2011, des observatoires de santé ont été mis en place pour assurer le suivi sanitaire des employés et des riverains. Sur les 135 personnes examinées, « aucune maladie professionnelle due aux rayonnements ionisants n’a été détectée ».

Pour autant, la justice française a condamné AREVA en mai 2012 à la suite du décès d’un ancien employé de la mine d’Akokan au Niger, mort en 2009 d’un cancer du poumon lié aux poussières d’uranium. L’entreprise a fait appel.

Depuis des années, des associations comme Sherpa, Greenpeace et Médecins du monde pointent également les risques liés au stockage à l’air libre des résidus extraits des mines. La dispersion par le vent de poussières radioactives serait à l’origine d’une contamination des sols et eaux.

« Le niveau de radiation devant l’hôpital de la Cominak atteignait des valeurs jusqu’à 100 fois supérieures à la normale [en 2007]« , mentionne un rapport de la CRIIRAD. Et selon Raphaël Granvaud, de l’association Survie, interviewé par Terra Eco, le nombre de personnes atteintes d’affections pulmonaires dans la zone des mines est « deux fois supérieur au reste du pays ».

Damien DUBUC (Bazikpress)

Niger :

AREVA exploitera une nouvelle mine

d’uranium en 2014

AREVA va bientôt débuter l’exploitation d’une nouvelle mine d’uranium au Niger. Une activité sans risque pour les hommes ni pour l’environnement, assure l’entreprise. Ce que contestent vivement les ONG, qui s’inquiètent.

Niger : Areva exploitera une nouvelle mine d'uranium en 2014

®Novethic

Le nucléaire français a encore de l’avenir. AREVA, leader mondial de l’énergie nucléaire, doit en effet débuter fin 2014 l’exploitation d’une troisième mine d’uranium au Niger, sur le site d’Imouraren, dans le nord du pays.
Le gisement, de 8 km de long sur 2,5 km de large, contient une grande quantité de cet élément radioactif naturel. AREVA va en extraire 5 000 tonnes par an sur au moins 35 ans, pour alimenter les centrales françaises notamment. Mais le gisement étant situé entre 110 et 170 mètres de profondeur, il va falloir extraire 3,8 milliards de tonnes de roches (!) pour atteindre le précieux élément. Le paysage désertique va vite voir pousser sur 200 km 2 – l’étendue du site industriel – des collines de roches…

Une mine qui donne soif aux bêtes

Une fois le précieux élément extrait, il va encore falloir utiliser beaucoup d’eau et de produits chimiques afin de le séparer de la roche. On ne devrait en effet trouver en moyenne que 800 grammes d’uranium par tonne de roche extraite.
Dans ces conditions, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD), et l’Association Nigérienne, Aghir In Man, s’inquiètent. Lors d’un point presse tenu à Valence mercredi, elles ont dénoncé « l’assèchement et la contamination des ressources en eau » et « la disparition des espaces pastoraux sur des centaines de kilomètres carrés » qui vont découler de l’exploitation de la mine.
Le secrétaire général de l’ONG nigérienne, Ghamar Ilatoufegh, s’est rendu il y a deux mois sur le site de la mine, où les travaux ont commencé depuis 2009. « La mine a commencé à être creusée », a-t-il expliqué lors du point presse, repris par l’AFP. Il craint une disparition des espaces pastoraux « sur des centaines de kilomètres carrés ». Et ce d’autant plus qu’un « périmètre sanitaire couvrira quelque 450 km », inaccessible aux populations nomades et leurs animaux, et « sans compensation ». « Ces populations sont en train d’être expropriées de leur surface de vie par AREVA », s’est-il plaint.
« La surface de la mine occupe moins de 0,03% de la surface de la région du Nord du Niger. Les nomades ne sont pas privés de leurs lieux de passage », réplique Marie-Laure Lefébure, directrice adjointe de la communication d’AREVA Mines. Elle ajoute que l’entreprise va construire des puits à pompe solaire pour permettre de poursuivre les activités agropastorales.
Mais l’eau, dans la région, est une ressource rare. Le fait qu’AREVA pompe le liquide « dans une nappe fossile, qui se renouvelle à un rythme millénaire, va provoquer son assèchement rapide et être catastrophique pour l’agropastoralisme, qui pèse dans le PIB nigérien deux fois plus que l’exploitation de l’uranium », avance de son côté Raphaël Granvaud, membre de l’ONG Survie qui a publié en février 2012 « AREVA en Afrique. Une face cachée du nucléaire français » (éditions Agone).

Des collines de résidus radioactifs à l’air libre…

Autre inquiétude : les collines de roches qui vont progressivement s’élever en raison de l’extraction des milliards de tonnes de roches, qu’elles soient dites « stériles », car de faible teneur en uranium, ou traitées pour en extraire l’élément radioactif, vont être source de pollution de l’air et des sols. C’est du moins ce qu’estime la CRIIRAD, en se basant sur des études réalisées en 2010 avec Greenpeace International sur les sites des mines de Somaïr et Cominak, également exploitées par AREVA dans la région d’Arlit, à 80 km d’Imouraren.
En réponse à ce rapport jugé « à charge et caricatural sur les activités d’AREVA au Niger », l’entreprise a publié en février 2011 le document « AREVA et le Niger, un partenariat durable » « réfutant point par point les accusations », explique Marie-Laure Lefébure.
Elle nous confirme par ailleurs que, comme pour ces deux autres sites, les roches stériles d’Imouraren seront stockées à l’air libre. Idem pour les millions de tonnes de « résidus issus du traitement du minerai ». Encore radioactifs, ils seront entassés de manière compacte sous forme de verses (sortes de petites montagnes étendues, ndlr), comme c’est le cas à Cominak et Somaïr.

… mais 100% sûrs, selon l’entreprise

Mais la responsable d’AREVA se veut rassurante : « La verse de Cominak repose sur des argiles et celle de Somair sur un revêtement étanche. Elles sont ceinturées de digues. Une couche épaisse et très indurée se forme en surface de ces résidus lors de leur séchage, évitant l’envol de poussières. »

Donc circulez, il n’y a rien à voir!

Les alertes à la pollution des sols et de l’eau et à la contamination des travailleurs des mines comme de la population lancées depuis des années par différentes ONG (Sherpa, Médecins du Monde et bien sûr la CRIIRAD) ne seraient donc, d’après AREVA, pas justifiées. « AREVA est une entreprise responsable, dont les sites d’extraction d’uranium répondent à la norme ISO 14001 et sont soumis à de fréquents contrôles. Nous avons mis en place en 2000 un réseau de surveillance de l’air, de l’eau, des sols et de la chaîne alimentaire. Tous nos résultats montrent que notre politique environnementale est conforme aux normes internationales. » Et Marie-Laure Lefébure de préciser, encore, que l’Observatoire de la Santé mis en place au premier semestre 2012, en partenariat avec l’association Sherpa, a procédé à l’examen médical de 710 anciens travailleurs miniers.
« Aucune maladie professionnelle due aux rayonnements ionisants n’a été détectée. »

Des roches dites « stériles » qui polluent quand même les

villes

Pourtant, la CRIIRAD a relevé la présence de matériaux radioactifs dans les rues et certains lieux publics, jusque devant un hôpital. En 2007, elle a informé le Centre National de Radioprotection de Niamey ainsi qu’Anne Lauvergeon, alors présidente d’AREVA, de la découverte de niveaux de radiation anormalement élevés dans les rues d’Akokan, à quelques kilomètres de la mine d’uranium Cominak. « Le niveau de radiation au contact du sol devant l’hôpital de la Cominak atteignait des valeurs jusqu’à 100 fois supérieures à la normale. Il s’agissait probablement de stériles miniers issus de la mine Cominak et réutilisés pour la constitution de la piste. Compte tenu du niveau de radiation mesuré ces matériaux devraient être qualifiés de « déchets radioactifs ». Ils engendrent un niveau de risque cancérigène par exposition externe », peut-on lire dans un rapport. Et Raphaël Granvaud, de Survie, d’ajouter que le nombre de personnes atteintes d’affections pulmonaires est, dans la zone des mines d’uranium,   »deux fois supérieur au reste du pays ».

Face à cette guerre des chiffres et des arguments, l’Etat nigérien, lui, se range du côté d’AREVA. L’entreprise française est en effet le premier employeur privé du pays, et son principal partenaire industriel depuis 40 ans. De plus, grâce à Imouraren, qui sera la plus importante mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest et la deuxième au monde, le Niger se placera au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium, en doublant sa production actuelle.

De quoi fermer les yeux…

> Aller plus loin avec Novethic.fr

L’héritage radioactif des mines d’uranium

COMMUNIQUÉ CRIIRAD
15 octobre 2012
Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité
471 av. V. Hugo – 26000 Valence
L’HERITAGE RADIOACTIF DES MINES
D’URANIUM
CREATION DU COLLECTIF « MINES
D’URANIUM »
Venant de différentes régions de France et du Niger, des associations ont décidé d’unir leur force pour combattre les conséquences sanitaires et environnementales de l’exploitation de l’uranium.
Lire la déclaration commune avec la liste des signataires Les 23 et 24 août 2012, les représentants de 12 associations se sont réunis à Lavoine près de Saint-Priest-La-Prugne (Loire), à proximité du site des Bois Noirs Limouzat où le CEA, puis la COGEMA, ont extrait et traité du minerai d’uranium. Ce travail a abouti à la rédaction d’une déclaration commune qui a été examinée courant septembre par chaque association et que toutes ont décidé de signer. A ce jour, 13 départements français sont concernés (Allier, Cantal, Corrèze, Creuse, Deux-Sèvres, Finistère, Haute-Vienne, Loire, Loire Atlantique, Maine et Loire, Morbihan, Puy-de-Dôme, et Vendée) mais ce premier réseau est appelé à s’étendre.
L’objectif du COLLECTIF MINES D’URANIUM est de travailler en synergie sur les problèmes qui sont communs à l’ensemble des sites miniers, réutilisation de stériles uranifères comme remblais, pollution du milieu aquatique, contrôles inadaptés et bilans environnementaux biaisés, défaut de réglementation et de sanction des dysfonctionnements, décisions basées sur les rapports de force, etc. Il s’agit de faire front face aux moyens puissants dont dispose AREVA.
Cette action est urgente car ce qui s’organise dans l’ombre, c’est l’abandon des sites par l’exploitant et le transfert des responsabilités et des problèmes à la collectivité. Afin que les habitants n’aient pas à payer l’addition ou à subir la contamination, il est essentiel de faire appliquer le principe du « pollueur payeur », d’obtenir la décontamination des zones et habitations affectées et le maintien de la responsabilité des producteurs de déchets aussi longtemps qu’aucune solution de confinement pérenne n’a été apportée.
Tirer les leçons des erreurs commises en France pour en faire profiter les populations confrontées au développement des mines d’uranium. En France, les mines d’uranium constituent un héritage radioactif mais, dans un certain nombre de pays, l’exploitation est en cours, voire en plein développement.
C’est en particulier le cas au NIGER d’où vient une part importante de l’uranium qui alimente les centrales nucléaires françaises.
Les journées d’action et de formation d’août dernier ont accueilli des représentants de l’ONG AGHIR IN MAN, et notamment son président, monsieur Almoustapha ALHACEN. Cette ONG œuvre dans ce pays pour la protection de l’environnement et de la santé de la population. Elle travaille en particulier sur l’impact des mines d’uranium exploitées par les filiales d’AREVA dans la région d’Arlit, à 250 km au nord-ouest d’Agadez, et se trouve désormais confrontée au colossal projet d’Imouraren.
Depuis le lancement, en 2002, de son partenariat avec AGHIR IN MAN, la CRIIRAD a engagé des actions de formation et de contrôles environnementaux dans un certain nombre d’autres pays, notamment en Namibie, au Mali, au Malawi, au Brésil, en Finlande et en Bulgarie. On peut espérer qu’à terme, le réseau de solidarité s’étende et gagne en efficacité.
L’objectif est de transmettre aux citoyens et associations de ces pays, les enseignements tirés de ce qui s’est passé en France afin d’éviter les mêmes erreurs, voire des opérations encore pires, si l’on se base sur ce qui se passe au Niger.
Il s’agit également de les aider à décrypter, preuves à l’appui, les discours mensongers sur l’innocuité de l’uranium et la propreté de l’exploitation.
Premières actions communes
Au vu des différents agendas, deux actions ont été jugées prioritaires par les membres du collectif mines d’uranium :
1/ obtenir la publication des résultats des campagnes de mesures héliportées destinées à repérer les zones de réutilisation des stériles miniers radioactifs (des zones qui sont anormalement irradiantes) ;
2/ obtenir la définition de critères de décontamination suffisamment protecteurs et applicables partout car ce qui prévaut aujourd’hui, c’est le rapport de force et il est rarement favorable aux habitants.
QUELQUES RAPPELS
Entre 1948 et 2001, près de 200 mines d’uranium ont été exploitées sur le territoire français, générant de l’ordre de 200 millions de tonnes de déchets appelés « stériles », un terme trompeur car ces roches présentent des niveaux de radioactivité qui n’ont rien de négligeable (composées de roches excavées pour accéder au minerai et de minerais dont le teneur en uranium est inférieure aux teneurs exploitables).
Aux installations d’extraction du minerai, se sont ajoutées les installations de traitement mécanique et chimique pour extraction de l’élément uranium qui ont produit plus de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs.
Les stériles sont des déchets radioactifs dont l’activité massique est typiquement de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de Bq/kg ; les résidus issus du traitement mécanique et chimique des minerais ont des activités de plusieurs centaines de milliers de Bq/kg. Dans les deux cas, il s’agit de déchets radioactifs de très longues durées de vie : périodes radioactives de 75 000 ans pour le thorium 230, de plusieurs milliards d’années pour l’uranium 238.
Du fait de leur radiotoxicité, de leur activité et de leur durée de vie, ces déchets relèvent des catégories TFA-VL et FA-VL qui imposent toute une série de prescriptions pour prévenir les transferts vers la biosphère et les populations.
Or, aucune des règles applicables n’est respectée.
Les actions conduites au niveau local se heurtent à la puissance d’AREVA et à ses relations privilégiées avec l’État.
De plus, les actions en justice sont d’autant plus difficiles que la réglementation a été mise en place afin de favoriser l’exploitation à moindre coût des gisements uranifères. C’est une chose de constater des pollutions et des opérations inacceptables, s’en est une autre de pouvoir saisir la justice. Ce qui est illégitime et choquant n’est pas forcément illégal.
Pour plus de renseignements :
CRIIRAD / par mail : bruno.chareyron@criirad.org ou par téléphone : 04 75 41 82 50
Impact des mines d’uranium sur le territoire français
http://www.criirad.org/actualites/uraniumfrance/somuraniumfrance1.html
Impact des mines d’uranium au Niger
http://www.criirad.org/actualites/dossiers2005/niger/somniger.html
Participants et intervenants au stage « Mines d’Uranium » du 23-24 août 2012
 Niger : L’uranium du Niger, ou est le problème ?

Le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium (8 % loin derrière le Canada et l’Australie) et pourtant c’est un des pays les plus pauvres du monde ou 70 % de la population a moins de 20 ans. L’uranium représente aujourd’hui environ 35 % des exportations du Niger(80 % en 1970). 5% du PNB sans compter toutes les activités induites : sous traitants, commerce, artisanat, tacherons… C’est à la fin des années soixante que la Somaïr (Société des Mines de l’Aïr) commence l’exploitation d’un gisement de minerai d’uranium, puis la Cominak en 1974 à Akokan. Les cours de l’uranium sont au plus haut (60 000 F/CFA le kg en 84/85) pour une production d’environs 2000t. 250 expatriés vivaient dans la cité construite par la société, on l’appelait, le « petit Paris » magasins directement approvisionnés de France, hôpital le plus perfectionné du pays, restaurants piscine, Arlit a des allures de ville de western. Une ville « induite » se crée en marge de la cité : les bâtiments administratifs, la poste, des banques, station service, gare routière, un marché puis à la périphérie, le village carton celui des tâcherons, des parents d’ouvriers qui espèrent gagner quelques sous. En quelques années là où il n’y avait qu’un désert habité par des chameaux transhumants se constitue une agglomération de 60 000 habitants venant de tous le pays chercher fortune. À L’euphorie des années 70 a succédé un ralentissement de moitié de la production (1000 t) correspondant à un effondrement des cours (20 000 FCFA le kg) et a de sérieuses compressions de personnel (de 2000 à 600 employés) Aujourd’hui, la situation est stabilisée il n’y a plus que quelques expatriés, les cadres étant Nigérien et les cours de l’uranium remontent légèrement. L’exploitation par la Somaïr se fait à ciel ouvert tandis que la Cominak exploite la plus grande mine souterraine au monde de ce type à 250 mètres de profondeur. Les risques de contamination sont : les rayons Gamma, le gaz Radon, les poussières. La radioprotection et les contrôles sont effectués par la même société ALGADE.

Les problèmes liés à l’exploitation des mines d’uranium sont de trois ordres :

1) Sur le site même au nord de la ville

Pendant longtemps la radioprotection était sommaire et les soucis d’environnement liés aux résidus stériles d’exploitation marginaux. La teneur en minerai est de 3/1000. Au début les mesures de protection et les instruments de mesure rares. Ce sont les postes les plus exposés qui posent le plus de problèmes : concassage, usine. Les travailleurs ne doivent pas être exposés à plus de 20msv.(millisivert) en moyenne ce qui semble être le cas aujourd’hui  d’importants résidus d’exploitation radioactifs à l’air libre et de bassins de décantation de boues à l’acide sulfurique. Aujourd’hui après trente ans il n’existe pas vraiment d’état de santé des travailleurs. Qu’en est-il de ceux exposés depuis vingt ou trente ans ? Difficile à dire car beaucoup sont rentrés chez eux très loin d’Arlit, beaucoup sont morts dans l’anonymat. On remarque cependant un fort taux de mortalité après la retraite et de nombreux cas d’hypertension mais il est difficile d’attribuer de façon formel ces pathologies à une contamination.

2) En ville

 Nous sommes en plein désert, les vents dominants vont d’est en Ouest, la ville est au sud, si le vent tourne… Un trafic de métaux ayant servi à la mine porteur de radioactivité sert à la construction des maisons et à différentes utilisations. Il semble que beaucoup de ces métaux récupérés sur des engins soient recyclés par la douane jusqu’au Nigéria. Aujourd’hui les mesures en ville doivent être inférieur à 1 MSV ce qui semble être le cas d’après nos mesures certains métaux ont cependant été mesurés à 40 msv.(millisivert)

3) La principale pollution à notre avis vient de l’existence même de cette ville avec une consommation excessive de fourrage (afaso), de bois entraînant la désertification, de l’eau avec une diminution notoire de la nappe phréatique, pollution des jardins construits artificiellement sur un plateau argileux (banco) et arrosés avec de l’eau de récupération. Risques de Typhoïde. Même l’imam de la grande mosquée achète l’eau à Agadez. Bassin de rétention véritable nid à moustiques vecteurs du paludisme inconnu dans cette région jusqu’alors. Cette maladie transmise par les anophèles a été importée du sud et l’on note une recrudescence au moment des retours de congé, nombreux cas de tuberculose.

Accidents de la route.

Prostitution, trafic de marchandises importants avec l’Algérie, passeurs clandestins de voyageurs en provenance d’Afrique noire à destination de l’Europe. Corruption des douaniers. (Pour un transport de trente passagers, il faut l’équivalent du prix de 7 passagers pour payer les autorisations et la corruption).

Problèmes sociaux et culturels

Les touaregs premiers occupants de ces territoires arides (200 mm de pluie /an) ont été déstabilisés dans leur mode de vie : transhumance, pression démographique… sans avoir de contreparties. Ce fut une des causes de la rébellion des années 90. Les accords de paix prévoyaient l’embauche de 350 touaregs chiffre impossible à réaliser en pleine récession. Profitant du flux de camions approvisionnant la mine, la mine importe 40 000 t (matériel, intrans, souffre) et exporte 2 000 t (uranate de soude). Les jardins de l’Aïr se sont particulièrement développés et exportent vers le sud : oignons, pommes de terre, tomates… également exportation de bétails (viande et peaux). Aujourd’hui le village carton s’est transformé en plusieurs « boukoki » dont beaucoup de maisons sont en dur (banco).

Demande d’information

L’ONG Agherin’man (bouclier de l’âme) demande une enquête indépendante des risques encourus par les travailleurs et les populations. Sollicitée, la CRIRAD s’est vue confisquer ses appareils de mesure à l’entrée du territoire du Niger. L’association Sherpa est également venu enquêter. Il est clair que le manque d’informations indépendantes de la part des sociétés laisse la place à toutes les suppositions. Si l’on cache quelque chose, c’est qu’il y a un problème. Ce qui est clair c’est que le mot uranium déclenche des passions dans tous les sens et qu’il fait très peur.. Les réserves de la mine actuelle sont de l’ordre de 10 à 13 ans. Le petit lapin est sorti… qui le rattrapera… à suivre…

3 Août 2007: AREVA a annoncé jeudi avoir renouvelé ses contrats avec le gouvernement du président Tandja. « L’accord prévoit un relèvement immédiat du prix de l’uranium » (61 euros par kilo contre 41,6 auparavant, accord rétrocatif au 1er janvier2007), précise la direction du groupe

Bernard DESJEUX 

PS: voir :http://www.criirad.com/criirad/actualites/Communiques/NIGER/NoteCRIIRADfinal.pdf

 16 août 2007


Redistribution des cartes de l’uranium au Niger

La crise qui couvait depuis quelques mois entre l’Etat du Niger (quatrième producteur mondial d’uranium) et la multinationale française AREVA (troisième société productrice d’uranium) a conduit à la fin – amiable – du monopole d’AREVA sur l’uranium nigérien.

En effet, selon la ministre nigérienne des Affaires Etrangères et de la Coopération, l’Etat du Niger, au vu de la hausse des prix des cours de l’uranium, veut désormais élaborer une politique de diversification de ses partenaires industriels et commerciaux, ce qui mécaniquement devait passer par la fin du monopole d’AREVA sur l’uranium nigérien

(cf.article du Républicain Niger Républicain_Niger_article_2.pdf).

Ce monopole prenait racine dans les accords de défense entre le Niger et la France qui stipulaient – entre autres – la livraison d’uranium à des prix défiant toute concurrence.

Si certains voient dans la fin de ce monopole la fin d’un « pacte colonial », il semble nécessaire de remettre en perspective les accords AREVA – Niger dans le cadre plus global des tendances du marché mondial de l’uranium.

Mais d’abord passons rapidement en revue les termes de l’accord conclu :

-  AREVA s’engage à payer le kilo d’uranium (minerai brut ou yellow cake ? pas de précisions pour l’instant) au prix de 40 000 francs CFA (soit 60.98 euros), l’ancien prix étant de 27 300 francs CFA. Remarquons que cette hausse de prix sensible est encore en-dessous des prix internationaux couramment pratiqués (de l’ordre de 122 000 francs CFA) ;

-  ce prix de 40 000 francs CFA sera renégocié à compter du 1er janvier 2008 ;

-  l’Etat du Niger pourra vendre directement sur le marché international 300 tonnes de yellow cake pour son propre compte : 100 tonnes en 2007 et 200 tonnes en 2008 ;

-  enfin, la société AREVA sera désormais traitée comme les autres sociétés minières qui opèrent ou vont prochainement opérer sur le sol nigérien. 

Aïr Info N°104 (15 oct-15 nov 2009)

Le mea culpa d’AREVA Sanction de

Almoustapha

Alhacen, Président de Aghirman et de la

coordination civile d’Arlit

dimanche 29 novembre 2009

Le 9 octobre 2009, le Président de la Coordination de la Société Civile d’Arlit a écopé d’une sanction de mise à pied par les représentants de Anne Lauvergeon au Niger.

Motif ? Un extrait de la lettre de mise à pieds justifiait : « Dans la période du 15 au 16 juin 2009, vous (Ndlr Almoustapha) avez eu connaissance qu’une équipe de votre service accompagnant le service des mines du Niger avait mené une mission de contrôle dans le ville d’Arlit. Cette mission avait pris les dispositions pour que les objets contaminés (radioactifs), identifiés soient rapidement récupérés en accord avec les dispositions réglementaires. La radio et télévision (Dounia-Niamey) venue à Arlit du 18 au 25 juin 2009 dans le cadre de la couverture d’un match de football a été conduite par vous même (Almoustapha) sur les lieux en question alors que vous aviez eu connaissance du marquage des objets radioactifs dans le cadre de votre activité professionnelle. Ce comportement viole votre devoir de réserve et l’exigence de loyauté qu’exige votre contrat de travail envers votre employeur (AREVA). Au vu de ces manquements, je vous inflige une mise à pied de 3 jours » (signé le représentant à Arlit de Anne Lauvergeon, Présidente d’AREVA)“.

Outre cette sanction, le Président de la Coordination a été muté dans un autre service manu militari.

Cette sanction n’est ni plus ni moins qu’un mea-culpa de cette société qui jure sur tous les toits que son activité au Niger est exempte de tout reproche. Comme l’a écrit et crié Almoustapha Alhacen : “Nous prenons l’opinion nationale et internationale à témoin sur cet aveu d’AREVA qui disperse des ferrailles et objets radioactifs sur le marché public d’Arlit et refuse que quiconque en parle. La ville d’Arlit, le service des mines du Niger d’Arlit, domaines publics sont devenus par la volonté de la puissance d’AREVA et ses valets locaux, un domaine privé.”

Et de poursuivre :” qu’à travers cette sanction, Anne Lauvergeon, Présidente d’AREVA a démontré qu’elle a des choses à cacher dans le cadre de l’exploitation de l’uranium au Niger, notamment dans le domaine de la protection de l’environnement.”

Ce mea-culpa doit interpeller nos décideurs politiques, nos défenseurs des droits de l’homme sur la présence des ces sociétés d’exploitation des matières premières au Niger. A l’instar de la coordination de la Société Civile d’Arlit, il nous faut condamner et rejeter cette lâche sanction prise cinq mois après les faits. “AREVA ne fera pas sa loi au Niger”, plus qu’un slogan c’est une question de survie.

Dogo MAYAKI

Jean-Michel Bezat Le Monde 03-01-2008

Uranium appauvri

dimanche 4 janvier 2009

Il y a un an et demi, quand 1 livre d’uranium s’échangeait 130 dollars sur le marché spot (10 % de la consommation mondiale, le reste étant fixé par contrats), qui aurait cru à une telle baisse ? La livre d’uranium est tombée à 53 dollars (37 euros), selon l’indicateur Ux U3O8 Price. La chute a été suffisamment forte pour décider le groupe nucléaire français AREVA à reporter l’ouverture d’une mine (Midwest) prévue en 2010 au Canada, le prix (extraction, vente) étant un des facteurs rendant la rentabilité du projet « incertaine ».

S’il n’y a pas de cotation officielle, comme pour l’or ou le pétrole, l’uranium connaît d’importantes variations de prix. Il n’a cessé de grimper depuis le début de la décennie, passant de moins de 10 dollars en 2000 à 130 dollars la livre courant 2007. Depuis un an, le marché n’a pratiquement pas cessé de refluer comme ceux de toutes les matières premières.

Sans doute y a-t-il eu un excès de spéculation sur l’uranium. Notamment entre 2005 et 2007, où le prix a été multiplié par trois, emporté par l’euphorie d’une renaissance annoncée du nucléaire dans le monde et les craintes sur un tarissement de l’offre dans les prochaines décennies. La crise économique a assombri les perspectives à court terme, sans compromettre le développement à long terme de l’énergie atomique.

« Les problèmes du côté de l’offre resteront sans doute un facteur important tirant les prix » vers le haut, estimaient les spécialistes de Lehman Brothers trois mois avant la faillite de leur banque.

Jusqu’à présent, le désarmement nucléaire aux Etats-Unis et en Russie a permis de convertir d’importants stocks militaires et de fournir les groupes d’électricité : une partie des centrales américaines fonctionne grâce aux fournitures russes ! Or ces stocks s’épuisent. Et la production des mines ne couvre que 55 % des besoins, qui pourraient augmenter de 18 % d’ici à 2013 et de bien davantage à l’horizon 2030.

Après vingt ans de sous-investissements, la prospection et l’exploitation minières ont repris. La lutte s’annonce sans merci entre les grands groupes de l’industrie nucléaire pour ce minerai relativement abondant qui doit être enrichi en isotope U 235 pour donner le combustible des centrales. Avec de puissants concurrents chinois ou indiens pour les groupes occidentaux, comme l’illustrent les difficiles tractations menées par AREVA avec le Niger.

Jean-Michel BEZAT

Le Sahel-06-01-09 Imouraren : extrait du

conseil des ministres du 5 janvier 2009

mardi 6 janvier 2009

Le Conseil des Ministres s’est réuni, hier, lundi 05 janvier 2009, dans la salle habituelle de délibérations, sous la présidence de Son Excellence Monsieur Mamadou Tandja, Président de la République, Chef de l’Etat, Président du Conseil des Ministres. Après examen des points inscrits à l’ordre du jour, le Conseil a pris les décisions suivantes :

I. AU TITRE DU MINISTERE DES MINES ET DE L’ENERGIE.

Le conseil des ministres a examiné et adopté les projets de textes suivants :
-  Projet de décret fixant les modalités d’application de la loi n°2008-30 du 03 juillet 2008 accordant des avantages dérogatoires pour les investissements des grands projets miniers. Des avantages dérogatoires au Code minier en vigueur ont été accordés par la loi n° 2008-30 du 03 juillet 2008 aux grands projets miniers afin de créer les conditions incitatives concourant à la faisabilité de l’exploitation des gisements concernés. Il s’agit des projets miniers nouveaux et des exploitations minières existantes objet d’extension, de diversification ou de modernisation ayant un impact économique et social positif pour le pays et prévoyant des investissements d’au moins trois cent milliards (300.000.000.000) de francs CFA hors taxe et la création d’au moins huit cents (800) emplois permanents nouveaux pour des nigériens.

Le présent projet de décret vise à fixer les modalités d’application de la loi précitée ; il s’articule autour des points suivants : la procédure de demande d’agrément ; les conditions de l’octroi de l’agrément ; les dispositions fiscales et douanières régissant les bénéficiaires ; les sanctions applicables en cas du non respect des obligations édictées.

-  Projet de décret portant approbation et publication au Journal Officiel de la Convention Minière entre la République du Niger et AREVA NC pour le permis pour Grande Exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren, situé dans le département d’Arlit, Région d’Agadez.

AREVA NC NIGER est une filiale d’AREVA NC, leader mondial du cycle du combustible nucléaire et société de droit français au capital de 100.259.000 Euros, dont le siège est situé à rue de La Fayette, 75009- Paris.

Après deux ans de travaux intenses de recherche, les réserves d’uranium antérieurement connues sur le site d’Imouraren ont été confirmées ; mieux, elles ont été augmentées de 30 %. C’est fort de ces résultats que AREVA NC a déposé le 14 mai 2008 une demande de permis pour Grande Exploitation minière.

Le présent projet de Convention a pour objectifs de définir les conditions générales, juridiques, financières, fiscales, économiques, administratives, douanières, sociales et environnementales dans lesquelles la Société d’Exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren, actuellement en phase de création, mènera ses activités d’exploitation minière.

En vertu de l’article 3 de la présente Convention, l’Etat s’engage à octroyer le permis d’exploitation à la Société d’Exploitation. Préalablement à cette demande, AREVA NC a réalisé une étude de faisabilité technico-économique sur la rentabilité de l’exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren et une Etude d’Impact sur l’Environnement (EIE) de cette exploitation.

La validation de l’EIE, précédée d’une audience publique, a eu lieu à Agadez sous la conduite d’un comité créé à cet effet par le Ministre chargé de l’Environnement. A l’issue du processus, le Certificat n° 3/ME/LCD/BEEEI/08 du 29 juillet 2008 a été délivré à AREVA NC Niger pour la mise en oeuvre du projet d’exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren.

Les négociations menées par l’Etat du Niger avec AREVA NC sur la Convention minière ont abouti aux conclusions suivantes :
-  a) AREVA NC apportera ou donnera accès à la totalité du financement nécessaire aux investissements ;
-  b) l’Etat du Niger détiendra dans le capital social de la Société d’Exploitation une participation de 33,35 % dont 10 % de participation gratuite et 23,35 % à souscrire en numéraire ou en nature à travers la Société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN) ;
-  c) la SOPAMIN enlèvera et commercialisera 33,35 % de la production d’uranium issue de l’exploitation des gisements d’Imouraren ;
-  d) une répartition équilibrée des postes de responsabilité dans la gouvernance de la future Société d’Exploitation entre le Niger et AREVA NC conformément au Pacte d’Actionnaire signé par les deux parties (Etat du Niger et AREVA NC) ;
-  e) un engagement de AREVA NC, à travers ses filiales minières nigériennes à participer avec les autres acteurs industriels du Niger au financement des études des grands projets stratégiques que le Niger entend entreprendre pour son développement économique. Il s’agit de la mise à niveau de SONICHAR, de la remise en état de la RTA et la connexion de la Transsaharienne, du projet Africarail, de la formation professionnelle des nigériens et du développement d’une filière électronucléaire au Niger.

Cet engagement est consigné dans la Lettre d’Intention signée par AREVA NC. L’approbation de la présente Convention permettra aux deux parties d’avancer dans le processus de mise en place des organes et des outils permettant de démarrer les travaux de mise en exploitation des gisements d’uranium d’Imouraren dont les avantages pour le Niger sont :
-  a) les recettes financières issues de la fiscalité applicable pour un montant de 641 milliards de Francs CFA en Valeur Actualisée Nette à 12 % à travers notamment : la redevance superficiaire annuelle, la redevance minière, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les prestations de service liées au fonctionnement administratif, l’impôt sur les bénéficies, l’impôt sur les revenus dû par les employés nationaux, les impôts et droit de douane sur les importations après les rabattements autorisés par la réglementation, la redevance statistique, la taxe d’apprentissage.
-  b) 33,35 % des dividendes distribués à titre d’actionnaire ;
-  c) la création de 1350 postes d’emplois directs et 3375 postes d’emplois induits pour une masse salariale d’environ 20 milliards de francs CFA ;
-  d) la marge de commercialisation par SOPAMIN des 33,35 % de la production d’uranium ;
-  e) la contribution au développement local des communes dans lesquelles elle conduira ses activités, en participant au financement des infrastructures collectives.

26 septembre 2010
Niger : à Arlit, l’insécurité grandissait depuis plusieurs mois http://www.reporterre.net/spip.php ?article1303 EXCLUSIF : Une lettre d’Almoustapha Alhacen, président d’Aghir In Man, décrit l’atmosphère tendue qui régnait à Arlit depuis quelques temps. En mai, un agent d’AREVA avait été tué par balles.

Le Point.fr – Publié le 11/05/2012 à 11:10 - Modifié le 11/05/2012 à 16:01

L’entreprise devra verser 200 000 euros de dommages et intérêts et une double rente à la veuve d’un homme décédé d’un cancer du poumon.

Une mine d'uranium au Niger (photo d'illustration).
Une mine d’uranium au Niger (photo d’illustration). © Patrick Guyot / Maxppp

Le groupe AREVA a été condamné vendredi après la mort d’un ex-salarié d’une mine d’uranium du groupe français du nucléaire au Niger, décédé en 2009 d’un cancer du poumon, un jugement qui pourrait ouvrir la voie à d’autres poursuites et condamnations.

Serge Venel est mort en juillet 2009 à l’âge de 59 ans. Il avait travaillé de 1978 à 1985 pour une filiale d’AREVA, la Cominak, société de droit nigérien qui exploite des mines d’uranium du groupe à Akokan, au nord-ouest du Niger. Quelques mois avant le décès, en mars, le pneumologue avait dit que la cause du cancer était « l’inhalation de poussières d’uranium », a expliqué sa fille, Peggy Venel, à l’audience en février.

À la barre, l’avocat de la famille Jean-Paul Teissonnière a souligné que la Sécurité Sociale avait « reconnu la maladie professionnelle durant la période de travail au Niger et la Caisse Primaire d’Assurance Maladie a adressé ses conclusions à AREVA, considérant donc qu’AREVA est l’employeur ». Le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale (TASS) de Melun a jugé vendredi qu’AREVA avait commis « une faute inexcusable », en tant que « co-employeur ». La veuve de Serge Venel voit sa rente doubler et touchera la totalité du salaire de la victime, a indiqué Me Teisonnière. L’entreprise de nucléaire a également été condamnée à verser des dommages et intérêts d’un montant dépassant les 200 000 euros.

Contacté, AREVA n’a pas souhaité faire de commentaire. Tout en estimant que « ce n’est pas fini, car AREVA va certainement faire appel, « la fille de la victime a fait part vendredi de son « immense joie ». « On ne s’est pas battus pour rien », s’est-elle félicitée.

« Comme les procès de l’amiante »

« Chez les Nigériens, il y a eu de très nombreuses victimes ; au niveau des expatriés, il y a eu beaucoup de décès », a-t-elle affirmé. « Beaucoup avaient peur d’attaquer AREVA, mais j’espère que les mentalités vont changer. » « Une brèche s’ouvre pour les autres, qui étaient en attente (de ce jugement, ndlr) », a-t-elle dit. Peggy Venel a cité « au moins deux » cas de personnes qui allaient attaquer. « Ca va faire comme les procès de l’amiante », a-t-elle estimé.

« C’était un dossier difficile », a dit Me Teissonnière, avocat qui a déjà mené un long combat aux côtés des victimes de l’amiante. « Juridiquement, AREVA n’était pas l’employeur direct, (…) mais les questions de sécurité et les conditions d’exploitation de la mine sont définies par AREVA », a mis en avant l’avocat. « Le tribunal a dépassé l’apparence pour reconnaître la réalité des relations sociales de l’entreprise », a-t-il estimé. Son client avait un contrat de travail de droit nigérien et ne dépendait pas de la Sécurité Sociale française, a détaillé l’avocat. « Toute la question est la responsabilité de la société mère par rapport à la filiale, et cette question est au coeur de l’actualité avec toutes les délocalisations », a-t-il souligné.

Lors de l’audience, l’avocat d’AREVA, Me Philippe Plichon, avait plaidé « l’irrecevablilité » du dossier. « La faute inexcusable s’exerce contre l’employeur, qui est Cominak« , avait-il affirmé. Les condamnations d’entreprises pour « faute inexcusable » sont fréquentes, notamment dans des affaires liées à l’amiante. Le 3 mai, le TASS de Créteil a par exemple reconnu la « faute inexcusable » commise par Sanofi-Chimie en exposant à l’amiante un ex-salarié de son site de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne.

Le retour de l’extraction d’uranium en Bretagne:

Si le Niger devenait trop dangereux ?

Interview du 20/09/10 21:27 de notre correspondant F. Chauffin QUIMPER/KEMPER

—On connaît Chantal Cuisnier pour son investissement dans les dossiers concernant le démantèlement de la centrale de Brennilis et les anciens sites miniers d’uranium en Bretagne. Elle a récemment, en Autriche, accompagné un Nigérien qui expliquait la situation dramatique que vivent les voisins des mines d’uranium. L’ABP a rencontré cette militante qui va bientôt aller au Ministère à Paris pour parler de la sécurité autour des mines bretonnes.

 Que pensez-vous ce ce qui se passe actuellement au Niger, la prise des otages et l’extraction d’uranium ont-ils un lien ?

- La prise d’otages est en lien avec l’extraction d’uranium car ce sont des salariés d’AREVA et de Vinci travaillant pour la mine d’uranium d’Arlit qui ont été enlevés. C’est ce qu’explique clairement le communiqué de l’Observatoire du Nucléaire du 16 septembre 2010 – Le conflit n’est pas nouveau et dure depuis plusieurs années dans cette zone. Les conflits, attentats liés au nucléaire sont nombreux. Rappelons nous la prise des otages au Liban en lien avec l’usine d’enrichissement Eurodif  de Pierrelatte financée par le Shah d’Iran, les infirmières bulgares libérées grâce à un «troc nucléaire» avec le colonel lybien Khadhafi.  

 Le risque n’est-il pas que l’on rouvre les mines d’uranium bretonnes ?

- Pas dans l’immédiat mais ce n’est pas à exclure car les filons ne sont pas épuisés. Et les zones d’extraction à l’étranger risquent de devenir des zones de conflit surtout dans un contexte où le lobby nucléaire fait le forcing pour le renouvellement du parc nucléaire. De plus, les peuples autochtones (Australie, Canada, Afrique) prennent conscience de l’héritage empoisonné laissé par l’extraction de l’uranium. Le 30 août 2010 à Bâle, lors de la conférence intitulée «Territoires sacrés, peuples empoisonnés», ils ont dit «Stop, laissez l’uranium dans le sol !».  40 ans d’extraction de l’uranium n’ont pas enrichi le Niger qui reste le pays le plus pauvre de la planète, mais a pollué la richesse la plus précieuse pour la population pastorale : les nappes phréatiques et fossiles.  De plus les milliers de tonnes de déchets radioactifs laissés par l’extraction sont balayés par des vents puissants et les particules radioactives respirées par la population.  

Vous avez mené avec la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) et l’association Roz Glas une enquête sur d’anciens sites miniers entre Guilligomarc’h et Pontivy. Quelles sont actuellement les conclusions scientifiques de vos investigations ?

- Dans tous les sites miniers explorés de Bretagne, de grandes anomalies radiamétriques (10 à même 100 fois le niveau naturel) ont été trouvées  notamment sur des sentiers de randonnée, des prés, terrains, parking, etc… contrairement aux discours rassurants  tenus en 2005 par la Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) ou AREVA qui parlait d’ «opération exemplaire» et «de radioactivité comparable à celle que l’on mesure dans la région». Les analyses des prélèvement au laboratoire de la CRIIRAD ont confirmé les mesures et le classement en déchets radioactifs.  Les associations Roz Glas et CRIIRAD ont envoyé une lettre en juin dernier au ministre de l’écologie dénonçant la situation . Depuis, le préfet a pris un arrêté obligeant AREVA à revoir sa copie. Les associations seront reçues au ministère le 6 octobre, et insisteront notamment pour obtenir des garanties en matière de mise en sécurité et décontamination exemplaire de ces anciens sites miniers ainsi qu’un bilan complet de la situation radiologique des cours d’eau qui  les traversent et alimentent les captages notamment de la ville de Lorient.  Pour ceux qui voudraient en savoir plus, contacter l’association Roz Glas au 02 98 53 81 79 ■

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L’industrie nucléaire française procède à un

véritable pillage au Niger

Sophie CHAPELLE

10 / 2009

Depuis 40 ans, la multinationale AREVA puise abondamment dans les ressources d’un des pays les plus pauvres de la planète. Le Niger pourrait demain devenir le deuxième producteur mondial d’uranium. Pourtant, le pays figure à la dernière place de l’indicateur de développement humain. C’est dans cette absence de partage des richesses et sur fond de crise institutionnelle, que se profile une catastrophe sociale, environnementale et économique. Produire ici de l’électricité d’origine nucléaire a pour corollaire, là-bas, contaminations radioactives et désertification.

AREVA, champion français de l’industrie nucléaire, le clame fièrement : sa nouvelle mine d’uranium d’Imouraren, au Niger, sera la plus importante d’Afrique et la deuxième au monde. AREVA répète avoir « fait du développement durable la clé de voûte de sa stratégie industrielle avec la triple ambition d’une croissance rentable, socialement responsable et respectueuse de l’environnement ».

Dans le cadre de cette stratégie, AREVA a organisé le 16 mai dernier à Agadez, dans le nord du Niger, « une audience publique et un atelier de validation de l’étude d’impact environnemental d’Imouraren ».

La multinationale de l’atome se serait-elle reconvertie à un soudain souci de transparence ?

« Un écran de fumée », selon le collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger, au moment où – coïncidence ? – l’état d’exception est décrété sur la région d’Agadez. Dénonçant l’impossibilité de consulter le rapport provisoire, la mise à l’écart du comité Ad-hoc, la réduction du temps imparti à la consultation, le collectif associatif demande de disposer de cette étude d’impact et d’une contre-expertise scientifique indépendante. Il attend toujours.

AREVA, éco-responsable ?

Derrière les grands discours socialement responsables et respectueux de l’environnement se cache une toute autre réalité. Des études indépendantes ont d’ores et déjà été menées. La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) révèle que les eaux distribuées dans la ville minière d’Arlit, où opère AREVA, ne sont pas aux normes de potabilité : d’après les prélèvements de 2004 et 2005, le taux de contamination de ces eaux dépasse de 7 à 110 fois les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé ! Toujours selon la CRIIRAD, des boues radioactives et d’énormes masses de déchets radioactifs, les « stériles », sont stockées à l’air libre. La Société Civile Nigérienne, via l’association Aghir In Man ou le réseau Rotab, ont tenté d’alarmer AREVA et les responsables politiques nigériens sur la question. En vain. A ce jour, rien n’a été fait pour revoir la gestion de ces sites uranifères. Selon le collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger.

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Il n’y a pas que la contamination radioactive qui pose problème. AREVA, et d’autres industries minières, contribuent à la désertification du pays.« L’économie pastorale est en train de disparaître dans le Nord du Niger, région où s’installent les miniers du monde entier. On va vers une catastrophe environnementale et économique », prévient l’hydrogéologue Alain Joseph. L’élevage extensif – principale source de revenus d’un des Etats les plus pauvres de la planète – mené par les Touaregs, les Peulhs et les tribus arabes Kounta dans l’immense plaine de l’Irhazer est fortement remis en cause par l’assèchement des nappes phréatiques d’Agadez (nord du Niger), seule ressource en eau de la région. La cause de leur épuisement ? L’octroi de concessions minières : 139 permis de recherche et d’exploitation ont été vendus en moins d’un an. L’eau des nappes est acheminée vers des mines de charbon qui alimente en électricité les installations d’AREVA à Arlit.

Un comportement prédateur

A Akokan et Arlit, les sociétés Cominak et Somaïr, dont AREVA est l’opérateur, ont déjà épuisé à 70% l’aquifère carbonifère au nord du Tarat, à raison de 22 000 m3/j depuis 38 ans. Ces deux sociétés envisagent d’utiliser un pipeline de 30 km et de déplacer leurs pompages vers l’ouest, dans la nappe des grès d’Agadez. « C’est significatif du comportement prédateur minier : on s’installe, on prend le maximum et après moi, le désert, s’insurge Alain Joseph. Non content d’avoir vidé l’aquifère du Tarat, AREVA s’installe maintenant à Imouraren. Bien d’autres pays, la Chine, le Canada, l’Inde, l’Australie, se ruent sur les ressources du sous-sol nigérien. Nous allons assister à un assèchement rapide de cette nappe. Comment vont vivre les pasteurs si les sources sont épuisées ? Comment vont-ils se déplacer dans un univers qui va être maintenant essentiellement minier ? »

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Côté face : L’uranium nigérien sert à alimenter les centrales nucléaires françaises

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Côté pile : Désertification et absence de partage des richesses au Niger

(Crédit photos : AREVA ne fera pas la loi au Niger)

« Ce que nous voulons c’est l’arrêt de l’exploitation des mines d’uranium. Seul le régime en profite, le peuple nigérien lui ne profite que de la misère et des radiations ». Pour Aghali Mahiya, Touareg du Niger et ancien salarié de la Somaïr, filiale nigérienne d’AREVA, la population ne bénéficie d’aucune retombée économique. Bien que l’exploitation d’Imouraren fasse du Niger le deuxième producteur mondial d’uranium, le pays est encore classé parmi les trois plus pauvres de la planète et figure à la dernière place de l’Indicateur de Développement Humain. De son côté, AREVA a tiré du Niger près de 40 % de sa production d’uranium depuis 40 ans. Sans ce précieux combustible, jamais la multinationale n’aurait pu se développer ni le nucléaire français fonctionner. Pas question, pour autant, de favoriser le développement du pays.

« Le peuple nigérien ne profite que

de la misère et des radiations »

Pour Myrtho, président d’une association au Nord-Niger, le partage des richesses n’existe pas. « J’ai rencontré Issouf ag Maha, le maire de Tchirozerine au Niger. Areva lui a demandé une liste de gens intéressés pour travailler pour AREVA. M. le Maire a fait une liste de 800 personnes avec leur nom, leur adresse… mais à ce jour aucune de ces personnes n’a été embauchée par AREVA. » La multinationale pèse plus de 13 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2008. L’Etat nigérien, lui, voit son produit intérieur brut plafonner à 2,7 milliards d’euros en 2007. Soit cinq fois moins que le groupe dirigé par Anne Lauvergeon (en photo). Comment rivaliser ? Surtout quand, derrière AREVA, on trouve l’Etat français.

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La poursuite de l’exploitation d’uranium au Niger s’établit sur le fond d’« une très grave crise institutionnelle », rappelle Olivier Thimonnier de l’association Survie. En mai dernier, le président Tandja annonce l’organisation d’un référendum en vue d’un changement constitutionnel afin de prolonger son mandat. S’ensuit la dissolution de la Cour Constitutionnelle et de l’Assemblée Nationale qui jugent le projet de référendum inconstitutionnel. En juin, alors que Tandja s’arroge les pleins pouvoirs, le Quai d’Orsay se contente de rappeler « l’importance que la France attache au cadre constitutionnel du Niger, à la préservation de l’acquis démocratique de ce pays et à sa stabilité. » Le référendum est organisé le 4 août, et malgré la forte opposition des syndicats, des partis et d’une partie de la société civile, le Niger finit par adopter une 6e Constitution. Dans l’indifférence presque totale des médias français (1).

AREVA, outil de la Françafrique ?

Le 20 octobre, Tandja organise des élections législatives. Il est isolé sur la scène politique intérieure : l’ensemble de la société civile, des centrales syndicales et son propre parti, divisé, s’y sont opposés. Il est la cible de critiques internationales : gel partiel de la coopération de l’UE avec le Niger, suspension du Niger par la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest, mesures à venir de l’Union Africaine. Seule la France reste silencieuse. « Le 10 août, le Ministère des Affaires Etrangères déclare que la France est attentive à l’élection, qu’elle doit être transparente et démocratique. Ceci valide la réforme de la Constitution par le président Tandja, analyse Olivier Thimonnier. Cette position française est le résultat de la défense d’intérêts économiques clairement liés aux intérêts d’Areva au Niger. Elle s’inscrit dans le prolongement de la politique d’indépendance énergétique de la France lancée par le Général de Gaulle dans les années 60. »

Une indépendance énergétique qualifiée de « parfaitement virtuelle » par Johnny Da Silva du Réseau Sortir du Nucléaire« La France importe 100 % de son uranium pour 80 % de son électricité. C’est sans compter les transports de matières radioactives sur des milliers de kilomètres. » « Quand on nous explique que le nucléaire est une énergie propre, c’est un mensonge à plusieurs niveaux, poursuit le Député Vert Noël Mamère. Ce n’est ni une énergie renouvelable, ni une énergie propre mais bien une énergie sale dans sa contribution à soutenir les réseaux de la Françafrique et les régimes dictatoriaux. » Le Collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger mais demande à toutes les parties impliquées un moratoire sur l’extraction minière. En attendant l’hypothétique appui de ce moratoire par le gouvernement français, les choix énergétiques de ce dernier continuent d’avoir de désastreuses conséquences… loin de nos vertes campagnes.

URANIUM DU NIGER : HOLLANDE SOUTIENT

LA FRANÇAFRIQUE ET LE LOBBY NUCLÉAIRE

Observatoire du nucléaire – Communiqué du 12 juin 2012

 Les ministres écologistes vont-ils

quitter le gouvernement ?

L’Etat de grâce n’aura pas duré longtemps : lundi 11 juin 2012, moins d’un mois après son investiture, François Hollande a bafoué toutes les valeurs de la gauche et de l’écologie.

En effet, recevant le Président du Niger M. Issoufou, le nouveau Président de la République s’est prononcé pour l’exploitation par AREVA, qui plus est avant même la date prévue de 2014, de la mine géante d’uranium Imouraren au Niger (*)

Il s’agit là d’une claire perpétuation des mécanismes de la Françafrique, pour le plus grand profit du lobby nucléaire (AREVA) et au détriment de la démocratie en Afrique. Il est d’ailleurs édifiant de rappeler que le Président Issoufou est un ancien directeur d’une société d’exploitation de l’uranium, la Somaïr, filiale d’AREVA !

Il est nécessaire de rappeler que :

- l’exploitation des mines d’uranium contamine l’environnement et assèche les nappes phréatiques.

- AREVA exploite les travailleurs du Niger et bafoue leurs droits et leur santé.

- la mise en exploitation du gisement d’Imouraren va entraîner le déplacement de populations nomades (Touaregs).

- l’exploitation de l’uranium du Niger depuis 40 ans par la France n’a rien apporté à la population locale qui reste une des plus pauvres du monde.

Le positionnement clair de François Hollande en faveur de la Françafrique et du lobby nucléaire annonce aussi le maintien des forces armées françaises en Afrique, présence néocoloniale dont le but est de « sécuriser » l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium.

Que va faire l’écologiste Pascal Canfin, directement concerné en tant que Ministre Délégué au Développement ?Que va faire la ministre Cécile Duflot, dirigeante d’EELV et donc théoriquement opposée au lobby nucléaire et au néocolonialisme ?

En restant au gouvernement après ce triste 11 juin, les ministres d’EELV cautionneraient la liquidation par M. Hollande des valeurs de la gauche et de l’écologie.

La France envoie des troupes secrètement au

Sahel

Malgré les mises en garde des experts, les militaires français interviennent au Sahel sous le couvert d’une mission de spécialistes de l’Union européenne.

Saisissant l’incapacité de Bamako à contrôler le nord du Mali, devenu une plaque tournante de tous les trafics, la France a envoyé des groupes de militaires d’«élite» dont la mission officielle est d’assister en premier les pays de la région (Niger, Mali et Mauritanie) dans leur lutte contre les groupes terroristes qui infestent la bande sahélo-sahélienne. Ces «experts» ont commencé discrètement à se déployer au Niger début août.

Au total, la mission baptisée Eucap Sahel comptera une cinquantaine d’experts. Sa mission officielle est de former les forces de sécurité locales. Basée à Niamey, la mission aura des officiers de liaison à Bamako et Nouakchott. Ancienne puissance coloniale dans la région, la France semble sous-estimer les dangers encourus dans cette partie de l’Afrique sub-saharienne totalement désertique et aux reliefs très dangereux et accidentés. Mais la France est prête à courir ces risques pour garantir la sécurité de ses mines d’uranium au Niger, lesquelles alimentent ses nombreuses centrales nucléaires, une cinquantaine. Ni l’Union Européenne qui a donné son feu vert pour cette mission ni la France ne parlent de sécurité énergétique. Mais tout le monde l’aura compris.

Actuellement, la société française AREVA exploite deux gisements d’uranium à Arlit et Akokan au Niger et entamera en 2013-20147 – si la situation sécuritaire le permet – l’exploitation de la mine géante d’Imouraren, toujours dans le Grand Nord, qui sera alors la deuxième mine du monde. L’enjeu énergétique est tel que la France n’a pas peur de s’embourber dans les sables mouvants du Sahel. Cette offensive déguisée des Français dans la région, après avoir échoué à faire intervenir l’armée algérienne qui connaît bien ce territoire à haut risque, en dit long sur les visées de cette ancienne puissance coloniale.

Source: Irib et Algériepatriotique

 

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NIGER:

Les habitants du désert payent au prix fort

l’exploitation des mines d’uranium

200903307 NIGER
Prospection des mines d’uranium par AREVA, au Canada : même
minéral, autre
contexte

DAKAR, 1 Avril 2009 (IRIN) – Après la visite du président français Nicolas Sarkozy au Niger, à la fin du mois de mars, les habitants de ce pays désertique, exportateur d’uranium, continuent de se demander si AREVA, une société principalement détenue par le gouvernement français, honorera son engagement de protéger les communautés des risques de l’exploitation minière.

Selon plusieurs études, ainsi que les témoignages des habitants, les opérations minières menées et gérées à la fois par les filiales d’AREVA et le gouvernement nigérien comportent des risques sanitaires et environnementaux.

Salifou Adifou, 67 ans, a travaillé pendant 40 ans comme foreur à la SOMAÏR (Société des Mines de l’Aïr), une entreprise publique/privée nigérienne, détenue à 63 pour cent par AREVA.

Aujourd’hui à la retraite, il a expliqué à IRIN qu’il souffrait de problèmes de santé non-diagnostiqués. « J’ai des maux de ventre et des douleurs à la poitrine, mais depuis que j’ai pris ma retraite [en 1999], je n’ai plus les moyens de me soigner ».

Salifou Adifou a également rapporté qu’un de ses amis, qui travaillait comme mineur, était désormais alité. Aucun des deux hommes ne connaît la cause de ses problèmes de santé, a-t-il ajouté M. Adifou.

L’air

La COMINAK (Compagnie Minière d’Akouta), majoritairement détenue par AREVA, a commandé en 2006 une étude environnementale sur les opérations qu’elle mène à Arlit, qui compte 110 000 habitants ; l’étude a révélé que le nombre de décès causés par des infections respiratoires était deux fois plus élevé dans cette ville minière (16 pour cent) que dans le reste du pays.

« Le vent transporte la poussière contaminée au radium, un minéral durable [il lui faut plus de 1 600 ans pour perdre sa toxicité], et au plomb … Les échantillons [ont été] prélevés dans un rayon de cinq kilomètres du site … Les tempêtes de sable [et] les rejets atmosphériques des mines peuvent aggraver les [maladies] pulmonaires dans la région », ont écrit les chercheurs, auteurs de l’Etude Environnementale de la COMINAK.

200808298 NUCLEAIRE
Photo: Phuong Tran/IRIN magnify POLITIQUE
Comment des tempêtes de poussière peuvent être mortelles (photo d’archives)

Dans le rapport publié en janvier 2009 par AREVA sur les activités minières menées au Niger, la société rejette toutefois l’existence d’un lien entre l’exploitation minière et l’augmentation des problèmes de santé. « Ces problèmes sont habituels dans les régions désertiques… ils ne sont pas liés aux activités minières ».

Les dirigeants d’AREVA ont néanmoins consenti à ouvrir des centres de diagnostic médical dans tous les pays où l’entreprise extrait de l’uranium, en commençant par le Gabon, selon l’association SHERPA, un organisme juridique parisien de défense des droits humains. « Il aura fallu deux longues et dures années pour que cette société donne enfin la possibilité à ses travailleurs de se faire entendre », a déclaré à IRIN Yann Queinnec, directeur de l’association.

Les projets sont encore en cours de finalisation, selon M. Queinnec, mais la société s’est mise d’accord sur la formation, dans chaque centre, d’un comité consultatif, au sein duquel seront représentés les travailleurs, les autorités locales, les organismes à but non-lucratif, et AREVA.

M. Queinnec a expliqué qu’il avait fallu plusieurs années « pour élaborer un accord différent des autres accords signés pour la protection des travailleurs », dont les principales clauses n’ont pas été respectées, selon l’avocat.

Le sol 

La Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD), sise à Paris, a fait état de « graves défaillances de sécurité », au Niger, dans les sites d’exploitation minière d’AREVA et aux alentours.

En 2007, les chercheurs de la CRIIRAD ont déclaré avoir découvert que les populations locales vendaient de la ferraille contaminée, trouvée sur les sites d’exploitation minière ; ces matériaux servaient ensuite à la construction de logements, ou à la fabrication d’ustensiles de cuisine et d’outils. En 2003, la CRIIRAD a recommandé à AREVA d’identifier les métaux contaminés et de les détruire.

Des déchets radioactifs, qui servent peut-être à la construction de routes, pourraient également être responsables du niveau anormalement élevé de radiation, selon la CRIIRAD. En 2007, les chercheurs de la CRIIRAD ont en effet écrit que le niveau de radiation était pas moins de 100 fois supérieur à la moyenne devant l’hôpital financé par AREVA, et situé à proximité de la mine de la COMINAK.

L’eau 

Les codes d’exploitation minière au Niger
Initiative pour la transparence dans les industries extractives

International Commission on Radiological Protection (en anglais)

Association française pour l’assurance de la qualité

International Atomic Energy Agency (en anglais)

Pour plus d’informations

Aghir In’Man

AREVA au Niger

CRIIRAD

SHERPA

Organisation Mondiale de la Santé (en anglais)

Pour répondre aux critiques selon lesquelles l’exploitation minière contamine les réserves d’eau potable de plus en plus maigres du nord du Niger, AREVA a publié un communiqué, en janvier 2009, affirmant que « les analyses bactériologiques mensuelles, les analyses radiologiques semestrielles, et les analyses chimiques annuelles montrent l’absence de contamination [de l’eau] ».

Mais les études environnementales menées par la CRIIRAD et l’association SHERPA en 2005 dans les communautés minières ont révélé un niveau de radiation de l’eau jusque 110 fois supérieur aux normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur la potabilité de l’eau, dans les zones industrielles, et 10 fois plus élevé dans les zones urbaines.

L’extraction de l’uranium nécessite de l’eau pour nettoyer le site d’exploitation minière, pour traiter le minéral et subvenir aux besoins hydriques des travailleurs et de leurs familles, d’après AREVA.

Les éleveurs ont également accusé AREVA d’épuiser les réserves d’eau de la région.

Selon les calculs d’AREVA, la société a pompé 270 millions de mètres cubes d’eau souterraine au cours des 40 dernières années dans ses deux mines, à Arlit ; sur ce volume, 35 pour cent ont été utilisés dans le cadre des activités minières, et le reste a permis de subvenir aux besoins de la ville.

Yves Dufour, porte-parole d’AREVA, a déclaré récemment aux médias français que les besoins hydriques futurs d’AREVA à Imouraren, à 80 kilomètres au sud d’Arlit, ne représenteraient qu’une petite partie des huit milliards de mètres cubes d’eau souterraine que renferme cette région désertique. AREVA investit à l’heure actuelle 1,5 milliard de dollars à Imouraren, dans ce qui devrait être la plus grande mine d’uranium du pays.

Selon les estimations des hydrologues, il faudra peut-être compter environ 200 ans pour que les sources d’eaux souterraines pluviales (comme l’aquifère exploité par AREVA à 150 mètres de profondeur dans le désert) se reconstituent.

La responsabilité de l’entreprise 

Bien que le gouvernement nigérien détienne un tiers des mines d’uranium, Almoustapha Alhacen, directeur d’Aghir In’Man, une organisation non-gouvernementale (ONG) sise à Arlit, a déclaré à IRIN qu’il jugeait AREVA entièrement responsable des problèmes sanitaires et environnementaux observés dans le nord. « AREVA est [aussi] implantée au Canada, mais est-ce qu’elle y exploite l’uranium aussi sauvagement qu’elle le fait ici ? Est-ce que le bétail canadien a été décimé, lui aussi ? »

Les éleveurs imputent la mort d’un certain nombre de bêtes à la contamination des puits où s’abreuve le bétail.

AREVA a extrait environ 3 200 tonnes d’uranium dans le nord du Canada en 2007, soit un peu plus qu’au Niger pendant la même période. Au cours d’une enquête publiée en mai 2007 et menée auprès de 1 000 personnes habitant à proximité des sites où AREVA mène ses opérations d’exploitation de l’uranium, au Canada, 80 pour cent des sondés avaient pourtant déclaré soutenir la prospection des mines d’uranium.

Alun Richards, porte-parole d’AREVA Resources Canada, a déclaré à IRIN que sa société louait chaque jour des charters pour transporter 350 employés de leur domicile dans la région nord, reculée, du pays, au site d’exploitation minière, situé dans la province de Saskatchewan, expliquant que ces travailleurs, des nomades pour la plupart, avaient « besoin d’être près de leurs réseaux familiaux élargis ».

La mine canadienne verse également 80 000 dollars par an aux communautés locales pour leur permettre de mener leurs propres études d’impact environnemental. « Les gens ne lisent pas les études. Ils font plus confiance aux résultats si ce sont eux qui analysent leur propre nourriture et l’eau des rivières où ils vont pêcher », a indiqué M. Richards.

2008090210 SANTE PUBLIQUE
Photo: Phuong Tran/IRIN magnify uranium
Les rebelles du désert exigent davantage de royalties sur l’exploitation de l’uranium (photo d’archives)
En outre, les mines canadiennes sont « strictement réglementées » par une trentaine d’organismes publics, des pêcheries à la sécurité nucléaire, a-t-il ajouté.

La moitié des employés sont issus de la communauté locale, selon M. Richards. « Il est tout aussi important pour nous d’honorer nos obligations sociales et de préserver notre réputation au sein de la communauté que de nous conformer à la réglementation environnementale et sanitaire », a-t-il indiqué.

Bien qu’AREVA France investisse un million de dollars par an dans le développement communautaire dans le nord du Niger, selon les registres de la société, M. Alhacen, directeur d’ONG, a expliqué que la plupart des membres des communautés minières avaient une opinion « généralement négative » sur l’industrie.

A la question « pourquoi une entreprise privée associée au gouvernement nigérien devrait être la principale responsable du développement des communautés ? », M. Alhacen a répondu que les multinationales qui opèrent en Afrique devaient reconnaître leur part de responsabilité.

Les conditions de vie des populations du Niger, mesurées selon des critères de santé, d’éducation et de revenus, comptent parmi les plus difficiles du monde, d’après les Nations Unies.

AREVA France a indiqué que son approche ne consistait pas à faire « œuvre de charité », mais à faire participer les populations locales à la gestion des projets et à collaborer davantage avec les bailleurs.

D’après M. Alhacen, les dommages causés par l’exploitation minière sont bien plus importants que les avantages qu’en tire le Niger. « AREVA [France] fait savoir qu’elle prend en charge financièrement, chaque année, 200 000 visites médicales. Nous ne voyons pas cela ici. Et quand bien même, cela revient à admettre que des dizaines de milliers de personnes tombent malades chaque année », a fait remarquer M. Alhacen.

La responsabilité de l’Etat 

Depuis juin 2007, le gouvernement nigérien a déclaré l’état d’alerte dans plus de la moitié du pays, après la reprise, en février 2007, d’une rébellion qui dure depuis plusieurs décennies. Des centaines de personnes ont trouvé la mort et plusieurs milliers d’habitants ont été déplacés par les affrontements, ces deux dernières années.

Les rebelles qui ont pris d’assaut les postes militaires et les usines d’eau et d’électricité qui permettent à AREVA de mener ses opérations exigent qu’une plus grande partie des profits tirés de l’exploitation minière soit réinvestie dans le développement des communautés ; ils réclament également une meilleure protection contre les dangers de l’exploitation minière. Ils ont en outre accusé le gouvernement de fermer les yeux, en échange de redevances minières, sur le non-respect de la réglementation environnementale dont se rendrait coupable AREVA, disent-ils.

Pour sa part, le gouvernement n’accorde aucun crédit à la rébellion, qui sert de couverture, estime-t-il, à la contrebande.

« Le gouvernement a fait tout ce qu’il pouvait pour protéger les populations locales des pratiques minières préjudiciables. Nous ne fermons pas les yeux juste pour le profit », a déclaré à IRIN Mohamed Ben Omar, ministre de l’Information. « Nous avons ratifié toutes les conventions internationales pertinentes [dans le domaine de l’exploitation minière] et pris toutes les mesures de contrôle nécessaires ».

Aghaly Ag Alambo, le chef du front rebelle qui a lancé l’attaque de février 2007, a toutefois déclaré à IRIN que les communautés minières n’étaient toujours pas en sécurité. « AREVA n’est pas le principal problème. Ce n’est pas à AREVA de subvenir aux besoins des Nigériens. C’est le gouvernement qui a failli à son devoir envers son peuple ».

Une tribune à l’Assemblée pour AREVA

Mediapart du 26 mars 2008, par Mathilde MATHIEU

A l’Assemblée Nationale, alors que les Verts organisaient mardi 25 mars une conférence de presse pour dénoncer les conditions d’exploitation des mines d’uranium au Niger par l’entreprise AREVA ( « spoliation des terres », « contamination de l’air et des ressources en eau », etc.), le président du groupe d‘Amitié Parlementaire France-Niger, le député centriste Marc Vampa, a offert une tribune au spécialiste hexagonal du nucléaire. Pour contrer l’opération concoctée par l’écologiste Noël Mamère, Marc Vampa avait réservé un bureau mitoyen. Ordre du jour, d’après l’agenda officiel: « l’audition des dirigeants du groupe AREVA ». En fait, il a d’emblée offert la parole au porte-parole de la société, qualifiée de « partenaire durable du Niger ». A ses côtés, deux députés seulement, sur une trentaine de membres inscrits au groupe : Michel Terrot (UMP), « avocat soucieux du principe du contradictoire », ayant toujours « préféré qu’AREVA fasse des affaires là-bas plutôt que ses concurrents indiens ou chinois » ; et Françoise Banget (UMP), attrapée quelques secondes plus tôt dans les couloirs, muette…
« L’audition » a duré une heure, sans une question de la part des élus. L’entreprise a pu dérouler son argumentaire, déployer les chiffres de ses investissements humanitaires (écoles pour enfants nomades, hôpitaux, etc.). De l’autre côté du mur, des représentants d’ONG internationales et des rebelles touaregs (le Mouvement des Nigériens pour la Justice) demandaient un moratoire et lançaient une pétition intitulée: « AREVA ne fera pas la loi au Niger »…
Quelques minutes avant la fin, Noël Mamère a fait irruption, côté parlementaires: « AREVA se comporte en vautour; le nouveau contrat d’exploitation, tout juste signé avec le gouvernement nigérien, ne prévoit pas de véritables contreparties sociales ni garanties environnementales. Je m’étonne par ailleurs de n’avoir pas reçu d’invitation à cette audition, alors que je suis membre du groupe! ».
A la sortie, Michel Terrot s’indignait: « Ce qui est choquant, c’est qu’un député puisse inviter, dans l’enceinte même de la représentation nationale, des porte-voix d’un groupe rebelle armé ». Et d’accuser son collègue Mamère de « complicité »…

Des élus Touaregs interpellent AREVA

27 mar 2008 :: Revue de presse

Extrait de l’Humanité, édition du 26 mars 2008

Niger :

Des organisations ont dénoncé hier les conditions dans lesquelles la compagnie française exploite plusieurs mines d’uranium.

