LE 1ER MAI DES TRAVAILLEURS N’EST PAS TOMBE DU CIEL

Le 1er mai des travailleurs

n’est pas tombé du ciel

LE 1ER MAI DES TRAVAILLEURS N'EST PAS TOMBE DU CIEL dans REFLEXIONS PERSONNELLES Ouvriers

 

 

 

Installé par l’Histoire le 1er mai est la journée internationale des travailleurs.
Or, par les temps qui courent, il n’est pas inutile de rappeler que, si la célébration du premier mai remonte à certaines croyances anciennes où l’on plantait à la campagne l’arbre appelé mai, symbole du réveil printanier de la nature, la fête que nous connaissons aujourd’hui émerge en 1884 à Chicago, lorsque le congrès des trade-unions décide qu’à partir du 1er mai 1886, la journée normale de travail sera fixée à 8 heures et que toutes les organisations ouvrières se prépareront à cet effet.

Plus précisément, c’est le Congrès International Socialiste de Paris, en 1889, qui adopte le 1er mai comme journée de revendications des travailleurs. Or, assimilée à une journée de grève par les employeurs, dont certains détestent précisément les corps intermédiaires, elle fut l’occasion d’affrontements violents et de morts douloureuses comme par la fusillade de Fourmies, en France, le premier mai 1891.

Ce jour là, le beau temps est au rendez-vous et la manifestation commence dans une ambiance joyeuse et bon enfant. Les ouvriers doivent porter leurs revendications à la mairie dans la matinée, avant de passer aux festivités de l’après-midi et de danser en soirée. Cependant, à 9 heures, après une échauffourée avec les gendarmes à cheval, quatre manifestants sont arrêtés. Dès lors, au slogan, « c’est les huit heures qu’il nous faut » vient s’ajouter « c’est nos frères qu’il nous faut », le tout clamé par 150 à 200 manifestants qui arrivent sur la place où ils font face à 30 soldats armés jusqu’aux dents. Les cailloux volent, la foule pousse et le commandant Chapus fait tirer en l’air mais, comme la foule pousse encore, il crie : « Baïonnette ! En avant ! ». Collés à la foule, les soldats font un pas en arrière pour exécuter l’ordre et Kléber Giloteaux, le porte-drapeau des manifestants, en profite pour avancer. Aussitôt un ordre fuse :                     « Feu ! feu ! feu rapide ! Visez le porte-drapeau ! »

Neuf morts, trente cinq blessés en quarante cinq secondes, sera le prix payé pour la tenue d’une procession pacifique dont le seul but était de présenter dans la dignité les doléances de ceux qui contribuent à l’enrichissement du pays.

Cependant, ça vient de sortir, toute l’histoire qui fonde le premier mai ne serait qu’une tromperie, nous nous serions trompés de contenu. C’est Nicolas Sarkozy qui le dit, celui qui oublie allègrement ses promesses ; celui qui fait le contraire de ce qu’il dit, avec un tel aplomb qu’il institue le mensonge comme essence de sa politique. Bref, nous nous serions trompés de mot et par conséquent d’idées. Désormais, il ne faudrait pas dire le travail, mais le vrai travail et sans doute abandonner de parler des travailleurs pour dire les vrais travailleurs, non ? En tout cas, je ne sais pas à combien ils ont cherché avant de la choisir, mais la formule ressemble à une boursouflure qui rappelle, en substance, la remarque de Coluche : Blanc je sais ce que c’est, mais plus blanc que blanc, je m’interroge.

Nicolas Sarkozy a-t-il vraiment réfléchi, ne serait-ce qu’une seconde ? Sans doute, mais le résultat est à l’image de tout son mandat, une volonté de balancer des mots, encore des mots, toujours des mots, un déchaînement de mots jusqu’à la perte du sens, comme un flot d’onomatopées destiné à masquer le manque à dire clairement les choses ou pour faire diversion, afin de conduire en toute impunité sa politique du détournement des richesses. Au fond, cette accumulation est tout simplement une perte de contrôle des mots et par conséquent une atteinte à la langue et au bon sens. Lui qui a osé nous parler d’Albert Camus, devrait le relire ou simplement le lire pour s’en inspirer, car pour l’auteur de « La peste », bien nommer les choses c’est éviter d’ajouter du désordre au Monde.

En vérité, le vrai travail vient dans le prolongement de la mission de Nicolas Sarkozy d’en finir avec l’héritage du Conseil National de la Résistance, avec le patrimoine de notre République Sociale. Pour lui, le vrai travail c’est celui de l’ouvrier qui aurait travaillé durant toute sa vie sans rien demander. En fait, le choix de cette formule est l’acte désespéré d’un Négationniste qui a non seulement perdu le fil de l’Histoire, mais qui a surtout décidé de mettre la main sur le 1er mai, comme aucun Président de la Cinquième République n’a jamais osé le faire. C’est un petit coup d’Etat avec le concours de médias à genoux qui laissent la logorrhée sarkozienne envahir les antennes, au mépris de toute mesure décidée par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Regardez-le, écoutez-le, il transpire une haine du peuple dont il rêve d’être le petit père, un petit père fouettard pour que ça bosse et que ça ferme sa gueule au service des actionnaires dont le travail en dormant dessine l’horizon de son vrai projet politique.

