LE MEMORIAL VIVANT DE MARTIN LUTHER KING

Le « Mémorial Vivant »

de Martin Luther King (Counterpunch)

LE MEMORIAL VIVANT DE MARTIN LUTHER KING dans REFLEXIONS PERSONNELLES MARTIN-LUTHER-KING

 Par Alyosha Goldstein 

Le 22 avril 1968, la National Welfare Rights Organization (NWRO*) (l’Organisation nationale des droits sociaux) a organisé une manifestation silencieuse sur la colline du Capitole en honneur de Martin Luther King junior qui avait été assassiné 18 jours plus tôt. C’était le jour où King aurait dû présenter les requêtes de la Campagne pour les Pauvres au Congrès. Pendant la manifestation silencieuse, le NWRO a exposé ses « propositions pour un Mémorial Vivant » à King qui demandaient un revenu annuel garanti au niveau national, un programme fédéral de création d’emplois et l’abrogation des dispositions répressives des Amendements à la Sécurité Sociale de 1967. Le NWRO a décrit ses propositions comme le premier pas vers la création du « seul mémorial approprié au Dr. Martin Luther King à savoir une société libre et juste pour tous. » Les orateurs ont tous rappelé le lien entre la pauvreté aux Etats-Unis et le coût de la guerre coloniale au Vietnam et montré comment la violence de l’empire et la violence de la pauvreté s’entremêlaient.

Dans la suite logique de l’escalade de la criminalisation des pauvres que la manifestation silencieuse voulait justement dénoncer, tous les participants ont été arrêtés. Le juge qui présidait le tribunal a reproché aux manifestants leur « sympathie » envers ceux qui avaient participé aux émeutes de District de Columbia (DC) après l’assassinat de King. Le juge a balayé l’affirmation que la manifestation silencieuse était en l’honneur de Martin Luther King junior en disant : « C’est ce que… [les émeutiers] ont dit en mettant le feu à la ville. » Du point de vue du juge, la manifestation silencieuse ne pouvait constituer qu’un rejet de la loi et de l’ordre et la preuve que ceux qui avaient déclaré la Guerre à la Pauvreté étaient des extrémistes incontrôlables.

Au moment où émerge le multiforme mouvement (un)Occupy, il est important de se rappeler son précurseur, le Mémorial de la NRWO, pour la profondeur de son défi à la violence d’état contre la pauvreté. Les militants des droits sociaux ont exigé du gouvernement un plus grand effort pour diminuer les inégalités sociales et économiques que celui fourni par le programme anti-pauvreté de Lyndon Johnson. Contrairement aux politiciens et aux spécialistes du droit social qui considéraient la Sécurité Sociale comme un assistanat honteux et un échec personnel — ce qui faisaient des récipiendaires des suspects et légitimait un contrôle gouvernemental oppressif — les militants des droits sociaux ont affirmé que l’obligation sociale fondamentale de garantir un revenu annuel minimum à tous faisait partie des missions centrales de l’état. Le « Mémorial Vivant » dédié à King par la NRWO affirmait que les Etats-Unis devraient être obligés d’assurer à tous le minimum vital et le minimum social — surtout aux femmes pauvres de couleur et à ceux que l’exploitation et la marginalisation fragilisaient.

Pendant cette même période, le gouvernement libéral a développé une nouvelle synergie entre l’intervention militaire à l’étranger et le renforcement de la police urbaine dans le pays. Les technologies militaires affinées dans les guerres à l’étranger ont servi à reconfigurer du tout au tout les missions de la police nationale. La violence d’état institutionnalisée et ses corollaires à l’intérieur du pays comme à l’étranger ont servi à réprimer les pauvres de couleur pour protéger les profits des riches. Selon la NWRO, la « défense » nationale devrait consister non pas à justifier des guerres impérialistes en Asie du sud-est mais à fournir un revenu minimum garanti annuel ; cela devrait être la responsabilité nationale essentielle.

Au cours du 20ème siècle, la politique étasunienne libérale a eu comme priorité de protéger le marché capitaliste mondial aux dépens de l’égalité. De fait la pauvreté en elle-même, en dehors du contexte la crise de la Grande Dépression, n’était pas la préoccupation directe de l’administration Roosevelt. L’administration s’est frayée un chemin dans les ruines de l’économie dans le but de restaurer et de maintenir le statu quo de l’accumulation capitaliste. Dans un passage souvent cité de son discours sur l’état de l’Union de 1935, Franklin Delano Roosevelt déclarait que « Les leçons de l’histoire… montrent finalement que la dépendance prolongée aux allocations engendre une désintégration morale et spirituelle qui détruit en profondeur la fibre nationale. Assister les gens de cette manière revient à leur faire absorber un narcotique qui sape insensiblement la force morale. C’est contraire aux principes d’une bonne politique. C’est une violation des traditions de l’Amérique. » Cette façon de voir était toujours prédominante près de 30 ans plus tard. Dans un discours au Congrès, le 16 mars 1964, le président Johnson affirmait que « La guerre contre la pauvreté n’a pas pour but de simplement subventionner les gens et de les rendre dépendants de la générosité d’autrui… C’est un effort pour les aider à développer leurs capacités… pour qu’ils puissent jouer leur rôle… dans la promesse de cette Nation. »