« Nous sommes venus porter le message d’une population en détresse », a résumé Issouf Ag Maha, maire de Tchirozérine, dans le nord du Niger. À l’occasion d’une conférence de presse organisée hier à l’Assemblée Nationale par un collectif d’associations, plusieurs intervenants ont rappelé les difficultés causées dans cette région par quarante ans d’expoitation de l’uranium par la compagnie AREVA.

Selon l’hydrogéologue Alain Joseph, qui évoque, « une très grande négligence dans le traitement des eaux usées », les ressources en eau ont été affectées par la présence de nitrates et de phosphates. Au niveau quantitatif, les deux tiers d’une des deux réserves d’eau ont déjà été vidés et l’autre est menacé d’être utilisé par les industriels. « Dans cette zone, les populations ne sont que des victimes, exclues des bénéfices des richesses exploitées », a estimé Rhissa Feltou, conseiller municipal d’Agadez.

Le contexte international, marqué par le recherche d’énergies alternatives au pétrole, risque d’agraver cette situation. Désormais, AREVA n’est plus seul. Indiens, Sud-Africains, Canadiens et surtout Chinois sont entrés dans la compétition pour le précieux minerai. Cette perte de monopole, dans un contexte de hausse mondiale des cours de l’uranium, est une des raisons qui a contraint la compagnie française, après des mois de tensions, à augmenter en janvier ses tarifs de 50 %.

En échange, AREVA avait gagné le droit d’exploiter le site prometteur d’Imouraren. Elle ajoutait ainsi son nom à une liste de plus de 130 permis de recherche et d’exploitation vendus depuis un an par le gouvernement nigérien, selon le chiffre d’Issouf Ag Maha , qui constate qu’en superposant leur superficie « il n’y a plus de place pour les populations ».

Ce contexte est encore aggravé par la guerre que mène le gouvernement nigérien contre le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), rébellion qui revendique notamment pour le nord du Niger une part plus importante des revenus tirés de l’uranium. Depuis l’apparition, début 2007, de ce mouvement, le pouvoir a refusé de négocier, optant pour un conflit dont les civils sont les principales victimes. Un choix stratégique dont certains pensent qu’il n’est pas sans liens avec la volonté de garder le contrôle des concessions d’uranium à distribuer.

Le Niger en terrain miné :

Paris, le 11 mars 2008 

Une véritable catastrophe sociale et environnementale s’annonce pour les autochtones de la région d’Agadez, où les territoires sont sacrifiés sur l’autel du profit et au mépris des droits humains les plus fondamentaux.

L’exploitation de l’uranium au Niger est synonyme de pollutions multiples, d’expulsion des populations de leurs territoires ancestraux, d’épuisement extraordinairement rapide et irréversible des nappes d’eau…

Mi-janvier, Anne Lauvergeon est rentrée du Niger se targuant de la « signature d’un accord de partenariat gagnant-gagnant et solidaire » : mais qu’en sera-t-il réellement alors qu’aucune étude d’impact sérieuse n’a été réalisée, ni même envisagée ? Alors que les permis de recherches et d’exploitations minières ont été octroyés dans l’opacité et sans concertation avec les populations locales ?

A l’heure où la voie du dialogue semble s’ouvrir aux rebelles du MNJ, où une journée de soutien au journaliste Moussa Kaka est organisée et largement médiatisée en France, les problèmes de fond qui sous-tendent les fortes tensions que subit le Nord Niger doivent être mis en lumière et dénoncés, en France notamment, car la France est non seulement responsable mais aussi coupable au travers de sa multinationale AREVA.

Un peuple pillé, une région menacée

Depuis plusieurs mois, une rébellion, composée essentiellement de Touaregs du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), a démarré dans le nord du Niger, en réaction à un gigantesque projet minier conduit, notamment, par le groupe français AREVA.

La vaste région du nord du Niger détient d’importantes mines d’uranium, dont deux sont exploitées, depuis 40 ans, par AREVA. 
La rébellion d’aujourd’hui a démarré suite à l’octroi de 122 permis de recherche et d’exploitation de l’uranium dans une zone de transit crucial pour les Touaregs (voir la carte ci-jointe). Cette zone, immense comme deux fois l’Auvergne, est maintenant défendue par l’armée nigérienne qui protège les intérêts d’AREVA, principal bénéficiaire des permis d’exploitation. Elle recouvre une immense nappe aquifère souterraine fossile, donc non renouvelable, et des zones humides écologiquement très fragiles, indispensables à la survie des populations agro-pastorales autochtones.

État d’exception

Avec l’assentiment tacite de la France, le président du Niger, Mamadou Tandja, refuse de négocier avec le MJN et a donné les pleins pouvoirs à l’armée nigérienne sur la région d’Agadez. L’état d’exception y a été décrété, avec son cortège d’exécutions sommaires ciblées, d’arrestations arbitraires, de destruction des moyens de subsistance des nomades (cheptel abattu, activités agricoles rendues impossibles, approvisionnements restreints…), de déplacements de populations, d’interdiction d’ONG, de contrôle des radios et de la presse.

L’ampleur de la répression laisse, en réalité, peu de choix aux populations, essentiellement touaregs dans cette partie du Niger. Même les plus modérés sont amenés à prendre les armes pour assurer la survie de leur communauté de plus de 400 000 membres. Ainsi, le ralliement d’Issouf Ag Maha, maire d’une commune dans laquelle il a initié des projets d’agriculture biologique, intellectuel reconnu et réputé jusqu’ici comme pacifiste, est un coup dur pour le pouvoir, car il montre que les rebelles sont bien autre chose que des « bandits armés » ou une « bande de trafiquants » comme le prétend le pouvoir.

La situation des droits humains est extrêmement préoccupante au nord du Niger, et il faut qu’une mobilisation la plus large possible se mette en place pour faire cesser la répression féroce, en particulier les exécutions sommaires et les nombreuses arrestations arbitraires attestées par Amnesty International et Human Rights Watch. L’épisode de l’arrestation de deux journalistes français, qui ont cherché à entrer en contact avec le MNJ, en dit long sur la volonté d’opacité du gouvernement qui cherche à camoufler ses exactions. Moins médiatisé, l’emprisonnement du journaliste correspondant de Radio France internationale, Moussa Kaka, en prison au Niger depuis six mois pour avoir eu, dans le cadre de son travail, des contacts avec la rébellion touareg, a fait l’objet d’un nouvel appel de Reporters sans frontières.

Le gouvernement français, s’il souhaitait réellement rompre avec le système de la « Françafrique », aurait  déjà dû interrompre son aide logistique au gouvernement nigérien. Une convention avec le Niger lui permet, en effet, l’envoi de matériel et de « conseillers ».

Force est de constater, une nouvelle fois, que le lobby international du nucléaire s’accommode mal de la démocratie. Tous les projets nucléaires récents se développent dans des pays qui bafouent autant les droits de l’homme que l’environnement : la Chine, la Libye (avec les ventes d’EPR), et maintenant ce projet minier pharaonique au nord du Niger qui risque de transformer une fragile et précieuse région en une vaste poubelle nucléaire.

Naissance d’un collectif

Un collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » a été créé.

Il est déjà soutenu par Attac, le Cedetim, le Collectif Tchinaghen1, la LCR, les Verts, le réseau Sortir du nucléaire, Sud-énergie, Survie, Via campesina. Ses revendications s’articulent autour de deux axes. D’abord, l’arrêt de la répression, le respect des droits humains et une action en faveur d’un retour rapide à la paix. Ensuite, un moratoire sur tous les nouveaux projets miniers, tant que tous les problèmes liés à ce type d’exploitation n’auront pas été résolus (expertises et contrôles sanitaires, études d’impact sur l’eau, dépollution  des  sites  déjà  ex­ploités, gestion de l’après-mine, etc.).

Dette financière et écologique

Ce collectif espère s’élargir à de nombreux autres soutiens, dans une perspective de solidarité internationale pour le respect des droits des peuples autochtones et des travailleurs. Un appel spécifique en direction des confédérations syndicales est prévu, à l’initiative des militants du syndicat Sud-énergie. Les différentes actions prévues (expositions photo, tournées dans les sites français d’extraction, brochures et affiches, projections…) s’inscrivent dans une logique de mise en cause d’AREVA par un procès citoyen.

La question de l’extraction de l’uranium est une épine dans le pied du lobby nucléaire, épine que nous comptons bien enfoncer le plus profondément possible. La question du partage des richesses se pose de façon criante au Niger : « Dans cette zone, les populations ne sont que des victimes, exclues des bénéfices des richesses exploitées », a estimé Rhissa Feltou, conseiller municipal d’Agadez, lors de la conférence du 25 mars à l’Assemblée Nationale française (lire encadré). Après quarante ans d’exploitation de l’uranium par AREVA, payé à un prix très inférieur à celui du cours mondial, les Nigériens sont toujours aussi pauvres. Le pays est parmi les plus pauvres du monde, alors qu’Areva distribue ses milliards d’euros de profit à ses actionnaires. Payer quarante ans l’uranium à un prix nettement inférieur au prix du marché est un vol manifeste, même selon les critères capitalistes. AREVA – et donc l’État français qui en est l’actionnaire majoritaire – a véritablement spolié le peuple nigérien. Et ce n’est pas la légère revalorisation, intervenue en 2007, qui améliorera les choses, car un véritable système de récupération de la manne de l’uranium semble s’être mis en place, dans l’entourage du président nigérien. À la dette écologique, liée aux dégâts de l’extraction, s’ajoute donc une dette financière d’AREVA envers le peuple nigérien. Au-delà du nécessaire partage immédiat des richesses, il est aussi important de souligner, pour répondre à Areva qui prétend apporter le « progrès » au Niger, qu’un autre développement serait possible. Les trois milliards d’euros qu’AREVA compte investir pour éventrer le Niger et souiller ses nappes phréatiques pourraient, par exemple, servir à lancer une véritable industrie de production de panneaux solaires, laquelle permettrait de concilier développement économique, environnement et accès à l’énergie. À titre d’exemple, le projet alternatif à l’EPR en France, présenté par le réseau Sortir du nucléaire, montrait qu’avec un somme à peu près équivalente (un peu plus de trois milliards d’euros), il était possible de créer plus de dix mille emplois pérennes, soit six fois plus que ce qui est prévu par AREVA.

Il s’agit donc de la sauvegarde d’un peuple dont les fragiles conditions de survie sont mises en péril par AREVA, symbole du pillage impérialiste à la française. Imposons l’arrêt de ce pillage, en commençant par exiger le paiement de l’uranium à un prix correspondant au prix du cours mondial et en demandant la création d’un fonds de dédommagement des préjudices causés. Il faut, de plus et surtout, s’opposer à ce qu’AREVA commence un nouveau projet avant d’avoir réparé les immenses dégâts qu’elle a créés, notamment dans la région d’Arlit (lire encadré). La LCR engage toute son énergie, dans le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger », pour que le peuple nigérien, en particulier les Touaregs du nord du Niger, ait un autre avenir que l’horizon radioactif qu’Areva lui prépare.

La région d’Arlit

Depuis près de quarante ans, AREVA, via deux filiales, exploite, près d’Arlit, à 150 kilomètres d’Agadez, une gigantesque mine à ciel ouvert. Au fur et à mesure que les mines d’uranium en France ont été fermées, le chantier d’Arlit a grossi. Les poussières radioactives, issues des montagnes de résidus, plongent la ville dans une atmosphère suffocante, provoquant la contamination des eaux et la destruction de la faune et de la flore à des dizaines de kilomètres autour des mines. Des ferrailles contaminées sont abandonnées. En 2003, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD), lors d’une mission au Niger, et malgré la confiscation de son matériel, a pu observer une contamination radioactive généralisée dans l’air et l’eau, ainsi que sur les ferrailles récupérées par les habitants1. L’épuisement d’une des deux grandes nappes phréatique de la région, à hauteur de 70 %, est également préoccupant. À moyen terme, son irréversibilité est prévisible, ce qui rendra la vie purement et simplement impossible dans cette région. Il y a, de plus, de nombreuses pollutions annexes, essentiellement dues aux activités périphériques comme celles des carrières de charbon et des centrales thermiques. L’hôpital qui effectue les diagnostics étant géré par AREVA, il n’y a aucun moyen de connaître réellement l’impact sur la santé des populations et des travailleurs. Mais le pire est à craindre.

1. Voir www.criirad.org/actualites/dossiers2005/niger/somniger.html

Une conférence qui dérange

Le 25 mars, s’est tenue une conférence de presse à l’Assemblée Nationale française, afin d’attirer l’attention de l’opinion sur la dramatique situation humanitaire du Niger et pour marquer le lancement de la campagne du Collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger ». Deux élus touaregs de la région d’Agadez, Issouf Maha et Rhissa Feltou, ont témoigné de la gravité de la situation. Les populations civiles du nord du Niger subissent les affres d’une guerre menée par le gouvernement et destinée à protéger les intérêts des entreprises minières. L’objectif de la conférence était de porter la situation au nord du Niger au cœur du débat sur les exploitations minières des grandes puissances dans les pays du Sud, et d’interpeller la France qui, à travers AREVA, exploite l’uranium nigérien depuis 40 ans, fermant les yeux sur les conséquences désastreuses de cette industrie. Pour faire diversion, une réunion ouverte à la presse était organisée, au même moment, dans un bureau voisin, par le groupe parlementaire d’« Amitié France-Niger ». Au moins une journaliste, pensant venir à notre initiative, s’est retrouvée face à la propagande d’AREVA qui avait posté un de ses cerbères à l’entrée pour contrôler l’accès de la salle. Autre « coïncidence », le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, Stéphane Lhomme, était convoqué, le même jour, dans les locaux de la DST concernant l’affaire, qu’on croyait oubliée, de la vulnérabilité de l’EPR.

Laurent GROUET

Notes:

1. www.tchinaghen.org

2. Voir la brochure (PDF) « Un courant alternatif pour le Grand Ouest »

2247-niger

Colonialisme nucléaire et spoliation des terres

agropastorales touarègues au Niger (d’après

DAO collectif de Tchinaghen)

Bakchich Info publie des documents

compromettants…

7 mai 2007 : Documents

Voir cet article d’Ignacio Manga : AREVA fait rêver le Niger, accompagné de documents compromettants pour le géant du nucléaire :

Courriers Officiels : Où l’on découvre qu’AREVA et ses filiales ne respectent pas toujours les délais pour dépolluer une route pleine de ses petits déchets radioactifs.

Courriers internes : À neuf mois d’écart, le laboratoire d’analyse missionné par la COGEMA alerte son client du non-respect des critères de potabilité de l’eau qu’elle distribue à Arlit.

Résultats d’analyses : Où l’on découvre que les limites admissibles de l’Organisation Mondiale de la Santé quant à l’eau sont tout bonnement explosées à Arlit. Et les seuils d’arrêt de la distribution d’eau, soit 0,1Bq/l en indice alpha total, près de quarante fois dépassés. La station de surpression ZI affiche même un indice de 4,25…

La Télé Libre : LE CONFLIT DU NIGER S’INVITE

A L’ASSEMBLÉE

5 avr 2008 : Video – Audio

Le 25 mars 2008, Noël Mamère invitait des représentants Touaregs du Niger à l’Assemblée Nationale, pour dénoncer les conditions d’exploitation de l’uranium par AREVA dans leur région. Dans le bureau d’à côté, un député UMP tenait une autre conférence de presse, cette fois avec des responsables d’AREVA, dont le propos était sensiblement différent…

Mardi 25 mars, jour de rentrée parlementaire, des hommes du désert traversent les couloirs de l’Assemblée. Ils se rendent au bureau numéro 5, où se tient une conférence de presse intitulée « AREVA ne fera pas la loi au Niger ! ».

A l’initiative de la rencontre, le député Vert Noël Mamère, solidaire du combat de la rébellion Touareg contre le pouvoir nigérien, qui sous prétexte de sécurité a interdit l’accès de la région à la presse et aux observateurs étrangers, mais pas aux compagnies minières.

Au micro, élus Touaregs, chercheurs et militants associatifs se succèdent pour dénoncer le scandale de l’extraction de l’uranium dans la région, qui menace l’environnement, épuise les réserves en eau, et soutient le pouvoir en place, au détriment des populations locales.

Une porte plus loin, des représentants d’AREVA et des parlementaires UMP vantent les mérites de ce « fleuron de l’industrie française », et affirment leur soutien au régime nigérien. Michel Terrot, l’organisateur de cette contre-conférence de presse, est député UMP du Rhône, et membre du groupe d’Amitié France Niger.

Françafrique disiez vous ?

Joseph Hirsch
Caméraman : Yann Kaim
Montage : Sylvain Huillier

Impact de l’exploitation de l’uranium par les filiales de COGEMA-AREVA au NIGER - Note CRIIRAD (pdf, avril 2005)

Rapport d’enquête SHERPA (pdf)

Mission préliminaire CRIIRAD / SHERPA au Niger - décembre 2003 :

Compte rendu de mission CRIIRAD (pdf avec photos)

Complément photographique de la mission CRIIRAD (html)

Compte rendu de mission SHERPA (word, décembre 2003)

Une région pillée, un peuple sacrifié !

16 mai 2008 : Communiqués du Collectif

Communiqué unitaire du 23 mars 2008

Depuis 40 ans, la Société Française AREVA, leader mondial du nucléaire civil, tire près de 40% de sa production d’uranium du Nord Niger, pays encore classé à ce jour parmi les 3 plus pauvres de la planète. En 2007, AREVA perd son monopole et l’Etat nigérien reçoit des demandes de permis de sociétés nord-américaines, australiennes, asiatiques et sud-africaines. Bien qu’Azelik, future grande exploitation, ait été accordé aux Chinois via la société Sino-U (CNUC), AREVA a tout de même récemment obtenu l’autorisation d’exploiter l’énorme site d’Imouraren avec lequel le Niger devrait devenir le 2ème producteur mondial.

Les 40 années d’exploitation minière de COGEMA/AREVA, à Arlit et Akokan, ont eu pour premières conséquences :

  • La spoliation des terres agro-pastorales autour des deux sites, situés dans la région d’Agadez.
  • Des bénéfices énormes réalisés par AREVA sans retombées pour les populations : un véritable partenariat « gagnant-perdant » !
  • La destruction de la faune et de la flore aux alentours des mines.
  • La contamination de l’air par des poussières et des gaz radioactifs.
  • La contamination radiologique des ressources en eau.
  • L’épuisement d’une des deux grandes nappes fossiles (Tarat), à hauteur de 2/3 de ses réserves et, à moyen terme, le tarissement irréversible de la seconde nappe, avec le dénoyage de la partie ouest de l’aquifère (grès d’Agadez) en 40 ans.
  • Des pollutions annexes innombrables, essentiellement dues aux activités périphériques.

La très forte demande en énergie des pays émergents a considérablement favorisé l’intérêt nouveau pour le nucléaire, énergie dite « propre », ce qui a eu pour conséquence une fulgurante ascension du prix de ce minerai. Une manne inespérée… les autorités nigériennes annoncent dès 2007 le triplement de la production pour les années à venir.

niger-irrad.gif139 permis de recherche et d’exploitation ont été vendus en moins d’un an et de nombreux permis en demande seront bientôt accordés. Ces permis, qui englobent la majeure partie des territoires des populations de la région d’Agadez (plus de 85.000 km²) sont octroyés dans l’opacité et sans aucune concertation préalable.%%

A ce jour, les autorités nigériennes se refusent toujours à tout dialogue avec les populations autochtones, et ce malgré l’émergence récente d’un nouveau mouvement de rébellion condamnant sans détours cet état de fait.

Interdisant tout acte de résistance, le Niger – tacitement soutenu par l’Etat français, au travers de sa « filiale » AREVA organise, une vaste campagne de discrimination avec l’objectif à peine voilé de vider la région de ses habitants, facilitant ainsi l’aboutissement de ses relations commerciales.

Les pleins pouvoirs sont ainsi donnés à l’armée nigérienne, l’état d’exception est décrété pour la région d’Agadez :

  • Exécutions sommaires ciblées et arrestations arbitraires.
  • Destruction des moyens de subsistance des nomades (cheptel abattu, activités agricoles rendues impossibles, approvisionnements restreints, etc.).
  • Populations déplacées.
  • ONG interdites, radios et presse muselés.

areva.jpgÀ l’heure même où la notion de développement durable, admise par tant d’Occidentaux, est plus que jamais d’actualité, il serait souhaitable que les grands groupes industriels du Nord qui sans cesse communiquent sur le bien-fondé des énergies « propres » aient la décence de reconnaître que l’énergie nucléaire n’est pas si propre que cela.

Que le développement durable est à considérer dans sa globalité et non dans sa finalité.
Qu’il est absolument hypocrite de nous vendre, à nous Occidentaux, une énergie prétendue sans taches, sans effets, sans conséquences, alors que loin de nous des populations, aux conditions de vie déjà très précaires, souffrent et meurent d’un environnement vicié, d’une spoliation de leurs territoires d’attache ?

Le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger »

Conscient de la catastrophe annoncée, le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » mène une campagne visant à mettre la société AREVA, la France, l’Union Européenne et la Communauté Internationale face à leurs responsabilités.

Il s’agit de dénoncer les conséquences désastreuses de nos choix énergétiques ici et de soutenir ceux qui en paient le prix là-bas.

Réseau de solidarité et d’action, le collectif soutient, au travers de leurs représentants réfugiés en France, les populations concernées dans leur lutte pour la reconnaissance de leurs droits, de leur dignité et de leurs libertés fondamentales.

Le collectif dénonce la complicité de la communauté internationale et particulièrement de la France qui, de connivence avec le Président Tandja :

  • Passent sous silence la réalité et la gravité du conflit.
  • Cautionnent le comportement irresponsable et irrespectueux des sociétés minières.
  • Affament et tuent en vertu de la concurrence et du profit.

C’est tout un peuple, chassé de ses terres, privé de ses activités traditionnelles, de ses ressources en eau, qui est menacé de disparaître face aux enjeux géostratégiques et politiques mondiaux.

=> Revendications du collectif

AREVA profite de l’état d’urgence au Nord du

Niger pour valider son énorme projet minier

d’Imouraren

27 mai 2008 : Communiqués du Collectif

Le vendredi 16 mai, AREVA a organisé à Agadez, au Nord du Niger une « audience publique et un atelier de validation de l’étude d’impact environnemental » de son nouveau projet minier : Imouraren (4 000 tonnes par an en 2012).

Suite au déclenchement d’une rébellion armée en 2007, l’état d’exception est décrété sur la région d’Agadez. Tous les pouvoirs sont donnés à l’armée : exécutions sommaires ciblées, arrestations arbitraires, destruction des moyens de subsistance des nomades, populations déplacées, ONG interdites, radios et presse muselées, sont le lot quotidien des habitants de la région… Cette « audience » est un écran de fumée. AREVA profite de cette situation : qui osera, dans un tel contexte, venir exprimer son désaccord avec le projet du géant nucléaire qui agit en toute impunité avec la bénédiction du pouvoir central nigérien !?

Des manœuvres sournoises ont été opérées pour limiter la participation de certaines structures dans la tenue et la conduite des audiences. En effet, le Comité Ad-hoc, pourtant missionné en 2006 par le ministère de l’Hydraulique, de l’Environnement, a été mis à l’écart par un arrêté du ministère des Mines et de l’Energie du Niger pris en avril 2008, ce qui est certainement le résultat d’arrangements avec le géant nucléaire français. De plus, le volumineux rapport provisoire de l’étude d’impact environnemental du projet d’Areva est volontairement rendu inaccessible. La majorité des participants à cet atelier n’ont pas eu accès à ce dernier, puis le temps imparti pour sa consultation a été sciemment réduit. Enfin, il n’y a eu aucune contre-expertise scientifique indépendante permettant aux participants d’opérer un choix ou d’émettre des avis conséquents sur un projet aussi énorme.

Des milliers d’éleveurs, maraichers, artisans, acteurs économiques sont directement menacés par la future mine d’AREVA : spoliation des terres agro-pastorales, destruction de la faune et de la flore, contamination de l’air, contamination radiologique, épuisement et pollution de la nappe phréatique, pollutions annexes innombrables et destruction irrémédiable du tissu socio économique… Les populations autochtones et les ouvriers subissent déjà depuis 40 ans les conséquences désastreuses des activités minières de la société à Arlit et Akokan.

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Action menée devant le siège d’Areva à Paris le 27 mai 2008

« Pour un monde sans nucléaire » : grand

rassemblement le 12 juillet à Paris

7 juil 2008 : Agenda

Au programme de la soirée projection, musique, conférence (20h) :

  • la question de l’uranium avec un Touareg du Niger, Marcus Atkinson de Footprints for Peace (Australie), Laurent Grouet et le Collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » (France), Mika Flojt (Finlande – Laponie)

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Communiqué :

Le 1er juillet 2008, le gouvernement français présidera pour 6 mois l’Union Européenne. L’énergie et le nucléaire sont deux enjeux majeurs de cette présidence.

Le lendemain du rassemblement, soit les 13 et 14 juillet, N. Sarkozy recevra à Paris des dizaines de chefs d’Etat de l’Union Européenne et du pourtour méditerranéen (dont le dictateur libyen M. Kadhafi).

Le président français entend continuer à promouvoir le nucléaire, en le présentant comme une solution au changement climatique, ce qui est un mensonge pur et simple.

Le nucléaire n’est ni propre, ni renouvelable !

Le nucléaire constitue un risque grave et avéré pour les générations présentes et futures. Ne laissons pas construire de nouveaux réacteurs ou sites nucléaires en France ou ailleurs dans le monde (EPR, Bure, ITER…). Comme 90% des Européens, exigeons des investissements massifs dans les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables, seules solutions pour préserver efficacement le climat.

Face au changement climatique, le nucléaire n’est qu’une dangereuse illusion.

Plus d’informations ICI

 

Photos de la manifestation :

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Rassemblement devant le siège d’AREVA : la

vidéo

et la dépêche AFP

2 juin 2008 : Video – Audio

26097712_p.gifAFP : Rassemblement devant le siège

d’AREVA sur l’exploitation au Niger

PARIS – Une vingtaine de membres du collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » se sont rassemblés mardi devant le siège du groupe français pour protester contre les conditions d’exploitation de l’uranium nigérien, a constaté l’AFP.

Certains manifestants étaient vêtus de combinaisons anti-irradiation, d’autres figuraient des journalistes baillonnés. Un touareg représentait les populations du nord du Niger, victimes des violences entre l’armée et la rébellion et de l’exploitation minière, selon les manifestants.

Le collectif dénonçait notamment la tenue vendredi à Agadez, au nord du Niger, d’une « audience publique » d’AREVA sur l’étude d’impact concernant son nouveau projet minier à Imouraren. Or, suite au déclenchement d’une rébellion armée en 2007, l’état d’exception est décrété sur la région, les ONG sont interdites et la presse muselée, fait valoir le collectif, qui n’a pu accéder ni à la réunion, ni à l’étude d’impact.

« AREVA profite de cette situation: qui osera dans un tel contexte venir exprimer son désaccord avec le projet du géant nucléaire qui agit en toute impunité avec la bénédiction du pouvoir central nigérien? », relève le communiqué du collectif (Attac, LCR, les Verts, Sortir du nucléaire, etc).

Les associations réclament notamment la dépollution des sites déjà exploités et une expertise indépendante.

Le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium mais aussi l’un des pays les plus pauvres du monde.

©AFP / 27 mai 2008 14h26

AFP : Plusieurs milliers de manifestants

antinucléaires à Paris

13 juil 2008 : Revue de presse

Plusieurs milliers de manifestants antinucléaires se sont rassemblés samedi après-midi place de la République à Paris pour protester contre les projets nucléaires du gouvernement à la veille du sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée. Les manifestants étaient au nombre de 7.000, selon le réseau Sortir du Nucléaire. La préfecture n’avait pas encore rendu public son estimation en milieu d’après-midi.

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« Sarkozy a invité les chef d’Etat européens et méditerranéens avec l’objectif de vendre du nucléaire à toute la planète », a estimé Alain Rivat, porte-parole de Sortir du Nucléaire, dans une allocution au début de la manifestation. Une délégation européenne d’opposants à l’énergie nucléaire était présente, venus de Finlande, d’Autriche, d’Allemagne, d’Irlande, des Etats-Unis et du Niger. « Nous contestons formellement les allégations de M. Sarkozy et ses dirigeants du nucléaire en général qui prétendent que le nucléaire permettrait de lutter contre le réchauffement climatique », avait déclaré peu avant déclaré Stéphane Lhomme, autre porte-parole de Sortir du Nucléaire, lors d’une conférence de presse avant la manifestation. « Nous contestons aussi que cela permette de protéger la France de la montée du prix de l’énergie. Il suffit de voir les pêcheurs, les routiers, les automobilistes: tout le monde est finalement frappé de plein fouet par la montée du prix de l’énergie », a-t-il ajouté.

Dans le nord du Niger, l’extraction de l’uranium aura pour conséquence « la destruction totale du cadre de vie des populations », a déclaré pour sa part Issouf Maha, maire de Tchirozérine, située en territoire touareg dans le nord du pays. Selon l’édile nigérien, 60% des 40.000 km2 que couvre sa commune ont été vendus à des compagnies d’extraction de minerai. Avec l’EPR, « les Finlandais servent de cobayes pour une technologie radicalement nouvelle », s’est inquiétée de son côté la Finlandaise Angela Oker-Blom, du Réseau International des Artistes pour un Avenir Propre, qui a aussi dénoncé les effets sur l’environnement de la recherche d’uranium dans son pays par AREVA.

AFP 12 juillet 2008

Les ONG nigériennes du Réseau ROTAB

réclament l’application de l’Initiative sur la

Transparence dans les Industries Extractives

2 aoû 2008 : Documents

Déclaration de Presse 

Réunies le samedi 26 juillet 2008, en Assemblée Ordinaire, à l’effet d’examiner plusieurs points inscrits à son ordre du jour, les Organisations Membres du Réseau des Organisations pour la Transparence et l’Analyse Budgétaire font la déclaration suivante :

Vu la Constitution du Niger du 09 août 1999, notamment en son article 31 qui dispose que les biens publics sont sacrés et inviolables, Considérant l’adhésion du Niger à l’Initiative sur la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE),
Considérant que la transparence dans les industries extractives doit être effective sur toute la chaîne (de la signature à la répartition des revenus générés par les ressources naturelles non renouvelables et les impactes environnementaux),
Considérant la signature du contrat d’exploitation pétrolière du bloc d’Agadem, entre le gouvernement du Niger et la « China National Oil and Gaz Development and Exploration Corporation »,

Le ROTAB dénonce et condamne :

1. L’opacité qui a entouré la signature du contrat entre le gouvernement du Niger et la filiale de CNCP.

2. La mise à l’écart des techniciens nationaux compétents dans le domaine des industries pétrolières.

3. L’utilisation exclusive des personnes ressources extérieures et de qualité douteuse.

4. Le manque d’information sur l’utilisation faite du bonus des 127 milliards accordé par les chinois à la suite de la signature du contrat du bloc d’Agadem.

5. Le refus du gouvernement de mettre à la disposition de la société civile le contrat avec les chinois sur l’exploitation pétrolière ainsi que celui signé avec AREVA.

6. Le retard manifeste dans la mise en œuvre de l’ ITIE au Niger,

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Obtention du Certificat de Conformité

Environnementale pour le Projet Imouraren

2 aoû 2008 : Documents

Communiqué d’AREVA – 31 juillet 2008

Confirmant les conclusions de l’atelier de validation qui s’était tenu du 19 au 21 mai derniers à Agadez, dans le nord du Niger, les autorités nigériennes, en la personne du directeur du Bureau d’Evaluation Environnementale et des Etudes d’Impact (BEEEI), ont officiellement remis à AREVA, mardi 29 juillet, un Certificat de Conformité Environnementale pour le Projet Imouraren. Signé par le Ministre de l’Environnement et de la Lutte Contre la Désertification, ce document fait partie intégrante du dossier pour le permis d’exploiter (PEX) dont la demande a officiellement été déposée le 15 mai dernier. Une décision des autorités en faveur de l’attribution du PEX ouvrirait la voie aux investissements massifs prévus pour le site (près de 1,2 milliards d’euros sur les trois premières années) et au lancement des premiers travaux d’envergure. Prévu pour débuter à partir de 2012, l’exploitation du gisement d’Imouraren devrait produire à terme près de 5000 tonnes d’uranium par an et devenir la deuxième plus grande mine d’uranium à ciel ouvert au monde.

Au sujet du projet Imouraren, lisez notre communiqué du 27 mai 2008 : AREVA profite de l’état d’urgence au Nord du Niger pour valider son énorme projet minier d’Imouraren

7 oct 2008 : Documents

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Des gisements d’uranium sont exploités à moins d’une centaine de kilomètres de la frontière algéro-nigérienne par deux compagnies françaises dans la région d’Arlit au Niger. L’émanation des poussières radioactives et du gaz radon-222, poussés par les vents du Sud, traversent les frontières et se dispersent plus particulièrement sur une grande superficie du Sud algérien, détruisant pour toujours le système écologique.

Cette émanation toxique tue les hommes, la flore et la faune, sur une échelle plus grande que les restes des essais nucléaires français au Sahara.

L’uranium du Niger est seulement indispensable au programme électronucléaire massif de la France, mais surtout pour la fabrication d’armes nucléaires, qui sont prohibées pour certains et permises pour d’autres. L’uranium du Niger, une fois traité sur site et délesté de ses déchets radioactifs, représente 96,5% du volume de minerai extrait, le « yellowcake » (concentré de minerai jaunâtre), une part est transportée vers le Libye par Agadez, le reste est acheminé au Bénin jusqu’au port de Cotonou.

Ce qui est inquiétant, c’est l’existence de la mine elle-même, car elle restera pour l’éternité une grande source d’émanation de la radioactivité, tuant à petit feu les populations d’Afrique (voir tableau 1). Libéré en grande quantité par l’activité minière et les déchets radioactifs, le gaz radon-222, élément radioactif, qui peut parcourir des milliers de kilomètres en quelques jours sans jamais s’éloigner de la surface du sol, à cause de sa densité et la pesanteur. Le radon s’émane aussi en grande quantité des montagnes de résidus radioactifs, qui jonchent auprès des mines et aussi par les cheminées d’aération de la mine. A Arlit, une montagne de 15 m de haut sur une superficie de 85 hectares de surface et d’un volume de 12,5 millions de tonnes de résidus radioactifs est soumise au gré des vents qui transportent ses poussières sur des milliers de kilomètres.

Sur le site de la mine d’Arlit, des mesures faites clandestinement par des ONG européennes donnent une teneur moyenne de 49 000 Bg/kg pour le thorium 230, 57 000 Bg/kg pour le radium 226 et 54 000 Bg/kg pour le plomb 210, soit une radioactivité totale supérieure à 500 000 Bg/kg, si l’on ajoute la contribution des 14 descendants de l’uranium (voir tableau 1). Laissés à l’air libre, la poussière de résidus radioactifs et le gaz radon-222 sont emportés par les vents dominants, soufflant du sud vers le nord, jusqu’en profondeur du territoire algérien.

A Tamanrasset comme à Adrar des morts suspectes dues à l’irradiation radioactive ont été enregistrées, la plupart des habitants du Sud algérien portent un cancer des poumons, les enfants dès leur jeune âge souffrent des difficultés respiratoires, les services sanitaires ont relevé sur la population des signes de stress et de perte de mémoire, d’autres sont apparues : les cancers de la peau, les cancers de gorge, les déformations physiques, la chute de cheveux à un âge prématuré, etc. Des mesures hasardeuses qui ont été faites dans différents sites du sud du pays se sont avérées alarmantes et quelques fois elles dépassent largement le seuil de radioactivité admis pour l’homme et la nature.

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Invitation réunion conjointe : collectifs « Malgré

tout » et « Areva ne fera pas la loi au Niger »

10 sep 2008 : Agenda

A l’occasion de la naissance du Collectif « D’un plateau à l’autre, du Larzac à la Quebrada (Argentine) l’uranium contre la vie« , initié par M. Miguel Benasayag, les deux collectifs vous convient à une réunion, le 22 Septembre 2008, sur le thème :

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Le sort des populations autochtones du Nord

Ouest Argentine et du Nord Niger face à l’essor

fulgurant de l’uranium

De véritables catastrophes humaines, sociales et environnementales perdurent ou s’annoncent pour les populations autochtones

Ces deux derniers mois, au moins deux demandes d’exploration d’uranium ont été déposées pour les sites de Juella et de Yacoraite, deux vallées affluentes de la vallée principale parcourue par le Río Grande qui traverse Tilcara, village situé dans la célèbre « Quebrada » de Humahuaca (Province de Jujuy, terre de l’Inca). A l’instar du drame que connaissent depuis 40 ans les populations du Nord Niger où les territoires sont sacrifiés sur l’autel du profit et au mépris des droits humains les plus fondamentaux, les indiens Quechuas et Aimaras de la province de Jujuy se voient menacés dans leur existence par de nouveaux projets de mine d’uranium à ciel ouvert, dont les désastres écologiques, sociaux et culturels irréversibles ne sont plus à démontrer mais reste à dénoncer.

L’exploitation de l’uranium au Niger est synonyme de pollutions multiples, d’expulsions des populations de leurs territoires ancestraux, de désarticulation de leur mode de vie (autosuffisance historique), d’épuisement irréversible des nappes d’eau… Les indiens Quechuas et Aimaras de Juyuy risquent de connaître le même sort.

Des territoires spoliés, pollués et pillés de leurs ressources en eau

La Cordillère des Andes subit une véritable invasion des industries extractives, notamment celle de l’uranium qui connaît une ascension mondiale fulgurante. Ainsi, en Argentine, après les ravages des lobbies du soja OGM qui ont déboisé des centaines de milliers d’hectares de terre, expulsé des dizaines de milliers paysans, les populations autochtones assistent au retour dévastateur des mines d’uranium à ciel ouvert. Ces populations se voient menacées par les incidences directes et immédiates sur les équilibres écologiques et culturels fragiles, tant sur le haut plateau de la Puna, que dans les vallées.

Dans la province de Jujuy (plateau de la Puna) de nombreux projets d’exploration et d’exploitation de mines d’uranium à ciel ouvert resurgissent, notamment ceux des deux exploitants Aguilar et Pirquita. Si les populations du Nord Niger sont asphyxiées tant par un conflit armé que par les effets pervers de l’exploitation uranifère, les communautés paysannes et indigènes de la province Jujuy subissent le même sort et trouvent pour seul refuge les bidonvilles et les quartiers suburbains où elles mènent une existence des plus indécentes.

Cette reprise d’activité accélérée au Nord Ouest d’Argentine et la concentration des projets miniers auront des conséquences à moyen et long terme sur les ressources en eau de la région de Quebrada et Puna, avec les risques de contamination chimique de l’eau et son épuisement irréversible (la seule mine de Pirquita consomme 70 000 m3 par jour). D’ores et déjà l’‘ex’- lagune de Guayatayoc, sur la Puna Argentine est totalement asséchée et de nombreux villages sont privés d’eau faisant les frais du pillage par les sociétés extractives. Il en va de même pour la célèbre vallée “Quebrada” de Humahuaca, un site pourtant déclaré en 2002 Patrimoine Naturel et Culturel de l’UNESCO.

Quel sort pour les populations autochtones ?

Qu’elles soient dans l’Aïr (Nord Niger) ou sur les plateaux de la cordillère des Andes, les populations autochtones payent l’uranium au prix fort, celui de leur devenir, du devenir de leurs enfants et de leur mode de vie. Dans ces deux cas, l’épuisement des ressources uranifères très attractives pour les multinationales, s’accompagnant inéluctablement de l’épuisement des ressources en eau et d’une destruction de l’écosystème, signeront l’arrêt de mort de toute activité agropastorale et par la même de toute vie humaine.

La manne financière de l’industrie uranifère est à ce jour un indicateur de fausse croissance et de destruction de modes de vie ancestraux.

Des actions locales à soutenir

Face à ces menaces, un groupe informel d’habitants dits « autoconvoqués », tentent de se mobiliser sur place. Ce groupe a été initié par M. Roger Moreau, un français établi à Tilcara et adopté par les indiens Quechuas de la région depuis 1985. Après avoir mené pendant dix ans (1971 et 1982) le combat sur le Larzac pour repousser le projet de camp militaire, Roger Moreau mobilise les paysans locaux pour un nouveau combat contre le projet de mine d’uranium à ciel ouvert à trente kilomètres en amont de Tilcara.

A l’heure où le nucléaire est largement présenté et médiatisé comme ressource énergétique alternative et propre, les problèmes de fond qui remettent en cause l’existence même des populations autochtones tant en Argentine qu’au Niger, doivent être sans cesse mis en lumière et dénoncés, en France et partout ailleurs.

Les collectifs « AREVA ne fera pas la loi au Niger » et « Malgré tout« , souhaitent mobiliser toutes les énergies afin de dénoncer ces faits, soutenir ces populations menacées et favoriser la solidarité Sud/Sud

Le Collectif d’un plateau à l’autre, du Larzac à la Quebrada (Argentine) « l’uranium contre la vie », tend à ériger un pont entre les deux continents (Afrique/ Amérique Latine) afin de permettre à ces populations vulnérables de conjurer leurs souffrances et de pallier à leur isolement face aux multinationales.

A tous ceux qui veulent s’informer, soutenir ou participer à ce combat contre la fatalité, rendez-vous :

Lundi 22 septembre 2008, à 20h00,
au Siège d’ %Attac France
66-72 rue Marceau – 93100 Montreuil
www.malgretout.org
Contact : arevaneferapaslaloi@gmail.com

Lettre à la Banque Européenne d’Investissement

11 sep 2008 : General

Le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » est co-signataire du courrier envoyé par Les Amis de la Terre au Président de la Banque Européenne d’Investissement et aux Vice-Présidents concernés sur un éventuel soutien de la banque aux mines d’uranium d’AREVA au Niger.


logo.gifA : Philippe Maystadt, Président

Copies à : Philippe de FONTAINE VIVE CURTAZ, Vice Président
Plutarchos SAKELLARIS, Vice Président
Montreuil, le 8 septembre 2008

Objet : éventuel financement de projets miniers d’AREVA

Monsieur le Président,

Nous vous écrivons suite à la publication de plusieurs articles faisant état de l’intensification des activités minières d’AREVA en Afrique (1). Nous supposons qu’AREVA aura besoin de financements pour mettre en oeuvre ces projets. Notant que la BEI a récemment approuvé un prêt de 400 millions d’euros en faveur pour l’usine d’enrichissement d’uranium du Tricastin, nous souhaiterions :

  • savoir si AREVA vous a déjà contacté pour des projets de mine d’uranium en Afrique,
  • vous apporter quelques informations sur le passif de l’entreprise dans ce domaine.

Comportement irresponsable d’AREVA au Niger

En effet, AREVA est réputée pour sa gestion déplorable des mines d’uranium en Afrique, en particulier au Niger, où ses filiales, la Cominak et la Somair, exploitent l’uranium depuis les années 70. Nous nous appuyons ici sur ces deux exemples et sur les études de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) et de l’association Sherpa sur le terrain pour illustrer les très sérieux problèmes entourant l’exploitation des mines d’uranium par les filiales d’AREVA (voir rapports ci-joint).

Des études et mesures effectuées par la CRIIRAD entre 2004 et 2005 démontrent que les activités d’exploitation de l’uranium ont provoqué de graves contaminations des eaux distribuées aux travailleurs et à la population, avec des taux de contamination aux particules alpha (parmi les plus dangereuses pour la santé humaine) 7 à 110 fois supérieures aux seuils recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le dépassement des normes de potabilité internationales. Informée par son laboratoire d’analyse, l’entreprise se contente d’ignorer le problème.

L’enquête de la CRIIRAD observe également la dissémination de ferrailles contaminées dans la population, ainsi que le stockage de montagnes de déchets hautement radioactifs non recouverts et dispersables par les vents. Des gaz radioactifs sont également rejetés à l’air libre, exposant toutes les communautés alentour. Ces contaminations de l’air, des sols et de l’eau se poursuivront sur plusieurs générations.

L’association Sherpa, qui a conduit plusieurs visites sur le terrain dénonce l’absence de protection et d’information des ouvriers. Pendant plus de quinze ans, ceux-ci ne portaient aucun masque de protection et n’avaient reçu aucune formation sur les risques de la radioactivité. Si la santé des mineurs et de leur famille est, dans ces conditions, déplorable (maladies pulmonaires multiples), ils sont totalement désinformés : des médecins avouent ainsi faire sciemment de faux diagnostics en cas de cancer, quand le patient n’a pas les moyens de payer les traitements appropriés.

A la suite de ces études, AREVA s’est vu attribuer en 2008 le Public Global Eye Award, qui «récompense » les entreprises s’étant distinguées par leur mépris des droits environnementaux et sociaux au niveau international.
Malheureusement, le comportement scandaleux d’AREVA dans le cadre de ses mines d’uranium ne se limite pas aux opérations au Niger. Vous trouverez ci-joint un point de presse soulevant les problèmes liés aux anciennes mines de l’entreprise au Gabon.

Nos questions à la BEI

Au regard des impacts sociaux et environnementaux très lourds des projets miniers, des dangers particuliers induits par l’exploitation de l’uranium, et du comportement désastreux d’AREVA, nous souhaiterions vivement :

  • Etre informés de toute collaboration entre AREVA et la BEI avant qu’une demande formelle de prêt ne soit formulée.
  • Etre informés de toute demande de soutien d’AREVA à la BEI, dès le premier stade d’évaluation préliminaire du ou des projets.
  • Rester en contact avec vous sur le sujet, afin de pouvoir vous faire parvenir toutes les informations utiles à votre évaluation des projets dont nous disposons, et ce dès les tout premiers stades de cette évaluation.

En vous remerciant d’avance de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre haute considération.

Anne-Sophie Simpere Chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers Les Amis de la Terre

Signataires :

AITEC (Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs), ATTAC France, Collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger », IPAM (Initiatives Pour un Autre Monde), ISF (Ingénieurs sans frontières), MIR France (Mouvement international de la Réconciliation), Réseau « Sortir du nucléaire » (Fédération de 830 associations), Association Survie.

(1) “AREVA, Technip team up in Africa-focused uranium venture“ Mining weekly, 20.3.2008, ou : “Areva Lands Uranium Miner” Forbes, 15.6.2008, ou encore: “Areva signs uranium mining deal in Africa“, International Herald Tribune, 2.8.2008

NIGER : L’uranium – bénédiction ou

malédiction ?

19 nov 2008 : Documents

transparentlogo.gifArticle publié par IRIN le 16 octobre 2007

DAKAR, 16 octobre 2007 (IRIN)

Tandis que la demande mondiale en énergie nucléaire grimpe, les vastes réserves d’uranium du Niger ne sont pas un atout pour la population du pays, à en croire les analystes ; au contraire, elles ne font qu’ajouter aux graves problèmes qui pèsent sur la région.

Pays pauvre situé à la lisière sud du désert du Sahara, le Niger dispose de réserves d’uranium – source principale de combustible nucléaire – parmi les plus importantes du monde, mais n’en tire presque aucun avantage.

Au contraire, selon les organisations locales et internationales, l’exploitation de l’uranium par des sociétés principalement étrangères a des conséquences néfastes sur l’environnement et la santé des populations dans l’extrême nord du pays.

Les opérations minières sont aussi à l’origine de tensions politiques nationales : notamment, une des exigences principales du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), une milice armée aux prises avec l’armée nigérienne depuis février, repose sur une répartition plus équitable des revenus générés par l’exploitation de l’uranium.

« Le fait qu’il y ait de (l’uranium au Niger) est plus un mal qu’un bien, pour l’instant » selon Jeremy Keenan, professeur à l’université de Bristol au Royaume-Uni, et autorité reconnue sur le Sahara. « C’est une malédiction pour la région et les populations qui y vivent  Cela a tout le potentiel d’une situation tout à fait explosive. »

Peu d’avantages

Les associations de la société civile au Niger, ainsi que plusieurs universitaires aux Etats-Unis et au Royaume-Uni s’accordent sur le fait que les populations du Niger n’ont pas profité des 100 000 tonnes d’uranium extraites ces 36 dernières années. Le Niger, qui produit plus de 3 000 tonnes d’uranium par an, se situe entre la troisième et la cinquième places mondiales en matière de production d’uranium.

Néanmoins, selon l’Indice de développement humain 2006 du Programme des Nations Unies pour le Développement, le Niger est le pays le plus pauvre du monde : l’espérance de vie est de 45 ans, 71 pour cent des adultes ne savent pas lire, et 60 pour cent de la population survit avec moins d’un dollar par jour.

« Le peuple nigérien ne profite pas de ces revenus », selon Ali Idrissa, coordinateur de la branche nigérienne de Publish What You Pay, une coalition internationale d’organisations non-gouvernementales (ONG) qui appellent les compagnies extractives (pétrole, gaz, mines) à communiquer les montants qu’elles versent aux gouvernements pour l’extraction des ressources naturelles.

Le gouvernement nigérien, notamment, ne perçoit qu’une faible part des revenus de l’uranium : ce sont des sociétés étrangères qui détiennent une participation majoritaire dans SOMAÏR et COMINAK, les deux entreprises productrices d’uranium, gérées et principalement détenues par AREVA, multinationale française et géant mondial de l’exploitation minière.

En juillet, les autorités ont renégocié le prix de l’uranium, augmentant ainsi le taux de redevance au kilo, pour le porter à 40 000 francs CFA (soit 86 dollars) pour l’année 2007. Malgré tout, aux termes d’un accord vieux de plusieurs décennies, les deux sociétés de production ne sont pas tenues de verser plus de 5,5 pour cent de leurs revenus à l’Etat. En 2006, cela équivalait seulement à 10 milliards de francs CFA (22 millions de dollars), selon le ministère de l’Exploitation minière et de l’Energie.

D’après Robert Charlick, professeur à l’université publique de Cleveland et auteur d’ouvrages sur le Niger, les revenus de l’uranium permettent néanmoins au gouvernement de moins dépendre des impôts, et donc d’avoir moins besoin du soutien de la population, et particulièrement de la grande majorité de la population rurale isolée du pays.

« Cela a détruit la perspective de voir apparaître un système politique plus attentif aux intérêts des populations rurales », a expliqué M. Charlick à IRIN. Si l’industrie minière a permis un certain développement, a-t-il poursuivi, ce développement s’est opéré de façon à servir la production de l’uranium, et non à profiter au Nigérien moyen. Une route vers Arlit a été construite à travers la ville minière de Tahoua pour permettre le transport de l’uranium, et l’exploitation du charbon a été développée pour permettre le fonctionnement des centres de production d’uranium. « Ces régions ont l’électricité, mais rares sont les autres zones rurales du pays qui l’ont », a-t-il ajouté.

Préoccupations sanitaires et environnementales Le mécontentement est également de plus en plus vif chez les milliers de mineurs et les populations qui vivent près des sites miniers de la région d’Agadez, dans le nord ; ceux-ci se plaignent de conditions de travail dangereuses et de l’exposition de la communauté aux substances radioactives.

En août, un mouvement d’associations de la société civile aurait exigé qu’AREVA verse 300 milliards de francs CFA (647 millions) de dommages et intérêts pour ses années d’exploration dans des « conditions injustes et iniques ».

Selon une enquête réalisée en 2005 par Sherpa, un réseau international d’avocats qui plaident pour la responsabilité sociale des entreprises, les personnes qui travaillent dans les mines d’uranium nigériennes ne sont pas informées des risques sanitaires auxquels elles sont exposées ; ne bénéficient pas des mesures de sécurité les plus essentielles ; et ne sont pas toujours soignées en cas de cancer du poumon. Il a été démontré qu’à long terme, l’exposition au radon – un gaz obtenu par transformation de l’uranium – par inhalation avait un lien avec l’apparition du cancer du poumon. 200411922.JPGSelon CRIIRAD, une autre ONG française, l’eau, la terre et les morceaux de ferraille qui se trouvent dans la zone d’exploitation des deux mines du Niger présentent des taux de radioactivité dangereusement élevés.

Pour Mamane Sani Adamou, d’Alternative Espaces Citoyens, une organisation de la société civile, l’extraction de l’uranium a gravement porté atteinte à l’environnement, réduisant notamment les forêts et les pâturages.

La multinationale a fait obstacle à la poursuite des recherches visant à démontrer scientifiquement la véracité des allégations de pollution et de préjudice sanitaire, selon M. Keenan, de l’université de Bristol.

Areva a systématiquement nié ces allégations, et attribué le nombre élevé de maladies à la rudesse du climat désertique. Dans une déclaration écrite, envoyée en réponse aux questions d’IRIN, Areva a dit faire l’objet d’audits externes réguliers ayant trait à la santé, à l’environnement et à la sécurité ; selon les conclusions d’un de ces audits, réalisé par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), un organisme français, la société opère conformément aux normes internationales. La société AREVA également indiqué qu’elle ouvrirait un centre de santé près de ses sites d’exploitation.

« Les accusations de négligence et de manque de transparence portées à l’encontre d’AREVA sont en contradiction totale avec les faits réels », selon le document. Une source de conflit potentiel

Tandis que la concurrence générale pour l’obtention des ressources africaines se fait de plus en plus vive – Daniel Volman, chercheur indépendant exerçant à Washington, parle d’une « concurrence mondiale entre les Etats-Unis et la Chine pour l’accès aux réserves énergétiques » – certains analystes craignent que l’uranium nigérien ne devienne également une source de tensions.

Selon l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, la demande mondiale globale en énergie augmentera d’au moins 50 pour cent au cours des 25 prochaines années et devra être satisfaite principalement par des combustibles non-fossiles, et particulièrement par l’énergie nucléaire.

« Les Etats-Unis et tous les autres pays industrialisés ou en voie de développement se tourneront vers l’Afrique comme source d’uranium », a expliqué M. Volman, qui étudie la politique américaine en Afrique, en matière de réserves d’énergie. « Le processus a déjà commencé et va prendre de l’ampleur ».

Le Niger abrite les plus grandes réserves d’uranium d’Afrique, principalement accaparées par AREVA depuis plusieurs années. Le gouvernement tente à présent de trouver d’autres partenaires et a délivré plus de 100 permis d’exploration à des sociétés canadiennes, américaines, chinoises, indiennes et autres, au cours de cette dernière année, seulement.

« De nombreux pays du monde sont en quelque sorte prêts à tout pour mettre la main sur de l’uranium », a résumé M. Keenan de l’université de Bristol, ajoutant : « Il risque d’y avoir progressivement de plus en plus de conflits de ressources dans le monde ». La guerre de l’uranium ?

Jusqu’ici, l’instabilité de la région sahélienne était due à des facteurs autres que l’exploitation des ressources. Mais au Niger, l’uranium participe d’un mélange de facteurs potentiellement explosifs, notamment la guerre menée par les Etats-Unis contre le terrorisme, la rébellion dans le nord et la politique du gouvernement, qui interdit toute négociation avec les rebelles.

D’après M. Volman, chercheur indépendant, la présence de ressources naturelles amène les gouvernements étrangers à apporter un soutien militaire et financier aux pays riches en ressources de façon à s’assurer un accès continu à ces ressources. Les Etats-Unis assurent déjà l’entraînement militaire des officiers nigériens, a-t-il expliqué, et le Niger a participé à d’autres programmes d’équipement offerts par les Etats-Unis par le passé.

Or, pour M. Volman, une militarisation accrue mène à une agressivité accrue des gouvernements envers leurs propres administrés et les pays voisins. « Cela favorise la répression interne. Et cela encourage aussi les pays à envahir leurs voisins », a-t-il affirmé. « Cela les incite à se résoudre à la force, à la fois pour solutionner leurs problèmes et pour saisir les occasions qui se présentent à eux – et notamment l’occasion d’envahir les pays voisins et de les piller ».

« On peut difficilement citer un exemple où la présence de ressources en Afrique n’a pas été une malédiction totale », a poursuivi M. Volman. « Je m’attends à ce que le Niger reproduise le même type de cycle constaté dans d’autres pays, car il est déjà en train de suivre la même trajectoire ».

Depuis le mois de février, les rebelles du MNJ ont pris d’assaut plusieurs avant-postes de l’armée nigérienne et mené des attaques contre certaines sociétés minières étrangères ; ils ont notamment tué au moins 45 soldats et enlevé un ressortissant chinois qui travaillait à l’exploitation de l’uranium, avant de le libérer, sain et sauf. En juillet, le MNJ a conseillé à tous les ressortissants étrangers travaillant dans le secteur de l’exploitation minière des ressources naturelles de quitter les zones de conflit « pour leur sécurité ».

Malgré tout, pour certains, les prévisions d’un violent conflit au sujet de l’uranium sont exagérées. « Je ne pense vraiment pas qu’il faille s’attendre à une guerre de l’uranium », a assuré M. Charlick de l’université publique de Cleveland. « Ce sera un problème économique de plus en plus pesant, mais je ne m’attends pas à ce qu’il débouche sur une bataille ».

M. Idrissa de Publish What You Pay n’est pas du même avis ; à la question « la présence d’uranium pourrait-elle aboutir à une guerre régionale ? », il répond quant à lui :

« Vu les intérêts de certaines puissances en matière d’uranium, il faut s’attendre à tout ».

« On peut difficilement citer un exemple où la

présence de ressources en Afrique n’a pas été

une malédiction totale »

19 nov 2008 : Documents

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Uranium, vers une nouvelle malédiction ?

La récente ruée sur l’uranium subsaharien bouleverse les monopoles de jadis. Des sociétés canadiennes, américaines, chinoises, sud africaines, indiennes remettent en cause la répartition des gisements nigériens. Majoritairement concentrées au Niger (lire Bataille pour l’uranium au Niger, d’Anna Bednik, Le Monde Diplomatique, juin 2008) et en Namibie, respectivement troisième et sixième producteurs mondiaux, les réserves d’uranium d’Afrique subsaharienne se retrouvent aujourd’hui au centre du phénomène de renaissance nucléaire et d’une spirale des prix qui a vu croître le coût de la livre d’oxyde d’uranium de près de 1000% durant ces sept dernières années (elle s’achète actuellement autour de 82 dollars la tonne contre un pic de 136 dollars l’année dernière).

Cette ruée sur l’uranium subsaharien (New Uranium Mining Projects) bouleverse les monopoles de jadis. La française AREVA, dont les filiales Cominak et Somaïr gardaient depuis les années 1970 la mainmise sur les gisements nigériens, a vu débouler depuis 2007 sur ses plate-bande sahéliennes des sociétés canadiennes, américaines, chinoises, sud africaines, indiennes, auxquelles Niamey a octroyé plus de cent permis d’exploration.

Si l’on est encore loin d’une guerre de l’uranium, la demande croissante en combustible non fossile pour les 25 prochaines années pourrait bien voir s’intensifier les tensions entre l’Etat central et les populations autochtones, voire entre entreprises transnationales, autour de ces ressources. En somme, déboucher, à l’instar de la guerre de basse intensité livrée autour du brut du Delta du Niger, sur une potentielle nigérianisation des zones uranifères. On peut difficilement citer un exemple ou la présence de ressources en Afrique n’a pas été une malédiction totale, note Daniel Volman, directeur de l’African Security Research Project à Washington, dans l’article, remarquablement équilibré, publié en 2007 par le bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l’Onu (Niger : l’uranium – bénédiction ou malédiction ?). Je m’attends à ce que le Niger reproduise le même type de cycle constaté dans d’autres pays, car il est déjà en train de suivre la même trajectoire, précise ce chercheur américain.

Une première étape a déjà été franchie : en renégociant l’année dernière le prix de l’uranium et en augmentant son taux de redevance au kilo, l’Etat nigérien est devenu moins dépendant des impôts. Il a donc moins besoin du soutien des populations rurales. Et moins besoin d’être attentif aux demandes des populations du Nord Niger. Ce qui n’a fait que gonfler les rangs des sympathisants du Mouvement Nigérien pour la Justice (MNJ) — aux prises avec l’armée sur fond de répartition plus équitable des revenus générés par l’exploitation de l’uranium — et durcir la répression contre tous ceux, journalistes et militants des droits humains en premier lieu, suspectés de sympathies avec le MNJ. Le journaliste Moussa Kaka, correspondant de Radio France Internationale, en paie le prix en prison depuis un an ce vendredi 19 septembre.

Une seconde étape est en train d’être franchie : la militarisation accrue d’un pays parmi les plus pauvres du monde, et la sanctuarisation de ses coffre-forts minéraux, avec le risque que ses problèmes ne soient uniquement résolus par la manière forte. Dotées d’un nouvel armement chinois, les forces militaires de Niamey sont par ailleurs couvées par les Etats-Unis qui assurent l’entrainement militaire de leurs officiers.

Face à cette vision pessimiste, certains pourront rétorquer que la nouvelle course vers l’uranium nigérien a réveillé le ressentiment de la population touarègue à l’égard du pouvoir central et, plus globalement, des opérateurs étrangers impliqués dans la zone de conflit. En somme, que la crise vécue par Niamey dans son pourtour saharien est bien spécifique. A entendre le mécontentement grandissant des ONG namibiennes impliquées dans la protection de l’environnement, face au grand jeu international auxquelles se livrent actuellement une quarantaine d’entreprises extractives (dont Areva) dans le désert de Namibie, on peut commencer à en douter (Lire Increased Nuclear Energy Demand Boosts Namibia).

Lorsque le défunt militant nigérian Ken Saro Wiwa s’attaqua au début des années 1990 à Shell, qui exploitait le territoire ogoni au cœur du Delta du Niger, sa lutte était pacifique. Et pour des raisons majoritairement liées à la détérioration de l’environnement. On connaît la suite…

Jean-Christophe Servant pour CETRI - Centre Tricontinental (Belgique)
Le 03-10-2008

« La Françafrique au secours de l’uranium »

d’Imouraren : AREVA propose d’aider Tandja à

« mater la rébellion touarègue »

3 dec 2008 : Revue de presse

Dans ses communiqués officiels, le groupe AREVA a souvent tendance à mettre la charrue avant les boeufs. Aussi, la mise en place du projet d’uranium géant d’Imouraren est loin d’être acquise pour AREVA. Les négociations toujours en cours, via Thierry d’Arbonneau, sont âpres et compliquées entre le « fleuron français » et le président nigérien. A ce sujet, lisez la Lettre du Continent du 2 octobre 2008.

Le 5 novembre 2008, le Canard Enchaîné publiait un article des plus instructifs, intitulé « La Françafrique au secours de l’uranium » rapportant les propos du super-négociateur d’AREVA au Niger au cours du colloque « Sécurité économique », organisé par le MEDEF (en présence notamment de Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’Intérieur français) :

« L’amiral (à la retraite) Thierry d’Arbonneau, délégué par son groupe au Niger (qui regorge d’uranium), s’est catégoriquement élevé contre toute réglementation des sociétés privées de renseignement et de sécurité. Ce qui compliquerait, à l’en croire, la tâche d’entreprises comme la sienne.
L’Etat français ferait mieux, a-t-il ajouté, de donner aux autorités nigériennes les moyens de mater la rébellion des Touareg, « ces hommes en bleu qui font rêver les hommes et chavirer le cœur des femmes mais ne sont qu’une illusion ». Explication de cette sortie : AREVA négocie actuellement le droit d’exploiter le gisement géant d’Imouraren. Les prix du marché et la concurrence chinoise aidant, le président nigérien, Mamadou Tandja, a déjà obtenu qu’AREVA triple son prix d’achat du minerai. Mais il souhaiterait aussi un coup de main français pour combattre les Touareg, qui, dans le nord du pays, réclament un territoire et une part du gâteau minier. Le site est donc peu tranquille, et AREVA a besoin de sécurité (publique ou privée) afin de repousser ces arrogants «hommes bleus» qui voudraient nous empêcher de creuser leur terre… J.-F. J. »

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Suite à cet article, aucune réaction publique de la part du directoire d’AREVA. Pourtant, les propos de son Directeur de la protection du patrimoine et des personnes constituent une provocation publique à la violence et une injure, à raison de l’appartenance raciale ou ethnique ; ils portent indéniablement atteinte à l’honneur et à la dignité des populations touarègues et du Niger en général et attentent à leurs aspirations à la paix et à l’unité nationale. De tels propos sont interdits et incriminés par les lois françaises. Ils contreviennent également à la « Charte des valeurs du groupe AREVA » en vertu de laquelle, tant le groupe que l’ensemble de ses salariés s’engagent à respecter le droit international des droits de l’homme en général, et la dignité humaine en particulier.

A défaut de démenti ou d’excuses, nous avons tout juste pu constater que, dans la semaine qui a suivi la publication de l’article du « Canard Enchaîné », l’identité de M. d’Arbonneau avait disparu du programme du colloque du MEDEF pour être insidieusement remplacée par un certain « Zéphirin Diabré, Directeur Afrique et Moyen-Orient du Groupe AREVA » ; ce changement de programme mesquin et ridiculement tardif vaut un aveu masqué de culpabilité.

Afrik.com : « AREVA, maître de la plus grande

mine d’uranium d’Afrique »

9 jan 2009 : Revue de presse

La société civile nigérienne parle d’une convention d’exploitation désavantageuse pour le paysarton16046.jpg

Le groupe nucléaire français et le gouvernement nigérien ont signé, lundi, une convention octroyant à AREVA le droit d’exploiter le gisement d’uranium d’Imouraren, le plus grand, de toute l’Afrique. Un projet qui devrait démarrer en 2012 et permettre au Niger de se placer au deuxième rang mondial des producteurs. Toutes ces bonnes perspectives laissent, tout de même, certains Nigériens sceptiques.


jeudi 8 janvier 2009, par Stéphane Ballong © afrik.com


Il s’agirait du plus grand projet industriel minier jamais envisagé au Niger, selon AREVA. Le groupe nucléaire français vient de se voir attribuer un permis d’exploitation de la mine d’Imouraren, le plus grand gisement d’uranium de toute l’Afrique. Anne Lauvergeon, la présidente du directoire du groupe nucléaire français a conclu, lundi, avec le gouvernement nigérien une convention dans ce sens.

Selon les termes de cet accord, une société d’exploitation va être créée et sera détenue à 66,65 % par le groupe français et à 33,35% par le Niger. Un peu plus de 1,2 milliard d’euros (800 milliards de francs CFA) seront débloqués pour le lancement de ce projet d’Imouraren. La nouvelle compagnie devrait démarrer ses activités en 2012, avec une production annuelle estimée, à terme, à 5 000 tonnes pendant plus de 35 ans. Et l’Etat nigérien pourra extraire et commercialiser 33,35% de cette production par le biais de la société du Patrimoine des Mines du Niger (SOPAMIN).

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NIGER • AREVA accusé de toutes parts

12 mar 2009 : Revue de presse

Courrier international. hebdo n° 958 – 12 mars 200910.png

Le groupe français exploite depuis quarante ans des mines d’uranium à Arlit. Si sa présence est un atout pour l’économie locale, elle laisse cependant à désirer sur le plan de l’environnement.

AREVA est le groupe nucléaire français qui construit en ce moment des centrales dans toute l’Europe et doit piloter le développement du nucléaire britannique. Depuis quarante ans, il exploite les mines d’uranium du nord du Niger à partir de sa base d’Arlit. Quand on entre dans la ville, on a un peu l’impression d’être dans un film de série B des années 1950 sur la fin du monde. Arlit est entourée d’un désert formé non pas des belles dunes ondoyantes des magazines de voyage, mais d’une vaste plaine aride balayée par les tempêtes de poussière orange venues du Sahara.

Les 2 000 employés de la mine vivent dans des pavillons entretenus par l’entreprise, dans des rues bien ordonnées, et disposent d’eau courante propre et d’électricité. Au menu du club-house figurent des plats français tels que le magret de canard. Il y a des écoles, un hôpital et des terrains de sport où tout le monde est censé pouvoir jouer au football, une installation invraisemblable au milieu du désert. Mais ces équipements ne sont ouverts qu’aux familles des mineurs et aux fonctionnaires en poste dans la ville.