Alors, si les mots sont des demeures qu’il convient de visiter avec prudence, le moment est donc bien venu d’en ausculter un en particulier, le travail.

S’il ne fait aucun doute que le travail est d’abord une contrainte, mais une contrainte économique vitale pour l’homme, il est aussi une façon d’être utile en société, comme une manière d’être autonome, de vivre dignement. C’est une garantie d’émancipation pour tous. Aussi, être privé de l’activité de travail entraîne une perte de revenu indispensable pour vivre, mais encore une perte de reconnaissance, jusqu’à l’impression de vivre exclu, aux limites d’un vide social destructeur. Alors, quoi de plus normal que de protester, de manifester son mécontentement devant la fermeture d’usines et de leur délocalisation ? Quoi de plus normal que de combattre ceux qui exploitent sans scrupule la force de travail ? Quoi de plus normal que de demander simplement le partage des fruits du travail ? Quoi de plus normal que de tout faire pour dégager un Président qui ne l’a jamais mesuré que pour le plus grand intérêt des patrons, ses vrais patrons ?

Depuis pratiquement deux siècles, la conception du travail comme création et comme liberté serait l’activité par laquelle l’homme, en transformant la nature hors de lui, transforme aussi sa propre nature, sans jamais écarter l’évidence que le travail est une nécessité, une discipline, voire un art.

D’ailleurs, selon Gaston Bachelard, aussi haut que l’on puisse remonter, la valeur gastronomique prime la valeur alimentaire et c’est dans la joie et non dans la peine que l’homme a trouvé son esprit. La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir, non pas une création du besoin : l’intelligence ouvrière n’est pas un vain mot, elle n’est pas non plus tombée du ciel.

Mais jamais ou très rarement il n’est question de célébrer le travail et les acteurs vrais de la richesse qui ont une conscience vive de la nécessité du travail et de la discipline que cela suppose. Malheureusement, c’est le propre de ceux qui imposent une division du travail que de toujours la présenter comme nécessité naturelle ou technique, masquant par là ce qu’elle comporte aussi de modalité de domination sociale : la lutte des classes n’est pas une vue de l’esprit. Le discours des patrons et actuellement de sa représentante Madame Parizot, pour lesquels le monde est éternellement en crise, et celui des politiques qui leur servent de factotum, comme Nicolas Sarkozy aujourd’hui, efface constamment le poids réel du travail et jette dans l’oubli ceux qui transforment la matière et les paysages, avec leur savoir-faire, leur énergie, leur force, leur peine. L’ouvrier, le paysan et tout autre travailleur sont oubliés, les faiseurs de richesse sont privés de sa jouissance. Il ne suffit pas de parler d’eux, mais encore faut-il les reconnaître, les payer au vrai prix de leur apport.

A-t-il jamais franchi le seuil d’une usine pour saisir la cadence d’un enchaînement mécanique dont l’homme et la femme sont des rouages de chair et où tout se déroule dans un continuum de gestes répétitifs qui semble n’avoir pas de fin. Là, le silence n’est qu’une musique assourdissante de machines et les visages sont fermés comme des masques de douleur. C’est vrai, la multiplication des tâches parcellaires et répétitives qui s’est intensifiée éloigne le travailleur du produit de son travail, accroît sa dépendance à l’égard d’une organisation impersonnelle jusqu’à lui faire oublier qu’il est un acteur majeur de la société.

D’ailleurs, dans l’intensification de l’émiettement et de la répétition soutenue, le sens se perd, le respect de soi et la santé aussi. Alors, quand trop c’est trop, et même si l’homme et la femme ont les ressources d’être plus grands que la situation qui leur est imposée, et si la lutte ne s’engage pas, des symptômes dépressifs, l’apathie, la désorientation temporelle peuvent gagner jusqu’au drame, pour certains le suicide.

C’est sans doute au-dessus des capacités de Nicolas Sarkozy, mais qu’il fasse donc un peu le vide en lui, pour écouter et respecter ceux qui produisent et lui permettent de rembourser les banques lorsqu’elles manifestent une petite faiblesse de spéculation ; qu’il respecte le travail tout simplement et qu’il se rapproche des ateliers où ça trime pour respirer le vrai parfum de la plus-value où se mélangent la sueur, les pleurs, la fraternité, la dignité, qui est aussi celui de la vraie conscience ouvrière dont la qualité se mesure au travail bien fait et qui mérite une vraie justice sociale… en commençant par une redistribution des richesses vraies.

Anatole Bernard

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES |le 2 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

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