La NWRO et la Campagne des Pauvres lancée par Martin Luther King avant son assassinat ont refusé d’accepter le terme péjoratif de dépendance ainsi que le dogme de la bienheureuse « promesse » américaine et ils ont exigé que soit mis fin à la longue habitude d’accuser les pauvres de leur pauvreté. Au milieu des invectives de Daniel Patrick Moynihan à propos de la soi-disant « confusion pathologique » engendrée par le matriarcat noir ou de l’infamante diatribe du sénateur Russell Long sur la « jument poulinière » qui visaient à dégrader et vilipender les mères célibataires, la NWRO militait explicitement pour un revenu annuel garanti qui permette aux femmes de jouir d’une autonomie sociale et économique.

Comme c’est expliqué en détails dans leur « Mémorial Vivant » et leurs autres initiatives, la proposition de la NWRO d’un revenu annuel garanti n’avait rien à voir avec les projets libéraux, néolibéraux et conservateurs mis en avant sous le même nom. John Kenneth Galbraith défendait l’idée d’un revenu de base comme complément nécessaire de la « société d’abondance ». Le projet de Milton Friedman d’un impôt négatif sur le revenu avait pour but de soutenir les marchés tributaires de la demande des consommateurs. Le Plan d’Aide Familiale de Richard Nixon introduisait la première version de workfare en guise de revenu garanti. La NWRO s’est dressée contre toutes ces projets qui en fin de compte répondaient aux impératifs du marché, la NWRO a demandé de mettre fin une fois pour toutes aux examens de ressources qui conditionnaient l’Aide aux Familles qui ont des Enfants Dépendants ». Les initiatives actuelles de l’Assistance Temporaire aux Familles en Difficulté pour « la promotion des mariages sains » et « le chemin des allocations de paternité responsable », qui ne sont que ce qui reste de « la fin de la sécurité sociale telle que nous la connaissions », perpétuent et intensifient ces mesures gouvernementales coercitives et paternalistes. Le « Mémorial Vivant » de la NWRO a rejeté ces normes et affirmé que « Ceux qui soutiennent réellement l’idéal pour lequel Martin Luther King a donné sa vie, doivent s’attaquer concrètement aux problèmes récurrents de la pauvreté et de l’injustice dans notre société. »

Dans leur effort pour refuser la cooptation des libéraux, les appels réformistes pour « rebâtir le rêve américain » ainsi que leur corollaire la promesse d’élections as usual (comme d’habitude), (un)occupy et d’autres mouvements sociaux actuels seraient bien inspirés de s’associer aux militants des droits sociaux pour réclamer que le gouvernement fédéral assume ses responsabilités envers les pauvres et qu’il cesse d’être le complice actif de la violence mondiale que constitue la pauvreté.

La campagne de 2011 de Cheri Honkala pour le poste de shérif de Philadelphie sur la base d’un programme de « non éviction » montre que l’héritage de la NWRO ne s’est pas perdu. Honkala a créé l’Union des Droits Sociaux de Kensington en 1990 et participé à la fondation de la Campagne pour les droits économiques des plus démunis en 1998. Bien qu’elle n’ait pas gagné les élections de shérif l’année dernière, sa campagne a mis en lumière ce que signifie « appliquer la loi » dans une époque où l’on saisit les habitations et où met les gens à la rue.

Alyosha Goldstein

Alyosha Goldstein est professeur adjoint des Etudes Américaines à l’université de New Mexico et l’auteur de Poverty in Common : The Politics of Community Action during the American Century.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/2012/04/26/the-violence-of-pover…

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Notes :

* http://www.welfarerights.org.au/default.aspx

** Pourquoi (Un) ? c’est notre profonde conviction que le coeur d’un mouvement pour mettre fin à l’injustice économique doit être une lutte sincère contre le racisme, la colonisation et toutes les formes d’oppression (http://www.facebook.com/unOccupyABQ).

***In 1965, Daniel Patrick Moynihan dans son livre The Negro Family : A Case for National Action a décrit la famille noire comme étant dysfonctionnelle et la communauté noire comme étant pathologiquement désorganisée… Selon lui ces pathologies étaient l’héritage de l’esclavage… (http://www.wilsoncenter.org/sites/default/files/ACF24D.pdf).

**** Workfare : Système où les chômeurs doivent participer à des programmes de création d’emploi pour avoir droit aux allocations.

Publié dans : REFLEXIONS PERSONNELLES |le 30 avril, 2012 |Pas de Commentaires »

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