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Charlie Hebdo – Le lobbying d’AREVA pour

l’uranium du Niger

29 avr 2009 :Revue de presse

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L’indépendance énergétique française repose sur le nucléaire, mais aussi sur des amitiés avec des pays pas toujours fréquentables. Par exemple, le Niger, principal fournisseur de l’uranium utilisé dans les centrales françaises. Charlie a obtenu des preuves sur les tueries commises par les autorités de ce pays.

Notre enquête révèle les détails des prochaines actions de lobbying que compte entreprendre l’industriel français du nucléaire, AREVA, pour faire oublier les origines politiques de cet uranium.

Au cours de notre enquête. Nous avons appris que le groupe AREVA prépare pour le 25 mai une conférence de presse commune avec l’ONG Sherpa, une organisation spécialisée dans la défense des droits de l’Homme, fondée par l’avocat William Bourdon. A cette occasion, les dirigeants de Sherpa et d’AREVA rendront publique la signature d’une convention pour la mise en place d’observatoires sanitaires et sociaux, d’abord au Gabon, puis éventuellement au Niger. Une manière pour l’industriel de donner des gages de sa bonne volonté. L’ONG garantira l’indépendance du dispositif.

Selon nos informations, le 4 avril dernier, Sherpa et AREVA sont parvenus à un texte qui les a satisfaits. Interrogé sur ce partenariat, Yann Queinnec, le directeur de Sherpa, a refusé de commenter cette information, tout en confirmant l’existence de ces discussions.

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Imouraren, un désastre annoncé ! Communiqué

du 4 mai 2009

4 mai 2009 : Communiqués du Collectif

Communiqué en PDF pdf-icon

Ce 4 mai 2009, AREVA et les autorités nigériennes inaugurent l’exploitation uranifère d’Imouraren, le plus grand projet industriel jamais envisagé au Niger. Plus importante mine d’uranium d’Afrique et deuxième au monde, Imouraren devrait voir se prolonger le scandale de l’exploitation de l’uranium nigérien.

Anne Lauvergeon, présidente du groupe français, Mamadou Tandja, président nigérien et l’ambassadeur de France au Niger, font le déplacement.

Cette inauguration a lieu un mois après la venue du président Nicolas Sarkozy à Niamey, le 27 mars, pour consacrer l’accord entre le gouvernement nigérien et AREVA signé en janvier 2009 et quelques semaine après l’acceptation de pourparlers par le gouvernement nigérien avec la rébellion sévissant au Nord Niger depuis février 2007. En somme, tous les acteurs politiques semblent avoir œuvré pour démarrer rapidement l’activité de la mine.

Le Collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger s’inquiète quant aux conditions de mise en œuvre de ce projet, au niveau écologique, économique et social. En effet, AREVA (ex-COGEMA) exploite l’uranium au Niger depuis 1968, exploitation qui ne contribue ni au développement du pays ni à l’amélioration du niveau de vie des Nigériens et qui a des conséquences sanitaires et sociales désastreuses pour la population locale (à majorité touareg) et pour l’environnement.

La relation bien particulière de la France avec le Niger avait permis par le passé un accès exclusif à l’uranium à un prix ridicule, grâce à un accord signé en 1961. Le contrat d’Imouraren reste dans la même lignée : le gouvernement nigérien n’a que 33% des parts de la société d’exploitation tandis que le prix d’achat de l’uranium reste bien en deçà des cours du marché international.

Quant aux conséquences au niveau local, les mesures de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) de 2004 et 2005 montrent que les eaux distribuées dans la ville minière d’Arlit où opère AREVA ne sont pas aux normes de potabilité, avec un taux de contamination dépassant de 7 à 110 fois les recommandations de l’OMS. La surconsommation d’eau nécessaire aux mines contribue à l’épuisement accéléré des ressources fossiles dans une région qui en manque cruellement.

Selon la CRIIRAD encore, d’énormes masses de déchets radioactifs, dits improprement « stériles », et des boues radioactives générant des poussières et des gaz comme le radon sont laissées à l’air libre. Un « stérile » a même été identifié à l’entrée de l’hôpital d’Arlit ! Pire, des ferrailles contaminées sont utilisées par la population, l’exposant ainsi directement à la radioactivité.

Alors que la société civile nigérienne (notamment l’association Aghir In Man, le réseau ROTAB, …) a alerté AREVA et les responsables politiques nigériens sur la question, rien n’a été fait pour revoir la gestion de ces sites uranifères faite au mépris des populations. Il y a fort à craindre qu’AREVA s’apprête à reproduire les mêmes conditions d’exploitation à Imouraren, une mine à ciel ouvert beaucoup plus étendue, située à proximité de zones habités et de zones de pâturages primordiales pour les populations locales. Rien que du fait des simples explorations précédant la future extraction, le site de la mine a d’ores et déjà un taux de radioactivité particulièrement élevé. Les résultats de l’étude d’impact réalisée par AREVA sont quasi confidentiels et aucune contre-expertise scientifique indépendante garantissant la fiabilité des données n’existe, ce qu’ont pourtant exigé la société civile et des responsables locaux.

Les enjeux liés à l’eau, à l’accès à la terre et aux conséquences sociales ne semblent pas non plus faire partie des préoccupations du gouvernement français. De même, les décisions liées au nucléaire sont discrétionnaires et émanent directement de l’Élysée. Ainsi, l’exploitation de l’uranium au Niger se trouve dans une double opacité.

Pour obtenir le contrat d’Imouraren au Niger, Paris a évité d’évoquer les questions qui fâchent relatives aux exactions de l’armée nigérienne au Nord Niger constatées par l’ONU ou de revenir sur l’éventuelle prolongation du mandat du président nigérien, qui serait anticonstitutionnelle, alors que les élections présidentielles sont prévues en décembre 2009.

Le Collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger demande, pour le site d’Imouraren, qu’AREVA et le gouvernement nigérien assurent
– un moratoire sur la mise en exploitation de la mine tant qu’une étude d’impact indépendante n’aura pas été faite et n’aura pas rendu ses conclusions.
– la reconnaissance et la réparation par AREVA des dommages sociaux et environnementaux que ses exploitations ont commis au Niger.
– la mise en oeuvre de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) dès mars 2010 comme annoncé par le gouvernement nigérien pour que la population bénéficie effectivement de l’exploitation des ressources naturelles – que tous les travailleurs de la mine ET les populations vivant à proximité de l’exploitation bénéficient d’un examen médical complet, d’une évaluation rétrospective des doses subies et de l’inscription dans un programme de suivi sanitaire à long terme réalisé par des organismes médicaux compétents et indépendants.
– que des taxes parafiscales, comme il en existe en France, soient prélevées et confiées à un organisme de gestion spécialisé et indépendant pour la remise en état des sites après extraction et pour une gestion saine, équitable et concertée des ressources en eau.

Le Collectif : %Attac – Cedetim – CNT – Collectif Tchinaghen – Les Verts – NPA – Réseau Sortir du Nucléaire – Sud Energie/Solidaires – Survie – Via Campesina

Contacts presse : Anne Roussel – roussel_annesimone@yahoo.fr – 06 62 56 96 13 (Collectif Tchinaghen) Samira Clady – clady.samira@neuf.fr – 06 85 05 07 74 (Collectif Tchinaghen) Stéphanie Dubois de Prisque - stephanie.duboisdeprisque@survie.org – 01 44 61 03 25 (Survie)

Les observatoires de santé d’AREVA au Niger et

au Gabon : Payer (un peu) pour polluer

librement

24 juin 2009 : Communiqués du Collectif

Communiqué du 29 juin 2009

Communiqué en PDF pdf-icon

090514_areva.jpgLe 19 juin dernier, AREVA a annoncé la mise en œuvre d’Observatoires de la Santé sur ses différents sites miniers, en particulier au Gabon puis au Niger, en accord avec des associations (Médecins Du Monde, Sherpa).

Cet accord intervient peu après l’inauguration de la gigantesque mine d’Imouraren au Niger, dont l’exploitation fait craindre desconséquences désastreuses. Conséquences déjà bien visibles autour d’autres mines que la COGEMA, devenue AREVA, exploitent depuis 40 ans à Arlit.

Des organisations et des autorités locales y dénoncent depuis des années lesravages sanitaires, sociaux et environnementaux causés par AREVA. Car ce sont non seulement les travailleurs des mines, mais aussi les quelque 60.000 habitants de la ville d’Arlit qui sont potentiellement touchés par la pollution de l’eau et vivent au contact de matériaux et résidus miniers radioactifs ou pollués par la radioactivité – ainsi, des stériles sont laissés à l’air libre, même à proximité de l’hôpital.

AREVA a toujours ignoré les revendications des populations réclamant des mesures pour réduire les dégâts causés par l’exploitation uranifère, à l’exception d’actions mineures (normes de sécurité pour les travailleurs des mines, récupération de matériaux contaminés utilisés par les habitants d’Arlit).

L’accord signé le 19 juin viserait à indemniser les seuls travailleurs des mines qui en font la demande et pouvant prouver les liens entre leur maladie et leur activité ; à faire apparaître les évolutions de l’état de santé des populations locales ; à « faire des propositions pour l’amélioration de l’hygiène et de la sécurité sanitaire des sites miniers ». Mais cet accord soulève de nombreuses questions sur sa mise en œuvre :

  • Areva est omniprésente dans ces observatoires. Elle est aussi l’unique pourvoyeur de fonds de ce projet. N’est-elle donc pas juge et partie ? Ces observatoires de la santé peuvent-ils alors travailler en toute indépendance ?
  • Comment ces observatoires peuvent-ils afficher un objectif d’indemnisation et passer outre tout engagement relatif à l’information sur la possibilité d’être indemnisé, à la prévention, ou à la sensibilisation des populations sur les risques sanitaires ?
  • AREVA peut-elle donc décider elle-même de l’indemnisation des dégâts dont elle est responsable ? N’est-ce pas le rôle d’une autorité judiciaire indépendante ?
  • L’accord parle d’ « impact éventuel » des activités minières alors que l’impact sanitaire et environnemental (traitement des déchets, l’emprise sur les ressources en eau …) a déjà été documenté. Faut-il attendre que des personnes soient déclarées malades pour s’en alarmer ? Pourquoi cet accord ne part-il pas du principe de précaution ?

Il apparaît donc que la mise en place de ces observatoires de la santé s’inscrit davantage dans une opération de communication destinée à redorer l’image désastreuse d’AREVA qui communique massivement sur le « développement durable » et l’« énergie propre ».

Areva trompe aussi l’opinion publique en séparant la question sanitaire de la question environnementale, comme si l’une et l’autre n’étaient pas inextricablement liées. Au Niger, AREVA continue donc à exploiter l’uranium sans se soucier de la pollution qu’elle engendre. Elle continue à épuiser les ressources hydriques dans une région qui en manque cruellement.

Cet accord apporte également une caution sociale à AREVA, ce qui devraitfaciliter l’obtention d’un financement du projet d’Imouraren par la Banque Européenne d’Investissement (BEI) à hauteur de 1,2 milliards d’euros. Une décision qui devrait tomber dans les prochaines semaines !

Par cet accord, AREVA tente également de se dégager de sa responsabilité pénale et civile à moindre coût. Cet accord limité à la santé des seuls travailleurs des mines (et non des populations) devrait concerner, annuellement pour le Niger, entre 15 et 30 personnes.

Contacts presse :

Tchinaghen : Samira Clady – clady.samira@neuf.fr – 06 85 05 07 74

Survie : Olivier Thimonier – olivier.thimonier@survie.org – 01 44 61 03 25

Malgré la crise politique, le business continue -

Pollution et pillage de la ressource en eau au

nord du pays

Le collectif « AREVA ne fera pas la loi au Niger » organise, avec le soutien de Mr Noël Mamère une Conférence de Presse le 21 octobre 2009 à l’Assemblée Nationale.

Le Niger vit actuellement une très grave crise institutionnelle : coup d’Etat constitutionnel du président Mamadou Tandja ayant organisé un référendum pour se maintenir au pouvoir. Des élections législatives auront lieu le 20 octobre 2009 avec le but d’asseoir le nouveau régime ; scrutin majoritairement boycotté par les partis d’opposition.
La communauté internationale s’est trop faiblement émue de la situation. La France, quant à elle, a une position particulièrement ambiguë qui s’explique par ses énormes enjeux sur place : l’exploitation de l’uranium par AREVA.

logo.gifAvec ce durcissement du régime, la lutte de la société civile pour une amélioration des conditions d’exploitation de l’uranium risque d’être de plus en plus difficile. Dans ce contexte, notre Collectif AREVA souhaite porter l’attention sur la question sensible des conséquences de cette industrie sur les ressources en eau au Nord Niger.

Parmi les multiples conséquences (spoliation des terres agro-pastorales exploitées par les populations locales, la destruction de la faune et de la flore, la contamination radioactive de l’air), l’exploitation de l’uranium provoque unecontamination radioactive des ressources en eau ainsi que l’épuisement et la pollution des deux nappes phréatiques fossiles de la région d’Agadez. Cette eau assurait jusqu’ici la survie des populations locales. En effet, depuis des millénaires les populations nomades fréquentent l’immense plaine de l’Irhazer où elles trouvent et gèrent traditionnellement les ressources nécessaires à l’économie pastorale.

Loin d’avoir amélioré le niveau de vie des populations – le Niger deuxième producteur mondial d’uranium figure à la dernière place de l’IDH – les sociétés minières, avides d’eau, pillent inconsidérément les nappes phréatiques non renouvelables de la région. Les compagnies uranifères ne s’inquiètent guère de cette catastrophe annoncée : une fois les gisements d’uranium épuisés et l’eau tarie, elles quitteront cette région dévastée pour piller ailleurs. L’avenir de toute une population, les impératifs de protection de l’environnement et de la santé sont donc sacrifiés au profit de la seule logique des profits à court terme par AREVA en particulier, avec l’aval du président nigérien, qui distribue à tout va les concessions minières.

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AREVA ne fera pas la loi au Niger –

Communiqué

de Presse du 21 octobre 2009

A l’occasion des élections législatives nigériennes du 20 octobre 2009, le Collectif AREVA ne fera pas la loi au Niger a tenu une conférence de presse hier, mercredi 21 octobre 2009 à l’Assemblée Nationale.

Dans le contexte actuel de durcissement du pouvoir, l’émergence d’un débat démocratique autour des questions minières et la lutte de la société civile sur les conditions d’exploitation de l’uranium étant de plus en plus difficile, notre Collectif a porté l’attention sur la question sensible des conséquences de cette industrie sur les ressources en eau. 

Le Niger vit une très grave crise : un coup d’Etat constitutionnel du président Mamadou Tandja qui, passant outre les règles de la démocratie parlementaire, a organisé le 4 août dernier, un référendum pour se maintenir au pouvoir. Les élections législatives du 20 octobre 2009 avaient pour seul but d’asseoir le nouveau régime et de parachever son coup d’Etat. Le scrutin a été majoritairement boycotté par les partis d’opposition et la population. En effet, en tenant ces législatives le chef de l’Etat a finalisé son plan de confiscation du pouvoir passant outre l’élection présidentielle prévue fin 2009 et usant de moyens disproportionnés et insidieux lui permettant de réduire à néant toute opposition.

Après s’être trop faiblement émue de cette situation, la communauté internationale a réagi fermement : La Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a « suspendu » le Niger « jusqu’à ce que la légalité constitutionnelle soit rétablie », et a alerté l’Union Africaine ; l’Union Européenne menace de suspendre son aide au développement conformément aux prescriptions de l’article 96 des accords de Cotonou, en laissant toutefois place aux négociations. Quant à la France, elle a maintenu une position particulièrement ambiguë jusqu’à la veille des élections législatives, contribuant à l’attentisme général. Cette attitude revient à cautionner le coup d’Etat constitutionnel et à contribuer à la normalisation d’une situation illégale. A nouveau, la France privilégie ses intérêts économiques sur la promotion de la démocratie et le respect de l’Etat de droit. En effet l’exploitation de l’uranium par AREVA se poursuit et la mise en exploitation de la mine d’Imouraren lui offre d’énormes perspectives.

Cette exploitation uranifère au nord du pays conduit à la contamination des ressources en eau et à l’épuisement et la pollution des deux grandes nappes phréatiques fossiles de la région d’Agadez, qui assuraient jusqu’ici la survie des populations locales. Cela est tout aussi dramatique que la spoliation des terres agro-pastorales exploitées par les populations locales, la destruction de la faune et de la flore ou la contamination radioactive de l’air dues à cette même industrie.

Depuis des millénaires les populations nomades fréquentent l’immense plaine de l’Irhazer et gèrent de façon traditionnelle les ressources nécessaires à l’économie pastorale. L’aquifère des grès d’Agadez, seule ressource en eau de cette plaine, est fossile. Or la région regorge d’uranium, qui est en partie déjà exploité par l’industrie uranifère avide d’eau : ce réservoir est fortement menacé par l’octroi anomique de concessions minières et par l’exploitation en cours et se vide inexorablement. Cela ne perturbe aucunement les sociétés minières dont le comportement se résume à « prendre, polluer et partir ».

Les quantités quotidiennes d’eau consommée par les miniers sont effarantes :

  • 10.000 m3/j sont prélevés à Rharous depuis 1980, pour les mines de charbon (qui alimente en électricité les installations d’Areva à Arlit).
  • 20.000 m3/j sont prévus par AREVA, pour sa nouvelle exploitation uranifère d’Imouraren,
  • 4000 m3/j sont prélevés pour la mine d’uranium d’Azelik, exploitée par une compagnie chinoise.
En comparaison : moins de 2 000 m3 par an et par habitant sont consommés dans les pays où les ressources en eau sont faibles.

Et ce n’est pas tout : les sociétés COMINAK et SOMAÏR (filiales d’AREVA) qui exploitent les mines d’Arlit envisagent d’utiliser un pipe line de 30 km et de déplacer leurs pompages vers l’ouest c’est-à-dire dans la nappe des grès d’Agadez ! En effet, ils ont déjà épuisé à 70% la nappe phréatique carbonifère qui se trouve plus au nord, à raison de 22 000 m3/j depuis 38 ans.

Le prélèvement actuel est de 25 millions de m3 d’eau par an. Ce calcul est non exhaustif car il ne tient pas compte de l’accroissement exponentiel de la délivrance des permis d’exploitation de l’uranium, du futur projet des salines de Tédikelt et de projets pharaoniques d’irrigation. A ce rythme là, on peut s’attendre au dénoyage, c’est à dire à l’épuisement complet de toute la partie ouest de l’aquifère d’ici 40 ans.

Les effets pervers de l’exploitation uranifère : loin d’avoir amélioré le niveau de vie des populations, elle condamne leur avenir à moyen terme

Le Niger deuxième producteur mondial d’uranium figure paradoxalement à la dernière place de l’IDH. Les populations nigériennes victimes d’un pillage organisé des ressources naturelles, y compris de l’eau ressource vitale, récoltent désordres et désolation et non pas les richesses émanant de cette industrie stratégique et très lucrative. Les compagnies minières ne s’inquiètent guère de cette catastrophe annoncée : une fois les gisements d’uranium épuisés, une fois l’eau épuisée, la région ne présentera plus d’intérêt pour elles et leurs actionnaires. Ils quitteront cette région dévastée, désormais impropre au tourisme et à l’économie pastorale et sans développement pour aller piller ailleurs. L’avenir de toute une population, les impératifs de protection de l’environnement et de la santé, sont sacrifiés sur l’autel des profits à court et moyen terme.

À l’heure où la notion de « développement durable », admise par tant d’occidentaux, est mise en avant, le nucléaire, est présenté par les industriels, dont AREVA, comme une énergie « propre ». Or l’extraction de l’uranium est terriblement polluante et dangereuse puisqu’elle s’attaque à l’homme et ses ressources hydriques vitales et épuisables. Il est hypocrite de nous vendre une énergie prétendue sans effets négatifs et sans conséquences, alors que loin de nous des populations, aux conditions de vie déjà très précaires, en souffrent et en meurent.

Nos revendications :

Nous demandons instamment, pour l’exploitation de l’uranium au Niger, le respect des droits de l’homme et des règles de transparence fixées dans le cadre de l’initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE) à laquelle le Niger a adhéré en mars 2005 ainsi que la fixation de normes sociales et environnementales, notamment sur l’eau et la mise en œuvre d’organismes indépendants de contrôle qui sanctionnent leurs manquements.

Le détail de nos revendications ICI.

Contacts presse : arevaneferapaslaloi@gmail.com

L’épopée d’AREVA en Afrique – Une face cachée

du nucléaire français

22 fév 2012 : General

Sortie du Dossier Noir n°24

Areva

Communiqué, le 15 février 2012

L’Association Survie et les Editions Agone publient « AREVA en Afrique – une face cachée du nucléaire français », un Dossier Noir écrit par Raphaël Granvaud. Sa sortie, pour demain en librairie, s’accompagnera de mobilisations organisées en partenariat avec le Réseau Sortir du nucléaire. Les enjeux majeurs abordés dans l’ouvrage ont été présentés à la presse le 9 février par l’auteur et des représentants de Survie, de Sortir du nucléaire et de la société civile gabonaise.

« AREVA a pris une part très importante dans la politique du président Sarkozy de promotion des intérêts français en Afrique. Nous avons souhaité nous concentrer sur cette entreprise, qui est au cœur du système de la Françafrique et sur ses imbrications diplomatiques, politiques, militaires, et qui appartient pour l’essentiel à l’État français et donc aux contribuables » introduit Fabrice Tarrit, le président de Survie.

« Le but de ce Dossier Noir, explique Raphaël Granvaud, c’est d’en finir avec le mythe de « l’indépendance énergétique », leitmotiv que l’on retrouve dans 40 ans de discours des autorités politiques françaises. » Ce mythe repose sur diverses manipulations statistiques, dont la principale est « la question des importations d’uranium qui ne sont pas considérées comme importation énergétique dans les statistiques officielles. (…) Cela va de pair avec une occultation de la part de l’Afrique dans toute l’histoire du développement du nucléaire français, depuis les origines », comme si la France se considérait toujours propriétaire du sous-sol de ses anciennes colonies. Pourtant, depuis 2001, elle importe la totalité de son uranium et environ 30% provient du sous-sol nigérien, exploité par les filiales d’AREVA.

Si la France a très largement profité de l’uranium, en cooptant des régimes autoritaires qui le lui fournissaient au meilleur prix, pour l’auteur « le Niger n’a hérité que d’une triple catastrophe : une catastrophe environnementale, une catastrophe sanitaire et une catastrophe sociale. » Selon diverses ONG, seulement 12 % de la valeur de l’uranium produit sur son sol est revenu au Niger. Alors que le Niger éclaire une ampoule française sur trois, il importe son électricité du Nigeria, et la majorité des Nigériens n’y ont même pas accès.

Pour la porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », Opale Crivello, « AREVA refuse d’assumer ses responsabilités. » Suite à l’exploitation de 210 mines entre 1946 et 2001 dans plus de 25 départements français par la COGEMA (AREVA), il reste 300 millions de tonnes de déchets d’uranium abandonnés. En outre l’IRSN1 est formel : les travailleurs de l’uranium meurent plus tôt et développent des cancers des poumons et des reins. Et ce sort n’est pas réservé aux seuls mineurs. « AREVA rétorque que pour le moment, il n’y a pas encore eu de pathologies en lien avec la radioactivité. C’est faux ! AREVA sait très bien ce qu’endurent et ce qu’encourent les populations au Niger. Face à ce scandale et vu du retour d’expérience français, nous avons le devoir d’agir pour dénoncer ces pratiques au Niger », conclut Opale Crivello.

Ancien directeur diocésain de Caritas Gabon, Bruno Ondo apporte un témoignage éclairant : « pendant 40 ans, 2 millions de tonnes de déchets radioactifs ont été déversées dans les cours d’eau et 4 millions de tonnes dans les carrières abandonnés » aux alentours des mines uranifères exploitées par la filiale gabonaise de la COGEMA. Treize ans après la fermeture du site de Mounana, les riverains et les anciens mineurs subissent toujours les conséquences. « Les zones interdites2 à cause du taux de radioactivité se trouvent à l’intérieur du champ d’activité des populations : là où les gens viennent tremper le manioc, où elles vont faire de la pêche, à proximité des habitations. (…) Le prix véritable de l’uranium, c’est celui payé par les populations ! ». Suite aux pressions de la société civile, des observatoires de la santé ont été lancés par le gouvernement gabonais et par AREVA mais jusqu’à aujourd’hui « cet observatoire n’existe que de nom (…)».

Alors qu’AREVA pourrait bien ouvrir de nouvelles exploitations uranifères au Gabon, Bruno Ondo conclut avec colère : « A-t-on le droit de laisser revenir Areva au Gabon ? ». Cette question fera partie intégrante des nombreuses conférences, interpellations de décideurs qui, partout en France, accompagneront la sortie de l’ouvrage à partir du 16 février, dans un contexte de fort débat politique sur la place et le coût du nucléaire, et sur les agissements de l’entreprise AREVA elle-même.

icone-videoVoir les 4 vidéos de la conférence de presse sur ICI

Contact presse :

Stéphanie Dubois de Prisque
Chargée de communication
stephanie.duboisdeprisque@survie.org
01 44 61 03 25

Opale Crivello
Chargée de communication et des relations presse
opale.crivello@sortirdunucleaire.fr
06 64 66 01 23

1 IRSN = Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire
2 Du fait de la radioactivité

Carte Interactive sur le site de Survie – Cliquez sur la carte :
carteareva-ffb52

UNE RÉGION PILLÉE, UN PEUPLE SACRIFIÉ

Téléchargez le communiqué unitaire du collectif au format PDF : Une région pillée, un peuple sacrifié

Climat explosif à prévoir dans la campagne électorale.
Un militant alter-mondialiste originaire du Niger, Mamane Sani Adamou, a accusé jeudi à Nairobi, au Kenya, le groupe français AREVA de piller les ressources minières de son pays.

Selon lui, le groupe nucléaire français, leader dans son domaine, serait le principal bénéficiaire de la vente de plus de 100000 tonnes d’uranium extraites dans le nord du Niger.

Mais l’affaire va plus loin désormais puisque les ONG nigériennes se sont unies à des organisations françaises en vue de mettre leurs efforts en commun pour obtenir que le dossier de l’uranium nigérien exploité par AREVA soit débattu durant la campagne pour l’élection présidentielle.

Au delà de l’aspect financier, c’est également les conséquences de l’exploitation des mines sur la santé des employés locaux qui sont également pointées du doigt. Ne pas oublier toutefois qu’une telle kabbale pourrait servir les intérêts des concurrents de AREVA qui ne verraient pas d’un très bon oeil d’éventuelles négociations avec l’Iran.

I – Une ONG du Niger attaque AREVA

Selon Mamane Sani Adamou, quelque 2.500 milliards de FCFA auraient été encaissés par AREVA au titre de la vente d’uranium produit par les mines nigériennes, mais sur ce montant, le Niger n’aurait eu “que des miettes”. « Pour un kilogramme d’uranium vendu à 100 euros, mon pays n’a droit qu’à 30 euros », a affirmé M. Adamou, participant à Nairobi au septième Forum Social Mondial consacré « au pillage des ressources minières en Afrique ». Représentant l’ONG nigérienne Alternatives Espaces Citoyens, il a regretté la perte de la souveraineté de son pays sur son uranium.

« L’uranium est produit dans les mines du Niger, mais c’est AREVA qui choisit exclusivement les acheteurs. Le groupe français, qui achète au Niger l’uranium à un prix fixe, peut le revendre au cours du marché mondial sans ajuster la part qui revient à la partie nigérienne », a-t-il déploré. « Nous sommes à l’évidence dans un type de rapport néo-coloniale », a ajouté M. Adamou, dénonçant la « connivence » des dirigeants politiques nigériens avec les intérêts français. « Tous savent que le Niger est lésé dans la répartition des revenus de l’uranium, mais personne ne peut lever petit doigt pour interpeller AREVA », a- t-il affirmé.

« La classe politique nigérienne n’a pas oublié que Diori Hamani (le premier président du pays) a été renversé par un coup d’Etat, en 1975, pour avoir voulu remettre en cause la main mise de la France sur l’uranium nigérien », a poursuivi le militant alter-mondialiste.

Soulignant les dangers environnementaux que représentent les conditions actuelles d’exploitation de l’uranium au Niger, il a assuré que la société civile de son pays « fera tout pour que l’uranium profite d’abord aux Nigériens ». Deux ONG français ont récemment publié des études montrant que l’exploitation des mines d’uranium nigériennes présente des dangers pour la santé des populations et pour l’environnement.

« Nous, organisations de la société civile nigérienne, n’avons aucune intention de laisser les choses se perpétuer. Notre pays a été délesté depuis des années de plusieurs milliards de FCFA des recettes alors qu’il est l’un des plus pauvres au monde. Nous allons développer une résistance citoyenne », a déclaré M. Adamou.

II – Le problème pourrait faire irruption dans la campagne

« Nous allons construire un agenda commun avec nos partenaires français pour obtenir que le problème de l’uranium nigérien soit débattu pendant la présidentielle française. Les citoyens français doivent être informés sur ce dossier », a déclaré Abdourhamane Ousmane de l’ONG nigérienne « Alternatives Espaces citoyens ».

Il a rappelé les relations de travail sur le dossier de l’uranium entre, d’une part, la Société civile nigérienne et, d’autre part, Sherpa et la CRIIRAD, deux ONG françaises qui étaient venues en 2004 procéder à des enquêtes de radioactivité dans le nord du Niger.

« Les militants de la société civile française que nous avons rencontrés au dernier Forum Social Mondial de Nairobi ont été très sensibles à nos arguments. Ils sont d’accord pour que nous saisissions ensemble l’opportunité de la présidentielle en France », a affirmé M. Ousmane.

Présentant l’exploitation de l’uranium nigérien comme « un véritable drame » économique, social et politique, le responsable de « Alternatives Espaces citoyens » a assuré que la société civile nigérienne entend se battre « pour rétablir la souveraineté du pays sur ses ressources minières ».

« En 36 ans d’exploitation de notre uranium, AREVA a réalisé un bénéfice de près de 2.500 milliards de FCFA. Dans le même temps, le Niger est le dernier pays du monde en terme d’Indice du développement humain (IDH) depuis 4 années consécutives. Il y a donc des choses qui ne vont pas dans les relations entre AREVA et le Niger. Le peuple français doit le savoir afin de d’exercer des pressions pour un autre type de relations entre la France et ses anciennes colonies », a-t-il insisté.

III – AREVA veut doubler la production d’uranium du Niger

Anne Lauvergeon, la présidente du directoire du groupe AREVA a déclaré début décembre que le groupe qu’elle dirige espérait, à l’avenir, »doubler la production minière du Niger et faire de lui, l’un des premiers pays exportateurs d’uranium.

Déjà à l’époque, je supputai que la nouvelle risquait de faire réagir maintes ONG, compte-tenu des dégats constatés sur la santé de la population locale du fait de l’exploitation minière.

Lors d’un point de presse à Niamey sur les activités de AREVA dans le secteur minier au Niger depuis 35 ans, Mme Lauvergeon avait affirmé que le groupe Areva a extrait au Niger la 100.000ème tonne. Le groupe compte continuer l’exploration et l’exploitation de nouvelles possibilités d’extraction de l’uranium.

Avec 5 milliards de francs par an, AREVA, avec ses trois licences sur les sites de la Cominak, la Somair et Anou Araren, s’est engagé à accroître ses investissements en vue d’augmenter les volumes extraits.

Le groupe industriel AREVA est présent au Niger depuis près de 50 ans où, en partenariat avec le Niger, il crée les sociétés minières Somair et Cominak. AREVA a depuis octobre 2004 réactivé l’établissement « AREVA NC Niger » pour la recherche minière dans le domaine de l’uranium.

Pour rappel, le Niger est le troisième producteur mondial d’uranium (8 % loin derrière le Canada et l’Australie) et pourtant c’est un des pays les plus pauvres du monde où 70 % de la population avait moins de 20 ans en 2005. L’uranium représente aujourd’hui environs 35 % des exportations du Niger(80 % en 1970), 5% du PNB sans compter toutes les activités induites : sous-traitants, commerce, artisanat, tacherons… C’est à la fin des années soixante que la Somaïr (société des mines de l’Aïr) commence l’exploitation d’un gisement de minerai d’uranium, puis la Cominak en 1974 à Akokan.

A travers sa filiale, la COGEMA, le groupe français AREVA contrôle 65% de la Société Minière de l’Aïr (Somaïr) et 34% de la Compagnie Minière d’Akouta. L’uranium produit dans ces deux mines est transporté sous sa forme brute par camions vers le port de Cotonou (Bénin) puis embarqué par la voie maritime vers les usines de Narbonne, dans le Sud-Ouest de la France. Le choix des acheteurs de l’uranium nigérien et la fixation de son prix sur le marché international sont du ressort exclusif du groupe français, en vertu d’une convention signée en 1967 entre le Niger et la France.

Niger : pourquoi les rebelles touareg se battent

  • Par Jean-Luc Manaud

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    Dans le nord du pays, où sont concentrées les mines d’uranium et où le groupe français AREVA est solidement implanté, les hommes bleus affrontent l’armée régulière. Nos reporters ont passé plusieurs jours à leurs côtés, dans le désert. Reportage publié dans VSD n°1594 (du 12 au 19 mars 2008). Une guérilla réactivée. Un combattant touareg du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) exhibe son armement. Sur la bordure est du massif de l’Aïr, au nord du Niger, les Touareg sont environ 800 000. À l’ouest, leur territoire recèle l’une des provinces uranifères les plus riches du monde.

    Dans le nord du pays, où sont concentrées les mines et où le groupe français AREVA est solidement implanté, les hommes bleus affrontent l’armée régulière. Nos reporters ont passé plusieurs jours à leurs côtés, dans le désert.

    Camions carbonisés, murs criblés de balles, obus éparpillés : l’oasis de Tazerzait a conservé le décor apocalyptique de la bataille la plus emblématique de la guérilla du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) face à l’armée nigérienne. C’est en haut de ces dunes que, en juin dernier, les MNJ ont attaqué quatre-vingts militaires postés dans une petite école de brousse. Bilan : quatorze tués, trente blessés et une trentaine de prisonniers. Le MNJ ne déplore qu’un mort dans ses rangs. L’escarmouche a non seulement permis à la guérilla de se fournir en armes lourdes, de faire parler d’elle au niveau international, mais aussi de se venger : quelques jours avant la bataille de Tazerzait, trois vieillards avaient été massacrés par l’armée régulière, leurs cadavres découpés en morceaux et plusieurs dromadaires avaient été abattus.

    Des frontières tracées au mépris des ethnies

    Depuis un an, la guérilla harcèle les soldats nigériens car les Touareg voudraient toucher leur part des millions d’euros provenant de l’exploitation des mines d’uranium situées dans le Nord, où ils vivent. Ce conflit fait resurgir l’éternelle opposition entre les éleveurs nomades berbères touareg du Nord, anciens trafiquants d’esclaves, et les ethnies noires et sédentaires du Sud, détentrices du pouvoir économique et politique de Niamey, dans un Niger aux frontières tracées au mépris des ethnies par les colonisateurs français.

    Le MNJ a ­attaqué une caserne à Iferouane, dans l’extrême nord du pays, faisant quarante-cinq morts et de nombreux blessés. Il s’en est ensuite pris à l’aéroport d’Agadez, ainsi qu’à un escadron de l’armée, tuant treize soldats et faisant quarante et un prisonniers. En avril, il lançait une offensive sur le site de recherches d’uranium d’AREVA, à Imouraren, à 80 kilomètres ­d’Arlit. Autant d’opérations destinées à voler des armes et les indispensables pick-up Toyota.

    Près du puits de Tazerzait financé par feu Mano Dayak, leader de la première guérilla dans les années quatre-vingt-dix, ne vit plus qu’une famille. Les autres ont fui les exactions des militaires. Tout comme les touristes, qui offraient aux Touareg d’importantes sources de revenus. « Sur ces dunes, à Noël, tu pouvais voir une centaine de tentes de voyageurs », déplore un guérillero. Au milieu d’une trentaine de chèvres qui broutent dans le sable et une ­dizaine d’enfants, une femme pile le mil. Son mari, Illa Hamid, 55 ans et bouc blanc, a repris la kalachnikov : « Sous ma tente, je n’ai que de la poussière. Alors que je sais qu’il y a de l’eau, du pétrole, de l’uranium. Mais l’état ne fait rien pour la population », déplore-t-il. Son constat est d’autant plus amer qu’il sait que les cours de l’uranium n’ont jamais été aussi hauts et que les mines de la Somaïr et de la Cominak – des filiales d’AREVA – ont produit depuis 1970 plus de 100 000 tonnes d’uranium. Malgré cela, le Niger, quatrième producteur mondial, demeure l’un des pays les plus pauvres de la planète.

    « Les Français donnent des milliards à des incapables ! » s’enflam-me Mohammed Autchiki, sexa-génaire, ancien étudiant à Montpellier et spécialiste des criquets. Il a laissé sa femme et ses quatre filles pour le maquis. « C’est avec nous qu’il faut traiter, car l’état ne peut pas protéger AREVA. Pour nous défendre, nous nous allierons avec le diable, à al-Qaida, s’il le faut ! » menace-t-il. Aghali Alambo, le chef du MNJ, précise : « On connaît les jours de passage des convois d’uranium de la mine d’Arlit à Agadez. »

    Enturbanné de bleu, l’homme ne dort jamais au même endroit et a fait de son Land Cruiser Toyota son quartier général. « On a des unités mobiles à 40 kilomètres de là. On contrôle tout l’Aïr, d’Agadez au massif du Tanga, soit presque 320 kilomètres. à partir de Tazerzait l’armée n’entre plus. » Tout le campement bruisse d’une prochaine embuscade. « Chaque trimestre, nous attaquons au moment de la relève de l’armée, entre Arlit et ­Iferouane. Ils ont besoin de cent cinquante véhicules et d’avions de reconnaissance pour passer. Mais, c’est notre territoire. Nous savons où et combien ils sont. Et même où est le responsable que l’on tue en premier. Ici, les montagnes ont des yeux et des oreilles. »

    “J’ai repris les armes parce que rien n’a changé”

    Devant le feu, Ahmed confie : « J’ai fait partie de la première rébellion [en 1991, NDLR]. J’ai repris les armes car rien n’a changé. » Et ce, malgré l’accord de paix de Ouagadougou signé en 1995 qui promettait « une large autonomie » de gestion des zones touareg et la reconversion socio-économique des rebelles. « à part une vingtaine de cadres de la guérilla recasés, les autres n’ont rien obtenu », explique Aghali Alambo. « On a des capitaines et des sous-­officiers de très grande valeur qui n’ont jamais pu devenir mieux que guides de l’armée. Trois mille combattants attendaient la réinsertion. Le gouvernement a offert de l’argent. Mais tous espéraient des emplois qui ne sont pas venus. Même les préfets d’Agadez ou d’Arlit ne sont pas touareg alors que c’est notre territoire ! AREVA exige des brevets pour ses chauffeurs, mais les Touareg, même sans diplôme, conduisent mieux que n’importe qui dans le désert », ­sourit-il, assis dans son 4 x 4 qu’il conduit lui-même dans les dunes, un lance-roquettes calé sous la banquette arrière.

    Plus tard, autour d’un plat de riz, Mohammed mâche moins ses mots : « Ces gens-là (à Niamey) ne comprennent que les armes. Ils disent que nous sommes des bandits : avant, oui. Mais tout le monde l’était ! Ils nous traitent de terroristes ? Mais ce sont eux qui tirent sur les civils. Ils nous traitent de lâches, alors que vivre dans le désert tient de l’héroïsme. »

    Aujourd’hui, le MNJ revendique « dix compagnies, soit deux mille quatre cents hommes », selon son chef. Mais les trois ou quatre cents guérilleros croisés dans le désert sont sous-équipés. Chaque pick-up, regroupant douze soldats et un chauffeur n’a souvent pas plus de deux fusils d’assaut. « Rappelez-vous que nous avons déjà cinquante véhicules [dotés de mitrailleuses lourdes]. Il n’en a fallu que trente pour menacer le Tchad », corrige Alambo. Assez, selon lui, pour exiger que 90 % des emplois des sociétés minières soient attribués aux Touareg et que ces sociétés injectent 50 % de leurs revenus dans des programmes de développement de la région d’Agadez, une des plus déshéritées du Niger.

    « Si on menace nos intérêts, les Français savent de quoi les Touareg sont capables, poursuit le chef du MNJ. La France doit faire pression sur le gouvernement pour trouver une solution. Car même si Tandja [le président nigérien, NDLR] envoie des chars et des hélicos, ça ne se réglera pas. On en aura aussi. Et le sang coulera… »

    Antoine DE TOURNEMIRE 

NON AU NUCLEAIRE ! SOLIDARITE AVEC LA REVOLUTION DES HORTENSIAS AU JAPON (Solidarité Fukushima PARIS)

Non au nucléaire !

NON AU NUCLEAIRE ! SOLIDARITE AVEC LA REVOLUTION DES HORTENSIAS AU JAPON (Solidarité Fukushima PARIS) dans ENVIRONNEMENT fukushima4Solidarité avec la Révolution

des Hortensias au Japon

-Solidarité Fukushima Paris-

SAIKADO HANTAI !

Non au redémarrage du nucléaire au Japon – Arrêt immédiat partout ailleurs !

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées samedi après midi 13 octobre 2012 aux abords de l’ambassade du Japon à Paris (pendant les journées de mobilisation internationale des 13 et 14 octobre).

Nous étions là pour montrer notre solidarité avec tous les antinucléaires du Japon qui depuis des mois s’opposent au redémarrage des réacteurs dans leur pays et demandent l’arrêt du nucléaire. Le mouvement au Japon est maintenant connu sous le nom de « Révolution des Hortensias »

Pour voir l’ensemble des vidéos de cette journée et les différentes interventions, cliquez ici !

Au mépris des conséquences dramatiques et permanentes de la catastrophe de Fukushima toujours en cours, le gouvernement japonais persiste à promouvoir un mix énergétique incluant le nucléaire au moins jusqu’en 2030, et a donné son accord pour le redémarrage de deux réacteurs de la centrale de Ohi.

Vivre avec un dosimètre autour du cou, soupçonner la nourriture et finalement se résoudre à l’ingérer quand même, ne pas boire l’eau du robinet sans peur, éviter de circuler sous la pluie porteuse de particules radioactives, ne plus pouvoir emmener les enfants jouer dehors, tout cela est insupportable, inacceptable.

Au Japon, comme en ex-URSS, et dans toutes les zones contaminées, le plus banal des actes quotidiens devrait dorénavant et pour toujours être soumis au contrôle de la radioactivité, ou pire, sera laissé à l’auto-contrôle permanent qui transfère la responsabilité des conséquences du crime à celui qui n’a d’autre choix que de les subir.

Pour les Japonais qui se révoltent contre le nucléaire et pour nous tous qui refusons d’être les victimes de la prochaine catastrophe, le mot « vie » a encore un sens.

NI SILENCE, NI OUBLI, NI RESIGNATION !

Voir vidéos en Français, en Anglais, en Japonais

Manifester devant l’ambassade nous a été interdit par les forces de police sur ordre de l’Ambassade du Japon. Sous le gouvernement pro-nucléaire Sarkozy nous avions pu le 10 mars 2012 (sans déclaration préalable de la manifestation) nous installer sans problème en face de l’ambassade. Ce 13 octobre 2012, avec le nouveau gouvernement pro-nucléaire socialo-écologiste, c’est toute la rue de l’ambassade qui nous était interdite sous peine d’intervention des gardes mobiles…

Néanmoins, plus tard dans la journée, la façade de l’ambassade du Japon fut largement redécorée d’hortensias.

Solidarité Fukushima Paris*.
solidaritefukushimaparis@yahoo.fr

LA POLLUTION INDUSTRIELLE FAIT AUTANT DE RAVAGES SUR LA SANTE QUE LE PALUDISME (Audrey GARRIC / lemonde.fr)

La pollution industrielle fait autant de ravages sur la santé que le paludisme

LA POLLUTION INDUSTRIELLE FAIT AUTANT DE RAVAGES SUR LA SANTE QUE LE PALUDISME (Audrey GARRIC / lemonde.fr) dans ENVIRONNEMENT pollution1

Le Monde.fr | 25.10.2012 à 12h02 • Mis à jour le 25.10.2012 à 13h51 Par Audrey GARRIC

L'exploitation minière, les fonderies de plomb, décharges industrielles et autres sites toxiques affectent la santé de quelque 125 millions de personnes dans 49 pays à faible et moyen revenus.

L’exploitation minière, les fonderies de plomb, décharges industrielles et autres sites toxiques affectent la santé de quelque 125 millions de personnes dans 49 pays à faible et moyen revenus. Une pollution industrielle dont l’ampleur et les conséquences sur la santé humaine sont encore méconnus, mais comparables avec celles du paludisme ou de la tuberculose, estime le rapport World’s Worst Pollution Problems, publié mercredi 24 octobre 2012 par l’ONG Blacksmith Institute en partenariat avec la Croix Verte Internationale.

Lenquête a passé au crible, pendant quatre ans, l’impact sur la santé publique des polluants industriels les plus répandus – plomb, mercure, chrome, amiante –, rejetés dans l’air, l’eau et le sol de 2 600 sites répartis dans la plupart des régions du monde.

Tous sont connus pour causer de graves dommages à l’homme. Selon le rapport, qui reprend des études de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le plomb compromet ainsi, entre autres effets néfastes, le développement neurologique des enfants et provoque des maladies cardio-vasculaires chez les adultes. Le chrome, classé cancérigène, peut causer des cancers du poumon s’il est inhalé. Le mercure endommage quant à lui les reins et affecte le développement neurologique chez les enfants. Enfin, l’amiante est responsable de mésothéliomes, de cancers du poumon et d’autres problèmes pulmonaires.

17 MILLIONS D’ANNÉES DE VIE PERDUES

Pour quantifier les effets de ces polluants sur les populations, le rapport a utilisé l’indicateur AVCI (Années de Vie Corrigées de l’Incapacité« Disability-Adjusted Life Years », en anglais), qui mesure les années de vie en parfaite santé qui ont été perdues, en effectuant la somme des années de vie potentielles perdues en raison d’une mortalité prématurée et des années productives perdues en raison d’incapacités. Les AVCI, utilisées notamment par l’OMS, permettent de comparer entre eux les différents types de risques pour la santé publique, en tenant compte à la fois de la gravité et de la durée d’une maladie donnée.

Résultat : 17 millions d’AVCI ont été attribuées aux polluants industriels. Un impact comparable, selon le rapport, avec celui des maladies les plus dangereuses au monde, à savoir le paludisme (14 millions d’AVCI), la tuberculose (25 millions) et le sida (29 millions).

« Nos chiffres sont toutefois probablement sous-estimés, dans la mesure où la plupart des effets sur la santé connus ou présumés sont impossibles à quantifier, faute de données démographiques et de capacités d’échantillonnage suffisantes dans de nombreux pays ou encore d’accès aux sites pollués », prévient le rapport.

Le recyclage des batteries au plomb constitue la première source de pollution industrielle dans le monde.

« Même si elle touche au moins 125 millions de personnes, la pollution demeure l’un des problèmes mondiaux les moins bien connus, déplore le Dr Stephan Robinson, spécialiste des pollutions à la Croix Verte Internationalelors d’une conférence de presse. A juste titre, du temps et de larges ressources sont consacrés à s’attaquer au fardeau des maladies telles que la tuberculose et le paludisme. Mais ces actions des autorités locales et internationales éclipsent l’attention accordée aux sites toxiques, qui contribuent grandement à la mauvaise santé de la population mondiale. »

Un impact confirmé par l’OMS, qui estime que les pollutions environnementales contribuent à 19 % de l’incidence du cancer dans le monde et sont responsables de 1,3 million de décès chaque année.

LE RECYCLAGE DES BATTERIES, PIRE POLLUTION

Dans le détail, le rapport de Blacksmith a classé les dix industries les plus toxiques en fonction du nombre d’années de vie perdues :

1) Le recyclage des batteries au plomb (4,8 millions d’AVCI perdues).
2) La fusion du plomb (2,6 millions).
3) Les mines et le traitement des minerais (2,5 millions).
4) Les opérations de tannerie (1,93 million).
5) Les décharges de déchets industriels et ménagers (1,23 million).
6) Les zones industrielles (1,06 million).
7) L’exploitation minière artisanale de l’or (1,021 million).
8) La fabrication de produits industriels (électroniques, batteries ou encore revêtements métalliques) (786 000).
9) La fabrication de produits chimiques (765 000).
10) L’industrie textile (430 000).

Portées par la demande toujours plus importante de produits technologiques, essentiellement dans les pays développés, ces industries sont en croissance. La production mondiale de plomb a ainsi augmenté de 10 % l’an dernier, à 4,5 millions de tonnes, essentiellement en Chine, en Inde et au Mexique.

« Des quantités croissantes de plomb sont recyclées. Mais souvent, le recyclage est réalisé dans des installations non contrôlées ou mal maîtrisées, de manière informelle, parfois même chez les habitants, ce qui fait du retraitement du plomb un problème majeur dans de nombreux pays », explique Stephan Robinson.

L'exploitation minière artisanale de l'or entraîne de graves pollutions dans les pays les plus pauvres, comme ici en Sierra Leone.

« L’exploitation minière, qui augmente sous l’effet de la hausse de la demande mondiale, a aussi beaucoup d’impact, poursuit l’expert. L’extraction des métaux des minerais nécessite des processus chimiques polluants, qui rejettent d’importants volumes de boues toxiques et de métaux lourds. Or, souvent, les populations extraient les métaux sans aucune protection, pieds et mains nus. » Et de préciser:  »Aujourd’hui, il existe des équipements techniques modernes pour se protéger de ces pollutions, mais ils sont chers. Ils ne sont donc utilisés que dans les pays développés. »

PAYS EN DÉVELOPPEMENT

Ce sont au final les pays en développement qui payent le plus lourd tribut de cette pollution industrielle. « Dans ces pays, il y a moins de normes et de contrôles pour limiter la pollution, notamment des entreprises les plus petites, qui produisent pour des marchés locaux, assure John Keith, directeur des opérations de Blacksmith. Ces gens ont besoin de gagner de l’argent. S’ils sont pauvres, ils feront ce qu’il faut pour gagner de l’argent et ce, au détriment de leur santé. »

« En dépit du poids sur la société de la pollution industrielle, très peu de ressources sont allouées à la prévention et à l’assainissement des sites pollués. Les pays en développement ont besoin du soutien de la communauté internationale pour concevoir et mettre en œuvre des actions de nettoyage, améliorer les technologies de contrôle de la pollution, et éduquer les travailleurs de ces industries et les populations concernées », conclut le rapport.

Audrey GARRIC                                                                                                                                 lemonde.fr

 

DEMANTELEMENT DE LA CENTRALE DE BRENNILIS: LA QUESTION DES DECHETS RADIOACTIFS TOURNE AU CASSE-TÊTE (Philippe COLLET / Actu-environnement) + BONUS INFONUCLEAIRE

Démantèlement de la centrale de Brennilis :

la question des déchets radioactifs

tourne au casse-tête

DEMANTELEMENT DE LA CENTRALE DE BRENNILIS: LA QUESTION DES DECHETS RADIOACTIFS TOURNE AU CASSE-TÊTE (Philippe COLLET / Actu-environnement) + BONUS INFONUCLEAIRE dans ENVIRONNEMENT brennilisL’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) a rejeté le dossier de démantèlement complet déposé par EDF. En cause, l’absence de solution de stockage pour les déchets, suite à l’arrêt de la construction de l’ICEDA sur la centrale du Bugey. Une situation qui pourrait s’éterniser.

Démantèlement de la centrale de Brennilis : la question des déchets radioactifs tourne au casse-tête
© EDF
Lundi 22 octobre 2012, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) est revenue sur le motif justifiant son rejet du dossier de demande d’autorisation présenté par EDF pour le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère). Le stockage des déchets radioactifs de la centrale mise en service en 1965 et arrêtée en 1985 constitue le point noir du dossier. Actuellement, EDF dispose d’une autorisation de démantellement partielle concernant notamment les échangeurs de chaleur et les structures de la station de traitement des effluents.

Dossier incomplet

L’ASN, sollicitée par le Gouvernement pour se prononcer sur la recevabilité du dossier avant qu’il ne soit soumis à enquête publique, juge que « ce nouveau dossier ne permet pas d’appréhender tous les enjeux liés au projet de démantèlement : la construction de l’Installation de Conditionnement et d’Entreposage des Déchets Activés (ICEDA), bien que largement engagée à Bugey dans l’Ain, est en effet désormais à l’arrêt ».

Certes, « EDF a justifié la stratégie de démantèlement retenue », considère l’ASN, néanmoins elle« recommande au Gouvernement que ce dossier soit complété avant d’être à nouveau soumis à une enquête publique, afin qu’il prenne pleinement en compte l’avis de la commission d’enquête publique du 15 mars 2010″.

Au chapitre déchets radioactifs, l’avis de la commission d’enquête pointe tout particulièrement que « la quasi-totalité des opposants au projet de démantèlement ont souligné l’absence de lieu d’entreposage et de stockage pour les déchets de faible et moyenne activité (FMA) à vie longue ». Or, « la Commission Locale d’Information (CLI) exclut l’entreposage sur le site », indique l’avis, ajoutant que la CLI « sollicite des précisions sur la solution qui serait envisagée si « l’installation ICEDA n’était pas opérationnelle à la date indiquée » ». Sans grande surprise, « ceux qui souhaitent la reprise des opérations de démantèlement ne font pas état des problèmes de stockage, ni d’entreposage des déchets radioactifs », rapporte la commission d’enquête.

Pour sa part, la commission tranche et formule un avis particulièrement critique sur ce point. Rappelant que « démanteler consiste à déplacer la radioactivité sans la réduire », elle juge que « sans la certitude de mise en service opérationnelle de l’ICEDA pour l’entreposage, il n’est pas envisageable d’entreprendre les opérations de démantèlement du bloc réacteur ». Et de conclure : « Par conséquent, la commission d’enquête émet un avis défavorable à la production de déchets radioactifs classés FMA à vie longue et à vie courte à envoi différé et à leur entreposage sur le site ».

L’entreposage des déchets au point mort

Le démantèlement du réacteur de Brennilis devrait générer quelque 40 tonnes de déchets de moyenne activité à vie longue, issus du bloc réacteur, et environ 35 tonnes de déchet de faible et moyenne activité à vie courte à envoi différé. Autant de déchets qu’EDF escompte entreposer au Bugey en attendant que l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) trouve un site en vue du stockage définitif…

Or, comme le rappelle l’ASN, le projet ICEDA est arrêté depuis « l’annulation de son permis de construire, confirmée par la Cour Administrative de Lyon le 19 juin 2012« . Un horticulteur riverain de la centrale avait attaqué le permis de construire soutenant que le site du Bugey n’avait pas vocation à recevoir les déchets du démantèlement en cours de différents réacteurs français. Il s’agit là d’un changement total du projet initial, a plaidé l’avocat du plaignant qui a trouvé une faille dans le plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Vulbas (où est implanté le site) pour obtenir l’annulation du permis de construire. Le Tribunal Administratif de Lyon l’a suivi et a jugé le permis de construire non conforme au PLU qui interdit les occupations du sol « non liées » et  »nécessaires » au fonctionnement de la centrale.

Un simple contretemps ?

Contacté par Actu-environnement, EDF indique que la demande de complément d’information de l’ASN procède des discussions habituelles entre l’entreprise et l’autorité de régulation lors de l’instruction de tels dossiers. Un porte-parole indique qu’EDF attend de recevoir la demande d’information complémentaire, précisant qu’« EDF ne sait pas quelles pièces complémentaires devront être produites ».

Quant au retard pris dans la construction de l’ICEDA, ce même porte-parole explique que la commune a entrepris une modification du PLU afin de le rendre compatible avec la présence du site d’entreposage. Une fois le PLU modifié, l’entreprise entend déposer une nouvelle demande de permis de construire pour l’ICEDA. Le PLU devrait être modifié d’ici la fin de l’année, espère EDF qui compte obtenir le nouveau permis courant 2013 pour que l’ICEDA soit opérationnelle en 2015. Il ne s’agirait donc que d’un contretemps qui ferait perdre environ un an à l’entreprise.

Pour l’instant, tout au moins, car, comme le rappelle le porte-parole d’EDF ce calendrier tient « sans compter d’éventuels recours ». Là est le problème, puisqu’en juillet, l’exécutif du canton de Genève a déposé un recours auprès du Conseil d’Etat français contre l’ICEDA situé à 70 km de Genève. Si peu de détails sur les motifs du recours ont filtré, la Tribune de Genève révélait néanmoins que l’argument principal fait état d’un danger potentiel pour Genève et que le canton a particulièrement ciblé des failles administratives dans le dossier.

Philippe COLLET « Actu-environnement »            

A propos de Démantèlement…

brennilis AREVA dans LA MER
A propos de Brennilis: Contaminations, mensonges, opacité, illégalités… le dossier « exemplaire » de la centrale nucléaire des Monts d’Arrée, dans le Finistère. Trait d’Union n°37-38, novembre 2007, en PDF.
Impact radiologique de la centrale de Brennilis (CRIIRAD, 22 sept 2007, B. Chareyron)

En octobre 1996, un décret autorisait l’exploitant à procéder à la mise en confinement du bâtiment réacteur. Le démantèlement complet (dit de niveau 3) de l’installation ne devait intervenir qu’après un délai de 40 à 50 ans permettant de bénéficier de la réduction de l’activité des radionucléides à vie courte.

En 1999, les autorités recevaient la synthèse d’une étude EDF-CEA sur le démantèlement de niveau 3. L’étude mettait en évidence les avantages du démantèlement différé (délai de 40 ans à compter de la fin du démantèlement de niveau 2) que ce soit en termes de réduction de dose de rayonnement pour les intervenants, de gestion des déchets radioactifs et de coûts des travaux.

Début 2006, un décret opérait un changement complet de stratégie et autorisait EDF à procéder sans délai aux opérations de démantèlement complet du bâtiment réacteur. La décision était prise sans publication préalable de l’étude d’impact, sans passage par l’enquête publique et sans qu’aucune étude scientifique n’ait invalidé les conclusions de l’étude de 1999 et démontré l’avantage du démantèlement immédiat.

[...] Il faut porter à la décharge de la CLI que sa décision s’est très largement appuyée sur l’étude qu’elle a confiée à l’ACRO. Le cahier des charges établi par la CLI précisait qu’il s’agissait d’une mission d’expertise du dossier EDF mais le travail effectué a largement débordé de ce cadre. Confrontée au défaut de justification du démantèlement immédiat, l’ACRO s’est substituée à l’exploitant pour pallier les lacunes de son dossier et développer un argumentaire à charge contre le démantèlement différé. Le problème, c’est que l’association ne dispose pas des arguments scientifiques nécessaires à sa démonstration : piégée par sa tentative, elle doit admettre que ses arguments ne sont que des « PRESUPPOSES » ­ c’est-à-dire des HYPOTHESES NON VERIFIEES ­ qui devront faire l’objet d’études permettant de « STATUER » sur leur éventuelle validité.

Lire la suite…

Centrale de Brennilis:

le démantèlement partiel

se poursuit

RENNES (7/2/2012) - Les travaux de démantèlement partiel se poursuivent sur le site de la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère) et la demande d’autorisation pour le démantèlement total du réacteur, de son enceinte et de sa cuve a été déposée fin décembre, a-t-on appris mardi auprès de la direction du site.

Le dossier a été déposé comme prévu le 29 décembre 2011 auprès des autorités, on est dans la première étape de l’instruction du dossier, a indiqué le directeur du site des Monts d’Arrée, Jean-Christophe Couty.

Le chantier de démantèlement partiel qui concerne la station des effluents et les échangeurs thermiques a été relancé fin juillet par décret après une suspension de quatre ans obtenue sur recours par les militants antinucléaires.

Actuellement, les équipes sont à pied d’oeuvre et se concentrent sur le chenal d’évacuation des effluents qui devrait être assaini avant la fin de l’année 2012, a indiqué M. Couty. Puis commencera la démolition de la station de traitement des effluents.

Parallèlement, deux ateliers de démontage des échangeurs de chaleurs doivent être installés au cours du premier semestre 2012 et la première découpe sera réalisée au premier trimestre 2013, selon le directeur du site.

Le devis pour le démantèlement partiel de ce prototype à eau lourde stoppée en 1985 a été évalué à 373 millions d’euros en 2008, en augmentation de 26% comparé au devis établi en 2001 à périmètre égal, selon le récent rapport de la Cour des Comptes sur les coûts de la filière électronucléaire.

L’annulation par le Conseil d’Etat pour vice de forme du décret de 2006 autorisant le démantèlement a entraîné des hausses liées au report du chantier et des coûts d’études supplémentaires en vue de l’obtention d’un nouveau décret, selon le chapitre du rapport consacré à Brennilis.

D’autres raisons des hausses constatées sont d’ordre industriel et sont liées notamment à l’identification de surcoûts significatifs dans les travaux à mener, selon le texte.

Interrogé à ce sujet, le directeur de la centrale s’est refusé à tout détail sur ces surcoûts.

La Cour des Comptes pointe le coût du nucléaire

Dans son rapport qui est sorti, la Cour des Comptes dénonce le coût exorbitant du nucléaire français et, particulièrement, celui du démantèlement. Celui-ci est estimé à 22,2 milliards d’euros. Un chiffre sous-estimé selon la Cour des Comptes qui s’appuie sur le coût de démantèlement de onze centrales britanniques. La Cour a demandé à EDF de revoir son mode de calcul.

Le Parisien, 22/12/2011:

Démantèlement des centrales: le chantier sans fin de Brennilis

Le site de Brennilis, chantier pilote de

démantèlement

RENNES 22/10/2011 - La centrale nucléaire de Brennilis, dans le Finistère, où des opérations de démantèlement vont reprendre après quatre ans d’interruption, abrite un réacteur à eau lourde (EL4), le seul modèle du genre en France, le plus ancien du parc d’EDF et le premier voué à la destruction.

Prototype industriel couplé au réseau EDF en 1967, la petite unité des Monts d’Arrée (70 MW contre 900 à 1.450 MW pour les réacteurs suivants) a définitivement arrêté de produire le 31 juillet 1985, après avoir fourni 6,2 milliards de KWH – soit l’équivalent de la consommation annuelle de la ville de Paris.

La déconstruction de la centrale a été entamée en 1997, devant à l’origine servir de chantier pilote pour le démantèlement de 8 autres centrales de première génération – Bugey 1, Chinon A (1, 2 et 3), Chooz A, Creys-Malleville, Saint-Laurent A (1 et 2).

Depuis, trois bâtiments nucléaires ont été assainis et démolis, avec un total de 100.000 tonnes de déchets, dont 20% radioactifs, déjà évacués du site.

Autorisés par un décret du premier ministre en février 2006, les travaux de démantèlement du réacteur proprement dit ont été bloqués en 2007 par un recours déposé par les anti-nucléaires pour défaut d’enquête publique.

A la même époque, le chantier avait été épinglé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) pour un défaut de conditionnement et d’évacuation de 32 fûts de déchets nucléaires.

En 2010, un nouveau projet de démantèlement total s’est heurté à un avis défavorable de la Commission d’Enquête Publique, selon laquelle EDF ne démontrait pas l’urgence et l’intérêt du démantèlement immédiat, d’autant que la filière pour gérer les déchets les plus radioactifs n’existait pas encore.

Le démantèlement partiel de la station de traitement des effluents et des échangeurs de chaleur, ainsi que l’assainissement du chenal de rejet des effluents et des zones de pollutions diffuses ont en revanche reçu un avis favorable, entériné par un décret du Premier Ministre, le 27 juillet dernier.

Sortir du Nucléaire Cornouaille a déposé fin septembre une requête préliminaire contre ce décret en dénonçant notamment l’autorisation de démantèlement des échangeurs thermiques, situés dans l’enceinte réacteur.

En 2007, le coût prévisionnel de la déconstruction de la centrale de Brennilis était évalué à 460 millions d’euros. Depuis, EDF n’a pas communiqué le montant des dépenses réelles, indiquant seulement que l’enveloppe prévisionnelle de 2 milliards d’euros pour le démantèlement des 9 centrales de première génération était respectée.

 19/9/2011: 

Ouest-France, 25 mai 2011: 


À Brennilis, des fuites dans la vie de la centrale

Il existe des poches de pollution sur le site que nous devons suivre de près. Il faut aussi qu’EDF nous explique le pourquoi de ces fuites, comme en 1984.

[...] Alain François Calderon, d’Eaux et rivières, précise que lors de l’enquête publique, les associations avaient demandé une caractérisation du site. « Or, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a répondu : « Nous allons faire un décret ». C’est-à-dire que nous n’aurons pas une caractérisation du site avant démantèlement. C’est regrettable. »
Le militant poursuit l’argumentaire : « La centrale a émis beaucoup de tritium (isotope de l’hydrogène), un élément radioactif qui se fixe dans l’herbe, passe dans le lait, les aliments. Dans les mesures données par l’ACRO, on trouve des quantités radioactives supérieures à la normale dans l’eau du site. »

[Le tritium a été balancé dans la nature juste avant la fermeture de Brennilis, car cette centrale prototype de ce qui aurait du être les réacteurs de production en France (le model choisi sera finalement le PWR de licence Westinghouse) est entrée en service avant qu'il y ait une loi sur les autorisations de rejet, donc en fonctionnement Brennilis pouvait balancer n'importe quelle quantité de merde radioactive dans la nature, mais lors de sa fermeture elle tombait dans les lois qui ont été votées plus tard, d'où les rejet de Tritium juste avant la fermeture !]

 Ouest-France, 29/12/2009: 

 Le démantèlement du réacteur de Brennilis inquiète

La centrale nucléaire finistérienne est la première qu’EDF démolit. Depuis trois ans, le chantier est stoppé, à la suite du recours en justice d’associations de protection de l’environnement. Le démantèlement du réacteur pourrait intervenir en 2010, après une nouvelle enquête publique. La centrale nucléaire finistérienne, à l’arrêt depuis 1985, est la première qu’EDF démolit. Stoppé par la justice en 2006, pour manque de transparence, le chantier attend de redémarrer.

Un chantier expérimental. C’est une première nationale. Dans la campagne du centre-Bretagne, à Brennilis, EDF va déconstruire le réacteur de sa centrale nucléaire expérimentale, à l’arrêt depuis 1985. Il y a trois ans, avant qu’il ne s’attaque au bâtiment du réacteur, le chantier de démolition a été stoppé par un recours d’associations antinucléaires et de protection de l’environnement.

Le Conseil d’État a imposé à EDF d’être plus transparent sur son projet. Du 27 octobre au 11 décembre, EDF a soumis un nouveau dossier à enquête publique. La commissaire enquêteur doit rendre ses conclusions courant janvier. Les ministres de l’Écologie et de l’Économie se prononceront ensuite sur l’autorisation à reprendre la démolition. Auparavant, la Commission Locale d’Information, composée d’élus, d’associations et d’experts, et les associations ayant refusé d’y siéger, espèrent obtenir des éclaircissements.

Pourquoi démanteler maintenant ? Élus et associations estiment qu’EDF n’a pas suffisamment justifié son choix. Sur 1 900 pages de dossier, une seule répond à cette interrogation. Selon la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad), « la seule étude réalisée par EDF, en 1999, conclut que la meilleure solution est d’attendre quarante ans et non pas de procéder sans délai au démantèlement comme le prévoit le projet ». Avec le temps, assurent les opposants, la radioactivité diminuerait dans l’enceinte du réacteur ; les risques seraient donc moindres.

Le sol est-t-il pollué ?

L’expert mandaté par la Commission Locale d’Information pour étudier le dossier, a relevé d’autres faiblesses. « EDF ne caractérise pas le niveau de pollution des sols et des eaux souterraines », explique Gilbert Pigrée. Ce à quoi Xavier Petitjean, directeur du site de Brennilis, réplique : « Bien entendu, on va communiquer sur l’état du sol ; mais pour disposer d’éléments, on doit démanteler au préalable. »

Michel Marzin, un ancien délégué du personnel de la centrale, en doute : « En 1997, EDF a réalisé des prélèvements. J’ai eu ces données en main. Et aujourd’hui, EDF assure ne pas les avoir ! » Xavier Petitjean maintient ne pas connaître ces analyses qui n’ont pas été faites, précise-t-il, par EDF.

Que faire des déchets ?

Le démantèlement va produire 375 tonnes de déchets de faible et moyenne activité, qui concentreront 99 % de la radioactivité du site. Or, EDF n’a pas encore de solution de stockage. « Un site intermédiaire est prévu dans l’Ain », expliquent les cadres d’EDF. Sauf que des oppositions locales en empêchent la construction. En attendant, les déchets radioactifs seront entreposés dans les sous-sols de l’enceinte du réacteur. Une solution qui effraie les élus locaux. Comme Gérard Gwel, conseiller municipal du Botmeur, qui fait remarquer : « Au cas où le site de l’Ain ne se ferait pas, le dossier d’EDF ne présente pas de plan B. »

 CRIIRAD, 16 décembre 2009:

 Démantèlement de la centrale nucléaire des Monts d’Arrée

[BRENNILIS, FINISTERE]

LES DROITS DU PUBLIC EN MATIERE D’INFORMATION ET DE PARTICIPATION
AUX DECISIONS SONT A NOUVEAU BAFOUES
Bien que sanctionnés en 2006 par le Conseil d’Etat, l’exploitant et les autorités de sûreté nucléaire récidivent.

 Pour mémoire

Démarrée en 1966, la centrale nucléaire des Monts d’Arrée a été mise à l’arrêt en 1985.

En octobre 1996, un décret [1] autorisait l’exploitant à procéder à la mise en confinement du bâtiment réacteur. Le démantèlement complet (dit de niveau 3) de l’installation ne devait intervenir qu’après un délai de 40 à 50 ans permettant de bénéficier de la réduction de l’activité des radionucléides à vie courte.

En 1999, les autorités recevaient la synthèse d’une étude EDF-CEA [2] sur le démantèlement de niveau 3. L’étude mettait en évidence les avantages du démantèlement différé (délai de 40 ans à compter de la fin du démantèlement de niveau 2) que ce soit en termes de réduction de dose de rayonnement pour les intervenants, de gestion des déchets radioactifs et de coûts des travaux.

Début 2006, un décret [3] opérait un changement complet de stratégie et autorisait EDF à procéder sans délai aux opérations de démantèlement complet du bâtiment réacteur. La décision était prise sans publication préalable de l’étude d’impact, sans passage par l’enquête publique et sans qu’aucune étude scientifique n’ait invalidé les conclusions de l’étude de 1999 et démontré l’avantage du démantèlement immédiat.

Début 2007, dans le cadre d’un recours introduit par le Réseau Sortir du Nucléaire, le Conseil d’Etat annulait le décret de 2006 pour non respect de l’obligation de publication de l’étude d’impact [4] . Les associations demandaient aux autorités un certain nombre de garanties, en particulier sur la réalisation et la publication d’une étude comparative des différentes stratégies de démantèlement, immédiat ou différé [5] .

L’élément clef est absent du dossier !

Suite à la décision du Conseil d’Etat, une nouvelle procédure d’autorisation était engagée par les autorités. Organisée du 27 octobre au 11 décembre 2009, l’enquête publique sur la nouvelle demande d’autorisation d’EDF devait permettre de juger des progrès réalisés.

Le bilan est accablant :

L’étude de JUSTIFICATION du projet n’est pas dans le dossier.

Sa présence est pourtant requise par le CODE DE L’ENVIRONNEMENT. Le dossier doit exposer les raisons pour lesquelles, parmi les solutions envisagées, le projet a été retenu. Elément important de n’importe quel projet, l’étude de justification est dans le cas présent indispensable. Tout d’abord, parce que la seule étude réalisée conclut que la meilleure solution est d’attendre 40 ans et non pas de procéder sans délai au démantèlement comme le prévoit le projet ; ensuite, parce que le dossier des Monts d’Arrée est un dossier pilote qui va servir de modèle à des dizaines de chantiers de démantèlement. Dans un tel contexte, ni l’exploitant, ni les autorités n’ont le droit de faire l’impasse sur l’analyse détaillée des avantages et inconvénients des différentes options et de leurs implications, que ce soit en termes de risques sanitaires, d’impact environnemental, de transports de déchets ou de capacités d’entreposage et de stockage.

Les contradictions de la CLI et les présupposés de l’ACRO

Consultée sur le dossier, la Commission Locale d’Information des Monts d’Arrée a indiqué que «le dossier présenté par l’industriel justifie mal la solution retenue » [6] et « qu’un complément doit IMPERATIVEMENT être fourni par l’industriel sur cette question importante. ». Le problème est que ce complément indispensable, qui doit impérativement être fourni, ne le sera ­ si tant est qu’il le soit que POSTERIEUREMENT à l’enquête publique et la consultation des organismes représentatifs. Et ceci d’autant plus que la CLI a émis un avis FAVORABLE au projet de démantèlement immédiat sans le subordonner à aucune condition [7] .

Il faut porter à la décharge de la CLI que sa décision s’est très largement appuyée sur l’étude qu’elle a confiée à l’ACRO [8]. Le cahier des charges établi par la CLI précisait qu’il s’agissait d’une mission d’expertise du dossier EDF mais le travail effectué a largement débordé de ce cadre. Confrontée au défaut de justification du démantèlement immédiat, l’ACRO s’est substituée à l’exploitant pour pallier les lacunes de son dossier et développer un argumentaire à charge contre le démantèlement différé. Le problème, c’est que l’association ne dispose pas des arguments scientifiques nécessaires à sa démonstration : piégée par sa tentative, elle doit admettre que ses arguments ne sont que des « PRESUPPOSES » ­ c’est-à-dire des HYPOTHESES NON VERIFIEES ­ qui devront faire l’objet d’études permettant de « STATUER » sur leur éventuelle validité.

A aucun moment, la réalisation de ces études n’est posée comme un PREALABLE à l’acceptation du projet de démantèlement immédiat. Il est, certes, impératif d’effectuer des études qui permettront de vérifier s’il faut démanteler immédiatement ou s’il vaut mieux attendremais d’ici là EDF peut être autorisée à procéder immédiatement au démantèlement.

Par ailleurs, que les études manquantes soient réalisées, ou qu’elles ne le soient pas, et qu’elles concluent en faveur du démantèlement immédiat ou qu’elles l’invalident, de toute façon, elles n’interviendraient qu’APRES la consultation du public et des organismes représentatifs. On peut, dans ces conditions, s’interroger sur la validité de l’enquête publique et sa conformité aux prescriptions réglementaires. Au lieu de favoriser la présentation au public d’un dossier correct, l’expertise de l’ACRO vient cautionner une procédure vide, pour ne pas dire ILLEGALE.

En effet, le droit du public à l’information et à la participation au processus de décision en matière d’environnement est inscrit dans les textes. Rappelons que le principe de participation, énoncé par la loi du 27 février 2002 et intégré au code de l’environnement (art. L.110-1) dispose que « chacun a accès aux infor-mations relatives à l’environnement, y compris celles relatives aux substances et activités dangereuses, et le public est associé au processus d’élaboration des projets ayant une incidence importante sur l’environnement ou l’aménagement du territoire ». Rappelons également que la convention Aarhus, signée par la France et intégrée dans son droit nationa [9] dispose que les autorités prennent « des dispositions pour que la participation du public commence au début de la procédure, c’est-à-dire lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence ».

Dans ce dossier, en guise de droit à l’information, le public doit se contenter de l’étude réalisée en 1999 par l’exploitant, une étude censée démontrer l’intérêt du démantèlement différé à 40 ans mais dont la communication a été refusée aux associations (seule une synthèse, impossible à évaluer, est disponible). Et à l’appui du démantèlement immédiat, option pourtant retenue par les autorités et l’exploitant, il n’y a rien : ni étude, ni synthèse, ni même les références d’une étude ! Le tout pour un dossier « exemplaire » qui servira de modèle aux nombreux chantiers de démantèlement à venir ! Le comble est que les citoyens sont privés de leurs droits avec le soutien d’instances censées garantir le respect des procédures démocratiques.
La CRIIRAD demande, en préalable à toute décision, des études approfondies et un débat national

Afin de ne pas apporter sa caution à un dossier fondamentalement incorrect, la CRIIRAD avait décidé dès août 2009 de ne pas participer à l’enquête publique [10] et de ne pas répondre à l’appel d’offre lancé par la CLI pour l’expertise du dossier EDF. Elle ne souhaitait pas se trouver en situation d’analyser les modalités de mise en oeuvre d’un projet dont il n’a pas été démontré au préalable que c’est le bon. Elle considère en outre que le choix de la stratégie de démantèlement doit être effectué au niveau NATIONAL. Il concerne en effet de nombreuses installations, implantées dans différents départements, et il a des incidences sur les sites de stockage de déchets radioactifs existants ainsi que sur l’opportunité de créer, ou pas, de nouvelles installations d’entreposage (cf. projet ICEDA à Bugey dans l’Ain [11]).

En conséquence, la CRIIRAD demande un MORATOIRE sur le démantèlement complet de la centrale nucléaire des Monts d’Arrée, un moratoire permettant :

1/ la réalisation d’études comparatives approfondies et contradictoires sur les différentes stratégies de démantèlement, sur leurs avantages et leurs inconvénients et sur leurs implications en termes de transport, d’entreposage et de stockage des déchets radioactifs ;

2/ l’organisation d’un débat national. Rappelons que ce débat est demandé par de nombreux citoyens et associations de protection de l’environnement ainsi que par le président du Conseil Général du Finistère qui souligne, dans un courrier adressé le 28 novembre 2009 au ministère de l’Ecologie « l’intérêt d’un débat national sur les options du démantèlement des installations nucléaires en fin de vie ». Pour avoir un sens ­ pour ne pas être un alibi démocratique de plus ­ ce débat doit évidemment intervenir avant les prises de décision au niveau local et être assorti de garanties sur la qualité des informations mises à disposition du public et sur la prise en compte du résultat de la consultation.

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité

[1] – Décret n°96-978 du 31 octobre 1996 autorisant le CEA à créer une INB destinée à conserver sous surveillance, dans un état intermédiaire de démantèlement, l’ancienne installation nucléaire de base n° 28, dénommée centrale nucléaire des monts d’Arrée-EL 4 (réacteur arrêté définitivement), sur le site des monts d’Arrée. (INB n°162 dénommée EL4-D)
[2] – Note de présentation de synthèse de l’étude de faisabilité et d’optimisation du démantèlement de niveau 3 de la centrale nucléaire des Monts d’Arrée. Document adressé le 5 novembre 1999 aux ministres en charge de la sûreté nucléaire.
[3] – Décret n°2006-147 du 9 février 2006 autorisant Electricité de France à procéder aux opérations de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement complet de l’installation nucléaire de base n° 162 dénommée EL 4-D.
[4] – Décision du Conseil d’Etat (section du contentieux) du 6 février 2007 annulant le décret 2006-147 ­ Dossier n° 292386.
[5] – Courrier du 13 novembre 2007 adressé au premier ministre et aux ministres en charge de la sûreté nucléaire par les associations CRIIRAD, Vivre dans les Monts d’Arrée, AE2D, Réseau Sortir Du Nucléaire et SDN Cornouaille.
[6] – C’est un euphémisme. Ce que l’on ne saurait appeler une « étude de justification » tient sur une seule page (sur les milliers qui composent le dossier EDF) et n’est constitué que de généralités dépourvues de références scientifiques, complétées par du texte « emprunté » à une note d’information de l’ASN et recopié sans guillemets !
[7] – Ainsi que l’indique son président, l’avis de la CLI est « assorti d’un certain nombre d’observations et de recom-mandations que la Commission souhaiterait voir prises en compte » mais rien qui puisse être assimilé à une réserve, encore moins à une condition (à noter que l’avis favorable n’a été voté par aucune des associations membres de la CLI).
[8] – Examen du dossier d’enquête publique relatif à la demande d’autorisation de démantèlement de la centrale de Brennilis, INB n°162, appelée également Site des Monts d’Arrée (SMA). Travail engagé à l’initiative et pour le compte de la CLI dans le cadre de sa saisine par les instances préfectorales. ACRO, 2009.
[9] – Convention du 25 juin 1998 sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement, convention dite Aarhus, publiée par le décret n° 2002-1187 du 12 septembre 2002, entrée en vigueur le 6 octobre 2002.
[10] – La CRIIRAD a toutefois adressé le 11 décembre dernier un courrier à la présidente de la commission d’enquête afin de l’alerter sur les dysfonctionnements constatés et lui rappeler la finalité de l’enquête publique.
[11] – Projet ICEDA pour Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés.

Télécharger ce communiqué en pdf

Lire la lettre envoyée à la Présidente de la Commission d’enquête publique

Le Télégramme, 11/12/2009: 

Démantèlement:

Pierre Maille souhaite un débat

national

Sollicité par le préfet, le Conseil Général a donné, hier, un avis favorable sur la procédure de démantèlement de l’installation nucléaire de Brennilis, premier chantier du genre en France pour EDF.

Comme toutes les collectivités concernées, le Département avait à se prononcer sur l’enquête publique actuellement en cours (elle est close ce soir), mais cet avis favorable est assorti de plusieurs réserves.

Le conseil regrette notamment que le dossier n’étaye pas plus précisément les raisons du démantèlement et les scénarios alternatifs qui auraient pu être analysés. De même, il considère que les éléments relatifs aux coûts de l’opération ne sont pas apportés de manière assez détaillée par l’opérateur.

«Un chantier exemplaire»

Le Conseil Général souhaite également que ce chantier «soit exemplaire» en termes environnemental et sanitaire, mais aussi sur les plans économiques et sociaux, avec les créations d’activité qu’il peut générer. Pierre Maille, président du conseil général, mais également de la commission locale d’information(CLI), demande qu’un débat national soit organisé sur le démantèlement des installations nucléaires.

Brennilis n’est que le premier et modeste chantier mené par EDF qui aura, dans quelques années, à entreprendre des travaux de démantèlement d’une tout autre envergure. Autant dire que Brennilis est une sorte de prototype qui sera suivi avec attention.

Enjeu national

Hier à Loqueffret, Guy Hascoët, tête de la liste autonome Europe Écologie aux élections régionales en Bretagne, a également exigé la tenue d’un débat public national comme préalable au démantèlement de la centrale de Brennilis.

«On aurait tort de cantonner le chantier de Brennilis à des considérations locales. Il marque le début d’un demi-siècle de démantèlement en France, où 58 réacteurs attendent leur tour».

 Le Télégramme, 28/11/2009: 

 Brennilis:

Les antinucléaires persistent et signent

À la pauvre dizaine d’observations seulement enregistrées jusqu’alors se sont subitement ajoutées plus d’un millier de signatures à l’enquête publique sur le démantèlement de la centrale de Brennilis, hier après-midi, à Loqueffret (29). Et encore l’addition aurait-elle pu se révéler plus lourde si le règlement comptabilisait les manifestations électroniques (1), au nombre de 5.900.

Nouvelle demande de débat national. À qui doit-on ces milliers de paraphes ? À une pétition organisée par plusieurs associations antinucléaires (2) : «Nous demandons à la commission d’enquête de ne pas autoriser le redémarrage du chantier de Brennilis tant qu’un débat national sur la question plus générale du démantèlement des centrales nucléaires n’aura été organisé», explique Chantal Cuisnier, de Sortir du nucléaire.

Un souhait exprimé à de multiples reprises depuis juin 2007, au lendemain de l’arrêt du dernier chantier de démantèlement. Mais à quoi bon solliciter la Nation quand une enquête publique attise déjà peu de passion localement ? «Dans une enquête publique, les gens peuvent avoir le sentiment que le scénario est déjà ficelé. Cela ne sert à rien de se déplacer. En revanche, une réunion publique offre des moyens d’accès au débat. Et celui-ci doit concerner beaucoup de monde, ne serait-ce qu’à travers la problématique du transport des déchets».

Quinze jours de rab

Selon les antinucléaires, le débat public aurait également l’avantage de mieux cerner la question du calendrier de démantèlement. «Sachant que dans 50 ans, la radioactivité du site aura été divisée par 1.000». Du temps, Danielle Faysse, directrice de la commission de l’enquête publique, consent à en accorder. 15 jours de rab de procédure en espérant enrichir le registre de remarques supplémentaires. S’articulant justement autour du thème «Démanteler tout de suite ou après», la réunion publique de jeudi soir, à Loqueffret, servira-t-elle de catalyseur ?

1. Contrairement à ce que nous indiquions dans une précédente édition, les dépositions par courriel n’ont pas de valeur juridique.
2. Bretagne vivante, AE2D, Eau et Rivières, Sortir du nucléaire Cornouaille, Groupement mammologique breton, Vivre dans les monts d’Arrée et CLCV.

 Criirad, 16/12/2009:

Démantèlement de la centrale nucléaire des

Monts d’Arrée - Brennilis: Les droits des

citoyens à nouveau bafoués

Le Télégramme, 16/10/2009: 

Centrale nucléaire de Brennilis:

Tensions autour de l’enquête

Le démantèlement de la centrale de Brennilis s’était arrêté pour défaut d’information, en 2007. Pour obtenir sa reprise, EDF a mis le paquet : un dossier de 1.900 pages à l’enquête publique. Ses opposants estiment pourtant que tout n’est pas rapporté.

Quand se déroulera l’enquête publique et quelle est la population concernée ?

Du 27 octobre au 27 novembre. EDF a demandé l’élargissement du périmètre minimum légal. Les habitants de quinze communes pourront s’exprimer. La commission d’enquête organisera des permanences dans les mairies de Brennilis, de Loqueffret et en sous-préfecture de Châteaulin. Le dossier peut également être consulté sur le site internet de la préfecture. Au final, il appartiendra au Premier ministre de signer, ou pas, le décret de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement de la centrale. Peut-être début 2010.

Faut-il la reporter ?

C’est le souhait exprimé par plusieurs associations environnementales (AE2D, Sortir du nucléaire…). Elles estiment que les enjeux (financiers, environnementaux…) dépassent le seul cadre d’une consultation locale et doivent engager une réflexion au niveau national. D’autant plus qu’il s’agit d’une opération inédite. D’où leur demande d’intervention de la commission nationale du débat public.

Combien de temps durera le chantier ?

«C’est un projet sur 15-20 ans avant restitution d’un site sans danger à la population», a précisé le directeur du site, Xavier Petitjean, hier soir, en réunion de présentation publique à Loqueffret. Trois grandes phases se chevaucheront dont la plus longue (douze ans) concerne le démantèlement et l’assainissement de l’échangeur de chaleur (16 pièces de 27 tonnes) et du bloc réacteur. Coût de l’opération ? «Nous avons une réserve de 2 milliards d’euros pour le démantèlement de neufs réacteurs à l’arrêt en France».

Quels sont les risques encourus par les intervenants ?

«Personne ne rentrera dans le bloc réacteur». Des robots télécommandés oeuvreront au contact de ses 50 tonnes de déchets radioactifs. Par ailleurs, l’exploitant assure que les 100 intervenants du chantier feront l’objet de contrôles de santé quotidiens. Sous contrôle de l’autorité de sûreté nucléaire. «La moitié des personnes qui ont travaillé sur le circuit eau lourde (durant la première phase de démantèlement du site, NDLR) sont décédées avant 65 ans», s’est emporté un ancien de la centrale. «Cela n’apparaît pas dans le dossier !».

Et pour la population ?

Le dossier d’EDF évoque un risque pour la faune et la flore environnantes de l’ordre du millième de la norme maximale autorisée. Les 50 tonnes de déchets les plus dangereux seront transférées (probablement par la route) dans des emballages conditionnés vers un centre que l’électricien doit encore construire dans l’Ain. Il s’agit de déchets classés «faiblement et moyennement actifs».

Leur durée de vie ? Trois cents ans !

Que se passerait-il si l’on ne démantelait pas ? 

Question posée par une antinucléaire qui a inspiré cette curieuse révélation d’un responsable du centre d’ingénierie de la déconstruction d’EDF:«Je ne le sais pas et c’est justement pour cela qu’il faut déconstruire».

Brennilis, Loqueffret, Botmeur, LaFeuillée, Lannédern, Saint-Rivoal, Brasparts, Le Cloître-Pleyben, Commana, Plounéour-Ménez, Collorec, Plouyé, Berrien, Locmaria-Berrien, Huelgoat.

Ouest-France, 8/10/2008: 

 Brennilis s’engage à la transparence nucléaire

La création de la CLI, Commission Locale d’Information, pourrait permettre le financement de nouvelles expertises radiologiques.

« Le démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis va désormais s’effectuer sous le contrôle des élus et des associations. Chargée de suivre ce chantier d’exception, la CLI aura des règles de fonctionnement qui lui assureront une transparence exemplaire. » C’est ainsi que, hier à Quimper, Pierre Maille, président du Conseil Général, a présenté aux associations de protection de l’environnement (1), cette « essentielle et très attendue CLI », ou « Commission Locale d’Information ». Début 2009, elle sera obligatoirement consultée dès qu’il s’agira de reprendre le démantèlement de Brennilis.

Informer le public

Son contexte : le décret du 12 mars 2008, en application de la loi 2006 relative à la sécurité et la transparence en matière nucléaire. Sa mission : l’information du public concernant l’impact des activités de l’ancienne centrale nucléaire sur les personnes et l’environnement. « Tant de questions restent encore en suspens, remarque Marie Nicolas, de Sortir du nucléaire Cornouaille. L’opacité persistante sur l’état, notamment radiologique, du site et de son environnement, est la première barrière à lever. »

Pour les associations, la CLI va se « démarquer fondamentalement » de l’ancien Observatoire du Démantèlement : « Auparavant, on ne disposait que de la seule version officielle. Ce n’était ni sain, ni objectif, ni démocratique, constate Xavier Grémillet, président du Groupe mammalogique breton. Brennilis est un cas de figure unique, son démantèlement, premier du genre, préfigure les suivants. EDF veut démontrer que c’est un savoir-faire parfaitement maîtrisé. Ça reste à vérifier. »

Expertises indépendantes et débat

Dotée d’un statut d’association et d’un budget d’environ 20 000 ¤, la CLI peut recevoir des subventions de l’État ou des collectivités : « On va demander, en priorité, que le travail initié par la CRIIRAD, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité, soit poursuivi, explique Roger Abiven, président d’AE2D, Agir pour l’Environnement et le Développement Durable. Éventuelle contamination du lac Saint-Michel, conséquences des rejets dans l’Elez, de nouvelles expertises s’imposent. »

À Brennilis, EDF était déjà arrivé à la phase 3, l’ultime, le démantèlement du réacteur nucléaire. Avant que les travaux puissent reprendre, un débat public s’impose pour les associations : « C’est un enjeu national. En matière de nucléaire, et de ses déchets, il faut arrêter de privilégier la fuite en avant. Avec cette CLI, on pourra juger du poids que peut avoir le Finistère face au lobby nucléaire. »

(1) En majorité déjà présentes au sein de l’Observatoire du Démantèlement, 7 associations ont répondu à l’invitation de Pierre Maille : Bretagne vivante, Eaux et rivières, Sortir du nucléaire Cornouaille, Agir pour l’environnement et le développement durable, le Groupe mammologique breton, Vivre dans les Monts d’Arrée, L’Eau et la Terre.

 Le Télégramme, 8/10/2008: 

 Centrale de Brennilis.

Vers plus d’informations

Une première rencontre avec les associations intéressées par la future commission Locale d’Information (CLI) chargée de suivre le démantèlement de la centrale de Brennilis a eu lieu, hier, au conseil général à Quimper.

Prévue par la loi, la CLI doit logiquement prendre le relais de l’observatoire, une structure critiquée par nombre d’associations pour son « manque de transparence ». Hier, la réunion pilotée par Pierre Maille, président du Conseil Général du Finistère, avait pour but de fixer le calendrier d’installation de la future commission qui réunira une quarantaine de membres. Elle se composera pour moitié d’élus, puis de représentants des associations de protection de l’environnement, d’organisations syndicales et de représentants du monde économique.

Les associations invitées à faire acte de candidature. Pierre Maille a proposé de porter le nombre de représentants des associations à sept au lieu des quatre que prévoit la loi. Toutes les associations souhaitant y participer peuvent encore faire acte de candidature jusqu’à la fin du mois. Le président du Conseil Général imagine « un panel représentatif des divers centres d’intérêt » pour que les membres « diffusent l’information auprès du public selon leur sphère d’influence ».

Création de la CLI en décembre. Il se propose de réunir début novembre toutes les associations intéressées pour qu’elles désignent leurs représentants. « Je prendrai ensuite l’arrêté de composition de la CLI vers la mi-décembre. La première réunion de travail pourrait avoir lieu en janvier ». La commission aura à définir ses méthodes de travail, son mode d’information de la population, avant qu’une nouvelle enquête publique sur le démantèlement ne soit lancée. Peut-être courant 2009. Contrairement à l’observatoire, instance dont la composition était fixée par le préfet, la commission disposera d’un budget.

Le chiffre de 10.000 ¤ à 20.000 ¤ a été avancé. Un premier motif de satisfaction pour les associations. « On en attend aussi plus de transparence et que les élus nous rendent compte des travaux engagés sur le dossier du démantèlement. Car, reproche cette militante de l’association L’eau et la terre, l’exploitant, EDF, n’a jamais répondu à nos questions sur l’état de contamination. Il y avait un black-out total ».

Le Monde, 2/10/2008:

 1 000 milliards de dollars

pour traiter l’héritage nucléaire

Mille milliards de dollars

Telle est la somme faramineuse nécessaire pour démanteler les centaines d’installations radioactives en fin de vie que soixante ans d’activité nucléaire ont disséminée sur la planète. « En 2004, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) a estimé qu’il faudrait mille milliards de dollars pour décontaminer tous ces sites, dit Michele Laraia, chargé du dossier à l’Agence. Depuis, le chiffre a augmenté, avec l’inflation. »

Ce montant concerne pour moitié les installations liées au nucléaire militaire. Reste environ 500 milliards qu’il faudra trouver pour nettoyer les laboratoires de recherche et les quelque 440 réacteurs producteurs d’électricité qui fermeront d’ici à environ trente ans. « Si le problème est envisagé dès le démarrage de l’installation, et que de l’argent est régulièrement mis de côté, ce n’est pas une grosse difficulté, poursuit M. Laraia. Mais si rien n’est prêt au moment de l’arrêt, le coût sera très élevé. »

Cet impératif est intégré par la communauté nucléaire, réunie jusqu’au 2 octobre à Avignon, pour un colloque consacré au démantèlement qui a lieu, tous les cinq ans, sous les auspices de la Société Française d’Energie Nucléaire (SFEN). « Pour maintenir l’option nucléaire ouverte, il faut montrer qu’on sait démanteler », résume Serge Klaeyle, d’EDF.

A Avignon, les spécialistes ont constaté la normalisation de leur activité. « On est sorti de la phase d’apprentissage, observe Catherine Lecomte, Directrice de l’Assainissement au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Les premières installations qu’on a démantelées ont été les plus délicates, mais nous sommes maintenant parvenus à une phase industrielle. » Claudio Pescatore, de l’Agence de l’Energie Nucléaire de l’OCDE confirme : « Le démantèlement est devenu une activité industrielle, représentant un chiffre d’affaires, en augmentation régulière, de 5 à 6 milliards de dollars par an. »

Mais si les techniques commencent à être bien maîtrisées, que les procédures et les méthodes sont bien établies, l’expérience est encore limitée, notamment sur les réacteurs de production d’électricité. Seuls une dizaine dans le monde [que des petits réacteurs...] ont été totalement démantelés – c’est-à-dire que les sites ont été rendus à un autre usage sans la moindre trace de radioactivité artificielle [faux, archi faux !]. Si bien que le coût réel de cette déconstruction n’est pas établi avec certitude. Les estimations varient de 500 à 800 millions de dollars par réacteur. « On n’est jamais assez prudents, remarque Georges Leka, de AREVA TA. Les estimations initiales sont toujours revues à la hausse, jamais à la baisse. Car les exigences sont constamment renforcées. »

Les évaluations sont difficiles parce que les règles comptables ne sont pas harmonisées, que les situations varient beaucoup d’un site à l’autre, que les stratégies sont différentes : certains choisissent d’engager le démantèlement dès l’arrêt de l’installation, comme en France ou aux Etats-Unis, d’autres de repousser le problème à vingt-cinq ans, comme l’Espagne ou le Royaume-Uni avec ses réacteurs Magnox.

La question du système de financement est dès lors cruciale. « Il faut s’assurer qu’il y aura des fonds quand le moment sera venu », résume Claudio Pescatore. Plusieurs formules sont possibles : en France, les opérateurs doivent constituer des fonds pour les opérations prévisibles (le CEA a provisionné 7 milliards d’euros, EDF 7,8 milliards, AREVA 10 milliards). La Suisse et la Suède privilégient un fonds géré par une autorité indépendante. Au Royaume-Uni, c’est de facto le gouvernement qui abonde une grande partie des dépenses annuelles.

Mais ces réserves constitueront toujours une tentation, et d’autant plus que la situation économique se tendra : « Aux Etats-Unis, raconte le consultant Tom La Guardia, les compagnies ont versé 22 milliards de dollars dans le fonds de gestion des déchets géré par le gouvernement. Mais le fonds ne contient plus que 6 milliards, le reste a disparu ! »

Parallèlement au problème économique, le démantèlement est aussi gêné par le fait que très rares sont les pays où existent des sites prêts à accueillir les rebuts radioactifs issus de la déconstruction. En France, faute de site existant pour les déchets à vie longue ou moyenne, EDF et le CEA en sont réduits à créer des sites temporaires (ICEDA et CEDRA).

Une solution consiste à allonger la durée de vie des réacteurs, jusqu’à soixante ans, comme aux Etats-Unis. Le problème ne sera plus à la charge de nos enfants, mais de nos petits-enfants…

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A Brennilis, un chantier en souffrance ouvert en 1985EL4_Brennilis CEA dans LA MONTAGNE

Brennilis, dans le Finistère, a vu fonctionner de 1967 à 1985 un réacteur à eau lourde de 70 mégawatts. Le démantèlement a commencé en 1985. Malgré quelques incidents, comme une remontée de nappe phréatique en 2000 et un incendie en 2001, et une opposition locale, le travail a bien avancé. Mais le Conseil d’Etat a annulé en juin 2007 le décret d’autorisation du démantèlement final. Le chantier est donc à l’arrêt. « Peut-être n’a-t-on pas fait assez de communication il y a trois ou quatre ans », dit EDF.


Le Télégramme, 4/9/2008:
[Blabla de nucléocrate...]

Centrale de Brennilis. Un directeur prêt à

démanteler

À seulement 36 ans, Xavier Petitjean en connaît un rayon sur les centrales nucléaires. EDF le propulse à la direction du site de Brennilis, avec mission principale de reprendre le démantèlement.

Quel est votre parcours ? 

Ingénieur diplômé de l’ENSTA, à Paris, je travaille depuis 1996 pour EDF : six ans à la maintenance de la centrale de Chooz (Ardennes), cinq autres à celle de Montrouge consacrées à la conception de l’EPR, deux ans en Chine en assistance de fabrication de quatre centrales et, depuis le 1 e r septembre, directeur du site de Brennilis.

Cela ne provoque-t-il pas de sentiment étrange de prendre la direction d’un équipement appelé à disparaître ? 

Je ne le considère pas comme tel. Si la centrale ne produit plus d’électricité, nous devons observer les contraintes d’exploitation liées à la sécurité. Il y a toujours quarante personnes, dont dix d’EDF à travailler sur le site. Et bientôt davantage si le chantier de démantèlement redémarre.

Où en est ce dossier ? 

EDF a envoyé sa nouvelle demande fin juillet. Actuellement, le dossier se trouve à l’instruction dans un service de l’État, lequel doit se prononcer avant la fin de l’année. S’il approuve, les travaux reprennent début 2009 sur la partie restante (bâtiment du réacteur) pour un démantèlement total en 2018.

Quels changements ont été opérés par rapport à la précédente mouture, annulée par le Conseil d’État (juin 2007), sous la pression de l’association Sortir du nucléaire ? 

L’essentiel a été repris et ajusté aux obligations législatives (le Conseil d’État avait motivé sa décision par l’absence de publication de l’étude d’impact, NDLR).

Ce projet représente également une vitrine du savoir-faire d’EDF

sur ce marché du démantèlement.

Ressentez-vous de la pression ? 

Hormis celle de fournir des éléments d’information, non. Mais je n’ignore pas que le chantier de Brennilis est pilote d’un processus de démantèlement concernant une dizaine de centrales en France (sur 58 actuellement en production).

Avec des ambitions à l’étranger ? 

(Charles Plourdeau, responsable de communication EDF, intervient) La procédure sera effectivement exportable.

Les associations opposées au nucléaire réclament un débat public sur ce dossier, êtes-vous favorable ? 

L’enquête publique permettra à chacun de s’exprimer et la Commission Locale d’Information, censée prendre le relais de l’Observatoire de Démantèlement en janvier 2009 (lire ci-dessous), diffusera l’information en toute transparence. Si débat il doit y avoir, il appartient à l’État de le mener car il s’agit d’un problème national.

Propos recueillis par Yann LE GALL

Commission Locale d’Information : création début décembre
Imposée par décret, une commission locale d’information doit supplanter l’Observatoire du démantèlement de la centrale de Brennilis en janvier 2009. Nouveau pilote, le conseil général la portera sur ses fonts baptismaux le 4 décembre. Comme sa devancière, la Cli réunira des représentants d’EDF, de l’État, des associations et des élus. Pour l’heure, on ignore l’identité du conseiller général qui la présidera, le montant du budget consacré, la périodicité des réunions… Et, donc, ce qu’elle changera fondamentalement.

Le Monde, 11 janvier 2008:

 Le démantèlement des futurs réacteurs fait l’objet d’intenses négociations

Il ne s’agit nullement de « corruption », tient à préciser Bill Hamilton; le porte-parole de l’Autorité de Démantèlement Nucléaire (NDA) britannique préfère parler de « gain planifié ».

La NDA vient en effet, au nom du gouvernement, de trouver un accord financier avec la circonscription de Copeland, près du centre nucléaire de Sellafield (ouest), afin que le petit village de Drigg accueille une extension de son centre d’entreposage de déchets faiblement radioactifs. En échange, cet arrondissement va recevoir 13,3 millions d’euros, qui alimenteront un fonds auquel s’ajouteront 2millions d’euros par année d’exploitation de cette installation. Une aubaine pour Drigg et ses 300 habitants, qui ne seront probablement pas les seuls à bénéficier d’une telle manne.

Le Times, qui a révélé l’affaire, estime en effet que la Grande-Bretagne pourrait distribuer dans les prochaines années plus de 1 milliard d’euros aux collectivités qui accepteront d’accueillir l’héritage encombrant du nucléaire britannique.

Sa gestion a été confiée à la NDA, responsable de 20 sites comprenant 39 réacteurs et diverses installations de traitement des combustibles nucléaires. Créée en 2005, elle s’est substituée à l’agence UK Nirex Ltd, au statut semi-public. Londres répondait ainsi à l’échec cuisant rencontré par Nirex en 1997 dans son projet de créer sur le site de Sellafield un centre de stockage pour les déchets les plus nocifs, à la durée de vie la plus longue.

En octobre 2006, la Grande-Bretagne a officiellement opté pour le stockage en profondeur de ces déchets, qui à ce jour représentent un volume d’environ 1400 m3. Pour trouver le site susceptible de les accueillir, le maître mot est désormais « consultation ». Et celle-ci s’annonce onéreuse.

MOYENS « CONSIDÉRABLES »

« Ces projets britanniques de stockage sont nettement moins avancés qu’en France« , constate Gérald Ouzounian, responsable international de l’Agence de Gestion des Déchets Radioactifs Française (ANDRA). Mais, note-t-il aussi, la NDA dispose de moyens financiers « considérables ». Son budget sera de 11,3 milliards d’euros sur la période 2008-2011, alimenté à parts égales par des fonds publics et privés. Ces dépenses ne sont qu’un début.

C’est pourquoi la relance du nucléaire en Grande-Bretagne s’accompagne d’intenses tractations de la part des opérateurs pressentis. Ils souhaitent que le prix du démantèlement des futurs réacteurs et de la gestion des déchets soit pris en compte dans la facture présentée aux consommateurs. Le coût du wattheure nucléaire doit en effet intégrer, outre des investissements initiaux très lourds, la charge ultérieure de la gestion d’installations en fin de vie et des rebuts ultimes.

En France, le niveau des provisions constituées par les opérateurs à cette fin (répercutées sur la facture) a fait l’objet d’intenses débats, avant qu’une loi n’institue en 2006 un système d’évaluation de ces montants, sécurisés par les opérateurs eux-mêmes.

Hervé MORIN

Rappel d’Infonucléaire: 

Matériel contaminés à vendre

Le passage sous le seuil de criticité de la centrale permet d’arrêter certains matériels de surveillance du coeur et de cesser leur maintenance. L’intérieur de la centrale ressemble maintenant, dans certains endroits, à un immense hangar abritant des machines d’occasion. De multiples pompes, moteurs et autres armoires électriques sont en cours « de mise hors service définitive », c’est à dire vidangés et nettoyés, avant d’être vendus ou mis à disposition d’autres centrales EDF. « Nos diesels sont à vendre. On a trouvé preneur pour trois chaudières électriques. Les deux alternateurs de 600 MW pourraient aller l’un à la centrale du Havre (Seine-Maritime), l’autre à celle de Cordemais (Loire Atlantique). Pour EDF, ça permet d’éviter d’acheter du neuf », explique M Coraça. Pour lui, ce travail de démontage a aussi sa noblesse, car « EDF doit savoir non seulement construire et exploiter, mais aussi déconstruire une centrale ». EDF se donne un délai de 25 ans avant « le retour de la pelouse », c’est à dire la deconstruction totale d’une centrale nucléaire, quel que soit son type. Concernant Superphénix, dont Lionel Jospin avait annoncé en juin 1997 la fermeture « à cause de son coût excessif » et « la réussite très aléatoire » de la technologie des surgénérateurs, le retour à la pelouse pourrait prendre d’autres formes. Malgré la demande d’une commune pour du terrain, EDF cherche à garder son emprise foncière. « Ce site, au bord du Rhône, prés des réseaux haute tension et d’un poste d’interconnexion, est stratégique. Si on veut implanter un centre de production d’électricité, pas forcement nucléaire, prés de la grande zone de consommation de Lyon, ici ça sera trés facile », explique M. Coraça.

Des montres radioactives: recyclage de cobalt 60 produit par les réacteurs nucléaires

Les déchets de faible activité

Le Télégramme, 29/11/2007: 

 Brennilis: EDF reconnaît la pollution

Le plutonium détecté dans le chenal de rejet des eaux du site de Brennilis provient de l’activité passée de la centrale nucléaire. EDF l’a avoué hier pour la première fois en public. En revanche, l’actinium 227, élément radioactif découvert dans la région, serait d’origine naturelle. Deux laboratoires indépendants l’affirment. Ce qui n’exclut pas certains dangers.

Maison du lac, sur le site de Brennilis

Une quarantaine d’élus locaux, de représentants de l’État et d’associations antinucléaires sont réunis pour la deuxième session annuelle de l’Observatoire du Démantèlement de la centrale nucléaire. « Il n’y a jamais eu autant de participants », souligne Charles Plourdeau, responsable communication d’EDF. C’est vrai que l’ordre du jour est alléchant. EDF doit s’expliquer sur la présence de plutonium dans le chenal de rejet des eaux de la centrale et deux laboratoires indépendants rendent leur conclusion sur l’actinium 227 retrouvé en forte concentration dans la région.

Du plutonium dans le chenal 

Pour le premier élément radioactif, le plutonium, Bertrand Dubuis, responsable du site, joue carte sur table. Oui, cette pollution provient de l’activité passée de la centrale. Les antinucléaires apprécient l’aveu mais restent sur leur faim. « Il n’a dit que deux phrases à ce sujet, comme si c’était un détail », commente Alain-François Calderon d’Eau et Rivières de Bretagne.

Naturellement dangereux 

Quid de l’actinium 227 ? Ce « petit-fils de l’uranium 235 » prolifère dans la région de Brennilis. Un rapport avec la centrale ? « J’en étais convaincu. Mais nous avons découvert que l’actinium 227 provenait des sources granitiques. Le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) est arrivé aux mêmes conclusions », explique le biologiste Pierre Barbey, consultant scientifique de l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO). Naturel ne veut pas dire inoffensif. « L’actinium 227 est un élément fortement radiotoxique. L’eau devra être surveillée de près dans les monts d’Arrée ».

Plus proche des gens 

Cette réunion de l’Observatoire a également permis d’évoquer la création d’une Commission Locale d’Information (CLI). « Cette structure devrait remplacer l’Observatoire d’ici un an », annonce Bertrand Dubuis. Les associations se réjouissent. « Cela nous permettra d’obtenir des moyens. Pour financer des expertises par exemple. Cette commission sera plus proche des attentes de la population, car dirigée par le président du conseil général et non plus par le sous-préfet », explique Chantal Cuisnier, de Sortir du nucléaire Cornouaille.

Pas d’expert, pas de visite 

Seul incident de la journée : les associations ont refusé, hier, de participer à la visite du réacteur organisée par EDF. « Nous avions demandé à être accompagnés d’un expert indépendant. Cela nous a été refusé », s’indigne Chantal Cuisnier. Réponse de la sous-préfète de Morlaix : « La requête de l’association était dénuée de tout fondement ». Et la transparence dans tout ça ? « Les rapports des deux laboratoires sur l’actinium 227 et sur le plutonium sont publics. Les associations pourront commander une contre-expertise après avoir pris connaissance des études réalisées ».

Le 28 juin 2006, le législateur a prévu la création d’un site d’enfouissement profond. Celui-ci ne sera réalisé qu’en 2025. La fin du démantèlement de la centrale de Brennilis étant programmée en 2020, EDF a décidé d’ouvrir un site de gestion provisoire. Il se situera à Bugey, dans l’Ain, et devrait être achevé en 2012.

Le Soir, 29/11/2007: 

 Bientôt la fin de « Chooz A »

Le coeur de la vieille centrale va être déconstruit

Le démantèlement de Chooz A va entrer dans sa dernière phase. L’opération est suivie de près en Belgique.

Exploitée jusqu’en 1991, la centrale de Chooz A est toujours en cours de déconstruction. La dernière phase, qui vise le démantèlement complet de l’installation et son déclassement, a été autorisée par un décret publié le 29 septembre dernier, à la suite d’une enquête publique réalisée en 2006. Récemment, à la Chambre, le député Georges Gilkinet (Ecolo) interrogeait Patrick Dewael (VLD), Ministre de l’Intérieur, sur la concertation avec la population et les autorités belges. Pour le député namurois, il faut prendre le temps nécessaire pour permettre une baisse graduelle et progressive de la radioactivité, en évitant la dispersion d’ondes radioactives. « Les autorités de sûreté belges, dont l’Agence nucléaire, sont informées de manière systématique », a répondu M. Dewael, précisant que l’autorisation délivrée par le décret du 29 septembre se rapporte au démantèlement du circuit du réacteur déjà vide de combustible depuis 1995. Le ministre a encore ajouté que le fait que ce démantèlement s’opère dans des cavernes réduit considérablement les risques potentiels. Dans les communes belges voisines de la pointe de Givet, la sérénité prévaut. « Nous sommes informés régulièrement via un flash », explique Jean-Claude Maene (PS), le bourgmestre de Beauraing. « D’un point de vue technique, ce n’est pas le rôle des communes de s’inquiéter du suivi du démantèlement, argumente Jean-Marc Delizée (PS), bourgmestre de Viroinval, un plan de sécurité existe tant pour le fonctionnement que pour le démantèlement. » « L’année dernière, le manque de communication déploré dans le cadre d’un événement bénin a permis de remettre les choses au point », commente Guy Lapaille, secrétaire communal de Viroinval. Une convention d’échange. « Nous ne plaisantons pas, réagit Jean-Pol Bair, commissaire d’arrondissement. Avec le gouverneur Denis Mathen, une convention d’échange poussée jusqu’au plus petit détail a été renouvelée en octobre dernier ; croyez-moi, la moindre intervention d’un service de secours à Chooz ne manque pas de nous être communiquée ! » Si maintes opérations ont déjà été déjà réalisées, tout n’est pas pour autant terminé. Actuellement, on installe une nouvelle ventilation des cavernes, on relie les galeries et on met en place une installation de découplage et de transit des déchets faiblement et moyennement actifs. À partir de mi-2008, l’ensemble des équipements de la caverne des auxiliaires nucléaires seront démantelés, à l’exception de ceux nécessaires au contrôle de l’activité des eaux d’infiltration récoltées par les drains. Ensuite, l’ensemble des équipements de la caverne du réacteur sera démantelé puis évacué. Ces opérations s’étaleront entre 2008 et 2016. Mais l’installation restera sous surveillance. Enfin, les bâtiments de la plate-forme extérieure seront assainis puis démolis, avant la réhabilitation complète du site. Ces opérations dureront encore trois ans.

Le CEA veut vendre 30% de ses actions dans

AREVA pour financer le démantèlement

22/11/2007 - Le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) s’est prononcé mercredi en faveur de la vente de 30% de ses actions dans AREVA pour financer le démantèlement de ses anciennes installations nucléaires civiles et militaires, a-t-on appris jeudi de source syndicale. L’administrateur général du CEA, Alain Bugat, a rapporté devant le Comité National (équivalent d’un Comité Central d’Entreprise) de l’organisme public qu’il était « prêt à vendre 30% de ses actions dans AREVA, pour descendre à 49% », a rapporté à l’AFP Jocelyne Chenet, secrétaire générale CFDT de l’Union Fédération des Syndicats du Nucléaire (UFSN). Le capital du groupe nucléaire AREVA est actuellement public à près de 85%, dont 79% appartenant au CEA, et à 5,2% à l’Etat. Il est déjà ouvert à 4%, avec des actions sans droit de vote cotées à la Bourse de Paris. L’Elysée étudie plusieurs schémas de refonte d’AREVA, dont un rapprochement avec le groupe industriel privé Alstom, qui impliquerait d’ouvrir davantage son capital. M. Bugat souhaiterait cependant garder la majorité du capital dans les activités d’AREVA NC (ex-COGEMA), qui traite l’uranium des mines jusqu’à son recyclage, et d’AREVA TA, qui fabrique les réacteurs des sous-marins nucléaires, selon la responsable syndicale. De même source, on indique que le patron du CEA a refusé de s’exprimer sur les différents schémas de refonte du capital d’AREVA, affirmant n’avoir « aucune information » à ce sujet. Le démantèlement des anciennes installations nucléaires du CEA est financé par deux fonds, l’un civil et l’autre de défense. Un fonds civil a été créé en 2001, doté d’actifs financiers liquides et de 15% du capital d’Areva sur les 79% détenus par le CEA, qui devaient être monétisés en 2005 dans le cadre d’une ouverture du capital du groupe. Un fonds défense a été créé fin 2004, financé par des soultes (sommes d’argent) de l’électricien EDF et d’AREVA NP et par une contribution que l’Etat s’était engagé à verser. « Nicolas Sarkozy, alors ministre (de l’Economie), s’était engagé à verser 1,5 milliard d’euros (…). Cette promesse n’étant pas honorée, la seule solution, pour Alain Bugat, passe par la vente d’une partie des actions du CEA », explique l’UFSN dans un communiqué publié jeudi. Le coût de ces démantèlements, pour le CEA, représenterait 8 milliards d’euros, affirmait fin 2006 le directeur du site de Marcoule Loïck Martin-Deidier. Dans son communiqué, l’UFSN précise avoir mandaté le cabinet d’experts comptable Syndex pour « étudier les conséquences », pour le CEA, d’une ouverture du capital d’Areva.

www.brest-ouvert.net, mardi 30 octobre 2007:

Démantèlement de Brennilis :

EDF tente de « rattraper » ses fautes
AE2D renouvelle sa demande de création d’une

CLI (Commission Locale d’Information)

Ouest-France, 10/10/2007: 

 Le réacteur de Brennilis sera stocké dans l’Ain

Interview. Charles Plourdeau, porte-parole d’EDF et Bertrand Dubuis, directeur de la centrale nucléaire depuis trois ans, font le point sur le démantèlement. 

La centrale nucléaire finistérienne de Brennilis a fonctionné pendant 18 ans. Son réacteur a été arrêté en 1985. Engagé en 1997, le démantèlement est aujourd’hui suspendu par le Conseil d’État pour insuffisance d’information du public.

Quelles suites au démantèlement ?

Sortir du Nucléaire dénonce un « budget pharaonique » et un « manque de transparence »…

Au début, on s’est conformé à la législation française de l’époque. Depuis, la réglementation a énormément évolué. La loi Transparence et Sûreté en matière nucléaire n’existe que depuis 2006. Nous attendons le nouveau décret signé par le gouvernement. On a quand même montré que l’on savait complètement démanteler un bâtiment nucléaire. Un savoir-faire que EDF espère exporter. Question budget, on est dans les clous. Idem pour le planning, à mi-parcours. Nous ne divulguerons pas le coût total, pour des raisons de concurrence. EDF a provisionné 29,2 milliards d’euros au titre de la déconstruction globale.

D’où viennent le plutonium et l’américium 124, éléments radioactifs dangereux détectés autour du site, par la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) ?

C’est inexpliqué. La déconstruction ne génère pas de radioactivité [Faux].

Alors, radioactivité naturelle ou conséquences de l’activité ancienne de la centrale ?

Les études du Commissariat à l’Energie Atomique sur cette « atypie » seront soumis, en novembre, à l’Observatoire du Démantèlement. Rappelons que le laboratoire du site de Brennilis a quand même effectué 850 prélèvements par an, sur l’herbe, la pluie, le lait… En mai, une inspection, effectuée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, pointait certains dysfonctionnements, comme une sous-évaluation de l’activité radiologique de certains déchets et la corrosion des fûts où ils sont entreposés. Depuis, nous avons démontré que cette corrosion n’impliquait pas de fuites.

Existe-t-il une solution pour les déchets les plus radioactifs ? Une fois déconstruit, où partira le bâtiment réacteur, forcément irradié ?

Enlevé en 1985, le combustible est entreposé à Cadarache (Bouches-du-Rhône) dans une installation provisoire. Il faut lui trouver une destinée « ultime ». Nous avons aussi prévu de construire une installation intermédiaire à Bugey (Ain), pour stocker Brennilis, qui nous servira ensuite pour les quatre autres réacteurs dont on a aujourd’hui entamé le démantèlement. Ce site d’entreposage est annoncé pour 2015.

Le Monde, 14/7/2007: 

 Le démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis manque de rigueur

[c’est le moins que le journal 

Le Monde puisse dire…]

 La déconstruction en cours de la centrale nucléaire des monts d’Arrée, à Brennilis (Finistère), ne semble pas avoir toujours été conduite avec la rigueur nécessaire. En témoigne une « lettre de suite » adressée à EDF, le 20 juin, par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), après une inspection du réacteur à eau lourde, qui a cessé de produire de l’électricité en 1985.

« L’organisation définie et mise en oeuvre sur le site pour la gestion des déchets est perfectible », note l’ASN. Au cours de leur « quadrillage » du site, ses inspecteurs ont ainsi « mis en évidence une incohérence complète (en termes de nombre de colis, de tonnage et d’activité des déchets nucléaires, des données de production, d’évacuation et des bilans d’entreposage) en début et fin d’année 2006. » Ils ont aussi constaté « la forte sous-évaluation, d’un facteur 30 à 200, de l’activité radiologique de certains déchets triés ». Ils ont déploré que ces « non-conformités » identifiées par les éliminateurs de déchets – l’ANDRA et CENTRACO – n’aient pas fait l’objet de déclarations auprès de l’ASN.

La visite a aussi révélé des signes de corrosion externes sur 20 % des fûts de déchets radioactifs – pour certains liquides – entreposés dans un des locaux du réacteur. Elle a montré que certains entreposages de déchets chimiques étaient trop proches des fûts radioactifs. Par ailleurs, un brumisateur était défaillant et l’autre trop éloigné de la zone où « le risque d’ignition spontanée ne peut pas être écarté ». Un local contenant des déchets radioactifs amiantés n’était pas suffisamment sécurisé.

Cette accumulation pourrait faire frémir. « La situation mérite d’être corrigée, mais elle ne remet pas en cause la sûreté et la radioprotection de l’installation, ni ne traduit une démotivation des équipes en place », tempère Jean-Luc Lachaume, directeur général adjoint de l’ASN. EDF indique, de son côté, que « les points mentionnés dans la lettre de l’ASN font actuellement l’objet d’un examen attentif ; certains ont été corrigés immédiatement. »

« GRAVES DÉCONVENUES ». Pour le Réseau Sortir du nucléaire, qui a exhumé le courrier du site Internet de l’ASN, cela « confirme que ce chantier se déroulait de façon tout à fait anormale ». Cette affaire « n’est de toute évidence que le prélude à de très graves déconvenues lors du démantèlement du parc nucléaire d’EDF », redoute l’association. Elle vient en outre d’obtenir du Conseil d’Etat l’annulation d’un décret de février 2006 qui autorisait le démantèlement complet de l’installation, pour « défaut d’information du public ». Les opérations ont donc été stoppées sine die.

Sur place, les équipes de démantèlement, qui comptaient une centaine de personnes, dont une vingtaine de salariés d’EDF, ont été réduites, indique l’électricien. Après dix ans de travaux, ne subsistent dans le bâtiment réacteur que le réacteur lui-même et les échangeurs. EDF a évacué à ce jour 7 500 tonnes de déchets radioactifs, 80 % des rebuts étant [considérés selon les normes comme] non radioactifs. Le chantier, qui devrait s’achever à l’horizon 2025-2030, selon l’ASN, sera retardé de deux ans environ. Le temps qu’un nouveau dossier de démantèlement soit instruit.

Le Télégramme de Brest, 12/7/2007: 

 Démantèlement de Brennilis:

Un rapport pointe des erreurs

Une inspection de la centrale nucléaire de Brennilis en cours de démantèlement a révélé fin mai plusieurs dysfonctionnements qui ont suscité un rappel à l’ordre de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Le compte rendu d’inspection, révélé par l’association Sortir du Nucléaire, est accessible sur le site internet de l’autorité de sûreté (www.asn.fr). Il fait notamment état de fûts de déchets radioactifs (environ 20 %) présentant « des signes de corrosion », ainsi que d’erreurs de décomptage et d’une « forte sous-évaluation » de l’activité radiologique de certains déchets. « Le bilan annuel déchets 2006 est donc erroné et un bilan révisé doit être établi », soulignent les inspecteurs, qui mettent également en cause le dispositif anti-incendie. De son côté, EDF indique dans un communiqué que la recommandation de l’ASN « ne concerne pas des écarts méritant une correction immédiate. Des actions de progrès vont, bien sûr, être rapidement mises en oeuvre, sous le contrôle vigilant de l’ASN ». Le démantèlement de la centrale des monts d’Arrée, qui a fonctionné jusqu’en 1985, a été suspendu début juin après l’annulation du décret par le Conseil d’État, faute d’une procédure d’information du public en bonne et due forme. Le Réseau Sortir du nucléaire estime que EDF « tente d’abuser l’opinion en lui laissant croire que le démantèlement d’un réacteur nucléaire ne pose pas de problèmes ».

Ouest-France, 12/7/2007 : 

 Brennilis: EDF se fait taper sur les doigts

Fûts de déchets radioactifs corrodés, radioactivité fortement sous-évaluée, erreurs de comptage, accuse un rapport du « gendarme » du nucléaire.

BREST. - Début juin, les militants du « Réseau sortir du nucléaire » ont obtenu de la justice l’arrêt du démantèlement de la centrale de Brennilis (Finistère). Voilà qu’ils viennent de dénicher un document plutôt embarrassant pour EDF. Il s’agit de la synthèse des constatations effectuées par des inspecteurs de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), à Brennilis, le 31 mai dernier. Rapport daté du 20 juin et mis en ligne, mardi, sur le site de l’ASN (www.asn.fr)

Qu’ont vu les inspecteurs ?

Des fûts, contenant des déchets radioactifs produits en 2004 et 2005, « présentent des signes de corrosion externe assez prononcée ». La comptabilité du nombre de colis, des tonnages de déchets entreposés ou évacués, semblait très approximative. L’ASN est même très sévère sur ce point. Elle note une « incohérence totale » des données chiffrées.
Plus inquiétant encore. Concernant l’activité radiologique de certains déchets tritiés (qui contiennent du tritium, considéré comme hautement toxique), l’ASN constate « une forte sous-évaluation, d’un facteur de 30 à 200 ».

Des documents accompagnant une expédition de déchets nucléaires « ne correspondaient pas au colis envoyé ». Cette « non-conformité » et cet « écart » – « deux fautes », dénoncent les antinucléaires – n’ont pas été déclarés à l’ASN… EDF, de son côté, estime que la recommandation de l’Autorité « ne concerne pas des écarts méritant une correction immédiate ».

« Barré par du ruban adhésif ».

Pourtant, l’ASN a aussi noté que des déchets nucléaires présentant des risques chimiques et d’incendie ont été mis dans une zone « trop proche » de déchets tritiés. Cette zone ne pouvait, en cas d’incendie, être arrosée par un brumisateur automatique. Et un autre brumisateur était hors service. Un local destiné à l’entreposage des déchets radioactifs amiantés était bien fermé à clé. Mais il est « directement accessible par le local adjacent dont les parois ont été déposées et dont seule l’issue externe est barrée par trois bandes de ruban adhésif ».

EDF a deux mois pour répondre à l’ASN, en prenant des engagements et en fixant un calendrier. « Sortir du nucléaire » estime que l’entreprise « tente d’abuser l’opinion en lui laissant croire que le démantèlement d’un réacteur nucléaire ne pose pas de problèmes ». EDF assure que « des actions de progrès vont bien sûr être rapidement mises en oeuvre, sous le contrôle vigilant de l’ASN ». Nous voilà rassurés…

Le Télégramme, 16/6/2007: 

 Brennilis.

Les antinucléaires veulent des garanties

Le 6 juin dernier, saisi par le réseau Sortir du nucléaire, le Conseil d’État a annulé le décret du 9 février 2006 autorisant le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Brennilis. Hier, Sortir du nucléaire, représenté par son administratrice Chantal Cuisnier, s’est présenté devant la centrale avec un huissier afin de signifier à EDF l’obligation d’arrêter les travaux. 

Les dirigeants de la centrale, par la voix de Bertrand Dubuis, responsable du site, lui ont indiqué qu’ils avaient accepté de se conformer à la décision du Conseil d’État ; que quelques travaux de sécurisation sont en cours et devraient être achevés avant fin juin. Les opérations de démantèlement sont donc bel et bien stoppées. EDF a également proposé à Sortir du nucléaire et à son huissier une visite de la centrale, mardi prochain, pour s’assurer de la mise en ouuvre de la décision de justice.

 Le Figaro, 7/6/2007:

Nucléaire: Le casse-tête du démantèlement

Neuf centrales françaises sont arrêtées mais pas déconstruites. Le Conseil d’État a stoppé hier le démantèlement de Brennilis.

IL est plus rapide de s’engager dans la troisième génération du nucléaire (l’EPR à Flamanville) que de démanteler une vieille centrale nucléaire arrêtée depuis plus de vingt ans. C’est ce qui arrive au site de Brennilis, dans le Finistère : hier, le Conseil d’État a annulé le décret gouvernemental du 9 février 2006 autorisant la déconstruction complète de la seule centrale nucléaire implantée en Bretagne.

demantelement_el4 CENTRALE DE BRENNILIS dans NUCLEAIREMis en service en 1967, Brennilis, unique représentant en France de la filière à eau lourde, a alimenté la région en électricité jusqu’en 1985. Les opérations doivent en théorie durer jusqu’en 2018. Toutefois, après la décision du Conseil d’État, ce calendrier pourrait prendre du retard. Même si, depuis qu’un commissaire du gouvernement avait réclamé l’annulation de ce décret, une telle décision était attendue.

En l’occurrence, le Conseil d’État, saisi par l’association Sortir du nucléaire s’est appuyée sur « l’absence de mise à disposition d’une étude d’impact » des opérations de démantèlement. Autrement dit, une faille dans les procédures d’information qu’EDF va devoir combler. Quand ? L’opérateur historique le dira bientôt. Pour le moment, il se contente d’indiquer qu’il respectera scrupuleusement la décision du Conseil d’État.

Si le dossier est aussi sensible, c’est tout simplement parce que pas moins de neuf centrales nucléaires en France sont en déconstruction. Sur ces neuf sites, un seul, Chinon A1 (qui a fonctionné jusqu’en 1973) a aujourd’hui totalement bouclé le processus : la centrale abrite aujourd’hui un musée.

27 milliards d’euros provisionnés

Quant à Brennilis, il s’agit, parmi les huit centrales restantes, du seul site arrivé en phase de niveau 3. Celle-ci recouvre les différentes opérations de démantèlement total: à la fois le démontage, le conditionnement et l’évacuation du bâtiment réacteur et des matériaux et équipement encore radioactifs. Au terme de cette phase, le site peut être réutilisé.

Pour sa part, le niveau 2 (démantèlement partiel) sert en particulier à isoler et à mettre sous surveillance le réacteur. Quant au niveau 1, il s’agit d’une phase de mise à l’arrêt définitif : via notamment le déchargement du combustible.

Toutes ces opérations ont un prix : au 31 décembre 2006, EDF avait estimé à 2,1 milliards d’euros le coût total de la déconstruction de ces neuf centrales, hors opérations de retraitement du combustible. Une enveloppe destinée à croître puisque la fin de la prochaine décennie correspondra au début de la vague de remplacement des centrales actuelles, 19 en tout, soit 58 réacteurs. Celle de Fessenheim, en Alsace, aura précisément 40 ans en 2017.

combinaison_brennilis CENTRALES NUCLEAIRES dans POLITIQUE Réacteur EL4 à Brennilis, découpe d’une chaudière auxiliaire en combinaison ventilée ignifugée.

Même si la durée de vie des réacteurs peut être prolongée au-delà [lire: prolongation à 40 ans de la durée de vie des centrales: Quand EDF prend ses désirs pour des réalités], EDF a provisionné 27 milliards d’euros pour le démantèlement et le retraitement des déchets.

ENVELOPPE

Au 31 décembre 2006, EDF avait estimé à 2,1 milliards d’euros le coût total de la déconstruction de ces neuf centrales, hors opérations de retraitement du combustible.

Voir: le dossier Brennilis de Sortir du nucléaire Cornouaille

La Tribune, 7/6/2007: 

 Saisi par le réseau Sortir du nucléaire, le Conseil d’État sanctionne EDF

[...] UNE FACTURE LOURDE. Si cette action ne fait que retarder d’un an le démantèlement de Brennilis, elle doit faire date, estime l’association qui veut  » empêcher EDF de bafouer la loi « . Cette centrale de 70 MW fait partie des réacteurs français de la première génération. Les prochains démantèlements seront d’une autre ampleur, portant sur des réacteurs de 900 MW et plus. 


Cette affaire risque de relancer aussi le débat sur les coûts du démantèlement.  » La facture se compte en centaines de milliards d’euros et non en dizaines de milliards comme l’annonce EDF « , affirme Sortir du nucléaire. À titre de comparaison, précise-t-elle,  » la Grande-Bretagne a évalué à 103 milliards d’euros le démantèlement de ses installations qui sont bien moins nombreuses qu’en France 
« .

 Ouest-France, 7/6/2007: 

 Le démantèlement de Brennilis jugé illégal

Les représentants de Sortir du Nucléaire, l’association qui a saisi le Conseil d’État, avec Agir pour l’Environnement et le Développement Durable, et Vivre dans les Monts d’Arrée, réclament l’arrêt immédiat du chantier. 

Le Conseil d’État a annulé l’autorisation de terminer la démolition de la centrale nucléaire finistérienne. Le public n’a pas été assez informé.

La plus haute juridiction administrative a, hier, donné raison aux militants du « Réseau sortir du nucléaire ». Les magistrats du Conseil d’État ont annulé le décret pris par le gouvernement, le 9 février 2006, autorisant le démantèlement complet de la centrale électrique des Monts d’Arrée. Ce décret devait permettre de s’attaquer au bâtiment du réacteur, partie la plus radioactive de la centrale arrêtée en 1985, et seul bâtiment encore debout. Le décret précédent, datant de 1996, autorisant un démantèlement partiel, avait permis la démolition d’autres bâtiments. Lancé en 1999, le chantier est prévu pour durer jusqu’en 2018.

« Un décalage dans le planning ». Les juges ont suivi les recommandations de Yann Aguila, le Commissaire du Gouvernement, qui est le magistrat chargé d’éclairer le Conseil d’État sur la solution de droit. Lors de l’audience, en mai, il avait rappelé que le ministre de l’Économie aurait dû, avant de prendre ce décret, « soumettre l’étude d’impact à la consultation du public ». Pour Yann Aguila, il appartenait au gouvernement « de tout mettre en oeuvre » pour que les 700 000 habitants des 50 km alentours puissent consulter l’étude d’impact. Ce qui n’a pas été le cas. Pourtant, en 1999, un rapport faisait état « d’un fort risque d’exposition des intervenants aux radiations ». Et posait le problème du stockage des déchets.

Contrairement aux allégations du ministre, la consultation de « l’observatoire » du démantèlement, rassemblant élus, syndicats, associations et État, « ne répond pas aux objectifs de la directive européenne » qui impose de consulter le public. D’autant moins que l’objet de cet « observatoire » était « d’informer ses membres sur l’avancement des travaux » et pas le public.

« Une grande victoire pour la démocratie », se réjouit Chantal Cuisnier, de Sortir du Nucléaire, qui exige « l’arrêt immédiat » du chantier. « Un état des lieux approfondi s’impose : évaluer les risques pour la santé du personnel, préciser l’impact sur l’environnement et avancer sur la gestion des déchets. » Une centaine de personnes travaillent sur ce chantier pilote. Son coût est désormais évalué à 482 millions d’euros, soit cinq fois plus que ce que prévoyait EDF initialement.

« EDF prend acte et s’y conformera strictement, commente Bertrand Dubuis, chef du site de Brennilis. L’annulation entraînera un décalage dans le planning, mais ne remet pas en cause le démantèlement. Nous allons représenter un dossier complet, dans la plus grande transparence, selon nos objectifs fondamentaux : préservation de l’emploi, sécurité, radioprotection et sauvegarde de l’environnement. »

Le directeur de Brennilis:

Les travaux liés à la

sécurité vont continuer

7/6/2007  - EDF entend se conformer à la décision du Conseil d’Etat sur l’arrêt de la déconstruction de la centrale nucléaire de Brennilis, mais les questions de sécurité rendent nécessaire la poursuite d’un certain nombre de travaux, explique Bertrand Dubuis, directeur de la centrale.

Q – Quelles conséquences tirez-vous de la décision du Conseil d’Etat

R – EDF se conformera strictement à la décision du Conseil d’Etat. Nous analysons actuellement les conséquences de ces décisions du Conseil d’Etat sur l’organisation du site et les travaux en cours. Cette analyse devrait prendre plusieurs semaines. Nous déposerons dès que possible une demande pour obtenir des pouvoirs publics un nouveau décret de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement complet de la centrale de Brennilis, car notre objectif principal, qui est de démanteler totalement ce site, reste entier et nous irons jusqu’au bout.

Q – Quel sera l’impact concret de la décision du Conseil d’Etat ? 

R – Un chantier nucléaire ne peut s’arrêter du jour au lendemain, car il y a des opérations de démantèlement en cours. Si nous devons arrêter ces travaux, nous prendrons toute une série de dispositions indispensables à la sûreté, notre priorité, et à la protection des travailleurs et de l’environnement.

Q – Les travaux se poursuivent donc ? 

R – Actuellement, une centaine de personnes travaillent à la déconstruction de Brennilis: des agents EDF et des salariés d’entreprises locales et nationales. Pour l’instant, nous continuons les travaux nécessaires à la mise en sécurité des chantiers. Aujourd’hui, il y a toujours de l’activité sur le site parce que nous avons des opérations d’entretien et de maintenance nécessaires pour respecter notre référentiel de sûreté, surveillé de près par l’autorité de sûreté nucléaire. Nous effectuons également régulièrement des analyses, et des essais périodiques sur les installations.

Annulation du démantèlement de la centrale de

Brennilis recommandée en Conseil d’Etat

14/5/2007 - L’annulation du décret gouvernemental du 9 février 2006 autorisant le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Brennilis (Finistère), l’une des plus anciennes du parc nucléaire français, a été recommandée lundi devant le Conseil d’Etat.

Le Commissaire du Gouvernement, magistrat indépendant chargé de dire le droit, a demandé l’annulation du décret en raison de « l’absence de mise à disposition du public d’une étude d’impact » des travaux de démantèlement de la centrale située dans les Monts d’Arrée, qui a fonctionné de 1967 à 1985. Le Conseil d’Etat doit rendre sa décision dans quelques semaines.

Le décret de 2006, permettant un « démantèlement complet » de la centrale, faisait suite à celui de 1996, qui autorisait un démantèlement partiel. Le texte du 9 février 2006, signé par le Premier Ministre Dominique de Villepin et les ministres de l’Economie, de l’Industrie et de l’Ecologie, a été attaqué par le réseau Sortir du nucléaire.

Le commissaire du gouvernement Yann Aguila a estimé recevable l’un des motifs d’annulation soulevés par l’association écologiste, mettant en évidence « l’absence de mise à disposition du public d’une étude d’impact » des travaux. « Les centrales nucléaires, y compris leur démantèlement, sont soumises » à cette obligation prévue par une directive européenne de 1985, a rappelé le magistrat.

Réalisée par le maître d’ouvrage, en l’occurence EDF, l’étude d’impact doit contenir un descriptif du projet et de ses conséquences sur l’environnement. Il s’agit « d’offrir au public concerné la possibilité de donner son avis avant que l’autorisation ne soit donnée », a insisté le commissaire du gouvernement.

Or, dans le cas de la centrale de Brennilis, « le démantèlement a bien fait l’objet d’une étude d’impact mais celle-ci n’a pas été mise à la disposition du public avant que l’autorisation de démantèlement ne soit donnée », a fait valoir Yann Aguila, qui a rappelé que 700.000 habitants vivaient dans un rayon de 50 km autour de la centrale.

En conséquence, le décret attaqué doit être jugé « contraire au droit communautaire » et annulé par le Conseil d’Etat. Le magistrat a en outre recommandé à la plus haute juridiction administrative de condamner l’Etat à verser 2.200 euros à Sortir du nucléaire au titre des frais de procédure.

La centrale nucléaire des Monts d’Arrée, à Brennilis, fait partie des réacteurs français de la première génération. Unique exemplaire industriel français de la filière nucléaire à eau lourde, elle a alimenté la Bretagne en électricité de 1967 à 1985. Les opérations de démantèlement doivent durer jusqu’en 2018.

Le Monde, 27/10/06:

 Le CEA, laboratoire du démantèlement de

l’héritage nucléaire

 MARCOULE (GARD) ENVOYÉ SPÉCIAL

Le nucléaire engendre des chiffres vertigineux. Il en va ainsi du démantèlement partiel des installations du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), évalué à 8 milliards d’euros. Pour le seul site de Marcoule (Gard), berceau de la production de plutonium militaire et du retraitement des combustibles usés, le devis est de 6 milliards d’euros. Ce chantier représente 140 000 m3 de zones contaminées et irradiantes. Il produira 27 000 tonnes de déchets de faible et très faible activité, dont le conditionnement nécessitera 4,3 millions d’heures d’interventions et 1 million d’heures d’études. Les opérations, entamées en 1997, prendront fin vers… 2035.

« C’est une première mondiale ! », insiste Philippe Pradel, directeur de l’énergie nucléaire du CEA. Selon cet ancien de la COGEMA, « le plus difficile est fait », en termes de manipulation des produits les plus irradiés. Le chantier, qu’il faisait visiter, jeudi 26 octobre, « n’est pas seulement un mal nécessaire : il nous permet de faire la preuve que nous pouvons mettre correctement un terme à la première génération des centrales nucléaires ». Démonstration d’autant plus attendue que la filière nucléaire française entend profiter de la conjoncture, favorable à l’étranger à la relance de ce type d’énergie.
Avec les sites plus modestes de Grenoble et Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), Marcoule est donc un laboratoire du démantèlement d’installations nucléaires et de la gestion des déchets engendrés par des décennies d’activité. Le « gros morceau » est l’usine de plutonium n°1 (UP1), où fut séparé l’ingrédient essentiel de la force de frappe française, issu des réacteurs plutonigènes de la filière graphite-gaz.
La radioactivité omniprésente impose des précautions de tous les instants. Dans un atelier où l’on produisait des lingots de plutonium, deux ouvriers aux allures de Bibendum scient un tube d’acier. Couverts d’une combinaison rose étanche, gonflée pour que la surpression interdise tout contact avec des particules radioactives, ils ne peuvent travailler que deux heures par jour.

60 000 FÛTS À « EMBALLER »

Parfois, des robots prennent le relais. Pour assainir une salle de filtration des gaz de ventilation, deux chenillettes dotées d’un bras articulé, commandées à distance, se partagent le travail : l’une tient une tôle, que l’autre découpe, sous l’oeil de la caméra d’un petit robot explorateur. Les machines sont lentes : il faudra cinq ans pour ce seul local. Afin d’accélérer les opérations, des caméras gamma ont été mises au point. Elles sont capables de détecter à distance les « points chauds », à travers l’acier des canalisations et des fûts.
Dès l’origine, UP1 a produit des déchets radioactifs, coulés alors dans de simples fûts pétroliers. La pratique était de les immerger en mer. Quand des traités internationaux ont mis fin à ce mode de « gestion », les fûts ont été empilés dans des casemates. Il en reste 60 000 à emballer dans de nouvelles coques d’inox. Soit trente ans d’activité.

Comment assurer le financement sur une si longue période ?

Le CEA a constitué deux fonds consacrés, l’un civil (3,96 milliards d’euros), l’autre militaire (4,18 milliards d’euros), hors coûts de stockage des déchets. Le fonds civil, créé en 2001, outre des actifs financiers liquides, a reçu 15 % du capital d’AREVA, sur les 79 % détenus par le CEA. Il est alimenté chaque année par le versement de dividendes. Le fonds militaire reçoit des contributions d’EDF et d’AREVA en contrepartie de leur désengagement des opérations de démantèlement, tandis que les modalités de la contribution de l’Etat « restent à définir », indique le CEA.
Sur un panneau syndical, une note de 2005 de la CFE-CGC rappelle que « vu la complexité et la durée du projet, nul ne peut être certain de l’exactitude des devis ». Philippe Pradel rétorque qu’après dix ans d’opérations, les coûts sont tenus, que le niveau de radioactivité rencontrée est moindre qu’escompté et qu’une marge de 10 % a été prévue pour anticiper les aléas du chantier.
En 2005, la Cour des Comptes estimait que les charges de l’ensemble de l’« aval du cycle nucléaire » - retraitement et stockage des déchets – représentaient 10 % du coût de production du kilowattheure nucléaire. La loi sur les matières et déchets radioactifs du 28 juin a institué une Commission Nationale d’Evaluation du Financement du Démantèlement et de Gestion des Déchets, chargée de vérifier que les provisions constituées seront suffisantes. Le décret d’application n’est pas encore paru.

Chronologie:
1945 : création du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). [Lire: Le CEA, sa raison d’être, la bombe son alibi, la recherche]
1956 : construction à Marcoule (Gard) du premier réacteur nucléaire graphite-gaz français, G1, assurant la production de plutonium militaire.
1958 : création de l’usine plutonium n°1 (UP1) destinée à extraire ce plutonium et à retraiter les combustibles irradiés de la filière graphite-gaz.
1976 : le site passe sous la responsabilité de la COGEMA, filiale du CEA.
1997 : arrêt définitif de production d’UP1. Début du démantèlement.
2006 : la responsabilité du site est transférée au CEA.
2035 environ : fin du démantèlement des installations et du conditionnement des déchets de la filière graphite-gaz.

Hervé MORIN

dem1_g2 COGEMA dans SANTE PUBLIQUE

 France 3, 21/4/06:

« Sortir du nucléaire«  dépose plainte contre un décret autorisant le démantèlement du coeur du réacteur de la Centrale.

18 avril 2006:

Note CRIIRAD - Résultats et interprétation des analyses radiologiques d’eau et de plantes en aval de la centrale de Brennilis

 Le Télégramme Brest, 7/4/2006:

 Centrale de Brennilis: Un feu vert qui inquiète

(Voir la CRIIRAD)

Par décret du 9 février dernier, l’Etat vient d’autoriser EDF « à procéder aux opérations de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement complet de l’installation nucléaire » de Brennilis. Inquiète de la tournure des événements, jugée précipitée, l’association Agir pour l’Environnement et le Développement Durable reste, par la voix de son président, Roger Abiven, plus que jamais vigilante.

Ce décret va permettre au chantier d’entrer dans sa troisième et dernière phase : la déconstruction du réacteur et de son enceinte. Sa préparation débutera, cette année, alors que son exécution interviendra entre 2008 et 2012.

Manque de transparence

D’emblée, Roger Abiven prévient : « Il y a aujourd’hui un déficit de prise de conscience. Pour beaucoup, ces travaux signifient surtout la fin de la centrale. Mais, le démantèlement représente beaucoup plus de risques que l’exploitation et notamment pour les travailleurs. Il y aura manipulation de matière radioactive. On est d’autant plus inquiets que le rayonnement n’aura pas beaucoup diminué ». A un démantèlement immédiat, l’association aurait, en effet, préféré une période d’attente de 40 à 50 ans pour que la radioactivité diminue. Bien qu’elle ait intégré l’observatoire de démantèlement lors de sa dernière réunion en octobre, l’association dénonce le manque de transparence. « Les autorités d’EDF s’expriment unilatéralement. La lumière est faite sur beaucoup d’aspects, mais il y a des choses qui ne sont pas dévoilées », estime ainsi Roger Abiven avant de poursuivre : « Ce qui est nouveau, c’est qu’EDF et le gouvernement ont décidé d’accélérer le processus et de passer au démantèlement du réacteur au plus vite ».

Destination des déchets ?

Par ailleurs, selon les autorités, la déconstruction de Brennilis doit servir de modèle à reproduire plus tard sur d’autres chantiers comparables. Mais, pour Roger Abiven, « vu les incidents qui s’y sont produits, ça va être difficile. La phase 2 n’a pas été si exemplaire que cela ». Et l’associatif de rappeler alors la poussée d’une nappe phréatique qui a fragilisé un bâtiment ou encore les accidents du travail (quatre cas en 2005). Autre sujet d’inquiétude, la destination des déchets. « D’habitude, on prend un décret lorsque tout est prêt. Mais, pour l’instant, on ne sait pas quel site va recevoir les déchets moyennement radioactifs et à longue durée de vie de Brennilis. Trois destinations sont envisagées, aucune n’a pour l’instant été retenue. Dans ce cadre, le décret semble prématuré », affirme Roger Abiven.

Expertises indépendantes

L’association réclame donc que des études épidémiologiques réalisées par des indépendants établissent l’impact des travaux sur les ouvriers, les civils, la faune et la flore. Elle souhaite aussi être associée à l’appel d’offres qui déterminera les entreprises retenues, et que des expertises et contre-expertises établissent leur niveau de compétence. « Puisque l’on est engagé dans le démantèlement immédiat, soyons d’autant plus vigilants. Il reste des moyens à mettre en oeuvre pour que la santé publique soit garantie », conclut Roger Abiven.

Hervé CORRE

Le Monde.fr, 22 février 2006:

 Les principaux points du rapport de la

Cour des comptes.

Absence de stratégie nucléaire

clairepour l’avenir

Les Français savent-ils que la stratégie sur le nucléaire est engagée à l’horizon 2040? C’est avec un art consommé de la litote que la Cour des Comptes pose la question dans son chapitre consacré au démantèlement des intallations nucléaires et aux déchets nucléaires. Car si ceux-ci pèseront sur les générations futures, les choix qui déterminent leur gestion, et donc leur coût, se font aujourd’hui. 

Or, indique la Cour, « la production électronucléaire française repose sur l’hypothèse d’un retraitement de tout le combustible usé », y compris le Mox (mélange de plutonium et d’uranium). « Cette hypothèse suppose la continuation du programme électronucléaire et son prolongement ultérieur à des réacteurs dits de quatrième génération, eux-mêmes consommateurs de plutonium, à l’horizon des années 2040. »

Mais l’incertitude sur le coût futur de la gestion des déchets nucléaires est déjà très grande, indique la Cour. Il s’agit de savoir si seront retraités les combustibles Mox ­ qui ne le sont pas pour l’instant à La Hague ­, ainsi que la part des combustibles usés standard qui n’est pas retraitée actuellement, soit environ un quart du total. Ces combustibles non retraités, s’ils devaient le rester, nécessiteraient des installations supplémentaires de stockage durable, et donc un coût important, qui n’est pas encore pas chiffré.

En l’état actuel, souligne les magistrats, « on suppose que les déchets les plus radioactifs [n'intégreront] pas de plutonium dans l’optique d’une mise en service de réacteurs de génération IV à l’horizon 2040″. Rien n’indique que ces réacteurs seront prêts à cette échéance, et l’on voit mal si leur mise en oeuvre ne seront pas contradictoires avec les réacteurs EPR que le gouvernement s’apprête à lancer dans les années 2010 et qui doivent avoir une durée de fonctionnement de soixante ans.

Une incertitude majeure pèse donc sur la gestion française des déchets nucléaires. La Cour confirme son jugement de début 2005 quand, dans son rapport particulier consacré au même sujet, elle avait déploré le « défaut d’une vue d’ensemble sur la politique nucléaire future ». Elle recommande « d’énoncer plus clairement les conditions nécessaires à une réalisation effective de la stratégie annoncée, puisqu’elles justifient le mode de calcul des provisions pour fin de cycle des combustibles nucléaires. »

Sur les autres aspects du démantèlement, la Cour est moins sévère. Les provisions brutes de démantèlement des installations nucléaires ­ les sommes mises de côté pour démonter les usines arrivées en fin de fonctionnement ­ et de gestion de leurs déchets représentent 69 milliards d’euros. Sur 125 installations nucléaires en France, 22 sont déjà à l’arrêt. Si AREVA présente de ce point de vue « une situation satisfaisante », la Cour est inquiète pour le Commissariat à l’Energie Atomique, dont le système est « à la fois complexe et peu transparent ».

La Cour s’inquiète aussi du fait que les provisions d’EDF et d’AREVA pourraient être mal protégées en cas de privatisation et invite « à réfléchir sur la question de la sécurisation des actifs ». Il s’agit de s’assurer que les sommes mises de côté restent bien destinées au démantèlement des centrales, et non affectés à d’autres dépenses. Dans sa réponse, le ministre de l’économie écrit que cette réflexion pourrait « prendre la forme d’un cantonnement juridique des actifs concernés pour garantir qu’ils restent effectivement dédiés à la couverture des engagements nucléaires ».

Hervé KEMPF

 Ouest-France du jeudi 27 janvier 200

 Les inquiétudes de la Cour des comptes

 Le coût « explosif » des déchets nucléaires

dem2_g2 COUR DES COMPTESLe démantèlement d’un réacteur nucléaire coûte beaucoup plus cher que prévu, a révélé hier la Cour des comptes. À Brennilis, en Bretagne, la facture est multipliée par cinq. L’industrie nucléaire pourra-t-elle toujours assumer ces coûts ?

Le prix réel du kilowattheure nucléaire est-il sous-évalué ? Sous la houlette impérieuse de Philippe Séguin, son nouveau premier président, la Cour des comptes vient de mettre les pieds dans un plat qui a trop longtemps relevé du secret d’État : celui du financement du démantèlement des vieilles installations nucléaires et de la gestion des déchets radioactifs. Elle y consacre un rapport entier

Actuellement, EDF facture au consommateur le futur démantèlement de ses réacteurs. AREVA, le ministère de la Défense, la COGEMA, ont également fait des provisions. Mais l’exemple de Brennilis est quelque peu inquiétant. Le coût de cette « déconstruction », qui va générer 110 000 tonnes de déchets à été très sous-estimé. La facture finale serait de 482 millions d’euros. Au moins cinq fois plus que prévu.

À Marcoule, dans le Gard, autre très mauvaise surprise. On y démantèle une vieille usine de production de plutonium. Le coût final serait de 6 milliards d’euros. Quant au futur centre de stockage profond des déchets ultimes, à Bure dans la Meuse, il a pris du retard et a doublé son prix initial de 60 millions d’euros.

La France compte actuellement 122 installations nucléaires. Vingt-deux sont à l’arrêt, dont le célèbre « Superphénix ». Toutes devront être démantelées. La loi le prévoit. Mais les financements seront-ils au rendez-vous ? Didier Gasse, l’un des auteurs du rapport, s’inquiète :« La stratégie financière d’EDF n’est pas très claire ». Le premier producteur mondial d’électricité nucléaire a pourtant déjà accumulé 24 milliards d’euros de provisions. Mais ces fonds ne sont pas spécifiquement dédiés au démantèlement. Ce que lui reproche vertement la Cour des ComptesLe comble serait qu’en effet, les Français payent plusieurs fois le démantèlement : en tant que consommateurs d’hier et de demain, et puis en tant que contribuables, si l’entreprise était un jour incapable de tenir ses engagements.

Seule la société AREVA serait « dans les clous », selon Didier Gasse. La Défense, le CEA, doivent encore créer un fonds spécifique. La Cour donne en exemple la Grande-Bretagne et les États-Unis où ce sont les pouvoirs publics qui gèrent ces fonds et non pas les entreprises. Mais cette question est « taboue » à EDF. L’électricien ne veut pas se priver de cette manne au moment où il projette d’ouvrir son capital.

Ce sera au Parlement de trancher la controverse. Un débat est prévu en 2006, un an avant la présidentielle. « Cette échéance doit être respectée, dit Philippe Séguin, car c’est la crédibilité de l’ensemble de notre politique nucléaire qui est en jeu ». Beaucoup de Français pensent, en effet, qu’en matière de déchets radioactifs, on leur cache des choses.

Bernard LE SOLLEU

Libération, 27 janvier 2005: 

 Le coût des déchets du nucléaire inquiète la Cour des comptes

 Elle craint que deux opérateurs (CEA et EDF) n’aient pas économisé suffisamment.

Comment appliquer le sain principe «pollueur-payeur» à l’échelle de décennies ? C’est la question posée par «le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs», titre du dernier rapport de la Cour des comptes présidée par Philippe Séguin.

Vérifier

 Les magistrats de la dite cour, malgré leur dextérité juridique – et un document précieux pour un débat public «éléments sur la table», insiste Seguin -, montrent un réel embarras devant le sujet. Compatissons. Ils sont en effet pronucléaires, comme l’essentiel des couches dirigeantes. Mais, fonction oblige, ils doivent vérifier que les chiffres correspondent aux promesses : que les provisions mises au passif des grands opérateurs de l’électronucléaire – AREVA, CEA et EDF – pour financer démantèlement et gestion des déchets ne se révéleront pas monnaie de singe lorsqu’il faudra les «décaisser». Outre cette vertu financière, ils voudraient même que la «transparence»produise la «confiance du citoyen» qu’ils trouvent «morose».

Sous la conduite de Bertrand Fragonard, ils ont donc peint un tableau curieux. D’abord en effaçant une vieille toile : le démantèlement en cours des premières installations (Marcoule, Brennilis…). Certes, admettent-ils, il a coûté «beaucoup plus cher que prévu». Ces installations ont essuyé les plâtres d’activités nouvelles. Et le mode de calcul utilisé n’était valable que pour les centrales du parc actuel d’EDF. Du coup, ils avalisent les provisions actuelles, estimant que les trois opérateurs «calculent scrupuleusement le coût du démantèlement des centrales aux environs de 15 % de celui de leur construction».

Ce satisfecit ne s’étend pas à celui du stockage des déchets les plus radioactifs en couches géologiques dont le laboratoire souterrain de Bures (Meuse) est censé démontrer la faisabilité (1). Entre l’estimation d’EDF et celle de l’Andra, le coût final variant de «5 à 18 milliards d’euros», une commission de conciliation doit y mettre un peu d’ordre.

Menace

Mais si provisions il y a dans les comptes – 12 milliards pour AREVA, 11 pour le CEA et 48 pour EDF -, l’argent sera-t-il disponible dans «quarante ou quatre-vingts ans», s’interroge la cour, qui traite différemment les trois opérateurs. Areva semble n’avoir aucun souci, assis sur un tas d’or, sans dettes, et doté d’un portefeuille d’actifs dédiés pour le démantèlement de ses installations déjà supérieur à 2 milliards. Le CEA, lui, doit encore constituer un fonds suffisant, surtout que le ministère de la Défense ne s’acquitte pas de ses devoirs pour les installations militaires à démanteler. Mais c’est surtout EDF qui suscite l’«inquiétude» des magistrats. Du fait de son endettement, elle ne dispose que d’«un embryon d’actifs dédiés par rapport à la masse à financer». Aussi, alertent-ils : «Sans mécanisme de sécurisation, le risque existe, dans le cadre d’une ouverture du capital d’AREVA et d’EDF dans des marchés devenus fortement concurrentiels, que les conséquences financières de leurs obligations de démantèlement et de gestion de leurs déchets soient mal assurées et que la charge en rejaillisse in fine sur l’Etat.» Ils réclament des garanties – par des «règles dures» - qu’EDF ne gaspille pas ces provisions où qu’elle ne les mise pas sur des opérations douteuses.

Ils en arrivent même à agiter la menace de la «création de fonds externalisés». Par exemple en les confiant à la Caisse des Dépôts. Bien sûr, cette menace vise juste à faire peur. Mais elle pourrait être prise au mot par des associations, des partis ou des députés courageux. Afin d’éviter que les consommateurs paient deux fois – aujourd’hui et dans un demi-siècle – le vrai prix de l’électricité nucléaire.

(1) Libération du 15 janvier.

Sylvestre HUET

Le Figaro, 27/01/2005 : 

 Comment EDF a joué sur le nucléaire pour

sauver son bilan

La Cour des Comptes juge insuffisant lefinancement du démantèlement

Comment EDF a joué sur le nucléaire pour sauver son bilan

Chez EDF, le dossier sensible de la facture, et surtout du financement du démantèlement du parc nucléaire, a toujours été entouré d’une véritable opacité. A l’occasion de l’un de ses précédents rapports, la Cour des Comptes avait d’ailleurs souligné que dans le domaine du nucléaire, «les dotations aux provisions apparaissent plus comme une technique destinée à peser sur le résultat que comme un moyen d’étaler les charges afférentes sur les différents exercices».

Les décaissements liés au démantèlement s’inscrivent dans un avenir lointain ­ pas avant 2015 ­ et EDF a déjà utilisé cette arme du temps pour améliorer sensiblement ses comptes. Lors de la présentation de ses premiers comptes semestriels à l’automne 2003, le premier électricien avait réussi à annoncer un résultat net positif en procédant à une reprise d’une partie de ses dotations aux provisions justifiée à ses yeux par l’allongement de la durée de vie de ses centrales nucléaires.

Cet allongement de 30 à 40 ans s’était traduit, dans le compte de résultat, par une augmentation de 1,8 milliard d’euros du bénéfice net semestriel 2003.

Au bilan, les effets de cette prolongation s’avéraient encore plus marquants puisque le changement du mode d’amortissement des installations nucléaires décidé conjointement (passage d’un système dégressif à un système linaire) se traduisait par une augmentation des fonds propres de l’ordre de 5,4 milliards d’euros. Une opération d’autant moins anodine que depuis plusieurs années EDF se plaint de son manque cruel de capitaux propres.

A l’époque, un certain nombre d’observateurs s’étaient émus de ce jeu d’écritures, arguant que si aucun texte en France ne limite la durée de vie des centrales, la prudence aurait dû conduire à neutraliser l’impact de cette reprise de provisions sur le résultat. Il est vrai que cette astuce comptable ne faisait rentrer aucun euro supplémentaire dans les caisses d’EDF.

Depuis, aussi bien pour les provisions pour le démantèlement que pour la gestion des déchets, la création de fonds dédiés ­ comme cela se pratique dans d’autres pays ­ est régulièrement réclamée, mais sans succès particulier. Car même si EDF a bien créé un fonds spécifique pour les opérations de démantèlement, cette structure est bien loin, de l’avis général, de contenir les sommes évoquées.

Un autre épisode directement lié au nucléaire avait également permis à EDF de sauver ses comptes en 2001. Il s’agissait alors de la renégociation du contrat passé avec COGEMA pour la gestion des combustibles usés issus des centrales nucléaires.

Cette reprise de provisions, qui s’élevait à 1,1 milliard d’euros, avait été passée en totalité dans les comptes de l’exercice 2001, alors que le contrat avec COGEMA courait déjà à cette époque jusqu’en 2007.

Frédéric DE MONICAULT

Le Monde, 18/1/05:

 Les comptes incertains de la fin de vie du nucléaire

Une analyse des coûts de gestion des déchets et de démantèlement des centrales.

L‘industrie nucléaire ne risque-t-elle pas de faire peser sur les générations futures le coût de son démantèlement et de la gestion des déchets qu’elle produit ? La Cour des Comptes, a rendu public, mercredi 26 janvier, un rapport sur le sujet.

Au 31 décembre 2003, la France comptait 125 installations nucléaires de base (INB) civiles. Parmi les 22 INB déjà à l’arrêt, plusieurs permettent de mesurer la charge financière du démantèlement. L’opération en cours à la centrale de Brennilis révèle un coût effectif« très supérieur à celui attendu pour le démantèlement des centrales actuelles », souligne la Cour. Les installations anciennes seront les plus délicates à « déconstruire ». « Il faut en assumer les conséquences en procédant, à des prix élevés, à l’assainissement d’installations où les exploitants ont laissé s’accumuler des déchets sans aucune vue prospective« , constate la Cour, qui se veut néanmoins rassurante en soulignant l’ »effet de série » dont bénéficieront les centrales actuellement en service.

Concernant la gestion des déchets radioactifs, il importe, selon les conseillers, de « sortir de l’ambiguïté » sur le statut des combustibles usés, qui ne sont pas considérés par les industriels comme des déchets, mais qui pourraient le devenir si la doctrine française évoluait sur ce sujet.

Ils invitent donc l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) et les producteurs de déchets à « résoudre -leurs- divergences » sur le coût du stockage en profondeur. Les estimations des coûts supplémentaires varient en effet de 5 à 18 milliards d’euros…

Les provisions pour le démantelement et déchets s’établissaient, fin 2003, à 71,4 milliards d’euros, répartis entre AREVA (12,3 milliards), le CEA (11,1) et EDF (48). Au total, la fin de vie du cycle nucléaire représenterait, rapportée au kWh, 10 % du coût de production. Ces financements seront-ils sécurisés à long terme ?  »Le risque existe, dans le cadre d’une ouverture de capital d’AREVA et d’EDF dans des marchés devenus fortement concurrentiels, que les conséquences financières de leurs obligations (…) soient mal assurées et que la charge en rejaillisse in fine sur l’Etat », avertit la Cour, qui prône plus de transparence.

Hervé MORIN

Les Echos, 26/11/2004 :

 Démantèlement du site de Marcoule : 

AREVA et EDF paient une soulte de 1,5 milliardau CEA.

Où trouver de l’argent quand on s’appelle l’Etat, il suffit souvent de « demander » aux entreprises publiques. C’est ce qui vient de se passer, en toute discrétion, pour le démantèlement des sites nucléaires de Marcoule (Gard) surtout, et de Pierrelatte (drôme) dans une moindre mesure. Selon la terminologie officielle, il s’agit d’ »installations nucléaires de bases secrètes ». Après des mois de cafouillages, en grand en partie liés au fait que trois ministères sont parties prenantes (la Défense, l’Economie et la Recherche), l’Etat et les entreprises concernées (AREVA, EDF et CEA) sont parvenus à un accord. Selon nos informations, Cogema versera 427 millions d’euros d’ici à la fin de l’année au CEA. Quand à EDF, la facture s’élève à 1,125 milliard d’euros à payer également avant la fin de l’année. 

Ces deux versements considérables apparaîtront dans les comptes 2004 des deux entreprises. Un proche du dossier estime qu’ils enrichiront également le budget de l’Etat d’environ 0,1 point de PIB. Cette manne inespérée, qui permettra à l’Etat de ne rien verser avant 2008 et de préserver le budget de la défense au moins jusqu’à cette date, passe par la création d’un fonds dédié pour assurer le financement du démantèlement des installations nucléaires de défense de Marcoule et de Pierrelatte. Alimenter par les deux soultes, le fonds entraîne le transfert de la maîtrise d’ouvrage de COGEMA au CEA. Le fonds doit couvrir l’intégralité des dépenses relatives aux opérations d’assainissement et de démantèlement restant à réaliser, en dehors du transport et du stockage des déchets.
Jusqu’à présent, COGEMA, à hauteur de 10%, EDF (45%) et le CEA (45%) étaient parties prenantes dans un GIE appelé Codem, fondé en 1996 et chargé des opérations de démantèlement du site de Marcoule. Le GIE sera dissous dans les jours à venir, lorsque le fonds sera mis en place. Parallèlement à cette opération, le CEA va également verser une soulte à Cogema correspondant à ses engagements sur le site de La Hague.

Attrait boursier

« Tout le monde est content : EDF et la COGEMA ne paient pas cher et l’Etat ne paie rien, résume un expert du dossier. Mais qui peut savoir aujourd’hui quel sera le coût du démantèlement de telles installations dans vingt, trente ou quarante ans ? Les soultes libératoires sans clauses de revoyures entraînent le désengagement total des entreprises concernées et un report sur le CEA, autrement dit l’Etat, donc le contribuable, des charges qui n’auront pas été prévues et sous estimées« .

Du côté des syndicats, on estime que le transfert de responsabilité vers le CEA est essentiellement motivé par la perspective d’ouverture du capital d’AREVA et d’EDF. « L’attrait boursier de ces entreprises serait fortement réduit si devaient se présenter aux futurs actionnaires des comptes où seraient provisionnées des charges pour assainissement et démantèlement sur une période de trente ans », estime la CFDT. Un artisan du montage estime, à l’inverse, que « l’on a une bonne visibilité du coût jusqu’en 2012 et que, pour tenir compte des aspects moins prévisibles, le devis a été majoré de 20%, correspondant à une marge d’incertitude et à une prime de risque ».

Par ailleurs, les syndicats expriment de nombreuses craintes quant à la reconversion de ces sites dont les opérations de démantèlement ont été estimées, en 1996, par le GIE Codem à 6 milliards d’euros pour la totalité, y compris le transport et le stockage des déchets.
A Pierrelatte, la mise à l’arrêt de l’usine d’enrichissement d’uranium a été achevée fin 2000. Les grands travaux devraient être terminés en 2007, pour un coût total évalué à 500 millions d’euros. A Marcoule, l’enjeu est beaucoup plus lourd : 5,6 milliards d’euros pour démanteler l’usine UP1, qui assurait la production de plutonium militaire, mais aussi le retraitement des combustibles de réacteurs civils. Mise en service en 1958, elle a été arrêtée en 1997.

Renaud CZARNES 

Les deux chantiers en cours :

- Pierrelatte : démantèlement des usines de diffusion gazeuses produisant de l’uranium très enrichi arrêtées en 1996. Les travaux industriels ont commencé en juillet 2002 et devraient s’achever en 2007. Coût estimé : 500 millions d’euros.
- Marcoule : démantèlement de l’usine UP1 dédiée à l’extraction de plutonium par séparation chimique. Mise en service en 1958, l’unité a été arrêtée en 1997. Les travaux devraient durer environ quarante ans. Coût estimé : 5,6 milliards d’euros.

EDF et AREVA : fonds propres et prélèvements
En milliards d’euros
——-
EDF:
Total des fonds propres : 20,3
Retraites : – 15
Assurance-Maladie : – 4,5
Soulte du démantèlement : – 1,1
——-
AREVA:
Total des fonds propres : 4,1
Soulte du démantèlement : – 0,427

—-> Le recyclage, mythes et réalités, PDF

—-> Manifestation contre le retraitement de ferrailles radioactives (voir: Magouilles radioactives à Feurs ! et le site: A.D.S.E.)

 L’abandon du nucléaire se concrétise avec l’arrêt de la 1ère centrale

14/11/03 - La première des 19 centrales nucléaires allemandes a été débranchée vendredi, deux ans après le vote en 2001 de la loi sur l’abandon de l’atome civil, mais le mouvement antinucléaire sait que le nucléaire civil a encore de belles années devant lui en Allemagne.

En service depuis 1972, Stade, près de Hambourg (nord), est la deuxième plus vieille centrale nucléaire allemande. La plus ancienne, celle d’Obrigheim (sud-ouest), devrait cesser son activité d’ici 2005, en vertu de l’accord négocié à l’arraché en 2000-2001 entre le ministre de l’Environnement, l’écologiste Juergen Trittin, et les industriels du secteur, sous les auspices du chancelier social-démocrate Gerhard Schroeder.
« A Stade, l’abandon du nucléaire est pris au sérieux », s’est félicité M. Trittin, qui célébrait vendredi l’événement dans un restaurant à la mode de Berlin. L’ambiance est moins à la fête dans cette ville de 45.000 habitants qui vit depuis 30 ans de sa centrale nucléaire. Elle ne fournit pas uniquement une taxe professionnelle conséquente, mais aussi des emplois pour de nombreux sous-traitants de la région. Aucun des 300 employés de la centrale ne perdra toutefois son travail, assure l’exploitant, le numéro un mondial de l’énergie E.ON: 150 d’entre eux seront appelés à participer au démantèlement des installations, le reste étant redéployé en interne.
A Stade commence à présent un chantier titanesque, évalué à quelque 500 millions d’euros –alors que la construction n’avait coûté que 153 millions d’euros–. Dans un premier temps, d’ici 2005, les combustibles usés doivent être envoyés pour retraitement à l’usine de La Hague (nord-ouest de la France).
Commencera ensuite le démantèlement effectif, qui ne devrait pas s’achever avant 2015. Ne restera alors de la centrale qu’une halle de stockage provisoire de déchets faiblement ou moyennement radioactifs, qui ne disparaîtra que lorsque l’Allemagne aura décidé de créer un centre de stockage définitif pour ses déchets nucléaires. Ce qui pourrait encore durer des années…
C’est, aux yeux des antinucléaires allemands, le fruit le plus amer du compromis sur l’abandon de l’atome: le nucléaire civil a encore de belles années devant lui en Allemagne.
Les convois de déchets radioactifs rapatriés des usines françaises et britannique de La Hague et Sellafield vers le centre de stockage de Gorleben, qui suscitent des manifestations d’antinucléaires, continueront encore pendant au moins dix ans, en dépit de l’arrêt des livraisons à destination des usines de retraitement à partir de 2005.
En outre, l’accord conclu avec les industriels impose certes pour chaque centrale des quotas de production à ne pas dépasser qui équivalent à une durée de vie de 32 ans, ce qui reviendrait à fermer la dernière centrale allemande d’ici à 2021. Mais il donne aussi la possibilité aux industriels de reporter les quotas d’une centrale à l’autre, prolongeant ainsi la durée de vie des centrales les plus rentables.
Un procédé qu’EON met d’ores et déjà en application en fermant Stade un an avant sa date de fermeture théorique (2004). La raison avancée est d’ailleurs économique : la vieille centrale n’était plus très rentable.
« La vraie fête, nous la célébrerons lorsque la dernière centrale allemande sera fermée », souligne Suzanne Ochse, de l’organisation écologiste Greenpeace. « D’ici là, nous aurons deux fois plus de déchets nucléaires qu’aujourd’hui. Et personne ne sait qu’en faire ».
Pour déconnecter du réseau la centrale de Stade, aucun câble spécifique n’a dû être coupé, aucun bouton rouge spécial enclenché, précise une porte-parole de E.ON. « Comme pour un contrôle de routine », le réacteur a été éteint.

Démantèlement des installations nucléaires:

des procédures plus rapides

15/5/03 - Le démantèlement des installations nucléaires, un problème qui deviendra crucial lorsque les centrales EDF arriveront en fin de vie, devra se faire dans des délais beaucoup plus courts que ce qui était prévu jusqu’à présent, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire, le « gendarme du nucléaire ».

Un nouveau cadre réglementaire vient d’être mis en place pour le démantèlement de ces installations, obligeant les exploitants à engager immédiatement les opérations sans attendre des décennies, a annoncé jeudi l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN).

« Cette nouvelle réglementation ne constitue pas une rupture, mais prend en compte les expériences passées », a précisé devant la presse Jérémie Averous, responsable de ce dossier à l’ASN.

Les installations nucléaires en cours de démantèlement sont diverses; réacteurs EDF de centrales de première génération arrêtées définitivement, centres du Commissariat à l’Energie Atomique en voie de dénucléarisation, ateliers de fabrication de combustible…

Dans les années 90, les exploitants du nucléaire, encadrés par des procédures administratives complexes, privilégiaient une stratégie d’attente: on met l’installation en sommeil pendant une cinquantaine d’années, en attendant que la radioactivité décroisse, avant d’entamer la démolition. C’est aussi la stratégie adoptée en Grande-Bretagne, où les installations arrêtées sont mises sous cocon pendant une centaine d’années.

« Aujourd’hui, les exploitants sont à même d’avoir une vision industrielle du démantèlement », a estimé M. Averous. « Le démantèlement immédiat est préférable », a-t-il ajouté. Selon le « gendarme du nucléaire », les inconvénients de la « solution attentiste » sont nombreux: risques de pertes de compétences des personnels, dangers liés au vieillissement des installations, difficultés pour garantir le financement des opérations.

Délicat et couteux

La nouvelle réglementation, qui fait l’objet d’une note du 17 février (www.asn.gouv.fr), permet de déclencher sans attendre les opérations de démantèlement, avec un démontage qui s’étale sur une période de 15 à 25 ans, selon l’ASN.

Quels que soient les choix énérgétiques qui seront faits par la France (maintien du nucléaire, réduction ou abandon), le démantèlement des installations reste un processus délicat et couteux. A partir de 2020, les premiers des 58 réacteurs en service dans le parc EDF, prévus pour un fonctionnement d’une quarantaine d’années, arriveront en fin de vie et devront être démantelés.

« Les démantèlements d’installations nucléaires effectués dans le passé ont montré que l’opération ne présentait pas de difficultés techniques insurmontables », a estimé l’expert de l’ASN. A condition toutefois que le démantèlement soit prévu dès la conception et que les filières d’élimination des déchets -radioactifs et conventionnels- soient mises en place.

Selon le « gendarme du nucléaire », le coût du démantèlement d’un réacteur est de l’ordre de 15% du coût de construction, soit environ 15 milliards d’euros pour l’ensemble du parc EDF.

Les experts de l’ASN estiment qu’un démantèlement immédiat permet notamment de vérifier si ces sommes ont été correctement provisionnées par l’exploitant. Un problème qui peut s’avérer crucial si tout ou partie de la production d’électricité est un jour privatisée en France.

Greenpeace: baisse alarmante des réserves

d’EDF pour démanteler les centrales

Centrale de Brennilis:

Le bâtiment du réacteur

démantelé à partir de 2005

BRENNILIS (Finistère), 27 mars 03 - La déconstruction du bâtiment abritant le réacteur de la centrale nucléaire de Brennilis débutera en 2005 pour une libération totale du site en 2018, a annoncé jeudi Alain Ensuque, chef du site EDF des Monts d’Arrée.

Il s’exprimait lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion de l’Observatoire du Démantèlement de la centrale.

Le démantèlement de cette centrale de 70 mégawatts qui doit servir de modèle aux futures déconstructions des centrales nucléaires françaises coûtera 480 millions d’euros au total.

Brennilis_SA_n215_janvier1965 DECHETS NUCLEAIRES Extrait de Science et Avenir n°215, janvier 1965.

Prototype industriel conçu en 1962 et destiné à prouver la fiabilité de la filière à « eau lourde », Brennilis a alimenté la Bretagne en électricité de 1967 à 1985.

D’ici 2004, quatre bâtiments auront été démolis notamment celui ayant abrité les déchets solides, un autre réservé au combustible irradié ainsi que la station de traitement des effluents liquides.

150 personnes appartenant pour la plupart à des entreprises sous-traitantes spécialisées travaillent actuellement sur le site.

Une étude menée par un laboratoire privé montre un « très léger marquage sur l’environnement » du fait de la centrale, un marquage qualifié de « très léger, bien inférieur aux seuils réglementaires », a-t-on précisé de même source.

Déconstruction de 48 cheminées de

Superphénix

GRENOBLE, 6 sept 02 - La déconstruction de 48 cheminées, situées sur les générateurs de vapeur du surgénérateur nucléaire Superphénix de Creys-Malville (Isère), a commencé et devrait s’achever dans trois mois, a annoncé vendredi la direction de la centrale.

Ces cheminées représentent un total de 950 tonnes d’acier. Certaines avaient une hauteur de 75 et 80 m et leur démontage va changer la physionomie de la centrale.

Le démontage du surgénérateur se poursuit et, à ce jour, 500 assemblages de combustible situés dans le coeur du réacteur, sur un total de 650, ont été évacués. Le réacteur devrait être vidé de l’ensemble de son combustible à la fin 2002 ou en janvier 2003, a indiqué le chef de cabinet de la centrale, Jean-Louis Regairaz.

Le gouvernement avait décidé en juin 1997 de fermer la centrale nucléaire Superphénix « à cause de son coût excessif ».

EDF s’est donné un délai de 25 ans avant « le retour à la pelouse », c’est-à-dire la déconstruction totale de n’importe quelle centrale nucléaire de son parc.

Le démontage du surgénérateur Superphénix

avance

CREYS-MALVILLE (Isère), 18 mai - Le démontage du surgénérateur Superphénix de Creys-Malville (Isère) vient de franchir une étape importante, avec le déchargement d’un tiers du combustible situé dans le coeur du réacteur, ce qui rend impossible dorénavant « la réaction en chaîne propre à un réacteur nucléaire », a annoncé la direction de la centrale.

203 assemblages fissiles, sur un total de 640, ont été retirés du coeur, et entreposés dans une piscine remplie d’eau prévue à cet effet, a précisé le directeur de la centrale, Bruno Coraça, avant l’ouverture au public vendredi et samedi, pour la première fois de son histoire, de cette usine.

Ces assemblages se présentent sous la forme de barres longues de 5,40 m et d’un poids de 580 ou 740 kilos. Ils contiennent de la matière fissible et une quinzaine de kilos de plutonium et sont immergés au sein du coeur du réacteur dans un bain de sodium. Ce métal liquide a la particularité de s’enflammer au contact de l’air ou de l’eau. Il faut donc « laver » ces éléments et enlever toute particule de sodium avant de les entreposer dans la piscine remplie d’eau.

L’opération est délicate, et on retire en moyenne 4 assemblages par jour ouvrable du coeur du réacteur à neutrons rapide d’une puissance de 1200 MW.

« Ces assemblages dégagent 700 watts, c’est à dire la moitié de la chaleur dégagée par un fer à repasser. Comme la centrale est à l’arrêt depuis 1996, ils ont le temps de refroidir » explique M. Coraça.

Le déchargement du coeur sera achevé mi 2002.

350 agents EDF et 200 salariés de prestataires de service (gardiennage, nettoyage …) travaillent actuellement sur le site.

CLINATEC: CETTE DISCRETE CLINIQUE OÙ L’ON IMPLANTE DES NANOS DANS LE CERVEAU (Agnès ROUSSEAUX / bastamag.net)

SCIENCE-FICTION ?

CLINATEC: CETTE DISCRETE CLINIQUE OÙ L'ON IMPLANTE DES NANOS DANS LE CERVEAU (Agnès ROUSSEAUX / bastamag.net) dans ENVIRONNEMENT cerveauClinatec :

Cette discrète clinique où l’on implante des

nanos dans le cerveau

(Agnès ROUSSEAUX

Un centre de recherche d’un nouveau genre s’apprête à mener ses premières expériences. Implants de nanotechnologies dans le cerveau, neurostimulation, « médecine régénérative », jusqu’à des technologies pouvant changer le comportement : tels seront les recherches menées à Clinatec, à Grenoble, sur des patients volontaires. Problème : une certaine opacité entoure ce projet, résultat d’une alliance entre industrie nucléaire, « start-up » de nanotechnologies et neurochirurgiens. Comment seront encadrées ces recherches ? Quel contrôle sera exercé sur leurs applications commerciales et industrielles ? Basta ! a mené l’enquête.

arton2681-76ea8 AREVA dans NUCLEAIRE

C’est une « clinique expérimentale » où l’on teste des dispositifs électroniques implantés dans le cerveau. Baptisée Clinatec, cette neuro-clinique, pilotée par le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de Grenoble, travaille sur les applications des nanotechnologies dans le champ des neurosciences, en particulier sur les maladies neurodégénératives, comme Parkinson. Mais difficile de savoir ce qui s’y passe vraiment : une certaine opacité entoure ses activités. Cas unique en France, l’établissement est situé en dehors du milieu hospitalier, sur un terrain du CEA dont certains bâtiments sont soumis au secret défense.

Au sein de Clinatec, on parle interface cerveau-machine, neuro-stimulation profonde, nano-implants dans le crâne. Ces dispositifs médicaux inédits seront testées d’ici quelques mois sur des patients. Cette alliance entre l’industrie nucléaire, celle des nanotechnologies et des chercheurs en neurosciences augure mal du nécessaire contrôle démocratique qui devrait encadrer le périlleux usage de ces sciences pour le moins futuristes. Car les nanotechnologies ne sont pas sans poser de nombreux problèmes (lire nos articles à ce sujet). A Clinatec, serait-on en train d’inventer en toute discrétion l’homme bionique de demain, bardé d’électrodes et surveillé par des capteurs ?

Des implants cérébraux contre la dépression ou l’obésité

Point commun de ces recherches : le développement de dispositifs médicaux implantés dans le corps humain. Tel ce kit de stimulation électrique du cerveau qui permet d’atténuer les effets de la maladie de Parkinson. Une sorte de pace-maker cérébral. Plus de 40 000 malades dans le monde ont déjà été « implantés », selon une technique développée par le professeur Alim-Louis Benabid, l’un des concepteurs du projet Clinatec. L’objectif est aujourd’hui de développer des techniques moins invasives, de taille réduite, grâce aux micro et nanotechnologies. Autre exemple : des neuroprothèses, pour permettre à des patients tétraplégiques de contrôler un bras robotisé, via des électrodes implantées dans le crâne. Ou de se mouvoir grâce à un exosquelette motorisé.

Clinatec est le résultat d’un partenariat entre le CEA, le CHU de Grenoble et l’INSERM. Le projet est porté par Jean Therme, directeur du CEA de Grenoble [1] et par le neurochirurgien Alim-Louis Benabid [2], actuellement conseiller scientifique au CEA. Clinatec s’inscrit dans le prolongement des travaux du neurochirurgien sur la stimulation cérébrale profonde et la maladie de Parkinson. Mais le champ de recherche s’élargit : épilepsie, troubles mentaux, troubles obsessionnels compulsifs (Toc)… Le directeur de Clinatec, François Berger, professeur de médecine [3], évoque la possibilité de traiter l’obésité ou l’anorexie par la neuro-stimulation [4]. Et peut-être, demain, la dépression.

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Ces champs de recherche inédits, avec des technologies dont on ne maîtrise pas les conséquences, ne semble pas émouvoir outre mesure les pouvoirs publics. L’Agence Régionale de Santé (ARS) a délivré une autorisation en 2010 pour l’ouverture de Clinatec. Après une visite de contrôle, le 16 avril 2012, un arrêté autorise l’activité du centre en tant que « lieu de recherches biomédicales dédiées aux applications des micro-nanotechnologies à la médecine ». Une définition bien vague. Qu’importe, les recherches peuvent commencer. Se feront-elles de la même opacité que celle qui entoure l’élaboration du projet dès son origine ?

Geneviève Fioraso, ministre de Clinatec

La construction de Clinatec est lancée en 2008 avec une « procédure restreinte » : le CEA en tant qu’organisme de droit public classé défense n’est pas soumis au Code des marchés publics. Le culte du secret est fortement critiqué par ses détracteurs. Pourquoi faire de la recherche clinique en dehors d’un hôpital ? Quel est le statut de Clinatec ? A-t-il un comité d’éthique ? Qui compose son « directoire », dont font partie François Berger et Alim-Louis Benabid ?

« Nous n’avons pas voulu parler du projet tant que nous n’avions pas l’autorisation (de l’ARS, ndlr), répond aujourd’hui François Berger, interrogé par « Basta ! »Nous commençons tout juste à communiquer. Nous avons aussi décidé de ne pas faire une communication de science-fiction, mais d’être plus humbles sur ce qu’on fait à Clinatec. » 

Après l’opacité, le temps de la transparence ?

Le projet Clinatec est ardemment soutenu par la ville de Grenoble. Son maire, Michel Destot (PS), en est un fervent partisan. Rien d’étonnant : ancien ingénieur du CEA, il a aussi dirigé une start-up née dans le giron de celui-ci. En tant que maire, il préside depuis 1995 le CHU de Grenoble, autre acteur clé de Clinatec. Lors des dernières élections municipales, le Professeur Alim-Louis Benabid figure sur sa liste. Le chercheur a également présidé le comité de soutien de Geneviève Fioraso, alors adjointe à la Ville de Grenoble, lors des dernières législatives.

Clinatec, rêve des ingénieurs du nucléaire

Geneviève Fioraso : l’actuelle ministre de l’Enseignement Supérieur la Recherche, chargée de l’« innovation » dans l’équipe de campagne de François Hollande, est une autre actrice clé de Clinatec. La société d’économie mixte qu’elle préside, la SEM Minatec entreprises, accueille Clinatec sur son pôle d’activité. Son concubin, Stéphane Siebert, est directeur adjoint du CEA Grenoble. « Destot, Fioraso, Siebert, c’est le CEA dans la mairie, Fioraso à l’enseignement supérieur, c’est le CEA au ministère »analyse l’écologiste grenoblois Raymond Avrillier.

« Le directeur du CEA nous fait courir, mais nous suivons », confie Geneviève Fioraso [5], à propos de Jean Therme. Directeur du CEA Grenoble, il est le concepteur de Clinatec. Un « rêve » débuté le 2 juin 2006 dans son bureau, en présence d’Alain Bugat, ingénieur général de l’Armement [6], alors administrateur général du CEA, et de Bernard Bigot alors Haut-Commissaire à l’Energie Atomique (et aujourd’hui vice-président du Conseil de Surveillance d’AREVA et Administrateur Général du CEA) [7]. Ce rêve caressé par les hommes du nucléaire, civil et militaire, se muera-t-il en cauchemar pour la démocratie ?

Secret industriel ou secret défense ?

Des élus locaux de poids, le CEA, l’argument de l’innovation : c’est donc sans surprise que le projet est financé par un contrat de plan entre État et région. Plus de 20 millions d’euros sont abondés par l’État et les collectivités [8]. La municipalité de Grenoble participe à hauteur de 2,2 millions d’euros. Sans information ni approbation du Conseil municipal, tempêtaient en 2009 les élus écologistes, qui ont publié un dossier complet sur Clinatec. Malgré leurs demandes répétées et un avis favorable de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs, ces élus affirment n’avoir obtenu en deux ans d’enquête qu’un seul document de la part des services de l’État. Motif : secret industriel ou secret défense.

Clinatec-83259 CEA dans SANTE PUBLIQUE

Trois ans plus tard, les chercheurs peuvent désormais officier. Mais avant le lancement des essais cliniques, un autre feu vert doit être donné par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM), ainsi qu’un Comité de Protection des Personnes (CPP), comme le veut la loi sur la recherche biomédicale. Problème : du côté de l’ANSM et des CPP de la région Rhône Alpes, personne n’a vu passer de demande d’autorisation. « Normal », répond la responsable du pôle recherche du CHU de Grenoble : « Il n’y a pas de projets de recherche clinique en cours. »

Premiers patients en février 2013

Les recherches en seraient au stade de « projets de projets », pas encore aux « protocoles de recherche » ou aux essais cliniques. Une date est-elle prévue pour l’accueil de patients ? « Aucun calendrier n’est fixé », répond la responsable du CHU. Visiblement les questions ne sont pas les bienvenues. « La date d’inauguration de Clinatec est le secret le mieux gardé de Grenoble », ironise de son côté le collectif grenoblois Pièces et Main d’œuvre (PMO), très opposé au projet (lire notre entretien).

Selon l’arrêté de l’Agence Régionale de Santé d’avril 2012, les recherches biomédicales doivent cependant être entreprises dans l’année, sinon l’autorisation devient caduque. Le lieu est opérationnel, confirme-t-on au CHU, et« des projets de l’hôpital pourraient basculer sur ce site ». Par exemple ? Un« réglage de machines sur volontaires sains »… Le premier protocole de recherche – non-thérapeutique – est prévu pour mi-novembre, confirme François Berger, à « Basta ! ».

Une cinquantaine de personnes travaillent déjà à Clinatec, précise son directeur. Les premiers protocoles chirurgicaux sur des patients sont prévus pour février-mars 2013. Reste à obtenir les autorisations.

Bloc opératoire du futur

Ingénieurs et médecins seront donc réunis dans un même bâtiment sécurisé de 6 000 m2 [9], qui n’est pas un établissement hospitalier. Avec une mission commune : placer des nanos dans la tête de patients-cobayes. Ils bénéficieront de moyens conséquents : labos de recherche, zones expérimentales pré-cliniques, blocs opératoires et même une animalerie pour fournir des cobayes – rats, mini porcs et primates – avant les tests sur les humains.

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Ceux-ci séjourneront dans une « salle d’opération du futur où médecins et technologues uniront leurs compétences », et six chambres d’hospitalisation. Pour que médecins et ingénieurs puissent se comprendre, « il faut que les ingénieurs soient présents dans le bloc opératoire jusqu’à la fin », plaide François Berger. Les innovations « seront testées sur des patients volontaires qui auront donné leur consentement éclairé », décrit Clinatec, précisant que les« activités médicales et chirurgicales de CLINATEC® relèvent des chercheurs et des chirurgiens d’organismes de recherche (Inserm) ou de CHU ». Et non du Commissariat à l’Energie Atomique. Les patients apprécieront.

« Transfert de connaissances à l’industrie »

Mener des recherches, y compris sur des êtres humains avec des technologies à risques, est une chose. En commercialiser les applications pour l’industrie en est une autre. Cette frontière entre essais cliniques et applications industrielles existe-t-elle à Clinatec ? Le centre est un « hôtel à projets, ouvert aux collaborations académiques et industrielles ». L’infrastructure peut être louée pour des recherches publiques comme privées. Clinatec est décrit comme permettant le « transfert de connaissances et de savoir-faire à l’industrie » [10] et présenté comme un partenariat public-privé exemplaire. En intégrant en un même lieu toutes les compétences nécessaires, les promoteurs du projet espèrent « accélérer le processus de transfert des technologies vers le patient ». Via l’industrie pharmaceutique ou médicale.

Avant même que les travaux ne commencent, les possibilités de débouchés économiques semblent assurés. Le Laboratoire d’Electronique et de Technologies de l’Information (Leti) du CEA Grenoble, dont dépend Clinatec, est particulièrement attaché aux collaborations étroites avec le secteur privé. Son slogan ? « L’innovation au service de l’industrie ». Son objectif ? Contribuer à« renforcer la compétitivité de ses [365] partenaires industriels ». Le LETI se targue d’être l’un des instituts de recherche les plus prolifiques au monde en matière de start-up technologiques. La proximité géographique de Clinatec avec les entreprises du site – Siemens, Philips, Thales, Bio-Mérieux, Becton Dickinson ou Sanofi Aventis – semble assurément un atout pour accélérer le transfert de ces innovations nano-médicales !

Quels débouchés commerciaux ?

Une société états-unienne, Medtronic, commercialise déjà les « kits de stimulation cérébrale neurologique profonde » à destination des personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Un système qui est l’aboutissement travaux du professeur Alim-Louis Benabid. La firme, surnommée « le Microsoft des implants médicaux » selon PMO, a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires de 16,2 milliards de dollars, sans doute grâce à la nouvelle version de son stimulateur neurologique [11].

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© Medtronic / Dossier de presse Clinatec

Grâce à cet implant, les patients peuvent améliorer leurs facultés de parole ou de mobilité. Mais il ne faut pas se tromper de programme, la stimulation de la fonction « parole » pouvant entraver la mobilité et réciproquement [12] ! Cette technologie reste à risque : mal implantée, elle peut provoquer le coma, voire le décès du patient.

Du traitement de Parkinson à la « médecine régénérative »

« La définition de nouvelles voies pour la médecine de demain implique une nouvelle culture de la recherche », précise le dossier de présentation de Clinatec. On espère aller bien au-delà de ces premières utilisations. Les chercheurs travailleront principalement sur la neurostimulation, l’administration localisée de médicaments (grâce à des pompes situées dans le corps par exemple) ou la suppléance fonctionnelle (des machines qui prennent le relais de fonctions défaillantes). Ils pourraient se pencher également sur la stimulation magnétique pour lutter contre la dépression.

On s’aventure ici beaucoup plus loin que le traitement des mouvements incontrôlés de la maladie de Parkinson. Il s’agit de stimuler par des électrodes le circuit cérébral de la récompense, comme le montrent des expériences menées en Allemagne sur le traitement de la dépression sévère. A Grenoble, on n’en est qu’à la recherche théorique, pas encore aux essais cliniques sur ce sujet, précise François Berger. Aurons-nous bientôt des implants cérébraux pour effacer nos mauvais souvenirs, stimuler notre jovialité, ou changer notre perception du monde ?

En 2008, le directeur du centre pointait une autre application possible : l’utilisation d’implants pour une « médecine régénérative ». La neurostimulation débuterait avant l’apparition des symptômes, pour ralentir le processus dégénératif. Elle « devrait alors être beaucoup plus précoce, peut-être pré-clinique, dans l’hypothèse où l’on disposerait de bio marqueurs, ce qui ne manquerait pas de poser des problèmes éthiques [13]  », admet François Berger… Imaginez des électrodes implantés dans le cerveau à la naissance, qui s’activeront pour prévenir le vieillissement.

« On peut changer la personnalité de quelqu’un »

« Avoir des outils implantés qui traiteront la maladie avant qu’elle n’apparaisse peut aussi être un avantage, même si cela a un côté impressionnant », argumentait François Berger devant les parlementaires. « C’est vrai qu’un des buts de la nanomédecine est de ne pas avoir à réparer. (…) À travers la nanomédecine, on dressera une nouvelle frontière entre le normal et le pathologique. Il faudra être extrêmement prudents. Il s’agit de décisions de société », prévient le directeur de Clinatec [14].

Qu’en pense son collègue Alim-Louis Benabid ? « Avec les électrodes et les implants cérébraux, on peut changer la personnalité de quelqu’un qui était anormal, pour le remettre dans la normalité. On peut faire passer les gens d’un état suicidaire à un état jovial. Faut-il en conclure qu’on peut manipuler les gens et les faire marcher au pas cadencé ? Certes, mais on les fait tellement marcher au pas cadencé par d’autres moyens », aurait-il déclaré en janvier [15]. Pour l’Union Syndicale de la Psychiatrie, pas de doute : « La création de Clinatec constitue manifestement un pas de plus dans une fuite en avant techno-scientiste qui n’a d’autre finalité que de contrôler les populations, en réduisant l’homme à son cerveau, à son comportement, à son utilité, à sa docilité. »

Quid du principe de précaution ?

Clinatec incarne donc une « nouvelle culture de la recherche » aux implications sans précédents pour l’être humain, qui vise de surcroît à « accélérer » le transfert de ces technologies à l’industrie. Un double objectif loin d’être compatible avec le principe de précaution. « Le clinicien que je suis ne peut cependant que lancer un cri d’alarme : attention au principe de précaution. Trop de régulation tue l’innovation thérapeutique », déclarait ainsi François Berger lors d’une audition par l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques« A l’évidence, les citoyens ont peur », constatait le chercheur, qui salue l’organisation de conférences pour donner aux chercheurs« la possibilité d’éduquer des citoyens » sur le sujet.

« Faire croire que l’on imposerait un « nanomonde » totalitaire à la population sans débat préalable relève non seulement de la manipulation mensongère mais aussi d’une forme de paranoïa politique bien connue, qui s’appuie sur la théorie du complot, la haine des élites (sic), des élus, des responsables »lançait le maire de Grenoble Michel Destot, lors de l’inauguration du pôle Minatec en 2006. « On parle beaucoup de principe de précaution pour les domaines où l’on ne voit pas très clair, où les scientifiques ne peuvent prendre position. L’application de ce principe conduit à mon sens à l’inaction et à l’immobilisme, ce qui ne me semble pas le meilleur choix »estime l’élu, qui semble préférer l’action et le volontarisme – indéniable en matière nucléaire… – du CEA en la matière. Tout questionnement philosophique et éthique serait-il assimilé à de la craintive inertie ?

Des bugs dans le cerveau

Implanter des électrodes dans le cerveau n’est cependant pas sans danger :« Une mauvaise localisation de l’électrode risque aussi de provoquer des rires ou, au contraire, des états de tristesse », pointe François Berger [16]. Et la technique pas tout à fait sûre : des chercheurs de l’entreprise d’informatique McAfee ont découvert le moyen de détourner une pompe à insuline installée dans le corps d’un patient. Ils pouvaient injecter d’un coup l’équivalent de 45 jours de traitement… D’autres ont montré la possibilité de reprogrammer à distance un défibrillateur implanté. Et les bugs informatiques de ces dispositifs médicaux ne sont pas rares [17].

Un hacker aurait même trouvé le moyen de pirater à distance les pacemakers, et de provoquer des chocs électriques mortels en réécrivant le code informatique… Imaginez les conséquences sur le cerveau ! Medtronic, principal fabricant de stimulateurs neurologiques, conseille d’éviter les portiques de sécurité des aéroports, et prévient que le neurostimulateur peut s’allumer ou s’éteindre lorsqu’il se trouve à proximité de petits aimants permanents, comme ceux des haut-parleurs ou des portes de réfrigérateur.

Une version high tech de l’électrochoc ?

La nano-miniaturisation de ces dispositifs les rendra-t-il plus sûrs ? Ou au contraire plus incontrôlables ? Dans la course aux nanotechnologies [18], des projets comme Clinatec sont présentés comme des symboles de l’excellence française. Que nous réserve le passage de la médecine actuelle, basée sur l’anatomie et les symptômes, à la nano-médecine « régénérative » ? Où se situe la limites entre médecine et « augmentation » humaine, chère aux transhumanistes ? Jusqu’où peut-on plonger dans le cerveau ?

Et est-il souhaitable de traiter les symptômes plutôt que les facteurs environnementaux des maladies neurodégénératives ? La neurostimulation,« corrige les symptômes, et non la pathologie. Autrement dit, comme le reconnaît Benabid lui-même, les électrodes ne soignent pas. Appliquées aux souffrances psychiques, elles ne sont que la version high tech de l’électrochoc, analyse le collectif Pièces et Main d’œuvre. Peu importe la cause de la dépression, de l’addiction, du désordre alimentaire, des TOC : envoyez la bonne fréquence et n’en parlons plus. »

Choix de société

Si ces techniques ont permis de rendre la vie de malades de Parkinson plus facile, les risques de dérive n’en sont pas moins immenses. Les neuroprothèses liant homme et machine existe depuis quelques décennies. Mais « la miniaturisation due aux nanotechnologies promet un saut qualitatif inédit », résume PMO. L’utilisation des nanotechnologies est d’ores et déjà envisagé « à des fins agressives, qu’elles soient militaires, ou consuméristes », pointait en 2007 le Comité Consultatif National d’Ethique« Investir sans réflexion sociétale, sans conscience de la dignité humaine, avec une sorte de naïveté, dans un environnement et une médecine qui produiraient a priori le bien être et la santé par les nanotechnologies aboutirait de façon paradoxale à « exiler l’homme de lui-même ». »

Des inquiétudes que ne semblent pas partager les promoteurs de Clinatec. 60 000 personnes reçoivent chaque année en France un pacemaker pour leurs insuffisances cardiaques, explique le dossier de présentation de Clinatec, et« un nombre encore plus conséquent de personnes disposent de prothèses auditives et le port de lunettes est très largement répandu dans nos sociétés ». Pourquoi donc s’inquiéter d’un « dispositif médical » de plus ? Des lunettes aux nanoélectrodes dans le cerveau, il n’y aurait qu’un pas, suggèrent les promoteurs de Clinatec. Un pas que nous sommes en train de franchir, sans aucun débat.

Agnès ROUSSEAUX

bastamag.net

@AgnesRousseaux sur twitter

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Résumé du fonctionnement de Clinatec (dossier de présentation du CEA) :clinatec_schema_CEA-2deba GRENOBLE

Notes:

[1] Les deux objectifs majeurs du CEA sont : « devenir le premier organisme européen de recherche technologique et garantir la pérennité de la dissuasion nucléaire », rappelle le dossier de présentation de Clinatec

[2] Alim Benabid est professeur émérite de l’Université Joseph Fourier, il a été Chef du service de neurochirurgie au CHU Grenoble de 1989 à 2004 et Directeur de l’Unité INSERM U318 de 1988 à 2007, membre de l’Académie des Sciences et de l’Académie de Médecine.

[3] François Berger, Institut des neurosciences de Grenoble, équipe nano médecine et cerveau (INSERM- CEA)

[4] Audition devant l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques du 7/11/06

[5] Source : Les Échos, 21/10/2008.

[6] Membre du conseil d’administration de DCNS, EDF et COGEMA.

[7] Source : Le mensuel, journal interne du CEA, n°150, mai 2011, cité par PMO

[8] Une partie du financement est également apporté par la Fondation philanthropique Edmond J. Safra.

[9] Voir les détails donnés par l’architecte

[10] Notamment lors de colloques organisés sous égide de Nicolas Sarkozy et de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, en 2009 et 2010

[11] « Avec batteries sans fil rechargeables à travers la peau par induction (comme les brosses à dents électriques) », explique un site suisse sur la maladie de Parkinson. Ce dispositif est remboursé par la Sécurité sociale.

[12« Les patients chez lesquels la stimulation permet une amélioration de la mobilité mais limite également la faculté de la parole peuvent passer, selon la situation, d’un programme « mettant l’accent sur le langage » (par exemple téléphoner, discuter) à un programme « mettant l’accent sur le mouvement » (par exemple marcher, écrire) »Source : Parkinson.ch.

[13] Source : Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, Exploration du cerveau, Neurosciences : Avancées scientifiques, enjeux éthiques, Compte-rendu de l’audition publique du 26 mars 2008

[14] Audition devant l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, 7/11/06.

[15] Lors d’une présentation publique à Saint-Ismier, le 17 janvier 2012, propos rapportés par PMO

[16] Pour Luc Mallet, Psychiatre, chercheur au Centre de Recherche de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM), les observations sur les erreurs d’implantation ont montré, de façon décisive, la possibilité d’agir sur des comportements, des affects, des cognitions, en modulant de façon très précise de toutes petites zones au coeur du cerveau, les « ganglions de la base », alors que jusqu’à présent, on mettait en avant le rôle de ces petites structures dans la motricité. « La stimulation de zones très précises, par exemple, dans une petite zone qui s’appelle « noyau sous-thalamique », qui est toute petite (à l’échelle des millimètres), peut induire un état d’excitation et d’euphorie. »Source : Audition par le Sénat, le 29 juin 2011

[17] L’Organisation américaine de l’alimentation et des médicaments (FDA) s’est penchée sur le cas des pompes à perfusion qui auraient causé près de 20 000 blessures graves et plus de 700 morts entre 2005 et 2009, à cause d’erreurs de logiciels. Source

[18] Dans le cadre du Grand Emprunt, l’État a investi un à deux milliards dans la micro-nanoélectronique

UN RAPPORT DU SENAT DENONCE LA SOUS-EVALUATION DES RISQUES LIES AUX PESTICIDES (Laurent RADISSON / actu-environnement.com)

Un rapport du Sénat dénonce la sous-évaluation

des risques liés aux pesticides

UN RAPPORT DU SENAT DENONCE LA SOUS-EVALUATION DES RISQUES LIES AUX PESTICIDES (Laurent RADISSON / actu-environnement.com) dans ENVIRONNEMENT dispersion-pesticides

Les risques des pesticides pour la santé sont sous-évalués. C’est le constat opéré par la mission commune d’information sur les pesticides du Sénat. A la clé, une centaine de recommandations.

Un rapport du Sénat dénonce la sous-évaluation des risques liés aux pesticides

La Mission Commune d’Information sur les Pesticides et leur impact sur la santé, présidée par Sophie Primas (UMP – Yvelines) et dont le rapporteur est Nicole Bonnefoy (Soc. – Charente), a rendu public aujourd’hui son rapport sur les pesticides et la santé. La mission, constituée de 27 sénateurs représentant tous les groupes politiques, a procédé à 95 auditions et entendu 205 personnes. « Nous avons fait fi des a priori« , estime Sophie Primas pour aboutir à un « rapport équilibré« . Une étude votée à l’unanimité, qui propose une centaine de recommandations qui vont d’un contrôle de validité des autorisations de mise sur le marché à une modification des pratiques agricoles, en passant par une meilleure prévention des risques d’exposition professionnelle.

Une certaine « omerta » dans le secteur agricole

Que dit ce rapport ?

Il fait le constat d’une situation peu satisfaisante. Premièrement, les dangers et les risques des pesticides pour la santé sont sous-évalués. Sophie Primas parle d’une certaine « omerta » ou, tout du moins, d’une non-prise de conscience qui régnait dans le monde agricole mais qui est en train de se lever. Nicole Bonnefoy se dit d’ailleurs frappée par le contraste entre les précautions prises par les industriels qui fabriquent ces substances et la réalité des pratiques agricoles.

Conçues après la Seconde Guerre Mondiale dans une logique productiviste, « les pratiques industrielles, agricoles et commerciales actuelles n’intègrent pas suffisamment la préoccupation de l’innocuité pour la santé du recours aux pesticides« , analyse la sénatrice socialiste.

Contrôler la validité des AMM au bout de cinq ans

« Le suivi des produits après leur mise sur le marché n’est qu’imparfaitement assuré au regard de leurs impacts sanitaires réels et les effets des perturbateurs endocriniens sont mal pris en compte« , ajoute Nicole Bonnefoy. D’où la proposition de contrôler la validité des autorisations de mises sur le marché (AMM) au bout de cinq ans, à partir d’un rapport d’étape réalisé par un laboratoire choisi par l’ANSES et financé par le fabricant.

Le sénateur Henri Tandonnet (UDI – Lot-et-Garonne) a pointé, quant à lui, les disparités dans les législations UE et hors UE, mais aussi au sein même de l’Europe, qui sont à la source de fraudes. Résultats : « il n’y a pas de garantie pour le consommateur sur les produits traités par des pesticides« , dénonce-t-il.

En bref, des produits agricoles sont commercialisés en France alors qu’ils ont été traités dans d’autres pays avec des pesticides interdits dans l’Hexagone. D’où la nécessité d’harmoniser les procédures d’AMM entre Etats européens et de renforcer la coopération transfrontalière contre la fraude.

La mission préconise également de rendre publiques les études sur la santé, notamment celles précédant une AMM. « Seuls des tests sur les effets à long terme sur la santé de l’ensemble des substances contenues dans un produit et sur les effets synergiques, ou cocktails, peuvent assurer une évaluation complète« , précise Nicole Bonnefoy.

Améliorer la protection contres les pesticides

La mission a également constaté que les protections contre les pesticides n’étaient pas à la hauteur des risques. D’où plusieurs recommandations portant sur les équipements de protection individuelle (EPI), comme la conception conjointe du pesticide et de l’EPI correspondant.

Le rapport propose également de formuler les produits sous forme liquide plutôt qu’en poudre, d’améliorer leur conditionnement et d’instaurer la tenue d’un registre des expositions professionnelles tant dans les usines de fabrication que dans les exploitations agricoles. Gérard Le Cam (CRC – Côtes d’Armor) pointe, quant à lui, les problèmes de santé que peuvent rencontrer les salariés des sites de stockage de grains.

Plusieurs recommandations du rapport visent d’ailleurs à améliorer la reconnaissance des maladies professionnelles. Une revendication qui est d’ailleurs à l’origine de la création de la mission d’information, sensibilisée par le combat de Paul François, agriculteur charentais victime d’un herbicide.

Réorienter l’agriculture, renforcer la formation et la recherche

Dernier constat, celui de la nécessité de renforcer le plan Ecophyto.

Alors qu’il vise à réduire de 50% la quantité de pesticides utilisés en France à l’horizon 2018, l’utilisation de pesticides a augmenté de 2,5% en 2011. Pour remédier à cela, la sénatrice Bernadette Bourzai (Soc. – Corrèze) préconise d’accélérer la mise en place des outils existants mais aussi, plus novateur, de cibler les régions et les secteurs de production les plus consommateurs, c’est-à-dire les vignes, l’arboriculture et les cultures maraîchères.

Parmi les recommandations, on peut noter les suivantes : ne traiter que les zones infectées des cultures, mettre fin aux dérogations à l’interdiction d’épandage aérien des pesticides, mais aussi… une disposition relative aux cahiers des charges de l’agro-alimentaire qui prévoirait que « toute clause relative à la liste et aux quantités des pesticides à utiliser [serait] réputée non écrite« .

Chantier de plus long terme, il s’agit plus fondamentalement de réorienter l’agriculture : respect des principes de base de l’agronomie, diversification des cultures, maintien de la qualité des sols, agroforesterie, rotations des cultures, cultures bio, recours aux préparations naturelles peu préoccupantes(PNPP)…

Sophie Primas a également souligné « la nécessité de renforcer la formation et la recherche« . Formation initiale au sein de tous les établissements d’enseignement agricole mais aussi formation continue, à travers un financement pérenne de la formation Certiphyto et le développement des travaux pratiques au sein de celle-ci. L’effort doit aussi porter sur la formation d’agronomes, entomologistes et toxicologues afin de « mieux évaluer les risques, d’orienter les travaux vers la recherche de produits de substitution (bio contrôle par ex.), les méthodes alternatives, et (…) de mener des travaux en matière de sélection variétale en collaboration avec le privé« .

La hiérarchisation des actions en question

Face à la centaine de propositions formulées par la mission, la question de la hiérarchisation des actions et de leur mise en œuvre se pose légitimement. « Le rapport fera l’objet d’un débat en séance plénière en janvier 2013« , souligne Nicole Bonnefoy. Mais les sénateurs souhaitent également faire avancer ces propositions à travers leur travail parlementaire : amendements, propositions de lois, questions écrites ou orales…

Et de citer parmi les actions pouvant être mises en œuvre à court terme : faire sauter le plafond d’emploi appliqué à l’ANSES de manière à ce qu’elle puisse recruter les experts nécessaires, mutualiser les données épidémiologiques actuellement éclatées entre différents acteurs (MSA, InVS, centres anti-poisons, registres du cancer, etc.), ou encore, pour les collectivités locales, ne plus utiliser de pesticides dans les espaces publics comme le préconise Joël Labbé (EELV – Côtes d’Armor).

Henri Tadonnet a également évoqué l’instauration d’une action collective dans le domaine de la santé comme le prévoit le projet de loi « consommation » qui doit être discuté au printemps 2013. Cette procédure serait adaptée aux victimes des produits phytosanitaires, estime le sénateur, compte tenu de la complexité des produits et du coût des expertises nécessaires. Enfin, la notion de « préjudice d’angoisse » en cas de risque de contamination lié à l’exposition professionnelle à des pesticides pourrait également être inscrit dans la loi.

Laurent RADISSON

actu-environnement.com

FUKUSHIMA: LES TAUX OFFICIELS DE RADIATION NE SONT PAS FIABLES !…RIEN D’ETONNANT…D’AILLEURS, EN FRANCE…CE SERAIT LA MÊME CHOSE ! (Thierry LAMIREAU)

Fukushima:

FUKUSHIMA: LES TAUX OFFICIELS DE RADIATION NE SONT PAS FIABLES !...RIEN D'ETONNANT...D'AILLEURS, EN FRANCE...CE SERAIT LA MÊME CHOSE ! (Thierry LAMIREAU) dans ENVIRONNEMENT fukushima2Les taux officiels de radiation ne sont pas fiables

TOKYO – Les mesures de radiation effectuées par les autorités japonaises dans la région autour de la centrale nucléaire de Fukushima ne sont pas fiables, a affirmé mardi 23 octobre 2012 à Tokyo l’organisation Greenpeace, selon qui les populations seraient exposées à treize fois la limite autorisée.

Selon Greenpeace, des niveaux de radiation supérieurs à 3 microsieverts par heure ont été relevés dans des parcs et des écoles de la ville de Fukushima, alors que la limite a été fixée à 0,23. La ville de Fukushima, capitale de la préfecture du même nom, est située à une cinquantaine de kilomètres de la centrale nucléaire accidentée, Fukushima Daiichi.

Nous avons découvert que les appareils de mesure installés par le gouvernement sous-évaluaient systématiquement les niveaux de radiations, a déclaré Rianne Teule, experte en radiation de Greenpeace. Selon elle, ils sont protégés des radiations par les structures métalliques ou de béton environnantes, ce qui fausse les mesures.

Ces appareils ont été placés dans des zones décontaminées. Cependant nos propres mesures montrent qu’à peine un peu plus loin les niveaux remontaient de façon significative, a-t-elle poursuivi.

Rianne Teule a également affirmé que les travaux de décontamination ont été sérieusement retardés et de nombreux endroits très irradiés signalés régulièrement par Greenpeace existent toujours.

Lors de tests effectués la semaine dernière pendant quatre jours, Greenpeace a ajouté avoir mesuré des taux au-dessus de la norme légale dans le village d’Iitate où le gouvernement espère renvoyer bientôt les habitants évacués après la catastrophe.

Il est peu probable que cette zone montagneuse et très forestière redevienne sûre avant quelques années, a estimé Kazue Suzuki, de Greenpeace Japon

Le gouvernement donne de faux espoirs aux victimes du désastre, a-t-elle ajouté. 

Consécutif à un séisme de magnitude 9 et à un tsunami géant, l’accident de Fukushima, le pire depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, avait provoqué d’importantes émissions radioactives dans l’air, les eaux et les sols de la région de la centrale, située à 220 km au nord-est de Tokyo. Une centaine de milliers de personnes avaient dû quitter leur domicile.

(©AFP / 23 octobre 2012 11h10)

REMARQUES:

(Le Souffle c’est ma Vie / Thierry LAMIREAU)

Dans une situation similaire en FRANCE nous aurions la même

sous-évaluation (tricherie) des instances officielles et de l’Etat

français.

Il faut d’ailleurs noter que c’est déjà une PRATIQUE COURANTE de AREVA sur les anciens sites des mines d’uranium françaises !…

Tricher sur les mesures, déplacer les instruments de mesure si les résultats sont trop forts, faire disparaître des documents et des mesures si les niveaux de radiations sont trop élevés, cacher les pollutions avec un peu de terre en surface pour « faire beau », etc.

L’Etat français MENT,

MANIPULE les chiffres et la conscience

de la population

pour dire que tout va bien

et que « tout est rentré dans l’ordre »…

même technique CRIMINELLE qu’au JAPON !

En FRANCE comme au JAPON,

des RESPONSABLES ET COUPABLES

DEVRAIENT FINIR LEURS JOURS

EN PRISON !

Qui pense encore que l’accident nucléaire est

impossible en France alors que les autorités s’y

préparent ?


[Rappel: Le raport WASH-740, de la Commission de l’Energie Atomique des États-Unis de mars 1957 sur les possibilités théoriques et conséquences d’accidents majeurs dans les centrales nucléaires de forte puissance…]

Trois textes sont parus au Journal Officiel qui montrent, d’une part la militarisation de la société engendrée par les risques nucléaires, et d’autre part donnent les niveaux d’intervention sanitaire en situation «  d’urgence radiologique  ».

-Protection du secret- défense

Le premier texte, l’arrêté du 24 juillet 2003 publié au JO le 9 août 2003 relatif à  » la protection du secret de la défense nationale «  a suscité une rapide mobilisation d’individus et d’associations avec recours en annulation déposé devant le Conseil d’Etat par la CRIIRAD, Reporters sans frontières et Greenpeace. Cet arrêté va bien plus loin qu’une atteinte à la diffusion d’informations relatives aux transports de combustibles. Comme l’écrit la CRIIRAD dans son appel à mobilisation joint à la pétition nationale, cet arrêté implique une restriction considérable de la liberté d’expression et la lourdeur des sanctions pourrait réduire au silence n’importe quelle association.
Cet arrêté s’inscrit dans un contexte qui entérine la main mise de la défense nationale dans la gestion d’accidents nucléaires ou radiologiques sur des installations civiles.

-La main mise de la défense nationale dans la gestion des accidents nucléaires civils est corroborée par la parution au JO d’un deuxième texte, le décret présidentiel n° 2003-865 du 8 septembre 2003  » portant création du Comité Interministériel aux Crises Nucléaires ou Radiologiques  » (CICNR)

Ce décret annule celui du 4 août 1975 ­c’était avant Three Mile Island- qui instituait un Comité Interministériel de la Sécurité Nucléaire (CISN) et a été modifié à plusieurs reprises. Dans toutes ces différentes versions au cours des années (1) il y avait une constante : le secrétaire général de ce Comité Interministériel de la Sécurité Nucléaire (CISN) avait le rôle primordial d’assurer en permanence l’information du Président de la République et du Premier Ministre lors de tout incident ou accident sur des installations civiles, c’est à lui que devaient aboutir les informations des ministres de l’intérieur, de l’industrie, de la santé, des transports. De plus en cas d’incident ou d’accident sur une installation ou de transports relevant de la défense, le Ministre de la Défense prévenait le secrétaire général de la défense nationale et aussi le secrétaire du CISN. Ainsi ce dernier avait toutes les informations des secteurs tant civil que militaire.

Le rôle du militaire dans le nouveau décret créant le CICNR: 
Avec ce nouveau décret qui fait explicitement référence dans les attendus aux attributions du secrétaire général à la défense nationale, celui-ci a un rôle prépondérant.
Art. 1er  » En cas d’accident survenant dans une installation nucléaire de base une installation nucléaire de base secrète, au cours d’un transport de matières nucléaires ou radioactives intéressant le secteur civil ou la défense ou sur tout système nucléaire militaire, ainsi qu’en cas d’attentat ou de menace d’attentat ayant ou pouvant avoir des conséquences nucléaires ou radiologiques, le Premier Ministre peut réunir un Comité Interministériel aux Crises Nucléaires ou Radiologiques (CICNR). Ce comité est chargé de proposer au Premier Ministre les mesures à prendre (…) le secrétariat général à la défense en assure le secrétariat. [souligné par moi]
Art. 2 (…) c’est «  le secrétaire général à la défense nationale qui est informé sans délai de la survenue d’un accident, attentat ou d’une menace de nature nucléaire ou radiologique. Il assure alors la synthèse de l’information destinée au Président de la République et au Premier ministre « .

Dans un pays comme le nôtre qui a connu la sombre histoire des Irlandais de Vincennes on peut s’inquiéter des définitions et interprétations concernant « les menaces d’attentat ayant ou pouvant avoir des conséquences », s’inquiéter des dérives et de la perte de libertés que cela entraîne automatiquement. Mais le terrorisme existe, il ne faut pas faire l’autruche. La militarisation de la société est liée à la possibilité de l’accident nucléaire, c’est bien une des raisons qui nous ont conduits à être antinucléaires dans les années 70 (et à être considérés comme des catastrophistes par certains écologistes).

-Les niveaux d’intervention en situation d’urgence radiologique : mise à l’abri, prise d’iode stable, évacuation. 

Les  » contre-mesures « , actions de protection à entreprendre en cas d’urgence radiologique, étaient dans les tiroirs des préfets depuis un bon moment. Nous les avons indiquées fin 1998 : «  Quand la transparence est opaque : les normes d’intervention en cas d’accident nucléaire grave  » dans la Lettre d’information du comité Stop-Nogent (n°82, oct.1998-janv. 1999. Elles sont enfin sorties dans l’ » Arrêté du 13 octobre 2003 relatif aux niveaux d’intervention en situation d’urgence radiologique  » publié au JO (4 novembre 2003, 18766). L’arrêté est signé par A.-C. Lacoste, le Directeur Général de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection, par délégation pour le Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes Handicapées.
Les niveaux d’intervention concernent la phase d’urgence dont la durée n’est pas précisée. (En général on considère qu’elle ne doit pas excéder 48 heures). L’arrêté fait état de l’article R. 1333-80 du Code de la santé publique. Si on s’y réfère on lit : « des actions de protection de la population doivent être mises en oeuvre dès lors que les prévisions d’exposition aux rayonnements ionisants et leurs conséquences sanitaires dépassent les niveaux d’intervention définis par un arrêté du ministre chargé de la santé, après avis de l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ». L’arrêté du 13 octobre indique qu’il y a eu un avis du 15 mai 2003 de l’IRSN, mais on ne le trouve pas sur leur site internet. Quant aux niveaux d’intervention ils sont les suivants:
-une dose efficace de 10 mSv pour la mise à l’abri
-une dose efficace de 50 mSv pour l’évacuation
-une dose équivalente à la thyroïde de 100 mSv pour l’administration d’iode stable
Ce sont ceux que nous avions indiqués il y a 5 ans !
Avec un radiamètre classique on peut mesurer, en temps normal, le débit de dose externe en un endroit déterminé et, en cas d’accident, voir comment ça grimpe et faire soi-même ses prévisions de dose externe mais il n’en est pas de même de la contamination interne. Il est préoccupant de savoir qu’il faudra se fier au terme source fourni par l’exploitant, se fier aux experts officiels faisant les calculs avec des modèles de diffusion des différents radionucléides émis, et que, d’après le code de la santé publique et son article R.1333-81 c’est «  le préfet [qui] décide de la mise en oeuvre  » de tout ou partie des actions de protection en appréciant notamment si le préjudice associé à l’intervention n’est pas disproportionné par rapport au bénéfice attendu « . Quelle responsabilité pour le préfet de décider une contre-mesure ? Le bénéfice attendu c’est une meilleure protection de la population pour éviter les effets nocifs des rayonnements ionisants. Le préjudice c’est combien coûterait une évacuation ou un confinement (désormais appelé  » mise à l’abri « ), l’interruption de la vie  » normale « .
Soulignons que dans l’arrêté les femmes enceintes et les jeunes enfants ne sont pas considérés à part pour la protection de la thyroïde et que pour ces catégories il n’est pas préconisé une dose équivalente à la thyroïde plus faible qui a été demandée en 1994 par le Dr Baverstock de l’OMS. Dans les recommandations de l’OMS de 1999 «  Guidelines for Iodine Prophylaxis following Nuclear Accidents. Mise à jour 1999 «  la prophylaxie par iode stable était recommandée dès 10 mGy (2) à la thyroïde pour les nourrissons, les enfants et adolescents jusqu’à 18 ans, les femmes enceintes et allaitantes.
On remarquera aussi que l’arrêté ne traite pas des interdictions de nourriture.

Dernière remarque : l’arrêté traite de la phase d’urgence et le premier but des actions de protection est d’éviter les effets déterministes (voir le Bulletin 82 déjà cité). Nulle part en France ne sont publiés les critères de gestion du moyen terme et du long terme. On conçoit tout l’intérêt qu’ont les autorités, aidés par d’éminents professeurs et académiciens, à nier les effets sanitaires post-Tchernobyl observés par les médecins locaux travaillant sur le terrain au Bélarus (ex-Biélorussie) notamment la dégradation de la santé des enfants et toutes les pathologies décrites par Youri Bandajevsky et son équipe qui sont la raison de son emprisonnement. Dans tous les domaines, sociologique, médical, médiatique, scientifique etc. qui va risquer sa carrière en France en disant qu’effectivement la santé s’est dégradée là-bas et que la contamination chronique par la nourriture est bien en cause ? Cette absence de dissidence, cette soumission auront un prix en cas de malheur nucléaire chez nous : on évacuera beaucoup moins d’habitants qu’en URSS en 1986, si on évacue. 

Notre Académie des Sciences, l’Académie de Médecine sont, au monde, celles qui, depuis des décennies, minimisent les effets biologiques nocifs des rayonnements ionisants. N’est-ce pas une des raisons expliquant la nucléarisation massive de la France ?

B. BELBEOCH, décembre 2003,

Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n° 99/100, août/décembre 2003.

(1) Modifiées soit par décret (en 1978, JO du 23 déc.) soit, après Tchernobyl, par des directives interministérielles non publiées au JO, les modalités ont été précisées «  sur la coordination de l’action des pouvoirs publics en cas d’incident ou d’accident concernant la sécurité nucléaire  » par la Directive Interministérielle SGSN n°2201 du 30 juillet 1987, puis n°2002 du 13 juin 1989 ou celle du 1er juillet 1991 «  relative à l’organisation des pouvoirs publics en cas d’accident touchant une installation nucléaire civile « 

(2) Dans le cas du rayonnement gamma 1gray (Gy)=1 sievert (Sv), 10 mGy= 10 mSv. Ainsi le niveau d’intervention de l’arrêté du 13 octobre 2003 est 10 fois plus élevé que celui préconisé par Baverstock.

La Gestion post-accident nucléaire en France:

Le CODIRPA 

1) Vers une gestion de la phase post-accidentelle d’un accident nucléaire en France

a) La démarche PAREX
b) CODIRPA (Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle)
c) Séminaire international post-accidentel nucléaire

2) L’accident est-il inéluctable ? – Marche arrière toute !

Une publication de 55 pages « Guide d’aide à la décision pour la gestion du milieu agricole en cas d’accident nucléaire » est aussi disponible sur le site internet du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche.

Notes:
- De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude
- La France « se prépare militairement » aux conséquences d’un accident de type (très petit) Tchernobyl sur son sol

1) Le CODIRPA: Vers une gestion soft* et participative pour une vie durablement contaminée après un accident nucléaire en France

« Historiquement, l’accent a été mis sur la gestion de l’accident lui-même. Il apparaît maintenant nécessaire, en France comme dans les autres pays étrangers, de mieux préparer la gestion de cette phase post-accidentelle. C’est pourquoi l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) s’est engagée dans la préparation de dispositions visant à répondre aux problèmes complexes de la gestion post-accidentelle, dans un premier temps en mettant en oeuvre la démarche PAREX, puis en instaurant un Comité Directeur pour la Gestion de la Phase Post-Accidentelle d’un Accident Nucléaire ou d’une Situation d’Urgence Radiologique (CODIRPA). »

a) La démarche PAREX

« En 2005, l’ASN a lancé une étude sur le retour d’expérience de la gestion post-accidentelle de Tchernobyl. Cette étude a été confiée à la société Mutadis Consultants.

Les objectifs de cette démarche, outre l’étude du retour d’expérience de la gestion post-accidentelle de Tchernobyl, étaient : d’évaluer la pertinence de ce retour d’expérience dans le contexte social, économique et politique de la France et de l’Union Européenne ; d’en dégager des enseignements dans la perspective d’un dispositif préventif de gestion post-accidentel au plan français.

La démarche PAREX se base sur une réflexion participative et pluraliste associant : des représentants de différents organismes publics concernés ; des représentants de la société civile (associations, membre de commissions locales, représentants d’administration territoriale, élus territoriaux).

[Par "associations" il faut entendre associations "anti" ou "d'aide aux enfants contaminés", etc...]

Un groupe de 3 experts français impliqués depuis 1990 dans la gestion post-accidentelle de Tchernobyl dans le cadre de différents projets internationaux, Gilles Hériard Dubreuil (Mutadis), Jacques Lochard (CEPN) et Henri Ollagnon (INA-PG) et des experts biélorusses ont animé les séances de travail.

… cadre institutionnel et juridique de la gestion post-accidentelle… nouvelles formes de gouvernance adaptées à la complexité de la situation post-accidentelle… réhabilitation durable des conditions de vie dans les territoires contaminés…

Pour réaliser cette démarche, de nombreuses informations et témoignages sur la gestion post-accidentelle de Tchernobyl ont été rassemblés. Ils proviennent de travaux de recherche engagés depuis 1990 : programmes CEI, ETHOS, CORE, EURETHOS, SAGE, FARMING.

Enseignements et préconisations : face à une situation aussi complexe qu’une situation de contamination radiologique durable, acteurs publics et parties prenantes doivent travailler ensemble pour élaborer une réponse adaptée ; une place majeure doit être accordée aux acteurs locaux dans la gestion de la situation de contamination… au niveau national, une plate-forme de réflexion pluraliste doit être initié sur la réhabilitation des conditions de vie, en connexion avec les projets développés au niveau territorial… »

[ETHOS, CORE, SAGE, CEPN... c'est donc aussi valable pour la France!!!]

b) CODIRPA (Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle)

En juin 2005, l’ASN a mis en place le CODIRPA chargé d’élaborer les éléments de doctrine correspondants.

 » Objectif: Préparer des dispositions visant à répondre aux problèmes complexes de la gestion post-accidentelle, en particulier ceux portant sur la gestion sanitaire des populations, les conséquences économiques ou la réhabilitation des conditions de vie dans les zones contaminées.

Pour mener ses travaux, le CODIRPA a mis en place 9 groupes de travail (GT) thématiques et en a désigné les pilotes.

Ces groupes de travail portent sur :

GT1 : Levée des actions d’urgence de protection des populations et réduction de la contamination en milieu bâti (piloté par l’ASN)

GT2 : Vie dans les territoires ruraux contaminés, agriculture et eau (piloté par la DGAL/CGAEER)

GT3 : Évaluation des conséquences radiologiques et dosimétriques (piloté par l’IRSN)

GT4 : Suivi sanitaire des populations (piloté par l’InVS)

GT5 : Indemnisation (piloté par la DGEMP)

GT6 : Gestion des déchets, produits contaminés et terres contaminées (piloté par l’ASN)

GT7 : Organisation des pouvoirs publics et implication des « parties prenantes » (piloté par le SGDN)

GT « Eau » : impact et de la gestion de la ressource en eau (piloté par l’ASN)

GT « Hypothèses » : choix des hypothèses retenues pour les évaluations des conséquences radiologiques et dosimétriques (piloté par l’ASN)

Le CODIRPA fixe les objectifs généraux et assure la coordination des groupes de travail. Il en valide les cahiers des charges et les travaux ainsi que les éléments de doctrine produits. Le mandat du CODIRPA a initialement été fixé pour deux ans ; il a ensuite été prolongé jusqu’en janvier 2009. Il a été demandé aux groupes de travail de réaliser des rapports d’étape en juin 2007 (à l’exception des GT Eau et Hypothèses dont les travaux ne faisaient que commencer), 2 ans après la mise en place du Comité directeur. » Voir les Synthèses et rapports des Groupes de travail.

c) Séminaire international post-accidentel nucléaire

 » L’ASN a organisé, les 6 et 7 décembre 2007 à Paris, un séminaire international sur la gestion des conséquences d’un accident nucléaire. Ce séminaire s’adressait aux participants du CODIRPA et aux projets internationaux qui visent à développer des programmes de réhabilitation des territoires contaminés (EURANOS, CORE), ainsi que les personnes sensibilisées à cette problématique qui pourraient être impliquées dans le processus de réhabilitation (pouvoirs publics, associations), tant en France qu’à l’étranger.

Le séminaire s’est articulé autour de cinq sessions :
- les programmes nationaux et internationaux de préparation au post-accident nucléaire ;
- la gestion des territoires ruraux en situation post-accidentelle ;
- la protection des populations et le suivi sanitaire en situation post-accidentelle ;
- l’indemnisation ;
- le passage à la pratique et implication des parties prenantes.

Quel rôle pour les parties prenantes:

- Quel rôle pour les associations ?
Jean-Claude Autret, ACRO / Anita Villers, EDA / Monique Sene, GSIEN

- Gestion des risques post-accidentels : quel rôle pour les CLI et l’ANCLI ?
Alexis Calafat, ANCLI « 

2) L’accident est-il inéluctable ? – Marche arrière toute !

Pour sortir du nucléaire rapidement à cause de la possibilité d’un accident majeur chez nous l’argument de base du Comité Stop Nogent-sur-Seine, le recours au thermique classique, charbon, fioul et gaz est rejeté par la majorité des antinucléaires et n’a pas convaincu la population. L’effet de serre est devenu un argument incontournable et nous ne savons pas comment y répondre « efficacement » alors que la part de l’électronucléaire français représente une part de l’ordre de 1% de l’énergie primaire mondiale consommée.

Les grosses associations écologistes comme Greenpeace n’ont pas levé le petit doigt contre la création de la nouvelle usine d’enrichissement par centrifugation Georges Besse II qui doit progressivement remplacer Eurodif. Cette installation ne nécessitera qu’une puissance de 50 MW au lieu de 3 réacteurs du Tricastin pour l’usine Eurodif. Elle prouve qu’on s’embarque en France dans une nouvelle étape nucléaire et que les écologistes « officiels » n’en ont rien à cirer.

Comment expliquer une telle bévue ?

- ils ne croient pas qu’un accident de type Tchernobyl soit possible en France ? Pour eux Tchernobyl a été un accident soviétique, nos réacteurs PWR sont moins dangereux, ils ne peuvent pas exploser.

- il y a pas mal de petites associations qui aident d’une façon ou d’une autre les enfants des zones contaminées d’Ukraine, Biélorussie et Russie. Mais fondamentalement ces personnes honnêtes et chaleureuses n’envisagent pas qu’une telle situation peut arriver chez nous, sur nos réacteurs et installations nucléaires.

On a eu beau montrer que les autorités se préparent à l’accident majeur, publication de décrets, mise sur pied de la nouvelle Autorité de Sûreté Nucléaire présidée par André-Claude Lacoste nous n’étions pas crédibles.

C’est désormais une évidence, le comité CODIRPA a été créé spécialement en avril 2005 pour préparer la gestion d’un accident majeur chez nous. Hervé Morin l’écrit dans le journal Le Monde, jeudi 21 février 2008 avec quelques détails, comme par exemple « Dans les zones agricoles, faudrait-il moissonner pour concentrer la radioactivité et s’en débarrasser, ou chercher sa dilution ? » En cas d’accident nucléaire chez nous on pourrait être amené à « sacrifier » un territoire…

Le CODIRPA publie les résultats préliminaires des travaux de ses 7 sous-groupes. Il ne s’agit plus de traiter la phase d’urgence et de transition mais le « long terme », quand des zones sont toujours contaminées après la cessation des rejets et que cela peut conduire à un « déplacement » temporaire, voire définitif, de population.

Une publication de 55 pages « Guide d’aide à la décision pour la gestion du milieu agricole en cas d’accident nucléaire » est disponible sur le site internet du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche:

Partie 1 - Troupeaux laitiers, troupeaux allaitants (3.08 Mo)

Partie 2 - Elevages de porcs, volailles et veaux + Cultures de plein champ et prairie (2.91 Mo)

Partie 3 - Cultures sous abris + vignobles et vergers (2.22 Mo)

Partie 4 - Informations générales sur le risque nucléaire et sa gestion, sur la réglementation et les filières agricoles (3.95 Mo)

Apparemment aucun écho pour l’instant, à part ce petit article (Le Monde). Si ça ne rue pas dans les brancards on peut s’attendre à ce que cela soit à nouveau l’éteignoir. MAIS, PEUT-ÊTRE MÊME PAS, CAR, C’EST LE PIÈGE, LE RÊVE DES AUTORITÉS EST D’ASSOCIER LA POPULATION À LA GESTION POUR QUE ÇA SE PASSE MIEUX. « De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude » avait écrit** Roger Belbéoch…

Comment les écologistes patentés ont-ils réussi – sans le vouloir – à anesthésier l’opinion ?

Ils ont diabolisé le charbon. On ne peut être que d’accord que le charbon ce n’est pas la solution idéale. L’extraction du charbon n’est pas un plaisir, il y a des accidents miniers qui tuent des mineurs (la mine d’uranium tue aussi mais plus lentement, par cancers). Les émanations des centrales thermiques à flamme ne sont sûrement pas inoffensives. Mais face à une situation comme celle que vivent depuis 1986 les habitants des zones contaminées (il aurait fallu évacuer 1 million de personnes d’après la lettre adressée à Gorbatchev par 92 responsables en radioprotection soviétiques que peut-on faire ? Les centrales à charbon fioul et gaz sont un pis-aller face à la catastrophe nucléaire et à ses conséquences sanitaires. On n’a jamais évacué une région après un accident minier.

La lecture du « Guide d’aide à la décision pour la gestion du milieu agricole en cas d’accident nucléaire » devrait susciter une réflexion rapide pour changer de cap d’urgence.

L’effet de serre

En prônant le charbon on encouragerait les autres pays à en faire autant. Ceux du tiers-monde mais aussi la Chine. (De toute façon la Chine va utiliser son charbon. Elle ne peut pas avoir un recours massif au nucléaire). Ce ne serait pas moral de prôner le charbon en l’interdisant aux autres. Mais est-ce que cela sera moral d’envoyer des nuages radioactifs sur nos voisins en cas de catastrophe chez nous ?

Et en plus on vend nos EPR partout. A des pays « voyous », à des pays sans structure technologique adéquate ce qui multiplie le risque nucléaire (directement ou par terrorisme).

Infonucléaire

Notes:

* La version « hard » est (elle aussi) prête, et ces deux versions peuvent-être complémentaires ou se suivre dans un ordre ou un autre, lire: La France « se prépare militairement » aux conséquences d’un accident de type[très petit] Tchernobyl sur son sol.

« La gestion d’une catastrophe nucléaire exige le maintien de l’ordre, (c’est formellement indiqué en introduction des plans de gestion nucléaire). Cette exigence n’est pas seulement celle de tout politicien quelles que soient par ailleurs ses promesses électorales, elle est une nécessité afin de minimiser les effets biologiques de la catastrophe. En cas de désastre nucléaire le «  citoyen  » est incapable de gérer son quotidien, il doit s’en remettre aux «  experts  ». Même si ceux-ci n’ont pas d’éléments pour la «  meilleure  » gestion c’est mieux que les possibles réactions violentes des «  citoyens  » car leur violence pourrait leur coûter cher, non pas en terme de répression policière mais en termes sanitaires.

Actuellement le mensonge nucléaire a quelque chose de paradoxal. Sa crédibilité a été hissée à un très haut niveau et pourtant, si les «  citoyens  » sont de plus en plus exigeants, ce n’est pas pour connaître la vérité mais afin que ces mensonges crédibles leur évitent des problèmes de conscience insolubles. Ceux-ci pourraient évidemment produire des «  turbulences sociales  » pré-accidentelles difficiles à gérer tant par les gestionnaires sociaux que par les citoyens.

Il y a donc une conjonction assez curieuse entre la nécessité pour les gestionnaires de mentir et la nécessité pour les «  citoyens  » que ces mensonges soient crédibles. De nombreux experts ont compris ce problème et interviennent auprès des diplodocus nucléaires pour confier les mensonges à des gens «  compétents  », mais cela n’est pas facile.

Jusqu’à présent les mensonges et la dictature des experts étaient acceptés «  volontairement  » par la mise en balance inconsciente des avantages (pas pour tout le monde) et des inconvénients. Maintenant cette servitude vis-à-vis des experts est devenue une nécessité pour la meilleure survie des «  catastrophés  » quels qu’ils soient. On est passé de la servitude volontaire à une nécessité de la servitude.  »

Roger BELBEOCH

Panorama des catastrophes à venir

Quand les erreurs techniques rencontrent

les difficultés financières

En 1989, le Comité Stop-Nogent découvrait dans la Seine une pleine poignée de becquerels de Cobalt 58. Nos réflexions nous amenaient à craindre qu’un alliage à base de nickel utilisé dans le circuit du réacteur se corrode et se fissure, l’activation de ces particules dans le flux neutronique produisant le cobalt radioactif anormalement rejeté en rivière. Malgré les tergiversations d’EDF, la suite de l’histoire confirma complètement nos craintes.

Les réacteurs nucléaires ont été construits d’une façon qui se voulait très sûre, avec une norme statistique de risque d’accident de 1 par million de réacteurs et par an. Suite aux problèmes de corrosion de l’alliage qui ne touchaient à l’époque que les générateurs de vapeur, nous pouvions lire en 1989 dans un rapport de l’autorité de sûreté nucléaire du ministère de l’Industrie que le risque d’accident grave avait sérieusement augmenté. Il était alors estimé entre 1 pour 500 et 1 pour 10 000 par réacteur et par an. Début 1990, l’inspecteur général de sûreté nucléaire d’EDF écrivait dans son rapport annuel que «  le risque d’un accident majeur dans les 20 ans à venir était de quelques pour cent « .

La situation ne s’est pas améliorée depuis; d’autres anomalies sont apparues, et les erreurs humaines dans le maniement de ces installations, parfois volontaires, sont en hausse évidente.

Dans cet article nous décrirons, autour des incidents intervenus sur le parc français en 1996, ainsi que des problèmes génériques, un échantillonnage panoramique des risques, afin que le lecteur puisse se forger une opinion sur la sortie du nucléaire. Faut-il avoir une vision réaliste de type économique qui vise à laisser les installations finir «  naturellement «  de vieillesse et remplacer ensuite par autre chose? Faut-il développer les énergies renouvelables et économiser l’énergie, afin de permettre de se passer du nucléaire dans un certain nombre de décennies, ou faut-il opter pour une sortie la plus rapide possible du nucléaire par une technologie de production immédiatement disponible et de réserves planétaires abondantes : le thermique classique au charbon? À chacun d’estimer la valeur de la vie, humaine, végétale, animale, et de la comparer aux valeurs du «  réalisme économique  ».

Le parc nucléaire vieillit, et vieillit mal. En plus des erreurs de conception, de plus en plus nombreuses à se manifester dans le temps, l’accumulation des sollicitations thermiques, mécaniques et neutronique, engendre une fragilisation des matériaux non prévue à la fabrication. L’exploitant est aujourd’hui contraint de faire face à des coûts de maintenance en large progression, non budgétisés au départ, alors qu’il envisage de faire durer ces installations jusqu’à 40 ans.

« Le nucléaire n’est plus compétitif. »

Telle est la conclusion que l’on peut tirer à la lecture de la très officielle étude des « coûts de référence » publiée par le Ministère de l’Industrie en avril dernier. Bien que l’on puisse objectivement douter que tous les éléments aient été pris en compte dans le calcul du coût officiel du kWh nucléaire, cette énergie a déjà officiellement perdu son avantage économique sur d’autres formes de production d’électricité thermique comme le cycle combiné au gaz, le charbon pulvérisé ou le charbon propre sur lit fluidisé. Or, nous vivons dans une économie libérale, internationale, ou règnent les règles de la concurrence.

Rendement et concurrence obligent, EDF défend ses intérêts en rognant sur les coûts et les durées de maintenance, en ne respectant pas les procédures, en surexploitant les personnels internes et intérimaires. Il en résulte une dégradation significative de la « culture de sûreté », voire des sabotages, entraînant une nette augmentation des incidents dans les centrales, principale critique citée dans le rapport annuel d’activité de la DSIN, l’autorité de sûreté. Cette instance a recensé en 1996 près de 500 incidents sur l’ensemble des installations nucléaires (+ 30% en un an), la plupart dans le parc EDF à eau pressurisée (55 réacteurs répartis sur 18 sites). Si 26% des incidents proviennent de défaillances du matériel, principalement dues au vieillissement, 74% des aléas sont issus d’erreurs humaines, de défauts d’organisation ou de surveillance, d’interventions mal préparées, de confusions, de négligences. 55% des incidents ont lieu en fonctionnement, 45% en arrêt de tranche. Pour le seul site de Chooz (Ardennes), les deux premiers réacteurs de 1450 MWe enfin 100% français, dont le premier a divergé (démarré) en juillet 1996, la DSIN à comptabilisé 25 incidents pour l’année écoulée.

Certaines réparations de grande importance pour la sûreté sont tellement lourdes, financièrement et technologiquement, qu’elles seront étalées sur plusieurs années, de quoi douter du pouvoir effectif de la DSIN qui laisse fonctionner des installations en situation de sûreté dégradée; l’arbitrage entre le risque potentiel d’une part, la disponibilité et la productivité d’autre part, tournant généralement à l’avantage d’arguments économiques de court terme.

L’exploitant joue aussi la carte des « coûts de combustible ». EDF utilise de manière croissante un combustible plus enrichi en uranium fissile. Ce qui a pour conséquence un risque accru de perte de contrôle de réactivité, une déformation possible des assemblages de combustible pouvant entraver la manoeuvre des barres de contrôle.

L’estimation du risque d’accident grave, au début des programmes nucléaires, était de 1 par million de réacteurs et par an. Suite aux nombreuses anomalies génériques apparues depuis, l’on admet officiellement aujourd’hui un risque dix fois plus élevé. Mais ces études de risque probabiliste sont calculées par le lobby lui même, et fort éloigné de la réalité. Comme l’écrit B. BELBEOCH dans une récente Gazette Nucléaire, le nombre comptabilisé de ruptures de tubes de générateurs de vapeur dans le monde est 100 fois supérieur à celui prévu par les études probabilistes.

Compte tenu du vieillissement du parc, de la dégradation de la qualité de travail, tant à EDF que chez les prestataires, estimer probable un accident grave en France paraît tout à fait réaliste.

Aussi insisterons-nous, une fois de plus, pour engager les mouvements antinucléaire et écologiste vers une sortie rapide, très rapide, du nucléaire. N’en déplaise aux vrais ou faux naïfs qui croient tout pouvoir attendre, patiemment, des énergies renouvelables, et ne redoutent rien tant que l’apocalypse de l’effet de serre : la seule façon raisonnable de sortir vite du nucléaire par une technologie disponible, abondante et d’un coût raisonnable est de recourir aux combustibles fossiles (les techniques du charbon propre existent).

L’accident nucléaire serait, lui, synonyme de perte de santé et de démocratie, d’effondrement social et économique de tout le pays; et ce ne sera pas dans la pénurie et le délabrement post-accidentel que l’on sortira du nucléaire : les moyens financiers ne seront plus disponibles.

Ci-après, l’état de sûreté de notre parc nucléaire, pour donner la mesure des risques du nucléaire au quotidien et bien faire comprendre pourquoi il faut en sortir au plus vite. Cet article est limité aux réacteurs à eau pressurisée et ne tient pas compte du risque tout aussi redoutable dans les autres installations nucléaires, les usines (La Hague, Tricastin, Cadarache, etc., que l’on a tendance à oublier), les réacteurs à neutrons rapides et autres installations militaires ou laboratoires de recherche. Il est suivi, sous forme d’un « tableau de chasse », de la liste des incidents les plus significatifs publiés par la DSIN en 1996 dans le 3614 MAGNUC (mise à jour hebdomadaire les vendredis, 0,37 F la minute et 0,13 F le soir).

Liste des « erreurs humaines » (non exhaustif)

Barres de contrôle du réacteur trop basses

En suivi de réseau, selon la consommation d’électricité, l’exploitant peut être amené à réduire fortement la puissance de fonctionnement des installations. Pour ce faire, il baisse les barres de contrôle, tout en les gardant à une hauteur suffisamment élevée permettant leur chute pour un arrêt d’urgence en cas de problème. Une baisse plus importante de puissance nécessite l’injection de bore neutrophage dans le circuit primaire. Pour remonter en puissance, une remontée des barres est rapide, alors qu’une purge de l’excédant de bore est plus lente, nécessite plus de travail et augmente la quantité d’effluents radioactifs à traiter. Par productivisme, l’exploitant a tendance à ne pas pratiquer la borication, se privant ainsi d’un moyen d’arrêt d’urgence. Fin 95, la DSIN estimait l’occurrence de cet « incident volontaire » à plus d’une centaine.

Dégradation des conditions de travail

La consommation d’électricité étant plus importante en hiver, les arrêts de tranche pour échange de combustible se pratiquent du printemps à l’automne. La maintenance, est pratiquée à plus de 80% par des prestataires et de préférence par ceux aux coûts les plus compétitifs. Le caractère saisonnier, les contraintes temporelles, la précarisation, pèsent lourdement sur les compétences et les impératifs de sûreté. Ajoutons à cela la détérioration des relations de travail, la démoralisation des travailleurs pouvant conduire à la consommation de drogues, voire au suicide. Il arrive que l’entreprise sous-traitante commette elle-même les infractions pour réaliser quelques gains financier (falsification de radiographies de soudures défectueuses, Dampierre 1993). Par le vieillissement, des particules abrasées (notamment le cobalt) puis activées par le flux neutronique contaminent les circuits, exposant le personnel à des niveaux de rayonnement importants; on tend de ce fait à réduire la durée des opérations. Pour couronner le tout, on observe un manque évident de contrôle par EDF du travail réalisé par les prestataires. A EDF même, l’ambiance de travail est exécrable. Les sanctions, le muselage syndical, font que les réactions se manifestent de plus en plus clandestinement. Quelques actes de malveillance, de sabotages (Blayais, Paluel) ont même été constatés sans que les auteurs en soient officiellement connus.

Egalement

Vannes d’isolement des tuyauteries traversant l’enceinte de confinement détectées ouvertes sur 24 réacteurs en 96. Obturation des prises d’eau de refroidissement par des déchets flottants en rivière ou en mer (Gravelines 1 récemment, les deux circuits redondants en même temps). Baisse de niveau d’eau dans le réacteur lors d’opérations de maintenance (plage de travail basse réacteur à l’arrêt Bugey janvier 94).

Mais aussi

Absence de possibilité de contrôle de l’autorité de sûreté sur les circuits non nucléaires des centrales; zones identifiées par l’autorité de sûreté ne faisant l’objet d’aucun contrôle; non prise en compte du retour d’expérience par l’exploitant qui répète les mêmes erreurs, initiant les mêmes incidents; dissimulation par l’exploitant de certains incidents, défauts de réalisation de contrôles périodiques, dépassement des paramètres autorisés, non respect des procédures, vannes ouvertes alors qu’elles devraient être fermées, ou inversement (en particulier sur les circuits d’injection de sécurité d’eau borée, l’extincteur nucléaire), confusion entre les commandes de deux réacteurs, etc. (voir ci-après la liste des incidents en 1996).

Anomalies génériques et vieillissement des matériaux (non exhaustif)

Réacteurs 900 MWe et 1300 MWe

Fissuration des brides des barrières thermiques de pompes primaires

Cette anomalie générique est actuellement la plus importante et potentiellement la plus dangereuse. L’eau du circuit primaire, à 155 bars et plus de 300 °C, circule au travers du coeur du réacteur et des tubes en « U » des générateurs de vapeurs poussée par de puissantes pompes d’un débit de plus de 6 m3/s; trois pompes sur le parc 900 MW, quatre sur les 1300 MW. Le moteur de chaque pompe et le joint d’étanchéité sont protégés du flux de chaleur d’eau primaire du corps de la pompe (roue et volute) par une barrière thermique métallique traversée par un serpentin alimenté en eau froide par le circuit de refroidissement intermédiaire. Les brides de fixation de ces barrières thermiques se fissurent depuis 1990 sur le parc 900 MWe sous l’effet de contraintes thermiques et mécaniques. Certains défauts ont atteint 16 mm de profondeur. La presque totalité de ce parc est touchée, et de léger défauts commencent à apparaître sur le parc 1300 MWe. Cette situation pourrait entraîner une rupture d’une partie de la bride à l’intérieur de la barrière thermique avec risque de migration de débris et de rupture du serpentin du circuit RRI, induisant une entrée de fluide primaire haute pression dans ce circuit qui n’est pas dimensionné pour cela. Il en résulterait une perte de réfrigérant primaire : c’est à dire l’accident majeur. La zone étant peu accessible, le contrôle de l’état des brides est irréalisable, sauf démontage complet pour vérification dans un atelier spécialisé (Somanu, dans le Nord de la France). Ces pièces ne sont plus approvisionnées, il faut donc en reprendre la fabrication. EDF dispose de 5 ans à compter de 1997 pour remplacer toutes ces brides. En attendant, l’exploitant doit se fier au contrôle d’une éventuelle montée de radioactivité dans le circuit RRI (refroidissement intermédiaire) contaminé par le circuit primaire par une fuite interne d’une pompe.

Réacteurs 900 MWe

Dégradation des plaques entretoises des générateurs de vapeur

Ces plaques servent au maintien des 3000 tubes de GV. Non maintenus, les vibrations risquent d’engendrer des ruptures de ces tubes et de provoquer des rejets atmosphériques d’eau primaire radioactive, ainsi qu’une perturbation du refroidissement du réacteur et accident majeur au delà de deux tubes rompus. Déjà dégradés pour cause de corrosion et de fissuration sous contrainte de l’alliage Inconel 600 qui compose ces tubes, tous les générateurs de vapeur devront être changés au rythme de trois tranches par an. En attendant, une surveillance accrue est nécessaire.

Réacteur de 900 MWe

Dégradation des barres de précontrainte des butées latérales antisismiques du puits de cuve

Décelée en mai 96 sur Chinon 1, à l’occasion de l’arrêt pour visite partielle et rechargement en combustible du réacteur B1 de Chinon, cette anomalie générique concerne 24 réacteurs du parc 900 MWe. Ce dispositif a pour but de reprendre les efforts horizontaux qui pourraient être générés lors d’un séisme et de protéger ainsi la cuve du réacteur. Espérons que l’ensemble de ces butées du parc 900 MWe pourra être repris avant que ne survienne un séisme.

Réacteurs 1300 MWe

Mauvais fonctionnement ou blocage des grappes de commande du coeur.

8 incidents en un an (sites de Belleville, Paluel, Cattenom, Flamanville, Golfech, Nogent-sur-Seine et Saint-Alban). 5 sont dus à une rupture d’une vis du mécanisme de commande, 2 à une éventuelle déformation des assemblages de combustible, la dernière reste de cause inconnue. D’autres anomalies affectant les grappes et se traduisant par des déplacements incontrôlés de celles-ci (chutes partielles ou déplacements insuffisants lors de manoeuvres). Des anomalies de même type, mais provenant de problèmes techniques différents, étaient également apparues en Corée, sur la centrale de Kori en 1994 et à Daya-Bay en Chine (réacteurs français), ainsi qu’à Chooz, réacteur de 1450 MWe.

Mais aussi, pêle-mêle

Déformation des assemblages de combustible; vieillissement des matériaux, accumulation des sollicitations entraînant des dégradations non prévues à la conception ou à la fabrication; corrosion de certains alliages, principalement l’Inconel 600; fragilisation de la cuve par le flux neutronique, modification de la température de transition dite « ductile-fragile », en particulier sur les zones soudées, avec risque de rupture de la cuve en cas de refroidissement brutal (arrêt d’urgence par exemple); coudes moulés des tuyauteries primaires fragilisés; risques accrus par l’utilisation de combustibles de plus en plus enrichis (bientôt 4% d’U 235 dans les 1300 MWe), ou le mox; objets errants dans le circuit primaire; fragilisation de la liaison bimétallique qui relie le pressuriseur au circuit primaire; fragilisation thermique des éléments moulés austéno-ferritiques (coudes des tuyauteries primaires, piquages d’instrumentations, volutes des pompes primaires, pièces de robinetterie); fissuration des buses de soupapes des générateurs de vapeur; défauts de fabrication non encore résolus; fuites diverses; risque d’éjection d’une grappe de commande en marche, induisant une augmentation brutale de réactivité; perte de refroidissement du circuit primaire; rupture de tubes de générateur de vapeur. Le système de prévention d’explosion par recombinaison catalytique d’hydrogène peut avoir l’effet inverse. Les moyen de dépression du circuit à moins de 20 bar pour permettre la mise en oeuvre des moyens d’ultimes secours peuvent ne pas fonctionner, etc.

1) Les Américains, les Allemands, les Anglais, etc., s’en sont aperçus depuis longtemps (cf. Courrier International du 18 au 24/1/96, reprenant un article de The Economist, que nous avions mentionné dans notre bulletin n° 71.

2) Sur le parc 900 MWe, le taux d’enrichissement du combustible est passé à 3,7 % d’uranium fissile changé par quart de coeur par an (au lieu de 3,1 % par tiers de coeur), 4 % échangé par tiers de coeur tous les 18 mois sur le parc 1300 MWe (au lieu de 3,1 % tiers de coeur par an).

Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°75 et n°76,

janvier-mars 1997 et avril-juin 1997.

Le nucléaire « roule » sans assurance

Une convention internationale, signée par 22 pays en 1988, prévoit que la responsabilité civile de l’exploitant d’une centrale nucléaire est limitée à 50 millions de ff ou 300 millions de fb. Les assurances travaillent en « pools ». Elles se sont organisées mondialement en 28 groupes, notamment pour ne pas faire monter les prix des primes. Autant dire que le secteur « roule » sans assurance.

Roger Belbéoch: « Dans de nombreux pays industrialisés, il y a une loi nationale qui limite la responsabilité civile des exploitants nucléaires en cas de catastrophe. Cette loi établit un plafond: quoi qu’il arrive, les indemnisations ne devront pas dépasser un niveau donné. En France, par exemple, la limite est beaucoup plus basse qu’aux Etats-Unis, pour le même type de réacteurs. La santé des Français vaut-elle moins que celle des Américains? La loi française limite à 600 millions de ff la responsabilité de l’exploitant.
Vous faites un calcul simple, qui se rapporte au terrain perdu seulement en traçant un cercle de 30 ou de 50 km autour d’une centrale, et vous vous rendez compte: moins d’1 ff au mètre carré. Allez expliquer cela aux propriétaires des terrains des grands vins de Bordeaux, par exemple, et qui sont éventuellement menacés de la ruine par les centrales de Golfech et du Blayais.
Quand on évacue un territoire, on ne perd pas que du terrain. Il y a aussi toutes les infrastructures, les routes, les hôpitaux, les écoles, les usines, les maisons, les appartements, avec tous les meubles et objets divers: tout est contaminé et reste sur place.
Aux Etats-Unis, l’énergie nucléaire n’a pu se développer de façon industrielle que lorsque ses promoteurs ont été assurés qu’en cas d’accident leur responsabilité serait limitée. Le « Price Anderson Act » fut adopté en 1957. La responsabilité civile des producteurs d’électricité s’arrêtait à 60 millions de $. Au-delà de cette somme, le gouvernement pouvait intervenir pour les indemnisations jusqu’à 500 millions de $. Cette loi, en principe votée pour dix ans, fut régulièrement reconduite. Même si les limites de responsabilité ont été révisées à la hausse, elles n’atteignent pas les montants prévisibles en cas d’accident. Aux Etats-Unis, c’était la première fois que la responsabilité civile d’une entreprise privée était légalement limitée par une loi.
Mais à quel montant peuvent se chiffrer les dommages en cas d’accident majeur? Selon une estimation officielle, la catastrophe de Tchernobyl aurait coûté 300 milliards de dollars à l’économie ex-soviétique.
Si l’industrie était entièrement responsable des dommages en cas d’accident, plus personne n’investirait dans ce secteur.

Greenpeace: En dehors des accidents majeurs, dans quelles mesures les dangers que fait courir le nucléaire aux populations sont-ils réellement pris en compte?

Roger Belbéoch: Chaque pays a la sûreté qu’il mérite. On peut, par exemple, voir quel fut le comportement vis-à-vis de la contamination des aliments après Tchernobyl. On s’est aperçu que les pays où la population était la plus sensible aux problèmes de santé et d’environnement ont édicté les normes les plus rigoureuses. Et inversement, les pays -comme la France- dont la population est traditionnellement indifférente aux problèmes écologiques et de santé, n’ont pas eu de normes du tout. En Allemagne, les normes étaient d’autant plus strictes que, dans le Land correspondant, les Verts étaient plus puissants. Cela veut dire que l’opinion publique joue un rôle direct dans l’établissement des normes. A partir du moment où elle est indifférente, on ne voit pas pourquoi les industriels se casseraient la tête… C’est vrai pour n’importe quel type de pollution.

Un accident grave tous les 6 ans ?

Les industries du nucléaire le clamaient bien haut : la probabilité pour qu’un accident sérieux se produise était inférieure à 1 sur un million d’années de fonctionnement-réacteur. En un mot, si l’on ajoutait bout à bout, le nombre d’années de service de l’ensemble des centrales dans le monde. il faudrait atteindre au moins le chiffre d’un million pour qu’une catastrophe survienne. Pour en arriver là, les experts avaient calculé les chances de mauvais fonctionnement de chacun des composants vitaux d’un réacteur. leurs conséquences sur les autres éléments du système et ils en avaient déduit la probabilité d’un accident.

En utilisant cette méthode, les auteurs du rapport Ramussen, qui durant des années fit autorité en matière de sûreté nucléaire, calculèrent qu’il y avait une chance sur deux pour qu’une catastrophe se produise à l’intérieur d’une fourchette de 23 000 à 100 000 ans de fonctionnement-réacteur.

Ces calculs théoriques sont totalement irréalistes, expliquent deux chercheurs – un Suédois et un Allemand – dans une lettre adressée à l’hebdomadaire Nature. Aujourd’hui, il y a 374 réacteurs en service dans le monde. Ilstotalisaient fin mai 1986, 4 000 ans de fonctionnement durant lesquels il y eut deux accidents très graves – Three Mile Island et Tchernobyl -. Il faut donc recommencer tous les calculs de probabilité à partir de ces données réelles et abandonner les calculs théoriques. C’est ce que firent les deux scientifiques. Leurs résultats sont alarmants. Ainsi, avec le parc de centrales actuellement en fonctionnement, il y a 95 % de chances pour qu’une nouvelle catastrophe se produise dans les 20 ans à venir, ou 86 % de chances pour que ce soit dans les 10 ans à venir ou encore 70 % de chances pour qu’elle survienne dans les 5,4 prochaines années. De quoi nous faire froid dans le dos! Il est vrai qu’une forte probabilité n’équivaut pas à une certitude, Mais ces chiffres donnent à réfléchir puisqu’ils sont basés sur l’expérience et non plus sur quelques données théoriques.

Extrait de l’article « Le vrai coût d’un accident nucléaire »,

iode_autorites CENTRALE NUCLEAIRE dans LA MER
Voir l’article (en Jpg 700 Ko) du Quotidien du Médecin du 13 février 1990: « Accidents nucléaires : comment distribuer l’iode » de Marie-Françoise Depange qui donne un tableau « posologie et formes d’administration de l’iode stable ».

Les comprimés d’iode: Des

tranquillisants contre l’angoisse nucléaire

La décision de distribuer des comprimés d’iode stable au voisinage des centrales nucléaires françaises a donné lieu à des commentaires d’experts médicaux très proches du lobby nucléaire pour qui seuls les iodes radioactifs auraient des effets néfastes sur la santé (du moins c’est ce qu’ils prétendent dans les médias). Ainsi, en prenant ces comprimés d’iode stable en cas d’accident grave la population serait totalement protégée. Tout se passe donc comme si le cocktail de radionucléides qui seraient rejetés en même temps que les iodes (césium, ruthénium, argent, strontium, plutonium et autres transuraniens) une fois inhalés et ingérés n’auraient aucun effet sur la santé. Il est vrai que contrairement aux iodes radioactifs qui ont pour cible la thyroïde sur laquelle ils se fixent, ces radioéléments ne donneraient pas d’effets spécifiques identifiables sur des organes particuliers. Il serait donc difficile pour les personnes contaminées de les discerner parmi les maladies normales et les experts pourraient facilement camoufler leurs effets.

S’il n’est pas possible pour les individus d’identifier les cancers radioinduits non spécifiques, alors il n’est pas nécessaire pour les gestionnaires et leurs conseillers scientifiques d’en tenir compte d’autant plus que ces cancers n’apparaîtraient que très tardivement.

Les iodes radioactifs ayant un effet spécifique sur la thyroïde et cela à relativement court terme (on l’a vu après Tchernobyl avec l’apparition des cancers chez les enfants biélorusses), il n’est pas possible de les négliger dans les gestions post-accidentelles. Ainsi le comprimé d’iode stable devient miraculeusement l’antidote absolu contre les effets des rejets radioactifs en cas d’accident nucléaire grave.

Quelques précisions sur les prises d’iode stable

L’iode stable est administré préventivement pour saturer la thyroïde et empêcher qu’elle n’absorbe ensuite les iodes radioactifs rejetés dans les accidents nucléaires. Dans cette situation la thyroïde serait protégée des effets du rayonnement causés par ces iodes radioactifs ingérés ou inhalés. [Nous ne discuterons pas ici des contre-indications médicales qui ne sont peut être pas aussi anodines qu'on nous l'assure].

Les experts de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) dans la publication 63 de 1992 (Principes pour l’intervention pour la protection du public en cas d’urgence radiologique ) donnent quelques indications sur les procédures à respecter pour que la prise d’iode stable soit efficace. Remarquons que ces experts ont attendu pour nous livrer leurs réflexions que Tchernobyl ait montré indiscutablement le développement de problèmes thyroïdiens, entre autres des cancers, chez les enfants des régions contaminées en Biélorussie, Ukraine et Russie. L’effet désastreux sur la population prenant directement conscience qu’elle avait été contaminée, malgré les dénégations officielles, n’est certainement pas étranger au souci soudain porté aux iodes radioactifs chez les experts internationaux et les gestionnaires nationaux.

La rapidité de la prise d’iode est le point important. La CIPR précise : «  L’absorption d’iode radioactif est généralement stoppée 5 minutes après l’administration de 100 milligrammes d’iode stable [pour les adultes]  » (art. 70). Encore faut-il que cette ingestion d’iode stable soit faite avant que l’iode radioactif ait agi notablement en saturant la thyroïde, ce qu’indique l’article 71 : «  Le bénéfice maximum est clairement obtenu en prenant les tablettes d’iode stable avant l’exposition aux iodes radioactifs ou le plus tôt possible après. L’administration quelques heures après l’exposition à une incorporation unique d’iode radioactif peut réduire l’activité de la thyroïde d’un facteur pouvant aller jusqu’à 2. Une petite réduction de la dose à la thyroïde pourrait être obtenue si l’administration d’iode stable est retardée au-delà de 6 heures et l’action protectrice est nulle au-delà de 12 heures après que l’ingestion/inhalation d’iode radioactif a cessé  ».

Ainsi la CIPR indique que l’efficacité d’une prise d’iode stable pour réduire les effets des iodes radioactifs est très petite après un délai de 6 heures pour les personnes sous un panache d’iodes radioactifs.

Prenons ces 6 heures comme référence. Pour les habitants proches du réacteur à problèmes, il faudrait que le directeur de la centrale donne l’alerte suffisamment longtemps avant le début des rejets pour que tous les gens concernés soient correctement informés (par exemple qu’ils aient le temps de rentrer chez eux chercher leur comprimé) sinon leur protection serait réduite, voire illusoire. du moins pour le réacteur de leur voisinage, mais pas forcément pour un désastre sur les autres sites. Un vent normal de 20 à 30 km/heure transporterait l’iode radioactif à une distance comprise entre 120 et 180 km en 6 heures. C’est la distance au-delà de laquelle il serait éventuellement possible de se protéger. Un vent plus violent de 40 km/h porte la distance à 240 km. Enfin dans la vallée du Rhône particulièrement nucléarisée, si le mistral ou la tramontane soufflent à une vitesse d’environ 60 km/h, la distance que l’on pourrait protéger se situe au-delà de 360 km.

On voit, compte tenu de l’implantation des centrales nucléaires dans notre pays, que c’est l’ensemble du territoire qu’il faudrait protéger et non pas la population des quelques km au voisinage des réacteurs.

Le Pr Schlumberger de l’Institut Gustave Roussy concluait de la façon suivante son article intitulé «  Les cancers de la thyroïde après Tchernobyl  » publié dans la très officielle revue de la Société Française de Radioprotection Radioprotection, (1994, vol. 29 n°3, p. 397-404) : «  L’accident de Tchernobyl a montré que les populations vivant à plusieurs centaines de kilomètres de la centrale (région de Brest notamment) [il s'agit de la région de Brest-Litovsk en Biélorussie à la frontière polonaise] peuvent être fortement contaminées et développer dans les années qui suivent un cancer de la thyroïde. Ceci montre que les plans d’intervention doivent être établis au niveau d’un pays, voire d’un continent  » [souligné par nous). On voit que la distribution d’iode dans un périmètre de 5 km autour des centrales françaises est un signe de panique irrationnelle et d’incompétence notoire des autorités qui seraient chargées de gérer une «  urgence radiologique  » (terme pudiquement utilisé officiellement pour catastrophe nucléaire). Irrationalité non pas par rapport à l’éventualité d’un désastre nucléaire mais par rapport à l’efficacité de ces autorités pour gérer de tels événements. A moins bien sûr que ces distributions de comprimés d’iode stable ne soient pas envisagées pour protéger les thyroïdes de la population mais pour réduire ce que les experts en catastrophes industrielles nomment maintenant le «  risque psychologique  » qui pourrait conduire les habitants près des centrales nucléaires à exiger rapidement leur mise à l’arrêt. En cas d’accident grave ce «  risque psychologique  » pourrait amener des «  turbulences sociales  » particulièrement redoutées des gestionnaires. Ils espèrent qu’une population qui se croit protégée demeure plus calme. En somme ces comprimés d’iode stable n’auraient qu’un rôle de tranquillisant. De plus on essaie par cette procédure de responsabiliser les gens. En somme s’il leur arrive des ennuis de santé après un accident nucléaire ce sera parce qu’ils n’ont pas pris correctement leur iode stable. C’est la victime qui devient responsable. Une trouvaille !

Quelques problèmes

- Faut-il donner les comprimés aux enfants quand ils vont à l’école ? Faut-il les confier aux enseignants ?

- Faut-il que les gens qui quittent leur habitation emportent les comprimés avec eux ?

- Faut-il que les étrangers aux communes concernées se déclarent à la mairie pour obtenir leurs comprimés ?

- Comment procéder pour les gens qui habitent hors de la zone concernée par les comprimés et vont travailler dans cette zone ? Devront-ils se déclarer dans les mairies, faudrait-il les ficher ?

- Faut-il avertir les touristes qui ont l’intention de se rendre dans des zones à haut risque qu’ils devront avoir leur comprimé ? Où pourront-ils l’obtenir ? dans les agences de tourisme ? dans les syndicats d’initiative ? dans les mairies ? Ces organsmes distributeurs devront-ils être ouverts en permanence 24h/24 ?

- Si l’information pour la prise d’iode est faite par radio, ne faudrait-il pas fournir à la population des récepteurs à piles pour le cas où l’accident nucléaire s’accompagnerait d’une panne de courant ?

Finalement le système soviétique qui interdisait à la population de se déplacer hors du lieu de résidence sans une autorisation, simplifierait notablement la gestion de ces comprimés d’iode stable. L’organisation autoritaire de la société est probablement la meilleure solution pour gérer l’énergie nucléaire !

Le problème des personnes allergiques à l’iode.

Ces individus particuliers ne semblent pas préoccuper les autorités sanitaires. Est-ce parce qu’ils sont peu nombreux donc négligeables du point de vue des responsables sanitaires ? Est-ce parce qu’ils savent qu’ils sont allergiques et que par conséquent ils ne prendront pas les pastilles qu’on leur proposera (mais alors on admet qu’ils ne seront pas protégés en cas de rejets d’iode) ? Mais ceux qui ne savent pas qu’ils sont allergiques à l’iode et que pour eux ingurgiter ces pastilles équivaut à de graves problèmes de santé en perspective ? Les autorités sanitaires jugent (ont-ils des données statistiques à ce sujet) que le nombre de ces personnes est trop petit pour qu’elles s’embarrassent de ces questions.

Cependant nous voudrions rassurer les allergiques à l’iode. Dans le Bulletin National de l’Ordre des Médecins d’octobre 1986, on trouve au titre des « mesures de radioprotection » la recommandation suivante :  » un simple mouchoir mouillé devant la bouche et le nez peut réduire de façon significative une inhalation de produits radioactifs « . Que les allergiques à l’iode exigent qu’on leur fournisse des mouchoirs humides et le problème est résolu…

Ce même bulletin de l’ordre des médecins signale  » qu’une douche est généralement suffisante pour éliminer une contamination externe « . En somme si les populations soviétiques ont souffert de contamination interne et d’irradiation externe importantes c’est que le régime n’avait pas développé les douches. Chez nous, rien à craindre, les douches font partie du confort de notre modernité.

Que faire pour les animaux domestiques ?

Dans Libération-Champagne du 17 octobre 1997 à propos des questions que l’on se pose le journal répond à la question  » Quels sont les risques pour les animaux ? «  la réponse du journal est :  » La première précaution à prendre est de les maintenir à l’intérieur de la maison [il faut donc évidemment prévoir un endroit pour leurs "besoins"]. L’administration d’iode est comme chez l’homme une mesure de protection complémentaire envisageable. Les modalités d’administration chez les différents animaux est en cours à l’école vétarinaire de Lyon et votre vétérinaire pourra bientôt, si vous le souhaitez, vous renseigner utilement  ». Mais le journal ne dit pas si la consultation sera remboursée par EDF. Avez-vous essayé de mettre un mouchoir humide sur le museau de votre chat au cas où il serait allergique à l’iode ?

Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°78,

octobre-décembre 1997.

Les exercices bidons de « simulation d’accident » nucléaire 

Sud-Ouest, 30/4/2009: 

Un accident improbable mais un vrai exercice

 BASE AÉRIENNE. Airnuc, simulation d’accident radioactif, a débuté hier et se poursuit aujourd’hui

8 h 45. À l’heure dite où presque : trois coups de sirène. Pas très audibles d’ailleurs puisqu’une bonne partie de la ville n’a rien entendu. Un avion, après avoir croisé un vol d’oiseaux, se trouve en difficulté au-dessus de la base aérienne. La situation est d’autant plus dangereuse qu’un convoi transportant des missiles sol-air est engagé sur le tarmac. Et puisque tout est réuni pour qu’un accident survienne, la tour de contrôle commet une erreur en ne demandant pas au convoi de rebrousser chemin.

Ce qui devait arriver arrive, l’avion en perdition percute un des camions du convoi et son missile. Le second camion, en faisant demi-tour, percute le véhicule de pompiers qui fermait le convoi. Le bilan est lourd : trois morts (le pilote de l’avion et les deux occupants du premier camion), cinq blessés graves, un missile détruit et un autre endommagé. C’est en fait le missile détruit qui constitue le coeur de l’exercice de par le dégagement de radioactivité qui en découle.

L’AFASEC confinée. En théorie, le périmètre possiblement impacté est de 2 kilomètres et abrite environ 30 000 personnes. Dans l’exercice, seul le quartier de l’hippodrome sera concerné. En première ligne, les apprentis jockeys et lads de l’AFASEC. Au premier coup de sirène qu’ils ont eu pour certains du mal à entendre, ils se sont précipités à l’abri, respectant ainsi les consignes de sécurité. Dans le foyer du centre, ils passent le temps aussi en écoutant les dernières nouvelles à la radio (France Bleu Gascogne était partie prenante) et en regardant passer derrière les vitres les arbitres et les observateurs de l’exercice. « Contaminé ! », lancent-ils en rigolant. Dans le même temps ou presque, gendarmes et policiers ont pris position aux deux croisements donnant accès à la route de Canenx. Cet axe est censément interdit à la circulation.

Dans l’enceinte de la base aérienne, c’est l’effervescence. Au total, 1 500 militaires sont concernés par l’exercice. L’urgence consiste d’abord à secourir les victimes et circonvenir l’incendie qui s’est déclaré. À une centaine de mètres de la scène, le général Olivier Allard, directeur de l’exercice, explique. Les observateurs, à savoir des élus des communes limitrophes et un représentant de la Sepanso, commentent. « On ne pense pas à ce type d’accident, ce n’est pas possible que ça se passe comme ça », livre Alain Bentéjac. Le maire de Bretagne-de-Marsan est plus impressionné qu’inquiet. « C’est quelque chose qu’on n’avait jamais vu. C’est difficile d’imaginer les moyens mis en oeuvre. »

Danger à l’est. Et il n’a pas tout vu, loin s’en faut. Au point d’accueil des blessés et radio-contaminés, une vingtaine de soignants s’activent auprès des victimes. Bientôt elles seront transférées à l’hôpital Layné où les attend la cellule d’intervention radiologique. Le centre hospitalier est confronté à une double contrainte. Traiter les blessés mais aussi protéger ses personnels et malades.

En parallèle, les militaires, bientôt renforcés par des membres du Commissariat à l’énergie atomique, évaluent la radioactivité sur zone. Les vents portants étant d’ouest, c’est à l’est de la base qu’elle est la plus forte. Le périmètre concerné a la forme d’une plume et en porte d’ailleurs le nom. Ce diagnostic étant effectué, la décontamination peut commencer. L’exercice se poursuit aujourd’hui. Il sera surtout question du traitement du missile endommagé.

Sortir du nucléaire ironise

L’association Sortir du nucléaire estime que l’exercice Airnuc est « une plaisanterie ». « Qu’elles soient organisées autour des centrales nucléaires ou des bases militaires, les simulations d’accident nucléaire, de même que les distributions de pastilles d’iode, sont seulement destinées à faire accepter à la population l’éventualité pourtant intolérable d’une catastrophe nucléaire. »

« Avec ces exercices ridicules, explique Stéphane Lhomme, un des membres de l’association, les autorités reconnaissent néanmoins que le pire est possible ». Pour lui, les simulations n’apportent pas de réponses aux questions suivantes. Si un tel accident se produisait, « comment évacuer, où et pour combien de temps, des dizaines voire des centaines de milliers de personnes ? » Et qui serait « sacrifié » pour enrayer la catastrophe ?

L’association se gausse également de l’étroitesse du périmètre concerné par l’exercice: elle rappelle que le nuage radioactif de Tchernobyl a touché toute l’Europe.

L’Union, 14/4/2009: 

Scénarios en cas d’incident à Chooz

 Un nouveau plan d’intervention public qui détaille les scénarios en cas d’incidents importants à la centrale de Chooz est consultable dans les mairies jusqu’au jeudi 7 mai.

CINQ grands itinéraires d’évacuation de la population sont d’ores et déjà tracés en cas d’incidents importants à la centrale nucléaire de Chooz. Le plan est consultable dans toutes les mairies du secteur jusqu’au jeudi 7 mai. Durant cette période, le public peut commenter le document avant qu’il ne devienne définitif. « Il y a un itinéraire d’évacuation par le Nord par l’axe Givet-Dinant, un itinéraire par l’Est par l’axe Givet-Beauraing, par l’Ouest, Givet-Doisches, au Sud-ouest Givet-Vireux-Molhain vers Revin et au Sud Givet-Fumay et enfin un couloir réservé aux itinéraires de secours. La nouveauté de ce plan est que, cette fois, les scénarios ont été élaborés en étroite collaboration avec les Belges », explique la Préfecture des Ardennes. Cette phase d’évacuation de la population en cas d’incidents graves est détaillée dans le nouveau projet de plan particulier d’intervention autour de la centrale de Chooz.

Appels automatiques. « Nous avons travaillé sur la manière d’accueillir la population, sur l’hébergement et sur la manière de regrouper les familles. Il y a différents schémas qui seront mis en place selon la direction du vent ce jour-là », poursuit la Préfecture. Différents scénarios sont également envisagés selon la nature du risque de rejet radioactif. Imaginons un risque imminent : la phase réflexe est alors enclenchée. Cette phase concerne les populations situées dans un rayon de deux kilomètres du site nucléaire : Chooz et Landrichamps.

« Les populations sont prévenues par des sirènes et par des automates d’appel qui seront bientôt mis en place par EDF, c’est-à-dire que les habitants recevront un coup de téléphone automatique chez eux pour les prévenir du risque. Les Belges sont prévenus. Pour les populations qui habitent au-delà des 2 km, les moyens communaux et les sapeurs-pompiers seront utilisés pour prévenir les habitants, qui sont invités à prendre les comprimés d’iode », détaille la Préfecture.

Ecouter la radio. Si le risque de rejet est constaté mais pas imminent : les services de la préfecture prennent « le temps d’analyser la situation et de mesurer la radioactivité ». En cas de risque de rejet radioactif immédiat, la population est mise à l’abri. « Les gens sont invités à rentrer dans un bâtiment en dur, chez eux, dans une salle communale, ou dans leur entreprise. Il faut couper la ventilation et écouter la Radio Fugi et France 3 », poursuit la préfecture. En cas d’urgence absolue : il y a une mobilisation immédiate de tous les services de l’état, qui décident d’un plan d’urgence adapté. Les autorités belges seront étroitement associées à la gestion de l’événement.


 Le Progrès, 27/3/2009: 

Centrale nucléaire du Bugey: un test grandeur

nature « pour mieux se préparer »

Dans le cadre d’un exercice, un accident a été simulé hier à la centrale nucléaire du Bugey. L’occasion, pour les autorités et les services concernés, de tester et d’améliorer leurs dispositifs d’intervention. Il était environ 7 h 30 hier, quand l’alerte a été donnée à la centrale nucléaire de production d’électricité (CNPE) du Bugey. Elle a été déclenchée suite à la rupture de cinq tubes du générateur de vapeur qui a provoqué l’arrêt automatique d’un réacteur.

Associée à cette première suite d’événements, une vanne s’est bloquée, laissant s’échapper des éléments radioactifs dans l’atmosphère. À partir de ce scénario entièrement fictif, dont les détails n’étaient pas connus à l’avance par les participants, les plans d’urgence se sont mis en place : ainsi, l’exercice de sûreté nucléaire, organisé par la préfecture de l’Ain en lien avec celle de l’Isère et plusieurs services spécialisés, a été lancé. D’abord, le Plan d’urgence interne (PUI), au niveau de la centrale, visant à assurer la sûreté de l’installation.

Puis, dès 8 h 25, le préfet de l’Ain, a déclenché le Plan particulier d’intervention (PPI), qui organise les modalités d’action à l’extérieur de l’installation. Appuis techniques d’EDF, sapeurs-pompiers ou encore experts sont intervenus de manière fictive. Car hier, seul le dispositif d’alerte était joué « en réel » : les sirènes ont retenti et les appels téléphoniques ont été passés à la population habitant dans un périmètre de 2 km autour de la centrale. « Sur la totalité des appels, nous avons compté 70 % de décrochages, ce qui semble normal à cette heure de la journée », précise Jacques Meunier, directeur de la centrale.

Bien que la crise ait été gérée, hier, de façon simulée, les services mobilisés à la préfecture dans le cadre du « centre opérationnel départemental », ont poursuivi leur travail « sur table » jusqu’à 16 heures. « Dès que le PPI a été déclenché, les services qui le composent sont arrivés en moins d’une heure », explique Violaine Démaret, directrice de cabinet du préfet de l’Ain.

Dès lors, ils se sont réunis, ont partagé leurs informations sur l’accident, puis le préfet a pris des décisions pour tenter de protéger au mieux la population. Les acteurs de cet exercice se sont ainsi entraînés à différentes étapes de la gestion de crise, avec un accent particulier mis sur la phase dite « post-accidentelle », concernant notamment le traitement des conséquences à plus long terme de l’accident pour les personnes habitant à proximité. Après un premier débriefing « à chaud », un second bilan sera effectué fin avril, puis un troisième « à froid », en juin. De quoi tirer les enseignements de cette journée d’entraînement.

Une « plaisanterie » selon Sortir du nucléaire

Dans un communiqué, Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire », fédération d’associations, considère cet exercice comme une « véritable plaisanterie ». « Les simulations d’accident nucléaire, de même que les distributions de pastilles d’iode, sont seulement destinées à faire accepter à la population l’éventualité pourtant intolérable d’une catastrophe nucléaire, déclare-t-il. Avec ces exercices ridicules, les autorités reconnaissent néanmoins que le pire est possible. Un accident ou un acte terroriste peuvent occasionner un drame équivalent à Tchernobyl. Les simulations n’apportent pas de réponses à des questions pourtant fondamentales ». Interrogé sur cette qualification de « plaisanterie », Jacques Meunier, directeur de la centrale, a estimé que « le fait de s’exercer » est « sérieux et professionnel ». «Il faut se préparer, même aux situations improbables », a-t-il précisé.

Mediapart, 7/2/2009: 

Le désastreux exercice nucléaire de Belleville-

sur-Cher

Au moment où le président de la République «décide» (encore) et toujours en parfaite contradiction avec les lois, dont celle de son ministre Michel Barnier, de la construction d’un troisième réacteur nucléaire de la génération EPR, ce qui s’est passé le jeudi 29 janvier, autour de la centrale de Belleville, dans le Cher, montre à quel point la France n’est pas prête à faire face à un accident nucléaire en dépit des efforts de communication du gouvernement et d’Electricité de France. Ce jour là, l’Autorité de Sûreté nucléaire a organisé autour de cette centrale équipée de deux réacteurs un grand exercice pour vérifier l’état de préparation des services de l’Etat en cas d’accident majeur.

Le résultat, alors que contrairement aux allégations des responsables, le patron de la centrale était parfaitement au courant de la simulation d’un accident de « type Tchernobyl », a été catastrophique. Tandis que les ingénieurs et techniciens de la centrale s’activaient mollement dans une salle de commande qui n’est qu’un instrument de simulation, les élus et habitants de la région ont constaté une incroyable pagaille. Pourtant les habitants qui avaient accepté d’être prêt à jouer le jeu de l’accident n’étaient que… seize. Et la plupart, n’ont même pas entendu la sirène annonçant le début de l’alerte pourtant déclenchée en plein jour, à 9h18 exactement ; et les autres n’ont pas compris qu’ils se trouvaient au coeur d’une catastrophe dont ils n’ont évidemment pas su qu’elle était fictive. Pas plus qu’ils n’ont entendu le véhicule d’alerte des pompiers diffusant par haut-parleur un message d’alerte.

Quant au nouveau système d’avertissement automatique par téléphone, il n’a même pas fonctionné chez chacun des seize volontaires qui l’ont attendu en vain. Même chose pour le message d’alerte diffusé par France Bleu Berry… que personne n’écoutait puisque cette filiale de Radio France était ce jour là en grève. Et alors que, raconte le Journal de Gien, l’hebdomadaire local, la fin de l’alerte fictive a été « officiellement » annoncé à 11h45, à l’heure du déjeuner, les pompiers continuaient à patrouiller dans la zone en recommandant aux habitants de calfeutrer chez eux, ce que personne n’avait fait en dehors de quelques uns des volontaires.

Quant au PC opérationnel de crise prévu par le plan Orsec rad, les autorités ont tout simplement oublié d’y installer les lignes téléphoniques et informatiques qui permettent aux sauveteurs d’organiser les secours et la coordination de la gestion de la population. Les techniciens dépêchés sur place par le Préfet ont cherché jusqu’à la fin de l’alerte les bonnes prises et les bons fils pour brancher leurs équipements, encombrant les couloirs pendant deux heures ainsi que le parking de la salle de sport choisi pour servir de PC opérationnel de crise. De nombreux véhicules des pompiers, des gendarmes, des autorités préfectorales, des ingénieurs venus de Paris et du Samu, incapables de trouver la moindre place pour se garer ont du stationner loin du PC ou bien, furieux de la pagaille constaté, sont tout simplement repartis avant la fin officielle de l’alerte.

Il n’aura fallu qu’une petite heure à tout le monde pour comprendre que l’exercice tournait à la farce. Une farce que les élus locaux ont suivi avec d’autant plus d’inquiétude qu’ils n’ont reçu que quelques coups de téléphone parfaitement contradictoires. Alors que l’alerte avait été déclenchée peu après 9 heures, ils n’ont reçu le message les informant du bouclage routier de la région et la mise en place du Plan particulier d’intervention que peu avant 10 heures. Commentaire du maire : « nous étions dans un exercice prévu, avec des gens préparés. Qu’est ce qui se passerait en cas d’accident réel, dans une situation pour laquelle personne n’aurait été prévenu et que chacun vaquerait à ses occupations ? En y pensant j’ai un frisson qui me parcourt l’échine. On aurait rien su ni pu faire. Vu de la mairie, où nous avions heureusement apporté du travail pour nous occuper, l’exercice de mise à l’abri des personnes était calamiteux ».

Cette désastreuse expérience montre au moins deux choses : d’abord que les autorités ne croient pas vraiment à leurs exercices qui ne servent qu’à conforter des plans technocratiques et ensuite, de l’aveu même des responsables de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, qu’un accident sera ingérable et ne pourra qu’entraîner de nombreuses victimes. D’autant plus qu’entre eux, ils ne sont pas d’accord sur la nécessité de confiner les gens chez eux plutôt que de mettre des moyens de transport collectifs pour quitter la zone contaminée au plus vite. Leur cauchemar récurrent : l’embouteillage monstre qui paralysera la fuite des habitants dans leurs voitures et les exposera encore plus à la radioactivité. Sauf à mettre en place des forces de l’ordre recevant la consigne de tirer en cas de désobéissance. Cela figure en toutes lettres dans d’autres plans qui, eux, restent secrets.

Bilan de cette opération : des centaines de victimes irradiées. Heureusement que l’accident était aussi fictif que le plan mis en oeuvre.

Roland KSOURI -Sapeur-Pompier à la commune

de Lyon, ancien membre des Cellule Mobile

d’intervention radiologique 

Ecoutez ou téléchargez l’interview au format

MP3 (7 Mo)

Témoignage extrait de la lettre d’information de

« Sortir du nucléaire » de décembre 2001:

Témoignage d’un sapeur pompier professionnel

au sujet de la gestion du risque nucléaire

DEVOIR DE RESERVE OU LOI DU SILENCE !

EDF prétend qu’il existe des dispositifs qui visent, en toutes circonstances, à assurer la protection des populations, dont le plan particulier d’intervention (PPI) et le plan d’urgence d’intervention (PUI) mis en oeuvre par les préfectures. 

Je suis sapeur-pompier professionnel au service d’intervention et de secours du Rhône et j’ai un certificat d’intervention en milieu radiologique, spécialité existant dans le cadre des cellules mobiles d’intervention radiologique (CMIR). Si les CMIR sont adaptées pour faire une recherche de source scellée, détecter et enlever une pollution ponctuelle, établir un petit périmètre de protection, elles ne peuvent en aucun cas assurer la protection des populations en cas d’accident dépassant l’enceinte d’une installation nucléaire. La seule protection efficace étant la distance, l’unique protection contre une irradiation et (ou) une contamination est le sauve-qui-peut et du bon côté (sens du vent). Pour en avoir débattu avec des collègues, je sais qu’en cas d’accident majeur, les sapeurs-pompiers n’iront pas au casse-pipe comme ceux de Tchernobyl.

Le texte ci-dessous est extrait d’un cours de formation d’officiers sapeurs-pompiers à la « gestion des risques » en matière radiologique. Ainsi apprécierons-nous ce qui est prévu sur le papier par nos autorités, en caractères italiques, et ce qui se passerait en réalité en cas d’accident dépassant l’enceinte d’une installation nucléaire.

Plan d’intervention

L’organisation au préalable des secours à mettre en oeuvre en présence d’un accident à caractère radiologique est définie par les plans particuliers d’intervention (PPI) et par les plans d’urgence interne (PUI) dans les installations nucléaires de base (INB).

En matière nucléaire, le plan particulier d’intervention (PPI) prévoit trois niveaux d’alerte et d’intervention, correspondant à différentes procédures et moyens à mettre en oeuvre.

Le niveau 1

Ce niveau correspond à un incident ou accident à caractère non radiologique. Ce niveau comprend deux degrés :

Le premier en l’absence de victimes. 

Le second en présence d’une ou plusieurs victimes.

Le niveau 2

Ce deuxième niveau est destiné à faire face à un événement à caractère radiologique limité au site. Ce niveau comprend aussi deux degrés :

Le premier en l’absence de victimes. 

Le second en présence d’une ou plusieurs victimes.

Le niveau 3

Ce dernier niveau est déclenché lorsque l’accident est à caractère radiologique avec des conséquences immédiates ou envisageables à l’extérieur du site.

Il ne comporte pas de degrés.

Le PPI est établi par le préfet du département assisté des services compétents, dont le SDIS (service départemental d’incendies de secours), il est déclenché et mis en oeuvre sous la responsabilité du préfet qui occupe la fonction de directeur des opérations de secours (DOS).

Son objectif est la protection des populations grâce à une information préventive associée à une organisation de crise adaptée.

A cette fin, le PPI est actuellement organisé autour d’un PC fixe activé en préfecture et d’un PC opérationnel mis en place à proximité du lieu du sinistre.

Il prévoit succinctement :

- l’information des services, des populations et des médias ; 

- l’activation des équipes de mesures et de prélèvements : équipes de 1er niveau et cellule mobile d’intervention radiologique en ce qui concerne les sapeurs-pompiers, ZIPE 1 (zone
d’intervention premier échelon) et ZIDE 2 (zone d’intervention de deuxième échelon ) pour ce qui est du CEA (commissariat à l’énergie atomique) ;
- la mise en service des centres de regroupement et de contrôle de la population ainsi que des centres de décontamination et la distribution d’iode ;
- le contrôle des accès routiers autour du site concerné. Pour ce faire, deux périmètres sont prédéfinis :
< l’un de 5 km de rayon dans lequel il peut être envisagé de recourir à l’évacuation de la population située sous le vent, alors que la consigne normale est le confinement ;
< le second périmètre, compris entre 5 et 10 km, pour lequel seul le confinement des populations est retenu ;

- l’accueil des blessés, irradiés ou contaminés.

En ce qui concerne le niveau 3, incident ou accident à caractère radioactif extérieur au site, les équipes de détection sapeurs-pompiers effectuent des mesures sur les circuits préétablis. Des mesures 

complémentaires sont effectuées par les CMIR. Suivant les résultats et les avis des experts, il y a trois types de situation :

- Vie normale : Equipes de détection et CMIR peaufinent les premières mesures. Des échantillons sont prélevés pour mesure à l’aide du véhicule CMIR « anthropogammamétrique ». 

- Confinement : Information de la population par haut-parleur. Balisage des zones de confinement. Activation des centres de regroupement de la population (matériel de détection de la contamination +
médecins Sapeurs-pompiers). Contrôle de la population grâce aux véhicules CMIR « anthropogammamétrique » et mesures sur échantillons.
- Evacuation : Information de la population. Balisage des secteurs à évacuer et à confiner. Participation à l’évacuation. Contrôle aux centres de regroupement. Evacuation des malades. Tri : personnes
contaminées, non contaminées, grâce aux véhicules CMIR « anthropogammamétriques » et mesures sur échantillons (aliments, eaux, terre, végétaux)

Les objectifs du plan d’urgence interne peuvent se résumer de la façon suivante :

Assurer : 

- le secours aux blessés, qu’ils soient conventionnels, irradiés ou contaminés
- la protection du reste du personnel ;
- la conduite des unités vers le meilleur état de sûreté possible ;
- la stabilisation de la situation en limitant au maximum les conséquences de l’événement.

Alerter et informer : 

- les autorités préfectorales et de sûreté ;
- les services d’intervention ;
- l’organisation nationale de crise de la structure.

Analyser l’accident et ses conséquences : 

- diagnostic et pronostic de l’évolution potentielle ;
- évaluation des rejets et de leurs impacts sur la population.

Ces dispositions sont prises sous la responsabilité du chef d’établissement qui est aussi à l’origine du déclenchement de ce plan.

Voilà pour la théorie ; pour la pratique, souhaitons que jamais nous ne connaissions un accident de niveau 3.

Car un accident nucléaire dépassant les limites d’un site nucléaire deviendra vite ingérable.

Il faut plusieurs heures entre l’ordre d’alerte de la CMIR et la réalisation des premières mesures sur le circuit préétabli. La CMIR, vu la pénibilité de la tâche, devra être relevée : par qui ? Une seule CMIR (4 hommes) est opérationnelle, les autres étant de repos ou affectées à d’autres missions. Il faudra faire intervenir des CMIR d’autres départements ou régions. (3 CMIR en Rhône-Alpes : Lyon, Valence, Grenoble).

Comment réaliser, comme le prévoit le PPI, la mise en service des centres de regroupement et de contrôle de la population dans la mesure où il n’y a pas, à ma connaissance, en Rhône-Alpes comme dans tout le Sud-Est de la France (une des régions les plus nucléarisé au monde !) des véhicules CMIR « anthropogammamétriques » ?

La distribution d’iode, pour être efficace et seulement contre l’iode radioactif, doit se faire plusieurs heures avant l’exposition à la radioactivité.

Si des blessés contaminés doivent être transportés vers un centre hospitalier, aucune structure hospitalière, à part un service de grand brûlés (milieu stérile et confiné), ne pourra les accueillir. Les lits disponibles dans ces services très pointus ne pourront accueillir qu’un nombre très limité de victimes. Ensuite, il faudra décontaminer les véhicules ayant servi au transport et le service hospitalier.

Quant à l’évacuation de la population située sous le vent, chacun connaît la difficulté à évacuer lors des manoeuvres très médiatiques de simulation préparées des mois à l’avance ; en réel, la tâche sera encore plus difficile avec des ordres et contre-ordres, l’affolement et la panique (accidents routiers, embouteillages etc.).

Le confinement des populations ne s’improvise pas. Il faut posséder la technique et le matériel (films plastiques, rubans adhésifs). Aucune information ni formation n’est réalisée si ce n’est par quelques dépliants dont la diffusion est restreinte.

Si la contamination est massive, ce sera le sauve-qui-peut mais du bon côté (direction du vent), car la première protection, c’est la distance, la seconde, le temps (la dose absorbée est directement proportionnelle à la durée d’exposition).

Arrêtons là cette simulation désastreuse. EDF et les autorités laissent croire à la population que des sapeurs-pompiers pourront assurer leur protection en cas d’accident radioactif de niveau 3 : il est pourtant compréhensible que, même s’ils avaient tous les moyens humains et matériels, ils seraient totalement inopérants pour une pollution par des éléments radiotoxiques à des doses du millionième de gramme.

Les sapeurs-pompiers sont des fonctionnaires territoriaux et d’après leur statut, ils doivent observer un devoir de réserve, mais le devoir de réserve n’est pas la loi du silence. Tout fonctionnaire qui a connaissance de dysfonctionnements devrait les dénoncer.

Roland KSOURI

(sapeur-pompier professionnel du Rhône)

Scénario-catastrophe simulé pour un exercice à

la centrale de Fessenheim

20/11/2008 - Un scénario-catastrophe, avec rejet de vapeurs radioactives, a été simulé jeudi à la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) lors d’un exercice qui mobilisait pour la journée les pouvoirs publics, les médias, la Suisse et l’Allemagne. Selon le scénario, un ou plusieurs tubes du réacteur fictif numéro 3 de la centrale se seraient rompus, provoquant un dégagement de vapeurs contaminées largement disséminées par le vent vers le sud. Dans le cadre de cet exercice, le préfet du Haut-Rhin a constitué une cellule de crise, déclenché un Plan particulier d’intervention (PPI) avec la Sécurité civile et ordonné la mise à l’abri des populations successivement dans des rayons de deux, cinq puis dix kilomètres. Dans la réalité, toutes les sirènes ont été activées, des routes ont été coupées, les élèves de deux écoles ont été mis à l’abri et des messages d’alerte téléphonés ont été adressés aux quelque 800 foyers de la commune de Fessenheim. Cet exercice « de grande ampleur », selon la préfecture du Haut-Rhin, qui a lieu tous les trois ans, a pour objectif de tester le dispositif d’alerte et d’organisation de crise déployé dans l’hypothèse d’un accident nucléaire. Du côté de la centrale à Fessenheim et d’EDF à Paris, où près de 300 personnes au total ont été mobilisées pour l’exercice, un Plan d’urgence interne (PUI) a été mis en oeuvre pour tester la chaîne de décisions des pouvoirs publics. Les techniciens mobilisés dans la centrale s’exercent sur un simulateur de pilotage qui est une réplique exacte de la salle de commande. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), EDF, les gendarmes et les pompiers du Haut-Rhin, les directions départementales concernées, les maires de quinze communes environnantes et Météo France sont également associés à l’exercice. Entrée en service en 1977, la centrale de Fessenheim est la plus ancienne du parc nucléaire français. Fin octobre, des antinucléaires suisses, allemands et français ont saisi le Conseil d’Etat après le rejet par le ministère de l’Ecologie d’un recours demandant l’arrêt définitif de la centrale.

Ouest-France, 17/10/2008: 

Exercice radioactif, population inactive

Hier, AREVA, préfecture de la Manche, services de sécurité et de secoursont joué un accident nucléaire dans La Hague. Pas les habitants.

9 h 23, dans la rue principale de Beaumont-Hague, le piéton va son bonhomme de chemin. Tranquille. 9 h 24, les énormes sirènes perchées sur le toit de la mairie hurlent. Un son long et lugubre à donner le cafard au plus optimiste. Au bar-PMU, on ne s’émeut pas pour autant. Les sirènes insistent. Quelques clients décident de « filer avant qu’ils nous bloquent les routes ». Toutefois, la rue demeure sereine et chacun vie sa vie.

À deux kilomètres de là, c’est différent. Depuis près d’une heure, Aréva est sur les dents. « Un incendie s’est déclaré dans un atelier de séparation du plutonium », annonce la communication. De quoi donner des sueurs froides [Rappel: 1/1 000 000 ème de gr de plutonium inhalé suffit à provoquer un cancer]. Devant la gravité de la chose, le préfet de la Manche décide de sonner l’alarme. Outre les sirènes, un serveur téléphonique automatique doit avertir chaque riverain dans un rayon de deux kilomètres.

« Y’a des priorités dans la vie ! ». « Chez moi, ça a bien fonctionné. J’ai reçu dix-sept messages en un quart d’heure », témoigne Michel Canoville, président de la communauté de communes de La Hague. Il ne s’est pas confiné pour autant à son domicile, comme prévu par le Plan particulier d’intervention. Au PMU en revanche, « aucun appel », signale le patron. « Sauf celui de Momo. Il demandait s’il pouvait venir faire son tiercé et boire un p’tit blanc. J’lui ai dit que oui. Y’a des priorités dans la vie »  

Le dispositif d’alerte prévoit la diffusion de messages radio. Ceux-ci sont intervenus près d’une heure après le début de l’alerte. La préfecture n’avait pas encore validé le message. Sur le terrain, les gendarmes ont bloqué les différents accès, deux kilomètres autour de l’usine nucléaire. Certains ont mis toutefois un certain temps à se positionner au bon carrefour. Les pompiers, eux avaient pour mission de contrôler la radioactivité à l’extérieur du site. Les cellules chimiques et radioactives sont venues du Calvados, d’Ille-et-Vilaine et de la Manche.

Les seuls riverains vraiment motivés, ou contraints, furent les élèves du collège de Beaumont-Hague, confinés dans leurs classes. « Sauf que la sirène, on l’a presque pas entendue », souligne une troisième. « Toute façon, si ça pète, on est tous morts », commente un sixième en haussant les épaules. Pour les autorités, « le bilan est plutôt positif. » La partie fictive de l’opération, à quelques couacs près, semble avoir bien fonctionné.Cependant, près de 40 ans après la mise en service de l’usine atomique, on s’interroge toujours sur la manière de protéger la population en cas de pépinExcès de confiance ou fatalisme ?

La Nouvelle République du Centre-Ouest,

8/10/2008: 

Centrale nucléaire: un exercice révélateur de

faiblesses

Plus facile à gérer sur les écrans que sur le terrain, la simulation d’accident à la centrale de Saint-Laurent a connu des faiblesses lors de l’évacuation.

Un arrêt automatique sur un réacteur, comme il s’en passe fréquemment et puis de fil en aiguille une série de pépins. A 8 h 15, l’alerte est donnée, le préfet averti. C’est l’accident sérieux : dans le quart d’heure, les populations des communes d’Avaray, Courbouzon, Lestiou et Saint-Laurent sont prévenues automatiquement par téléphone. La grosse machine du plan d’urgence interne s’enclenche, sur ses rouages bien huilés, en mode réflexe.

Autrement dit dans des séquences aussi programmées qu’automatiques. Le plan particulier d’intervention va suivre, rodé de la même manière. Du poste de direction situé au coeur de la centrale, locaux entièrement autonomes et protégés pour des jours entiers d’isolement, le lien s’établit avec la préfecture, l’autorité de sûreté nucléaire, et le poste de commandement opérationnel installé au centre de secours de Muides. L’accident se gère sur écran, par téléphone, à déjouer les pannes en cascade concoctées par l’équipe des scénaristes.

Elle est moins commode à maîtriser sur le terrain. L’évacuation d’une partie de la population prend du retard. Une heure et demie d’attente devant la mairie de Courbouzon, bien exposé à une pollution supposée dangereuse. Il en sera question à l’heure du débriefing, à l’issue de l’exercice.

« Globalement, les équipes en place ont bien fonctionné », estimait le préfet Philippe Galli, en fin de journée. « Sans doute, nous avons eu quelques problèmes de liaison et d’appréciation avec le poste de commandement opérationnel, et plus particulièrement avec les instances nationales, lorsqu’il s’agissait de valider des chiffres avant de les communiquer. » C’est ce niveau national qui n’aurait pas jugé bon de maintenir les consignes de confinement, oubliant qu’à Courbouzon, des volontaires attendaient leur car depuis plus d’une heure et qu’ils avaient pris une journée pour participer à cet exercice.

La Nouvelle République, 29/8/2008:

Civaux – Exercice de sécurité à la centrale: le

GIGN appelé en renfort

Branle-bas de combat, hier après-midi à la centrale nucléaire de Civaux : un exercice de sécurité a mobilisé une vingtaine d’hommes du GIGN et plus de trente gendarmes. Le communiqué de la mission communication du Centre nucléaire de production d’électricité de Civaux était des plus laconiques : « Jeudi 28 août, un exercice de sécurité des installations est programmé sur la centrale de Civaux. Il a pour but d’entraîner les équipes et de tester les dispositifs de sécurité ».

Ce genre d’exercice, prévu dans le cadre de conventions associant la gendarmerie nationale et EDF, est régulier à Civaux. Mais celui d’hier avait un caractère exceptionnel et spectaculaire. Pour la première fois depuis la mise en exploitation de la centrale nucléaire poitevine, le GIGN (Groupement d’Intervention de la gendarmerie nationale) s’y est entraîné.

La simulation d’alerte a été donnée aux gendarmes vers 13 h 45. Très vite, et toutes sirènes hurlantes, une trentaine de militaires des brigades de Chauvigny, Lussac-les-Chateaux et Montmorillon ont convergé vers le site sous la direction du colonel Bonavita, commandant du groupement de la Vienne. Sur place, le sous-préfet Laurent Olivier attendait en compagnie d’un scénariste du GIGN. « C’est un exercice que nous pratiquons de façon fréquente dans les centrales nucléaires, au moins deux fois par an », a-t-il expliqué.

Impossible d’en apprendre plus sur le contenu de l’exercice : était-ce la réplique à une simulation d’attaque terroriste ? D’intrusion d’opposants au nucléaire dans l’enceinte ? « Nous n’avons rien de plus à vous dire ! »

Quoi qu’il en soit, deux heures plus tard, trois hélicoptères Puma de l’armée de terre ont posé une vingtaine de membres du GIGN armés jusqu’aux dents. Un bus de l’armée a conduit ces gendarmes surentraînés au sein de la centrale. C’était un exercice doublement confidentiel : la zone sensible du nucléaire civil doublée du secret entourant le GIGN a fait des miracles. La « Grande Muette » a tenu parole.

La Dépêche du Midi, 25/6/2008:

Vents mauvais sur l’exercice de Golfech ?

Sûreté nucléaire. Il y aurait eu divergence entre deux sources de données météo.

Seigneur météo quand tu dis qu’il fait beau! Seigneur météo, aglagla, quel frigo!» La Préfecture de Tarn-et-Garonne aurait-elle du s’inspirer de la chanson de Carlos, le 19 juin dernier, à l’occasion de l’exercice de sûreté nucléaire autour de la centrale de Golfech?

«Un exercice joué pour la première fois en météo réelle», avait souligné en guise de précaution bienvenue Mme le Préfet, Danièle Polvé-Montmasson, à l’occasion des réunions préparatoires. Ce qui n’est pas sans incidence puisque, en cas de déclenchement du plan particulier d’intervention en phase réflexe, au-delà du périmètre de protection automatique des 2 km autour de la centrale, les populations situées sous le vent au-delà de cette zone sont susceptibles d’être également mises à l’abri.

Le hic c’est que, selon nos informations, il y aurait eu le 19 juin dernier une divergence entre les indications météorologiques fournies par Météo France, sur lesquelles s’est appuyé le poste de commandement fixe de la préfecture, et les données enregistrées par la station météorologique de la centrale de Golfech. Les premières auraient fait état à 12 heures d’un vent allant de Boudou vers Agen, alors qu’Edf aurait indiqué à 11h30 des vents dans le sens Lauzerte/Beaumont. Autant dire des vents contraires. 

En attente d’éclaircissement 

Ce que tend à confirmer le communiqué reçu hier de la Commission locale d’information (CLI) de Golfech: «Madame le Préfet a communiqué une divergence d’informations entre Météo France et EDF, au sujet de la direction des vents, et a demandé une étude sur les raisons.» Hier après-midi, du côté de la Préfecture, on cherchait plutôt à dédramatiser. «Il faut savoir qu’il y a eu très peu de vent lors de l’exercice. On ne peut pas parler de divergence. Chacun des intervenants a expliqué ses moyens d’expertise», arguait Marie-Josette Meyer, directrice de cabinet de Mme la Préfète.

Le sujet apparaît toutefois sensible puisque cette dernière reconnaissait: «On s’est rendu compte qu’il fallait savoir de quoi on parle. De météo en temps réel ou de prévisions? De mesures au sol ou en altitude? Parfois une indication de type Nord-Est/Sud-Ouest ne veut pas dire la même chose pour tout le monde.» Un sujet météo qui demande donc éclaircissement. «C’est ce à quoi sert un exercice», concluait la Préfecture.

Sud-Ouest, 20/6/2008: 

Urgence nucléaire pour de faux: « Cette

simulation est une plaisanterie »

SÉCURITÉ – Exercice de simulation d’accident radiologique, hier, à la centrale nucléaire de Golfech (82)

La sirène a retenti, hier, sur le site de la centrale nucléaire de Golfech. C’était un peu avant 9 heures. Ce genre de signal d’alarme à l’ombre des cheminées d’un réacteur susceptible, c’est du moins l’idée qu’on se fait, de vitrifier la campagne environnante, il y a de quoi vous mettre le « trouillomètre » à zéro. Mais hier matin, l’angoisse n’était pas palpable à Golfech. Pour cause, on faisait semblant.

Tous les trois ans, la centrale organise un exercice de simulation « maouss costaud » en mobilisant une partie de son personnel (ils sont 900 à travailler sur le site), les pompiers et la gendarmerie du Tarn-et-Garonne mais aussi ceux du Lot-et-Garonne et du Gers.

Par rapport au précédent exercice, cette simulation a été d’une moindre envergure et n’a touché qu’un périmètre de 2 km autour de la centrale. En effet, en 2005, les onze communes du Lot-et-Garonne intégrées dans le plan d’urgence de la centrale avaient été sollicitées afin de participer à l’exercice. Grande première néanmoins, hier, avec déclenchement pour la première fois d’un automate d’appels permettant de contacter par téléphone tous les habitants de la zone concernée.

30 000 pannes. Le scénario concocté s’appuyait sur une fuite radioactive à effet rapide. C’est au sein du simulateur de la centrale (30 000 pannes possibles) que s’est donc jouée une partie de l’exercice. « On teste notre capacité à gérer un accident de ce type et notre faculté à nous articuler avec les services de l’Etat », explique Vincent Renouard, chargé de communication au sein de la centrale nucléaire de Golfech.

Toutefois, la matière nucléaire étant on ne peut plus délicate, les exercices de sécurité sont très fréquents : 26 par an en plus d’un exercice trisannuel et d’un check-up minutieux tous les dix ans qui détermine la poursuite de l’activité. A noter que des barrages routiers filtrants ont été mis en place par la gendarmerie notamment au niveau de la départementale 813, ce qui a occasionné un certain nombre d’embouteillages.

Dans un communiqué, le réseau « Sortir du nucléaire » estime que la simulation orchestrée, hier, au niveau de la centrale nucléaire de Golfech est « une plaisanterie ». « Ces simulations sont seulement destinées à faire accepter à la population l’éventualité pourtant intolérable d’une catastrophe nucléaire. Avec des exercices ridicules, les autorités reconnaissent que le pire est possible. Les simulations n’apportent pas de réponses à des questions pourtant fondamentales. 21 ans après la catastrophe de Tchernobyl , des zones entières sont évacuées pour des siècles et des millions de personnes vivent toujours dans des zones contaminées. La seule façon de se protéger contre ce risque est de fermer au plus vite les installations nucléaires et non d’organiser de dérisoires simulations. »

Sud-Ouest, 27/5/2008: 

Golfech: le pire scénario

Exercice de simulation d’accident le 19 juin à la centrale nucléaire. Autorités, élus et riverains sont sur le pont

A toute rédaction de scénario catastrophe, il faut une part de machiavélisme. À n’en pas douter, celui écrit par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire sera fidèle à la tradition de ces journées pourries où tout part en quenouille. Caroline Bernard, directrice du Centre nucléaire de production d’électricité d’EDF à Golfech (82), en convient d’ailleurs très bien : « Le but est d’arriver à une situation extrême en perdant une à une toutes nos lignes de défense. » 

Donc nul ne sait où et à quelle heure, mais la centrale de Golfech va connaître une sérieuse avarie le 19 juin prochain. Un incident simulé et stimulé par la volonté de tester jusque dans ses moindres retranchements le plan particulier d’intervention en mettant sous tension la chaîne décisionnelle composée d’EDF et des différentes autorités. L’opération est chapeautée par la préfecture de Tarn-et-Garonne. Celles du Gers et du Lot-et-Garonne y contribuent.
Cinétique rapide avec rejets. « Tous les trois ans, la réglementation exige que les pouvoirs publics organisent un exercice afin d’entraîner les services, les maires et les populations à respecter les mesures de protection qu’il appartient au préfet de prescrire en cas de situation d’urgence radiologique », rappelle Danièle Polve-Montmasson qui inaugure en la matière ses nouvelles fonctions préfectorales.
Pour le personnel de la centrale, ce type d’opération confine quasiment à la routine. Le site va vivre la cinquième expérience de ce type. En cette accidentelle occurrence, la préfecture a donc choisi d’épicer le contexte, voire de le corser. « Les exercices antérieurs étaient plutôt à dominante sécurité civile. J’ai donc demandé à ce que cette fois-ci, la tendance aille vers un exercice de sûreté nucléaire, en simulant un accident à cinétique rapide avec rejets », expose Mme Polve-Montmasson.
Pour se compliquer la tache jusqu’au bout, il a été convenu de jouer la scène en situation de météo réelle. « L’objectif est de tester les processus d’analyse et de décision au sein de la cellule de crise, mais aussi le bouclage des routes et la mise en place de déviations ainsi que l’intervention des secours en zone contaminée », ajoute le représentant de l’état.
À Clermont-Soubiran. Un périmètre de sécurité réglementaire de dix kilomètres sera tracé autour de la centrale EDF. Trente et une communes sont concernées. Dans cette zone, les habitants situés dans un rayon de deux kilomètres seront alertés par deux biais : la rituelle sirène et le nouveau système Sappre, un réseau d’appel téléphonique.
À l’intérieur de ce cercle, les secours devront gérer la situation d’un groupe d’élèves partis en classe découverte. « L’objectif ultime est de protéger l’homme et l’environnement. Nous partons donc du principe que c’est en imaginant le pire que l’on pourra développer une organisation plus efficace », reprend Caroline Bernard.
Une réunion d’information à l’adresse des riverains de Clermont-Soubiran, située dans la première ceinture sera organisée le 4 juin.

Un accident nucléaire simulé sur la base des

sous-marins de l’Ile-Longue

29/4/2008 - Un exercice national de sécurité nucléaire simulant une contamination au plutonium susceptible de se propager vers les populations riveraines s’est déroulé mardi sur le site de l’Ile-Longue (Finistère), base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). L’exercice avait pour scénario une contamination accidentelle dans la zone d’assemblage des modules de missiles M45, après l’incendie d’un camion transportant un conteneur renfermant des éléments d’armes, un accident qualifié de « hautement improbable » par la Marine nationale. Supervisé par les ministères de la Défense et de l’Intérieur, cet exercice de sécurité nucléaire qui se déroule tous les ans en alternance sur l’un des trois sites de la Marine (Brest, Cherbourg et Toulon) a pour but notamment de « tester le fonctionnement de la chaîne de décision des pouvoirs publics, des cellules de crise locales et nationales ». Une agence de communication devait également « simuler une pression médiatique » sur les autorités en charge de la gestion de l’accident. La presse avait été invitée dans le cadre de la loi de 2006 sur la transparence de la sûreté nucléaire garantissant « le droit du public à une information fiable et accessible ». Le scénario a mobilisé environ 200 personnes sur la base. L’exercice prévoyait de tester la procédure d’alerte ordonnant le confinement des riverains. Mais mardi matin, la sirène était difficilement audible en raison des conditions météo et de l’orientation du vent, selon les témoins.

Sud-Ouest, 22/11/2007: 

Tchernoblaye dénonce « une véritable

mascarade »

Dans un communiqué circonstancié, l’association Tchernoblaye, dont on ne présente plus les engagements antinucléaires, s’est élevée hier contre ce qu’elle appelle une « véritable mascarade ». Selon Tchernoblaye, « les simulations d’accident nucléaire, de même que la distribution de pastilles d’iode sont seulement destinées à faire accepter à la population l’éventualité pourtant intolérable d’une catastrophe nucléaire. Avec ces exercices ridicules, les autorités reconnaissent néanmoins que le pire est possible ». 

Évoquant la perspective d’un accident ou d’un crash suicide sur la centrale nucléaire du Blayais, les auteurs du communiqué, parlant « d’un drame équivalent à Tchernobyl », posent trois questions :
« À Tchernobyl, 800 000 liquidateurs se sont sacrifiés pour stopper la catastrophe. Qui ira, ici, si jamais cela devait se produire ? » ;
« En cas d’accident nucléaire en France, et par exemple au Blayais, que faire des millions d’habitants de la région ? Comment et où les évacuer ? Pour combien de temps ? » ;
« Le périmètre de quelques kilomètres concerné par les exercices officiels et les distributions de pastilles d’iode est proprement ridicule. Le nuage radioactif de Tchernobyl a touché toute l’Europe ! »

Pour les antinucléaires de Tchernoblaye, il n’y a rien à sauver de ces procédures. Ni rien de bon à attendre de la filière électronucléaire. « Vingt et un ans après la catastrophe de Tchernobyl, des zones entières sont évacuées sont évacuées pour des siècles. Et des millions de personnes vivent toujours dans des zones contaminées, où la situation continue de s’aggraver. Par ailleurs, faut-il rappeler que l’on a au Blayais frôlé le drame en décembre 1999. Or les autorités et la population n’ont découvert la gravité de la situation que que 15 jours plus tard…»

20minutes, 21/11/2007: 

Cata factice à la centrale nucléaire :

Tchernoblaye dénonce une « mascarade »

« Cet exercice est une mascarade », dénoncent les membres de l’association Tchernoblaye, qui fait partie du réseau Sortir du nucléaire. Aujourd’hui, les autorités de la centrale nucléaire du Blayais organisent en effet une simulation d’accident, afin d’évaluer l’efficacité des mesures de protection de la population si un tel drame venait à se produire.

L’exercice va permettre de tester le plan d’urgence interne et le plan d’intervention, récemment discutés par la préfecture. « Il y a une prise de conscience d’un éventuel risque, mais la seule façon de se protéger contre celui-ci, c’est de fermer au plus vite cette installation nucléaire. Cette simulation est destinée à faire accepter l’éventualité intolérable d’une catastrophe nucléaire », affirme l’association.

Tageblatt, 17/11/2007:

Cattenom: exercice simulant une intrusion à la

centrale nucléaire

Un exercice de sécurité, simulant une intrusion sur le site de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle) avec prise d’otages et pose de bombe fictives, a été organisé vendredi soir par les pouvoirs publics, a-t-on appris samedi auprès de la direction de la centrale. Selon le scénario, une alarme a retenti vers 16h00 sur le site pour signaler l’intrusion de plusieurs personnes, déclenchant une riposte au sein de la centrale. Une trentaine de gendarmes sont intervenus, puis le préfet de Région et le procureur de la République ont constitué avec le directeur de la centrale une cellule de crise pour maîtriser l’incident, tandis que quatre hélicoptères amenaient sur place une équipe d’une trentaine de policiers du GIGN depuis la région parisienne, a indiqué le directeur délégué de la centrale Didier Fortuny. L’exercice, qui s’est déroulé « comme si c’était vrai », a pris fin samedi vers 1h00 après un débriefing, selon une porte-parole de la centrale. Cet « exercice sécuritaire inopiné » de grande ampleur avait été commandité par les services du Haut fonctionnaire de défense et de sécurité (HFDS) du ministère des Finances, selon M. Fortuny. Ils sont organisés tous les ans par le HFDS sur des sites sensibles comme Aréva ou le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) avec pour objectif de tester l’organisation des différentes entités et la coordination de la sécurité. Les élus mosellans ont été informés dès le déclenchement de l’exercice ainsi que la presse locale qui a été chargée de rassurer les riverains alors que tous les accès autour de la centrale étaient coupés.

Accident nucléaire: 2 000 habitants associés à

un exercice à Paluel

19/9/2006 - Quelque 2.000 habitants ont participé mardi à un exercice simulant un accident à la centrale nucléaire de Paluel (Seine-Maritime) qui est la plus importante de France avec ses quatre réacteurs de 1.300 mégawatts, a-t-on appris auprès de la préfecture.

L’exercice a commencé vers 07H30 avec une alerte déclenchée à la suite d’un accident dans cette centrale qui a entraîné la mise en oeuvre du Plan d’urgence interne (PUI). « Cet exercice avait pour objectif de tester le bon fonctionnement du dispositif d’alerte et les mesures de protection des populations », a-t-on expliqué à la préfecture.
Dans l’après-midi, le préfet a déclenché le Plan particulier d’intervention (PPI) en raison de l’éventualité de rejets radioactifs dans l’atmosphère. Les habitants résidant dans un rayon de deux à dix kilomètres autour de la centrale ont été alors invités à se mettre à l’abri. 
Des observateurs de la Mission d’appui à la gestion des risques nucléaires (MARN), de la Direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DGSNR) et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ont participé aux opérations.
L’antenne départementale du Réseau sortir du nucléaire a qualifié l’exercice de « mascarade » en affirmant que le nucléaire était « un risque incomparable » à tous les autres. « La seule façon de se protéger contre ce risque est de fermer au plus vite toutes les installations nucléaires ».

Le Parisien, 14 juin 2006:

Saint-Aubin – Saclay

Simulation d’accident nucléaire au CEA

RUES TOTALEMENT VIDES, carrefours bardés de véhicules de gendarmerie et pompiers déambulant masques à gaz vissés au visage : le plateau de Saclay avait hier des airs de désert post-apocalyptique. En fait, il s’agissait seulement d’une simulation d’accident nucléaire, pour laquelle a été déployée l’artillerie lourde : une centaine de pompiers venus de l’Essonne et des Yvelines, quand 70 gendarmes verrouillent totalement un périmètre [artillerie lourde ??] englobant le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et la commune de Saint-Aubin. 9 h 20 : une première sirène résonne, cantonnée au site du CEA. Un grave accident vient de se produire : une fuite sur le réacteur Osiris. Dix minutes plus tard : l’alarme retentit cette fois à Saint-Aubin, donnant toute son ampleur au sinistre. Sur place, l’ambiance est à la fois surréaliste et un brin angoissante.

 Des spectres en combinaisons blanches serpentent entre les bâtiments du CEA. « Victor ? appelle dans une radio crachotante le commandant des opérations, nous avons cinq victimes irradiées dont deux blessées. Montage du sas d’exclusion en cours. » A deux pas, les blessés en question gisent sur des civières. Les blessures sont plus vraies que nature. Mais le sourire de la victime prouve que nous sommes bien dans le domaine de la fiction. Les sauveteurs, en revanche, bardés de harnachements, vivent un calvaire sous le soleil de plomb. « L’hypothèse d’un tel accident n’est pas forcément crédible, commente Alain Dechatre, le directeur adjoint du CEA. Mais cela nous permet de renforcer notre culture de la sécurité. »

Des habitants terrés chez eux A quelques encablures de là, les  habitants de Saint-Aubin sont terrés chez eux. « Si vous n’avez pas d’uniforme, ce n’est même pas la peine d’espérer passer », prévient un pompier. « Veuillez vous mettre à l’abri et brancher la radio sur 87,8 FM », hurle un haut-parleur planté sur une voiture. « Ça met de l’animation, sourit Nicolas, cuisinier du restaurant les Chevaliers des Balances. Le problème, c’est qu’aucun client ne peut parvenir jusqu’ici… »

« Beaucoup de gens sont au travail, nuance quant à lui Bernard Mazière, l’adjoint au maire de Saint-Aubin. Mais, d’une manière générale, ils sont peu inquiets. » La preuve, seulement 30 % de la population est allée retirer les pastilles d’iode gratuites disponibles en pharmacie. Ancien maire de Saclay, Louis Chavernoz se dit de son côté bluffé par le dispositif. « Il y a vingt-cinq ans, c’était le cirque complet. Les gens appelaient en mairie pour demander ce qu’ils devaient faire des vaches ou des chiens ! Aujourd’hui, les progrès sont énormes, mais je crois que les populations ne s’intéressent toujours pas. Elles préfèrent ne pas voir… »
« Globalement, la France commence à devenir adulte sur ces questions, se félicite quant à lui Christian Géneau, de la mission d’appui et de gestion des risques nucléaires du ministère de l’Intérieur. En 1986, on n’avait pas osé parler de Tchernobyl, alors que les Allemands l’avaient fait… »

LE TEMOIN DU JOUR

«La France n’est pas préparée»

DES SIMULATIONS d’accidents nucléaires, Frédéric Marillier en a vécu plusieurs, notamment à La Hague (Manche). « Sur le principe, c’est intéressant et important. » Sauf que pour cet observateur avisé du petit monde du nucléaire, les pouvoirs publics « ne vont pas au bout de la logique », et « la France n’est pas du tout préparée à un accident majeur ». « Déjà, les périmètres sont sous-estimés, déplore Frédéric Marillier.
Même si nous avons affaire au CEA à un petit réacteur, un problème concernerait la N 118 et le rond-point du Christ de Saclay. Je ne suis pas sûr que les autorités pourraient gérer le blocage de ces axes. » Autre inquiétude : « L’implication de la population. Un exercice de confinement, cela reste simple, mais en cas d’évacuation, ce serait autre chose… » Et de citer l’exemple de La Hague : « Lors du dernier exercice, le scénario comptait trois victimes… car il n’y a que trois places pour elles à l’hôpital de Cherbourg.
De la même manière, les gens seraient évacués en bus. Selon un sondage, 80 % des chauffeurs iraient chercher leurs propres enfants avant ceux des autres… Au final, j’ai l’impression que les pouvoirs publics n’assument pas le risque qu’ils font courir à la population, et n’ont surtout pas envie de connaître la véritable ampleur de ce risque. »

Nicolas JACQUARD

La Nouvelle République du Centre-Ouest,

22/03/2006:

Exercice de sûreté nucléaire : l’essentiel, c’est

d’essayer

On a vécu un accident nucléaire simulé hier aux alentours de Civaux. L’exercice, destiné à rassurer la population, a mobilisé des centaines de personnes. Jusqu’à Sillars où l’on a tenté de prévenir les habitants avec les moyens communaux. Le réseau «  Sortir du nucléaire  » dénonce une «  plaisanterie  ».

Les agents du CEA ont déposé une sonde de prélèvement atmosphérique pour contrôler les rejets radioactifs de la centrale
Le calme est revenu dix kilomètres autour de la centrale nucléaire de Civaux dans le rayon du plan particulier d’intervention. L’exercice de sûreté nucléaire a débuté hier vers 7 h 15 dans le simulateur du CNPE par une fuite du circuit de refroidissement primaire. Les pannes se sont enchaînées jusqu’à conduire à un début de fusion du réacteur.
La centrale a déclenché son plan d’urgence interne à 8 h et le préfet a déclenché son PPI à 11 h 30. Du poste de commandement fixe à Poitiers au poste de commandement opérationnel à Fleuré piloté par le sous-préfet de Châtellerault Philippe Curé, les pompiers, le SAMU, la gendarmerie, l’IRSN, le CEA [...] ont pris position dans l’objectif de protéger la population.
Le village de Sillars a tenté l’expérience à son niveau. Les six cents âmes disséminées dans le bourg et les hameaux ont été prévenues grâce aux moyens communaux. Avec sa liste de numéros de téléphone, le maire Yves Vergnaud était fébrile au moment de passer à l’acte : « Nous avons désigné deux personnes par hameaux, deux autres dans le bourg et cinq élus donnent un coup de main. C’est de l’alerte artisanale ! »
Le cantonnier a joué le jeu. Et il a fait vite, même à vélo. Toute la journée, le périmètre du PPI a donc été un terrain d’entraînement pour une crise nucléaire simulée.
Le préfet est satisfait, pas les anti-nucléaires
Les équipes de secours ont évacué des personnes à mobilité réduite, des mesures radiologiques ont été réalisées et on a même déplié un sas de décontamination entre Tercé et Fleuré.
Bref, on a mis les petits compteurs geigers dans les grands pour montrer que l’accident nucléaire n’est pas une catastrophe. Las, sur l’antenne de France Bleu Poitou (la radio officielle en cas de souci), le porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire », Stéphane Lhomme, a qualifié cet exercice de « plaisanterie ». « Il ne faut pas d’accident nucléaire, tout simplement. On peut s’entraîner mais on ne réduira pas le problème. Imaginez-vous qu’un accident se produise réellement. Il est impossible de confiner les gens, ils prendront leurs voitures avec les risques d’accidents, les embouteillages Et les pastilles d’iode protégeront uniquement contre le rejet d’iode radioactif. »
En fin de journée, lors d’une conférence de presse, le préfet Bernard Prévost a tenu le discours inverse : « Globalement, tout s’est bien passé. Tous les observateurs ont noté de nets progrès depuis l’exercice il y a trois ans. Il y a eu une bonne coordination des services. C’est l’aboutissement d’un grand travail de préparation, chacun a tenu sa place même s’il y a eu des petits dysfonctionnements ou des redondances. »

Xavier BENOIT

Début de l’exercice de simulation d’un accident

nucléaire à l’usine Cogema de La Hague

LA HAGUE (20 octobre 2005) - Un exercice de simulation d’accident nucléaire a débuté jeudi à 10 heures à l’usine Cogema de La Hague (Manche). Il devrait durer toute la journée selon la préfecture de la Manche qui coordonne l’opération. Cet exercice va permettre de tester les capacités d’intervention et de réaction de l’établissement et des services de l’Etat en cas d’incident nucléaire Il va également permettre de savoir si les sirènes ont désormais atteint le niveau d’efficacité souhaité, un point négatif qui avait été décelé lors du précédent exercice en mars 2002. Au cours de l’exercice, une évacuation de blessés radioactifs vers l’hôpital Pasteur de Cherbourg et par la mer est prévue, de même qu’un confinement de 900 élèves des écoles de Beaumont-Hague ainsi que d’une partie de la population (Un crash suicide sur le site nucléaire de La Haguepourrait occasionner un drame équivalent à 67 fois Tchernobyl (Wise-Paris étude de 2001).

Ouest-France, vendredi 21 octobre 2005:

Scénario catastrophe dans La Hague

L’exercice a entraîné le confinement de 800 élèves et le transport de blessés

Accident fictif à l’usine de retraitement de La Hague, groupes scolaires de Beaumont-Hague confinés, blessés contaminés transportés à l’hôpital Pasteur : un exercice de simulation a été organisé hier matin autour de Cogéma. Jeudi matin, 9 h 30 : les trois sirènes de l’usine de retraitement de combustibles irradiés de La Hague et celles de Beaumont et d’Omonville sonnent l’alerte. Le maire de Beaumont-Hague, Michel Laurent, peut lancer la procédure de confinement des 800 enfants solarisés dans les écoles et collège. Une heure plus tôt, un exercice était déclenché à Cogéma La Hague. Un accident dans l’unité UP3 de l’usine de retraitement de combustible irradiés qui allait provoquer un dégagement radioactif dans l’atmosphère. Le scénario, « hautement improbable », explique la Cogéma, est celui d’un exercice grandeur nature. Au gré des changements des données météorologiques, le PC environnement évaluera, tout au long de la matinée, les trajectoires du nuage radioactif fictif. « Cet exercice de gestion de crise nucléaire à dominante Sécurité civile a pour objectif de tester l’ensemble des chaînes de décision », explique Laurence Pernot, responsable de la communication pour la Cogéma. Le sous-préfet est d’ailleurs sur place pour voir la mise en place de son PC mobile avancé, installé sur le parking devant la mairie de Beaumont-Hague. De Paris à Cherbourg en passant par la préfecture à Saint-Lô, de la préfecture maritime à l’Autorité de sûreté nucléaire, des cellules sont mobilisées.

Distribution de tracts

A Beaumont-Hague, sirènes d’alerte ou pas, la vie se poursuit. Deux hommes qui ont vêtu les combinaisons blanches de protection distribuent des tracts aux quelques passants. Le texte, signé de la Cellule citoyenne de contrôle et d’information (Greenpeace), annonce un scénario différent de celui de Cogéma : un avion s’est écrasé sur les piscines de l’usine. Et propose de téléphoner au centre de retraitement, à la préfecture…, numéros de téléphones à l’appui. Le tout sous l’oeil de Yannick Rousselet, de Greenpeace : « On voit bien que tout est déjà prêt. On est loin des conditions réelles. » La Cogéma recevra 153 appels d’habitants « plus ou moins paniqués ».
Dans un bar proche de la mairie, les clients terminent leur café matinal en entendant les sirènes. Derrière le bar, le patron sort la lettre estampillée Areva : « Ici, ils nous disent tout ce qu’il faut faire en cas d’alerte. » Dans l’enveloppe, un document donnant les mesures d’urgence en cas d’accident nucléaire. Une enveloppe que cette passante n’a pas vue dans sa boîte aux lettres. « Vous savez, il y a tellement de papiers qui arrivent. »

Hélitreuillage

Peu avant midi, l’exercice prend une autre tournure. Le vent a changé et le nuage fictif se dirige vers la mer. La préfecture maritime simule le lancement d’un avis d’interdiction de navigation dans un rayon de 10 km autour des cheminées de La Hague, confine le personnel du Cross-Jobourg et fait évacuer le sémaphore de La Hague. Elle envoie l’hélicoptère de la Marine nationale devant Vauville, pour hélitreuiller trois blessés contaminés, dont un grièvement.
Hier soir, l’ensemble des autorités concernées par l’exercice s’accordaient à le qualifier d’enrichissant. « Les exercices réunissaient des conditions difficiles, puisque le système a été poussé au bout de ses limites, soulignait le représentant de l’Autorité de sûreté nucléaire. Et nous estimons que le système a réagi de manière satisfaisante. »

Exercice grandeur nature autour d’un accident

nucléaire à Golfech

(Simulation bidon d’accident à Golfech)

 3/03/2005 - Un exercice grandeur nature autour de la simulation d’un accident nucléaire à la centrale de Golfech a mobilisé toute la journée de jeudi personnels, équipes de secours et forces de l’ordre, ainsi que la population de 11 communes voisines, invitée à se mettre à l’abri.

L’opération avait démarré peu avant 07H00 par le déclenchement d’un plan d’urgence interne (PUI) dans la centrale, à la suite d’une fuite de vapeur causant dans un premier temps une quinzaine de blessés – dont 3 graves. Face à un accident s’aggravant progressivement, selon le scénario dont les participants à l’exercice ont découvert le contenu au fur et à mesure, il a fallu mobiliser les équipes des 3 SAMU de la région, qui ont participé au traitement des faux blessés et irradiés et à des évacuations sanitaires par hélicoptère et ambulance.
Pour vérifier le bon fonctionnement du plan particulier d’intervention (PPI) dont la préfecture du Tarn-en-Garonne assure la direction, les autorités ont ordonné la mise à l’abri de la population du voisinage: 3 villages du département – dont Golfech – situés dans un rayon de 2 km autour de la centrale, et 8 autres du Lot-et-Garonne, situés sous le vent. Les habitants devaient se mettre à l’abri dans un lieu clos, sur place au moment de l’alerte, ne pas rester dans les véhicules, ne pas aller chercher les enfants qui devaient rester sous la surveillance des enseignants. Ils devaient aussi s’assurer d’avoir en leur possession des comprimés d’iode 
distribués par les mairies (Les pastilles d’iode ne protègent que de l’iode radioactif, un nuage comme celui de Tchernobyl comprend de nombreux autres éléments radioactifs contre lesquels il n’existe pas de pastille, il vaut mieux avoir une pastille d’iode que ne pas en avoir, mais c’est une « protection » tout à fait illusoire en cas d’accident nucléaire). La gendarmerie a de son côté mis en place des barrages routiers interdisant l’accès à la zone autour de la centrale.
Ce type d’exercice est effectué tous les 3 ans dans chacune des 19 centrales nucléaires françaises. Pour la première fois à Golfech, les personnels réagissaient au scénario dans un « simulateur pleine échelle » construit il y a deux ans, où a été recréé exactement à l’identique la salle de commandement de la centrale et qui sert habituellement à la formation. Le réseau « Sortir du Nucléaire » a dénoncé dans un communiqué « l’hypocrisie des pouvoirs publics et des entreprises du nucléaire » estimant qu’il s’agissait d’ »exercices dérisoires, inefficaces, organisés pour abuser les citoyens en leur faisant croire qu’il est possible de limiter les conséquences d’une catastrophe nucléaire ». Le Réseau estime notamment que « le périmètre de 10 km concerné par les exercices officiels est ridicule ». Il évoque la catastrophe de Tchernobyl (avril 1986) et demande « comment et où évacuer des millions d’habitants en cas d’accident nucléaire en France? ».

 La Dépèche du Midi, 06/02/2005 :

Golfech: fausse alerte nucléaire, vrai exercice

Tarn-et-Garonne

SÉCURITÉ. LE 3 MARS, UN SCÉNARIO CATASTROPHE PERMETTRA DE TESTER LES CAPACITÉS DE RÉACTION DES SERVICES DE L’ETAT ET DE LA POPULATION.

Rupture des trois barrières de protection, défaillances sévères de tous les systèmes de sûreté, fission du coeur du réacteur et, probablement, rejet dans la nature d’un nuage radioactif… Le scénario, élaboré par Serge Autuori, d’EDF-Organisation nationale de crise, est du genre cauchemardesque (mais très possible, lire: Les circuits de secours ne fonctionneraient pas en cas de rupture du circuit primaire). « Cela revient à casser le moteur et crever les pneus d’une voiture dont le conducteur a un problème. Les risques de connaître un tel accident à Golfech sont infimes», assure-t-il (mais c’est faux, les autorités se préparent à l’accident). Rien de mieux donc pour rythmer l’exercice nucléaire qui se déroulera le 3 mars, durant huit heures, sur le site de la centrale nucléaire de Golfech et aux alentours. Les détails du faux incident restent, pour l’instant, totalement secrets. «Nous ne les connaîtrons que le jour même. On nous imposera des conditions météos fictives, un déroulement de l’accident, nous devrons nous adapter», explique Anne-Marie Charvet, préfète de Tarn-et-Garonne, qui, pour l’occasion, enfilera sa tenue de directrice des opérations de secours. EDF et tous les services de l’État, de l’Inspection d’académie à la gendarmerie, se lanceront dans cette vaste simulation. Mais la population située dans un rayon de 10 km autour de la centrale dans le Tarn-et-Garonne, le Gers et le Lot-et-Garonne, aura aussi son propre rôle à jouer sous la houlette des maires. Pendant que les agents EDF géreront la crise dans leur simulateur, tous les systèmes d’alertes élaborés dans le cadre du plan particulier d’intervention (PPI) seront mis en oeuvre. Coups de fils aux plus hautes instances nationales et locales, mise en place de poste d’un commandement fixe à la préfecture, habitants prévenus par des sirènes, des messages radios… « Il faut que la population joue le jeu sans quoi il ne sera pas possible d’évaluer nos capacités à réagir», insiste Anne-Marie Charvet. En fonction de la météo fictive, les habitants de certaines communes devront se mettre à l’abri. Des routes seront interdites à la circulation par les services de la gendarmerie et de la DDE, des déviations seront mises en places. «Différentes hypothèses ont été étudiées sur un rayon de 10 km. Elles pourront être utiles dans d’autres situations comme des accidents de la routes graves, des inondations », indique Anne-Marie Charvet.

Inutile donc de simuler un vent de panique et d’embouteiller un peu plus les axes. Seuls les services de secours pourront emprunter ces routes pour transporter, à l’hôpital, les blessés. Fictifs, eux aussi.

Fabrice VIRONNEAU

La population mise à contribution

Se mettre à l’abri, être évacué et pourquoi pas prendre ses pastilles d’iodes Le 3 mars la population des communes situées dans un rayon de 10 km de la centrale, dans le Tarn-et-Garonne, le Gers et le Lot-et-Garonne, sera mise à contribution lors de l’exercice. « Ils doivent jouer le jeu avec nous et respecter toutes les consignes qui seront données », martèle avec insistance Anne-Marie Charvet, la préfète. Les chefs d’établissements scolaires ont déjà été sensibilisés à la question lors d’une réunion d’information. « La journée des élèves se déroulera comme à l’accoutumée.
S’il est prévu qu’ils se rendent à la piscine ils iront. Ensuite, ils suivront les consignes d’évacuation avec les enseignants », promet un représentant de l’inspection d’académie. Jusqu’au 12 février, les réunions de sensibilisations permettront aux élèves scolarisés dans des établissements situés entre 2 et 5 km de la centrale, de comprendre les rouages de cet exercice nucléaire. Leurs parents seront eux conviés à des réunions qui se dérouleront le 15 février à 20 h 30 à la salle des fêtes de Donzac et le 16 février à 20 h 30 à la salle des fêtes de Grayssas.
Anne-Marie Charvet reconnaît : « On ne peut rien prévoir en matière de risques. Mais notre rôle est de faire en sorte que la population y soit le mieux préparée ». Cet exercice doit contribuer à cet apprentissage.

 Scénario de crise à la centrale nucléaire du

Blayais

 BRAUD-ET-SAINT-LOUIS (Gironde) (9 décembre 2004) - Une sonnette retentit, des voyants rouges s’allument: l’exercice de simulation d’un incident nucléaire a commencé jeudi à 6H36 dans la salle de commandes du centre de simulation de la centrale nucléaire du Blayais. Des fiches de consignes à la main, deux opérateurs et un superviseur se penchent aussitôt « avec calme et sérénité » sur le pupitre de commandes où des voyants rouges, jaunes, blancs et verts clignotent comme une guirlande de Noël. L’unité de production de la centrale, située à Braud-et-Saint-Louis, vient de s’arrêter après une chute de pression du circuit primaire du réacteur N.5, l’aspersion de l’enceinte n’a pas fonctionné: un scénario « improbable », selon Michel Maschi, directeur de la centrale. « Le directeur de crise » à la centrale alerte aussitôt la préfecture, la sous-préfecture, les maires des communes alentours, la gendarmerie. Une cellule de veille est mise en place à la préfecture de la Gironde. (Allez pour rire… il s’agit d’une perte du refroidissement et d’une panne du circuit de secours, la fusion du coeur n’est donc pas loin, et une cellule de veille est mise en place à la préfecture, c’est vraiment « moins que le minimum » à faire en tel cas !)

A 9H10, le plan particulier d’intervention (PPI) est déclenché par le préfet (voir témoignage du sapeur pompier professionnel plus bas). Dans une petite salle de la préfecture à Bordeaux, une quarantaine de personnes (gendarmes, pompiers, autorités sanitaires, météorologues…) sont mobilisés. Une heure plus tard, les onze personnes vivant dans les 2 km autour de la centrale sont invités à sortir de la zone et des comprimés d’iode leurs sont distribués. Sur le terrain, 58 sapeurs-pompiers et 76 gendarmes se déploient. Vers 14H00, des pompiers venus de Blaye prennent position à l’entrée du village. Ils mesurent avec des appareils au nom barbare la présence éventuelle d’un radio élément. « Nous avons reçus une formation pour faire ce genre d’intervention », explique le lieutenant Thomas Mimiague, de la caserne de Blaye tout en notant scupuleusement, dans un froid glacial, les valeurs énoncées par ses collègues. Dans un périmètre de 10 km autour de la centrale, des barrages filtrants sont installés par la gendarmerie. Dans le cadre de l’exercice, ils se contentent de distribuer une note d’information aux automobilistes. « En cas de vraie crise, notre rôle serait d’empêcher les gens de rentrer dans la zone contaminée et de comptabiliser ceux qui en sortent », indique le capitaine François Bortoli, de la compagnie de gendarmerie de Blaye. Pendant ce temps, de l’autre côté de la Gironde, les élèves du collège de Pauillac et de l’école primaire de Saint-Esthèphe ont été mis à l’abri. 16h00: fin de l’exercice. « Tout s’est déroulé dans de très bonnes conditions », dit la préfecture.

 Le Midi Libre, 6/10/2004 : 

Crise fictive à Marcoule, la population mise à

l’épreuve

 Le 21 octobre, à 9 h 30. Seules la date et l’heure sont connues. Pour la gravité de l’accident, le secret est évidemment très bien gardé jusqu’au jour J. Tout comme le scénario ficelé pour faire face au premier exercice fictif de crise nucléaire de type sécurité civile programmé dans quinze jours et concernant l’installation Phénix.

Et dont les modalités ont été exposées, avant-hier, aux habitants de Chusclan qui, c’est une première, seront réellement amenés à participer. A l’image aussi des riverains de Codolet (1). C’est d’ailleurs devant un parterre de Chusclannais (140 personnes) que les « autorités » (2) ont présenté au centre socioculturel le but de la manoeuvre. Des villageois élèves tout ouïe et désireux de s’impliquer.

On le disait, la grande nouveauté de cet exercice sera d’associer à la fois les populations de Chusclan et de Codolet. « Les faire jouer afin de voir comment ils vont pouvoir réagir notamment face à un tel exercice », précise Christophe Perrin, adjoint au responsable de la sécurité civile de la préfecture du Gard, « et aussi dans un souci d’avoir les bons réflexes. »

Une phase dite « réflexe », testée en grandeur nature le jeudi 21 octobre, découlant de la révision du nouveauPPI (le Plan particulier d’intervention). Revu et corrigé en 2002 (3), il tire les enseignements des dernières mises à l’épreuve réalisées (« Atalante » en janvier 2001). « Cette journée sera donc aussi la première mise en application concrète du PPI révisé », relève Christophe Perrin.

Objectif, donc : tester cette fameuse phase réflexe destinée « à faire face à un accident pouvant conduire à des rejets de matières nucléaires en dehors du site dans un temps très court (moins de six heures) » et les actions prévues. Et on l’aura bien compris : elle concerne deux communes, Chusclan et Codolet (soit 1 500 habitants), toutes deux intégrées dans un rayon de 2,750 km autour du site nucléaire de Marcoule.

Le déroulement de la mise en scène du 21 octobre. Top départ donné à 8 h. Jusqu’à 17 h, les nerfs vont être soumis à rude épreuve. 9 h 30, lancement de la phase réflexe. Et dès lors entrée en jeu des riverains de Chusclan et Codolet.

Comment vont-ils être avertis ? Les sirènes retentiront sur les deux villages. Il s’agit d’un son modulé de trois fois une minute. Que devront-ils faire ? Après le déclenchement de ces sirènes, il est donc demandé aux riverains de se mettre à l’abri durant une heure (jusqu’à 10 h 30) dans un endroit fermé. Puis, il faudra penser à s’informer en écoutant la radio (France Bleu Gard Lozère). Régulièrement, des messages d’informations du préfet y seront diffusés. Là aussi cela sera un premier test. .

Au même moment, les forces de l’ordre boucleront la zone et la DDE déviera le trafic pour « éviter toute intrusion dans cette zone et un afflux routier », explique de nouveau Christophe Perrin. La nationale 580 sera ouverte à la circulation contrairement aux routes menant aux deux villages (D 765, 765 A, 865 et 138).

Soit un total de dix points de bouclage (un seul dans le Vaucluse et neuf dans le Gard). De son côté, la population sera mise à l’épreuve durant une heure. Même son de cloche pour la circulation. L’autre clé de voûte de cette opération sera l’expérimentation des PPMS (Plans particuliers de mise en sûreté) qui s’appliquent aux scolaires. « Afin d’en évaluer l’efficacité, ne pas venir chercher les enfants puisque dans chaque école des observateurs seront présents », confie Marcel Lotito, l’inspecteur de l’Education nationale à Bagnols.

De même, l’effervescence sera de mise pour la cellule mesure. Les sapeurs-pompiers ainsi que les cellules mobiles d’intervention radiologiques du Vaucluse et de la Drôme travailleront main dans la main afin d’effectuer sur l’environnement des tests.

Le compte à rebours est déjà amorcé pour l’exercice dont les retombées réelles permettront de vérifier l’ensemble du dispositif en cas de crise… et de l’améliorer.

Simulation d’un accident nucléaire majeur jeudi

à Gravelines

DUNKERQUE (5 mai 2004) - Un exercice de simulation d’un accident nucléaire majeur, doit avoir lieu jeudi à la centrale nucléaire de Gravelines, près de Dunkerque (Nord), afin de tester les procédure de gestion de crise et d’alerte, de protection et d’information de la population.

Selon la préfecture du Nord, cet accident nucléaire fictif sera mis en scène dans un rayon de deux à cinq kilomètres autour la centrale EDF de Gravelines (voir: Tchernobyl-sur-Seine), le site nucléaire le plus important en Europe.

La population de quatre communes du Nord, dont Gravelines, sera alertée mais ne participera pas directement à l’exercice. Seuls plusieurs centaines d’enfants d’établissements scolaires du secteur devront respecter en temps réel les consignes de confinement une fois que l’alerte aura été donnée.

Les autres habitants n’auront pas à vivre une situation de catastrophe nucléaire, ni à suivre de mesures de protection physique ou sanitaire comme la prise d’iode. Mais c’est une bonne révision de la conduite à tenir en cas de crise nucléaire.

« Cet exercice est surtout un test de dimension nationale pour l’ensemble des opérateurs chargés de la gestion de la crise nucléaire », précise Jean-Jacques Fiems, secrétaire général de la sous-préfecture de Dunkerque (Nord).

Sur les quelque 26.500 habitants de la zone concernée, 8.000 seront avertis par un message d’EDF transmis par téléphone filaire. Une centaine de foyers feront l’objet d’une opération d’alerte test, tandis que les autres seront prévenus par sirène, messages diffusés par haut-parleur, radio et rondes des sapeurs-pompiers dans les rues.

En revanche, les élèves d’une cinquantaine d’établissements scolaires joueront en temps réel les modalités du plan de mise en sûreté déclenché en cas d’accident nucléaire.

« Pour la première fois, nous allons tester le nouveau plan de secours communal », se satisfait Jean Séname, président de l’Adelfa, une fédération d’associations de protection de l’environnement. « Je suis curieux de constater comment les choses vont se passer. Lors d’un exercice en 2001, nous avions relevé de grosses lacunes en matière de communication et d’information », souligne-t-il.

Pendant la durée de l’exercice, des observateurs doivent évaluer le bon déroulement et le respect des procédures. La préfecture maritime de Cherbourg (Manche) est chargée d’étudier les conséquences d’une crise nucléaire pour le trafic maritime. Des délégations belges, britanniques et brésiliennes sont associées à l’exercice.

Le quotidien du médecin, 13/05/03:

Risque d’attentats nucléaires : un plan national

de secours bientôt publié

 Le Secrétariat général du gouvernement (SGDG) vient de valider une circulaire sur les moyens de secours et de soins face à une action terroriste nucléaire, à paraître prochainement au « Journal officiel ». La France se dote ainsi d’un schéma d’organisation qui n’aurait pas d’équivalent dans le monde et que « le Quotidien » s’est procuré. A la clef, une formation de base qui sera bientôt mise en place ; un premier test a eu lieu à Paris, sous la houlette du SAMU. Un travail de fond destiné à tous les professionnels de santé et qui demandera des années pour « assurer la ligne de flottaison ».

La formation de base des médecins à la prise en charge des victimes radiocontaminées a déjà fait l’objet d’un test (DR)
S’agissant des risques NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), le N et le R sont les lettres les moins bien loties : la culture du secret défense a occulté celle du risque, de sa prévention et de son traitement. Une longue histoire que certains experts, dénonçant d’importantes lacunes, voudraient réécrire (« le Quotidien » du 3 avril).

« C’est vrai, convient le Pr Pierre Carli, directeur du SAMU de Paris, alors qu’on a beaucoup gambergé ces dernières années sur le risque chimique après l’attentat au sarin (Tokyo, 1995) et sur le risque biologique (alertes au charbon en cascade en 2002 à Paris, élaboration du plan variole), face au nucléaire, on est parti médicalement de pas grand-chose. »
Le seul risque pris publiquement en considération concernait celui d’un accident survenant dans une centrale nucléaire. Mais les attentats du 11 septembre ont fait prendre conscience aux autorités du spectre d’une action terroriste, par explosion, épandage ou dissémination de sources radiologiques.
D’où la « circulaire relative à la doctrine nationale des moyens de secours et de soins face à une action terroriste mettant en Suvre des moyens nucléaires ». Un texte réglementaire élaboré sous l’égide du SGDG, avec la direction générale de la Sûreté nucléaire et de la Radioprotection, le haut fonctionnaire de défense au ministère de la Santé, la direction de l’Hospitalisation, le Service de santé des armées, les SAMU, ainsi que le Service de protection radiologique des armées (SPRA).
Sa parution est imminente.
S’y retrouveront les principaux éléments d’un autre texte (circulaire du 2 mai 2002 consacrée à l’organisation des soins médicaux en cas d’accident nucléaire ou radiologique), augmentés d’éléments sur la collaboration entre les SAMU, les sapeurs-pompiers, les services de police.
Le document fait le point en une trentaine de pages sur les procédures spécifiques, détaillant un plan national élaboré en complément du plan gouvernemental Piratome et décliné sur le plan zonal (selon les sept zones de défense, avec chacune un établissement de santé de référence et des services de santé correspondants, nucléaires, radiothérapiques et radiologiques), sur le plan départemental (rôle dévolu à chaque établissement dans une optique de complémentarité, avec la désignation d’établissements ciblés en mesure de traiter un grand nombre de victimes) et sur le plan local (chaque établissement élabore son propre plan blanc).

Trois catégories de victimes

La circulaire rappelle que « la prise en charge des victimes doit se faire conformément à la doctrine habituelle de médecine de catastrophe » : organisation d’une noria entre le site de l’accident et le poste médical avancé (PMA) effectuée par des personnels munis de matériel de radioprotection, mise en place d’un PMA en dehors de la zone d’exclusion, évacuation des victimes vers les établissements de soins appropriés, avec constitution, si nécessaire, d’un centre médical d’évacuation.
Quant à la prise en charge des victimes, elle découle de leur catégorisation : groupe 1 pour les personnes atteintes de lésions conventionnelles (brûlés thermiques, chimiques, traumatisés, blessés…), associées ou non à une contamination ou à une irradiation ; groupe 2 pour les victimes non blessées mais avec suspicion d’irradiation ou de contamination en raison de leur présence ou de leur activité à proximité de l’événement. Et groupe 3 pour les populations établies au voisinage du site de l’accident.
Depuis mars 2002, un guide national d’intervention nucléaire ou radiologique, élaboré par une vingtaine d’experts (SAMU, DGSNR, CEZA, SPRA, DHOS, DGS), propose un ensemble de fiches pratiques pour favoriser la réactivité des acteurs de santé face à « un événement calamiteux mettant en jeu des substances radioactives ». Y figurent quelques généralités (« Soigner un irradié externe n’entraîne aucun risque pour le personnel soignant » ou : « En cas de lésions chirurgicales associées, l’urgence conventionnelle prime »), des directives pour une bonne démarche diagnostique, les règles de protection des sauveteurs (masque respiratoire avec port d’une tenue antipoussière, deux paires de gants en latex pour les aérosols, port d’une combinaison spéciale, étanche et pressurisée, pour les radioéléments diffusibles par voie transcutanée, port d’un dosimètre à lecture directe en cas de risque d’irradiation associée. Et, bien entendu, conduite à tenir pour la prise en charge des urgences, absolues et relatives, avec les techniques de décontamination externe, le déshabillage et le lavage devant obéir à des règles strictes. Le traitement initial des radiocontaminations internes est également détaillé pour les composés les plus importants (américium, césium, cobalt, iode, plutonium, tritium et uranium).

Une formation d’une journée

Un module de formation d’une journée, intégré dans la formation générale NRBC, a déjà été testé par le SAMU de Paris en association avec le SPRA et la DGSNR, avec une trentaine de médecins franciliens participants. « Nous leur avons dispensé des notions théoriques de biophysique et des conduites à tenir très concrètes, avec la projection de 250 diapositives », explique l’un des maîtres d’oeuvre de l’enseignement, le Pr Carli. Des observateurs venus d’autres régions, urgentistes et médecins de catastrophe, étaient présents pour étudier les formations qui vont être mises en place au sein des zones de défense, sur une durée allant de deux heures (formation de base systématique) à quatre jours, selon le degré d’implication de l’établissement.
« Nous devons maintenant faire progresser ces formations, explique au « Quotidien » le Pr Michel Bourguignon, directeur général adjoint de la DGSNR, pour asssurer une ligne de flottaison nationale ; le meilleur contre-feu contre le terrorisme nucléaire, qui a vocation à créer la panique jusqu’au sein du système de santé, c’est de former les professionnels à une juste perception du risque radionucléaire. Comparé au risque chimique, celui-ci est assurément plus faible. A condition que les professionnels de santé soient armés pour lutter contre la psychose qu’il génère. »
Un travail de fond vient donc de commencer. La montée en puissance contre les risques liés à un attentat nucléaire prendra des années.

Christian DELAHAYE

Un exercice de simulation d’incident nucléaire

dans l’Essonne

 25/0303 - Un exercice de simulation d’incident nucléaire a eu lieu mardi sur le plateau de Saclay (Essonne), sous la responsabilité de la préfecture d’Evry et du Commissariat à l’énergie atomique, a indiqué le directeur de cabinet du préfet.

Le scénario de l’exercice consistait en un incendie dans une société pharmaceutique privée produisant des radios à usage médical pour le dépistage du cancer, et implantée au sein du CEA, a précisé Pascal Crapelet. L’alerte a été donnée par le CEA à la préfecture à 09h35 et le plan d’urgence déclenché à 09h54.
Selon la même source, cet exercice a permis d’identifier quelques améliorations à apporter au dispositif, concernant « la coordination entre les différents services » et « la communication envers la population ».
La sirène a retenti dès le plan déclenché, et les habitants de Saclay, Villiers-le-Bâcle et Saint-Aubin ont été invités à rester à leur domicile, avec la consigne d’écouter France Inter pour recevoir les informations complémentaires.
La mobilisation du pôle opérationnel d’urgence a été jugée satisfaisante par la préfecture. Les exercices de simulation nucléaire ont lieu tous les trois ans.

 

La dépêche du midi, 16/12/02:

Gers – centrale nucléaire: les élus tirent les

conséquences de l’exercice de sécurité civile et la

sonnette d’alarme

Golfech : Pierre et le loup version moderne

Tout le monde a en mémoire la fameuse fable de « Pierre et le loup ». Pierre, gardien de troupeaux, s’évertuait à alerter une venue « fictive » du loup auprès de ses amis bergers, lesquels à force de se faire berner ne l’écoutaient plus. Jusqu’au jour où le loup est réellement venu et personne n’a su que faire face à la bête. Et bien c’est un peu pour prendre garde de cette historiette, et surtout pour ne pas jouer un remake de celle-ci, que les élus de la zone du PPI (plan particulier d’intervention lié à un incident sur la centrale de Golfech) sont intervenus jeudi soir auprès de Bruno Roussel, sous-préfet de Castelsarrasin, en charge de la réunion de retour d’expérience de l’exercice national dit « de sécurité civile » du 14 novembre dernier. A commencer par Alexis Calafat, maire de Golfech et président de la Cli (commission locale d’information), lequel dès l’entame du débat suivant les exposés des experts de l’Etat et d’Edf a tenu le propos suivant à l’adresse du représentant de l’Etat: « Mon impression générale sur cet exercice est très claire. Il semblerait que les élus locaux et la population aient été laissés de côté durant cet exercice au détriment de collectivités et d’administrés qui étaient prêts à jouer le jeu. Il aurait fallu faire cela plus sérieusement ». Et le président de la Cli d’énumérer les dysfonctionnements: « Les sirènes d’alerte que peu de personnes entendent (point sur lequel tout le monde semblait d’accord, l’Etat y compris). Le manque de communication, pendant plus d’une heure je n’ai pas été averti par téléphone ou fax de l’incident, aussi fictif soit-il. Le manque d’information sur le degré de gravité sur le risque potentiel encouru, et enfin pour abréger l’éternelle question des scolaires, question épineuse à traiter ».

Caricature ou exercice ?

Des dysfonctionnements corroborés par d’autres élus tel l’intervention de Gilbert Abarnou, maire de Bardigues, sur « l’arrivée impromptu de 50 pompiers sur ma commune, pompiers en manque d’information » ou encore de Jean Balat, maire de Goudourville, sur « un fax reçu de la préfecture où il manquait deux numéros ». Et pour conclure ce mécontentement la remarque cuisante du maire de St-Sixte (Lot-et-Garonne), commune concernée par le PPI: « En fait cet exercice était un peu caricatural ». Face à cet assaut de questions restant pour l’instant sans réponses apparentes, Bruno Roussel, rappelait, comme il l’avait fait depuis le PCO (poste de commandement opérationnel) le jour même de l’exercice: « Il s’agissait d’un test du plan particulier d’intervention, il s’agira de prendre en compte ces remarques et d’essayer d’améliorer encore celui-ci ». Heureusement, quelques minutes plus tôt, Philippe Sasseigne, directeur de la centrale de Golfech, avait tiré un bilan plus « satisfaisant du plan d’urgence interne et de la réponse donnée à l’incident fictif, avec une bonne maîtrise technique face à l’évènement, relevant seulement, une communication externe et surtout une interface centrale-préfecture-autorité de sûreté plus perfectible, même si des points ont été améliorés ». Malgré ce point positif, ce dernier constat sera-t-il suffisant aux yeux d’élus qui semblent bien circonspects sur la gestion globale de l’exercice? Affaire à suivre, il en va de la sérénité des populations locales.

Baptiste GAY

Simulation d’accident nucléaire à CADARACHE 

pompe CONTAMINATION dans LA MONTAGNE

Des sapeurs pompiers mesurent, le 05 décembre 2002 à Saint-Paul-les-Durance, le taux de radioactivité dans un périmètre de sécurité, lors d’un exercice de simulation d’accident nucléaire au centre de recherche du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Cadarache. L’exercice de simulation vise à tester en grandeur nature un nouveau plan particulier d’intervention (PPI) pour mieux garantir la sécurité des riverains autour du site en cas d’accident majeur.

 SAINT-PAUL-LES-DURANCE (Bouches-du-Rhône), 5 déc 02 -  »Là, il y a au moins 20 km d’embouteillages », assure un gendarme posté à l’un des barrages installés jeudi pour la simulation d’un accident nucléaire à Cadarache (Bouches-du-Rhône). « Aïe, Aïe, Aïe!!! », lâche, hilare, le général russe Berchyk Venedikt, directeur du centre de crise du ministère de l’énergie atomique russe, venu avec trois de ses conseillers assister à l’exercice autour de Saint-Paul-lès-Durance.

« Chez eux, ils n’ont pas encore bloqué les autoroutes lors d’exercices de simulation d’incident nucléaire. Ils sont plutôt impressionnés », assure, sourire en coin, l’un des conseillers scientifiques du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Cadarache, qui accompagne la délégation russe pour une visite studieuse, mais détendue.

L’exercice a été déclenché à 08h36 avec l’ouverture d’une enveloppe annonçant « une suspicion de fusion partielle du coeur du réacteur Masurca » au centre de Cadarache, ayant fait une victime. L’alerte est parvenue à l’AFP plus de 2h30 après.

Ce scénario imaginé par des experts, sous la houlette de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le « gendarme du nucléaire » français, visait à tester en grandeur nature un nouveau Plan particulier d’intervention (PPI) pour mieux garantir la sécurité des riverains dans « une zone d’alerte » de 5 km autour du site en cas d’accident majeur, selon la préfecture des Bouches-du-Rhône.

« très sérieux »

« Vous avez mis en place des déviations? Que faites-vous si l’un des chauffeurs ne respecte pas l’interdiction de passer? », transmet l’interprète au colonel de gendarmerie. « On les immobilise et on les place en garde à vue, mais les routiers en France sont assez disciplinés, ils se prêtent au jeu », répond le militaire.

« En Russie aussi, les routiers sont disciplinés, mais ils crient plus fort! », abat d’une voix grave, sans sourciller, le général, déclenchant l’hilarité générale.

Quelques mètres plus loin, les chauffeurs routiers sont pourtant loin d’être aussi maléables que prévu. « Ils nous font vraiment chier! Ils disent qu’il y avait une déviation, mais je n’ai rien vu et ça fait maintenent deux heures que je suis bloqué! », s’énerve l’un d’eux. Le barrage sera levé quelques minutes plus tard.

Ce type d’exercice est organisé tous les deux ans. Cette fois, aucune distribution d’iode n’a eu lieu. Aucun moyen de décontamination n’a été mobilisé. Des personnels de la sécurité civile et de la gendarmerie ont participé à cet exercice.

Dans un communiqué, le réseau « Sortir du nucléaire » dénonce l’hypocrisie des pouvoirs publics concernant les simulations d’accidents nucléaires. « Il est clair que rien ne se passera comme prévu en cas de véritable catastrophe », souligne-t-il, en ajoutant qu’une « catastrophe nucléaire, c’est une région contaminée et évacuée pour des siècles, des milliers de personnes gravement irradiées, des malformations génétiques pour les générations futures ».

« Les simulations d’accidents nucléaires, de même que les distributions de pastilles d’iode, sont destinées à faire accepter à la population l’éventualité pourtant intolérable d’une catastrophe nucléaire », précise « Sortir du nucléaire ».

Invitée dans le cadre d’un partenariat entre le Commissariat à l’Energie atomique et le ministère de l’énergie atomique russe, la délégation traverse incognito les points névralgiques du dispositif. Barrages, PC de crise installé à Jouques, à une dizaine de kilomètres du CEA de Cadarache… Rien ne manque.

Ils ne prennent pas de notes. Le quatuor observe, scrute. Entre les réponses, l’un des Russes s’écarte et prend quelques photos du général en train de serrer les mains.

Les enseignements tirés? « C’est une organisation très sérieuse, c’est bien fait », concède laconiquement le général, qui n’en dira guère plus.

Cadarache, exercice simulant un accident

nucléaire

 SAINT-PAUL-LEZ-DURANCE (Bouches-du-Rhône), 4 déc 02 - C’est par l’ouverture d’une enveloppe, déposée au centre de recherche du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Cadarache, que débutera jeudi un exercice grandeur nature de simulation d’un accident nucléaire.

Cette enveloppe contient le scénario, tenu secret, d’une catastrophe imaginé par des experts, sous la houlette de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le « gendarme du nucléaire » français. Il vise à tester en grandeur nature un nouveau Plan particulier d’intervention (PPI) sensé mieux garantir la sécurité des riverains dans « une zone d’alerte » de 5 km autour du site en cas d’accident majeur, a indiqué la préfecture des Bouches-du-Rhône. Le précédent PPI datait de 1993.

Dès l’accident connu, le centre de Cadarache alertera la préfecture du département où une cellule de crise sera mise en place sous l’autorité du préfet.

Parallèlement, un PC opérationnel sera installé dans une des communes limitrophes sous la responsabilité du sous-préfet d’Aix-en-Provence. Un troisième PC de sécurité sera activé au centre même de Cadarache où travaillent 4.300 personnes dans 480 bâtiments sur une zone clôturée de 900 ha.

Nuage radioactif

Aussitôt, les sirènes retentiront à Cadarache et dans les sept communes voisines concernées par l’opération, où vivent environ 14.000 personnes, réparties sur quatre départements.

Ces derniers jours, des réunions publiques ont été organisées par les maires pour sensibiliser la population à l’exercice. Des fiches de recommandation ont été distribuées. Elles demandent notamment de se mettre à l’abri dans un lieu clos pour se protéger du nuage chimique ou radioactif et de se brancher sur une radio.

Quinze radios locales, parmi lesquelles France Bleu Provence, ont accepté de participer à l’opération en diffusant des consignes et des messages sur l’évolution de la situation. Dans le réalité, le préfet pourra par exemple demander aux habitants d’absorber des capsules d’iode qui leur ont été remises il y a quelques mois, explique la préfecture.

Autour de la zone d’alerte, une quinzaine de barrages seront installés, notamment sur l’A51, la RN96 et la RD 952, pour protéger le périmètre et faciliter l’acheminement des secours. Des tracts expliquant la simulation seront distribués aux automobilistes qui ne pourront pas pénétrer dans la zone durant l’exercice.

Le dispositif doit permettre de tester la chaîne de commandement au niveau des services de l’Etat (DDE, DRIRE) de la protection civile, des pompiers, des services d’urgence, de la police et de la gendarmerie, a précisé la préfecture.

La Dépêche du Midi, 14/11/02:


Crise virtuelle simulée aujourd’hui à la centrale

de Golfech

Sud Ouest, 14/11/02:

La simulation d’accident organisée aujourd’hui

ne servirait à rien selon eux.

Une farce selon les opposants

« Nous avons participé à deux exercice de simulation d’accident à la centrale nucléaire de Golfech, et pour nous, c’est une farce ! ». André Crouzet, de l’association « Stop Golfech », ne mâche pas ses mots, et il ignorera superbement ce nouvel exercice initié aujourd’hui par EDF.
« Ca n’a rien à voir avec ce que peut être la réalité d’un véritable accident nucléaire qui lui est absolument ingérable, contrairement à ce que veulent faire croire les partisans du nucléaire » confirme sa collègue Monique Guittenit. « Ils veulent suggérer à la population que l’on peut se permettre un accident nucléaire alors qu’on nous fige dans une insécurité permanente. Mais comment a-t-on pu mettre les gens devant un risque pareil ».
« On n’évacue pas une région en dix heures, ce n’est pas possible renchérit Marc Saint Aroman de l’association « Les Amis de la Terre ». « Croyez vous que les parents laisseront les instituteurs veiller sur leurs en enfant en cas d’accident, pendant qu’eux ils évacueraient ? Et nous ne sommes pas en Russie où les gens montent dans les bus sans discuter si on le leur demande.
D’autre part on se contente d’une mise à l’abri sans confinement » ajoute Monique Guittenit.

Pastilles d’iode. « Les places sont dérisoires pour accueillir les irradiés à l’hôpital d’Agen. On parle distribuer des pastilles d’iode dans un périmètre de deux kilomètres autour de la centrale, mais l’Organisation Mondiale de la Santé préconise un périmètre de cinq cents kilomètres ! »

« Stop Golfech » dénonce également « des incidents en hausse sur le parc nucléaire français, dont 23 en 2001 à Golfech. Il y a dégradation des conditions de travail et de sérieux doutes en matière de sûreté. Et nous n’avons toujours pas la balise que nous demandons afin de juger de la radioactivité de la Garonne… »
Et l’association demande une réflexion sur la reconversion de la filière nucléaire. Par contre, elle sera présente lors débriefing de l’opération qui aura lieu en décembre.

Exercice de sécurité jeudi à la centrale nucléaire de Golfech

MONTAUBAN, 12 nov 02 - La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) sera le théâtre jeudi d’un important exercice de simulation d’un accident destiné à tester aussi bien les procédures d’alerte internes de la centrale que les plans de protection des populations riveraines, a-t-on appris mardi auprès de la préfecture du Tarn-et-Garonne.

Cette simulation, dont le scénario technique ne sera pas dévoilé aux participants à l’exercice, conduira dans un premier temps EDF à déclencher le plan d’urgence interne (PUI) de la centrale de Golfech et permettra ainsi d’évaluer la capacité de ses agents à maîtriser une situation d’urgence.

Dans un second temps, le préfet du Tarn-et-Garonne lancera le plan particulier d’intervention (PPI), qui se manifestera notamment par la « mise à l’abri » des populations dans un rayon de 2 kilomètres autour de la centrale. Des moyens de mesure de la radioactivité et de décontamination seront également déployés pendant l’exercice.

Cet exercice dit « national » intervient deux semaines après la publication, par le réseau « Sortir du nucléaire », de comptes-rendus d’anomalies relevées par l’Autorité de sûreté nuclaire (ASN) sur les systèmes de sécurité de onze centrales nucléaires françaises, qui jettent un doute sur leur efficacité en cas de fort séisme.

Mises en service à partir de 1991, les deux tranches de la centrale nucléaire de Golfech développent chacune une puissance de 1.300 mégawatts.

Françoise Harrois-Monin, octobre 1986.

L’électronucléarisation de la France et l’alibi de

la crise pétrolière 

La nucléarisation massive de la France s’est décidée en 1974 avec le Rapport d’Ornano (voir le rapport en Pdf) qui indiquait les sites envisagés pour les réacteurs nucléaires. Il s’agissait alors, prenant prétexte de la crise pétrolière, de mettre en place 190 à 200 réacteurs électronucléaires pour 1990-2000. Cétait un vrai délire. L’arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981 qui, auparavant avait signé avant les élections le texte sur un moratoire du nucléaire, promis la non extension de l’usine de La Hague (pour obtenir facilement les voix écolos !) réduisit les perspectives de 1974, non pour des raisons antinucléaires mais pour des raisons strictement économiques.

Les prévisions grandioses de 1974 étaient totalement stupides.

L’électronucléarisation de la France n’a guère été expliquée par les médias. En 1950 il se crée un Comité dit Comité PEON (production électrique d’origine nucléaire) qui réunit des technocrates (haut niveau, corps des mines) de l’industrie et de l’Etat. Ces derniers vont essayer d’intéresser l’industrie au nucléaire, ce qui signifie d’accepter d’investir dans des équipements rentables à long terme, sans ignorer les dangers d’une catastrophe qu’ils redoutent (pour le fric investi bien sûr, pas pour la santé des gens).
Les réunions de ce Comité PEON se chargèrent de les rassurer : aucune responsabilité civile en cas de catastrophe, un développement important et rapide (4 à 5 réacteurs par an) pour garantir leurs investissements (1).

Les responsables EDF prirent prétexte de la crise pétrolière de 1973 pour accélérer le processus de nucléarisation qu’ils envisageaient depuis longtemps.

Il y eut quelques flashs entre EDF et CEA car EDF visait la rentabilité industrielle de l’électronucléaire alors que le CEA voulait garder la direction des opérations. Les réacteurs CEA graphite-gaz (UNGG, uranium naturel, graphite, gaz) qui avaient permis de développer à la fois la bombe et l’électricité n’étaient pas pour EDF les plus efficaces pour la production électrique. EDF préférait les réacteurs à eau pressurisée PWR sous licence américaine Westinghouse. Cela a conduit à des manifestations du personnel CEA pour imposer les réacteurs CEA, avec des mots d’ordre assez prémonitoires « du graphite et du gaz pour tout le monde » dans les rues de Palaiseau, localité proche du centre d’études nucléaires de Saclay. Tchernobyl a réalisé ce « désir »…

Revenons à 1974. Le gouvernement Messmer justifie son programme électronucléaire par le danger d’une crise pétrolière amorcée en 1973 et l’électronucléarisation massive devait permettre d’y faire face. L’effet de serre n’était pas encore né. Le choix était entre nucléaire et charbon+fioul.

En 2005 on assiste à un début de crise pétrolière et on s’aperçoit que la France qui avait soit disant résolu ce problème en 1974 grâce au nucléaire, se trouve dans des conditions aussi difficiles que les pays voisins beaucoup moins nucléarisés que nous et qui ont maintenu leur production électrique par le thermique classique !

Ce regard sur le passé nous montre que la justification du programme nucléaire qui met la France en tête, et de loin, des pays nucléarisés était stupide et finalement facile à dénoncer ce qui paraît aujourd’hui une évidence : l’électricité, quelle que soit son origine, ne peut pas remplacer le pétrole…
(1) Pour plus de précisions lire « L’énergie nucléaire et la démocratie« , Lettre d’information du Comité Stop-Nogent n°93/94.

Roger Belbéoch,
Lettre du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°108.
 

LES DEVOIRS A LA MAISON…DES TÂCHES SANS TACHES ? (Laurent DUBOIS / Chargé d’enseignement à l’Université de GENEVE)

 

Laurent Dubois

Chargé d’enseignement à l’Université de Genève


Les devoirs à domicile

Des tâches sans taches ?

LES DEVOIRS A LA MAISON...DES TÂCHES SANS TACHES ? (Laurent DUBOIS / Chargé d'enseignement à l'Université de GENEVE) dans POLITIQUE devoirs

(Laurent Dubois et Grazia Navarro Dubois)

INTRODUCTION

Les devoirs à domicile sont sans aucun doute un sujet à polémiques, à contradictions multiples et à discussions sans fin, si on ne prend pas le temps d’écouter vraiment l’autre, si on reste sur ses positions. Car, tout le monde croit qu’il sait de quoi il parle et, à juste titre, car tout le monde a un vécu, une expérience, une représentation des devoirs à domicile. Toutefois, comme chacun de nous a son image bien précise (ou floue, cela n’a pas d’importance, l’important est que chacun ait son image) de ce que sont les devoirs, cette image ne peut être que différente de son voisin. Il est dès lors difficile de discuter vraiment de ce thème. Car en réalité, même si on semble partager le même avis (être contre ou pour les devoirs), on n’est jamais sûr que ce soit pour les mêmes raisons.

Pour en revenir au choix du titre, les tâches données toutes les semaines aux enfants ne sont pas sans taches , sans contradictions, sans ambiguïtés, sans problèmes,… . Rien n’est clair en matière de devoirs ! Rien n’est clair en matière d’école ! Et si on essayait de mieux comprendre ensemble, pourquoi cela semble si opaque, dès qu’on creuse un peu ce sujet. On tentera dans cet essai théorique d’expliquer et de mettre en lumière sept contradictions qui nous ont semblé manifestes tout au long de nos lectures et de nos discussions avec les différents intéressés. Il est bien entendu qu’il ne s’agit pas d’une liste exhaustive. Notre champ d’observation ne concernera que les devoirs donnés à l’école primaire.

SEPT CONTRADICTIONS MANIFESTES

1. Gestion du temps ?
2. Contre les devoirs, oui, mais ?
3. Développement de l’autonomie ?
4. Dialogue avec la famille ?
5. Directives cantonales, quel sens ?
6. Question de responsabilité ?
7. Lutte contre l’échec scolaire ?

1. La gestion du temps ?

Un bon nombre d’enseignants s’accordent pour dire qu’ils doivent courir dans tous les sens pour réussir à boucler correctement (?) le programme scolaire imposé par la direction. Programme surchargé, programme dense (bien qu’allégé ?) et pratiques pédagogiques nouvelles ne facilitent pas la tâche des enseignants. Comme ils n’ont souvent pas le temps parce que de toute façon on n’a pas le temps de tout faire en classe (Favre, Steffen, 1988, p.187) (ou pas l’envie ?) de faire apprendre en classe des livrets, des poésies, des règles grammaticales, des mots ou des verbes à tous les temps,… et bien, ils se raccrochent aux devoirs à domicile pour ces activités de mémorisation, de drills et de répétitions qui sont jugées ingrates, peu intéressantes, peu efficaces, peu nobles , mais toutefois nécessaires pour avancer dans le parcours (du combattant) de l’écolier. Et oui, si on ne mémorise pas ses verbes, comment fera-t-on pour se débrouiller dans la vie scolaire ? Surtout que, d’année en année, les apprentissages se compliquent. Au fond, on ne demande qu’un petit effort à l’enfant: 20, 30, 40… minutes de temps consacré aux devoirs par jour. Ce n’est pas grand chose et c’est tout de même pour son bien !
Mais en attendant, et malgré la surcharge des programmes, que de temps accordé (ou perdu) pour préparer, donner, expliquer, recopier, corriger et faire réciter les devoirs. Selon certains professionnels, il paraît que cela prend 1/5e du temps par semaine: j’ai estimé le temps passé à la distribution/ correction/récitation des devoirs à environ une demi-heure à trois quarts d’heure par jour (Richard, 1990) et le temps gagné avec la suppression des devoirs (soit temps de préparation et de correction, quasi 1/5e du temps de classe ) sera mieux utilisé par… (Delieutraz, 1990).
Ne pourrait-on pas investir ce temps en classe, sinon mieux, différemment, avec les enfants… ? Et éviter de considérer les devoirs comme une soupape de sécurité (Favre, Steffen, 1988, p.107). Enfin, pour tous ceux (nous en ferons peut-être parties ?) qui ont un besoin vital (cela donne bonne conscience) de courir tous les lièvres (Perrenoud, 1995, p.129), de survoler tout le programme, il faudrait qu’ils s’arrêtent un moment et prennent le temps de remettre en question leurs pratiques pédagogiques. Pour essayer de revenir aux acquis essentiels (Perrenoud, 1995, p.129) et de comprendre comme J.-M. Richard qu’il existe peut-être une réelle différence entre le GRAP traditionnel et le GRAP allégé, pour autant qu’on distingue bien sensibilisation et fondamentum », (1990) deux mots clés dans le discours des autorités ! Pensons aux élèves !

Les résistances au changement prennent leur fondement dans plusieurs leitmotivs et notamment celui de la hantise du programme. Lorsque le souci d’arriver au bout du programme est trop lourd, le risque est alors de distribuer un enseignement qui passera par-dessus les têtes des élèves, sans être intégré ou assimilé, parce que fait pour faire, fait pour qu’il soit dit qu’on a fait. (Goumaz, 1991, p.60).

D’un côté, les enseignants ont besoin des devoirs à domicile pour réussir (?) à boucler le programme. Mais d’un autre côté, ces mêmes devoirs leur prennent une bonne partie de leur temps et du temps en classe pour les préparations, explications et corrections.

2. Contre les devoirs, oui, mais ?

Certains enseignants sont sceptiques quant à l’utilité des devoirs. En effet, comment des tâches répétitives, faciles (pour être réalisées seul) ou de mémorisation pourraient-elles favoriser les apprentissages ? D’un côté, ils se rendent compte que les devoirs traditionnels n’apportent rien aux élèves, mais d’un autre côté, ils ne savent pas par quoi les remplacer. Ils sont en général tous d’accord sur le fait qu’ils devraient donner des devoirs plus intelligents .
Mais au fond, quelle est la bonne définition des devoirs plus intelligents ? Et qui va les créer ? Qui va se poser les questions nécessaires pour en trouver de meilleurs ? Qui va tenter de trouver des devoirs plus intéressants, plus motivants et surtout favorisant un apprentissage chez l’enfant ? Qui ? Avec quelle énergie ? Il semble que pour certains enseignants toutes ces questions sont vouées au silence, ils n’ont en tous cas pas la volonté, le courage, ni le temps (on y revient toujours !) d’y répondre. Alors, faute de mieux, on donne toujours le même type de devoirs. Et même si on est convaincu qu’ils ne servent à rien, on se console en se disant qu’ils ne peuvent pas faire de mal (surtout pour les élèves les plus faibles).
On en donne donc pour se conformer à la règle, à l’habitude, à la tradition. On fait comme tout le monde, par crainte du qu’en diront-ils ? (les autres enseignants et les parents), sans trop se poser de questions, sans se remettre en question. L’important, c’est de faire comme les autres, pour se protéger face à d’éventuelles attaques ou d’éventuels reproches. Il arrive même que l’on donne des devoirs (même si on est contre) pour faire plaisir aux parents inquiets, il paraît que cela les rassure.
« En bref, il est frappant de voir tout ce que les adultes peuvent faire, non pas tellement pour leurs élèves, mais pour d’autres adultes , connus ou inconnus, proches ou lointains, au jugement desquels, à tort ou à raison, une importance considérable est donnée » (Goumaz, 1991, p.63).

D’un côté, les enseignants ne sont pas convaincus de l’utilité des devoirs traditionnels. Mais d’un autre côté, ils ne savent pas par quoi les remplacer. Alors ils préfèrent ne pas trop prendre de risques (face aux autres enseignants, aux parents qui verraient la suppression des devoirs d’un mauvais oeil) et se conformer à la norme, en continuant à en donner.

3. Développement de l’autonomie ?

Certains enseignants trouvent que les devoirs ont une importance fondamentale dans le développement de l’autonomie. En effet, il est bon que les élèves soient confrontés quotidiennement à des tâches qu’ils pourront effectuer seuls. Par exemple, la pratique de la révision autonome des matières apprises en classe ne peut que développer chez l’enfant les premiers éléments d’une discipline personnelle de révision périodique des cours permettant de rester à flot (Steffen, Favre, p.120). Ou encore, les devoirs comportent même un plus , car ils apprennent à l’enfant à se prendre en charge seul, hors du contexte scolaire qui pousse chacun à se conformer plus ou moins à une attitude studieuse (Steffen, Favre, p.132).
Et les parents ? Peut-on réellement croire qu’ils n’aideront pas leurs enfants, s’ils les voient (ou croient) en difficulté, ou s’ils se voient sollicités à l’extrême: Si tu ne fais pas les devoirs avec moi, je ne les fais pas ! Je comprends rien ! C’est trop dur ! J’ai besoin de ton aide !… Difficile de ne pas mettre son nez d’adulte dans les devoirs de son enfant. Et pourtant, selon les enseignants, les enfants sont censés faire leurs devoirs seul, pour développer seul leur autonomie !
Est-ce que développer son autonomie , cela signifie se débrouiller seul à la maison face à une tâche facile, démotivante, répétitive, et dont on ne voit pas toujours l’intérêt, mais qu’il faut faire parce qu’elle est imposée par le maître ? Est-ce que développer son autonomie, c’est faire une tâche sans la présence du maître, mais en répondant de toute manière à ses attentes , en faisant exactement ce qu’il veut qu’on fasse , comme s’il était là ou même mieux que s’il était là ? Si faire son devoir d’élève signifie se conformer au désir du maître (Steffen, Favre, p.186), comment pourrait-il développer une quelconque autonomie chez l’enfant?
Et si l’autonomie s’apprenait aussi en classe et non pas dans la solitude ? Car au fond, l’enseignant n’est-il pas censé apprendre à son petit élève à grandir en se passant de lui, à prendre des risques, à prendre des décisions,… ? Sans aucun doute, mais il ne peut le faire à travers des devoirs totalement imposés et cadrés. Il faut le pousser dans la voie de la liberté, de l’engagement et de l’initiative propre à travers des projets personnels, des projets qui auraient réellement un sens, parce qu’ils seraient choisis, voulus et assumés par l’enfant.

D’un côté, les enseignants donnent des devoirs pour favoriser l’autonomie des élèves. Car, c’est soi-disant en effectuant seul (sans le maître) ses devoirs qu’ils deviennent autonomes. Mais d’un autre côté, ils se retrouvent à la maison sous la tutelle directe des parents et sous la tutelle invisible du spectre de l’enseignant pour faire seul une tâche imposée.

4. Dialogue avec la famille ?

Selon certains enseignants, les devoirs sont un bon moyen de dialoguer avec la famille, de laisser transparaître quelques informations au sujet de l’école et de la classe, d’assurer un lien, une continuité. Les devoirs sont aussi, dans certains cas, un bon passeport. En effet, certains parents jugent de la qualité d’un enseignement, d’après les devoirs qu’ils voient arriver à la maison. C’est donc souvent une attestation du sérieux du travail de l’enseignant. On aurait presque envie de dire que, plus qu’un réel dialogue entre la famille et l’enseignant, les devoirs sont surtout porteurs de messages interprétés au gré du vécu, des représentations, de l’expérience de chacun.
Toutefois, lorsqu’on examine quelles tâches sont données en devoirs, on ne peut que constater qu’elles sont peu représentatives des changements survenus depuis dix à quinze ans dans l’enseignement primaire. Elles correspondent plus au vécu des parents, qu’aux nouvelles pratiques pédagogiques en vigueur.
Dès lors, quels messages donnent les devoirs ? Ils laissent certainement croire que l’école n’a changé ni dans ses objectifs, ni dans ses méthodes… (Richard, 1990). Ils ont même tendance à dégrader l’image de l’école (Baeriswyl, 1990) et des enseignants. On se demande même si le but réel (et contradictoire) des devoirs n’est pas celui de créer une sorte d’écran, de zone tampon entre la famille et l’école (Steffen, Favre, p.113), d’établir une distance entre ce qu’on montre aux parents, la part la plus pauvre des programmes et du travail scolaire (Perrenoud, 1995) et ce qui se fait dans la classe (domaine exclusif des enseignants).
En plus, lorsqu’on voit, que ce type de dialogue avec les parents ne sert qu’à les stresser, les culpabiliser, les transformer en répétiteurs, empoisonner les soirées familiales, mettre beaucoup de parents dans des situations d’incompétences ou de toute puissance (Perrenoud, 1995), on peut se demander, s’il ne serait pas temps de trouver une autre voie pour communiquer.

N’y a-t-il pas de moyens plus efficaces pour dialoguer réellement avec la famille (si réellement c’est un désir et un souci de l’enseignant) ? Quelques témoignages le montrent, il est possible de passer outre les devoirs pour entamer un vrai dialogue. Le moment privilégié de rencontre avec les parents demeure l’entretien (Richard, 1990). Lorsqu’on ne veut plus des devoirs comme lien malhonnête, il faut alors prendre du temps pour expliquer, convaincre, inciter chacun à remettre en question les idées reçues (ou créées par son propre vécu), rétablir la confiance entre les trois partenaires: enseignant-parents-élèves (Steffen, Favre, p.63). Ou encore, comme ce qui se fait à l’UCE (Unité Coopérative d’Enseignement), mettre en place tout un système pour informer les parents: les classes ouvertes, les entretiens , les réunions de parents, une commission famille-école (discussion sur la suppression des notes, transmission d’évaluation sans notes,…), un journal parents-enseignants (deux fois par année),… .
Mais, cela demande du temps et beaucoup d’investissement. Est-ce que la grande majorité des enseignants sont près à cela ?

D’un côté, les enseignants laissent entendre que les devoirs sont un moyen de dialoguer avec les parents, de créer un lien, de les informer sur leurs pratiques. Mais d’un autre côté, ils ne donnent en devoirs que des tâches peu (ou pas) représentatives de ce qu’ils font réellement en classe et créent ainsi une sorte d’écran, une barrière entre leur monde et celui des parents.

5. Directives cantonales, quel sens ?

Lorsqu’on parcourt les différentes directives cantonales (datant de 1990) concernant les devoirs, on est surpris de voir à quel point le but, le sens des devoirs a peu d’importance face à la question de sa durée. Il a semblé plus important aux autorités de réglementer très précisément le temps accordé (à ne pas dépasser ?) aux devoirs à domicile, plutôt que de définir dans quel but on devait en donner. Peut-être est-ce pour que l’école n’empiète pas trop sur la vie de famille de l’écolier (souci tout à fait respectable) ? D’autant plus, que les devoirs semblent être perçus par certaines familles, comme une ingérence vicieuse de l’école »(Agasse, 1990).
Il est intéressant, néanmoins de s’y attarder et de voir, par exemple, que la durée augmente avec l’âge , seul facteur semblant être pris en considération pour fixer la portion quotidienne ou hebdomadaire de devoirs à domicile. En somme, plus on est jeune, moins on a de devoirs. Plus on grandit et on avance dans le parcours scolaire, plus on a de devoirs. La tendance actuelle (dans le canton de Genève notamment) serait même de supprimer complètement les devoirs jusqu’en troisième primaire, pour les réintroduire dès la quatrième (directive genevoise de 1995/1996). Est-ce l’approche du cycle qui rend les devoirs nécessaires dans la vie de l’écolier ? N’oublions pas qu’au cycle, les devoirs prennent une importance considérable: mémorisation de listes de mots (allemand, anglais, latin), mémorisation de règles grammaticales, exercices à faire, révisions pour les épreuves qui sont systématiquement annoncées, compositions,… . Que serait le cycle sans les devoirs ?
Justement à ce propos, nous avons une petite histoire à vous raconter. Au détour d’une conversation entre trois mamans (ce détail a son importance), une enseignante du cycle s’est plainte (et se plaint certainement toujours !) du peu de devoirs donnés aux élèves en primaire. Elle semblait surtout ennuyée par le fait que les listes de mots, à apprendre régulièrement tous les jours, avaient été supprimées par une grande majorité d’enseignants (ah ! Vraiment ?). Etant professeur d’allemand elle-même, elle trouvait cela désolant. En effet, elle avait de plus en plus de peine à faire passer ses listes de vocabulaire auprès de ses élèves, n’étant paraît-il plus habitués à faire ce type d’effort à la maison. Où va donc l’école primaire ?
Enfin, pour en revenir à la durée des devoirs, comment fait-on pour savoir quelle est la durée optimale pour telle tranche d’âge ? Et dans la pratique, comment fait-on pour savoir que les devoirs donnés ne dépasseront pas le temps maximum ? Les enfants face à une tâche réputée facile (facile pour qui ?), mettent-ils tous le même temps ? Existe-t-il des devoirs effectuables dans un temps donné et identique pour tous ? Ne se souvient-on pas d’avoir déjà entendu, pour une même classe, des parents se lamenter de la longueur (et de la difficulté) excessive des devoirs donnés, et d’un autre côté, d’autres parents se réjouir de la facilité des devoirs et du peu de temps finalement consacré à la maison pour les réaliser ?
Fixer une durée aussi précise, n’est-ce pas pousser les enseignants à ne donner que des tâches simples et répétitives, pour qu’elles soient le plus vite expédiées ?

D’un côté, on se donne bonne conscience en édictant des directives claires et précises sur la durée des devoirs à domicile. Mais d’un autre côté, on n’oublie que dans la pratique il est difficile d’être aussi clair et précis. En effet, comment saura-t-on combien de temps mettra tel ou tel élève devant la même tâche. Existe-t-il des tâches standards que tous les enfants peuvent effectuer plus ou moins dans le même laps de temps ? Préciser à ce point la durée maximale, n’est-ce pas se cacher les vrais problèmes (sens et but des devoirs par exemple) ?

6. Question de responsabilité ?

L’enseignant prétend ouvertement que les devoirs, c’est une affaire entre lui et l’enfant. Les apprentissages relèvent aussi de sa compétence et sont sous sa responsabilité de professionnel. En plus, il s’efforce de donner des tâches facilement exécutables par l’élève, qui ne devraient pas lui poser de problèmes. En réalité, il fait de son mieux pour que les parents interviennent le moins possible.

Malgré ce désir manifeste de mettre à l’écart les parents, l’enseignant les sollicite toutefois fortement pour qu’ils s’engagent à prendre le rôle (ingrat) de contrôleur et de surveillant des devoirs. Ils ne doivent pas faire les devoirs à la place de l’enfant, mais ils doivent veiller à ce qu’ils soient correctement effectués. En prenant la peine, si nécessaire, de vérifier s’il sait ses mots, son livret ou conjuguer un verbe à l’imparfait. Bref, si un enfant doit apprendre des mots et qu’il rate la récitation du lendemain, à qui la faute ? Est-ce l’enseignant qui est responsable de l’échec de l’enfant ou est-ce le parent qui a négligé de contrôler le travail de son enfant ? La réponse semble évidente!
Mais, en tant que professionnel, n’est-ce pas une façon trop facile de se déresponsabiliser et de rejeter tous les torts sur l’enfant et la famille ? Les devoirs doivent réellement servir à se blanchir de toute responsabilité face à l’échec d’un de ses élèves ? Si les apprentissages sont l’affaire des professionnels, pourquoi se décharger sur les parents ?

D’un côté, les devoirs et les apprentissages sont l’affaire exclusive de l’enseignant. Mais d’un autre côté, il s’attend à ce que les parents les surveillent et vérifient qu’ils sont bien effectués et appris. Si ce n’est pas le cas, à qui la faute ?

7. Lutte contre l’échec scolaire ?

Il n’y a pas de doute (selon une bonne majorité des enseignants), les devoirs sont utiles aux élèves les plus faibles. En effet, si on se conforme à l’adage de deux exercices valent mieux qu’un (Steffen, Favre, p.28), il semble tout à fait approprié de donner plus d’exercices à l’élève qui est toujours à la traîne. Les devoirs ont alors une fonction de rattrapage, de comblement de tous les manques accumulés par l’enfant, de lutte contre l’échec scolaire. En somme, supprimer les devoirs, ce serait enlever toute chance à l’enfant de se remettre à flot !
C’est pourquoi, il vaut mieux taper sur le clou à coup d’exercices inutiles, pour qu’un jour, peut-être, il s’enfonce. Il vaut mieux faire croire à l’élève qu’une portion d’exercices supplémentaires et une portion de temps supplémentaire à la maison l’aideront à se remettre à niveau. Il vaut mieux lui faire croire que s’il n’y arrive pas, ce n’est pas la faute de l’enseignant, mais c’est parce qu’il n’y consacre pas assez de temps et d’efforts.
Il vaut mieux…, plutôt que de remettre en question sa pratique quotidienne, oublier que l’échec scolaire doit en réalité être attaqué à la racine, par un enseignement différencié en classe, et non par des compensations illusoires (Perrenoud, 1995), dont font partie les devoirs.

D’un côté, on donne des devoirs-exercices supplémentaires aux élèves les plus faibles pour lutter contre les inégalités et l’échec scolaire, mais d’un autre côté les devoirs donnés sont inutiles lorsqu’ils sont faisables, impossibles à accomplir seuls lorsqu’ils favoriseraient vraiment le développement et les apprentissages fondamentaux (Perrenoud, 1995).

CONCLUSION

Comment conclure, lorsque en réalité, il faudrait poursuivre cette discussion à peine commencée ? Comment conclure, lorsque il faudrait remettre tant de pratiques pédagogiques, tant de représentations commodes et tant d’habitudes en question ? Comment changer ?
Peut-être, en commençant à parler ouvertement de ses peurs, de ses craintes, de ses angoisses face à une profession en constante évolution, face à un métier qui bouge, mais qui ne correspond plus à l’image qu’on s’était faite. Il faut arrêter de se cacher derrière des règlements et des traditions dont on ne comprend plus le sens. La classe n’est plus un lieu où l’on s’enferme, elle doit être avant tout un lieu d’échange, un lieu de transparence et d’apprentissages. Les devoirs ne sont au fond qu’un problème parmi tant d’autres. S’ils permettent de voir plus loin, plus vrai, alors allons-y !
Car si on veut une réelle modernisation des devoirs, il faut passer par un changement qualitatif de l’école, par la construction d’une autre école, avec une autre logique (Perrenoud, 1995).

BIBLIOGRAPHIE

puce1 DEVOIRS A LA MAISON dans SANTE PUBLIQUE AGASSE (L.), (19 90). Parents. Ah ! les vraies soirées familiales ! , In Educateur n 7.
puce1 ECHEC SCOLAIRE BAERISWYL (G.), (19 90). Devoirs à domicile: Tombez le masque ! , In Educateur n 7.
puce1 ECOLE DELIEUTRAZ (Y.), (19 90). De l’utopie à la réalité. Toute une école supprime les devoirs à domicile. , In Educateur n 7.
puce1 EDUCATION FAVRE (B.) et STEFFEN (N.), (1988). Tant qu’il y aura des devoirs… , Service de la recherche pédagogique, cahier n 25.
puce1 EUROPE GILLIERON (P.), (19 90). Devoirs à domicile: Unité et diversité dans les cantons romands , In Educateur n 7.
puce1 FRANCE GOUMAZ (G.), (19 91). Enseignant-Enseigné: Une estime réciproque , Perly-Genève, Edition des Sables.
puce1 SUISSE MEIRIEU (P.), (1992). Les devoirs à la maison , Paris, Syros Alternatives.
puce1 PERRENOUD (P.), (1995), Sens des devoirs, sens du devoir , In Métier d’élève et sens du travail scolaire, Paris, Collection Pédagogies , p. 125 à 133.
puce1 RICHARD (J.-M.), (19 90). Pour l’école à l’école , In Educateur n 7. 

Des parents d’élèves et des enseignants appellent à une « quinzaine sans devoirs » à la maison dans le primaire.

« Nous dénonçons depuis longtemps la persistance des devoirs à la maison, dont personne n’a jamais prouvé l’utilité », rappellent la FCPE – principale fédération de parents d’élèves – et l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne (ICEM, pédagogie Freinet).

Ils considèrent que la persistance de cette pratique, supprimée en 1956 dans le primaire par une circulaire jamais appliquée, est une forme de« sous-traitance pédagogique aux familles ».

Réclamés… et critiqués

Ces deux organisations appellent, à partir d’aujourd’hui, à une« quinzaine sans devoirs » à la maison. Parents et enseignants sont également invités à poster leurs témoignages sur le sitehttp://cesoirpasdedevoirs.blogspot.com.

Le débat n’est pas nouveau ; les devoirs sont à la fois réclamés et critiqués. Si les enseignants continuent d’en donner, c’est, pense Catherine Chabun, de l’ICEM, à cause d’une « pression des parents qui craignent de ne pas être au courant de ce qui se passe en classe ».

Les devoirs sont « efficaces s’ils sont accompagnés, mais, là, nous renvoyons à une forme d’inégalité sociale et d’injustice très lourde », estime Philippe Meirieu, chercheur en pédagogie.

« Dans les familles, on voit des moments de violence, de crispation autoritaire autour des devoirs, avec au final un apport pédagogique assez mince », dit Christophe Paris, délégué général de l’association AFEV, qui fait de l’aide aux devoirs dans les quartiers populaires.

Chez ATD Quart-monde, on pense que « le temps scolaire doit englober les apprentissages scolaires et travaux personnels habituellement faits en dehors de l’école ou du collège, sous la responsabilité d’enseignants ».

« OUEST FRANCE »

Publié dans:POLITIQUE, SANTE PUBLIQUE |on 23 octobre, 2012 |Pas de commentaires »

LA SCIENCE SANS CONSCIENCE A DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE. ALERTE AUX CONFLITS D’INTERÊTS (Yann FIEVET / LE GRAND SOIR)

La science sans conscience a de beaux jours devant elle.

LA SCIENCE SANS CONSCIENCE A DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE. ALERTE AUX CONFLITS D'INTERÊTS (Yann FIEVET / LE GRAND SOIR) dans ENVIRONNEMENT laboAlerte aux conflits d’intérêts

arton18037-c27f0 EXPERTS dans LA MER
Yann FIEVET

Deux évidences se sont imposées au cours de la dernière décennie écoulée dans le domaine de la toxicité de notre environnement. La première est que la recherche en toxicologie – au demeurant trop sommaire encore – est de plus en plus souvent soumise aux lois du Marché. La seconde est la « rupture de ban » de certains chercheurs décidés à ne plus accepter cette soumission et qui dévoilent au grand jour le résultat alarmant de leurs travaux. Ils sont « les lanceurs d’alerte » qui reçoivent les foudres de leurs confrères ou consœurs et compromettent leur carrière. Ils ne peuvent garder le silence car leur statut de chercheurs ne saurait leur faire oublier qu’ils sont aussi des citoyens vivant parmi d’autres citoyens. Leur engagement courageux au service de la protection des populations doit être salué, mais cette reconnaissance ne suffira pas à les protéger de l’ostracisme de leur confrérie et des sanctions de leur hiérarchie. Il faut une loi pour les protéger. En attendant que l’on s’attaque sérieusement à la gangrène des conflits d’intérêts.

Six domaines au moins nous révèlent la contradiction des « experts » quant à la dangerosité de notre exposition à divers éléments de notre environnement :
Les ondes électromagnétiques, les organismes génétiquement modifiés, les nano particules, les substances chimiques multiples, les radiations (électro) nucléaires, les médicaments. Dans tous ces domaines aux enjeux économiques et financiers considérables règne pour le moins une certaine opacité. Ce manque de transparence a longtemps été pris pour une nécessité afin de mettre les chercheurs à l’abri des passions d’un public réputé forcément ignorant.

Quelques scandales retentissants tels celui de l’amiante au siècle dernier ou celui du Médiator très récemment et la mise sous les feux de l’actualité de quelques lanceurs d’alerte ont fini par persuader nombre de nos congénères que bien des risques leur étaient « savamment » cachés. Il faut ici rendre un hommage particulier à Henri Pézerat qui, par ses travaux décisifs sur la toxicité de l’amiante en son petit laboratoire indépendant, fait figure de pionnier en matière de lancement d’alerte citoyenne. Un autre précurseur, le toxicologue André Cicolella, a quant à lui été licencié dès 1994 de l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) après avoir alerté sur la toxicité de certains solvants. Les OGM, probablement parce qu’ils nous renvoient à nos champs et à nos assiettes, retiennent toute notre attention et comptent plusieurs lanceurs distingués : Jean-Pierre Berlan, Jacques Testart, Arnaud Apoteker, Christian Vélot et bien sûr Gilles-Eric Séralini. Irène Frachon, pneumologue brestoise et tenace, a quant à elle déclenché la tempête autour du Médiator. Et voilà que deux émérites Professeurs en médecine lui emboîtent le pas en proclamant par la publication d’un gros guide argumenté que 60% des médicaments à notre disposition sont dangereux ou inutiles. Eux ne craignent rien : « l’académie » les a depuis longtemps reconnus. Leur pavé dans la mare n’en confirme pas moins que le tandem business-recherche est bel et bien mortifère.

L’industrie mène la danse.

C’est d’abord elle qui finance la recherche pour mettre au point les produits qu’elle met sur le marché. C’est elle qui commandite ensuite des études pour mesurer la dangerosité éventuelle des produits qu’elle commercialise. C’est elle enfin qui fait pression de diverses manières sur les décideurs politiques quand des études indépendantes – et difficilement financées – apportent la preuve de la toxicité d’un produit jusque-là simplement suspecté. Le néolibéralisme à l’œuvre depuis plus de trente années, par le désengagement des pouvoirs publics au profit ( !) de la « libération » des forces du Marché, ne pouvait que démultiplier les possibilités de mise en coupes réglées de la recherche par l’industrie. On ne cherche plus qu’en fonction de perspectives sonnantes et trébuchantes du Marché.

Dans un tel contexte les lanceurs d’alerte ne peuvent être nombreux : seuls les chercheurs non acquis totalement aux principes de la recherche marchandisée se rebellent éventuellement contre l’ordre scientifique établi. Les autres sont prêts à faire bloc à la première alerte pour dénigrer les francs-tireurs désintéressés. Ils signent, par exemple, des tribunes dans Le Monde pour dénoncer les insuffisances du protocole mis en place par Gilles-Eric Séralini afin de mesurer l’impact de l’ingestion de maïs transgénique sur la santé des rats, mais se sont superbement tus pendant des années à propos des études douteuses commanditées par Monsanto. Ils avaient laissé hier le Professeur Séralini réclamer seul en justice les études de Monsanto qui, une fois réévaluées par le CRIGEN, ont révélé une dangerosité non négligeable du maïs Mon810 pour la santé des rats.

Dans un domaine beaucoup moins connu du grand public, celui des nano technologies, la collusion business-recherche va également bon train pour tenter de démontrer l’innocuité des nano particules.

Ainsi, une équipe de chercheurs britanniques de l’université de Bath prétend que les nano particules contenues par les crèmes solaires ne franchissent pas la barrière cutanée. L’expérience a été menée sur des échantillons de peau de porcs et durant seize heures seulement. Rappelons qu’une équipe australienne de Macquarie University a montré la pénétration sous-cutanée des nano particules d’oxyde de zinc incorporées dans les crèmes solaires, expériences menées cette fois sur des hommes et des femmes et montrant le passage dans le sang après vingt-quatre heures. Au fait, l’équipe de l’université de Bath participe au projet européen NAPOLEON, aujourd’hui terminé, qui comptait parmi ses membres L’OREAL et BASF… utilisateurs ou fabricants de nanomatériaux. Les exemples de ce type sont désormais légion.

Deux questions essentielles s’entremêlent donc : celle des lanceurs d’alerte et celle des conflits d’intérêts. La Fondation Science Citoyenne les dénonce depuis dix ans. Elle a largement inspiré le projet de loi présenté au Sénat le mois dernier afin de protéger les lanceurs d’alerte. Il est d’ores et déjà permis de douter de son efficacité. Il s’agit probablement d’une maigre concession du monde politique qui, par ailleurs, ne s’attaquera en rien à la pieuvre des conflits d’intérêts.

La science sans conscience a de beaux jours devant elle.

Yann FIEVET

« LE GRAND SOIR »

ENFANTS EN ZONE DE CONFLIT. EN ZONE DE GUERRE OU DE CONFLIT: LA TRISTE REALITE DES ENFANTS…

Enfants en zone de conflit

ENFANTS EN ZONE DE CONFLIT. EN ZONE DE GUERRE OU DE CONFLIT: LA TRISTE REALITE DES ENFANTS... dans ENVIRONNEMENT enfants En zone de guerre ou de conflit:

la triste réalité des enfants…

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PHOTO HASHAM AHMED, AFP 

Pakistan: un garçon pleure à côté de son père blessé à la suite d’une explosion à Peshawar (19 septembre 2012).

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PHOTO KHALIL MAZRAAWI, AFP 

Jordanie: une jeune fille syrienne dans un camp de réfugiés qui regarde à travers une tente (11 septembre 2011). 

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PHOTO MOHAMMED ABED, AFP 

Bande de Gaza: un jeune Palestinien transporté à l’hôpital à la suite d’une attaque aérienne d’Israël (12 mars 2012) à Beit Lahia.

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PHOTO JAAFAR ASHTIYEH, AFP 

Cisjordanie: un jeune Palestinien lance une roche en direction de la colonie juive de Bracha (10 octobre 2012). 

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PHOTO MAHMUD HAMS, AFP 

Bande de Gaza: un enfant palestinien dans le camp de réfugiés de Jabalia tient une chandelle en guise de solidarité avec les enfants syriens (24 septembre 2012).

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PHOTO JAWAD JALALI, AFP 

Afghanistan: un enfant de trois ans avance grâce à une marchette après avoir perdu ses jambes dans une attaque-suicide à Kandahar (8 octobre 2012).

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PHOTO TAUSEEF MUSTAFA, AFP 

Syrie: un père syrien transporte le corps de son fils de 5 ans à la suite d’une attaque des forces gouvernementales à Alep (9 octobre 2012). 

PETIT LEXIQUE DE L’ENSEIGNANT: LA REALITE EST AILLEURS (Thierry LAMIREAU)

Petit lexique de l’enseignant

On ne doit plus dire…mais on doit dire…:

(Envoi d’une enseignante…elle…

…à un autre enseignant…moi)

PETIT LEXIQUE DE L'ENSEIGNANT: LA REALITE EST AILLEURS (Thierry LAMIREAU) dans ENVIRONNEMENT classe-maternelleLA REALITE EST AILLEURS (cf.commentaires)
 

-Il est fainéant,

mais « Il manifeste un léger déficit de motivation induisant une phase de repos intellectuel qui n’est probablement que temporaire ».

-Il est paresseux,

mais « Il ne présente aucune appétence génétique manifeste pour le travail scolaire et se montre réfractaire à toute dépense d’énergie intempestive ».

-Il a un poil dans la main,

mais « Ses caractéristiques génétiques l’empêchent de tirer le meilleur parti de tout le potentiel de ses membres supérieurs ».

-Il ne fait rien,

mais « On ne trouve nulle trace concrète, ni même virtuelle de son activité débordante, mais sa volonté de bien faire commence à devenir perceptible ».

-Il est nul,

mais « Les objectifs pédagogiques sont inadaptés à ses potentialités mais sa marge de progression n’en demeure pas moins substantielle ».

-Il est bête,

mais « Ses connections cervicales ne sont pas encore toutes assurées mais le processus de réflexion devrait connaître un déblocage imminent ».

-C’est un abruti,

mais « Il connaît un épanouissement ralenti, mais certaines lueurs indiquent qu’il ne demande qu’à s’éveiller à la moindre étincelle ».

-Il a des difficultés,

mais « Il pourrait certainement mieux faire si le contexte s’y prêtait et que les lacunes rédhibitoires ne cessaient de croître de façon exponentielle ».

-Il n’est pas doué,

mais « Il ne semble pas prédisposé à postuler au passage dans la classe supérieure sans ouvrir ses manuels scolaires et redoubler d’efforts ».

-Il dort en classe,

mais « Il connaît un léger décalage horaire et son horloge biologique semble réglée sur l’heure estivale de l’hémisphère sud ».